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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 07:39

 Je commence cet essai en me posant des questions suivantes : Quelles sont nos pensées sur le nationalisme khmer ?

Parlons d’abords du nationalisme. Selon Ernest Gellner, professeur d’anthropologie sociale à l’université de Cambridge définit le nationalisme ceci : « Le nationalisme est essentiellement un principe politique, qui affirme que l’unité politique et l’unité nationale doivent être congruentes. C’est en fonction de ce principe que la nationalisme en tant que sentiment ou mouvement peut mieux être défini. Le sentiment nationaliste est le sentiment de colère que suscite la violation de ce principe ou le sentiment de satisfaction que procure sa réalisation. Un mouvement nationaliste est un mouvement animé par un tel sentiment ».

Dans l’esprit de beaucoup des Khmers, la gloire de la période angkorienne, nous donne tous les droits de penser que notre pays reste toujours un grand pays. Rappelons-nous bien que cette Nation s’est construite dans un processus d’évolutions longues et complexes, Comme Ernest Renan disait qu’une Nation est construit aussi bien par des vivants et des morts. La Nation khmère, en effet, depuis Fou-Nan à Tchen-La, de Tchen-La à Norkor Thom et de Norkor Thom au Kampuchéa d’hier et d’aujourd’hui, avait évolué, elle évolue encore d’aujourd’hui et demain, elle continuera à évoluer sur la base du progrès et d’amélioration, c’est-à-dire sur le mélange entre d’anciens et de nouveau. Après vingt et un siècle d’évolutions, nous faisons un constat amère : Nous ne sommes plus un grand pays, malgré l’existence du temple d’Angkor. Mais il est curieux de savoir ce qui reste du nationalisme khmer après des siècles de décadence.

Parlons du nationalisme, il est impératif de savoir préalablement qu’est-ce qu’une Nation ? Nous aurions sans doute autant de définition, chaque régime et pouvoir politique aient sa propre définition. Et pour éviter de rentrer dans ces détailles sans fin, nous ne donnons ici que la définition qui a une valeur universel commun.

Ernest Renan écrit ceci : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’Homme, messieurs, ne s’improvise pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale ». Une meilleure nation est celle où les hommes passent leur vie dans l’union et où les lois demeurent inviolées.  Mais quelle est la fin de la nation ? C’est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’elle se conserve et prospère ? C’est la paix dans le progrès social.

 

Le nationalisme khmer justifié par gloire et la douleur :

La Nation khmère est une vieille nation. Elle a son histoire dans laquelle, il y avait la gloire et la souffrance en commun d’un peuple. Le temple d’Angkor et les autres sont la fierté nationale. La joie de contempler les temples khmers partout où ils sont, est une réalité, une vérité éternelle dans le cœur des Cambodgiens. Quand il s’agit de l’émotion, nous ne pouvons pas trahir la nature de l’homme. Mais dans l’histoire des Khmers, il y avait aussi des douleurs à raconter : La guerre civile, les agressions étrangères, la décadence, etc.

Cette joie et ces douleurs renforcent les liens entre les Cambodgiens. Elles font naître le nationalisme khmer. Renan dit aussi : « Avoir souffert ensemble ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort en commun ».

 

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Ce sujet de discussion est cher au feu professeur Keng Vannsak, sociologue et linguiste khmer. Sa thèse était en opposition avec celle des savants français. S. Lévi, savant Français, écrit ceci :

« L’inde donne ses fables à ses voisins qui vont les enseigner au monde entier. Mère de la foi et de la philosophie, elle donne aux trois quarts de l’Asie un dieu, une religion, une doctrine, un art. Elle porte sa langue sacrée, sa littérature, ses institutions dans l’Insulinde jusqu’aux limites du monde connu et de là rebondit vers Madagascar, peut-être à la côte d’Afrique où l’afflux présent des émigrants hindous semble suivre les traces obscurcie du passé ».

Les points de discordes de Keng Vannsak avec des savants français ne sont pas sur le mot « influence », c’est-à-dire l’influence de la culture indienne sur celle des Khmers, mais plutôt sur le mot « absence », c’est-à-dire l’absence de la culture d’origine khmère. Quand un peuple a sa propre culture d’origine forte, il ne peut pas y avoir eu une influence d’une autre culture sur la sienne, mais plutôt un choix délibéré de sa part pour innover sa culture. Pour lui, les exemples ne manquent pas pour démonter que cette rénovation existe réellement, elle connue sous le nom de « nationalisation ».

