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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 05:28

Sources : Champa.net

Le Champa : le pays et ses hommes

L'épigraphie, les textes chinois et viêtnamiens, les manuscrits en caractères cham, ainsi que les récits des voyageurs arabes et occidentaux, nous apprennent qu'il exista dans l'actuel centre Viêt Nam un pays de grande civilisation : le Champa. 

Contrairement à ce que les chercheurs ont longtemps cru, ce pays ne s'étendait pas seulement sur les plaines littorales de la mer de l'Est : il a englobé aussi les hauts plateaux situés à l'ouest de celles-ci. Quant à sa population, elle n'était pas composée uniquement de Cham vivant au bord de la côte, mais était polyethnique, rassemblant en plus des Cham, toutes les ethnies vivant en altitude.

La population cham n'était pas très nombreuse : elle était estimée à 200 000 environ au début du XIIème siècle. Elle se divise en Cham et en Sauvages des hautes terres auxquels les Cham donnent le nom de Kiratas et qui regroupent notamment les populations Ba Na, Gia Rai, Ê Ðê, Ra Glai et Chu Ru.

La religion principale des Cham était l'hindouisme, c'est-à-dire l'adoration des trois dieux de la Trimurti indienne : Brahma, Visnu et Çiva. Mais ils pratiquent également le bouddhisme. Les 2/3 des Cham vivant actuellement au Champa pratiquent encore le brahmanisme, alors que la totalité de ceux qui ont quitté le pays pour aller s'installer au Cambodge sont devenus musulmans.

Comme la religion, la hiérarchie sociale était hindoue et les Cham étaient divisés en quatre castes (Brahmanes, Ksatriyas, Vaiçyas et Cudras). La tradition cham parle souvent de deux clans (lignées) qui se partageaient le pays : le clan de l'aréquier (Kramuka) dans l'état du Panduranga et celui du cocotier (Narikela) qui dominait au Nord.

La marque du pouvoir royal était le parasol unique. L'autorité du roi était absolue : il avait droit de vie ou de mort, nommait aux charges et emplois, et l'administration du pays était tout entière entre ses mains. Il portait souvent le titre de «Roi des rois» (Rajadiraja) ou de «Seigneur de la terre entière du Champa» (Po Tana Raya).

Le Champa n'était pas un état centralisé mais une sorte de fédération dont les composantes jouissaient chacune sur le plan politique interne d'une autonomie plus ou moins effective. La hiérarchie des fonctionnaires provinciaux correspondait à la division territoriale du royaume. Il était partagé en grandes circonscriptions qui furent tantôt au nombre de trois, tantôt au nombre de quatre :

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Amaravati où se trouvaient Indrapura, une des capitales du Champa, et Sinhapura qui lui servait de port. L'emplacement d'Indrapura serait marqué aujourd'hui par les ruines de Ðông Duong. L'Amaravati correspond à peu près aux actuelles provinces de Quang Nam et de Quang Ngãi, mais elle s'est étendue jusqu'à la porte d'An Nam.

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Vijaya, au centre, dont le chef-lieu éponyme devint la capitale à partir de l'année 1000. Son port était Çri Vinaya. Vijaya correspond à la province de Bình Ðinh.

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Panduranga (Panran dans sa forme indigène) eu pour capitale Virapura, qui porta aussi le nom de Rajapura (aux environs de Phan Rang - Tháp Chàm). Cette principauté était la plus grande des circonscriptions.
Elle comprenait
Kauthara qui, à certaines époques, en fut détaché et forma la quatrième des grandes divisions territoriales avec Yanpunagara comme chef-lieu. Les provinces de Khánh Hòa et Phú Yên forment le Kauthara, celles de Bình Thuân et de Ninh Thuân le Panduranga.

Ces circonscriptions étaient divisées en provinces. Les communes, villes et villages formaient la dernière division territoriale du pays. Il y en aurait eu plus de 100 dont la population variait entre 300 et 700 familles, la capitale Vijaya en comptant plus de 2 500 en 1069.

