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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 05:36

 

images-copie-3 Les années de combat pour la vérité

 

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 Préambule

« Les années de combat pour la vérité » est un recueil réunissant mes articles que je les ai publiés dans la revue Moulkhmer pendant les années 1990-1991. Ces textes sont des écrits politiques : écrits marginaux peut-être, circonstanciels par rapport aux évènements majeurs du Cambodge, mais ces écrits sont entièrement motivés par une volonté de briser la « pensée unique » des grandes puissances sur la solution de paix « rouge » au Cambodge, dont le Vietnam et la Chine sont les seuls bénéficiaires. Cette republication a une valeur d’engagement dans la recherche de vérité, parce qu’aujourd’hui, je constate que les partis, soi-disant, de l’opposition continuer de proposer l’unique remède au terrible mal de la société khmère, appelé le péril communiste et vietnamien. Ce remède, est de participer pour la troisième fois aux élections non démocratiques. Je dis, non à cette solution, parce qu’elle serait - l’écrasement de l’espoir du peuple khmer –. Quand on est sûr que le parti au pouvoir gagnera des élections par la ruse, dont on est victime, on ne va pas y participer. Dans cette participation, le choix des partis, soi-disant de l’opposition serait entre la continuation de collaboration avec le parti au pouvoir et la soumission totale au régime totalitaire actuel, dont le perdant serait toujours le peuple khmer. Le Cambodge, pendant vingt ans, a laissé faire l’expérience des élections non démocratiques avec une patience que nous pourrions appeler exemplaire, si jamais il était bon pour un pays de trop pratiquer l’abnégation quand il s’agit de son avenir meilleur. Quels résultats a-t-il amenés ? Je suis trop ambitieux pour m’imaginer qu’un homme ou un parti possède le remède de la maladie de mon pays, mais je crois fermement que la prise de conscience du peuple khmer de cette maladie mortelle le découvrira. Mon devoir de vérité est d’éclairer le patient sur les causes de sa maladie.       

        

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 Moulkhmer n° 122 (Octobre 1990)

 

La logique de paix

 

À l'heure où les membres du Conseil de sécurité de l'O.N.U. se mettent d'accord pour en finir avec la guerre au Cambodge et les réunions inter-cambodgiennes, limitées aux 4 factions khmères pour discuter sur le problème de partage des sièges au sein du fameux Conseil National Suprême, les Cambodgiens commencent à s'interroger de plus en plus sur leur sort :

 

- les moyens de l'O.N.U.;

- le rôle de 4 factions khmères belligérances;

- la place du peuple dans la future société khmère.

 

Les moyens de l'O.N.U.

 

Nous commençons par nous poser des questions : entre le financement d'une guerre d'usure où il n'y aura ni vainqueur, ni vaincu, et celui d'une solution de paix durable, lequel est plus cher ? Et qui sont les pourvoyeurs des aides militaires aux 4 factions rivales khmères ? La réponse est connue de tout le monde : la Chine et l'U.R.S.S., pays membres permanentes du Conseil de Sécurité, financent actuellement la guerre au Cambodge. Le montant de leurs factures de guerre est impressionnant. Ces deux pays se solidarisent aujourd'hui avec les autres membres permanents du Conseil de Sécurité : la France, la Grande Bretagne et les U.S.A. Pour mettre fin à la guerre au Cambodge par une solution pacifique. Et cette solution coûtera de l'argent. Selon l'O.N.U, le montant du budget s'élève à 3 ou 5 milliards de dollars. La question donc est de savoir qui participera au financement ? La suite logique pour nous, ce sera le transfert des aides militaires de la Chine et de l'U.R.S.S. aux 4 factions rivales khmères en aides pacifiques. Ce transfert sera interprété sans doute par les Cambodgiens comme un geste de bonne volonté de ces deux puissances pour réaliser la paix au Cambodge. Ensuite, il y aura la solidarité internationale qui permettra à l'O.N.U. de collecter les fonds nécessaires pour mettre en œuvre son plan de paix dans un Cambodge très affaibli par le génocide et l'occupation étrangère. Il faut admettre que la décision du Conseil de Sécurité de mettre fin à la guerre au Cambodge constitue déjà un moyen politique et psychologique non négligeable. Il suffit maintenant de laisser la logique de paix suivre son chemin.

 

Le rôle des 4 factions khmères

 

En réalité, la volonté de 4 factions khmères ne dépend que de la volonté de leurs sponsors respectifs. Les Khmers Rouges, le Prince Sihanouk, Son Sann, factions composant la coalition, reçoivent l'aide chinoise, et la faction de Hun Sen reçoit de son côté l'aide l'U.R.S.S. par les Vietnamiens interposés. Si la logique de paix suivait son chemin, les 4 seront condamnés à abandonner leur désir de conquérir le pouvoir par les armes, faute de moyens militaires. Il nous reste donc à souhaiter que la Chine et l'U.R.S.S. respectent leur décision pour une solution pacifique au Cambodge.

La paix fondée sur le droit du peuple à l'autodétermination sera une paix durable et acceptable par tous les Cambodgiens et servira comme une base démocratique solide pour la nouvelle société khmère. La solution idéale, ce serait de voir siéger au sein du Conseil Nationale Suprême des représentants des différents partis politiques khmers les plus représentatifs suivant les critères fixés par l'O.N.U. Cette représentation ouvrirait sans doute, dès le départ, un dialogue élargi entre les Khmers dans une ambiance de réconciliation nationale pour une seule et unique cause : l'avenir prospère du peuple khmer. En effet, le dialogue équilibré entre les Khmers permettra à chacun de participer activement à la recherche d'une solution de paix acceptable. Cette paix constituera sans doute un lien d'amitié fraternelle entre les Cambodgiens après plus de Vingt d'années de guerre dévastatrice et meurtrière. La paix acceptable, ce sera évidemment une paix pour le peuple, mais pas pour les 4 factions belligérantes.

