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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 08:17

LA MARCHE VERS L’OUEST – INDOCHINE EN L’AN 2000

Par Noun Khieun

 

Traduction non officielle par Sangha OP

 

Lorsque le sage désigne la lune, l’imbécile regarde le doigt.

 André Gulcksmann

 

 

Avertissement : Cet essai est écrit par un historien et intellectuel khmer, engagé dans la vie politique de son pays. L’auteur a écrit cet essai pendant la période (1969-1970) où le Cambodge était menacé par l’implantation, au mépris de la loi internationale, des forces armées communistes vietnamiennes de 50 000 hommes dans son territoire. Il faut noter que le 24 mai 1970, ces forces ont attaqué l’armée khmère sans faire la déclaration de guerre. Cette époque l’auteur n’avait que 24 ans, mais à cet âge de raison, M. Noun Khieun n’hésitait pas à montrer à ses compatriotes combien le Cambodge est fragile par ses faiblesses économiques vis-à-vis de ses voisins. Son pronostic sur l’avenir du Cambodge s’avère juste aujourd’hui.

 

Epilogue

 

La participation de chaque khmer à la défense de son pays qui se trouve dans une région où la menace est permanente sur son existence, est une aide précieuse. Cette volonté n’est pas le fruit du hasard ; c’est un sentiment qui se cristallise autour de la haute valeur de la culture, de la civilisation et en particulier de l’histoire de son pays.  

 

L’histoire de notre nation est indiscutablement notre héritage que nos ancêtres nous ont légué et que nous assumons entièrement aujourd’hui. Cet héritage fait naître une conscience nationale. Nous sommes donc le fruit de cet héritage.

 

Malgré ses défaites répétitives à partir du XIIIème, après  avoir connu pendant une longue période de gloire (VIIIème au XIIIème siècle), la civilisation khmère est encore là, debout et vivant dans le monde d’aujourd’hui. En revanche, beaucoup d’autres grandes civilisations, comme Chaldée, Assyrie, Grèce, Rome etc. sont hébergées seulement dans les musées et les livres d’histoire.

 

Ceci nous montre bien que le peuple khmer  savait se battre pendant 6 siècles et il continue de se battre contre toutes sortes d’agressions à son égard. Il n’accepte jamais d’être vaincu. Cette volonté de vaincre est sans aucun doute notre destin supérieur.     

 

Au XIXème siècle, le nombre de la population khmère était à peine un million habitants   (800 000, selon un savant français). À cette époque, nous avons cru que la fin de notre peuple est proche. Au lieu d’être un peuple condamné à disparaître, le peuple khmer redevient aujourd'hui comme un peuple qui sait transformer son pays en un État moderne et scientifique. Et actuellement, le régime féodal, monarchie absolue, qui était le fardeau de notre peuple et la source de la décadence de la nation khmère, est destitué par le peuple khmer. La victoire sur ce régime est acquise. Cette fois-ci, nous regardons la lumière de notre fierté avec courage. Il n’y a plus d’obstacles qui nous empêchent de marcher vers une un monde meilleur. Aujourd'hui, le nombre de la population khmère est de 8 millions habitants, sans compter les Khmers krom et les Khmers vivant en Thaïlande dont le nombre est environ de 3 à 4 millions personnes. Ici 30 ans, le nombre de la population khmère va atteindre 15 millions habitants. La question est donc de savoir : Avec 15 millions habitants, la nation khmère sera-t-elle encore menacée de mort par ses voisins ou les grands puissants étrangers ?

 

Demain, nous continuons de vivre. La question est de savoir : comment nous allons vivre ? vivre pour vivre ou vivre dans la prospérité et la dignité. Si c’était seulement vivre dans la pauvreté extrême et sans la dignité, il faut mieux mourir que vivre. Pour éviter de vivre dans la pauvreté comme le peuple khmer a vécu pendant 6 siècles, il faut reconstruire le nouveau Kampuchéa sur une base de démocratie politique et sociale. Cette base est la nouvelle fondation de notre Nation.

 

Je pense que si l’application de la démocratie dans la vie de tous les jours de la population et partout dans le pays est seulement sur le papier, notre peuple ne pourra jamais débarrasser de la peur, de l’ignorance et du manque de confiance en soi.

 

Nous le savons que la volonté de changer la mentalité est le désir le plus difficile à réaliser, surtout, si cette mentalité s’incruste dans notre esprit depuis plusieurs siècles. Mais, le désir du changement n’est pas non plus une chose irréalisable. Dans le cas de notre pays, il suffit que nos dirigeants aient le courage et le bon sens de bâtir une stratégie politique claire et cohérente, à laquelle, le peuple khmer adhère totalement.  Il faut savoir que le plus difficile à faire, c’est de franchir le premier pas en avant, parce qu’il représente le pas de la réussite de notre révolution.     

 

Je suis un optimiste de nature, c’est pourquoi, j’écris cet essai, dans lequel, il y a des idées nouvelles pour notre Nation. Ces idées sont, peut-être, un peu hors temps pour nos compatriotes et elles peuvent aussi les choquer. Ils pensent que celui qui écrit cela est sans doute un rêveur.    

 

Je suis un Khmer, né à six kilomètres du temple l’Angkor Wat. J’aime ce temple comme mes propres biens. Angkor Wat est pour moi un trésor inestimable pour la Nation khmère. Il symbolise la gloire de l’ère Angkor Thom. A chaque fois, je le rends visite en tant que historien et adorateur, il me rend mélancolique : un désir de revoir le Kampuchéa redevient un grand pays et puissant comme dans le passé. Enfin, j’ai une seule idée en tête pour écrire cet essai : Défendre les intérêts supérieurs de mon pays.

 

Ces intérêts ont un lien avec l’avenir du pays et le peuple khmer. Pour cette raison, je ne crains pas d’en parler. Les idées dans cet essai, sont les fruits de mes recherches et de mes réflexions. Je voudrais donc en partager avec mes compatriotes afin qu’ils y réfléchissent aussi. Je demande aux Khmers, citoyens de leur pays, soient juges de mes propos. Je pense que si nous parlions aujourd’hui de l’avenir de notre pays, c’est pour moi, «un acte de patriotisme porté à son paroxysme». Je conviens en plus d’ajouter que ce paroxysme est la conscience nationale. Enfin, pour moi, si les Khmers s’intéressaient un peu à mes idées, je pense que mon objectif est déjà atteint.

 

Je demande aux lecteurs de m’excuser de certains excès dans mes propos, parce que je ne peux pas tout contrôler mes passions quand il s’agit de parler de l’avenir du pays. Il est normal qu’un homme est triste quand son esprit est envahi par un passé douloureux et un avenir incertain de son pays.

 

Mais, j’ai l’espoir en avenir de mon pays et je veux que mes compatriotes y aient aussi, parce que nos ancêtres nous avaient fait confiance. Cet espoir et cette confiance s’inscrivent dans notre mémoire collective, comme dit notre adage « le pays khmer ne périra jamais ! ».

 

Phnom Penh, décembre 1970.

 

Lettre ouverte aux compatriotes khmers.

 

Chers compatriotes au Kampuchéa,

Chers compatriotes au Kampuchéa Krom,

Chers compatriotes en Thaïlande,

 

Nous sommes aujourd'hui très loin de l’époque où l’on imposait à vous séparer de nous. Elle nous fait oublier notre lien de sang, depuis notre nation s’enfonça dans l’abîme. Actuellement, notre peuple est réveillé et il est conscient de la tragédie du passé. Cette tragédie nous avons fait verser beaucoup de larmes qui se transformaient en sang, lequel s’arrosaient tout notre corps depuis déjà plusieurs siècles. Pourquoi ces larmes ? C’est parce que nous sommes accablés par notre séparation forcée et laquelle nous fait oublier notre identité de bâtisseur du temple d’Angkor qui symbolise la gloire de notre Nation.

 

Un exemple provenant des Khmers du Kampuchéa Krom et en Thaïlande nous montre bien que l’identité khmère n’est pas perdue, parce que les Khmers partout où ils habitent se manifestent leur volonté de demeurer Khmer. Cette volonté nous donne l’espoir. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous devons nous montrer à nos ennemis que nous ne sommes pas un peuple qui accepte facilement d’être vaincu. D’ores et déjà, nous devons lutter afin que notre objectif final soit atteint. Bien entendu, le sang khmer va encore couler, mais ce sacrifice est un mal nécessaire pour montrer combien nous sommes déterminés à défendre notre pays et notre religion.

 

Avoir l’Espoir, c’est nos atouts dans notre combat, destiné à avoir une meilleure vie. Pour réaliser ce dont, il faut que nous cessions de croiser les bras en attendant que le ciel nous aide. Ensemble, levons-nous, comme un seul être, sera une force qu’aucunes autres forces ne puissent opposer. Nos voisins n’ont pas de pitié envers notre pays. Leur seule convoitise est d’exterminer notre peuple, notre langue, notre tradition et d’envahir le reste de notre territoire actuel.

