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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 16:52

Déni de crime

 

Il faut reconnaître que M. Khieu Samphan bénéficierait pour une minorité des intellectuels khmers une circonstance atténuante du fait qu’il soit supposé antivietnamien et anti gouvernement de Phnom-Penh. Ce groupie considérait M. Khieu Samphan comme une victime du système politique khmer. Mais cette victime, avec un sourire empesé, bénéficie un système de justice dont la transparence est assurée. Un avocat de réputation internationale est choisi par M. Khieu Samphan pour inverser le mensonge en patriotisme. Et cette ligne de défense qui est sublime : « Il a péché en tant dirigeant, pardonne-lui en tant intellectuel humaniste ».  Maître Jacques Vergès irrite et séduit et on sait que la contradiction soit son art. Il servirait en tout cas avec un éclat la défense de son vieil ami, nommé Khieu Samphan. Mais ce que M. Khieu Samphan ne savait pas, c’est que le choc du nombre de victimes, deux millions de personnes sont morts, exécutées, sous la torture, d’épuisement ou de malnutrition, se passe du poids des mots de son avocat. Il a pondu un livre, pour conter son innocence dans le régime sanguinaire, où il transgresse à nouveau les victimes. Pas un mot de regret ce qu’il avait fait avec ses amis qui ensanglanta le Cambodge entre 1975 et 1979. Aujourd’hui, il réclame la justice pour le seul plaisir de se moquer des victimes, vivantes et mortes : Plaider non coupable avec le mensonge, lequel il amènera dans l’au-delà. Ce personnage que son groupie raconte qu’il est intelligent. Je me pose donc la question : Intelligent comme qui ?

 

Je n’ai jamais regretté mes paroles qui incriminaient les Khmers Rouges d’assassins dont M. Khieu Samphan  était membre éminent : Chef de l’Etat. De temps en temps, je me rebiffais. Je me laissais aller à ma fureur contre l’ancien Chef de l’Etat qui refuse de s’ennuyer dans son mensonge. Mais on connaît sa défense, qui ne sera pas si loin de celle de Kaing Guek Eav, alias Douch, condamné par le tribunal international de Phnom-Penh en juillet 2010 à trente ans de prison. Je juge, en effet, la défense de M. Khieu Samphan qu’elle soit composée de bêtise, de cruauté et de plaisanterie. Il va quand même un peu plus loin quand il oppose notre temps au XXIe siècle où le désir de la vérité ne cesse d’être gagné. Dans ce procès, l’essentiel pour lui est de fuir ses responsabilités et de maintenir les victimes en doute. Quelle chance pour lui d’avoir le droit de se défendre par rapport aux victimes de sa crime qui n’avaient que la crise de douleur pour supplier les geôliers d’achever rapidement leur vie, portée par un corps dénué de la chair. Il joue dans ce procès à n’être rien « car être, c’est être moi, et je m’adore ». Dans le bain de sang de deux millions de victimes, il continue d’adorer de sa personne. Déni de crime, pour M. Khieu Samphan, c’est aussi de poursuivre la cruauté et l’y trouve même du plaisir. Et le plaisir des Khmers rouges est connu : Ils peuvent exulter en soumettant un autre être humain ou se sentir euphorique lorsqu’ils dominent les autres et qu’ils peuvent exercer leur volonté sans retenue. Ils tuent leurs victimes, puis se vautrent dans leur sang en riant.

 

Mais Maître Vergès est un génie. Il pourrait argumenter que son ami, sous l’influence de Pol Pot, « il ne fait pas le bien qu’il veut, et il fait le mal qu’il ne veut pas ». Pour Maître Vergès, son client était un pion de Pol Pot, il est donc une victime comme les autres victimes. Un pion avec le titre du chef de l’Etat est une plaidoirie à la limite de supportable. Avec ce titre, M. Khieu Samphan était devenu une immanence détectable du régime du Kampuchéa Démocratique. Il est donc responsable au même titre que Pol Pot. Dès que Maître Vergès essaye de mettre une pensée en mots pour défendre son ami, elle cesse d’être vraie, parce que la vérité révélée par lui soit une contre vérité pour les victimes et le peuple khmer. Les crimes de guerre et crimes contre l’humanité de son client s’avèrent évidents par son rôle dans le génocide. Il est coupable pour un rôle polymorphe : Maître et complice de Pol Pot. Les amis de M. Khieu Samphan reprochent aux victimes de vouloir ridiculiser le beau terme de « patriote » attribué à ce dernier. C’est à ne rien y comprendre. Le patriote est un homme qui s’efforce de servir sa patrie. Quant à M. Khieu Samphan, à 79 ans, il continue de détruire son pays par son mensonge. Avec son impétrant de docteur de Sorbonne, faut-il vraiment vous rappeler, à vous « patriote » dans les milieux de tout bord que M. Khieu Samphan ne mérite pas d’être considéré comme un patriote et un intellectuel.                                     

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 04:39

N° 23 Règne de Baram khantey Moha Chanreachea ou Preah Chanreachea (1516-1567)

 

Sdach Kân mourut en 1525 à l'âge de 42 ans, après 13 ans de règne dont 4 ans sur l'ensemble du territoire khmer et 9 ans sur la partie Est du pays, parce qu'à partir de 1516, le Royaume khmer fut divisé militairement et politiquement en deux parties, l’Est et l’Ouest. Le fleuve du Mékong était la ligne de démarcation de cette division politique. L'Est était défendu par Sdach Kân et l'Ouest était sous le contrôle de Preah Chanreachea. Tous les deux se proclamèrent roi du Kampuchéa et se battirent pendant plus d’une décennie pour être l’unique maître du pays.  

 

Avant de parler du règne de Preah Chanreachea, après la mort de Sdach Kân, il est utile d'informer les lecteurs qu'il y a plusieurs versions différentes de la circonstance du décès de Kân. La première est indiquée dans les documents de la pagode de Kompong Tralanh Krom. C'est la version dont j'ai présenté dans mon récit. La deuxième est indiquée dans les documents déposés à la bibliothèque royale sous le numéro K – 53-3. Voici le résumé de cette variante :

 

"La capitale de Sdach Kân fut assiégée par les troupes de Preah Chanreachea. Après trois mois de lutte épuisante, la ténacité de résistance de Kân fut récompensée : Preah Chanreachea leva son camp et s'éloigna à une bonne distance de la capitale de l’Ouest pour laisser reposer ses soldats épuisés, comme dirait l’autre, « la guerre ne serait pas trop insupportable si seulement on pouvait dormir davantage ». Après plusieurs jours de débats entre les stratèges, Preah Chanreachea décida d’employer une ruse pour démoraliser les soldats de Kân : On répand des rumeurs auprès des gens ayant des membres de famille qui combattent dans l'armée de Kân que dans trois jours, ce dernier n'ait plus la protection divine et sa tête sera décapité par Preah Chanreachea. Ceux qui veulent la vie sauve, auront une seule possibilité : déserter et quitter la ville fortifiée. Sinon, ils devront partager le sort tragique de leur maître, réprouvé par dieu. Ayant entendu cette prédiction, les parents des soldats avaient peur et faisaient tout pour en informer les membres de leur famille dans la citadelle en les demandant d’abandonner le poste de combat. Cette nouvelle créa la panique générale dans la capitale. Le 3e jour, suivant la diffusion de cette nouvelle, les soldats de Kân ouvrirent les portes de la citadelle et s'enfouirent dans toutes les directions. Cependant, une force spéciale de l’Ouest, profitant de cette aubaine, s'infiltrèrent en petit groupe dans la citadelle et tuèrent par surprise un grand  nombre des soldats fidèles aux Sdach Kân, parmi lesquels, il y avait deux éminents officiers généraux : Kao et Lompeng. Une unité de la force spéciale de l'Ouest se faufila dans la foule de la population en fuite pour pénétrer dans le palais du souverain de l'Est. Un gradé fut surpris Kân avec ses concubines dans la salle de repos, il lança son javelot et blessa gravement le bras de ce dernier. Celui-ci tomba par terre en fixant son regard vindicatif à l’auteur de sa perte. Au même moment, les autres soldats de l'Ouest arrivèrent sur lieux et se précipitèrent pour ligoter Sdach Kân devant les dames du palais en pleure de peur. En moins de deux heures, la citadelle fut maîtrisée et occupée par les troupes de Preah Chanreachea. Cinq cents proches de Kân, hommes, femmes de tous les âges, furent capturés et décapités sur le champ. Quant au Sdach Kân, il fut promené enchaîné dans la ville pendant trois jours avant d'être décapité. Sa tête fut exposée devant la porte principale de la citadelle de Sralap Pichey Norkor pour l'exemple".

 

Parlons du prince Yousreachea, fils du roi Srey Sokun Bât (1504-1512), après la victoire, il fut tombé malade et mourut quelque temps plus tard à l'âge de 29 ans. Il avait un fils, appelé Preah Chey Chettha. Dans les documents, déposés à la bibliothèque du palais royal, dans son tombe 3, Yousreachea mourut à 33 ans dans une bataille avec les troupes du général Kao. Il avait une fille, nommée Socheth Ksattrey.

 

Revenons à Preah Chanreachea. Après la victoire, son premier acte, ce fut d'aller chercher la relique de son frère, roi Srey Sokun Bât (1504-1512) à Samrong Sen (Kompong Thom) pour faire la crémation selon la tradition des rois khmers. Après quoi, il retourna à Pursat. Mais avant son départ, il avait ordonné aux services des travaux publics de bâtir sa nouvelle capitale à Longveak. Les travaux prenaient trois ans. Mais les résultas sont à la hauteur d'attendre du souverain. Tous les détails n'ont pas été oubliés par l'architecte en chef. Tous les agencements de défense de la cité ont été aussi réfléchis conjointement entre les généraux et les ingénieux. Dans ces travaux, on cherche la beauté, l'efficacité et l'ordre. C'est une cité des anges habitée par les humains. On dirait que Preah Chanreachea ait le goût du beau.      

 

En 1528, l'année du porc, Preah Chanreachea quitta Pursat pour s'établir à Longveak, sa nouvelle capitale victorieuse. Au cours de ce voyage, son éléphant de combat fut tombé malade. Tous les vétérinaires de la cour se dépêchèrent pour le soigner. Tous les remèdes avaient été essayés, mais il fut impossible de le faire marcher à nouveau. Le roi fut informé de l'état mourant de son animal, il en était triste. Il ordonna à son ministre d'envoyer des crieurs d'ordre dans les villages avoisinants de son campement : Celui qui puisse guérir l'éléphant du roi sera récompensé d'un Hape d'or (1 hape = 60 kg) et nommé haut dignitaire de la cour. Après cette annonce, il y avait un certain vieillard, nommé Dek, ancien chef du village, qui se présenta au roi et lui dit :

 

"Votre éléphant n'est pas malade, il est seulement possédé par l'esprit de génies qui lui fait défaillir. Pendant le règne du roi Ponhea Yat (1385-1427), votre aïeul, le roi avait fait sculpter 4 statues de génie de dix visages et plusieurs statues de Preah Ayso (dieu hindou), Preah Noray (dieu hindou), la dame Tep (génie populaire). Il avait donné l'ordre de les poser à la montagne Triel, Srang pour qu'ils défendent la porte Nord-Ouest du royaume contre les attaques siamoises et laotiennes. Et les autres statues étaient posées à la pagode SlaKèk, Prek Ampeul, Preah Vihear Sour pour qu'ils défendent la porte du royaume Sud-Est contre les Chams et les Annamites. Tous les ans, il faisait le Kathen (fête de solidarité) et cérémonie d'offrandes au Bouddha dans les différentes pagodes du royaume, Prek Ampeul, Kien Svay, Triel, Srang et Vihear Sour. Quand Votre Majesté a décidé de venir s'établir à LongVeak, vous n'avez informé ces génies. Pour cette raison, ils sont en colère contre vous et la maladie de votre éléphant n'est que l'expression de leurs courroux".

