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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 08:41

 

Dans une lettre ouverte du Prince Sihanouk, datée du 14 janvier 1990, adressée aux pays puissants, publiée dans la revue « Vimean Ekreach » du mois de mai 1992, n°2, le Prince écrit ceci : «… À l’intérieur du Cambodge, il y a plus d’un million de colons vietnamiens, immigrants illégaux, qui sont venus du Viêtnam pour coloniser physiquement les terres des Cambodgiens et exploiter les ressources naturelles du Cambodge (pierres précieuses, forêts, caoutchouc, céréales, fruits, poissons, etc. ». « …Au plan culturel, la vietnamisation (surtout au plan linguistique) se poursuit à grande vitesse. Les Cambodgiens (Khmers) qui ne parlent pas bien et n’écrivent pas bien le vietnamien sont outrageusement défavorisés (dans l’obtention des diplômes ou des emplois, dans l’avancement administratif) par rapport aux Khmers parlant et écrivant brillamment le vietnamien ». « Ainsi, dans quelques décennies, le Cambodge sera peuplé d’une majorité de Vietnamiens et les Khmers (comme au Kampuchéa krom devenu Sud-Viêtnam depuis l’arrivée des Français « coloniaux », en Cochinchine, en 1860) deviendront une minorité ethnique dans leur propre Patrie, laquelle verra également se rétrécir son territoire avec des modifications de ses frontières terrestres et maritimes au profit du Viêtnam ».

 Nous sommes en 2009, dix-huit ans après, est-ce que le Prince Sihanouk pourrait nous dire ce qu’il a écrit en 1990 est encore une actualité ? Tout change, depuis lors, Samdech Norodom Sihanouk redevint Roi et Roi abdiqué en faveur de son fils. Selon le Chef de son secrétariat, Le Prince Thomico, le roi père a pris sa retraite et s’est retiré vivre en paix en Chine. A 87 ans et après une longue activité politique, il est normal, un homme de cet âge qu’il soit Restr (petit peuple) ou roi, a droit de se reposer. Je ne fais que souhaiter, longue vie, beauté, santé, force à Samdech Norodom Sihanouk. Ses activités politiques dans le temps passé appartiennent désormais à l’histoire.

 Revenons à ce que le prince Sihanouk écrivait en 1990. L’Opposition parlementaire et les opposants du régime actuel, en parlent aussi. Le téméraire utilise la méthode spéculaire, comme le cas de S.E. Sam Rainsy, député et leader de l’Opposition parlementaire, pour attirer l’attention du public national et international : enlever quelques pieux qui servent à identifier le marquage des frontières khméro vietnamiennes. Celui-ci juge et démontre que ces lieux de piquage des bornes de frontière par le comité khméro vietnamien, étaient dans le territoire khmer. Quoique les pieux enlevés soient implantés par erreur, Sam Ransy est condamné par le tribunal khmer pour cet acte une peine de deux ans de prison. Le prévenu se fuyait à temps du Cambodge pour revenir vivre en France. Il n’a pas besoin de demander l’asile politique, parce que le pays de Molière est sa deuxième patrie : il est Français. Mais, les deux autres coauteurs de cette croisade sont aujourd'hui en prison. On parle peu de cette affaire dans la presse des pays de grande démocratie, y compris en France dont Sam Rainsy est citoyen de la République. L’affaire de Sam Rainsy ne provoque pas le chambardement dans les rues de la capitale de Phnom-Penh comme celle de Thaksin Shinawatra, leader de l’opposition thaïlandaise. Pourquoi ?

 Parlons de la « citoyenneté khmère » : Nous avons fait un extrait du texte de la Loi de la nationalité du Royaume du Cambodge, datée du 20 août 1996.

 La nationalité khmère d’origine :  

 Article 4 :

1) Est obligatoirement khmère, toute personne remplissant une des conditions ci-dessous :
- être un enfant légitime né de père ou de mère ayant la nationalité khmère, ou
- être un enfant naturel, né de père ou de mère de nationalité khmère, et reconnu par ce (cette) dernier (dernier), ou
- être un enfant non reconnu par le père et la mère, mais être déclaré né de père ou de mère
ayant la nationalité khmère par jugement du tribunal.
2) Est obligatoirement khmère, toute personne née sur le territoire du Royaume du Cambodge, si elle possède une des qualités suivantes :
a ) être né de père ou de mère étrangers qui eux-mêmes, sont nés et vivent régulièrement et
légalement sur le territoire du Royaume du Cambodge.
b ) être né de parents inconnus et avoir été trouvé sur le territoire du Royaume du Cambodge.

 Si nous tenons compte de cette loi, article 4, alinéa 2, : Tous les enfants des colons vietnamiens qui sont nés au Cambodge sont Cambodgiens d’origine. Aujourd’hui, on pourrait estimer qu’il y ait au moins trois millions des Cambodgiens d’origine vietnamienne au Cambodge. Ce nombre représente 23 % de la population totale du Cambodge (14,5 millions d’habitants). Ils parlent le Khmer et sont très actifs sur le plan économique. Dans certains endroits, ils sont majoritaires.

