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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 08:45

Avertissement : Cet article est écrit par Pol Pot en 1952 . Il est publié dans la revue "L'Etudiant Khmer" , en Août 1952 en France. L’article est signé du nom de Khmer Deum (Khmer Original). Il faut savoir que quand Pol Pot était au pouvoir entre 1975-1978, il faisait le contraire ce qu’il avait écrit. Résultat : plus de deux millions de morts. C’était le régime sanguinaire que l’humanité n’a jamais connu.
Retranscription non officieuse.

Monarchie ou Démocratie.

Le 15 juin 1952, S.M. Norodom Sihanouk dissout le gouvernement et menace en même temps de dissoudre l’Assemblée du peuple si elle s’oppose à la prise de pouvoir. Ce coup d’État royal a remué tout le pays et nous incite, nous citoyens, à réfléchir à ses causes.

Certes, la constitution donne au roi le pouvoir de dissoudre le gouvernement, mais ce coup d’État est un acte d’injustice car le roi bafoue les droits démocratiques et commet un acte de mépris à l’égard de l’Assemblée élue qui représente légalement le peuple. Si le roi se préoccupait réellement de l’intérêt de la Nation, de la sécurité du peuple, comme il déclare souvent dans ses discours, il ne devrait pas faire ce coup d’État royal en utilisant la force. Vous auriez dû réunir le gouvernement pour trouver les meilleurs moyens de chasser l’armée française et les complices des Français, afin d’arriver directement à l’indépendance du pays. Le Roi aurait dû s’allier avec l’Assemblée. Pourquoi ?

L’histoire nous montre que seuls l’Assemblée et les droits démocratiques peuvent accorder quelques souffles de liberté au peuple khmer comme par exemple à l’époque du prince Youthevong. Quand il n’y aura plus l’Assemblée, le pays sera aussitôt ligoté. En 1949, le Roi régnant s’est allié à Yem Sambaur et notre pays s’est, à ce moment-là, lié par un traité avec la France, qui va continuer à rester très longtemps au Cambodge.

Cette histoire, le peuple khmer la retient et ne l’oublie pas ; seuls peuvent l’oublier ceux qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels. Ce coup d’État du 15 juin, nous montre que nous ne sommes pas du tout sous le règne d’une monarchie constitutionnelle, mais plutôt sous un régime de monarchie absolue. Le Roi est absolu, il cherche à détruire les intérêts du peuple quand celui-ci se trouve dans une position de faiblesse, il s’inquiète de voir que plus un peuple est instruit, plus il s’aperçoit facilement des fautes des rois. Le roi absolu use de bonnes paroles mais son cœur reste méchant ; il use de démagogie pour tromper le peuple.

I. Qu’est-ce qu’une monarchie ? C’est une doctrine qui confie le pouvoir à un petit groupe d’individus qui ont de hautes situations professionnelles, afin qu’ils puissent exploiter la majorité des autres classes sociales. La monarchie est une doctrine injuste, aussi infecte qu’une plaie putride. L’humanité doit l’abolir. La monarchie est une doctrine absolue qui n’existe que par le népotisme. Ses défauts sont nombreux.

1. La monarchie est l’ennemi du peuple.

L’histoire nous montre que, depuis que notre pays existe, nous sommes toujours dominés et exploités par la monarchie. La condition du peuple se rabaisse à celle de l’animal ; le peuple, qui est considéré comme un troupeau d’esclave, est obligé de travailler sans relâche, nuit et jour, pour nourrir la monarchie absolue et son sérail de courtisans.