 

Ayant entendu ces propos, Preah Chanreachea ordonna aux chefs des services religieux de la cour de faire des cérémonies pour informer ces génies sur son désir de venir s’établir à Longveak. Après la fin des rites de cérémonie, le vétérinaire en chef  informa le roi que sa monture s'est rétablie. Le roi en fut content et décida de récompenser le dénommé Dek, 60 Kg d'or, 100 étoffes et la charge du gouverneur. Mais ce dernier refusa les cadeaux du roi et lui dit avec sa voix de la mort :

 

"Ces cadeaux sont inutiles pour moi, parce que je vais mourir dans quelques instances. J’en fais don au trésor public afin d'aider les soldats à combattre les Siamois, parce que dans deux ans, ils vont venir envahir votre royaume. Ici quelques jours, vous allez trouver un objet magnifique, ce sera votre porte-bonheur". À la fin de sa phrase, Dek tomba par terre et mourut soudainement. Après la crémation de Dek, Preah chanreachea ordonna aux services religieux de la cour de faire le Kathen dans toutes les pagodes citées par feu Dek. Après quoi, il continua son voyage à Longveak. Sur son trajet, le Roi aperçut un grand arbre Tirl (nom d'un arbre), sur ses grandes branches, il y avait une grande plaque de pierre. Curieux, il demanda aux villageois pour savoir qui a posé cette plaque de pierre là. Un vieillard du village lui dit :

 

"Je ne le savais pas. Mais j'ai entendu mes aïeux raconter que pendant le règne de Preah Barom Prom, ce roi quand il n'était pas encore roi, était élévateur des bœufs. Un jour, il avait dormi sous cet arbre pour surveiller ses troupeaux, cependant, il y avait un oiseau Kounh (nom d'un oiseau), percé sur la branche, fit ses besoins sur sa tête, Prom fut en colère, ramassa cette plaque de pierre et la lança sur l'oiseau, le blessa mortellement. Et cette plaque était coincée sur ces branches d'arbre. Et aujourd'hui, tous les 5, 8 et 15 Keuth et Rauch (dates des rites bouddhiques), tous les villageois venaient, pendant la nuit, décorer cet arbre avec leurs lanternes".

 

Ayant entendu cette histoire extraordinaire, le Roi se dit : "Avant sa mort, le vieux Dek m'avait dit que bientôt je trouverai un objet magnifique. Cette plaque de pierre, n'est-ce pas ce dont Dek avait parlé. Après quoi, il ordonna aux sculpteurs de prendre cette pierre pour sculpter 4 paires de pieds du Bouddha et abattre l'arbre pour sculpter une statue du Bouddha debout d'une hauteur de 18 bras. Ces sculptures sont déposées dans un temple royal, appelé la pagode Télékeng. Le Roi ramena le reste du bois de l'arbre à la capitale pour faire fabriquer des objets de décorations des palais de ses fils, parce que ce bois est un porte-bonheur pour sa famille. Arrivée à Longveak, le Roi donna l'ordre de planter des bambous des trois côtés de la citadelle dont la largeur de plantation est de 2 Send (60 mètres) à partir du fossé dont la profondeur est de 4 mètres et la largeur est de 20 mètres. Compte tenu de la diminution du nombre de la population dans le royaume, il demanda une corvée des paysans pour cultiver du riz pour nourrir une armée permanente de 10 000 hommes au lieu de 100 000 hommes, chiffre exigé dans la loi ancienne. En 1538, il donna l'ordre d'inaugurer la nouvelle capitale royale. Une grande fête publique fut organisée à Longveak. Il procèda la réorganisation d'administration territoriale du Royaume. Il nomma les cinq grands gouverneurs du Royaume :

 

Chao Ponhea Outey Thireach, grand gouverneur d'Asanthouk. 24 districts y dépendent à cette grande préfecture : Moeung Staung, Chikreng, Prom Tep, Prasath Dâph, Prêt Kdey, Srkèr, Cheu Tiel, Gnaun, Kompong Lèhn, Koh ké, Preah khane, Purthiraung, Sen, Norkor, Mplou Prey, Chom Ksanh, Vari Sen, Prey Sambor, Kampoul Pich, Prah Prasâb, Tbeng, Preah Kleing et Koh Sès ;

Chao Ponhea Sourkir Lauk, grand gouverneur de Pursat. 6 districts constituent cette province : Moeung Krakor, Trang, Tphauk, Klong Taing et Samrès ;

Ponhea ār Choun, grand gouverneur Thaung Khmoum. Celui-ci administre 5 districts : Chao Moeung Angkounh, Dambèr, Phnom Preah, Chrey Prahar, Cheuk Kour et commande 4 circonscriptions militaires : Tvear Lauk, Tvear Phak, Tvear Roung et Tvear Viel ;

Chao Ponhea Thomma Dekchaur, grand gouverneur de Baphnom. 7 districts sont placés sous son administration : Chao Moeung Koh, Chao Moeung Méchong, Mékang, Svay Teap, Romdoul, Kandal ;

Chao Ponhea Pisnolauk, grand gouverneur de la province de Trang. Cette province est composée de 6 districts : Chao Moeung Peam, Cheuk Prey, Choun Chum, Bantey Meas, Sré Ronaug, Ta Bour ;

Et les autres chefs de districts avec un grade de 9 houpeang (grade des fonctionnaires).

 

En outre, Preah Chanreachea procéda la réforme des règles protocolaires de sa cour et des tenues vestimentaires des membres de la famille royale et des dignitaires. À chaque audience royale, les femmes de la cour doivent couvrir leurs épaules et leur poitrine avec un châle de longueur de 8 bras, orné des motifs de fleurs. Les gardes royaux tiennent à leur main un éventail de feuille de palmier, orné des motifs d'étoiles. Les princes et princesses se déplacent sur le palanquin découvert, en bois de Krâr nhoung (nom du bois), lequel est porté par 4 porteurs. Pour se protéger du soleil, ils (elles) portent une ombrelle de modèle birman avec la frange dorée. Quant aux fonctionnaires de tous les rangs, ils ont droit à une ombrelle laquée ou argentée avec la fange dorée. Les cinq grands gouverneurs ont droit au parasol à un étage.

 

En 1539, les hauts dignitaires invitèrent Preah Chanreachea à se faire sacrer roi victorieux selon la tradition royale khmère. Ce dernier n'y pas acceptait, parce qu'il manquait un objet sacré pour la cérémonie de ce sacre royal, tel que l'épée royale. Au cours d’une audience royale, le général Sok proposait à son roi d’aller rechercher cette épée dans la province de Bati :

 

"Après la mort du roi Srey Sokun Bât en 1512 à la citadelle de Samron Sen (Kompong Thom), dans sa fuite, le grand Brahmane Sours avait amené avec lui tous les objets de sacre royal pour qu'ils ne fussent pas tombés dans la main de Sdach Kân. Compte tenu de son âge, il certain qu'il ne soit plus de ce monde, mais nous ne savions pas où il avait caché ces objets. Le Brahman Sours était natif de la province de Bati, il avait eu une maison familiale au sud de la pagode de Pnom-Penh. Si j'étais lui, je choisirais mon village natal pour me cacher. Je pense que c'est à cet endroit que nous devions chercher l'épée royale, Majesté", dit le général Sok.

 

Ayant entendu ce propos, Preah Chanreachea décida de confier cette mission au général Sok. Celui-ci quitta la capitale avec 500 hommes à destination de Bati où ses hommes explorèrent toutes forêts de la province en vain. Pendant ce temps, il y avait un villageois, nommé Krala Pyrs Sours. Celui-ci avait fait un rêve dans lequel il vit un vieillard qui lui dit d'aller chercher l'épée royale en lui désignant l'endroit où il pourra la trouver. Le lendemain matin, Sours en parla à sa mère et partit à recherche cet objet sacré. Il retrouva l'épée et tous les autres objets de sacre royal et décida de les amener au roi à Longveak. À mi-chemin, il rencontra le général Sok et ses hommes. Ayant appris que ce dernier était l'envoyé du roi pour rechercher les objets qu’il venait de les retrouver, il demanda donc le voir pour lui confier ces objets. Sok en était content, il envoya, en effet, une estafette pour informer le roi de cette bonne nouvelle. Une délégation royale était envoyée immédiatement pour ramener les objets sacrés retrouvés au palais royal. Le Roi attendait l'arrivée de la parade devant la porte de la cité. La population était présente à cette fête nationale avec cœur de joie. Les gens de toutes les catégories sociales formaient une haie d'honneur de plusieurs kilomètres pour honorer le retour de l'épée royale à la capitale. Parmi ces objets trouvés, il y avait 13 petites statuettes de dieux hindous, mais il en manquait encore 12 autres pour être au nombre exigé par l'usage du sacre royal. Le Roi ordonna donc au grand Brahmane, Samdech Preah Eysakphan, de les fabriquer pour compléter le nombre manquant.

 

Parlons maintenant du roi du Siam, Preah Chao Chakrapath. Un beau jour dans la salle du trône, celui-ci avait évoqué le cas de Preah Chanreachea pendant le Conseil des dignitaires :

 

"Preah chanreachea a été retourné dans son pays, il a gagné la guerre contre Sdach Kân. Il est couronné roi du Krong Kampuchea. Il m'a promis qu'après sa victoire de m'envoyer des tributs pour me remercier d'avoir lui prêté 5 000 hommes, des chevaux, des éléphants de guerre et des vivres pour combattre contre Sdach Kân, usurpateur du trône khmer. Le temps passe, nous n'avons plus de nouvelle de lui. Il est temps de lui donner une leçon de politesse par une incursion militaire. Que pensiez-vous, dit le roi".

 

Les ministres ne partageaient pas les idées de leur Roi. Par voix du Premier Ministres, ils faisaient entendre leurs voix :

 

"Le Kampuchea est un état indépendant. Un manque de parole donné de son roi à Votre Majesté ne suffit pas de déclarer la guerre sans lui demander l'explication préalable. Il faudrait envoyer une ambassade pour lui rappeler de ses promesses".

 

Après quoi, Preah chao Chakrapath envoya une ambassade à Longveak. La délégation siamoise arrivait à la capitale khmère avec une lettre royale. Celle-ci demanda une audience immédiate à Preah Chanreachea. Pour montrer aux membres de la délégation siamoise qu'il ne fût pas aux ordres de leur Roi, Preah Chanreachea leur faisait attendre pendant quinze jours. Après avoir lu la lettre du Roi Preah Chao Chakrapath, le Roi Khmer s’adressa aux ambassadeurs siamois dans les termes suivants :

 

"Votre Roi ne m'a jamais aidé à gagner la guerre. Je ne vois pas, pourquoi je lui doive une gratitude. Mon pays est un état souverain et je ne vois pas non plus, pourquoi je doive envoyer des tributs à votre Roi. Je ne parle même pas du passé : Votre pays a été inféodé à mon royaume. C'était notre roi, Preah Botom Sorya Vong qui avait accordé une autonomie à votre royaume, dont la naissance d'un état indépendant, appelé Sukhothaï, parce qu'il voulait faire cadeau de ce territoire à son propre frère cadet, nommé Ponhea Raung. Plus tard, vos rois successifs pratiquaient une politique d'expansion territoriale. Ils avaient fait la guerre contre mon pays sans même faire la déclaration préalable. Ils avaient annexé beaucoup de territoire de mon royaume. Cela s'appelle le vol par la victoire. J'étais réfugié pendant 9 ans dans votre royaume, durant ce temps-là, j'ai demandé à votre roi de m'aider à chasser Sdach Kân du trône de mes ancêtres, mais votre roi a repoussé sa promesse aux calendes grecques. J'ai trouvé moi-même une ruse pour fuir, sans doute, le Siam avec les hommes de votre roi, mais ce n'était pas avec ce nombre qui m'aide à détrôner Kân, c'était plutôt l'œuvre de mon peuple. Il n'est pas question donc pour moi de reconnaître la suzeraineté du roi Preah chao Chakrapath sur mon royaume".

 

Après quoi, Preah Chanreachea ordonna à son secrétaire de rédiger une lettre pour le roi d'Ayuthia dont le contenu était identique à ce qu'il venait dire aux membres de la délégation siamoise. Après le retour des trois ambassadeurs siamois dans leur royaume, Preah Chanreachea convoqua les membres de son Conseil de guerre et leur dit :

 

"Avant sa mort, le sage Dek avait prédit que le roi d'Ayuthia envoie des troupes pour nous attaquer. Il faut donc que nous préparions pour faire face à cette éventualité. Il est temps de prendre les devants. Je partirai à Pursat avec une armée pour empêcher les troupes siamoises de pénétrer en profondeur dans notre territoire". 

