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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 11:43

Règne de Sdach Kân (1512-1525)

  

La chute

 

Nous mettons de côté les péripéties de Sdach Kân pour remonter dans des siècles précédents. Jadis dans le pays khmer, il y avait un roi puissant. Il s'appelait Preah Bat Arân Pol Pear Sau. Celui-ci offrit la province de Thaung Khmoum à un de ses fils comme apanage et conféra à ce dernier le titre royal Samdech Chao Ponheaār Choun. D'après le récit, la lignée de celui-ci régnait sur son fief pendant huit générations. Après l'extinction des mâles, un des descendants de ār Choun prit possession du domaine et régnait sur la province de Thaung Khmoum. Il s'appelait Preah Ang Kem.

La grande province de Thaung Khmoum était divisée en cinq préfectures : Toul Angkouhn, son gouverneur portait le titre Okhna Rithi Déchau ; Prey Cheuk Kour, son gouverneur portait le titre Okhna Krey Sarséna Chap Choun ; Chumchèr, son gouverneur portait le titre Okhna Montrey Snéhar ; Chhrey Rorha, son gouverneur portait le titre Okhna Chan Ansar ; Thâr Krey, son gouverneur portait le titre Okhna Kiri Puth Bat. Les quatre points cardinaux de la province de Thaung Khmoum étaient défendus par quatre circonscriptions militaires : Porte Roug, son officier de garde portait le titre Okhna Krey Sar Sangkram Roug ; Porte Riel, son officier de garde portait le titre Okhna Krey Yothir Riel ; Porte Laur, son officier de garde portait le titre Krey Anouk Chit Tvir Laur ; Porte Kâth, son officier de garde portait le titre Okhna Reug Rong Tvir Kâth.

Un beau jour, la population de cette province avait vu un spectre du Bouddha qui vola dans le ciel, tomba et disparut. Avant de pénétrer dans la terre, ce spectre se brisa en sept morceaux de couleurs différents.  Ponhea ār Chhoun Kem, gouverneur de Thaung Khmoum, fut informé de ce phénomène rarissime. Il se décida de venir visiter le terrain où le spectre fut tombé. Après quoi, Il mobilisa la population pour creuser cet endroit dans l'espoir de trouver quelque chose exceptionnelle sous la terre. Après creusage plus d'un mètre de profondeur, on trouva quelques os d'humain. Cette découverte faisait croire aux gens qu'ils avaient trouvé la relique du Bouddha, laquelle était envoyée par le ciel. Ponhea ār Chhoun Kem en était content. Il fit construire une pagode et un stupa en pierre de qualité pour déposer cette relique. Pour fêter cet évènement heureux, le gouverneur invita les moines à prononcer les sermons bouddhiques pendant trois mois. Comme il était un érudit de l'histoire du Bouddha, il sollicitait les moines de sermonner sur les cinquante vies du Bouddha. Quelque temps plus tard, le gouverneur avait entendu parler d'un joli tombeau au Dai-Viêt (Vietnam), lequel était bâtit pour symboliser le stupa du Bouddha. Fervent du bouddhisme, il fit construire le même tombeau dans sa province, lequel était plus grand et plus joli que celui de Dai-Viêt.

Note personnelle : Il est fort probable que Ponhea ār Chhoun Kem eût une concubine vietnamienne ou bien il fût métis vietnamien ou chinois pour qu'il s'intéressait au tombeau.

 

Revenons maintenant à l'histoire de Sdach Kân. Nous le savons que l'histoire de toutes les guerres dans le Cambodge ancien, ne parle ni le nombre de morts, ni de crimes. Elle ne récite que la gloire des vainqueurs qui reposent tout entière sur la force, et non sur la sagesse, elle encourage presque toujours les hommes de l'épée dans les combats violents contre leurs adversaires. Que la conquête de la totalité du territoire par la force assure la destruction totale de l'opposition. C'était le but recherché par Sdach Kân et Preah Chanreachea dans leur lutte pour le pouvoir. Dans cette optique, Preah Chanreachea se décida de poursuivre son offensive contre Sdach Kân jusqu'à la forteresse de Sralap Pichey Norkor. Son plan visait à prendre la province de Thaung Khmoum afin de crever ce dernier dans sa demeure. La conquête durait trois mois, mais sans vainqueur, ni vaincu. Cette guerre de position se prolongeait jusqu'à la saison de pluie.

