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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 05:04

D2 : Réflexion sur la démocratie libérale au Cambodge (suite du D1)

 

M. Phung Ton n’était pas le seul d’avoir dit que le suffrage universel, en fonctionnant dans une société archaïque, risque souvent de fausser le régime représentatif au profit des élites et d’anciens notables. Ses contemporains, notamment J. Rovan écrit aussi : « Comme cela s’est vu à diverses reprises dans certains pays, le suffrage universel accordé à des masses insuffisamment préparées à son exercice, peut-être une arme aux mains des couches notables les moins progressistes et les moins libérales » (Une idée neuve : la démocratie. Seuil 1961). De même Alain Gourdon : « Le suffrage n’a pas été l’instrument de progrès dont rêvaient ses promoteurs, il a été à maintes reprises, faute d’éducation et de promotion intellectuelle, le frein que souhaitaient certains de ses utilisateurs » (Cahier de la République, 3 Avril 1957).

 

Mais que cherche-t-il, le peuple khmer depuis 1946 ? : La liberté ? Le bonheur ? Le bien-être ? Pour cela fallait-il qu’il apprît la démocratie comme science ? Fallait-il qu’il sût lire des livres didactiques et des journaux politiques pour connaître le bien et le mal ? Fallait-il qu’il sût écrire des lettres de protestation et des poésies pour choisir ses représentants pour gouverner le pays ?

 

D’abord qui est-il le peuple ? Le latin rend mieux la difficulté de sentir le peuple : le peuple, est-ce le populus ou plebs ?

 

Le populus, c’est l’ensemble de la communauté nationale, considéré d’un point de vue idéal : la sagesse collective, l’intérêt commun, ou ce que Rousseau appelait la « volonté générale », c’est-à-dire non la somme des volontés particulières, mais une seule et même raison collective.

 

Le plebs, c’est la populace, la masse, les gueux, avec ce que cela connote d’ignorance, d’égoïsme, de versatilité, voire de violence. C’est une image menaçante, mais aussi source de l’énergie, le cœur de la réalité vivante et historique d’un pays. (Extrait du livre (Qui doit gouverner ?) de Pierre Tavoillot, Président du Collège de philosophie, membre du Conseil d’analyse de la société).

 

Dans notre langage khmer, nous avons deux vocables qui nous permettent de traduire ces deux mots latins : Prachearchoun (Populus) et Reastr (plebs). Si le plebs (Reastr) est l’image de la société politique khmère, il est certain, pour ceux qui pensent à cela, qu’il faut des élites pour guider le vilain plebs (Reastr) vers le populus (Prachearchoun) ; de l’autre, la démagogie ou populisme, à savoir l’identification du populus élitistes au plebs charnel. La société de Reastr (plebs) est sans doute une société où la participation de la population à la vie politique du pays est inexistante, celle de Prachearchoun (Populus) est une société où le pouvoir politique est soumis à la volonté générale du peuple. Une formule célèbre connue est : le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Du passage de la première à seconde société se fait par la voie d’une évolution de l’esprit de ses membres. Quelle était cet état d’esprit au Cambodge ?

 

La culture politique :

Cette question nous oblige à évoquer la théorie de la culture politique de M.Gabriel Almond, sociologue américain et ses collaborateurs : Si l’on définit la culture sociale comme un ensemble d’attitudes et d’orientations des individus à l’égard d’un système social déterminé, il existe donc une culture politique distincte, composée d’attitudes et d’orientations à l’égard du système politique. Selon Almond, les composantes de la culture politique sont de trois dimensions : La dimension cognitive, la dimension affective et la dimension évaluative. Ces trois dimensions supposent une culture politique dont les traits varient selon les pays, les groupes ethniques, etc. Almond distincte trois grands types de cultures politiques : la culture politique paroissiale. Les membres du système politique sont peu sensibles aux phénomènes nationaux. Ils sont orientés pour l’essentiel vers un sous-système politique plus limité (village, clan, ethnie) et ignorent l’État-nation. Le deuxième type de la culture politique, c’est une culture de sujétion. Les membres du système politique sont conscients de son existence, mais restent passifs. Ils attendent des autorités politiques certains services ou craignent certaines exactions. Pour eux, le système politique est extérieur de leur existence quotidienne. Le dernier type de la culture, c’est une culture de participation. Les citoyens sont conscients de leurs moyens d’action sur le système politique, de leur possibilité d’infléchir le cours des évènements politiques en exerçant leur droit de vote, en signant des pétitions ou en organisant une manifestation. Dans quel groupe de culture politique s’y trouvait le peuple khmer au début du premier contact avec la pratique de la démocratie au Cambodge en 1946 ?