 

Revenons au royaume d'Ayuthia. Après avoir lu la lettre du roi khmer, le souverain siamois se mit en colère. Il ordonna à ses généraux de lever une armée pour envahir le Kampuchea. En 1530, l'année du tigre, le jour faste, il marche à la tête de ses troupes pour punir Preah Chanreachea. Arrivé au district de Neang Raung dans la province de Moha Norkor, l'avant-garde siamois fut interceptée et attaquée par la garde provinciale khmère. Mais, la bataille ne dura pas longtemps, car les effectifs de l'armée khmère,    5 000 hommes, ne firent pas le poids contre les ennemis en force de tsunami. Le gouverneur khmer se vit donc obliger de battre en retraite. Il aura rejoint Preah chanreachea à Pursat avec le reste de ses troupes. Après la victoire, le Roi siamois entre dans la cité de Moha Norkor pour visiter les temples khmers. Il dit à ses généraux :

 

"Le nom de Moha Norkor correspond bien à la splendeur de la cité. Jadis ce pays avait 121 royaumes sous sa domination. Maintenant quand j'ai vu de mes propres yeux la grandeur de cette cité, je ne suis rien étonné de cette réputation".

 

Pendant sa visite des temples khmers, Preah chao Chakrapath fut informé de l'arrivée des troupes khmères à 50 send (1 send=30 m) de la cité de Moha Norkor. Il rassembla ses généraux dans sa tente de commandement pour organiser son plan d'attaque. Le lendemain matin, l'armée siamoise se mit en mouvement pour attaquer l'armée khmère. Les soldats de son avant-garde portaient la chemise rouge, ceux de son aile gauche portaient la chemise bleue, ceux de son aile droite portaient la chemise verte, ceux de son arrière-garde habillaient en noir et la couleur jaune fut réservée à l'armée du roi qui se plaçait au milieu de la formation de l’armée en campagne. En face de l'armée siamoise, les troupes khmères étaient aussi en formation de combat. Le général Sok commandait l'avant-garde. Son frère, le général Tep, assurait l'aide droite. Le général Oknha Yaureach Sours surveillait le flanc gauche. Quant à l'arrière-garde, Samdech Preah Sotoung était le responsable. Le fils de Preah Chanreachea, Samdech Preah Rama Thipadey était chef de manœuvres et le tout était coordonné par Preah Chanreachea qui se trouvait au centre des dispositifs de combat.

 

Nous ne connaissons pas le détail de cette bataille, parce que dans les documents de la pagode de Kompong Tralanh Krom, le livre n° 17, qui en décrit est disparu.

 

En revanche, nous pouvons en savoir dans les documents déposés à la bibliothèque royale sous le numéro K – 53-3: Après la victoire de Preah Chanreachea, le Roi siamois envoyait des émissaires pour exiger Preah Chanreachea de lui fournir des éléphants de guerre. Ce dernier refusait de se plier à cette revendication. Pour punir le roi khmer, Preah chao Chakrapath envoyait une armée pour envahir le royaume khmer, laquelle fut mise en déroute par l'armée de Preah Chanreachea au Moha Norkor (province de Seam Reap actuelle). Voici le détail de ces évènements.

 

Le Roi d'Ayuthia conduisait lui-même une armée de 90 000 hommes pour envahir le Kampuchea. Mais il laissait entendre que cette armée fut commandée par le prince khmer, Ponhea Ong, fils de l'ancien roi khmer, Preah Sérey Reachea (1471-1485). Trahis par son frère, Thomma Reachea (1478-1504), le père de Preah Chanreachea, Preah Sérey Reachea fut capturé par le roi siamois et amené au Siam avec son fils en 1485. Il mourut par la tristesse au cours de ce voyage. Son fils, Ponhea Ong, fut adopté par le roi siamois et nommé gouverneur Phitsanulok (lire n° 11).  Thomma Reachea, était le fils du roi Ponhea Yat, né de mère siamoise, Preah Mneang Sisagame (lire n° 8).

 

Un autre corps d'armée siamois de 50 000 hommes, commandé par le général San, débarque à Kampot par voie maritime. Pour faire face à cette invasion étrangère, Preah Chanreachea donnait l'ordre d'enrôler les habitants des provinces de Thaung Khmoum, Kompong Seam, Kompong Svay, Ba Phnom, Prey Veng et Samrong Thorg pour former une armée de campagne de 200 000 hommes. Après quelques semaines de formation militaire, cette armée quittait Longveak pour aller s'établir à Pursat. La mobilisation générale était décrétée pour recruter des soldats dans les provinces de Basac, Preah Trapeang, Kramoung Sâr, Bati, Bantey Meas pour créer un autre corps d'armée de 60 000 hommes pour faire face aux Siamois à Kampot.

 

Arrivé au fort de la victoire (Bantey Meanh Chay) dans la province de Pursat, Preah Chanreachea était informé que les Siamois occupaient déjà la province de Moha Norkor (Siem Reap) dont leur chef militaire n'était que Ponhea Ong, son cousin. Il convoqua ses généraux et leur dit :

 

"Ponhea Ong est un fils du roi khmer. Il est mon aîné. Je vais lui proposer un duel entre deux princes de sang pour épargner la vie des soldats. Le but de ce duel sur le dos d'éléphant est simple : Si j'y gagne, il se retirait avec ses troupes du Kampuchea. S'il y gagnait, je lui donnerais mon trône. Je lui fais cette proposition, parce que je suis certain que Ponhea Ong ne puisse pas me gagner dans ce duel. Il est engourdi par la vie aisée au royaume d'Ayuthia. Il est venu faire la guerre contre son propre pays par obligation et en tant que mercenaire avec la peur au ventre. S'il rejetait ma proposition, je lui demande de désigner son champion siamois pour se mesurer à moi dans ce duel".

 

Après avoir entendu les paroles coriaces de leur Roi, les généraux s'inclinent devant la volonté royale. Après quoi, Preah Chanreachea donne l'ordre d'envoyer une missive à Ponhea Ong pour l'inviter à venir s'extérioriser son courage martial dans ce duel. Ce dernier est fou furieux de la provocation de son cousin. Tu diras à ton Roi que je serai au rendez-vous, dit Ponhea Ong au messager. Je n'ai pas peur de combattre contre celui qui ne connaisse pas le sens de gratitude envers le bienfaiteur, le Roi d'Ayuthia. Pendant 9 ans, il était logé et nourris par mon Roi et pour des bijoux de pacotille, ton roi ose y refuser à une requête officielle de mon roi au prix de la rupture de la paix entre deux royaumes".

 

Au jour convenu, Preah Chanreachea quitta son fort avec son armée pour se mesurer en duel à son cousin, Ponhea Ong. Dans un grand terrain de plusieurs centaines d'hectares, les deux armées, khmère et siamoise, se massaient face à face. Du côté siamois, le prince Ong se tenait debout sur le dos de son éléphant. Il portait une jaquette recouverte d'une cuirasse, de la main gauche un bouclier rond et de la main droite une épée, sur sa tête, un diadème orfévré qui s'incurve au niveau des oreilles et paraît emboîter du crâne. Un carquois, un arc et quatre lances posés dans le bât, étaient ses armes de combat. Son cornac se trouvait derrière le bât pour diriger l'animal. Ce dernier tenait une lance avec une lame latérale plus ou moins courbe. Ce croc devait aussi lui être précieux dans les combats. Preah Chanreachea se tenait debout sur le bât redenté de motifs sculptés divers. Il portait de la main droite une lance, de la main gauche un bouclier long.  Contrairement à son cousin, ses cheveux sont rejetés en arrière et noués sur le haut de la nuque en petit chignon rond très serré. Il posait son arc et son carquois dans le bât. Son cornac était assis à califourchon sur la nuque de l'éléphant coincé entre la tête de l'animal et le bât. Ce dernier portait une jaquette recouverte d'une cuirasse et de la main droite un croc pour diriger l'animal.

Vu son cousin aîné à cinq cents mètres de lui, Preah Chanreachea se mit debout sur le dos de son éléphant et dit :

Votre Altesse va bien ?

Comme un ange, Auguste petit frère, répond Ponhea Ong ;

Pourquoi continuez-vous à vous servir le souverain étranger. Vous êtes chez vous ici, vous êtes la bienvenue dans la patrie de nos ancêtres, votre défection est un honneur pour notre nation et une fierté pour moi, je vous invite à me rejoindre pour rebâtir ensemble la grandeur du passé de notre nation, dit le Roi khmer.

Ponhea Ong restait quelques instances sans parole. Les larmes aux yeux, il s'efforçait de cacher cette émotion spontanée, laquelle pût être interprétée par ses soldats comme une faiblesse et une trahison. Il reprenait son esprit après avoir entendu le son de tambour des troupes khmères et répondit à son cousin :

Je suis ici pour faire un duel et la guerre, pas pour vous écouter des bobards.

Après quoi, il fit signe à son cornac de faire manœuvrer sa bête de combat. Celui-ci lava sa trompe et barrit. Aristote avait dit que l'éléphant est "la bête qui dépasse toutes les autres par l'intelligence et l'esprit". Celui-ci était encore exceptionnel par sa beauté et son courage, il chargea à une distance de plusieurs centaines de mètres et s'arrêta pour laisser la possibilité à son maître de lancer une lance sur le roi khmer. Deviné la manœuvre de son adversaire, Preah Chanreachea ordonna à son cornac de manœuvrer son éléphant à droite pour être hors du trajet de l'attaque de son cousin. Ponhea Ong poursuivit la retraite de Preah Chanreachea en lançant encore deux lances et s’écria l'ordre à ses fantassins de lancer des assauts contre les troupes khmères. Cette initiative était contraire à l’accord prévu avec Preah Chanreachea. Dans la mêlée des soldats des deux parties, le roi khmer fit signe aux snipers khmers de tirer de plusieurs balles sur l'éléphant de Ponhea Ong. Cette décision avait pour but de répondre à la transgression de l’accord de duel de son cousin, naturalisé siamois. Touché à plusieurs reprises, la monture de guerre de ce dernier perdit son équilibre. Cette faiblesse offrit une occasion à Preah Chanreachea de frapper un coup d'épée sur son cousin en difficulté. Celui-ci n'avait pas le temps d'esquiver cette attaque, parce qu'il eut été dérangé par la chute de son éléphant blessé. La lame de l'épée du roi khmer coupa avec force toutes les côtes droites de Ponhea Ong. Celui-ci tomba sur le dos de son éléphant et mourut sur le coup. Sa mort provoqua la panique dans les rangs des troupes siamoises. Dopés le courage par la victoire de leur roi, les soldats khmers s’engagèrent dans le combat avec un une idée en tête : la victoire. Vus le déferlement des troupes khmères avec un roi victorieux à la tête, les Siamois se battaient en retraite sans avoir le temps de ramener leurs camarades blessés avec eux. La direction de leur fuite en désordre était la frontière. En quelques jours seulement, on ne voyait plus un soldat siamois sur le territoire khmer. La victoire de Preah chanreachea était donc totale. Comme son grand père, le roi Ponhea Yat, Preah Chanreachea s’inscrivait son nom sur la liste des rois vainqueurs des Siamois dans l’histoire khmère. By Chay Lieng, un illustre écrivain khmer, avait inspiré cette histoire victorieuse pour écrire un roman célèbre dans les années soixante, dont le titre est « Preah Chanreachea ».

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 10:52

La paix est-elle impossible avec la Thaïlande et le Vietnam ?