 

ធម្ម

 Moulkhmer n° 123 (décembre 1990)

 

Le prix à payer

 

Aujourd'hui, en face de la coalition contre-nature du Prince Sihanouk, de M. Son Sann et des Khmers Rouges, il y a une faction armée de Hun Sen, reconnue par l'O.N.U. comme une des fractions incontournables, malgré que celle-ci dépende totalement des troupes vietnamiennes qui sont encore présentés au Cambodge.

La reconnaissance de la faction de Hun Sen par l'O.N.U. est la conséquence du premier dialogue direct entre le Prince Sihanouk et Hun Sen à Paris, en 1987, sur l'initiative du Prince. Cette rencontre avait été manipulée et attendue avec joie depuis longtemps par Hanoi.

L'intérêt de Hanoi dans ce dialogue de sourds, c'est de pouvoir placer son protégé, le régime de Phnom-Penh, sur l'orbite de la légalité parisienne  et onusienne dans un cadre vietnamien.

Le résultat a été efficace :

Hanoi a transformé complètement sa guerre d'agression en guerre civile, mentionnée pour la première fois par Hun Sen à Paris à l'issue de son entrevue avec Sihanouk;

De jour en jour, le retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge, est devenu une réalité pour l'opinion internationale;

L'existence du régime de Phnom-Penh est devenue une réalité pour le peuple khmère;

La faction de Hun Sen a obtenu 6 sur 12 des sièges au sein du Conseil National Suprême;

L'armée de Hun Sen est considérée par certains grands pays, les États-Unis et la France, comme une force armée capable de barrer la route du pouvoir des Khmers Rouges.

Voilà le prix que tous les Cambodgiens auront eu payé par faute de Sihanouk.

 

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 Moulkhmer n° 124 (février 1991)

 

Des idées pour le Cambodge : le péril khmer

 

L'esprit obsessionnel de guerre et d'agrandissement de l'espace vital des dirigeants vietnamiens du passé, le système communiste vietnamien et son dérive khmers rouges, l'incapacité des démocrates khmers de résoudre leur problème objectif sont autant de péril pour la nation khmère.

 

Aujourd'hui encore le Cambodge est annexé par le Vietnam, pays gouverne par un gouvernement despotique qui est le Parti Communiste Vietnamien, résultat d'un mélange d'ambition territoriale et d'idéologie communiste. Cela s'inscrit dans la pensée politique du Parti et devient un devoir sacré pour les communistes vietnamiens d'immortaliser le rêve de Ho Chi Minh de bâtir le Grand Vietnam, dont le Cambodge et le Laos font intégralement partie en tant que régions administratives et militaires.

La politique expansionniste vietnamienne fut réécrite et actualisée pour la première fois en 1952 par Ho Chin Minh lui-même. Elle a eu pour objectif d'agrandir l'espace vital de la nation vietnamienne par la conquête, avec tous les moyens et à n'importe quel prix, du Cambodge et de s'y servir comme front militaire et idéologique avance pour la prochaine conquête du communiste dont la Thaïlande t la Malaisie seraient les prochaines victimes. Cette politique a été confirmée par le 4ème Congrès du Parti Communiste Vietnamien en 1976 dans les termes suivants: «lier indéfectiblement le Laos, le Cambodge et le Vietnam, tels les trois affluents d'une même fleuve".

M. André TEULIERES, officier supérieur des troupes de la Marine française, aujourd'hui en retraite, après avoir combattu en France en 1940' à servi 6 ans en Indochine et à écrit un livre (Indochine -Guerre et Paix) sur la technique de l'hégémonisme vietnamien. Elle comporte deux aspects : la satellisation par les partis et la colonisation démographique et culturelle.

Selon TEULIERES, la satellisation politique par l'intermédiaire des P.C. Comporte plusieurs étapes :

 

Création d'une organisation fantoche et manipulée pour la galerie "Populaire" et "révolutionnaire", même si elle n'a personne derrière elle et est inconnue de tous;

Utilisation de cette organisation fantoche pour demander "l'aide fraternelle" du grand frère (U.R.S.S. ou autre);

À l'abri de cette force armée, instauration d'un pouvoir préfabriqué et artificiel baptisé "national" et "populaire";

Signature d'un traité d'alliance entre le "grand frère" et ce pouvoir-fantoche pour officialiser la satellisation sur la base de la "souveraineté limite" des "pays frères".

 

Est-ce que cette technique à été appliquée au Cambodge ?

 

La technique d'hégémonisme vietnamien décrite par M. TEULIERES  a été appliquée scrupuleusement par le Parti Communiste vietnamien. Voici les faits :

 

1ère étape : Création d'une organisation fantoche et manipulée, baptisée pour la galerie "populaire" et "révolutionnaire" :

 

Depuis 1941 jusqu'à 1978, le parti communiste vietnamien a créé au Cambodge, pour servir son propre intérêt, plusieurs organisations fantoches connues sous les noms suivants :

 

- Mouvement "Khmer Issarak" (Khmers libres) qui a été créé au mois de juin 1941 par le 8è plenum du Comité Central du parti communiste indochinois (PCI).

 

- Le "Front Populaire Khmer" a été créé le 25 juin 1951 par la résolution du 2è congrès du PCI.

 

- Le "Front National du Kampuchéa" (F.U.N.K.), puis un gouvernement Royal d'Union Nationale du Kampuchéa (G.R.U.N.K.), avec la participation des Khmers Rouges et Sihanouk, ont été créés par le parti communiste chinois le 24 mars 1970.

 

- Le "Front Uni National de Salut Khmer" (F.U.N.S.K.), puis un parti populaire révolutionnaire du Kampuchéa (P.P.R.K.) ont été créés le 2 décembre 1978.

2ème étape : Utilisation de cette organisation pour demander "l'aide fraternelle" du "grand frère" vietnamien :

 

 - 11 mars 1951 pour le "parti Populaire Khmer.

- 24 mars 1970 pour le Prince Sihanouk du F.U.N.K.et G.R.U.N.K.

- 2 décembre 1978 pour Heng Samrin, Président du F.U.N.S.K.