 

 

Le début difficile pour tout le monde

 

Avant 1946, nous, Khmers, n’avons jamais entendu parler de ce mot « démocratie », à l’exception d’un poignet d’élites qui ont pu lire en langue étrangère des livres savants dans lesquels le principe de démocratie est développé en détail. En 1946, la France avait déjà connu, après la fin de la monarchie en 1792, quatre Républiques : Première République (1795-1799) ; Deuxième République (1848-1852) ; Troisième République (1870-1940) ; Quatrième République (1946-1958). La cinquième République a été voulue par le Général de Gaulle. Elle débute en 1958 jusqu’à aujourd’hui. Après la Seconde Guerre mondiale, en Asie, en 1946, au Japon, les Américains, vainqueurs, ont imposé au peuple japonais une Constitution du régime de démocratie libérale. Dans ce nouveau régime politique, l’Empereur serait maintenu, le caractère quasi divin de sa lignée demeurait en place mais diminué dans ses prérogatives. Prenons des exemples de la mise en place de la démocratie dans quelques autres pays asiatiques pour éclairer notre réflexion sur celle du Cambodge : La Birmanie est née à l’indépendance politique le 4 Janvier 1948 avec une Constitution du régime de la démocratie parlementaire presque identique à celle de Grande-Bretagne. La Thaïlande se flatte de n’avoir jamais subi de domination étrangère. Elle a connu, depuis 1932, de nombreux coup d’État. Celui du 24 Juin 1932 avait abouti à la transformation d’une monarchie absolue en une monarchie constitutionnelle. Les soixante-dix membres de son premier parlement étaient nommés par le gouverneur militaire de Bangkok, chef du parti révolutionnaire. Quelques mois plus tard, le chef du Gouvernement, au cours d’une séance les fit fouiller par des huissiers, et deux semaines après, prononça la dissolution de l’Assemblée. Le premier parlement partiellement élu au suffrage restreint de la Constitution de 1952, l’Assemblée était composée de 160 députés de « première catégorie », élus, et de 123 députés de « deuxième catégorie » nommé par le Roi. La Constitution de 1959 institue une Assemblée Constituante qui est en même temps organe législatif, et dont les 240 membres sont intégralement nommés par le Roi, mais en fait choisis par le Premier Ministre (Notes et études documentaires, n° 3 020, du 20 Septembre 1963). Le gouvernement de l’Indonésie connaît une évolution. Tous les députés, depuis 1945, ont été nommés par le gouvernement, sauf ceux élus aux élections générales de 1955, qui étaient chargés de l’élaboration d’une Constitution et qui, après quatre ans de travail sans résultat, furent révoqués par le Président Soekarno le 5 Juillet 1959. Quelques mois plus tard, le 5 Mars 1960, la Chambre des Représentants fut suspendue paraît-il, parce qu’elle était sur le point de repousser budget du gouvernement pour 1960. Le nouveau Parlement dénommé Conseil National, comprend 283 membres choisis parmi les partis politiques et divers groupements fonctionnels par le Président de la république. Dans d’autres pays, les parlements sont élus, mais au suffrage restreint et indirect. Le Pakistan, depuis sa naissance en 1947, n’a pu encore organiser des élections législatives au suffrage universel. La date des élections générales était sans cesse reportée, jusqu’au coup d’État de 1958, entraînant la dissolution du Parlement. La nouvelle Assemblée fut élue en 1962 par le collège électoral des démocraties de base (80 000 grands électeurs). D’une façon générale, les régimes de démocratie libérale implantés dans des divers pays asiatiques après la Seconde Guerre mondiale sont pourvus d’Assemblée presque toujours faibles et sans grands pouvoirs. Au Sud-Vietnam, avant 1964 et aux Philippines, la notion de leadership national aboutit à l’instauration d’un exécutif considérablement renforcé par un Parlement dominé par le parti gouvernemental. Ce type de démocratie, appelé la démocratie dirigée, signifie que le Parlement est là pour assister le Gouvernement et non pour critiquer, était une base de fondation du Sangkum Reastr Niyum du Prince Sihanouk au Cambodge en 1965.

