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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 10:34

Sirik Matak : ancien Vice-Président du Conseil, Délégué à la Présidence du Conseil des Ministres.

 

Cher Cousin,

Si des fois vous étiez amené à faire un examen de conscience en toute sérénité, vous auriez trouvé que c’est vous-même qui êtes à l’origine de cette guerre d’agression, laquelle cause à votre propre patrie tant de deuils et de destruction. Vous auriez senti certainement que si vous aviez accepté avec dignité et abnégation – comme l’ont fait avant et après vous nombre de Chefs d’Etat destitués dans les mêmes conditions – le verdict des représentants légaux du peuple qui prononcèrent à l’unanimité votre déposition, vous auriez épargné sûrement à nos compatriotes tant de larmes et de malheurs.

Mais au lieu de cela, vous avez préféré constituer artificiellement un Gouvernement en exil dont les membres s’éparpillent dans diverses capitales étrangères et qui ne dispose pas de siège connu en territoire national. Pis que cela encore, vous avez fait appel aux forces nord-vietnamiennes et vietcong qui n’attendaient plus que ce signal pour agresser ouvertement votre pays, « légitimant » du même coup, leur invasion silencieuse et progressive du Cambodge qu’elles avaient commencée depuis cinq ans sur votre autorisation.

Rendez-vous compte, que, si maintenant vos amis nord-vietnamiens et vietcong forment, entraînent et soutiennent de toutes leurs forces un mouvement de Khmers Rouges à l’intérieur du Cambodge, ce n’est certainement pas ni pour vos beaux yeux, ni dans votre intérêt. Malins, mais très dangereux, ces adversaires visent plus loin : faire de votre pays un satellite du Nord-Vietnam.

Ce sera donc, vous finalement, qui serez trompé sur leur compte, alors que cette erreur d’appréciation aura coûté une guerre atroce à votre patrie qui, par votre faute, pourrait être rayée de la carte du globe.

Sentant qu’il est encore temps pour vous de faire une honnête autocritique et de vous corriger, j’espère pouvoir m’adresser à vous, dans cet ultime appel pour contribuer à sauver la patrie. La chose est faisable, si en toute conscience, vous admettez que vous êtes vous-même le seul responsable de la chute de la monarchie khmère et de nos malheurs présents, ainsi que de la liquidation de notre neutralité dans cette guerre d’Indochine et même devant les nations non-alignées.

A la mort de Sa Majesté Norodom Suramarit, votre père et mon oncle, lequel n’avait pas nommé de successeur, vous ne pouviez pas remonter sur le Trône, car en 1955, c’est-à-dire cinq ans auparavant, vous aviez pris la malheureuse décision d’abdiquer et fait le serment solennel de ne jamais chercher à le faire.

Conformément aux dispositions de l’article 30 de la Constitution de 1946, le Conseil de la Couronne « doit se réunir obligatoirement dans les trois jours qui suivent l’évènement ayant provoqué cette vacance, afin de désigner le nouveau Souverain ainsi que le Régent, si le nouveau Roi est mineur ».

A ce moment, vous étiez encore populaire et, une certaine mesure, aimé. Vous auriez pu être facilement choisi pour succéder à votre père, si l’article 30bis de la même Constitution, article que vous aviez fait adopter vous-même dans un mouvement d’humeur, ne vous en avait pas empêché.

En effet, cet article 30bis stipule que « dans les cas où les circonstances ne le permettraient pas, pour des raisons d’Etat, de désigner le nouveau Souverain, le Conseil de la Couronne doit procéder dans le même délai prescrit par l’article 30, à la désignation d’un Conseil de Régence qui assume provisoirement les prérogatives royales dans les conditions fixées par la présente Constitution ».

Mais « la jeunesse Socialiste Royale Khmère », une de vos nombreuses créations et inventions, a organisé sur vos ordres des manifestations pour réclamer que vous deveniez « Chef de l’Etat », éventualité que la Constitution n’a jamais prévue. Armé de ce subterfuge, vous avez lancé alors un message à la Nation en invitant toutes les Institutions du pays à modifier ladite Constitution dans ce sens en créant les fonctions de « Chef d’Etat ».