Nous sommes en 1522. La première goutte d'eau tombe sur les champs de rizière abandonnés, parce que les paysans sont mobilisés pour faire la guerre qui dure déjà plus de deux décennies, c'est-à-dire depuis le règne du roi Srey Sokun Bât (1504-1512), le frère de Preah Chanreachea. Cette guerre entraîne la déchirure du pays en deux parties comme dans le temps passé, Chen-La de terre et Chen-La d'eau. Sdach Kân gouverne la partie de l'eau, quant à Preah Chanreachea, il est maître du Chen-Là de terre. On dirait que ce conflit soit une guerre entre l'eau et la terre qui coûte d'innombrables vies des Khmers et plonge le pays dans la misère. Dans chaque village, au crépuscule, on ne voit que des vieillards chenus et diaphanes qui s'asseyent par terre et regardent vers l'horizon qui s'assombrit petit à petit. Là-bas et ailleurs, il y a leurs fils qui sont mobilisés pour faire la guerre. Au village, il n'y a pas non plus des femmes et des enfants, parce qu'elles (ils) suivent leur mari, leur père au champ de bataille. Quand reviendront-ils à la maison ? Cette question rompait le sommeil de Kân. C'était seulement son rêve, mais l'angoisse restait encore après son réveil. Soudain, il entendait le clapotis de l'eau de pluie qui frappe la surface de la terre en soif. Cette retrouvaille régénère la nature et la vie. Ce n'est pas le bruit de la guerre entre l'eau et la terre. C'est plutôt la clameur de l'union entre ces deux créatures de dieu qui sont les maîtres de la vie. Le lendemain, Sdach Kân donna l'ordre d'envoyer une requête à Preah Chanreachea, dans laquelle il lui demande une trêve en conformité avec la tradition. Cette trêve permettait à la population et aux soldats en permission de cultiver du riz pour nourrir leur famille. Ce dernier en accepta sans broncher.

 

Pendant la période de trêve, à chaque jour saint (bouddhique), Samdech Srey Chetha (Sdach Kân) et sa favorite allaient à la pagode de Thaung Khmoum pour faire la prière devant le stupa du Bouddha. Le service d'espionnage du Royaume de l'Ouest en signala à son supérieur, Okhna Yaurmechea Sours. Celui-ci convoqua ses officiers, à l'insu de son roi, pour organiser un attentat contre Srey Chetha. Au cours de ce conciliabule, il disait à ses officiers : "D'après les renseignements, la distance parcourue de son palais à la pagode est à peine vingt kilomètres. Je crois qu'il soit possible de trouver un droit pour mettre une embuscade". Après un instant de silence, un officier lui dit : "Mon général, après les renseignements, Sdach Kân a fait raser tous les arbres des deux côtés de la route pour empêcher ce genre d'embuscade. La visibilité des deux côtés de la route est estimée à plus de huit cents mètres. Il est donc impossible d'organiser une attaque surprise de son cortège. En plus, à chaque déplacement, Sdach Kân est escorté par cinq mille soldats. Mon général, avec tous mes respects que je vous dois, je ne crois pas à la réussite de ce projet".

Quand Sours convoque ses proches, ce n'est pas pour but de leur entendre, mais de les faire entendre de son plan d’attentat contre Kân. Depuis qu’il était chargé par Preah chanreachea de surveiller les activités de Kân pendant la période de trêve, il se nourrissait l’idée de tuer ce dernier. Il avait envoyé ses espions dans le territoire d’ennemis pour enquêter sur les activités quotidiennes de Kân. Après plus d’un mois d’observations, il trouvait la faille de Kân : La route reliée du palais de Kân à la pagode Thaung Khmoum est très fréquentée par la population et animée par des petites activités commerciales. En outre, pendant le jour saint, les citadins aimaient bien venir voir le passage du cortège de leur roi. Ça vaut le coût pour le déplacement, disaient-ils. C’est beau de voir des soldats sont en tenue de parade et des membres de la cour se revêtirent d’ornements d’élégants. Quant aux éléphants, ils sont parés des objets de valeur et des fleurs de toutes les couleurs. Sans parler de la beauté de la première dame du roi dont son corps est embelli de l’or et des pierres précieuses. Pour Sours, cette ambiance de fête facilite la préparation de l'attentat. Ayant entendu l'observation de son officier, Sours lui objecta : "Imbécile, huit cents mètres, c'est parfait. Un espace idéal pour manœuvrer nos unités d'armes à feu". Il s'arrêta quelques instants, le temps pour construire ses idées en un plan de bataille. J'ai beaucoup réfléchi à ce plan, dit-il.  Maintenant j'en ai trouvé un. Après quoi, Sours commençait à en expliquer en détail à ses assistants. Tout le monde se tut devant la velléité de Sours. Il n'est plus question de discuter avec lui sur la faisabilité du projet, mais plutôt de l'organisation ses actions. Dans son plan, Sours comptait sur trois atouts : la vitesse d'exécution, la qualité de ses fusiliers et l'arme à feu.             

