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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 10:41
Aperçu sur l’évolution de la presse au Cambodge.

Avertissement : Auteurs : MM. Soth Polin, Directeur du journal Nokor Thom, et Sin Kimsuy, chargé de cour à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques. Ils ont écrit cet essai en langue française en 1974 et publié en février de la même année.

I. Histoire de la presse khmère, son rôle politique.

L’histoire de la presse khmère est récente et se trouve en grand retard sur celle de la presse des pays développés. Elle est marquée par trois périodes distinctes relatives aux bouleversements et mutations politiques profondes dans le pays : La période d’avant l’indépendance, celle qui s’étend de l’Indépendance à l’événement de mars 1970 et celle de 1970 à 1973.

Longtemps, l’opinion de la masse fut négligée parce qu’elle ne constituait pas une pression suffisante pour les pouvoirs publics. À l’époque du Protectorat qui prit fin en 1953, la presse au Cambodge fut considérée comme inexistante, du fait d’une part du nombre très restreint de journaux, tant en langue khmère qu’en langues étrangères, et d’autre part, de ce que la presse écrite, étant une forme nouvelle d’information, n’attirait pas l’attention du public ou même fut ignorée de lui. Ce retard de la presse khmère pouvait encore s’expliquer par une autre raison, celle-là politique : Le système politique ne voulait pas favoriser la création des journaux contre lesquels il établit une censure sévère. Le retard de cette forme d’information traduisait le « retard démocratique » du peuple khmer dans sa participation directe aux affaires d’État, aux décisions du gouvernement touchant de près le sort du pays.

L’histoire de la presse khmère n’a commencé qu’à partir de 1936 avec la création du journal « Nagaravatta » (Le pays des pagodes ». Il existait également à la même période quelques journaux en langue française et en langue vietnamienne créée pour la communauté des Français colonisateurs et celle de leurs auxiliaires, les Vietnamiens qui étaient déjà nombreux au Cambodge au temps du protectorat. Mais les circonstances qui avaient vu paraître le journal « Nagaravatta » furent marquées par l’extrême hostilité de certains milieux khmers envers les Français qui, alors maîtres de l’Indochine, durent faire face au réveil du sentiment national khmer pour l’indépendance du Pays. On notait que les formalités d’ouverture du journal de l’époque étaient très difficiles parce qu’elles se heurtaient à la résistance des colonisateurs qui exigeaient que la demande de parution soit adressée au Gouverneur Général de l’Indochine à Hanoï, par le canal du résident Supérieur du Cambodge.

Le journal « Nagaravatta » eut pour principaux fondateurs MM. Son Ngoc Thanh, Pach Chhoeun et Sim Var, aidés par une équipe de nationalismes militants. Ce fut le premier journal bihebdomadaire, qui se fixait comme tâche la campagne d’explication des idées politiques et du réveil national au peuple et en particulier aux milieux urbains, et ce, dans le but de préparer le peuple au mouvement de libération nationale. On lisait peu les journaux khmers, les milieux privilégiés : Bourgeois, hauts fonctionnaires, gens de la Cour, hommes d’affaires, lisaient les journaux français (La vérité, Opinion, Presse de Saïgon) ou vietnamiens. Car, c’était la mentalité de l’époque : Lire, parler et écrite dans sa langue signifiait presque se déshonorer ou même s’humilier. Le journal « Nagaravatta » dont le Directeur fut M. Pach Chhoeun et le rédacteur en Chef M. Sim Var, « n’était lu au début que par un public restreint de classes sociales humbles, de salariés ou de petits fonctionnaires dont le sentiment national était très vif ». Cependant, le succès de ce premier journal politique fut très rapide, et eut un effet, pareil à celui d’une bombe lâchée au milieu d’une population endormie et à l’adresse d’une politique coloniale révolue. Son prestige fut tel qu’il provoqua, un an après, la réaction défavorable de l’administration française qui le fit interdire en 1937. Le Directeur et son équipe furent arrêtés puis incarcérés à Saïgon. La fermeture du journal « Nagaravatta » a laissé un vide presque total dans la vie de la presse au Cambodge. Ainsi se termine l’histoire de la presse khmère avant l’Indépendance Nationale.