 

3ème étape : Intervention militaire dudit "grand frère" au nom de la solidarité socialiste :

 

En 1951, la résolution du Congrès des Délégués de l'Alliance comprenant les représentants des trois fronts : Vietminh, Lao Itsala et Khmer Issarak devait souligner que l'alliance "repose sur les principes de l'adhésion volontaire, de l'égalité et de l'entraide" en vue de mener une résistance de longue durée, de tout le peuple sur tous les plans afin d'anéantir les colonialistes français, "de s'opposer à toute manœuvre de division par l'ennemi, d'amener les trois peuples à se comprendre, à s'unir étroitement, à s'entraider de tout cœur, sous tous les rapports".

 

1970 : Une conférence réunie, sous l'égide chinoise, le Nord-Vietnam, le Viêt-Cong, le Pathétique-Lao et Sihanouk, au cours de laquelle le Prince Sihanouk à légalisé et demande l'intervention des troupes nord-vietnamiennes et Viêt-Cong au Cambodge.

L'armée nord-vietnamienne forte de 5 divisions, présentés au Cambodge avec l'autorisation du Prince Sihanouk, attaque l'armée cambodgienne moins nombreuse (30.000 hommes) et mal équipée.

 

1979 (janvier) : L'armée vietnamienne entre au Cambodge et installe le 7 janvier à Phnom-Penh un gouvernement fantoche dirige par Heng Samrin, ancien Khmer rouge et serviteur des vietnamiens.

 

4ème étape : à l'abri de cette force armée, instauration d'un gouvernement préfabriqué et artificiel baptisé "national" et "populaire".

 

- le Gouvernement Royal d'union Nationale Khmère (24 mars 1970).

- le Gouvernement de la République Populaire du Kampuchéa (1979).

 

5eme étape : signature d'un traité d'alliance entre le "Grand frère vietnamien" et le gouvernement préfabriqué pour officialiser la satellisation sur la base de la "souveraineté limitée des pays frères :

Traité du 18 février 1979 : traité d'amitié et de coopération entre la République Populaire du Kampuchéa et la République Socialiste du Vietnam.

 

"Les parties se sont engagées à s'aider et à soutenir mutuellement dans tous les domaines et sous toutes les formes nécessaires pour renforcer leur capacité à défendre l'indépendance, la souveraineté, l'amitié, l'intégrité territoriale et le labeur pacifique du peuple de chacun des deux pays contre les actions subversives des forces impérialistes et de la réaction internationale".

 

Conformément au traité du 18 février, le gouvernement de Heng Samrin a demandé aux troupes vietnamiennes de rester au Kampuchéa ou d'intervenir pour remplir leurs obligations internationales, aider le peuple et les forces armées du Kampuchéa à reconstruire et défendre leur pays, s'opposer aux ingérences des réactionnaires.

 

Aujourd'hui, c'est la réalisation du rêve séculaire :

Au Cambodge et au Laos aujourd'hui le premier objectif, celui de l satellisation par les Otis, est atteint. Deux gouvernements fantoches khmer et lao sont mis en place par Hanoi pour l'aider à préparer sa politique de colonisation démographique et culturelle qui est la suite logique du processus de l'annexion légalisée par les différents traités.

 

Les tâches du Gouvernement fantoche sont simples :

 

- faciliter l'installation de colons vietnamiens;

- travestir l'histoire du pays par l'éloge du rôle héroïque du Parti Communiste Vietnamien dans sa lutte pour libérer les peuples opprimés dans la région;

- considérer la pensée vietnamienne comme une nouvelle culture nationale; les idées les colons vietnamiens à pratiquer la politique de vietnamisation.

 

Il faut bien comprendre que même sans le parti communiste, la pensée et la pratique politique des dirigeants vietnamiens du passé et du présent est expansionniste. Le communisme ne fait que rajouter les moyens militaires appropriés pour accélérer le processus d'hégémonie vietnamienne dans la région.

 

L'annexion réussie du Cambodge par les communistes vietnamiens n'est pas un événement imprévisible pour les Cambodgiens. Il s'inscrit depuis longtemps déjà dans notre mémoire collective laissée en sommeil par notre passivité innée et la naïveté incurable de nos dirigeants du passé et présent. Après l'indépendance du Cambodge, on constate qu'il y a une absence quasi-totale dans le programme de l'éducation nationale sur l'histoire complète de la perte du territoire national dans le passé pour enseigner à la jeunesse khmère. Cette absence voulue est une preuve irréfragable de la stupidité du régime postcolonial. La monarchie absolue à l'époque préférait laisser en parler de bouche à oreille au lieu d'enseigner au peuple la vérité par crainte de sa culpabilité dans cette affaire.

 

Le 7 janvier 1079' le rêve séculaire vietnamien devient réalité pour les Cambodgiens. Le Kampuchéa devient une région militaire pour Hanoi. La réussite vietnamienne est indéniable, elle est le fruit d'un demi-siècle de travail des Communistes vietnamiens avec détermination, acharnement et calcul scientifique. La séduction, le mensonge et les fausses promesses à Sihanouk et à ses acolytes Khmers rouges font parties de leur plan machiavélique bien calculé et adossé en fonction de notre orgueil mal place.

 

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Moulkhmer n° 125 (avril 1991)

 

Les Khmers rouges et leur mentalité

 

Pour définir l'esprit d'un gouvernement despotique, MONTESQUIEU, écrivait dans "l'esprit des lois" : Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l'arbre au pied et cueillent le fruit.

