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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 03:50

N° 3

 Face à M. Khieu Samphan

Par Sangha OP

 

Cliquez sur le chiffre pour lire le N° 1, N° 2.

 

 

Avant-propos de M. Khieu Samphan

 

M. Khieu Samphan commence son livre dans l’avant-propos d’insulter la mémoire des Khmers victimes du crime commis par les Khmers Rouges. Quelle arrogance de déclarer que les victimes ont déjà oublié ce crime et s’engagent dans la voie de l’analyse et de la réflexion sur les évènements et leur contexte. Il oublie facilement à la date du 27 novembre 1991, à Phnom-Penh qu’il a failli être lynché par les manifestants. Ce geste était pour but de le montrer que le peuple khmer n’est pas un troupeau d’animaux qu’on peut tripoter avec les gens malpropres comme dans le cas des Khmers Rouges dont M. Khieu Samphan est le représentant.

 

 

Quelle arrogance d’affirmer aussi que les Khmers Rouges, malgré leurs crimes contre l’humanité, demeurent dans leur essence à ses yeux une force nationale. C’est cette raison pour laquelle, M. Khieu Samphan affirme enfin qu’il continue de collaborer avec cette force et comme toutes les forces qui luttent contre l’ingérence étrangère.

 

Oui j’aimerais analyser et réfléchir à haute voix avec M. Khieu Samphan concernant comme il dit « mes prises de position » sur les évènements dans lesquels un tiers de la population khmère trouvait la mort. Ayant entendu ses propos, je suppose que ce dernier soit encore dans ses souvenirs de gloire de la force des Khmers Rouges, appelée par lui la force nationale, qui assassinait la population nationale khmère en toute liberté. Mais je sais que cette force pliait bagage en quelques jours devant les attaques des troupes vietnamiennes. Ceci me permet de penser que cette force « nationale » de M. Khieu Samphan était une bande des assassins qui s’intéressait seulement à tuer des faibles, mais elle s’enfuyait avec une vitesse de TGV aux bruits des blindés de son ancien maître. Sur ce point, je me dis que M. Khieu Samphan a des vues un peu bizarres. Voilà un homme qui prétend chercher la vérité et n’est pas foutu de connaître le bien et le mal. Ce n’était pas très aimable mais ça traduit un état d’esprit.

 

M. Khieu Samphan fait semblant de ne pas comprendre que la lutte contre l’ingérence étrangère contre le Cambodge est une lutte nationale, pas celle d’un parti. La force des Khmers Rouges était une force de parti, appelé le Parti Communiste du Kampuchéa dont l’objectif premier était de défendre le parti. Quant à la lutte nationale, elle a besoin la participation de la population tout entière. Cette participation constitue en effet une force nationale : Des forces armées et la population. La force des Khmers Rouges ne pouvait pas être une force nationale, parce qu’elle tuait la population. J’ai lu le mémoire d’études de Science Politique[1] (1) de M. CHHIM Khet, qui traite le sujet des forces armées des Khmers Rouges, appelée au temps de guerre 1970-1795, « les Forces Armées Populaires de Libération Nationale du Kampuchéa ».  J’ai lu aussi les mémoires du Maréchal Chu Teh, intitulés « la longue marche »[2](2). Et je constate en lisant ces deux mémoires que l’organisation des forces armées des Khmers Rouges n’était qu’une copie conforme de celle des forces armées de la République Populaire de Chine. Je suppose donc qu’il y ait eu une ingérence de la Chine dans la formation des forces armées des Khmers Rouges. Nous savions que les Khmers Rouges avaient besoin des Chinois et surtout des Communistes vietnamiens pour combattre contre les forces armées nationales khmères dont la mission était de combattre contre les forces d’occupation communistes vietnamiennes, les amis de M. Khieu Samphan. En effet, M. Khieu Samphan a pris de position en considérant les ennemis de ses amis vietnamiens communistes comme une force du mal. Mais le mal que l’Armée nationale Khmère a fait, était quoi au juste ? Elle a défendu l’intégralité du territoire khmer, parce que le Cambodge était occupé par 65 000 soldats de l’oncle Ho. Chaque Khmer est libre d’en juger selon sa conscience. M. Khieu Samphan doit savoir que la force des Khmers Rouges dont il parle, était une force, non pas seulement qui était incapable de défendre l’intégrité territoriale khmère, mais elle était aussi incapable de défendre l’indépendance nationale. Elle était donc responsable de l’occupation vietnamienne pendant 10 ans.

