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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 08:01

Histoire de comprendre

In Tam ; Une certaine idée des élections de 1993 et le mal khmer

 

N.B : Après les élections électorales en 1993, j’ai écrit une lettre en khmer, datée du 8 juillet 1993 à M. In Tam pour lui encourager de continuer son combat politique pour le pays. Voici sa réponse, datée du 18 juillet 1993. (Texte en khmer).

 

Il m’a demandé de ne pas publier cette lettre avant sa mort. S.E. In Tam est décédé aux Etats-Unis (Arizona) le 1er avril 2006 à l’âge de 83 ans.  

Mon neveu bien aimé et espéré,

J’ai bien reçu ta lettre avec joie, dans laquelle tu m’as encouragé dans un moment où je suis entrain de chercher une voie utile pour terminer ma vie dans ce monde.

Concernant les affaires du pays, je t’avoue que je ne peux pas les oublier, parce que, d’une part j’avais une part de responsabilité pendant 50 ans, depuis le 1er juillet 1943, en tant que serviteur de l’État, et d’autre part, je constate que les Khmers ne soient plus aujourd’hui le maître de leur destin.

(Oum) J’ai cité seulement ici la période du 7 Décembre 1946 jusqu’à la date des élections de 1993 pour te souligner que le problème khmer actuel est loin d'être terminé.

Balat Srok (adjoint du sous-gouverneur) de Kompong Trabèk, chef douanier du district de Banam (au moment où les japonais décidèrent d’arrêter les Français), Chef du district de Koh Skar aux confins de la frontière khmère, Balat Srok de Baphnom, Chauvay Srok (sous-gouverneur) de Kralaih (au moment où le Siam acceptait de rétrocéder à notre pays les territoires annexés) : Durant cette période je constate que les problèmes d’hier sont les mêmes qu’aujourd’hui.

Quand j’étais Balat de Baphnom, j’ai pu enchanter une bande de cinquantaine bandits, munie de 5 fusils, à se rallier. Au cours d’une opération militaire de répression à Prey Chanrouk, le nid de ces bandits, 20 des leurs ont pu s’échapper, en amenant avec eux 2 fusils, de l’encerclement et 33 autres m’ont demandé la soumission. Ces 22 bandits ont demandé plus tard leur soumission auprès de l’autorité du district de Mémot. Le chef de bandits m’a remis les 3 fusils un par un en pleurant. J’ai fait semblance de lui redonner ces fusils, cependant j’ai demandé au maire du village, chanteur de Chapey (nom d’instrument de musique à 2 ou 3 cordes), de chanter un morceau de gouaille populaire jusqu’à ce chef de bandits s’éclata de rire. À la fin, ce dernier m’a rendu les 3 mousquetons. Je me rappelle bien de cet évènement, parce qu’il s’était passé à la date de naissance de mon fils aîné. J’ai donné le nom à mon fils « Kirivuth » (Arme de montagne). Ce nom a une signification suivante : Il est né à côté de la montagne et à la date de soumission des bandits.

Quand j’étais muté au nouveau poste, Chauvaysrok Kralaih, le 7 décembre 1946, ces bandits reprirent leurs activités. L’autorité a envoyé des unités militaires et policières pour les arrêter. Ces bandits ont pu percer l’encerclement en tuant Yokbat (Secrétaire administratif) Mi et 2 policiers, parce que ces victimes se trouvaient sur leur chemin de fuite. Nous savions que les corps des trois fonctionnaires ont été enterrés dans une fosse commune, mais nous n’avion jamais retrouvé leur corps.

