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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 13:35


Kân quitta la pagode de son maître avec le coeur tremblé de tristesse. Au portail, il aperçut un valet de son père. Ce dernier se rapprocha discrètement de lui et dit :

- Votre père m’a demandé de venir ici pour apporter le secours au cas où vous passiez par là ;

- Très bien, tu retournes à la maison pour m’apporter mon arc et rassembles des hommes de confiance qui voulaient combattre avec moi. Je vous attends dans la forêt Thmârda, dit Kân.

Ce serviteur se précipita pour en informer le père de Kân. Ce dernier autorisait à son valet d’apporter tout ce dont son fils avait besoin. Il y avait cinquante volontaires qui acceptaient de suivre Kân dans sa fuite. Arrivés à Thmârda, les hommes de Kân dirent à leur maître que le jour où Kân veuille entreprendre contre le Roi une action décisive, qu’il sache bien qu’il pourra compter entièrement sur leur concours ».

Kân, pleinement satisfait de cette déclaration de fidélité, répondit par un simple signe de tête pour marquer son remerciement, puis il prit la route avec ses compagnons de vie pour aller à la sous-préfecture de Baphnom. Aussitôt arrivés à ce lieu, Kân et ses partisans entrèrent dans la salle d’audience, remplies des fonctionnaires. Surpris de voir ces intrus, le sous-gouverneur s’écria pour les interroger, mais à peine de terminer sa phrase, Kân se précipita pour lui trancher la tête. Il y avait un brouhaha dans la salle, mais Kân cria : « Silence ! j’ai l’ordre de Sa Majesté le Roi de venir tuer ce sous-gouverneur, parce qu’il avait fomenté avec Preah Chanreachea un coup d’Etat. En plus, j’ai l’ordre aussi de venir ici pour lever une armée pour combattre contre Preah Chanreachea et ses complices. Tous ceux qui m’aident à combattre contre Preah Chanreachea, seront bien récompensés. Mais quiconque soulève des difficultés sera décapité comme le sous-gouverneur, c’est tout ! ».

Tous les fonctionnaires dans la salle croyaient à Kân et aidaient ce dernier à lever une armée. Avec ses fidèles, Kân, était tout ruisselant de majesté, mena des conquêtes avec succès la province de Prey Veng et plusieurs autres provinces de l’Est du Mékong. En quelques mois, Kân devint un chef de guerre redoutable. Il se conféra le titre de Grand Général du Royaume. À la suite de cette victoire, Kân organisa ses différents services administratifs centraux et provinciaux dans les territoires sous son contrôle.

Revenons à la Cour de Basane. Ayant appris la rébellion de Kân, les généraux, Ponhea Yaumrech et Vongsa Angreach en informèrent immédiatement le Roi en lui demandant de donner l’ordre au père de Kân, Pichay Nirk d’écrire une lettre à son fils pour lui demander de renoncer à cette rébellion.

Ayant appris cette nouvelle, le Roi se montra grandement surpris et troublé. Il convoqua Pichay Nirk pour lui ordonner à apprivoiser Kân en état de rage.     

Gisant aux pieds de son Souverain, sous tant de soupirs, Pichey Nirk assura à son maître, dieu, la fidélité de son fils. Il se dépêcha à envoyer un messager pour porter une lettre à son fils. Celui-ci recevait le porteur du pli confidentiel à huis clos. Après avoir lu la lettre, il dit à ce dernier dans les termes suivants : « Tu peux dire à mes parents que mon combat d’aujourd’hui n’est pas contre le roi, mais plutôt de lui demander la réparation de l’injustice dont je suis la victime. S’il accepte aujourd’hui de m’innocenter à des fautes, dont je ne suis pas l’auteur, je n’aurais aucune raison de continuer mon combat. Aujourd’hui j’ai une armée de milliers de soldats. Et tu le savais, pour défaire une armée de cette taille, il en faut beaucoup du temps. Je demande au roi de me laisser un peu temps pour démobiliser mes soldats, après quoi je retournerai au palais pour servir le souverain comme auparavant ». Après le départ du messager, Kân convoqua tous les officiers pour leur dire dans ces termes qui étaient contraires à la volonté de son père : « Le Roi m’a demandé de vous remercier dans vos efforts de combattre contre Preah Chanreachea. Il m’a chargé en plus d’enrôler davantage des soldats pour conquérir le plus vite possible tous les territoires contrôlés par le Vice-Roi ».