Cent fusiliers, triés sur le volet et entraînés pendant deux semaines, furent envoyés pour arquebuser Sdach Kân à Sralap Pichey Norkor. En se déguisant en paysans, en commerçants, en moines errants, en saligauds, en fauchés et en rupins, ils se dirigèrent vers le point de rassemblement prévu dans le territoire d'ennemis. Au jour J, ils étaient ensemble et guettaient le cortège de Sdach Kân à sept kilomètre de la pagode de Thaung Khmoum. Ils se cachaient dans leur trou et attendaient le signal d'assaut de leur capitaine. À 9 h du matin, un escadron de la cavalerie de l'armée de dragons pointa à l'horizon. C'était l'unité de reconnaissance. Tout le monde ne respirait plus pendant son passage. Un quart d'heure plus tard, un corps d'infanterie, qui forme l'avant-garde du cortège, arriva à son tour au niveau de la cachette des membres de commando de Sours. Cette fois-ci, tout le monde fait le mort dans le trou. Une demi-heure après, on voyait Kân et sa favorite sur le dos d'éléphant, lequel était entouré par centaine de pages en uniforme de parade. Chaque page avait une lance à la main. Il y avait aussi des musiciens qui jouaient des classiques de la musique khmère. Vingt cavaliers de chaque côté de la monture royale accompagnaient leur roi en pèlerinage. Plusieurs d'autres éléphants, transportés les membres de la cour, suivaient celui du souverain. Une arrière-garde de plus d'un millier de soldats fermait le cortège. Le chef de commando de Sours observait l'arrivée de Kân avec une appréhension. Il se rendait compte que sa mission soit une mission de suicide. Mais en tant que soldat d'élite et chef des braves, il doit accepter que son devoir soit la mort sur le champ d'honneur. Quand Kân arriva dans son champ de manœuvre, il donna l'ordre d'attaquer les ennemis selon le plan établi. Les fusiliers de l'armée royale se ruèrent vers le cortège comme des tigres prenaient en chasse leur proie. Les bruits de tirs d'arquebuses cassent l'ambiance de fête de Kân et sa favorite. Les dix tireurs d'élites de Saurs, déguisés en soldats de Kân, se faufilent dans le rang des soldats d'ennemis pour se rapprocher de Kân en alerte. Ils tirent enfin sur Kân. Cinq balles effleurent le vêtement de ce dernier, mais Kân est saint et sauf. Kân riposte cette attaque avec son arc en tuant un grand nombre des membres du commando. En cinq minutes d'assaut, plusieurs membres de soldats de Sours avaient pu tuer un grand nombre des membres de l'escorte de Kân. Dans cette bataille, Kân avait pu tirer 25 flèches sur le dos de son éléphant. Vu Kân fut hors atteint par l'arme à feu, le chef de commando sonna la retraite. Parmi les cent soldats envoyés en mission, soixante quinze soldats avaient pu retourner au camp. Cette mission était un fiasco.

