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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 13:57

 Première Partie.

Auteur : Bun Chan Mol (Texte en khmer). Traduction et adaptation en français par Sangha OP

 

Introduction :

 Nous, les combattants pour l’indépendance du Cambodge, nous retrouvons à Phnom-Penh, après notre libération de la prison française par la force japonaise. Les Japonais continuait de nous aider et de soutenir notre cause. Le 8 février 1945, les alliées bombardèrent la ville de Phnom-Penh. Cette attaque aérienne fit réagir l’armée japonaise, stationnée en Indochine : le 9 mars 1945, elle décida d’arrêter tous les Français.

Au moi de mai 1945, le gouvernement japonais fit venir Son Ngoc Than au Cambodge, après son exil au Japon à la suite de l’arrestation d’Archa Hem Chieu. La nuit du 8 au 9 mai, la jeunesse khmère et les militaires forcèrent le gouvernement Ung Hy, au solde de l’autorité française, à démissionner. Le 14 mai, Son Ngoc Thanh fut nommé Président du Conseil des Ministres.

Nous étions content de cette nomination, sans plus, parce que nous sommes conscients que tôt ou tard, les alliées vont gagner la guerre contre les Japonais et les Français vont revenir en Indochine. Si c’était le cas, nous nous disons, nous battrons pour libérer le Cambodge des griffes françaises. Si nous ne pouvions pas combattre sur notre sol, nous partirons en Thaïlande et au Vietnam pour continuer notre lutte contre la France coloniale. Ce qui doit être arrivé, arrivera. Le 16 octobre, Son Ngoc Thanh fut arrêté par l’autorité française. Les membres de notre groupe étaient aussi recherchés par la police française.

Comme prévu dans notre plan, Messieurs, Pak Choeun, Chao Seng Kosal, alors gouverneur de la province de Kampong Cham, Madame Lam Thi Ouk, épouse de Son Ngoc Thanh et les autres membres, furent partis se cacher dans la région de Basac (Kampuchéa Krom). Quant à moi, je fus parti à Battambang chez mon oncle, nommé Pok Koun, dit Trâlach. À  cette époque, la province de Battambang était occupée par la Thaïlande. La frontière khmère se trouvait à Svay Daun Kev.

À partir de là, je vais vous raconter mes activités à Battambang et celles des Khmers Libres (Khmers Issarak). J’ai constaté que les activités des Khmers Issarak sont opposées au but recherché par les hommes politiques, qui luttent pour la libération du pays et les idées des membres fondateurs de ce mouvement. Ces défauts me donnent une grande déception jusqu’à ce jour. Pour cette raison, j’ai écrit cet essai pour raconter les attitudes des Khmers Issarak. J’ai donné le titre à mon essai les « mœurs khmères », parce que les attitudes des Khmers Issarak s’inscrivent dans nos mœurs.

Au crépuscule de mon âge, je voudrais dédier mon dernier œuvre à mes compatriotes de la République Khmère pour qu’ils puissent y réfléchir et éviter à utiliser, comme dans le temps passé,  la violence comme moyen de régler les différends entre les Khmers.

Je souhaite bonheur à la République khmère et que la justice soit la base de son développement.

