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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 06:26


Après la mort du Roi, Chao Ponhea Oukteyreach s’enfuit en laissant la citadelle Samrong Sen sans défense. Apprenant cette fuite, Chao Ponhea Yaumreach, à la tête de son armée, lança une contre offensive contre l’armée de Kân. Après quelques jours d’affrontement, le général Yaumreach jugeait qu’il fut impossible de gagner la partie dans cette bataille. Il convoqua les membres de son Etat-Major et leur dit ceci : « Nous ne pouvons pas gagner cette bataille, parce que Kân bénéficie un avantage psychologique sur nous, la mort du roi. Une armée sans chef, c’est comme un corps sans tête. Le dauphin est encore jeune et ne pourrait pas faire grande chose contre Kân, son oncle maternel. J’ai une conviction profonde que ce dernier le tue s’il se retombe dans les mains. Kân ne se batte pas pour le dauphin, il se batte pour lui-même. Il est capable de tout. Mon devoir d’aujourd’hui est de mettre l’héritier du trône à l’abri du danger. Je ne vois qu’une seule solution : Amener le prince royal au Siam. Preah Chanreachea, son oncle paternel, est déjà là-bas. En outre, je vais demander une aide militaire au souverain siamois pour revenir combattre contre les rebelles. Avec Preah Chanreachéa en tête de notre armée, je pense que Kân ait peu de chance de nous vaincre. Les généraux et les officiers approuvèrent à l’unanimité les idées de leur chef.

Le général Yaumereach était un grand dignitaire ambitieux, rusé, sans scrupules, mais il était un chef militaire mûr et réaliste. Avant de monter à bord de sa barque, il ordonna à tous les chefs d’unités de cesser le combat : « Il est inutile de continuer de vous battre contre Kân. Vous devez partir pour vous cacher avec vos hommes fidèles dans les lieux sûrs, je reviendrai bientôt avec Preah Chanreachéa. Mais la volonté de combattre existe-t-elle encore ?  Chez les militaires peut-être. Mais parmi la population, la guerre civile au cours des quatre dernières années commençait à produire ses effets désastreux pour sa vie de tous les jours. 

Des centaines de pirogues, formèrent un cortège royal, quittèrent le port de Kompong Svay pour Nokor Thom, ancienne capitale royale. Parmi les suivantes du général Yaumreach, il y avait le Brahmane Sours. En tant le gardien du trône, celui-ci emportait avec lui tous les objets de sacre royal, l’épée sacrée et la lance royale. Au cours du chemin, il pensait qu’une fois au Siam, le Souverain de ce pays ne lui laisserait jamais de retourner au pays. Il décida donc de plus suivre le cortège des fuyards. Une fois décidé, il demanda au chef d’escorte la permission d’aborder la berge pour faire ses besoins. Sours dit ceci : « Tu peux continuer le chemin, j’ai besoin quelques minutes seulement, je vous rattraperai vite, parce que ma pirogue est une pirogue de course ». Tout le monde ne fit pas attention à la ruse de Sours. Le Chef d’escorte donna son accord au Brahmane de quitter le cortège. Une fois pied-à-terre, le Brahmane Sours et son valet, nommé So, se furent enfoncés dans la forêt en emportant avec eux l’épée sacrée et la lance royale. Les deux fuyards avaient mis une semaine pour atteindre Bati (district Kanda Steug, Saan actuel).  Ils s’étaient établis à plusieurs kilomètres de la ville dans une forêt obscure. Là-bas, ils avaient caché l’épée sacrée et la lance royale dans un trou d’un grand arbre (arbre Chambak).

Revenons au général Yaumreach. Quand il arriva à Norkor Thom avec son escorte et ses suivantes, il réquisitionna chez le gouverneur de cette province plusieurs chevaux et éléphants et poursuivit ensuite son chemin au Siam. Agé et affaiblit par des années de guerre, au cours de son voyage, le Général Yaumrech mourut d’épuisement. Ses hommes avaient enterré son corps en conformité avec la tradition khmère et invitèrent le dauphin à poursuivre le voyage au Siam.