 

Où se trouve notre espoir ? Chaque Khmer fixe ses yeux vers la capitale Phnom-Penh qui est le cœur de 13 millions âmes khmers dans la région d’Asie Sud-Est. A la base, il y a toujours un groupe d’hommes qui enflamme l’opinion par son verbe, son allure, son patriotisme, sa pureté. C’est à partir de cette base, notre rêve pourra devenir une réalité. Cet espoir nous donnera une occasion  de nous réunir comme un seul peuple pour bâtir à nouveau la gloire de notre Nation. Ce moment là, nous nous rencontrerons, nous nous serrerons la main et nous nous embrassons avec larme de joie. Nous le savions que cette réalité-là est loin d’être réalisée ou peut-être, elle ne saurait jamais réalisée. Mais notre espoir existe aujourd’hui. Il est donc notre premier pas. L’espoir est notre potion magique qui peut faire renaître notre âme nationale.

 

Mes chers compatriotes, nous sommes en train de vivre à nouveau dans l’ère d’espoir. À partir aujourd'hui, nous nous tenons nos mains dans un seul but : l’union et la nouvelle vie de notre Nation khmère.

 

Introduction :

 

En tant que Khmer, vivre et mourir dans son pays et en tant qu’Historien, je dédie cet essai à la renaissance de la conscience du peuple khmer et à la compréhension croissante entre les nations qui est l’unique facteur de cohabitation dans la paix dans le monde.

 

Est-ce que le Vietnam devienne-t-il l’Allemagne nazie en Asie Sud-Est, en particulier au Kampuchéa ?

 

Je ne peux pas évoquer ce sujet sans que mon esprit soit envahi par la désolation. Et en tant que Khmer, mon obsession d’aujourd’hui, c’est la question de survivre de mon pays et, je sais que personne ne saurait prévenir sa destinée. Toutefois l’histoire confirme le contraire. Certains faits historiques se répètent, il est donc possible de prévoir les aboutissements de ces faits.

 

Qu’est-ce que la leçon de l’histoire ?           

 

Mon but n’est pas d’écrire un livre d’histoire. Néanmoins, il est nécessaire de rappeler ses principes de base pour avertir les lecteurs sur le caractère de mon essai dont le fondement est « déterminisme », pas « dogmatisme ».

 

Beaucoup des historiens posent des questions : est-ce que l’histoire, peut-elle nous fournir des leçons pour la société ? Est-elle utile pour les hommes ? Selon Hegel et Paul Valery, l’histoire pourrait y avoir un reflet pour les hommes et, elle pourrait aussi être inutile pour la société. Tout dépend des évènements historiques.

 

En ce qui me concerne, j’ai essayé de donner ici une opinion personnelle concernant la question posée ci-dessus.

 

L’histoire n’a pas son utilité. L’histoire ne se répète pas, néanmoins pas de la même façon. Les conditions sociales, politiques, économiques de chaque période sont différentes des uns aux autres. Ainsi, nous ne pouvions pas assimiler un fait historique à un autre. En tout cas, il ne puisse pas y avoir un modèle de l’histoire. Par exemple :

 

L’Allemagne était-il coupable du déclenchement de la première mondiale ?

 

L’Allemagne n’était pas le seul responsable. Les causes sont nombreuses et complexes. L’Europe avait une part de responsabilité dans cette guerre meurtrière, parce qu’elle avait créé au sein d’elle-même des rivalités violentes dans le domaine économique, industrielle, commerciale, politique, diplomatique et militaire. La crise économique sans précédente qui entraînait ensuite une crise du capitalisme international en Europe était aussi un des facteurs du déclenchement de la 1ère guerre mondiale.

 

Lorsque la 2e guerre mondiale s’éclate, on pense tout de suite que l’histoire se répète, parce que l’Allemagne était encore une fois le déclencheur de cette guerre.

Et pourtant, si nous examinons de près les situations sociales, économiques, politiques et militaires de l’Allemagne et du monde entier depuis Guillaume II à Hitler, nous constatons qu’il y avait une mutation radicale. Avec ces deux situations différentes, il n’est pas logique de dire que les causes du déclenchement des deux guerres étaient analogues. Nous savons que la seconde guerre mondiale était l’œuvre d’un seul homme, fou, qui était Hitler.

 

L’histoire a son utilité. On ne peut pas couper l’histoire en morceaux.  Aujourd'hui est le fruit du passé récent, et le passé récent, à son tour, est le fruit du passé lointain et ça remonte ainsi jusqu’au début de la naissance du monde.

 

Bien entendu, dans ce monde, tout est lié à tout. En tout cas, nous ne pouvons pas séparer le passé récent à l’époque antique et le présent au futur. Ainsi, l’histoire est sans doute le reflet du passé sur le présent et le présent sur le futur.

 

Revenons à notre question : Est-ce que le Vietnam devienne-t-il l’Allemagne nazie en Asie Sud-Est, en particulier au Kampuchéa ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de faire un rappel historique concernant les relations khméro-vietnamiennes depuis le début des contacts entre les deux pays.    

 

Le Vietnam et nous dans le passé

 

Le phénomène de migration des hommes d’une région à l’autre est un phénomène général dans l’histoire de l’humanité. Le cas du peuple vietnamien correspond bien au phénomène de la marche vers le sud des hommes de l'hémisphère nord.

 

En Europe, les hommes du nord, les Normands, les Germaniques, font le mouvement vers le sud depuis le Ve siècle jusqu’au XIe siècle. En Inde, les Aryens de peau blanche, descendent du Nord de la Russie vers le Sud et s’installent à l’Himalaya. Quant aux Indiens de peau noire, les Dravidiens et les Dekkan, migrent vers le Sud.

 

Au Nord et à l’Est du Kampuchéa, les Siamois, originaires de la province chinoise, Yunnan, commencent à migrer vers le Sud à partir du XIIe siècle et ils s’installent dans des provinces khmères de l’Est jusqu’à aujourd'hui. Ils continuent leur mouvement jusqu’au territoire de Malaisie. En Indochine, les Vietnamiens, originaires de Tonkin font le mouvement vers le Sud depuis le Xème siècle jusqu’au XIème siècle. Ils annexent plusieurs provinces du Champa, telles que Quang Tri, Hué et Tourane (Danang). Et, à partir du XVe siècle jusqu’au XVIIe siècle, le Champa est totalement annexé par les Vietnamiens. Dernière province du Champa, annexée, est Binh Thuan. En 1696, la totalité des territoires de Champa sont conquis et ils deviennent les provinces vietnamiennes d’aujourd’hui.

 

Après le Champa, les colons vietnamiens continuent leur avance jusqu’à Kampuchéa Krom (Cochinchine). Le delta du Mékong (territoire du Kampuchéa Krom), est fertile pour l’agriculture et riche en ressources naturelles, les poissons etc.

 

La population khmère de cette région n’était pas nombreuse. Au XVIIe siècle, le nombre était de 40 000 familles khmères, c’est-à-dire, à peu près 200 000 d’habitants, vivants sur un vaste territoire de 60 000 Km². Attirés par les ressources naturelles abondantes et la faiblesse de la densité de la population khmère, les Vietnamiens du delta du fleuve rouge sont venus s’installer dans le delta du Mékong. À partir du XVIIe siècle, les objectifs à court terme des Vietnamiens sont la conquête du Sud. Au début du XVIIe siècle, les Vietnamiens s’infiltrent discrètement dans les différentes provinces khmères, telles que, Baria (Preah Sourkir), Chanva (Bien Hoa), Prey Nokor (Saigon) d’aujourd'hui. Deux causes majeures qui permettaient aux Vietnamiens de venir s’installaient dans ces provinces sont : La négligence du gouvernement cambodgien et la guerre civile entre les prétendants du trône khmer. En 1651, le roi Khmer sollicite l’aide du roi vietnamien, Hien Vuong, pour résister à ses opposants politiques et armés. En compensation de son aide, Hien Vuong annexe deux provinces khmères Baria et Bien Hoa. Après quoi, les Vietnamiens continuent de mener leur politique de colonisation des terres khmères, ainsi, en 1696, la province Prey Nokor devient province vietnamienne. Au XVIIe siècle, les Vietnamiens, prenant les prétextes de défendre leurs intérêts contre l’invasion siamoise dans les provinces khmères de l’Est, décident d’envahir et annexer les provinces khmères suivantes : Peam (Ha Tien) et Kramoung Sâr (Rach Gia). Plusieurs provinces khmères étaient aussi annexées au cours du XVIIIe siècle : En 1731, Mé sâr (My Tho), Loung Hoa (Ving Long), en 1757, Psâr Dec (Sa Dec), Mouth Chrouk (ChauDoc), malgré la contestation du roi khmer. En 1765, le Kampuchéa Krom tout entier est tombé sous la domination vietnamienne, à l’exception de deux provinces, Trang (Soc Trang) et Chhroy Teûk Khmao (Camau), mais, en 1840, leur sort est décidé par l’ambition des Vietnamiens. À partir de ce temps, l’histoire du Kampuchéa Krom comme celle de Champa, font parties intégrantes de l’histoire du Vietnam d’aujourd'hui.

 

Le conflit entre les trois colonies de l’Indochine

 

Le rappel du passé douloureux de notre Nation est une pièce majeure sur l’évolution de l’histoire de l’Indochine. Ce rappel a pour but de réveiller notre conscience collective, afin de comprendre les causes de notre malheur. Les analyses de ces causes n’ont pas pour objectif d’insulter qui que soit, ou pousser à des peuples à se détester. En tout cas, il n’est pas dans les démarches des historiens. Notre travail consiste seulement à expliquer des faits historiques pour comprendre leur évolution.