Phnom-Penh, 26 février 1973

Bun Chan Mol


1. Mon exil

Nous sommes en 1945. Le 16 octobre, à 11 heures, la force des alliées est venu encercler la résidence du gouvernement pour arrêter M. Son Ngoc Thanh, Président du Conseil des Ministres. Ayant appris cette nouvelle, j’ai décidé immédiatement de quitter le pays. Cette éventualité a déjà été prévue dans notre plan. J’ai organisé avec les membres de ma famille le plan en détail de ma fuite de la capitale. Le lieu de refuge sera chez mon oncle, nommé Trâlach, à Battambang. Cette province était sous le contrôle du gouvernement thaïlandaise. Je partirai seul. Pour quitter Phnom-Penh, il faut que je prenne tous les précautions pour éviter d’être arrêté par la police. En effet, je ne dois pas quitter la capitale par l’Ouest, parce que par là, il y ait beaucoup des agents de sûreté français qui guettent les membres du Mouvement antifrançais pour les arrêter. Il faut donc passer par le Grand lac (Kompong Cham) pour quitter la capitale, et ensuite de revenir à Prek Kdam par des petits chemins pour reprendre la nationale n° 6, qui fait Phnom-Peng-Battambang. L’avantage de ce détour est double : Une possibilité d’alerter les autres membres du mouvement dans cette région sur les événements politiques récents, et de les informer sur ma décision de quitter le pays pour continuer la lutte. Le chemin de fuite doit passer par le district de Tonlé Bèt où habite mon frère, Bun Chan Than, gérant d’une station d’essence de la compagnie Shell.  De là une voiture avec chauffeur, qui me conduira à Battambang en passant par Prek Kdam.

Avant de quitter chez moi, j’ai pris deux pièces d’or et un pistolet, je les ai cachés sous mon pantalon autour de ma hanche. Cet or me serve comme monnaie d’échange pour mes besoins à Battambang. Cette nuit, j’ai décidé de passer la nuit hors de chez moi. J’ai pris mon vélo de course pour aller à Chbar Ampeuv. Là-bas, mes parents ont une grande ferme de culture des maraîchères. J’ai passé ma nuit dans cette ferme. Le lendemain matin, j’ai repris mon chemin en vélo sur la route Phnom-Peng – Prey Nokor, en traversant les districts Prek Ek et Koki. En suite, j’ai quitté la route principale pour la direction du Nord et traversé le fleuve par la barque pour rejoindre l’autre rive de Lovear Em. Arrivé de l’autre côté du fleuve, j’ai repris mon chemin en logeant le fleuve à destination Prek Laung. Je suis arrivé à Prek Laung vers 13h. Dans ce lieu, j’ai pris mon repas. Après quoi, je suis allé chez mon ami, nommé Khan pour lui informer des nouvelles de Phnom-Penh, en particulier de l’arrestation de Son Ngoc Thanh par les français. Mais, j’ai vu que Khan en est déjà au courant. C’est vraiment un homme avisé. Il mérite donc d’être complimenté. Il ne me reste à dire à Khan que ce dont est vrai. Après quoi, je l’ai informé de ma décision de partir à Battambang pour continuer la lutte : Je partirai à Prek Kdam demain matin, parce qu’une voiture m’attendra là-bas pour me conduire à Battambang. Khan m’a écouté en secouant la tête, après quoi il me dit : « Mon petit frère, le mieux, c’est de prendre le bateau pour aller à Prek Kdam, parce que le chemin est long et difficile en vélo. Ce soir tu dors chez moi et le lendemain, tu prendras le bateau à 6h du matin ». J’acceptait immédiatement son conseil.

Le lendemain matin, mon ami Khan m’a accompagné au port. Au quai, en voyant le bateau arrive de loin, il commençait à me souhaiter de beaucoup de choses, en particulier de vivre heureux à Battambang pour continuer la lutte pour libérer le pays de l’occupation française. Je l’ai répondu en levant mes deux mains jointes à la tête pour recevoir ses vœux de tout mon cœur. Après quoi, J’ai porté mon vélo sur mes épaulee, j’ai monté à bord du bateau avec beaucoup de chagrin de quitter mon ami Khan. Le bateau quitta le port, mais nous continuons de nous regarder jusqu’à que nous ne nous voyons plus.