Revenons au Roi. N’ayant toujours pas vu le retour de Kân, il demandait à sa Première dame d’envoyer plusieurs fois des messagers pour réitérer ses exigences à Kân. À chaque rencontre avec l’envoyé du roi, Kân savait en tirer profit à son avantage en faisant croire à ses partisans et à la population que le roi avait vraiment besoin de lui pour combattre contre Preah Chanreachea. Il y avait de plus en plus des paysans et des esclaves qui s’engageaient dans l’armée de Kân. Vu la passivité du roi, Kân se dit : « si le roi continue d’agir ainsi, je pourrais bientôt emparer facilement le trône ».

Parlons du Preah Chanreachea, en 1508, âgé de 24 ans, celui-ci se sentait être menacé par la popularité de Kân et convoqua ses conseillers pour leur dire ainsi : « Je n’ai plus à m’étonner de mon frère qui m’a accusé de haute trahison, parce ce que depuis toujours il se méfiait de moi. A ce jour, il n’a même pas envoyé un messager pour me donner ses instructions à combattre contre Akân. Il m’a confié des charges de Vice-Roi, Résident général des provinces de l’Est dans un seul but de m’éloigner des affaires du Royaume. Son silence sur les agissements d’Akân contre moi confirme bien cette accusation. J’en conclue que mon existence gêne sans doute Sa Majesté le Roi. Je décide donc de partir au Siam pour demander la protection du roi de ce pays, plutôt de vivre comme un paria dans mon propre pays.

Preah Chanreachea quitta sa capitale administrative, Krong Chatomouk, la nuit même avec 50 fidèles. Arrivé à la province Pursat, il passait la nuit chez M. Meung, une vieille connaissance. Dans le document du Vat Kampong Tralach Krom, on dit que M. Meung ne s’appelait pas Meung, mais Pich ; le nom Meung était plutôt son nom posthume : Après sa mort, son esprit renaquit en « génie gardien du pays », en langue siamois « Kleig Meung ». Ce nom était adopté plus tard par les Khmers. M. Meung avait un autre surnom « Mé Smeug Phnom Kravagne » (Chef des morts de la montagne de Kravagne).

Vu arrivé le frère du roi, Ta Meung descendit de sa maison pour l’accueillir avec tout honneur et respect. Il invita le Vice-Roi à monter sur sa demeure et dépêcha le personnel de la maison à préparer le repas pour le prince royal et sa suite. Preah Chanreachea raconta son histoire à Ta Meung. Celui-ci l’écouta avec tristesse. Le lendemain matin, Ta Meung offrit au prince 8 éléphants et 10 chevaux. Il ordonna à ses 4 fils d’accompagner son prince au Krong Tep. Preah Chanreachea était très content de ces cadeaux inattendus. Il dit à son bienfaiteur ainsi : « Je vous remercie beaucoup de vos aides. Je n’en oublierai pas pour toute ma vie. Vous êtes un homme bien ». Ayant entendu les paroles royales, Ta Meung se mit à genoux, joignit ses mains en levant au niveau de son front et dit : « Oh ! Mon prince, mes offrandes ne sont rien par rapport à votre rang. Je demande au Bouddha et à tous les dieux existés sur terre de vous protéger partout où vous y aller et je hâte de vous revoir bientôt au pays ». Preah Chanreachea regarda Ta Meung avec l’arme aux yeux et lui répondit : « Le Bouddha vous protège ». Le prince quitta la maison de Ta Meung avec le cœur serré. Ce dernier resta longtemps devant sa demeure pour regarder le cortège royal jusqu’à qu’il se disparaît à l’horizon.

Arrivé au Krong Tep, Praeah Chanreachea demanda une audience au Roi Preah Chao Chakrapât. Celui-ci reçut le prince khmer avec joie. Il accordait illico au prince khmer sa protection et l’élevait au rang du prince siamois. Preah Chanreachea eut droit à une résidence royale qui se trouvait à côté de la pagode Chheung.

Revenons au Kampuchea, ayant appris la fuite de Preah Chanreachea, Kân convoqua ses conseillers pour leur dire :

- Preah Chanreachea était le seul obstacle pour la réussite de notre plan. Il s’enfuit aujourd’hui au Siam, je crois qu’il est temps maintenant d’attaquer la capitale royale.