De 1952 à 1970, la presse n’avait pas encore acquis une grande importance bien que le pays eût déjà conquis, entre temps, son indépendance. La raison en fut qu‘elle était privée totalement de liberté d’expression dans le règne de l’ancien Chef d’État. Toutefois, les rares journaux d’opposition : « Khmer Krok » (Le Khmer qui se lève), « Prachéa Thippatey » (Démocratie), « Khmer Thmei » (Le Khmer nouveau), « Meattophum » (La Patrie) etc. furent très lus parce qu’ils osaient répandre les idées politiques contraires au régime, publier des articles violents qui enflammèrent les passions. Ceci se passa au lendemain de l’Indépendance Nationale, mais les époques les plus troublées se situèrent entre 1955 et 1963 qui coïncidaient avec la lutte du Parti Démocrate contre le régime. La suppression définitive des journaux d’opposition avait provoqué de nouveau un vide dans la presse au Cambodge.

Il faut attendre quelques années plus tard, à partir de 1968, pour assister à l’apparition d’un grand nombre de journaux, quotidiens et revues hebdomadaires passant d’une dizaine à trentaine, en langue nationale surtout qui, dans l’ensemble, est intéressés par le sort du pays. Cependant, ces journaux n’ont toujours pas leur liberté d’expression et leur tâche s’est réduite à la diffusion des nouvelles officielles et étrangères. Certains journaux connus pour leur goût du sensationnel, tel le journal « Sochivathor » par exemple devenu presque proverbial pour désigner les journaux pas du tout sérieux, sont des « nullités », des « feuilles de choux ». Ce sont des journaux qui s’adonnent à la démagogie du sang et du sexe (affaires de meurtres, de suicide, de viols, narrées dans un langage obscène), mais qui trouvent les plus larges audiences, parce que accessibles à la masse non instruite. En 1967 un nouveau journal d’opposition, « Khmer Ekarreach » (Khmer indépendant) a vu le jour. Il est dirigé par l’ancien Premier ministre M. Sim Var, qui est passé pour un redoutable adversaire du prince Sihanouk. Ce quotidien s’est fixé comme tâche de ridiculiser le régime, dénonçant tout, corruption, abus de pouvoir, incompétence, attaquant tranquillement la personne du prince et n’épargnant rien. D’un style précis et satirique, (Sim Var est un grand polémiste), d’un langage ferme et décidé, le journal « Khmer Ekareach » a accaparé vite l’attention des dirigeants. C’était une menace de mort pour le régime. Son impact sur l’opinion a été extraordinaire, ce qui conduisit les autorités à ordonner sa suspension à plusieurs reprises. La presse khmère en 1968 avait donc un double visage, le « sérieux politique » et « sensationnel badin ».

Vers la fin 1969, un autre journal en langue khmer, Norkor Thom, dirigé par une équipe d’intellectuels, a fait figure d’un nouveau journal d’opposition. C’est essentiellement le journal qui, par les propos audacieux et hostiles au régime, traduit les sentiments de la grande partie de l’opinion mécontente. Le succès de ce quotidien a été également prodigieux et c’est le journal qui a connu le plus grand tirage au Cambodge en 1970. Il a ses lecteurs fidèles parmi les milieux instruits, universitaires, étudiants, fonctionnaires.

Dès le début 1970, de janvier à mars, la tendance générale de la presse khmère a été caractérisée par sa virulence contre le régime sauf certains journaux qui sont restés encore fidèles à la personne du prince Sihanouk. Dans l’ensemble, la presse s’efforce d’être sérieuse d’être le porte-parole de la réaction de la population, surtout de la population urbaine. C’est donc à partir de 1970 qu’on peut parler de la conscience nationale de la presse, de son rôle constructif dans ce qu’elle contribue, par ses critiques et ses propositions à la tâche du gouvernement. Elle semble, dans cette période relativement courte, (entre mars 1970 et mars 1973) dans sa troisième étape de son évolution, avoir plus de libertés et d’indépendance vis-à-vis du pouvoir. Elle est devenue très populaire lorsqu’elle s’est attaquée unanimement aux Vietcongs envahisseurs et lorsqu’elle s’est permis de souligner les abus des soldats alliés sud-vietnamiens, dans la guerre de dévastation du Cambodge survenue peu après le 18 mars 1970. Cependant, à partir de mars 1972, un nouveau changement s’opère dans la position de la presse : elle cesse de soutenir à fond le nouveau régime qu’elle prend désormais à parti. Elle met particulièrement l’accent sur l’incapacité, sur l’anarchie du régime tout en demeurant toujours patriote et nationaliste. Le pays étant guerre, le premier ennemi, c’est le Vietcong, « Vietnamiens communistes, envahisseurs ». C’est par cet aspect qu’on peut dire, avec raison peut-être, du nouvel esprit de la presse khmère d’aujourd’hui. On dit qu’elle est « politisée », c’est-à-dire intéressée par les affaires politiques du pays. Elle paraît encore défaillante, mais elle est pleine d’initiatives et portée à l’action. Elle est devenue plus mûre, plus expérimentée et son jugement plus sûr. Et ce long aboutissement de la presse khmère marque sans conteste un certain progrès dans sa forme et dans son fond. Seulement la dégradation constante de la situation du pays n’a pas aidé la presse khmère, si méritante qu’elle soit, à survivre.

