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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 17:00

LES FONDEMENTS DE LA NATION KHMERE

Par DY KARETH

 

 

La légende et la réalité

La naissance, le développement et la grandeur d’une nation ne sont pas les faits du hasard. Une nation peut naître et grandir, portée par la gloire de son peuple ; elle peut aussi dépérir, se dégénérer et disparaître.

Evidemment, il n’est pas possible de dater la naissance de la Nation Khmère. Selon la légende, c’est le mariage de Neang Neak (la Demoiselle Nâga, un grand serpent mythique vivant dans les mers et pouvant prendre la forme humaine) avec Preah Thaung (le Prince d’Or) qui a donné naissance au Peuple Khmer. Le roi des Nâga, d’ailleurs, a aspiré les eaux de la mer pour faire apparaître une terre, nommée Kauk Thlork, qu’il donna en dot à sa fille et qui devint le Pays des Khmers – le Srok Khmer. Le mot « srok » signifie en même temps la qualité ou l’état d’un pays, d’une chose ou d’un être vivant « civilisé », « cultivé », « domestiqué », le contraire du mot « prei » qui veut dire « forêt » ou « jungle », « sauvage », « violent », « non cultivé ». La légende semble affirmer ainsi la naissance de la «Nation Khmère», c’est-à-dire l’existence d’un peuple volontairement uni, vivant dans territoire défini et un Etat organisé (1). A travers les siècles, et où qu’ils se trouvent, les Khmers, au moment de leur mariage, honorent le souvenir et les rites immuables de l’union de leurs ancêtres mythiques Preah Thaung et Neang Neak, rites consacrant largement les devoirs des époux envers la communauté des parents, amis et voisins qui les entourent (2). D’ailleurs, l’image du Nâga khmer a survécu à tous les changements de régime politique et de religion dominante dans le pays et est partout évoquée et sublimement représentée comme un rappel solennel et un hommage permanent aux protecteurs de la Nation.

La formation de la Nation Khmère semble antérieure ou au début de la constitution du Funan (Kouroung Bnam ou Krong Phnom, le royaume Montagne). En réalité, le mot « khmer » est l’unique mot retenu et utilisé par les Khmers eux-mêmes depuis toujours, comme il l’est encore aujourd’hui, pour se désigner ou pour nommer leur pays. Les mots « Funan » (Bnam, Phnom), « Chenla » (ou sa consonance khmère) et « Kambuja » (le Royaume des Fils de Kambu), depuis Angkor, apparaissent clairement comme des noms de régimes politiques institués à des différentes époques et qui ne passent pas dans le langage courant. D’après l’Histoire, les Khmers, une branche du peuple Munda de l’Inde du nord, porteurs particuliers d’hémoglobine E dans le sang, sont, avec les peuples des montagnes, les premiers habitants à venir s'installer dans la région du Cambodge actuel, il y a 3 ou 4000 ans avant l'ère chrétienne (3). Dès le début, ils ont développé leur langue et leur écriture, leurs croyances, leurs coutumes et leurs lois, leurs techniques agricoles, leur artisanat, leurs infrastructures socio-économiques ; ils sont les plus instruits et les plus créatifs parmi les peuples de la région. Ils ont ensuite agrandi leur territoire, implanté partout leurs temples et leurs pagodes - symboles et centres de diffusion de leur civilisation -, et développé de grands royaumes et de puissants empires grâce aux hautes qualités de leur culture. Le Funan, le Chenla, le Kambuja d’Angkor attestent amplement de leur puissance – pas seulement militaire - et leur fulgurance a même dépassé les frontières de leur pays. Ils ont connu aussi des déchirements, des guerres intestines de leurs chefs et des échecs désastreux, mais ont toujours su s’en relever.

 

Le concept « Cheat-Sasn », la langue, la religion, les traditions

Sur quoi s’est érigée la Nation Khmère ?

