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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 09:02

Le Règne de Preah Sokunbât (1504-1512) : L’obsession de trahison.

En 1504, Preah Sokunbât fut couronné roi du Kampuchéa à l’âge de 26 ans. Il organisa les funérailles de son père en conformité avec la tradition du roi khmer. Quelque temps après, il amena les cendres du souverain défunt pour les déposer dans un stupa au sommet de la montagne de Santouk. Après 4 ans de règne paisible, il songea à transférer la capitale royale à Basane, ancienne capitale de son grand-père, Preah Ponhea Yat. Les raisons étaient stratégiques militaires. Basane était une ville plus facile à défendre que celle du Krong Chatomouk, parce qu’elle était protégée par des obstacles naturels : À l’est par des marais, au sud-est par un fleuve et au sud par des forêts.  Il convoqua les membres de la Cour pour leur en suggérer. Ces derniers approuvèrent cette décision royale à l’unanimité. Les ministres se chargèrent d’aménager la nouvelle capitale en attendant le jour faste du transfert. Mais le temps qui pressait ne permit pas qu’on achevât le nouveau palais. Cela obligea le Roi d’habiter provisoirement dans l’ancienne résidence royale désinfectée. Le Roi était fort heureux à Basane, il partageait son temps entre les affaires qui étaient de son devoir, et les plaisirs qui étaient de son âge. Ses hobbies étaient la pêche à l’épervier. Il organisait avec sa Cour cette partie de pêche plusieurs fois par mois. Ce ne fut qu’un enchaînement de fêtes, de plaisirs depuis qu’il était à Basane. 

Pendant le règne de Thomma Reachea, il y avait un haut fonctionnaire à Basane, nommé Pichay Nirk. Celui-ci avait épousé une fille d’un esclave du clergé, nommé Bane. De cette union naquit deux enfants, une fille, nommée Sar (blanche), parce qu’elle avait la peau blanche et un garçon, nommé Kân. Celui-ci vint au monde dans une condition extraordinaire : sa mère fut une fausse couche au moment où elle avait fait ses besoins au bord de la rivière. Le nourrisson fut tombé dans l’eau et il fut avalé immédiatement par un grand poisson Paur (nom du poisson). Peu de temps après, ce poisson était attrapé par un pêcheur. À la veille de la fausse couche de l’épouse de Pichey Nirk, il y avait un moine supérieur, nommé Satha, chef de la pagode, qui avait fait un rêve : il vit un Tévada (saint) qui vint lui demander de sauver un homme qui a reçu un mandat céleste  « Neak Mean Bonn ». Le lendemain matin, le vénérable Satha partit en pirogue avec un esclave à la recherche de cet homme. En cours de route, le moine s’aperçut une pirogue du pêcheur. Tout d’un coup, il eut l’intuition que l’homme recherché se trouvait près de lui, il demanda à son esclave d’approcher de la pirogue du pêcheur, dans laquelle, il vit un grand poisson dont le ventre était gonflé inhabituel. Il fixa longuement son regard sur ce poisson. Voyant que le moine avait les yeux rivés sur sa prise exceptionnelle et en guise du respect à la religion, le pêcheur offrit ce poisson au dernier. Le moine fut alors trop heureux et remercia le donateur. Il l’emmena vers la pagode. Arrivé à sa maison, le moine dit à son esclave qu’il y ait quelque chose exceptionnelle dans le ventre de ce poisson. Ayant entendu les paroles de son maître, ce dernier décida éventrer le poisson devant la foule qui vinrent le voir. Une fois le ventre était ouvert, tout le monde entendit du pleur d’un nourrisson. Le moine Satha demanda qu’on sortit ce nourrisson de l’estomac du poisson. Cette nouvelle se répandit dans toutes les contrées de la province de Basane. Pour nourrir ce nourrisson miraculeux, le moine l’avait confié à un couple d’esclave de sa pagode. Le mari s’appelait A Bane. Jadis quand un homme qui n’était ni instruit, ni occupé un poste de fonctionnaire, on rajoutait le préfix « A » devant son nom. Quant à la femme non instruite, on rajoutait le préfix Mé. Le moine appela le nourrisson A Kao. Le haut fonctionnaire Pichay Nirk et son épouse avaient entendu parler de ce miracle. Ils se persuadèrent que ce nourrisson soit son enfant. Après quoi, ils décidèrent de venir voir le moine Satha pour lui demander de récupérer cet enfant. Pichay Nirk avait raconté l’histoire de la fausse couche de son épouse au moine. Ce dernier n’hésita pas à donner l’enfant à ses parents. Il recommanda aux derniers de bien prendre soin à cet enfant, parce qu’il n’est pas un enfant ordinaire. Il serait puissant et téméraire et il triompherait plus tard de tout le monde, excepté du Bodhisattva. Pichay Nirk et son épouse remercièrent le vénérable. Ils changèrent le nom de leur enfant A Kao en Kân. Comme le vénérable Satha avait prédit, l’enfant devint en grandissant un garçon très instruit, très doué, très beau, robuste et connu de grands succès auprès des filles. Kân s’occupa à lire des livres d’histoire et de doctrines du Bouddha. Ses parents avaient demandé au vénérable Satha d’être le précepteur de leur fils.      

Parlons du Roi Sokunbât. Un jour le Roi décida d’aller à la pagode pour faire des offrandes au Bouddha. Au moment où il devait entrer dans le temple, il s’aperçut sur la terrasse une fille d’une grande beauté. Le Roi restait un bon moment pour admirer la beauté de cette fille. Les membres de la suite royale s’en aperçurent, ils convoquèrent immédiatement Pichay Nirk, le père pour lui persuader d’offrir sa fille au roi. Ce dernier s’en acquiesça. Le Roi était très content de ce geste. Il désigna la belle, sa première dame. Elle reçut un nom de noblesse, Neak Preah Moneang Késar Bopha et ses parents en bénéficièrent aussi : Neak Preah Bayda Pichay Nirk, pour le père et Neak Preah Mirda Mébane, pour la mère.

Pour l’amour de sa nouvelle épouse si jeune et si belle, le Roi n’hésita pas à changer le nom de la ville Basane en Srey Sar Chhôr (la fille blanche debout). Plus tard ce nom se déforme en Srey Santhor.    

En 1507, le Roi procéda à une réorganisation administrative du royaume. Il divisa le pays en deux régions administratives : L’Est et l’Ouest avec le fleuve du Mékong comme frontière. Aussitôt il en arrêta les détails d’exécution, il nomma son frère puîné, , vice-roi et donna au dernier l'administration des provinces orientales dont le siège du gouvernement régional se trouvait au Krong Chatomouk. Après avoir prêté serment de fidélité et de respect à son frère, le vice-roi quitta la capitale avec les membres de sa maison royale pour rejoindre son poste.

Quelque temps après, le Roi fit sculpter sa statue en pierre, laquelle fut exposée au milieu de la citadelle royale afin que la population vint la rendre hommage. Plus tard, cet endroit était réputé pour sacré parce que les gens disaient que l'esprit du roi exauça leurs vœux prononcés. Ce lieu est appelé aujourd’hui Neak Ta Sokunbât (le génie Sokunbât).    

Cette même année, pour faire plaisir à sa première dame, le Roi voulut d’affranchir les membres de la famille maternelle de cette dernière. Il convoqua tous les membres de la Cour pour leur faire part de son intention. Ces derniers rappelèrent immédiatement au roi que ce désir était contraire au serment du roi défunt, son père, qui avait juré devant la statue du Bouddha que cette famille devait servir comme esclave du clergé jusqu’à la fin de la religion bouddhique (5000 ans) et la loi coutumière ne donnait aucune possibilité de libérer cette famille avant cette période. Le Roi se laissa convaincre.

Quelque temps après, la première dame fut gravement malade. Le Roi organisa des séances de prières pendant sept jours, aux cours desquelles il prononça un vœu : Si la première dame était guérie, il construira un temple pour la religion et tous les jours saints, la première dame viendra pour faire la propreté de ce lieu. À la fin des prières, la première dame fut guérie. Respectant à son engagement, le Roi fit construire un temple dans l’enceinte d’une pagode qui se situait non loin du palais royal. Pour que sa première dame se rendit au temple pendant les jours saints sans être vue par la population, le Roi fit construire des palissades de bambou, couvertes de tissus blancs pour cacher le chemin. Pour cette raison, on appelait cette pagode, Vat Mèr (pagode Mère) ou bien Vat Prey Baing (pagode cachée par la forêt). Quelque temps plus tard, la première dame accoucha d'un enfant, nommé Ponhea Yous. Le Roi le désigna prince héritier.

Parlons de Kân. À l’âge de 16 ans, ce garçon fut nommé membre du secrétariat du roi. Il fit remarqué de ses compétences et ses savoirs. Il pouvait même assumer des tâches des grands dignitaires avec efficacité. Mais, compte tenu de sa souche de famille d’esclave, le Roi ne pouvait pas promouvoir Kân au rang de dignitaire du royaume. Néanmoins, il lui nomma au poste du chef de son cabinet personnel avec le titre de noblesse Khoun Lahoung Sdach. Ce poste donnait droit à Kân d’avoir quatre adjoints. Ses charges consistaient à faire respecter les lois du Bouddhisme et de punir ceux qu'ils les transgressaient. Au palais, Kân régnait en maître, insensible aux corrupteurs. Aux yeux des grands dignitaires du palais, Kân « dénué d’humanisme » était un ambitieux et un orgueilleux. À la Cour, Kân n’avait pas beaucoup d’amis, mais dans la capitale royale et dans son village natale, il fut connu comme un grand savant. Tout le monde dit qu’il avait l’air de maître dont il parla imposa plus d’autorité de son rang que le roi avait jusque-là peu honoré.

Un beau jour, le Roi demanda à Kân de tirer un arc avec les cinq flèches à la fois, parce qu’il avait entendu parler que son beau frère fût très fort dans cet art. Sur ordre de son souverain, Kân prit entre ses doigts son arc, il y encocha cinq flèches, puis, se retourna vers le Roi et tout son Etat-Major, leur dit : « Regardez-mois viser le tronc du manguier qui se trouve à peu près cent mètres d’ici ! ». À peine le son des paroles avait-il cessé qu’on entendit vibrer la corde de l’arc. Il avait visé le milieu du tronc du manguier et, résultat, on vit les cinq flèches enclouées solidement sur la cible. Le Roi et ses ministres qui avaient assisté à cet exploit ne purent retenir un cri d’admiration. Le Roi demanda à Kân : Qui est ton maître ? Le vénérable Satha, Votre Majesté, répondit Kân. Après quoi, le Roi nomma le Maître de Kân chef des bonzes du Royaume. Ce dernier avait reçu le nom de noblesse Samdech Preah Sokunthear Thipday.        

En 1508, pendant la cérémonie de la fête du nouvel an, le Roi se retira dans sa chambre pour se reposer. Cette nuit-là, il rêva qu'il y a eu un grand dragon qui vint chasser tout le monde du palais, ensuite il le brûla et avant de quitter les lieux, il porta à sa bouche le parasol royal et s’envola vers l’Est de la capitale.

Le lendemain matin, le Roi se rendit à la salle du trône pour recevoir tous les grands dignitaires du royaume, qui étaient venus pour lui présenter leurs vœux. De son trône, le Roi le regarda vers la direction où se trouvait Kân, il s’aperçut soudain que le corps de ce dernier était entouré d’un dragon à deux têtes qui lui fixait son regard en menaçant de lui mordre. Ce dragon ressemblait exactement à celui qu'il l’a vu dans son rêve. Il demanda à son frère Preah Chanreachea et tous les autres dignitaires dans la salle, est-ce qu’ils ont vu le dragon comme lui. On lui répondit que personne ne l’a vu. Après ce mirage, le Roi poursuivit son audience. Quelque mois avant ce nouvel an, il arriva dans le royaume des évènements étranges :

- Dans la province de Battambang, l'eau de la grotte de la montagne Bapoun devint rouge comme le sang ;

- À la pagode de Vihear Sour, la statuette du Bouddha pleura du sang et la branche d'arbre sacré (paur) fut caché et l’on vit couler du sang ;

- La lame de l'épée sacré fut rouillée ;

- Il y eut de cendre dans l'étui du couteau royal.

Le Roi fut en informé pendant son audience annuelle ; il se montra grandement surpris et troublé par cette nouvelle. Après le retour de son frère au Krong Chatamouk, le Roi convoqua le grand astrologue du palais et ses conseillers pour leur demander d'interpréter son rêve :

- Il y a un lien entre votre rêve et la lame de l’épée royale rouillée, dit le Grand astrologue. Cela veut dire qu'ils y aient bientôt des troubles politiques dans le pays ;

- Qui puisse-t-il provoquer ces troubles ? demanda le Roi ;

- Un ennemi, répondit l’astrologue. Et cet ennemi serait Kân, parce qu’il est né de l’année du dragon. C’est pourquoi, Votre Majesté a vu un dragon dans votre rêve. Selon les règles astrologiques, un dragon se manifeste dans le rêve au début de l’année serait un dragon puissant et méchant. Que Votre Majesté doive faire attention à votre beau-frère. Celui-ci cultivait en secret l’ambition de monter sur le trône.

- En vérité, je pense comme vous depuis quelque temps déjà, dit le Roi.

L’obsession de trahison de Kân devenait un sujet de causerie à la cour. Après entendu ce présage, le Roi voulut tout de suite mettre à mort Kân, sinon il ne pourra plus passer une seule nuit tranquille sur son oreiller. Comment faut-il le faire ? : En tant que Roi, je ne pourrais tout de même pas tuer un homme innocent. En outre, tuer un homme tel que Kân qui possède actuellement une réputation de savant, c’est nuire en ma personne à toute la catégorie des grands rois de bien.  Au-delà de sa réputation, Kân est le frère cadet de ma première dame et l’oncle du prince héritier, mon fils. Le mieux serait donc d’agir par ruse. Sa mort devrait être vue par tout le monde comme un accident.

Soudain, une idée vint à son esprit : Il faut que Kân meure de noyade, parce que ce dernier aime bien nager. Une partie de pêche serait une bonne affaire pour camoufler l'assassinat de Kân. Le stratagème consiste à demander Kân de plonger dans l'eau pour détacher l’épervier coincé au fond du marais. Une fois, il serait dans l'eau, il faut faire en sorte qu’il ne remonte plus. Le Roi se montra très satisfait de son plan. Il donna une chiquenaude et révéla son stratagème à ses conseillers. Ces derniers l’approuvèrent immédiatement. La première dame était au courant de ce conciliabule. Elle en déduisit que la discussion était grave. Elle décida de se cacher dans une chambre jouxtée du cabinet privé du roi pour écouter la conversation. Elle retint sa respiration et se glissa sous une table couverte de natte. De là, elle entendit presque tous les propos du roi sur son frère.

Le jour même, le Roi ordonna au chef des services d’information d'avertir tous les fonctionnaires du palais qu'ils sont invités demain matin une partie de pêche habituelle et que chacun viendra avec son propre épervier.

Le lendemain matin, le Roi monta à bord de son bateau amiral pour aller pêcher, suivi de toute sa Cour. Le bruit de la musique et des tambours emplissait le ciel quand on accompagna le cortège royal à son départ de la capitale jusqu’au lieu de pêche. Arrivé à un endroit idéal, le Roi ordonna à tout le monde de préparer à déjeuner dans une forêt inondée. L'ambiance était de fête. Tout le monde était gai, sauf la première dame. Elle cherchait tous les moyens pour informer son frère de la situation pressante dans laquelle il se trouve. Pendant que les membres de sa suite se préoccupèrent à préparer le déjeuner, Késar Bopha fit un paquet de repas avec la feuille de bananier dans lequel elle cacha une lettre et fit aussitôt porter à son frère par sa servante fidèle. Quand Kân avait reçu le paquet, il se disait qu'il n'est pas dans l'habitude de sa soeur de lui apporter le repas dans un paquet de feuille de bananier, elle le faisait toujours dans un plateau. Il y ait donc quelque chose de secret dans ce paquet. Il l'ouvrit discrètement et aperçut une lettre dans laquelle sa sœur lui informe dans le terme suivant : le roi veut te tuer aujourd'hui. Quand Kân eut achevé de lire, il eut peur et il se dit : Je n'ai jamais fait de mal à personne et je n'ai aucune intention de trahir le roi, pourquoi, il avait intention de me tuer.