 

Dans l’histoire du Cambodge, force est de constater que les guerres s’étaient produits pour des raisons diverses entre le Cambodge et ses deux pays voisins, la Thaïlande et le Vietnam. Une grande partie du territoire khmer est annexé par ces deux pays et aujourd’hui encore, les problèmes de frontière sont des sources de tension permanente avec eux. Le problème du temple de Preah Vihear avec la Thaïlande qui déclenche des escarmouches entre l’armée khmère et celle de la Thaïlande, laisse entendre que la paix soit impossible entre le Cambodge et son voisin de l’Ouest. Le tracé des frontières entre le Cambodge et le Vietnam s’alimente des débats entre le gouvernement khmer actuel et ses opposants politiques qui accusent directement le Vietnam de spolier les territoires khmers de plusieurs centaines kilomètres carrés. Face à ces menaces, les nationalistes khmers ne ménagent pas des critiques à l’encontre du gouvernement khmer de mal défendre des intérêts du pays vis-à-vis de ses deux voisins cités. Les problèmes extérieurs du Cambodge deviennent un sujet majeur de débats entre les Khmers avisés à la défense de leur pays. Un principe est évoqué par certains compatriotes que la paix soit impossible avec la Thaïlande et le Vietnam. Que faire ? La guerre. Certains cocardiers n’hésitent pas d’évoquer cette solution. Le dénouement par voie diplomatique est une option pour les Khmers modérés et l’action par voie de justice internationale est réservée par les juristes khmers. Chacun a ses raisons et a ses suppléments de pensée. Mais le point d’interrogation qui reste en suspens est de savoir, avec quels moyens dont chacun possède pour résoudre des problèmes avec les pays voisins puissants ? La guerre, il fallait avoir des moyens matériels et humains. La diplomatie, il fallait avoir des pays amis ayant des influences internationales avérées. La justice, il fallait avoir des arguments et des preuves solides. En plus, il fallait que la communauté internationale s’intéresse aux problèmes du Cambodge qui s’étiolent au fil des années après l’accord de paix en 1991 entre les belligérantes khmers. Sur la scène internationale, on parle peu du Cambodge, parce qu’il est classé, en effet, aujourd’hui dans la catégorie des pays « RAS » (Rien à signaler). Il faut savoir aussi pour nous, Khmers, à chaque fois que nous avions des problèmes extérieurs, ceux-ci deviennent immédiatement un facteur de division interne du pays. Les exemples n’y manquent pas dans l’histoire du Cambodge. Ce constat qui nous oblige à nous poser des questions autrement : La stabilité interne du Cambodge dépend-elle de la paix avec la Thaïlande et le Vietnam ? Mais, est-ce que ces deux pays souhaitent-ils d’avoir des relations sincères avec le Cambodge pour accomplir la paix entre les pays voisins ?

 

Le problème du temple de Preah Vihear donne raison à ceux qui n’aiment pas la Thaïlande de souffler leur haine ancestrale. Ils n’ont pas tort d’être suspicieux de l’attitude impérialiste du gouvernement thaïlandais. Ils avertissent  leurs compatriotes de ce danger récurrent et incriminent le gouvernement khmer de ne pas assez faire pour déloger des soldats siamois de la terre du Kampuchéa ou saisir le tribunal international, afin qu’il impose par ses moyens appropriés le gouvernement thaïlandais à respecter l’intégrité du territoire du Cambodge au environnant du temple de Preah Vihear, défini par le tribunal de La Haye en 1962. La paix avec la Thaïlande, pour eux, ne dépend pas du Cambodge, mais plutôt de la volonté du gouvernement thaïlandais de dénouer ce conflit territorial par la voie de sagesse. Si la Thaïlande ne donnait pas raison à la juste revendication khmère, comment le Cambodge puisse-t-il considérer son voisin comme un ami meilleur ?

 

Avec le Vietnam, le climat des relations de bon voisinage est toujours en point d’interrogation. Le Protectorat français (1863-1953) ne faisait pas mieux dans ses travaux de bornage des frontières internationales entre le Cambodge et le Vietnam. L’intégration du Kampuchéa Krom (Cochinchine), territoire khmer, dans le Vietnam, faite par la France, est toujours perçue par la majorité des Khmers comme une iniquité. Aujourd’hui encore, les tracés des frontières entre ces deux pays faits récemment par une commission mixte khméro-vietnamienne ne donnent aucune garantie de bonne démarcation aux nationalistes khmers, compte tenu de la position dominante de la partie vietnamienne sur celle des Khmers. La ligne de tracé est toujours contestée par les partis d’opposition. On accuse le Vietnam avec les preuves à l’appui qu’il ne respecte pas les lignes de frontières reconnues par les institutions internationales avant 1970 et les accords de paix de 1991. Pour les nationalistes khmers, les nouvelles frontières actuelles entre le Cambodge et le Vietnam sont un point de litige latent qui s’alimente des suspicions légitimes sur la politique d’expansionnisme du gouvernement vietnamien. De cela, comment le peuple khmer puisse-t-il avoir la confiance sur la concorde entre ces deux peuples, Khmer et Vietnamien ?

 

A partir de ces deux points de vue, soulevés par les nationalistes khmers, une question nous interpelle : Sommes-nous dans l’impasse d’avoir des relations de lumière avec nos voisins, la Thaïlande et le Vietnam ?

 

Après d’une longue période de colonisation et d’une parenthèse, brutale et brève de l’utopie diabolique de Pol Pot et à l’heure où les frontières entre les nations laissent place à la mondialisation, les problèmes de frontières entre le Cambodge et la Thaïlande, d’une part, entre le Cambodge et le Vietnam, d’autre part, restent en entier dans l’esprit des nationalistes khmers. Ces deux pays sont-ils les boucs émissaires ou les sources de menace, fantasme ou partenaires du Cambodge d’aujourd’hui ? Interrogation évidemment sans réponse, hormis une conviction : Le Cambodge est victime depuis la nuit des temps de la politique d’expansionnisme de ces deux pays. Cette conviction est toute vraie et toute erronée. Elle soit erronée, parce qu’elle repose sur notre refuse d’admettre le principe fondateur du monde du passé qui, à sa manière, impose à toutes les nations une loi : le plus fort gagne. Par cette loi, aucun empire ou nation puissante ne sort indemne de son imperium. Elle soit vraie, parce que les remugles de l’ambition de ces Etats mitoyens et abusifs, Thaïlande et Vietnam, s’exhalent en l’air libre. L’exemple du côté de l’Est, l’apparition du rêve d’une Indochine fédérée aura réveillé la suspicion dans les milieux des intellectuels khmers. A l’Ouest, le conflit actuel préface le premier signe  de xénophobie qu’on croit qu’elle soit disparue avec le temps. Ces deux faits donnent droit aux nationalistes khmers de démontrer qu’il existe une camorra entre la Thaïlande et le Vietnam, susceptible de s’affronter ou de coopérer au détriment des intérêts khmers.           

 

Aujourd’hui, avec la loi internationale, il n’existe plus une position dominante et exclusive d’une nation sur d’autre. Toutes relations entre les nations reposent sur les accords bilatéraux, régionaux et mondiaux, reconnus par les instances internationales. Tous les conflits entre les nations sont réglés, dans la majorité des cas, par les organismes et tribunaux internationaux. Le Sud-Est asiatique d’aujourd’hui, à mon avis, est une région sous menace mais sans risques, parce qu’il existe un mécanisme régulateur. Mais le Cambodge est toujours un pays sous risques de guerre civile, parce que justement le système de consensus national n’est jamais existé.              

 

La question vraie pour le Cambodge d’aujourd’hui n’est pas de savoir, la paix soit oui ou non possible avec ses voisins ? Si nous avions les moyens d’avoir rang de rival avec l’un d’eux ou avec les deux à la fois, cette question nous semblerait la bienvenue. Mais, nous le savons bien qu’il soit impossible pour notre pays de supporter un conflit armé avec ses voisins, à l’Ouest comme à l’Est, parce que notre système national de consensus entre les Khmers pour faire face à ce conflit soit imparfait : des aléas immédiats des conflits internes demeurent une question qui alimente notre angoisse. Après avoir cru que notre pays était un havre de paix bouddhique, jusqu’à l’auto-génocide commise par Pol Pot, la question de la concorde nationale reste un sujet de désordre dans l’esprit de tous les Khmers, parce que cet événement pourrait se reproduire sans crier gare. Qui aurait imaginé que dans un pays, comme le Cambodge, synonyme presque par définition de solidarité, une minorité des Khmers, appelés Khmers rouges, ont tué leurs compatriotes, non pour une menace, mais pour un mot. Mais au lieu, convaincus de la menace vietnamienne, de définir un cadre et une procédure qui auraient permis de traiter les cas des Khmers rouges, nous aurions préféré pendant dix ans (1979-1989) nous voiler la face : niant la réalité de la souffrance du peuple sous le régime sanguinaire de Pol Pot. Nous aurions laissé aux soldats vietnamiens de jouer le rôle de défenseur du peuple khmer contre la menace du retour des Khmers rouges et la Thaïlande d’être le bienfaiteur de la résistance khmère, avec le débris de l’armée des Khmers rouges en tête, contre l’occupation vietnamienne. Cette situation ne pouvait, en effet, déboucher que sur l’immobilité totale dans des relations du Cambodge avec ses pays voisins. Une enjambée d’amitié vers l’Est, soit interprétée par la Thaïlande comme une menace pour son pays. Un sourire vers l’Ouest, soit vu comme une trahison par le Vietnam. En revanche, le Cambodge doive accepter les accords bilatéraux entre ces deux pays, quels qu’ils soient leurs natures. Cette situation ne ressemble pas-t-elle à celle du XIXe siècle, avant l’arrivée des Français, n’est-ce pas ?

 

Mais penser aujourd’hui que le Vietnam soit dans l’état d’imposer une relation politique de suzerain à vassal et d’exercer un poids spécifique sur le Cambodge est anxiogène et la Thaïlande, pays démocratique avéré, soit dans l’état de nuire le Cambodge est sans doute fantasmé, parce que le Cambodge est un pays ouvert à la mondialisation, à tort ou à raison, mais c’est un état de fait. Il y a beaucoup d’acteurs économiques qui sont présents au Cambodge, parmi les grands de ce monde, la Chine, les Etats-Unis d’Amérique, le Japon, l’Union Européenne, etc. La Thaïlande et le Vietnam doivent tenir compte ce paramètre dans leurs relations avec le Cambodge, parce que leur développement économique, qui est un facteur de stabilité intérieure, dépend aussi de la mondialisation. L’avers et le revers de notre patriotisme présentent des éléments contradictoires : la face principale s’affiche une ambition d’une grande nation millénaire avec une culture supérieure et dynamique, mais du côté pile, elle présente notre mémoire évanescent pour alimenter les irrédentismes, l’impuissance pour les amener à la xénophobie. Cette contradiction mêle donc des relents de désespoir : faire entendre la puissance de courage par des angoissés aux géants impitoyables. Face à ces deux nations, depuis des siècles, une bonne conscience pour nous, c’était limitée seulement à dénoncer leurs ambitions, mais nous n’avions jamais trouvé une solution appropriée, avec une volonté nationale, pour faire reculer ces tentations qui sont souvent concrétisées en victoire. Nous n’avions jamais savoir penser, avec plusieurs coups d’avance, des stratégies de défense nationale. A partir de 1953, notre politique extérieure se limitait à choisir entre le moins mal, parmi les plus forts : la Chine et le Vietnam. Situation ambiguë dont le passé constitue, d’une certaine manière, notre seule référence. Quant à notre politique intérieure, elle s’est construire sur la base de la culture politique du peuple khmer : la culture paroissiale dont les membres du système politique sont peu sensibles aux phénomènes nationaux. Ils sont orientés pour l’essentiel vers un sous-système politique plus limité (village, clan, ethnie) et ignorent l’État-nation et la culture de sujétion dont les membres du système politique sont conscients de son existence, mais restent passifs. Il y a le troisième type de culture politique, exposé par Gabriel Almond, sociologue américain et ses collaborateurs, la culture de participation. Les citoyens sont conscients de leurs moyens d’action sur le système politique, de leur possibilité d’infléchir le cours des évènements politiques en exerçant leur droit de vote, en signant des pétitions ou en organisant une manifestation. Ce troisième type de culture politique est absent de la culture politique du peuple khmer. Ici, je n’ai pas l'intention de rabaisser la culture politique du peuple khmer, parce que dans la démonstration d’Almond, il n’est pas question de classer ces trois types de culture en ordre de supériorité. Chaque culture politique est une suite complexe de réactions et transformations de mentalités et de comportements de la population dans son environnement culturel et politique : tradition, mœurs et système politique.       