Le début et apogées (192 – Xème siècle)

Les débuts du Champa

Il semble que la fondation du royaume a eu lieu en 192. Alors que les populations cham qui vivent au sud de la porte d'An Nam (Hòanh Son) sont probablement réparties en différentes principautés, ceux du Nord dépendent du pouvoir chinois des Han qui y occupent le Nhât Nam (Je Nan). Ce sont eux qui provoquent le mouvement insurrectionnel dont a profité Çri Mara, premier roi Cham, pour se faire proclamer roi des principautés cham. Ce nouveau pays dont les habitants parlent une langue austronésienne s'agrandit vers le nord jusqu'à la porte d'An Nam puis englobe les principautés hindouisées qui se trouvent au sud. En 347, Fan Wen (336-349) devient maître du Nhât Nam et fixe comme frontière entre l'empire chinois et le royaume de Champa le Hòanh Son.

Bhadravarman I (399-413) est le premier souverain cham à construire un temple à My Son. Ce cirque deviendra le premier sanctuaire du Champa où les rois y élèveront de nombreux temples religieux.

Au cours des IVème, Vème et VIème siècle, le Champa, qui était dénommé Lin Yi par les Chinois, tente à plusieurs reprises de s'étendre au delà de la porte d'An Nam, région de peuplement proto-viêtnamien. Vers 440-450, les Chinois envahissent le Champa. Tout le pays est occupé et les temples saccagés. Mais cette région difficile à gouverner en raison même de l'absence de routes, reste soumise, de fait, à la domination cham.

Les textes chinois rapportent qu'à partir de 758, le nom de Lin Yi fut remplacé par celui de Houan Wang. Qui devint Tch'eng-cheng entre 875 et 1044.

L'apogée du Champa

Pendant presque 200 ans, à partir du VIIIème siècle, le Champa va atteindre sa plus grande expansion, s'étendant de la porte d'An Nam au nord, au bassin du Donnai au sud. Au cours du IXème siècle, les rois du Champa multiplient les fondations bouddhiques à Ðông Duong, mais aussi hindouistes à My Son. Et à l'aube du troisième quart de ce siècle, ils déplacent leur capitale du sud vers le nord du pays, sur le site d'Indrapura.

C'est de cette époque que le Champa emprunte à l'hindouisme son système social, sa conception de la royauté, ses cultes et la langue sanscrite.

La fin du Xème siècle : le tournant de l'histoire

Après une période de calme, le Champa a à faire face à diverses pressions comme une invasion cambodgienne en 950. Puis c'est en 982 une attaque viêtnamienne au nord menée par Lê Hòan, date qui marque l'irruption des Viêt sur la scène politique de l'Indochine orientale. La création d'un royaume indépendant viêtnamien (Ðai Viêt) transforme les relations entre Viêt et Cham en rapports de force. En l'an 1000, les rois cham abandonnent leur capitale Indrapura, trop proche du territoire annamite et, par prudence, se retirent beaucoup plus au Sud, à Vijaya.

Rudravarman III (1061-1074), prisonnier de Ly Thánh Tông qui avait envahit le Champa, échange sa liberté contre les trois provinces septentrionales du pays en 1069, c'est-à-dire la région s'étendant de la porte d'An Nam (Hoành Son) aux environs du col de Lao Bao. C'est porter la frontière du Champa à l'embouchure du Viêt, amoindrissement important de territoire auquel les rois cham ne s'y résoudront que difficilement, et après avoir repris, rendu et lutté maintes années pour la possession des trois provinces de Ðia Ly (l'actuelle sous-préfecture de Lê Ninh dans le Quang Bình), Mà Linh (qui correspond à Bên Hai et Do Linh, soit le nord du Quang Tri jusqu'à l'embouchure du Viêt) et Bô Chánh (les trois actuels Huyên de Quang Trach, Bô Trach et Tuyên Hóa dans le Nord du Quang Bình).

Malheureux dans l'entreprise d'envahir le Ðai Viêt, les souverains Khmer reportent toute leur ardeur conquérante sur le Champa. De 1203 à 1220, le Champa est une province khmer, pendant quelques années divisé en deux royaumes vassaux du Cambodge : le royaume de Vijaya au nord ayant pour roi un prince cambodgien et le royaume de Panduranga au sud gouverné par un souverain d'origine Cham mais inféodé au Cambodge.