Après midi, quand il faisait moins chaud, la partie de pêche commença. Chacun chercha un endroit pour lancer son épervier pour attraper les poissons. Le Roi participa à cette pêche. Quelque instance plus tard, le Roi fut informé qu'il y eut un endroit où il y avait beaucoup de poissons. Ayant appris ceci, le Roi ordonna aux rameurs de sa pirogue d'y aller avec les membres de sa suite. Arrivé à cet endroit, il lança immédiatement son épervier dans l'eau et ensuite il feignit de ne pas pouvoir le tirer hors de l’eau. Le Roi dit à Kân que le filet de son épervier est coincé et lui demanda de plonger dans l’eau pour le détacher. Ce dernier exécuta l'ordre royal avec toutes les précautions pour éviter le piège mortel du roi.  Une fois dans l'eau, Kân chercha plutôt à se sauver que d’aller détacher le filet. Cette décision lui permit de s'échapper aux centaines d’éperviers lancés sur lui. Heureusement, Kân était un bon nageur. En outre, les complices du roi avaient mal choisi l'endroit où l'eau était profonde et il y avait beaucoup de plantes aquatiques qui empêchent les éperviers d'atteindre le fond de l'eau. Cela permit à Kân de nager sous les filets pour s'échapper au piège mortel du Roi. À une bonne distance du cercle de pirogues, Kân avait besoin de remonter de l'eau pour respirer. Le sort n’a pas voulu qu’il mourût, car au moment où sa tête sortit de l'eau, il y avait des centaines de canards sauvages qui descendaient dans l'eau. Cela empêchait le roi et sa suite de voir Kân. Cette chance permit à Kân de nager jusqu’à la berge. Telle est la façon dont Kân parvint à s’échapper. Le Roi et sa suite cherchèrent par tous les moyens le corps de Kân, mais ce fut en vain. Le Roi dit à ses conseillers : Nous avons sans doute sous-estimé sa capacité. Désormais, il faut que nous attendions sa vengeance. La cupidité et l’avidité de son cœur sont maintenant sans limite ». Le Roi se sentait grandement inquiet pour l’avenir du Royaume.  

Mais, les deux généraux, Ponhea Yomreach et Ponhea Vongsa Angreach s’empressèrent d’en tranquilliser le Roi. Ils ordonnèrent aux soldats de fouiller dans les environs du marais pour trouver Kân, vivant ou mort, mais ce fut en vain.

On appelait l'endroit où Kân s'échappa du piège mortel du roi, Bang Tea (le marais de canard). Plus tard ce nom se transformait en Bang Tortea, ensuite en Bang Tortaug. On dit dans des mémoires de ce temps-là que Kân était sauvé par le dragon et les canards sauvages.

Affligé d’autant plus qu’il était innocent, Kân se résigna à son sort. Il sortit du marais, s’engagea dans les forêts et ne trouva comme consolation qu’en pleurant sur un destin qu'il eut cru plus juste. Mai une voix l’appelait à présent : « Halte ! Khoun Lahoung Sdach, cessez de fuir, j’ai l’ordre du Roi de vous arrêter ». Kân tressaillit à ce nom, retourna la tête pour dévisager l’arrivant et s’aperçut qu’il n’avait affaire qu’à un soldat qui se trouvait à une bonne distance de lui, sans laisser le temps au dernier de terminer sa phrase, Kân se mit à courir pour se cacher dans la forêt. Ensuite, il se trayait un chemin sous un tunnel de branches et de tronc d’arbres. Un silence étonnant régnait dans la jungle éclairée par la lumière de la lune. Il s’arrêta et voulut retrouver son calme. Et soudain, il entendit une voix tout près de lui : Il est là-bas, attraper le. Ayant entendu cette voix, il était parti en hâte, puis s’était tout bonnement percuté une branche d’arbre et tombé sur les fesses. Deux soldats surgirent devant lui. Le premier tira son sabre de sa ceinture et pointé vers Kân, mais curieusement, alors que le monde aurait dû se figer comme une photo, il discernait le dragon sur la tête de Kân et sa gorge libéra un cri effroyable : Dragon ! dragon à deux têtes ! Une peur animale l’envahissait, il lâcha son sabre de sa main et s’enfuit. Kân fit un bond pour ramasser le sabre du fuyard puis une pirouette et atterrit à un pas de l’autre soldat, le sabre au poing, il l’embrocha. Ensuite, il parvint la nuit même à se rendre jusqu’à la pagode du vénérable Satha. Il attendit l’aurore pour se glisser discrètement à l'intérieur de la maison de son maître. Ce dernier fut très content de la visite de son disciple. Kân lui avait raconté tous ses malheurs. Ayant entendu les paroles de son disciple, le vénérable Satha lui répondit : « Tu ne peux pas rester ici mon enfant, tu vas vers l’est. Là-bas, tu trouveras ton puissant protecteur divin et après 3 ans, tu deviendras un homme respectable ». Kân quitta son maître sur le champ. Il marcha droit vers l’est, traversa forêts et rivières, le visage tordu par la haine. Il laissa derrière lui ses parents et sa soeur. Il nourrissait quand même un certain espoir. Il pensait que si la prédiction de son maître se réalise, il rencontra certainement des gens de bien. Et avec eux, il parviendrait peut-être à vivre sans peur être anéantis par l'injustice du roi, égarée après des intrigues de la Cour.      

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 07:39

 Je commence cet essai en me posant des questions suivantes : Quelles sont nos pensées sur le nationalisme khmer ?

Parlons d’abords du nationalisme. Selon Ernest Gellner, professeur d’anthropologie sociale à l’université de Cambridge définit le nationalisme ceci : « Le nationalisme est essentiellement un principe politique, qui affirme que l’unité politique et l’unité nationale doivent être congruentes. C’est en fonction de ce principe que la nationalisme en tant que sentiment ou mouvement peut mieux être défini. Le sentiment nationaliste est le sentiment de colère que suscite la violation de ce principe ou le sentiment de satisfaction que procure sa réalisation. Un mouvement nationaliste est un mouvement animé par un tel sentiment ».

Dans l’esprit de beaucoup des Khmers, la gloire de la période angkorienne, nous donne tous les droits de penser que notre pays reste toujours un grand pays. Rappelons-nous bien que cette Nation s’est construite dans un processus d’évolutions longues et complexes, Comme Ernest Renan disait qu’une Nation est construit aussi bien par des vivants et des morts. La Nation khmère, en effet, depuis Fou-Nan à Tchen-La, de Tchen-La à Norkor Thom et de Norkor Thom au Kampuchéa d’hier et d’aujourd’hui, avait évolué, elle évolue encore d’aujourd’hui et demain, elle continuera à évoluer sur la base du progrès et d’amélioration, c’est-à-dire sur le mélange entre d’anciens et de nouveau. Après vingt et un siècle d’évolutions, nous faisons un constat amère : Nous ne sommes plus un grand pays, malgré l’existence du temple d’Angkor. Mais il est curieux de savoir ce qui reste du nationalisme khmer après des siècles de décadence.

Parlons du nationalisme, il est impératif de savoir préalablement qu’est-ce qu’une Nation ? Nous aurions sans doute autant de définition, chaque régime et pouvoir politique aient sa propre définition. Et pour éviter de rentrer dans ces détailles sans fin, nous ne donnons ici que la définition qui a une valeur universel commun.

Ernest Renan écrit ceci : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’Homme, messieurs, ne s’improvise pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale ». Une meilleure nation est celle où les hommes passent leur vie dans l’union et où les lois demeurent inviolées.  Mais quelle est la fin de la nation ? C’est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’elle se conserve et prospère ? C’est la paix dans le progrès social.

 

Le nationalisme khmer justifié par gloire et la douleur :

La Nation khmère est une vieille nation. Elle a son histoire dans laquelle, il y avait la gloire et la souffrance en commun d’un peuple. Le temple d’Angkor et les autres sont la fierté nationale. La joie de contempler les temples khmers partout où ils sont, est une réalité, une vérité éternelle dans le cœur des Cambodgiens. Quand il s’agit de l’émotion, nous ne pouvons pas trahir la nature de l’homme. Mais dans l’histoire des Khmers, il y avait aussi des douleurs à raconter : La guerre civile, les agressions étrangères, la décadence, etc.

Cette joie et ces douleurs renforcent les liens entre les Cambodgiens. Elles font naître le nationalisme khmer. Renan dit aussi : « Avoir souffert ensemble ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort en commun ».

 

:

Ce sujet de discussion est cher au feu professeur Keng Vannsak, sociologue et linguiste khmer. Sa thèse était en opposition avec celle des savants français. S. Lévi, savant Français, écrit ceci :

« L’inde donne ses fables à ses voisins qui vont les enseigner au monde entier. Mère de la foi et de la philosophie, elle donne aux trois quarts de l’Asie un dieu, une religion, une doctrine, un art. Elle porte sa langue sacrée, sa littérature, ses institutions dans l’Insulinde jusqu’aux limites du monde connu et de là rebondit vers Madagascar, peut-être à la côte d’Afrique où l’afflux présent des émigrants hindous semble suivre les traces obscurcie du passé ».

Les points de discordes de Keng Vannsak avec des savants français ne sont pas sur le mot « influence », c’est-à-dire l’influence de la culture indienne sur celle des Khmers, mais plutôt sur le mot « absence », c’est-à-dire l’absence de la culture d’origine khmère. Quand un peuple a sa propre culture d’origine forte, il ne peut pas y avoir eu une influence d’une autre culture sur la sienne, mais plutôt un choix délibéré de sa part pour innover sa culture. Pour lui, les exemples ne manquent pas pour démonter que cette rénovation existe réellement, elle connue sous le nom de « nationalisation ».

Keng Vannask rajoute : « Ce n’est nullement une faute pour les civilisations pourtant très grandes, que d’emprunter des thèmes communs à d’autres civilisations. Les littératures des peuples reflètent et facilitent les interférences entre les courants de civilisation. Mais l’essentiel n’est justement pas ces emprunts qui, pour être compris et acceptés par tout le peuple, doivent être avant tout, assimilés et remodelés par une « nationalisation » longue, profonde et sans cesse renouvelée ».

Ainsi le RAMAYANA indien s’est transformé en REAMKER khmer. Et si le titre de l’ouvrage, les personnages et les lieux de l’action conservent encore des noms vaguement indiens, le contenu par contre, diffère complètement de l’œuvre de VALMIKI.

Vis-à-vis de la littérature bouddhique, la transformation n’est pas aussi radicale. Néanmoins, certains Jatakas ne sont acceptés et retenus que parce qu’ils ont reçu une forme et un fond conformes à l’Esthétique et l’Idéologie khmères.

Pareil remodelage constitue une forme de Khmérisation dans l’Art que dans la langue, cette khmérisation s’effectue selon les deux principales tendances de la civilisation khmère à savoir : Le Réalisme et le Rationalisme. Ce sont justement ces deux tendances qui ont procédé à l’humanisation du Dieu Rama et donné une forme systématique de « thèse » au Reamker.

Mais le Réalisme khmer ne consiste pas simplement à ramener le Divin à l’humain, le sublime à l’ordinaire, le merveilleux au réel. Il constitue également un moyen d’action. L’efficacité n’est pas fonction du Métaphysique, mais du Pragmatique fondé sur une « connaissance exacte et prudente de l’être et de « l’utile ».

À partir 1970, ce débat fit florès parce que le professeur Keng Vannsak n’avait plus la barrière politique pour augmenter le son de sa voix pour critiquer les savants étrangers de toute taille, bien sûr dans le domaine de la culture khmère. Mais son seul défaut, c’est qu’il n’ait jamais publié des articles sur ce sujet ; j’ai dit publier, parce qu’il est fort probable qu’il en ait écrit beaucoup. La publication avec parcimonie de ses œuvres fait défaut à ses partisans, parce qu’à chaque fois, ils devaient affronter sur ce sujet avec leurs opposants, il est difficile pour eux de faire une référence aux idées précises de leur Gourou. En tout cas, M. Keng Vannsak était un grand patriotiste et nationaliste convaincu. Malgré ses défauts comme tout être humain, il représente pour la jeunesse de ma génération, un symbole de « contestataire des diktats de Pouvoir de toutes ses formes ». Dans l’esprit de beaucoup, il est le Savant des Khmers. De son vivant, la Radio Free Asie (RFA) a pu enregistrer beaucoup d’heures d’entretien avec lui. La thèse de Keng Vannsak constitue une forme de « Nationalisme khmer » dans le domaine de la Culture.

Parlons un peu plus sur notre Nationalisme culturel. Yvonne Bonger écrit dans son livre (la monarchie cambodgienne) ceci :

« Le Cambodge angkorienne, tel qu’il nous est connu par l’épigraphie apparaît comme un pays profondément indianisé, au moins au niveau des classes dirigeantes ».

 

Mon point de vue : Nous savons que la pénétration (au milieu du IVe) des grandes religions indiennes au Cambodge, Hindouisme avec deux divinités « antagonistes » Visnou et surtout çiva et Bouddhisme Mahayana (du grand véhicule) avec Boddhisattvas (candidat à la dignité de Bouddha), modèle et intercesseurs, ont sans doute une forte influence dans la pensée khmère. Cette importance ne vient pas détruire l’armature de la société khmère mais elle compléter au contraire des parties manquantes, lesquelles sont : la science du gouvernement et la pensée philosophique qui sont deux éléments importants pour le progrès d’une nation. L’accouplement de deux systèmes de société fait naître sans aucun doute l’embryon de la civilisation khmère. Étant en stade de matérialisation, notre culture s’imbibe facilement de la pensée indienne qui est en période du développement expansif. Cette conjonction fructueuse crée un climat de confiance et d’intérêts réciproque entre le pouvoir autochtone et les Brahmanes venant avec les commerçants hindous pour professer l’art de gouverner aux monarques khmers. Pour être en bon terme avec l’autorité locale qui est déjà en puissance, les Brahmanes se voient obliger de faire une entorse à leur système de caste, de reconnaître une certaine valeur de la culture aborigène et de fermer les yeux aux certaines pratiques des rois d’Angkor. Ils s’attellent donc à la politique d’assimilation de leur croyance à la culture utilitaire du pays. Cette politique séduit davantage des rois khmers et leur Cour parce qu’ils ne voient pas dans l’Hindouisme comme une menace directe à leur pouvoir temporel, mais d’aider au contraire à devenir les monarques éternels. Ils acceptent facilement, en effet, de se convertir en néophytes de cette religion et la transforment en suite en doctrine gouvernementale de leur Royaume impérial.

À part les vestiges des temples prestigieux qui parent aujourd’hui le Kampuchéa, nous ne voyons pas la trace des castes d’hindouisme dans la société khmère. Au premier vu et su de l’histoire khmère, nous savons gré que nos rois d’Angkor ont bien fait de supprimer décemment les frontières sociales entre les Khmers pour rendre plus humain notre société au moment de la transplantation de l’Hindouisme dans notre foi.

La loi d’Hindouisme est absente dans la vie quotidienne des Khmers, parce qu’elle régit plutôt par des lois khmères. Voici une des exemples : Les « Paroles des Sages » :

« - Riches, aidez les pauvres, comme ils vous aident tels des morceaux d’étoffes autour d’un corps nu.

«  - Savants, protégez les ignorants, comme ils vous protègent tels des sampans au secours d’un grand vaisseau naufragé.

«  - Puissants, veuillez aussi sur les faibles,

«  - Repus, donnez à manger aux affamés,

« - Bienheureux, pensez aux déshérités, tels des ancres, des voiles et des amarres qui aident les grands navires que vous êtes, à ne pas sombrer au fond de l’Océan de la vie agité sans cesse par des tempêtes… ».

Nous le savons qu’un changement culturel constitue très souvent une expérience très douloureuse, et de plus, parce que des cultures rivales entraient en conflit pour la captation des âmes, tout comme il y avait des centres de pouvoir politique qui rivalisaient pour suborner les hommes et s’emparer de leur territoire et pendant la période de transition devait être soumise aux violences et aux conflits. Or l’on constate qu’il y n’avait ni violences, ni conflits dans la conjonction entre la culture d’origine khmère et celle d’indienne. La réalité des faits historiques le confirme.

Ceci pour nous démontrer que la Nation khmère n’avait pas eu peur dans le passé d’avoir de contact avec une civilisation d’hindouisme, une des puissances dans le monde. Cette assurance fait naître au contraire le nationalisme khmer.

 

Le nationalisme khmer justifié par la peur :

Deux mémoires politiques célèbres, « la mentalité khmère » de Bun Chan Mol et « la marche vers l’Ouest » de Noun Kheun, nous interpellent aujourd’hui. Le premier, écrit en 1970, invite ses concitoyens à abandonner la pratique maléfique khmère : l’égoïsme. Le second, écrit en 1971, nous montre qu’il y ait un danger pour notre pays, venant des pays voisins, la Thaïlande et le Vietnam, si le Cambodge ne réussissait pas à concrétiser une démocratie libérale dans notre système de gouvernement. Ces deux appels pathétiques me font penser à une maxime khmère, dans laquelle nos ancêtres avaient voulu rappeler le « mal khmer », dont le but n’est pas d’humilier le peuple khmer, mais de lui donner la possibilité d’en tirer des leçons, se réformer, s’améliorer et éviter, pour le pays, des lendemains qui déchantent. Cette maxime est ceci :

-          les Thaïlandais n’abandonnent jamais la méthode,

-          les Vietnamiens n’abandonnent jamais l’hypocrisie,

-          les Khmers misérables n’abandonnent jamais la diffamation.

