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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 10:44

Conte khmer : M. Kong Hien.

Morale de l’histoire : Semis du riz soulève la terre, la femme soulève l’homme.           

Jadis, il y avait un homme, nommé Kong. Celui-ci a deux épouses, nommées Aing et Kom. Un jour, Kong amène ses deux épouses pour se rendre visite aux parents habités dans une contrée lointaine. Leur chemin doit traverser une forêt où il y a un tigre féroce qui rôde jour et nuit à la recherche de la nourriture. Ce jour-là, le tigre ayant les crocs, vient se cacher tout près du chemin dans l’espoir de trouver sa proie. Quelques heures d’attente, il aperçoit trois hommes qui marchent à la queue le leu. D’un bond, il sort de sa cachette, émette un cri et se précipite vers Kong. Vu le titre en colère de faim, le cœur de Kong remplie vite l’air de frayeur. Avec son stimulus, Kong ne pense qu’à courir pour se cacher dans un trou d’un arbre. Dedans, son corps tout entier se tremble, il ne se contrôle plus de sa crainte d’être dévoré vivant par le tigre. Il pisse dans son sarong et prie les génies de la forêt pour venir en aide. En revanche, les deux épouses n’ont pas peur de l’animal. Avec leur bâton à la main, elles courent vers le tigre et l’abattent à mort. Vu le tigre ne bouge plus, Kong sort de sa cachette, arrache le bâton de la main d’une de ses épouses, frappe avec toutes ses forces sur le corps du tigre sans vie.  

- Pourquoi tu frappes encore, tu es aveugle ou quoi ? il est mort, Aing gronde son mari,

-Tu ne peux pas me faire croire que ce titre a été tué par vous deux. Les femmes ne peuvent pas faire ce genre de chose, il n’y a que l’homme qui peut tuer ce tigre, met ça dans ta petite tête, imbécile, dit Kong.

Connaissant le caractère de leur mari, les deux épouses n’ont pas prêté attention à lui répondre. En tout cas, dans ce genre de situation, la meilleure solution, c’est de lui laisser parler jusqu’au bout, quelque incongrue que soit sa parole. Après quoi Kong arrache quelques tiges de lianes pour attacher le titre et l’amène sur son dos au village. Vus Kong porte le tigre au dos, les villageois courent après Kong pour lui demander, comment il a fait pour tuer ce tigre féroce. Les femmes de Kong racontent l’histoire aux badauds, mais Kong les interrompe et dit : « Il ne faut pas croire à mes femmes, elles se plaisantent. Depuis la nuit des temps, on n’est jamais vu les femmes pouvant tuer un tigre de cette taille avec du simple bâton.  C’est moi, qui l’ai tué avec mes techniques des arts martiaux ». Quand il termine sa phrase, Kong fait une démonstration de ses techniques en soutant et criant comme un maître de boxe. Il mélange les gestes et les cris, ce qui donne un effet à la fois comique et touchant. Vu cette démonstration, les gens n’ont plus de doute sur la capacité de Kong. Ils admirent Kong et lui attribue un surnom  « Hien » (Kong le courageux). Cet exploit se répand jusqu’au roi du pays. Il convoque ce brave et le nomme Grand officier de son armée.

Quelque temps après, le pays est attaqué par des troupes étrangères. Kong a reçu l’ordre du roi pour partir combattre les ennemis du Royaume. Arrivé à la maison, Kong a l’air triste et ne mange plus son repas. Vu l’état de leur mari, les deux épouses demandent à Kong :

Pourquoi es-tu triste ?

J’ai reçu l’ordre du roi de partir à la guerre, j’en ai peur, répond Kong.

Les deux épouses rassurent leur mari en promettant d’aider Kong dans cette mission militaire.

Le lendemain matin, Kong conduit ses troupes aux champs de bataille. Il s’assied sur la tête de son éléphant de guerre, ses deux épouses montent aussi sur l’animal. À la vue de la formation des troupes d’ennemis, la peur envahit l’esprit de Kong. Son ventre se contracte, bien entendu cela laisse sortir les excréments et l’urine par la voie naturelle dans sa culotte.  Sentir la fraîcheur sur sa tête, l’éléphant pense que son maître lui à donner l’ordre de charger les ennemis. Il sort de la ligne et commence à courir tout seul vers les ennemis. Vus, cette attaque soudaine, les soldats d’ennemis pensent qu’ils sont en train de faire face à un génie invincible et invulnérable. Ils abandonnent leur formation de combat et courent dans toutes les directions pour se sauver leur vie. Quelques instances plus tard, Kong se réalise, malgré sa peur, il est en train de gagner la bataille. Les soldats de Kong crient la victoire et ruèrent vers les ennemis en les tuants en grand nombre. Quand Kong descend de son éléphant, beaucoup des officiers sentent l’odeur des excréments venant de Kong. Pourquoi vous avez fait vos besoins dans votre culotte, demande un de ses officiers. Kong lui répond avec un ton moqueur :  « Tu crois quoi, dans cette situation, je ne peux pas demander la permission à mes ennemis d’aller au petit coin. Tout le monde rit. Cette réponse ne convainc pas l’ensemble des auditeurs. Quelques officiers pensent que Kong ment. Les autres ont accepté cette explication sans chercher à savoir plus. Ayant appris la victoire de Kong, le roi est content et récompense Kong. 

Quelque temps plus tard, les gens sont venus se plaindre au roi qu’il y a un crocodile féroce qui attaque tout le temps les pêcheurs et les villageois. Le roi ordonne à Kong d’aller tuer ce crocodile. Pendant la nuit, taraudé par un ordre du roi, il commence à observer des étoiles qui se situent de part et d’autre de la Voie lactée. Un sentiment de honte l’assaille : Kong se dit, cette fois, c’est fini pour lui :  « Comment je peux tuer la chose dans l’eau, je ne sais même pas nager. Vus, la tristesse de leur mari, les épouses rassurent encore une fois à aider Kong dans sa mission humanitaire. Le lendemain matin, Kong part avec ses épouses et les autres membres de sa famille au point d’eau où vit le crocodile féroce. Arrivé à cet endroit, désespéré, Kong décide de se suicider en offrant son corps au crocodile. Quand il voit ce grand reptile, il saute dans l’eau à l’endroit où il y a deux arbres côte à côte. Le crocodile entend le bruit et voit un corps humain dans l’eau, il quitte précipitamment sa tanière pour dévorer sa proie. Sur son élance rapide, son corps est coincé entre les deux arbres. Il s’efforce en vain de toute son énergie pour se libérer de ce piège naturel. Quelques instances plus tard, Kong ne voit pas le crocodile vient dévorer son corps, il sort de l’eau et voit son meurtrier se bloque entre les deux arbres. Il ordonne aux membres de sa famille de tuer immédiatement le crocodile. Encore une fois, Kong est récompensé par le roi.


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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 05:58

Khmer nationalism 

I began this essay by asking me questions : What are our thoughts on nationalism khmer ?

Let me first of nationalism. According to Ernest Gellner, professor of social anthropology at Cambridge University this defines nationalism : " Nationalism is primarily a political principle, which asserts that political unity and national unity must be congruent. It is against this principle that nationalism as a feeling or movement can be better defined. Nationalist sentiment is the feeling of anger aroused by the violation of this principle or the feeling of satisfaction that comes its realization. A nationalist movement is a movement led by such a feeling".

In the minds of many of the Khmer, the glory of the Angkor period, gives us every right to think that our country remains a great country. Let us remember that this nation was built in a long process of evolution and complex, as Ernest Renan said that a nation is built by both the living and the dead. The Khmer Nation, in fact, since Fou-nan to Chen-la and Chen-La to Norkor Thom and Norkor Thom to Kampuchea yesterday and today had evolved, it is still evolving today and tomorrow will continue to evolve on the basis of progress and improvement, that is to say about the mix between old and new.  After twenty-one century of evolutions, we make a bitter report : We are not anymore a big country, despite the existence of the temple of Angkor. But it is curious to know what remains of Khmer nationalism after centuries of decadence.

Speak of nationalism, it is imperative to know beforehand what is a Nation? " We would have probably as much definitions, each regime and political power have its own definition. And to avoid returning to the retailer without end, we give here the definition that has an universal common value.

Ernest Renan writes : " A nation is a soul, a spiritual principle. Two things, actually, are but one, constitute this soul or spiritual principle. One is in the past, the other in the present. One is the possession in common of a rich legacy of memories, the other is present-day consent, the desire to live together, will continue to claim the legacy that has received undivided. Man, gentlemen, not improvised. The nation, as individuals, is the culmination of a long past of endeavors, sacrifice and devotion. Ancestor worship is all the more legitimate the ancestors have made us what we are. A heroic past, great men, glory (I mean the real), is the social capital upon which one bases a national idea. "Better is the nation where the men spend their life in common and where the laws remain untouched. But what is the end of the nation ? The preservation and prosperity of its members. And what is the surest sign that it is preserved and prosper ? There is peace in social progress. 

Khmer nationalism justified by glory and pain :

The Khmer Nation is an old nation. It has its history in which there was the glory and suffering of common people. The temple of Angkor and the others are national pride. The joy of watching the Khmer temples wherever they are, is a reality, an eternal truth in the heart of Cambodia. When it comes to emotion, we can not betray the nature of man. But in the history of the Khmer, there was also at pains to tel l: The civil war, foreign aggression, decadence, etc.

The joy and the pain strengthen ties between the Cambodians. They are born khmer nationalism. Renan also said : "Having suffered together, yes, suffering in common unites more than joy. With national memories are concerned, mourning are better than triumphs because they impose duties, they order the common effort. " 

Khmer nationalism justified by the cultural value :

This topic is dear to the late Professor Keng Vannsak, sociologist and linguist khmer. His thesis was in contrast with that of French scholars. S. Levi, French scholar, writes :

"India gives its fables to his neighbors who will teach the world. Mother of faith and philosophy, it provides three quarters of Asia a god, a religion, a doctrine, an art. It is his sacred language, its literature, its institutions in the East Indies to the limits of the known world and then bounces back to Madagascar, perhaps the coast of Africa where this influx of immigrants Hindus seems to follow the footsteps clouded past.

The points of discord Keng Vannsak with French scientists are not on the word "influence", that is to say, the influence of Indian culture with that of the Khmer, but rather on the word "no", c that is to say the absence of the culture of Khmer origin. When a nation has its own strong culture of origin, it can not be influenced by another culture on its own, but rather a deliberate choice on his part for its innovative culture.  For him, the examples don’t miss to demonstrate that this renovation is real, it known as the "nationalization".

Keng Vannask adds : "This is not a mistake for the very great civilizations, however, that borrow themes common to other civilizations. The literatures of peoples reflect and facilitate the interference between the currents of civilization. But that is precisely not those loans which, to be understood and accepted by all people, should be foremost, assimilated and refashioned by a "nationalization "long, deep and constantly renewed.

Thus the Ramayana India turned into Reamker khmer. And if the book title, characters and places of action still remain vaguely Indian names, content on the other hand, differs completely from the work of Valmiki.

Opposite the Buddhist literature, the transformation is not as radical. Nevertheless, some Jatakas are accepted and retained because they received a form and substance consistent with the Aesthetics and Ideology Khmer.

Such remodeling is a form of Khmérisation in art as in language, this khmérisation done by two main trends of the Khmer civilization namely: Realism and Rationalism. It is precisely these two trends have proceeded to the humanization of God Rama and given a systematic form of "argument" in Reamker.

But the Khmer Realism is not merely to bring the divine to the human, the sublime to the ordinary, wonderful reality. There is also a means of action. Efficiency is not a function of metaphysics, but the pragmatic one based on "accurate knowledge and prudent and be" useful. "

From 1970, this debate had flourished because Professor Keng Vannsak no longer the political barrier to increasing the sound of his voice to criticize the foreign scientists of all sizes, of course in the field of Khmer culture. But his only fault is that he never published articles on this subject, I said post, because it is highly likely he has written much. The publication with parsimony of his work makes defect to his supporters, because every time they faced on this issue with their opponents, it is difficult for them to make reference to specific ideas of their Guru. In any case, M. Keng Vannsak was a great patriot and nationalist conviction. Despite its flaws like any human being, it represents the youth of my generation, a symbol of "protest the dictates of power all its forms." In the minds of many, he is the scientist of the Khmer. During his lifetime, Radio Free Asia (RFA) was able to save many hours of conversation with him. The thesis Keng Vannsak is a form of 'Nationalism khmer "in the field of Culture.

Let's talk a little about our cultural nationalism. Yvonne Bonger wrote in his book (the Cambodian monarchy) said :

"Cambodia Angkor, as it is known to us by epigraphy appears as a deeply Indianized, at least at the level of the ruling classes." 

My view : We know that the penetration (in the middle of the fourth) of the major Indian religions in Cambodia, with two Hindu deities "antagonistic" and especially Vishnu ç iva and Mahayana Buddhism (Great Vehicle) with Bodhisattvas (candidate for the dignity Buddha), model and intercessors, undoubtedly a strong influence in the Khmer thought. This importance does not destroy the backbone of the Khmer society but rather complement the missing parts, which are: the science of government and philosophical thought which are two important elements for the progress of a nation. The coupling of two systems of society is born without any doubt the embryo of the Khmer civilization. Being in a stage of realization, our culture easily absorbs the Indian thought, which is expansive period of development. This combination creates a successful trust and mutual interests between the government and indigenous Brahmins with merchants coming to profess Hindu statecraft to Khmer monarchs. To be on good term with the local authority which is already in power, the Brahmins are forced to bend to their caste system, to recognize a certain value of Aboriginal culture and to ignore the practices of kings Angkor. So they are implementing the policy of assimilation of their belief in the commercial culture of the country. This policy has more appeal to Khmer kings and their courts because they do not see Hinduism as a direct threat to their temporal power, but rather to help the Monarchs become eternal. They readily accept, in effect, to convert to the religion of converts and later transformed into a doctrine of governmental their imperial kingdom.

Apart from the remains of temples prestigious parent Kampuchea today, we see no trace of caste Hinduism in Khmer society. At first seen and known of Khmer history, we are grateful that our kings of Angkor were right to remove a decent social boundaries between the Khmer to make our society more humane at the time of transplantation of Hinduism in our faith .

The law of Hinduism is absent in the daily life of Khmer, because it governs by laws rather than Khmer. Here's a sample: The "Words of the Wise" :

"- Rich, help the poor, as they help such pieces of cloth around a naked body.

"- Scientists, protect the ignorant, as they protect you like sampans to help a big wreck.

"- Powerful, also want on the weak,

"- Well fed, feed the hungry,

"- Blessed, think about the poor, such as anchors, sails and ropes to help the big ships that you are not to sink to the bottom of the ocean of life constantly agitated by storms ....

We know that cultural change is often a very painful experience, and also because of competing cultures were in conflict to capture souls, just as there were centers of political power that vied to bribe men and seize their territory during the transition period should be subjected to violence and conflict. However one notes that there were not violences, nor conflict in the conjunction between the culture of Khmer origin and that of India. The actual historical facts confirmed.

This is to show us that the Khmer Nation had not been afraid in the past to have contact with a civilization of Hinduism, one of the powers in the world. This insurance gives rise instead khmer nationalism. 

Khmer nationalism justified by fear :

Two famous political memoirs, "the Khmer mentality" Bun Chan Mol and "march west" Noun Kheun us today. The first, written in 1970, calls on his countrymen to abandon the practice evil Khmer selfishness. The second, written in 1971, shows that there is a danger to our country from neighboring countries, Thailand and Vietnam, while Cambodia was not able to achieve a liberal democracy in our system of government. These two calls are pathetic I think a maxim Khmer, in which our ancestors had wanted to remember the "evil khmer, whose goal is not to humiliate the Khmer people, but to give him the opportunity to draw lessons, to reform, improve and avoid, to the country tomorrow that disillusioned. This maxim is this :

  • Thais never give up the method,
  • Vietnamese never abandon hypocrisy
  • Khmer miserable never abandon defamation.

When the country is in trouble, M. Douc Rasy, an intellectual khmer writes: "It remains so to say that patriotism and a sense of belonging to the same community. It is both little and much the same time provided we know the highlight. If a widespread feeling, we can make a reason to live, then we will mobilize all forces available to us in his service. The reason will realize the hope of the future. "

The reason, in a weak position, should not be based on fear of others, but rather on self-confidence.

Since I have the age of reason, I always heard and I hear that Vietnam and Thailand have stolen and yet steal Khmer lands. I therefore ask what have we done so we can fly like that ? One tells me that the reasons are multiple :  civil wars, the failure of leaders, the absolute monarchy, the French colonization, Buddhism, etc. I ask myself another question: Does the Vietnam and Thailand, they had no such problems ? This question is taboo seen the concept of Khmer nationalism based on fear of others, but paradoxically whenever we had problems between us, we did not hesitate to ask others for help. In this confused state of mind that Kampuchea has also lost its empire.

He must know that the decline of the Khmer nation since the thirteenth century was not only military was that of the spirit of nationalist ideology and finally that of any economic organization, culture and politics. This decline is so profound to this day still causes and consequences are rarely fully analyzed, reduced to facts cited above. How this decline is she thinking ?

Now with the unification of the three Ky (Tonkin, Annam and Cochin China) and the emergence of industrial society in Thailand were the consequence of allowing both countries to dominate economically Kampuchea and sometimes their populations of having the feeling of being superior to the Khmer population.

Given this reality, fear of Vietnamese and Thai become our obsession of all time. Our debate revolve around this topic. It becomes a major issue for intellectuals Khmer. When one raises the question : What to do ? The answer is so simple to understand: Request assistance to the UN and the powerful countries, etc. But where are the Khmer in these debates ? They could not do anything. But are the voters ? They gave their votes to the CPP (2 / 3 of seats in the National Assembly) to govern Kampuchea freely. No, no, it was cheating. The CPP has bought the voices and threatened retaliation. But we hesitate not to validate in a timely manner, the results of elections for seats in the National Assembly. They also told me, it takes time to teach Khmer to know their rights and duties as citizens. We always forget that the Khmer today know better than anyone else's rights, because each time there is a dispossession of their lands and other violations nature of human rights, I note that they know will fight for their rights. Of course, they did not win because the gain, because their means used are illusory compared to the power of administrative and economic power. But that is another matter. I think that we ought to have any doubt about the ability of the Khmer understand the functioning of public liberty, whose rights and duties of citizens are principles. When the CPP won the elections, should not always believe that he cheated, he was also the Democrats Khmers ask themselves why they have accepted this situation. When we yield to the fundamental principles of democracy such as elections, should not be surprising that there is any slippage in the current regime to the political hegemony. That is the rub, the Democrats can criticize the ruling party all they want but when it comes from "Basic", they turn their backs to avoid seeing it. In this case, how can they be credible vis-à-vis the voters ? This acceptance is it not also a proof of lack of comfortable support of the populace so that they can vigorously defend democracy .

Democrats raise fears of others to justify their nationalism. But what are their "universal joint" ? M. Dy Kareth, an intellectual khmer known, has done well to raise issues of unity of thought Democrats Khmer as a subject of debate. We can not, in fact, to identify, with the exception of a few bases known: fear of others, anger against the ruling party, the feeling of satisfaction about the adverse powerful countries in the address the current khmer royal government, etc. These bases are known they "social capital" on which sits a common idea? Of course not, because these bases there are simply common denominators that serve only to carry out all actions occasional whose interests are congruent.But the lack of unity of thought on the country's history, a heroic past of great men, glory, a common will to continue to claim the legacy that has received undivided, etc. not allow the Khmer Democrats to work together on a future project. Do not forget that the Cambodians knew the word "Khmer Democrats" since 1947 and we are now in 2009, more than six decades, the Democrats continue Khmer always begging their identity. Currently both sides of the parliamentary opposition, claiming the title of Democrat, will find it difficult to agree their common policy. The ISP, with over a million votes and PDH, with 400,000 votes, in the last elections, everyone was still hoping to win solo for the next competition. It seems to me their willingness to work together would create more fear, coercion, duress, the interest that the formation of a new force to develop democracy in Cambodia. The other fear is it a factor of disunity? This is an important issue that deserves to be discussed.

M. Noun Kheun writes : "Nationalism is not only a sense of patriotism, it is also a movement to upgrade the national ideology and any other value that supports the achievement of the development of national strength in the political and economic. In this, our first duty is to strengthen our nationalism, which constitute the solid foundation of our nation. This foundation will be able to transform in efficient national ideology. In other words, for the word "nationalism" is in its true sense, we need all the elements listed above are met. In addition, the development of nationalism depends on that of democracy which allows people to participate in state affairs. This will enhance social justice. If there was no "duty", he never nationalism. In this condition, the sound of the word "patriotism" is more like the sound coming from a hidden drum, which nobody attaches any importance. "

Cambodia was a great nation. Today in size and number of its population, it becomes a small country compared to Vietnam and Thailand. We know that much of its territories were annexed by the two countries and a large number of Khmers living in these territories have become irredentist nationalists to defend their culture, but they do not claim autonomy Land their ancestors. This proves that the integration of "external Khmer territory in the political society of Vietnam and Thailand is well done. In addition, the amputation of Khmer territory during the period of French protectorate has also been recognized by the Cambodian government and international law. Today, tThe lot of Khmers who still might question the policy of expansionism Vietnam and Thailand : What it was yesterday, what it is today and what it will be tomorrow. Because he believed that both countries would not be afraid to usurp their rights on Khmer territory, they had the opportunity to do so. For this reason, the Khmer Nation has more need than ever to bring about "khmer nationalism" based on force and the national ideology. Both are the foundation of the Khmer nation.

Should be aware that nationalism is not an ideological invention to serve a political doctrine based on the rule of the nation and racism as the case of National Socialism of Adolf Hitler. "

What is the national force Khmer ? The national strength is not a force or aggressive neighbors, or a force of oppression of the population, it would be a force for social cohesion and of national unity.

What is the national ideology Khmer ? Khmer ideology based on the principle of « Realism » : The peace, national independence, territorial integrity, liberal democracy and Buddhism.

Finally, the strength and the national ideology seeking to give people a sense a unity and a landmark. The being of people founded the Nation. I am conscious in writing this essay that the problem of nation, nationalism put itself and put himself again to Cambodia. When Cambodia opened, when a new type of globalization, organization of the region of Southeast Asia, the world therefore, starts up, it is important to understand how it thinks the nation, it presents the report to the nationalism which is now suspected of being based on fear of others.
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Published by Sangha OP - dans Articles en Anglais
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 04:02

Histoire du Cambodge : Période Founanaise ou Première Période historique. 

(Extrait du livre de G. Coedès - Les États hindouisés de l’Indochine et d’Indonésie).

 

Les rois du Fou-nan :

Ier siècle :

-          Houen t’ien ou Kaundinya.

-          Houen p’an houang (filiation : descendant de Houen t’ien).

-          P’an-pan ( Second fils de Houen p’an houang, durée de règne 3 ans).

IIe-IIIe siècle :

-          Fan Che-man ou çri mâra (Général). Il est élu roi après la mort P’an-pan.

-          Fan tchan (225-250), neveu de Fan Che-man, durée de règne : 20 ans. Roi usurpateur, il assassine l’héritier du trône, nommé Kin-cheng

-          Tch’ang (Fils de Fan Che-man), Roi usurpateur, il assassine Fan Tchan.

-          Fan-Siun (Général) (date d’ambassade : 268 à 287).

IVe siècle :

-          Tchan-t’an ou Chandan (Date d’ambassade : 357).

-          Kiao-Tch’en jou ou Kaundinya

-          çri Indravarman (date d’ambassade 424-453).

Ve siècle :

-          Jayavarman (Date d’ambassade 480-550)

-          Gunavarman (date d’ambassade 517-539) ; fils de Jayavarman avec la reine Kulaprabhâvati).

-          Rudravarman (le dernier roi du Fou-nan), de fils de Jayavarman avec une de ses concubines. Il assassine son demi-frère Gunavarman.

 

Les débuts du Fou-Nan.

Les Chinois appelaient Fou-Nan. Ce nom est la prononciation mandarine moderne de deux caractères prononcés autrefois b’iu-nâm, qui sont la transcription du vieux mot khmer bnam, actuellement phnom (Montagne). Les rois de ce pays avaient pour titre une expression signifiant « roi de la montagne », en Sanskrit parvatabhûpâla ou çailarâja, en khmer krung bnam, et c’est d’après ce titre royal que les chinois prirent l’habitude de désigner le pays.

Son centre se trouvait sur le cours inférieur et dans le delta du Mékong, mais son territoire dut englober à son apogée le Viêt-nam méridional, le moyen Mékong, et une grande partie de la vallée du Ménam et de la Péninsule Malaise. Sa capitale fut, à une certaine époque, Vyâdhapura (la cité des chasseurs), en chinois T’ö-mou qui est peut-être une inscription d’un terme khmer (dmâk,dalmâk) ayant le même sens. La ville était située, aux environs de la colline de Ba Phnom, et du village de Banam, deux toponymes de la province cambodgienne de Prei Vèng qui perpétuent jusqu’à nos jours le souvenir du nom ancien. D’après l’Histoire des Leang, cette ville était à cinq cents lis (200 km) de la mer. C’est à peu près la distance qui sépare Ba Phnom du site d’Oc Eo, où devait se trouve, sinon le port lui-même, du moins un emporium où étaient établis des commerçants étrangers.