Quand j’étais Chauvaysrok de Kralaih, Paun (petit frère) Kim Ang était Chauvaysrok de Chi Krèh. Jeune Chauvaysrok, il fut supervisé par Oum (Oncle) pendant un an. Nous étions aux confins opposés de la province de Siemreap : Est et Ouest. Nous étions chargés par l’Administration royale de négocier directement avec M. Dap Chhoun. Nous étions lieutenants gauche et droite de S.E. San Youn, alors gouverneur. Dap Chhoun avait accepté de se rallier à l’autorité royale avec deux conditions : le retrait de l’autorité française des provinces de Siemreap et Kompong Thom et sa nomination officielle au poste de Commandant de Corps Franc avec 700 fusils. Au départ le Roi nomma le Prince Sirik Matak au poste de commandant du secteur Nord du pays pour remplacer M. Corbel, un militaire français. Le Prince Sirik Matak avait le grade de « Chef de bataillon » ; Dap Chho avait aussi ce grade. Les deux hommes ne s’entendaient pas, les algarades fracassantes s’éclatèrent, le Prince Sirik Matak se déclara forfait en donnant sa démission. Il fut remplacé par M. Ok Loun. Celui-ci avait une charge complémentaire de gouverneur de province, parce qu’on aurait cru que cette formule soit une solution pour contrôler Dap Choun. Mais, chaque nuit tombante, on trouve toujours un nouveau cadavre à côté de cabane ou dans le fossé de l’eau usée : c’étaient des règlements de compte. La troisième solution, c’était de confier la totalité de pouvoir à Dap Chhoun en tant que Délégué Royal. Quand Dap Choun fut nommé à ce poste, on constatait qu’il n’y avait plus de cadavre. En revanche, la population vivait dans la peur, elle ne connaissait pas qu’est ce que la liberté, la démocratie authentique. Même les juges, ils vivaient aussi dans la peur.

Le cas de M. Kao Tâk, beau-père de M. Hang  Thun Hak. Celui-ci était chef des partisans « antifrançais » avec plus de 200 fusils. Il refusait de se soumettre à l’autorité royale. Dap Chhoun réussissait à tuer Kao Tâk au village de Sasar Sdam, parce que ce dernier avait été tombé dans le stratagème de Dap Choun.

Quand je pense aux bandits de Baphnom qui n’ont eu que 3 fusils et Dap Chhoun qui n’a eu que 700, mais ils ont pu faire ce qu’ils veulent ; par exemple, Dap Chhoun a pu régner en Seigneur sur deux provinces (Siemreap et Kompong Thom), je me dis que nous sommes encore loin de trouver une solution aux problèmes khmers actuels, parce qu’il y a aujourd’hui sur notre territoire plus de 200 000 fusils : Le groupe de Pracheachoun (PPC) possède plus de 100 000 et la coalition tripartite (Khmers Rouges, Funcinpec et Parti Son Sann) possède 100 000 autres. Et chaque camp fait des efforts pour recruter des nouvelles recrues, afin que leurs généraux pourraient porter les 5 étoiles, 3 étoiles et une étoile sur leurs épaules. Compte tenu des effectifs des Khmers Rouges, leurs généraux sont en principe plus gradés que de leurs collègues du Funcinpec. Je pense aussi qu’au Coup d’État du 18 mars 1970 dont la cause était au départ de solliciter S.E. Lon Nol de présider un gouvernement de sauvetage afin qu’il fit des démarches auprès des Américains pour demander l’aide militaire pour nourrir une armée d’à peine 30 000 hommes.

Arrivé à ce point, il me reste seulement à faire des vœux aux gagnants des élections de réussir dans leurs missions de rétablir la paix dans le pays. Cette paix est sans doute le souhait du peuple khmer, n’est-ce pas ? Mais quelle paix ?

J’avais décidé de me retirer de la vie politique pour me consacrer à rédiger un mémoire. Après les élections de 1993, j’ai décidé de continuer mon combat jusqu’au retrait de l’Untac du pays. Selon moi, cette autorité était la seule responsable des élections non libres et non équitables et l’arbitre impartial dans les règlements des conflits entre les parties khmères. Par manque des moyens financiers, j’aurai renoncé à rester au Cambodge jusqu’à la fin de la mission de l’Untac.

Je pense que le but recherché dans les élections de 1993, n’était pas pour la population, mais pour mettre fin seulement aux conflits armés entre les vainqueurs de 1975.