Face à l’Asie communiste avec le système du parti unique, se dresse l’autre Asie, terre d’élection des partis politiques. Plusieurs pays en sont généreusement pourvus : plus de trentaine de partis en Indonésie, environ une vingtaine en Thaïlande, une dizaine en Corée du Sud et en Inde. En général il ne s’agit pas de partis véritables. Il n’existe pas un cloisonnement politique ou idéologique tranché. Il y a des groupes nombreux mais « instables, éphémères, fluides, inorganiques » auxquels se juxtaposent parfois des partis authentiques possédant un minimum d’organisation et de stabilité, avec un programme et une idéologie.                           

Plus d’un demi-siècle plus tard, ces pays cités ci-dessus, beaucoup sont devenus aujourd’hui  pays démocratique de type libéral. Le Vietnam unifié retombe dans le système politique communiste avec une application dans beaucoup de domaine d’une économie du marché libre à l’image de la Chine. La Birmanie s’évolue timidement vers un régime démocratique. Le Cambodge, après d’avoir connu deux guerres meurtrières et l’auto-génocide qui causait plus de deux millions de morts, redevient aujourd’hui une monarchie constitutionnelle avec le système politique de démocratie libérale. Pourquoi tant de souffrance et tant d’années d’attente de la démocratie pour le peuple khmer ?

 

Une présentation succincte d’une histoire politique du Cambodge glorieux et celui du déclin nous aide à comprendre, peut-être, le pourquoi ?

 

Une leçon d’histoire ou une interrogation sincère :

 

Quand on parcourt le cimetière des empires à travers des livres d’histoire, on s’aperçoit que leur chute avait à peu près les mêmes causes : Le régime de compression militaire à l’intérieur qui amène nécessairement la guerre étrangère, et une nation qui provoquait sans cesse contre elle des coalitions et des invasions est une nation perdue. L’Empire d’Angkor n’échappait pas à cette règle. Prenons donc le règne de Jayavarman VII (1181-1218) comme exemple :

 

Un Roi dont le nom fait l’orgueil des Khmers. On rabâche qu’il était puissant, bouddhiste, très pieux et Bouddha lui-même. Une inscription célèbre pour lui rendre hommage sans doute par les membres de sa cour est connue par son caractère pathétique : « Il souffrait des maux de ses sujets autant que des siens propres ». Certes, dans cette citation, il y a un sentiment de bonté et d’humanité que l’on trouve dans le Bouddhisme. Mais faut-il croire aveuglement à ce slogan politique ou publicitaire ? Au Cambodge, la flatterie est l’usage courant dans le cercle du pouvoir. L’Empire d’Angkor est sans doute grand, je me pose donc la question comme Michelet, historien français, se posait une aussi pour son pays sous le règne de Louis XIV dit le Grand (1643-1715) : Ce long règne, bien que glorieux, épuisa-t-il la France ? Pour le Cambodge, la grandeur des Rois d’Angkor épuisa-t-elle le pays des Khmers ? De savoir lequel importe le plus aux empires d’être brillants et momentanés, ou vertueux et durables, dit Rousseau. Tocqueville écrivait : « La Nation prise en corps sera moins brillante, moins glorieuse, moins forte peut-être ; mais la majorité des citoyens y jouira d’un sort plus prospère, et le peuple s’y montera paisible, non qu’il désespère d’être mieux, mais parce qu’il sait être bien » (Extrait du livre De la démocratie en Amérique).

 

