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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 05:33

 

Chine-Vietnam : La Chine a-t-il un différend avec le Vietnam à propos du Cambodge ?

 

Dans l'histoire du Vietnam ancien, connu sous le nom de Dai-Viêt, celui-ci avait tenu compte de la Chine dans leur politique extérieure, parce que les Vietnamiens ont longtemps revendiqué pour leur pays, face aux exigences jamais abandonnées par les Chinois d’imposer leur suzeraineté, un statut de souveraineté égal à celui que s’attribue habituellement l’Empire du Milieu. Nous le savons qu'au XIe siècle, la dynastie des Lý du Vietnam avait fait savoir explicitement de son statut impérial à celle des Song de la Chine. Pour la première fois, l’Empereur chinois, en 1164, dans le cadre de la politique d’apaisements des relations tendues avec le Vietnam, avait accordé la promotion du monarque vietnamien au rang de « quÓc vúòg » (Vassal externe). Cette reconnaissance donnait donc un statut du Vietnam d’un Royaume distinct du système administratif impérial de la Chine. L’acceptation de cette vassalité toute formelle dans les relations diplomatiques avec la Chine va être la ligne de conduite suivie par les souverains vietnamiens, afin d’éviter l’ingérence chinoise dans leurs affaires intérieures.

 

Le Vietnam comme la Chine, se place sa société policée au « centre » par rapport aux populations barbares de la périphérie. Il faisait la différence entre ceux qui habitent à l’intérieur de ses frontières, sous contrôle administratif et militaire plus ou moins permanent, et ceux qui vivent au-delà de ses confins. Par conséquent, il admettait, en dehors du Royaume, il existe des systèmes politiques instables, et dont la turbulence des dirigeants représente un risque pour la sécurité de son espace frontalier. La prétention des souverains vietnamiens à la prééminence culturelle dans leurs relations avec les pays limitrophes ne saurait masquer la crainte qu’ils ont toujours éprouvée envers les pays à l’ouest et au sud, constituant un désordre de territoires souvent agités de troubles. En fait, comme le contrôle de l’intérieur du territoire étatique implique prioritairement l’action à la frontière, ce sont des rapports de forces militaires qui ont fréquemment prévalu. Et, même après que les monarques vietnamiens se sont sentis assez puissants pour s’arroger un rôle spécial dans les affaires de leurs voisins, les zones frontalières demeurent ainsi des zones de tensions et de conflits. Ce concept de sécurité intérieure du Vietnam constituait une doctrine géopolitique des souverains vietnamiens, selon laquelle l’espace vietnamien est contenu à l’intérieur de frontières montagneuses prédéterminées par le Ciel et permanentes. La tâche des souverains vietnamiens doit être donc d’assurer leur défense en vue de légitimer leur autorité. La résignation de défense des frontières du Royaume est considérée comme une renonciation du droit de régner. Il en résulte toutefois de cette doctrine géopolitique s’inscrit dans le cadre de la sécurité des frontières, les souverains vietnamiens avaient besoin d’attaquer les puissances rivales afin de conserver le contrôle de leur propre sphère d’influence, par exemples : la conquête du Champa. En 1471, les Vietnamiens s’emparent le Vijaya, la capitale du Champa, l'invasion des États lao en 1479 et enfin, la marche vers le Sud pour conquérir la Cochinchine (Kampuchea Krom) dans le courant du XVIIIe siècle. À chaque conquête, ils adoptent officiellement le discours moraliste des empereurs chinois en matière de relations extérieures, en opposant le « civilisé » contre le « barbare ». Les invasions des Vietnamiens communistes du Cambodge en 1970 et 1979 ne sont que la poursuite de l’application de la doctrine géopolitique millénaire des souverains vietnamiens par des dirigeants vietnamiens de l’époque. Le Cambodge et le Laos sont aujourd’hui sous l’influence vietnamienne n’est qu’à la traduction, encore une fois, de cette doctrine dans la réalité. Les conditions de domination vietnamienne changent aujourd’hui dans son application par rapport au passé, laquelle ne comporte qu’un élargissement, non une modification de cette doctrine.  La Chine ferme toujours les yeux et peut-être soit heureux des épopées vietnamiennes.