Retournons au camp de Kân. Celui-ci avait obtenu la reddition totale de l’armée royale. Il s’en réjouit dans son cœur, rêvant d’un pays nouveau et d’une paix née de la guerre. Il retourna triomphalement à Basane. Il a été accueilli par la population avec chaleur. Des fêtes ont été organisées dans la ville pendant plusieurs jours. Quelque temps plus tard, les grands dignitaires et les généraux de la Cour de Basane votèrent l’instauration du gouvernement royal, dont il était important pour l’unité de la Nation et désignèrent Kân comme souverain. Celui-ci accepta cette décision. En 1512, à l’âge de 29 ans, il fut couronné roi. Son nom de sacre était : Preah Bat Samdech Preah Srey Chétha Tireach Rama Thipdey Krong Srey Sar Chhor.

Le lendemain de son couronnement, dans la salle du trône, tout ce qui touche de près ou de loin au nouveau pouvoir, se trouvaient là. Le nouveau roi ordonna au Chef de protocole de prononcer à haute voix les noms des nouveaux princes et princesses, tous et toutes sont ses proches. Ainsi un nouveau corps de la famille royale a été créé. L’essentiel de cette création est de partager son pouvoir avec ces princes pour faire régner l’ordre dans le Royaume. Il désigna son oncle maternel Kao comme chef de famille royale. Celui-ci portait aussi un titre de Grand Prince du Royaume, Samdech Chao Fa pour ses mérites dans la compagne de pacification du pays. Devenu Roi, Kân n’avait pas trop de peine à établir des relations de confiance avec les populations. Il créa un corps des envoyés du roi, munis de pleins pouvoirs, qui le représentent partout et n’obéirent qu’à ses propres ordres. Les dignitaires du palais, les généraux, les gouverneurs de provinces parlaient toujours à son nom. Il n’est que trop évident que toutes ces inventions nouvelles, cette force accrue, ce mode de vie transformé consolidaient le pouvoir du nouveau roi. Il dit assez souvent à ses collaborateurs : « Je ne demande pas qu’on m’aime, mais qu’on me serve bien ».

La question la plus intéressante posée par les méandres de la politique de Kân est de savoir s’il représente une rupture ou une continuité avec l’ancienne dynastie de la caste Ksatrya (caste des rois khmers). On le sait que la rupture n’est pas moins évidente puisqu’il ne s’agit que le changement dans la politique économique : Liberté d’entreprise, développement des secteurs artisanaux et commerciaux ; une sorte d’une monarchie capitalistique. Mais la continuité est claire : Monarchie absolue.    

En 1514, Sdach Kân décida de changer la capitale royale. Il est normal quand on crée une nouvelle dynastie, il faut aussi créer une nouvelle capitale. Tout doit être nouveau dans mon règne et je veux laisser la trace de mon existence dans l’histoire des rois khmers, dit Kân. Il avait choisi la commune de Chanlang Daun Tey à l’Ouest de Basane comme lieu pour bâtir sa nouvelle cité. Cinq mois après, Kân voulait encore déménager, parce qu’il eut un rêve : Un bruit fracassant venant de l’Ouest qui dure pendant cinq heures. Ensuite, il y a un vieux sage qui lui parle : Il faut vous déménager de Chanlang Daun Tey pour aller vous habiter à Srarlàb, situé à la frontière des deux provinces :Tbaug Khmom et Phnom. Le lendemain, Sdach Kân convoqua ses conseillers et ses ministres pour leur dire qu’il a vu et entendu dans son rêve. Après quoi, il décida de transférer sa capitale de Chanlang Daun Tey à Srarlàb. Les travaux d’aménagement de la nouvelle capitale avaient duré deux ans. À Srarlàb, il n’y avait ni fleuve, ni rivière. Pour permettre le développement de la ville, l’eau est la première des nécessités. Entouré des ingénieurs de renom, Okgna Vieng, Okgna Vaing, Okgna Lompaing et Okgna Srâl, le Roi fit creuser quatre grands bassins aux quatre points cardinaux de la cité. Chaque Kompong (point d’eau) portait le nom de son créateur. C’était la volonté de Kân. Ces bassins demeurent aujourd’hui encore utile pour la population. En outre, ces ingénieurs avaient réussi à multiplier les puits partout dans la ville et avaient ébauché le quadrillage si serré des canaux d’irrigation du pays. 

