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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 07:05

 Empire.jpgimages-copie-2.jpgimages--4-.jpgimages-copie-1Armee-vietnamienne.jpg  ?

Empire – Puissance – Décadence – misère – occupation – Interrogation

 

Promenade de l’Esprit 5

 

Interrogation !

 

Tout le monde veut faire du bien au Peuple Khmer en commençant par faire l’apologie qu’il fût héroïque dans le passé : Peuple bâtisseur, Peuple guerrier, Peuple intelligent, Citoyens de l’Empire et autres valeurs. Mais ce peuple est toujours pauvre dans le présent : Peuple mal logé, Peuple affamé, Peuple coolie, Peuple mal instruit et autres misères. Pourquoi ?

Pour éviter d’être le perroquet vieilli qui répétait sans cesse les causes du malheur du Peuple khmer dont tout le monde en parle, à savoir : La guerre civile, la dictature du pouvoir, la décadence, la domination étrangère et l’absence de la démocratie, etc. ou de résigner à jouer le rôle d’escroc qui prétend d’être le guérisseur des maux khmers. Cette fois-ci, j’essaie de raconter une histoire qui nous fait peur.

Dans la Constitution de 1947, la première pour mon pays, on me le disait que « je suis le sujet du Roi ». Alors, j’étais fier de l’être, parce je croyais que le Souverain fût le symbole du « Bien » et ce « Bien », ce qu’on me le disait aussi, fût l’âme de mon pays. Mon pays et le Bien était donc « Un ». Une raison de plus d’être né Khmer dont le Roi est le Protecteur (Varman).

En 1956, nouvelle Constitution, on me le racontait cette fois-ci que « je suis membre du Sangkum Reastr Niyum (Socialisme khmer). Alors, j’étais toujours fier d’être sujet du Roi et membre de cette Communauté dont l’idéologie est fondée sur deux composantes : La démocratisation de la vie politique khmère et la neutralité du Cambodge dont le but recherché était la restauration de la grandeur du passé. Cette idéologie avait été inventée par l’ancien Souverain qui devînt Chef de l’État à vie, mais il était toujours Protecteur de mon Pays. J’étais donc heureux d’apprendre de cette bonne nouvelle qui ne changeait pas grande chose pour moi et pour mon pays, parce que le Protecteur était toujours le même.   

En effet, de 1947 à 1956, mon statut était toujours le même. J’étais le Peuple et ce Peuple était toujours le sujet du Roi qui était toujours Maître du pays. Des agissements des partis politiques durant cette période n’a été qu’une parenthèse sans souffle. Après 1956, presque la totalité des leaders politiques faisaient le mea culpa et demandaient le pardon au Chef de l’État en jurant de travailler dans l’esprit d’union nationale pour le bien du peuple. J’en étais ravi, parce que tout le monde voulait me rendre heureux. J’étais le Peuple le plus heureux sur la planète terre. De quoi me plaignais-je ?

L’année 1963, les dollars US n’étaient plus la bienvenue au pays où je suis né. Comme j’étais le Peuple, on me demandait de détester les Yankees. Alors, j’en obéissais sans broncher. L’année suivante, j’ai cassé les grilles et des portes des ambassades des États-Unis et des Royaume-Unis comme un éléphant en manque de coït pour montrer que le Peuple Khmer  est brave face à ces deux puissances qui ne sont que des tigres de papier. Cette année-là, on me le disait que le Peuple Khmer est mature pour bâtir à nouveau la grandeur du passé. Alors, j’étais fier, parce qu’avec la main vide, nous pouvons brûler le drapeau des Yankees et les expulser hors du pays.