Les premiers renseignements sur le Fou-nan proviennent d’une relation laissée par la mission des envoyés chinois K’ang T’ai et Tchou Ying qui visitèrent ce pays au milieu du IIIe siècle. Leur récit dont l’original est perdu, mais dont il subsiste des fragments épars dans les Annales et dans diverses encyclopédies, constitue, avec une inscription sanskrite du IIIe siècle, la base de notre documentation sur deux premiers siècles de l’histoire de ce pays.

D’après K’ang T’ai, le premier roi du Fou-nan aurait été un certain Houen-t’ien, c’est-à-dire Kaundinya, venu soit de l’Inde, soit de la Péninsule Malaise ou des îles du Sud. Celui-ci ayant rêvé que son génie familier lui remettait un arc divin et lui ordonnait de s’embarquer sur une grande jonque marchande, se rendit au matin dans le temple où il trouva un arc au pied de l’arbre génie. Il prit alors la mer sur un navire que le génie fit atterrir au Fou-nan. La reine du pays, Lieou-Ye (feuille de cocotier), ayant voulu piller le navire et s’en emparer, Houen-t’ien tira de son arc divin une flèche qui traversa de part en part la barque de Lieou-Ye. Celle-ci, effrayée, se soumit et Houen-t’ien la prit pour femme, mais mécontent de la voir nue, il plie une étoffe au travers de laquelle, il lui fit passer la tête. Puis, il gouverna le pays et transmit le pouvoir à ses descendants.

Telle est la version chinoise des origines dynastiques du Fou-nan. C’est sans doute la déformation d’une légende indienne, rapportée plus fidèlement par une inscription sanskrite du Champa. D’après celle-ci, le Brahmane Kaundinya, ayant reçu un javelot du Brahmane Açvatthâman, fils de Drona, le jeta pour marquer l’emplacement de sa future capitale, puis épousa une fille du roi des Nâgas, nommée Somâ, qui donna naissance à une lignée de rois. Cette union mystique, qui était encore commémorée à la cour d’Angkor à la fin du XIIIe siècle par un rite mentionné par l’envoyé chinois Tcheou Ta-Kouan, et dont la chronique cambodgienne moderne a gardé le souvenir, et identique à celle d’où se prétendaient issu les rois Pallavas de Kânchi, dans l’Inde du Sud. Les opinions sont d’ailleurs partagées sur l’origine lointaine de ce thème légendaire.

Quoi qu’il en soit, les évènements historiques qui reçurent ensuite cette affabulation ne peuvent pas être postérieurs au 1er siècle ap.J-C, car dès le siècle suivant, on se trouve au Fou-nan en présence de personnage historique, dont la réalité est attestée par l’épigraphie et par les historiens chinois.

D’après l’Histoire des Leang, un des descendants de Houen-t’ien, Kaundinya, nommé en chinois Houen-p’an-houang, mourut à plus de quatre vingt dix ans. Il eut pour successeur, son second fils, P’an-p’an qui s’en remit du soin des affaires à son grand général Fan-Man dont le nom complet était Fan Che-man, d’après l’Histoire des Ts’i méridionaux : « Après trois ans de règne, P’an-p’an mourut. Les gens du Royaume élirent tous Fan Che-man comme roi. Celui-ci était brave et capable. De nouveau par la force de ses troupes, il attaqua et soumit les Royaumes voisins ; tous se reconnurent ses vassaux. Lui-même prit le titre de Grand Roi du Fou-nan. Puis il fit construire de grands navires et parcourant toute la mer immense, il attaqua plus de royaumes dont ceux de K’iu-tou-k’ouen, de Kieou tche, de Tien-souen. Il étendit son territoire à cinq ou six mille lis.

 

Le Fou-nan (IIe - IIIe siècle).

Il est difficile de préciser l’étendue des conquêtes de Fan Che-man. On a de bonnes raisons pour considérer ce nom comme la transcription de celui du roi çri mâra, mentionné dans la vénérable stèle sanskrite de Vo-canh (dans la région de Nha-trang), que l’on a longtemps prise pour une inscription du Champa, mais dès 1927, L. Finot attribuait à un Etat vassal de Fou-nan. Si l’identification de çri mâra à Fan Che-man est exacte, l’inscription qui émane d’un descendant de çri mâra régnant d’après de l’écriture au IIIe siècle, doit être considéré comme une des sources de l’histoire du Fou-nan. Son témoignage montre qu’à l’époque où elle fut gravée et dans la région où elle fut érigée, c’est-à-dire dans l’actuel Khanh-hoa, le sanskrit était la langue officielle de la chancellerie royale.

Les textes chinois déjà cités nous apprennent que le grand conquérant Fan Che-man mourut au cours d’une expédition contre le Kinêlin, ou frontière d’or, qu’il y a lieu de considérer comme correspondant, soit à Suvannabhûmi, la terre d’or des textes en pâli, soit plutôt à Suvaruakudya, la muraille d’or des textes sanskrite (basse Birmanie ou Péninsule Malaise). Un neveu de Fan Che-man, nommé Fan Tchan, fit mettre à mort l’héritier légitime Kin-cheng, et usurpa le pouvoir. Mais une vingtaine d’années plus tard, Fan tchan fut assassiné par un fils de Fan che-man, nommé Tch’ang. Vengeance sans résultat, car Tch’ang fut tué à son tour par le général Fan siun qui se proclama Roi.

Ces évènements eurent lieu en gros entre 225 à 250, et c’est entre ces deux dates, pendant le règne de Fan tchan, que se place l’entrée en relation du Fou-nan avec la dynastie indienne des Murundas et sa première ambassade en Chine. L’importance de cet évènement répondait plutôt à des préoccupations commerciales qu’à des ambitions politiques, confère à son règne une certaine importance. À cette époque, celle des trois royaumes, la Chine du Sud (Royaume de Wou) se trouvant dans l’impossibilité d’utiliser pour ses relations commerciales avec l’Occident. La route de terre tenues par les Wei,  le Royaume de Wou cherchait à se procurer par la voie maritime les denrées de luxe dont elle avait besoin, or le Fou-nan occupait sur la route du commerce maritime une situation privilégiée, et constituait un relais inévitable aussi bien pour les navigateurs qui empruntaient le détroit de Malacca que pour ceux, probablement plus nombreux, qui transitaient par les Isthmes de la Péninsule Malaise. Le Fou-nan était peut-être même le terminus de la navigation en promenant de l’Orient méditerranéen, s’il est vrai que Kattigara de Ptolémée ait été situé sur la côte occidentale de la Cochinchine.

Ce règne de Fan Tchan est important, écrit P. Pelliot ; c’est cette usurpation qui serait le premier entré en relation officielle et directe avec les princes de l’Inde. Un texte du Ve siècle raconte qu’un certain Kia-siang-li, originaire d’un pays de T’an-yang qui se trouvait, semble-t-il, à l’occident de l’Inde, gagna l’Inde et de là le Fou-nan. C’est lui qui aurait appris au roi Fan Tchan l’existence des belles choses dans son pays, mais le voyage était long ; il pouvait, aller et retour, durer trois et même quatre années. Le Roi Fan Tchan fut-il séduit par les récits Kia-siang-li ? Du moins savons-nous de source sûre qu’il envoya en ambassade dans l’Inde un de ses parents nommés Sou-Wou. Celui-ci s’embarqua à T’eou-kiu-li, peut-être Takkola, ce qui indiquerait que l’influence du Fou-nan s’étendait bien alors jusqu’à l’océan indien. L’ambassade arriva aux bouches du Gange et monta le fleuve jusqu’à la capitale d’un prince qui appartenait sans doute, comme l’a reconnu S. Lévi, à la dynastie des Murundas. Le roi hindou fit promener Sou-Wou à travers son royaume, puis le congédia en lui remettant en présent pour son roi quatre chevaux du pays indo-scythe, et en lui donnant à son retour pour compagnon l’hindou Tch’en song. Quand Sou-Wou parvint au Fou-nan, il y avait quatre ans qu’il en était parti.

C’est encore Fan Tchan, d’après l’histoire des trois Royaumes, qui en 243, envoya une ambassade en Chine offrit en présent des musiciens et des produits du pays. Est-ce encore lui qui est l’auteur de l’inscription sanskrite précitée, et ce texte désigne comme membre de la famille de çri mâra ? La réponse n’est pas impossible, car Fan Tchan, fils de la sœur de çri mâra, pouvait à bon droit se dire parent de son prédécesseur.

L’usurpateur Fan Siun, qui succéda à Fan Tchan, après avoir mis à mort un fils de Fan Chan-man, reçut vers 245-250 la mission chinoise de K’ang T’ai et Tchou Ying qui raconta à la cour l’envoyé des Murundas.

Cette mission chinoise acheva de nouer avec Fou-nan des relations qui eurent pour résultat une série d’ambassades envoyées en Chine par Fan Siun de 268 à 287 et mentionnées dans l’Histoire des Tsin. Les trois dernières, celles de 285 à 287 furent peut-être une conséquence de la recrudescence du commerce maritime après la réunification de la Chine par les Tsin en 280, réunification qui provoqua de la part de la cour une demande accrue pour les produits de luxe importés des pays du Sud.

C’est sans doute à K’ang T’ai que l’on doit les premiers renseignements sur le pays : « Il y a des murées, des palais et des maisons d’habitations. Les hommes sont tous laids et noirs, leurs cheveux sont frisés ; ils ne sont pas du tout voleur. Ils s’adonnent à l’agriculture. De plus, ils aiment à graver des ornements et à ciseler. Beaucoup des ustensiles dont ils se servent pour manger sont en argent. L’impôt se paie en or, argent, perles, parfums. Ils ont des livres et des dépôts d’archives et autres choses. Leurs caractères d’écriture ressemblent à ceux des Hou (c’est-à-dire des gens employant une écriture d’origine indienne).

 

Fou-nan : règne de l’Hindou Tchan-t’an (357).

En 357, le Fou-nan, à la suite de circonstances inconnues, était tombé sous la domination d’un étranger.  Au premier mois de cette année-là, disent les Histoires des Tsin et des Leang (T’ien-tchou Tchan-t’an, roi du Fou-nan offrit en tribut des éléphants apprivoisés). T’ien-tchou est le nom chinois de l’Inde et l’expression « T’ien-tchou Tchan-t’an » signifie « l’Hindou Tchan t’an ». S. Lévi a montré que tchan-t’an est une transcription de Chandan, titre royal en usage chez les Yue-tche ou indo-Scythes, et spécialement chez les Kushânas dans la lignée de Kanishka. « Tien-tchou Tchan-t’an ou Tchou Tchan-t’an, écrit-il, est donc un personnage royal originaire de l’Inde ; son titre de Tchan-t’an paraît bien le rattacher à la même souche que Kaniska. Le rapprochement n’a rien d’inattendu. Un siècle plutôt que Tchou Tchan-t’an, au temps des Wou (220-264), entre 240 et 245 selon les calculs de M. Pelliot, le roi du Fou-nan avait envoyé un de ses parents en ambassade dans l’Inde chez le souverain Meou-louen (Murunda) qui régnait sur le Gange, et le Murunda avait en retour envoyé au roi Fou-nan comme présent quatre chevaux des Yue-tche. Nous savons quels lient étroits unissaient les Murundas aux Yue-tche ; on est allé jusqu’à soutenir que Murundas était le titre dynastique des Kushânas. Nous savons aussi que les Kouchans avaient étendu leur domination sur le Gange, au moins jusqu’à Bénarès, où ils avaient installé un satrape. En 357, sous le Grand empereur Samudragupta, toute l’Inde du Nord obéissait à la dynastie Gupta ; les envahisseurs scythiques avaient été refoulés. Il n’est pas impossible qu’une branche de la famille Kopuchane, expulsée des rives du Gange, ait cherché fortune au-delà du Golfe de Bengale, dans cette terre de l’or (Suvarnabhûmi, chrysê) qui s’ouvrait aux aventuriers venus de l’Inde.

Il est permis de se demander si le règne de cet étranger, venant après les échanges d’ambassades avec les Murundas, ne signifie pas certains rapprochements qu’on est tenté d’établir dans plusieurs domaines entre le Fou-nan et le Cambodge ancien d’une part, et le monde iranien d’autre part.

On verra plus loin qu’à la fin du Ve siècle, le serviteur d’un roi du Fou-nan portait le nom ou le titre de K’ieou-tch’eou-lo, qui pourrait être identique au titre de Kujula en usage chez les Kushâna. Un peu plus tard, au VIIe siècle, on voit un Brahmane scythe (çaka) venir du Dekhan et épouser la fille du roi Içânavarman Ier. L’iconographie préangkorienne des images de Sûrya, avec leurs tuniques courtes, leurs bottillons et leurs ceintures analogues à celle des Zoro-astriens, est d’inspiration nettement iranienne, et c’est peut-être le soleil, ainsi représenté et considéré comme un Brahmane « mage » ou « scythe » qui est désigné dans l’épigraphe angkorienne par le nom de çakabrâhmana. Il n’est pas jusqu’à la coiffure cylindrique des images préangkorienne de Vishnu qui ne puisse être considérée comme trahissant une influence iranienne. Le modèle immédiat de cette coiffure se retrouve, il est vrai, dans la sculpture des Pallavas. Mais on sait que l’origine septentrionale de ces derniers est soutenue par toute une école qui en fait des descendants des Pallavas, c’est-à-dire des Parthes. Enfin le nom même des Kambujas, héritiers du Fou-nan, pourrait être mis en relation avec celui des Kambojas iraniens. Il serait imprudent pour le moment, de trop pousser ces approchements, mais ils méritent d’être signalés, surtout depuis que la découverture à Oc Eo, dans l’Ouest Cochin-Chinois, d’une intaille représentant une libation au Feu et cabochon avec effigie sassanide, a fourni, une preuve tangible des rapports du Fou-nan avec le monde iranien.

Le règne du Chandan hindou ou Indi-scythe constitue dans l’histoire du Fou-nan une sorte d’intermède entre deux entr’actes. La date de 357 est la seule que l’on connaisse de son règne, et l’on n’entend plus parler du Fou-nan avant la fin du IVe siècle ou le début du siècle suivant.

 

Fou-nan au Ve siècle.

En résumé, si divers témoignages archéologiques et chinois indiquent que la pénétration hindoue est aussi ancienne dans les îles que sur la péninsule, la première moitié du Ve siècle, avec les inscriptions du Mûlavarman à Bornéo et Pûrnavarman à Java, et le développement des relations diplomatiques avec la Chine, nous fait assister à une recrudescence de l’hindouisation de l’Inde extérieur qu’on peut attribuer, sinon à un afflux d’immigrants, du moins à l’influence d’éléments culturels que divers indices permettent de considérer comme originaires de l’Inde orientale et méridionale.

On a cherché dans l’histoire de l’Inde propre des causes immédiats à ce mouvement, et l’on a dépensé beaucoup d’imagination pour rattacher les nouvelles dynasties de l’Inde extérieur à des maisons royales hindoues. G.Coedès ne suivrait pas sur ce terrain mouvant les auteurs qui ont cru pouvoir s’y aventurer. Toutefois, on peut considérer comme très probable que les conquêtes de Samudragupta (environ 335-375) dans l’Inde du Sud et la soumission du Souverain Pallava avec ses vice-rois qui s’ensuivit, produisirent de graves perturbations qui eurent à leur tour pour résultat l’exode de certains éléments de l’aristocratie méridionale vers les pays de l’Est. On a vu que c’est à la conquête de la vallée du Gange par Samudragupta que S. Lévi attribuait la présence probable d’Indo scythe sur le trône du Fou-nan en 357. Cet épisode n’était peut-être que le prélude d’un mouvement général qui, du milieu du IVe siècle au milieu du Ve siècle, porta vers la péninsule et les îles déjà hindouisées et en rapports réguliers avec l’Inde, des princes, des Brahmanes, des lettrés à qui est dû l’essor de l’épigraphie en langue sanskrite au Champa d’abord, puis à Bornéo et Java.

C’est à la même époque sans doute pour les mêmes raisons que le Fou-nan se vit infuser une nouvelle dose de culture hindoue à qui est due la plus ancienne inscription du Fou-nan après la stèle de Vo-canh.

L’histoire des Leang nous apprend qu’un des successeurs du Chandan hindou fut Kiao-tch’en-jou (Kaundinya). C’était un Brahmane de l’Inde. Il y eut une voix surnaturelle qui lui dit : « Il faut aller régner au Fou-nan ». Kaundinya se réjouit dans son cœur. Au Sud, il arriva au P’an-p’an. Les gens du Fou-nan l’apprirent ; tout le royaume se leva avec joie, alla au-devant de lui et l’élut roi. Il changea toutes les règles selon les méthodes de l’Inde. Kaundinya mourut. Un de ses successeurs Tch’e-li-t’o-pa-mo (çri Indravarman ou çreshthavarman), au temps de l’empereur Wen des Song (424-453), présenta un placet et offrit en présent des produits de son pays. Il s’agit des ambassades que l’Histoire des premiers Song place en 434-435 dont il est dit dans le même ouvrage qu’en 431-432, « le Lin yi (Champa) voulut abattre le Kiao-tcheou (Tonkin) et emprunter des soldats au roi Fou-nan. Le Fou-nan n’y consentit pas ».

 

Les derniers rois du Fou-nan (480-550).

C’est une dizaine d’années après que l’Histoire des Ts’i méridionaux parle pour la première fois au Fou-nan du roi Chö-ye-pa-mo (Jayavarman), ayant pour non de famille Kiao-tch’en-jou, c’est-à-dire descendant de Kaundinya. « Ce prince, écrit P.Pelliot, avait envoyé des marchands à Canton, qui, à leur retour, furent jetés sur côte du Lin-yi (Champa), ainsi que le bonze hindou Nâgasena qui se trouvait à bord avec eux. Nâgasena gagna le Fou-nan par chemin de traverse, et, en 484, le roi Jayavarman l’envoya offrir des présents à l’empereur de Chine, et lui demander en même temps de l’aider à vaincre le Lin-yi. Depuis quelques années, en effet, un usurpateur s’était emparé du trône de ce pays, mais alors que les textes sur le Lin-yi l’appellent Tang-ken-tch'ouen, fils du roi du Fou-nan. Le roi Jayavarman le présente cet usurpateur comme un de ses serviteurs, nommé Kieou-tch. L’empereur de Chine remercia Jayavarman de ses présents, mais n’envoya pas de troupes contre le Lin-yi. À travers la phraséologie souvent obscure du placet, nous distinguons du moins deux choses : d’abord que le culte çivaïte était dominant au Fou-nan. Mais, en même temps, le Bouddhisme était pratiqué. Le placet est en grande partie bouddhique et il est remis par un bonze hindou qui a séjourné au Fou-nan. Bien plus, c’est sous le règne de Jayavarman que deux bonzes originaires du Fou-nan viennent s’établir en Chine ; tous deux savaient assez le sanskrit pour qu’on les ait employés leur vie durant à traduire les livres saints.

Le même passage de l’Histoire des Ts’i méridionaux, d’où P.Pellot a extrait ces renseignements, ajoute sur la civilisation matérielle du Fou-nan quelques donnés qui méritent d’être reproduites. « Les gens du Fou-nan sont malins et astucieux. Ils prennent de force les habitants des villes voisins qui ne leur rendent pas hommage, pour faire leurs esclaves. Comme marchandises, ils ont l’or, l’argent, les soieries. Les fils de grande famille coupent du brocart pour s’en faire un sarong ; les femmes passent la tête dans une étoffe pour se vêtir. Les pauvres se couvrent d’un morceau de toile. Les habitants du Fou-nan font des bagues et des bracelets en or, et de la vaisselle d’argent. Ils abattent des arbres pour construire leurs demeures. Le roi habite dans un pavillon à étage. Ils font leurs enceintes avec des palissades de bois. Au bord de la mer pousse un grand bambou, dont les feuilles ont de huit à neuf pieds. On tresse ses feuilles pour couvrir les habitations. Le peuple habite aussi dans des habitations surélevées. On fait des bateaux qui ont de 8 à 9 tchang (le tchang équivaut à 10 pieds) L’avant et l’arrière sont comme la tête et la queue d’un poisson. Quand le roi est en route, il va à éléphant. Les femmes peuvent aussi aller à l’éléphant. Pour se distraire, les gens font combattre des coqs et des porcs. Ils n’ont pas de prison. En cas de contestation, ils jettent dans l’eau bouillante des bagues en or et des œufs ; il faut les en retirer, ou bien ils chauffent au rouge une chaîne que l’on doit porter sur les mains pendant sept ans. Les mains du coupable sont complètement écorchées ; l’innocent n’est pas blessé. Ou encore on fait plonger dans l’eau, celui qui a raison entre dans l’eau, mais n’enfonce pas ; celui qui a tort enfonce.

Un texte postérieur de l’Histoire des Leang, ajoute ces détails : « Là où ils habitent, ils ne creusent pas de puits. Par plusieurs dizaines de familles, ils ont en commun un bassin où ils puisent de l’eau. Leur coutume est d’adorer les génies du ciel. De ces génies du ciel, ils font des images en bronzes ; celles qui ont deux visages ont quatre bras ; celles qui ont quatre visages ont huit bras. Chaque main tien quelque chose, tantôt un enfant, tantôt un oiseau ou un quadrupède, ou bien le soleil, la lune. Le roi, quand il sort ou rentre, va à éléphant ; il en est de même des concubines, des gens du palais. Quand le roi s’assied, il s’accroupit de côté, relevant le genou droit, laissant tomber le genou gauche jusqu’à terre. On étend devant lui une étoffe de coton sur laquelle on dépose des vases d’or et des brûle-parfums. En cas de deuil, la coutume est de se raser la barbe et les cheveux. Pour les morts, il y a quatre sortes « d’enterrements » : L’enterrement par l’eau, qui consiste à jeter le cadre au courant du fleuve ; l’enterrement par le feu, qui consiste à le réduire en cendre ; l’enterrement par la terre, qui consiste à l’enterrer dans une fosse ; l’enterrement par les oiseaux, qui consiste à l’abandonner dans la campagne ».

Le règne de Jayavarman marque le Fou-nan une époque de grandeur qui se reflète dans les égards que l’empereur de Chine manifeste à son endroit. À l’occasion de l’ambassade de 503, un ordre impérial dit : « Le roi du Fou-nan Kaundinya Jayavarman habite aux limites de l’océan. Des générations en génération lui (et les siens) gouvernent les lointains pays du Sud. Et leur sincérité se manifeste au loin, par des interprètes multiples, ils offrent des présents en hommage ; il convient de leur montrer réciproquement de la faveur, et de leur accorder un titre glorieux. C’est possible avec le titre de Général du Sud pacifié, roi du Fou-nan ».

On a vu qu’un fils ou un serviteur de Jayavarman, qui s‘était enfui au Champa, s’y était fait proclamer roi à la mort de Chen-tch’eng, et qu’en 484 Jayavarman avait demandé en vain à l’empereur de Chine de l’aider à chartier l’usurpateur. On ne sait ce que fit Jayavarman. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’en 491 l’usurpateur régnait encore sous le nom de Fan Tang-ken-tch’ouen et se faisait reconnaître comme roi du Lin-yi par la cour de Chine. Mais l’année suivante, en 492, il fut détrôné, par un descendant de Yang Mah, nommé Tchou Nong, qui régna six ans et se noya en mer en 498. De ses successeurs, Fan Wen-k’ouen, Fan t’ien-k’ai (peut-être Davavarman) et P’i-ts’ouei-pa-mo (Vijayavarman), on n’a que des dates d’ambassades de 502 à 527. En 529 arrive au pouvoir une nouvelle dynastie.

Jayavarman, (Grand roi du Fou-nan), mourut en 514. On ne possède pas l’inscription émanant de lui, mais sa première reine, nommée Kulaprabhâvatî, et un de ses fils, nommé Gunavarman, nous ont laissé chacun une inscription sanskrite, en écriture de la seconde moitié du Ve siècle.

Sur une stèle trouvée au Cambodge dans le Sud de la province de Takeo, la reine Kulaprabhâvatî, désirant se retirer du monde, relate la fondation d’un ermitage comprenant une habitation et une pièce d’eau. La stance liminaire du texte est d’inscription visnouite. C’est également une inscription vishnouite, en écriture d’aspect un peu plus ancien, qui a été gravée par ordre du Gunavarman, fils du roi qui est la « lune de la lignée de Kaundinya », sur le piédroit d’un édicule à Thap-müöi, dans la plaine des Joncs en Cochinchine. Elle commémore la fondation, « sur un domaine conquis sur la boue » dont Gunavarman « bien que jeune » était le chef, d’un sanctuaire contenant l’empreinte du pied de Vishnu nommé Chakratîthasvâmin. Alors qu’à Java les empreintes des pieds de Pûrnavarman comparées à celles de Vishnu marquaient peut-être, ainsi qu’il a été dit, la prise de possession du pays après une conquête militaire, il s’agit ici d’une conquête pacifique, après drainage et remblai partiel d’une région de nos jours encore très marécageuse et inondée pendant une partie de l’année.