 

Les Khmers rouges ont la même mentalité que les sauvages de la Louisiane. Quand ils ont voulu changer la société cambodgienne, ils ont tué un tiers de la population khmère innocente, transformé le Cambodge en pays de sang, coupé la vie khmère de ses racines bouddhiques et privé les Cambodgiens de leur histoire millénaire. L'esprit révolutionnaire des Khmers rouges est primitif et maladif, il représente un danger mortel pour la nation khmère car il est violent et pour la violence. Le corps politique des Khmers rouges est vide de toute pensée positive. La tuerie et la destruction systématique des biens publics constituent la base même de leur pensée quotidienne. En 3 ans et 8 mois de pouvoir, ils ont changé radicalement le visage du Cambodge de pays bouddhique en un abattoir du peuple khmer. Plus de deux millions de vies khmères massacrées en leur nom et pour leur gloire. En fait le mal et les Khmers rouges constituent un tout indivisible, de telle sorte que le nom de Pol Pot, leur chef sanguinaire, figure actuellement sur la liste des grands criminels contre l'humanité tels que Hitler et Staline. En effet, l'esprit des Khmers rouges n'est qu'un ersatz de l'esprit du communisme vietnamien, il ne représente que malheur et honte pour la nation khmère.

 

L'identité des Khmers rouges

 

Les Khmers rouges sont des Communistes purs et durs de type stalinien, dressés par le parti communiste vietnamien (PCV) pour servir la cause vietnamienne. Plus tard ces mêmes Khmers rouges, fous de rage, se retournèrent contre leur maître. Le résultat est connu de tout le monde, la fraction en rage a été chassée de pouvoir. Les plus fidèles et dociles continuent d'y rester ont un passé "collabo". Durant la guerre 1970-1975, ils ont ravi dans les rangs Viêt-Cong et Nord-vietnamiens comme coolies. Leur soi-disant combat héroïque contre l'Armée républicaine a été limite au rôle de figurants ou porteurs. Leur victoire en 1975 a été obtenue par la ruse et le mensonge. Résultat : le 7 janvier 1979, le clan de Pol Pot a été abattu en l'espace de deux semaines par leur ancien maître communiste vietnamien. Ce clan khmer rouge est connue aujourd'hui sous le nom du "Kampuchéa Démocratique" (KD), serviteur d'hier du PCV, revendique à cor et cri le titre du combattant de la liberté avec le soutien du parti communiste chinois dont la réputation concernant la liberté est connue du grand public par les massacres de la place Tienanmen. Le KD est toujours aussi cruel, et pour reprendre son pouvoir perdu il y a 16 ans, il est prêt à faire n'importe quoi : le mensonge, la séduction et les fausses promesses sont toujours ses méthodes préférées. En effet, après sa défaite en 1979, le KD n'a pas hésité pour tromper l'opinion internationale à renoncer à son idéologie historique "Marxiste-Staliniste" à la chinoise pour sauver la peau. En réalité, c'est toujours le KD de Pol Pot. Le Figaro Magazine révèle que dans les camps contrôles par le KD à la frontière Khméro-Thaïlandaise, la règne de terreur continue de peser sur la vie quotidienne des réfugiés khmers innocents. L'assassinat politique est une pratique courante et le respect des droits de l'homme est quasi inexistant.

 

Le conflit entre les "Khmers rouges polpotiens et les Communistes vietnamiens

 

Dans son livre "Kampuchéa between China ans Vietnam", le docteur Chang Pao Min (professeur en science politique de l'Université Nationale de Singapour), écrit : "le conflit entre les Khmers rouges et Vietnamiens communistes est la conséquence directe d'une part, du conflit entre la Chine et le Vietnam sur la perception du statut du Kampuchéa Démocratique au sein du bloc communiste...". Le docteur Chang à voulu présenter ainsi l'aspect géopolitique et idéologique du conflit Khméro-vietnamien. Mais il y a un autre aspect spécifique du conflit. Cette spécifiée n'est autre qu'une confrontation d'ambition séculaire, à savoir: pour les Khmers rouges KD, leur seul et unique désir de continuer leur politique génocidaire. Quant au parti communiste vietnamien, son seul objectif c'est d'annexer le Cambodge comme le voulait Ho Chi Minh. La confrontation des intérêts opposés KD-PCV se poursuit aux dépens des Cambodgiens innocents. Elle s'ouvre un débat virulent entre les supporters des deux camps. Deux discours s'affrontent : pour les supporters du KD, leur théorie est fondée sur le droit de l'État, donc la guerre des Khmers rouges contre les Vietnamiens est une guerre juste, car c'est une guerre de libération nationale. Pour les supporters du PCV, leur position est argumentée par le droit d'assistance au peuple en danger de mort, qui est d'ailleurs très à la mode aujourd'hui et connu sous le nom de "droit d'ingérence" proposé récemment par le gouvernement français à l communauté internationale. Hélas, le débat continue de diviser les Cambodgiens et la guerre fratricide continue au Cambodge. Tous les prétextes sont bons pour les deux clans pour tuer le plus grand nombre possible de Khmers s'opposant à leur projet.

 

La stratégie du "Kampuchéa Démocratique"

 

Pourquoi le KD soutient-il sans réserve le plan du Conseil de Sécurité de l'O.N.U. ?

 

- Si le plan du Conseil de Sécurité était signé, le KD en tirerait immédiatement un premier avantage politique, celui d'être acquitté légalement par la Communauté Internationale de ses crimes contre l'humanité.

 

- Avec acquittement accordé par l'O.N.U., le KD pourrait présenter ses candidats aux élections et leurs noms sont déjà connus du public : Pol Pot, Ieng Sary, Khieu Samphan, Ta Mok etc. chefs responsables de la mort de 2 millions de Cambodgiens. Et entre temps leur Angkar Leu aurait toute liberté de réorganiser ses réseaux de terroristes pour continuer la guerre civile en cas d'échec électoral.

 

Il faut bien comprendre que le KD, avec ou sans le plan du Conseil de Sécurité et avec où sans élections démocratiques, sa voie est déjà tracée pour ne pas, un jour, se retrouver sur les bancs des criminels devant un tribunal populaire. Son seul espoir, c'est de reconquérir par tous les moyens son pouvoir communiste. Son soutien du plan "Paix" n'est qu'une face cachée de sa tactique connue appelée le mensonge intégral. Arrive là, nous devons nous poser deux questions : comment croire au clan terroriste bien connu qui, après tous ses crimes, à dédaigné même de changer son horrible nom "KD" ? Comment, peut-on faire confiance aux criminels sauvages qui trahirent, le 17 avril 1975, la nation khmère toute entière en transformant la volonté sincère de paix du peuple khmer en leur victoire militaire et en massacrant un tiers de la population cambodgienne ? Pour écarter définitivement le KD de notre vie politique, les Cambodgiens ne doivent pas, sous prétexte qu'il combat les Vietnamiens, lui accorder des circonstances atténuantes. Tôt ou tard, les Khmers rouges devront répondre de leurs crimes.