 S.E. Son Sann obtenait 10 sièges grâce aux modes de contage au niveau provincial. Si on devait employer le mot « l’Equitable = répartition proportionnelle à la française », c’est-à-dire de considérer le pays tout entier comme une seule circonscription électorale. Les résultats auraient été différents :  Le Parti Son Sann aurait eu 5 sièges, Funcinpec 51 sièges, PPC 46 sièges, Parti M. Sakhan 2 sièges, Moulika 2 sièges et tous les autres partis auraient eu chacun 1 siège.

Mais, dans l’accord de Paris, dans l’annexe 3, point 2, on stipule : « Les élections visées à l’article 12 du présent Accord se tiendront dans tout le Cambodge à l’échelon des provinces… » Il y avait sans doute des spécialistes de l’ONU qui étudièrent de A à Z pour faire en sorte que les élections soient seulement pour les 3 grands partis ayant des forces armées. La formule cherchée était : « Funcinpec moins KR plus PPC = Bloc communiste dans le nouveau grand Funcinpec ». C’était ainsi la volonté des 5 grandes puissants. Le système de majorité à 1/3 était une pression des 5 aux 3 grands partis khmers à former un gouvernement d’union nationale pour gouverner le pays. Nous n’aurions pas pu faire grande chose contre cette volonté, parce que nous n’étions pas des thaumaturges.

Nous avons participé à ces élections comme un petit enfant en larme attiré par les bonbons de l’Untac. Elle nous avait offert 5 minutes et 2 fois seulement par semaine à parler à la télévision. De temps de temps, elle avait organisé une table ronde, à chaque fois, elle invitait 4 partis à y participer. Nous avons eu le droit de répondre à 3 questions seulement, posées par les membres de l’Untac, et chaque réponse pour 2 minutes. Nous parlions donc seulement pendant 6 minutes seulement à chaque table ronde. S’il fallait faire le contage : 144 Minutes de droit de parole pour les 24 partis participants des élections organisées par l’ONU en 1993. Quant au PPC, il avait sa radio et sa télévision émise des émissions tous les soirs. Le Funcinpec avait aussi sa radio et sa télévision pour échanger les points de vue avec le PPC.

À chaque fois j’ai parlé à la radio, les paysans, possédant la radio, m’écoutaient attentivement. Ils nous félicitaient toujours en catimini. Untac avait invité tous les partis politiques à la place de Mèn pour conclure la campagne électorale. Chaque parti avait droit 8 minutes de parole. J’ai adressé aux assistants dans les termes suivants : « Je ne sais pas exprimer pendant 8 minutes un sujet qui a besoin 2 heures ». Ces assistants ont applaudi de mes remarques. Après 8 minutes, j’ai cessé de parler. Ces mêmes assistants m’ont insisté à continuer de parler, mais j’ai leur répondu, c’est impossible, je ne peux pas transgresser la loi de l’Untac. Après quoi, tous les journalistes étrangers, qui ont entendu les applaudissements, m’ont suivi jusqu’au siège du parti pour me poser la question : « Vous avez parlé de quoi pour qu’il y a eu une explosion d’applaudissement ». J’ai leur répondu : « J’ai parlé de l’histoire du Cambodge qui se répète toujours la même chose ».

Aujourd’hui notre pays à marcher en arrière de 150 ans. Mon grand père fut né en 1856, à cette époque Srok Khmer était sous la domination Yaun et en même Sièm. Aujourd’hui, l’époque d’Appolo, c’est la même chose, la seule différence, c’est seulement la méthode :  Huit minutes pour parler de la souffrance du peuple khmer depuis la nuit des temps.

Pour conclure, nous n’avions pas en déficit en idées politiques pendant la campagne électorale. Chaque article émanant de notre parti était réclamé à cor et à cri par les journalistes. Il se disputait pour le mettre à la Une dans leur journal. Nous n’avons pas eu l’imprimerie pour tirer notre journal. Nous l’avons imprimé avec nos propres moyens très limités, 2 000 exemplaires, deux fois par mois. 1 000 exemplaires vendus en temps recors à Phnom-Penh, les restes pour les provinces. Ce nombre était insuffisant à l’échelle du pays. Les imprimeries commerciales refusaient par peur de travailler pour notre parti.