 

Depuis toujours, la politique d’expansion du territoire, menée par le Vietnam et la Thaïlande, constitue une menace mortelle pour le Kampuchéa et le Laos. Avant l’arrivée des Français dans la région, au début du XIXe siècle, le Kampuchéa et Laos ont connu un destin tragique comme celui du Champa et ceux des autres pays, annexés par leurs voisins, dans le monde entier.

 

Sous le règne de l’empereur vietnamien, Minh Mang (1820-1841), le Kampuchéa était divisé en deux. Les lignes de démarcation étaient tracées à partir des limitrophes des provinces Pursat, Battambang, traversant le Tonlé Sap, Mlou Prey et Stung Treng jusqu’aux frontières vietnamiennes d’aujourd'hui. Ainsi, un tiers du territoire khmer au Nord du Tonlé Sap était sous le contrôle thaïlandais et le reste, était sous le contrôle vietnamien, dont le nom était Trân Tay Thanh. Ce territoire était placé sous le commandant d’un général vietnamien, Trung Minh Giang, dont le quartier général se trouvait à Phnom Penh (Nam Yân).     

 

Nous pouvons noter que pendant cette occupation permettait aux Vietnamiens d’annexer définitivement la province Teûk Khmao (Camau).

 

L’occupation de Trân Tay Than ne dure pas trop longtemps. La politique d’assimilation forcée du Général Trung Minh Giang provoque un soulèvement populaire. Ce soulèvement est dirigé par le prince Ang Doug, prince khmer, avec l’aide des Siamois. Battu par les Khmers, en 1841, le Général Trung Ming Giang s’est réfugié à Ang Giang. Ce retrait forcé marque aussi la fin de la politique de Trung Minh Giang au Kampuchéa.

 

En revanche, les Siamois continuent à occuper les provinces khmères, Siem reap, Battambang et Mlou Prey (Preah vihear actuel) jusqu’en 1907. Ces provinces ont été rétrocédées au Kampuchéa, grâce aux actions diplomatiques et à la pression militaire de la France sur le Siam. Néanmoins dans cette rétrocession, la France oblige de céder définitivement au Siam deux provinces khmères Trat et Chanthaburi. Au Laos, la situation était presque identique qu’au Kampuchéa. Début XIXe siècle, le pays était partagé entre le Vietnam et la Thaïlande. Il ne restait que deux petites provinces, Loung PreahBang et ChampaSak qui attendent à leur tour d’être annexées, s’il n’y a pas eu l’intervention de la France, le Laos aurait été annexé par ces voisins.

 

Bien entendu, au XIXe siècle, la France était sans aucun doute un frein efficace à bloquer l’ambition expansionniste du Vietnam et de la Thaïlande sur le Kampuchéa et le Laos.

 

Où est le danger ?

 

Où est notre danger ? Le Vietnam ou la Thaïlande ? Est-ce que la Thaïlande soit un danger pour l’avenir du Kampuchéa ?

 

La Thaïlande d’aujourd’hui a une population plus de 30 millions d’habitants. Elle se trouve au milieu de l’Asie Sud-Est continental et sur une terre fertile, possédant beaucoup de ressources agricoles, grâce au fleuve Ménam. Son emplacement au milieu d’une plaine riche permet à la Thaïlande de jouer un grand rôle dans cette région. En fait, la Thaïlande est un pays dont la superficie est très grande : Du Nord, elle atteint le Laos et la Birmanie et au Sud, elle atteint la Malaisie dont la distance est à peu près 2 000 km. En revanche, on constate qu’il y a l’absence d’unité géographique, politique et économique. La région riche est le delta du Ménam avec 460 Km en longueur, 200 Km en largeur. Cette région est le grenier du riz et le cœur économique de la Thaïlande. D’autres régions ne jouent qu’un rôle secondaire pour les Siamois où la population n’est pas d’origine siamoise. Au Nord, il y a les Karens, Chams et Laotiens ; Au Nord-Est, il y a les Khmers et Laotiens ; Au Sud-Est, il y a les Khmers, Vietnamiens et chinois ; Au Sud, il y a les Malaisiens de religion musulmane. Ces minorités vivent au tour du Ménam et ils sont très mécontents, parce que les siamois les considèrent comme des citoyens de seconde zone. Entre outre, ces régions sont en retard au point de vue de développement économique par rapport à celle de Bangkok et du long du fleuve Ménam où il y a une grande densité des Siamois et des Chinois. Cette situation provoque une naissance du mouvement séparatiste qui constitue un grand danger pour l’unité politique du pays.

 

Le grand problème de la Thaïlande d’aujourd’hui est la démographie galopante du peuple thaïlandais. La région du delta du Ménam ne peut plus supporter le poids de cette démographie et les terres au tour du Ménam ne sont pas riches pour nourrir tout le monde. Pour faire face à cette question, il est impératif pour le gouvernement de développer le secteur industriel. Il y d’autres solutions pour les Thaïlandais, le territoire khmer, la plaine du Mékong, le Tonlé Sap, Battambang qui sont riches en ressources agricoles, où il puisse nourrir plusieurs millions d’habitants. Pour cette raison, la Thaïlande se nourrit toujours de réoccuper cette région. Cette volonté est freinée aujourd’hui par des problèmes internes thaïlandais. Mais, dans l’avenir, si le développement de l’économie thaïlandaise ne pourra pas faire face à l’accroissement de la population, la ruée de la population thaïlandaise, accablée par la faim, vers la région riche de l’Est du Kampuchéa puisse devenir une réalité. Il faut noter que pendant la seconde guerre mondiale, ces provinces khmères citées ci-dessus ont été réoccupées en 1940 par la Thaïlande.

 

Actuellement, le Siam est préoccupé par la menace des minorités ethniques sur l’unité nationale. Ce problème interne lui empêche de développer davantage son ambition territoriale. Par conséquent, je pense que dans l’immédiat, le danger du Kampuchéa ne vient pas de l’ouest, mais plutôt de l’est.

 

Le Vietnam unifié constitue un danger pour le Kampuchéa

 

Si le Vietnam du Nord et le Vietnam du Sud se réunissaient, il se formera un grand pays dans le Sud-Est asiatique.

 

Nous le savons que la quantité de la population de chaque État n’est pas un facteur majeur pour déterminer sa force politique, mais plutôt, les qualités du peuple et l’évolution démographique, sont sans aucun doute des facteurs importants pour déterminer la force politique d’un pays.

 

Nous constatons que le Vietnam possède indiscutablement ces trois facteurs :

 

Le nombre important de la population lui permette de dominer l’Indochine ;

La démographie galopante ;

Les qualités de son peuple.

 

Ainsi, nous pouvons comparer le peuple vietnamien au peuple japonais et allemand. Le peuple vietnamien est peuple intelligeant, énergique, courageux et en particulier battant etc. L’histoire du Vietnam nous montre bien que son peuple fait tout temps la guerre contre ses voisins, Cambodge, Thaïlande, Laos et même entre les Vietnamiens. Ces guerres durent depuis plusieurs siècles et nous en posons la question : Comment ces guerres puissent s’arrêter, même après la fin de la guerre d’aujourd'hui.

 

Le destin du peuple vietnamien est guidé par la guerre de conquête territoriale. Cette guerre continue aujourd’hui et continuera encore demain.

 

Cette guerre renforce le peuple vietnamien à devenir un peuple déterminé dans sa lutte, enduré dans sa souffrance et persévéré dans son projet. Cela lui permet de mener des combats violents. Je pense qu’en effet, ces guerres constituent un facteur psychologique important pour le peuple vietnamien. Rappelons-nous bien, qui ont envahi le Cham et Kampuchéa Krom ? Les Vietnamiens.

 

Dans le passé, les Vietnamiens étaient des prisonniers chinois, chassés du Nord, errants, pauvres, venant s’installer dans le Sud comme soldats et colons. Au début, ils s’étaient discrets et ensuite ils commençaient à se quereller avec les propriétaires du lieu jusqu’à ces derniers se retiraient pour s’installer ailleurs. Ce phénomène recommence au Kampuchéa Krom d’aujourd’hui. Notre inquiétude est donc confirmée.

 

Colonialisme territorial ou colonialisme économique ?

 

La conquête territoriale par la force armée est révolue au XXe siècle. Actuellement, de nombreuses institutions internationales comme l’ONU, opinions publiques internationales, organismes de défense de la paix, alliances politiques etc. sont des forces d’opinion qui empêchent la conquête territoriale d’une nation sur l’autre. Mais, notre inquiétude se repose sur une nouvelle forme du colonialisme, celle de l’économie. Le Vietnam du Nord possède une grande force industrielle et celui du Sud est riche en ressources agricoles. Leur complémentarité permettra le Vietnam unifié de devenir une force économique dans le Sud-Est asiatique. La richesse des ressources minières, énergétiques, le développement du système du marché moderne dans les grands pays et la qualité des agriculteurs, etc. ceux-ci existent réellement dans Vietnam d’aujourd'hui. Ils constituent, en effet, les facteurs du développement économique de ce pays, malgré la destruction de toutes sortes d’infrastructures durant ces dernières années. Les Etats-Unis d’Amérique ne pourront pas abandonner le Vietnam dans la misère après la fin de la guerre. Pour se montrer sa bonne volonté, ils aideront ce pays à reconstruire. Ainsi, l’économie du Vietnam dépassera celle de ses voisins. Cela entraînera le Kampuchéa dans le premier temps à perdre son indépendance dans le domaine économique et ensuite dans le domaine politique. L’histoire parlera encore une fois, la marche vers l’Ouest du peuple vietnamien. Ce mouvement vers l’Ouest a un caractère naturel comme le courant d’eau qui coule du haut vers le bas. Ce «bas» n’est que le Kampuchéa où il n’y a pas des obstacles naturels qui empêchent l’eau vietnamienne de venir inonder la terre Khmer. Ceci est un phénomène géographique.