La date du 18 mars 1973 est tragique pour la presse privée au Cambodge : jugeant que la liberté de presse est gênante pour le pouvoir républicain, le gouvernement a décrété des mesures d’urgence en proclamant l’État de siège et en ordonnant la suspension sans limite de toute la presse privée, suspension qui se prolonge arbitrairement jusqu’aujourd'hui.

II. Caractéristiques de la presse khmère comme institution.

II.a.
Structure et organisation des journaux.

Si l’histoire de notre presse est courte, l’histoire de chaque journal est éphémère. Les journaux cambodgiens naissent et meurent quelques années après aussi facilement qu’une fusée qui monte et tombe dans le ciel. De nos jours, il n’y a pas encore un journal khmer daté de 10 ans qui continue encore à fonctionner.

La presse khmère est donc une presse qui se cherche, une presse qui n’a pas encore trouvé sa voie, une presse à faire. Rien d’étonnant à cela qu’elle soit restée pauvre et démunie et que son organisation laisse à désirer. Dans un quotidien khmer il y a un directeur souvent propriétaire de son journal, qui se trouve en même temps rédacteur en chef. Il se révèle que le rédacteur en chef n’est pas nécessaire. Fréquemment un nom est imprimé sur la première page du journal comme étant le rédacteur en chef, mais en réalité le nom n’est qu’un prête-nom, avancé pour servir de décor, le rédacteur en question ne jouant qu’un rôle secondaire, voire subalterne. Ainsi dans les trois quotidiens les plus en vue de la capitale khmère, « Norkor Thom » (Le grand pays), « Khmer Ekareach » (Le Khmer Indépendant), « Koh Santhepheap » (l’ïle de paix), il n’y a pas de rédacteurs en chef. Par contre dans Khmer Ekareach, il y a deux directeurs : un directeur politique du journal et un directeur de publication. Le directeur politique du journal Khmer Ekareach, M. Sim Var, actuellement ambassadeur de la République Khmère à Tokyo, détient en quelque sorte l’autorité morale dans le journal. Mais la direction effective du journal est exercé par le Directeur de publication qui joue le rôle de rédacteur en chef, et se trouve responsable devant la loi de tous les écrits parus dans le journal. Ce subterfuge est utilisé parce que d’une part, le directeur politique qui est en même temps propriétaire réside la plupart du temps à l’étranger, d’autre part en tant que fonctionnaire de l’État, il ne lui est pas permis par le statut commun des fonctionnaires d’assumer la responsabilité du journal qui n’émet toujours pas la même opinion que le gouvernement. Parfois même le directeur du journal n’est qu’un figurant. Ainsi dans le journal Koh Santepheap le directeur en titre, M. Sou Sorn, n’est pas le véritable patron. Il endosse son rôle devant la loi, mais c’est le propriétaire, M. Chou Thani, un officier appartenant à la 13e Brigade d’Infanterie qui dirige la politique du journal.

Cette exception faite, le directeur est toujours propriétaire de son journal. Il est parfois assisté d’un conseiller politique qui l’aide à écrire des articles de fond, des éditoriaux, de cinq à dix rédacteurs qui élaborent des points de vue, des chroniques, tout en s’occupant des travaux de secrétariat : les archives, les courriers. Une dizaine de reporters moissonnent les informations, arrangent des interviews ou des entretiens avec les personnalités. Il y a très peu de correspondants de presse dans les provinces. Les journaux khmers d’aujourd’hui répugnent à les employer. D’une part, ils sont incapables de les nourrir du fait de leur grand nombre. D’autre part, ces correspondants ont souvent abusé de la confiance de leur direction, en s’adonnant au chantage. Posséder une carte de presse en province, c’est avoir l’autorité d’un agent de police, et le possesseur trahit vite sa mission première qui est de recueillir les informations. Il peut aussi se vendre facilement à l’autorité de la province dont le gouverneur, souvent chef militaire, reste toujours un petit seigneur féodal. Pour se renseigner donc de ce qui se passe dans les provinces, les journaux font partir leurs envoyés spéciaux, bien sûr, à leurs risques et périls.