La campagne d’aménagement de la nouvelle capitale fut faite dans un temps-modèle. La participation de la population dans la construction de cette nouvelle ville royale est totale. Il y avait beaucoup de volontaires. La nouvelle capitale était plus grande et plus rationnelle que l’ancienne capitale. Kân donna un nom à sa nouvelle ville : Krong Srarlàb Daun Tey Prey Norkor Charakreach. Il ordonna à Okgna Sral de faire l’élevage des poissons dans les quatre bassins et à Okgna Lompaing de construire des abris d’éléphants. Il fit aménager un domaine de chasse. On donna un nom à ce domaine, Virl BanThom (domaine du frand frère) ou Virl Chan. Il créa un Conseil Supérieur du Bouddhisme composé de sept moines supérieurs : Vénérable Parikniryourk, Preah Akriyours, Preah Eksatha, Preah Puthkhorsa, Preah Thomkhorsa, Preah Vibasnir, Preah Paraksatha. La Présidence de ce Conseil est tournante pour une durée d’un an. Sdach Kân voit dans une religion ordonnée et soumise un formidable instrument de gouvernement. Trois ans après l’installation de la nouvelle capitale, les gens venaient de plus en plus nombreux pour y s‘établir. Ce lieu donna un exemple achevé de gloire d’une nouvelle dynastie. Ses magasins, ses entrepôts, ses établissements commerciaux couvraient le pays d’un réseau de paysans et d’artisans aisés. Les richesses sont exploitées avec sciences. Tout est surprise et paradoxe dans ce premier âge d’or de la nouvelle cité royale. Dès le lever du soleil, le marché grouillait de monde. La nuit était tombé depuis longtemps que surgissaient dans la ville des théâtres, les échos des banquets qui s’y poursuivaient souvent jusqu’à l’aube. Pour facilité des activités et des échanges commerciales, Sdâch Kân créa les pièces de monnaies en feuilles d’argent et d’or, et sur chaque pièce figure l’image d’un dragon, l’emblème de l’armée victorieuse de Kân. Les fonctionnaires de la cité s’étaient bien gardés de compromettre cette prospérité et cette facilité de la vie. Ils se contentaient de prélever des taxes énormes. Dans le nouveau Royaume, il y avait quelques reprises des tentatives de révolte : elles avaient été écrasées, et le long de toutes les routes qui menaient à la capitale des centaines de têtes coupés, exposées en public, avaient servi d’exemples. Plusieurs chefs militaires et hauts fonctionnaires des provinces avaient été rappelés à la capitale, jugés, empoisonnés. Quelques-uns avaient été mis à mort, d’autres avaient été frappés de maladies brutales et un peu mystérieuses. Sdach Kân faisait régner dans son armée et dans son administration une discipline sans pitié. 

Revenons au Brahmane Sours qui fut parti avec son valet en emportant avec lui l’épée sacrée et la lance royale. Quelques années plus tard, son valet fidèle mourut de maladie, le Brahmane vit désormais tout seul pauvre dans la forêt. Un jour, il entendait parler de la récompense de 500 pièces d’or offertes par Sdach Kân à celui qui lui apporte ces objets. Désespéré de l’attente du retour du général Yaumreach et Preah Chanreachea du Siam pour combattre contre Sdach Kân, il décida d’apporter ces objets sacrés au nouveau roi pour toucher la récompense.

Une fois décidée, il partait dans la forêt pour trouver ces objets. Arrivé à la cachette, il grimpa sur l’arbre pour sortir ces objets du trou. Soudain, il s’aperçut un grand serpent en face de lui. Surpris par cette rencontre hasardeuse, il tomba de cet arbre et mourut. Son coup fut brisé. Des mois passés, son cadavre se décomposait sous l’arbre sans que personne fût au courant de sa mort. On disait plus tard que l’arbre est protégé par un génie qui n’est que l’âme du Brahman Sours.