Il est probable que la mère de Gunavarman n’est autre que la reine Kulaprabhâvatî, épouse de Jayavarman ; et il n’est pas impossible que Gunavarman soit le fils de Jayavarman qui, d’après l’Histoire des Leang, fut évincé du trône à la mort de son père en 514, et assassiné par son frère aîné Lieou-t-o-pa-mo (Rudravarman) né d’une concubine. Rudravarman qui envoya en Chine diverses ambassades entre 517 et 539, est le dernier roi Fou-nan. Une inscription sanskrite de la province de Bati nous apprend qu’il régnait au moment où fut faite la fondation bouddhiste mentionnée dans ce document. Que le bouddhisme fût florissant au Fou-nan entre 535 et 545. L’empereur chinois veut réunir des textes bouddhiques, et demande au roi de Fou-nan d’envoyer des maîtres bouddhistes en Chine. Ce dernier choisit pour cette mission l’Indien Paramârtha ou Gunaratna, d’Ujjaiyinî, qui résidait alors au Fou-nan. Ce dernier emporta 240 liasses de textes en Chine où il arriva en 546.

Une stèle du VIIe siècle nomme Rudravarman comme prédécesseur de Bhavarvarman Ier, le premier roi du Cambodge préangkorien. Une inscription du Xe siècle le représente comme chef de branche des rois tirant leur origine du couple Kaundinya-Somâ, qui régnèrent après les successeurs de çritavarman (çreshthavarman), descendant de Kambu. Il suffira de dire ici que l’irrégularité de l’accession de Rudravarman au trône semble avoir provoqué, dans les provinces du moyen Mékong, un mouvement d’agitation, dirigé par Bhavavarman et chittrasena, qui aboutit dans le second moitié du VIe siècle, au démembrement du Fou-nan. Ce pays fut pendant cinq siècles la puissance dominante sur la péninsule. Il conserva longtemps après sa chute un grand prestige dans le souvenir des générations suivantes. Les rois du Cambodge préangkorien adopteront, comme leur légende dynastique ; ceux qui régneront à Angkor s’efforceront de rattacher leur origine aux Adhirâjas ou rois suprêmes de Vyâdhapura ; et les souvenirs Javanais du VIIIe siècle ressusciteront le titre de çailendra (roi de la montagne).

Des extraits des histoires dynastiques chinoises qui font connaître le peu qu’on sait de l’état social et des mœurs des habitants du Fou-nan, au point de vue religieux, les divers cultes hindous y sont attestés successivement ou simultanément. Les deux Kaundinya qui hindouisèrent le pays étaient certainement florissant au Ve siècle. Sous le règne de Jayavarman, l’Histoire des Ts’i méridionaux dit que « la coutume de ce pays était de rendre un culte au dieu Maheçvara (çiva). Le dieu descend sans cesse sur le mont ». Il s’agit sans doute de la sainte montagne d’où les rois et le pays lui-même tiraient leur nom. Voisin de la capitale et marquant le centre du royaume, elle était le lieu où le ciel communiquait avec la terre, ce qui explique pourquoi « le dieu y descendait sans cesse ». Il y était sans doute matérialisé sous forme du linga de çiva Giriça, « habitant de la montagne ». Un passage de l’Histoire des Leang cité plus haut parle d’images à deux visages et quatre bras qui doivent être Harihara, ou Vishnu et çiva réunis en un seul corps. L’existence des cultes vishnouites se dégage des inscriptions de Gunavarman et de sa mère. Enfin le Bouddhisme du Petit Véhicule de langue sanskrite, attesté dès le IIIe siècle, était florissant aux Ve et VIe, sous les règnes de Jayavarman et du Rudravarman.

De l’architecture, il ne semble pas que rien ait subsisté. Mais une intéressante hypothèse, permet de penser que, si tout a péri, du moins certains édifices d’art préangkorien, ayant pour couverture une série nombreuse de minuscules étages décorés de petites niches, reproduisent les principales caractéristiques des monuments du Fou-nan. Le mukhalinga ou linga à visage serait, dans cette hypothèse, étroitement associé à cette architecture.

Quand à la sculpture humaine, les statues du Buddha de style Gupta, les Vishnus mitrés et les Hariharas du cambodge préangkorien, et surtout les images de Sûrya trouvées en Cochinchine, sans appartenir pour autant à l’art du Fou-nan, donnent quelque idée de ce qu’a pu être sa statuaire.

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 06:26


Après la mort du Roi, Chao Ponhea Oukteyreach s’enfuit en laissant la citadelle Samrong Sen sans défense. Apprenant cette fuite, Chao Ponhea Yaumreach, à la tête de son armée, lança une contre offensive contre l’armée de Kân. Après quelques jours d’affrontement, le général Yaumreach jugeait qu’il fut impossible de gagner la partie dans cette bataille. Il convoqua les membres de son Etat-Major et leur dit ceci : « Nous ne pouvons pas gagner cette bataille, parce que Kân bénéficie un avantage psychologique sur nous, la mort du roi. Une armée sans chef, c’est comme un corps sans tête. Le dauphin est encore jeune et ne pourrait pas faire grande chose contre Kân, son oncle maternel. J’ai une conviction profonde que ce dernier le tue s’il se retombe dans les mains. Kân ne se batte pas pour le dauphin, il se batte pour lui-même. Il est capable de tout. Mon devoir d’aujourd’hui est de mettre l’héritier du trône à l’abri du danger. Je ne vois qu’une seule solution : Amener le prince royal au Siam. Preah Chanreachea, son oncle paternel, est déjà là-bas. En outre, je vais demander une aide militaire au souverain siamois pour revenir combattre contre les rebelles. Avec Preah Chanreachéa en tête de notre armée, je pense que Kân ait peu de chance de nous vaincre. Les généraux et les officiers approuvèrent à l’unanimité les idées de leur chef.

Le général Yaumereach était un grand dignitaire ambitieux, rusé, sans scrupules, mais il était un chef militaire mûr et réaliste. Avant de monter à bord de sa barque, il ordonna à tous les chefs d’unités de cesser le combat : « Il est inutile de continuer de vous battre contre Kân. Vous devez partir pour vous cacher avec vos hommes fidèles dans les lieux sûrs, je reviendrai bientôt avec Preah Chanreachéa. Mais la volonté de combattre existe-t-elle encore ?  Chez les militaires peut-être. Mais parmi la population, la guerre civile au cours des quatre dernières années commençait à produire ses effets désastreux pour sa vie de tous les jours. 

Des centaines de pirogues, formèrent un cortège royal, quittèrent le port de Kompong Svay pour Nokor Thom, ancienne capitale royale. Parmi les suivantes du général Yaumreach, il y avait le Brahmane Sours. En tant le gardien du trône, celui-ci emportait avec lui tous les objets de sacre royal, l’épée sacrée et la lance royale. Au cours du chemin, il pensait qu’une fois au Siam, le Souverain de ce pays ne lui laisserait jamais de retourner au pays. Il décida donc de plus suivre le cortège des fuyards. Une fois décidé, il demanda au chef d’escorte la permission d’aborder la berge pour faire ses besoins. Sours dit ceci : « Tu peux continuer le chemin, j’ai besoin quelques minutes seulement, je vous rattraperai vite, parce que ma pirogue est une pirogue de course ». Tout le monde ne fit pas attention à la ruse de Sours. Le Chef d’escorte donna son accord au Brahmane de quitter le cortège. Une fois pied-à-terre, le Brahmane Sours et son valet, nommé So, se furent enfoncés dans la forêt en emportant avec eux l’épée sacrée et la lance royale. Les deux fuyards avaient mis une semaine pour atteindre Bati (district Kanda Steug, Saan actuel).  Ils s’étaient établis à plusieurs kilomètres de la ville dans une forêt obscure. Là-bas, ils avaient caché l’épée sacrée et la lance royale dans un trou d’un grand arbre (arbre Chambak).

Revenons au général Yaumreach. Quand il arriva à Norkor Thom avec son escorte et ses suivantes, il réquisitionna chez le gouverneur de cette province plusieurs chevaux et éléphants et poursuivit ensuite son chemin au Siam. Agé et affaiblit par des années de guerre, au cours de son voyage, le Général Yaumrech mourut d’épuisement. Ses hommes avaient enterré son corps en conformité avec la tradition khmère et invitèrent le dauphin à poursuivre le voyage au Siam.

Retournons au camp de Kân. Celui-ci avait obtenu la reddition totale de l’armée royale. Il s’en réjouit dans son cœur, rêvant d’un pays nouveau et d’une paix née de la guerre. Il retourna triomphalement à Basane. Il a été accueilli par la population avec chaleur. Des fêtes ont été organisées dans la ville pendant plusieurs jours. Quelque temps plus tard, les grands dignitaires et les généraux de la Cour de Basane votèrent l’instauration du gouvernement royal, dont il était important pour l’unité de la Nation et désignèrent Kân comme souverain. Celui-ci accepta cette décision. En 1512, à l’âge de 29 ans, il fut couronné roi. Son nom de sacre était : Preah Bat Samdech Preah Srey Chétha Tireach Rama Thipdey Krong Srey Sar Chhor.

Le lendemain de son couronnement, dans la salle du trône, tout ce qui touche de près ou de loin au nouveau pouvoir, se trouvaient là. Le nouveau roi ordonna au Chef de protocole de prononcer à haute voix les noms des nouveaux princes et princesses, tous et toutes sont ses proches. Ainsi un nouveau corps de la famille royale a été créé. L’essentiel de cette création est de partager son pouvoir avec ces princes pour faire régner l’ordre dans le Royaume. Il désigna son oncle maternel Kao comme chef de famille royale. Celui-ci portait aussi un titre de Grand Prince du Royaume, Samdech Chao Fa pour ses mérites dans la compagne de pacification du pays. Devenu Roi, Kân n’avait pas trop de peine à établir des relations de confiance avec les populations. Il créa un corps des envoyés du roi, munis de pleins pouvoirs, qui le représentent partout et n’obéirent qu’à ses propres ordres. Les dignitaires du palais, les généraux, les gouverneurs de provinces parlaient toujours à son nom. Il n’est que trop évident que toutes ces inventions nouvelles, cette force accrue, ce mode de vie transformé consolidaient le pouvoir du nouveau roi. Il dit assez souvent à ses collaborateurs : « Je ne demande pas qu’on m’aime, mais qu’on me serve bien ».

La question la plus intéressante posée par les méandres de la politique de Kân est de savoir s’il représente une rupture ou une continuité avec l’ancienne dynastie de la caste Ksatrya (caste des rois khmers). On le sait que la rupture n’est pas moins évidente puisqu’il ne s’agit que le changement dans la politique économique : Liberté d’entreprise, développement des secteurs artisanaux et commerciaux ; une sorte d’une monarchie capitalistique. Mais la continuité est claire : Monarchie absolue.    

En 1514, Sdach Kân décida de changer la capitale royale. Il est normal quand on crée une nouvelle dynastie, il faut aussi créer une nouvelle capitale. Tout doit être nouveau dans mon règne et je veux laisser la trace de mon existence dans l’histoire des rois khmers, dit Kân. Il avait choisi la commune de Chanlang Daun Tey à l’Ouest de Basane comme lieu pour bâtir sa nouvelle cité. Cinq mois après, Kân voulait encore déménager, parce qu’il eut un rêve : Un bruit fracassant venant de l’Ouest qui dure pendant cinq heures. Ensuite, il y a un vieux sage qui lui parle : Il faut vous déménager de Chanlang Daun Tey pour aller vous habiter à Srarlàb, situé à la frontière des deux provinces :Tbaug Khmom et Phnom. Le lendemain, Sdach Kân convoqua ses conseillers et ses ministres pour leur dire qu’il a vu et entendu dans son rêve. Après quoi, il décida de transférer sa capitale de Chanlang Daun Tey à Srarlàb. Les travaux d’aménagement de la nouvelle capitale avaient duré deux ans. À Srarlàb, il n’y avait ni fleuve, ni rivière. Pour permettre le développement de la ville, l’eau est la première des nécessités. Entouré des ingénieurs de renom, Okgna Vieng, Okgna Vaing, Okgna Lompaing et Okgna Srâl, le Roi fit creuser quatre grands bassins aux quatre points cardinaux de la cité. Chaque Kompong (point d’eau) portait le nom de son créateur. C’était la volonté de Kân. Ces bassins demeurent aujourd’hui encore utile pour la population. En outre, ces ingénieurs avaient réussi à multiplier les puits partout dans la ville et avaient ébauché le quadrillage si serré des canaux d’irrigation du pays. 

La campagne d’aménagement de la nouvelle capitale fut faite dans un temps-modèle. La participation de la population dans la construction de cette nouvelle ville royale est totale. Il y avait beaucoup de volontaires. La nouvelle capitale était plus grande et plus rationnelle que l’ancienne capitale. Kân donna un nom à sa nouvelle ville : Krong Srarlàb Daun Tey Prey Norkor Charakreach. Il ordonna à Okgna Sral de faire l’élevage des poissons dans les quatre bassins et à Okgna Lompaing de construire des abris d’éléphants. Il fit aménager un domaine de chasse. On donna un nom à ce domaine, Virl BanThom (domaine du frand frère) ou Virl Chan. Il créa un Conseil Supérieur du Bouddhisme composé de sept moines supérieurs : Vénérable Parikniryourk, Preah Akriyours, Preah Eksatha, Preah Puthkhorsa, Preah Thomkhorsa, Preah Vibasnir, Preah Paraksatha. La Présidence de ce Conseil est tournante pour une durée d’un an. Sdach Kân voit dans une religion ordonnée et soumise un formidable instrument de gouvernement. Trois ans après l’installation de la nouvelle capitale, les gens venaient de plus en plus nombreux pour y s‘établir. Ce lieu donna un exemple achevé de gloire d’une nouvelle dynastie. Ses magasins, ses entrepôts, ses établissements commerciaux couvraient le pays d’un réseau de paysans et d’artisans aisés. Les richesses sont exploitées avec sciences. Tout est surprise et paradoxe dans ce premier âge d’or de la nouvelle cité royale. Dès le lever du soleil, le marché grouillait de monde. La nuit était tombé depuis longtemps que surgissaient dans la ville des théâtres, les échos des banquets qui s’y poursuivaient souvent jusqu’à l’aube. Pour facilité des activités et des échanges commerciales, Sdâch Kân créa les pièces de monnaies en feuilles d’argent et d’or, et sur chaque pièce figure l’image d’un dragon, l’emblème de l’armée victorieuse de Kân. Les fonctionnaires de la cité s’étaient bien gardés de compromettre cette prospérité et cette facilité de la vie. Ils se contentaient de prélever des taxes énormes. Dans le nouveau Royaume, il y avait quelques reprises des tentatives de révolte : elles avaient été écrasées, et le long de toutes les routes qui menaient à la capitale des centaines de têtes coupés, exposées en public, avaient servi d’exemples. Plusieurs chefs militaires et hauts fonctionnaires des provinces avaient été rappelés à la capitale, jugés, empoisonnés. Quelques-uns avaient été mis à mort, d’autres avaient été frappés de maladies brutales et un peu mystérieuses. Sdach Kân faisait régner dans son armée et dans son administration une discipline sans pitié. 

Revenons au Brahmane Sours qui fut parti avec son valet en emportant avec lui l’épée sacrée et la lance royale. Quelques années plus tard, son valet fidèle mourut de maladie, le Brahmane vit désormais tout seul pauvre dans la forêt. Un jour, il entendait parler de la récompense de 500 pièces d’or offertes par Sdach Kân à celui qui lui apporte ces objets. Désespéré de l’attente du retour du général Yaumreach et Preah Chanreachea du Siam pour combattre contre Sdach Kân, il décida d’apporter ces objets sacrés au nouveau roi pour toucher la récompense.

Une fois décidée, il partait dans la forêt pour trouver ces objets. Arrivé à la cachette, il grimpa sur l’arbre pour sortir ces objets du trou. Soudain, il s’aperçut un grand serpent en face de lui. Surpris par cette rencontre hasardeuse, il tomba de cet arbre et mourut. Son coup fut brisé. Des mois passés, son cadavre se décomposait sous l’arbre sans que personne fût au courant de sa mort. On disait plus tard que l’arbre est protégé par un génie qui n’est que l’âme du Brahman Sours.

Il est temps de revenir à Preah Chanreachea, frère du roi Sakunbât. Apprenant l’arrivée du dauphin, son neveu, au Krong Tep, il se précipita pour demander à ce dernier des nouvelles du pays. Dans cette rencontre, il a appris que le Roi, son frère, est mort et Kân est victorieux. Il se dit : Comment faire pour me venger de cette humiliation insupportable ?

Depuis sept ans, le prince khmer avait une immense impatience de retourner au pays, mais à chaque fois qu’il fût une demande au roi Chakrapath, sa requête fut courtoisement rejeté par ce dernier. La ritournelle était la même : il faut attendre le jour faste ou cette année la saison de chasse au traître n’est pas propice. Mais en 1515, la chasse d’éléphant blanc fut une priorité pour le roi siamois. Cette année-là, un de ses ministres, envoyé en mission, venait de lui rapporter qu’un chasseur d’éléphant de renom, nommé Peam, à repérer un grand éléphant blanc qui rôdait dans la forêt du district Kachhanborey. Ce chasseur avait tout essayé de capter cet animal, mais sans succès. Grand collecteur des éléphants, le roi demanda à ses ministres de trouver un spécialiste pour faire ce travail. Ces derniers suggérèrent au roi le nom de Preah Chanreachea, parce que tout le monde le savait que la chasse des éléphants était un sport préféré du prince khmer. Aussitôt le Roi ordonna à ce dernier de prendre mille hommes avec lui pour investir la forêt Kachhanborey à la recherche de l’éléphant blanc. Après quelques semaines de poursuite de la trace de cet éléphant, Preah Chanreachea et ses hommes arrivèrent à le capter. Le roi remercia le prince khmer de cet exploit. Il donna un nom à cet éléphant « Norodom ». Profitant de cette situation, le prince khmer renouvela sa demande, au roi siamois, de rentrer au pays pour combattre contre Kân. Encore une fois, la réponse était négative.

Cette fois-ci, désespéré, le prince khmer commençait à tisser un plan de fuite. Après quelques mois de réflexions avec ses 15 compagnons, ils trouvèrent un stratagème pour tromper la vigilance du roi : On gagne la confiance du roi afin de le tranquilliser, tandis qu’en secret on complote sa perte. Le Roi Chakrapath est un collecteur des éléments rares. On sait qu’il est capable de payer une grande fortune à celui qui lui offre un éléphant blanc. Il faut donc, pour le prince khmer, inventer l’existence de cet animal. Comme le Roi a toujours confiance sur sa compétence dans la technique de chasse des éléphants rares, il est certain que le Roi lui confiera cette mission. Comment faire ? Voilà leur plan : : Ils font sculpter quatre grands pieds éléphant en bois. Dans le nord-Est du pays, les 15 khmers vont faire courir une rumeur auprès de la population qu’ils ont vu un grand éléphant blanc à tel ou tel endroit. Ils vont créer des empreints de pieds d’éléphant avec les pieds de la bête en bois. En plus, sur les branches des arbres, ils vont collecter les poids de moutons à une hauteur à laquelle les gens puissent imaginer la grande taille de l’éléphant, enfin ils vont frottez au tronc de ces arbres avec la boue qu’ils ont pri du marais non loin de ces arbres.

Une fois sûre de n’être jamais soupçonnée de leur plan, les 15 khmers avaient quitté la capitale. Arrivée dans le Nord-Est du pays, ils exécutaient scrupuleusement leur plan.

Un mois après, la rumeur commençait à circuler partout dans la région que l’on a repéré un grand éléphant blanc qui rôde dans la forêt. Ayant entendu cette rumeur, le chef de district partait lui-même dans la jungle pour constater la trace de l’existence de cet animal. Après quoi, il en informa son ministre. Ce dernier informa immédiatement le roi qu’on repère dans le Nord-Est du pays un autre grand éléphant blanc mal de 10 bras de hauteur et de petites défenses.

Le stratagème réussit, les 15 khmers quittèrent immédiatement la région comme prévu dans le plan. Leur destination était la province Norkor Reach (province khmère). Là-bas ils travaillaient discrètement pour recruter les combattants khmers dans les différentes contrées : Nirk Rong, Neang Phaèk, Chong Kal, Tomnup, Tong Kè, Mongkol Borey, Norkor Reach Séma Battambang.

Revenons à la cour siamoise. Au cours d’une audience habituelle du roi Chakrapath, le souverain demanda aux ministres comment faire pour capter l’éléphant blanc signalé. Comme le dit l’expression populaire « les grands esprits se rencontrent », à l’unanimité, les ministres suggérèrent encore une fois le nom de Preah Chanreachea.

Vu que tout le monde se ruait dans sa nasse, ce dernier se sentait fort et se trouvait dans une situation favorable pour exécuter son plan. Mais, il faisait tout pour cacher son enthousiasme : Eviter de provoquer le soupçon du roi. Le Souverain s’empressa de suivre le conseil de ses ministres. Il regarda le prince khmer avec ses yeux doux et dit : « Alors, mon neveu, que penses-tu ? ». Preah Chanreachea accepta la mission avec les conditions exceptionnelles : 5 000 hommes armés des armes de guerre pour faire face à un éléphant sans doute très agressif, 1 000 éléphants de chasse, les vivres suffisants pour une longue durée. Le roi Chakrapath en accepta immédiatement. Il fait encore plus d’habitude : il donna son sabre martial (Preah Sèng), qui représente sa personne, c’est-à-dire celui qui porte ce sabre n’est que le Roi, afin que le prince khmer ait plus de pouvoir pour exécuter sa mission. Le ministre du palais, Okgna Krey fut chargé par le roi de rassembler ce dont Preah Chanreachea a besoin. Avant de partir à la chasse, le prince khmer se rendait visite à son cousin,Ponhea Ong, pour présenter ses salutation à ce dernier, au cours de laquelle, il demanda au dernier dans les termes suivants :

- Cela fait quelque temps que vous vivez dans ce pays étranger, est-ce que votre mère-patrie vous manque, Grand frère ?

- C’est un point auquel je n’ai jamais pensé. Disons seulement je suis heureux dans ce pays. J’ai beaucoup de chance d’être traité par le Roi siamois non pas comme un prisonnier de guerre, mais comme un homme couvert d’honneur. Il m’a confié la charge d’une province Sovann Khaklauk, dont la taille est aussi grande que celle de son propre fils. Cet honneur est déjà suffisant pour moi. Mon petit frère, pour notre mère-patrie, c’est ton affaire.

Le visiteur comprend qu’il ne sert à rien d’insister ; il prend congé de son cousin royal. Il savait que le temps a pu modifier le corps, quand donc le trésor du cœur a-t-il changé. Oui chez son cousin royal, son cœur a aussi changé pour un brin de bonheur personnel. Il a complètement oublié que le trône de ses ancêtres est souillé par un fils d’esclave, mais cela n’ait aucune importance pour Ponhea Ong, fils d’un grand roi khmer. Quelle tristesse de voir un prince royal se réfugie dans l’abri des étrangers pour faire son nid de bonheur. 

En 1516, à l’âge de 36 ans, Preah Chanreachea avait quitté la capitale siamois pour chasser l’éléphant blanc. Il était pressé de se rendre à destination, son pays natal. Il savait que, s’il s’attardait, les nouvelles de sa fuite vont se répandre vite. Il avait toujours un principe dans sa vie : « Faire ce que l’humain peut, laisser le Ciel faire le reste ». Après 7 jours de marche forcée, Il arrivait au chef-lieu d’un district khmer. À chaque pas sur la terre de ses ancêtres, un sentiment d’excitation le gagnait. C’était maintenant qu’il plongeait dans le paysage de son pays dont le charme qui lui saute aux yeux. Ici l’air embaume d’arôme de fleurs et de fruits, mêlés à de fortes odeurs de sucre de palme venant de quelques fabrique proche. Dans sa mélancolie, il faisait un geste pour saluer le Ciel et la Terre. Il jugeait bon qu’il était enfin dans une distance de sécurité à la poursuite de la cavalerie siamoise, au cas où son plan serait découvert par le roi. Après quoi, il envoya un message, il joignit à sa lettre les poils de mouton et un croquis dans lequel il avait dessiné les formes de pieds de l’éléphant. Tout cela, c’était pour faire croire au roi qu’il était sur la trace de l’animal. Quand le roi avait reçu ce message, il demanda immédiatement au messager : où se trouve maintenant Preah Chanreachea ? Il est au pays des Khmers, répondit le messager. Ayant entendu cela, le roi siamois sirotait le thé, hasarda une question à Ponhea Ong : Pourquoi Preah Chanreachea se trouve là-bas. J’ai de doute qu’il va franchir la frontière pour aller combattre Akân, que penses-tu ? Cette question mettait Ponhea Ong dans l’angoisse. Ce prince doit démontrer à son protecteur qu’il avait de doute sur la trahison de son cousin, mais il n’y a point trempé. Dire la vérité est sa seule solution pour échapper à la mort. Sans hâte et sans frein, il se lança dans une explication vive : « Votre Majesté, le cœur de Preah Chanreachea se nourrit de haine à l’égard de kân. Quand il avait appris que Kân a tué son frère et se proclame roi, sa colère est sans limite. Par d’ailleurs, avant son départ, il est venu me voir et il a tenu les propos surprenants en me demandant : est-ce que je ne pense jamais à retourner au pays. J’ai une certitude maintenant que Preah Chanreachea n’aille pas chasser l’éléphant, mais plutôt au Kampuchea pour réaliser sa vengeance ». Ayant entendu ces propos, le roi siamois se mit en colère et ordonna au colonel de cavalerie Pich Davicheath de partir avec 30 cavaliers pour capter le prince rebelle. Si ce dernier refuse d’obtempérer, il faut absolument qu’il ramène les 5 000 hommes à la maison.