 

En 1991, après deux décennies de guerres sans nom, une chance nous sourit : l’intervention de l’O.N.U pour mettre fin aux conflits armés entre les parties khmères et l’occupation vietnamienne. Cette intervention nous a donné trois cartes à jouer : la paix, la démocratie et le développement économique.

 

La paix est une carte qui nous permettait de jouer les jeux de la concorde nationale dans un Cambodge composé de plusieurs catégories de la population : Celle qui vivait sous l’occupation vietnamienne, celle qui s’enfuyait du pays pour se refugiait dans des camps en Thaïlande, la diaspora khmère et des immigrés vietnamiens qui ont acquis la nationalité khmère par la loi onusienne, d’une part ; des fractions armées, il y en avait quatre, Khmers rouges, nationalistes, royalistes et communistes, d’autre part. Il fallait trouver une recette ou une personnalité ayant pignon sur rue et d’imaginer une architecture d’un nouvel Etat khmer pour animer la réconciliation nationale. Nous le savons que l’ONU ait choisi de faire jouer le peuple khmer à l’ancien comme base de la paix : la restauration de l’ordre ancien. Quelle douce illusion. Il aurait donc fallu travailler, proposer, anticiper comme base de la concorde nationale d’autres choses que celui-là. La parthénogenèse d’une politique de réconciliation nationale est possible sans viol ou conflit, c’est une affaire de professionnalisme et de méticulosité. L’ONU ait pu faire taire des canons, mais elle ait laissé le sort du peuple khmer dans l’impasse. A-t-elle réussi dans sa mission de faire changer le statut du peuple khmer en citoyen, souverain de son pays ? La concorde nationale est née dans un pays où la paix est pour le peuple, pas pour les belligérants. La précipitation de l’ONU dans la recherche de solution de paix au Cambodge avec un calendrier et un budget à respecter, plaçait le Cambodge dans une impasse politique intérieure et extérieure. Les relations du Cambodge avec la Thaïlande aléatoire et le Vietnam imprévisible, qui ne sont plus ennemis, mais l’histoire et la géographie empêcheront de devenir des vrais amis du Cambodge. Quant à la politique intérieure, l’unité nationale khmère, ébranlée par des siècles de décadence, est toujours précaire par l’amnésie qu’après la dictature de Pol Pot (1975-1978), les débats des intellectuels khmers sur la responsabilité des Khmers rouges de la mort de plus de deux millions des Khmers innocents paraissent avoir toujours existée. Malgré des milliards de dollars US de l’ONU pour aider le Cambodge à retrouver son calme, ce pays, rasséréné, y vit toujours dans l’instabilité comme l’eau. La paix offerte par l’ONU n’est pas une fin de l’histoire khmère ; c’est un simple épisode, pendant lequel les Khmers doivent prendre leurs responsabilités pour conserver cette paix à l’intérieur et à l’extérieur. Ni la Chine, ni la Thaïlande, ni le Vietnam, qui pourront menacer cette paix. C’est nous-mêmes qui sommes responsables de sa stabilité, laquelle est dispensable pour que le Cambodge puisse continuer de jouer la deuxième et la troisième carte : la démocratie et le développement économique, parce que les conditions d’un affrontement armée avec nos deux pays voisins ne soient pas réunies, ni même près de l’être.

 

La paix à l’intérieur !  la paix à l’extérieur ! ce serait une ligne politique intérieure et une diplomatie de « zéro problème » que nous, Khmers, devions l’adopter. La paix avec la Thaïlande et le Vietnam n’est pas synonyme du renoncement de la politique de défense nationale pour protéger les frontières du pays et des droits de la population khmère où qu'elle se trouve. Elle s’intégrerait au contraire dans son renforcement dont le développement économique et social sera une base de la concorde nationale. Il faut faire en sorte que la main qui manie l’épée est celle-là qui dispense la richesse et la justice au peuple khmer. Le Cambodge aurait besoin un temps de silence pour soigner ses blessures, causées par les erreurs récidivées de ses dirigeants depuis 1953. Au stade où nous sommes aujourd’hui, il ne faut pas renier nos propres responsabilités, sinon nous continuons de jouer la quatrième carte qui est pour nous, une carte connue et d’être sûrs de jouer perdants. Il faut éviter d’être dicté par l’impatience et les excès de notre nationalisme extrême qui à ce jour ne faisait pas preuve de ses efficacités escomptées. Notre Majesté, peuple est pauvre pour se permettre de partager le rêve de grande nation khmère de jadis. Son seul désir dans sa misère éternelle est le décollage économique avec un but du développement social, promis par tous les régimes. Un film sur l’Empire khmer, étant en cours de réalisation, dont l’actrice américaine Angelina Jolie, naturalisée khmère, joue un rôle principal dans ce film, ne ramènera pas la joie et la fierté au peuple khmer dont le cœur est blessé par la profonde pauvreté, « spirituelle » et « matérielle » et ne règlera non plus les problèmes du temple du Preah Vihear, comme le film « la déchirure » (The Killing Fields) de Roland Joffé, sorti en 1984, qui ne faisait pas taire les amis des Khmers rouges. Si difficile de réaliser une paix, basée sur une diplomatie de zéro problème, il est donc capital de s’y atteler. A cette politique, seule la démocratie authentique est capable de répondre, c’est-à-dire celle qui pousse à l’extrême le jeu des pouvoirs et des contre-pouvoirs et qui pratique, de la sorte, la transparence. La paix avec la Thaïlande et le Vietnam est possible, si nous étions capables de démontrer avec les preuves à l’appui à ces deux pays que dans notre pays, il y ait « zéro problème ». Est-ce que sommes-nous capables de réaliser ce défi avec  notre culture politique paroissiale et de sujétion ?

 Aide toi le ciel t’aidera.

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 05:42

 

Aimer la patrie

 

Aimer la patrie (Snèha Cheath) est une phrase que nous la répétons sans cesse dont personne, en général, ne cherche à préciser le sens. Elle devient une volonté nationale dont les ambitieux de tous les temps et les tyrans ont la plus largement abusée pour servir leurs convoitises diverses. Et le peuple s’habituait depuis la nuit des temps d’honorer la formule nationale : Mourir pour la patrie. Dans l’esprit de révolution communiste, cette phrase est un moyen pour réduire les hommes dans la servitude du parti et dans l’esprit des despotes, elle est un oukase pour imposer leurs lois. Après l’indépendance nationale, au Cambodge, le Pouvoir a longtemps cherché à subordonner la vie des Khmers à la grandeur du pays, devenu de plus en plus indéfinissable. Nous, Khmers, ont cru qu’il nous suffirait d’en appeler à l’unité autour d’un leader national pour résoudre tous les problèmes du pays. « Aimer la patrie » fait donc partie des devoirs des Khmers à travailler ensemble pour rebâtir cette grandeur.    

 

Et pourtant, le mot « Aimer », par sa nature, c’est déjà la liberté par impulsion, sans contrainte, sans efforts. C’est aussi l’égalité entre les partenaires de vivre leurs amours pour meilleur et le pire. Le mot « Patrie », par la loi, c’est aussi la liberté et c’est autant le contrat social entre les acteurs d’un pays. L’union entre ces deux mots devrait se faire, en principe, dans la liberté et dans le respect de la loi. Nous le savons le lien entre le pays et chaque citoyen est double : Lien sentimental et lien social, régit par la loi (droit et devoir). Chaque citoyen est libre par la loi et souverain par son appartenance au peuple (le peuple est souverain dans une démocratie). Le sentiment est l’ «homme intérieur » et le social est le « monde extérieur » de l’homme. Nous sommes donc confrontés à une énigme : Association entre ces deux mondes. Une société harmonieuse n’existe qu’à condition de respecter la séparation du « monde extérieur » et de l’«homme intérieur », mais aussi de disposer d’un moyen de les combiner ou de les rendre compatibles. Si ces deux mondes qui forment une société tirent dans des sens opposés, elle ne peut que se renverser et se briser. « Aimer la patrie » est-il un moyen pour consolider la société khmère ?

 

Pour répondre à cette question, un examen de la société khmère est nécessaire.

 

Au XIXe siècle, le Cambodge est un pays rural avec d'innombrables villages, misérables souvent, groupes de maisonnettes pareilles à celles qu'on peut voir aujourd'hui encore dans toutes les contrées du pays. Les villageois ou paysans formaient des communautés serrées, vivant d'eux-mêmes, guidés par un conseil des anciens ou un chef des bonzes. Leurs activités économiques étaient celles de subsistance, fermées sur elles-mêmes. Ils étaient incapables d'acheter que quoi ce soit des marchandises dites de ville ou de luxe. Ces produits étaient réservés aux citadins, parce qu'ils coûtaient cher pour les paysans. Leur lien unique avec l'autorité de l'État était l'impôt. Celui-ci collectait l'impôt, payable en nature. Les paysans étaient pauvres et endettés. Ils devaient recourir aux prêteurs chinois pour leurs subsistances. Quand leur dette n'était-elle pas acquittée, les prêteurs saisissaient leurs terres. Au fil des temps, plus de la moitié des villageois était des paysans sans terre. Ces paysans étaient devenus des métayers ou ouvriers agricoles qui travaillaient pour les comptes des riches propriétés terriens qui sont en général des Chinois. Ils sont détestés, mais indispensables pour les paysans pauvres. Accablés par leurs dettes, ces paysans étaient vis-à-vis de leurs patrons dans une position pire que celle des esclaves. Pauvres paysans, en vérité, prisonniers, la plupart du temps, d'une économie de subsistance. Toute la paysannerie khmère est à égalité dans la pauvreté. Pendant quatre vingt dix ans de protectorat français, cette situation ne changeait guère. La France protège le pouvoir et les frontières, mais pas la population. Elle pratique la politique capitaliste : Le Cambodge est un marché où écouler ses produits industriels et acheter certains produits bruts destinés à alimenter ses industries. Ainsi, des villes se créent qui n'ont d'autres fonctions que de rassembler et d'expédier ces marchandises. Ces villes sont habitées par des commerçants chinois, des colons français et des fonctionnaires khmers. Les liens entre les villes et les campagnes sont inexistants. Pas de route, pas de communication.         

 

L'organisation sociale de base de la société khmère est simple : Un père et ses enfants, un chef et ses fidèles, un Roi et son peuple, des Dieux et leurs adeptes. On peut donc résumer cette organisation en un mot, être supérieur et être inférieur. Le Supérieur est l'homme prédestiné ou providentiel (Neak Mean Bon). L'Inférieur est l'homme inculte (Neak Lagông Klao). À tel point que dans le langage de communication de l'Inférieur vers le Supérieur, les mots précisent la position du sujet.  Par exemple le mot "Knhom » (Je ou Serviteur) indique que le sujet exprimé est un Inférieur. Depuis toujours, au Cambodge, on parlait peu des Khmers, mais beaucoup du Cambodge. On supposait que les Khmers sont heureux avec la gloire de l'Angkor, comme aujourd'hui des villas de quelques richards dissimulent des cabanes des pauvres qui décorent le pays. Cette double image, splendeur d'une minorité, misère de la masse populaire est apaisé par le culte de Neak Mean Bon. L'Inférieur qui s'agenouille devant le Supérieur, même aujourd'hui, ne choque personne, parce que c'est la coutume khmère. Des récits des savants sur l'organisation sociale khmère au modèle de la division de castes à l'indien ne sont qu'une littérature pour moi : Au premier rang, les brahmanes sont des prêtes, maîtres spirituels ; viennent ensuite les guerriers, rois, princes, grands seigneurs (Kshastryas) ; au troisième rang, sont les petits paysans, éleveurs, artisans, marchands (Vaysyas) ; enfin à la quatrième et dernière place les çudras qui sont, à l'origine du moins, des indigènes asservis. Cette organisation sociale khmère autorise mal le jeu d'opposition. Le dialogue égalitaire entre père et enfants est impossible. Pas la peine d'y penser entre le roi et son peuple. Cette organisation emprisonne le peuple dans sa case, appelée l'"obéissance" (Korûp Pranibât). Elle empêche la société khmère de tourner vers l'avenir. Elle s'éloigne fatalement toute révolution sociale. L'obéissance est l'ordre existant. Il suffit de lire toutes les codes de morale khmère. Elles reposent toutes sur l'obéissance à des ordres déterminés par les anciens. Dans chaque famille traditionnelle khmère, chaque enfant est pris dans le corset de fer d'une éducation à l'obéissance sans faiblesse. Un véritable dressage l'oblige à observer un code qui réglemente sa façon de dormir, de marcher, de s'asseoir, de parler, de rire, de vivre en couple. Ce qu'on appelle au Cambodge le code des anciens ou règles de moralité. Le cadre traditionnel de la vie villageoise est figé. Ce cadre est incapable d'absorber la modernité. À échelle du pays, il devient impuissant pour faire face à tout-puissant adversaire de l'organisation sociale des pays voisins qui s'ouvre facilement vers la modernité. Ils sont sans doute fidèles à toutes leurs traditions qui coexistent avec la modernité. La rigueur et la souplesse, "élasticité" est sans doute une de leurs supériorités sur notre modèle social.