 

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Moulkhmer n° 126 (juin 1991)

 

Les États du Cambodge et la Démocratie

 

La démocratie est un principe universel qui vient d'apparaître aux peuples de l'Europe de l'Est comme une évidence absolue, au point qu'en espace de quelques semaines des régimes communistes, considérés comme forts et irréversibles, ont été balayés et renversés par des peuples épris de liberté. Il faut admettre qu'en démocratie, il y a un schéma tout prêt : un État, des développements, des apprentissages de la liberté, et il faut tenir compte aussi des différences de structures, de civilisation, de tradition, de mœurs de chaque peuple. Voilà pourquoi, il est important d'examiner en profondeur entre Cambodgiens les possibilités de la mise en place d'un système démocratique dans la société khmère.

 

Il faut un État : Pourquoi faire ?

 

Parce qu'il est le garant de la stabilité des activités publiques. Son existence est indispensable pour assurer un certain nombre d'actions décisives pour développer :

- Les infrastructures (réseaux routiers, ferroviaires et fournitures d'énergie),

- La politique d'éducation nationale,

- Les programmes de financement, d'aide publique, etc.

 

Existe-il encore un État au Cambodge ?

 

Un rappel succinct sur l'évolution de l'État khmer depuis 1947 jusqu'à ce jour nous permet de fixer le point de commencement du mal qui afflige la nation khmère toute entière et d'avoir un repère historique par rapport aux événements actuels.

 

De la monarchie constitutionnelle à l'État despotique (1947-1970)

 

La France, sortie victorieuse de la 2ème guerre mondiale, retourna au Cambodge avec une nouvelle philosophie politique coloniale. Elle oblige le Roi Norodom Sihanouk à accepter le 6 mai 1947 une Constitution calquée sur celle de la IVe République française. Les premières élections au suffrage universel du 24 juillet 1947 donnèrent la majorité absolue au Parti Démocrate. En conformité avec la nouvelle constitution, le Roi devait transférer la totalité de son pouvoir à l'Assemblée Nationale. Ayant le goût du pouvoir totalitaire et abusé de son autorité morale en tant que monarque khmer, le Roi Norodom Sihanouk chercha par tous les moyens à reconquérir le pouvoir monarchique abandonné par la France. Un plan machiavélique fût mis en place en plusieurs étapes par Sihanouk, en commençant par une déclaration de guerre du 13 janvier 1953 contre ses opposants politiques dans les termes suivants : « Désormais, tout individu ou tout parti politique qui travaillera contre ma politique et contre mon programme national sera déclaré traître à la Nation et comme tel sera poursuivi et puni conformément à la loi du pays ».

 

La croisade pour le pouvoir du Roi Norodom Sihanouk était bel et bien commencée :

- 7 janvier 1953 : il organisait le référendum sur sa mission royale pour l'indépendance;

- 19 février 1953 : il exposait son projet de réforme constitutionnelle : "les ministres sont responsables devant le roi seulement qui peut dissoudre l'Assemblée nationale en cas de de désaccord, ou renvoyer tel ou tel député devant ses électeurs";

- 2 mars 1955 : il abdique en faveur de son père pour pouvoir gérer plus aisément son plan dictatorial;

- Avril 1955 : il créait le "Sangkum Reastr Niyum" (Communauté Socialiste Populaire", présenté ni comme parti, ni comme mouvement politique. En fait le Sangkum était pour lui un miroir qui servait à réfléchir une fausse image de Sihanouk en tant que "Apprenti-Dictateur";

- 11 septembre 1955 : élections générales. Le Sangkum reportait 83% des suffrages. La voie pour le pouvoir totalitaire était ouverte. La suite est connue de tout le monde.

  

Après la victoire du « Sangkum » transformé par et pour Sihanouk en victoire personnelle, Samdech Norodom Sihanouk se nomma lui-même Chef d’État à vie afin de pouvoir gouverner le Cambodge sans partage. Il visita la république Populaire de Chine en 1956 et rentra au pays émerveillé du modèle chinois. Pour qualifier les 15 années de pouvoir féodal arbitraire de Sihanouk, P. Littaye Suon, un intellectuel khmer qui a été exécuté par les Khmers Rouges en 1975, écrivait dans le quotidien « Cambodge » du 30 avril 1970 : « le régime qu’il (Sihanouk) nous avait imposé a donc été, sur le plan de l’esprit, celui de l’ignorance triomphante et de l’abêtissement systématique…Ce régime a ainsi été une perpétuelle offense à notre culture et aux valeurs traditionnelles qui font la richesse de la civilisation khmère… ». En effet, l’État du Cambodge de 1955 à 1970 était un État despotique, il était une sorte de terrain privé de Sihanouk et sa famille. Il pouvait louer des terres du Cambodge aux Vietnamiens communistes sans rien ne demander à personne. Cette location était appelée à l’époque par son entourage la « haute politique de Monseigneur ».

 

La République Khmère (1970-1975)

 

Il faut admettre que la destitution de Norodom Sihanouk était inévitable, compte tenu de l’état lamentable de son régime. La question, à l’époque, était de savoir comment et par quel moyen peut-on destituer Norodom Sihanouk ?

 

Voici les faits historiques : le 18 mars 1970, l’assemblée Nationale et le Conseil du Royaume réunis en Congrès déclarent la patrie en danger et destituent à l’unanimité des 92 parlementaires le Chef d’État, Norodom Sihanouk.