Kân était fou furieux. Arrivé au palais, il ordonna à son directeur de cabinet de rédiger une plainte auprès de Preah Chanreechea. C'est la deuxième fois, vous avez envoyé des assassins pour me tuer pendant la période de trêve, écrit-il. Tuer un adversaire par parjure, ce n'est pas répandre un prestige, c'est tuer un homme. Et tuer un homme est un crime, Majesté !. Après avoir lu cette missive, Preah Chanreachea était en état second. Il se dit : "Kân n'est pas tort d'être en colère et de me traiter de lâche". Pour lui, un individu qui meurt par la trahison est une victime innocente. Il ordonna à ses conseillers d'enquêter sur cette affaire. Le nom de Sours était pointé par les agents du roi comme auteur de cet attentat. Que faire ? C'est la question qui oblige Preah Chanreachea à trouver une réponse. Il disait à son conseiller : "Sours a sans doute transgressé la loi militaire qui déshonore mon nom dans son forfait, mais il est un grand général estimé de tous. Ce qu'il avait fait, est sans doute pour ma gloire et pour gagner la guerre. Si je condamne ce brave à mort selon la loi d'airain, tous ses hommes vont me traiter de l'ingrat. Si je n'en fais pas, l'armée tout entière me considérera comme un faible". Son conseiller lui répondit : "Majesté, le général Sours est loyal, il serait donc incoercible. Mais il cache la vérité à Votre Majesté. Dans une situation de guerre comme dans les affaires de l'État, un ami, même le plus fidèle, qui trahit votre confiance est plus dangereux que l'ennemi déclaré. Si Votre Majesté lui corrige par l'arme de parole, il n'y comprendra pas et y vexera. Il partira rejoindre Kân. Dans son cas, il ne faut ni condamner, ni pardonner. Il faut faire éliminer sa personne par les services secrets. La solution est cruelle, mais elle est nécessaire pour maintenir la discipline militaire". Après une nuit de réflexion, Preah Chanreachea donna l'ordre de tuer discrètement Sours, mais son corps sans vie doit être abandonné à un endroit où beaucoup des gens, civils et militaires, y fréquentent. Trois jours après, Preah Chanreachea fut informé la mort de son général par les membres de la famille de la victime. Après l'enterrement de Sours, Preah Chanreachea ordonna aux 75 survivants de la mission d'attentat de Kân de garder la tombe de leur général jusqu'à leur mort. Ainsi on entend parler jusqu'à aujourd'hui "l'esclave de Yaureach (Sours)" au village où Sours fut enterré.

 

Pendant la période de trêve, Preah Channreachea avait démobilisé presque la totalité des effectifs de son armée. Il ne gardait que dix mille hommes pour fixer Kân dans son palais. Quelque temps après, il décidait de retourner à Pousat. Il laissait quatre mille hommes, un prince de haut rang, Yousreachea et trois généraux, Sok, Tep et Keo à Kdol (non du village) pour continuer à surveiller Kân dans sa ville fortifiée. Il désigna Yousreachea général en chef. Yousreachea est le fils du feu roi Srey Sokun Bât (1504-1512). Sa mère est la sœur aînée. 

Revenons à Kân. À la fin de la période de la moisson du riz, celui-ci ordonnait à ses généraux de lever une armée de 15 000 mille hommes. Le but était de chasser Yousreachea de Kdol, avant poste de Preah Chanreachea, et ensuite de reconquérir les territoires perdus pendant la dernière guerre. Son projet fut démasqué par les espions de Yousreachea. Celui-ci convoqua ses lieutenants pour préparer un plan de défense. Il s'inquiétait du nombre insuffisant de ses soldats pour faire aux troupes de Kân. Il demanda conseil à Sok. Ce dernier lui répondit : "Avant sa mort, mon père, Ponhea Moeung, nous avait dit qu'en cas de difficultés majeures devant les ennemis, nous pouvions compter sur lui. Il pourra toujours lever une armée des morts pour venir nous aider. Mais pour le faire, il faut que nous demandions au chamane Chan, parce que selon mon père, il n'y ait que Chan qui puisse communiquer avec lui. Ayant entendu parler du nom de Ponhea Moeung, les anciens officiers présents à cette réunion se souviennent bien de l'armée de fantômes qui ont été venus aider Preah Chanreachea à vaincre les ennemis pendant la bataille de Pursat. En pensant à cela, ils avaient la chair de poule. Ils se sentaient le sang qui coule en grand débit dans leur tête. Quand les fantômes arrivent, la terre tremble, le ciel gronde, les foudres qui frappent les êtres humains comme le fouet divin. Des centaines des soldats d'ennemi qui meurent sans avoir versé une goutte de sang sur le champ de bataille. Beaucoup de corps sans vie restaient toujours debout avec des yeux grands ouverts et les cheveux hérissés. On a l'impression en les regardant qu'ils aient vu quelques choses épouvantables avant de mourir par étouffement. D'après ces anciens officiers, aucun champ de bataille n'avait présenté jusqu'alors un aspect si horrible.