Puis, c'est au tour des Mongols, devenus maître de la couronne chinoise, d'occuper le Champa devant son refus de lui prêter serment de vassalité. Mais cette campagne d'occupation du pays coûte cher à Koubilaï. Le souverain cham, cantonné dans les montagnes, reconstitue sans cesse ses troupes que les Mongols dispersaient, sans progresser d'un pas dans un pays où ils souffrent de la chaleur. En 1285, les Mongols quittent définitivement le royaume.

Le sursaut de Chê Bông Nga (950-1390)

Alors qu'il venait de subir une occupation khmer de dix-sept ans, une occupation mongole de deux ans et une attaque viêtnamienne sans perdre la moindre parcelle de territoire, le Champa va, au début du XIVème siècle, se trouver amputé de sa partie septentrionale. La bonne entente entre l'empereur annamite Nhon Tôn et le roi cham Jaya Simhavarman III (1285-1307) conduit celui-ci à lui céder en 1306 les deux provinces de Ô et de Ly qui devinrent Thuân Châu et Hóa Châu (sud de Quang Tri et de la province de Thua Thiên).

Mais les Cham habitant Ô et Ly supportent mal la domination annamite. Le roi et sa cour regrettent ces provinces et souffrent de voir la frontière nord ramenée au col des Nuages. Les incursions y sont alors fréquentes, plus encore le sont les actes de rébellion envers les colons annamites.

De 1360 à 1390, c'est le règne de Chê Bông Nga qui vera l'apogée territoriale du Champa. Profitant de la neutralité bienveillante du premier empereur de la dynastie des Ming, Chê Bông Nga se lance dès les années 1361 dans une série de campagnes militaires victorieuses contre le Ðai Viêt qui se succéderont sans interruption jusqu'à la mort du souverain cham.

En 1371, Chê Bông Nga entre dans la capitale annamite. Il sera maître du Thuân Hòa, du Tân Bình et du Nghê An, le Thanh Hòa étant soumis à des incursions continuelles. C'est en envahissant de nouveau le Ðai Viêt que Chê Bông Nga trouve la mort en 1390. Au lendemain de sa mort, le Tân Bình et le Thuân Hòa que le roi Cham avait annexés, font soumission à l'An Nam.

Le règne de Chê Bông Nga n'a été qu'un brillant intermède qui a temporairement voilé l'état moribond dans lequel se trouvait le Champa hindouisé. En effet, la civilisation de ce pays est depuis longtemps déjà en décadence, du fait de l'étiolement de la culture sanscrite, support de l'hindouisme mahayana qui avait jusqu'alors servi d'assise aux structures politico-sociales du Champa. Cet étiolement est en partie dû aux invasions musulmanes qui ont eu lieu à la fin du XIème siècle en Inde, coupant tout lien avec ce pays de l'Indochine et tarissant les apports culturels qui avaient jusque là régulièrement revivifié la civilisation du Champa hindouisé.

De plus, la crédibilité de l'ordre hindouiste que l'on disait instauré par les dieux avait été mis à mal par les Khmer, Viêt et Chinois. Cette crise des valeurs spirituelles qui servaient d'assise au Champa hindouisé a largement contribué à le déstabiliser au cours de ce siècle, expliquant que le sursaut de Chê Bông Nga soit resté sans lendemain.

La fin du Champa hindouisé

À peine Jaya Simhavarman V (1400-1441) s'installa sur le trône qu'il voit son territoire envahi par une nouvelle armée annamite. Craignant pour sa couronne, il offre à l'empereur Quí Ly la province d'Indrapura et l'actuelle province de Quang Ngãi. C'est un gros sacrifice puisqu'il correspond à l'abandon de l'ancienne capitale des rois cham et du sanctuaire où, depuis des siècles ils accumulaient richesses et trophées. C'est donc tout le territoire d'Amaravati que perd le Champa qui se trouve maintenant privé de ses provinces riches en rizières et réduit à une région pauvre et montagneuse. 