Les Khmers utilisent couramment le couple de mots « Cheat-Sasn » pour parler d’une nation ou d’une nationalité. « Cheat » signifie d’abord « naissance » ou « origine raciale » tandis que « Sasn » veut dire « enseignements », « croyances » ou « idéologie ». Ainsi, ceux qui appartiennent à une même nation doivent être liés par le sang et être élevés selon des enseignements spécifiques communs de leurs ancêtres. Le concept (populaire) khmer de la nation repose en même temps sur la parenté raciale et sur des éléments spirituels tels que la langue, la religion et les traditions du peuple khmer.

Souvent, après les apparences physiques, les Khmers se reconnaissent d’après la langue dont ils se parlent. Les Khmers sont très attachés à leur langue et à leur écriture. Le khmer, en effet, est l’une des plus anciennes et des plus belles langues du monde. Elle est à la fois très imagée et très précise, avec une structure syntaxique très souple. C’est une langue très riche, car elle peut adapter et intégrer aisément des mots d’autres langues. Traditionnellement, les Khmers aiment communiquer leurs pensées, même les plus banales, par des vers élégants et captivants, révélant ainsi la musicalité naturelle de leur langage ainsi que leur souplesse d’esprit. Le génie du peuple khmer est d’abord sa capacité d’inventer une écriture originale, composée de nombreuses consonnes et voyelles et de « pieds de lettre », avec une grammaire rationnelle, permettant la schématisation concrète d’un nombre infini de mots, de sons, de tons du vocabulaire employé. L’écriture a joué un rôle central dans la transmission des connaissances, les progrès sociaux et économiques, donc le rassemblement du peuple khmer pour la formation et la consolidation de sa nation. Au temps de la splendeur d'Angkor, la langue khmère est parlée par les élites et dans toutes Cours royales de la région (des royaumes Môn, de la Malaisie, du Siam, du Laos, au royaume du Champa) et par d’autres peuples Montagnards, comme un signe d'appartenance à une grande civilisation respectée et incontournable.   

La langue est donc un élément essentiel de l’identité nationale. Mais, comme toutes langues, elle a ses limites, car si elle rapproche les hommes, elle n’assure pas toujours leur union. Il y a dans le monde des peuples qui parlent la même langue anglaise, espagnole ou française, alors qu’ils appartiennent à des nations différentes. Au Srok Khmer, des Chinois, des Chams, des Laos, des Viêts, … qui y vivent depuis plusieurs générations parlent couramment le khmer, « même mieux que les Khmers eux-mêmes », dit-on, refusent leur intégration à la société khmère et leur appartenance à la Nation khmère, sauf par intérêt matérielle et d’une façon bien superficielle. En outre, on l’a vu à Angkor comme à notre époque, l’Etat khmer, à la différence des Etats siem (thaï) ou yuon (viêt), non seulement ne cherche guère à obtenir l’unité de la langue par la contrainte, mais ne semble même pas se préoccuper du développement de la langue nationale. En fait, ce sont les couches populaires qui préservent le mieux cette identité nationale.

Les Khmers attachent également une grande importance à leur religion, aujourd’hui le bouddhisme theravada. De sa naissance à sa mort, le Khmer, en dehors de sa famille, vit aux côtés des bonzes qu’il respecte profondément. Certains affirment même que les Khmers qui embrassent une autre religion que le bouddhisme ne peuvent être de « vrais Khmers ». C’est irréaliste. L’on pourrait poser la question inverse : quelles affinités morales, sociales et politiques les bouddhistes siem, yuon ou chen présentent-ils avec les Khmers bouddhistes ? Nous devons nous rappeler aussi qu’aux époques glorieuses du Funan, du Chenla et du Kambuja angkorien, la religion dominante au Srok Khmer fut le brahmanisme, et que l’on ne saurait dire que les Khmers de ces époques furent « moins Khmers » que ceux d’aujourd’hui. En outre, ceux d’aujourd’hui, comme sans doute ceux d’hier, invoquent à la fois le Bouddha, les dieux brahmaniques et les mé-ba, les nak-ta, les divinités du sol et des eaux et les âmes de leurs ancêtres pour qu’ils viennent exhausser leurs vœux. Ceci révèle simplement les attaches profondes des trois croyances dans la société khmère et que, en même temps, face aux incertitudes de la vie, les craintes de l’homme dépassent toutes les assurances d’une religion.   