Revenons à Preah Chanreachea. Ce prince avait pu recruter 1 800 combattants. Après quoi, il partit rejoindre les 15 fidèles à Teuk Chaur. Ces derniers avaient pu aussi recruter 200 combattants. Il poursuivit son chemin avec ses troupes à la province Siemreap. Là-bas, il avait pu convaincre 2 000 paysans à prendre les armes contre Sdach Kân. Enfin il pénétra dans la citadelle Moha Norkor avec 10 000 combattants dont 5 000 siamois. Trois jours après, le colonel Pich Davicheath était arrivé à Moha Nokor. Celui-ci demanda immédiatement à l’officier de garde de la porte de la citadelle de voir Preah Chanreachea. Dans la cour royale, le Colonel siamois dit au prince khmer devant les officiers siamois : « J’ai l’ordre de Preab Put Chao (le nom usuel du roi siamois) de vous dire que vous deviez retourner immédiatement au Siam. Votre mission de chasse d’éléphant est ajournée par Sa Majesté. Preah Chanreachea savait bien que sur la précipitation, Preah Puth Chao n’avait pas donné l’ordre par écrit. Il avait laissé le Colonel siamois terminer sa phrase. S’avançant vers ce dernier, il leva le sabre martial, symbole du pouvoir absolu du souverain siamois et cria : « Imbécile ! Qui es-tu ? Où est la lettre du roi ? Tu ne savais rien de la mission que Sa Majesté m’a confié. Il y en deux : La première, c’est pour capter l’éléphant, la seconde est confidentielle : venir ici pour combattre Akân ». Quand tous les soldats siamois avaient vu le sabre martial, ils se mettaient tous à genou. Le silence régnait dans la cour royale. Preah Chanreachea en position martiale continua son harangue : « Je t’ordonne de retourner au Siam et dit à Preah Puth Chao ceci. Je remercie à Sa Majesté le Roi de m’accueillir comme son propre neveu pendant 7 ans dans son Royaume. Je ne pas oublier cette charité immense. J’ai donc une dette envers lui. Aujourd’hui je suis pauvre, je n’ai pas les moyens pour mes dettes. Mais une fois, je vaincrai Akân et je serai roi du Kampuchea, je les payerai et les 5 000 soldats siamois retourneront au Siam ». Ayant entendu les paroles de Preah Chanreachea, les 5 000 soldats se chuchotèrent que Preah Chanreachea avait vraiment dit la vérité, si ce n’était pas le cas, leur roi n’a pas donné le sabre martial. Ils n’osèrent pas donc suivre les instructions du colonel. Celui-ci quitta avec ses cavaliers de la cour royal pour retourner au Siam. Quelques jours après, Preah Chanreachea partit avec ses troupes à Battambang. Le gouverneur de cette province ouvra la porte de sa ville pour accueillir le prince légitimiste. Quand Preah Chanreachea se présenta à l’entrée de la ville, une immense acclamation jaillit des 10 000 soldats du gouverneur et de la population de la cité. Comme cadeaux de bienvenue, les commerçants de la ville avaient offert à Preah Chanreachea 1000 charrettes de vivres. 

Quant au Ponhea Sourlauk, gouverneur de la province Pursat, fidèle au Sdach Kân, ayant appris l’arrivée de Preah Chanreachea à Battambang, il dépêcha une navette à la capitale Sralàp Pichay Prey Norkor pour en informer son roi. Après quoi, pour faire face à une éventualité attaque de l’armée légitimiste, il leva une armée de 40 000 hommes.

Reparlons maintenant de Ponhea Meung (Ta Meung ou Klaing Meung), un notable de la province Pursat qui avait accueillit Preah Chanreachea chez lui pendant la fuite de ce dernier au Siam. Depuis longtemps, Ta Meung nourrissait toujours l’espoir de revoir un jour son prince. Ayant appris les agissements de Ponhea Sourlauk, gouverneur de Pursat, contre ce dernier, il forma un commando, composés des soldats d’élite, fidèles à sa cause pour assassiner ce gouverneur. Une nuit, il franchit avec ses hommes le seuil de la demeure du gouverneur, il entra dans la chambre de ce dernier et le tua avec son épée. Le lendemain matin, devant la citadelle, il organisa une réunion publique. Ta Meung était sur sa lancée, et rien ne pouvait plus l’arrêter. À sa vue, les soldats convergèrent vers lui. Sur son cheval, il s’adressa à ces derniers dans les termes suivants : « Hier soir, j’ai tué le général Sourlauk, parce que ce général avait commis un crime de lèse-majesté contre le prince Preah Chanreachea, l’héritier légitime du trône du Norkor Kampuchea. Aujourd’hui, je vous demande tous de choisir librement entre le parti légitimiste et celui de Payap (nom d’un génie qui protège des pêcheurs), c’est-à-dire celui de Kân. Vous le savez que Kân, fils d’une esclave, est un usurpateur. Ceux qui veulent rejoindre cet esclave et usurpateur, ils peuvent partir sur le champ. Mais ceux qui veulent choisir le parti légitimiste, restent ici avec moi ». Chaque mot de Ponhea Meung ramenait à la surface un pouvoir obscure qui séduire les auditeurs. Son discours plein de bon sens, son attitude sincère et volontaire avait fini par toucher le cœur des soldats. Après quoi, ces derniers témoignèrent leur confiance en acceptant de combattre dans le rang du prince légitimiste. Ponhea Meung les remercia. Il engrangeait, tant qu’il pouvait toute cette force dans sa province, avec prescience qu’elle serait utile dans la guerre de restauration de la monarchie légitime.

Il faut noter que Ponhea Meung désigne le camp de Sdach Kân, le parti Payap. On ne sait pas pour quelle raison qu’il a choisi ce nom. C’est pourquoi qu’on entend souvent une phrase : « Quand tu vois le Roi, tu ne le salues pas ; mais tu préfères saluer le Payap ».

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 15:26

The draft of the republican spirit. 

When the intellectuals wanted to establish the Khmer Republic in their country, reader, how did you they did not think of all the Republics of France after 90 years under its protectorate. During those long years of common life, the Khmers had probably heard the story of their protector, but not enough that their country because that was the major mode of thought at the time. Which means that every intellectual Khmer, eventually, had fashioned a kind French culture in its image. It happened as his guide and represents the type of thought ideal, offering the most perfect example of social success and the hallmark of men grown. Thus was born the modern Kampuchea new social stratum within the class Montrey (dignitary). Let us say: the intelligentsia Khmer. In Cambodia, the symbolism of modern life came straight from Paris. When someone was distinguished by its culture, were compared immediately to a French. Thus the word "French" was equivalent to the Khmer word "Best or Superior. But in general, intellectuals Khmer marvel easily from the foreign culture. For them, the best products always have a foreign background and bad are Cambodian. The republican spirit is in this concept? The events of March 1970, beginning they idea flagship or the chance over the republic? In any case, this idea probably privilege the path rather than the objective. So the Republic is a path towards progress and freedom. It remains far horizon of Khmer history, the transition required by the emancipation of oppressed people, pre-democratic society. This issue was raised in 1959 by Prince Norodom Sihanouk in the journal "Cambodian Reality" - October 23, 1959 : Cambodia will he a Republic? The prince is said to be ready to introduce itself the Republic if it proved popular in line with the wishes and the national interest. But for him, the Khmer people did not want because that ideology is of foreign origin and fate of the soul's lower "traitor" Son Ngoc Thanh. The people have only one wish: to enjoy the highest good, that is to say a big prince possessing possibly virtue ethics. That, according to Prince Sihanouk, who was the main purpose of the happy life of all Cambodians.

As for General Lon Nol, in 1970 he wrote in his report to the moral frameworks of the country that the Khmer people walking forward is a natural evolution in the history of mankind. Humanity has evolved primarily into tribes, then feudalism, then a monarchy and then republic.

Pierre Joxe, former French minister, said during his visit to Phnom Penh in September 1992 that "democracy can not be easily transplanted rice. The republic is it in the same case? Is it a universal idea? Before going into this great debate, it is interesting to ask a question: The proclamation of the Khmer Republic was there a tinkering for the occasion? or it was born of a contract of Republican thought that took root in Cambodia before the events of March 18, 1970?

August 9, 1945: Coup de force of Son Ngoc Thanh: Seven young people, Mey Pho, Nath Laing Say, Mom Koun, Mao Sarouth, Hem Savang, Kim Doré An, Thach Sary, were burst in full evening gallant King Norodom Sihanouk and declared that he want to see the King. However, Mr. Nong Kimny, loyal to the king, irritated by the noisy intrusion, would intervene and was immediately shot in the arm several balls. The King took panic and began at once knees before the insurgents who threatened him, gun in hand. King implored them and promised to abdicate. Seven had heated the royal palace before calling White Son Ngoc Thanh to take power. The latter had agreed with the king to save the throne. Seven young men were then arrested and jailed. All after their invasion of the central prison in Phnom Penh, had remained highly activists until death. What was Son Ngoc Thanh? Let us say, a Khmer of Cochinchine and anti-French republican stammering and combining liberal ideas with the pragmatic. Founder with Pach Chhoeun the newspaper Nagaravata. A smart conservative with a simple principle: "Everything must change so that everything remains the same." As the foundation of his nationalism, he was even simpler: "That the country is granted independence by any means." This principle led with the Japanese arrived in Cambodia to support them against the French. In 1942 Son Ngoc Thanh believed the time had come to demand independence and his friends preparing a coup. He organized a mass demonstration (two thousand monks) to protest against the arrest of a prominent monk, Hem Chiv. But the momentum of this movement was quickly broken by the French authorities for the support of Japan, where Son Ngoc Thanh had counted did not come. He was then sentenced to Pach Chhoeun December 19, 1942 by the Martial Court of the Saigon. With the help of the Japanese, he could flee to Thailand, then to Japan where he was a two-year course in the School of the Greater East Asia. On March 9, 1945, the Japanese army stationed in Indochina presented to Admiral Decoux, Governor General of Indochina, an ultimatum in which she asks him to bring the army under his control Indochina. Decoux it had refused to yield. Its resistance forced the Japanese army to use force to end French rule in Indochina. On March 12, 1945, with the agreement of Japan, the Kingdom of Cambodia had proclaimed its independence. In early May knew the Japanese were back to Son Ngoc Thanh Tokyo. June 1st, he was appointed Minister of Foreign Affairs. At the wish of the defeat of the imperial army, Son Ngoc Thanh had prepared his coup to take power whose purpose was to prevent the return of French colonialism in Cambodia. He gave perhaps the performance of the coup plotters in September dilettantes already mentioned. As for his role, he was making the dress policy event. This operation enabled him thus to become Prime Minister of the Kingdom of August 16, 1945. But this daring cost him the colonial prison because when French troops arrived in September 1945, Son Ngoc Thanh was arrested September 16,  for anti-Allies on the orders of General Leclerc and transferred to a prison in Saigon and then sent to France. The question now arises: Son Ngoc Thanh was it the spearhead of the Khmer Republican? According to Professor Keng Vannsak that had happened in France more than a month with Thanh during his visits supervised by the French police: Thanh never spoke of Republic. His major concerns were more on the draft country's liberation from French colonialism. But we must admit that in the contemporary history Khmer Thanh appeared as a prophet of the republic, not by his involvement in the ideological struggle, but rather by its radical opposition to Prince Sihanouk. Image that his supporters called "Danrêk”, contributed twenty-five years later, to build during the Khmer Republic.

The Cambodian left and the republican spirit: For the unprecedented gesture of Seven young Khmers, in 1991, Professor Keng Vannsak has commented in writing in his paper "Bah Bone": The Republic does not build a coup or by improvisation or with the apparatus of the former regime. The tragic end of the Khmer Republic, which proves that installs without a "national thought Republican anti-royalist" and without a struggle, overall, to uproot the very essence of the monarchy, will eventually succumb to either the restoration of monarchy or totalitarianism to another.

However, the coup of August 9, 1945 allowed, six years later, a catechumen of the Church Marxist Khmer seize the ball and attempt an attack on two fronts, one of King Sihanouk and of the ideological struggle. In Paris, in August 1952, in the special issue of the journal of "Khmer student", an open letter was published to criticize the King Norodom Sihanouk, Prime Minister, and denounce the Khmer monarchy for treason National and oppression of people. Two objections were raised:

1.     Collaboration with the French power for its own interests at the expense of national independence, its maintenance to the throne;

2.     The evils of the Khmer monarchy causing the Khmer people in the river of hell and keep them in slavery.

The second point is interesting to consider because it relates, perhaps, with the republican spirit Khmer. Was there a poisoned drink as said Prince Sihanouk ? or virgin honey, a symbol of "renewal" as the alleged author of this address ? Here is the abstract:

"The suffering of the Khmer people is born of corruption in the Cambodian monarchy. The royal palace is the place where reigns supreme administration dishonest sucking the country's wealth and property of people. We can deduce that the survival of the monarchy depends only on the practice of peddling influence. The King has no need of moral knowledge. Just have the strength to be able to wage war for its maintenance as long as possible on his throne. If it is threatened by the other pretenders to the throne, his solution is to go seek help from foreign countries to crush opponents. If the King thinks so, it is normal that his Montrey also think like him. Prostrations and bows are considered the only way to get a promotion. Dishonesty is a common practice in the Kingdom. It is rooted from the top of the state until the terminal base. The royal policy is that of oppression and destruction of national interests and people.

In the resumption of the same theme, Pol Pot wondered about the evils of monarchy in his article entitled "Monarchy or Democracy," published in 1952 by the journal of Khmer Students in France.

A few months before publishing the open letter to King Sihanouk in the journal Khmer Student, March 13, 1952, Thiounn Thioum had defended his thesis for a doctorate in Law at the University of Paris. His thesis topic was: The monarchy in Cambodia. His presentation was legal in nature rather than critical of the monarchical system, as he himself explained in his foreword that may otherwise entitle his work: "Studies of the sources of law, law and power in the former Cambodian public. The Khmer monarchy, Mr. Thioum knows very well because his father was a very powerful figure during the reigns of two kings, Sisowath and Monivong. The marriage between his experiences in the monarchical universe Khmer and legal knowledge enabled him to give weight to his thesis, which was seen thereafter, the left Cambodia as a scientific reference condemning the Khmer monarchy in decline. The open letter published in the journal Khmer Student "and the trial of Pol Pot were the vulgar version of the thesis Thioum. The taboo was broken for the first time. This time, it was no longer a rumor, but a university thesis which explicitly sets out a power system based on divine right. Power through which the king had the right to life and death over his subjects. Pol Pot was talking about the story Thmenh Chey to show that a child of the people named Thmenh Chey, can defeat a king ignorant Thmenh Chey dares to oppose the crown. The solution is called in his essay: The people's revolt against the divine power and people can overcome such Thmenh Chey.

The year 1952 seemed a crucial year for criticizing the monarchy since King Sihanouk, deprived of power in the constitutional straightjacket, trying to get an ending with a coup June 15, 1952. It was dissolved for the second time the National Assembly, whose Democratic majority was in conflict with it. Its purpose was ludicrous devolution of parliamentary power to him. As a result, he transformed the constitutional monarchy in one of his personal power. He practices a politics of cynicism: "Who is not with me is against me." This act had outraged the Khmer youth who was on loan at the time to defend democracy and the constitution. A severe agitation manifests itself in all schools. A kind of political earthquake in a country struck by the fear of the sacred person of the king. Was it really a plot by the left against the Khmer King Sihanouk?

To answer this question, we must first know the left Cambodia. It consisted of a handful of Khmer students in France. They met to study Marxism. They swallowing, in fact, that knowledge which transformed them into fake Marxists. Who were they? The names are not unknown today, such as, Saloth Sar (Pol Pot), the Thiounn, Ieng Sary, Khieu Samphan, Hou Youn, Hu Nim, etc. Were they Republicans at heart?

I repeat that there is no question of Pol Pot and his fellow pioneers of the republican spirit Khmer. I remember that things are so clear that I speak here of those sinister names, because I will argue that these people are only opportunistic short that explained the evils of monarchy in verbosity. And although ' they are not judged for their crimes now, I still believe in a different form of justice as Bernard Henry Levy said: Justice of the historian of the truth.

Poor left Cambodian born crossfire between Chinese and Vietnamese revolutionary, who deprived her of having its own national identity. It was left blaming the responsibility of the easement because of Mao and Ho and was used as a launching pad for Marxist ideology in Cambodia. This obedience put to sleep his nationalism. The saga of his birth in 1930 is ambiguous. It was then considered a branch of the Vietnamese Communist Party and had never succeeded in defining a policy consistently and regularly. His victory in April 17, 1975 was more like a Pyrrhus victory which still weighs the threat of Communist Party of Vietnam. In fact, Pol Pot sought to break the tender to touch his share of glory of Communism in Indochina. He received the green light from Beijing, Hanoi but did not meet this request. Instead of being cautious to silence, Pol Pot began a policy of revenge against his own people under the ironic gaze of the Vietnamese. This practice completely destroying the lifeblood of the country and the Khmer soul. A wealth of Hanoi for allegedly giving a lesson of solidarity between peoples Indochina to China and realize his dream of being the master of Cambodia. On January 7, 1979, the most resistant to the cause of Ho were driven from Phnom Penh by the Vietnamese soldiers to replace them with more docile. The break-up into two camps (the Maoists and pro-Vietnamese) was consumed as well. Despite this split, this left obliterated forever in the eyes of Cambodians commitment. In addition, in their history, both sides continue to need the monarchy to survive. They claim to endorse their choice justified by the context and circumstance. In fact, they are neither Republican nor Nationalist. They are opportunistic and have the opportunity doctrine. They always acted in the shadow of Prince Sihanouk and under the watchful eye of Beijing and Hanoi. Under the light of their victory of April 17, 1975 and January 7, 1979, we saw their true colors. This is the dark side of the Cambodian left and so ends the saga of their revolution reduced to dimension deadly. Certainly, one or both have a responsibility before history for more than two million dead innocent Khmers. 

Paris, April 1997
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 06:23

Quand les hommes de savoir khmers voulaient instaurer la République dans leur pays, lecteur, comment vouliez-vous qu’ils ne songeaient pas à toutes les Républiques de France après 90 ans sous son protectorat. Durant ces longues années de vie commune, les protégés avaient appris sans doute l’histoire de leur protecteur, mais pas assez celle de leur pays parce que c’était le mode de pensée majeur de l’époque. Ce qui fait que chaque intellectuel khmer, à la longue, s’était façonné une sorte de culture française à son image. Elle advenait comme son guide et représentant le type même de la pensée idéale, offrant l’exemple le plus parfait de la réussite sociale et de la marque distinctive des hommes cultivés. Ainsi était né au Kampuchéa moderne une nouvelle strate sociale au sein de la classe du Montrey (dignitaire). Disons-le : l’intelligentsia khmère. Au Cambodge, le symbolisme de la vie moderne venait en droite ligne de Paris. Quand quelqu’un était distingué par sa culture, on comparait tout de suite à un Français. Ainsi le mot « Français » était équivalent au mot khmer « Meilleur ou Supérieur ». Mais, en général, les intellectuels khmers s’émerveillent facilement au contact de la culture étrangère. Pour eux, les meilleurs produits ont toujours des origines étrangères et les mauvais sont cambodgiens. L’esprit républicain s’inscrit dans ce concept ? Les évènements de Mars 1970, amorçaient-ils une idée-phare ou celle du hasard sur la république ? En tout cas, cette idée privilégie sans doute le chemin plutôt que l’objectif. Donc, la République est une voie vers le progrès et la liberté. Elle reste bien l’horizon de l’histoire khmère, le passage nécessaire par l’émancipation du peuple opprimé, préalable à la société démocratique. Cette question était évoqué en 1959 par le prince Norodom Sihanouk dans la revue « Réalité cambodgienne » - 23 octobre 1959 : Le Cambodge deviendra-t-il une République ? Le prince se dit d’être prêt à introduire lui-même la République si elle se révélait conforme au souhait populaire et à l’intérêt national. Mais, pour lui, le peuple khmer n’en voulait pas car cette idéologie est d’origine étrangère et sortait de l’âme basse du « traître » Son Ngoc Thanh. Le peuple a un seul souhait : jouir du souverain bien, c’est-à-dire un grand prince possédant si possible la vertu morale. C’est cela, selon le prince Sihanouk, qui était le but principal de la vie heureuse de chacun des Cambodgiens.

Quant au général Lon Nol, il écrivait en 1970 dans son rapport moral pour les cadres du pays que la marche du peuple khmer en avant correspond à une évolution naturelle dans l’histoire de l’humanité. L’humanité a ainsi évolué : d’abord en tribus, puis en féodalité, puis en monarchie, puis en république.

Pierre Joxe, ancien ministre français, a dit, au cours de sa visite à Phnom-Penh en septembre 1992, que la « démocratie ne se repique pas comme le riz ». La république est-elle dans le même cas ? Est-elle une idée universelle ? Avant d’entrer dans ce grand débat, il est intéressant de poser une question : La proclamation de la République khmère fut-elle un bricolage pour la circonstance ? ou bien elle était née d’un contrat de pensée républicaine qui prenait racine au Cambodge avant même les évènements du 18 mars 1970 ?

9 août 1945 : Coup de force de Son Ngoc Thanh : Sept jeunes gens, Mey Pho, Nath Laing Say, Mam Koun, Mao Sarouth, Hem Savang, Kim An Doré, Thach Sary, furent irruption en pleine soirée galante du Roi Norodom Sihanouk et déclarèrent qu’il veuillent voir le Roi. Cependant, M. Nong Kimny, fidèle au roi, irrité par cette bruyante intrusion, voulait s’interposer et fut aussitôt blessé au bras de plusieurs balles. Le Roi prit panique et se mit illico à genoux devant les insurgés qui le menacèrent, pistolet au poing. Le Roi les implorait et leur promettait d’abdiquer. Les Sept avaient chauffé le palais royal à blanc avant d’appeler Son Ngoc Thanh à prendre le pouvoir. Ce dernier s’était entendu avec le Roi pour sauver le trône. Les Sept jeunes gens étaient donc arrêtés et écroués. Tous, après leur invasion de la prison centrale de Phnom-Penh, étaient restés très politisés jusqu’à leur mort. Qu’était-ce que Son Ngoc Thanh ? Disons-le, un Khmer de Cochinchine et un antifrançais, républicain balbutiant et combinant une libéralité d’idées avec l’esprit pragmatique. Fondateur avec Pach Chhoeun du journal Nagaravata. Un conservateur intelligent ayant un principe tout simple : « Il faut que tout change pour que tout reste pareil ». Quant au fondement de son nationalisme, il était encore plus simple : « Que le pays obtienne son indépendance par n’importe quels moyens ». Ce principe le conduisait avec l’arrivée des Japonais au Cambodge à les soutenir contre les Français. En 1942 Son Ngoc Thanh croyait le moment venu de réclamer l’indépendance et préparait avec ses amis un coup d’Etat. Il organisait une manifestation de masse (deux mille bonzes) pour protester contre l’arrestation d’un éminent bonze, Hem Chiv. Mais l’élan de ce mouvement était brisé rapidement par les autorités françaises car le soutien japonais, sur lequel Son Ngoc Thanh avait compté ne vint pas. Il fut condamné donc avec Pach Chhoeun le 19 décembre 1942 par la Cour matiale de Saïgon. Avec l’aide des Japonais, il avait put s’enfuir en Thaïlande, puis au Japon où il faisait un stage de deux ans dans l’Ecole de la Grande Asie Orientale. Le 9 mars 1945, l’armée japonaise stationnée en Indochine présentait à l’amiral Decoux, gouverneur général de l’Indochine, un ultimatum dans lequel elle lui demande de placer l’armée indochinoise sous son contrôle. Decoux avait refusé s’y céder. Sa résistance obligeait l’armée japonaise à recourir aux armes pour mettre fin à la souveraineté française en Indochine. Le 12 mars 1945, avec l’accord des japonais, le Royaume du Cambodge avait proclamé son indépendance. Au début su mois de mai, les Japonais faisaient revenir Son Ngoc Thanh de Tokyo.Le 1er juin, il fut nommé Ministre des Affaires Etrangères. A la veuille de la défaite de l’armée impériale, Son Ngoc Thanh avait préparé son coup d’Etat pour prendre le pouvoir dont le but était d’empêcher le retour de la colonisation française au Cambodge. Il confia sans doute l’exécution de ce coup aux Sept comploteurs dilettantes déjà mentionnés. Quant à son rôle, il était de fabriquer l’habillage politique de l’évènement. Cette manœuvre lui permettait donc de devenir Premier Ministre du Royaume du 16 août 1945. Mais cette audace lui coûtait la prison coloniale car lors de l’arrivée des troupes françaises, en septembre 1945, Son Ngoc Thanh fut arrêté le 16 du mois suivant pour activité anti-Alliés sur les ordres du Général Leclerc et transféré à la prison de Saïgon et puis envoyé en France. La question d’aujourd’hui se pose de savoir : Son Ngoc Thanh était-il le fer de lance des Républicains Khmers ? Selon le Professeur Keng Vannsak qui avait passé en France plus d’un mois en compagnie de Thanh pendant ses séjours surveillés par la police française : Thanh ne patlait jamais de la république. Ses préoccupations majeures étaient plutôt sur les projets de libération du pays de la colonisation française. Mais il faut admettre que dans l’histoire contemporaine khmère, Thanh apparaissait comme prophète de la république non pas par son engagement dans le combat idéologique mais plutôt par son opposition radicale au prince Sihanouk. Image que ses partisans, appelés les « Danrêk », ont contribué, vingt-cinq années plus tard, à forger pendant la période de la République khmère.

