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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 04:39

N° 23 Règne de Baram khantey Moha Chanreachea ou Preah Chanreachea (1516-1567)

 

Sdach Kân mourut en 1525 à l'âge de 42 ans, après 13 ans de règne dont 4 ans sur l'ensemble du territoire khmer et 9 ans sur la partie Est du pays, parce qu'à partir de 1516, le Royaume khmer fut divisé militairement et politiquement en deux parties, l’Est et l’Ouest. Le fleuve du Mékong était la ligne de démarcation de cette division politique. L'Est était défendu par Sdach Kân et l'Ouest était sous le contrôle de Preah Chanreachea. Tous les deux se proclamèrent roi du Kampuchéa et se battirent pendant plus d’une décennie pour être l’unique maître du pays.  

 

Avant de parler du règne de Preah Chanreachea, après la mort de Sdach Kân, il est utile d'informer les lecteurs qu'il y a plusieurs versions différentes de la circonstance du décès de Kân. La première est indiquée dans les documents de la pagode de Kompong Tralanh Krom. C'est la version dont j'ai présenté dans mon récit. La deuxième est indiquée dans les documents déposés à la bibliothèque royale sous le numéro K – 53-3. Voici le résumé de cette variante :

 

"La capitale de Sdach Kân fut assiégée par les troupes de Preah Chanreachea. Après trois mois de lutte épuisante, la ténacité de résistance de Kân fut récompensée : Preah Chanreachea leva son camp et s'éloigna à une bonne distance de la capitale de l’Ouest pour laisser reposer ses soldats épuisés, comme dirait l’autre, « la guerre ne serait pas trop insupportable si seulement on pouvait dormir davantage ». Après plusieurs jours de débats entre les stratèges, Preah Chanreachea décida d’employer une ruse pour démoraliser les soldats de Kân : On répand des rumeurs auprès des gens ayant des membres de famille qui combattent dans l'armée de Kân que dans trois jours, ce dernier n'ait plus la protection divine et sa tête sera décapité par Preah Chanreachea. Ceux qui veulent la vie sauve, auront une seule possibilité : déserter et quitter la ville fortifiée. Sinon, ils devront partager le sort tragique de leur maître, réprouvé par dieu. Ayant entendu cette prédiction, les parents des soldats avaient peur et faisaient tout pour en informer les membres de leur famille dans la citadelle en les demandant d’abandonner le poste de combat. Cette nouvelle créa la panique générale dans la capitale. Le 3e jour, suivant la diffusion de cette nouvelle, les soldats de Kân ouvrirent les portes de la citadelle et s'enfouirent dans toutes les directions. Cependant, une force spéciale de l’Ouest, profitant de cette aubaine, s'infiltrèrent en petit groupe dans la citadelle et tuèrent par surprise un grand  nombre des soldats fidèles aux Sdach Kân, parmi lesquels, il y avait deux éminents officiers généraux : Kao et Lompeng. Une unité de la force spéciale de l'Ouest se faufila dans la foule de la population en fuite pour pénétrer dans le palais du souverain de l'Est. Un gradé fut surpris Kân avec ses concubines dans la salle de repos, il lança son javelot et blessa gravement le bras de ce dernier. Celui-ci tomba par terre en fixant son regard vindicatif à l’auteur de sa perte. Au même moment, les autres soldats de l'Ouest arrivèrent sur lieux et se précipitèrent pour ligoter Sdach Kân devant les dames du palais en pleure de peur. En moins de deux heures, la citadelle fut maîtrisée et occupée par les troupes de Preah Chanreachea. Cinq cents proches de Kân, hommes, femmes de tous les âges, furent capturés et décapités sur le champ. Quant au Sdach Kân, il fut promené enchaîné dans la ville pendant trois jours avant d'être décapité. Sa tête fut exposée devant la porte principale de la citadelle de Sralap Pichey Norkor pour l'exemple".