La chute de l’Empire Khmer fut spectaculaire, parce qu’elle entraînait avec elle la destruction de la structure d’intelligence d’un peuple : Le système de pensée dynamique : Créativité et Mouvement. Après le XVe siècle le Cambodge s’enfonçait dans l’abîme et le peuple khmer perdait la mémoire de son histoire. Et comment les historiens occidentaux essaient-ils de nous expliquer de cette chute ? Ils l’expliquaient tout simplement comme on explique aux enfants : Les causes de la chute de la cité d’Angkor étaient les conséquences de problèmes d’entretien des canaux d’eau et de l’invasion siamoise. Bien sûr les grands savants occidentaux avaient beaucoup aidé le peuple khmer à retrouver une grande partie de la mémoire d’histoire de son pays. Mais ils ne nous encourageaient pas à réfléchir davantage dans la profondeur de cette mémoire. Tout est superficiel comme le relief des images sculptées sur les murs d’Angkor et les inscriptions sur des diverses stèles retrouvées dans les ruines des temples d’antan. En fait, ils nous apprenaient à croire sur tout ce que le pouvoir khmer de l’époque voulait laisser sa trace glorieuse, une sorte d’un livre de propagande du régime. Pendant 90 ans de protectorat français, les savants français étaient émerveillés plus sur l’aspect de la découverte archéologique des temples khmers que l’enseignement de l’histoire. Bien sûr ils pouvaient nous en excuser en disant qu’ils ne sont pas des historiens de métier et ils sont là pour les temples, pas pour apprendre les Khmers de leur Histoire. Il faut noter que la Faculté d’histoire et de géographie, était créée seulement dans les années 60, connue sous le nom Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, avec des consignes précises du régime de l’époque, selon le professeur Keng Vannsak : Formation des conservateurs de musées, pas des historiens ; ça veut dire quoi au juste. Il faut suivre à la lettre la thèse officielle de l’Histoire du Cambodge. Le défaut de l’enseignement de l’histoire libre avec l’esprit libre transformait la jeunesse khmère en réservoir de stockage de l’idéologie du pouvoir. Quand on n’a pas l’habitude de réagir à ce qu’on entend et à ce qu’on lit, on se transforme facilement en être crédule. Bien sûr il y a autant des livres d’histoire sur le Cambodge, écrits en un grand nombre par les illustres savants étrangers, auxquels s’intéressent d’un petit nombre des Khmers. Assez souvent, ils les lient sans avoir l’esprit critique, ou bien ils n’avaient pas l’habitude de faire, ou bien ils acceptent tout simplement les idées de l’auteur par son prestige ou par la puissance des mots et des phrases.

 

Nous le savons que le progrès ou le déclin politique d’un Etat n’est lié seulement à sa place dans le classement des puissances. Il exprime, tels que la comparaison des tendances démographiques ou l’apparition d’éléments économiques plus ou moins favorables.

Le progrès ou le déclin politique est le résultat d’éléments intérieurs à la communauté nationale, tels que le dynamisme, la créativité, le niveau de civilisation et de culture, la qualité du système éducatif, et surtout la faculté d’adaptation de la société en cause.

Pensons à la période la plus brillante de notre Histoire. Du IXe au XXIIIe siècle a été au Cambodge d’une période d’un rayonnement exceptionnel, dont nous perlons encore aujourd’hui l’éblouissante lumière. Or, le Cambodge était en pleine confusion politique et religieuse. Les Siamois venaient y faire des promenades militaires périodiques – qui se transformaient en occupation territoriale, il est vrai, en raison de la détermination de leurs rois. L’occupation deux fois du temple d’Angkor par les siamois offrait un spectacle extravagant de débauches, d’appétit de conquêtes territoriales, et d’esthétisme tourné vers les satisfactions terrestres ! Les gouverneurs de provinces khmers, tournés leur dos à Angkor, se battaient entre eux, nouant et dénouant leurs alliances et faisant appel à des mercenaires étrangers (les Chams et Daï-Viet). Le Cambodge à l’heure de gloire connaissait une floraison de talents artistiques, architecturaux et culturels, comme aucun territoire de la région n’en a rassemblé depuis. Et l’on voyait agir à Angkor, des grands rois et des théoriciens politiques dont les œuvres servent toujours de référence. Le Cambodge de l’époque qui met en valeur dans la région l’image de la culture et de la civilisation khmères sont celle du début de l’ère d’Angkor, avec le triomphe du goût khmer et la domination des rois éclairés et écrivains philosophes de la période des Lumières, dont les temples et les sculptures garnissent aujourd’hui tous les musées du monde, et qui a produit la grande éclosion de la pensée sociale khmère. Mais, le Cambodge de cette époque ne peut pas maintenir éternellement sa puissance. Dans le premier cas, il se remettait difficilement de l’occupation siamoise et de nombreuse guerre civile. Ses développements trop longs, visent à dissiper la croyance selon laquelle, pour un pays, l’affirmation de son rang de puissance et la qualité de son évolution politique marchent nécessairement en parallèle. La vie politique d’un peuple peut être créatrice ou destructrice, riche ou pauvre en idées, elle peut projeter de lui à l’extérieur une image forte ou négative, quel que soit son rang dans le classement instantané des puissances. Et nous le savons que si la puissance se mesure, le déclin se ressent.