Tous les conseillers approuvèrent la décision de leur chef. Quelques jours après, Kân ordonna à son armée de marcher sur la capitale Basane.

Le Roi fut informé de cette nouvelle. Il dit à ses conseillers : « Je comprends plus rien, il y a quelques jours, j’ai demandé à sa sœur de la nouvelle de Kân, elle m’a assuré que son frère ne tardait pas à revenir à Basane pour me servir comme auparavant. Aujourd’hui, il pointe avec son armée devant la porte de la cité, quelle insolence celui-là ». Dans une colère de tigre, il ordonna à Chao Ponhea Yomreach, Ministre des armées, de rassembler 5 000 soldats : Un régiment de 3 000 hommes confié au général Chao Ponhea Sangkriem, ce dernier devait partir pour s’opposer à l’armée des rebelles à la porte de la cité. Un autre régiment de 2 000 hommes, placé sous son commandement, pour assurer la protection de la ville. Il demanda au ministre de l’intérieur d’informer son frère, Preah Chanreachea, de cette péripétie. Ce dernier lui répondit que le Vice-Roi s’enfuit déjà au Siam, parce qu’il avait eu peur d’être tué par Kân. Ayant appris cette nouvelle, le Roi se fit des soucis et se dit : « Pourquoi il est parti au Siam sans m’avertir ».

Parlons du , il quitta la ville pour établir son quartier général à quelques kilomètres de celui de Kân. À la tête de 500 soldats d’élite, sur le dos de son éléphant et vint se placer en avant de sa ligne de fantassins, à cent mètres du camp d’ennemi, il appela Kân à sortir de son camp pour la reddition inconditionnelle : « Vil esclave ! traître à ton roi, dans quel but es-tu donc venu jusqu’ici ? ». Ayant entendu l’injure de son adversaire, Kân pensait s’il laisse ce général de révéler son stratagème devant tout le monde, il risque d’être accusé de traître par ses propres soldats. À peine le son des paroles de Chao Ponhea Sangkriem avait-il cessé, Kân sortit immédiatement de son camp avec son arc entre ses doigts, il y encocha une flèche, Il avait visé le coup du général et, résultat, on vit la flèche enclouée à la cible. L’infortuné général tomba de son éléphant et mourut illico. Sous le choc, les officiers se précipitèrent à informer le quartier général de la mort de Chao Ponhea Sangkriem. Ayant appris cette nouvelle, le général ordonna immédiatement ses troupes d’attaquer l’armée de Kân. À peine une heure de combat, les soldats du roi, en nombre inférieur, se battirent en retraite. Ils se hâtèrent de regagner au plus vite leur fortification pour s’échapper à la mort. Chao Ponhea Chakrey envoya un messager à la capitale pour demander des renforts. Le Roi convoqua le Conseil de guerre pour examiner la situation.

Au cours de réunion, le Grand Général, Chao Ponhea Yomreach, adressa au roi pour le rappeler au sens des réalités de la situation militaire en ces termes «  Nous disposons actuellement une armée de 10 000 hommes. Cet effectif était insuffisant pour s’opposer à l’armée des rebelles. Mais cette force nous permette de réorganiser notre retrait stratégique au Krong Chatomouk. D’ailleurs, en manoeuvrant de la sorte, nous épargnons la vie de nos soldats ». Quant à Chao Ponhea Chakrey et moi, nous assurons la protection de ce retrait. Le Roi se rangea donc à cet avis mesuré. À ce moment, Pichay Nirk, le père de Kân demanda la parole : « Je crois pouvoir convaincre mon fils à abandonner sa rébellion. Je demande à Votre Majesté de me confier un commandement de 1 000 soldats pour accomplir cette mission. Mon épouse et tous les membres de ma famille partiront avec Votre Majesté au Krong Chatomouk. Ils sont constitués comme un gage de ma fidélité envers Votre Majesté. Si je trahissais votre confiance, je fais un serment solennel de mourir avec les armes et Votre Majesté pourra donc tuer mon épouse et tous les membres de ma famille ».

Le Roi accepta la proposition de Pichey Neak et demanda aux Brahmanes de préparer une cérémonie de serment de fidélité en conformité avec la tradition. Ensuite, Pichay Nirk partit avec ses hommes à la rencontre de son fils.