Néanmoins, la religion a joué un rôle considérable dans la société khmère, car le Sangha reste toujours près du peuple et est toujours soucieux des besoins quotidiens de ce dernier, non seulement dans le domaine spirituel, mais également dans des problèmes sociaux tels que l’enseignement, la santé, voire l’organisation des activités des collectivités villageois,…, alors que l’Etat khmer est préoccupé avant tout par sa propre puissance et par sa propre survie. A notre époque, l’on a vu des bonzes bouddhistes khmers jouer occasionnellement le rôle de contre-pouvoir vis-à-vis des représentants de l’Etat ou se soient faits meneurs de combats sociaux ou politiques pour défendre les revendications du peuple. Il faut reconnaître que, dans son originalité, la pensée bouddhiste répond parfaitement aux aspirations naturelles des Khmers à la liberté, à l’égalité, à l’autodétermination, à l’épanouissement de soi,…, ce qui justifie sans doute son triomphe final sur le brahmanisme au Cambodge (4). La religion garde indéniablement son importance dans la conscience des Khmers, mais, limité dans son domaine spirituel, elle ignore ou s’éloigne souvent des raisons qui s’imposent à la vie réelle et au destin du peuple.

Il reste que les Khmers sont très attachés aux traditions (sociales et religieuses) de leurs ancêtres et à leur mode de vie singulier. Les traditions sont nées des expériences réussies d’un acte ou d’un comportement perçu comme bénéfique pour le grand nombre. L’on a pu constater chez le peuple khmer son génie créatif et sa délicatesse. C’est aussi un peuple de perfectionnistes. Rien n’est laissé à la médiocrité et à la laideur dans ses arts, son architecture, sa musique, son habillement, ses compositions culinaires, ses travaux agricoles. Ces réalisations, évidemment, ont fait l’orgueil et la dignité des Khmers et, surtout, ont fortifié et grandi leur Nation (5). C’est l’échec politique de son Etat (provoquant des guerres intestines, défaillant devant des guerres d’invasion étrangères) qui ont fait que ces grandes qualités khmères se soient peu à peu érodées, dévalorisées, voire oubliées aujourd’hui.

L’éducation traditionnelle khmère, consciente de la dureté de la vie, est basée essentiellement sur l’acquisition des connaissances de toutes sortes et sur la solidarité indispensable entre les hommes. Tous les parents khmers se sacrifient pour envoyer leurs enfants à l’école. Ceux-ci doivent à leurs maîtres le même respect et la même obéissance qu’ils témoignent envers leurs parents. Ensuite, la place et le rôle de chaque individu sont définis avec précision au sein de sa famille et au sein de sa communauté parfaitement hiérarchisée. Mais l’individu peut voir sa place et son rôle changés en mieux s’il en est digne moralement et intellectuellement (6). Enfin, le sens de la responsabilité (le respect des autres, la solidarité, le secours porté aux plus démunis) est enseigné très tôt aux enfants khmers. C’est ainsi que le Khmer conçoit sa qualité d’homme libre (Khmer Nak Chea), une liberté responsable et bénéfique. Il y a donc un solide fonds humaniste qui a porté la grandeur de la Nation Khmère. Cependant, des traditions aussi généreuses et aussi attachantes qu’elles soient ne résistent pas toujours aux destructions des guerres, aux invasions économiques et culturelles de l’étranger, aux attirances de la «modernité», aux réalités changeantes et imprévisibles de la vie.