 

La 1er avril 1970, un Comité des intellectuels pour le soutien du gouvernement de sauvetage publiait un manifeste dans l’AKP : « Pour la première fois dans l’histoire du Cambodge, par la volonté du peuple, par le vote unanime des deux Chambres et par la politique de sauvetage nationale du gouvernement, le despotisme, l’arbitraire et la terreur engendrés par le régime du pouvoir personnel ont été abolis le 18 mars 1970, à 13 heures… ! »

 

Le 9 octobre, la République Khmère fut proclamée. Elle devait faire face à deux problèmes nés de l’obstination de Sihanouk à rester au pouvoir avec l’aide des Vietnamiens communistes et de la Chine :

 

- une guerre imposée par Sihanouk pour le compte des communistes vietnamiens qui obligeait injustement le peuple cambodgien à se battre avec l'aide limitée des Etats-Unis, mal aimés à l'époque par le monde entier, contre des ennemis aidés masiivement par la Chine et l'URSS.

- une maladie infantile de la démocratie qui paralysait une grande partie de sa capacité d'agir contre les ennemis, dont le mensonge était l'arme psychologique terrifiante.

  

Malgré ses faiblesses connues, la République Khmère sut se battre dignement contre les ennemis du peuple : les communistes vietnamiens, amis personnel de Sihanouk et maître absolus des Khmers Rouges. Elle représentait un État du Cambodge avec fierté et sans complexe, dont la mission à l’époque était de protéger le peuple contre le péril vietnamien communiste. Pour exécuter sa noble mission, l’Armée Nationale Khmère se battit la tête haute, perdant un grand nombre de ses soldats sur le champ de bataille. Les forces vives du pays se mirent en marche avec l’armée Nationale pour stopper la menace communiste et protéger le Bouddhisme avec détermination jusqu’au jour (17 avril 1975) où le peuple khmer lui avait demandé de déposer les armes pour la paix. Elle le fit avec discipline et dignité en espérant que le Cambodge airait pu retrouver « le sourire khmer millénaire ».

 

Le Kampuchéa Démocratique (1975-1979)

 

La charte de l’ONU du 24 octobre 1970 dit : « Tout État a le devoir de s’abstenir de recourir à toute mesure de coercition qui priverait les peuples de leur droit à disposer d’eux-mêmes, de leur liberté et de leur indépendance ». Les Khmers Rouges firent le contraire. Ils vassalisèrent le peuple cambodgien. Le Kampuchéa Démocratique cherchait à se calfeutrer pour pratiquer une politique génocidaire. La frontière pour le Kampuchéa Démocratique a pour vocation d’enchainer le peuple khmer, en violation de la déclaration du droit international de l’État. Durant 3 ans, 8 mois et 20 jours de pouvoir rouge, le peuple khmer a été soumis à la terreur, à la mémoire arrachée, à l’enfermement dans un système totalitaire, dont l’État du Kampuchéa Démocratique était le seul responsable.

 

L’État du Cambodge de Heng Samrin (1975-1979)

 

L’État du Cambodge de Heng Samrin pratique à la fois une politique de vassalisation du peuple khmer et de soi-même vis-à-vis de son maître vietnamien. Il a le statut de l’État « VASSAL » par sa dépendance totale du gouvernement vietnamien par le traité de 25 ans de février 1979. Son existence est soutenue par l’armée vietnamienne pour servir la cause de Hanoï.

 

L’État Khmer est le peuple khmer lui-même

 

En l’absence d’un État au sens juridico-politique du terme, il est peut-être nécessaire de rendre l’État khmer au peuple khmer. La légitimité repose sur le droit du peuple khmer à disposer de lui-même. Et à partir du moment où le pouvoir de l’État émane du peuple khmer, l’État se donne à ce moment-là le beau rôle fondé sur la déclaration des droits de l’Homme et des droits des Peuples. L’État du peuple favorise le développement de la démocratie tant revendiquée par les Khmers.

 

Il faut le développement

 

Le développement et la démocratie sont liés par une causalité réciproque. Il est inconcevable de pouvoir fonder une démocratie sainte et durable dans un pays où le développement est nul et quand un peuple tout entier traine sa misère. En revanche, le développement sans la démocratie entraine automatiquement le blocage de la liberté qui est la clef de voûte du progrès social.

 

Il faut l’apprentissage des libertés

 

Jean-Jacques Rousseau écrit dans le « contrat social » : « L’homme est né libre ». Cette affirmation devient pour l’humanité un symbole de la liberté de l’Homme. La caractéristique de l’innéité chez l’Homme le rend indissociable avec l’Homme. Il est donc naturel que la liberté doive se soumettre à la loi de la nature : sa maturation doit être le fruit d’une pratique réfléchie individuellement et collectivement. Et comme la liberté n’est que l’Homme lui-même, il est donc nécessaire que son apprentissage se fasse dans un environnement sain et équilibré. Un environnement où le mot de « liberté » est protégé par la loi fondée sur la déclaration des droits de l’Homme. L’État démocratique libéral seul est bien placé pour développer l’apprentissage de la liberté.

 

  ធម្ម     

Moulkhmer n° 127 (Août 1991)

 

 Une évolution dangereuse

 

Nous n’avons pas manqué d’observer récemment le rythme rapide des changements du paysage politique cambodgien : les Khmers rouges ont perdu leur siège de l’ONU, la faction de Phnom-Penh devient une faction étatique au Cambodge, l’annonce inattendue du retour du Prince Sihanouk à Phnom-Penh au mois de novembre et la formation du Conseil National Suprême (C.N.S.). Cela provoque de nombreuses discussions au sein de la diaspora cambodgienne. La communauté khmère en France est par excellence le foyer de la résistance démocratique anti-factions armées qui fait de grands efforts pour faire face à cette situation changeante et trompeuse. Bien qu’ils continuent en soi un phénomène intéressant, l’intérêt des changements est douteux par le manque de synchronisation que nous pouvons observer entre l’objectif recherché par les quatre factions belligérantes et les attentes du peuple khmer.