 

Parlons du prince Yousreachea, fils du roi Srey Sokun Bât (1504-1512), après la victoire, il fut tombé malade et mourut quelque temps plus tard à l'âge de 29 ans. Il avait un fils, appelé Preah Chey Chettha. Dans les documents, déposés à la bibliothèque du palais royal, dans son tombe 3, Yousreachea mourut à 33 ans dans une bataille avec les troupes du général Kao. Il avait une fille, nommée Socheth Ksattrey.

 

Revenons à Preah Chanreachea. Après la victoire, son premier acte, ce fut d'aller chercher la relique de son frère, roi Srey Sokun Bât (1504-1512) à Samrong Sen (Kompong Thom) pour faire la crémation selon la tradition des rois khmers. Après quoi, il retourna à Pursat. Mais avant son départ, il avait ordonné aux services des travaux publics de bâtir sa nouvelle capitale à Longveak. Les travaux prenaient trois ans. Mais les résultas sont à la hauteur d'attendre du souverain. Tous les détails n'ont pas été oubliés par l'architecte en chef. Tous les agencements de défense de la cité ont été aussi réfléchis conjointement entre les généraux et les ingénieux. Dans ces travaux, on cherche la beauté, l'efficacité et l'ordre. C'est une cité des anges habitée par les humains. On dirait que Preah Chanreachea ait le goût du beau.      

 

En 1528, l'année du porc, Preah Chanreachea quitta Pursat pour s'établir à Longveak, sa nouvelle capitale victorieuse. Au cours de ce voyage, son éléphant de combat fut tombé malade. Tous les vétérinaires de la cour se dépêchèrent pour le soigner. Tous les remèdes avaient été essayés, mais il fut impossible de le faire marcher à nouveau. Le roi fut informé de l'état mourant de son animal, il en était triste. Il ordonna à son ministre d'envoyer des crieurs d'ordre dans les villages avoisinants de son campement : Celui qui puisse guérir l'éléphant du roi sera récompensé d'un Hape d'or (1 hape = 60 kg) et nommé haut dignitaire de la cour. Après cette annonce, il y avait un certain vieillard, nommé Dek, ancien chef du village, qui se présenta au roi et lui dit :

 

"Votre éléphant n'est pas malade, il est seulement possédé par l'esprit de génies qui lui fait défaillir. Pendant le règne du roi Ponhea Yat (1385-1427), votre aïeul, le roi avait fait sculpter 4 statues de génie de dix visages et plusieurs statues de Preah Ayso (dieu hindou), Preah Noray (dieu hindou), la dame Tep (génie populaire). Il avait donné l'ordre de les poser à la montagne Triel, Srang pour qu'ils défendent la porte Nord-Ouest du royaume contre les attaques siamoises et laotiennes. Et les autres statues étaient posées à la pagode SlaKèk, Prek Ampeul, Preah Vihear Sour pour qu'ils défendent la porte du royaume Sud-Est contre les Chams et les Annamites. Tous les ans, il faisait le Kathen (fête de solidarité) et cérémonie d'offrandes au Bouddha dans les différentes pagodes du royaume, Prek Ampeul, Kien Svay, Triel, Srang et Vihear Sour. Quand Votre Majesté a décidé de venir s'établir à LongVeak, vous n'avez informé ces génies. Pour cette raison, ils sont en colère contre vous et la maladie de votre éléphant n'est que l'expression de leurs courroux".

 

Ayant entendu ces propos, Preah Chanreachea ordonna aux chefs des services religieux de la cour de faire des cérémonies pour informer ces génies sur son désir de venir s’établir à Longveak. Après la fin des rites de cérémonie, le vétérinaire en chef  informa le roi que sa monture s'est rétablie. Le roi en fut content et décida de récompenser le dénommé Dek, 60 Kg d'or, 100 étoffes et la charge du gouverneur. Mais ce dernier refusa les cadeaux du roi et lui dit avec sa voix de la mort :

 