 

Au XXe siècle, la société khmère ne change guère son visage. La pauvreté est toujours présente dans la société khmère. Les conditions de vie ardue des paysans sont identiques au XIX siècle. Ces conditions semblent travailler à appauvrir davantage les pauvres et à enrichir les riches en petit nombre. Le contraste entre les villes et les campagnes se manifestent clairement. On voit les paysans comme des arriérés (A Samré) et les citadins de peau claire comme des civilisés (Neak Samay) : Travailler dans la rizière est considéré comme un raté (A Chaur Masirth) ; travailler dans le bureau est  regardé comme un homme cultivé (Neak Chès Deung) ; posséder beaucoup d’argent est honoré comme un patron chinois (Thao Ké). La société khmère du XXe siècle est encore de couleur noire de deuil, nonobstant le contact avec l’Occident pendant quatre-vingt dix ans (1863-1953 : Protectorat français) : La science n’était pas un moyen de gouvernement et l’intelligence n’était non plus comme une force sociale. La féodalité peut vivre en paix pendant la présence des Français, enfants spirituels de Jean-Jacques Rousseau, de Voltaires et inventeurs des droits de l’Homme. Adhémard LECLERE (ancien Résident de France au Cambodge) écrit quelques lignes importantes dans la préface de son livre (les codes cambodgiens – Lois constitutionnelles, date de publication 1898) : la France avait pour mission (XIXe siècle) de relever le peuple khmer, de galvaniser et de l’avancer dans la voie de la civilisation où il s’est arrêté. Six ans plus tard, Armand ROUSSEAU donnait son avis dans sa thèse pour le doctorat en 1904 (le protectorat français du Cambodge) : c’est grâce à cette puissance protection que Norodom Ier, a pu mourir sur le trône de ses ancêtres après un long règne (1864-1904) dont les dernières années furent pour son peuple une ère de paix et de prospérité qu’il n’avait pas connue depuis des siècles.

L’immobilisme culturel continue d’être considéré par le Pouvoir comme un facteur de stabilité du régime politique. La distance ne cesse de s’accroître entre le monde moderne et la tradition quasi inchangée depuis la nuit des temps. Au fil des années, ces deux éléments deviennent des forces d’opposition entre-elles : La tradition représente le Pouvoir et le moderne symbole les intellectuels (Neak Chès Deung) ou la  force de l’intelligence. La combinaison entre ces deux forces était impossible pour des raisons coutumières. Le moderne voulait renouveler la figure du pouvoir par la démocratie et le Pouvoir voulait garder la tradition pour maintenir sa supériorité innée dans la hiérarchie sociale. La nouvelle forme de servitude était inventée en effet par le Pouvoir pour combiner ces contradictions : Le socialisme khmer. Les uns le considéraient comme une chose nouvelle, une invention de génie ; ils espéraient créer une force nationale (le nationalisme khmer), fondée sur la force traditionnelle millénaire. Les niveleurs républicains et révolutionnaires khmers le jugeaient irrésistible, parce que cette invention leur semble le fait le plus continu, le plus ancien et le plus permanent que l’on connaisse dans l’histoire khmère : Aimer l’ordre ancien, c’est aimer la patrie. Mais la démocratie proposée par les régicides ne changeait pas la nature du Pouvoir : Celui qui tient le pouvoir est toujours le Roi dans l’esprit khmer, fondé sur le principe de « Neak Mean Bon ».  « Neak Chès Deung » deviennent ainsi « Neak Mean Bon », une fois ils avaient le pouvoir.

           

Cet esprit n’est pas sans conséquences : La destitution de la monarchie en 1970 (18 mars), la prise de pouvoir par les Khmers Rouges en 1975 (17 avril) et l’intervention des forces vietnamiennes au Cambodge en 1979 (9 janvier). Ces trois évènements majeurs dans l’histoire contemporaine khmère font tomber la société khmère dans la déprime, l’humiliation et la souffrance. Le prix à payer des erreurs commises par les dirigeants khmers de tout bord est cher pour le peuple khmer : Deux millions de morts et la perte de l’indépendance du pays. Le XXe siècle est un siècle, à lui tout seul, d’assemblage de la décadence de la société khmère de jadis et le miroir du mal khmer.  

 

Sans mesurer la déchéance profonde de la société khmère, aujourd’hui, les nationalistes khmers veulent à tout prix la redresser sans délai et sans trouver les moyens d’y porter remède. Leur combat est fondé sur le ressentiment national d’une grande nation khmère disparue. En dépit des apories de la grandeur khmère et de la nature totalitaire du régime politique de l’époque glorieuse, ils continuent de soutenir intellectuellement la thèse de l’Empire khmer, période (IXe au XIVe siècle) pendant laquelle le Cambodge avait atteint son l’apogée en termes d’expansion territoriale et d’influence régionale, pour faire une référence nationale. Le rassemblement des nationalistes de droite et de gauche s’opère autour d’un slogan, « Nous, Khmers, descendons direct de la race Khmers d’Angkor, race bâtisseuse de la grandeur de la Nation khmère  ». Ce slogan est une exacerbation des affrontements idéologiques qui caractérisèrent l’immédiat après l’indépendance nationale. Est-t-il du nationalisme intégral ? ou du patriotisme ? Nul ne saurait le dire. Pour les démocrates, ils sont convaincus que le déclin de la société khmère puisse être contenu mécaniquement par la mise en place d’un régime démocratique libéral. Or nous savons aujourd’hui la mise en place de celui-ci sans être accompagné par une politique de développement économique active et des travaux de l’intelligence (la formation de l’esprit) n’est qu’une utopie. Tocqueville écrivait (de la démocratie en Amérique) : « … chaque développement de la science, chaque connaissance nouvelle, chaque idée neuve, comme un germe de puissance mis à la portée du peuple. La poésie, l’éloquence, la mémoire, les grâces de l’esprit, les feux de l’imagination, la profondeur de la pensée, tous ces dons que le ciel répartit au hasard, profitèrent à la démocratie… ».


Dans la société khmère d’aujourd’hui, il y a une espèce d’antagonisme, l’un dresse contre l’autre : L’un n’abandonne pas à glorifier le passé, l’autre ne se lasse pas de prolonger des critiques contre le passé. Que représente-il ce passé pour le premier : On respecte l’ordre, on évoque la famille, l’autorité, la religion et la tradition. Le second appelle l’égalité, la raison, la liberté et la loi. À l’heure de l’internet, on trouve cet antagonisme dans les débats des hommes de savoir. C’est une bataille intellectuelle et idéologique. Chaque camp défend sa position avec véhément. Chaque position devient immédiatement suspecte de trahison (Kbâth Cheat). Il n’y ait pas de demi-mesure : Si tu n’es pas dans mon camp, t’es mon ennemi. La guerre des idées fait rage dans les milieux des intellectuels khmers. Ces soldats des idées prennent le temps à aimer la patrie, chacun à sa façon et qui déprime à force de combattre l’autre. Bien sûr, il ne faut baisser la garde, quand il s’agit de défendre la patrie en panne de perspective d’avenir. Mais, comme Christophe Barbier, journaliste français, écrit : « La ténacité n’est pas la férocité. Rien ne serait plus dangereux que d’humilier l’ennemi ». En faisant ce constat, je suis conscient de mon abus, compte tenu de la limite de mon savoir. Je n’ai ni l’intelligence, ni l’expérience d’un savant, je ne demande donc pas à mes amis de réfléchir sur le sujet dont j’examine, mais plutôt sur leurs propres pensées fondées en raison. Est-elle toujours supérieure et sans déficiente ? La mienne n’est pas une antithèse aux autres idées qui valorise la pensée khmère, mais une interrogation sur son rôle dans la construction de la grandeur et sa responsabilité dans la décadence de la nation khmère. Combien de fois j’ai pleuré de chagrin de voir mon pays agressé, humilié, meurtrier par la stupidité d’idéologie des dirigeants khmers de tous les régimes. Je suis né Khmer, je suis fier de l’être dans le malheur et bonheur de ma patrie. Est-il une force de l’amour ? Je n’en sais rien. Je me rappelle bien une phrase célèbre de l’ancien président des États-Unis d’Amérique, John Kennedy : « Demandez  ce que vous pouvez faire pour votre pays… ». Ce que j’essaie d’y faire tous les jours. Cela me donne-t-il le droit de dire que j’aime la patrie plus que les autres ? Bien sûr que non. Mais, tuer son propre peuple comme Pol Pot l’avait fait, est-il un acte d’amour ? Mal protéger le pays contre la domination étrangère, est-il appelé l’« Aimer la patrie » ? « Aimer la patrie » en oubliant la réalité de la société khmère, est-il un vrai amour ? L’«Aimer la patrie » n’avait pas de modèle, mais la conscience aiguë de disposer de l’un des plus beaux esprits qui soient : la vérité

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 23:49

Le mal khmer

 

Nous, Khmers, ne sommes pas fiers de la date du 17 avril 1975. Quelques jours seulement de l’arrivée du nouveau divin (Tévoda) qui vient protéger la population du pays khmer, on annonce la fin de la guerre fratricide. Tout le monde a cru, en effet, que le divin-protecteur de la nouvelle année apporte la paix et le bonheur. La joie dans l’espoir de vivre dans un Cambodge nouveau, dirigé par les hommes intègres et incorruptibles (Neak Sâan Sâam) est pour tout le monde. Dans les rues de Phnom-Penh, on applaudit les jeunes « Yothear » (soldats des Khmers Rouges), appelés Khmers-libérateurs (Khmers Romdash). Cette victoire des Khmers Rouges est acceptée et souhaitée par la population et forcée les soldats républicains à déposer les armes partout dans le pays. Chaque unité de l’armée républicaine lève le drapeau blanc dont les soldats sont majoritairement fils des paysans comme ceux des Khmers Rouges. Frères de classe, ils se combattaient les uns contre les autres sans savoir vraiment le but de la guerre. La politique n’est pas leurs affaires. Jeunes, 13 à 16 ans, leur seul souhait, après la fin de la guerre, c’est de retourner chez eux à la campagne pour se retrouver leur parent chéri et rejouer les jeux d’enfance dans leur village et nager dans la rivière proche de leur maison en chaume, élevée de la terre par des pilots en bois. Tout le monde rêve de revivre la vie normale après cinq ans de guerre qui ravage le pays. Des millions des paysans qui fuirent le danger de la guerre pour se réfugier dans les grandes villes sont prêts à retourner dans leur village après une annonce à la radio de la fin de conflit armé entre les parties khmères. A la première heure de cette communication, tout le monde ne parle que de la paix retrouvée et l’espoir de vivre dans le Cambodge nouveau. Le nouvel an 1975 annonce donc un bon augure : On sent l’air nouveau avec l’odeur de bonheur ; on allume plus de baguettes d’encens pour remercier le Bouddha ; on fait de la prière pour chasser des mauvais esprits du domicile. En un mot, on est heureux de sentir bien : On se dit après la pluie, c’est le beau temps et après la guerre, c’est la paix.  Personne de ne s’interroge pas sur la nature du nouveau régime khmer rouge, parce qu’on pense que les Khmers Rouges soient avant tout des Khmers comme les autres dont le principe de la vie est la tolérance. C’est ce qu’on y croie depuis la nuit des temps. Nous inventons un culte de la « pureté de la race khmère » (Khmer Mean Pouch) dont l’ordre social est construit sur de solide héritage culturel : La religion (Bouddhisme), la tradition et la race khmère (race d’Angkor, Bayon, Preah Khan). Ce triptyque est un bien-pensant qui constitue les normes khmers et ce qu’on nomme les valeurs de la communauté. Pour être un Khmer « Mean Pouch », faut-il  qu’on fléchisse à ces normes ? J’espère que non, parce que les Khmers ne sont pas tous bouddhistes et n’appartiennent à la race d’Angkor. Un Khmer ayant un patronyme sinisé appartient-il à la race khmère d’Angkor ? Celui-ci se sent Khmer comme les autres Khmers ayant le sang du groupe E, par exemple, parce que son cœur est khmer, malgré sa physique chinoise.  