Keng Vannask rajoute : « Ce n’est nullement une faute pour les civilisations pourtant très grandes, que d’emprunter des thèmes communs à d’autres civilisations. Les littératures des peuples reflètent et facilitent les interférences entre les courants de civilisation. Mais l’essentiel n’est justement pas ces emprunts qui, pour être compris et acceptés par tout le peuple, doivent être avant tout, assimilés et remodelés par une « nationalisation » longue, profonde et sans cesse renouvelée ».

Ainsi le RAMAYANA indien s’est transformé en REAMKER khmer. Et si le titre de l’ouvrage, les personnages et les lieux de l’action conservent encore des noms vaguement indiens, le contenu par contre, diffère complètement de l’œuvre de VALMIKI.

Vis-à-vis de la littérature bouddhique, la transformation n’est pas aussi radicale. Néanmoins, certains Jatakas ne sont acceptés et retenus que parce qu’ils ont reçu une forme et un fond conformes à l’Esthétique et l’Idéologie khmères.

Pareil remodelage constitue une forme de Khmérisation dans l’Art que dans la langue, cette khmérisation s’effectue selon les deux principales tendances de la civilisation khmère à savoir : Le Réalisme et le Rationalisme. Ce sont justement ces deux tendances qui ont procédé à l’humanisation du Dieu Rama et donné une forme systématique de « thèse » au Reamker.

Mais le Réalisme khmer ne consiste pas simplement à ramener le Divin à l’humain, le sublime à l’ordinaire, le merveilleux au réel. Il constitue également un moyen d’action. L’efficacité n’est pas fonction du Métaphysique, mais du Pragmatique fondé sur une « connaissance exacte et prudente de l’être et de « l’utile ».

À partir 1970, ce débat fit florès parce que le professeur Keng Vannsak n’avait plus la barrière politique pour augmenter le son de sa voix pour critiquer les savants étrangers de toute taille, bien sûr dans le domaine de la culture khmère. Mais son seul défaut, c’est qu’il n’ait jamais publié des articles sur ce sujet ; j’ai dit publier, parce qu’il est fort probable qu’il en ait écrit beaucoup. La publication avec parcimonie de ses œuvres fait défaut à ses partisans, parce qu’à chaque fois, ils devaient affronter sur ce sujet avec leurs opposants, il est difficile pour eux de faire une référence aux idées précises de leur Gourou. En tout cas, M. Keng Vannsak était un grand patriotiste et nationaliste convaincu. Malgré ses défauts comme tout être humain, il représente pour la jeunesse de ma génération, un symbole de « contestataire des diktats de Pouvoir de toutes ses formes ». Dans l’esprit de beaucoup, il est le Savant des Khmers. De son vivant, la Radio Free Asie (RFA) a pu enregistrer beaucoup d’heures d’entretien avec lui. La thèse de Keng Vannsak constitue une forme de « Nationalisme khmer » dans le domaine de la Culture.

Parlons un peu plus sur notre Nationalisme culturel. Yvonne Bonger écrit dans son livre (la monarchie cambodgienne) ceci :

« Le Cambodge angkorienne, tel qu’il nous est connu par l’épigraphie apparaît comme un pays profondément indianisé, au moins au niveau des classes dirigeantes ».

 

Mon point de vue : Nous savons que la pénétration (au milieu du IVe) des grandes religions indiennes au Cambodge, Hindouisme avec deux divinités « antagonistes » Visnou et surtout çiva et Bouddhisme Mahayana (du grand véhicule) avec Boddhisattvas (candidat à la dignité de Bouddha), modèle et intercesseurs, ont sans doute une forte influence dans la pensée khmère. Cette importance ne vient pas détruire l’armature de la société khmère mais elle compléter au contraire des parties manquantes, lesquelles sont : la science du gouvernement et la pensée philosophique qui sont deux éléments importants pour le progrès d’une nation. L’accouplement de deux systèmes de société fait naître sans aucun doute l’embryon de la civilisation khmère. Étant en stade de matérialisation, notre culture s’imbibe facilement de la pensée indienne qui est en période du développement expansif. Cette conjonction fructueuse crée un climat de confiance et d’intérêts réciproque entre le pouvoir autochtone et les Brahmanes venant avec les commerçants hindous pour professer l’art de gouverner aux monarques khmers. Pour être en bon terme avec l’autorité locale qui est déjà en puissance, les Brahmanes se voient obliger de faire une entorse à leur système de caste, de reconnaître une certaine valeur de la culture aborigène et de fermer les yeux aux certaines pratiques des rois d’Angkor. Ils s’attellent donc à la politique d’assimilation de leur croyance à la culture utilitaire du pays. Cette politique séduit davantage des rois khmers et leur Cour parce qu’ils ne voient pas dans l’Hindouisme comme une menace directe à leur pouvoir temporel, mais d’aider au contraire à devenir les monarques éternels. Ils acceptent facilement, en effet, de se convertir en néophytes de cette religion et la transforment en suite en doctrine gouvernementale de leur Royaume impérial.

