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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 08:33

L’avenir du Cambodge

 

L’avenir du Cambodge, c’est maintenant. Partir d’une question : Comment alors garder la société khmère unie ?

Non par la force du système des croyances, des pratiques religieuses et des traditions, mais en valorisant la conscience collective de la société.  Durkheim définit la sociologie comme la science des faits sociaux, les questions qu’il pose sont celles de l’intégration de l’individu dans la société, de l’existence d’un ordre social, de la cohérence et de la cohésion de la société.

Le Cambodge avait connu au cours de son histoire deux périodes de désastre : La décadence (XIVe-XIXe siècle) et la terreur rouge (1975-1978). Ces deux périodes plongeaient le pays dans une catastrophe humanitaire.

Vers la fin du XIXe siècle le nombre de la population khmère a été de 800.000 habitants. Ce petit nombre ne permettait pas le Cambodge de se défendre, d’où la nécessité de faire appel à la puissance étrangère, la France, de lui aider à stopper la convoitise territoriale de ses deux voisins, la Thaïlande et le Vietnam.

 

En 1975, la terreur rouge (Khmers Rouges) vidait en trois années seulement le sang du peuple khmer. Ce désastre  bouleversait ce qui reste des traditions, paysannes et familiales khmères et qui entraînait à son tour un développement de l’individualisme, l’éclatement de la société et la perte des valeurs unifiantes. À la recherche du temps révolutionnaire, Pol Pot avait – Ô honte ! – mis en application sa science meurtrière. Dans ce désastre, la perte du Cambodge était incommensurable : le territoire, la population et la culture millénaire. Malgré cela, il y a encore certains intellectuels khmers qui n’arrêtent pas de prendre ce modèle funeste comme une référence du « patriotisme ». Ces intellectuels sont souvent le talent mis au service de la bêtise. Seront-ils toujours en quête de grands hommes, en invoquant les noms sinistres, tels Khieu Samphan, Noun Chea, Pol Pot etc., dans leurs communiqués ? Et pourtant ils savaient qu’il est difficile de convaincre des victimes d’être fier du « nationalisme parricide » de M. Khieu Samphan. En tout cas, ces intellectuels sont libres de croire à une force maléfique. J’ai une question à poser à tous ces docteurs en quoi ( ?) : Pourrions-nous aujourd’hui en jouir dans l’insouciance au nom du nationalisme, si le régime sanguinaire des Khmers Rouges restait encore au pouvoir et continuait de tuer son propre peuple ?

 

Mais après la terreur rouge ou Khmers Rouges, l’avenir du Cambodge était en suspens pendant dix années d’occupation vietnamienne et la guerre de résistance. J’ai dit la « guerre de résistance », pas de « libération nationale », parce que l’ONU et les puissances, la Chine et les États-Unis voulaient ainsi : Une aide militaire symbolique et un siège à l’ONU accordés aux divers mouvements de résistance khmère pour condamner la violation des droits internationaux par le Vietnam. Ce qu’on l’appelle le « service minimum ». Dans cette guerre, la Chine n’avait jamais voulu mettre K-O. le Vietnam, symbole de la victoire du Communisme contre l’Amérique impérialiste en Asie. Quant aux États-Unis, ils ne voyaient aucun intérêt de revenir en Indochine qu’ils avaient déjà abandonné en 1975 aux forces communistes. C’était un drôle de guerre qui prolongeait sans doute la souffrance du peuple khmer.

 

En 1989, le Vietnam acceptait de quitter le Cambodge après la chute de l’Empire Soviétique. Ce départ permettait à l’ONU, en 1991, de réunir les parties belligérantes khmères autour d’une table de négociation  pour leur faire signer un accord de cesser la guerre fratricide et d’organiser des élections libres sous sa tutelle. Cet accord donnait une lueur d’espoir au peuple khmer après deux décennies de souffrance (1970-1991). Il croyait donc que son avenir fût assuré par cet accord. En 1993, les élections démocratiques ont eu lieu sans la participation de la fraction des Khmers Rouges. Heureusement pour le peuple khmer que ces Khmers Rouges refusaient de s’intégrer dans le processus démocratique afin qu’on pût les condamner plus tard comme « hors la loi » ou « assassins » dont ils étaient à 100% responsables.    