Bien sûr le prince Yousreachea n'est pas encore né, mais il en a toujours entendu parler. Et à chaque fois, il avait aussi la chair de poule. Ayant entendu la proposition de Sok, le prince ordonna à ce dernier de faire le nécessaire afin que cette affaire soit réalisée. Le lendemain matin, une cérémonie chamanique fut organisée par Chan. Quelques heures plus tard, celui-ci était en transe. Son esprit était en contact avec celui de Ponhea Moeurg. Il demanda l’aide à ce dernier pour vaincre les ennemis. La solution fut vite donnée. Il faut fabriquer une grande quantité des soldats en paille. Et à chaque nuit tombée, il faut les déplacer hors de la citadelle et les bruler en face du campement d’ennemis et frapper les tambours de guerre, accompagné par des cris de soldats. Il faut reproduire cette ruse pendant plusieurs jours et jusqu’à l’arrivée de l’armée des morts.

Les instructions de l’esprit de Ponhea Moeung étaient précises. Ayant appris cette nouvelle, Yousreachea donna l’ordre de fabriquer en grande quantité des soldats en paille et d’attendre l’arrivée des ennemis. Quelques jours plus tard, les troupes de Sdach Kân arrivaient à Kdol. Kân ordonna à ses généraux de camper à deux kilomètres de Kdol pour que ses soldats soient à l’abri des tirs de canons de Sok. À la nuit tombée, Yousreachea ordonna à ses généraux d’exécuter les instructions de Ponhea Moeung. Les troupes de Kân répondirent à cette attaque fictive par des tirs d’arme à feu et des flèches pendant plusieurs heures. Le lendemain matin, Kân convoqua les membres de son État-major pour analyser la situation d’hier soir. Pendant la réunion, personne n’était capable de comprendre la ruse d’ennemis. Ils demandaient à Kân d’attendre pour savoir un peu plus de la stratégie de Yousreachea. La nuit suivante, c’était la même attaque et les soldats de Kân y ripostèrent par des tirs d’arme à feu et des flèches. Les généraux de Kân suggéraient encore une fois à leur Roi de rien faire. Ils veulent attendre et voir. Cette situation durait quand même pendant quinze jours. Ils croyaient qu’ils pouvaient attendre encore pour comprendre la tactique, deviner les secrets de ces attaques. Mais, ce qu’ils ne savaient pas, c’est que pendant cette attente, la morale de leurs soldats est affectée par le syndrome de peur de fantôme, parce qu’il y ait la rumeur qui se propage dans leurs rangs que l’esprit de Ponhea Moeung vienne avec ses soldats fantômes pour punir de leur perfidie à Preah Chanreachea. Ce qui devait arriver, arriva. Le seizième jour. Ce jour-là, le temps était très mauvais. Vers 9 h du matin, le ciel était noir, on croyait qu’il fût encore nuit. On n’entendait plus la chanson des oiseaux et l'on ne voyait plus les chiens errants à Kdol. Une taciturnité totale. Tout d'un coup, la terre commença à trembler avec un bruit de tonnerre qui venait de partout.  Yousreachea ordonna immédiatement à ses troupes de lancer les assauts contre les lignes d’ennemis. Quant aux soldats de Kân, ils n’avaient plus de flèches et de balles pour repousser les assaillants et en outre, ils avaient peur d’être tué par les fantômes de Ponhea Moeung. Pour ces raisons, ils abandonnèrent leur poste de combat et fuirent le champ de bataille. Certains officiers supérieurs étaient partis à la province de Raug Damrey pour demander l'aide du roi de Champa. Abandonné par ses troupes, Kân et les membres de son État-major se voyaient contraint de fuir aussi. Ils prenaient la direction du Laos avec la garde prétorienne. Après quelques jours de marche, Kân ordonna à sa garde de bivouaquer dans une grande forêt. Celle-ci laisse son nom jusqu'à aujourd'hui, la forêt Ban ang (Ralentir). Dans cette forêt, il y avait beaucoup des grands arbres de Koki (nom d'un arbre). Kân était attiré par un arbre de Kaki de neuf bras tendus (Pyiem) de circonférence, de trente quatre pyiem de hauteur. Il ordonna à ses soldats de l'abattre pour construire une pirogue de vingt cinq pyiem de longueur et douze pyiem de largeur. Cette pirogue était plus longue de sept pyiem que celle de Preah Chanreachea. Si mon pays était en paix avec celui de Preah Chanreachea, je lui demanderais de faire un pari de course entre nos deux pirogues, plaisanta-t-il avec ses officiers. Je suis certain que je sois le gagnant. Étant en symbiose avec la forêt, Kân comptait de transformer son campement en nouvelle capitale de son royaume. Il ordonna à ses soldats d'aller à la pagode de Thaung Khmoum pour voler la statue du bouddha noir. Quelque temps après, la terre commença à trembler. Kân et ses grands dignitaires se persuadaient qu'ils furent attaqués par les fantômes de Ponhea Moeung. Ils décidèrent d'abandonner en hâte le campement. Kân avec son oncle, Kao et son beau-père, Heng quittèrent les lieux sans avoir le temps d'aller chercher la première dame. Celle-ci partit avec sa mère, un autre ministre, Chakrey Ny et ses gardes au village Svay Kvang et puis, elle prenait la direction de Thaung Khmoum en pensant que Sdach Kân vint lui rejoindre là-bas. Arrivé avec sa suite à Thaung Khmoum, elle se décida de se cacher dans le tombeau vietnamien pour attendre Kân. Quelques jours plus tard, Kân y arriva. Il était content de retrouver sa première dame et les autres membres de sa cour. Ensemble, ils décidèrent de ne pas retourner tout de suite à la citadelle de Sralap Pichey Norkor, parce qu'ils avaient peur d'être encerclé par les fantômes de Ponhea Moeung. Ils erraient d'un endroit à l'autre pour fuir la patrouille de Sok et les fantômes. Quant aux généraux Kao, Chakrey Ny, Vieng et deux cents soldats, décidèrent de partir à Ba Phnom pour chercher les renforts. Ils étaient surpris par la patrouille du général Sok. Celle-ci attaqua immédiatement la troupe de Kao. Et après plusieurs heures de combat, Kao fut capité par le chef de la patrouille. Sa tête fut envoyé au prince Yousreachea.