 

La politique du Grand Vietnam ?

 

Il n’y a aucune formule magique pour lire l’avenir de notre pays. Néanmoins, il est dans notre devoir d’avoir un minimum de prévision en tenant compte les faits historiques du passé dans le monde. Les exemples ne manquent pas dans l’histoire récente de l’humanité, parmi lesquelles, celle de la seconde guerre mondiale est encore marquée dans la mémoire de chacun de nous, à savoir : L’ambition d’Hitler de conquérir un espace vital pour le peuple allemand. Cette ambition, à l’époque, s’inscrivait dans la politique nationale de l’Allemagne. Elle était fondée, d’une part sur la supériorité du peuple allemande sur les autres peuples en Europe, à l’Est comme à l’Ouest, c’est-à-dire, les Slaves et les Latins. Cette supériorité, selon les dirigeants nazistes, donnait le droit au peuple allemand pour son bien-être d’occuper un grand territoire. Cette ambition était favorisée par le développement extraordinaire de l’économie de l’Allemagne, à noter, le secteur industriel et militaire. Personne n’avait pu croire que cette ambition aurait pu arriver par une volonté d’un seul homme, Hitler. 

 

Pour commencer, les dirigeants allemands nazistes revendiquaient le retour dans la Nation allemande, une partie des territoires de l’Europe central et de l’Ouest où il y a des allemands et ceux qui parlent la langue germanique y habitent. Ces dirigeants encourageaient les Allemands qui vivaient dans ces territoires à créer le parti naziste. Une fois, ces mouvements autonomistes ou mouvements séparatistes étaient mis en place, ces mouvements faisaient appel à la mère-patrie allemande de venir leur aider par les moyens militaires et diplomatiques. Ainsi, les Nazistes ont pu réaliser leur but noir de transformer, en provinces allemandes, l’Autriche en 1936 et la région des Sudètes, à l’Est de la Tchécoslovaquie, où y vivent trois millions d’Allemands. Ensuite, la Tchécoslovaquie tout entier qui fut placée sous la domination allemande. Cet exemple, nous laisse donc à nous poser la question : Est-ce que cet événement pourra se produire à nouveau dans l’histoire de l’humanité ?

 

Bien sûr, compte tenu du caractère de répétition des faits historiques, cet événement pourra se reproduire à n’importe quel moment. Par exemple, après la seconde guerre mondiale, l’URSS a envahi les pays de l’Asie centrale, parce qu’elle était économiquement et militairement forte. Il y ait un risque éventuel pour les petits pays d’être agressés par les grands puissants.

 

 L’exemple de l’Allemagne, pourra-t-il se produire en Indochine ? L’avenir nous dira. Néanmoins, pour contribuer dans ces réflexions, nous essayons d’analyser la situation politique et économique de l’Indochine.                        

 

Le peuple vietnamien est incontestablement un peuple dynamique et possède les qualités intellectuelles importantes. L’économie du Vietnam après la guerre sera une économie puissante et moderne. En outre, le peuple vietnamien aura un niveau élevé dans le domaine éducatif, scientifique et technique. Son pays aura une force armée puissante dans la région de l’Asie Sud-Est. Cette force n’est-elle pas une menace pour les pays voisins ? Il faut rajouter qu’il y ait des Vietnamiens qui vivent actuellement dans les pays suivants :

 

500 000 personnes au Kampuchéa ;

70 000 personnes au Laos ;

50 000 personnes en Thaïlande.

 

Aujourd'hui, cette présence des Vietnamiens dans notre pays constitue déjà un souci majeur pour le pays. Et demain, si les Vietnamiens continuent de pénétrer clandestinement en grand nombre au Kampuchéa, ce souci deviendra un fardeau économique et politique pour notre nation. Il faut bien noter que ces Vietnamiens ne veulent jamais intégrer dans la société où ils vivent. Ils préservent toujours leur mode de vie, leur tradition et continue d’avoir un lien sentimental très fort avec leur mère-patrie.

 

Pour toutes ces raisons citées, nous considérons que le peuple vietnamien représente sans aucun doute un grand danger pour notre pays. Le Vietnam fort donnera davantage la fierté aux colons vietnamiens partout où ils habitent. Avec ses réseaux économiques et politiques dans le monde, le Vietnam deviendra rapidement un puissant économique en Asie. C’est seulement question de temps parce que toutes les conditions pour permettre le Vietnam deviennent grand pays puissant de la raison, sont presque réunies.

 

Nous pouvons en conclure sans ambages que la renaissance nationale vietnamienne, en premier lieu, son développement économique et sa propagande idéologique, constitue une menace réelle pour notre nation d’aujourd’hui et de demain.

 

 

En ce qui concerne les Chinois du Kampuchéa, compte tenu de la situation géopolitique de notre pays, de leur capacité et de leur volonté à intégrer dans notre société khmère, je pense qu’ils ne présentent pas une menace pour notre pays.

 

L’avenir vital de notre pays dépendra donc de notre capacité à faire face au danger cité ci-dessus. Quelle sera notre force nationale qui permet de faire face à ce danger mortel ?

 

La réponse est dans nos possibilités et nos capacités à agir devant cette menace.

 

Comment faire ?

 

Nos analyses n’ont pas pour but de considérer le peuple vietnamien comme notre ennemi. En revanche, nous souhaitons sincèrement que le peuple vietnamien nous considère comme son ami. Le passé, c’est le passé. Dans notre esprit, nous n’aimons pas mélanger le passé, le présent et le futur.

 

Notre idéal d’aujourd’hui, comme celui des peuples civilisés dans le monde, est de construire notre avenir, lequel sera basé sur la compréhension réciproque entre les nations et les peuples. Nous ne souhaitons pas que notre tragédie se répète parce que notre idéal dépendra d’elle. Aujourd’hui, nous sommes assurés par les dirigeants vietnamiens qu’ils respectent la souveraineté et l’intégralité territoire de notre pays. Cette assurance est sans doute pour d’aujourd’hui et, demain ? Le peuple vietnamien continue-t-il de nous respecter ? Le temps passe et le monde change, chaque époque est différente et des solutions aux problèmes sont aussi différentes. Nous supposons que malgré la bonne foi du peuple vietnamien, est-ce que deux pays qui sont en contact permanent dont l’un est en développement fulgurant et l’autre en stagnation, le plus puissant ne menace-t-il pas le plus faible ? Dans cette situation d’inégalité de développement, il est logique que le plus faible soit menacé de mort par le plus fort. Notre pays d’aujourd’hui est dans cette situation.

 

En conséquence, il faut que nous sommes conscients de notre danger, parce qu’il existe réellement. Aucune arme spéciale puisse contenir l’ambition de l’homme, si on n’était pas conscient du danger encouru et ne connaît pas les devoirs en tant que le responsable. Pour nous, notre arme efficace qui puisse nous sauver, c’est notre conscience nationale. Avoir la conscience nationale, est la connaissance de la valeur sociale et culturelle de notre nation. En outre, cette conscience nationale, renforce notre patriotisme, et notre nationalisme. Le nationalisme politique et économique constitue l’unique arme pour notre survie en tant que nation.

 

Le nationalisme n’est pas seulement l’amour de la patrie, il est aussi un moyen pour revaloriser l’idéologie nationale et toute autre valeur qui favoris la réalisation de notre objectif, tel que le développement de la force nationale dans le domaine politique et économique. Dans cet objectif, notre premier devoir est de renforcer notre nationalisme, lequel constituera la fondation solide de notre nation. Cette fondation pourra transformer en idéologie nationale efficace. Autrement dit, pour que le mot  « nationalisme » soit dans son vrai sens, il faut que tous les éléments cités ci-dessus soient réunis. En outre, le développement du nationalisme dépendra le développement de la démocratie qui permettra au peuple de participer réellement et profondément dans les affaires de l’Etat. Cela renforcera réellement la justice sociale. S’il n’y avait pas « devoirs » en tant que citoyen responsable, il n’aura jamais le nationalisme. Ainsi, le sens du mot « amour de la patrie » se ressemble plutôt au son venant d’un tambour caché, auquel personne n’attache aucune importance.

 

Le facteur humain est le principal facteur de la construction nationale pour le haut progrès de la civilisation d’une nation

 

Lorsque le facteur humain devient un facteur responsable, il ne reste qu’à développer l’économie nationale comme un dernier devoir. Notre unique but, c’est le développement la force économique de notre pays pour faire face à celles des pays voisins. On dit toujours que l’économie dirige la politique. On dit aussi que, si l’économie est faible, il n’y ait pas l’indépendance nationale. Autrement dit, le mot indépendance nationale est vide de sens si l’économie est faible.