Quand le pays est dans le malheur, M. Douc Rasy, un intellectuel khmer, écrit ceci : « Il ne reste pour ainsi dire que l’amour de la patrie et un sentiment d’appartenance à une même communauté. C’est à la fois peu, et en même temps beaucoup à condition que nous sachions les mettre en valeur. Si d’un sentiment diffus, nous parvenons à faire une raison de vivre, alors, nous pourrons mobiliser toutes les forces dont nous disposons à son service. La raison va concrétiser l’espérance du futur ».

La raison, dans la situation de faiblesse, ne devrait pas être fondée sur la peur des autres, mais plutôt sur la confiance en soi.

Depuis j’ai l’âge de raison, j’ai entendu et j’entends toujours que le Vietnam et la Thaïlande ont volé et volent encore les terres khmères. Je me pose donc la question qu’avons nous fait pour qu’ils puissent nous voler comme ça ? L’on me dit que les causes sont multiples : les guerres civiles, l’incapacité des dirigeants, la monarchie absolue, la colonisation française, Bouddhisme, etc. Je me pose encore une autre question : Est-ce que le Vietnam et la Thaïlande n’avaient-ils pas ces problèmes ? Cette question est taboue vu le concept du nationalisme khmer fondé sur la peur des autres, mais paradoxalement à chaque fois que nous avions des problèmes entre nous, nous n’avions pas hésité de demander l’aide des autres. C’est dans cet état d’esprit confus, que le Kampuchéa a, aussi, perdu son Empire.

Il faut bien savoir que la décadence de la nation khmère depuis le XIIIe siècle ne fut pas seulement militaire ; ce fut celle de l’esprit, de l’idéologie nationaliste et enfin celle de toute une organisation économique, culturelle et politique. Cette décadence est si profonde jusqu’aujourd’hui encore ses causes et conséquences sont rarement pleinement analysées, réduites à des faits cités ci-dessus. Comment cette décadence est-elle pensée ?

Aujourd’hui avec l’unification des trois Ky (Tonkin, l’Annam et la Cochinchine) et l’émergence de la société industrielle en Thaïlande auraient pour conséquence de permettre aux deux pays de dominer économiquement le Kampuchéa et, parfois à leurs populations d’avoir le sentiment d’être supérieur à la population khmère.   

Devant cette réalité, la peur des Vietnamiens et des thaïlandais devienne notre obsession de tous les temps. Nos discussions tournent autour de ce sujet. Il devient un sujet majeur pour les intellectuels khmers. Quand on les pose la question : Que faire ? La réponse est si simple à comprendre : Demander l’aide à l’ONU et les pays puissants, etc. Mais où sont les Khmers dans ces débats ? Ils ne pourraient rien faire. Mais sont-ils des électeurs ? Ils ont donné leur voix au PPC (2/3 de sièges à l’Assemblée nationale) pour gouverner le Kampuchéa en toute liberté. Non, non, c’était de la tricherie. Le PPC a acheté les voix et a menacé de représaille. Mais on n’hésite non plus à valider, en temps et en heure, les résultats des élections, pour siéger à l’Assemblée Nationale. On me dit aussi, Il faut prendre le temps pour apprendre aux Khmers à connaître leurs droits et leurs devoirs en tant que citoyens. On n’oublie toujours que les Khmers d’aujourd’hui connaissent mieux que quiconque ses droits, car à chaque fois qu’il y ait une spoliation de leurs terres et autres violations à caractère des droits de l’Homme, je constate qu’ils sachent se battre pour défendre leurs droits. Bien sûr, ils n’ont pas gagné le gain cause, parce que leurs moyens utilisés sont illusoires par rapport à la puissance du pouvoir économique et administratif. Mais cela est une autre affaire. Je pense qu’il ne faille plus avoir de doute sur la capacité des Khmers à comprendre le fonctionnement de la liberté publique, dont les droits et les devoirs des citoyens font principes. Quand le PPC gagnait des élections, il ne fallait pas toujours croire qu’il ait triché, il fallait aussi que les Démocrates khmers se posent la question, pourquoi ils auraient accepté cette situation. Quand l’on cède sur des principes fondamentaux de la démocratie comme ceux des élections, il ne fallait pas étonner qu’il y ait  de dérapage du régime actuel vers l’hégémonie politique. C’est là le bât blesse, les Démocrates puissent critiquer le parti au pouvoir tout ce qu’ils veulent, mais quand il s’agit du « Fondamental », ils tournent le dos pour éviter de le voir. Dans ce cas là, comment puissent-ils être crédible vis-à-vis des électeurs ?   Cette acceptation n’est-elle pas aussi une preuve de manque de soutien confortable de la masse populaire, afin qu’ils puissent défendre avec détermination la démocratie.

Les Démocrates suscitent la peur des autres pour justifier leur nationalisme. Mais quelles sont leur « universel commun » ? M. Dy Kareth, un intellectuel khmer connu, a bien fait de soulever des problèmes de l’unité de pensée des Démocrates khmers comme sujet de débats. Nous n’arrivons pas, en effet, à l’identifier, à l’exception de quelques bases connues :  La peur des autres, la colère contre le parti au pouvoir, le sentiment de satisfaction sur des propos défavorables des pays puissants à l’adresse du gouvernement royal khmer actuel, etc. Ces bases connues constituent-elles un « capital social » sur lequel on assied une idée politique commune ? Bien sûr que non, parce que ces bases-là sont simplement des dénominateurs communs qui servent uniquement à mener ensemble des actions occasionnelles dont les intérêts sont congruents. Mais l’absence de l’unité de pensée sur l’histoire du pays, un passé héroïque des grands hommes, de la gloire, une volonté commune de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis, etc. ne permettrait pas les Démocrates khmers à travailler ensemble sur un projet d’avenir. Il ne faut pas oublier que les Cambodgiens connaissaient le mot « Démocrates khmers » depuis 1947 ; nous sommes aujourd’hui en 2009, plus de six décennies, les Démocrates khmers continuent toujours à quêter leur identité. Actuellement deux partis de l’Opposition parlementaire, qui revendiquent le titre de Démocrate, auront des difficultés à s’accorder leur politique commune. Le PSR, avec plus d’un million de voix et PDH, avec 400.000 voix, aux dernières élections législatives, chacun espérait toujours de gagner en solo à la prochaine compétition. Il me semble que leur volonté de travailler ensemble susciterait davantage la crainte, la coercition, la contrainte, l’intérêt, que la formation d’une force nouvelle pour faire développer la démocratie au Cambodge. La peur des autres serait-elle un facteur de désunion ? Voilà une question importante qui mérite d’être discutée.

M. Noun Kheun écrit ceci : « Le nationalisme ne serait pas seulement le sentiment de l’amour de la patrie, il serait aussi un mouvement pour revaloriser l’idéologie nationale et toute autre valeur qui favorise la réalisation du développement de la force nationale dans le domaine politique et économique. Dans cet objectif, notre premier devoir est de renforcer notre nationalisme, lequel constituera la fondation solide de notre nation. Cette fondation pourra transformer en idéologie nationale efficace. Autrement dit, pour que le mot « nationalisme » soit dans son vrai sens, il faut que tous les éléments cités ci-dessus soient réunis. En outre, le développement du nationalisme dépendra celui de la démocratie qui permettra au peuple de participer dans les affaires de l’Etat. Cela renforcera la justice sociale. S’il n’y avait pas de « devoirs », il n’aura jamais le nationalisme. Dans cette condition, le son du mot  « amour de la patrie » se ressemble plutôt au son venant d’un tambour caché, auquel personne n’attache aucune importance ».

Le Cambodge était une grande nation. Aujourd’hui par sa taille et le nombre de sa population, il devient un petit pays par rapport au Vietnam et la Thaïlande. L’on sait qu’une grande partie de ses territoires ont été annexés par ces deux pays et un grand nombre des Khmers vivant dans ces territoires sont devenus des nationalistes irrédentistes pour défendre leur culture, mais ils ne revendiquent pas l’autonomie des terres de leurs ancêtres. Cela prouve bien que le processus d’intégration des « Khmers externes du territoire national » dans la société politique du Vietnam et de la Thaïlande soit bien terminé. En outre, l’amputation des territoires khmers pendant la période du protectorat français a été reconnue aussi par le gouvernement khmer et par la loi internationale. Aujourd’hui, iIl y a beaucoup des Khmers qui s’interrogent encore sur la politique d’expansionnisme du Vietnam et de la Thaïlande : Ce qu’elle était hier, ce qu’elle est aujourd’hui, et ce qu’elle sera demain. Parce qu’il pensent que ces deux pays ne craindraient pas d’usurper leurs droits sur les territoires khmers, s’ils avaient l’occasion d’y faire. C’est pour cette raison, la Nation khmère ait besoin plus que jamais de susciter le « nationalisme khmer » fondé sur la force et l’idéologie nationale. Les deux constituent la fondation de la nation khmère.

Il faudrait faire attention que le nationalisme ne soit pas une invention idéologique pour servir une doctrine politique fondée sur la prééminence de la nation et le racisme comme le cas du National-Socialisme d’Adolf Hitler.

Qu’est ce que c’est la force nationale khmère ? La force nationale n’est pas, ni une force d’agression des pays voisins, ni une force d’oppression de la population, elle serait une force de la cohésion sociale et de l’unité nationale.

Qu’est ce que c’est l’idéologie nationale khmère ?  L’idéologie khmère repose sur le principe du « Réalisme » : La paix, l’indépendance nationale, l’intégralité territoriale, la démocratie libérale et le Bouddhisme.

Enfin, la force et l’idéologie nationale cherchent à donner à la population, un sens, une unité et un repère. L’être du peuple fonde la Nation. Je suis conscient en écrivant cet essai que le problème de la nation, du nationalisme s’est posé et se pose encore au Cambodge. Au moment où le Cambodge s’ouvre, quand un nouveau type de mondialisation, d’organisation de la région de l’Asie Sud-Est, du monde donc, se met en place, il est important de comprendre comment s’y pense la nation, s’y pose le rapport au nationalisme dont il est soupçonné aujourd’hui d’être fondé sur la peur des autres.   

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 09:51

La minorité cambodgienne de Cochinchine (suite et fin).

Il serait souhaitable, à un autre égard, que fussent élargies ou renforcées, certaines mesures prises à la veille de la guerre, par l’autorité française, notamment celles qui prescrivaient que, dans les villages mixtes, l’élément khmer fût représenté par un nombre de notables proportionnel à son importance, ou encore, celle qui instituait un officier auxiliaire d’état-civil, dans les villages en majorité Cambodgiens. Mais ces mesures ne pourraient devenir pleinement efficaces, que si les notables ainsi désignés, prenaient rang, sous certaines conditions et selon l’importance numérique de la minorité, parmi les plus considérables des membres du conseil communal.

Il est important aussi, que l’élément cambodgien ait la place qui lui revient, dans tous les corps élus, à quelque échelon qu’ils soient institués. On avait proposé, il y a une vingtaine d’années, que des cantons autonomes, relevant directement de l’autorité supérieure, fussent organisés, là où la minorité se présente en formations suffisamment compactes pour justifier cette mesure. Mais on peut concevoir aussi que la désignation de chefs de cantons khmers soit déclarée obligatoire, dans les régions où le groupe ethnique est prépondérant, avec des sous-chefs de cantons, là où il ne détient pas la majorité. De toute manière, il est nécessaire que les Cambodgiens relèvent de fonctionnaires ou de conseillers parlant leur langue et que, dans les concours administratifs, un certain nombre de places soient réservées aux candidats aux fonctions publiques, avec à titre provisoire, des conditions spéciales. Il paraît indispensable que la langue cambodgienne soit officiellement administrative. Enfin, on ne peut que souhaiter le développement du bureau des affaires cambodgiennes, qui avait été créé à la veille de la guerre, auprès du cabinet du Gouverneur.

Les Cambodgiens sont appelés à prendre une certaine importance numérique en Cochinchine. Loin d’être en recul, leur nombre s’accroît à chaque recensement. En 1888, ils étaient 150 000 sur 1 600 000 habitants. En 1925, ils étaient devenus 300 000. A la veille de la guerre, on en comptait environ 350 000, sur une population globale de moins de cinq millions d’habitants. Leurs relations avec les Chinois sont excellentes, et l’on compte de nombreux métis sino-cambodgiens qui, fait remarquable, adoptent volontiers les coutumes de la mère, ce qui est rarement le cas pour les métis sino-annamites. Les Khmers de Cochinchine entretiennent généralement avec les Annamites des relations dénuées de sympathie. Ceux-ci les appellent avec condescendance, des Thô, c’est-à-dire les « hommes de la terre », mais ils rendent mépris pour mépris, en traitant les autres de Yun, du sanscrit yavana, c’est-à-dire de « Barbares du Nord ». Il est certain que ces inimités, fondées sur des incompatibilités de mœurs, de langue, de religion et aussi, sur toute l’amertume d’anciennes dépossessions, ont pour effet, d’entretenir un état de friction latente, préjudiciable à la paix sociale, et qui réclame le contrôle d’un arbitre.

À cet égard, la Cochinchine apparaît par excellence, comme une terre fédérale, où la France pitoyable aux faibles et généreuse envers des sujets loyaux, doit faire prévaloir des solutions de justice et rétablir l’équilibre que tend à détruire dans le monde, la triviale sélection des plus forts. Il lui appartient d’attribuer à la minorité cambodgienne du Bas-Mékong, un statut politique qui n’a jamais encore été clairement défini, à sauvegarder ses droits par des mesures administratives, à maintenir son originalité culturelle, à protéger surtout sa fortune immobilière, patrimoine qui s’amenuise un peu tous les jours, par l’effet incroyable abus. J’ajoute que notre pays ne saurait se désintéresser non plus, de la Cochinchine s’est traditionnellement appuyée sur le Bouddhisme du Sud, tandis que l’Annam adoptait le Bouddhisme du Nord. Il reste à la France, vieille nation chrétienne et libérale, devenue par l’Afrique, une métropole musulmane, à devenir pour l’Asie du Sud-Est, une métropole bouddhique. Ce n’est plus un secret, que le Japon avait tenté d’organiser à son profit, les sectes du Bouddhisme en Indochine, et que le Siam poursuivait depuis longtemps au Cambodge, les mêmes fins, pour des raisons d’expansion territoriale. Les bonzes cambodgiens de Cochinchine se trouvent placés dans le rayonnement de l’Institut bouddhique de Phnom-Penh, ayant aussi des attaches au Laos ; institution de caractère fédéral, dont le développement est souhaitable et l’importance ne saurait être sous-estimée.

Je voudrais en terminant, attirer votre attention, sur quelques égards dus à ces populations, quand l’on se trouve appelé à circuler dans leurs villages. Il est bon, quand on pénètre dans une pagode, où l’on est reçu toujours, dès le seuil, par quelques bonzillons ou quelques moines de seconde importance, de demander à saluer le chef du monastère, qui est souvent un respectable vieillard. Si c’est l’heure du repas ou s’il repose, il est courtois de ne pas insister. Les Cambodgiens sont toujours sensibles aux égards que l’on a pour leur clergé, ou pour les achars si l’on a quelque question à traiter qui intéresse la pagode. L’on vous offrira du thé ou de l’eau de coco. Acceptez-les, même si la tasse est crasseuse ou si vous n’avez pas soif, car ce don émane toujours d’un cœur ouvert. Asseyez-vous sur la natte, où le supérieur vous convie. On fera, autour de vous, un cercle respectueux. Enquerrez-vous des besoins locaux, de l’état de récoltes, de la santé du bétail, de la fréquentation des enfants à l’école de la pagode. Ne manquez pas de faire une visite au bonze-instituteur. Distribuez des bonbons ou des images. Ayez un propos aimable pour les vieillards. Soyez jovial à l’occasion. J’ai pu obtenir des renseignements qui m’ont conduit à d’importantes trouvailles archéologiques, simplement en distribuant des boîtes allumettes, des bâtonnets d’encens, ou encore, en versant quelques gouttes de collyre, dans des yeux d’enfants atteints de conjonctivite. Ne soyez jamais impatients, ni trop pressés, et n’offrez jamais d’argent à des bonzes. La règle leur interdit de l’accepter. Si vous êtes cependant, dans la nécessité de le faire, usez de l’intermédiaire d’un laïc, achar ou autre, en spécifiant toujours, qu’il s’agit d’une contribution de votre part ou de l’administration, à l’entretien du sanctuaire ou au développement de l’école.