 J’ai eu occasion d’en parler aux opposants du régime et je les ai posé la question suivante : Que comptiez-vous faire ?

 Certains m’ont dit : Il faut d’abord gagner les élections, et l'on verra bien. La réponse est vague et je ne vois même pas leur lueur de solution. Je me souviens bien en 1970, Lon Nol avait pris de mesure de renvoyer les colons vietnamiens au Sud-Viêtnam avec l’accord de ce dernier. A l’époque, les opinions internationales ont taxé le régime républicain de racisme.

 Sans avoir eu la réponse précise des opposants du régime de Phnom-Penh, j’ai essayé de donner des hypothèses des mesures suivantes :

 1. - Supposons que le nouveau gouvernement khmer compte faire comme Lon Nol. Aujourd’hui, il ne s’agit pas des colons vietnamiens, mais des Cambodgiens d’origine vietnamienne. Cette mesure déclenchera l’indignation internationale ; le Viêtnam en opposera avec force ; les Cambodgiens d’origine vietnamienne refuseront de quitter leur région où ils sont majoritaires et le Viêtnam soutiendra dans leur soulèvement armé. De toute façon, le Cambodge n’aura ni la force, ni la solidarité nationale pour prendre une telle mesure. Il ne faut pas non plus croire que les Cambodgiens peuvent chasser l’armée vietnamienne en une nuit du Cambodge, comme dans le temps passé. A l’époque, nous avons eu le soutien de la Thaïlande. Et nous savions que la contrepartie de cette aide était la reconnaissance de la suzeraineté du roi siamois par le roi khmer.       

 2. -  Supposons que le nouveau gouvernement khmer compte négocier avec le Viêtnam pour trouver une solution pacifique à ces problèmes cités par le Prince Sihanouk. Quels problèmes ? dit Hanoï : « Ce sont vos compatriotes et nous n’avons pas droit de s’immiscer dans vos problèmes internes. Ce que, je vous demande, c’est de ne pas utiliser les mesures de violence contre les minorités. Au Viêtnam, nous respectons les droits des Vietnamiens d’origine khmère qui vivent en Cochinchine. Faites-le comme nous ! Je crois qu'Hanoï aurait déjà dit au Prince Norodom Sirivudh, alors Ministre des Affaires Etrangères, quand celui-ci voulait évoquer, avec son homologue vietnamien, les problèmes des colons vietnamiens au Cambodge.

3. – Supposons que le nouveau gouvernement khmer compte déclencher l’hostilité armée avec Hanoï comme Pol Pot avait fait pour régler les problèmes de frontières khméro vietnamiennes. Nous savions à l’avant que ce dernier n’hésite pas à envahir le Cambodge.

4. – Supposons qu’il y ait une guerre civile au Viêtnam. Le soulèvement du peuple du Sud contre le régime d'Hanoï et le nouveau gouvernement khmer exploite cette faiblesse pour prendre des mesures contre les Cambodgiens d’origine vietnamienne. Les conséquences seront identiques des trois hypothèses ci-dessus.

5. – Supposons que le nouveau gouvernement khmer demande l’arbitrage international. Il n’est pas impossible pour régler des problèmes de frontières, mais il est inconcevable pour résoudre des problèmes de nationalité.             

Je racontais de sottise. J’écrivais une histoire imaginaire de mon pays. Mais dans la complexité des problèmes khmers actuels, il vaux mieux être plutôt philosophe que de donneur de solutions ou de leçons. On peut me traiter d’être un pessimiste, pas nationaliste, voir même pro-vietnamien. Pro-vietnamien, bien sûr que non. Pas nationaliste ; je ne sais même pas, qu’est ce que c’est le nationalisme khmer à l’heure où je parle ? Quand je vois Pol Pot qui tue sans raison valable plus de deux millions des Khmers, je me dis où se trouve le « Nationalisme khmer » ? Pessimiste, possible, parce que j’ai peur de ne plus crois en grand-chose. Je suis volontiers pessimiste en politique khmer. Bien sûr, en disant tout ça, je ne suis fier de moi, parce que je n’avais pas non plus fait grandes choses pour mon pays. Je rougis aujourd’hui de ma résignation. Il me reste quand même une petite lueur d’espoir. Il repose sur la jeunesse khmère. Les jeunes khmers sont très actifs dans les rues des grandes villes ; ils sont tristes de leur avenir. Mais, ils ont soif de bonheur. Cela leur donne envie de se battre.   

Renan disait dans un soupir que la vérité est peut-être triste. Celle de la patrie des Khmers serait-elle triste ? Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que le Cambodge ne disparaîtra pas comme le Champa sous le poids du grand Viêtnam. Mais il survivra avec un autre visage : le Kampuchéa multiethnique : Khmers, chinois, Vietnamiens. Nous devons porter sur nos épaules le poids de cette vérité. Mais elle ne nous donne pas droit de laisser tomber le pays de nos ancêtres et nous empêcher de nous battre pour lui tant qu’il est encore là. Mais notre combat devrait être un combat d’idées, pas de fusils, pour devenir un peuple leader parmi les autres composantes dans notre société. Comme disaient toujours les Français : « Nous n’avons pas le pétrole, mais nous avons des idées ». 

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