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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 06:21

Rencontre du prince Norodom Sihanouk et M. Hun Sen, des 2 et 3 décembre 1987, à Fère-en-Tardenois (France).

Transcription non officieuse.

Ce document a été écrit à la main par le prince Sihanouk sous forme de « Compte-Rendu Succinct » de ses conversations  « Sihanouk-Hun Sen ». Cette audience a duré 5 heures (de 10 heures à 15 heures). Deux heures après la conversation, le prince a communiqué ce Compte-Rendu à la presse.

Les participants :

Le prince Sihanouk a été assisté par la reine Monique Sihanouk et le prince Norodom Ranariddh.

L’Hôellerie du Château de Fère-en-Tardenois, en France.

M. Hun Sen a été par Mrs. Dith Munty et Cham Prasidh.

La journée du 2 décembre 1987 :

Note pour la presse.

Voici quelques paroles de M. Hun Sen et quelques paroles de Norodom Sihanouk lors de leur entrevue en date de ce 2 décembre 1987.

Hun Sen a dit, entre autre, ceci :

Quelle est l’origine de ce conflit qui, depuis Mars 1970 jusqu’à maintenant, fait le malheur du peuple khmer ?

Sous le leadership de Samdech (Monseigneur) Sihanouk notre peuple khmer avait bénéficié de 16 années de paix, de bonheur et de progrès dans le cadre de l’édification nationale.

La clique de Lon Nol, le 18 Mars 1970, a injustement renversé Samdech Sihanouk et a délibérément plongé notre Kampuchea dans les feux de la guerre d’agression de l’Impérialisme U.S. Tous nos malheurs viennent de là.

Et ces malheurs ont atteint leur paroxysme sous le régime de Pol Pot, un régime pire que celui de Hitler, un régime d’une cruauté sans équivalent dans l’histoire de l’Humanité.

Ainsi, tous les sacrifices que notre Résistance nationale (F.U.N.K. avec Samdech Sihanouk comme Président) avait fait entre le 18 Mars 1970 et 17 Avril 1975 pour vaincre l’Impérialisme U.S. et ses valets n’ont servi à rien, sinon à amener Pol Pot et sa clique au pouvoir avec les funestes conséquences qu’on sait.

Le régime de Lon Nol et celui de Pol Pot sont, par conséquent, responsables des indicibles malheurs de notre peuple et du Kampuchea depuis 17 ans et conflit actuel.

Si le Kampuchea était resté sous le leadership de Samdech Sihanouk entre le 18 Mars 1970 et cette année 1987, notre pays aurait fait d’énorme progrès dans tous les domaines de notre édification nationale, nous serions devenus une nation développée, prospère, ô combien heureuse !

Mais laissés à nous-mêmes, sans le leadership de Samdech Sihanouk, notre peuple et nous (Hun Sen, etc.) fûmes obligés de lutter seuls contre Pol Pot et ses complices (Ieng Sary, etc.).

Notre résistance contre Pol Pot ne date pas de 1978. Dans certaines régions du Cambodge, nous commençâmes la lutte depuis fin 1973, depuis 1974. Nos camarades dans d’autres régions du Kampuchea décidèrent de lutter contre Pol Pot en 1975, 1976, 1977. Hélas, jusqu’en 1977, nous ne fûmes libérer notre peuple martyrisé par Pol Pot, lequel possédait une grande armée de 23 divisions et 180  000 hommes.

Avant de se décider à venir au secours de notre peuple martyrisé et ruiné par Pol Pot, le Vietnam avait continué d’entretenir des relations amicales avec le Kampuchea Démocratique. Mais en 1978, la R.S. du Vietnam dut se rendra à l’évidence : le régime de génocide du peuple khmer dont Pol Pot était le Chef était insoutenable.

La RSV dut répondre à l’appel désespéré « à son secours » de notre peuple khmer.

Certains de nos ennemis nous ont accusés « d’aliéner l’indépendance du Cambodge au profit du Vietnam ».

Cette accusation est injuste. Nous sommes, comme vous, Samdech, pour un Cambodge indépendance à 100%. Mais fallait-il, pour cela, sacrifier notre peuple martyr et permettre à Pol Pot de l’exterminer ?