La gauche cambodgienne et l’esprit républicain : Pour le geste inédit des Sept jeunes Khmers, en 1991, le Professeur Keng Vannsak l’a commenté en écrivant dans son document « Bah Bône » : La république ne se bâtit pas par un coup de force, ni par improvisation, ni avec l’appareil de l’ancien régime. La fin tragique de la république Khmère prouve qu’une République qui s’installe sans une « pensée nationale républicaine anti-royaliste » et sans une lutte acharnée, globale, pour déraciner l’essence même de la monarchie, finira par succomber soit à la restauration monarchique, soit à un autre totalitarisme.

Néanmoins, le coup du 9 août 1945 permettait, six années plus tard, à un catéchumène de l’Eglise marxiste khmère de saisir la balle au bond et de tenter une attaque sur deux fronts, celui du roi Sihanouk et celui de la lutte idéologique. À Paris, au mois d’août 1952, dans le numéro spécial de la revue d’ « étudiant khmer », une lettre ouverte a été publiée pour stigmatiser le Roi Norodom Sihanouk, Président du Conseil des Ministres, et dénoncer la monarchie khmère pour trahison nationale et oppression du peuple. Deux griefs étaient évoqués :

  1. Collaboration avec la puissance française pour son propre intérêt au détriment de l’indépendance nationale, son maintien au trône ;
  2. Les méfaits de la monarchie khmère qui entraînent le peuple khmer dans le fleuve des enfers et maintiennent dans l’esclavage.

Le deuxième point est intéressant à examiner car il a un rapport, peut-être, avec l’esprit républicain khmer. Était-il un breuvage empoisonné comme dit le prince Sihanouk ? ou bien le miel vierge, symbole du « Renouveau » comme prétendait l’auteur de cette adresse ? Voici le résumé :

« La souffrance du peuple khmer est née de la corruption dans le régime monarchique khmère. Le palais royal n’est que le centre où règne en maître absolu une administration malhonnête qui suce la richesse du pays et les biens du peuple. On peut en déduit que la survie de la monarchie ne dépend que de la pratique des trafics d’influences. Le Roi n’a pas besoin de la connaissance morale. Il suffit de posséder la force afin de pouvoir faire la guerre pour son maintien aussi longtemps que possible sur son trône. Au cas où il serait menacé par les autres prétendants du trône, sa solution c’est d’aller demander l’aide des pays étrangers pour écraser les opposants. Si le Roi pense ainsi, il est normal que ses Montrey pensent aussi comme lui. Prosternations et courbettes sont considérées comme les seuls moyens pour avoir une promotion. La malhonnêteté devient une pratique courante dans le Royaume. Elle est enracinée depuis le sommet de l’État jusqu’à l’administration de base. La politique monarchique n’est que celle de l’oppression et de la destruction des intérêts du pays et du peuple.

Dans la reprise du même thème, Pol Pot s’interrogeait sur les méfaits de la monarchie dans son article intitulé « Monarchie ou Démocratie », publié en 1952 par la revue des Etudiants Khmers en France.

Quelques mois avant la publication de la lettre ouverte au Roi Sihanouk dans la revue « Etudiant Khmer », le 13 mars 1952, Thiounn Thioum avait soutenu sa thèse pour le doctorat en Droit à l’université de Paris. Son sujet de thèse était : Le pouvoir monarchique au Cambodge. Son exposé a un caractère plutôt juridique que critique du système monarchique, comme il a expliqué lui-même dans son avant propos qu’il peut intituler autrement son travail : « Etudes des sources du droit, de la loi et du pouvoir dans l’ancien droit public cambodgien ». La monarchie khmère, M. Thioum la connaît très bien car son père était une personnalité très puissante pendant les deux règnes des rois Sisowath et Monivong. Le mariage entre son vécu dans l’univers monarchique khmer et sa connaissance juridique lui permettait de donner un poids à sa thèse, laquelle était vue, par la suite, par la gauche cambodgienne comme une référence scientifique condamnant la monarchie khmère en décadence. La lettre ouverte publiée dans la revue « Etudiant Khmer » et l’essai de Pol Pot n’étaient que la version vulgaire de la thèse de Thioum. Le tabou était violé pour la première fois. Cette fois-ci, ce n’était plus un rumeur, mais une thèse universitaire qui expose explicitement un système de pouvoir baser sur le droit divin. Pouvoir grâce auquel le roi possédait le droit de vie et de mort sur ses sujets. Pol Pot parlait du récit de Thmenh Chey pour montrer qu’un enfant du peuple, nommé Thmenh Chey, peut vaincre un roi ignorant ; Thmenh Chey ose s’opposer à la couronne. La solution étant dite dans son essai : La révolte du peuple contre le pouvoir divin et le peuple peut le vaincre comme Thmenh Chey.

L’année 1952 semblait une année clef pour critiquer la monarchie car le roi Sihanouk, privé du pouvoir dans la camisole constitutionnelle, cherchait un dénouement pour récupérer par un coup d’État le 15 juin 1952. Il avait dissous pour la seconde fois l’Assemblée nationale, dont la majorité démocrate était en conflit avec lui. Son but amphigourique était la dévolution du pouvoir parlementaire à sa personne. De ce fait, il transformait la monarchie constitutionnelle en celle de son pouvoir personnel. Il pratique une politique par cynisme : « Qui n’est pas pour moi est contre moi ». Cet acte avait indigné la jeunesse khmère qui était prêté à l’époque à défendre la démocratie et la constitution. Une agitation grave se manifeste donc, dans tous les établissements scolaires. Une sorte de tremblement de terre politique dans un pays frappé de la crainte du sacré de la personne du roi. S’agissait-il vraiment d’un complot fomenté par la gauche khmère contre le Roi Sihanouk ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord connaître la gauche cambodgienne. Elle était formée d’une poignés d’étudiants khmers en France. Ils se réunissaient pour étudier le Marxisme. Ils ingurgitaient, en effet, cette connaissance qui les transformait en marxistes factices. Qui étaient-ils ? Les noms ne sont pas inconnus aujourd’hui tels que, Saloth Sar (Pol Pot), les Thiounn, Ieng Sary, Khieu Samphan, Hou Youn, Hu Nim, etc. Etaient-ils républicains de cœur ?

Je répète qu’il n’est pas question de faire de Pol Pot et de ses compagnons des pionniers de l’esprit républicain khmer. Je rappelle pour que les choses soient claires que si je parle ici de ces noms sinistres, c’est parce que je voudrais démontrer que ces gens ne sont que des opportunistes tout court qui expliquaient les méfaits de la monarchie dans la logomachie. Et quoiqu’ils ne sont pas encore jugés aujourd’hui pour leurs crimes, je continue de croire à une autre forme de justice comme dit Bernard Henry LEVY : La justice de l’historien de la vérité.

Pauvre gauche cambodgienne, née entre deux feux révolutionnaires chinois et vietnamien, qui la privaient d’avoir sa propre identité nationale. Elle s’est laissé mettre sur le dos la responsabilité de la servitude de la cause de Mao et Hô et était utilisé comme une rampe de lancement d’idéologie marxiste au Cambodge. Cette obéissance mettait en sommeil son nationalisme. La saga de sa naissance dans les années 1930 est ambiguë. Elle était alors considérée comme une des branches du parti communiste vietnamien et n’était jamais parvenue à définir une ligne de conduite constante et régulière. Sa victoire au 17 avril 1975 s’apparentait plutôt à une victoire à la Pyrrhus sur laquelle pèse toujours la menace du parti communiste vietnamien. En effet, Pol Pot demandait à sortir de cette soumission pour toucher sa part de gloire du Communisme en Indochine. Il recevait le feu vert de Pékin, mais Hanoi ne répondait pas à cette requête. Au lieu d’être prudent devant ce silence, Pol Pot entamait la politique de vengeance contre son propre peuple sous le regard ironique des Vietnamiens. Cette pratique détruisait complètement la force vive du pays et l’âme khmère. Une manne pour Hanoi de donner soi-disant une leçon de solidarité entre peuples indochinois à la Chine et réaliser son rêve d’être le maître du Cambodge. Le 7 janvier 1979, les plus rétifs à la cause de Hô ont été chassés de Phnom-Penh par les soldats vietnamiens pour remplacer par les plus dociles. L’éclatement en deux camps (les prochinois et les provietnamiens) était consommé ainsi. Malgré ce déchirement, cette gauche oblitérait pour toujours aux yeux des Cambodgiens son engagement. En outre, dans leur histoire, les deux camps ont toujours besoin de la monarchie pour leur survie. Ils prétendent entériner leurs choix en les justifiant par le contexte et les circonstances. En fait, ils ne sont ni républicain, ni nationalistes. Ils sont des opportunistes et font de l’occasion une doctrine. Ils agissaient toujours dans l’ombre du prince Sihanouk et sous l’œil vigilant de Pékin et Hanoi. Sous la lumière de leur victoire du 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979, on voyait leur vrai visage. Voilà la face cachée de la gauche cambodgienne et ainsi s’achève l’épopée de leur révolution réduite à des dimensions meurtrières. Certes, l’un ou l’autre ont une responsabilité devant l’histoire pour plus de deux millions de morts Khmers innocents.

 

Paris, Avril 1997     

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 09:41

 

À la gloire, à la grandeur, Kân voulut en partager avec les autres membres de sa famille détenus par le roi. Il décida d’écrire une lettre à ce dernier pour négocier leur libération :

« À Sa Majesté le Roi,

Tout ce que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui, je l’ai fait uniquement pour but de protéger le dauphin des intrigues de vos dignitaires, non pas pour le but de trahir Votre Majesté. Si j’obtenais l’assurance de Votre Majesté concernant les affaires de succession de trône, à savoir que la désignation de Ponhea Yous Reachea comme prince héritier est toujours en vigueur, je serais prêt à me rendre auprès de Votre Majesté pour vous servir comme auparavant. Je demanderai à Votre Majesté de libérer d’abord ma mère et les autres membres de ma famille, après quoi seulement je m’engage à dissoudre mon armée et de me rendre pour vous servir sous les poussières de vos pieds.

Si ceci ne vous convenait pas, je vous prie de bien vouloir m’en excuser.

Le Roi fut informé de l’arrivée du messager de Kân en pleine séance de travail. Le Premier ministre qui prit la parole en ces termes : « Jusqu’à maintenant, Votre Majesté n’a pas encore décidé sur le sort des membres de la famille de Kân. Recevoir son messager avec l’absence de telle décision, pourrait vous mettre dans une position de faiblesse vis-à-vis de Kân. Celui-ci pourrait s’y interpréter que vous aviez peur de lui. Il faudrait que Votre Majesté prenne cette décision avant de recevoir ce messager. Les autres ministres partagèrent cet avis. Ah ! dit le roi, sans vous, Messire, je pourrais laisser passer l’essentiel sans me rendre compte. Hâtons-nous à exécuter votre plan.  Et sans perdre le temps, le Roi fit venir l’oncle de Kân. Devant tous ses ministres, il lui dit ceci : « AKân envoie un messager pour négocier avec moi dont j’ignore pour le moment le contenu. Depuis le début de sa trahison, j’ai toujours fait preuve de clémence envers ta famille, mais aujourd’hui Akân a dépassé des limites de ma tolérance, parce qu’il ose envoyer un messager pour négocier avec moi, le Roi, au lieu de venir en personne pour implorer mon pardon. Un homme qui trahit son Souverain doit-il être puni si sévèrement avec l’ensemble des membres de sa famille, c’est notre tradition millénaire. Pour cette raison, je décide aujourd’hui de te condamner à mort pour montrer un exemple. Mais avant de t’exécuter, je te donne la permission exceptionnelle de rencontrer le messager d’AKân pour que tu puisses dire tout ce que tu aies envie de lui dire ».

Ayant entendu les propos du roi, ce dernier, troublé, balbutiant de frayeur, essaya de présenter sa défense, mais ses arguments n’étaient pas entendus par le roi. Il quitta la salle en pleurant à la rencontre du messager de son neveu. Il raconta à ce dernier de sa condamnation à mort par le roi. Quelques minutes plus tard, on faisait entrer le messager du traître dans la salle d’audience. Vu le roi, ce dernier se mit à genou et dit à haute voix que son chef lui envoie pour porter une missive pour Votre Majesté. Un grand dignitaire se précipita de prendre la lettre de Kân pour porter au Souverain. Le roi ouvra la lettre et la lut immédiatement. Le contenu de lettre excita la colère du roi. Il fronça les sourcils, s’enferma dans la réflexion et, au bout d’un moment, ajouta, comme se parlant à lui-même : « Comment ! ce rebelle ose agir de la sorte. Que s’était-il passé dans son cerveau primitif ? Avait-il eu conscience seulement de sa trahison ? Non, il glisse du bien au mal sans calcul, sans remords, selon l’impulsion du moment ». Après quoi, il ordonna au Premier ministre de répondre à Kân par lettre dans les termes suivants :

Neak Chao Ponhea  Oukteythireach, Premier ministre, à Khoun Lahoung Sdach,

Vos conditions sont contraires à la coutume royale. Si vous étiez sincères dans vos propos, nous vous demandons de bien vouloir dissoudre d’abord vos forces armées et de vous rendre auprès de Sa Majesté le roi pour lui implorer son pardon. Si vous acceptiez de suivre mes conseils, je ferai tout de mes pouvoirs pour obtenir la grâce de Sa Majesté le Roi à votre égard. Sinon, il est certain que Sa Majesté le Roi ordonnerait à exécuter la sentence qu’il a déjà prononcé à l’encontre des membres de votre famille.

Ayant reçu la réponse par lettre du Premier ministre, Sdach Kân fit la porter à son père à Basane. Ayant appris l’arrivée de la lettre venant du roi, le père de Kân se précipita vers la porte à la rencontre du porteur. Mais une ligne noire se leva devant lui, il se fut glissé et tombé sur un sabre posé tout près de cette porte. Le point de lame du sabre pénétra profondément entre le cou et l’épaule. Pichay Nirk s’effondra sur le plancher, inclina la tête sur la poitrine et devint étranger au mouvement de la vie. On informa immédiatement Sdach Kân de cet accident. Celui-ci se dépêcha de venir au chevet de son père. Mais au moment qu’il arrivait, Pichay Nirk mourut de son blessé.

Ayant appris la mort de Pichay Nirk et le retrait de l’armée de Kân de la province Kompong Siem, le Roi ordonna à son armée de 10 000 hommes d’attaquer immédiatement les fortifications de Kân : Longvek, Kampong Siem et Thauk Khaum. Cette armée du roi fut divisée en trois colonnes de marche. La première de ces colonnes, sous les ordres de Chao Ponhea Oukteythireach. La deuxième colonne, sous les ordres de Chao Ponhea Kralahome et la troisième colonne, sous le commandement de Chao Ponhea Sourkir.

Ayant appris cette nouvelle, Kân fut ravi. Il dit à ses conseillers que le roi vient de commettre une erreur grave en lançant des attaques pendant la période de deuil de la mort de son père. Il demanda à ces derniers de lui laisser seul. Il avait besoin de se recueillir. Quelques minutes plus tard, il se rendait à la salle de conseil et ordonna à ses généraux de préparer un grand banquet auquel tous les officiers furent invités. Ces derniers se discutaient le pourquoi de cette festivité pendant la période de deuil de la mort de Pichey Nirk. Quant le banquet tira sur sa fin, Kân monta sur une table et prit la parole dans les termes suivants : « Mes chers amis, je sais que vous avez envie de savoir le pourquoi, je fais cette festivité pendant la période de deuil de la mort de mon père. La raison est ceci ; le Roi vient de transgresser la règle coutumière : lancer les offensives militaires contre notre armée pendant cette période de deuil. Cette transgression montre bien qu’il ne soit pas un bon roi. Le Bouddha n’aiderait plus au roi, égaré du chemin de la loi. Il faut bien savoir qu’il y a toujours une justice divine qui condamne les mauvaises gens. Je suis certain que dorénavant, le roi n’ait plus de soutien du ciel pour nous battre. Nous le vaincrons bientôt. Soyez confiance en moi, votre guide qui a un seul désir : Le bien du peuple ».

Ayant entendu le discours prophétique de leur chef bien aimé, les convives se levèrent, applaudirent et crièrent : « Bravo ! Bravo ! Gloire au Vice-Roi ! ». Au même moment, un officier cria à la foule de regarder au-dessus du toit de la tente de son Vice-Roi qu’il avait vu un dragon de huit têtes. Cette vision de la gloire amena des centaines des yeux à scruter le ciel. Et, tout à coup, un groupe des hommes en extase crièrent à leur tour qu’ils avaient vu aussi le dragon qui s’envolait vers la direction d’ennemis. Après quoi, tous les convives applaudirent une seconde fois : « Gloire au Vice-Roi ! ». Kân remercia l’enthousiasme de ses compagnons et les invita à boire et à manger jusqu’à l’aube. La vénération des officiers pour Kân était un mélange d’admiration et de terreur. Bien qu’Esclave d’origine et savant de formation, Kân était considéré par ses hommes comme un souverain absolu. 

Quelques jours après, Sdach Kân désigna son oncle Kao, frère cadet de sa mère, en qualité du Premier ministre et lui confie un commandement d’une force 15 000 hommes pour assurer la garde de la ville de Phnom-Penh. Il conféra au général Keo un titre de noblesse de Chao Ponhea Kralahome et lui confie un commandement d’une force de 15 000 hommes pour assurer la garde de la citadelle Longvek contre l’attaque de Chao Ponhea Sourkir. Kân lui-même, se plaça à la tête d’une armée de 40 000 hommes et marcha en droite ligne sur la province de Kompong Siem pour combattre contre l’armée de Chao Ponhea Oukteythireach. Avant de lancer des assauts, le Vice-Roi Kân commença à organiser une procession autour des murs de fortification d’ennemis, conduite par des moines qui prièrent et chantèrent. Cette procession chantante des rebelles agaçait Oukteythireach, mais elle ne l’inquiétait pas. Ses consignes étaient strictes : si l’un de ces rebelles faisait le moindre mouvement en direction des murs, il fallait le tuer par arme à feu. Si ensuite les rebelles parvenaient à se rapprocher, il fallait les inonder d’une pluie de flèches. En quelques jours de combat, Kân mit l’armée du roi en déroute. Les plus prudents et les meilleurs soldats parviennent à échapper au désastre et finiront par se regrouper à une bonne distance du champ de bataille pour se réorganiser. La bannière du roi ne flottait plus sur la tour de garde de la citadelle royale. La ville fut envahi, les rues étaient jonchées de cadavres. Ce jour-là, Kân avait fait son entrée dans la ville sur son cheval blanc. Il avait commencé par assurer les habitants que leur vie leurs biens seraient respectés. Il avait demandé au moine supérieur de lui faire visiter les lieux sacrés du bouddhisme. Pendant qu’il se trouvait dans la pagode, l’heure de la prière étant arrivée, Kân avait ordonné immédiatement à ses troupes de garder le silence durant la séance de prière. Dans cette victoire on dit que Sdach Kân sait profiter l’erreur du Roi pour redresser la peur de ses soldats de mourir de parjure au roi comme son père. Un conseiller de Kân dit à ses amis ceci : « Il y a dans l’idée de respect de la coutume une force qui entraîne Kân toujours plus loin, comme la pesanteur entraîne une pierre dans le sens de la pente ».

Ayant appris la défaite de son armée, le roi regrettait maintenant de lancer une attaque contre l’armée des rebelles pendant la période de deuil de la mort du père de Kân. Aurait-il mieux valu de les laisser croire à la nature de la mort de Pichay Nirk de son parjure au roi. Il sentait que son honneur fut bafoué, humilié. Il voulait secouer ses généraux, les provoquer, les scandaliser de leur défaite.

Pour toute réponse à la victoire du Sdach Kân, le Roi ordonna aux généraux de lever une armée capable d’affronter les rebelles. Les officiers recruteurs avaient pour mission d’enrôler des hommes valides de tous les âges dans les différentes provinces suivantes : Steug Tran, Kaukhhan, Sorin, Klânsèg, Rimchous, Chaumskhane, Chongkal, Prakan, Tongthé, Tomnoup, Mongkolborey, Reuseysàg, Teukchau, Battambang, Pursat, Kramoungsâr, Klongkrang, Amarakiribaur, Rolirspirk. Depuis un certain temps, le pays était plongé dans le chaos d’une guerre appelée la guerre civile. L’ordre du roi de lever une armée provoqua la fuite de la population dans la forêt dont le nombre était estimé à un million d’habitants. Dans cette situation, les généraux royalistes peinaient à enrôler 50 000 soldats supplémentaires.  Au total, l’armée du roi avait 100 000 combattants. Selon Kân, cette armée était encadrée par des vieux généraux dépités qui menaient la guerre comme une entreprise privée : grands seigneurs qui plaçaient leur clientèle dans leurs unités et tentaient de concilier objectifs stratégiques et prestige personnel. Or une troupe se comporte toujours à l’instar de son chef et règle son ardeur sur la sienne. Le général corrompt-il que la troupe n’a bientôt plus le cœur de combattre. 

Voulant tirer un profit immédiat de cette situation ; profitant aussi de l’impopularité du roi, Kân décida d’attaquer le quartier général du roi à Asantouk. À la tête de son armée, Kân commença d’accélérer la marche pour arriver à proximité de la citadelle Asantouk. Il fit camper ses troupes et convoqua ses conseillers pour leur dire ceci : « Compte tenu de la supériorité de l’effectif de nos troupes, je suis convaincu que nous pourrions gagner facilement l’armée royale. Mais le parti du combat serait risqué de perdre un grand nombre de vies de nos soldats, car les adversaires étaient encore nombreux et se trouve sur un terrain où toute la puissance de leurs troupes d’élite pourrait déployer. Cette fois-ci, je ne cherche plus des victoires écrasantes au mépris de la vie des soldats du roi, parce que cet acharnement me sera parfois reproché après les batailles. Je cherche seulement à tuer le roi. Jadis, le roi Ponhea Yat avait pu gagner la guerre contre les occupants siamois par cette méthode. Il avait envoyé 10 hommes pour tuer le prince siamois dans son palais à Angkor Thom. Nous pourrons faire la même chose, parce que le roi Sokunbât manque de perspicacité pour éventrer la ruse. Il peut concevoir plusieurs projets, mais il en exécute bien peu. Il n’a guère l’esprit de décision. Enfin, le roi embrouille facilement le vrai et le faux, le bien et le mal, ce qui convient et ce qui ne convient point. Je cherche un volontaire courageux pour servir de complice à l’intérieur du parti ennemi. Sûrement, si nous arrivions à mettre en place un tel stratagème pour assassiner le roi, je vous garantis que l’armée royale s’effondra comme le sel dans l’eau chaude ». À peine de terminer sa phrase, on vit alors quelqu’un au bas bout de la salle, se lever et dire :

- Moi, Je me porte volontaire !

Cet officier, nommé Sorin Keo, était fils du feu général Chao Ponhea Sangkream, tué par Kân à la première heure de la guerre. Celui-ci s’avança quelques pas en avant et poursuivit sa déclaration.

« Je me porte volontaire, parce que je veux me venger de l’injustice du roi. Mon père était fidèle au roi ; il a été tué au champ d’honneur pour servir le roi. Après sa mort, comme vous le savez, ma famille n’a reçu aucune aide de la part du roi. En revanche, quoique vous êtes l’auteur de la mort de mon père, vous avez pris ma famille sous votre protection et l’aviez donnée tout ce dont elle avait besoin. Je ne peux jamais oublier cette charité. Sans votre munificence, je serais à présent un homme sans honneur. Comme je suis le fils d’un ancien Grand dignitaire du roi, ma soumission aurait plus de chance d’être acceptés par le Roi et ses généraux, ami du feu mon père.

 Ayant entendu ces paroles, Kân se montra grandement satisfait. Il reconnut Sorin Keo et se souvenait bien de la flèche qu’il avait tiré sur le père de ce volontaire. Il conférait un titre de noblesse à Sorin Keo et le nomma colonel. Après quoi, il révéla en détail tout son plan à Sorin Keo : « Je te confie un commando d’élite de 200 hommes. Tu es libre de choisir tes hommes. La mission consiste à assassiner le roi dans son campement. Nous allons organiser un simulacre de ta défection avec tes hommes pour rejoindre le parti du roi. La raison de cette défection évoquée est l’injustice : Ta condamnation à mort par la cour martiale de ta négligence dans tes responsabilités d’officier de garde. Le lieu d’exécution se trouvera à la première ligne de défense pour que les ennemis puissent voir ton exécution. Mais au moment que l’on doit te couper la tête, les 200 soldats surgiront pour te libérer et vous allons filer directement dans le camp ennemi, voilà mon plan. Eh bien, mon ami, que penses-tu de ce projet ? ».