 

Mon neveu bien espéré !

Je te demande que tu sois le représentant de la famille Ta (grand-père) OP, parce que cette famille, à l’exemple de ton père, est une famille qui lutte pour la grande cause nationale. Kim Ang m’appelait Bang (Grand frère). Ce Bang qui sortait volontairement de ses entrailles. Kim Ang et Oum, nous combattions côte à côte dans trois missions importantes, et pendant lesquelles, ton père m’avait toujours écouté et m’avait toujours demandé des conseils :

1. Période de négociation avec Dap Chhoun : S.E. San Youn nous a confié cette mission. Les Français nous ont laissé faire, mais ils cherchaient en même par tous les moyens pour nous arrêter, parce qu’ils ne voulaient plus négocier avec les antifrançais : La trêve pour eux est bien finie. Nous étions suspendus de nos fonctions par le Gouvernement de Yem Sambaur. Nous quittions Siem Reap pour nous cacher à Phnom-Penh, parce que la police française nous cherchait. Les jours passants, nous n’avons eu plus les moyens pour nous subsister. Nous avons décidé de demander l’aide à S.E. San Youn, notre ancien chef. Il nous prêtait 100 Riels pour nous deux. Après la reconnaissance par la France du secteur autonome de Siemreap, revendiqué par le Roi, nous retournions à Siemreap. Notre combat était récompensé par un avancement exceptionnel de grade avec chacun une médaille de « Défense nationale » : Or pour moi et Argent pour Kim Ang. M. Kim Yeth[1], mon adjoint (Balat) avait dans son service un de mes neveux. Par manque de connaissance de stratégie militaire, il fut tombé dans une embuscade[2] dans laquelle il était frappé par une des Viet-Minh, hélas, il était handicapé à vie. La maison de Lauk Ta OP à Kompong Thom était mon hôtel, à chaque fois j’étais en déplacement en mission de Phnom-Penh à Kralaih, je dormais chez ton grand-père.

2. Quand nous étions ensemble à Kompong Cham : J’étais Chayvaysrok de Chamkar Leu, Kim Ang était Chauvaysrok de Kompong Siem. Toung Lag, était Chauvaysrok de Steung Trang. Nous trois, nous combattions contre la bande de Sivotha 2. La population de Kompong Cham nous donnions un sur surnom : le « Trio ». Sivotha avait son PC à Baray, province de Kompong Thom.

Pendant la période de revendication de l’indépendance nationale, Oum était le leader de notre groupe, parce que je commandais la garde provinciale. À l’époque notre armée n’était pas en mesure de nous aider. Pendant la formation de la force vive du pays « Chivapoul Neary klahane », dont les membres étaient des fonctionnaires ; pendant la nuit, ces fonctionnaires avaient peur de dormi chez eux, parce que la police française cherchait à les arrêter, ils préféraient dormir hors de la ville, mais à chaque matin, ils retournaient au bureau pour travailler. Les Français utilisaient la méthode japonaise de 1945. Le 9 mars 1945, tous les Français ont été arrêtés par les Japonais.

Après l’indépendance, j’avais décidé de servir la patrie sous le drapeau comme élève des officiers de réserve, 4ème promotion. Evidemment mon poste de commandant de la garde provinciale était confié à Kim Ang. Après l’école militaire, j’ai été muté dans la région des hauts plateaux dans la province de Mondul Kiri pour remplacer l’officier français. Dans cette région, il y a eu 4 postes militaires : Gati, Camp Roland, Deshaye, Bou Phlok.

Après la victoire du Sangkum Reastr Niyum, S.E. San Youn rentrait au gouvernement avec le portefeuille de l’Intérieur. Il nomma Kim Ang au poste du gouverneur de la province de Kompong Cham. Il m’encouragea à entrer dans l’État Major particulier de Samdech, en tant que le présentant du Ministère de l’Intérieur. M. Thong Van Phan Moeung y participait en tant que le représentant du Ministère de la défense. S.E. Khim Tith était Chef d’État Major. La mission de l’État Major était de rétablir l’ordre dans le pays. Dans la province de Kompong Speu, il y avait une bande de partisans du capitaine Siep qui sévirent la province. Nous avons pu rétablir l’ordre en détruisant ces rebelles.