 

Funcinpec, parti royaliste, avait gagné les élections législatives en 1993, mais il manquait de sièges à l’Assemblée constituante (majorité à 2/3) pour former un gouvernement. Malgré cette carence, le peuple khmer croyait encore que son avenir fût dans le changement de la gouvernance. Mais la popularité du Funcinpec se transformait vite en inefficacité. La formation du gouvernement bicéphale, Funcinpec/PPC, c’était le premier signe de la faiblesse du Funcinpec face à la menace du PPC de séparer le pays en deux. L’acceptation du Funcinpec de se partager le pouvoir avec le PPC démontrait que la solidité du Funcinpec et son leader, le Prince Ranariddh, ne se trouvassent pas grandis aux yeux de l’opinion. Ensuite, la démission de Sam Rainsy, Ministre des Finances et le Prince Sirivudh, Ministre des Affaires étrangères, du gouvernement bicéphale prouvait que Funcinpec manquât en plus de la solidarité au sein du parti. À la fin, l’éviction de Sam Rainsy du parti et l’exil forcé du Prince Sirivudh pour faire plaisir à Hun Sen mettaient la crédibilité du leadership du Prince Ranariddh enjeu. Une partie des membres du Funcinpec commençaient à penser que leur Prince n’eût pas l’étoffe pour diriger le parti et le pays : Son va-tout divise son parti était en contradiction avec son slogan avant les élections si cher à lui « un parti uni, rien ne lui résiste ». À partir de-là, le Funcinpec n’attendait que sa chute imminente. À qui la faute ? Avec cet effondrement, l’avenir du Cambodge était à nouveau en suspens en attendant le nouveau signe d’espérance. Mais dans cette chute, le PPC s’assurait de son avenir. Sa progression reflète les difficultés des autres (l’expression de Manuel Valls). Au fil des jours, le PPC assurait le Cambodge en bas sur sa solidité et sa solidarité entre ses membres et devait un refuge pour les déçus des difficultés des autres. Il se montre « sans complexé » qu’il soit le parti de combat face aux autres partis de résistance. Ses opposants parlent qu’il ait eu une assistance technique vietnamienne. Je me pose donc la question sans prendre le parti : les autres, en particulier le Funcinpec, n’aurait-il pas eu une assistance tactique politique de la Chine ? Le gouvernement bicéphale, la démission de Sam Rainsy et le Prince Sirivudh, n’aurait-il pas été la stratégie chinoise ? Il fallait comprendre, à cette époque, que l’avenir du Cambodge aurait été des affaires à régler entre la Chine et le Vietnam sur une base idéologique communiste et une base philosophique du Confucius.

 

L’avenir du Cambodge, c’est maintenant. À nous, Khmers, de trouver les valeurs unifiantes qui font du ciment de l’unité de la société khmère. Que nous soyons conscient que la composition de la société khmère d’aujourd’hui n’est plus la même qu’il y a 50 ans. Cette nouvelle composition est, que nous voulions ou non, le fruit des guerres fratricides, de la folie des Khmers Rouges et de l’occupation vietnamienne pendant 10 longues années. À qui la faute ? Presque la moitié des Khmers d’aujourd’hui sont nés des parents étrangers (Vietnamiens et Chinois) dont la tradition et la culture ne sont pas les mêmes que des Khmers de souche. On fête aussi le Têt et le nouvel an chinois en grande pompe au Cambodge comme on fête le nouvel an khmer. Que faire ? Empêcher ces Khmers de ne plus pratiquer le culte de leurs ancêtres ? Cette interdiction est irréaliste et dangereuse qui mène à un conflit racial et culturel sans fin. Si le gouvernement vietnamien empêchait les Khmers Krom (Khmers de Cochinchine) de pratiquer la culture khmère, serions-nous en indignés ?

 

Je ne suis ni provietnamien, ni défaitiste, ni humaniste, mais je suis réaliste qui ose parler de la réalité de la société khmère d’aujourd’hui, parce que je pense que l’avenir du Cambodge, c’est maintenant, c’est-à-dire, au-delà de notre devise, Nation, Religion et Roi, l’avenir khmer serait dans la « multiculture ». Fallait-il attendre une autre révolution, des guerres civiles et des guerres de libération nationale pour changer le cours de l’avenir khmer ? Employer la force, avec toutes les responsabilités que des « Nationalistes » croyaient résoudre en disant « on agit maintenant » ? On agit pour qui, contre qui et pour quelle forme de l’avenir ? On agit pour le peuple khmer. Qui est-il  aujourd’hui ce peuple ? Massacré comme des bêtes, ce peuple n’a pas oublié les grands peurs des années 1975-1978, lorsque, sur les champs du riz, flottait le drapeau rouge de l’Angkar. On agit contre le pouvoir actuel, accusé à tort ou à raison de « valet des Vietnamiens » par des patriotes douteux, qui étaient hier frères d’arme des Bodois, est une action d’absence de perspicacité, parce qu’elle était prononcée pour de belles phrases depuis une belle lurette. On agit pour maintenir la tradition khmère. Mais le Cambodge d’aujourd’hui retrouve sa royauté qui est le symbole éminente de la tradition khmère. En 1993, la majorité des Khmers s’attachaient à mettre leur espoir dans son retour. Le Roi-père n’était-il plus aujourd’hui le messie ?

 

Pour moi, l’avenir khmer ne repose plus seulement sur la force du système des croyances, des pratiques religieuses et des traditions, il faut qu’il s’appuie en plus sa confiance en son avenir en valorisant la conscience collective de la société autour des valeurs unifiantes. La « Paix » en est une. Mais sa finalité doive être au service du progrès économique et social.

    

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