Revenons au Sdach Kân. Pendant sa fuite, il rencontra un devin. Il lui demanda de prédire son avenir. Ce dernier lui dit qu'il n'aurait aucune chance de gagner son adversaire. En revanche s'il voulait avoir une vie meilleure dans le futur, il fallait qu'il aille demander le pardon à Preah Chanreachea. Quelque temps après de cette rencontre, les parents de la première dame étaient morts de maladie. Après les funérailles, Kân convoqua ses troupes, cinq cents en tout et leur dit : "Je me rendrai à Yousreachea. Il est mon neveu. Il me pardonnera et interviendra auprès de Preah Chanreachea pour qu'il me laisse la vie sauve. Je ferai tout pour que vous auriez aussi cette chance. Avec mes expériences et mes connaissances, je pense que Preah Chanreachea me confia au moins une charge d'un ministre. Bien sûr je vous reprendrai tous dans mon ministère". Après ce discours, tous les soldats se rendaient à l'avis de son roi. Après quoi, Kân donna l'ordre d'enterrer tous les armes de guerre et chercha un moyen pour informer le général Yousreachea, son neveu, de son intention.

Nous sommes en 1525. Au cours d'une promenade avec sa première dame, Sdach Kân était capturé accidentellement par la patrouille du nouveau gouverneur de Thaung Khmoum, le général Kay. Kân et son épouse étaient amenés tout de suite à la préfecture. Kay fut immédiatement informé de ce trophée. Il convoqua ses conseillers et leur dit : "Si je livre Kân et son épouse au prince Yousreachea, je suis sûr que le prince fasse tout pour que Preah Chanreachea pardonne à son oncle. Si Kân survivait, il constituerait un danger pour nous tous pour l'avenir. Kân est homme intelligent et il n'oublierait jamais ses ennemis. Et nous sommes ses ennemis. Un jour, il nous tuera. Je décide donc de livrer Kân à son neveu, mais seulement sa tête". Après quoi, il donna l'ordre de couper la tête de Kân et Neak Monieng Pha Leng et de les envoyer à Yousreachea.