 

M. Khieu Samphan poursuit son soutien aux Khmers Rouges, après avoir reconnu que ceux-ci ont commis les crimes abominables contre le peuple khmer. Cette prise de position est une preuve irréfutable de sa participation à ces crimes. On ne peut tout de même pas accuser les méfaits des Khmers rouges en restant leur allié. Dès après le génocide, cette prise de position de M. Khieu Samphan est aussi sa volonté de poursuivre la politique des Khmers Rouges à l’identique. Le Prince Sihanouk, M. Son Sann et un certain nombre des intellectuels khmers s’engageaient dans cette voie avec un argument stupide : Vous travaillez pour les Vietnamiens, si vous n’êtes pas dans le camp opposé dont les Khmers Rouges étaient partenaires majoritaires. La moralité politique est ainsi abîmé jusqu’à aujourd’hui. Dès l’occupation vietnamienne, il fallait faire le contraire, c’est-à-dire de renforcer la résistance nationale anti-Khmers Rouges qu'elle existait déjà dans le pays pour combattre à la fois contre eux et contre les occupants vietnamiens. Ce n’était pas une utopie, c’était une question de volonté et de détermination khmère. Il y ait peu de gens osent y penser. A force de ne pas séparer le bon grain de l’ivraie, voilà le résultat d’aujourd’hui, on fête toujours le 7 janvier au Cambodge. MM. Khieu Samphan, Noun Chea et Ieng Sary ne risquent rien dans la prison dorée de Hun Sen.      

 

Dès l’occupation vietnamienne, M. Khieu Samphan aurait pu se repentir de son choix : Collaborer avec Pol Pot. Mais il persiste et signe son engagement dans le camp des Khmers Rouges. Ce choix est un choix bien-pensant de sa part. Il est donc complice du crime commis par ses amis. Pour que ce crime contre le peuple khmer ne tombe pas dans l’oubli, il faut commémorer la date du 17 avril comme journée de deuil national.               

 

La victoire de Pol Pot à la date du 17 Avril 1975 : Cette victoire prodigue encore un effet sinistre sur la population khmère, car elle s’incruste dans son esprit comme un élément de tristesse définitive. Nous savions qu’aujourd’hui le peuple khmer continue de souffrir de cet évènement lugubre. Cette douleur indicible ne lui donne pas droit d’oublier la cruauté des Khmers Rouges qui détruisit par leur ignorance, en un tournemain, le pays tout entier. Le Cambodge des humains se transforma, au premier jour de l’arrivée au pouvoir de Pol Pot, en l’enfer des morts vivants. Tous les Khmers ont été chassés de leur foyer et condamnés à périr au nom de l’Angkar. Je me pose la question : Est-ce vraiment une victoire ? Sur qui ? Et pourquoi faire ? La réponse est : Si c’était pour M. Khieu Samphan, la réponse est oui, car cette victoire lui permet de se placer au pouvoir. En revanche, dans le cas où on entend dire que cette victoire est pour le peuple khmer, il est sûr que cette affirmation est un mensonge, car Pol Pot lui-même n’avait jamais dit que cette fête rouge est pour les Cambodgiens.