Il est temps de revenir à Preah Chanreachea, frère du roi Sakunbât. Apprenant l’arrivée du dauphin, son neveu, au Krong Tep, il se précipita pour demander à ce dernier des nouvelles du pays. Dans cette rencontre, il a appris que le Roi, son frère, est mort et Kân est victorieux. Il se dit : Comment faire pour me venger de cette humiliation insupportable ?

Depuis sept ans, le prince khmer avait une immense impatience de retourner au pays, mais à chaque fois qu’il fût une demande au roi Chakrapath, sa requête fut courtoisement rejeté par ce dernier. La ritournelle était la même : il faut attendre le jour faste ou cette année la saison de chasse au traître n’est pas propice. Mais en 1515, la chasse d’éléphant blanc fut une priorité pour le roi siamois. Cette année-là, un de ses ministres, envoyé en mission, venait de lui rapporter qu’un chasseur d’éléphant de renom, nommé Peam, à repérer un grand éléphant blanc qui rôdait dans la forêt du district Kachhanborey. Ce chasseur avait tout essayé de capter cet animal, mais sans succès. Grand collecteur des éléphants, le roi demanda à ses ministres de trouver un spécialiste pour faire ce travail. Ces derniers suggérèrent au roi le nom de Preah Chanreachea, parce que tout le monde le savait que la chasse des éléphants était un sport préféré du prince khmer. Aussitôt le Roi ordonna à ce dernier de prendre mille hommes avec lui pour investir la forêt Kachhanborey à la recherche de l’éléphant blanc. Après quelques semaines de poursuite de la trace de cet éléphant, Preah Chanreachea et ses hommes arrivèrent à le capter. Le roi remercia le prince khmer de cet exploit. Il donna un nom à cet éléphant « Norodom ». Profitant de cette situation, le prince khmer renouvela sa demande, au roi siamois, de rentrer au pays pour combattre contre Kân. Encore une fois, la réponse était négative.

Cette fois-ci, désespéré, le prince khmer commençait à tisser un plan de fuite. Après quelques mois de réflexions avec ses 15 compagnons, ils trouvèrent un stratagème pour tromper la vigilance du roi : On gagne la confiance du roi afin de le tranquilliser, tandis qu’en secret on complote sa perte. Le Roi Chakrapath est un collecteur des éléments rares. On sait qu’il est capable de payer une grande fortune à celui qui lui offre un éléphant blanc. Il faut donc, pour le prince khmer, inventer l’existence de cet animal. Comme le Roi a toujours confiance sur sa compétence dans la technique de chasse des éléphants rares, il est certain que le Roi lui confiera cette mission. Comment faire ? Voilà leur plan : : Ils font sculpter quatre grands pieds éléphant en bois. Dans le nord-Est du pays, les 15 khmers vont faire courir une rumeur auprès de la population qu’ils ont vu un grand éléphant blanc à tel ou tel endroit. Ils vont créer des empreints de pieds d’éléphant avec les pieds de la bête en bois. En plus, sur les branches des arbres, ils vont collecter les poids de moutons à une hauteur à laquelle les gens puissent imaginer la grande taille de l’éléphant, enfin ils vont frottez au tronc de ces arbres avec la boue qu’ils ont pri du marais non loin de ces arbres.

Une fois sûre de n’être jamais soupçonnée de leur plan, les 15 khmers avaient quitté la capitale. Arrivée dans le Nord-Est du pays, ils exécutaient scrupuleusement leur plan.

Un mois après, la rumeur commençait à circuler partout dans la région que l’on a repéré un grand éléphant blanc qui rôde dans la forêt. Ayant entendu cette rumeur, le chef de district partait lui-même dans la jungle pour constater la trace de l’existence de cet animal. Après quoi, il en informa son ministre. Ce dernier informa immédiatement le roi qu’on repère dans le Nord-Est du pays un autre grand éléphant blanc mal de 10 bras de hauteur et de petites défenses.