Et puis, à part le Vietnam, qui ou quel pays accepterait ou était désireux de venir au secours du peuple khmer en danger d’extermination ? Personne d’entre tous ceux qui prétendaient avoir de la compassion pour le Kampuchea et son peuple ne levait le petit doigt pour menacer Pol Pot. Bien au contraire, ceux-là continuaient à entretenir les meilleures relations avec Pol Pot et son « Kampuchea Démocratique ».

Nous n’eûmes pas le choix : il n’y avait que le Vietnam socialiste pour sauver notre peuple. Le Vietnam l’a fait.

Mais je (Hun Sen) peux vous assurer, Samdech, que les troupes vietnamiennes quitteront, toutes, le Cambodge, au plus tard en 1990. De la part de la RSV, il s’agit d’une décision irréversible.

Cependant, si nous, Khmers, arrivons à réaliser la réconciliation nationale et à résoudre entre Khmers le problème du Kampuchea avant 1990, c’est-à-dire en 1988 ou 1989, le retrait total des troupes vietnamiennes du Cambodge s’effectuera ipso facto la même année soit en 1988 ou 1989.

Je (Hun Sen) partage entièrement l’avis de Samdech en ce qui concerne la nécessité d’avoir la faction de M. Khieu Samphan et celle de M. Son Sann avec nos deux parties pour que soit convenable un « Cocktail party » à Jakarta ou ailleurs. Si les 4 factions khmères ne sont pas au complet à ce « Cocktail party », ce dernier n’aurait pas de sens et il ne nous resterait que la continuation de nos efforts bipartites (RPK et FUNCINPEC) pour faire progresser la recherche d’une solution équitable au problème du Kampuchea.

N. SIHANOUK a dit, entre autre, ceci :

Vous (Hun Sen) m’offrez un « haut poste » à Phnom-Penh (RPK). Veuillez m’excuser de ne pouvoir l’accepter. Je ne rentrerai à Phnom-Penh que pour présider un gouvernement quadripartite (FUNCINPEC, PKD, FNLPK, RPK) dans le cadre d’un nouvel Etat cambodgien, l’Etat du Cambodge (avec un système politique, économique, etc. très proche de celui de la France), un Cambodge qui serait ni « Populaire », « Démocratique », ni communiste, ni socialiste, mais dont le système politique sera parlementaire « à la Française » et multi-parti (comportant un ou des partis communistes à côté de partis non-communistes), un Cambodge indépendant à 100%, un Cambodge sans troupes étrangères sur son sol, un Cambodge neutralisé sous contrôle international.

Je (Sihanouk) m’intéresse à d’éventuelles discussions sur le Cambodge avec « Moscou » et « Hanoï ». Mais je ne me rendrai pas à Moscou ou à Hanoï avant la visite à ma résidence (Fère-en-Tardenois) d’un haut personnage soviétique ou vietnamien.

Notre Cambodge et son peuple sont victimes de la haine qui dresse l’un contre l’autre le Vietnam et la Chine et la méfiance mutuelle qui caractérise encore les relations entre RPC et URSS.

Vous (M. Hun Sen) et moi (Sihanouk) devons déployer dès maintenant beaucoup d’efforts pour amener ces grands amis du peuple khmer (RPC, URSS et RSV) à mettre fin le plus tôt possible à leur dispute, à leurs malentendus. Il ne suffit pas de travailler pour amener à « notre table » M. Samphan et M. Son Sann. Il faut, je le répète, que vous (Hun Sen) et moi (Sihanouk) fassions ensemble des démarches auprès de la Chine, de l’URSS et du Vietnam pour les supplier de cesser leur dispute sur le dos du Cambodge. Seul le retour de la RPC, de l’URSS et de la RSV, ensemble, à l’amitié entre elles pourra mettre fin à nos misères.

Ceci dit, il ne faut pas négliger la question de nos relations avec la Thaïlande et avec les USA.

Je félicite le régime de Phnom-Penh et la RSV de chercher à améliorer leurs relations avec les USA, par exemple à travers la question des « M.I.A. ».