 

L’époque actuelle n’est plus une époque où l’on peut vivre en autarcie et l'on peut vivre sans avoir des relations économiques avec les autres pays. Il y a seulement deux grands puissants dans le monde qu’ils puissent réaliser leur indépendance économique. Ces deux puissants ont des richesses abondantes dont la nature a fourni. Nous le savons que notre pays n’a pas beaucoup de richesses naturelles, à l’exception d’une quantité très importante de l’alluvion fertile du Mékong et la chaleur du soleil, autrement dit, nous n’avons que trois ressources naturelles : eau, terre et chaleur du soleil. Ces trois ressources nous obligent en premier lieu à développer notre économie dans le secteur agricole. Nous devons considérer donc comme une priorité pour notre économie. Nous avons déjà les ressources, il nous reste à former la technique à nos paysans. Si notre agriculture était en développement maximum, notre pays sera en tête des pays de l’Asie du Sud-Est.

 

Ce développement, est-il une excellente base pour soutenir notre nationalisme et notre économie ? La réponse est oui.

 

 Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est notre détermination de fer et notre volonté sans réserve pour pousser en avance le développement de notre agriculture. Avec notre détermination et notre volonté, la durée de Dix à Vingt ans seraient suffisante pour réaliser notre objectif. En outre, dans trente ans, le nombre de notre population sera de 15 millions d’habitants. Notre pays deviendra grand et riche dans la région de l’Asie Sud-Est.

 

Avec ces richesses, notre peuple n’aura plus de complexe d’infériorité vis-à-vis de nos voisins. Notre pays sera reconnu dans le monde entier comme pays qui remporte la victoire sur la pauvreté. Cette victoire sera la libération de notre peuple de la décadence perdurée pendant plus siècles qui écrase pendant longtemps déjà notre santé physique et moral de notre Nation. Cette renaissance nous donne, en effet, le courage, l’énergie et la confiance en notre valeur, dont nous avons besoin.

 

Conclusion

 

Dans un monde où la force économique est une force indispensable pour la survie de chaque pays et dans une région où il y a les troubles l’instabilité permanents, il est difficile pour nous de faire un pronostic sur l’avenir. Le Kampuchéa se trouve dans une zone géopolitique compliquée. A chaque étape de son évolution, il rencontre toujours des difficultés à surmonter. Pour construire le Kampuchéa pour qu’il devienne un pays développé, possédé une force économique suffisante pour faire face à l’expansion économique des pays voisins, le seul moyen, c’est de réunir notre force spirituelle et physique.

 

La survie de notre pays dans cette situation difficile dépendra totalement de notre détermination et de notre solidité. Rappelons-nous bien que la réussite du développement de notre économie repose sur la réussite de notre développement agriculture. Cette réussite est notre seul moyen pour faire face à l’impérialisme économique et au colonialisme de nos voisins. Pour terminer la première partie de mon essai, nous citons ici les paroles du docteur Nehru : « Dans le cas où notre économie serait encore faible, il est normal que nous ne puisse pas avoir notre politique extérieure parce que nous ne sommes pas maître de nous-même et notre indépendance nationale ne soit qu’une illusion pour nous. Ne soyons pas déçu, si nous ne savions pas comment faire pour aider nous-même ».

 

Phnom-Penh, le 24 novembre 1969

 

La marche vers l’Ouest

Document

 

Le dernier numéro du bulletin «Etudes Cambodgiennes» (n°18, avril-juin 1969, page 2), publié par le Ministère de l’information, Monsieur Charles Meyer, dans son éditorial, a écrit dans le cadre des relations Khméro-Vietnamienne : «La présence des colons vietnamiens sur le territoire khmer représente un danger politique auquel se manifeste dans certaines régions. On constate que les agents de propagande vietnamien mènent des actions en secret dans des différents villages et en outre, ils guident et conduirent les manifestants, suppôts de l’idéologie vietnamienne». Un peu plus loin, l’auteur a ajouté : «Un autre danger venant des problèmes Khméro-Vietnamien est l’implantation pacifique des immigrés vietnamiens en territoire khmer». «Pour éviter les bombardements américains, des centaines de familles se forcent de fuir leur foyer pour venir s’installer au Kampuchéa. Une grande partie de ces réfugiés, s’installera définitivement dans le pays après la fin de la guerre. Il est probable que des Vietnamiens, partisans des Américains et de l’autorité de Saigon, viendront aussi s’installer dans le territoire khmer après la guerre. Ce phénomène créerait sans aucun doute une grande inquiétude pour les Khmers frontaliers.

 

Ces propos, nous font savoir où sont le danger immédiat et à venir du peuple khmer ? Nous avons déjà soulevé le problème de la marche vers l’Est du peuple vietnamien. À part son caractère politique et idéologique, ce mouvement n’est que la représentation exacte de l’évolution historique de l’Indochine française : Au début, le peuple vietnamien fut mouvement vers le Sud par les chaînes de montagne annamite pendant neuf siècles. Au XIXe siècle, le Champa et le Kampuchéa Krom (année 1940), furent absorbés totalement par le Vietnam. Ainsi, Chhroy Teûk Khmao (Camau), province khmère, se trouve à l’extrême Sud de l’Indochine, fut tombée sous le contrôle vietnamien.

 

Dans l’avenir, la suite de l’expansion territoriale sera la marche vers l’Est, c’est-à-dire vers le Kampuchéa. La guerre du Vietnam depuis 1945 jusqu’à aujourd’hui, favoriserait déjà une infiltration inquiétante des vietnamiens au Kampuchéa. Si aujourd’hui, nous ne prenions pas des mesures efficaces pour face à ce problème, demain, il sera de plus en plus important.

 

Un autre facteur à tenir compte dans ce problème si compliqué, est l’accroissement rapide des vietnamiens vivants à l’étranger. L’inquiétude s’agrandit, si on tient compte le résultat d’enquêtes sur l’accroissement démographique, fondées sur des méthodes scientifiques : Le taux d’accroissement démographique du peuple khmer est de 2,5 % à 2,6 %. En revanche, celui du peuple vietnamien est supérieur que le nôtre, 3%%. En outre, ce taux va certainement augmenter plus de 3%, après la guerre. Cela pourrait créer des problèmes aux pays voisins. En outre, cet accroissement rapide pourrait aussi créer des problèmes agraires. Le Vietnam aurait sans doute besoin un espace suffisant pour nourrir à l’augmentation sans cesse de la population. Actuellement, le nombre de la population du Nord et du Sud réunis, est déjà 40 millions d’habitants. Avec ce nombre, le problème de terre se pose déjà. Lorsque le nombre de la population atteindra 80 millions d’habitants dans 20 à 30 ans, combien le problème de terre va-t-il augmenter ? Sauf, l’économie vietnamienne deviendra une économie dont les industries sont très puissantes. Cette situation permettra le Vietnam à résoudre son problème de terre. Sinon, beaucoup des Vietnamiens vont obliger de quitter leur pays pour venir s’installer sur les terres disponibles, lesquelles se trouvent au Kampuchéa. Quant au Laos, pays montagneux, d’après l’histoire, les vietnamiens n’aiment guerre y vivre parce qu’ils sont des hommes de la plaine et la plaine se trouve forcément au delta du Mékong. Il ne faut pas oublier, en l’an 2000, le nombre de la population khmère sera de 15 millions d’habitants, selon la prévision, basée sur la méthode scientifique, quant au nombre des vietnamiens, il sera de 70 à 80 millions d’habitants. Sans avoir trouvé des solutions aux problèmes démographiques, il risque de faire naître parmi les intellectuels et les nationalistes vietnamiens des idées ultranationalisme fondées sur une nouvelle théorie de l’espace vital. Si cette théorie naissait, l’avenir de notre Kampuchéa se souffrira énormément.

 

Par ailleurs, le nombre des colons vietnamiens au Kampuchéa est de plus en plus nombreux.  Actuellement, leur nombre est de 450 000 à 500 000 personnes, c'est-à-dire à peu près 7 % de la population khmère. Le taux de naissance chez les colons vietnamiens est supérieur que celui qui est chez notre population. Plus les infiltrations clandestines, le nombre des colons vietnamiens augmenterait sans cesse sur le territoire khmer. Nous avons constaté que les colons vietnamiens sont en général pauvres. Cette pauvreté génère beaucoup des problèmes sociaux : Vols, crimes, chômage, jeux hasard, prostitution etc.… Les Khmers en subiraient indiscutablement donc, toutes sortes de conséquences de leur contact avec les colons vietnamiens. Ceci est un problème sociologique, il faut que nous soyons conscients afin de préserver la pureté de notre société.