Le stratagème réussit, les 15 khmers quittèrent immédiatement la région comme prévu dans le plan. Leur destination était la province Norkor Reach (province khmère). Là-bas ils travaillaient discrètement pour recruter les combattants khmers dans les différentes contrées : Nirk Rong, Neang Phaèk, Chong Kal, Tomnup, Tong Kè, Mongkol Borey, Norkor Reach Séma Battambang.

Revenons à la cour siamoise. Au cours d’une audience habituelle du roi Chakrapath, le souverain demanda aux ministres comment faire pour capter l’éléphant blanc signalé. Comme le dit l’expression populaire « les grands esprits se rencontrent », à l’unanimité, les ministres suggérèrent encore une fois le nom de Preah Chanreachea.

Vu que tout le monde se ruait dans sa nasse, ce dernier se sentait fort et se trouvait dans une situation favorable pour exécuter son plan. Mais, il faisait tout pour cacher son enthousiasme : Eviter de provoquer le soupçon du roi. Le Souverain s’empressa de suivre le conseil de ses ministres. Il regarda le prince khmer avec ses yeux doux et dit : « Alors, mon neveu, que penses-tu ? ». Preah Chanreachea accepta la mission avec les conditions exceptionnelles : 5 000 hommes armés des armes de guerre pour faire face à un éléphant sans doute très agressif, 1 000 éléphants de chasse, les vivres suffisants pour une longue durée. Le roi Chakrapath en accepta immédiatement. Il fait encore plus d’habitude : il donna son sabre martial (Preah Sèng), qui représente sa personne, c’est-à-dire celui qui porte ce sabre n’est que le Roi, afin que le prince khmer ait plus de pouvoir pour exécuter sa mission. Le ministre du palais, Okgna Krey fut chargé par le roi de rassembler ce dont Preah Chanreachea a besoin. Avant de partir à la chasse, le prince khmer se rendait visite à son cousin,Ponhea Ong, pour présenter ses salutation à ce dernier, au cours de laquelle, il demanda au dernier dans les termes suivants :

- Cela fait quelque temps que vous vivez dans ce pays étranger, est-ce que votre mère-patrie vous manque, Grand frère ?

- C’est un point auquel je n’ai jamais pensé. Disons seulement je suis heureux dans ce pays. J’ai beaucoup de chance d’être traité par le Roi siamois non pas comme un prisonnier de guerre, mais comme un homme couvert d’honneur. Il m’a confié la charge d’une province Sovann Khaklauk, dont la taille est aussi grande que celle de son propre fils. Cet honneur est déjà suffisant pour moi. Mon petit frère, pour notre mère-patrie, c’est ton affaire.

Le visiteur comprend qu’il ne sert à rien d’insister ; il prend congé de son cousin royal. Il savait que le temps a pu modifier le corps, quand donc le trésor du cœur a-t-il changé. Oui chez son cousin royal, son cœur a aussi changé pour un brin de bonheur personnel. Il a complètement oublié que le trône de ses ancêtres est souillé par un fils d’esclave, mais cela n’ait aucune importance pour Ponhea Ong, fils d’un grand roi khmer. Quelle tristesse de voir un prince royal se réfugie dans l’abri des étrangers pour faire son nid de bonheur. 