 

Oh oui ! L’aube du 17 Avril 1975 ouvrit une nouvelle époque pour les millions de Khmers qui la veille avaient dormi à la belle étoile loin de leur maison familiale parce que l’Angkar de M. Khieu Samphan le voulait ainsi. Ils furent réveillés au 2e  jour de la fête du nouvel an khmer par la faim et le chagrin. Ils n’ont eu que leur larme comme seul remède, qui coula discrètement de leurs yeux provoquant illico l’accès de rage des sbires de M. Khieu Samphan. Au Cambodge, la saison de chhêt (chaude – Mars, Avril et Mai) est généralement pénible. La moyenne des maxima d’Avril est de 34°8. Le maximum absolu est de 45°5. Cette chaleur donna l’effluve des miasmes de cadavres des soldats républicains qui ont été tués par les Khmers rouges parce que ces adolescents avaient cru comprendre que la guerre était finie. Les vieillards et les malades ont été délogés de leur repos par ordre de l’Angkar pour se consumer dans l’ignorance. Les pleurs d’adieu de leurs proches appelèrent tous les divins célestes à être les témoins de ces trépas injuste. Les femmes savaient bien que la nuit venue les Chloûp Andérathey (les espions khmers rouges) se glissaient lâchement dans leur nouvelle demeure sans chaleur pour enlever leur mari ex-fonctionnaire ou militaire. L’apparition de l’étoile du matin du nouvel an 1975 fit fuir les oiseaux chanteurs de l’azur du Kampuchéa pour laisser la place aux cris des vautours affamés venus dépecer les cadavres abandonnés. Pour consoler la tristesse et l’angoisse qui sont les faiblesses de l’Homme, les victimes de l’Angkar sanguinaire s’efforcèrent de penser à la parole de réconfort de l’ermite à Atala pendant le dernier souffle de sa vie : « Enfin, ma fille, le grand tort des hommes, dans leur songe de bonheur, est d’oublier cette infirmité de la mort attachée à leur nature » (Chateaubriant – Atala, René, les Natchez). Pour peindre cette déchirure sans terme, mon fils Davouth a écrit une élégie pour sa classe car la poésie est le réel absolu. Plus une chose est poétique, plus elle est vraie. Aristote disait : « La tâche de poète et d’historien est la même car elle consiste à faire durer quelque chose grâce à la mémoire.

 

Le sombre est glacial, que de malheur infini, dès le matin, je sens le crépuscule,

Tel une force qui me rend pâle, ô aucune gaieté dans la vie, qui me bouscule,

La nuit reste éternelle, la tendresse disparaît, j’écoute le vent alizé,

Pareil à une si grand aile, comme une étoile qui apparaît, pour me rappeler de cette paix.    

 

Elle est sans doute une paix bouddhique qui sert du refuge aux Cambodgiens, qui savent que le Christ et le Bouddha sont venus sur terre pour résoudre deux problèmes des humains : Le mal et la mort.

Mais le malheur du peuple khmer a été sans recours car il a été dans la main des Yothea (Soldats) khmers rouges. Ils parlèrent entre eux du peuple nouveau et ancien et toutes sortes des mots inusités pour glorifier leur révolution meurtrière. Il s’agit de jouir le maximum de la destruction totale de la paysannerie khmère. Le pire est, comme dit Sade : Tuer un homme dans le paroxysme d’une passion, cela se comprend. Le faire tuer par un autre dans le calme d’une méditation sérieuse, et sous prétexte d’un ministère honorable, cela ne se comprend pas ». C’était le cas de M. Khieu Samphan.

 

A force d’ordonner de tuer des millions de vies humaines, Pol Pot et Khieu Samphan devenaient insensible à la souffrance de leurs semblables. Vigny, le poète, disait : « …ne peut plus sentir le mal ni les bienfaits. Il est même sans joie aux malheurs qu’il a fait ». Pourquoi une telle bêtise humaine ? M. Khieu Samphan est parfaitement au courant du malheur du peuple khmer parce qu’il le créateur au même titre que Pol Pot ce désastre humain.   



[1] (1) M. CHHIM Khet : Mémoire pour le diplôme d’Etudes Supérieures de Science Politique (Février 1975) – Les Khmers Rouges et le développement politique au Cambodge – Université de Paris I. 

[2] (2) Mémoires du Maréchal Chu Teh – Collection des Lettres et Sciences Humaines, Editions Richelieu.

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