 

Une autre difficulté que nous soyons attentive pour notre avenir, est l’addition entre les colons vietnamiens et ceux des chinois. Actuellement, le nombre des étrangers est plus ou moins d’un million de personnes sur sept millions de notre population, c'est-à-dire sur sept Khmers, il y a un Chinois ou vietnamien. Cette situation pourrait créer un problème racial qui fait partie du problème de société. Par exemple, dans la Malaisie actuelle, il y a eu et il y a encore des problèmes de religion qui provoquent l’instabilité politique du pays. Les colons vietnamiens ne vivent pas en discrétion chez nous. Ils ont toutes sortes d’organisations : Religion et politique. Tout le monde est au courant de ceci. Actuellement, ils n’agissent pas parce que le Vietnam est en guerre. Leurs intérêts premiers sont de vivre en bonne entente avec l’autorité khmère. Quand la guerre sera terminée, et la réunification des deux Vietnam sera réalisée, que sera-t-il passé ?

 

Si la réunification des deux Vietnams ne soit pas possible pour raison politique, le monde entier prévoit qu’il y aura certainement une réunification économique et culturelle. Cette réunification transformera les deux Vietnams en un pays puissant en Asie. Cela réveillera la conscience des colons vietnamiens de leur force en tant que minorité ethniquement et politiquement dominante. Il y aura donc des diverses revendications dans le domaine social et politique. Cela sera un grand danger et entraînera sans cesse des troubles dans des relations khméro vietnamiennes. Nous avons affirmé ainsi, ne signifie pas, nous avons de haine héréditaire envers le peuple vietnamien. Cette affirmation n’est que nos réflexions sur des problèmes khméro vietnamiens. Ces problèmes existent dans l’histoire de l’humanité au XXe siècle.

 

Où est la solution ?

 

Résoudre les problèmes entre le Kampuchéa et le Vietnam, la bonne solution n’est pas l’utilisation de la force comme moyen. Parce que la force entraînera sans cesse une réponse par la force. Elle aggraverait la situation et entraînera une instabilité politique en Indochine. Nous voulons dire l’utilisation la force, veut dire, nous allons forcer les Vietnamiens à retourner ces eux par la force (le rapatriement forcé). Cette méthode aurait une mauvaise conséquence pour notre économie : Perte des techniques et le marché à l’intérieur du pays qui sont nécessaires au développement de nos industries. Même, le rapatriement forcé soit possible, mais il générerait des problèmes énormes qui sont au-delà de nos capacités. La méthode applicable et qui évite de créer trop de problèmes, serait de contrôler toutes les activités dans le domaine religieux, social et politique pour neutraliser toutes les préparations de mauvaises intentions des colons vietnamiens. Le plus important, serait la fermeture des frontières à l’immigration clandestine par le réseau économique et l’organisation crapuleuse. Il faut comprendre que l’infiltration temporaire des vietnamiens au Kampuchéa ne constitue pas un grand danger, mais l’implantation permanente avec la construction de maisons, l’exercice de métier de l’agriculteur et autres, s’enracine sur notre terre. Il est difficile pour eux avec des enfants et leur lien avec des amis sur place de retourner au pays. Notre frontière serait peuplée, en effet, de nombreux colons vietnamiens qui provoquent des conflits avec notre population, auxquels deviennent invivables pour ces derniers. Dans cette situation, comme le peuple khmer est un peuple paisible qui n’aime pas le conflit, se lui oblige de quitter les lieux pour aller vivre ailleurs. Voilà, les Vietnamiens ont pu occuper en silence la terre khmère. Il faut que nous en soyons conscients.

 

Notre espoir en face de ce péril pour notre nation, repose complètement sur le gouvernement de sauvetage national dont il est conscient. Si nous ne résolvons pas ces problèmes, notre avenir serait recouvert par de nuages noirs dans une Indochine conflictuelle.

 

Phnom-Penh, 23 décembre 1969

  

Indochine en l’an 2000

 

La théorie sur le rôle important de la population et de l’évolution de cette population dans la vie politique nationale et internationale, n’est pas une nouvelle théorie. Chaque région, par son peuplement, a sans doute une influence sur les dirigeants politiques de chaque pays ou de chaque région. Bien entendu, quand on place l’Homme au centre de toute forme du régime du gouvernement d’une nation ou une société, la population et le régime de gouvernement sont inséparables.

 

Le surpeuplement

 

Fondée sur la théorie citée ci-dessus, beaucoup des sociologues expliquent ceci : Les causes des guerres entre les nations et les mouvements révolutionnaires dans chaque pays et chaque région dans le monde, sont basées sur la situation et l’évolution de chaque peuple. L’histoire de l’humanité nous montre quelques exemples auxquels nous pouvons prendre comme base pour expliquer la théorie déjà citée : En l’an 1930, en Europe, l’Allemagne de l’époque Hitler et en Asie, le Japon de l’époque militarisme, avaient pratiqué une politique militarisme, provoquant le déclenchement de la guerre mondiale pendant plusieurs années, dans laquelle régnait la tristesse humaine. Les deux pays, de cette époque, sont des pays où il y avait le surpeuplement, auquel ne permettait pas aux dirigeants de mener une politique normale pour leur pays. Ils avaient donc choisi la politique de conquête territoriale par la force militaire sur les pays voisins. Leur unique but était la recherche de l’espace vital pour nourrir la population dont le nombre ne cesse d’augmenter de chaque année. Dans ce but, avant même la seconde guerre mondiale, le Japon avait conquis la Corée et la Mandchourie du Nord de la Chine. En outre, il menaçait certaines provinces de l’union soviétique. Cette conquête provoqua un conflit sino-japonais pendant plusieurs années, de 1938 jusqu’à 1945. Quant à l’Allemagne, durant des années 1938 à 1945, elle avait annexé l’Autriche, la Pologne et une grande partie de la Russie. On constate depuis l’année 1814 jusqu’à 1914, qu’il y ait un doublement de la population en Europe. Dès l’aube du XIXe siècle, ce continent avait connu le bouleversement qui remenait directement à la seconde guerre mondiale. Enfin, on constate que les pays sous-développés d’aujourd'hui, qui viennent de connaître le problème d’accroissement de la population en vitesse de flèche, rencontre en même le problème de révolution à laquelle est soutenue par le mouvement communiste international.  Cette révolution a pour but d’abattre la politique économique de l’ancien régime pour bâtir un pouvoir révolutionnaire dans lequel, il croit trouver des solutions efficaces pour résoudre des problèmes de société, en particulier des solutions aux problèmes d’accroissement de la population. Dans cette théorie, il y a des savants de réputation internationale comme Gaston Bouthoul, démographe français, avait considéré la guerre comme un système d’équilibrage de l’accroissement de la population dans le monde.

 

Un contre deux

 

Pour bien comprendre le péril qui pèse de manière permanente sur le Kampuchéa de demain, il est nécessaire de nous rappeler certaines réalités historiques comme repère. Dans l’évolution historique des trois pays, Khmer, Siam et Vietnam ; Les relations entre Khmer et Vietnam, les relations entre Khmer et Siam et enfin, les relations entre Siam et Vietnam, sont une permanence historique dans l’histoire des peuples de l’Indochine depuis plusieurs siècles. Le Siam est une nation jeune (née au XIVe siècle). Après l’invasion d’une grande partie du Nord-Est du Kampuchéa actuel, il poursuivait sa politique de séduction le pays Khmer pour le ramener sous sa domination, c'est-à-dire faire le Kampuchéa un protectorat siamois. Le but était de faire le Kampuchéa une ligne de défense contre les nouveaux ennemis, les Vietnamiens. De cette façon-là, le conflit entre le pays Khmer et Siam était un conflit entre une nation jeune et vieille. Il est normal, une civilisation jeune est toujours plus énergique que celle plus âgée. Pour cette raison, nous avons perdu beaucoup de provinces. En revanche, la marche du peuple vietnamien vers le Sud par les côtes du Champa et Kampuchéa Krom, avait pour objectif d’envahir pour annexer directement le territoire khmer et de supprimer la religion et la culture khmère, c’est-à-dire de transformer le pays Khmer en un nouveau territoire vietnamien. Ce sont des faits qui s’expliquent la politique vietnamienne sur le pays Khmer durant des 18e-XIXe siècles et du XXe siècle au Kampuchéa Krom d’aujourd'hui. L’accroissement de la population vietnamienne et le manque des terres fertiles pour nourrir cette population, sont des causes profondes de la politique d’expansion territoriale du Vietnam en Indochine. Il faut noter, la division du pays Khmer en deux, est la conséquence de la confrontation successive entre le Siam et le Vietnam. Et on en conste aussi au Laos. Les Siamois sont de plus en plus méfiants envers leurs ennemis Vietnamiens. Dans cette situation, la prochaine confrontation entre ces deux nations sera sur le territoire Khmer et Lao. Pour nous, le problème majeur à noter, est l’accroissement de la population vietnamienne et thaïlandaise. Par notre position géographique qui se situe au milieu du Vietnam et le siam, notre pays va subir certainement la conséquence de l’accroissement de la population des deux pays. Le nombre faible et le retard de l’accroissement de la population khmère sont des causes de notre inquiétude justifiée. Dans le cadre de la vision sur l’avenir de notre nation, nous pouvons nous poser la question afin de pouvoir y réfléchir : En Indochine, est-ce que le nombre de la population khmère peut-il faire face aux nombres de la population thaïlandaise et vietnamienne ?