"Ces cadeaux sont inutiles pour moi, parce que je vais mourir dans quelques instances. J’en fais don au trésor public afin d'aider les soldats à combattre les Siamois, parce que dans deux ans, ils vont venir envahir votre royaume. Ici quelques jours, vous allez trouver un objet magnifique, ce sera votre porte-bonheur". À la fin de sa phrase, Dek tomba par terre et mourut soudainement. Après la crémation de Dek, Preah chanreachea ordonna aux services religieux de la cour de faire le Kathen dans toutes les pagodes citées par feu Dek. Après quoi, il continua son voyage à Longveak. Sur son trajet, le Roi aperçut un grand arbre Tirl (nom d'un arbre), sur ses grandes branches, il y avait une grande plaque de pierre. Curieux, il demanda aux villageois pour savoir qui a posé cette plaque de pierre là. Un vieillard du village lui dit :

 

"Je ne le savais pas. Mais j'ai entendu mes aïeux raconter que pendant le règne de Preah Barom Prom, ce roi quand il n'était pas encore roi, était élévateur des bœufs. Un jour, il avait dormi sous cet arbre pour surveiller ses troupeaux, cependant, il y avait un oiseau Kounh (nom d'un oiseau), percé sur la branche, fit ses besoins sur sa tête, Prom fut en colère, ramassa cette plaque de pierre et la lança sur l'oiseau, le blessa mortellement. Et cette plaque était coincée sur ces branches d'arbre. Et aujourd'hui, tous les 5, 8 et 15 Keuth et Rauch (dates des rites bouddhiques), tous les villageois venaient, pendant la nuit, décorer cet arbre avec leurs lanternes".

 

Ayant entendu cette histoire extraordinaire, le Roi se dit : "Avant sa mort, le vieux Dek m'avait dit que bientôt je trouverai un objet magnifique. Cette plaque de pierre, n'est-ce pas ce dont Dek avait parlé. Après quoi, il ordonna aux sculpteurs de prendre cette pierre pour sculpter 4 paires de pieds du Bouddha et abattre l'arbre pour sculpter une statue du Bouddha debout d'une hauteur de 18 bras. Ces sculptures sont déposées dans un temple royal, appelé la pagode Télékeng. Le Roi ramena le reste du bois de l'arbre à la capitale pour faire fabriquer des objets de décorations des palais de ses fils, parce que ce bois est un porte-bonheur pour sa famille. Arrivée à Longveak, le Roi donna l'ordre de planter des bambous des trois côtés de la citadelle dont la largeur de plantation est de 2 Send (60 mètres) à partir du fossé dont la profondeur est de 4 mètres et la largeur est de 20 mètres. Compte tenu de la diminution du nombre de la population dans le royaume, il demanda une corvée des paysans pour cultiver du riz pour nourrir une armée permanente de 10 000 hommes au lieu de 100 000 hommes, chiffre exigé dans la loi ancienne. En 1538, il donna l'ordre d'inaugurer la nouvelle capitale royale. Une grande fête publique fut organisée à Longveak. Il procèda la réorganisation d'administration territoriale du Royaume. Il nomma les cinq grands gouverneurs du Royaume :

 

Chao Ponhea Outey Thireach, grand gouverneur d'Asanthouk. 24 districts y dépendent à cette grande préfecture : Moeung Staung, Chikreng, Prom Tep, Prasath Dâph, Prêt Kdey, Srkèr, Cheu Tiel, Gnaun, Kompong Lèhn, Koh ké, Preah khane, Purthiraung, Sen, Norkor, Mplou Prey, Chom Ksanh, Vari Sen, Prey Sambor, Kampoul Pich, Prah Prasâb, Tbeng, Preah Kleing et Koh Sès ;

Chao Ponhea Sourkir Lauk, grand gouverneur de Pursat. 6 districts constituent cette province : Moeung Krakor, Trang, Tphauk, Klong Taing et Samrès ;

Ponhea ār Choun, grand gouverneur Thaung Khmoum. Celui-ci administre 5 districts : Chao Moeung Angkounh, Dambèr, Phnom Preah, Chrey Prahar, Cheuk Kour et commande 4 circonscriptions militaires : Tvear Lauk, Tvear Phak, Tvear Roung et Tvear Viel ;