 

Depuis la Chine reconnaît officiellement la souveraineté vietnamienne en 1164, après une longue période de conflit armé, les relations entre ces deux pays se stabilisaient. La Chine avait toujours laissé le Vietnam de poursuivre sa politique de conquête territoriale tant que celui-ci ne lui menaçait pas ses frontières. Elle ne se prononçait pas contre la politique expansionniste vietnamienne.  Bien sûr, de temps à autre, il y avait des escarmouches entre les gardes de frontières de ces deux pays, la dernière s'était produite en 1979, mais celles-ci étaient limitées dans un espace réduit et se terminaient toujours par trouver une solution pacifique entre les frères de culture.

 

Nous le savons que la Chine et le Vietnam partagent la même culture, la même tradition administrative et la même pensée politique depuis millénaire. Ils s’admirent l’un l’autre et se respectent mutuellement. La Chine regarde le Vietnam comme un bon communiste et une nation mature qui sait se défendre contre la Chine impériale, les colonialistes français et les impérialistes américains. Quand au Vietnam, il regarde la Chine avec l'appréhension et le respect. L'appréhension, parce qu'il a des frontières communes avec une puissance économique mondiale et un pays où habitent plus d’un milliard d’habitants. Le respect, parce que la Chine ait toujours un modèle pour la nation vietnamienne et un défenseur inconditionnel du peuple vietnamien dans sa lutte pour l'indépendance nationale contre la domination étrangère. Depuis toujours, la Chine et le Vietnam aient une même cause à défendre : Préserver le Communisme dans un monde où la démocratie gagne de plus en plus le terrain. Je suppose donc que ces deux pays soient toujours ensemble, hier et aujourd’hui, quoiqu'il y ait des différends dans leurs politiques étrangères. L’approchement du Vietnam au côté des États-Unis, par exemple. Mais, si nous suivons un petit peu la politique étrangère de Hanoï depuis la première guerre d’Indochine, nous constatons que le Vietnam du Nord ait toujours cherché un contrepoids dans ses relations avec la Chine, son voisin et frère de culture. Il avait été avec l’URSS pendant sa guerre de libération nationale, non pas pour être ennemi de la Chine, mais pour avoir un soutien plus large dans le monde communiste. Ce choix ne gênait pas du tout de la Chine, au contraire, elle encourageait son frère de culture à fréquenter le plus grand nombre possible des pays antiaméricains, avec lesquelles la Chine pût jouer sa diplomatie, parce qu’elle aide aussi le Vietnam. Mais quand la guerre au Cambodge s’éclata en 1970, après la destitution du Prince Sihanouk, une différence entre ces deux frères de culture surgissait dans leur option d’aide du Prince Sihanouk et ses alliés Khmers Rouges à combattre contre la République khmère. La Chine désirait, une fois que la force armée communiste khmère soit opérationnelle sur les champs de bataille, Hanoï doit laisser une autonomie totale à cette armée khmère de conduire sa propre guerre. Le Vietnam du Nord n’y était pas favorable. Il voulait intégrer cette force nouvelle dans sa stratégie globale sur le théâtre des opérations militaires en Indochine dont Hanoï assure le commandement unique des trois forces armées (Vietnam, Khmer, Lao) en lutte contre les camps des impérialistes américains. Après la signature des accords de paix du Vietnam à Paris en 1973 (27 Janvier), Hanoï céda à la Chine en laissant les Khmers Rouges d’avoir leur propre politique de conquête de pouvoir. Le désaccord entre la Chine et le Vietnam du Nord fut donc réglé. Après la victoire des Khmers rouges en 1975, la Chine était le seul maître à bord du Kampuchea où toute espèce de liberté a cessé d'exister. Le parti communiste khmer sinisé avait non seulement le droit, mais aussi le devoir d'imposer une soumission totale à tous les Khmers, même de tuer sans procès la simple tiédeur. La Chine était donc le prédicateur de Pol Pot pendant les trois années de règne de ce dernier.   