Si vous devez séjourner dans la pagode ou y établir un cantonnement, prescrivez à vos hommes de ne pas être trop bruyants, surtout au moment des offices. Même si le terrain est très vaste, faites établir hors de l’enceinte, les constructions provisoires qui devront répondre aux besoins de la vie matérielle. Veillez surtout à ce qu’aucun animal bœuf, porc ou même poulet, ne soit sacrifié dans cet enclos, où la vie animale est sacrée, à l’égal de l’existence humaine. Ces quelques précautions suffisent ordinairement à s’assurer la sympathie de populations qui ne demandent qu’à être fidèles. Beaucoup de ces remarques sont valables, dans les pays annamites, et il faut bien peu de manifestations de bienveillance, pour réussir la conquête des cœurs.

Par leur remarquable tenue morale, les Cambodgiens de Cochinchine ont gagné notre estime et mérité la sollicitude que la communauté française se doit de témoigner à ceux qui, ayant souffert dans leur personnalité nationale, ont compris que l’avenir de leur pays ne pouvait se concevoir que dans un ensemble assez vaste, pour apaiser des frictions et faire éclore de communes aspirations. Si j’ai accepté ce soir, de vous entretenir de cette minorité, si digne d’être préservée d’une assimilation inéluctable, c’est sans doute qu’il m’a plus d’être ici, l’avocat des faibles. C’est aussi parce que la Cochinchine est un pays chargé d’histoire, où il est juste que survivent les descendants authentiques des bâtisseurs d’Angkor. Et puis, qu’il me soit permis de plaider aussi, la cause de ceux qui pensent que l’universalisme ne suffit pas à tout. Ce qui faisait pour le voyageur et l’artiste, la séduction et la variété du monde, est en train de s’abîmer dans une effroyable uniformité d’habitudes. Il semble que sous la terrible contrainte des lois industrielles, il n’y ait plus place pour la charmante originalité des coutumes, où les peuples manifestaient leur génie. Mais la France est une vieille nation d’équilibre et de raison. Sa pensée mûrie par des siècles de réflexion claire, dispose d’un clavier riche de nuances et de demi-tons, où s’exprime toute la complexité de la nature humaine. Aux conceptions simplistes et confuses des tard-venus dans la voie de la civilisation, elle ne cessera d’opposer avec sang-froid la notion de la diversité du réel. Il lui appartient, dans un monde nouveau, de promouvoir un esprit nouveau, fondé non plus sur des simplifications égalitaires, mais sur des considérations de justice proportionnelle et sur le droit de toutes les nations à l’existence, double espoir dans lequel il nous plaît de reconnaître et de saluer une revendication d’humanité.

Louis MALLERET.

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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 10:12

En 1478, à l'âge de 26 ans, en pleine guerre civile, Thomma Reachea fut sacré roi par ses partisans. Il éleva sa première dame au rang de reine. En 1479, la reine accoucha d'un garçon appelé Ponhea Damkath Reachea.

Cette année, il y eut un tremblement de terre. La secousse durait pendant cinq heures. C’était un phénomène exceptionnel pour le pays.

La victoire de Thomma Reachea en 1485, avec l’aide des Siamois, sur son frère Srey Reachea et son neveu, Srey Soryautey, semblait avoir été l’œuvre du roi siamois. Mais cette victoire avait le parfum du triomphe pour le roi khmer. Aux yeux de ses partisans, il était pleinement stratège, pleinement monarque.

En 1486, son fils aîné, Preah Srey Sokunbât, avait terminé ses études de toutes les branches du savoir du Bouddha. Pour fêter cet évènement exceptionnel, le Roi invita les membres de la famille royale, les hauts dignitaires de la Cour et tous les fonctionnaires de tous les statuts de la capitale à assister à une cérémonie religieuse : Prière, quête aux bols à aumônes, offrande de repas aux moines, transmission de mérite aux défunts, sermon, aspersion des statues de Bouddha, etc.

En 1491, le Roi fit une demande auprès du roi d’Ayuthia pour ramener au pays les cendres des rois défunts, Srey Reachea et Srey Soryautey, pour les mettre dans les stupas royaux. Pour marquer son respect envers leur âme, le Roi décida d’être ordonné moine pendant trois jours.

En 1496, après 19 ans de règne, la première dame du roi, nommée Tep Bopha, a mis au monde, au même moment de l’éclipse, un enfant royal. Les brahmanes et les astrologues du palais suggèrent au roi de donner le nom à ce prince, Ponhea Chanreachea (Prince de la lune royale). Le Roi confia à la dame Va, épouse de Chao Ponhea Yaumreach, d’élever cet enfant. (Il est fort probable que la première dame était morte après l’accouchement).

Pendant son règne, Thomma Reachea fit construire 84 000 stupas. Un jour, le Roi proposa aux membres de sa Cour de prélever une partie de la relique du Bouddha au Vat Phnom pour mettre dans un stupa au sommet du Phnom Santuk, situé dans la commune de Kva, province de Kompong Thom actuel. Son éminence le chef religieux, tous les princes et les hauts dignitaires approuvèrent cette proposition. Après quoi, le Roi ordonna au ministre des travaux publics de mettre sur le pied de campagne des équipes de travaux de centaine         hommes corvéables afin de partir construire : une pagode, un grand stupa, une grande statue du Bouddha, plusieurs petits stupas, des statuettes d’hommes, d’oiseaux mystiques, d’animaux et des statuettes de tous les disciples du Bouddha en or. Le Roi quitta la capitale avec les membres de sa Cour pour superviser lui-même les travaux de construction. Beaucoup d’architectes et d’artisans célèbres ont été amenés par le Souverain pour cette campagne. Le Roi ordonna aux ministres de constituer une équipes de gardiennage, composée de 21 garçons, 21 filles et deux chefs de services. Cette équipe avait comme moyens pour travailler : 21 paires de bœufs avec 21 charrettes, 21 paires de buffles avec 21 charrettes, 21 chevaux, 21 éléphants, 21 rizières. Et depuis lors existait des esclaves du clergé (Pol Preah).

Enfin, le Roi fit une grande fête pour inaugurer ses œuvres magnifiques pendant trois mois. Devant la grande statue du Bouddha, le roi versa de l’eau bénite de sa main droite par terre et jura dans les termes suivants : « Je demande à la statue du Bouddha, les cieux et Preah In (dieu de l’Hindouisme) d’être les témoins oculaires de mes offrandes, une équipe des serviteurs avec tous les moyens nécessaires pour qu’ils servent la religion jusqu’à 5 000 ans ». Pour laisser sa trace, une stèle en pierre, indiquant la date et les évènements de cette construction, fut édifiée au pied de la montagne. Et, lorsque tout fut terminé, le Roi quitta Phnom Santuk pour rentrer avec solennité à la capitale royale pour régner en paix sur son Royaume. Il allait pouvoir jouir d’un bonheur mérité.

Voici le supplétif dans la version du Vat Kompong Tralach :

Sur son chemin de retour, quand le cortège royal passa à proximité de la cité Pichay Baa (il est possible qu’il soit le Vat Norkor dans la province Kompong Cham), le Roi avait bonne envie de la visiter. La visite royale dura quelques heures et après cela, le Roi dit aux membres de sa Cour ceci :

« Le Roi Preah Bat Athepoul Pilir le fondateur de cette cité était sans aucun doute un grand roi. Il a fait construire cette cité magnifique, ornée des coins charmants : Parc, jardins, lacs, étangs de lotus, avec toute la séduction des eaux et des bois. En outre, les monuments, y compris les murailles, entourés de la cité, ont été construits en pierre solide. Cette cité servait pour le roi sa résidence de loisir et de villégiature. Et pourtant, il venait rarement pour profiter de sa cité céleste. Avec une telle construction, je comprends mieux que sa réputation d’être grand roi avec 101 rois vassaux soit bien justifié. Je rends hommage à sa création et à son prestige éternel ».

Un jour, la fille du roi, nommé Preah Ratanak Mirlir avait le désir de sortir se baigner dans le grand fleuve. Celle-ci demanda la permission à son père. Le Roi donna son accord et l’accompagna avec les membres de sa Cour. Au lieu dit Prek Chlaug (Prek = le canal d’irrigation débouchant au fleuve) dans la province Kompong Cham, qui se situe non loin du lieu de baignade royal, il y avait un grand crocodile féroce dont la tête était mesuré de 5 bras. Attiré par les bruits de baigneurs et ayant faim, celui-ci était venu pour chercher sa proie. Aperçut le crocodile, les filles de compagnie de la princesse Milir se précipitèrent à regagner la berge. Dans la panique, elles oublièrent leur maîtresse royale. La rapidité du reptile ne laissait aucune chance à la jolie Mirlir de s’échapper à la mort. Il saisit de sa grande gueule meurtrière le corps souple de la jeune fille et plongea dans l’eau pour retourner dans sa tanière. Le Roi fut en informé immédiatement. Il cria de toute sa force : « Je n’en crois rien ! ». Le capitaine du corps de garde royale cria, ses ordres sur-le-champ à ses soldats de partir rechercher le reptile dans l’eau du fleuve. À ces mots, tous les militaires de tous rangs se précipitèrent à embarquer dans les pirogues rapides de l’armée pour pourchasser le crocodile en fuite. Quelques minutes plus tard, à la vue du reptile, les soldats tirèrent sur son corps pour qu’il lasse la princesse de sa grande gueule. Or, non seulement il ne la lasse pas, il l’avala et replongea dans l’eau trouble du fleuve et disparut. Mais il fut poursuivi par les soldats jusqu’à sa tanière. Un chasseur magicien fut appelé pour aider les soldats à retrouver le crocodile. Celui-ci le pourchassa toute la nuit. Et au petit matin, tout réconforté à la vue de ce crocodile féroce, le chasseur récita des formules magiques et des incantations pour l’endormir et le capturer avec facilité. Le Roi ordonna immédiatement à ses soldats d’éventrer le crocodile et soudain, on aperçut le corps sans vie de la princesse. Vu le cadavre de sa fille, des larmes de tristesse inondèrent le visage du roi. Cependant, on invita les moines à réciter quelques paroles du Bouddha sur « l’impermanence de la vie » pour apaiser l’âme de Milir et celle du roi :

 « Que ce qui est sujet à la vieillesse ne vieillisse pas ; que ce qui est sujet à la maladie ne soit pas malade ;  que ce qui est sujet à la mort ne meure pas ; que ce qui est sujet à la ruine ne tombe pas en ruine ; que ce qui est sujet à passer ne passe pas ; voilà ce que ne peut faire aucun être dans le monde ».

Cette incantation salutaire avait aussi pour but de faire comprendre au roi le vrai sens de la non-possession ; « tout apparaît, tout disparaît ». Ayant entendu ces paroles, le cœur du Roi s’ouvra au bonheur, car il vit dans son esprit le visage brillant, souriant et les yeux magnifiques de sa fille bien aimée.

Ensuite, le Roi appela ses brahmanes à organiser la cérémonie religieuse et l’incinération du corps de la princesse, pendant laquelle, il prononça les vœux pour faciliter l’âme de sa fille d’aller au paradis bouddhique. Un stupa était construit à cet endroit pour mettre les cendres de Milir. À côté de ce stupa royal, il ordonna aux services des travaux publics de construire, au bord du canal, une pagode pour les moines. Il laissa à ce lieu saint pour prendre soin le stupa de sa fille décédé et servir la religion une équipe de 21 garçons, 21 filles avec deux chefs de services, 21 paires de bœufs avec 21 charrettes, 21 paires de buffles avec 21 charrettes, 21 chevaux, 21 éléphants, 21 rizières et beaucoup d’autres objets.

Un jour, emporté par une grande colère, et sans écouter les conseils des grands sages du Royaume, le Roi maudit tous les fonctionnaires, hommes, femmes pour leurs négligences et les prit tous pour responsables de la mort de sa fille : « S’ils marchaient devant la pagode du Prek Chlaug, ils mourraient de malheur ». Redoutant la puissance du maudit royal, tous les fonctionnaires n’osaient plus marcher devant cette pagode.

En 1499, le gouverneur de Pursat, Okgna Sourkir avait offert au roi un grand éléphant blanc. Le Roi distribua les récompenses de quelques pièces d’or et d’autres objets de valeur au chasseur de cet éléphant et accorda aux assistants de ce dernier d’être exempté du service des hommes corvéables du roi.

En 1502, le Roi visita la montagne des « trésors royaux » (Phnom Preah Reach Trâb) dans la province de Samrong Taug. Il ordonna au gouverneur de cette province d’appeler les hommes corvéables pour creuser un étang au pied de cette montagne pour les villageois. Et au cours de cette visite, le Roi fut malade. Il s’enquit de l’origine de sa maladie auprès des astrologues doués de pouvoirs surnaturels et des médecins de la Cour qui, lui suggèrent de retourner immédiatement à la capitale.

En 1504, le Roi mourut à l’âge de 64 ans, après 27 ans de règne. Le lendemain du décès du souverain, les membres de la Cour vinrent s’incliner devant la dépouille royale pour rendre hommage à leur roi défunt.

À la suite du décès du roi, les membres du Conseil de la Couronne invitèrent son fils aîné, Preah Srey Sokunbât, à monter sur le trône. Les brahmanes préparèrent l’ondoiement du nouveau Souverain et l’élevèrent à la dignité du dieu Indra, Souverain du Royaume du Kampuchéa. Des battements de tambour résonnaient sur la place publique pour annoncer ces deux évènements royaux. Tous les princes et les dames d’honneur du palais pleurèrent de tristesse de la mort du Souverain et de joie de l’élection du nouveau Roi. 

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 08:48
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 20:22
Auteur : Louis MALLERET
Cet essai est publié à Saigon dans le bulletin de la société des Etudes Indochinoises au 1er semestre 1946.

La minorité cambodgienne de Cochinchine (suite)

En 1856, nouvelle révolte, suivie de deux autres en 1859 et 1861. Il fallut notre arrivée pour que les Khmers de Cochinchine durement traité par les mandarins et les colons annamites, puissent retrouver le sentiment de la liberté et une protection qui empêcha leur éviction totale du territoire du bas-Mékong. Elle leur permit en outre de conserver une part encore importante de leur patrimoine, déjà fortement entamé par des procédés qui ne s’embarrassaient guère de la précaution du droit.

Les nouveaux venus s’installaient, en effet, sur les territoires du Sud selon leur convenance, et fondaient leurs villages, aux endroits qui répondaient le mieux à leur commodité ou à leurs habitudes. « Les lots de terre étant choisis, écrit un chroniqueur annamite, il suffisait d’en exprimer le désir au mandarin, pour en devenir propriétaire. On ne mesurait pas le terrain, quand on le concédait. On ne prenait pas davantage note de ce qui était de bonne ou de mauvaise nature ». Ce texte définit une méthode d’appropriation, reposant sur simples occupations de fait, dont le principe s’est survécu dans toutes les infiltrations vers le Transbassac.

Mais, le choix des arrivants allait surtout aux régions basses, situées le long des voies d’eau naturelles, et il suffit de jeter les yeux sur une carte au 25 000e, pour constater de nos jours, dans les provinces de Trâ-vinh ou de Sôc-trang, les manifestations de cette préférence. Toutes les agglomérations annamites épousent les sinuosités des racb, c’est-à-dire des cours d’eau, tandis que les villages cambodgiens se répartissent sur les croupes de sable, que l’on appelle des giong, et qui sont probablement, d’anciens cordons littoraux.

Alors que le village annamite concentre ses maisons, parmi des palmiers d’eau, des cocotiers et maigres aréquiers, le Cambodgien indépendant et fier, préfère l’habitat dispersé, dans un paysage de jardins. Le premier construit sa demeure de plain-pied, sauf dans les régions qu’envahissent les débordements des fleuves. Le second accorde sa préférence à l’habitation sur pilotis. Ses maisons s’isolent, parmi des arbres au feuillage touffu, sur des terres plus salubres, où le sol est plus sec, la fièvre bénigne et l’eau plus saine.

Un regard accoutumé aux traits du paysage Cochinchine, reconnaît de loin, ces agglomérations villageoises, à des lignes continues de verdure, limitant l’horizon, que dominent de place en place, des bouquets d’arbres. C’est parfois, mais rarement, le borassus ou palmier à sucre, l’arbre typique des savanes cambodgiennes, parfois le pring, survivant des forêts clairières, surtout le koki, que les Annamites appellent Dau, dont les troncs énormes et droits, se prêtent au creusement des longues pirogues de course, que possède tout village cambodgien.

Les bosquets de koki signalent de loin, les pagodes et survivent comme des témoins, lorsque celles-ci ont cédé la place à quelque temple annamite. Dès l’entrée, l’on est saisi par l’ampleur du terrain, au milieu duquel s’élève le sanctuaire, parmi des avenues et des bassins, avec çà et là, des salles de réunion ou des cellules sur pilotis, pour la méditation des bonzes. Ce sentiment de l’espace, des perspectives et de la verdure, associés à l’habitation humaine, marque ces enceintes sucrées, d’un trait qui distingue des temples annamites et chinois, où les constructions sont presque toujours entassées. L’on se plait alors, à reconnaître, dans cette architecture aérée, le même sens de la distribution des volumes et des lignes dans l’espace, qui dès le premier contact avec Angkor Vat, éveille la notion de l’harmonie et de la grandeur que possédaient au plus haut point, les artistes anciens.