3. L’année 1960 :  Nous étions 4, Kim Ang, gouverneur de Kompong Cham, Toun Lâh, gouverneur de Kompong Chhnang, Sao Diep, gouverneur de Kampot et moi-même, gouverneur Takeo et Chef d’État Major de Défense en Surface, nous décidions d’organiser des manifestations dans nos provinces respectives pour pousser Samdech à devenir Chef d’État à vie. N’étant plus la possibilité de monter sur le trône par jure après son abdication du 2 mars 1955, après la mort de son père, le 3 avril 1960, le poste du Chef d’État à vie fut une solution pour Samdech pour régler les problèmes de succession au trône.

Après la mort de ta maman, les relations entre Kim Ang et Oum étaient moins fréquentes, parce que je ne connaissais pas assez ta belle-maman. Ton grand père maternel, Lauk Ta Tep Samkol, m’aimait bien. Il me considérait comme son propre fils. Pour transporter le cercueil de ta maman à la pagode pour la crémation, j’ai dit à Sunthao de prendre le camion militaire de la garde provinciale.

Pendant la campagne électorale, à la place de Mèn, j’ai déclaré que je ne trahis jamais ma conscience. Il y avait des gens qui m’ont accusé de satellite de Funcinpec ou du PPC. Je déclare solennellement que je ne vends jamais mon idéal politique.

J’avais perdu des élections avec la tête haute. J’avais l’amertume du déficit des collaborateurs raffinés de langage pour m’aider dans la campagne électorale. J’ai eu Pin Samkhon qui se battait seul au front de Kampong Cham. J’avais été trahi par mon Vice-Président qui était un véritable ennemi dans notre rang. Il venait m’aider avec ses moyens financiers pour un seul but : Chercher un poste. Il provoquait des conflits avec tout le monde dans le parti. Pour éviter le scandale, j’ai lui confié deux provinces, Kandal et Kampot pour occuper.  Il ne concentrait ses dépenses que sur ces deux provinces, tout le reste était à ma charge. Kandal et Kampot sous sa gestion était une véritable plaie des conflits insolubles.

Le 23 avril était le jour des élections, le 21 avril, la tête de liste de Kandal décidait de partir à Paris pour 3 semaines. J’ai lui imploré en vain de ne pas abandonner son poste. J’étais obligé d’aller au PC de Kandal du 23 au 28 avril pour assurer le bon fonctionnement du parti. Les partis opposants faisaient la propagande contre nous en disant : Tous nos dirigeants de Kandal se désertaient leur poste. Avec tel comportement, je me dis qui vienne voter pour notre parti ?

Avec lui, j’ai eu le sentiment de dialoguer avec un élève médiocre en classe. Nous ne nous comprenons pas. Une anecdote à raconter : Le jour d’ouverture de campagne électorale, notre parti a organisé, le 7 avril 1993 un grand défilé avec toutes les têtes de listes. Le cortège devait partir de Takmao, destination Wat Phnom. L’arrivée de tête de liste de Kandal a été annoncé 4 fois pour que nous sachions à la fin qu’il ne vienne pas participer au défilé. Ce jour-là 64 membres du parti de Kandal l’attendaient à Pochintong. Le 1er mai 1993, il arrivait enfin à Phnom-Penh et rechignait en nous reprochant qu’il n’y avait pas eu un comité d’accueil. Le 21 mai, je retournais à Phnom-Penh. Je faisais la navette entre Phnom-Penh et Kandal. Pin Samkhon était tout seul à Kompong Cham.

L’échec électoral était prévisible. C’était l’échec de la stratégie royale, bâtie par Funcinpec et les Khmers Rouges : L’un se battait à l’air libre, l’autre agissait dans la jungle. Mais, ils avaient même objectif : Appâter les gens dans leur piège. Cette stratégie perdante aurait eu des conséquences pour notre parti et les autres.