      

Le territoire, l’unité ethnique et les sacrifices

Pour les Khmers, le territoire de leur pays est la preuve de leur existence historique en tant que nation, une preuve à la fois matérielle et spirituelle. Les Khmers, massivement d’origine paysanne, sont profondément, voire passionnément attachés à leur terre natale, à leur pays, leur Mère-Patrie, Meatophum - la terre qui est leur mère, qui leur a donné la vie. A l’époque d’Angkor, le plus grand don royal à un serviteur méritant est un morceau de terre que celui-ci gouvernera toute sa vie et transmettra à ses descendants. Les Khmers émigrent rarement vers d’autres lieux lointains de leurs familles, de leur pays. Pour un Khmer, la terre qu’il reçoit en héritage de ses ascendants (parents, grands-parents, arrière-grands-parents,…) est sacré, qu’il ne doit ni abandonner ni la vendre aux étrangers. Enlever la terre à un Khmer, c’est le déraciner, c’est enlever sa vie. Autrement dit, la Nation Khmère ne se conçoit pas sans un territoire parfaitement défini et un Gouvernement qui le défend âprement pour l’intérêt du peuple.

Par la force et, surtout, par le consentement (reposé sur les affinités ethniques, les alliances politiques, les mariages), les grands rois khmers du Funan, du Chenla et d’Angkor se sont toujours efforcé d’agrandir le territoire de leur royaume, étendre l’influence de leurs croyances et de leurs lois, centraliser les administrations et asseoir la Nation Khmère sur une base plus grande et plus solide. La solidité de la Nation repose donc sur une large unité ethnique – parentés raciale, linguistique, religieuse - qui assure la cohésion sociale et culturelle du pays. Le fait que de trop nombreux étrangers vivent le territoire national et participent d’une manière ou d’autre à son administration est un grand danger pour tous les fondements de l’identité d’un peuple, à commencer par ses richesses économiques et ses moyens de subsistance. L’une des grandes causes politiques de la chute mortelle d’Angkor est que les immigrés siamois, d’abord venus comme esclaves royaux ou mercenaires des armées khmères, réussirent ensuite à se faire admettre de plus en plus nombreux à la cour royale – traditionnellement non accessible aux étrangers - et aux hautes fonctions de l’Etat khmer – comme chefs militaires ou gouverneurs des provinces.

La chute définitive d’Angkor fut précédée par de sanglantes et répétées attaques des Siem, et des massacres barbares que les vainqueurs infligèrent à la population khmère, en même temps que les razzias des richesses et les destructions systématiques des infrastructures socio-économiques du pays, quand ils n’arrivèrent pas à les déporter massivement à leur pays comme esclaves et comme butins de guerre. Les attaques siem furent si dévastatrices que, selon le témoignage de 1296 de Chéou Ta-kuoan, « tout le peuple (khmer) dut se lever récemment pour combattre les envahisseurs siamois ». De plus, après la mort de Jayavarman VII vers 1218, Angkor sombre dans une longue guerre civile sanglante de plus de cent ans entre les tenants du brahmanisme et ceux du bouddhisme qui s’est terminée par la « Révolution » du bouddhiste Ta Chey ou Ta Trasak Pa’èm vers 1336. Les Siem, naturellement, sont revenus plusieurs fois encore et ont fini par capturer de nouveau Angkor en 1431, avant d’être chassés du pays par Chau Ponhea Yat. Mais, l’effondrement d’Angkor, la perte de territoires, les massacres successifs des élites du pays et la diminution brutale de la population active ont porté un coup très dur à la Nation Khmère : l’arrêt des grandes constructions d’infrastructures, l’abandon de l’enseignement supérieur et de la transmission des connaissances, la régression de la langue et de la littérature, l’oubli progressif de l’Histoire et des traditions du pays, ce qui a provoqué le relâchement des liens communautaires et, surtout, la perte de confiance en soi des Khmers et en leurs propres compatriotes… (7) Que peut-on penser de la présence et de la domination de millions de Viêts au Cambodge à l’heure actuelle, où les Khmers sont bien moins protégés que les étrangers et qu’ils sont dangereusement en situation de devenir une minorité ethnique dans leur propre pays ? 