Ces pagodes de Cochinchine ne se distinguent guère de celles du Cambodge. Elles se ramènent invariablement, à une vaste construction élevée sur un terre-plein, entourée d’une galerie et coiffée de plusieurs toitures emboîtantes, dont les ressauts présentent parfois une grande complexité, et admettent, d’un temple à l’autre, de nombreuses variantes. Sous la corne élégante qui prolonge les angles du faite, des pigeons en bois sculpté, doré ou peint, se rapportent rarement à la légende du Bouddha, mais plutôt à des sujets tirés de l’iconographie brahmanique. Parfois des motifs d’inspiration chinoise ornent les toitures et ce trait, s’il témoigne des bonnes relations des Khmers avec les Célestes, indique aussi, que nous ne sommes plus au cœur du Cambodge, mais dans une aire de contacts, où des contaminations artistiques sont plus volontiers tolérées.

Malheureusement, l’usage du ciment armé a introduit souvent le mauvais goût, dans ces constructions, dont certaines, étaient charmantes. De belles boiseries ont cédé la place à d’affreux moulages, et je ne saurais trop insister ici, sur la nécessité d’une rééducation du sens esthétique, que les Khmers eurent au plus haut degré et qui s’est avili. Pour une nation soucieuse, comme la nôtre, de réveiller et de cultiver les plus belles qualités des peuples de l’Indochine, il n’est pas, je crois, de plus noble tâche. Un effort considérable fut accompli, à Phnom-Penh, par les Corporations Cambodgiennes de George GROSLIER. Une véritable renaissance se manifesta dans l’industrie de tissage et l’orfèvrerie. Or il y eut autrefois, en Cochinchine, dans la région de Triton, des ateliers familiaux où l’on fabriquait des teintures de pagodes, d’une grande richesse décorative. Cet art s’est perdu, comme se perd de nos jours, celui des anciens architectes, des sculpteurs, et des enlumineurs. S’il m’est permis d’émettre encore un vœu, c’est que les Cambodgiens de Cochinchine aient bientôt leur école d’art, comme en ont les Annamites, à Bîen-hoà, Thu-dâu et Gia-dinh.

L’intérieur de ces pagodes n’a ordinairement rien de remarquable et l’on est frappé, lorsqu’on y pénètre, par la sobriété de l’ameublement et du décor. Il n’y a rien qui rappelle ici, l’encombrement et l’opulence touffue des sanctuaires annamites et chinois. Quelques nattes sont étendues sur le sol, où prendront place bonzes, dans leurs prières. Sur un côté, est posés la chaise du supérieur. Sur l’autel principal, se dresse une grande statue du Bouddha, entouré souvent d’une grande quantité d’autres idoles, de dimensions plus modestes, mais qui ne sont guère que la répétition de l’image principale. Quelques peintures murales relatent des scènes de vie du Maître, ou de ces naïves histoires que l’on appelle des jakata, ou des épisodes du Ramayana, ou encore de la légende de Prah Enn, c’est-à-dire Indra, toujours reconnaissable à son visage vert.

Le Bouddhisme de ces Cambodgiens, qu’ils soient de Cochinchine ou du Cambodge, est celui du Petit Véhicule, c’est-à-dire la doctrine tirée du canon Pâli et, qui domine dans les contrées du Sud, y compris Ceylan, le Siam et la Birmanie. L’enseignement est demeuré très proche de la tradition primitive, le panthéon extrêmement réduit et l’iconographie très pauvre. Mais je dois ajouter que cette forme du bouddhisme est thaï et n’a pénétré au Cambodge, qu’à une date relativement récente. Dans la période d’Angkor, ce qui dominait, c’était l’autre Bouddhisme, celui du Grand Véhicule, dont les dogmes s’étaient enrichis d’apports complexes, qui admet un panthéon plus vaste, et devait donner lieu à des manifestations artistiques plus considérables.

On aurait tort, cependant, de croire que la doctrine bouddhiste telle que l’enseigne les bonzes à robe jaune, peut suffire à satisfaire toute la dévotion des pieux Cambodgiens. Avant de quitter la pagode, dirigeons-nous vers l’angle Nord-Est de l’enclos. Nous y trouvons presque toujours, un modeste abri, fait de quelques planches ou d’un lattis de bambou. C’est la résidence du neak ta, esprit tantôt favorable, tantôt malfaisant, ordinairement représenté par quelques pierres informes, devant lesquelles le vent disperse le cendre refroidie des bâtonnets d’encens. C’est une concession des bonzes au culte des génies qui occupe une si grande place, dans l’esprit des paysans, qu’ils soient Cambodgiens ou Annamites. Les Khmers de Cochinchine, comme leurs parents du Cambodge, redoutent la perfidie des puissances invisibles, les krut, les Arak, les Mémoch, et font volontairement appel à des sorciers, pour apaiser leur courroux. Certains de ces esprits domestiques ou champêtres ne sont que d’anciennes divinités brahmaniques, aujourd’hui déchues. C’est ainsi que le Neang Khmau, la Dame noire, la Bà Dèn des Annamites, qui a donné son nom à la montagne de Tay-ninh, n’est autre que Durga, la terrible Kali, dont le nom se trouve dans celui de Calcutta, divinité bienfaisante ou cruelle, qui passe pour responsable de tous les maux qui atteignent la frêle existence des enfants.

Toute la campagne est remplie de la présente muette de ces esprits, dont les rustiques autels s’élèvent au détour du chemin, sur des talus de rizières ou au pied de grands arbres. Il faut quotidiennement prendre garde de ne pas exciter leur colère, et j’ai eu souvent, pour mon compte, à tenir avec eux une conduite circonspecte, quelles que fussent du reste, les régions de la Cochinchine, car sous le nom de ông ta, ils tiennent aussi, une place considérable, dans la dévotion du paysan annamite. Et ceci me remet en mémoire deux anecdotes particulièrement significatives du rôle de ces génies.

J’avais entrepris d’enlever, pour le Musée de la Cochinchine, un grand linga en grès, qui pesait bien une demi-tonne, et jouissait de la réputation d’être un neak Ta malfaisant. Cette idole gisait abandonnée dans une dépression humide, où elle était menacée de déprédations. Mais il fallait la transporter jusqu’à un canal, pour l’acheminer vers Saigon par voie d’eau. Il était difficile d’utiliser les charrettes trop légères. Je fis donc appel à un traîneau de rizière, auquel on attela des bœufs. Mais après quelques centaines de mètres, ceux-ci refusèrent obstinément d’avancer. On les remplaça par des buffles qui manifestèrent la même mauvaise volonté. Comme le neak ta passait pour être particulièrement redoutable, je compris que j’étais perdu de réputation, si je n’avais pas aussitôt raison de cette pierre récalcitrante. Je fis donc faire une claie, à laquelle s’attelèrent vingt hommes, et l’on porta l’idole au village. Mais là, personne ne voulut accueillir, auprès de sa demeure, cet hôte indésirable. Je le fis donc déposer devant la maison commune, où j’habitais alors, en prescrivant de le placer le long du sentier qui conduisait à l’entrée. On le mit de travers. Je le fis redresser. On le remit de travers. Comme je demanderai la raison de ces manœuvres insolites, on m’expliqua que, dans le premier cas, je serais atteint directement, par les manifestations de mauvaise humeur du génie, tandis que, dans le second, j’en serais préservé, que l’on avait contrevenu à mes ordres, dans l’intérêt de ma personne, mais que si, décidément, je ne tenais pas être protégé, l’on ne pouvait après tout, que m’abandonner à un funeste sort.

À quelque temps de là, je revins visiter un tertre, où j’avais entrepris des fouilles. Au moment de celui-ci et au pied dont l’animosité était bien connue dans toute la région. J’avais prescrit que l’on évitât de déplacer cette pierre, précaution indispensable pour conserver des coolies. Ce jour-là, je trouvai sur le tertre, trois hommes occupés à présenter des offrandes au neak ta. Ils venaient de déposer, devant l’autel rustique, un canard rôti, un flacon d’alcool, quelques fruits, des bâtonnets d’encens et un bol de riz. Comme ils se relevaient et se disposaient à partir, ils m’expliquent que leur père étant venu un jour assister à mes travaux, avait été subitement pris d’un malaise, dont il ne se remettait pas, qui était certainement imputable à la malignité de la pierre-génie. À mon retour, j’allais m’en retourner quand un Cambodgien nommé Thach Vong qui m’accompagnait, me demanda la permission d’adresser une requête à l’idole. Je le vis alors, s’abîmer dans un long conciliabule avec la pierre. Il lui parlait à voix basse, accompagnant ses paroles de gestes persuasifs. Il expliquait au neak ta que lui, Thach Vong, était pauvre et qu’il avait faim, tandis que l’esprit puissant entouré de la crainte et de la vénération publique, était abondamment pourvu. Il lui demandait donc, bien humblement, de le prendre en pitié et de l’admettre à partager le festin que des hommes généreux venaient d’offrir. J’imagine que l’esprit se laissa aisément convaincre, car Thach Vong ayant bu l’alcool, rompit les pattes et le cou du canard, les laissa en partager au génie et fort dévotement, mit tout le reste sous bras.

Ces histoires de neak ta, nous montrent combien ces bons Cambodgiens sont des âmes simples, à l’égal du reste, du plus grand nombre des paysans annamites, qui ne demandent qu’à cultiver leur terre, dans la paix. Les uns et les autres sont également dignes de sympathie et de sollicitude, et lorsqu’on a partagé leur existence modeste, bu du thé sur la même natte, prêté une oreille complaisante à leurs propos naïfs, on s’aperçoit alors, qu’ils sont très proches de nous, et que leur accueil ressemble étonnement, à celui de nos campagnes de France, où l’on n’oppose pas délibérément, une méfiance hostile à l’étranger.

Que de fois, il m’est arrivé, parcourant à pied, à cheval, en charrette ou en sampan, les provinces de la Cochinchine, d’accepter la franche hospitalité des pagodes cambodgiennes. L’on s’empressait de m’apporter quelques noix de coco, pour étancher ma soif, tandis que j’offrais en retour des bâtonnets d’encens ou un paquet de thé. Dans la maison de repos des hôtes, on étendait une natte et, dans les heures chaudes de la journée, au cœur de la saison sèche, quand l’air est pur et léger, je ne connais pas d’impression plus sereine que celle de s’étendre sur les claies de bambou de ces maisons sur pilotis, tandis que les bonzes en robe safran passent silencieusement dans les cours et qu’un vent espiègle murmure, dans les hautes touffes des cocotiers.

Mais souvent, j’arrivais à une heure où l’école de la pagode bruissait du murmure des jeunes enfants et cela me conduit tout naturellement, à évoquait ici, le problème de l’enseignement qui se pose sous un aspect grave, pour la minorité cambodgienne de Cochinchine. Celle-ci forme un ensemble homogène, par sa langue, sa religion, ses coutumes, ses traditions. Attachée à sauvegarder ses usages, elle répugne à envoyer ses enfants à l’école franco-annamite et ne dispose que très rarement, d’écoles franco-khmères.

On a essayé jusqu’ici, de résoudre la difficulté, en favorisant le développement de l’enseignement traditionnel, dans les écoles de pagodes. Celles-ci sont trois types. Les unes sont indépendantes et, de ce fait, échappant entièrement à notre contrôle. On en comptait 95 en 1944, réunissant 1068 élèves. D’autres sont subventionnées. Il y en avait 20, au début de 1945, avec 571 élèves. Enfin, depuis quinze ans, l’on s’est attaché à multiplier le nombre des écoles de pagode dites « rénovée », où l’enseignement est donné par des bonzes, qui ont suivi un stage de perfectionnement, à Phnom-Penh, à Trâ-vinh ou à Sôc-trang et qu’on s’efforce de conseiller, autant que le permet le droit de regard que l’on peut s’attribuer, sur des établissements de caractère presque exclusivement religieux. Le nombre des écoles de ce type a passé de 37 en 1930n à 90 en 1935, et à 209 en 1944. Celui des élèves s’est élevé progressivement, de 1524 en 1930, à 7274 en 1944, parmi lesquels on comptait 1093 filles, jusqu’ici traditionnellement écartées du bénéfice de l’instruction. Dans le même temps, le nombre des écoles officielles franco-khmères n’a pas dépassé le nombre de 19 avec 30 maîtres seulement.

Il y a là un problème qui doit retenir l’attention. Quel que soit le soin que l’on ait apporté à la formation des bonzes-instituteurs, la création des écoles de pagodes, fussent-elles rénovées, n’est qu’un moyen de fortune, qui ne saurait remplacer un enseignement de type normal à deux cycles, l’un élémentaire, où le véhicule de l’enseignement peut demeurer le Cambodgien, l’autre complémentaire avec initiation à la connaissance du français. Mais l’on heurte à la question difficile du recrutement des instituteurs et tous les efforts entrepris, pour la pénétration scolaire, dans les pays cambodgiens, sont paralysés par cette insuffisance numérique et qualitative du personnel. J’avancerai donc encore ici, un vœu en faveur des Cambodgiens de Cochinchine. C’est que le nombre des écoles élémentaires et complémentaires franco-khmères soit rapidement accru, de façon à former des sujets pourvus du certificat d’études, aptes, les uns à devenir instituteurs auxiliaires, les autres à fournir un premier contingent d’élèves-maîtres, dans des Ecoles Normales, auxquelles, il faudra bien revenir, si l’on entend rompre décidément avec la politique d’enseignement primaire au rabais, qui a été suivie en Indochine, depuis la crise économique de 1929-1933.

Ce problème s ne touche pas seulement, à l’obligation d’accorder à l’enfant cambodgien de Cochinchine, le niveau d’instruction primaire auquel, il a droit. Il englobe, aussi, la grave question du recrutement d’une élite. Dans la minorité khmère du Bas-Mékong, comme du reste dans l’ensemble du cambodge, le fait qui saisit l’observateur, c’est que cette société privée, en dehors du clergé, d’une classe véritablement dirigeante. Dans le vieux royaume khmer, ce sont souvent des Annamites qui fournissent le contingent des fonctionnaires de l’administration ou qui occupent les professions libérales, et cette situation, dont les Cambodgiens sont les premiers à s’alarmer, sans beaucoup réagir, semble avoir des origines très lointaines. Il est remarquable, en effet, que la décadence de ce pays ait coïncidé avec l’époque où se produisaient dans l’Inde, les invasions musulmanes. À partir du moment où le Cambodge fut privé de l’encadrement que lui apportait, semble-t-il, des brahmanes, sa déchéance commença. Il y a quelques raisons de penser que des causes ayant tari le recrutement d’une élite, produisirent les mêmes effets, dans l’ancien Fou-Nan, et l’on a vu les Siamois s’opposer plus récemment, au relèvement de la nation cambodgienne, en massacrant lors de leurs incursions, les classes dirigeantes ou en les emmenant en captivité.

Quoi qu’il en soit, l’œuvre urgente, l’œuvre nécessaire, c’est d’accorder à la minorité cambodgienne de Cochinchine, les moyens de sauvegarder sa personnalité, en créant pour elle, des écoles, et surtout, en rompant avec l’habitude de la portion congrue, qui consistait à donner à des instituteurs cambodgiens communaux, des salaires dérisoires, comme c’était le cas en Cochinchine, en 1943, où des maîtres recrutés à grand peine, recevaient pour prix de leur activité professionnelle, toutes indemnités comprises, vingt et une piastres par mois.

Le problème de la pénétration scolaire, dans cette minorité, n’est pas le seul qui soit digne de requérir notre bonne volonté, mais il est d’un importance capitale, car tous les autres dérivent de l’ignorance où le paysan khmer se trouve de ses droits. Très attaché à sa terre, il n’est pas armé, pour défendre son patrimoine, et devient souvent la victime d’incroyables spoliations. Ses bonzes qui sont ses tuteurs naturels et qui l’ont maintenu dans la voie d’une magnifique élévations morale, demeurent étroitement attachés, à la tradition et sans lumières sur les obligations et les rigueurs de l’existence moderne. Les achars, vieillards respectés que l’on consulte dans les occasions difficiles, ne sont, eux non plus, que de fort braves gens, attachés à la coutume non écrite et dénués de ressources, devant les impitoyables nécessités d’une organisation sociale, où la bonne foi des faibles est exposée à de rudes assauts.