Le future « État du Cambodge » se portera d’autant mieux, pour le grand plus grand bien de notre peuple khmer, qu’il s’attachera à être l’ami loyal de tous les pays du monde, en particulier avec ses 2 grands voisins (Thaïlande et Vietnam) et avec les 3 « super-puissances » : URSS, USA et RPC.

Nous continuons à faire le malheur de notre peuple et de notre Patrie si nous continuons à être « avec » l’URSS et le Vietnam « contre » la RP de Chine, ou « avec » l’URSS « contre » les USA, oui « avec » les USA « contre » le Vietnam.

Notre paix, notre survie en tant que Khmers et Cambodge seront assurées le jour où nos 4 factions khmères, d’un commun accord, choisiront une fois pour toutes d’être les amies, bonnes et loyales, à la fois de la RPC, de l’URSS, de la RSV et du Royaume de Thaïlande.

Post-Scriptum :

À une question de N.Sihanouk, M. Hun Sen a répondu que sa « RPK » et ses alliés (URSS et RSV) rejetteront toujours les « Résolutions de l’ONU sur la situation au Kampuchea » et que la « RPK » accepte la proposition de N.S. d’une Conférence Internationale de type « Genève 1954 » - « Genève 1961 ». N.S. propose que l’Inde soit de nouveau Présidente de la C.I.C. après une « 3e Conférence Internationale de Genève ».

Journée du 3 Décembre 1987 :  

Pour la Presse :

Résumé de l’entretien, en date du 3 Décembre 1987, entre Norodom Sihanouk et M. Hun Sen.

N.S. (Sihanouk). – Lors de notre rencontre d’hier (2 Décembre 1987) j’ai eu l’honneur de vous faire connaître, ainsi qu’à votre « gouvernement » à Phnom-Penh, que le G.C.K.D. (FUNCINPEC- PKD – FNLPK) considère et considérera toujours comme nuls et non-avenus les accords et traités (en particulier, ceux concernant les frontières et îles côtières du Cambodge) signés par vous (régime de Phnompenh appelé « République Populaire du Kampuchea ») avec la R.S. du Vietnam. Si un jour, l’État du Cambodge est fondé et le gouvernement quadripartite (FUNCINPEC – PKD – FNLPK- RPK) est formé sous ma Présidence, ce gouvernement quadripartite devra confirmer officiellement que tous les accords et traités signés par la « République Populaire du Kampuchea avec la R.S. du Vietnam sont totalement rejetés et nuls et non-avenus.

Ceci dit, j’ai quelques autres questions à vous présenter.

Je commence par celle des réfugiés khmers se trouvant actuellement en Thaïlande.

Personnellement, je pense que chacun, chacune de ces réfugiés doivent recouvrer son droit à l’auto-détermination, un droit sacré reconnu à tout être humain par la déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Ceux et celles des réfugiés khmers en Thaïlande qui, librement, choisissent de rentrer au Cambodge, doivent avoir le droit de le faire sans que les Khmers Rouges, les Khmers Bleus et autres aient le droit de s’y opposer.

Mais, du côté de votre régime (Phnom-Penh), il faut que vous donniez au Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), etc. et à moi-même l’assurance formelle que les réfugiés khmers actuellement en Thaïlande – je parle de ceux et celles d’entre réfugiés khmers qui, par un moyen ou un autre, auront réussi à quitter les camps « site 2 », « site 8 », etc. pour revenir au Cambodge, ne seront, en aucun cas, inquiétés par votre régime ou par vos protecteurs vietnamiens.

HUN SEN. – Je donne, au nom de mon gouvernement, à Samdech l’assurance formelle que nous ne leur ferons aucun mal et que, bien au contraire, nous leur donnerons toutes les facilités pour qu’ils puissent se réinstaller dans les meilleures conditions possibles chez nous et vivre dans la liberté dans leurs villes, leurs villages, leurs provinces. Nous n’avons aucun intérêt à les maltraiter.

Une deuxième question : celle des Droits de l’Homme. AMNESTY INTERNATIONAL London, dans ses « Rapports » annuels, signale d’innombrables cas de violations (extrêmement graves) des Droits de l’Homme à l’encontre de notre innocent peuple khmer, violations commises par votre régime et par l’armée vietnamienne occupant le Cambodge. Je demande à votre « R.P.K.) de cesser de martyriser ainsi notre peuple.