L'attaque des Chinois sur le Ðai Viêt en 1407 et la révolte de Lê Loi pour reconquérir l'indépendance offre un répit au Champa qui récupère provisoirement l'Amaravati. Mais le conflit entre les deux pays, qui se rallume en 1445, débouche sur la prise de Vijaya. La cour d'An Nam, fatiguée d'avoir à lutter contre le Champa sans pouvoir l'atteindre efficacement, l'envahit en 1471 et lui porte le coup de grâce. Lê Thánh Tông prend Vijaya et la rase, fait décapiter plus de 40 000 Cham et en déporte plus de 30 000. Enfin, il entreprend une destruction systématique de tout ce qui symbolise la culture du Champa hindouisé qui cesse alors d'exister.

La prise définitive de Vijaya marque l'aboutissement d'une longue lutte qui, pendant cinq siècles, a opposé la civilisation hindouisée représentée par le Champa à la civilisation sinisée véhiculée par l'ethnie Viêt qui poussait vers le Sud. Cette lutte entre ces deux protagonistes a donc été marquée par les reculs successifs du Champa, bousculé par la poussée démographique viêtnamienne.

Le roi annamite envoit alors ses troupes jusqu'au mont Thach Bi où elles érigent une borne en pierre pour marquer la nouvelle frontière méridionale du Ðai Viêt. Concrètement, l'occupation des troupes viêtnamiennes ne dépasse pas le col de Cù Mông, l'actuel Phú Yên (le nord du Kauthara) devenant un «no man's land» entre les deux pays.

Après son écrasante victoire, on aurait pu croire que le Ðai Viêt annexe tout le territoire du Champa. Mais le royaume annamite n'a alors pas les moyens matériels qui lui permettent de contrôler la totalité de l'ancien Champa. Aussi son souverain Lê Thánh Tôn n'annexe donc que la partie la plus proche de son domaine, celle qu'il peut facilement intégrer à son royaume avec le minimum de difficultés. Après 1471, les territoires pris au Champa sont placés sous le commandement de gouverneurs militaires de frontière, mais de nombreux fonctionnaires cham sont maintenus.

Le Panduranga

De 1471 à 1653 : la perte du Kauthara

En abandonnant à Bô Trì Trì les terres du Kauthara, du Panduranga et des hauts plateaux de l'Ouest, les Viêt permettent au nouveau souverain cham de reconstituer un royaume de Champa. Ce royaume qu'organisent Bô Trì Trì et ses successeurs dans le sud de l'ancien Champa va reposer sur un mélange de notions puisées dans le vieux fonds indigène oriental du sud, d'éléments de culture indienne plus ou moins bien assimilés par les populations de cette région et, à partir du XVIIème siècle, de quelques thèmes choisis parmi ceux véhiculés par l'islam, qui venait de s'implanter dans les ports et cités du Panduranga et du Kauthara.

À partir du XVIème siècle, le Ðai Viêt va connaître une lutte de pouvoir entre les seigneurs Trinh du nord et les seigneurs Nguyên au sud qui avaient installés leur capitale à proximité de Huê. Ce sont ces derniers qui vont reprendre à leur compte la poussée viêtnamienne vers le sud, se heurtant à la résistance des souverains du nouveau Champa.

Des incursions cham sur le Quang Nam suscitent une réaction violente des Nguyên qui, en 1611, après une campagne éclair, s'emparent de la partie nord du Kauthara, du col de Cù Mông jusqu'au mont Thach Bi, et y installent des anciens partisans des Trinh. En 1653, les Nguyên se saisissent de toute la région de Cam Ranh, c'est donc tout le Kauthara qui devient viêtnamien. Le Champa se trouve désormais réduit au territoire du seul Panduranga.

La période 1653-1771 : l'effritement du Panduranga

Au cours du XVIIème siècle, des Viêtnamiens s'installent dans la région de Bà Ria et de Biên Hòa. Ces colonies attirent l'attention des Nguyên qui, profitant de crises intérieures au Cambodge, s'emparent de ces territoires. La prise de Biên Hòa place le Panduranga dans une situation nouvelle puisque le pays se trouve avoir une frontière commune avec le Ðai Viêt au nord comme au sud, coupant le domaine des Nguyên en deux.