Le contact de deux populations, l’une active et entreprenante, l’autre apathique et traditionaliste, produit quotidiennement des abus, que notre pays ne saurait couvrir de son indifférence, et qui relèvent, semble-t-il au premier chef, de la mission d’arbitrage fédéral qui lui est dévolue en Indochine. Je connais une agglomération de la province de Long-xuyén, où la fusion du village cambodgien avec un village annamite, mesure décidée sans précaution, par l’autorité administrative, a eu pour résultat de déposséder entièrement le premier de ses terres communales, au profit du second qui était pauvre, en sorte que l’école de celui-ci est devenue florissante, tandis que l’école de celui-là végète désormais, faute de ressources. Je citerai aussi, un hameau cambodgien de la province de Rach-gia, établi loin des routes et canaux, dont les habitants connurent un jour, par moi, avec stupeur, qu’ils n’étaient plus propriétaires de leurs terrains d’habitation, ceux-ci ayant été incorporés au Domaine public, parce que n’ayant aucun titre régulier ou n’ayant pas été informés du sens des opérations de bornage, ils ne s’étaient pas présentés devant les commissions cadastrales.

Faut-il s’étonner si, devant ce qu’ils considèrent comme mesures arbitraires, les Cambodgiens abandonnent, parfois en masse, certains villages, pour fuir l’injustice et spoliation. Des créanciers annamites ou chinois font signer à des paysans khmers illettrés, des actes léonins qui aboutissent, à brève échéance, à la dépossession totale du débiteur. Le mal était devenu si manifeste, et l’usure si coutumière de semblables expropriations, que l’administration française dut s’en alarmer. En 1937, le visa de l’enregistrement fut déclaré obligatoire pour les billets de dettes, avec signature conjointe du débiteur et du créancier. A Trâ-vinh, il apparut même nécessaire, d’exiger leur présence, lors de l’inscription des hypothèques sur les registres fonciers. 
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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 12:51

Lettre de Samdech Sihanouk, datée le 23 Juin 1993, adressée à Son fils, le prince Norodom Ranariddh pour demander au dernier d’accepter d’être le Vice-Président n°1 du Gouvernement National du Cambodge (Gouvernement bicéphale), formé et présidé par lui.

                                                                S.A.R. le Prince NORODOM RANARIDDH 

    Président du FUNCINPEC et Membres du CNS.

Mon bien-aimé Fils,

Papa sollicite Votre filiale indulgence et Votre noble compréhension à son égard. Même dans mon plus récent FAX, je vous ai dit je n’accepterai pas de former et présider un Gouvernement bipartite FUNCINPEC-PPC, car cela ne donnerait que des avantages à ce dernier (PPC) sans améliorer pour autant la situation de notre pauvre Cambodge et son infortuné peuple. Or, d’après les derniers renseignements venus de sources sûres, les extrémistes du PPC (SOC) ont déjà « mis en place » un peu partout dans les villes et zones SOC des « équipes militaros-policières » spécialisées dans « l’art » de s’attaquer aux Funcinpécistes connus et un petit peuple funcinpéciste en les plongeant dans un bain de sang, sachant que l’ANKD est trop petite pour défendre les futures et innocentes victimes.

Lors de l’audiance de 11h30, aujourd’hui, S.E. HUN SEN m’a dit que des « confrontations violentes » avaient déjà commencé dans Kampot (hier) et aujourd’hui dans d’autres provinces, y compris Kampong Cham. À cet égard, Papa vous avoue qu’il a peur de 2 choses primo- la terrible nouvelle souffrance du FUNCINPEC et notre petit peuple, et secundo – une détérioration tragique et irréversible de la situation « out of control » de notre Cambodge, tandis que l’innocent et victorieux (en termes électoraux) FUNCINPEC ne pourra pas se permettre d’appeler les Khmers Rouges à son secours (en effet, si le FUNCINPEC accepte d’être aidé par les Khmers Rouges dans sa lutte (défensive) anti-SOC, les puissances étrangères auraient beau jeu de soutenir le SOC contre FUNCINPEC.

Papa se voit obligé, après reçu de S.E. CHEA SIM et S.E. HUN SEN une nouvelle requête verbale (ce matin à 11h30), de former et présider le GNC (Gouvernement National du Cambodge) –appellation donnée par Papa à notre nouveau gouvernement –(obligé) de dire « OUI ».

Vous avez bien voulu accorder à Papa Votre soutien inconditionnel. Papa s’est donc permis d’en user pour dire « Oui ». Ainsi, nous pouvons éviter un bain de sang trop probable tout en donnant, pour la première fois depuis vingt ans un nouvel ESPOIR de renaissance à notre Peuple et notre Nation et tout en sauvegarder les acquis si mérités du FUNCINPEC (je pense surtout à notre victoire historique voulue par notre Peuple et qui vous placera, au sein du GNC et de l’Assemblée Constituante-Nationale, dans une position dominante, en dépit de « l’égalité » de traitement que je suis obligé (pour la PAIX) d’accorder aux 2 grands Partis (1 Vice-Président FUNCINPEC, 1 Vice-Président PPC, et 2 Co-Ministres pour chaque Ministère, l’idée des Co-Ministres est de Papa).

Papa va vous envoyer dans quelques minutes le texte intégral en Français de son « Rapport au peuple ». Si Vous le voulez bien. Vous pouvez le faire diffuser à 17h30.

Vous pourriez également le faire traduire en Khmer. La traduction officielle en khmer par S.E. Truong Mealy parviendra plus tard.

Papa est très fier et extrêmement heureux de Vous avoir comme son Bras-Droit (Vous êtes mon Vice-Président      N°1).

Papa espère acquérir Votre approbation et Votre total soutien et Vous embrasse avec sa plus profonde affection et sa très haute considération.

 

                                                                NORODOM SIHANOUK

 Phnom-Penh, le 3 Juin 1993.

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 06:21

Rencontre du prince Norodom Sihanouk et M. Hun Sen, des 2 et 3 décembre 1987, à Fère-en-Tardenois (France).

Transcription non officieuse.

Ce document a été écrit à la main par le prince Sihanouk sous forme de « Compte-Rendu Succinct » de ses conversations  « Sihanouk-Hun Sen ». Cette audience a duré 5 heures (de 10 heures à 15 heures). Deux heures après la conversation, le prince a communiqué ce Compte-Rendu à la presse.

Les participants :

Le prince Sihanouk a été assisté par la reine Monique Sihanouk et le prince Norodom Ranariddh.

L’Hôellerie du Château de Fère-en-Tardenois, en France.

M. Hun Sen a été par Mrs. Dith Munty et Cham Prasidh.

La journée du 2 décembre 1987 :

Note pour la presse.

Voici quelques paroles de M. Hun Sen et quelques paroles de Norodom Sihanouk lors de leur entrevue en date de ce 2 décembre 1987.

Hun Sen a dit, entre autre, ceci :

Quelle est l’origine de ce conflit qui, depuis Mars 1970 jusqu’à maintenant, fait le malheur du peuple khmer ?

Sous le leadership de Samdech (Monseigneur) Sihanouk notre peuple khmer avait bénéficié de 16 années de paix, de bonheur et de progrès dans le cadre de l’édification nationale.

La clique de Lon Nol, le 18 Mars 1970, a injustement renversé Samdech Sihanouk et a délibérément plongé notre Kampuchea dans les feux de la guerre d’agression de l’Impérialisme U.S. Tous nos malheurs viennent de là.

Et ces malheurs ont atteint leur paroxysme sous le régime de Pol Pot, un régime pire que celui de Hitler, un régime d’une cruauté sans équivalent dans l’histoire de l’Humanité.

Ainsi, tous les sacrifices que notre Résistance nationale (F.U.N.K. avec Samdech Sihanouk comme Président) avait fait entre le 18 Mars 1970 et 17 Avril 1975 pour vaincre l’Impérialisme U.S. et ses valets n’ont servi à rien, sinon à amener Pol Pot et sa clique au pouvoir avec les funestes conséquences qu’on sait.

Le régime de Lon Nol et celui de Pol Pot sont, par conséquent, responsables des indicibles malheurs de notre peuple et du Kampuchea depuis 17 ans et conflit actuel.

Si le Kampuchea était resté sous le leadership de Samdech Sihanouk entre le 18 Mars 1970 et cette année 1987, notre pays aurait fait d’énorme progrès dans tous les domaines de notre édification nationale, nous serions devenus une nation développée, prospère, ô combien heureuse !

Mais laissés à nous-mêmes, sans le leadership de Samdech Sihanouk, notre peuple et nous (Hun Sen, etc.) fûmes obligés de lutter seuls contre Pol Pot et ses complices (Ieng Sary, etc.).

Notre résistance contre Pol Pot ne date pas de 1978. Dans certaines régions du Cambodge, nous commençâmes la lutte depuis fin 1973, depuis 1974. Nos camarades dans d’autres régions du Kampuchea décidèrent de lutter contre Pol Pot en 1975, 1976, 1977. Hélas, jusqu’en 1977, nous ne fûmes libérer notre peuple martyrisé par Pol Pot, lequel possédait une grande armée de 23 divisions et 180  000 hommes.

Avant de se décider à venir au secours de notre peuple martyrisé et ruiné par Pol Pot, le Vietnam avait continué d’entretenir des relations amicales avec le Kampuchea Démocratique. Mais en 1978, la R.S. du Vietnam dut se rendra à l’évidence : le régime de génocide du peuple khmer dont Pol Pot était le Chef était insoutenable.

La RSV dut répondre à l’appel désespéré « à son secours » de notre peuple khmer.

Certains de nos ennemis nous ont accusés « d’aliéner l’indépendance du Cambodge au profit du Vietnam ».

Cette accusation est injuste. Nous sommes, comme vous, Samdech, pour un Cambodge indépendance à 100%. Mais fallait-il, pour cela, sacrifier notre peuple martyr et permettre à Pol Pot de l’exterminer ?

Et puis, à part le Vietnam, qui ou quel pays accepterait ou était désireux de venir au secours du peuple khmer en danger d’extermination ? Personne d’entre tous ceux qui prétendaient avoir de la compassion pour le Kampuchea et son peuple ne levait le petit doigt pour menacer Pol Pot. Bien au contraire, ceux-là continuaient à entretenir les meilleures relations avec Pol Pot et son « Kampuchea Démocratique ».

Nous n’eûmes pas le choix : il n’y avait que le Vietnam socialiste pour sauver notre peuple. Le Vietnam l’a fait.

Mais je (Hun Sen) peux vous assurer, Samdech, que les troupes vietnamiennes quitteront, toutes, le Cambodge, au plus tard en 1990. De la part de la RSV, il s’agit d’une décision irréversible.

Cependant, si nous, Khmers, arrivons à réaliser la réconciliation nationale et à résoudre entre Khmers le problème du Kampuchea avant 1990, c’est-à-dire en 1988 ou 1989, le retrait total des troupes vietnamiennes du Cambodge s’effectuera ipso facto la même année soit en 1988 ou 1989.

Je (Hun Sen) partage entièrement l’avis de Samdech en ce qui concerne la nécessité d’avoir la faction de M. Khieu Samphan et celle de M. Son Sann avec nos deux parties pour que soit convenable un « Cocktail party » à Jakarta ou ailleurs. Si les 4 factions khmères ne sont pas au complet à ce « Cocktail party », ce dernier n’aurait pas de sens et il ne nous resterait que la continuation de nos efforts bipartites (RPK et FUNCINPEC) pour faire progresser la recherche d’une solution équitable au problème du Kampuchea.

N. SIHANOUK a dit, entre autre, ceci :

Vous (Hun Sen) m’offrez un « haut poste » à Phnom-Penh (RPK). Veuillez m’excuser de ne pouvoir l’accepter. Je ne rentrerai à Phnom-Penh que pour présider un gouvernement quadripartite (FUNCINPEC, PKD, FNLPK, RPK) dans le cadre d’un nouvel Etat cambodgien, l’Etat du Cambodge (avec un système politique, économique, etc. très proche de celui de la France), un Cambodge qui serait ni « Populaire », « Démocratique », ni communiste, ni socialiste, mais dont le système politique sera parlementaire « à la Française » et multi-parti (comportant un ou des partis communistes à côté de partis non-communistes), un Cambodge indépendant à 100%, un Cambodge sans troupes étrangères sur son sol, un Cambodge neutralisé sous contrôle international.

Je (Sihanouk) m’intéresse à d’éventuelles discussions sur le Cambodge avec « Moscou » et « Hanoï ». Mais je ne me rendrai pas à Moscou ou à Hanoï avant la visite à ma résidence (Fère-en-Tardenois) d’un haut personnage soviétique ou vietnamien.

Notre Cambodge et son peuple sont victimes de la haine qui dresse l’un contre l’autre le Vietnam et la Chine et la méfiance mutuelle qui caractérise encore les relations entre RPC et URSS.

Vous (M. Hun Sen) et moi (Sihanouk) devons déployer dès maintenant beaucoup d’efforts pour amener ces grands amis du peuple khmer (RPC, URSS et RSV) à mettre fin le plus tôt possible à leur dispute, à leurs malentendus. Il ne suffit pas de travailler pour amener à « notre table » M. Samphan et M. Son Sann. Il faut, je le répète, que vous (Hun Sen) et moi (Sihanouk) fassions ensemble des démarches auprès de la Chine, de l’URSS et du Vietnam pour les supplier de cesser leur dispute sur le dos du Cambodge. Seul le retour de la RPC, de l’URSS et de la RSV, ensemble, à l’amitié entre elles pourra mettre fin à nos misères.

Ceci dit, il ne faut pas négliger la question de nos relations avec la Thaïlande et avec les USA.

Je félicite le régime de Phnom-Penh et la RSV de chercher à améliorer leurs relations avec les USA, par exemple à travers la question des « M.I.A. ».

Le future « État du Cambodge » se portera d’autant mieux, pour le grand plus grand bien de notre peuple khmer, qu’il s’attachera à être l’ami loyal de tous les pays du monde, en particulier avec ses 2 grands voisins (Thaïlande et Vietnam) et avec les 3 « super-puissances » : URSS, USA et RPC.

Nous continuons à faire le malheur de notre peuple et de notre Patrie si nous continuons à être « avec » l’URSS et le Vietnam « contre » la RP de Chine, ou « avec » l’URSS « contre » les USA, oui « avec » les USA « contre » le Vietnam.

Notre paix, notre survie en tant que Khmers et Cambodge seront assurées le jour où nos 4 factions khmères, d’un commun accord, choisiront une fois pour toutes d’être les amies, bonnes et loyales, à la fois de la RPC, de l’URSS, de la RSV et du Royaume de Thaïlande.

Post-Scriptum :

À une question de N.Sihanouk, M. Hun Sen a répondu que sa « RPK » et ses alliés (URSS et RSV) rejetteront toujours les « Résolutions de l’ONU sur la situation au Kampuchea » et que la « RPK » accepte la proposition de N.S. d’une Conférence Internationale de type « Genève 1954 » - « Genève 1961 ». N.S. propose que l’Inde soit de nouveau Présidente de la C.I.C. après une « 3e Conférence Internationale de Genève ».

Journée du 3 Décembre 1987 :  

Pour la Presse :

Résumé de l’entretien, en date du 3 Décembre 1987, entre Norodom Sihanouk et M. Hun Sen.

N.S. (Sihanouk). – Lors de notre rencontre d’hier (2 Décembre 1987) j’ai eu l’honneur de vous faire connaître, ainsi qu’à votre « gouvernement » à Phnom-Penh, que le G.C.K.D. (FUNCINPEC- PKD – FNLPK) considère et considérera toujours comme nuls et non-avenus les accords et traités (en particulier, ceux concernant les frontières et îles côtières du Cambodge) signés par vous (régime de Phnompenh appelé « République Populaire du Kampuchea ») avec la R.S. du Vietnam. Si un jour, l’État du Cambodge est fondé et le gouvernement quadripartite (FUNCINPEC – PKD – FNLPK- RPK) est formé sous ma Présidence, ce gouvernement quadripartite devra confirmer officiellement que tous les accords et traités signés par la « République Populaire du Kampuchea avec la R.S. du Vietnam sont totalement rejetés et nuls et non-avenus.

Ceci dit, j’ai quelques autres questions à vous présenter.

Je commence par celle des réfugiés khmers se trouvant actuellement en Thaïlande.

Personnellement, je pense que chacun, chacune de ces réfugiés doivent recouvrer son droit à l’auto-détermination, un droit sacré reconnu à tout être humain par la déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Ceux et celles des réfugiés khmers en Thaïlande qui, librement, choisissent de rentrer au Cambodge, doivent avoir le droit de le faire sans que les Khmers Rouges, les Khmers Bleus et autres aient le droit de s’y opposer.

Mais, du côté de votre régime (Phnom-Penh), il faut que vous donniez au Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), etc. et à moi-même l’assurance formelle que les réfugiés khmers actuellement en Thaïlande – je parle de ceux et celles d’entre réfugiés khmers qui, par un moyen ou un autre, auront réussi à quitter les camps « site 2 », « site 8 », etc. pour revenir au Cambodge, ne seront, en aucun cas, inquiétés par votre régime ou par vos protecteurs vietnamiens.