En 1516, à l’âge de 36 ans, Preah Chanreachea avait quitté la capitale siamois pour chasser l’éléphant blanc. Il était pressé de se rendre à destination, son pays natal. Il savait que, s’il s’attardait, les nouvelles de sa fuite vont se répandre vite. Il avait toujours un principe dans sa vie : « Faire ce que l’humain peut, laisser le Ciel faire le reste ». Après 7 jours de marche forcée, Il arrivait au chef-lieu d’un district khmer. À chaque pas sur la terre de ses ancêtres, un sentiment d’excitation le gagnait. C’était maintenant qu’il plongeait dans le paysage de son pays dont le charme qui lui saute aux yeux. Ici l’air embaume d’arôme de fleurs et de fruits, mêlés à de fortes odeurs de sucre de palme venant de quelques fabrique proche. Dans sa mélancolie, il faisait un geste pour saluer le Ciel et la Terre. Il jugeait bon qu’il était enfin dans une distance de sécurité à la poursuite de la cavalerie siamoise, au cas où son plan serait découvert par le roi. Après quoi, il envoya un message, il joignit à sa lettre les poils de mouton et un croquis dans lequel il avait dessiné les formes de pieds de l’éléphant. Tout cela, c’était pour faire croire au roi qu’il était sur la trace de l’animal. Quand le roi avait reçu ce message, il demanda immédiatement au messager : où se trouve maintenant Preah Chanreachea ? Il est au pays des Khmers, répondit le messager. Ayant entendu cela, le roi siamois sirotait le thé, hasarda une question à Ponhea Ong : Pourquoi Preah Chanreachea se trouve là-bas. J’ai de doute qu’il va franchir la frontière pour aller combattre Akân, que penses-tu ? Cette question mettait Ponhea Ong dans l’angoisse. Ce prince doit démontrer à son protecteur qu’il avait de doute sur la trahison de son cousin, mais il n’y a point trempé. Dire la vérité est sa seule solution pour échapper à la mort. Sans hâte et sans frein, il se lança dans une explication vive : « Votre Majesté, le cœur de Preah Chanreachea se nourrit de haine à l’égard de kân. Quand il avait appris que Kân a tué son frère et se proclame roi, sa colère est sans limite. Par d’ailleurs, avant son départ, il est venu me voir et il a tenu les propos surprenants en me demandant : est-ce que je ne pense jamais à retourner au pays. J’ai une certitude maintenant que Preah Chanreachea n’aille pas chasser l’éléphant, mais plutôt au Kampuchea pour réaliser sa vengeance ». Ayant entendu ces propos, le roi siamois se mit en colère et ordonna au colonel de cavalerie Pich Davicheath de partir avec 30 cavaliers pour capter le prince rebelle. Si ce dernier refuse d’obtempérer, il faut absolument qu’il ramène les 5 000 hommes à la maison.

Revenons à Preah Chanreachea. Ce prince avait pu recruter 1 800 combattants. Après quoi, il partit rejoindre les 15 fidèles à Teuk Chaur. Ces derniers avaient pu aussi recruter 200 combattants. Il poursuivit son chemin avec ses troupes à la province Siemreap. Là-bas, il avait pu convaincre 2 000 paysans à prendre les armes contre Sdach Kân. Enfin il pénétra dans la citadelle Moha Norkor avec 10 000 combattants dont 5 000 siamois. Trois jours après, le colonel Pich Davicheath était arrivé à Moha Nokor. Celui-ci demanda immédiatement à l’officier de garde de la porte de la citadelle de voir Preah Chanreachea. Dans la cour royale, le Colonel siamois dit au prince khmer devant les officiers siamois : « J’ai l’ordre de Preab Put Chao (le nom usuel du roi siamois) de vous dire que vous deviez retourner immédiatement au Siam. Votre mission de chasse d’éléphant est ajournée par Sa Majesté. Preah Chanreachea savait bien que sur la précipitation, Preah Puth Chao n’avait pas donné l’ordre par écrit. Il avait laissé le Colonel siamois terminer sa phrase. S’avançant vers ce dernier, il leva le sabre martial, symbole du pouvoir absolu du souverain siamois et cria : « Imbécile ! Qui es-tu ? Où est la lettre du roi ? Tu ne savais rien de la mission que Sa Majesté m’a confié. Il y en deux : La première, c’est pour capter l’éléphant, la seconde est confidentielle : venir ici pour combattre Akân ». Quand tous les soldats siamois avaient vu le sabre martial, ils se mettaient tous à genou. Le silence régnait dans la cour royale. Preah Chanreachea en position martiale continua son harangue : « Je t’ordonne de retourner au Siam et dit à Preah Puth Chao ceci. Je remercie à Sa Majesté le Roi de m’accueillir comme son propre neveu pendant 7 ans dans son Royaume. Je ne pas oublier cette charité immense. J’ai donc une dette envers lui. Aujourd’hui je suis pauvre, je n’ai pas les moyens pour mes dettes. Mais une fois, je vaincrai Akân et je serai roi du Kampuchea, je les payerai et les 5 000 soldats siamois retourneront au Siam ». Ayant entendu les paroles de Preah Chanreachea, les 5 000 soldats se chuchotèrent que Preah Chanreachea avait vraiment dit la vérité, si ce n’était pas le cas, leur roi n’a pas donné le sabre martial. Ils n’osèrent pas donc suivre les instructions du colonel. Celui-ci quitta avec ses cavaliers de la cour royal pour retourner au Siam. Quelques jours après, Preah Chanreachea partit avec ses troupes à Battambang. Le gouverneur de cette province ouvra la porte de sa ville pour accueillir le prince légitimiste. Quand Preah Chanreachea se présenta à l’entrée de la ville, une immense acclamation jaillit des 10 000 soldats du gouverneur et de la population de la cité. Comme cadeaux de bienvenue, les commerçants de la ville avaient offert à Preah Chanreachea 1000 charrettes de vivres. 