2. La monarchie est l’ennemi de la religion. Le peuple croit que la religion est son amie, c’est pourquoi il a le respect et la place au-dessus de l’Homme. Mais depuis des temps fort anciens, la monarchie use de démagogie en faisant croire qu’elle représente aussi la religion, qu’elle respecte les dix règles royales. Pour en convaincre le peuple et l’exploiter plus facilement, la monarchie a fait composer par les poètes la légende de Preah Leak Chinavong, selon laquelle le roi a toujours possédé le droit de vie et de mort sur le peuple. Mais les bonzes éclairés ont depuis toujours très bien compris la nature de la monarchie et ont trouvé des moyens d’expliquer au peuple qu’il ne fallait pas croire en elle. Ils ont composé le récit de Themh Chey pour monter qu’un enfant du peuple, Them Chay, peut vaincre un roi ignorant ; Themh Chay ose s’opposer à la couronne. La monarchie a détruit la religion bouddhique par d’autres moyens, par exemple en divisant les bonzes en plusieurs groupes, en créant un rang supérieur, celui des Samdech (=monseigneur).

3. La monarchie est amie du colonialisme. L’histoire nous montre que, depuis que notre pays est sous la domination française, les rois khmers s’écartent de plus en plus du peuple khmer. Leur désignation, pour accéder au trône, relève de l’autorité française. Ainsi le roi régnant n’est-il qu’un pion des colonialistes, s’alliant avec eux pour préserver sa couronne et la monarchie. Il y a toujours des luttes pour le trône. Le prince Youkanthor a été exécuté par les Français qui ont confié le trône à S.M. Sisowath ; les luttes de ce genre sont nombreux.

4. La monarchie est ennemie de la connaissance. Elle utilise tous les moyens pour que peuple soit dépourvu d’instruction afin de lui faire croire que le roi est l’Etre suprême. Quand un peuple est instruit, il devient l’ennemi virulent de la monarchie et il veut avec acharnement son abolition. Voici des exemples :

- Notre grand maître Bouddha était très instruit ; il s’aperçut vite que son père, le roi Suthotana (sanscrit : Soddhodana) s’enrichissait injustement, laissant croupir le peuple dans l’ignorance, la maladie, la famine, sans abris, sans école, sans hôpitaux. Bouddha décida alors d’abandonner la monarchie pour devenir l’ami de l’Homme et du peuple, en apprenant aux hommes à s’aimer.

- Le prince Youthevong, très instruit, abandonna aussi les monarchistes pour inculquer la démocratie au peuple khmer.

II. Qu’est-ce qu’une démocratie ? C’est un régime qui confie le pouvoir à une majorité issue du peuple. Ainsi la démocratie est-elle totalement contraire à la monarchie. Ces deux régimes sont ennemis et ils ne peuvent pas cohabiter, comme le prouve le coup d’État royal du 15 juin.

L’histoire montre que ces deux régimes s’opposent toujours et que la paix ne s’instaure que quand la monarchie sera disparue. La révolution de 1789 en France, sous la direction de Robespierre et Danton, ont dissous la monarchie et exécuté le roi Louis XVI.

La révolution de 1917 en Russie ayant Lénine et Staline comme guides, ont totalement aboli la monarchie. La révolution de 1924 en Chine, le peuple étant sous la direction du docteur Sun Yat-sen, a aboli la monarchie et toute la famille impériale.

La monarchie est un régime que les peuples de tous les pays adoptent maintenant ; elle est aussi précieuse que le diamant et ne peut être comparé à aucun autre régime. C’est pourquoi le peuple khmer chante : « Le régime démocratique, dans le monde d’aujourd’hui, set comme un fleuve qui descend de la montagne en suivant des plantes que personnes ne peut barrer… ». Le régime démocratique relève de la morale bouddhique, parce que notre grand maître Bouddha fut le premier à l’avoir enseignée. Ainsi, seul le régime démocratique pourra sauvegarder la valeur profonde du Bouddhisme.

III. Le coup d’État royal. Ce n’est pas la première fois que S.M. Norodom Sihanouk abuse de la volonté du peuple khmer. Nous pouvons constater que, quand le peuple est faible et se laisse faire, le Roi profite de l’occasion pour mépriser la constitution, comme cela s’est produit en 1949 quand il a essayé de camoufler son absolutisme. Mais, ne pouvant plus se camoufler, il a pris, le 15 juin, la décision injuste de faire un coup d’État, au mépris même de ses amis monarchistes, dont certains se trouvent en prison.