Le Roi Sokunbât quitta la capitale avec les membres de sa Cour par bateau pour Krong Chatomouk. Arrivé à son ancienne capitale royale, sans perte de temps, il ordonna au Premier ministre de lever une armée de 25 000 hommes.

Kân laissait partir le Roi. Ensuite, il attaqua le détachement du général Chao Ponhea Chakrey, chargé de protéger la citadelle de Basane. Ce dernier fut tué au cours de cette bataille. Or voilà que, soudain, un cavalier vint rapporter une information à Kân que son père marcha à la tête de 1 000 hommes, et qu’il arrivait pour lui capturer. Ayant appris cela, Kân partit d’un grand éclat de rire et donna immédiatement des consignes strictes à ses troupes de capturer son père vivant, mais de tuer tous les autres. Il n’est pas question de négocier de quoi ce soit avec son père. La troupe de Pichey Neak fut immédiatement attaquée par les soldats de Kân. À peine une demi-heure de lutte, la moitié des soldats de Pichay Nirk furent péris dans le combat. Ce dernier ordonna à ses soldats de se replier dans une pagode où habitait le vénérable Satha, le gourou de Kân. Ce lieu fut encerclé immédiatement par des rebelles. Ayant appris cette nouvelle, le vénérable Satha sortit de la pagode et demanda aux assaillants de parler à un officier. Un homme se montra, se mit à genou devant le vénérable Satha et dit : « J’ai l’ordre de Preah Sdach Kân d’emmener Neak Preah Bayda Pichay Nirk pour mettre à l’abri du danger ». Le vénérable lui répondit : « Tu vas dire à ton Grand Général qu’il veuille venir pour saluer son père et après quoi, il pourra discuter avec lui des affaires du pays ». Ayant entendu les propos du Vénérable Satha, Pichay Nirk dit : « Ce que vous venez de dire, c’est comme vous venez de condamner à mort mon épouse et les membres de ma famille ». Le Vénérable lui répondit : « Vous ne vous inquiétiez pas, le Roi n’oserait pas tuer les membres de votre famille, parce qu’il veuille les garder comme otage ».

À la demande de son maître, Kân se précipita de venir voir son père. Assied au milieu du père et fils, le Vénérable Satha s’expliquait aux antagonistes de leurs intérêts dans leur union. Après une longue discussion, Pichay Neak laissa convaincre par Satha et accepta d’aider son fils dans son combat. Après quoi, le Vénérable Satha organisait une cérémonie rituelle, dit « bain sacré » pour le père et fils. À cette occasion, il demanda à ces derniers de ranger des armes les uns sur les autres jusqu’à la hauteur de leur tête, ensuite, de se mettre à genou devant ce dépôt d’armes, il cita des formules magiques en versant de l’eau sur leur tête et leur corps. À la fin de cette cérémonie, il ordonna aux soldats de reprendre ces armes et avec lesquelles, il fit construire une rue devant la pagode. (Dans certains documents, on dit que le Vénérable Satha demanda aux soldats de construire une rue et ensuite d’enterrer ces armes sous cette rue). Après cet événement, la population donnait un nouveau à la pagode Sdey, pagode la rue (Vat pleuv).

Après sa victoire à Basane, Kân choisit de lancer la conquête de la province de Phnom-Penh avec 50 000 hommes. Deux colonnes de son armée munies des canons et des armes à feu arrivèrent par Est et par Sud, assiégèrent en pleine nuit la place forte de Phnom-Penh. Cette ville était défendu par une armée d’environ 30 000 hommes. Les premiers assauts lancés par des rebelles mettaient l’armée royale dans une situation défavorable. Les généraux du roi peinaient à maintenir la cohésion de l’armée, elle aussi menacée par la désertion et la défection des soldats. Les esclaves enroulés sous la bannière royale désertaient en grand nombre pour rejoindre leurs camarades engagés dans les rangs de Kân. Face au désastre, le Roi ordonna à ses généraux d’abandonner la citadelle et partir pour s’établir son quartier général à Longvek. Quant aux familles des soldats, il décida de les mettre à l’abri à Samraug Sen (Aujourd'hui Samraug Sen est une commune dans le district de Kampong Leig, province de Kampong Chnaing). Pour faire face à l’armée de Kân en grand nombre, 120 000 hommes, le Roi ordonna à ses généraux d’enrôler des soldats dans les différentes provinces du Nord.