Sorin Keo demanda à Kân de choisir un adjoint, un ami fidèle, nommé Chay Chong Rak. Après quoi, il sélectionna avec son adjoint les deux cents soldats d’élite pour une mission de haut risque. Une fois le corps du commando fut formé, il tint une réunion secrète avec ses hommes en leur expliquant en détail le plan et le déroulement de la mission. Il fit subir un entraînement spécifique à ses hommes pendant quelques jours. Le jour fixé, Kân fit une inspection à sa première ligne de défense. Il arriva à un poste de commandement d’une garnison et demanda à un officier de garde de voir le commandant de garnison. Un gradé s’avança et lui dit :

- Mon Commandant est Sorin Keo, il n’est pas ici, Monseigneur ;

- Où est-il ? demanda Kân ;

- Il est en train de se reposer dans sa tente, répondit l’officier ;

Kân fit mine de se mettre en colère et ordonna immédiatement au prévôt de l’armée d’aller chercher le fautif. Quelques minutes plus tard, ce prévôt revint avec Sorin Keo. Ce dernier fut vertement réprimandé par Kân et condamné à mort par la cour martiale pour le relâchement à la discipline militaire. Il reçut trente coups de fouet et fut jeté à la prison. Le lendemain matin, les policiers militaires amenèrent Sorin Keo pour le tuer. Au moment des préparatifs d’exécution du prisonnier, surgirent des soldats qui attaquèrent les policiers pour libérer Sorin Keo. Ensuite ils coururent pour rejoindre le camp d’ennemis qui se trouvait à peine cinq cents mètres seulement du lieu d’exécution. Arrivé devant le poste de garde de l’armée royale, Sorin Keo informa les sentinelles qu’il vient pour demander la soumission au roi. L’officier de garde demanda aux rebelles de jeter les armes et rester où ils étaient. Il envoya ensuite un détachement de soldats pour mettre la cangue au coup de tous les rebelles et ensuite de les amener dans le camp. Il en informa ensuite son supérieur hiérarchique.  Chao Ponhea Oukteythireach vint voir en personne les 202 rebelles. Arrivé sur place, il reconnaît tout de suite Sorin Keo, fils de son ami défunt, général Chao Ponhea Sangkriem, tué par Kân. Là, Sorin Keo dut raconter en détail toute l’affaire au chef des armées du roi. Il terminait sa phrase : « Je tuerai Kân s’il me retombe un jour entre les mains ». Ce dernier prit de pitié pour le fils de son ami défunt et dit : « Je vais informer le Roi de ta soumission avec tes troupes, mais tant que tu n’aies pas la grâce du roi, je ne peux pas vous détacher parce que vous êtes tous sous la loi martiale ». Informé de cette nouvelle, le roi ordonna aux services de renseignements militaires d’interroger chaque prisonnier et vérifier la cohérence de l’ensemble des informations recueillies auprès des 202 soldats. Après vérification des informations données, Chao Ponhea Oukteythireach apporta le rapport d’enquête au roi et lui dit que les 202 rebelles sont vraiment victimes de l’injustice de Kân. Après lu le rapport en détail et entendu des propos de son général, le Roi prit aussi la pitié du fils de son ancien général, tué au champ d’honneur. Il décida d’intégrer le commando de Sorin Keo dans sa garde personnel.

Revenons pendant ce temps à Kân. Ayant appris que le roi était tombé en plein dans le panneau qu’il l’ait tendu, il en éprouva une satisfaction extrême. Il sent la victoire à portée de main. Après quoi, il multiplia des attaques contre le retranchement de Chao Ponhea Oukteythireach, à Asantouk pour camoufler son plan. Ces attaques se prolongèrent plusieurs jours ; cependant Chao Ponhea Oukteythireach réalisa finalement qu’il eut du mal à se maintenir plus longtemps face à une telle attaque, il ordonna ses troupes à se replier auprès du roi à Kampong Svay. Il envisageait en outre de partir avec l’ensemble des forces armées à Pusat pour mettre le roi à l’abri des offensives de Kân. Il en proposait au roi. Quelques jours après, le Roi fit un rêve, dans lequel, il a vu un dragon qui sort de la rivière Sen pour lui mordre et en même temps, il a vu aussi l’âme de son père qui lui dit qu’il fallait qu’il quitte Kampong Svay et lui recommande de ne pas affronter le dragon, parce que celui-ci mourra dès l’apparition du soleil de l’Ouest. Après quoi, il convoqua son astrologue pour interpréter son rêve. Après ses calculs des positions des astres, ce dernier informa le roi qu’il faut que Roi quitte Kompng Svay pour Pursat comme Chao Ponhea Oukteythireach l’avait proposé récemment. Sinon le roi va rencontrer un grand danger. Au même moment, le Roi et ses conseillers entendirent des cris et des vociférations s’élevèrent à l’extérieur de la tente royale. Or, tout à coup, il voit surgir Sorin Keo, sabre à la main, avec plusieurs soldats, il se lève brusquement pour se défendre, mais ce dernier lui frappa violemment avec son sabre. Le Roi tomba et mourut immédiatement. Au même moment, les gardes de corps du roi se précipitent d’un seul mouvement vers l’intérieur de la tente royale pour apporter le secours à leur souverain.  Furent-ils parfaitement surprise en voyant le corps sans vie de ce dernier. Un officier fit-il partir, en toute hâte, chargé d’en avertir Chao Ponhea Oukteythireach. Ce dernier, bouleversé par cette nouvelle, versa quelques larmes. Après un silence de commotion, il envoya immédiatement un renfort pour tuer les traîtres. Il y avait de centaine de morts du côté des troupes de Sorin Keo. Malgré la supériorité du nombre des soldats du roi, Sorin Keo et ses troupes combattirent avec une énergie farouche contre leurs adversaires. S’ouvrant avec le reste de ses hommes un sanglant passage à travers les rangs ennemis, ils s’enfuirent en direction d’Asantouk. Leur mission était couronnée de succès. Les poètes de la Cour de Kân ne trouvaient plus de mots suffisamment élogieux pour célébrer l’exploit de Sorin Keo.

Après cette victoire, Kân convoqua ses dignitaires, ses généraux et leur dit ceci : « La grandeur d’un État est-elle incompatible avec le bonheur de ses sujets ? Ne peut-il y avoir de nation forte que dans l’iniquité, l’écrasement, l’esclavage ? Faut-il souhaiter, pour la vocation historique du Kampuchéa, que des gens comme nous soient les vainqueurs de cette guerre ? ». Mais sa voix se cassa. Il jeta autour de lui un regard perdu, baissa la tête, il ajouta : « Preah Sokunbât était un grand roi. Il n’avait jamais fait du mal à ma vieille mère, à ma sœur et les autres membres de ma famille, durant des années de guerre. Comment pourrais-je oublier sa générosité ? Je vous demande de respecter la période de deuil de sa mort en conformité avec la tradition des rois khmers ». 
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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 13:35


Kân quitta la pagode de son maître avec le coeur tremblé de tristesse. Au portail, il aperçut un valet de son père. Ce dernier se rapprocha discrètement de lui et dit :

- Votre père m’a demandé de venir ici pour apporter le secours au cas où vous passiez par là ;

- Très bien, tu retournes à la maison pour m’apporter mon arc et rassembles des hommes de confiance qui voulaient combattre avec moi. Je vous attends dans la forêt Thmârda, dit Kân.

Ce serviteur se précipita pour en informer le père de Kân. Ce dernier autorisait à son valet d’apporter tout ce dont son fils avait besoin. Il y avait cinquante volontaires qui acceptaient de suivre Kân dans sa fuite. Arrivés à Thmârda, les hommes de Kân dirent à leur maître que le jour où Kân veuille entreprendre contre le Roi une action décisive, qu’il sache bien qu’il pourra compter entièrement sur leur concours ».

Kân, pleinement satisfait de cette déclaration de fidélité, répondit par un simple signe de tête pour marquer son remerciement, puis il prit la route avec ses compagnons de vie pour aller à la sous-préfecture de Baphnom. Aussitôt arrivés à ce lieu, Kân et ses partisans entrèrent dans la salle d’audience, remplies des fonctionnaires. Surpris de voir ces intrus, le sous-gouverneur s’écria pour les interroger, mais à peine de terminer sa phrase, Kân se précipita pour lui trancher la tête. Il y avait un brouhaha dans la salle, mais Kân cria : « Silence ! j’ai l’ordre de Sa Majesté le Roi de venir tuer ce sous-gouverneur, parce qu’il avait fomenté avec Preah Chanreachea un coup d’Etat. En plus, j’ai l’ordre aussi de venir ici pour lever une armée pour combattre contre Preah Chanreachea et ses complices. Tous ceux qui m’aident à combattre contre Preah Chanreachea, seront bien récompensés. Mais quiconque soulève des difficultés sera décapité comme le sous-gouverneur, c’est tout ! ».

Tous les fonctionnaires dans la salle croyaient à Kân et aidaient ce dernier à lever une armée. Avec ses fidèles, Kân, était tout ruisselant de majesté, mena des conquêtes avec succès la province de Prey Veng et plusieurs autres provinces de l’Est du Mékong. En quelques mois, Kân devint un chef de guerre redoutable. Il se conféra le titre de Grand Général du Royaume. À la suite de cette victoire, Kân organisa ses différents services administratifs centraux et provinciaux dans les territoires sous son contrôle.

Revenons à la Cour de Basane. Ayant appris la rébellion de Kân, les généraux, Ponhea Yaumrech et Vongsa Angreach en informèrent immédiatement le Roi en lui demandant de donner l’ordre au père de Kân, Pichay Nirk d’écrire une lettre à son fils pour lui demander de renoncer à cette rébellion.

Ayant appris cette nouvelle, le Roi se montra grandement surpris et troublé. Il convoqua Pichay Nirk pour lui ordonner à apprivoiser Kân en état de rage.     

Gisant aux pieds de son Souverain, sous tant de soupirs, Pichey Nirk assura à son maître, dieu, la fidélité de son fils. Il se dépêcha à envoyer un messager pour porter une lettre à son fils. Celui-ci recevait le porteur du pli confidentiel à huis clos. Après avoir lu la lettre, il dit à ce dernier dans les termes suivants : « Tu peux dire à mes parents que mon combat d’aujourd’hui n’est pas contre le roi, mais plutôt de lui demander la réparation de l’injustice dont je suis la victime. S’il accepte aujourd’hui de m’innocenter à des fautes, dont je ne suis pas l’auteur, je n’aurais aucune raison de continuer mon combat. Aujourd’hui j’ai une armée de milliers de soldats. Et tu le savais, pour défaire une armée de cette taille, il en faut beaucoup du temps. Je demande au roi de me laisser un peu temps pour démobiliser mes soldats, après quoi je retournerai au palais pour servir le souverain comme auparavant ». Après le départ du messager, Kân convoqua tous les officiers pour leur dire dans ces termes qui étaient contraires à la volonté de son père : « Le Roi m’a demandé de vous remercier dans vos efforts de combattre contre Preah Chanreachea. Il m’a chargé en plus d’enrôler davantage des soldats pour conquérir le plus vite possible tous les territoires contrôlés par le Vice-Roi ».

Revenons au Roi. N’ayant toujours pas vu le retour de Kân, il demandait à sa Première dame d’envoyer plusieurs fois des messagers pour réitérer ses exigences à Kân. À chaque rencontre avec l’envoyé du roi, Kân savait en tirer profit à son avantage en faisant croire à ses partisans et à la population que le roi avait vraiment besoin de lui pour combattre contre Preah Chanreachea. Il y avait de plus en plus des paysans et des esclaves qui s’engageaient dans l’armée de Kân. Vu la passivité du roi, Kân se dit : « si le roi continue d’agir ainsi, je pourrais bientôt emparer facilement le trône ».

Parlons du Preah Chanreachea, en 1508, âgé de 24 ans, celui-ci se sentait être menacé par la popularité de Kân et convoqua ses conseillers pour leur dire ainsi : « Je n’ai plus à m’étonner de mon frère qui m’a accusé de haute trahison, parce ce que depuis toujours il se méfiait de moi. A ce jour, il n’a même pas envoyé un messager pour me donner ses instructions à combattre contre Akân. Il m’a confié des charges de Vice-Roi, Résident général des provinces de l’Est dans un seul but de m’éloigner des affaires du Royaume. Son silence sur les agissements d’Akân contre moi confirme bien cette accusation. J’en conclue que mon existence gêne sans doute Sa Majesté le Roi. Je décide donc de partir au Siam pour demander la protection du roi de ce pays, plutôt de vivre comme un paria dans mon propre pays.

Preah Chanreachea quitta sa capitale administrative, Krong Chatomouk, la nuit même avec 50 fidèles. Arrivé à la province Pursat, il passait la nuit chez M. Meung, une vieille connaissance. Dans le document du Vat Kampong Tralach Krom, on dit que M. Meung ne s’appelait pas Meung, mais Pich ; le nom Meung était plutôt son nom posthume : Après sa mort, son esprit renaquit en « génie gardien du pays », en langue siamois « Kleig Meung ». Ce nom était adopté plus tard par les Khmers. M. Meung avait un autre surnom « Mé Smeug Phnom Kravagne » (Chef des morts de la montagne de Kravagne).

Vu arrivé le frère du roi, Ta Meung descendit de sa maison pour l’accueillir avec tout honneur et respect. Il invita le Vice-Roi à monter sur sa demeure et dépêcha le personnel de la maison à préparer le repas pour le prince royal et sa suite. Preah Chanreachea raconta son histoire à Ta Meung. Celui-ci l’écouta avec tristesse. Le lendemain matin, Ta Meung offrit au prince 8 éléphants et 10 chevaux. Il ordonna à ses 4 fils d’accompagner son prince au Krong Tep. Preah Chanreachea était très content de ces cadeaux inattendus. Il dit à son bienfaiteur ainsi : « Je vous remercie beaucoup de vos aides. Je n’en oublierai pas pour toute ma vie. Vous êtes un homme bien ». Ayant entendu les paroles royales, Ta Meung se mit à genoux, joignit ses mains en levant au niveau de son front et dit : « Oh ! Mon prince, mes offrandes ne sont rien par rapport à votre rang. Je demande au Bouddha et à tous les dieux existés sur terre de vous protéger partout où vous y aller et je hâte de vous revoir bientôt au pays ». Preah Chanreachea regarda Ta Meung avec l’arme aux yeux et lui répondit : « Le Bouddha vous protège ». Le prince quitta la maison de Ta Meung avec le cœur serré. Ce dernier resta longtemps devant sa demeure pour regarder le cortège royal jusqu’à qu’il se disparaît à l’horizon.

Arrivé au Krong Tep, Praeah Chanreachea demanda une audience au Roi Preah Chao Chakrapât. Celui-ci reçut le prince khmer avec joie. Il accordait illico au prince khmer sa protection et l’élevait au rang du prince siamois. Preah Chanreachea eut droit à une résidence royale qui se trouvait à côté de la pagode Chheung.

Revenons au Kampuchea, ayant appris la fuite de Preah Chanreachea, Kân convoqua ses conseillers pour leur dire :

- Preah Chanreachea était le seul obstacle pour la réussite de notre plan. Il s’enfuit aujourd’hui au Siam, je crois qu’il est temps maintenant d’attaquer la capitale royale.

Tous les conseillers approuvèrent la décision de leur chef. Quelques jours après, Kân ordonna à son armée de marcher sur la capitale Basane.

Le Roi fut informé de cette nouvelle. Il dit à ses conseillers : « Je comprends plus rien, il y a quelques jours, j’ai demandé à sa sœur de la nouvelle de Kân, elle m’a assuré que son frère ne tardait pas à revenir à Basane pour me servir comme auparavant. Aujourd’hui, il pointe avec son armée devant la porte de la cité, quelle insolence celui-là ». Dans une colère de tigre, il ordonna à Chao Ponhea Yomreach, Ministre des armées, de rassembler 5 000 soldats : Un régiment de 3 000 hommes confié au général Chao Ponhea Sangkriem, ce dernier devait partir pour s’opposer à l’armée des rebelles à la porte de la cité. Un autre régiment de 2 000 hommes, placé sous son commandement, pour assurer la protection de la ville. Il demanda au ministre de l’intérieur d’informer son frère, Preah Chanreachea, de cette péripétie. Ce dernier lui répondit que le Vice-Roi s’enfuit déjà au Siam, parce qu’il avait eu peur d’être tué par Kân. Ayant appris cette nouvelle, le Roi se fit des soucis et se dit : « Pourquoi il est parti au Siam sans m’avertir ».

Parlons du , il quitta la ville pour établir son quartier général à quelques kilomètres de celui de Kân. À la tête de 500 soldats d’élite, sur le dos de son éléphant et vint se placer en avant de sa ligne de fantassins, à cent mètres du camp d’ennemi, il appela Kân à sortir de son camp pour la reddition inconditionnelle : « Vil esclave ! traître à ton roi, dans quel but es-tu donc venu jusqu’ici ? ». Ayant entendu l’injure de son adversaire, Kân pensait s’il laisse ce général de révéler son stratagème devant tout le monde, il risque d’être accusé de traître par ses propres soldats. À peine le son des paroles de Chao Ponhea Sangkriem avait-il cessé, Kân sortit immédiatement de son camp avec son arc entre ses doigts, il y encocha une flèche, Il avait visé le coup du général et, résultat, on vit la flèche enclouée à la cible. L’infortuné général tomba de son éléphant et mourut illico. Sous le choc, les officiers se précipitèrent à informer le quartier général de la mort de Chao Ponhea Sangkriem. Ayant appris cette nouvelle, le général ordonna immédiatement ses troupes d’attaquer l’armée de Kân. À peine une heure de combat, les soldats du roi, en nombre inférieur, se battirent en retraite. Ils se hâtèrent de regagner au plus vite leur fortification pour s’échapper à la mort. Chao Ponhea Chakrey envoya un messager à la capitale pour demander des renforts. Le Roi convoqua le Conseil de guerre pour examiner la situation.

Au cours de réunion, le Grand Général, Chao Ponhea Yomreach, adressa au roi pour le rappeler au sens des réalités de la situation militaire en ces termes «  Nous disposons actuellement une armée de 10 000 hommes. Cet effectif était insuffisant pour s’opposer à l’armée des rebelles. Mais cette force nous permette de réorganiser notre retrait stratégique au Krong Chatomouk. D’ailleurs, en manoeuvrant de la sorte, nous épargnons la vie de nos soldats ». Quant à Chao Ponhea Chakrey et moi, nous assurons la protection de ce retrait. Le Roi se rangea donc à cet avis mesuré. À ce moment, Pichay Nirk, le père de Kân demanda la parole : « Je crois pouvoir convaincre mon fils à abandonner sa rébellion. Je demande à Votre Majesté de me confier un commandement de 1 000 soldats pour accomplir cette mission. Mon épouse et tous les membres de ma famille partiront avec Votre Majesté au Krong Chatomouk. Ils sont constitués comme un gage de ma fidélité envers Votre Majesté. Si je trahissais votre confiance, je fais un serment solennel de mourir avec les armes et Votre Majesté pourra donc tuer mon épouse et tous les membres de ma famille ».

Le Roi accepta la proposition de Pichey Neak et demanda aux Brahmanes de préparer une cérémonie de serment de fidélité en conformité avec la tradition. Ensuite, Pichay Nirk partit avec ses hommes à la rencontre de son fils.

Le Roi Sokunbât quitta la capitale avec les membres de sa Cour par bateau pour Krong Chatomouk. Arrivé à son ancienne capitale royale, sans perte de temps, il ordonna au Premier ministre de lever une armée de 25 000 hommes.

Kân laissait partir le Roi. Ensuite, il attaqua le détachement du général Chao Ponhea Chakrey, chargé de protéger la citadelle de Basane. Ce dernier fut tué au cours de cette bataille. Or voilà que, soudain, un cavalier vint rapporter une information à Kân que son père marcha à la tête de 1 000 hommes, et qu’il arrivait pour lui capturer. Ayant appris cela, Kân partit d’un grand éclat de rire et donna immédiatement des consignes strictes à ses troupes de capturer son père vivant, mais de tuer tous les autres. Il n’est pas question de négocier de quoi ce soit avec son père. La troupe de Pichey Neak fut immédiatement attaquée par les soldats de Kân. À peine une demi-heure de lutte, la moitié des soldats de Pichay Nirk furent péris dans le combat. Ce dernier ordonna à ses soldats de se replier dans une pagode où habitait le vénérable Satha, le gourou de Kân. Ce lieu fut encerclé immédiatement par des rebelles. Ayant appris cette nouvelle, le vénérable Satha sortit de la pagode et demanda aux assaillants de parler à un officier. Un homme se montra, se mit à genou devant le vénérable Satha et dit : « J’ai l’ordre de Preah Sdach Kân d’emmener Neak Preah Bayda Pichay Nirk pour mettre à l’abri du danger ». Le vénérable lui répondit : « Tu vas dire à ton Grand Général qu’il veuille venir pour saluer son père et après quoi, il pourra discuter avec lui des affaires du pays ». Ayant entendu les propos du Vénérable Satha, Pichay Nirk dit : « Ce que vous venez de dire, c’est comme vous venez de condamner à mort mon épouse et les membres de ma famille ». Le Vénérable lui répondit : « Vous ne vous inquiétiez pas, le Roi n’oserait pas tuer les membres de votre famille, parce qu’il veuille les garder comme otage ».

À la demande de son maître, Kân se précipita de venir voir son père. Assied au milieu du père et fils, le Vénérable Satha s’expliquait aux antagonistes de leurs intérêts dans leur union. Après une longue discussion, Pichay Neak laissa convaincre par Satha et accepta d’aider son fils dans son combat. Après quoi, le Vénérable Satha organisait une cérémonie rituelle, dit « bain sacré » pour le père et fils. À cette occasion, il demanda à ces derniers de ranger des armes les uns sur les autres jusqu’à la hauteur de leur tête, ensuite, de se mettre à genou devant ce dépôt d’armes, il cita des formules magiques en versant de l’eau sur leur tête et leur corps. À la fin de cette cérémonie, il ordonna aux soldats de reprendre ces armes et avec lesquelles, il fit construire une rue devant la pagode. (Dans certains documents, on dit que le Vénérable Satha demanda aux soldats de construire une rue et ensuite d’enterrer ces armes sous cette rue). Après cet événement, la population donnait un nouveau à la pagode Sdey, pagode la rue (Vat pleuv).

Après sa victoire à Basane, Kân choisit de lancer la conquête de la province de Phnom-Penh avec 50 000 hommes. Deux colonnes de son armée munies des canons et des armes à feu arrivèrent par Est et par Sud, assiégèrent en pleine nuit la place forte de Phnom-Penh. Cette ville était défendu par une armée d’environ 30 000 hommes. Les premiers assauts lancés par des rebelles mettaient l’armée royale dans une situation défavorable. Les généraux du roi peinaient à maintenir la cohésion de l’armée, elle aussi menacée par la désertion et la défection des soldats. Les esclaves enroulés sous la bannière royale désertaient en grand nombre pour rejoindre leurs camarades engagés dans les rangs de Kân. Face au désastre, le Roi ordonna à ses généraux d’abandonner la citadelle et partir pour s’établir son quartier général à Longvek. Quant aux familles des soldats, il décida de les mettre à l’abri à Samraug Sen (Aujourd'hui Samraug Sen est une commune dans le district de Kampong Leig, province de Kampong Chnaing). Pour faire face à l’armée de Kân en grand nombre, 120 000 hommes, le Roi ordonna à ses généraux d’enrôler des soldats dans les différentes provinces du Nord.

Après la prise de la citadelle de Phnom-Penh, Kân devint populaire. Cette victoire était vue par la population et ses partisans comme un signe d’élection qui marquait le consentement divin à l’avènement de leur Grand Général. Celui-ci était considéré comme homme qui avait reçu un mandat céleste, « Neak Mean Bonn » qui puisse se mesurer au roi. En revanche, cette victoire était vécue comme une insulte à l’ensemble de l’aristocratie. Pour assurer son triomphe militaire, Kân se montrait capable d’organiser l’appareil administratif de l’État pour contrôler les territoires conquis. Il nomma des nouveaux gouverneurs dans les différentes provinces : Bati, Prey Krabach, Trang, Bantey Meas, Kampot, Kampong Som, Bassac, Preah Trapeing, Euv Maur, Kramoung Sar, Teuk Kmao, Prey Nokor, Bareang, Donay, Long Haug, Psar Dek. La fuite du roi de Phnom-Penh permit à Kân d’établir d’un véritable gouvernement insurrectionnel, résolu à conquérir l’ensemble du territoire du pays. Il envoya un corps d’armée de 40 000 hommes pour s’opposer à l’armée royale à Longvek, laissa un autre corps d’armée de 50 000 hommes pour assurer la garde de la ville de Phnom-Penh, dépêcha un corps d’armée de 30 000 hommes à Kompong Siem, pour surveiller et hâter la progression générale, et servir de renfort éventuel de la compagne de Longvek. Quant à lui, il se mettrait à la tête de 40 000 hommes pour retourner à Srey Santhor (Basane).