Chao Ponhea Thomma Dekchaur, grand gouverneur de Baphnom. 7 districts sont placés sous son administration : Chao Moeung Koh, Chao Moeung Méchong, Mékang, Svay Teap, Romdoul, Kandal ;

Chao Ponhea Pisnolauk, grand gouverneur de la province de Trang. Cette province est composée de 6 districts : Chao Moeung Peam, Cheuk Prey, Choun Chum, Bantey Meas, Sré Ronaug, Ta Bour ;

Et les autres chefs de districts avec un grade de 9 houpeang (grade des fonctionnaires).

 

En outre, Preah Chanreachea procéda la réforme des règles protocolaires de sa cour et des tenues vestimentaires des membres de la famille royale et des dignitaires. À chaque audience royale, les femmes de la cour doivent couvrir leurs épaules et leur poitrine avec un châle de longueur de 8 bras, orné des motifs de fleurs. Les gardes royaux tiennent à leur main un éventail de feuille de palmier, orné des motifs d'étoiles. Les princes et princesses se déplacent sur le palanquin découvert, en bois de Krâr nhoung (nom du bois), lequel est porté par 4 porteurs. Pour se protéger du soleil, ils (elles) portent une ombrelle de modèle birman avec la frange dorée. Quant aux fonctionnaires de tous les rangs, ils ont droit à une ombrelle laquée ou argentée avec la fange dorée. Les cinq grands gouverneurs ont droit au parasol à un étage.

 

En 1539, les hauts dignitaires invitèrent Preah Chanreachea à se faire sacrer roi victorieux selon la tradition royale khmère. Ce dernier n'y pas acceptait, parce qu'il manquait un objet sacré pour la cérémonie de ce sacre royal, tel que l'épée royale. Au cours d’une audience royale, le général Sok proposait à son roi d’aller rechercher cette épée dans la province de Bati :

 

"Après la mort du roi Srey Sokun Bât en 1512 à la citadelle de Samron Sen (Kompong Thom), dans sa fuite, le grand Brahmane Sours avait amené avec lui tous les objets de sacre royal pour qu'ils ne fussent pas tombés dans la main de Sdach Kân. Compte tenu de son âge, il certain qu'il ne soit plus de ce monde, mais nous ne savions pas où il avait caché ces objets. Le Brahman Sours était natif de la province de Bati, il avait eu une maison familiale au sud de la pagode de Pnom-Penh. Si j'étais lui, je choisirais mon village natal pour me cacher. Je pense que c'est à cet endroit que nous devions chercher l'épée royale, Majesté", dit le général Sok.

 

Ayant entendu ce propos, Preah Chanreachea décida de confier cette mission au général Sok. Celui-ci quitta la capitale avec 500 hommes à destination de Bati où ses hommes explorèrent toutes forêts de la province en vain. Pendant ce temps, il y avait un villageois, nommé Krala Pyrs Sours. Celui-ci avait fait un rêve dans lequel il vit un vieillard qui lui dit d'aller chercher l'épée royale en lui désignant l'endroit où il pourra la trouver. Le lendemain matin, Sours en parla à sa mère et partit à recherche cet objet sacré. Il retrouva l'épée et tous les autres objets de sacre royal et décida de les amener au roi à Longveak. À mi-chemin, il rencontra le général Sok et ses hommes. Ayant appris que ce dernier était l'envoyé du roi pour rechercher les objets qu’il venait de les retrouver, il demanda donc le voir pour lui confier ces objets. Sok en était content, il envoya, en effet, une estafette pour informer le roi de cette bonne nouvelle. Une délégation royale était envoyée immédiatement pour ramener les objets sacrés retrouvés au palais royal. Le Roi attendait l'arrivée de la parade devant la porte de la cité. La population était présente à cette fête nationale avec cœur de joie. Les gens de toutes les catégories sociales formaient une haie d'honneur de plusieurs kilomètres pour honorer le retour de l'épée royale à la capitale. Parmi ces objets trouvés, il y avait 13 petites statuettes de dieux hindous, mais il en manquait encore 12 autres pour être au nombre exigé par l'usage du sacre royal. Le Roi ordonna donc au grand Brahmane, Samdech Preah Eysakphan, de les fabriquer pour compléter le nombre manquant.