En 1692, le seigneur Nguyên décide d'annexer le Champa, changeant le nom que les Viêt lui donnaient jusque là (Chiêm Thành) en marche de Thuân Thành, transformé un mois plus tard en préfecture de Bình Thuân. Mais suite à un soulèvement un an plus tard, le roi Nguyên rend son autonomie au Panduranga tout en affirmant sa souveraineté sur les Viêt, de plus en plus nombreux, qui s'étaient installés sur ce territoire et soumis à la seule autorité du prince cham.

Une préfecture viêtnamienne de Bình Thuân est donc créée en 1697, malgré l'opposition du souverain cham Po Saktinaydaputih. Cette préfecture ne forme pas un territoire unifié car les villages peuplés de Viêt se trouvent assez éloignés les uns des autres.

L'agonie et la fin du Champa (1771-1835)

Alors qu'en 1771 éclate la révolte populaire des Tây Son contre la tyrannie des Nguyên qui oblige ces derniers à se réfugier dans le delta du Mékong, le Panduranga-Champa se trouve placé entre les deux antagonistes, le plongeant sans l'avoir voulu, dans un conflit qui ne le concernait pas. Le Panduranga se trouve ainsi transformé en champ de bataille tout au long de la guerre. Et cette guerre qui se déroule en grande partie sur son territoire ne permet pas au Panduranga-Champa de garder son indépendance.

À partir de 1793, le Panduranga est définitivement occupé par l'empereur Gia Long qui rétablit la préfecture de Bình Thuân ce qui incite les Viêt à s'y installer en grand nombre. Si bien que certaines parties du pays prennent l'aspect d'un véritable puzzle ethnique et l'organisent comme s'il était en voie d'annexion.

Le Panduranga est placé, après la victoire des Nguyên sur les Tây Son, sous le double protectorat de l'empereur Gia Long et du vice-roi de Gia Ðinh (l'ancienne Sài Gon) Thành Lê Van Duyêt, et sous le gouvernement de Po Sau Nun Can. Il bénéficie alors d'une grande autonomie avant que Minh Mêng ne lui gomme peu à peu ses pouvoirs et, en 1832, le raye de la carte. Le Panduranga-Champa a définitivement cessé d'exister. La viêtnamisation du Panduranga est accélérée, les Cham écrasés de corvées sont refoulés vers les zones de l'Ouest.

Différents soulèvements se produisent, le dernier étant l'insurrection de Ja Thak Va (1834-1835) qui l'organise comme un véritable mouvement de libération. Puis, la cour de Huê, afin d'éviter de nouveaux soulèvements, scinde les villages des survivants en hameaux qui sont éparpillés au milieu de villages viêtnamiens, entraînant sur le terrain une redistribution ethnique et une destruction des structures culturelles et socio-culturelles des Cham.

Les frontières de l’Ouest

On sait peu de choses sur les limites occidentales du royaume du Champa. Ce qui est certain, c'est qu'à la fin du Vème siècle, la région connue au Laos sous le nom de Champassak (région de Pac Xê), se trouvait sous la protection du Lin Yi, territoire qu'il a perdu au VIème siècle. On y trouve aujourd'hui un certain nombre de vestiges archéologiques, témoins de la présence cham au Laos, comme la pagode Phoxay à Ban Saphaï. Mais surtout, la ville même de Champassak est célèbre pour les ruines de Vat Phou, une des oeuvres architecturales les plus merveilleuses que la civilisation cham a laissé au Laos. 

De plus, un certain nombre d'ethnies montagnardes des hauts plateaux relevaient du Champa et obéissaient à certains de ses dignitaires. Jaya Simhavarman III (1139-1145) fit construire sur les hauts plateaux, à l'ouest de l'actuelle province de Ðak Lak, le temple de Ya Prau. L'existence de nombreux vestiges cultuels à Gia Lai, Ðak Lak et Lâm Ðông permettent de penser que si toute cette région était englobée dans la sphère religieuse du Champa, ce ne peut être que parce que celui-ci y exerçait sa domination.