La question qui se pose est de savoir sur quelle force le roi s’appuie pour faire le coup d’Etat.

1. Ce coup d’État est le fait du pouvoir colonialiste français. Les preuves se trouvent dans le discours royal du 4 juin, lors de la réunion du Conseil du Royaume. Nous en relevons les passages suivants : « J’ai (le roi) rencontré récemment M. Vincent Auriol, celui-ci m’a confié les affaires de S.E. Son Ngoc Thanh… Récemment aussi, M. Letourneau a partagé mon avis et m’a promis d’alléger certaines clauses si un futur gouvernement (khmer) était disposé à réprimer les résistants (Issarak) et d’assouplir encore ces clauses dès que la guerre aura pris fin ». Dans le message royal adressé au peuple, le roi a déclaré que « nous pouvons compter sur l’aide que nos alliés français et américains nous apportent ».

Tout cela prouve clairement que ce coup d’État a été soutenu par le colonialisme français.

2. Le coup d’État est l’œuvre de la monarchie. D’autres preuves peuvent être trouvées dans les messages royaux : « Ayant reçu en héritage cette monarchie qui date de seize siècles, pour gouverner le peuple… ». (Message à l’adresse aux étudiants). « De par mes devoirs en tant que roi, de par ma responsabilité devant la patrie, devant le peuple, devant l’histoire et devant mes ancêtres qui m’ont légué cette monarchie nationale… ». (Message à la nation). « Même si je dois devenir simple citoyen, je défendrai toujours la monarchie ». (Discours du Roi devant les étudiants à Paris). Tous ces discours du Roi prouvent bien que le coup d’État s’est fait dans le seul intérêt royal.

IV. Le gouvernement. S.M. Norodom Sihanouk est à la tête du gouvernement issu du coup d’Etat. Les autres ministres sont des courtisans qui ne connaissent rien à la politique et ignorent les malheurs du peuple. Tout le monde doit bien réfléchir au sort du peuple khmer qui n’a même plus la liberté de tenir de réunion de plus de quatre personnes.

V. Le programme du gouvernement. Les discours du roi montrent clairement que le programme du nouveau gouvernement pour la période de trois ans où le roi détiendra le pouvoir absolu, est divisé en deux parties :

1. Dans les deux premières années, faire la guerre aux insurgés (les patriotes nationaux).

2. La troisième année, négocier avec la France qui promet d’accorder une indépendance complète.

Un tel programme ne vise qu’à bâillonner le peuple, à arrêter et expulser ceux qui osent s’opposer à la politique du Roi. Ensuite, il vise la dissolution des partis politiques qui s’opposent aux intérêts du trône, car les partis politiques ne se taisent pas. Enfin, la politique du roi est de provoquer une guerre civile qui brûlera tout, même les pagodes. Les bonzes, le peuple, les fonctionnaires connaîtront de douloureuses séparations familiales, ils verront leurs parents, leurs femmes et leurs enfants écrasés par les chars, brûlés par le napalm ; les récoltes seront détruites. L’armée colonialiste, que la monarchie absolue a déjà appelé à la rescousse, a déjà commis des actes de pillage et de violence sur les femmes… Dans l’administration, les colonialistes seront les maîtres, comme auparavant.

La question se pose alors de savoir qui sera le vainqueur des deux premières années de cette guerre destructive. À supposer que la monarchie parvienne à réprimer les patriotes nationaux, la question est de savoir si, la troisième année, le Cambodge fait appel à l’aide du Siam, il doit rendre hommage au siam et si le roi qui fait appel à l’aide de la France, il doit rendre hommage à la France. Ainsi, le roi Norodom Sihanouk qui a demandé à la France, il doit laisser les colonialistes lier le Cambodge à la France par des traités qui leur permettront de dominer le Cambodge pour toujours.

Auteur : Khmer Deum.

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