Le bateau à vapeur, brûlé avec les bois, se glissa en avant sur l’eau calme. Il me faisait vibrer mon corps. Tout près de moi, je voyais les vagues qui courent dans le sens inverse de l’avancement du bateau et ils s’éloignaient de moi rapidement. De temps en temps, un sifflet pour annoncer une escale. Il y en a beaucoup, à Prek Prasap, à Rokakâok, à Prek Por, à Peam Chhikhân etc. Vers 10h, je suis arrivé à Prek Bèt. J’ai descendu du bateau en portant mon vélo et j’ai filé chez mon frère, Bun Chan Than. Arrivé chez mon frère, j’ai raconté à mon frère tout ce que je dois lui raconter. J’ai passé la nuit chez lui avec beaucoup de précaution. Le lendemain matin, mon frère m’a accompagné à Kampong Cham pour un rendez-vous avec les membres de notre famille, qui sont venus pour me conduire à Pursat : mes neveux, ma nièce Ponn Gha et ma sœur. Mes trois neveux, Chhoun Chheun, Chhoun Mom, Chhoun Prasith. Ces trois ont amené une voiture Citroën de type 10 chevaux. J’ai mis mon vélo dans le coffre de cette voiture et nous avons dit au revoir à mon frère Bun Chan Than, après quoi, nous avons monté tous dans la voiture, nous avons fait demi-tour pour reprendre la direction de l’Ouest. Dans la voiture, mes neveux m’ont raconté qu’hier soir les agents de police sont venus me chercher chez moi à Vat Onalaum. Ma famille dit aux policiers que je ne suis pas à la maison. Ils faisaient demi-tour sans fouiller la maison. Quand j’ai entendu ça, je me dis que j’ai bien fait de m’enfuir, sinon la prison Koh Tralâch sera ma prochaine destination. Je pense aussi aux amis français qu’ils m’ont toujours dit quand les alliées gagnent les Japonais, les Français vont revenir en Indochine, ils m’arrêteront et aussi tous mes compagnons pour nous jeter à nouveau en prison. Ils m’ont dit ça le jour qu’ils m’ont vu à Phnom-Penh après ma libération de prison de Koh Tralâch par les Japonais.

Quand nous sommes proche de Prek Kdam, j’ai demandé à ma famille de me laisser descendre de la voiture en leur demandant de traverser le fleuve par chaland sans moi. Nous avons fixé le lieu de rendez-vous dans un hameau tout près du district de Kampong Laung. Je les dis qu’il faut qu’on évite être ensemble à l’embarcadère de Prek Kdam, c’est une question de prudence. Nous avons traversé le fleuve séparément : les membres de ma famille ont traversé le fleuve par chaland quant à moi, j’ai poursuivi mon chemin en vélo en longeant le fleuve vers le nord jusqu’à un lieu qui se trouve en face du lieu de rendez-vous, mais de l’autre côté du fleuve. Là-bas, j’ai cherché une barque pour me faire traverser le fleuve. Une chance qui me sourit, parce que j’ai pu traverser le fleuve rapidement. Arrivé de l’autre côté de la rive, j’ai attendu ma famille. Quelque temps plus tard, la voiture arriva, j’ai monté dans la voiture et nous poursuivons notre chemin. Aujourd’hui, quand je pense à cela, je me dis qu’il était quand même très compliqué.