La bonne marche rédactionnelle du journal repose aussi sur la collaboration extérieure entretenue par les fonctionnaires de l’Administration, des employés du Ministère de l’Information par exemple comme rédacteurs ou informateurs ou fournisseurs de revus. Une dizaine de personnes assurent les services administratifs ; elles s’occupent de la propagande du journal, de la diffusion, de la recherche des ressources publicitaires, du personnel de la vente, de la comptabilité. Le reste du personnel est formé par une vingtaine de typographes et quelques machinistes.

II.b.
Propriété et contrôle.

Sauf les journaux des partis, créés juste avant les élections législatives de juillet 1972, un journal khmer appartient rarement à un groupe d’intérêt de par son essence même d’entreprise difficilement rentable… Les bénéfices sont si maigres qu’il est presque impossible de les partager. D’ailleurs le capital pour lancer un journal au Cambodge a été si modeste qu’il reste à la portée des gens moyens. Ce qui explique la prolifération des journaux khmers à Phnom-Penh depuis 1968, ce qui explique que le directeur-propriétaire contrôle assez souvent son propre journal.

Mais cette faiblesse des journaux khmers en tant qu’institution les rend vulnérables devant le pouvoir du gouvernement. La presse khmère est loin de représenter le 4e pouvoir. Ainsi l’opinion d’un journal reflète souvent plus la peur devant l’autorité que sa propre personnalité. De là, à dire que la presse privée est manipulée par le gouvernement qu’il n’y a qu’un pas, surtout jusqu’en mars 1970. Les gouvernements qui se sont succédés depuis l’avènement de l’Indépendance ont toujours voulu, sinon supprimer la presse, au moins la domestiquer. Le 12 septembre 1967, à cause de la teneur d’un télégramme (1) de l’association d’Amitié Chine-Cambodge à Pékin envoyé à Phnom-Penh, hostile au régime khmer, et paru dans « La Nouvelle Dépêche du Cambodge », le prince Sihanoukk a fait fermer tous les journaux. Les journaux privés de langue française, l’un de tendance gauche « La nouvelle Dépêche du Cambodge » de M. Chau Séng, et l’autre du centre droit « Phnom-Penh Presse » dirigé par M. Douc Rasy, ne s’en seront jamais relevés. Un journal d’État de langue française « Le Cambodge », et un autre de langue khmère, « Rearst Sangkum » (le peuple socialiste) ont été créés à leur place. Trois mois plus tard grâce au congrès National, des journalistes ont pu obtenir que les journaux privés soient autorités à reparaître. Mais la presse khmère déjà servile en est sortie brisée et repentante. C’est de cette façon qu’est née au Cambodge cette forme hybride de journaux, rare dans l’Asie du Sud-Est, cette présence simultanée des journaux gouvernementaux et des journaux privés. Cette coexistence n’apparaît pas comme un compromis, mais plutôt comme une menace constante contre la presse privée, plus appréciée, plus professionnelle que la presse d’Etat. Pour sa propre santé donc, la presse d’État ne fait que souhaiter la mort définitive de la presse privée. En décembre 1970, le gouvernement a imposé la censure à toute la presse privée. Le journal Nokor Thom a été suspendu pendant un mois et le journal Khmer Ekareach pendant dix jours pour avoir résisté à cette décision gouvernementale. Mais la censure a échoué. Elle a soulevé contre elle une véritable levée de bouclier de l’opinion publique.

Le 17 mars 1973, un pilote de l’armée de l’air, traître à la Nation, a bombardé le palais présidentiel de Chamcar Mon. Le gouvernement en profité pour décréter les mesures d’urgence qui l’amenèrent à suspendre toute la presse privée y compris les journaux des partis. Il en résulte que quoi qu’il advienne c’est toujours le gouvernement qui contrôle la presse, qui l’avertit de temps à autre du seuil qu’on ne peut pas dépasser sans péril, sous peine d’encourir la suspension.

II.c.
Le rôle social de la presse.