 

Objectif du Prince Sihanouk

 

A la veille de son 69è anniversaire, la « retraite royale » semblerait la seul objectif recherché par le Prince :

- une résidence confortable au pays,

- un titre honorifique,

- une pension confortable,

- une liberté de voyager,

- un loisir assuré et payé aux frais de l'Etat.

 

sont les conditions que le Prince exige de ceux qui veulent utiliser désormais ses services pour leur propre intérêts. La « vente aux enchères » à nouveau de sa « personne politique » serait le seul moyen pour obtenir sa retraite royale. C’est qu’il a fait en 1987 à l’occasion de sa première rencontre avec Hun Sen en France. La partie de Phnom-Penh et celle des Khmers Rouges se battaient depuis un certain temps déjà pour augmenter la surenchère. Aujourd’hui, le résultat est rendu public par l’annonce du retour du Prince Sihanouk au Cambodge. La partie de Hun Sen gagne sans doute la surenchère, mais le reste à connaître dans cette affaire, c’est le transfert de la « personne politique » de Sihanouk de Pékin à Phnom-Penh. Une question qu’on se pose est : le Prince obtient-il l’aval de Pékin pour aller faire son cinéma au Cambodge ?

 

Objectifs des Khmers Rouges (Kampuchéa démocratique)

 

« Sauver les meubles » est l’objectif recherché par les Khmers Rouges du Kampuchéa démocratique.

 

Il faut constater qu’après 12 années de lutte vaine pour la libération de leur « Kampuchéa démocratique » de l’occupation vietnamienne, les Khmers Rouges n’arrivent ni à se comporter comme vrais soldats d’une armée de libération, ni comme des êtres humains civilisés. Cela a entrainé pour eux :

- la perte de leur siège à l'ONU,

- la décision du Prince Sihanouk de quitter sans préavis le camp des Khmers Rouges du "KD", serviteur de Prékin, pour passer au côté des Khmers Rouges de Hanoi.

  

Dorénavant les Khmers Rouges K.D. doivent raisonner comme des vaincus, coupables du crime de génocide et doivent accepter tout, même la reconnaissance de l’existence du régime de Heng Samrin. Ironie de la situation, la survie des Khmers rouges dépend du bon vouloir de Hanoi. Pol Pot est obligé de se s’agenouiller devant Chea Sim, l’homme fort de Phnom-Penh, en le suppliant de ne plus parler d’un nouveau Nuremberg pour que Khieu Samphân et Son Sen puissent siéger tranquillement au sein du C.N.S. Cette fois-ci, la théorie de Lénine « reculer pour mieux sauter » n’est plus applicable pour les Khmers Rouges K.D., c’est celle de l’acceptation sans condition du diktat de leur ancien maître vietnamien. Pire encore, Hun Sen exige de loger la délégation des Khmers Rouges K.D. à Phnom-Penh dans un zoo réaménagé en une résidence surveillée, pour la sécurité des Phnompennois. Tant pis pour les Khmers Rouges.

 

Objectif de Hanoi

 

L’acceptation du régime de Phnom-Penh comme étatique du Cambodge par la communauté internationale est un objectif recherché depuis toujours par Hanoi.

 

Après l’invasion réussie du Cambodge en janvier 1979, condamnée timidement par l’ONU et après une riposte facile à la « leçon » chinois, Hanoi décide enfin d’embaucher le Prince Sihanouk pour décorer le régime de Phnom-Penh, afin qu’il soit présentable à la prochaine session de l’ONU de cette année. Entrée par la grande porte avec Sihanouk en tête pour siéger à l’assemblée Générale de l’ONU, la faction de Hun Sen représentera aux yeux de la communauté internationale, qu’on le veuille ou non, l’État du Cambodge par rapport aux 3 autres factions ayant les Khmers Rouges comme porte-drapeau. Désespéré de jouer la carte perdante des Khmers Rouges KD, le Prince semble accepter l’offre appétissante de Hanoi. Il faut noter que c’est déjà la troisième fois au cours de sa vie que le Prince accepte de cautionner ouvertement la politique expansionniste de Hanoi au Cambodge. Aujourd’hui les Cambodgiens innocents ne savent plus qui travaille pour ou contre les Vietnamiens.

 

Objectif de M. Son Sann

 

Il faut constater que M. Son Sann ne possède ni force politique, ni force armée nécessaire pour imposer son point de vue dans le règlement des problèmes cambodgiens. Depuis sa séparation forcée avec l’armée du FNLPK, sa présence au sein de la RNC (Résistance Non Communiste ou Résistance Nationale du Cambodge, cette organisation armée), une nouvelle invention chinoise, est à la merci de Pékin. Il travaille donc maintenant pour la Chine pour un salaire confortable. Pour récompenser une décennie de sa fidélité envers la Chine, M. Son Sann vient être promu Chef de la RNC par les Chinois, après la dernière réunion du CNS à Pékin. En réalité, la RNC est un simple bureau de sollicitation des aides internationales pour la faction des Khmers Rouges.

 

Attente du Peuple Khmer

 

L’attente du peuple khmer du règlement des problèmes cambodgiens serait une paix durable au Cambodge. Cette paix serait possible à condition, d’une part qu’elle soit basée sur les principes de droit à l’auto-détermination des peuples et des droits de l’Homme et, d’autre part qu’elle soit l’œuvre collective de tous les Cambodgiens, et non pas celle des 4 factions belligérantes. L’initiative porteuse de bonne espérance de la France et de l’Indonésie d’organiser une conférence internationale sur le Cambodge donne sans doute un nouvel espoir au peuple khmer. Mais au fil du temps, l’illusion heureuse s’efface petit à petit. Les résultats des trois dernières réunions du CNS viennent confirmer au peuple khmer qu’encore une fois la communauté internationale semblerait s’intéresser plutôt au sort des 4 factions  belligérantes, pour être en bon rapport avec Pékin et Hanoi, qu’à celui du peuple khmer. Tout comme en 1938, M. Chamberlain, Premier ministre de la Grande-Bretagne, avait accepté l’annexion d’une grande partie du territoire de la Tchécoslovaquie par les Nazis pour être en bon terme avec Hitler. La suite de cet évènement de 1938 fut dramatique pour l’humanité.