En tout cas, dans cette bataille électorale, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour me consacrer à consolider la province de Kompong Cham, mon fief électoral depuis toujours. Le 6 mai, j’ai échappé belle de la mort. Je devais partir à Kompong Cham à 7 heures du matin. Ayant appris la mort de ma tante, j’ai fait un détour pour aller saluer son âme à sa maison. Ce détour pendant une heure qui me sauvait la vie, parce que pendant ce temps-là il y avait une attaque des Khmers Rouges à la frontière Kandal-Kompong Cham : Deux voitures tombées dans le fossé. Il y avait beaucoup de mort dans les voitures et deux morts sur la route, parce qu’ils avaient sauté de la voiture au moment de cette attaque. Le 7 mai, j’ai été à Oraing auv ; le 8 mai j’ai été à Peam Chikang. Au bord du fleuve, j’ai pris mon déjeuner, cependant, il y avait des villageois qui venaient me voir en m’avertissant qu’il fallait quitter les lieux tout de suite, parce que les Khmers Rouges rôdaient dans ce secteur, et pourtant ce lieu était sous le contrôle de la force d’Untac. Le 9 mai, j’ai été à Skun. Le 10 mai, j’ai été au meeting dans la pagode Beug Kak : Il manquait seulement un moine pour atteindre le nombre de 100 et 6 000 villageois venaient y participer. Le 11 mai, j’ai traversé rapidement Phnom-Penh pour aller passer la nuit Steug Trang. Le lendemain matin, j’ai pris le bateau, destination Krouh Chmar, ensuite Rocar Knor. De retour, j’ai été arrêté au village Trea, village des Cham, en face de Steug Trang. Le 18 mai, j’ai été au meeting à Prey Torteug. Après-midi, j’ai été à Phnom-Penh pour un rendez-vous à 17 h avec le correspondant de la radio Voix Amérique. Le 19 mai, j’ai été à la Place de Mèn pour participer à la réunion organisée par Untac. J’ai oublié encore une chose, le 15 mai, j’ai été au meeting à Kieng Svay, Kandal, pour remplacer nos responsables de ce secteur qui clivaient profondément.

Le 22 mai, quelques membres de l’Untac venaient me voir pour me demander où je vais voter. J’ai leur répondu, je vais voter à Kompong Cham. J’ai demandé un avion pour y aller. Ils escamotaient une réponse : Nous allons en parler à l’Armée. J’ai profité de leur présent pour leur poser une question : Est-ce qu’on a encore le droit de modifier la liste des candidatures. Ils m’ont répondu : Jusqu’à minuit. Au-delà, on ne pourra plus rajouter, mais on a toujours droit d’enlever les noms des candidats.

Au cas où notre parti gagnerait suffisamment des voix pour être au gouvernement, je décidais en l’occurrence de confier le poste ministériel aux Khmers à l’étranger. Il y en 2 aux USA et 4 en France. Ces gens n’avaient pas le temps ou les moyens pour participer activement à la campagne électorale ou tout simple, ils avaient peur pour leur sécurité. En revanche, tous les sièges obtenus à l’Assemblée nationale soient réservés pour les Khmers à l’intérieur du pays. J’ai été fortement critiqué, en effet, par cette décision jusqu’à aujourd’hui. Bien sûr, l’agitateur n’était que la star de Kandal.

Je te demande de réfléchir, à 77 ans, ayant la maladie de cœur, sur mes activités et mes déplacements par les voitures et par les bateaux, s’il y avait une malaise, j’aurai eu droit à la mort certaine, parce que dans ce monde, il n’y ait aucune technique qui me permette de faire de tel « sacrifice ».

Nous avons tous perdu les élections, mais pourquoi à ce jour, je suis la cible de toutes les critiques de cet échec. On me servait comme un bœuf pour traverser le fleuve. Quand j’avais des difficultés au milieu de l’eau profonde, on me critique pour seul but : Chercher une nouvelle voie d’accès au poste ministériel. Voilà le mal khmer !



[1] Beau-frère de mon père, il était le beau-frère de M. Chum Keth, cadre Khmer rouge.

[2] Embuscade des Viet-Minh.

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