Revenons à Yousreachea. Après avoir brisé l'offensive de Kân à Kdol et compte tenu des effectifs de ses troupes, il décida de ne pas poursuivre la retraite de Kân. Il pensait que ce dernier se retournât à la citadelle de Sralap Pichey Norkor. Il se dépêcha une navette à Pursat pour en informer Preah Chanreachea et demander ses instructions pour réagir à cette provocation. Il ordonna à Sok d'augmenter les patrouilles pour surveiller les mouvements de troupes de Kân dans la province de Thaung Khmoum. Après quoi il attendait les nouveaux ordres de son Roi à Kdol jusqu'au jour où Sok lui avait amené la tête de Kao. Pendant l'audience, Sok disait à son prince : "Nous avons trouvé Kao avec ses troupes sur le chemin de Ba Phnom. Pour moi Kao avait eu une mission pour lever une armée là-bas. Il est mort, la citadelle Sralap Pichey Norkor est donc affaiblie par cette perte. Je vous suggère de l'attaquer pour voir comment Sdach Kân va agir sans Kao". Yousreachea accepta la proposition de son général. Mille hommes furent envoyés à Sralap Pichey Norkor. Arrivé sur lieux, Sok donna l'ordre de bombarder la citadelle avec ses canons pendant trois jours. Il n'y avait aucune réaction d'ennemis. Contrairement à l'habitude de Kân : L'attaque est toujours répondue par la contre-attaque.  Yousreachea, Sok et les autres chefs militaires se concertèrent pour comprendre le pourquoi. Soit prudent, dit Yousreachea. Sdach Kân est malin, il est en train de nous attirer dans ses pièges. La ruse est toujours sa force. Il faut continuer de bombarder encore quelques jours avant de lancer l'assaut, parce que nous ne voyons pas encore clair dans la stratégie d'ennemis". Sok était à cet avis. Le septième jour de bombardement, Yousreachea et Sok furent informés qu'il y avait une colonne de cent soixante bonzes et cinq cents soldats qui sortait de la citadelle avec le drapeau blanc. Yousreachea envoya immédiatement un escadron de cavalerie pour intercepter de cette marche. Une demi-heure après, le chef de la cavalerie était revenu et rapportait à son prince ce qu'il avait entendu que le moine supérieur du Royaume de l'Est demande l'audience au prince Yousreachea. Qu'il vienne, répondit l'Altesse Royal. Après les échanges de règles de politesse, le moine informait Yousreachea que Sdach Kân n'est pas dans la citadelle. Il ne savait où il se trouvait. Trois mois déjà la citadelle est abandonné par les généraux. Après quoi, le moine invita Yousreachea à prendre possession de la citadelle. Au même moment, Yousreachea fut informé que le gouverneur de Thaung Khmoum amenait la tête de Kân et Neak Monieng Pha Leng. Ayant appris cela, le visage de Yousreachea changea de couleur. Tous les assistants présents se rendaient compte que le prince fût troublé par cette nouvelle. Kân était son oncle. Quoique Kân soit l'ennemi de son parti, le prince admire chez son oncle, son courage et son intelligence. Le lendemain matin, Yousreachea et ses troupes pénétrèrent dans la citadelle de Sralap Pichey Norkor. Ils étaient stupéfiés par la beauté de cette cité. Devant la statue magnifique de Bouddha, tous soldats se jetèrent à genoux et remercièrent le Dieu de la paix de les avoir conduits par la victoire dans la capitale de leur ennemi. Ce jour-là le temps est superbe, ce qui rend la visite de la cité de Kân d'autant plus spectaculaire.

Vu ce spectacle, Yousreachea avait les larmes aux yeux. Il pleurait en cachette devant les œuvres de son oncle. Jamais le sentiment d'être seul au monde n'avait été si fortement lui atteint. Il combattait contre Kân en pansant que ce dernier était son oncle au même degré que Preah Chanreachea. À sa vista d'un orphelin de père et mère dès son jeune âge, Yousreachea se posait encore la question : "Qu'est-ce que la guerre ?" Il a la même réponse que Napoléon : "Un métier de barbare où l'art consiste à être plus fort sur un point donné". Mais ce point fort est évalué par la mort d'un adversaire. Et cet ennemi-là est son oncle, le frère unique de sa mère. Il a grandi sans sa mère à son côté, mais on lui raconte souvent que sa mère aime bien son frère et elle puisse donner sa vie pour lui. Quand il pense à cet amour naturel, il se console par une pensée que cette victoire ne lui interdit pas de pleurer de la mort de son rival noble après les batailles meurtrières. Mais cette gloire est nécessaire pour mettre un terme à une guerre civile et pour les combattants des deux côtés qu'il faut reposer et vivre auprès de leur famille. Visiblement, ils en ont assez de cette guerre.   

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