 

 ធម្ម

Moulkhmer n° 128 (Novembre 1991)

  

La réconciliation, oui, mais laquelle ?

 

Nous venons d’assister au Cambodge à la naissance d’une alliance objective entre la Chine et le Vietnam, pays protecteurs des Khmers Rouge du Kampuchéa démocratique et des Khmers Rouges du régime de Phnom-Penh, pour mettre fin à 21 années de conflit sanglant entre les frères communistes. Cette alliance oblige Chea Sim, l’homme fort de Phnom-Penh à se résigner à partager le pouvoir communiste avec Pol Pot sous le signe de réconciliation « Rouge » avec la participation du Prince Sihanouk et de M. Son Sann en tant que figurants. L’ampleur de cette alliance est à la fois fascinante par les ouvertures d’espace d’espoir qu’elle apporte, et terrifiante pour ceux qui se sentent courir après une ombre qui grandit et s’éloigne en même temps. L’incertitude face au « devenir » du peuple khmer conduit légitimement les Cambodgiens à se poser une question : quel est le mal qu’il pourrait y avoir dans la réconciliation rouge ?

 

Cette réconciliation est par nature sanguinaire et mensongère, tout comme la victoire des Khmers Rouges du 17 avril 1975 au Cambodge. Elle a essentiellement pour but de :

- éloigner le vent de la liberté de l'Europe de l'Est hors de la zone rouge asiatique, protégée désormais par le géant chinois avec le Vietnam comme garde rouge en Indochine,

- préserver le pouvoir totalitaire et le dogme staliniste en Asie, en particulier au Cambodge et au Laos, contre toute forme de contestation à caractère libéral et démocratique,

- servir une zone de refuge pour les criminels rouges, afin qu'ils puissent survivre pour se venger,

- servir comme vitrine en Asie et dans le monde pour montrer que le Communisme n'est pas mort.

  

En effet, la réconciliation « rouge » par sa nature despotique étouffe sourdement le processus de démocratisation au Cambodge. Elle sera l’obstacle principal pour les Cambodgiens de bâtir eux-mêmes une paix durable et astreindra le peuple khmer à accepter la paix »rouge » qui sera qu’une paix minée de malédiction pour la Nation khmère dont l’identité est menacée de disparition.

 

La paix « rouge » est obscène par sa nature, sa valeur et son objectif :

 

Sa nature est discriminatoire du fait qu’elle tend à limiter les bénéficiaires de la paix. Seuls les factions armées en conflit pourront en bénéficier. Les victimes qui sont les Cambodgiens innocents seront mises à l’ écart par la communauté internationale, qui semble se hâter de trouver une solution rapide au problème cambodgien.

 

Sa valeur est immorale, parce qu’elle est dominée uniquement par le désir partagé de la Chine et le Vietnam de communiser définitivement la société khmère qui souffre depuis déjà bientôt 17 ans du communisme.

 

Son objectif a pour but de créer le deuxième « Kampuchéa Démocratique » de Pol Pot avec la bénédiction de certaine puissance occidentale, amies intéressées de la Chine et du Vietnam qui sont les propriétaires de la maison du Kampuchéa actuel. Il faut bien comprendre que le Cambodge rouge d’aujourd’hui ne gênerait plus personne. La voie est donc libre pour les Khmers Rouges KD et ceux de Hanoi pour consolider leur pouvoir communiste avec le soutien inconditionnel du Prince Sihanouk.

 

La réconciliation nationale

 

Lamartine a écrit dans son « Histoire des Girondins » des trois souverainetés morales :

- la souveraineté du droit sur la force,

- la souveraineté de l'intelligence sur les préjugés,

- la souveraineté des peuples sur les gouvernements.

  

Pour le cas du Kampuchéa, il est souhaitable que les trois souverainetés de Lamartine servent de base pour la réconciliation nationale pour que la paix soit durable et juste. En effet, le plan-cadre de l’ONU prévoit la création du CNS (Conseil National Suprême) pour représenter la souveraineté khmère. Il est claire que, dans son esprit initial, la souveraineté souhaitée ne serait que celle de la morale. La réconciliation juste pour le peuple khmer consiste à transférer toute forme de pouvoir du CNS à l’ONU, afin qu’elle puisse assurer l’égalité devant la loi de tous les Cambodgiens. Et pour faire leur salut dans des circonstances difficiles, il faudrait que les Khmers eux-mêmes aient le courage de :

- dire les choses telles qu'elles sont,

- s'opposer à ce qu'ils n'approuvent pas.

  

Ce courage serait le seul moyen pour les Cambodgiens d’exprimer leur désir avec le maximum de réalisme et de précision. La réconciliation nationale fondée sur les principes de la souveraineté morale garantirait efficacement la paix au Cambodge.

 

L’éthique et le plan-cadre de l’ONU

 

Chateaubriand écrivait déjà : « il faut substituer la morale des devoirs à la morale des intérêts ». Pour l’ONU, il nous semble que son éthique s’est toujours imposé des contraintes et des limites qui conditionnent son choix. En revanche, sa décision brutale d’aujourd’hui sur le problème cambodgien semblerait prise sous le signe de l’urgence et sans considération éthique. Cette décision hâtive choque sans doute les Cambodgiens victimes du génocide et de l’occupation vietnamienne car, pour eux, le seul souhait serait que la décision qui touche à leur dignité et à leur avenir soit prise en compte dans une dimension éthique. En toute logique, l’ONU n’aurait jamais dû prendre une décision sans consultation préalable du peuple khmer. Il faut bien comprendre que l’enjeu de toute décision aujourd’hui de l’ONU sera pour le Cambodge une question de vie ou de mort. Il faut qu’elle sache que les Khmers ne demandent qu’à être plus libres et responsables de leur existence et de leur avenir.                                            

                

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Published by Sangha OP - dans Mémoires politiques
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