L’année 1969, je m’apercevais que 2/3 du territoire de mon pays est occupé par les forces étrangères, nommées Viêt-Cong et Nord-Vietnamiennes. Alors, je manifestais illico pour demander à ces dernières de partir. Mais, leur réponse était non avec un ton martial. La guerre s’éclata qui divisa le Peuple Khmer en trois couleurs : Bleu, Blanc et Rouge. L’année 1970, le Peuple Bleu choisit la République pour se défendre contre l’agression étrangère, le Peuple blanc choisit la monarchie pour se venger de la République et le Peuple rouge choisit le Communisme pour casser la République et la Monarchie. Ce changement fit naître en 1975 un nouveau Peuple Khmer, appelé tout simplement « Peuple Nouveau » dont la vie était rythmée par la violence de l’Angkar (Parti communiste khmer). Alors, ce Peuple nouveau acceptait la mort sans dire un mot, parce qu’il est habitué à obéir au Pouvoir, quel qu’il soit sa nature.

L’année 1979, triste ironie de l’histoire, l’armée vietnamienne vint libérer ce Peuple nouveau de l’enfer de l’Angkar. Ensuite, elle occupa pendant dix années le pays de cimetière de deux millions de morts. Cette occupation qui faisait découvrir le monde entier avec stupéfaction que 2 millions des Khmers innocents ont été massacrés par leur propre gouvernement, nommé Kampuchéa démocratique. Mais elle divisa encore une fois le Peuple martyrisé en deux catégories : Peuple réfugié qui fuyait le pays pour s’encrasser dans des camps en Thaïlande, et Peuple dominé qui décidait de vivre avec les occupants. Même pendant la durée d’observation du deuil des morts de leurs proches après l’enfer de l’Angkar, on leur demandait immédiatement qu’ils dussent se battre l’un contre l’autre. Pendant la guerre de dix ans (1979-1989), les réfugiés constituait un réservoir des combattants pour la force de résistance dont le leader n’était que leur ancien bourreau, appelé Khmer Rouge. Les dominés constituaient des auxiliaires des forces d’occupation dont la mission était d’aider ces dernières à occuper leur pays. Cette nouvelle guerre qui transformait le Peuple khmer, déjà divisé en deux fragments, en un Peuple reclus dans sa misère infinie.

L’année 1989, le mur de Berlin s’effondra qui entrainait la dislocation de l’Empire d’URSS. Allié de cette puissance moribonde, le Viêtnam chercha sa nouvelle voie ; il s’ouvrit sa porte au monde libéral en annonçant qu’il quitterait le Cambodge sans condition. En 1991, l’ONU était appelée par un grand nombre des pays occidentaux et asiatiques à administrer directement le Cambodge dont la mission était de mettre fin à la guerre et instaurer un régime de démocratie. Les Khmers réfugiés et les Khmers dominés étaient soulagés par cette mesure internationale qui leur permettrait de s’unir à nouveau en un seul peuple. L’année 1993, ce peuple avait droit et devoir de choisir un régime politique pour son pays en élisant des Constituants. La Monarchie constitutionnelle était choisie, un Roi était désigné et ce nouveau souverain n’était que le Prince Sihanouk, protecteur du pays depuis plus d’un demi-siècle (1941-1993).

En 2013, il y aura des élections législatives, 5e législature. Depuis 1947, le Peuple Khmer avait connu Sept régimes politiques : Monarchie Constitutionnelle (1947-1955), Socialisme national (1956-1970), République libérale (1970-1975), Communisme Maoïste (1975-1979), Protectorat vietnamien (1979-1989), Mandat onusien (1991-1993) et le retour de la Monarchie constitutionnelle (1993 à ce jour). 90 ans sous le protectorat français, et plus 65 ans dans la tempête politique, c’est-à-dire plus d’un siècle et demie, on constate qu’il y ait quand même une constance chez le Peuple Khmer : Son silence avec son sourire sans joie. Comment peut-il agir autrement face à un pouvoir sans indulgence ? Cette interrogation devient une ritournelle depuis toujours pour le Peuple Khmer.

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Published by Sangha OP - dans Promenade de l'Esprit
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