 

Quinze millions d’habitants en l’an 2000

 

Nous avons déjà parlé succinctement de la région dans le monde où elle connaît l’accroissement trop rapide de la population et ses mauvaises conséquences. Nous pourrions réfléchir ces mêmes conséquences en Indochine dans le cas où il y aurait une évolution normale, c'est-à-dire pas de guerre et pas des évènements qui pourraient modifier cette évolution.  Parlons de ce problème n’est pas un rêve pour nous. Nous en parlons en tant que l’Homme, possédant une conscience d’un homme normal, qui veut réfléchir pour savoir davantage.

 

Nous pouvons faire une prévision sur le nombre de la population khmère en l’an 2000 en basant sur le taux d’accroissement démographique de 2,5 % à 2,6%%. Par conséquent, nous estimons par la méthode scientifique que le nombre de notre population en l’an 2000 sera de 14 à 15 millions de personnes, bien entendu : Pas de guerre ou l’insécurité qui vient modifier ces donnes. Notre densité sera de 80 d’habitants sur 1km2. Dans cette situation, dans 30 ans, l’espace vital de notre terre n’est pas encore serré. Par ailleurs, notre terre est une plaine, riche en ressources naturelles, le fleuve du Mékong par exemple. Nous pourrions augmenter nos exploitations agricoles par l’irrigation. Il nous reste beaucoup de l’espace pour la culture de légumes. Actuellement, nous en utilisons seulement 18%. Nous pourrions encore augmenter cette espace de culture de légumes pour répondre à l’accroissement de notre population. Dans 30 ans à 50 ans, comme nous avons déjà dit, notre terre ne sera pas encore serré. Dans l’avenir, nous pourrions encore augmenter le rendement de notre agriculture parce qu'il y aura un progrès dans la technique de l’exploitation. Nous ne sommes pas effrayés pour notre avenir parce que notre pays pourra nourrir suffisamment notre population. Notre pays n’a pas besoin de recourir à la politique d’expansion territoriale envers nos voisins. Mais la question inquiétante est de savoir, est-ce que nos voisins, l’Est comme l’Ouest, veut-il nous laisser vivre en paix ? Ici dans 30 ans et 50 ans, leur territoire sera plein comme l’eau pleine dans un réservoir. Elle se débordera et se versera dans la plaine, sans avoir l’eau. Cette plaine est la vallée du Mékong. Ainsi, le Kampuchéa pourrait-il éviter ce péril ?

 

Notre danger vient de l’Est où 80 millions d’individus se tâchent pour vivre dans un étroit territoire

 

Les Vietnamiens sont venus du Nord par les côtes du Champa pour conquérir, à la fin du XVIIe siècle, la terre de nos ancêtres de l’Est et du Sud. À peine 150 ans, les Vietnamiens avaient envahi totalement notre terre du Kampuchéa Krom et devenaient en l’an 1840, les propriétaires de la terre. Il faut rappeler qu’une grande partie de terre annexée, représente une superficie de 64 000 km2, équivalente à celle du Ceylan. À l’époque, malgré la fertilité incomparable de la terre de nos ancêtres, nous étions peu nombreux sur cette terre. C’était la cause de là poussé des Vietnamiens vers le Sud. En effet, le Vietnam n’avait pas assez de terre cultivable pour nourrir la population de plus en plus nombreuse.  Pour cette raison, il menait sans cesse une politique de conquête territoriale sur le Kampuchéa. À cette époque, les Vietnamiens ne cessent plus d’entrer inégalement pour s’installer sur nos terres non habitées.

 

Actuellement, le Vietnam a une superficie de 330 000Km2, deux fois plus grande que la nôtre. C’est un pays, ayant une longueur très longue du Nord au Sud, 2 000km2. En 1970, le nombre de la population est à peu près 40 000 millions d’habitants, 20 millions au Nord et 18 millions au Sud. La terre du Vietnam est riche en forêt et en montagnes, auxquelles couvre une superficie de 80 % (260 000 km2), sur la superficie totale. 20 millions sur une population de 38 millions d’habitants concentrent sur 20 % (60 000km2) de la superficie totale. La densité est donc de 600/1km2. Comme nous avons constaté, qu’actuellement la terre du Vietnam est déjà encombrée. Le rendement de la production du riz est insuffisant. Le grand grenier du riz du Vietnam, se trouvant au delta du fleuve Mékong et celui du fleuve rouge, peut fournir le riz 6 millions de tonnes en moyen par an, 4 millions d’autres au delta du fleuve Sok Kay. En tout, 10 millions de tonnes. Cette quantité sera insuffisante pour les besoins de la population en accroissement. Parmi les pays d’Asie, le Vietnam a un taux d’accroissement démographique de 3%. Selon ce taux, la population vietnamienne va augmenter très raidement, à laquelle s’ajoute au nombre actuel, 40 millions d’habitants, qui est déjà nombreux. Sur cette augmentation, s’il n'y avait pas des évènements qui ne viennent pas en perturber, le nombre de la population vietnamienne atteindra 80 millions d’habitants dans 30 ans. En ce qui concerne le Kampuchéa, en l’an 2000, nous serons 15 millions d’habitants. Dans cette situation, au XXIe siècle et la suite, le nombre démesuré de la population vietnamienne par rapport à l’espace vital, à laquelle est déjà encombré aujourd'hui, constituera un lourd fardeau pour les petites nations en Indochine, comme le Kampuchéa et le Laos. Ce lourd fardeau aura une influence sur la politique intérieure et extérieure du Vietnam. À l’avenir, elle pèsera sans aucun doute sur la politique économique de notre pays, parce que nous ne pouvons pas fermer, d’une façon hermétique, les frontières Khméro-Vietnamiennes. En effet, nos frontières avec le Vietnam n’ont pas des obstacles naturels pour défendre notre pays.

 

Quelles sont ces lourdes conséquences ?

 

Nous avons déjà nous posé la question : Le 20 % (60 000km2) seulement de terre cultivable sur une superficie de 330 009km2, pourrait-il fournir de nourritures suffisantes pour un nombre de populations de 80 millions d’habitants ?

 

Nous pouvons y répondre illico : Avec 40 millions d’habitants, le Vietnam d’aujourd'hui est à peine de les nourrir. Lorsque que le nombre atteindra 80 millions d’habitants, combien des grands problèmes surgiront-ils ?

 

Le Vietnam, deviendrait-il le deuxième Japon en Asie ou l’Allemagne en Europe ?

 

Il y a 3 réponses :


En revanche, si la force économique du Vietnam ne développait pas suffisante et la limitation des naissances n’était pas appliquée, le Kampuchéa devra faire de deux à dix fois à son péril.

 

Comment se fait-il que toutes ces éventualités soient-elles possibles ?

 

La guerre pourrait éclater entre Khmers et Vietnamiens. Cette guerre est difficile à éviter parce que le nombre de la population vietnamienne continuer sans cesse à augmenter, 50, 60, 70,90 millions dans 10 à 30 ans. Et ses ressources agricoles restent au même niveau ou augmentent lentement. Ces conditions ne permettent pas donc, le Vietnam à nourrir suffisant sa population. Cette situation entraînera la crise sociale, ensuite la crise politique, à laquelle provoqueront le mécontent et la pauvreté de la population. C’est à ce moment-là, les Vietnamiens ultra-nationalistes élaborent la théorie d’expansionnisme, avec la théorie d’Allemande d’Hitler comme référence, pour conquérir d’espace vital pour leur population. Ces terres se trouvent au Kampuchéa, au Laos et en Thaïlande. Pour réaliser cet objectif, ils provoqueront la 3e guerre d’Indochine. Si c’était le cas, le ciel indochinois recouvra les nuages noirs qui cachent définitivement notre espoir avec beaucoup de tristesse. Si cette politique de conquête de l’espace vital était appliqué, nos terres et notre population seront absorbées petit à petit jusqu’au nom de notre pays sera rayé de ce monde comme le Royaume du Champa et le Kampuchéa Krom. L’histoire décrira plus tard la marche vers l’Ouest du peuple vietnamien sous la pression de l’accroissement démographique maximal. Ce dont, le Vietnam attend une occasion depuis déjà plusieurs siècles pour anéantir notre pays. En conclusion, la région indochinoise, est une région qui n’a aucune stabilité où le Kampuchéa dans son avenir, traversera un grand danger pour sa survie. N’importes quelles conditions où se trouvent le Vietnam, la menace sur notre existence, nous poursuivent en permanence. Notre danger se montrera de plus en plus précis avec le temps. Comme nous avons déjà dit, seul le renforcement rapide de notre force économique nous donnera des moyens pour nous défendre toutes ces éventualités.

 

Ces idées ne sont qu’une opinion ou une thèse d’un homme. Ainsi, on ne peut les considérer comme une réalité, laquelle dépendra dans l’avenir de l’évolution de l’histoire. C’est elle qui déterminera.

Mais, il n’y ait pas que des Vietnamiens qui nous guettent pour nous anéantir, il y ait aussi à l’Ouest, des siamois qui attendent une bonne occasion pour emparer les terres de nos ancêtres.

 

La Thaïlande et ses 70 millions d’habitants

 

À l’Ouest et au Nord du Kampuchéa, il y a un autre qui pourrait nous poser des problèmes.