 

Quand nous voulons parler de la race khmère « Khmer Mean Pouch », nous recherchons sans aucun doute la pureté de la race khmère dans laquelle on évoque des valeurs supérieures : la morale et l’intelligence. Être Khmer, dans ce concept de la pureté de race khmère, il fallait être l’homme intact. Nous le savons que Pol Pot rêvât de peupler son Kampuchéa Démocratique des Khmers intacts. Il transformait le pays en une chambre stérile dans laquelle, il préservait la race khmère des pollutions pour fabriquer les Khmers intacts (Khmers nouveaux dans sa version révolutionnaire). Il fallait pour réussir dans un délai record tuer les Khmers innocents pour être sûr d’atteindre des Khmers impurs pour son eldorado révolutionnaire. Résultat : Deux millions de morts. La période sanglante des Khmers Rouges (17 avril 1975 au 7 janvier 1979) est capitalisée dans la mémoire des hommes comme la période noire de l’humanité. Je me souviens bien d’une conversation en France avec mon cousin par alliance Chhim Kheth (l’homme politique khmer, ex-député et ex-Secrétaire d’Etat aux budgets), avant son retour au Cambodge en juin 1975 pour rejoindre les Khmers Rouges victorieux. Il résumait son idéal en une seule phrase qui véhicule toute l’éternelle sanie de l’utopie polpotienne : La révolution va purifier la société khmère pour recréer la race pure khmère comme celle d’Angkor. Et pourtant, nous le savons que les hommes vivent dans un changement permanent qui dissout les institutions puissantes d’antan comme autant de rives de sable. Nous constatons que dans son histoire, le Cambodge a fait multiples emprunts des civilisations (indienne, chinoise, iranienne, occidentale). Bien sûr de très lointaines origines jusqu’au XIVe siècle, le Cambodge est pris dans une « culture » solide mais inerte qui s’érode. Son destin se déroule déjà comme la suite : sous le choc d’invasions étrangères, et les guerres fratricides le Cambodge plonge dans le déclin. Sous la domination thaïlandaise, l’occupation vietnamienne et le protectorat français, le pays est récréé à l’image d’autrui. Pour effacer cette influence déplaisante, nous voulions souffler les « braises » mal éteintes, noyées dans la cendre de notre culture pour rallumer l’incendie de la pureté de la race khmère. Cette résistance est normale et légitime. Sauf qu’elle est faite dans un corps de société inerte et une masse amorphe. C’est à partir de cet état d’asthénie du peuple khmer durant des siècles de décadence, nos nationalistes de tous bords voulaient recréer le dynamisme khmer par la théorie de la race pure. Thèse que l’on retrouverait chez les monarchistes, les républicains, les communistes. Cette théorie qui n’annonce rien, qui ne promet rien et qui n’a rien à attendre ni espérer. Elle est une sorte d’une déclaration d’un état des lieux du passé glorieux du pays khmer faite par les nationalistes khmers. Par cette déclaration, ils voulaient instiller en vain cette doctrine dans le corps malade de la société khmère. Six siècles de déclin (du XIVe au XXe siècle) qui transformait le plus grand nombre des Khmers en personnalités anxieuses : - Soucis trop fréquent ou trop intenses par rapport aux risques de la vie quotidienne pour soi-même ou ses proches – Tension physique souvent excessive – Attention permanente aux risques : guette tout ce qui pourrait mal tourner, pour contrôler des situations même à risque faible (évènement peu probable ou peu grave). Le régime de Pol Pot transformait cet état d’anxiété en maladie et nous le savons que les traitements efficaces de cette maladie sont souvent l’association d’une psychothérapie et de médicaments. Au fil des siècles, l’état d’anxiété des Khmers avait une conséquence regrettable pour la société khmère : La « Peur » devient une règle de fonctionnement de notre société. Pour éviter des ennuis, dans la vie quotidienne, nous faisions des ronds de jambe (politesse excessive) vis-à-vis d’autrui dont le sourire khmer est en fait notre expression d’anxiété et de défense contre les risques de la vie quotidienne. Théoriser la race pure khmère, c’est comme nous demandons aux Khmers en état d’anxiété de plonger dans l’eau alors qu’ils ne savent pas nager.

 

Nous ne pouvons pas vivre en permanence dans le passé glorieux khmer. Il y a trois sortes d’Histoire d’une nation : Celle que les scientifiques expliquent aux autres des évènements notés dans les anciens livres, celle que les dirigeants ou les nationalistes exhument des faits ou des documents pour servir leur politique ou renforcer leurs théories et celle que le peuple se raconte qui n’est pas seulement une légende. C’est aussi un élément essentiel de la vie d’une nation, de son image collectif, de l’idée qu’elle se fait d’elle-même. M. Keng Vannsak, un Khmer érudit, inventait la quatrième forme d’histoire : Une hérésie fondée sur l’esprit de bon sens et l’esprit contestataire. Une belle théorie non publiée à la connaissance du grand public, parce qu’il avait peur d’être ridiculisé par les savants occidentaux. Il avait tort, à mon avis. L’histoire glorieuse de la période d’Angkor est racontée par les dirigeants de l’époque, elle pourrait cacher la misère et la souffrance du peuple khmer pour servir les ambitions politiques, comme la gloire de l’URSS qui cachait la souffrance des peuples de cette union. L’histoire racontée par le peuple khmer est dans les faits : un peuple d’esclave qui obéissait au pouvoir au doigt et à l’œil. Depuis des siècles, les hommes discutent des contradictions qui opposent liberté et oppression ou pouvoir et justice sociale ; ils ont pourtant, à travers ces débats, inventé la démocratie politique puis la démocratie sociale. Pourquoi rechercherions-nous à vivre dans le passé glorieux qui ne nous donne aucune base pour régénérer notre société pour le progrès et la modernité politique et sociale. La dimension de l’histoire pour une nation est une nécessité, à une condition que cette dimension soit tournée vers l’avenir.

 

Nous faisons appel à l’histoire, à la religion, à morale, aux traditions pour bâtir notre concept de la race pure khmère (Khmer Mean Pouch). Cela voudra dire un seul ordre ancien dans une société qui ait pourtant besoin tant de changement. Le retour d’aujourd’hui de l’ordre ancien s’inscrit dans l’esprit de préservation de notre tradition millénaire. Il ne faut pas nous en étonner que le nouveau ne soit pas annoncé. Notre société d’aujourd’hui est famélique, parce qu’elle manque de viatique pour se développer elle-même. Nous inventons de toutes sortes d’ennemis pour ne pas reconnaître que nos ennemis soient nous-mêmes. L’essentiel, et tout est là, est de désigner des ennemis plausibles qui ne soient pas les ennemis réels. Et il est difficile, alors de ne pas se demander, est-ce que cela  n’est pas, au fond, une erreur dans notre diagnostique. Stefan Zweig écrivait (La guérison par l ‘esprit) : « Combien peu d’hommes, en politique, en science, en art, en philosophie, ont le courage d’avouer nettement que leur opinion d’hier était une erreur et une absurdité ». Souvent nous demandons : « pourquoi notre société d’aujourd’hui est-elle devenues si malhabiles à tirer les leçons de son passé ? ». Et pourtant, nous disons souvent aussi que nous connaissions bien l’histoire, les mœurs de notre société : elle n’a plus de secret pour nous ; pourquoi, alors, nous continuer de commettre des erreurs ? Narcissisme alors ? La pureté de race khmère (Khmer Mean Pouch) s’inscrit dans l’esprit de passion de soi au passé ? Bien sûr, nous répliquons à ces questions : « les traditions consolident la nation khmère ». Les traditions sont le monde vécu, que François Dubet, appelle l’expérience, n’a plus d’unité ; non pas parce que la société contemporaine est trop complexe et change trop vite, mais parce que s’exercent sur les membres des forces centrifuges les tirant, d’un côté vers l’action instrumentale et vers l’attrait des symboles de la globalité et d’une modernité de plus en plus définie par la désocialisation, et de l’autre vers l’appartenance « archaïque » à une communauté définie par la fusion entre société, culture et personnalité. Il n’existait donc pas de rupture entre le monde vécu et le système social, écrit Alain Touraine (Pourrons-nous vivre ensemble ?). L’acteur et le système étaient en réciprocité de perspective ; le système devait être analysé comme un ensemble de mécanisme et de règles, l’acteur, comme dirigé par des valeurs et des normes intériorisées. Selon le concept du « Khmer Mean Pouch », nous supposons que le Khmer (acteur) soit conduit par des valeurs supérieures (normes) de la société khmère où il y a des codes (règles) de conduite bien définis. Les traditions sont du mécanisme de fonctionnement de la société khmère et la discipline de chacun à respecter ces traditions est la valeur intériorisée. La réciprocité est donc parfaite dans la construction du concept de « Khmer Mean Pouch ». Par ce concept, chaque khmer doit avoir une mémoire totale des traditions khmères. Mémoire culte : Mé-Bas (culte rendu aux parents, c’est-à-dire à ceux qui ont donné la vie) – Mémoire totem : Néang K’hing et le crocodile (culte des génies du sol et des eaux) – Mémoire religion (lien social se dit religion) – Mémoire société (la gloire de la période angkorienne). Cette façon de se laisser gagner, envahir, par ces mémoires, a un nom – que Nietzsche lui a donné : le « ressentiment » (souvenir d’injure avec désir de s’en venger). Ces souvenirs ont un but : redonner à la société une identité qu’elle n’avait plus. Bernard-Henri Lévy (BHL) écrit (La pureté dangereuse) : « Une société perd ses repères ? Elle ne sait plus qui elle est, ni ce qui la ressemble ? Qu’à cela ne tienne ! Elle réveille le sentiment national. Stimule la fibre patriotique. Elle ressuscite les valeurs les plus grossières et, d’une certaine manière, les plus anciennes – ce qui reste quand le reste flanche, ce qui tient quand tout s’écroule : cette identité bouée, cette identité recours, cette identité fruste, mais solide, qui est, à la lettre, dans ces situations, la dernière des identités ».

 

La société khmère a-t-elle perdu ses repères ? Pour y répondre, il est important de savoir quelles sont des repères dont nous voulons parler : la gloire d’Angkor ou les lumières de l’esprit ? Les siècles de l’Empire d’Angkor étaient-ils des siècles des lumières de l’esprit khmer ? Quand je parle des lumières de l’esprit, ce ne sont pas la philosophie du Bouddha, les connaissances dans le Véda, le génie du peuple khmer et les codes de conduite khmers, mais connaissances porteuses d’émancipation ou d’espérance adressées au peuple khmer qui vivait et vive encore dans la servitude. Je cite l’écrit d’Emmanuel Levinas comme BHL note dans son livre : « l’homme est libre par la loi, serf par la racine ». Je cherche en vain dans les connaissances anciennes khmères, la loi qui libère le peuple khmer de la pauvreté par la liberté d’entreprendre, en revanche je trouve abondamment des codes moraux qui l’enferment dans l’« obéissance ». Qu’il soit dévoué à ces codes corps et âme, tout dit, les répète et les réclame, ainsi le veut ces codes khmers : l’obéissance inconditionnelle aux coutumes : un bon enfant est un enfant qui se soumet à la volonté des parents (culte Mé-Ba) et un bon peuple est un inconditionnel du roi (culte dieu-roi), parce que c’est la tradition. Depuis l’adoption de la première constitution en 1947 par les premiers constituants khmers, la passion nationale auréolée de tout prestige de fierté par nos nationalistes était le temple d’Angkor Vat. Tous les régimes politiques de droite à l’extrême gauche adoptaient ce monument comme identité nationale ; Tous les politiques parlaient, évidemment, chacun dans son expression, de Khmer Mean Pouch, race bâtisseur du monument d’Angkor et ils croyaient que cette identité donne un repère à la société khmère pour bâtir l’avenir. Mais nous le savons que les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous.                 