Nous avons roulé jusqu’à la province de Pursat. Je rappelle aux lecteurs qu’à cette période, la province de Battambang et Siemreap étaient sous le contrôle thaïlandais et la frontière khmère se trouvait à Svay Daun Kev. Nous avons poursuivi notre chemin jusqu’à la sous-préfecture de Trapaink Chhork. À environ de 7 km du lieu dit, il y a un endroit déserte, nous arrêtons la voiture, j’ai pris mon vélo et à ce moment précis, j’ai pensé que : « c’est y est, je vais me séparer de mes chers. Je dois continuer tout seul mon chemin ». J’ai dit au revoir à tout monde en leur demandant de s’occuper bien de la famille. J’ai rajouté que je ne sais pas quand je pourrais revenir au pays, parce que dans la lutte, je pourrais être tué. J’ai dit à mes neveux, Chhoun Chheun, Mom et Prasith qu’il faille bien travailler à l’école afin de pouvoir aider plus tard le pays. Ils m’ont répondu que mon souhait précieux sera respecté à la lettre. Ils m’ont souhaité que je sois heureux dans mon exil afin de servir la nation jusqu’à la victoire finale. J’ai écouté leurs vœux avec sourire, mais mon cœur était envahi par le chagrin. Nous avons continué de parler pendant au moins 20 minutes, parce que c’était très difficile de nous séparer. J’ai monté sur mon vélo et pris mon chemin d’exil. Je me suis retourné la tête pour regarder les membres de ma famille : Tous sont entrain de me regarder aussi. J’ai continué à pédaler et me suis retourné la tête la dernière fois pour les regarder en faisant le signe de main d’au revoir, ils m’ont répondu en agitant leurs siennes. Cette séparation était une tristesse indescriptible, parce que je ne savais pas quand je pourrai revenir au pays. Cet exil est pour moi une obligation pour servir mon pays. Il était aussi une première pour moi.

À peu près deux heures de route en vélo, je suis arrivé au chemin d’entrée à la pagode Svay Daun Kao. J’ai fait une visite à ce lieu saint pour saluer la statuette du Bouddha et ensuite, j’ai cherché quelqu’un qui puisse m’aider à traverser le fleuve. C’était un souvenir inoubliable, parce que pendant la traversée, quand la barque se trouve à la frontière thaïlandaise, j’ai entendu une voix humaine venant d’une maison tout très du passage de ma barque qui dit : « Ce vélo est magnifique ». Cependant, je me dis avec une appréhension que ça y est, je vais avoir une affaire avec des brigands thaïlandais. Par instinct, j’ai mis ma main sur mon pistolet en regardant le rameur de la barque. Ce dernier me regarda et me dit en continuant de ramer, ce n’est rien. Arrivée à la rive, j’ai payé le rameur, monté sur mon vélo et continué mon chemin jusqu’à la ville de Battambang. À cette époque à Battambang, on roule à gauche, parce qu’en Thaïlande, on roule à gauche. Je suis arrivé à Maung Reusey vers 18h. Là-bas, j’ai cherché un ami, nommé Ta Teug pour lui demander de passer la nuit chez lui. Ta Teug était un orfèvre de Phnom-Penh, au marché Yek. Il a quitté la capitale au moment où il y a des agitations politiques pour venir s’installer à Maung Reusay. Ta Teug m’a accueilli avec beaucoup de joie et m’a autorisé à passer la nuit chez lui. Le lendemain matin, j’ai continué mon chemin à destination la ville de Battambang. Vers 11h, je suis arrivé chez mon oncle. Sa maison se trouvait au bout du pont de fer, du côté Ouest. Cette maison apparient à sa belle mère, appelée Mam Romay. Mon oncle m’a accueilli avec beaucoup de joie. Il m’a demandé :

-          As-tu rencontré Monsieur Pan Yink et Bun Chhan Thoun ?

-          J’ai lui répondu que non.

 J’ai expliqué à mon oncle que Monsieur Pan Yink est à Pursat. Il ne vient jamais à Phnom-Penh, parce qu’il a peur d’être arrêté par la police. Il est retourné ensuite à Bangkok pour vivre avec son fils, Pan Playman, employé dans une compagnie d’oxygène. Quant à Bun Chhan Thoun, interprète de Yink, il vit aujourd’hui à Phnom-Penh.

 Mon oncle m’a beaucoup félicité de ma décision de venir à Battambang. Il en a qualifié de décision intelligente. Il m’a dit qu’il faut créer un mouvement de libération nationale pour libérer le pays de l’occupation française. Je suis très content d’entendre ses propos, parce qu’il est aussi les miennes.