 

Parlons maintenant du roi du Siam, Preah Chao Chakrapath. Un beau jour dans la salle du trône, celui-ci avait évoqué le cas de Preah Chanreachea pendant le Conseil des dignitaires :

 

"Preah chanreachea a été retourné dans son pays, il a gagné la guerre contre Sdach Kân. Il est couronné roi du Krong Kampuchea. Il m'a promis qu'après sa victoire de m'envoyer des tributs pour me remercier d'avoir lui prêté 5 000 hommes, des chevaux, des éléphants de guerre et des vivres pour combattre contre Sdach Kân, usurpateur du trône khmer. Le temps passe, nous n'avons plus de nouvelle de lui. Il est temps de lui donner une leçon de politesse par une incursion militaire. Que pensiez-vous, dit le roi".

 

Les ministres ne partageaient pas les idées de leur Roi. Par voix du Premier Ministres, ils faisaient entendre leurs voix :

 

"Le Kampuchea est un état indépendant. Un manque de parole donné de son roi à Votre Majesté ne suffit pas de déclarer la guerre sans lui demander l'explication préalable. Il faudrait envoyer une ambassade pour lui rappeler de ses promesses".

 

Après quoi, Preah chao Chakrapath envoya une ambassade à Longveak. La délégation siamoise arrivait à la capitale khmère avec une lettre royale. Celle-ci demanda une audience immédiate à Preah Chanreachea. Pour montrer aux membres de la délégation siamoise qu'il ne fût pas aux ordres de leur Roi, Preah Chanreachea leur faisait attendre pendant quinze jours. Après avoir lu la lettre du Roi Preah Chao Chakrapath, le Roi Khmer s’adressa aux ambassadeurs siamois dans les termes suivants :

 

"Votre Roi ne m'a jamais aidé à gagner la guerre. Je ne vois pas, pourquoi je lui doive une gratitude. Mon pays est un état souverain et je ne vois pas non plus, pourquoi je doive envoyer des tributs à votre Roi. Je ne parle même pas du passé : Votre pays a été inféodé à mon royaume. C'était notre roi, Preah Botom Sorya Vong qui avait accordé une autonomie à votre royaume, dont la naissance d'un état indépendant, appelé Sukhothaï, parce qu'il voulait faire cadeau de ce territoire à son propre frère cadet, nommé Ponhea Raung. Plus tard, vos rois successifs pratiquaient une politique d'expansion territoriale. Ils avaient fait la guerre contre mon pays sans même faire la déclaration préalable. Ils avaient annexé beaucoup de territoire de mon royaume. Cela s'appelle le vol par la victoire. J'étais réfugié pendant 9 ans dans votre royaume, durant ce temps-là, j'ai demandé à votre roi de m'aider à chasser Sdach Kân du trône de mes ancêtres, mais votre roi a repoussé sa promesse aux calendes grecques. J'ai trouvé moi-même une ruse pour fuir, sans doute, le Siam avec les hommes de votre roi, mais ce n'était pas avec ce nombre qui m'aide à détrôner Kân, c'était plutôt l'œuvre de mon peuple. Il n'est pas question donc pour moi de reconnaître la suzeraineté du roi Preah chao Chakrapath sur mon royaume".

 

Après quoi, Preah Chanreachea ordonna à son secrétaire de rédiger une lettre pour le roi d'Ayuthia dont le contenu était identique à ce qu'il venait dire aux membres de la délégation siamoise. Après le retour des trois ambassadeurs siamois dans leur royaume, Preah Chanreachea convoqua les membres de son Conseil de guerre et leur dit :

 

"Avant sa mort, le sage Dek avait prédit que le roi d'Ayuthia envoie des troupes pour nous attaquer. Il faut donc que nous préparions pour faire face à cette éventualité. Il est temps de prendre les devants. Je partirai à Pursat avec une armée pour empêcher les troupes siamoises de pénétrer en profondeur dans notre territoire". 