Après la prise de la citadelle de Phnom-Penh, Kân devint populaire. Cette victoire était vue par la population et ses partisans comme un signe d’élection qui marquait le consentement divin à l’avènement de leur Grand Général. Celui-ci était considéré comme homme qui avait reçu un mandat céleste, « Neak Mean Bonn » qui puisse se mesurer au roi. En revanche, cette victoire était vécue comme une insulte à l’ensemble de l’aristocratie. Pour assurer son triomphe militaire, Kân se montrait capable d’organiser l’appareil administratif de l’État pour contrôler les territoires conquis. Il nomma des nouveaux gouverneurs dans les différentes provinces : Bati, Prey Krabach, Trang, Bantey Meas, Kampot, Kampong Som, Bassac, Preah Trapeing, Euv Maur, Kramoung Sar, Teuk Kmao, Prey Nokor, Bareang, Donay, Long Haug, Psar Dek. La fuite du roi de Phnom-Penh permit à Kân d’établir d’un véritable gouvernement insurrectionnel, résolu à conquérir l’ensemble du territoire du pays. Il envoya un corps d’armée de 40 000 hommes pour s’opposer à l’armée royale à Longvek, laissa un autre corps d’armée de 50 000 hommes pour assurer la garde de la ville de Phnom-Penh, dépêcha un corps d’armée de 30 000 hommes à Kompong Siem, pour surveiller et hâter la progression générale, et servir de renfort éventuel de la compagne de Longvek. Quant à lui, il se mettrait à la tête de 40 000 hommes pour retourner à Srey Santhor (Basane).

Ayant appris l’arrivée de l’armée de Kân à Kompong Siem, le gouverneur de cette province et celle de Steuk Treng, fidèles au roi, se hâtèrent d’en informer par lettre leur Souverain en le priant de l’aider à renforcer leurs défenses. Aussi, le roi, d’après ces premiers renseignements, convoqua à la hâte le groupe de ses conseillers, afin de délibérer sur les mesures à prendre. S’adressant à ses généraux, il avait lancé : « Nous sommes attaqués partout. L’absence de mon frère, Preah Chanreachea, me met dans une situation critique. Je ne peux pas non plus compter sur le dauphin, âgé de 4 ans. Il ne me reste que de compter sur vos soutiens et je connais vos qualités et vous les miennes, me semble impossible que nous soyons vaincus, parce que nous combattons dans le sens de la légitimité et du droit et Akân fait figure de rebelle et traître ». Le Roi n’entendait pas décourager par la victoire de son beau-frère, Il avait mis ses troupes en ordre de bataille, et lancé la contre-offensive : Ponhea Kralahaum marcha à la tête 10 000 hommes pour s’opposer à l’offensive de Kân dans les provinces de l’Ouest. Et le reste de ses troupes de 25 000 hommes assurait la garde de la citadelle de Longvek.

Revenons à l’armée de Kân. À quelques jours de marche, les 40 000 hommes se présentèrent à la porte de la citadelle de Longvek. Cette place forte était construit sur un vaste terrain et dégagé dont la superficie était grande comme une ville. Le dispositif de défense était bien étudié. Au total, le Roi disposait 25 000 hommes pour défense la citadelle. D’après le calcul du général des rebelles, l’inférieur numérique de l’armée royale n’était pas un élément à tirer parti à son avantage. Il pense que pour prendre la ville dans un court délai, il faut attaquer cette cité en masse et en une seule fois pour impressionner les assiégés.  Dans ce but, il expédia par courrier rapide un message écrit à Kân pour demander un renfort de 10 000 hommes supplémentaires. Ce dernier laissa convaincre par son général et envoya immédiatement un renfort à Longvek. Avec l’effectif deux fois supérieur que celui de son adversaire, le général des rebelles lança des attaques foudroyantes contre le camp des royalistes. L’affrontement prenait alors l’allure d’un défi chevaleresque relevé de part et d’autre. Après 4 jours de résistance, le roi se battit en retrait pour s’établir son quartier général à Arama Kirin Bâribor (District Bâribor d’aujourd’hui). Et aussitôt, il ordonna à un officier à la tête de centaine de combattants d’emmener des familles des soldats et la sienne pour les conduire à Samraug Sen dans un lieu tranquille. L’armée de Kân poursuivit le retrait du roi.

