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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 16:49

 

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La monarchie qui nous ruine

Par Ta Phoeun

Ancien professeur

 

Publié dans la revue MOULKHMER, n° 136, Avril 1993

  

Il est curieux de voir l’histoire du Cambodge après l’indépendance obtenue le 9 Novembre 1953. Les Khmers, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ont essayé de renverser à plusieurs reprises la monarchie.

 

L’histoire de la rébellion anti-sihanoukiste et antimonarchiste remonte à 1941, avec le mouvement des « Khmers Issarak » dirigé par un jeune diplômé de l’université française, M. Son Ngoc Thanh.

 

Lors de la défaite japonaise en 1945, Son Ngoc Thanh fut arrêté le 16 Octobre 1945 sur l’ordre du Général Leclerc, emmené à Paris puis libéré le 29 Octobre 1951. Personnalité très populaire, il inquiéta le Roi Sihanouk qui chercha par tous les moyens à le mettre à genoux. N’ayant pas pu résister à la menace de Sihanouk, Son Ngoc Thanh prit le chemin du maquis le 9 Mars 1952.

 

Peu de temps après, en 1956, M. Sam Sary, ancien président du Conseil des Ministres et Ambassadeur du Cambodge à Londres, partit rejoindre Son Ngoc Thanh en créant un autre mouvement les « Khmers Sérei ». Ces deux mouvements unirent leurs forces pour renverser Sihanouk.

 

Le 31 Août 1959, un attentat à la bombe eut lieu dans la salle du Trône du Palais Royal entraînant la mort du Chef de Protocole (un des parents de Sihanouk). Sihanouk avait échappé de justesse. Après les coups manqués, d’autres mouvements anti-sihanouk se sont succédés les uns après les autres, de droite comme de gauche. Les premiers furent de droite, puis ce fut au tour des intellectuels de gauche qui ont amplifié leur mouvement entraînant la chute de la monarchie en 1970. Parmi ces gauchistes on peut citer les Khieu Samphân, Hou Youn, Hu Nim, etc.

 

Drames cambodgiens

 

Le peuple cambodgien n’a connu que des drames que ce soit sous le règne de Sihanouk ou de ses ancêtres. Ce dernier roi dirigea le pays selon ses rêves et sans principe. Il a attaqué tous les opposants de droite comme de gauche. Pour les premiers, des dizaines ont été fusillées en public près de Phnom-Penh. Beaucoup ont été jetés en prison sans jugement et l’on ne peut pas décrire les tortures dans ces prisons car elles dépassaient l’imagination. Quelques années plus tard ce fut le tour des Khmers Rouges.

 

Khieu Samphân a été humilié sur la voie publique et battu par le policier en chef de Sihanouk. Plus tard il gagna le maquis et dirigea l’insurrection. Durant les années 60, j’ai assisté à des départs par dizaines de mes confrères (professeurs) qui ont abandonné leur poste les uns après les autres pour rejoindre le maquis. Certains n’ont pas pu partir à temps et ont été emmenés dans la nuit vers la prison de Prey Sar. Durant cette période, Sihanouk a augmenté sa répression sur tout territoire.

 

Alors que l’économie était en ruine, Sihanouk faisait des films et un festival de cinéma pour montrer au peuple qu’il est capable d’être acteur, alors qu’il était Chef de l’Etat.

 

La monarchie, responsable de la chute de l’Empire Khmer

 

Au 12 siècle, l’Empire Khmer s’étendait de la mer de Chine à l’océan indien. À cause de la rivalité entre les prétendants du Trône des dynasties khmères, les voisins, Siam et Annam, ont cherché à se partager le royaume.

 

L’arrivée de la France eut lieu en 1863, et un traité de protectorat fut imposé par l’Amiral français Lagrandière au Roi Norodom 1er. Ce traité, signé le 17 Juin 1884, enlevait au roi les pouvoirs judiciaires, financiers, militaires et diplomatiques. Petit à petit le pays s’est rétréci et le dernier abandon du territoire fut celui de la Cochinchine.

 

Sous le règne de Sihanouk, le pays continue à souffrir et a perdu son autonomie. Les Viêt-Cong ont installé leurs troupes sur la frontière du Cambodge. Les manifestations populaires se sont multipliées alors dans toutes les provinces occupées par les Viercong. Le 18 Mars 1970 un grand évènement national eut lieu dans la capitale. Par des tracts distribués, les auteurs ont manifesté leur mécontentement contre Sihanouk d’avoir autorisé l’installation des troupes Viêt-Cong sur le territoire national. Il faut dire qu’à cette époque les Viêt-Cong avaient placé leurs agents dans les hautes sphères de dirigeants. Et le prince Sihanouk fut destitué par le Parlement cambodgien à 13 heures du 18 Mars 1970.

 

Le régime républicain de Lon Nol est né le 9 Octobre 1970. Lon Nol a fait appel à la force des Khmers Krom (Cambodgiens du Sud-Vietnam) dirigée par Son Ngoc Thanh. Nous avons reçu Son Gnoc Thanh pour la 1ère fois à la Faculté de Droit à Phnom-Penh en 1971. Il faut ajouter que dans le régime de Sihanouk, aucun gouvernement n’a montré le coût de la couronne au peuple khmer. Soulignons que dans ce régime tous les membres de la famille royale vivent avec des privilèges financés par l’argent du peuple. Chaque année il y avait un budget spécial appelé la « liste », prélevé sur le budget national pour financer les dépenses de la Couronne.

 

Faut-il laisser revenir le roi déchu ou réhabiliter la monarchie ?

 

A l’occasion des élections organisées par l’O.N.U., les partis politiques se présentent, parmi lesquels ont peut citer le parti de Sihanouk, dirigé par son fils Ranariddh. Nous ne devons pas oublier que nous avons aboli la monarchie en Octobre 1970. En 1993 le problème revient à la surface. Toutes les menaces ne sont pas écartées. Si le vieil homme qui a été condamné déjà pour haute trahison n’a pas été exécuté, au moins il ne faut pas le réhabiliter. Sur ce point, il est curieux de voir les dirigeants occidentaux faire semblant de ne pas connaître le passé de cet homme. On dirait qu’on a jeté de la poudre dans les yeux pour ne pas voir les choses clairement, et ils continuent à le soutenir. Pendant que l’Occident renouvelle ses dirigeants, au Cambodge les anciens qui ont été déjà ruiné leur pays tentent de revenir au pouvoir. Le temps de la « désihanoukisation » est arrivé. Abolissons le langage royal. Cela ne pourra se faire que si tout le monde accepte. Finie alors la nostalgie du Palais et de la Couronne.

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