 La création du mouvement Khmers Issarak (Khmer libre) :

Chez l’oncle, Pok Koun, dit Ta Trâalach, j’ai commencé à répandre mes idées de créer un mouvement de lutte dont le nom est Khmers Issarak. « Issarak»  est un mot Pali, signifie en khmer « libre ». Mais nous voulons donner à une autre signification politique à ce mot :  « Khmers Issarak» : Khmers qui sont maître de soi, qui ne sont pas aux services des étrangers, Khmers indépendants, citoyens de son pays. Voilà notre façon de définir le nom de notre mouvement.

Quelque temps après, j’ai rencontré beaucoup des compatriotes venant de Phnom-Penh. Ils sont venus me voir pour me proposer leurs aides. Je me rappelais encore leur nom :

Hem Savâng, Hem savat, Sarou, Mi Phou, Prince Chhan Tarainsey, Chhieng, Chhan Taur Treste, Phan Say, Ros Yoeun, Ho, Ok Sann, Khan, Pom, Phauk Ni.

Il y en avait d’autres personnes dont je ne souviens plus leur nom. Je les prie donc, de m’en excuser.

Ils étaient logés et nourris par mes propres moyens dans une maison que j’ai louée pour eux. Quant à mon oncle, il a pris de contact avec Bangkok pour demander les aides du gouvernement thaïlandais.

Le gouvernement thaïlandais a donné enfin une autorisation d’ouvrir une base dans la commune d’Anglon, qui se trouve à environ de 5 km de la ville de Battambang. Ainsi, en 1946, nous avons pu créer officiellement le Mouvement Khmers Issarak. Au départ, il y a eu une bonne entente entre nous. Nous avons pu attirer beaucoup de volontaires, un peu plus de 100 personnes qui vivent en permanence dans notre base. Quelques mois plus tard, nous avons décidé de créer une section de renseignement pour répondre à l’espionnage des Français. Nous avons entendu que l’autorité Khméro-Française se prépare à reprendre Battambang. Cette autorité a envoyé des espions pour nous identifier. Il faut donc chercher les moyens pour identifier les leurs. Nous avons confié cette tâche à notre section de renseignement. Il faut dire que ce section a beaucoup créer des problèmes dans notre rang et n’était pas efficace, parce qu’il y avait certains de nos agents ont servi leurs attributions pour régler leurs affaires personnelles : Accuser des gens pour se venger. En outre, il y avait des abus de certains de nos instructeurs militaires sur les transfuges qui provoquaient le mécontent de ces derniers. Ils se plaignaient qu’il y ait trop de discipline, ils chuchotaient entre eux pour critiquer le mouvement. Ces transfuges étaient des Hay Ho, les soldats formés par les Japonais. En fait, ils ont contesté la méthode d’entraînement, et pourtant, nous ne faisons que recopier les méthodes japonaises : à 5 heures du matin, on fait le footing de 3 à 5 km et ensuite une heure de gymnastique avant de prendre le petit déjeuner. À peine 20 jours d’entraînement, les chefs de sections de Hay Ho commençaient à nous critiquer la méthode devant même leur troupe : « on perd le temps avec cette méthode et en plus le mouvement n’a même pas le fusil pour faire l’entraînement. Nous nous entraînons avec le fusil en bois, comment nous pouvions nous battre avec ça ? ». À force de les répéter, ces chefs arrivèrent à en convaincre leurs hommes et de les décourager complètement.

Je dis que cela est les « mœurs khmères ». Un peu de fatigue, ça y est, on critique pour critiquer tout simplement, sans savoir que cela pourrait avoir une conséquence désastreuse sur l’esprit d’union. Il faut savoir qu’à cette époque, le gouvernement thaïlandais nous a demandé de ne pas révéler l’existence de notre base à personne. En effet, à force d’en critiquer, il y ait un risque de révéler cette existence.

Nous avons une autre mauvaise habitude notoire : Pendant la réunion, nous nous mettions d’accords que tout ce que nous avons dit à réunion est classé comme une affaire ultra confidentielle. Mais, une fois, nous sortons de la réunion, cette affaire ultra confidentielle devient une affaire publique.