Nous avons déjà soulevé les problèmes vietnamiens pour y réfléchir afin de pouvoir éclaircir notre conscience nationale. En revanche, nous ne pouvons pas oublier qu’il y ait un autre danger qui pourrait aussi menacer notre pays. Bien entendu, ce danger n’est pas venu de l’Est ou du Sud et de nos ennemis qui ont déjà volé nos terres dont la superficie est de  60 000km2, c'est-à-dire 3 fois plus grand que l’Israel. Nous avons un autre ancien ennemi qui a emparé beaucoup de nos provinces : Cet ennemi inoubliable, qui a envahi en 1907, 1/3 de notre territoire et 1941 jusqu’à 1945, nous a attaqué par la force pour réoccuper nos provinces, Siemreap, Kampong Thom, Battambang, est le Siam ou la Thaïlande.

Dans notre histoire, les Vietnamiens étaient vraiment dangereux pour nous. Quant à nos voisins Thaïlandais, ils étaient aussi dangereux et sauvages que les premiers. Pour cette raison, avoir des préoccupations sur les ces deux dangers, est un moyen pour nous de nous préparer pour les résister. Ces préoccupations constituent notre conscience précieuse.

L’histoire récente de notre pays, nous a donné une leçon. Il ne faut plus attendre le niveau d’eau qui monte jusqu’au nez pour chercher de tous les côtés un nouvel abri. Parce qu’il est trop tard et ce sera le début de naufrage ou de désespoir.

 

Quelles sont les influences de la population thaïlandaise sur l’avenir de notre pays

 

Il n’y aura pas la réponse juste à 100 % à cette question. Personne n’est capable d’y répondre avec précision, mais on pourrait faire des prévisions dont le contenu est plus ou moins vrai, comme des thèses.

Dans le document de Monsieur La Loubère, écrit en 1693, le nombre de la population siamoise était seulement 1 900 000 d’habitants. Un siècle après, il était augmenté à 5 200 000 d’habitants. À la même époque, la population khmère était de 800 000 d’habitant. En 1910, le nombre des siamois était de 8 200 000 d’habitants. En 1937, ils étaient 14 500 000. En 1965, ils étaient déjà 22 800 000. En 1970, le nombre de la population est augmenté à 34 millions d’habitants. Après le calcul scientifique, en 1975, ils seront 40 millions.

 

Comme nous avons le constaté, la population siamoise a augmenté rapidement, en particulier, après la seconde mondiale. Cette augmentation sans cesse est une conséquence de la baisse du taux de mortalité. Avant l’année 1950, la Thaïlande était considérée comme pays prospère et paisible. Après 1950, la Thaïlande avait rencontré beaucoup de beaucoup de problème. Les causes sont : L’augmentation rapide de la population thaïlandaise et l’évolution politique internationale dans la région de l’Asie d’Extrême-Orient.

 

La Thaïlande : 70 000 000 d’habitants en l’an 2000 !

 

Selon les statistiques, le taux de naissance de la population thaïlandaise est de 3%, celui des Khmers est seulement de 2,6%. S’il y avait aucun évènement qui vient troubler le cours normal de l’accroissement démographique de la Thaïlande, le nombre de sa population atteindra 70 millions d’habitants au début du XXIe siècle. À la même période, le nombre de la population khmère sera de 15 millions d’habitants. Nous ne pouvons pas ignorer ce nombre de 70 millions thaïlandais en 30 ans, parce qu’il transformera l’Indochine en une région surpeuplée. La somme des Thaïlandais et des Vietnamiens est égale à 150 millions d’habitants. Avec 15 millions d’habitants, un contre 10, quels sont nos moyens pour faire face à nos ennemis ? Et, s’ils se réunissaient pour nous faire du mal avec toutes sortes de leurs mauvaises intentions ? En plus ; Avec notre position géopolitique centrale, tout est facile pour eux. L’exemple est la Pologne. Ce pays, quelles fois, avaient perdues ses territoires, son existence en tant que l’État et était un objet de partage entre l’Allemagne, partie Ouest, et la Russie, partie Est, pendant la seconde guerre mondiale.

           

En conséquence, à l’avenir, l’Indochine rencontrera certainement le grand problème surpeuplement.

 

Conséquence de surpeuplement

 

Quelles sont les mesures prises par le gouvernement thaïlandais pour résoudre le problème de l’accroissement démographique ?

 

Aujourd’hui, même que le nombre de la population n’est pas encore atteint à 40 millions d’habitants, les dirigeants thaïlandais commencent déjà à s’inquiéter. Dans les 1956-1958, la B.I.R.D., sur la demande du gouvernement thaïlandais, a rendu un rapport d’études sur la situation économique thaïlandaise. La conclusion est la suivante : L’avenir de l’économie thaïlandaise sera très faible. En revanche, le développement de la force économique devrait passer nécessairement par l’augmentation de la production des produits agricoles et industriels pour résoudre le problème d’accroissement démographique. Ces augmentations ont pour but d’empêcher la baisse du niveau de vie de la population jusqu’à la carence de nourriture.

Actuellement, les produits exports à l’étranger sont en baisses, comme les bois Mey Sak, les plombs, Pa Haing, Caoutchoucs et le riz en particulier. D’où le renforcement de la force économique est une priorité pour la Thaïlande. Dans ces idées, le gouvernement royal thaïlandais a des grands projets : Construction du barrage pour produire les courants électriques et irriguer les plantations dont on prévoit d’augmenter la superficie. Quant au secteur industriel, le gouvernement fait appel à des capitaux étrangers pour son développement. Parmi ces capitaux, le Japon est en première position à investir, ensuite, il y a le Taiwan, et en 3e position, est les Etats-Unis. Dans ces projets de développement son économie, le gouvernement royal fait le maximum pour faciliter les investissements des capitaux étrangers.

 

Le problème le plus important pour la Thaïlande est le riz. 1/4 de la superficie de la plaine du fleuve Ménam, grenier du riz du Siam, est riche en eau. Malgré cela, la Thaïlande a moins de problème que le Vietnam pour augmenter ses terres de plantation. La Thaïlande a une superficie 500 000km2 dont une grande partie est une plaine. Dans 30 ans ou 50 ans, la Thaïlande ne sera pas encore un pays en défaut de terres. Elle pourra encore augmenter sa production agricole, au moyen de l’irrigation, des engrais et machine agricole, pour répondre aux besoins croissants de sa population. Depuis 1950, pour réaliser cet objectif, le gouvernement siamois a eu beaucoup de grands projets : Construire des barrages, creuser des canaux avec l’aide des pays étrangers. Ces projets permettront d’augmenter la superficie de plantations et les énergies électriques. Si les projets d’augmenter les productions agricoles et industrielles soient réalisés, une partie des crises sociales sera résolues et la force économique sera de plus en plus forte grâce à son immense marché intérieur (de 15 million sà 70 d’habitants au XXe siècle). Cette force économique menacera le Kampuchéa qui a un petit marché intérieur. Il est normal que l’eau coule d’en haut vers le bas. Le Kampuchéa, se trouvant d’en bas et au milieu du Vietnam et la Thaïlande, ne pourra pas éviter les pressions d’ordre économique et démographique grandissant la part de ces deux pays. En outre, il est impossible de bâtir des frontières impénétrables avec les pays voisins.

La Kampuchéa est une petite enclume, pourra-t-il résister à un gros marteau qui frappe sur lui ? Pour l’avenir, il est nécessaire d’augmenter l’épaisseur de l’enclume pour qu’elle soit solide.

Il vaut mieux que la Thaïlande réussisse dans son développement économique. Dans le cas contraire, quelle sera sa solution ?  Les dirigeants siamois se voient obliger de fixer leurs yeux sur notre province de Battambang et notre plaine de Tonlé Sap où il y a beaucoup de poissons et du riz.

Si la Thaïlande s’entendait avec le Vietnam, comme en 1840, au XIXe siècle, pour partager notre pays. Est-ce que nous pouvons en faire face ? ou il suffit d’attendre notre mort.

 

Conclusion

 

Ce que nous venons d’écrire ci-dessus, n’est qu’une pensée réfléchie et projetée dans l’avenir. Personne ne peut affirmer que cette situation pourra se réaliser et deviendra une réalité. L’histoire pourrait nous donner une leçon à laquelle nous permet de mieux nous préparer pour faire face à toutes les éventualités qui pourront se produire. Il faut donc entrée dans l’histoire pour éclairer le futur parce que le futur est une boîte noire.

 

Nous pouvons nous tromper dans nos analyses. Mais, nous savons que le poids de l’économie, de l’accroissement démographique et de la politique de nos voisins, nous menace réellement sur l’avenir de notre pays où le ciel sera voilé de nuages noirs.

 

Dans ces conditions, notre chemin à parcourir est le devoir de développer au maximum notre économie pour faire face aux pressions des pays voisins, auxquelles constitue une menace sur notre survie.

 

Si l’économie était forte, la politique la suivra comme dirait l’autre : C’est l’économie qui conduit la politique.

 

Ces idées sont les résultats de réflexions d’un homme. Elles ne représentent donc pas une généralité, dans lesquelles, il existe normalement des erreurs. Notre avons seulement essayé d’éclairer notre avenir et notre conscience. Et les moyens pour développer l’économie moderne sont les affaires des techniciens.

 

Nous souhaitons que le Kampuchéa, notre patrie bien aimé, vive dans la prospérité.

 

 

Kampong Cham, le 20 janvier 1970

 

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