Il n'existait probablement pas de frontière commune entre le Champa et le royaume khmer qui étaient séparés l'un de l'autre par un «no man's land», zone neutralisées qu'aucun des deux pays ne cherchaient réellement à inclure dans son territoire.

Une des mesures prise par Lê Thánh Tông en 1471 pour détruire la puissance du Champa, est de le partager en trois principautés vassales du Ðai Viêt : Chiêm Thành (ce qui reste du Champa et où Bô Trì Trì reçu l'investiture du souverain annamite), Hoa Anh et Nam Bàn. Ces deux derniers pays dont les gouvernants recoivent le titre de Vuong (roi) correspondent à l'hinterland des provinces méridionales du Centre actuel, vaste région de plateaux s'étendant jusqu'aux Boloven laotiens à l'ouest.

Si les historiens situent mal exactement le Hoa Anh, il semble que le Nam Bàn est précisément situé à l'ouest du Phú Yên et du Quang Nam, là où habitent le roi-génie du feu et le roi-génie de l'eau (Thuy Xá et Hoa Xá). Ces deux états de Thuy Xá et de Hoa Xá, tributaires et vassaux des seigneurs Nguyên depuis 1558 englobent donc les plateaux du Ðak Lak et de Kon Tum, pays des tribus Gia Rai, Ê Ðê, Ba Na et Xo Ðang. Les chefs de ces tribus, auxquels ont été donné les titres de Roi du Feu (Patau Apvi) et de Roi de l'Eau (Patau Aya), ont reçu de la dynastie royale cham, avant son extinction, des insignes royaux qui leur confèrent une influence morale considérable à cause des vertus extraordinaires qu'on leur a attribuées.

La résidence du Patau Apvi à cette époque se situe dans la région de Che Reo (A Yun Pa) et celle du Patao Aya dans le Ðak Lak, ce qui correspond donc à une zone de hauts plateaux où on trouve encore des vestiges historiques et cultuels de l'ancien Champa (Po Klong Garai, Yang Prong, Yang Mum, Cheo Reo...).

Le Champa aujourd’hui

Tout au long de son histoire, le Champa a dû, faute d'une base économique forte capable de nourrir et d'encourager une population abondante, reculer peu à peu devant la pression viêtnamienne. Désormais sans armée et sans ressource, les Cham seront à la merci des Annamites qui les refouleront d'abord, puis prendront leurs derniers territoires. Et si les derniers survivants avaient pu préserver certains aspects de leur culture, le Nam Tiên (marche des Viêt vers le Sud) a eu pour conséquence pour les Cham une assimilation politique et économique ne tenant nullement compte de leurs particularismes socio-culturels. Mais le plus étonnant est quand même qu'un art original s'y soit développé dans un contexte historique aussi troublé. 


De ce royaume qui a disparu peu à peu sous les coups des Viêt descendant vers le sud, il ne reste aujourd'hui que des vestiges archéologiques (Trà Kiêu, My Son, Ðông Duong...) et trois groupements humains :

- le premier, qui compte environ 300 000 personnes, est implanté sur les hauts plateaux du Centre Viêt Nam. Il est composé des ethnies montagnardes dont les parlers appartiennent à la famille austronésienne (Gia Rai, Ê Ðê, Chu Ru, Ra Glai) et de quelques groupes parlant des langues austroasiatiques (Ma, Xtiêng, Hrê).
- le second groupement, l'ethnie cham à proprement parlé, vit dans les deux provinces de Bình Thuân et de Ninh Thuân (80 000 individus) et dans la région de Châu Ðóc et de Hô Chí Minh Ville (15 000 personnes).
- enfin, 150 000 personnes se sont installées au Cambodge où elles ont émigré depuis le Kauthara et le Panduranga à partir du XVIIème siècle.

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Published by Srey Santhor - dans Une histoire du Cambodge
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commentaires

nagchampa 02/12/2011 17:05


Une histoire passionnante. Vous en avez fait un bon résumé.