Ayant appris le départ du roi de Longvek, Général Kralahaum rebroussa chemin pour venir attaquer par arrière les lignes des rebelles. Cette apparition de Kralahaum revêt cependant une signification plus immédiate : l’espoir d’un secours inattendus offertes à ceux qui ont choisi la voie de l’honneur en défendant jusqu’à la mort la citadelle de Longvek. Après avoir défait les lignes des rebelles, Kralahaum avait choisi contourner l’arrière du dispositif ennemi. Il prend à revers le quartier général des rebelles, dont tous les membres d’État Major massacrés n’assurent plus la coordination des opérations. La confusion règne dans les rangs des rebelles. C’est alors que les royalistes, chargé de défense la citadelle, entrent en scène et entament un mouvement contre les positions des rebelles. Ils attaquent et accablent les adversaires. Les bataillons d’avant-garde de ces derniers sont ébranlés et cèdent à la panique par cette attaque effrénée. Les bataillons du centre des rebelles ne permettent plus aussi de soutenir le choc ennemi venant de l’arrière. Surpris, les rebelles n’offrent guère de résistance. Assaillant par l’armée du roi de tous les côtés, ils s’affolent et prennent la fuite, mais ils sont chargés par les chasseurs de Kralahaum. Ils sont tués par milliers. Le triomphe était complet. Mais sa portée allait bien au-delà de la valeur militaire immédiate. Les rebelles, réputés invincibles, étaient battus. Et de quelle manière ! Profiter de cet avantage inattendu, le Roi opéra l’organisation de ses forces armées de la façon suivante : Il confie une armée de 10 000 homme à Ponhea Sourkirlauk, gouverneur de la province Pursat, pour assurer la garde de la province Rolirpir. Il ordonna au général Okgna Yaumreach de marcher à la tête de 5 000 hommes pour libérer quelques provinces de l’Ouest. Quant à lui, le roi, il partit avec sa grande armée pour s’établir dans la province d’.

À la tête de ses hommes, Okgna Yaumreach libérait l’une après l’autre des provinces suivantes : Baray, Chheuk Prey, Kampong Siem, Steuk Trang. Après cet exploit, Okgna Yaumreach partit à Asantouk pour en informer son Souverain. Celui-ci était très content de cette victoire, longtemps attendue.

Ayant appris la défaite de son armée, Kân laissa la garde de Basane à son père. Il partit avec son armée pour s’établir à Kompong Siem afin de préparer les offensives contre l’armée du roi pour récupérer les provinces conquises par ce dernier. Vu les effectifs de l’armée du Sdach Kân, les gouverneurs du roi décidèrent de se retirer sans se livrer aucune bataille pour épargner la vie de leurs soldats.

Retournons à Basane. Kân se proclama Vice-Roi. Il fit confectionner un drapeau de couleur rouge, sur lequel on brodait une image d’or de dragon de huit têtes. Ce dragon était emblème de son armée qui eut un succès prodigieux au sein de l’armée et de la population. Désormais, Kân ne fit plus l’usage que de parasol du roi. C’est ainsi que la population l’appelait Sdach Kân (le Roi Kân). La Cour de Kân à Basane, surpassa celle du Roi par sa magnificence et par les plaisirs de l’esprit qui, se mêlant à la splendeur de ces divertissements, y ajoutait un goût et des grâces dont aucune Cour n’avait pas encore été embellie. Le vainqueur savait que son couronnement de Vice-Roi ne valait rien sans une participation de la population.  À cette occasion, Kân se piqua de donner des fêtes qui durèrent sept jours. Il fit construire des théâtres partout dans la ville pour amuser son peuple. Il fit des dons aux pauvres familles à la porte de son palais. Il avait accordé une réduction d’impôts au peuple. Ce qui lui donna dans ses inventions le plus éclat, ce fut une libéralité qui n’avait point d’exemple. Il régla dans un conseil extraordinaire les affaires d’affranchissement des esclaves, les rangs et les fonctions, créa des charges nouvelles auprès de sa personne, comme celle de grand maître de savoir, c’est-à-dire le savant. Tout cela donnait à la Cour de Kân un air de grandeur.

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commentaires

POIVRE de KAMPOT 22/01/2010 16:39


Merci de nous avoir fait partager un extrait du livre "Histoire des rois khmers"