Jusqu’à une récente date, le rôle de la presse restait négatif. Son attitude semblait presque totalement passive et était réduite à une sorte de travail de reportage des faits divers, accidents de voiture, abus et viols, vols, divorces et autres affaires civiles et pénales. On retient le « mémorable » journal « Sochivathor » dirigé par M. Nouth Chhoeurn pour ce genre de publications qui avaient attiré une foule nombreuse de lecteurs. Ce goût du sensationnel avait connu son apogée entre 1967 et 1969 et qui coïncidait avec le fléchissement économique inéluctable de l’ancien régime. Mais cet état de chose se heurta à l’événement de mars 1970 et fit place à une nouvelle forme de pensée du public marquée par la prise de conscience des difficultés nouvelles du pays. La presse privée, en particulier, voulut être désormais investigatrice, réaliste, objective et efficace en s’efforçant d’être interprète fidèle du public. Le journal « Khmer Ekareach » dirigé par M. Sim Var en résumera l’image. Ce quotidien qui participera à l’événement de mars 1970 eut déjà à combattre les différents maux sociaux de l’ancien régime. La corruption qui restait de tout temps un fléau social du Cambodge constitua l’un des thèmes courants de ce journal. Mais, très vite, les autres journaux l’imitèrent dans cette critique sociale qui n’épargnait personne et qui visait particulièrement les hautes personnalités dont la mauvaise conduite fut connue du public. Profitant de l’époque transitoire après le 18 mars 1970, où le gouvernement fut en train de se frayer une nouvelle voie politique, où tout le monde réclama des réformes dans tous les domaines où les pouvoirs publics se trouvèrent chancelants, les journaux attaquèrent sans répit les abus et l’incompétence d’une administration anachronique héritée de l’époque coloniale afin de mettre le nouveau régime en garde contre les errements éventuels. En réalité, la presse aspire à la revendication d’une nouvelle voie nationale, celle qui consiste à apporter du renouveau et de la cohérente à la conduite des affaires du pays. En effet, depuis 1970, la presse s’est vue astreinte à une nouvelle discipline : éviter les critiques personnelles d’ordre privé et ne publier que des articles d’intérêts général pouvant servir la cause du grand public.

Le premier semestre 1973 fut marqué par des difficultés sociales nouvelles dues à l’extension de la guerre et au nombre croissant des réfugiés en ville. La presse est intervenue en faveur du grand public attirant l’attention du gouvernement sur la misère de la population, victime de la hausse constante du coût de vie. Pour cela, elle dénonce les mauvais agissements de certains fonctionnaires, la malhonnêteté des commerçants chinois, spéculateurs et accapareurs, qui pratiquent la hausse illicite des prix et le stockage des produits de première nécessité. Le thème couramment évoqué par la presse pendant ce début de l’année 1973 est l’économie de guerre en vue de faire face à la situation qui va s’aggravant.

En mars 1973, plusieurs journaux khmers ont manifesté quelque peu leur sympathie envers la grève du corps enseignant qui demanda l’augmentation de salaire. Cela a été fatal. Le bombardement du palais présidentiel par un pilote renégat le 18 mars 1973 ne fut qu’un prétexte du pouvoir pour réduire définitivement la presse au silence.

La suppression de la presse plongea le pays entier dans une immense consternation. Ce fut partout un silence de tombeau. Un gouvernement sans presse se trouve de plus en plus éloigné du peuple qui ne s’intéresse pas réellement à ce qui s’écrit dans les journaux d’État, élaborés par des fonctionnaires incapables qui en font un instrument et non pas une fin. Et sans ce puissant contrôle qu’est une presse indépendante (la loi martiale n’ayant rien résolu) une corruption noire sévit dans le pays. Rappelons entre autres, l’affaire « Chea Sinh », mise en épingle par les grands journaux, lorsqu’ils étaient encore en activité. Chea Sinh, le plus puissant contrebandier chinois à Phnom-Penh qui aurait dû faire à l’Etat la transaction d’une somme de 160 millions de riels, ne lui a en réalité payé que 25 millions de riels, après que la presse fût étranglée. Entre temps le trafic illégal et la contrebande battent leur plein dans les provinces de Bttambang, de Kompong Cham, Kompong Chhnang, de Kampot. L’activité d’un officier, Kong So Mong Kol, appartenant à la 13e B.I. trafiquant d’armes a même été découverte par l’autorité militaire, mais l’affaire a vite été étouffée. C’est une véritable hémorragie interne dans un pays en guerre. Elle n’aurait pas pris une telle proportion, si la presse avait été là, vigilante, active, parfois injuste, mais pourtant saine.

(Suite dans le prochain numéro L2).

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