HUN SEN. – Je donne, au nom de mon gouvernement, à Samdech l’assurance formelle que nous ne leur ferons aucun mal et que, bien au contraire, nous leur donnerons toutes les facilités pour qu’ils puissent se réinstaller dans les meilleures conditions possibles chez nous et vivre dans la liberté dans leurs villes, leurs villages, leurs provinces. Nous n’avons aucun intérêt à les maltraiter.

Une deuxième question : celle des Droits de l’Homme. AMNESTY INTERNATIONAL London, dans ses « Rapports » annuels, signale d’innombrables cas de violations (extrêmement graves) des Droits de l’Homme à l’encontre de notre innocent peuple khmer, violations commises par votre régime et par l’armée vietnamienne occupant le Cambodge. Je demande à votre « R.P.K.) de cesser de martyriser ainsi notre peuple.

HUN SEN. – Je vous jure, Samdech, que nous (R.P.K.) ( et il est de même de nos amis vietnamiens au Cambodge) n’avons commis aucun des crimes qu’AMNESTY INTERNATIONAL et autres nous accusent d’avoir commis sur la personne de notre peuple. Si nous l’avons libéré du Polpotisme ce n’est certes pas pour qu’il revive les horreurs du « règne » de Pol Pot. Il est vrai que notre État possède des prisons. Mais quel État, dans le monde, n’a pas en son sein des prisons ?

En la R.P.K., il n’y a ni torture ni mauvais traitement des prisonniers et autres comme au temps de Pol Pot.

N. SIHANOUK. – Maintenant, permettez-moi d’aborder la question du sauvetage d’Angkor, c’est-à-dire des temples et autres monuments dans la région de Siemreap – Angkor. Je sais que l’Inde et un ou deux autres pays – vos amis sont en train d’essayer de sauver Angkor Vatt. Mais l’Inde et ces autres pays vos amis n’ont et n’auront pas des moyens suffisants pour sauver Angkor. Et quand je dis « Angkor », je pense non seulement à Angkor Vatt mais aussi à Angkor Thom (le Bayon), Bakhèng, Preah Khan, Ta Prohm, Bantey Srei, etc. qui sont un patrimoine sans prix de l’Humanité. Tout ANGKOR est actuellement en danger de mort. Il faut nous dépêcher de le sauver alors qu’il est déjà « presque trop tard ».

Le seul moyen de le sauver ne saurait être que celui-ci : neutralisation et démilitarisation de la région d’Angkor, appel à l’aide (aides financières, technique, matérielle, scientifique) de tous les pays riches (en particulier l’Europe occidentale, les USA, le Japon), de l’ONU, de l’UNESCO, de l’Ecole Française d’Extrême-Orient.

HUN SEN. – Nous (RPK) ne pouvons laisser neutraliser et démilitariser la région d’Angkor.

N. SIHANOUK. – Tout au moins sur ce « chapitre » -là, vous (RPK) ressemblez aux Khmers Rouges (PKD).

 

COMMUNIQUE CONJOINT

 

Animés par le désir commun de mettre un terme au conflit kampuchéen par des moyens pacifiques et de parvenir à la réconciliation nationale, S.A.R. Samdech NORODOM SIHANOUK et S.Exc. M. HUN SEN se sont rencontrés du 2 au 4 Décembre 1987 à Fère-en-Tardenois (France).

 Lors de cette rencontre historique, les deux parties ont abouti aux accords suivants :

1- Le conflit au Kampuchéa doit nécessairement passer par une solution politique.

2- Le problème kampuchéen doit nécessairement être réglé par le peuple kampuchéen lui-même par le biais des négociations entre toutes les parties en conflit afin de mettre un terme à la guerre, à l’effusion de sang, et pour reconstruire un Kampuchéa pacifique, indépendant, démocratique, souverain, neutre et non-aligné.

3- Dès qu’un accord sera réalisé entre les parties kampuchéennes, une conférence internationale sera convoquée pour garantir cet accord, garantir l’indépendance du Kampuchéa, la paix et la stabilité en Asie du Sud-Est.

4- Les deux parties acceptent de se rencontrer à nouveau dans le courant de Janvier 1988 à Fère-en-Tardenois (France).

Les deux parties s’accordent également pour se rencontrer pour la troisième fois au Palais Chhang Sou On de S.A.R. Samdech NORODOM SIHANOUK en République Populaire Démocratique de Corée, à une date qui reste à fixer.

Sur la base de l’accord suscité, et dans l’intérêt suprême de la nation kampuchéenne, les deux parties invitent les autres parties kampuchéennes à les rejoindre à la table de négociationafin de parvenir à une solution rapide au problème kampuchéen, contribuant ainsi à la paix et à la stabilité en Asie du Sud-Est.

 

Fait à Fère-en-Tardenois, le 4 Décembre 1987

 

 

S.A.R. Samdech NORODOM SIHANOUK                                                   S. Exc. M. HUN SEN                                                                                    

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 18:56

Cette déclaration a été faite en langue cambodgienne.

Traduction officieuse

Déclaration du Général Non Nol, le 18 Mars 1970

Vénérables des deux ordres respectés,

Chers compatriotes,

 

Nos ennemis ont prétendu le 16 mars 1970 que les récentes manifestations populaires spontanées étaient un coup d’État qui a subi un échec total, ce qui veut dire qu’il ne fallait pas, d’après eux, réagir unanimement contre les agressions des Vietnamiens. Or la réalité est tout autre, nos ennemis voulant à toux prix interpréter cette volontaire populaire clairement exprimée comme une trahison pure et simple. En même temps, ces Vietnamiens, qui ont gagné la première phase de leur subversion, rejettent sur nous la responsabilité de cette affaire, et prétendant que certains de nos compatriotes veulent encore attaquer leur ambassade, et que d’autres ambassades – d’URSS, de Chine, voir même de France – pourraient être victimes du même geste. Ceci n’est qu’une manœuvre subversion destinée à mettre en cause le Gouvernement de Sauvetage afin de poursuivre leur entreprise de sape. Plus sournois encore, ces Vietnamiens et leurs valets, traîtres à la patrie, dépensent sans compter pour « acheter » des gens qui acceptent de suivre leur politique, des gens qui sont chargés de faire de la fausse propagande, pour le but bien évident de dresser les Khmers entre eux ; ils distribuent partout des tracts, bref, ils sèment la confusion et la terreur. C’est donc pour éviter les troubles qui pourraient être provoqués par cette campagne de propagande systématique de nos ennemis que notre ministre de l’Intérieur a fait remplacer ce matin même le commissaire central.

Cher compatriotes,

Ne perdez pas de sang-froid en ces graves circonstances, car toute négligence de votre part, pourrait amener la mort de la Nation. Faites face à cette situation avec courage et discipline, et évitez autant que possible l’effusion de sang. Soyez vigilants et soutenez de tout cœur le Gouvernement pour redresser la situation de notre pays. La conjonction actuelle oblige le Gouvernement de Sauvetage, qui est responsable de la destinée du pays et qui a obtenu, pour cela, le soutien total du Parlement, à prendre des mesures qui s’imposent, à partir de cette déclaration faite à l’intention de nos compatriotes et de l’opinion internationale : notre pays doit rester toujours khmer, neutre authentique et totalement indépendant.

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Published by Srey Santhor - dans République Khmère
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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 19:45

Un Royaume pour trois Rois ou la guerre civile : Srey Reachea (1433-1485), Srey Soryautey (1471-1485) et Thomma Reachea (1478-1504). (suite du numéro 10)

2. Srey Soryautey (1471-1485) :

 

Revenons au prince Srey Soryautey, après sa retraite à Basane, ses généraux lui suggèrent de sacrer roi, parce qu’il fût le prince héritier. Après la mort du Noray Reachea, son père, il aurait dû prendre la succession du trône, mais le Conseil de couronne en avait décidé autrement. Cette décision était vue par les partisans du prince comme une décision illégale. Srey Reachea, le roi actuel, n’était donc à ses yeux qu’un roi usurpateur. Srey Soryautey acquiesça cette proposition. En 1471, le prince fut proclamé Roi, à l’âge de 26 ans, par ses généraux et les hauts dignitaires de sa Cour et porta le nom de sacre Preah Angkir Prean Srey Soryautey Reachea Thireach Rama Baromapith.

Après son couronnement, le Roi nomma les nouveaux gouverneurs de provinces sous son contrôle : Siem Bauk, Sambok Sambor, Kratie, Chlaung, Tchaug, Basane, Torteung Khay, Prey Veng, Baphnom, Romdoul, Svay Tirp, Rung Damrey, Prey Nokor, Long Hor, Cheûk Badek, jusqu'à la frontière du Champa, c’est-à-dire la partie nord-est du Cambodge actuel et celles du nord et du centre de la cochinchine.

Revenons au Krong Chatomouk. Ayant appris le sacre du prince Srey Soryautey à Basane, les partisans de Thomma Reachea, demandèrent à leur prince de faire autant que son oncle, mais, celui-ci y refusa disant qu’il préférait plutôt porter le titre de « Protecteur » que celui du roi. Les provinces sous son contrôle étaient : Samrong Taug, Bati, Leuk Dek, Trâng, Bantey Meas, Thporg, Bassac, Bavîr, Pêam, Koh Slaketh, (Leuk Dek d’aujourd’hui), Kampot, Kompong Som, Preah Trapeang, Kramuôn Sâr, Daung Nay, jusqu’à la mer, c’est-à-dire toute la partie sud-ouest, sud-est du Cambodge actuel et la partie sud de la Cochinchine actuel.

Nous allons maintenant parler du Srok Youn (le Vietnam d’aujourd’hui). Le Champa et le Srok Youn étaient en guerre depuis fort longtemps. Ensuite le Champa eut perdu la guerre, le Roi Yaun nomma un des princes du Champa, roi de ce pays et le plaça sous sa suzeraineté.

* Je renvoie les lecteurs à l’article sur l’histoire du Champa.

Note : le mot Youn vient du mot Pali, Yavana (étranger, barbare). Il faut noter que la langue khmère est influencée par celles de « Sanscrit » et de « Pali ». Les Cambodgiens utilisent le mot Youn pour désigner les Vietnamiens, comme étranger et aussi bien barbare. 

Le sanskrit (nom local : saskr̥tam) est une langue indo-européenne, de la famille indo iranienne, autrefois parlée dans les sous contient indien. Certains mots sont encore utilisés par certaines familles de brahmanes et certaines écoles spiritualistes. Il faut considérer le sanskrit, non comme une langue d'un peuple, mais comme une langue de culture qui a toujours été l'apanage d'une élite sociale, du moins depuis l'Antiquité. C'est notamment celle des textes religieux hindous et, à ce titre, elle continue d'être utilisée, à la manière du latin aux siècles passés en Occident, comme langue culturelle, et véhiculaire (un recensement de 1981 indique qu'il y aurait encore environ 6 100 locuteurs ; en 1961, à peu près 194 400 personnes disaient l'utiliser comme langue secondaire). C'est d'ailleurs l'une des langues officielles de l'Inde.

Pali : est aussi une langue indo-européenne, de la famille indo-iranienne. Les premiers textes bouddhiques, Tipitaka, sont conservés dans cette langue, qui est utilisée encore aujourd'hui comme langue liturgique dans le bouddhisme théravada en Sri Lanka, Birmanie, Thaïlande, Cambodge et Laos.  

En 1472, Il y eut un Roi Cham, nommé Chao Raing Lak ou Baur Thoun, étant mécontent de la domination Youn, lança le révolte pour l’indépendance de son pays. Il ressembla un million hommes pour faire la guerre contre le Souverain Youn, nommé Lê Châch Tong. Mais, les offensives militaires des Chams furent vaines. Vu le danger, le Roi Cham envoya aussitôt un ambassadeur pour solliciter l’aide de Srey Soryautey. Celui-ci ne donna pas suite à cette requête, disant que son pays était aussi en guerre. Il n’avait pas donc les moyens pour porter secours à l’armée du Champa. Ainsi, l’armée de ce pays fut battue par celle des youn. Le Roi Cham fut déporté au Srok Youn. Les provinces conquises furent immédiatement annexées par les vainqueurs et quelques autres provinces, étaient placées sous le contrôle des mandarins youn avec à la tête un souverain cham sans pouvoir, nommé par le roi youn. Cependant, il y eut un grand nombre de la population Cham, y compris certains membres de la famille royale se réfugièrent au Kampuchea. Parmi ces réfugiés, il y eut des Chams, qui décidèrent de poursuivre leur chemin vers le nord, aux pays des Stiengs et Rodès, parce qu’ils eurent peur d’être poursuivis par les Youn jusqu’au Kampuchea.

Revenons à Srey Reachea. Il fit une demande par lettre à son frère, Thomma Reachea, pour qu’il lui envoyât l’épée royale et le sabre de combat, en métal pur, lequel était utilisé par le roi sur sa monture de guerre. Thomma Reachea ne céda pas à cette demande, parce qu’il pensait que ces deux objets faisaient parties des éléments du sacre royal. En revanche, il envoya à son frère, un gilet de protection en cuire du port et deux casques métalliques, ce qui mit ce dernier au comble de la fureur, disant que son frère se moqua de lui, parce que ce gilet est déjà démodé. Srey Reachea ordonna à ses dignitaires de réitérer sa demande en vain auprès de son frère.

3. Thomma Reachea (1478-1504).

 

Revenons au Krong Chatomouk, les partisans du prince Thomma Reachea réitérèrent la demande à leur prince de couronner roi pour qu’il se mettait au même statut que son frère et son neveu. Cette fois-ci, celui-ci en accepta. En 1478, à l’âge de 26 ans, Thomma Reache fut proclamé roi par les généraux et dignitaires de sa Cour au Krong Chatomouk. Il porta le nom de sacre, Preah Bat Samdech Preah Angkir Preah Thomma Reachea Moha Chakrapath. Il éleva sa première dame au rang de reine. Celle-ci porta le nom de sacre, Samdech Preah Phakavatey Sérey Tepi Neary Chakrapath. En 1479, la reine donna au roi un fils, nommé Ponhea Damkath Rechea. Quant au Srey Reachea, il avait aussi un fils, nommé Ponhea Ong Reachea.

Cette année, il y eut un tremblement de terre. La secousse durait pendant cinq heures. C’était un phénomène exceptionnel pour le pays. 

Cette nouvelle de couronnement de Thomma Reachea parvint à Srey Reachea. Il convoqua ses généraux pour les donner l’ordre d’attaquer Krong Chatomouk. Au même moment, il apprit que son neveu eut envoyé une armée pour attaquer ses garnisons dans les provinces, Stung Treng et Kompong Siem. Le contre-ordre de Srey Reachea était immédiat : Sa priorité, était d’envoyer les renforts aux deux provinces attaquées. Les batailles duraient plusieurs mois, comme il n’y avait ni vainqueur, ni vaincu, en 1479, l’année du rat, au mois d’avril, les deux rois décidèrent d’arrêter les combats pour se consacrer à la préparation de culture du riz.

La guerre civile entre les trois rois dura pendant dix ans, sans vainqueur, ni vaincu. En revanche cette guerre eut une conséquence catastrophique pour le pays. Pour cette raison, les trois rois se décidèrent de ne plus mener les opérations d’offensive contre les positions des autres. Chacun restait à sa position et régna sur son propre territoire.

Après trois ans de trêve tacite entre les trois souverains, Srey Reachea rompit cette pratique, il lança son armée contre celle de Srey Soryautey, mais sans remporter une victoire décisive. Cette nouvelle guerre, plongea à nouveau le pays dans la pauvreté et l’insécurité totale. On voyait apparaître des bandes d’armées de voleurs qui pillaient les villageois partout dans le royaume et des maladies qui sévissaient la population. Thomma Reachea en compatit et rassembla ses Moha Montrey (Grands dignitaires) et généraux pour leur dire ceci :

« Notre pays d'aujourd'hui est tombé dans les ténèbres. Le peuple souffre depuis fort longtemps de la guerre entre mon frère et mon neveu. En ce qui me concerne, j’avoue que je ne peux pas faire grande chose pour mettre fin à cette situation, parce que notre armée ne soit pas assez forte et nombreuse pour imposer la paix à ces deux belligérantes. Ils ont complètement perdu raison en tant que monarques, et se conduisaient tout le contraire des préceptes bouddhiques ».

Après quoi, il poussa un profond soupir et finalement, dit :

« Je ne vois qu’une solution, laquelle est d’aller solliciter l’aide du Roi du Siam pour régler notre guerre civile d’aujourd’hui. Que pensiez-vous de cette solution ? ».

Rappel : Thomma Reachea fut né de mère Siamoise, Preah Mneang Sisagame. Celle-ci, avant de devenir la première dame du Roi Ponhea Yat, était cousine et première dame du feu prince Indra Koma, prince siamois, couronné par son père, roi du Kampuchea en 1384, après la victoire de l’armée siamoise sur celle des Khmers. Elle était la fille de Khoun Troung Dân Moun, cousin de Ponhea Tekchau Krong Tep, haut dignitaire de la Cour d’Ayuthia (Siam).