 

Revenons au royaume d'Ayuthia. Après avoir lu la lettre du roi khmer, le souverain siamois se mit en colère. Il ordonna à ses généraux de lever une armée pour envahir le Kampuchea. En 1530, l'année du tigre, le jour faste, il marche à la tête de ses troupes pour punir Preah Chanreachea. Arrivé au district de Neang Raung dans la province de Moha Norkor, l'avant-garde siamois fut interceptée et attaquée par la garde provinciale khmère. Mais, la bataille ne dura pas longtemps, car les effectifs de l'armée khmère,    5 000 hommes, ne firent pas le poids contre les ennemis en force de tsunami. Le gouverneur khmer se vit donc obliger de battre en retraite. Il aura rejoint Preah chanreachea à Pursat avec le reste de ses troupes. Après la victoire, le Roi siamois entre dans la cité de Moha Norkor pour visiter les temples khmers. Il dit à ses généraux :

 

"Le nom de Moha Norkor correspond bien à la splendeur de la cité. Jadis ce pays avait 121 royaumes sous sa domination. Maintenant quand j'ai vu de mes propres yeux la grandeur de cette cité, je ne suis rien étonné de cette réputation".

 

Pendant sa visite des temples khmers, Preah chao Chakrapath fut informé de l'arrivée des troupes khmères à 50 send (1 send=30 m) de la cité de Moha Norkor. Il rassembla ses généraux dans sa tente de commandement pour organiser son plan d'attaque. Le lendemain matin, l'armée siamoise se mit en mouvement pour attaquer l'armée khmère. Les soldats de son avant-garde portaient la chemise rouge, ceux de son aile gauche portaient la chemise bleue, ceux de son aile droite portaient la chemise verte, ceux de son arrière-garde habillaient en noir et la couleur jaune fut réservée à l'armée du roi qui se plaçait au milieu de la formation de l’armée en campagne. En face de l'armée siamoise, les troupes khmères étaient aussi en formation de combat. Le général Sok commandait l'avant-garde. Son frère, le général Tep, assurait l'aide droite. Le général Oknha Yaureach Sours surveillait le flanc gauche. Quant à l'arrière-garde, Samdech Preah Sotoung était le responsable. Le fils de Preah Chanreachea, Samdech Preah Rama Thipadey était chef de manœuvres et le tout était coordonné par Preah Chanreachea qui se trouvait au centre des dispositifs de combat.

 

Nous ne connaissons pas le détail de cette bataille, parce que dans les documents de la pagode de Kompong Tralanh Krom, le livre n° 17, qui en décrit est disparu.

 

En revanche, nous pouvons en savoir dans les documents déposés à la bibliothèque royale sous le numéro K – 53-3: Après la victoire de Preah Chanreachea, le Roi siamois envoyait des émissaires pour exiger Preah Chanreachea de lui fournir des éléphants de guerre. Ce dernier refusait de se plier à cette revendication. Pour punir le roi khmer, Preah chao Chakrapath envoyait une armée pour envahir le royaume khmer, laquelle fut mise en déroute par l'armée de Preah Chanreachea au Moha Norkor (province de Seam Reap actuelle). Voici le détail de ces évènements.

 

Le Roi d'Ayuthia conduisait lui-même une armée de 90 000 hommes pour envahir le Kampuchea. Mais il laissait entendre que cette armée fut commandée par le prince khmer, Ponhea Ong, fils de l'ancien roi khmer, Preah Sérey Reachea (1471-1485). Trahis par son frère, Thomma Reachea (1478-1504), le père de Preah Chanreachea, Preah Sérey Reachea fut capturé par le roi siamois et amené au Siam avec son fils en 1485. Il mourut par la tristesse au cours de ce voyage. Son fils, Ponhea Ong, fut adopté par le roi siamois et nommé gouverneur Phitsanulok (lire n° 11).  Thomma Reachea, était le fils du roi Ponhea Yat, né de mère siamoise, Preah Mneang Sisagame (lire n° 8).