À part les vestiges des temples prestigieux qui parent aujourd’hui le Kampuchéa, nous ne voyons pas la trace des castes d’hindouisme dans la société khmère. Au premier vu et su de l’histoire khmère, nous savons gré que nos rois d’Angkor ont bien fait de supprimer décemment les frontières sociales entre les Khmers pour rendre plus humain notre société au moment de la transplantation de l’Hindouisme dans notre foi.

La loi d’Hindouisme est absente dans la vie quotidienne des Khmers, parce qu’elle régit plutôt par des lois khmères. Voici une des exemples : Les « Paroles des Sages » :

« - Riches, aidez les pauvres, comme ils vous aident tels des morceaux d’étoffes autour d’un corps nu.

«  - Savants, protégez les ignorants, comme ils vous protègent tels des sampans au secours d’un grand vaisseau naufragé.

«  - Puissants, veuillez aussi sur les faibles,

«  - Repus, donnez à manger aux affamés,

« - Bienheureux, pensez aux déshérités, tels des ancres, des voiles et des amarres qui aident les grands navires que vous êtes, à ne pas sombrer au fond de l’Océan de la vie agité sans cesse par des tempêtes… ».

Nous le savons qu’un changement culturel constitue très souvent une expérience très douloureuse, et de plus, parce que des cultures rivales entraient en conflit pour la captation des âmes, tout comme il y avait des centres de pouvoir politique qui rivalisaient pour suborner les hommes et s’emparer de leur territoire et pendant la période de transition devait être soumise aux violences et aux conflits. Or l’on constate qu’il y n’avait ni violences, ni conflits dans la conjonction entre la culture d’origine khmère et celle d’indienne. La réalité des faits historiques le confirme.

Ceci pour nous démontrer que la Nation khmère n’avait pas eu peur dans le passé d’avoir de contact avec une civilisation d’hindouisme, une des puissances dans le monde. Cette assurance fait naître au contraire le nationalisme khmer.

 

Le nationalisme khmer justifié par la peur :

Deux mémoires politiques célèbres, « la mentalité khmère » de Bun Chan Mol et « la marche vers l’Ouest » de Noun Kheun, nous interpellent aujourd’hui. Le premier, écrit en 1970, invite ses concitoyens à abandonner la pratique maléfique khmère : l’égoïsme. Le second, écrit en 1971, nous montre qu’il y ait un danger pour notre pays, venant des pays voisins, la Thaïlande et le Vietnam, si le Cambodge ne réussissait pas à concrétiser une démocratie libérale dans notre système de gouvernement. Ces deux appels pathétiques me font penser à une maxime khmère, dans laquelle nos ancêtres avaient voulu rappeler le « mal khmer », dont le but n’est pas d’humilier le peuple khmer, mais de lui donner la possibilité d’en tirer des leçons, se réformer, s’améliorer et éviter, pour le pays, des lendemains qui déchantent. Cette maxime est ceci :

-          les Thaïlandais n’abandonnent jamais la méthode,

-          les Vietnamiens n’abandonnent jamais l’hypocrisie,

-          les Khmers misérables n’abandonnent jamais la diffamation.

Quand le pays est dans le malheur, M. Douc Rasy, un intellectuel khmer, écrit ceci : « Il ne reste pour ainsi dire que l’amour de la patrie et un sentiment d’appartenance à une même communauté. C’est à la fois peu, et en même temps beaucoup à condition que nous sachions les mettre en valeur. Si d’un sentiment diffus, nous parvenons à faire une raison de vivre, alors, nous pourrons mobiliser toutes les forces dont nous disposons à son service. La raison va concrétiser l’espérance du futur ».

La raison, dans la situation de faiblesse, ne devrait pas être fondée sur la peur des autres, mais plutôt sur la confiance en soi.

Depuis j’ai l’âge de raison, j’ai entendu et j’entends toujours que le Vietnam et la Thaïlande ont volé et volent encore les terres khmères. Je me pose donc la question qu’avons nous fait pour qu’ils puissent nous voler comme ça ? L’on me dit que les causes sont multiples : les guerres civiles, l’incapacité des dirigeants, la monarchie absolue, la colonisation française, Bouddhisme, etc. Je me pose encore une autre question : Est-ce que le Vietnam et la Thaïlande n’avaient-ils pas ces problèmes ? Cette question est taboue vu le concept du nationalisme khmer fondé sur la peur des autres, mais paradoxalement à chaque fois que nous avions des problèmes entre nous, nous n’avions pas hésité de demander l’aide des autres. C’est dans cet état d’esprit confus, que le Kampuchéa a, aussi, perdu son Empire.