Après Angkor, la Nation Khmère a pu se relever de nouveau, certes péniblement, avec les rois bouddhistes comme Chau Ponhea Yat – Soryopor (1432-1467), Ang Chan 1er (1515-1566) et ses successeurs, son fils Borom Reachea (1566-1576) et son petit-fils Satha 1er (1576-1596) qui ont su mobiliser le peuple dans des luttes héroïques, avec des armées beaucoup moins bien équipées que celles de l’ennemi, pour débarrasser le pays de la domination siamoise et reprendre les provinces khmères précédemment perdues (Korat, Chantaburi). Depuis des siècles, la volonté des Khmers de défendre le territoire de leur pays contre l’invasion ou l’occupation étrangère n’a jamais faibli. Toutes ces gloires et ces sacrifices du peuple khmer ont une géographie que rien ni personne ne peut effacer : les Khmers vivant actuellement en Thaïlande ou au Vietnam (du sud) se considèrent toujours comme des Khmers vivant toujours sur leur terre, la terre de leurs ancêtres. Cela démontre aussi la grandeur de cette nation. Cela signifie en même temps que le territoire national est sacré et que céder un morceau de ce territoire à l’étranger sans se battre, sans le défendre de toutes ses forces, sans chercher à le reprendre, c’est couper une part de la patrie et abandonner une partie du peuple à la jungle. C’est condamner son propre peuple et détruire sa propre sa nation.

 

L’Âme nationale, la dignité d’un peuple

On voit que la nation est plus grande que territoire, supérieure à l’Etat, plus durable que les régimes politiques qui se succèdent dans la Capitale. Nous sommes les héritiers d’une Histoire nationale tumultueuse. Notre nation a connu des gloires exceptionnelles, les vraies - qui ne sont pas uniquement militaires -, des pires défaites aussi. Nous n’avons pas à en rougir. Perdre une guerre contre l’invasion étrangère n’est pas une honte, car la cause nationale reste intacte. Nous avons partagé ensembles nos joies et nos souffrances. Jusqu’ici, la Nation Khmère a toujours su renaître de ses cendres, alors que d’autres nations autour de nous ont sombré complètement dans le néant et l’oubli.

La Nation Khmère, si elle a survécu dans un environnement politique dangereux, c’est qu’elle a une grande âme, cette Âme née du génie de notre peuple plusieurs fois millénaires, et qui a grandi grâce aux sacrifices et aux résistances de ce peuple contre les tentations éphémères, le laisser-aller et la lâcheté et, au moment de grand péril national, contre les attaques et manœuvres multiples, visibles et camouflées de ses ennemis visant à détruire l’identité khmère. Résister pour préserver son identité et surtout sa dignité, c’est d’abord refuser toutes formes d’imitation, d’association, de coopération et de cohabitation avec l’ennemi et tout ce qui le représente, pour marquer clairement la différence entre nous et eux et notre opposition à leur présence malfaisante et dominatrice. Nous devons affirmer haut et clair notre nationalisme : un nationalisme qui résiste contre la domination et le colonialisme de l’étranger n’est ni du racisme ni une attitude « réactionnaire », mais un combat pour notre liberté et nos droits nationaux les plus légitimes, notre dignité. C’est le même nationalisme que le Mahatma Gandhi a admirablement formulé pour le peuple indien dans son combat contre les colonisateurs anglais du siècle dernier. C’est le même nationalisme que tous les peuples du monde ont inscrit, aujourd’hui encore, dans leurs lois souveraines, dans leurs arts et dans leurs représentations publiques, afin de perpétuer la flamme de leur âme nationale respective.

C’est la force ou le feu de l’Âme de sa Nation qui pousse un Khmer ou une Khmère à renoncer aux tentations et à la facilité, à se donner ou à accepter des missions difficiles ou périlleuses, même sans espoir de réussir, et sans rien attendre de retour, mais avec la seule volonté de se battre pour l’intérêt, le bien-être ou la sécurité de ses compatriotes et, objectif suprême, pour l’intégrité et la perpétuité du Srok Khmer. C’est cette Âme nationale qui grandit leur fierté d’appartenir à un peuple d’hommes et de femmes libres, des Khmer Nak Chea ! Les Non-Khmers, naturellement, ne se sentent pas animés par cette Âme flamboyante dans leur for intérieur.