 

Un autre corps d'armée siamois de 50 000 hommes, commandé par le général San, débarque à Kampot par voie maritime. Pour faire face à cette invasion étrangère, Preah Chanreachea donnait l'ordre d'enrôler les habitants des provinces de Thaung Khmoum, Kompong Seam, Kompong Svay, Ba Phnom, Prey Veng et Samrong Thorg pour former une armée de campagne de 200 000 hommes. Après quelques semaines de formation militaire, cette armée quittait Longveak pour aller s'établir à Pursat. La mobilisation générale était décrétée pour recruter des soldats dans les provinces de Basac, Preah Trapeang, Kramoung Sâr, Bati, Bantey Meas pour créer un autre corps d'armée de 60 000 hommes pour faire face aux Siamois à Kampot.

 

Arrivé au fort de la victoire (Bantey Meanh Chay) dans la province de Pursat, Preah Chanreachea était informé que les Siamois occupaient déjà la province de Moha Norkor (Siem Reap) dont leur chef militaire n'était que Ponhea Ong, son cousin. Il convoqua ses généraux et leur dit :

 

"Ponhea Ong est un fils du roi khmer. Il est mon aîné. Je vais lui proposer un duel entre deux princes de sang pour épargner la vie des soldats. Le but de ce duel sur le dos d'éléphant est simple : Si j'y gagne, il se retirait avec ses troupes du Kampuchea. S'il y gagnait, je lui donnerais mon trône. Je lui fais cette proposition, parce que je suis certain que Ponhea Ong ne puisse pas me gagner dans ce duel. Il est engourdi par la vie aisée au royaume d'Ayuthia. Il est venu faire la guerre contre son propre pays par obligation et en tant que mercenaire avec la peur au ventre. S'il rejetait ma proposition, je lui demande de désigner son champion siamois pour se mesurer à moi dans ce duel".

 

Après avoir entendu les paroles coriaces de leur Roi, les généraux s'inclinent devant la volonté royale. Après quoi, Preah Chanreachea donne l'ordre d'envoyer une missive à Ponhea Ong pour l'inviter à venir s'extérioriser son courage martial dans ce duel. Ce dernier est fou furieux de la provocation de son cousin. Tu diras à ton Roi que je serai au rendez-vous, dit Ponhea Ong au messager. Je n'ai pas peur de combattre contre celui qui ne connaisse pas le sens de gratitude envers le bienfaiteur, le Roi d'Ayuthia. Pendant 9 ans, il était logé et nourris par mon Roi et pour des bijoux de pacotille, ton roi ose y refuser à une requête officielle de mon roi au prix de la rupture de la paix entre deux royaumes".

 

Au jour convenu, Preah Chanreachea quitta son fort avec son armée pour se mesurer en duel à son cousin, Ponhea Ong. Dans un grand terrain de plusieurs centaines d'hectares, les deux armées, khmère et siamoise, se massaient face à face. Du côté siamois, le prince Ong se tenait debout sur le dos de son éléphant. Il portait une jaquette recouverte d'une cuirasse, de la main gauche un bouclier rond et de la main droite une épée, sur sa tête, un diadème orfévré qui s'incurve au niveau des oreilles et paraît emboîter du crâne. Un carquois, un arc et quatre lances posés dans le bât, étaient ses armes de combat. Son cornac se trouvait derrière le bât pour diriger l'animal. Ce dernier tenait une lance avec une lame latérale plus ou moins courbe. Ce croc devait aussi lui être précieux dans les combats. Preah Chanreachea se tenait debout sur le bât redenté de motifs sculptés divers. Il portait de la main droite une lance, de la main gauche un bouclier long.  Contrairement à son cousin, ses cheveux sont rejetés en arrière et noués sur le haut de la nuque en petit chignon rond très serré. Il posait son arc et son carquois dans le bât. Son cornac était assis à califourchon sur la nuque de l'éléphant coincé entre la tête de l'animal et le bât. Ce dernier portait une jaquette recouverte d'une cuirasse et de la main droite un croc pour diriger l'animal.