A l’époque, vos désirs étaient des ordres. Le Parlement s’est donc réuni pour élaborer un article additionnel afin de vous donner entière satisfaction et vous a désigné par la suite, le 15 juin 1960, « Chef de l’Etat », titre que vous avez détenu pendant un délai anormalement long et illégal, jusqu’à votre destitution formelle en Mars 1970. Il est devenu clair dès lors qu’en usant et abusant du POUVOIR PERSONNEL dont vous vous étiez vous-même investi, vous avez détruit de vos propres mains la monarchie khmère.

Je dois vous reconnaître cependant une qualité. C’est que vous êtes constant dans votre inconscience. Ceux que vous prétendez être aujourd’hui vos amis, vous les vouiez naguère aux gémonies populaires.

C’est ainsi que dans un éditorial paru dans « Le Sangkum » de Septembre 1966, vous avez brillamment démontré que les KHMERS ROUGES n’étaient que des traîtres, des dékhmerisés » qui ont accepté depuis Genève 1954 – et qui mieux est, « de jure » - de placer leur pays sous le protectorat de la République Démocratique du Vietnam ».

L’année suivante, vous en preniez publiquement au régime de Pékin qui vous héberge maintenant. En dissolvant « l’Association  de l’Amitié Khméro-Chinoise », vous avez déclaré que : « Etat souverain, la République Populaire de Chine conteste à l’Etat souverain du Cambodge le droit d’être maître chez lui ». Dans une autre déclaration, vous avez ajouté que cette nation (le Cambodge) ne saurait être représentée par les HOU YOUN, KHIEV SAMPHAN, HU NIM, PHOUK CCHAY etc. auxquels la Chine s’adresse par-dessus la tête de notre Gouvernement, de l’Etat khmer, qui eux sont les seuls représentants valables du peuple khmer ».

Dans un message à la Nation radiodiffusé le 5 Octobre 1967, vous vous êtes de nouveau adressé à Hou Youn, Khiev Samphân, Chau Séng, Phouk Chhay, Hu Nim, en leur demandant qu’ils « sachent cependant qu’ils me (vous-même) trouveront toujours prêt à faire face à leurs nouvelles attaques, et que je combattrai sans merci jusqu’au bout, jusqu’à l’annihilation de cette race de Khmers dékhmérisés, même si je devais y laisser ma peau ».

En Janvier 1968, lors d’une conférence de presse, vous avez de nouveau dénoncé la subversion chinoise en ces termes : « Les Khmers Rouges ont décidé de mettre fin à la paix dont le Cambodge jouissait depuis des années. Ils reçoivent à travers la frontière thaïlandaise, armements, munitions, vêtement, médicaments et des brochures de propagande en Siamois éditées en Chine et portant l’effigie du Président Mao Tsé Toung ».

Je pourrais ajouter encore d’autres citations, car de 1968 à 1969, vos déclarations écrites et verbales remplissent bien des volumes édités par votre Ministre de l’Information.. Il est vrai que pour faire contrepoids, vos diatribes contre les puissances occidentales, notamment les Etats-Unis d’Amérique, alimentaient de propos sensationnels, la presse du monde entier. En induisant ainsi l’opinion internationale en erreur, vous croyiez prouver que vous étiez « le champion de neutralité ».

Pourtant, agissant en sous-main, vous n’avez jamais cessé d’entretenir de « fraternelles » relations avec le Nord-Vietnam et le Viêt-Cong, relations qui allaient jusqu’à permettre à ceux-ci d’installer sur votre territoire national de véritables « sanctuaires », consistant en hôpitaux, centres d’entraînement, bases logistiques et centres de reconditionnement à partir desquels étaient lancées des opérations offensives contre le Sud-Vietnam. Ces sanctuaires s’échelonnaient le long de nos frontières orientales, depuis la province de Rattanakiri jusqu’à la mer. Vous pouvez conclure vous-même qu’une telle politique a rayé d’un trait de plume et à jamais notre neutralité prescrite pourtant par la Constitution, pour nous précipiter dans la guerre actuelle, guerre que notre Nation a toujours cherché à éviter.

