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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 05:59

Le Vietnam, après l’unification

 

Le Vietnam est en train de devenir pour le Cambodge un problème. Les Cambodgiens, vécus sous le régime sanguinaire des Khmers rouges, étaient habitués à voir en lui une solution. Libérateur de la geôle du Kampuchéa démocratique, il apparait de plus en plus, après les accords de paix de Paris du 23 octobre 1991, comme un facteur de conflit interne entre les Khmers. Il exige aujourd’hui de la population cambodgienne qu’elle reconnaissance qu’il est un « bienfaiteur » du Kampuchéa. Il provoque donc le peuple khmer en envoyant les millions des colons vietnamiens à venir s’établir dans son pays avec un mot d’ordre : le Cambodge appartient désormais au Vietnam. Hanoi applique ainsi un modèle stratégique classique de jadis mais adapté à sa puissance actuelle et au nouveau contexte international, la « stratégie d’apartheid ». Une politique de « développement séparé » entre les colons vietnamiens et les locaux khmers. Les premiers participent et profitent directement au développement économique dans les zones[1]  où ils s’installent en grand nombre. Quant aux locaux khmers, ils constituent une main d’œuvre de bon marché pour les usines chinoises, coréennes, vietnamiennes etc. En espace de deux décennies seulement, le niveau de vie des colons vietnamiens sont plus élevés que celui des locaux khmers. En effet, la chambre de commerce khmère d’aujourd’hui est dirigée par les Khmers d’origine vietnamienne et chinoise et à l’instar de leurs parents aisés, les enfants poursuivent leurs études dans les universités ou à l’étranger pour devenir les élites du pays. Quant aux enfants des locaux khmers, ils travailleront dans les usines comme leurs parents pour advenir, à l’âge de trente ans, les femmes et des hommes usés et inaptes pour poursuivre leurs activités.

Au-delà de leur fidélité à la politique du feu roi Sihanouk et de l’admiration qu’ils portent à leur propre intelligence, Sam Rainsy et Kem Sohka, soi-disant leaders de l’Opposition, manquent d’une vision d’ensemble. Leur dernière solution, l’accord avec Hun Sen, n’est qu’un problème de plus pour le pays, parce qu’elle n’est qu’une pastiche de la politique, menée par le prince Ranariddh quand celui-ci était chef du parti de l’opposition, appelé le Funcinpec. Cette vision incomplète ne contenait pas le facteur du Vietnam dans le problème khmer. Elle combine seulement considération du facteur personnel. Elle a un sens et son point d’aboutissement est la fin de démocratie et une reconnaissance officielle de la présence des millions des vietnamiens au Cambodge, succédant à cette étape importante qu’était la marche du peuple vietnamien vers l’Ouest. Celle-ci montre bien que la capacité intellectuelle de Rainsy et Sokha est moins sensible au mouvement de l’histoire. Ils concentrent donc leurs facultés d’analyse sur la présence symbolique de leur parti dans l’Assemblée du parti au pouvoir pour aboutir à un désir de paix qui habite généralement la majorité des hommes ordinaires.

Bien sûr, la démocratie libérale moderne penche vers la paix en toutes circonstances. Nous ne pouvons donc pas reprocher à ce désir de paix, mais dans cette paix, nous sommes confrontés à un cas d’empirisme, positif en théorie mais négatif en pratique. Que la paix dans un système non démocratique soit possible entre deux partis semblablement organisés trouveraient inévitablement une solution commune à leur différend. Mais par l’examen de l’histoire concrète qui prouve que, si le plus faible obtient la paix avec le plus fort, il n’échappe pas à la dictature, parce que la clique qui la dirige a une possibilité d’action d’ouvrir des hostilités contre la paix pour maintenir son pouvoir.

