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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 09:37

 

images-copie-3 Éditorial MOULKHMER

 

Moulkhmer n° 125, avril 1991

 

 

Une trêve fragile

 

Pour tenter de rompre le cercle vicieux qu'est devenu le problème cambodgien, les deux co-présidents de la conférence de Paris et le Secrétaire- général de l'O.N.U ont lancé un appel au cessez-le-feu le 22 avril. Cet appel s'adressait aux 4 factions cambodgiennes impliquées dans la guerre civile en cours. Celles-ci ont fait connaître, dans les jours suivants, qu’elles étaient d'accord pour le cessez-le-feu qui a débuté le 1er Mai. Et qui, en principe, devrait se poursuivre jusqu'à la fin de la prochaine réunion du C.N.S. à Djakarta. Une réunion dont la date n'était pas encore fixée, mais qui était envisagée pour le début de juin. En attendant cette réunion hypothétique, l'entrée en vigueur du cessez-le-feu au Cambodge est passée pratiquement inaperçue dans les médias occidentaux. La lassitude qu'inspirent à l'opinion internationale les interminables querelles des factions cambodgiennes a certainement contribué à cette indifférence des média. Pourquoi d'ailleurs se seraient-ils beaucoup excités à propos d'un événement qui leur est sans doute apparu, à première vue tout au moins, comme un non-événement ?

 

Que signifie, en effet, un cessez-le-feu dont on sait qu'il sera contrôlé par personne sur le terrain ? Rien de plus que les mots pour le dire, si les belligérants n'ont pas une volonté sincère et démontrée de respecter scrupuleusement leur engagement de cesser les combats et toute forme d'activité militaire. Or, dans le cas présent, il est permis d'avoir de sérieux doutes à ce sujet. Surtout en ce qui concerne les Khmers Rouges auxquels on ne peut absolument pas faire la moindre confiance en raison de leurs crimes et de leurs mensonges accumulés depuis des années, et parce qu'il est notoire qu'ils n'ont pas changé. C'est à eux, d'ailleurs, que va profiter le plus le cessez-le-feu du 1er mai puisqu'ils continueront de recevoir de l'armement chinois via la Thaïlande, - comme les autorités thaïlandaises l'ont indiqué à Hun Sen de passage à Bangkok à la fin d'avril, en repose à sa demande de suspension des livraisons d'armes chinoises aux Khmers Rouges pendant toute la durée de l'arrêt des combats. Les troupes de Pol Pot pourront donc se réorganiser en toute tranquillité et compléter les stocks d'armes qu'elles ont déjà constitués. Elles n'auront sûrement pas à craindre de se trouver démunies si les combats reprennent.

 

Avec des gens aussi indignes de confiance que les Khmers Rouges, sans parler des autres factions dont la fiabilité est douteuse puisque leur comportement est subordonné aux intérêts des pays étrangers dont elles dépendent, le cessez-le-feu actuel paraît forcément précaire. En fait il s'agit plutôt d'une sorte de trêve, et non pas d'un cessez-le-feu authentique. Car celui-ci devrait être consacré par un accord en bonne et due forme, qui en préciserait soigneusement les modalités et surtout il devrait faire l'objet d'un contrôle efficace dès son entrée en vigueur. Or ce n'est pas le cas présentement, si bien qu'il paraît plus juste de parler d'une trêve temporaire. Une trêve dont l'aboutissement, qui devrait être la mise en route d'un vrai processus de paix, reste très aléatoire. Tout est donc au conditionnel dans cette affaire, ce qui n'autorise pas beaucoup d'optimisme.

 

Si l'on voulait cependant faire preuve d'optimisme à tout prix, on pourrait dire évidemment que cette trêve constitue un premier pas vers le rétablissement de la paix au Cambodge. Ce pourrait être le cas effectivement, s'il n'y avait pas les Khmers Rouges qui n'ont qu'un seul et unique objectif : la reconquête du pouvoir par tous les moyens, militaires, politiques ou subversifs. Or l'actuel "cessez-le-feu" ne contribue en aucune manière à neutraliser les Khmers Rouges, ni à réduire le danger menaçant qu'ils représentent pour l'avenir du Cambodge. Au contraire, il va leur permettre- en l'absence de tout contrôle - de se renforcer sur le terrain, ce qu'ils ne manqueront pas de faire en une si belle occasion. Les communistes vietnamiens, de leur côté, sauront certainement exploiter aussi la nouvelle situation. Car il serait étonnant qu'ils ne sachent pas en tirer profit, d'une manière ou d'une autre.

 

Dans un tel contexte, tout pronostic optimiste sur la suite des événements serait hasardeux. Dès le premier jour de la trêve les 4 factions avaient d'ailleurs déjà commencé à s'accuser mutuellement de violation dans telle ou telle région, ce qui n'était pas un très bon signe. On peut toutefois préférer retenir l'hypothèse d'une consolidation de cette trêve, après quelques "bavures" au début. Dans ce cas, c'est-à-dire si la trêve se transformait en une véritable cessation des combats, on pourra se demander qu'est-ce qui justifierait encore le maintien de l'alliance contre-nature entre les "nationalistes non-communistes" et les Khmers Rouges, auteurs du génocide.

 

En effet cette déplorable et funeste alliance perdrait alors toute raison d'être, et vouloir la maintenir ne pourrait que faire le jeu des auteurs du génocide. La rompre permettrait au contraire de les marginaliser, et par là même d'amorcer leur élimination définitive de la scène politique (cambodgienne et internationale). Il va sans dire que cette élimination suppose nécessairement qu'il leur serait interdit de participer à des élections libres, pour lesquelles ils sont disqualifiés pour cause de génocide et de crime contre l'humanité. S'il en était ainsi, l'avenir apparaîtrait plus prometteur et plus rassurant pour le Cambodge et son peuple. Mais les deux factions non-communistes auront-elles le courage de se détacher enfin de leurs détestables alliés actuels, si la trêve du 1er Mai se révélait durable ? On voudrait l'espérer, mais pour le moment il y a malheureusement tout lieu d'en douter.

 

MOULKHMER

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Published by Sangha OP - dans Editorial Moulkhmer
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