 

Après la victoire du Vietnam du Nord sur celui du Sud, Hanoï se décida de retirer ses troupes du Cambodge. Bien entendu, ce retrait était effectué hors de frontières tracées par Hanoï, non pas celles qui sont reconnues par les instances internationales. D’où étaient nés les conflits territoriaux entre le Vietnam unifié et le Kampuchea démocratique de Pol Pot. Cette crise frontalière aboutit sur une guerre entre ces deux pays, dont le Vietnam était vainqueur et occupait le Cambodge pendant dix ans. La Chine était surpris par l’audace et la victoire rapide des Vietnamiens sur ses protégés. Elle en était tout à fait incapable de faire quoi que ce soit pour protéger le Cambodge affaibli par la politique d'auto génocide. Dans cette guerre, on n'ait l'impression que la Chine laisse à désirer les soldats de Pol Pot face aux blindés vietnamiens. Et nous le savons que sans la communauté internationale qui condamnait l'occupation vietnamienne du Cambodge, il est certain qu'il n'y ait pas eu la résistance khmère à la frontière khméro-thaïlandaise. Sans l'effondrement de l'URSS, il est certain aussi qu'il n'y ait pas eu le retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge. Dans cette histoire, les Khmers ont droit de se poser la question : Est-ce que le Cambodge sous l'influence vietnamienne est-il vraiment un obstacle dans les relations fraternelles sino-vietnamiennes ?

 

Observons les attitudes de la Chine vis-à-vis du Cambodge depuis 1955 jusqu'en 1993. Les petits détails qui révèlent la face cachée de la Chine dans ses relations fraternelles avec le Vietnam :

 

Vers les années 50, Chou Eng Lay, alors Premier Ministre de la Chine exhortait le Prince Sihanouk à renoncer les aides économiques et militaires américaines, mais non pas d'en donner une compensation. À l'aune de la Chine, le Prince Sihanouk plaçait l'économie khmère sur la voie socialiste qui amenait le pays quelques années plus tard à la faillite. Ce choix, il s'agissait de transformer un pays comptant d'innombrables atouts en un raide mécanisme de développement sans perspective d'avenir. L'armée khmère était laissé à l'abandon au moment où la Thaïlande et les deux Vietnam Nord et Sud se modernisaient les siennes. La démocratie était jetée à la poubelle pour faire rayonner la dictature. Stefan Zweig écrivait dans son livre, intitulé Conscience contre violence :

"Il faut toujours un certain temps avant qu'un peuple remarque que les avantages momentanés d'une dictature, que sa discipline plus stricte et sa vigueur renforcée sont payés par le sacrifice des droits de l'individu et que, inévitablement, chaque nouvelle loi coûte une vieille liberté".

À partir de 1968, le Cambodge était paralysé. L'économie était en crise profonde et le pays était occupé par des forces communistes vietnamiennes de 65 000 hommes. Que faire ? Avec le Prince Sihanouk, on n'a pas le choix : il faut ou le combattre ou se soumettre entièrement à lui. Les hommes du 18 mars ont fait leur choix de le combattre. D'où la naissance des évènements 18 Mars 1970.

 

À partir du 18 Mars 1970, la Chine exhortait à nouveau le Prince Sihanouk à se venger avec l'aide des Viêt-Cong, sobriquet des soldats du Vietnam du Nord. Beijing autorisait le Prince Sihanouk à rester en Chine pour présider un gouvernement d'union nationale en exil.

 

Après l'invasion des troupes vietnamiennes du Cambodge en 1979, Beijing soutenait la résistance khmère contre la force d'occupation, mais les dirigeants chinois n'auraient pas souhaité que le Prince Sihanouk résidât en Chine pour ne pas compromettre leurs relations fraternelles avec leurs homologues vietnamiens. Le Prince Sihanouk, Chef de la résistance des forces royalistes devait partir habiter en Corée du Nord durant la période de guerre, dite de libération nationale.

 

À partir de 1993, quand l'amitié entre le Prince Sihanouk et les dirigeants vietnamiens est renouée, le Prince est autorisé, à nouveau par l'autorité chinoise, à habiter en Chine comme un retraité après presque un demi-siècle que celui-ci avait rendu des services à la Chine. En fait, depuis toujours, le Cambodge n'est jamais un problème dans des relations fraternelles entre la Chine et le Vietnam, frères de culture et d'idéologie.

Le rêve du peuple khmer d'être aidé par les Chinois ne soit qu'une illusion. Pour la Chine, le Vietnam est toujours son frère de culture. 

 

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