Mais si la démocratie triomphe au Cambodge, elle menacera directement l’ambition du Vietnam et le communisme en Indochine. Cette peur est une angoisse fondamentale de Hanoi et l’une des clefs qui permettent de comprendre la politique d’agressivité du Vietnam contrele peuple khmer. Il fait donc tout pour être une force indispensable pour maintenir le parti du peuple cambodgien (PPC) au pouvoir. Sa méthode est toujours la même. L’envoi un grand nombre possible des Vietnamiens pour coloniser le Cambodge et le Laos : une véritable posture historique, la politique de colonie de peuplement depuis le 16è siècle. Elle fut l’un des mythes fondateurs de la nation vietnamienne. Ces mythes n’étaient en réalité qu’économique et politique. Economique, parce que la terre du Vietnam actuel ne peut pas se nourrir la croissance démographique de sa population et la terre khmère est donc devenues indispensables pour faire face à ce problème. Politique, parce que la dictature du Parti communiste du Vietnam, a besoin les partis valets khmer et laotien pour empêcher une éventuelle naissance des mouvements anti-communistes et de démocratie libérale en Indochine.

Pour réussir, il faut créer une nouvelle classe de population instruite ou les nouvelles élites politiques et économiques, composées des Khmers d’origine vietnamienne et maintenir les autochtones khmers dans l’obscurantisme. Le simple bon sens suggère qu’un peuple de niveau d’éducation faible et de niveau de vie insatisfaisant aurait du mal à produire le personnel politique capable de déclarer la guerre à l’ambition de Hanoi qui fait son chemin sans avoir rencontré des écueils notoires. Cette politique a la bénédiction de la Chine pour la survie du communisme dans le monde et le soutien implicite des occidentaux, y compris les Etats-Unis d’Amérique dont leurs priorités ne sont plus la promotion de la démocratie, mais la lutte contre le terrorisme pour la sécurité de leurs populations. C’est avec cette nouvelle donne que s’installe l’hégémonie du Vietnam en Indochine. Toutes dimensions de sa puissance, avec les principes économiques dans la sphère politiquement et militairement dirigée par le Parti communiste a fini par transformer le Cambodge en une région du Vietnam – ce que l’on appelle la perte de l’indépendance nationale.

De là vient l’erreur majeure de Sam Rainsy et Kem Sokha : déduire une fin de l’hégémonie vietnamienne de la présence de son parti dans l’Assemblée, soi-disant nationale. Une telle vision présuppose que la paix politique est stable et que l’accord avec Hun Sen s’arrête une fois qu’il est réalisé. Mais cet accord n’est qu’une solution pour le PPC de rester au pouvoir dans la sphère politique et militaire du Vietnam. C’est un surprenant retour au règne de Preah Ang Mei Ksat Trey (1835-1847), dans lequel Treung Minh Yan, généralissime vietnamien, gouvernait le Cambodge à la place du gouvernement khmer. Curieuses « démocratie », défendue par Rainsy/Sokha, que le système de dictature au sein duquel s’affronte démocrate et communiste, où subsiste le suffrage universel, mais dans lequel ces deux clans sont d’accord pour interdire toute forme politique anti-impérialisme vietnamienne et le progrès de la démocratie au Cambodge. Cette nouvelle forme de démocratie est donc confrontée à une double inversion : inversion du rapport d’indépendance politique entre le Cambodge et le Vietnam ; inversion de la dynamique démocratique, désormais positive au Vietnam et négative au Cambodge.

Arrivée à ce résultat, nous pouvons comprendre l’étrangeté des actions du parti Sangkros Cheat (PSN). Son objectif n’est plus de défendre un ordre démocratique et libéral qui se vide lentement de sa substance. Le but est désormais la paix pour soi pour profiter des avantages offerts par la dictature. Cependant la puissance économique, militaire et idéologique grandissant du Vietnam lui permet de maîtriser effectivement la politique de la colonie de peuplement en Indochine : le Vietnam, après l’unification est donc l’émergence d’un nouvel empire, dans lequel le Communisme, le nationalisme et l’impérialisme sont ses fondements.

 

[1] Grandes villes, bassin de grand-lac de Tonlé-Sap et les provinces de l’est du Mékong.

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