Combattu par la population des régions qu’ils occupaient illégalement avec votre seule permission et dénoncés par le gouvernement khmer légal, les Nord-Vietnamiens et les Viêt-Cong n’ont trouvé rien mieux que de se lancer dans une agression ouverte, agression qu’ils voulaient rapide et décisive sur votre demande exprimé à Canton en Mars 1970.

Ainsi, au moment de l’agression du Cambodge le 29 Mars 1970, nous avions identifié les unités nord-vietnamiennes et vietcong en notre territoire et qui étaient réparties comme suit : 1ère division : RCT – 101 –D : 2 000 hommes stationnés à Angkor Borey en takéo ; 5ème division : RQTS – 05 et 275 : 5 000 hommes stationnés à Snoul en Kratié ; 7ème division : rqts – 141 – 165 – et 209 : 6 200 hommes stationnés à Memot en Kg-Cham ; 9ème division : RQTS – 95 –c – 271 et 272 : 6 000 hommes stationés à Chup en Kg-Cham ; Front B-3 : RQTS – 24-28-40-66-95-0 : 10 800 hommes stationnés à Rattanakiri – Bor Kéo, plus les P.C. et états-majors : 12 000 hommes et services des arrières (logistiques) : 23 000 hommes, ce qui fait au total une force étrangère de 65 000 hommes qui s’installaient tout le long de la frontière.

Maintenant que cette guerre dure depuis près de quatre ans avec des deuils, souffrances et destructions incommensurables, et que la république khmère est bien installée avec toutes ses institutions légales, je tiens à vous rappeler ici vos propres paroles extraites d’un de vos articles paru dans la revue « Le sangkum » en juillet 1966 :

« Le trône accepte très volontiers de faire place à la république, si telle est la volonté de la majorité des citoyens et citoyennes…Trône propose aux compatriotes républicains de tout faire pour éviter que le sang khmer coule à l’occasion de cette compétition. La monarchie n’a nullement l’intention de se « cramponner » si elle n’a plus la faveur du peuple ».

Le sang khmer n’ayant que trop coulé maintenant à cause de cette guerre, et le peuple dans sa large majorité ayant exprimé depuis Mars 1970 son désir d’avoir un régime républicain, je tiens à faire appel à vous, pour nous aider à stopper cette lutte insensée, alors que l’intensité des combats diminué peu à peu au Sud-Vietnam et au Laos, laissant augurer une solution pacifique de leurs problèmes.

Encore une fois, soyez raisonnable et sincère avec vous-même, et vous savez mieux que quiconque que vous n’êtes pas le « leader » de la soi-disant « résistance nationale », parce que cette résistance nationale que vous prétendez, n’est autre chose que l’agression des Nord-Vietnamiens et Vietcong avec la complicité de quelque vingt mille Khmers Rouges qui ne sont même pas vos hommes.

Par ailleurs, il est incontestable que pour vos dépenses personnelles et « gouvernementales », vous dépendiez entièrement des Chinois et des Nord-Vietnamiens. Cela ne vous permettra jamais d’être un vrai neutre. Sans eux, vous ne seriez pas en mesure de payer les grands frais de vos voyages et les membres de votre Gouvernement, dont la majorité vivent en permanence à Paris, en Afrique ou à Pékin, sans espoir de pouvoir remettre le pied sur le sol khmer.

Non, CHER COUSIN, soyez bon prince. Reconnaissez enfin, pour une fois, votre faillite en renonçant à vivre sous la coupe de l’étranger qui ne cherche à faire autre chose qu’exploiter votre esprit de revanche.

Ce faisant, vous auriez montré au monde, un patriotisme pur, exempt de toute passion, celui-là même dont vous ne cessez de vous réclamer. Sachez que toute votre famille attend de vous ce geste de grandeur d’âme.

 

Phnom-Penh, le 27 Août 1973

                                                                                                          Signé : SISIWATH SIRIK MATAK 

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Published by Srey Santhor - dans République Khmère
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