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NOTES :

(1) : La légende khmère de Preah Thaung/Neang Neak et l’anecdote chinoise de Liu Yie (ou Yie Liu)/Hun Tien (du début du Funan) ne se ressemblent pas sur un point essentiel : Preah Thaung et Neang Neak sont tombés amoureux l’un de l’autre et se sont unis selon les rites du mariage du royaume des Neak, alors que Liu Yie, reine du pays, a perdu la guerre contre l’envahisseur Hun Tien et s’est soumise à ce dernier. La légende de Kaundinya/Somâ (« fondateurs » du Funan), née, dit on, vers l’an 50 JC, a une ressemblance avec celle de Preah Thaung/Neang Neak par la précision que Somâ (qui signifie « Fille de la Lune ») est également une princesse Nâga qui a eu d’abord à combattre Kaundinya, « originaire de l’Inde du nord », avant d’accepter de l’épouser. Un point commun, cependant, pour Preah Thaung, Hun Tien et Kaundinya : ils se plient aux règles du matriarcat qui régissaient déjà le pays et qui voulaient que le nouveau roi prît pour épouse la reine ou la fille du roi du pays pour légitimer son accession au pouvoir.  

 

(2) : Les rites du mariage khmer consacrent principalement le passage des mariés de l’enfance à la vie d’adulte, le passage définitif de la mariée Nâga à l’état humain, le respect du matriarcat par le marié, le rappel des devoirs des époux et, à la fin, le rappel de leurs obligations envers leurs deux clans familiaux et envers les membres de la communauté des compatriotes qui célèbrent et bénissent également leur union.

 

(3) : - Jean BERNARD, Professeur de médecine et membre de l’Académie française, écrit que « l’hémoglobine E (particulière au peuple khmer) est retrouvée bien au-delà des limites étroites du petit état cambodgien actuel, au Vietnam, au Laos, en Thaïlande, en Malaisie, dans une aire étendue de l’Asie orientale et méridionale. Le glorieux empire khmer du XIe siècle occupait ces territoires… Fait très remarquable, les archéologues, découvrant dans la même région les ruines des temples du temps d’Angkor, et les hématologues, avec l’hémoglobine, s’accordent à fixer les mêmes limites au grand empire disparu ». Le Sang et l’Histoire, Editions Buchet/Chastel, Paris, 1983, p 10.

- Voir aussi les explications sur ce sujet du Dr SUY Seang Heng, dans son exposé en khmer du 26 avril 2009 sur«KHMER MEAN POUCHLes Qualités spécifiques du Peuple Khmer » (Publication du Vatt Bodhivongsa, Champs-sur-Marne, France, 2009). 

 

(4) : Cependant, détachés de la notion fondamentale de la responsabilité (de la doctrine du karma), ces concepts légitiment évidemment l’individualisme et l’égoïsme, ou justifient la résignation. 

 

(5) : Voir les exposés respectifs en khmer de CHAI Sirivuddh (« Les Caractéristiques de l’Art khmer ») et de DY Kareth (« L’Education traditionnelle khmère ») au séminaire sur «KHMER MEAN POUCHLes Qualités spécifiques du Peuple Khmer » (Publication du Vatt Bodhivongsa, Champs-sur-Marne, France, 2009).  

 

(6) : Des contes populaires khmères racontent souvent le merveilleux destin d’un pauvre jeune homme orphelin qui devient roi grâce à ses qualités morales (son honnêteté, sa persévérance, son courage) et ses compétences.

 

(7) : En 1431, les Siem ont de nouveau occupé et mis à sac la capitale Angkor, avant d’être chassés totalement par le Chau Ponhea Yat. Mais, celui-ci a dû se résoudre à abandonner la grande ville car « elle est peu peuplée ; ses habitants ne suffiraient pas à la défendre ». Des recherches historiques récentes ont donné les résultats suivants : à son apogée, la cité d’Angkor était habitée par environ 2 millions d’âmes, et il n’y en aurait plus que 5000 environ à l’arrivée de Ponhea Yat.

 

Dy Kareth

Séminaire du 20 juin 2010 à Champs-sur-Marne, France

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