Ayant appris l’arrivée de l’armée de Kân à Kompong Siem, le gouverneur de cette province et celle de Steuk Treng, fidèles au roi, se hâtèrent d’en informer par lettre leur Souverain en le priant de l’aider à renforcer leurs défenses. Aussi, le roi, d’après ces premiers renseignements, convoqua à la hâte le groupe de ses conseillers, afin de délibérer sur les mesures à prendre. S’adressant à ses généraux, il avait lancé : « Nous sommes attaqués partout. L’absence de mon frère, Preah Chanreachea, me met dans une situation critique. Je ne peux pas non plus compter sur le dauphin, âgé de 4 ans. Il ne me reste que de compter sur vos soutiens et je connais vos qualités et vous les miennes, me semble impossible que nous soyons vaincus, parce que nous combattons dans le sens de la légitimité et du droit et Akân fait figure de rebelle et traître ». Le Roi n’entendait pas décourager par la victoire de son beau-frère, Il avait mis ses troupes en ordre de bataille, et lancé la contre-offensive : Ponhea Kralahaum marcha à la tête 10 000 hommes pour s’opposer à l’offensive de Kân dans les provinces de l’Ouest. Et le reste de ses troupes de 25 000 hommes assurait la garde de la citadelle de Longvek.

Revenons à l’armée de Kân. À quelques jours de marche, les 40 000 hommes se présentèrent à la porte de la citadelle de Longvek. Cette place forte était construit sur un vaste terrain et dégagé dont la superficie était grande comme une ville. Le dispositif de défense était bien étudié. Au total, le Roi disposait 25 000 hommes pour défense la citadelle. D’après le calcul du général des rebelles, l’inférieur numérique de l’armée royale n’était pas un élément à tirer parti à son avantage. Il pense que pour prendre la ville dans un court délai, il faut attaquer cette cité en masse et en une seule fois pour impressionner les assiégés.  Dans ce but, il expédia par courrier rapide un message écrit à Kân pour demander un renfort de 10 000 hommes supplémentaires. Ce dernier laissa convaincre par son général et envoya immédiatement un renfort à Longvek. Avec l’effectif deux fois supérieur que celui de son adversaire, le général des rebelles lança des attaques foudroyantes contre le camp des royalistes. L’affrontement prenait alors l’allure d’un défi chevaleresque relevé de part et d’autre. Après 4 jours de résistance, le roi se battit en retrait pour s’établir son quartier général à Arama Kirin Bâribor (District Bâribor d’aujourd’hui). Et aussitôt, il ordonna à un officier à la tête de centaine de combattants d’emmener des familles des soldats et la sienne pour les conduire à Samraug Sen dans un lieu tranquille. L’armée de Kân poursuivit le retrait du roi.

Ayant appris le départ du roi de Longvek, Général Kralahaum rebroussa chemin pour venir attaquer par arrière les lignes des rebelles. Cette apparition de Kralahaum revêt cependant une signification plus immédiate : l’espoir d’un secours inattendus offertes à ceux qui ont choisi la voie de l’honneur en défendant jusqu’à la mort la citadelle de Longvek. Après avoir défait les lignes des rebelles, Kralahaum avait choisi contourner l’arrière du dispositif ennemi. Il prend à revers le quartier général des rebelles, dont tous les membres d’État Major massacrés n’assurent plus la coordination des opérations. La confusion règne dans les rangs des rebelles. C’est alors que les royalistes, chargé de défense la citadelle, entrent en scène et entament un mouvement contre les positions des rebelles. Ils attaquent et accablent les adversaires. Les bataillons d’avant-garde de ces derniers sont ébranlés et cèdent à la panique par cette attaque effrénée. Les bataillons du centre des rebelles ne permettent plus aussi de soutenir le choc ennemi venant de l’arrière. Surpris, les rebelles n’offrent guère de résistance. Assaillant par l’armée du roi de tous les côtés, ils s’affolent et prennent la fuite, mais ils sont chargés par les chasseurs de Kralahaum. Ils sont tués par milliers. Le triomphe était complet. Mais sa portée allait bien au-delà de la valeur militaire immédiate. Les rebelles, réputés invincibles, étaient battus. Et de quelle manière ! Profiter de cet avantage inattendu, le Roi opéra l’organisation de ses forces armées de la façon suivante : Il confie une armée de 10 000 homme à Ponhea Sourkirlauk, gouverneur de la province Pursat, pour assurer la garde de la province Rolirpir. Il ordonna au général Okgna Yaumreach de marcher à la tête de 5 000 hommes pour libérer quelques provinces de l’Ouest. Quant à lui, le roi, il partit avec sa grande armée pour s’établir dans la province d’.

À la tête de ses hommes, Okgna Yaumreach libérait l’une après l’autre des provinces suivantes : Baray, Chheuk Prey, Kampong Siem, Steuk Trang. Après cet exploit, Okgna Yaumreach partit à Asantouk pour en informer son Souverain. Celui-ci était très content de cette victoire, longtemps attendue.

Ayant appris la défaite de son armée, Kân laissa la garde de Basane à son père. Il partit avec son armée pour s’établir à Kompong Siem afin de préparer les offensives contre l’armée du roi pour récupérer les provinces conquises par ce dernier. Vu les effectifs de l’armée du Sdach Kân, les gouverneurs du roi décidèrent de se retirer sans se livrer aucune bataille pour épargner la vie de leurs soldats.

Retournons à Basane. Kân se proclama Vice-Roi. Il fit confectionner un drapeau de couleur rouge, sur lequel on brodait une image d’or de dragon de huit têtes. Ce dragon était emblème de son armée qui eut un succès prodigieux au sein de l’armée et de la population. Désormais, Kân ne fit plus l’usage que de parasol du roi. C’est ainsi que la population l’appelait Sdach Kân (le Roi Kân). La Cour de Kân à Basane, surpassa celle du Roi par sa magnificence et par les plaisirs de l’esprit qui, se mêlant à la splendeur de ces divertissements, y ajoutait un goût et des grâces dont aucune Cour n’avait pas encore été embellie. Le vainqueur savait que son couronnement de Vice-Roi ne valait rien sans une participation de la population.  À cette occasion, Kân se piqua de donner des fêtes qui durèrent sept jours. Il fit construire des théâtres partout dans la ville pour amuser son peuple. Il fit des dons aux pauvres familles à la porte de son palais. Il avait accordé une réduction d’impôts au peuple. Ce qui lui donna dans ses inventions le plus éclat, ce fut une libéralité qui n’avait point d’exemple. Il régla dans un conseil extraordinaire les affaires d’affranchissement des esclaves, les rangs et les fonctions, créa des charges nouvelles auprès de sa personne, comme celle de grand maître de savoir, c’est-à-dire le savant. Tout cela donnait à la Cour de Kân un air de grandeur.

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 09:02

Le Règne de Preah Sokunbât (1504-1512) : L’obsession de trahison.

En 1504, Preah Sokunbât fut couronné roi du Kampuchéa à l’âge de 26 ans. Il organisa les funérailles de son père en conformité avec la tradition du roi khmer. Quelque temps après, il amena les cendres du souverain défunt pour les déposer dans un stupa au sommet de la montagne de Santouk. Après 4 ans de règne paisible, il songea à transférer la capitale royale à Basane, ancienne capitale de son grand-père, Preah Ponhea Yat. Les raisons étaient stratégiques militaires. Basane était une ville plus facile à défendre que celle du Krong Chatomouk, parce qu’elle était protégée par des obstacles naturels : À l’est par des marais, au sud-est par un fleuve et au sud par des forêts.  Il convoqua les membres de la Cour pour leur en suggérer. Ces derniers approuvèrent cette décision royale à l’unanimité. Les ministres se chargèrent d’aménager la nouvelle capitale en attendant le jour faste du transfert. Mais le temps qui pressait ne permit pas qu’on achevât le nouveau palais. Cela obligea le Roi d’habiter provisoirement dans l’ancienne résidence royale désinfectée. Le Roi était fort heureux à Basane, il partageait son temps entre les affaires qui étaient de son devoir, et les plaisirs qui étaient de son âge. Ses hobbies étaient la pêche à l’épervier. Il organisait avec sa Cour cette partie de pêche plusieurs fois par mois. Ce ne fut qu’un enchaînement de fêtes, de plaisirs depuis qu’il était à Basane. 

Pendant le règne de Thomma Reachea, il y avait un haut fonctionnaire à Basane, nommé Pichay Nirk. Celui-ci avait épousé une fille d’un esclave du clergé, nommé Bane. De cette union naquit deux enfants, une fille, nommée Sar (blanche), parce qu’elle avait la peau blanche et un garçon, nommé Kân. Celui-ci vint au monde dans une condition extraordinaire : sa mère fut une fausse couche au moment où elle avait fait ses besoins au bord de la rivière. Le nourrisson fut tombé dans l’eau et il fut avalé immédiatement par un grand poisson Paur (nom du poisson). Peu de temps après, ce poisson était attrapé par un pêcheur. À la veille de la fausse couche de l’épouse de Pichey Nirk, il y avait un moine supérieur, nommé Satha, chef de la pagode, qui avait fait un rêve : il vit un Tévada (saint) qui vint lui demander de sauver un homme qui a reçu un mandat céleste  « Neak Mean Bonn ». Le lendemain matin, le vénérable Satha partit en pirogue avec un esclave à la recherche de cet homme. En cours de route, le moine s’aperçut une pirogue du pêcheur. Tout d’un coup, il eut l’intuition que l’homme recherché se trouvait près de lui, il demanda à son esclave d’approcher de la pirogue du pêcheur, dans laquelle, il vit un grand poisson dont le ventre était gonflé inhabituel. Il fixa longuement son regard sur ce poisson. Voyant que le moine avait les yeux rivés sur sa prise exceptionnelle et en guise du respect à la religion, le pêcheur offrit ce poisson au dernier. Le moine fut alors trop heureux et remercia le donateur. Il l’emmena vers la pagode. Arrivé à sa maison, le moine dit à son esclave qu’il y ait quelque chose exceptionnelle dans le ventre de ce poisson. Ayant entendu les paroles de son maître, ce dernier décida éventrer le poisson devant la foule qui vinrent le voir. Une fois le ventre était ouvert, tout le monde entendit du pleur d’un nourrisson. Le moine Satha demanda qu’on sortit ce nourrisson de l’estomac du poisson. Cette nouvelle se répandit dans toutes les contrées de la province de Basane. Pour nourrir ce nourrisson miraculeux, le moine l’avait confié à un couple d’esclave de sa pagode. Le mari s’appelait A Bane. Jadis quand un homme qui n’était ni instruit, ni occupé un poste de fonctionnaire, on rajoutait le préfix « A » devant son nom. Quant à la femme non instruite, on rajoutait le préfix Mé. Le moine appela le nourrisson A Kao. Le haut fonctionnaire Pichay Nirk et son épouse avaient entendu parler de ce miracle. Ils se persuadèrent que ce nourrisson soit son enfant. Après quoi, ils décidèrent de venir voir le moine Satha pour lui demander de récupérer cet enfant. Pichay Nirk avait raconté l’histoire de la fausse couche de son épouse au moine. Ce dernier n’hésita pas à donner l’enfant à ses parents. Il recommanda aux derniers de bien prendre soin à cet enfant, parce qu’il n’est pas un enfant ordinaire. Il serait puissant et téméraire et il triompherait plus tard de tout le monde, excepté du Bodhisattva. Pichay Nirk et son épouse remercièrent le vénérable. Ils changèrent le nom de leur enfant A Kao en Kân. Comme le vénérable Satha avait prédit, l’enfant devint en grandissant un garçon très instruit, très doué, très beau, robuste et connu de grands succès auprès des filles. Kân s’occupa à lire des livres d’histoire et de doctrines du Bouddha. Ses parents avaient demandé au vénérable Satha d’être le précepteur de leur fils.      

Parlons du Roi Sokunbât. Un jour le Roi décida d’aller à la pagode pour faire des offrandes au Bouddha. Au moment où il devait entrer dans le temple, il s’aperçut sur la terrasse une fille d’une grande beauté. Le Roi restait un bon moment pour admirer la beauté de cette fille. Les membres de la suite royale s’en aperçurent, ils convoquèrent immédiatement Pichay Nirk, le père pour lui persuader d’offrir sa fille au roi. Ce dernier s’en acquiesça. Le Roi était très content de ce geste. Il désigna la belle, sa première dame. Elle reçut un nom de noblesse, Neak Preah Moneang Késar Bopha et ses parents en bénéficièrent aussi : Neak Preah Bayda Pichay Nirk, pour le père et Neak Preah Mirda Mébane, pour la mère.

Pour l’amour de sa nouvelle épouse si jeune et si belle, le Roi n’hésita pas à changer le nom de la ville Basane en Srey Sar Chhôr (la fille blanche debout). Plus tard ce nom se déforme en Srey Santhor.    

En 1507, le Roi procéda à une réorganisation administrative du royaume. Il divisa le pays en deux régions administratives : L’Est et l’Ouest avec le fleuve du Mékong comme frontière. Aussitôt il en arrêta les détails d’exécution, il nomma son frère puîné, , vice-roi et donna au dernier l'administration des provinces orientales dont le siège du gouvernement régional se trouvait au Krong Chatomouk. Après avoir prêté serment de fidélité et de respect à son frère, le vice-roi quitta la capitale avec les membres de sa maison royale pour rejoindre son poste.

Quelque temps après, le Roi fit sculpter sa statue en pierre, laquelle fut exposée au milieu de la citadelle royale afin que la population vint la rendre hommage. Plus tard, cet endroit était réputé pour sacré parce que les gens disaient que l'esprit du roi exauça leurs vœux prononcés. Ce lieu est appelé aujourd’hui Neak Ta Sokunbât (le génie Sokunbât).    

Cette même année, pour faire plaisir à sa première dame, le Roi voulut d’affranchir les membres de la famille maternelle de cette dernière. Il convoqua tous les membres de la Cour pour leur faire part de son intention. Ces derniers rappelèrent immédiatement au roi que ce désir était contraire au serment du roi défunt, son père, qui avait juré devant la statue du Bouddha que cette famille devait servir comme esclave du clergé jusqu’à la fin de la religion bouddhique (5000 ans) et la loi coutumière ne donnait aucune possibilité de libérer cette famille avant cette période. Le Roi se laissa convaincre.

Quelque temps après, la première dame fut gravement malade. Le Roi organisa des séances de prières pendant sept jours, aux cours desquelles il prononça un vœu : Si la première dame était guérie, il construira un temple pour la religion et tous les jours saints, la première dame viendra pour faire la propreté de ce lieu. À la fin des prières, la première dame fut guérie. Respectant à son engagement, le Roi fit construire un temple dans l’enceinte d’une pagode qui se situait non loin du palais royal. Pour que sa première dame se rendit au temple pendant les jours saints sans être vue par la population, le Roi fit construire des palissades de bambou, couvertes de tissus blancs pour cacher le chemin. Pour cette raison, on appelait cette pagode, Vat Mèr (pagode Mère) ou bien Vat Prey Baing (pagode cachée par la forêt). Quelque temps plus tard, la première dame accoucha d'un enfant, nommé Ponhea Yous. Le Roi le désigna prince héritier.

Parlons de Kân. À l’âge de 16 ans, ce garçon fut nommé membre du secrétariat du roi. Il fit remarqué de ses compétences et ses savoirs. Il pouvait même assumer des tâches des grands dignitaires avec efficacité. Mais, compte tenu de sa souche de famille d’esclave, le Roi ne pouvait pas promouvoir Kân au rang de dignitaire du royaume. Néanmoins, il lui nomma au poste du chef de son cabinet personnel avec le titre de noblesse Khoun Lahoung Sdach. Ce poste donnait droit à Kân d’avoir quatre adjoints. Ses charges consistaient à faire respecter les lois du Bouddhisme et de punir ceux qu'ils les transgressaient. Au palais, Kân régnait en maître, insensible aux corrupteurs. Aux yeux des grands dignitaires du palais, Kân « dénué d’humanisme » était un ambitieux et un orgueilleux. À la Cour, Kân n’avait pas beaucoup d’amis, mais dans la capitale royale et dans son village natale, il fut connu comme un grand savant. Tout le monde dit qu’il avait l’air de maître dont il parla imposa plus d’autorité de son rang que le roi avait jusque-là peu honoré.

Un beau jour, le Roi demanda à Kân de tirer un arc avec les cinq flèches à la fois, parce qu’il avait entendu parler que son beau frère fût très fort dans cet art. Sur ordre de son souverain, Kân prit entre ses doigts son arc, il y encocha cinq flèches, puis, se retourna vers le Roi et tout son Etat-Major, leur dit : « Regardez-mois viser le tronc du manguier qui se trouve à peu près cent mètres d’ici ! ». À peine le son des paroles avait-il cessé qu’on entendit vibrer la corde de l’arc. Il avait visé le milieu du tronc du manguier et, résultat, on vit les cinq flèches enclouées solidement sur la cible. Le Roi et ses ministres qui avaient assisté à cet exploit ne purent retenir un cri d’admiration. Le Roi demanda à Kân : Qui est ton maître ? Le vénérable Satha, Votre Majesté, répondit Kân. Après quoi, le Roi nomma le Maître de Kân chef des bonzes du Royaume. Ce dernier avait reçu le nom de noblesse Samdech Preah Sokunthear Thipday.        

En 1508, pendant la cérémonie de la fête du nouvel an, le Roi se retira dans sa chambre pour se reposer. Cette nuit-là, il rêva qu'il y a eu un grand dragon qui vint chasser tout le monde du palais, ensuite il le brûla et avant de quitter les lieux, il porta à sa bouche le parasol royal et s’envola vers l’Est de la capitale.

Le lendemain matin, le Roi se rendit à la salle du trône pour recevoir tous les grands dignitaires du royaume, qui étaient venus pour lui présenter leurs vœux. De son trône, le Roi le regarda vers la direction où se trouvait Kân, il s’aperçut soudain que le corps de ce dernier était entouré d’un dragon à deux têtes qui lui fixait son regard en menaçant de lui mordre. Ce dragon ressemblait exactement à celui qu'il l’a vu dans son rêve. Il demanda à son frère Preah Chanreachea et tous les autres dignitaires dans la salle, est-ce qu’ils ont vu le dragon comme lui. On lui répondit que personne ne l’a vu. Après ce mirage, le Roi poursuivit son audience. Quelque mois avant ce nouvel an, il arriva dans le royaume des évènements étranges :

- Dans la province de Battambang, l'eau de la grotte de la montagne Bapoun devint rouge comme le sang ;

- À la pagode de Vihear Sour, la statuette du Bouddha pleura du sang et la branche d'arbre sacré (paur) fut caché et l’on vit couler du sang ;

- La lame de l'épée sacré fut rouillée ;

- Il y eut de cendre dans l'étui du couteau royal.

Le Roi fut en informé pendant son audience annuelle ; il se montra grandement surpris et troublé par cette nouvelle. Après le retour de son frère au Krong Chatamouk, le Roi convoqua le grand astrologue du palais et ses conseillers pour leur demander d'interpréter son rêve :

- Il y a un lien entre votre rêve et la lame de l’épée royale rouillée, dit le Grand astrologue. Cela veut dire qu'ils y aient bientôt des troubles politiques dans le pays ;

- Qui puisse-t-il provoquer ces troubles ? demanda le Roi ;

- Un ennemi, répondit l’astrologue. Et cet ennemi serait Kân, parce qu’il est né de l’année du dragon. C’est pourquoi, Votre Majesté a vu un dragon dans votre rêve. Selon les règles astrologiques, un dragon se manifeste dans le rêve au début de l’année serait un dragon puissant et méchant. Que Votre Majesté doive faire attention à votre beau-frère. Celui-ci cultivait en secret l’ambition de monter sur le trône.

- En vérité, je pense comme vous depuis quelque temps déjà, dit le Roi.

L’obsession de trahison de Kân devenait un sujet de causerie à la cour. Après entendu ce présage, le Roi voulut tout de suite mettre à mort Kân, sinon il ne pourra plus passer une seule nuit tranquille sur son oreiller. Comment faut-il le faire ? : En tant que Roi, je ne pourrais tout de même pas tuer un homme innocent. En outre, tuer un homme tel que Kân qui possède actuellement une réputation de savant, c’est nuire en ma personne à toute la catégorie des grands rois de bien.  Au-delà de sa réputation, Kân est le frère cadet de ma première dame et l’oncle du prince héritier, mon fils. Le mieux serait donc d’agir par ruse. Sa mort devrait être vue par tout le monde comme un accident.

Soudain, une idée vint à son esprit : Il faut que Kân meure de noyade, parce que ce dernier aime bien nager. Une partie de pêche serait une bonne affaire pour camoufler l'assassinat de Kân. Le stratagème consiste à demander Kân de plonger dans l'eau pour détacher l’épervier coincé au fond du marais. Une fois, il serait dans l'eau, il faut faire en sorte qu’il ne remonte plus. Le Roi se montra très satisfait de son plan. Il donna une chiquenaude et révéla son stratagème à ses conseillers. Ces derniers l’approuvèrent immédiatement. La première dame était au courant de ce conciliabule. Elle en déduisit que la discussion était grave. Elle décida de se cacher dans une chambre jouxtée du cabinet privé du roi pour écouter la conversation. Elle retint sa respiration et se glissa sous une table couverte de natte. De là, elle entendit presque tous les propos du roi sur son frère.

Le jour même, le Roi ordonna au chef des services d’information d'avertir tous les fonctionnaires du palais qu'ils sont invités demain matin une partie de pêche habituelle et que chacun viendra avec son propre épervier.

Le lendemain matin, le Roi monta à bord de son bateau amiral pour aller pêcher, suivi de toute sa Cour. Le bruit de la musique et des tambours emplissait le ciel quand on accompagna le cortège royal à son départ de la capitale jusqu’au lieu de pêche. Arrivé à un endroit idéal, le Roi ordonna à tout le monde de préparer à déjeuner dans une forêt inondée. L'ambiance était de fête. Tout le monde était gai, sauf la première dame. Elle cherchait tous les moyens pour informer son frère de la situation pressante dans laquelle il se trouve. Pendant que les membres de sa suite se préoccupèrent à préparer le déjeuner, Késar Bopha fit un paquet de repas avec la feuille de bananier dans lequel elle cacha une lettre et fit aussitôt porter à son frère par sa servante fidèle. Quand Kân avait reçu le paquet, il se disait qu'il n'est pas dans l'habitude de sa soeur de lui apporter le repas dans un paquet de feuille de bananier, elle le faisait toujours dans un plateau. Il y ait donc quelque chose de secret dans ce paquet. Il l'ouvrit discrètement et aperçut une lettre dans laquelle sa sœur lui informe dans le terme suivant : le roi veut te tuer aujourd'hui. Quand Kân eut achevé de lire, il eut peur et il se dit : Je n'ai jamais fait de mal à personne et je n'ai aucune intention de trahir le roi, pourquoi, il avait intention de me tuer.

Après midi, quand il faisait moins chaud, la partie de pêche commença. Chacun chercha un endroit pour lancer son épervier pour attraper les poissons. Le Roi participa à cette pêche. Quelque instance plus tard, le Roi fut informé qu'il y eut un endroit où il y avait beaucoup de poissons. Ayant appris ceci, le Roi ordonna aux rameurs de sa pirogue d'y aller avec les membres de sa suite. Arrivé à cet endroit, il lança immédiatement son épervier dans l'eau et ensuite il feignit de ne pas pouvoir le tirer hors de l’eau. Le Roi dit à Kân que le filet de son épervier est coincé et lui demanda de plonger dans l’eau pour le détacher. Ce dernier exécuta l'ordre royal avec toutes les précautions pour éviter le piège mortel du roi.  Une fois dans l'eau, Kân chercha plutôt à se sauver que d’aller détacher le filet. Cette décision lui permit de s'échapper aux centaines d’éperviers lancés sur lui. Heureusement, Kân était un bon nageur. En outre, les complices du roi avaient mal choisi l'endroit où l'eau était profonde et il y avait beaucoup de plantes aquatiques qui empêchent les éperviers d'atteindre le fond de l'eau. Cela permit à Kân de nager sous les filets pour s'échapper au piège mortel du Roi. À une bonne distance du cercle de pirogues, Kân avait besoin de remonter de l'eau pour respirer. Le sort n’a pas voulu qu’il mourût, car au moment où sa tête sortit de l'eau, il y avait des centaines de canards sauvages qui descendaient dans l'eau. Cela empêchait le roi et sa suite de voir Kân. Cette chance permit à Kân de nager jusqu’à la berge. Telle est la façon dont Kân parvint à s’échapper. Le Roi et sa suite cherchèrent par tous les moyens le corps de Kân, mais ce fut en vain. Le Roi dit à ses conseillers : Nous avons sans doute sous-estimé sa capacité. Désormais, il faut que nous attendions sa vengeance. La cupidité et l’avidité de son cœur sont maintenant sans limite ». Le Roi se sentait grandement inquiet pour l’avenir du Royaume.  