Pour préparer à résister le retour des Français et d’autorité khmère à Battambang, le gouvernement thaïlandais a commencé à nous armer : 4 mitrailleuses, 20 mousquetons, 3 à 4 pistolets.

Pourquoi, le gouvernement thaïlandais nous donne les armes ? Sur ce point, nous sommes conscients qu’il a fait, parce qu’il a l’intention de nous utiliser comme chair à canon contre les français et contre nos compatriotes. Mais, nous n’étions pas naïfs, nous avons accepté ses armes, mais nous n’avions jamais l’intention de les servir pour tuer nos compatriotes khmers. Notre seul objectif, c’était de nous battre contre les Français. Depuis, nous avons les armes, le moral de nos combattants commence à s’améliorer. Ils ont envie de se battre. Chaque jour, j’ai reçu les demandes des combattants pour partir en guerre. Je leur ai toujours répondu, il faut attendre que nous ayons plus d’armes et qu’ils doivent continuer leurs formations militaires.

Mon oncle, Ta Tralâch, allait souvent à Bangkok pour demander davantage d’aides du gouvernement thaïlandais pour notre mouvement. Celui-ci a accepté de nous donner 50 fusils de plus. Il faut comprendre qu’à cette époque le gouvernement thaïlandais avait vraiment de nous pour protéger les provinces occupées.  Mais dans sa stratégie de nous fournir en compte-goutte ses aides, c’est d’abord pour mieux nous contrôler et montrer qu’il continue de nous aider tout temps. Cela nous obligeait de reconnaître sa bonté en permanence.

Voilà la méthode thaïlandaise depuis toujours. Je me pose la question, aujourd’hui, notre pays est guerre contre les communistes.  Quelles sont les aides du gouvernement thaïlandais pour notre pays ?

Dap Chhoun 

Monsieur Dap Chhoun était un ancien sous-officier de l’armée Khméro-Française qui avait combattu contre les thaïlandais. À l’époque, le gouvernement thaïlandais avait fait une propagande, adressée à tous les sous-officiers khmers dans les rangs des Français de déserter leurs unités pour rejoindre son armée. Ils seront promus en contrepartie au grade d’officier, sous-lieutenant. Séduit par cette promesse, Dap Chhoun déserta pour partir en thaïlande. Il fut bien accueilli, en effet, par l’armée thaïlandaise. Dap Chhoun  en était très content et attendait en vain sa promotion. Quelque temps plus tard, l’autorité thaïlandaise avait confié à Dap Chhoun, une mission de surveillance de frontière à Svay Chheak, alors ce hameau était sous le contrôle du gouvernement thaïlandais.

Le temps passant, Dap Chhoun commençait à perdre sa patiente d’attendre sa promotion. Il faisait savoir aux autres khmers qu’il comptait retourner au pays pour servir le Mouvement Khmers Issarak Quelques de temps plus tard, Dap Chhoun fut contacté par mes hommes pour son ralliement à la force Khmers Issarak. Au jour fixé, Dap Chhoun, son épouse et son fils (ce fils vit actuellement en Inde), quittèrent Svay Chheak à destination Ang Long Veûl, base des Khmers Issarak. Quand il m’a vu de loin, Dap Chhoun rampait devant moi en me suppliant de lui donner une chance de servir dans les rangs des Khmers Issarak. Je me précipita de lui lever et lui dis : « Vous ne deviez pas vous comporter ainsi avec moi, je ne suis pas un être supérieur que vous. Je suis déjà content que vous soyez avec nous pour nous battre contre les Français ». Ce dernier me remercia en m’appelant Lauk Meas (Monsieur Maître). Je n’exagère pas de ces propos. Plus tard, quand Dap Chhoun devenait une personnalité importante dans le paysage politique khmère, il me traitait comme un inférieur. C’est ça les mœurs khmers.                         

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