 

Nous, Khmers, avaient fait un constat désolant du déclin de notre pays depuis déjà longtemps, mais qu’avons-nous fait pour ramener le calme dans notre cité ? En quittant l’état social de nos aïeux, en jetant pêle-mêle derrière nous leurs institutions, leurs idées et leurs mœurs, écrit Tocqueville, qu’avons-nous pris à la place ? Il a ajouté : Ainsi nous avons abandonné ce que l’état ancien pouvait présenter de bon, sans acquérir ce que l’état actuel pourrait offrir d’utile ; nous avons détruit une société aristocratique, et, nous arrêtant complaisamment au milieu des débris de l’ancien édifice, nous semblons vouloir nous y fixer pour toujours.

 

Nous nous disons toujours c’est la faute de la gouvernance. Est-il encore possible à l’heure où la démocratie triomphe partout dans le monde que nous cherchons encore et encore à savoir sur quelles attitudes nos dirigeants doivent se comporter pour que nous puissions les qualifier de bons dirigeants.

 

Les problèmes sont posés parce que la triomphe de la démocratie ne suffit pas en elle-même pour déterminer un bon fonctionnement du gouvernement d’un pays. C’est comme l’adoption du bouddhisme par un peuple, dont les principes de tolérance et de sagesse sont les maîtres mots, n’assure pas du tout que les dirigeants de ce peuple seraient tous tolérants et sages. Comme nous le savons tous que la démocratie est simplement une règle formelle et codifiée pour permettre à chaque peuple d’une nation de choisir librement ses représentants : Elections libres. Une fois élus, ces Représentants vont faire toutes sortes de lois pour d’une part fixer les règles de gouvernement, fondées sur les principes de séparations des pouvoirs (législatifs, exécutifs et judiciaires), et d’autre part pour cadrer les droits et les devoirs des citoyens. Toutes ces lois donnent-elles une garantie que le pays ait des bons dirigeants ?

 

En principe, oui, mais en réalité, tout dépend de chaque cité des citoyens ou une société policée où la valeur de chaque individu est respectée par autrui. Cette société est fondée par la sagesse, le courage, la justice et la tempérance de ses membres. Et c’est sur cette valeur-là qui fait encore une fois de plus les différences entre les hommes bons et les bêtes. Cicéron, orateur et homme politique romain (106-43 av.J-C), écrivait dans son livre (Plaisir et Vérité) :

 

« Ces différences sont évidemment multiples, mais la principale, c’est que la nature a doté l’homme de la raison, laquelle a donné aussi à l’homme le désir de ses semblables auxquels l’unit une communauté de nature, de langage et d’usage, en sorte que parti d’un simple amour pour son entourage immédiat et les siens, cet amour se glisse plus avant et lui fait nouer des liens étroits avec ses concitoyens d’abord, avec la société civile de tous les mortels ensuite. Il se souvient désormais d’être né, comme Platon l’écrivait à Archytas, non pas pour lui seul, mais pour sa patrie, pour les siens, si bien qu’il ne garde qu’une part minime de son intérêt pour lui-même ».

 

Nous nous posons toujours la même question depuis la nuit des temps : Quelles attitudes leurs dirigeants devraient se comporter pour que le peuple soit heureux ? Parce que nous constatons que le totalitarisme, à l’exemple des Khmers Rouges, se triomphe facilement dans notre pays. Pourquoi ? Karl Popper, philosophe autrichien, exprime ceci : « Le succès des totalitarismes ne découle pas uniquement de la fluctuation des rapports de forces. Il repose sur une tendance permanente de la nature humaine, et il exprime un courant très ancien de la pensée d’autant plus dangereux qu’il porte souvent le masque du progressisme. On ne saurait comprendre le totalitarisme, et donc le combattre, si l’on n’en déterre pas tout d’abord les racines intellectuelles ». (Extrait du livre de Jean-François Revel : Fin du siècle des ombres).

 

Suite dans n°3                           

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