Les partisans de Thomma Reachea, acceptèrent la solution proposée. Aussitôt dit, aussitôt fait, le Roi ordonna au Banchang Sara (Banchang = admirable, Sara = lettres, Banchang Sara = l’écrivain admirable), de rédiger une lettre au Roi du Siam dans les termes suivants :
Preah Bat Thomma Reachea, Roi Krong Chatomoul à Samdech Preah Buddhi Chauv Reachea Chakrapâth, roi Moha Krong Tep Srey Ayuthia,

Étant donné qu’actuellement dans mon Royaume, Krong Kampucheathipdei, sévissent le désordre et l’insécurité rendant soucieux les moines, les brahmanes et le petit peuple depuis plus de 10 ans ; étant donné que les rois, Srey Reachea, mon Auguste frère et Srey Soryautey, mon neveu, se donnent tous les plaisirs de faire la guerre pour leur ambition personnelle ; étant donné que la population des diverses provinces du royaume sous leur contrôle se voit pillée par des voleurs de grand chemin, faute d’avoir un souverain stable et fort. Moi, votre Aîné, roi du Krong Chatomouk, tous les Moha Montrey, les Montrey et les généraux de mon Royaume, vous demandent pour que vous veniez nous aider à pacifier notre pays, de protéger la religion, afin que la population puisse être heureux, grâce votre puissance et à vos mérites. Pour vous remercier de vos éventuels services rendus à notre pays, nous vous demandons de bien vouloir accepter de recevoir nos présents suivants : Quatre assiettes en or, quatre cornes de rhinocéros, quatre défenses d'éléphant, quarante Hol (nom d'une soie à motif), quatre Hap d'étoffe de soie (Hap, unité de mesure khmère pour les étoffes, un Hap = 60 Kgs)

Thomma Reachea dépêcha un Moha Montrey (haut dignitaire) khmer avec le message royal et les cadeaux d’usage à la capitale siamoise. Arrivés au Krong Tep, l’envoyé spécial khmer dépêché alla trouver le Ministre du palais qui le conduisit auprès de S.M. Moha Chakrapâth. Celui-ci ordonna qu’on traduisit le message du roi khmer. Ayant entendu le contenu de la missive, le Roi Moha Chakrapâth ordonna au général Ponhea Yauthir Nikar, Commandant en Chef de l’armée de terre d’envoyer 20 000 soldats au Kampucheathidei pour aider Thomma Reachea. L’armée siamoise franchit la frontière khmère par voie maritime pour débarquer à la province de Kampot (Peam et Bantey meas).

Dans le document « Histoire des Rois Khmers », tome III, déposé à la bibliothèque du palais royal sous le n° K 53-3, on écrit ceci :

Ayant appris que Thomma Reachea est né de mère siamoise, Le Roi Moha Chakrapâth était très content, et considéra ce dernier comme membre de la famille royale siamoise. Il convoqua les hauts dignitaires et les généraux pour leur dire ceci :

« Cette nouvelle est une aubaine pour nous, car il y eut quelques années, le Roi Srey Reachea était venu nous attaquer et enlever un grand nombre de notre population pour l’amener dans son pays. La demande d’aide du Roi Thomma Reachea, mon Aîné, nous donnions une occasion de nous venger contre le Roi Srey Reachea et de libérer notre population ».

Approuvé de ses hauts dignitaires, le roi siamois ordonna à un général de l’eau de partir par bateaux au Kampuchea en éclaireur avec 3 000 soldats. L’envoyé spécial khmer faisait partie de ce voyage avec en main un traité militaire pour faire l’approuver par son Souverain (fin du récit dans le document K 53-3). 

Le dimanche du 6 janvier 1485, à 9 heures du matin, le Roi Moha Chakrapâth, mettait son armure de guerre, monta sur le dos de son éléphant, ordonna à son armée de marcher vers le Kampuchea. Les troupes siamoises étaient commandées par 2 généraux de terre, Ponhea Moha Séna Samouhak Kralahom, Commandant en Chef du corps d’expéditionnaire, Chau Ponhea Chakrey Okgna Preah Klam Thipdai, Commandant des troupes de protection des flancs gauche et droite. L’armée siamoise pénétra à l’intérieur du Kampuchea par la province de Battambang.

Revenons au Roi Thomma Reachea, ayant appris l’arrivée de son ambassadeur extraordinaire, il dépêcha de l’accorder une audience royale. Ayant entendu les termes de traité siamois et approuvé de ses ministres, il ordonna au Moha Montrey, chargé des services généraux du Royaume, de commencer à l’installation des 3 000 soldats siamois dans la capitale, puis aux généraux de préparer des troupes pour partir rejoindre l’armée du roi siamois à Kiri Bârribor.

Le jour faste, se plaçant lui-même à la tête d’un millier de fantassins et de centaine de cavaliers, il se dirigea à la rencontre du Souverain siamois. Sur le dos de son éléphant, bien abrité par une triple cuirasse, Thomma Reachea, tint à la main droit un sabre dans un fourreau d’or, symbole du pouvoir martial du souverain, le cornac assis à l’arrière de la monture et un domestique au milieu portant le parasol. Il dirigea son armée jusqu’à Kiri Bârribor. Arrivé à cet endroit, il ordonna à ses troupes de camper pour attendre le roi siamois.

La rencontre entre ces deux souverains se ressemblait telle à une rencontre entre deux frères de sang. Le Souverain siamois s’adressa à son homologue khmer en l’appelant mon « Auguste Aîné » et le roi khmer lui répondit en l’appelant, mon « Auguste Cadet ». La confiance s’établit immédiatement entre les deux rois. Leur complicité se manifesta aussi. Après une journée de repos, le Roi siamois commença à s’entretenir avec le Roi Khmer sur les stratégies de pacification du Kampuchea. Première étape de cette opération était d’encercler le camp retranché du Roi Srey Reachea à Kompong Siem. Ayant appris la nouvelle, celui-ci convoqua les membres de son Conseil de guerre, au cours de cette réunion, il dit : « Que faire ? ». Son Premier ministre, Chao Vatulahâk Keo répondit au souverain avec son calme habituel :

" Étant donné que, nos soldats sont fatigués, parce qu’ils font la guerre depuis plus de dix ans déjà, étant donné, que nos vivres commencent à manquer pour nourrir l’armée, étant donné que, les attaques combinées entre l’armée siamoise et celle du prince Thomma Reachea, votre Auguste frère, contre la nôtre constituent une force colossale, étant donné que les troupes ennemies étaient fraîches, les nôtres qui ont tous mines caves. Votre Majesté, pour mon humble conseil, je pense que nous ne puissions pas aujourd’hui faire face cette offensive. Je suggère donc, à Votre Majesté de choisir la solution diplomatique, c’est-à-dire la « négociation » avec les ennemis au lieu de les répondre par la solution militaire,

Les paroles de Chao Vatulahâk furent contestées par des généraux présents à la réunion. Voici leurs arguments :

" Les soldats ennemis sont frais certes, mais ils n’ont aucune expérience aux combats. En revanche, nos soldats, malgré leurs fatigues, ils sont aguerris et dans toute la plénitude de leurs facultés pour abattre les ennemis. Nous faisons le serment de nous battre jusqu’à la mort contre ces ennemis pour la défense de Votre Majesté ".

Ayant écouté les arguments des deux parties, le cœur de Srey Reachea se balançait entre la thèse de sagesse et celle de guerre, mais, il savait que ces deux évocations se convertissaient vers un seul but, « Amour de la patrie ». En tant que responsable, il devait choisir une solution, parmi les deux conseils évoqués. Il y eut un silence mortuaire dans la salle du Conseil. Les hauts dignitaires, les généraux de terre et d’eau et les brahmanes, s’asseyaient convenablement sur le tapis brodé de fil de soie de couleur rouge et jaune, en face de leur monarque pour entendre sa décision royale. Srey Reachea poussa un profond soupir, dit :

« Notre pays est en guerre depuis fort longtemps. Le pays se trouve aujourd’hui dans une pauvreté extrême. L’insécurité est totale, les voleurs de grand chemin, qui sévissent les villageois jusqu’à dans leur maison. Cette situation fait souffrir notre population. Oui, mes chers généraux, je vous ai bien entendus tout à l’heure. Vous êtes tous assurément des braves, et personne ne songe à mettre en doute votre vaillance. Toutefois, laissez-moi vous dire, sans vous offenser que nous n’attendons rien à la solution de guerre, parce que la situation de notre pays d’aujourd’hui est complètement changée. Le Royaume est divisé en trois États concurrentiels, en plus, mon frère, travaille maintenant pour nos ennemis, il accueille leur souverain en grande pompe. Aujourd’hui, ils sont devant la porte de notre campement. Mes amis, je sais que vous êtes valeureux et je suis certain que nous pouvions encore affronter les troupes de nos ennemis, envahisseurs et rebelles, mais, il y aurait combien de morts encore et encore pour que notre pays retrouve la paix. Je décide donc de choisir la voie de négociation pour un seul but : Epargner la vie de nos compatriotes et de nos soldats. Dans cette négociation, nous allons imposer nos conditions à mon frère et au souverain siamois en trois points : 1. Arrêter immédiatement les hostilités militaires entre les trois parties rivales khmères ; 2. Régler les problèmes de couronnement. Sur ce point, nous allons demander au Souverain d’Ayuthia d’être notre arbitre ; 3. Signer un traité de paix avec le Royaume d’Ayuthia. Bien entendu, sur ce point, nous allons accepter de libérer les familles et prisonniers siamois, lesquels ont été enlevés par nous pendant la campagne du Siam ».

Approuvé de ses membres du Conseil de guerre, le Roi dépêcha un émissaire pour en informer Thomma Reachea. Celui-ci étant très content de la proposition de son frère, il en informa immédiation, à son hôte royal, le souverain siamois. Après discussion, ces deux alliés décidèrent d’en proposer au troisième prince khmer, Sreay Soryautey, avec une lettre d’invitation à réunion de paix et de conciliation entre les parties rivales khmères. La date de cette rencontre fut fixée le 9 février à Râug Torg (Aujourd’hui, on ne trouve, ni le nom, ni l’endroit. Il est fort probable qu’il se trouve quelque part dans la province de Kompong Cham). Ayant lu cette proposition, Srey Soryautey convoqua ses partisans pour en étudier. Après l’examen dudit projet, le Prince et ses ministres acceptèrent la proposition. Cette acceptation était motivée par les arguments suivants :

« Sur le 1er point : Depuis plusieurs mois, les trois armées ne se battaient plus. Sur le 2e point : Son frère, Srey Reachea est très âgé, quant au prince Thomma Reachea, il est moins âgé que lui. Si on devait prendre le critère d’âge comme d’ordre de succession du trône ; après la mort bientôt de Srey Reachea, le trône reviendra automatiquement à lui. Il peut donc attendre. Sur le 3e point : Cette proposition est raisonnable ».

Après quoi, Srey Soryautey donna sa réponse favorable à l’invitation du Souverain siamois et son neveu. Ceux-ci étant fort contents, ils firent construire une grande salle d’audience pour le roi siamois, laquelle était entourée par des palissades. À la date prévue, Srey Reachea arriva à Râug Torg avec les membres de son état-major et un petit détachement de cavalerie. Aussitôt arrivé, le Roi khmer fut invité par son homologue siamois pour un entretien privé. Dans la salle d’audience, il n'y eut que deux souverains qui s’assirent face à face à une bonne distance l’un de l’autre. Après échangés quelques mots d’accueil et de politesse. Mais à peine cet usage était-il terminé, le Souverain siamois prononça à l’adresse du Roi khmer ceci :

« Presque deux décennies, Votre Majesté fait la guerre. Votre désir d’aujourd’hui, c’est de mettre un terme aux conflits entre les membres de votre famille royale. Je vous en félicite, parce que cette décision est une bonne décision. J’ai le fervent désir de venir en aide à votre pays qui est dans un état de tristesse pour le bouddhisme. Comme vous aimiez bien cette religion, je vous invite donc à venir avec moi dans mon pays pour consacrer tout votre temps à y pratiquer. En ce qui concerne votre fils, Ponhea Ong, je l’amènerai aussi avec moi et je l’adopterai comme mon fils et il se mariera avec une de mes filles. Je n’ai rien de spécial à rajouter ».

Le souverain d’Ayuthia remercia, encore une fois, avec la plus grande civilité le roi khmer d’être venu, puis il se leva et quitta la pièce avec une satisfaction évidente. Mais juste à ce moment, on aperçut quelques gardes siamois qui, l’épée au clair, entrèrent dans la salle pour amener le roi khmer à un endroit inconnu. Après quoi, les partisans de Srey Reachea furent informés par un colonel siamois que leur roi eut accepté l’invitation de son Roi pour se rendre au Siam. Ayant peur d’être arrêtés à leur tour par les siamois, ces derniers quittèrent immédiatement les lieux pour retourner à Kompong Siem.

Parlons de Srey Soryautey, ayant appris que son oncle fut arrêté par le roi siamois, il en était fort content, disant qu’il sera désigné roi des Khmers, parce qu’il était plus âgé que Thomma Reachea, et si ce n’était pas le cas, il demandera au dernier de partager le pays en deux parties égales. Il était certain que ce dernier accepte au moins cette solution. Cet espoir n’était qu’un rêve pour lui, parce qu’il fut arrêté, à son tour, par le souverain siamois. Ayant appris de cette nouvelle, les partisans de Srey Soryautey se retirèrent de Raug Torg et retournèrent chez eux.

Après la victoire, Thomma Reachea, le nouveau souverain khmer et Preah Chau Chakrapath quittèrent Raug Torg. Arrivés à la province de Longvek, les deux souverains se réunissent pour la dernière fois, avant de retourner dans leur capitale respective, pour une cérémonie d’échanges de cadeaux, et suivi par un grand banquet. Thomma Reachea avait offert à son homologue siamois les cadeaux suivants :  180 kgs d’argent, 6 paires de défenses d’éléphant,  200 chevaux, 600 kgs d’étoffes de soie, 300 kgs de cotons, 300 pièces de Hol et de soie chinoise, 100 pièces de rubis et toutes les familles siamoises enlevées par l’armée khmère pendant la campagne du Siam.

En échange, le souverain siamois avait offert au souverain khmer les cadeaux suivants : un chapeau siamois en or, un plateau en or, une statuette d’un oiseau mystique (Krouth), une statuette de Bouddha, le support de plateau en or, une statuette d’Apsara, un sabre avec fourreau en or, un parasol, six plateaux, une étoffe birmane brodée (Sampot) en or, cents paires de défenses d’éléphant et une tabatière.

Le lendemain matin, ces deux souverains se séparèrent pour retourner auprès les siens. Avant de monter sur sa monture, d’un geste amical, le souverain siamois tapota le dos de son Aîné et dit, « Votre Majesté sera un bon roi ». Soudain, retentit le roulement des tambours de la victoire, les deux armées firent le mouvement pour suivre les cortèges royaux. Le roi siamois prit le chemin de retour en passant par les provinces Pursat, Battambang, Mongkul Borey, Reusay Sâch et Batrank. Le cortège royal siamois était accompagné par cinq Grands gouverneurs khmers (Gouverneur ayant le grade 10 Houpân). Jadis, le Cambodge avait cinq grands gouverneurs : Ponhea Dekchau, Grand gouverneur de Kompong Svay, Ponhea Sour Lauk, Grand gouverneur de Pursat, Ponhea Thomma Dekchau, Grand gouverneur de Baphnom, Ponhea Pisolauk, Grand gouverneur de Trâng, Ponhea Ar Choûn, Grand gouverneur de Tpaûk Khoum. 

Arrivé à Batrank, le Roi ordonna à ses troupes de camper pour se reposer pendant trois jours. C’était à cet endroit, où Srey Reachea, ancien roi khmer meurt de tristesse et de lassitude. Depuis sa capture, il avait refusé de s’alimenter. Quinze jours après, Srey Soryautey meurt de maladie. Preah Chau Chakrapath ordonna aux brahmanes de célébrer les funérailles de ses deux prisonniers d’État en conformité avec la tradition des rois khmers.

Arrivé au Krong Tep, capitale d’Ayuthia, Preah Chau Chakrapath adopta Ponhea Ong, comme fils. Celui-ci portait le nom siamois, Preah Sothear Reach. Il épousera plus tard une des filles de son père adoptif.

Retournons maintenant au Krong Kampuchea Thipdei. Après la fin de la guerre, le Roi, Thomma Reachea lança une grande campagne de reconstruction du pays dans tous les domaines : Religieux, éducation nationale, administratif, militaire, finances et travaux publics. Et pour soulager la population, il décida d’exempter pendant trois années les impôts sur les individus et les taxes fonciers sur la capitale.

 (Suite au numéro 12)     

   

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