Quant au Ponhea Sourlauk, gouverneur de la province Pursat, fidèle au Sdach Kân, ayant appris l’arrivée de Preah Chanreachea à Battambang, il dépêcha une navette à la capitale Sralàp Pichay Prey Norkor pour en informer son roi. Après quoi, pour faire face à une éventualité attaque de l’armée légitimiste, il leva une armée de 40 000 hommes.

Reparlons maintenant de Ponhea Meung (Ta Meung ou Klaing Meung), un notable de la province Pursat qui avait accueillit Preah Chanreachea chez lui pendant la fuite de ce dernier au Siam. Depuis longtemps, Ta Meung nourrissait toujours l’espoir de revoir un jour son prince. Ayant appris les agissements de Ponhea Sourlauk, gouverneur de Pursat, contre ce dernier, il forma un commando, composés des soldats d’élite, fidèles à sa cause pour assassiner ce gouverneur. Une nuit, il franchit avec ses hommes le seuil de la demeure du gouverneur, il entra dans la chambre de ce dernier et le tua avec son épée. Le lendemain matin, devant la citadelle, il organisa une réunion publique. Ta Meung était sur sa lancée, et rien ne pouvait plus l’arrêter. À sa vue, les soldats convergèrent vers lui. Sur son cheval, il s’adressa à ces derniers dans les termes suivants : « Hier soir, j’ai tué le général Sourlauk, parce que ce général avait commis un crime de lèse-majesté contre le prince Preah Chanreachea, l’héritier légitime du trône du Norkor Kampuchea. Aujourd’hui, je vous demande tous de choisir librement entre le parti légitimiste et celui de Payap (nom d’un génie qui protège des pêcheurs), c’est-à-dire celui de Kân. Vous le savez que Kân, fils d’une esclave, est un usurpateur. Ceux qui veulent rejoindre cet esclave et usurpateur, ils peuvent partir sur le champ. Mais ceux qui veulent choisir le parti légitimiste, restent ici avec moi ». Chaque mot de Ponhea Meung ramenait à la surface un pouvoir obscure qui séduire les auditeurs. Son discours plein de bon sens, son attitude sincère et volontaire avait fini par toucher le cœur des soldats. Après quoi, ces derniers témoignèrent leur confiance en acceptant de combattre dans le rang du prince légitimiste. Ponhea Meung les remercia. Il engrangeait, tant qu’il pouvait toute cette force dans sa province, avec prescience qu’elle serait utile dans la guerre de restauration de la monarchie légitime.

Il faut noter que Ponhea Meung désigne le camp de Sdach Kân, le parti Payap. On ne sait pas pour quelle raison qu’il a choisi ce nom. C’est pourquoi qu’on entend souvent une phrase : « Quand tu vois le Roi, tu ne le salues pas ; mais tu préfères saluer le Payap ».

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