Il faut bien savoir que la décadence de la nation khmère depuis le XIIIe siècle ne fut pas seulement militaire ; ce fut celle de l’esprit, de l’idéologie nationaliste et enfin celle de toute une organisation économique, culturelle et politique. Cette décadence est si profonde jusqu’aujourd’hui encore ses causes et conséquences sont rarement pleinement analysées, réduites à des faits cités ci-dessus. Comment cette décadence est-elle pensée ?

Aujourd’hui avec l’unification des trois Ky (Tonkin, l’Annam et la Cochinchine) et l’émergence de la société industrielle en Thaïlande auraient pour conséquence de permettre aux deux pays de dominer économiquement le Kampuchéa et, parfois à leurs populations d’avoir le sentiment d’être supérieur à la population khmère.   

Devant cette réalité, la peur des Vietnamiens et des thaïlandais devienne notre obsession de tous les temps. Nos discussions tournent autour de ce sujet. Il devient un sujet majeur pour les intellectuels khmers. Quand on les pose la question : Que faire ? La réponse est si simple à comprendre : Demander l’aide à l’ONU et les pays puissants, etc. Mais où sont les Khmers dans ces débats ? Ils ne pourraient rien faire. Mais sont-ils des électeurs ? Ils ont donné leur voix au PPC (2/3 de sièges à l’Assemblée nationale) pour gouverner le Kampuchéa en toute liberté. Non, non, c’était de la tricherie. Le PPC a acheté les voix et a menacé de représaille. Mais on n’hésite non plus à valider, en temps et en heure, les résultats des élections, pour siéger à l’Assemblée Nationale. On me dit aussi, Il faut prendre le temps pour apprendre aux Khmers à connaître leurs droits et leurs devoirs en tant que citoyens. On n’oublie toujours que les Khmers d’aujourd’hui connaissent mieux que quiconque ses droits, car à chaque fois qu’il y ait une spoliation de leurs terres et autres violations à caractère des droits de l’Homme, je constate qu’ils sachent se battre pour défendre leurs droits. Bien sûr, ils n’ont pas gagné le gain cause, parce que leurs moyens utilisés sont illusoires par rapport à la puissance du pouvoir économique et administratif. Mais cela est une autre affaire. Je pense qu’il ne faille plus avoir de doute sur la capacité des Khmers à comprendre le fonctionnement de la liberté publique, dont les droits et les devoirs des citoyens font principes. Quand le PPC gagnait des élections, il ne fallait pas toujours croire qu’il ait triché, il fallait aussi que les Démocrates khmers se posent la question, pourquoi ils auraient accepté cette situation. Quand l’on cède sur des principes fondamentaux de la démocratie comme ceux des élections, il ne fallait pas étonner qu’il y ait  de dérapage du régime actuel vers l’hégémonie politique. C’est là le bât blesse, les Démocrates puissent critiquer le parti au pouvoir tout ce qu’ils veulent, mais quand il s’agit du « Fondamental », ils tournent le dos pour éviter de le voir. Dans ce cas là, comment puissent-ils être crédible vis-à-vis des électeurs ?   Cette acceptation n’est-elle pas aussi une preuve de manque de soutien confortable de la masse populaire, afin qu’ils puissent défendre avec détermination la démocratie.

Les Démocrates suscitent la peur des autres pour justifier leur nationalisme. Mais quelles sont leur « universel commun » ? M. Dy Kareth, un intellectuel khmer connu, a bien fait de soulever des problèmes de l’unité de pensée des Démocrates khmers comme sujet de débats. Nous n’arrivons pas, en effet, à l’identifier, à l’exception de quelques bases connues :  La peur des autres, la colère contre le parti au pouvoir, le sentiment de satisfaction sur des propos défavorables des pays puissants à l’adresse du gouvernement royal khmer actuel, etc. Ces bases connues constituent-elles un « capital social » sur lequel on assied une idée politique commune ? Bien sûr que non, parce que ces bases-là sont simplement des dénominateurs communs qui servent uniquement à mener ensemble des actions occasionnelles dont les intérêts sont congruents. Mais l’absence de l’unité de pensée sur l’histoire du pays, un passé héroïque des grands hommes, de la gloire, une volonté commune de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis, etc. ne permettrait pas les Démocrates khmers à travailler ensemble sur un projet d’avenir. Il ne faut pas oublier que les Cambodgiens connaissaient le mot « Démocrates khmers » depuis 1947 ; nous sommes aujourd’hui en 2009, plus de six décennies, les Démocrates khmers continuent toujours à quêter leur identité. Actuellement deux partis de l’Opposition parlementaire, qui revendiquent le titre de Démocrate, auront des difficultés à s’accorder leur politique commune. Le PSR, avec plus d’un million de voix et PDH, avec 400.000 voix, aux dernières élections législatives, chacun espérait toujours de gagner en solo à la prochaine compétition. Il me semble que leur volonté de travailler ensemble susciterait davantage la crainte, la coercition, la contrainte, l’intérêt, que la formation d’une force nouvelle pour faire développer la démocratie au Cambodge. La peur des autres serait-elle un facteur de désunion ? Voilà une question importante qui mérite d’être discutée.