Vu son cousin aîné à cinq cents mètres de lui, Preah Chanreachea se mit debout sur le dos de son éléphant et dit :

Votre Altesse va bien ?

Comme un ange, Auguste petit frère, répond Ponhea Ong ;

Pourquoi continuez-vous à vous servir le souverain étranger. Vous êtes chez vous ici, vous êtes la bienvenue dans la patrie de nos ancêtres, votre défection est un honneur pour notre nation et une fierté pour moi, je vous invite à me rejoindre pour rebâtir ensemble la grandeur du passé de notre nation, dit le Roi khmer.

Ponhea Ong restait quelques instances sans parole. Les larmes aux yeux, il s'efforçait de cacher cette émotion spontanée, laquelle pût être interprétée par ses soldats comme une faiblesse et une trahison. Il reprenait son esprit après avoir entendu le son de tambour des troupes khmères et répondit à son cousin :

Je suis ici pour faire un duel et la guerre, pas pour vous écouter des bobards.

Après quoi, il fit signe à son cornac de faire manœuvrer sa bête de combat. Celui-ci lava sa trompe et barrit. Aristote avait dit que l'éléphant est "la bête qui dépasse toutes les autres par l'intelligence et l'esprit". Celui-ci était encore exceptionnel par sa beauté et son courage, il chargea à une distance de plusieurs centaines de mètres et s'arrêta pour laisser la possibilité à son maître de lancer une lance sur le roi khmer. Deviné la manœuvre de son adversaire, Preah Chanreachea ordonna à son cornac de manœuvrer son éléphant à droite pour être hors du trajet de l'attaque de son cousin. Ponhea Ong poursuivit la retraite de Preah Chanreachea en lançant encore deux lances et s’écria l'ordre à ses fantassins de lancer des assauts contre les troupes khmères. Cette initiative était contraire à l’accord prévu avec Preah Chanreachea. Dans la mêlée des soldats des deux parties, le roi khmer fit signe aux snipers khmers de tirer de plusieurs balles sur l'éléphant de Ponhea Ong. Cette décision avait pour but de répondre à la transgression de l’accord de duel de son cousin, naturalisé siamois. Touché à plusieurs reprises, la monture de guerre de ce dernier perdit son équilibre. Cette faiblesse offrit une occasion à Preah Chanreachea de frapper un coup d'épée sur son cousin en difficulté. Celui-ci n'avait pas le temps d'esquiver cette attaque, parce qu'il eut été dérangé par la chute de son éléphant blessé. La lame de l'épée du roi khmer coupa avec force toutes les côtes droites de Ponhea Ong. Celui-ci tomba sur le dos de son éléphant et mourut sur le coup. Sa mort provoqua la panique dans les rangs des troupes siamoises. Dopés le courage par la victoire de leur roi, les soldats khmers s’engagèrent dans le combat avec un une idée en tête : la victoire. Vus le déferlement des troupes khmères avec un roi victorieux à la tête, les Siamois se battaient en retraite sans avoir le temps de ramener leurs camarades blessés avec eux. La direction de leur fuite en désordre était la frontière. En quelques jours seulement, on ne voyait plus un soldat siamois sur le territoire khmer. La victoire de Preah chanreachea était donc totale. Comme son grand père, le roi Ponhea Yat, Preah Chanreachea s’inscrivait son nom sur la liste des rois vainqueurs des Siamois dans l’histoire khmère. By Chay Lieng, un illustre écrivain khmer, avait inspiré cette histoire victorieuse pour écrire un roman célèbre dans les années soixante, dont le titre est « Preah Chanreachea ».

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