Mais, les deux généraux, Ponhea Yomreach et Ponhea Vongsa Angreach s’empressèrent d’en tranquilliser le Roi. Ils ordonnèrent aux soldats de fouiller dans les environs du marais pour trouver Kân, vivant ou mort, mais ce fut en vain.

On appelait l'endroit où Kân s'échappa du piège mortel du roi, Bang Tea (le marais de canard). Plus tard ce nom se transformait en Bang Tortea, ensuite en Bang Tortaug. On dit dans des mémoires de ce temps-là que Kân était sauvé par le dragon et les canards sauvages.

Affligé d’autant plus qu’il était innocent, Kân se résigna à son sort. Il sortit du marais, s’engagea dans les forêts et ne trouva comme consolation qu’en pleurant sur un destin qu'il eut cru plus juste. Mai une voix l’appelait à présent : « Halte ! Khoun Lahoung Sdach, cessez de fuir, j’ai l’ordre du Roi de vous arrêter ». Kân tressaillit à ce nom, retourna la tête pour dévisager l’arrivant et s’aperçut qu’il n’avait affaire qu’à un soldat qui se trouvait à une bonne distance de lui, sans laisser le temps au dernier de terminer sa phrase, Kân se mit à courir pour se cacher dans la forêt. Ensuite, il se trayait un chemin sous un tunnel de branches et de tronc d’arbres. Un silence étonnant régnait dans la jungle éclairée par la lumière de la lune. Il s’arrêta et voulut retrouver son calme. Et soudain, il entendit une voix tout près de lui : Il est là-bas, attraper le. Ayant entendu cette voix, il était parti en hâte, puis s’était tout bonnement percuté une branche d’arbre et tombé sur les fesses. Deux soldats surgirent devant lui. Le premier tira son sabre de sa ceinture et pointé vers Kân, mais curieusement, alors que le monde aurait dû se figer comme une photo, il discernait le dragon sur la tête de Kân et sa gorge libéra un cri effroyable : Dragon ! dragon à deux têtes ! Une peur animale l’envahissait, il lâcha son sabre de sa main et s’enfuit. Kân fit un bond pour ramasser le sabre du fuyard puis une pirouette et atterrit à un pas de l’autre soldat, le sabre au poing, il l’embrocha. Ensuite, il parvint la nuit même à se rendre jusqu’à la pagode du vénérable Satha. Il attendit l’aurore pour se glisser discrètement à l'intérieur de la maison de son maître. Ce dernier fut très content de la visite de son disciple. Kân lui avait raconté tous ses malheurs. Ayant entendu les paroles de son disciple, le vénérable Satha lui répondit : « Tu ne peux pas rester ici mon enfant, tu vas vers l’est. Là-bas, tu trouveras ton puissant protecteur divin et après 3 ans, tu deviendras un homme respectable ». Kân quitta son maître sur le champ. Il marcha droit vers l’est, traversa forêts et rivières, le visage tordu par la haine. Il laissa derrière lui ses parents et sa soeur. Il nourrissait quand même un certain espoir. Il pensait que si la prédiction de son maître se réalise, il rencontra certainement des gens de bien. Et avec eux, il parviendrait peut-être à vivre sans peur être anéantis par l'injustice du roi, égarée après des intrigues de la Cour.      

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 07:39

 Je commence cet essai en me posant des questions suivantes : Quelles sont nos pensées sur le nationalisme khmer ?

Parlons d’abords du nationalisme. Selon Ernest Gellner, professeur d’anthropologie sociale à l’université de Cambridge définit le nationalisme ceci : « Le nationalisme est essentiellement un principe politique, qui affirme que l’unité politique et l’unité nationale doivent être congruentes. C’est en fonction de ce principe que la nationalisme en tant que sentiment ou mouvement peut mieux être défini. Le sentiment nationaliste est le sentiment de colère que suscite la violation de ce principe ou le sentiment de satisfaction que procure sa réalisation. Un mouvement nationaliste est un mouvement animé par un tel sentiment ».

Dans l’esprit de beaucoup des Khmers, la gloire de la période angkorienne, nous donne tous les droits de penser que notre pays reste toujours un grand pays. Rappelons-nous bien que cette Nation s’est construite dans un processus d’évolutions longues et complexes, Comme Ernest Renan disait qu’une Nation est construit aussi bien par des vivants et des morts. La Nation khmère, en effet, depuis Fou-Nan à Tchen-La, de Tchen-La à Norkor Thom et de Norkor Thom au Kampuchéa d’hier et d’aujourd’hui, avait évolué, elle évolue encore d’aujourd’hui et demain, elle continuera à évoluer sur la base du progrès et d’amélioration, c’est-à-dire sur le mélange entre d’anciens et de nouveau. Après vingt et un siècle d’évolutions, nous faisons un constat amère : Nous ne sommes plus un grand pays, malgré l’existence du temple d’Angkor. Mais il est curieux de savoir ce qui reste du nationalisme khmer après des siècles de décadence.

Parlons du nationalisme, il est impératif de savoir préalablement qu’est-ce qu’une Nation ? Nous aurions sans doute autant de définition, chaque régime et pouvoir politique aient sa propre définition. Et pour éviter de rentrer dans ces détailles sans fin, nous ne donnons ici que la définition qui a une valeur universel commun.

Ernest Renan écrit ceci : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’Homme, messieurs, ne s’improvise pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale ». Une meilleure nation est celle où les hommes passent leur vie dans l’union et où les lois demeurent inviolées.  Mais quelle est la fin de la nation ? C’est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’elle se conserve et prospère ? C’est la paix dans le progrès social.

 

Le nationalisme khmer justifié par gloire et la douleur :

La Nation khmère est une vieille nation. Elle a son histoire dans laquelle, il y avait la gloire et la souffrance en commun d’un peuple. Le temple d’Angkor et les autres sont la fierté nationale. La joie de contempler les temples khmers partout où ils sont, est une réalité, une vérité éternelle dans le cœur des Cambodgiens. Quand il s’agit de l’émotion, nous ne pouvons pas trahir la nature de l’homme. Mais dans l’histoire des Khmers, il y avait aussi des douleurs à raconter : La guerre civile, les agressions étrangères, la décadence, etc.

Cette joie et ces douleurs renforcent les liens entre les Cambodgiens. Elles font naître le nationalisme khmer. Renan dit aussi : « Avoir souffert ensemble ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort en commun ».

 

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Ce sujet de discussion est cher au feu professeur Keng Vannsak, sociologue et linguiste khmer. Sa thèse était en opposition avec celle des savants français. S. Lévi, savant Français, écrit ceci :

« L’inde donne ses fables à ses voisins qui vont les enseigner au monde entier. Mère de la foi et de la philosophie, elle donne aux trois quarts de l’Asie un dieu, une religion, une doctrine, un art. Elle porte sa langue sacrée, sa littérature, ses institutions dans l’Insulinde jusqu’aux limites du monde connu et de là rebondit vers Madagascar, peut-être à la côte d’Afrique où l’afflux présent des émigrants hindous semble suivre les traces obscurcie du passé ».

Les points de discordes de Keng Vannsak avec des savants français ne sont pas sur le mot « influence », c’est-à-dire l’influence de la culture indienne sur celle des Khmers, mais plutôt sur le mot « absence », c’est-à-dire l’absence de la culture d’origine khmère. Quand un peuple a sa propre culture d’origine forte, il ne peut pas y avoir eu une influence d’une autre culture sur la sienne, mais plutôt un choix délibéré de sa part pour innover sa culture. Pour lui, les exemples ne manquent pas pour démonter que cette rénovation existe réellement, elle connue sous le nom de « nationalisation ».

Keng Vannask rajoute : « Ce n’est nullement une faute pour les civilisations pourtant très grandes, que d’emprunter des thèmes communs à d’autres civilisations. Les littératures des peuples reflètent et facilitent les interférences entre les courants de civilisation. Mais l’essentiel n’est justement pas ces emprunts qui, pour être compris et acceptés par tout le peuple, doivent être avant tout, assimilés et remodelés par une « nationalisation » longue, profonde et sans cesse renouvelée ».

Ainsi le RAMAYANA indien s’est transformé en REAMKER khmer. Et si le titre de l’ouvrage, les personnages et les lieux de l’action conservent encore des noms vaguement indiens, le contenu par contre, diffère complètement de l’œuvre de VALMIKI.

Vis-à-vis de la littérature bouddhique, la transformation n’est pas aussi radicale. Néanmoins, certains Jatakas ne sont acceptés et retenus que parce qu’ils ont reçu une forme et un fond conformes à l’Esthétique et l’Idéologie khmères.

Pareil remodelage constitue une forme de Khmérisation dans l’Art que dans la langue, cette khmérisation s’effectue selon les deux principales tendances de la civilisation khmère à savoir : Le Réalisme et le Rationalisme. Ce sont justement ces deux tendances qui ont procédé à l’humanisation du Dieu Rama et donné une forme systématique de « thèse » au Reamker.

Mais le Réalisme khmer ne consiste pas simplement à ramener le Divin à l’humain, le sublime à l’ordinaire, le merveilleux au réel. Il constitue également un moyen d’action. L’efficacité n’est pas fonction du Métaphysique, mais du Pragmatique fondé sur une « connaissance exacte et prudente de l’être et de « l’utile ».

À partir 1970, ce débat fit florès parce que le professeur Keng Vannsak n’avait plus la barrière politique pour augmenter le son de sa voix pour critiquer les savants étrangers de toute taille, bien sûr dans le domaine de la culture khmère. Mais son seul défaut, c’est qu’il n’ait jamais publié des articles sur ce sujet ; j’ai dit publier, parce qu’il est fort probable qu’il en ait écrit beaucoup. La publication avec parcimonie de ses œuvres fait défaut à ses partisans, parce qu’à chaque fois, ils devaient affronter sur ce sujet avec leurs opposants, il est difficile pour eux de faire une référence aux idées précises de leur Gourou. En tout cas, M. Keng Vannsak était un grand patriotiste et nationaliste convaincu. Malgré ses défauts comme tout être humain, il représente pour la jeunesse de ma génération, un symbole de « contestataire des diktats de Pouvoir de toutes ses formes ». Dans l’esprit de beaucoup, il est le Savant des Khmers. De son vivant, la Radio Free Asie (RFA) a pu enregistrer beaucoup d’heures d’entretien avec lui. La thèse de Keng Vannsak constitue une forme de « Nationalisme khmer » dans le domaine de la Culture.

Parlons un peu plus sur notre Nationalisme culturel. Yvonne Bonger écrit dans son livre (la monarchie cambodgienne) ceci :

« Le Cambodge angkorienne, tel qu’il nous est connu par l’épigraphie apparaît comme un pays profondément indianisé, au moins au niveau des classes dirigeantes ».

 

Mon point de vue : Nous savons que la pénétration (au milieu du IVe) des grandes religions indiennes au Cambodge, Hindouisme avec deux divinités « antagonistes » Visnou et surtout çiva et Bouddhisme Mahayana (du grand véhicule) avec Boddhisattvas (candidat à la dignité de Bouddha), modèle et intercesseurs, ont sans doute une forte influence dans la pensée khmère. Cette importance ne vient pas détruire l’armature de la société khmère mais elle compléter au contraire des parties manquantes, lesquelles sont : la science du gouvernement et la pensée philosophique qui sont deux éléments importants pour le progrès d’une nation. L’accouplement de deux systèmes de société fait naître sans aucun doute l’embryon de la civilisation khmère. Étant en stade de matérialisation, notre culture s’imbibe facilement de la pensée indienne qui est en période du développement expansif. Cette conjonction fructueuse crée un climat de confiance et d’intérêts réciproque entre le pouvoir autochtone et les Brahmanes venant avec les commerçants hindous pour professer l’art de gouverner aux monarques khmers. Pour être en bon terme avec l’autorité locale qui est déjà en puissance, les Brahmanes se voient obliger de faire une entorse à leur système de caste, de reconnaître une certaine valeur de la culture aborigène et de fermer les yeux aux certaines pratiques des rois d’Angkor. Ils s’attellent donc à la politique d’assimilation de leur croyance à la culture utilitaire du pays. Cette politique séduit davantage des rois khmers et leur Cour parce qu’ils ne voient pas dans l’Hindouisme comme une menace directe à leur pouvoir temporel, mais d’aider au contraire à devenir les monarques éternels. Ils acceptent facilement, en effet, de se convertir en néophytes de cette religion et la transforment en suite en doctrine gouvernementale de leur Royaume impérial.

À part les vestiges des temples prestigieux qui parent aujourd’hui le Kampuchéa, nous ne voyons pas la trace des castes d’hindouisme dans la société khmère. Au premier vu et su de l’histoire khmère, nous savons gré que nos rois d’Angkor ont bien fait de supprimer décemment les frontières sociales entre les Khmers pour rendre plus humain notre société au moment de la transplantation de l’Hindouisme dans notre foi.

La loi d’Hindouisme est absente dans la vie quotidienne des Khmers, parce qu’elle régit plutôt par des lois khmères. Voici une des exemples : Les « Paroles des Sages » :

« - Riches, aidez les pauvres, comme ils vous aident tels des morceaux d’étoffes autour d’un corps nu.

«  - Savants, protégez les ignorants, comme ils vous protègent tels des sampans au secours d’un grand vaisseau naufragé.

«  - Puissants, veuillez aussi sur les faibles,

«  - Repus, donnez à manger aux affamés,

« - Bienheureux, pensez aux déshérités, tels des ancres, des voiles et des amarres qui aident les grands navires que vous êtes, à ne pas sombrer au fond de l’Océan de la vie agité sans cesse par des tempêtes… ».

Nous le savons qu’un changement culturel constitue très souvent une expérience très douloureuse, et de plus, parce que des cultures rivales entraient en conflit pour la captation des âmes, tout comme il y avait des centres de pouvoir politique qui rivalisaient pour suborner les hommes et s’emparer de leur territoire et pendant la période de transition devait être soumise aux violences et aux conflits. Or l’on constate qu’il y n’avait ni violences, ni conflits dans la conjonction entre la culture d’origine khmère et celle d’indienne. La réalité des faits historiques le confirme.

Ceci pour nous démontrer que la Nation khmère n’avait pas eu peur dans le passé d’avoir de contact avec une civilisation d’hindouisme, une des puissances dans le monde. Cette assurance fait naître au contraire le nationalisme khmer.

 

Le nationalisme khmer justifié par la peur :

Deux mémoires politiques célèbres, « la mentalité khmère » de Bun Chan Mol et « la marche vers l’Ouest » de Noun Kheun, nous interpellent aujourd’hui. Le premier, écrit en 1970, invite ses concitoyens à abandonner la pratique maléfique khmère : l’égoïsme. Le second, écrit en 1971, nous montre qu’il y ait un danger pour notre pays, venant des pays voisins, la Thaïlande et le Vietnam, si le Cambodge ne réussissait pas à concrétiser une démocratie libérale dans notre système de gouvernement. Ces deux appels pathétiques me font penser à une maxime khmère, dans laquelle nos ancêtres avaient voulu rappeler le « mal khmer », dont le but n’est pas d’humilier le peuple khmer, mais de lui donner la possibilité d’en tirer des leçons, se réformer, s’améliorer et éviter, pour le pays, des lendemains qui déchantent. Cette maxime est ceci :

-          les Thaïlandais n’abandonnent jamais la méthode,

-          les Vietnamiens n’abandonnent jamais l’hypocrisie,

-          les Khmers misérables n’abandonnent jamais la diffamation.

Quand le pays est dans le malheur, M. Douc Rasy, un intellectuel khmer, écrit ceci : « Il ne reste pour ainsi dire que l’amour de la patrie et un sentiment d’appartenance à une même communauté. C’est à la fois peu, et en même temps beaucoup à condition que nous sachions les mettre en valeur. Si d’un sentiment diffus, nous parvenons à faire une raison de vivre, alors, nous pourrons mobiliser toutes les forces dont nous disposons à son service. La raison va concrétiser l’espérance du futur ».

La raison, dans la situation de faiblesse, ne devrait pas être fondée sur la peur des autres, mais plutôt sur la confiance en soi.

Depuis j’ai l’âge de raison, j’ai entendu et j’entends toujours que le Vietnam et la Thaïlande ont volé et volent encore les terres khmères. Je me pose donc la question qu’avons nous fait pour qu’ils puissent nous voler comme ça ? L’on me dit que les causes sont multiples : les guerres civiles, l’incapacité des dirigeants, la monarchie absolue, la colonisation française, Bouddhisme, etc. Je me pose encore une autre question : Est-ce que le Vietnam et la Thaïlande n’avaient-ils pas ces problèmes ? Cette question est taboue vu le concept du nationalisme khmer fondé sur la peur des autres, mais paradoxalement à chaque fois que nous avions des problèmes entre nous, nous n’avions pas hésité de demander l’aide des autres. C’est dans cet état d’esprit confus, que le Kampuchéa a, aussi, perdu son Empire.

Il faut bien savoir que la décadence de la nation khmère depuis le XIIIe siècle ne fut pas seulement militaire ; ce fut celle de l’esprit, de l’idéologie nationaliste et enfin celle de toute une organisation économique, culturelle et politique. Cette décadence est si profonde jusqu’aujourd’hui encore ses causes et conséquences sont rarement pleinement analysées, réduites à des faits cités ci-dessus. Comment cette décadence est-elle pensée ?

Aujourd’hui avec l’unification des trois Ky (Tonkin, l’Annam et la Cochinchine) et l’émergence de la société industrielle en Thaïlande auraient pour conséquence de permettre aux deux pays de dominer économiquement le Kampuchéa et, parfois à leurs populations d’avoir le sentiment d’être supérieur à la population khmère.   

Devant cette réalité, la peur des Vietnamiens et des thaïlandais devienne notre obsession de tous les temps. Nos discussions tournent autour de ce sujet. Il devient un sujet majeur pour les intellectuels khmers. Quand on les pose la question : Que faire ? La réponse est si simple à comprendre : Demander l’aide à l’ONU et les pays puissants, etc. Mais où sont les Khmers dans ces débats ? Ils ne pourraient rien faire. Mais sont-ils des électeurs ? Ils ont donné leur voix au PPC (2/3 de sièges à l’Assemblée nationale) pour gouverner le Kampuchéa en toute liberté. Non, non, c’était de la tricherie. Le PPC a acheté les voix et a menacé de représaille. Mais on n’hésite non plus à valider, en temps et en heure, les résultats des élections, pour siéger à l’Assemblée Nationale. On me dit aussi, Il faut prendre le temps pour apprendre aux Khmers à connaître leurs droits et leurs devoirs en tant que citoyens. On n’oublie toujours que les Khmers d’aujourd’hui connaissent mieux que quiconque ses droits, car à chaque fois qu’il y ait une spoliation de leurs terres et autres violations à caractère des droits de l’Homme, je constate qu’ils sachent se battre pour défendre leurs droits. Bien sûr, ils n’ont pas gagné le gain cause, parce que leurs moyens utilisés sont illusoires par rapport à la puissance du pouvoir économique et administratif. Mais cela est une autre affaire. Je pense qu’il ne faille plus avoir de doute sur la capacité des Khmers à comprendre le fonctionnement de la liberté publique, dont les droits et les devoirs des citoyens font principes. Quand le PPC gagnait des élections, il ne fallait pas toujours croire qu’il ait triché, il fallait aussi que les Démocrates khmers se posent la question, pourquoi ils auraient accepté cette situation. Quand l’on cède sur des principes fondamentaux de la démocratie comme ceux des élections, il ne fallait pas étonner qu’il y ait  de dérapage du régime actuel vers l’hégémonie politique. C’est là le bât blesse, les Démocrates puissent critiquer le parti au pouvoir tout ce qu’ils veulent, mais quand il s’agit du « Fondamental », ils tournent le dos pour éviter de le voir. Dans ce cas là, comment puissent-ils être crédible vis-à-vis des électeurs ?   Cette acceptation n’est-elle pas aussi une preuve de manque de soutien confortable de la masse populaire, afin qu’ils puissent défendre avec détermination la démocratie.

Les Démocrates suscitent la peur des autres pour justifier leur nationalisme. Mais quelles sont leur « universel commun » ? M. Dy Kareth, un intellectuel khmer connu, a bien fait de soulever des problèmes de l’unité de pensée des Démocrates khmers comme sujet de débats. Nous n’arrivons pas, en effet, à l’identifier, à l’exception de quelques bases connues :  La peur des autres, la colère contre le parti au pouvoir, le sentiment de satisfaction sur des propos défavorables des pays puissants à l’adresse du gouvernement royal khmer actuel, etc. Ces bases connues constituent-elles un « capital social » sur lequel on assied une idée politique commune ? Bien sûr que non, parce que ces bases-là sont simplement des dénominateurs communs qui servent uniquement à mener ensemble des actions occasionnelles dont les intérêts sont congruents. Mais l’absence de l’unité de pensée sur l’histoire du pays, un passé héroïque des grands hommes, de la gloire, une volonté commune de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis, etc. ne permettrait pas les Démocrates khmers à travailler ensemble sur un projet d’avenir. Il ne faut pas oublier que les Cambodgiens connaissaient le mot « Démocrates khmers » depuis 1947 ; nous sommes aujourd’hui en 2009, plus de six décennies, les Démocrates khmers continuent toujours à quêter leur identité. Actuellement deux partis de l’Opposition parlementaire, qui revendiquent le titre de Démocrate, auront des difficultés à s’accorder leur politique commune. Le PSR, avec plus d’un million de voix et PDH, avec 400.000 voix, aux dernières élections législatives, chacun espérait toujours de gagner en solo à la prochaine compétition. Il me semble que leur volonté de travailler ensemble susciterait davantage la crainte, la coercition, la contrainte, l’intérêt, que la formation d’une force nouvelle pour faire développer la démocratie au Cambodge. La peur des autres serait-elle un facteur de désunion ? Voilà une question importante qui mérite d’être discutée.

M. Noun Kheun écrit ceci : « Le nationalisme ne serait pas seulement le sentiment de l’amour de la patrie, il serait aussi un mouvement pour revaloriser l’idéologie nationale et toute autre valeur qui favorise la réalisation du développement de la force nationale dans le domaine politique et économique. Dans cet objectif, notre premier devoir est de renforcer notre nationalisme, lequel constituera la fondation solide de notre nation. Cette fondation pourra transformer en idéologie nationale efficace. Autrement dit, pour que le mot « nationalisme » soit dans son vrai sens, il faut que tous les éléments cités ci-dessus soient réunis. En outre, le développement du nationalisme dépendra celui de la démocratie qui permettra au peuple de participer dans les affaires de l’Etat. Cela renforcera la justice sociale. S’il n’y avait pas de « devoirs », il n’aura jamais le nationalisme. Dans cette condition, le son du mot  « amour de la patrie » se ressemble plutôt au son venant d’un tambour caché, auquel personne n’attache aucune importance ».

Le Cambodge était une grande nation. Aujourd’hui par sa taille et le nombre de sa population, il devient un petit pays par rapport au Vietnam et la Thaïlande. L’on sait qu’une grande partie de ses territoires ont été annexés par ces deux pays et un grand nombre des Khmers vivant dans ces territoires sont devenus des nationalistes irrédentistes pour défendre leur culture, mais ils ne revendiquent pas l’autonomie des terres de leurs ancêtres. Cela prouve bien que le processus d’intégration des « Khmers externes du territoire national » dans la société politique du Vietnam et de la Thaïlande soit bien terminé. En outre, l’amputation des territoires khmers pendant la période du protectorat français a été reconnue aussi par le gouvernement khmer et par la loi internationale. Aujourd’hui, iIl y a beaucoup des Khmers qui s’interrogent encore sur la politique d’expansionnisme du Vietnam et de la Thaïlande : Ce qu’elle était hier, ce qu’elle est aujourd’hui, et ce qu’elle sera demain. Parce qu’il pensent que ces deux pays ne craindraient pas d’usurper leurs droits sur les territoires khmers, s’ils avaient l’occasion d’y faire. C’est pour cette raison, la Nation khmère ait besoin plus que jamais de susciter le « nationalisme khmer » fondé sur la force et l’idéologie nationale. Les deux constituent la fondation de la nation khmère.

Il faudrait faire attention que le nationalisme ne soit pas une invention idéologique pour servir une doctrine politique fondée sur la prééminence de la nation et le racisme comme le cas du National-Socialisme d’Adolf Hitler.

Qu’est ce que c’est la force nationale khmère ? La force nationale n’est pas, ni une force d’agression des pays voisins, ni une force d’oppression de la population, elle serait une force de la cohésion sociale et de l’unité nationale.

Qu’est ce que c’est l’idéologie nationale khmère ?  L’idéologie khmère repose sur le principe du « Réalisme » : La paix, l’indépendance nationale, l’intégralité territoriale, la démocratie libérale et le Bouddhisme.

Enfin, la force et l’idéologie nationale cherchent à donner à la population, un sens, une unité et un repère. L’être du peuple fonde la Nation. Je suis conscient en écrivant cet essai que le problème de la nation, du nationalisme s’est posé et se pose encore au Cambodge. Au moment où le Cambodge s’ouvre, quand un nouveau type de mondialisation, d’organisation de la région de l’Asie Sud-Est, du monde donc, se met en place, il est important de comprendre comment s’y pense la nation, s’y pose le rapport au nationalisme dont il est soupçonné aujourd’hui d’être fondé sur la peur des autres.   

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