M. Noun Kheun écrit ceci : « Le nationalisme ne serait pas seulement le sentiment de l’amour de la patrie, il serait aussi un mouvement pour revaloriser l’idéologie nationale et toute autre valeur qui favorise la réalisation du développement de la force nationale dans le domaine politique et économique. Dans cet objectif, notre premier devoir est de renforcer notre nationalisme, lequel constituera la fondation solide de notre nation. Cette fondation pourra transformer en idéologie nationale efficace. Autrement dit, pour que le mot « nationalisme » soit dans son vrai sens, il faut que tous les éléments cités ci-dessus soient réunis. En outre, le développement du nationalisme dépendra celui de la démocratie qui permettra au peuple de participer dans les affaires de l’Etat. Cela renforcera la justice sociale. S’il n’y avait pas de « devoirs », il n’aura jamais le nationalisme. Dans cette condition, le son du mot  « amour de la patrie » se ressemble plutôt au son venant d’un tambour caché, auquel personne n’attache aucune importance ».

Le Cambodge était une grande nation. Aujourd’hui par sa taille et le nombre de sa population, il devient un petit pays par rapport au Vietnam et la Thaïlande. L’on sait qu’une grande partie de ses territoires ont été annexés par ces deux pays et un grand nombre des Khmers vivant dans ces territoires sont devenus des nationalistes irrédentistes pour défendre leur culture, mais ils ne revendiquent pas l’autonomie des terres de leurs ancêtres. Cela prouve bien que le processus d’intégration des « Khmers externes du territoire national » dans la société politique du Vietnam et de la Thaïlande soit bien terminé. En outre, l’amputation des territoires khmers pendant la période du protectorat français a été reconnue aussi par le gouvernement khmer et par la loi internationale. Aujourd’hui, iIl y a beaucoup des Khmers qui s’interrogent encore sur la politique d’expansionnisme du Vietnam et de la Thaïlande : Ce qu’elle était hier, ce qu’elle est aujourd’hui, et ce qu’elle sera demain. Parce qu’il pensent que ces deux pays ne craindraient pas d’usurper leurs droits sur les territoires khmers, s’ils avaient l’occasion d’y faire. C’est pour cette raison, la Nation khmère ait besoin plus que jamais de susciter le « nationalisme khmer » fondé sur la force et l’idéologie nationale. Les deux constituent la fondation de la nation khmère.

Il faudrait faire attention que le nationalisme ne soit pas une invention idéologique pour servir une doctrine politique fondée sur la prééminence de la nation et le racisme comme le cas du National-Socialisme d’Adolf Hitler.

Qu’est ce que c’est la force nationale khmère ? La force nationale n’est pas, ni une force d’agression des pays voisins, ni une force d’oppression de la population, elle serait une force de la cohésion sociale et de l’unité nationale.

Qu’est ce que c’est l’idéologie nationale khmère ?  L’idéologie khmère repose sur le principe du « Réalisme » : La paix, l’indépendance nationale, l’intégralité territoriale, la démocratie libérale et le Bouddhisme.

Enfin, la force et l’idéologie nationale cherchent à donner à la population, un sens, une unité et un repère. L’être du peuple fonde la Nation. Je suis conscient en écrivant cet essai que le problème de la nation, du nationalisme s’est posé et se pose encore au Cambodge. Au moment où le Cambodge s’ouvre, quand un nouveau type de mondialisation, d’organisation de la région de l’Asie Sud-Est, du monde donc, se met en place, il est important de comprendre comment s’y pense la nation, s’y pose le rapport au nationalisme dont il est soupçonné aujourd’hui d’être fondé sur la peur des autres.   

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