HUN SEN. – Je vous jure, Samdech, que nous (R.P.K.) ( et il est de même de nos amis vietnamiens au Cambodge) n’avons commis aucun des crimes qu’AMNESTY INTERNATIONAL et autres nous accusent d’avoir commis sur la personne de notre peuple. Si nous l’avons libéré du Polpotisme ce n’est certes pas pour qu’il revive les horreurs du « règne » de Pol Pot. Il est vrai que notre État possède des prisons. Mais quel État, dans le monde, n’a pas en son sein des prisons ?

En la R.P.K., il n’y a ni torture ni mauvais traitement des prisonniers et autres comme au temps de Pol Pot.

N. SIHANOUK. – Maintenant, permettez-moi d’aborder la question du sauvetage d’Angkor, c’est-à-dire des temples et autres monuments dans la région de Siemreap – Angkor. Je sais que l’Inde et un ou deux autres pays – vos amis sont en train d’essayer de sauver Angkor Vatt. Mais l’Inde et ces autres pays vos amis n’ont et n’auront pas des moyens suffisants pour sauver Angkor. Et quand je dis « Angkor », je pense non seulement à Angkor Vatt mais aussi à Angkor Thom (le Bayon), Bakhèng, Preah Khan, Ta Prohm, Bantey Srei, etc. qui sont un patrimoine sans prix de l’Humanité. Tout ANGKOR est actuellement en danger de mort. Il faut nous dépêcher de le sauver alors qu’il est déjà « presque trop tard ».

Le seul moyen de le sauver ne saurait être que celui-ci : neutralisation et démilitarisation de la région d’Angkor, appel à l’aide (aides financières, technique, matérielle, scientifique) de tous les pays riches (en particulier l’Europe occidentale, les USA, le Japon), de l’ONU, de l’UNESCO, de l’Ecole Française d’Extrême-Orient.

HUN SEN. – Nous (RPK) ne pouvons laisser neutraliser et démilitariser la région d’Angkor.

N. SIHANOUK. – Tout au moins sur ce « chapitre » -là, vous (RPK) ressemblez aux Khmers Rouges (PKD).

 

COMMUNIQUE CONJOINT

 

Animés par le désir commun de mettre un terme au conflit kampuchéen par des moyens pacifiques et de parvenir à la réconciliation nationale, S.A.R. Samdech NORODOM SIHANOUK et S.Exc. M. HUN SEN se sont rencontrés du 2 au 4 Décembre 1987 à Fère-en-Tardenois (France).

 Lors de cette rencontre historique, les deux parties ont abouti aux accords suivants :

1- Le conflit au Kampuchéa doit nécessairement passer par une solution politique.

2- Le problème kampuchéen doit nécessairement être réglé par le peuple kampuchéen lui-même par le biais des négociations entre toutes les parties en conflit afin de mettre un terme à la guerre, à l’effusion de sang, et pour reconstruire un Kampuchéa pacifique, indépendant, démocratique, souverain, neutre et non-aligné.

3- Dès qu’un accord sera réalisé entre les parties kampuchéennes, une conférence internationale sera convoquée pour garantir cet accord, garantir l’indépendance du Kampuchéa, la paix et la stabilité en Asie du Sud-Est.

4- Les deux parties acceptent de se rencontrer à nouveau dans le courant de Janvier 1988 à Fère-en-Tardenois (France).

Les deux parties s’accordent également pour se rencontrer pour la troisième fois au Palais Chhang Sou On de S.A.R. Samdech NORODOM SIHANOUK en République Populaire Démocratique de Corée, à une date qui reste à fixer.

Sur la base de l’accord suscité, et dans l’intérêt suprême de la nation kampuchéenne, les deux parties invitent les autres parties kampuchéennes à les rejoindre à la table de négociationafin de parvenir à une solution rapide au problème kampuchéen, contribuant ainsi à la paix et à la stabilité en Asie du Sud-Est.

 

Fait à Fère-en-Tardenois, le 4 Décembre 1987

 

 

S.A.R. Samdech NORODOM SIHANOUK                                                   S. Exc. M. HUN SEN                                                                                    

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