 

Franchement, je n’y crois pas. Je m’en excuse auprès de mes amis qu’ils ont la foi. Je les trouve ambitieux et pessimistes. Et je voudrais tenter de dire d’un mot, pourquoi. Louis-Ferdinand Céline disait : « quand la gangrène a gagné l’épaule, c’est « foutu ». Avant on peut faire l’ablation du bras. Mais à l’épaule, c’est trop tard ». Le mal khmer est-il trop tard pour le soigner comme la France « foutue » pendant la seconde guerre mondiale, selon Céline ? Certains politiques khmers pensaient que dans vingt ans, le Cambodge n’existe plus. Il deviendra une province vietnamienne dont la nécessité de consolider la race khmère pour faire face à cette éventualité. Je dirais, s’ils continuent de penser ainsi, il est certain que cette éventualité devienne une fatalité. C’est par cette pensée qui nous rend sinistre. C’est par l’invention de la théorie de race pure khmère qui nous renferme dans une société inerte. Sauve qui peut, par cette pensée et cette invention, c’est le premier et dernier mot de notre pessimisme. À mon avis, le mal khmer n’est pas une gangrène, il est intellectuel. Il n’est pas trop tard pour obturer la faille de notre pensée. Cette faille la plus féroce, c’était celle de Pol Pot. Et nous savons qu’au premier coup de canon des Vietnamiens, il n’y a plus des Khmers Rouges pour défendre la fierté khmère.           

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 15:56

L’obsession d’« Antivietnamien » ?

 

L’obsession d’antivietnamien est-elle une valeur ?

 

Récemment j’ai lu un courriel d’un compatriote, adressé à sa communauté de pensée, dans lequel il écrit ceci : S’il fallait faire une autre guerre contre le Vietnam pour libérer le Cambodge, pourquoi pas ?

 

J’aime bien partager cet esprit coloré du patriotisme sincère, parce qu’il était le mien, mais je suis triste aujourd’hui de l’entendre, parce que ce propos ne représente pas la valeur de la pensée réfléchie khmère. On me dit souvent que nous, Khmers averti, ne connaissons pas assez l’histoire du Vietnam. Oh non ! Nous la connaissions très bien, parce que nous vivions dans son histoire depuis les siècles durant : L’annexion du Champa, du Kampuchéa Kron s’incruste dans notre mémoire collective.  En revanche ce que nous ne connaissions pas assez, c’est plutôt notre propre histoire : Nos forces, nos faiblesses, notre pensée, notre histoire tout simplement, parce qu’elle tout temps manipulée par les hommes du pouvoir depuis la nuit des temps. Il n’y a pas de vérité dans notre mémoire, il n’y a que de façon de voir. Le pourquoi, la date du 7 janvier 1979 est un sujet de controverse entre les Khmers. Les vainqueurs d’aujourd’hui perçoivent ce jour comme date historique, quant aux nationalistes khmers, ils le comprennent comme journée catastrophique pour la nation. Dans ce débat, les deux parties sont convaincus d’avoir raison, parce que toutes deux de bonne foi, mais cette affaire apporte-elle quoi de plus à la vérité ? Parce qu’il n'y en avait qu'une seule vérité que nous ne pouvions pas la renier : Il fallait qu’un pays se lève pour mettre fin à l’un des drames les plus insupportables de l’histoire de l’humanité. Pour renier à cette vérité, il faut que nous arrivions à expliciter les autres options de libération du peuple khmer de l’enfer khmer rouge par lui-même sans aide extérieure. Je ne dis pas que le peuple khmer fût libéré par l'armée vietnamienne, parce que la suite, tout le monde le savait, que le Cambodge a été occupé pendant dix ans par cette force. Après, il y a eu le 23 Octobre 1991, date à laquelle, l’ONU s’engageait à mettre fin à la guerre fratricide au Cambodge et à aider le peuple khmer à retrouver le chemin de la démocratie. Est-ce que c'est aussi la faute du Vietnam, même nous savions que son ambition à l’égard de notre pays est connue, si nous avons raté une occasion unique de faire entrer le Cambodge dans l’ère de la démocratie ? Pendant la durée du mandat de l’ONU, nous avions la possibilité par la cohésion sociale de bénéficier des fruits de la paix et de la liberté. Mais, la vérité à mon sens, c’est que nos dirigeants de tous les partis, à ce moment-là, ont privilégié leurs pouvoirs personnels sur la démocratie. Nous pouvons presque parler, ici, de trahison des élites de la mission que le peuple leur confie. Une partie des gens, qui dirigeaient le Cambodge à ce moment-là, n’avaient absolument rien fait pour promouvoir la démocratie.

 

L’obsession d’antivietnamien nous amènerait dans un terrain miné de frustration, si elle était évoquée uniquement pour exprimer notre nationalisme. Le vocabulaire « nationalisme » depuis des élections de 1993 ne faisait pas de recettes aux partis qui portaient son nom. Ce mot est vide de sens et le peuple khmer ne saurait même pas aujourd’hui qu’il représente quoi au juste comme valeur. Antivietnamien ? Anti-Hun Sen ? L’amour de la patrie ? Les intérêts de la nation ? Ceux-ci sont implicites. Il est difficile d’identifier leurs valeurs précises. Notre gesticulation du nationalisme culturel se manifeste depuis des siècles : Le même air d’antivietnamien pour aguicher notre patriotisme. La philippique de certains de nos compatriotes contre l’impérialisme vietnamien est sans doute justifiée, mais qui ne permette pas de mobiliser l’opinion internationale, parce que dans le monde d'aujourd'hui, ce langage soit peu ragoûtant. Le Cambodge n’ait rien à gagner dans ce discours violent, parce qu'il n'ait pas de force pour adosser sa détermination martiale. Il va falloir imaginer autres choses pour que notre nationalisme soit audible. Nous le savons bien que dans le combat de maintien de la nation khmère, ce n'est pas un combat d'esprits, c'est aussi gagner les cœurs des Khmers et des peuples du monde. Tant que nous n'arrivions pas à trouver d'autres moyens et d'autres méthodes pour défendre notre nation, celle-ci soit toujours menacée, d'abord par notre propre archaïsme et ensuite par la mondialisation.           

 

 

Antivietnamien constitue-t-il une valeur de rassemblement des Khmers ? Dans des siècles passés, pendant la république khmère et aujourd’hui encore, il ne présente pas aujourd’hui un slogan mobilisatrice de nos compatriotes. En revanche, il y aurait dans la pensée de chaque khmer une antipathie vis-à-vis des Vietnamiens. Mais cette antipathie, n’est pas du racisme. Elle est née au départ du choc de cultures entre les deux peuples, ensuite des guerres entre les deux nations et enfin de l’occupation de la terre khmère par le Vietnam. Ces trois éléments constituent au fil des siècles une force de suspicion permanente entre ces deux peuples qui sont condamnés toutefois à vivre côte à côte. Le Kampuchéa Krom (Cochinchine) est pour nous une image de l’impérialisme du Vietnam. Il s'inscrit dans notre mémoire. En effet, ce droit de mémoire est un devoir de tous les Khmers. Mais ce droit ne soit sûrement pas un obstacle infranchissable à surmonter dans des différends entre deux nations de voisinage : Problèmes de l’immigration incontrôlée, des frontières, le respect des droits de nos compatriotes Khmers Krom. Notre droit de mémoire ne soit non plus dévoyé en haine raciale. À mes yeux, cette haine n'est plus une force mobilisatrice des Khmers, parce que nous ne sommes plus un peuple homogène. Il faut accepter qu'aujourd'hui, 30 à 40 % des jeunes khmers sont nés des parents d'origine étrangère, chinoise, vietnamienne, française, américaine etc. Les discours des colifichets de supériorité de notre peuple ne convainquent plus personne, parce que la réalité est là. Depuis plusieurs siècles déjà, le modèle khmer est rétif. Notre pays se rétrécissait comme une peau de chagrin. De l'Empire à l'État perfusé d'aides pour survivre, il aurait besoin plus de cohésion sociale dans la société d'aujourd'hui qu'un dilettantisme. La vérité est que nous désirions être supérieur et mirobolant, mais est-ce pourrions-nous les prouver ? L'avenir de notre pays dépendait de notre capacité à nous ouvrir au monde, à ne pas nier la réalité, à ne pas prétendre offrir à notre peuple un modèle utopique, tel que celui d'Angkor. Je suis convaincu qu'un langage de vérité inciterait les Khmers à se mobiliser autour d'un projet réaliste. Nous n'avons d'autre issue aujourd'hui que de changer nos habitudes.

 

L’obsession d’antivietnamien nous enfonce dans une position défensive en permanence. Tout est faux venant du Vietnam pour nous. Les échanges économiques entre les deux nations sont vus aussi comme un danger. Ces échanges en fait ne représentent pas un danger pour notre nation, s’ils le font dans le respect des intérêts mutuels entre les deux pays, ils constituent au contraire un facteur de progrès économique pour notre pays. Le danger n’est pas dans les échanges économiques, il est plutôt dans la capacité de nos dirigeants à défendre les intérêts du peuple khmer dans le monde où il n’y a plus de frontières économiques entre les nations. Le Vietnam profite sans doute de la faiblesse du Cambodge. Mais, nous le savons bien que dans ce monde actuel, les plus riches profitent toujours les plus pauvres. On investit au Cambodge, en Bangladesh ou ailleurs dans le monde, parce que les mains d’œuvres dans ces pays sont moins chères ou il y a quelques choses à gagner. Au nom de realpolitik, le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique n’hésite pas de faire du commerce avec la Chine communiste. Comment imaginer qu’un petit pays comme le nôtre puisse embrasser la complexité d’un monde chamboulé sans être passé par la solidarité régionale, où se définissent tous les grands projets économiques et commerciaux ? Nous répétons toujours la même chose ce qu’il en est la domination vietnamienne, pas ce qu’il faut faire du Cambodge. Notre conception de la nation est "nation-race", laquelle ne s'adapte plus au monde sans frontière d'esprits et de progrès techniques de toutes natures. Pour suivre cette évolution, il va falloir inventer une notion à la vision française de la "nation-choix collectif" (mot inventé par le journaliste français Prévost-Paradol au XIXe siècle), parce qu'elle répond à la réalité de notre pays d'aujourd'hui. Je ne dis pas qu'il faut accepter ce qu'il n'est pas acceptable : baisser les bras devant l'ambition du Vietnam qui est par nature, impérialisme, nation de trois ky. Pour y faire face, il faut que le nombre des Khmers doit s'augmenter assez rapidement, écrit Noun Khoeun, historien khmer (Indochine en l'an 2000), pour maintenir un certain équilibre entre notre population et celui du Vietnam et la Thaïlande. Il faut que notre économie se développe et s'intègre dans l'économie régionale et mondiale. Trois chorus pour notre pays : Production, éducation nationale et redistribution.             

 

J’ai lu un courriel d’un jeune compatriote, adressé à son groupe de pensée : Il faut boycotter de lire tous les articles provietnamiens ou pro-hun sen ou opposés aux siens. Au contraire, il faut les lire davantage pour comprendre les autres opinions qui sont contraire aux siens. Je lis toujours en dernier des articles de mes amis. Et je lis deux fois ceux qui ne sont pas d’accord avec mes idées. Comme dit un sage chinois : Connaître bien l’ennemi, est déjà la moitié de la victoire. L’obsession d’antivietnamien ne devrait pas s’inscrire dans la voie de rejet total tout ce qui vient du Vietnam : Sa pensée, son économie, ses modèles de l’organisation de sa société, sa politique etc. J’ai relu les ouvrages parus en histoire politique khmère ces trente dernières années. Aucun ne parle pas le modèle khmer. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas. Nous pensons, nous, que les problèmes de déclin khmer découlent de la politique d’expansion du Vietnam et la Thaïlande faits depuis toujours. Nous croyons aussi qu’il est possible de retrouver la gloire khmère, à condition de renouer avec l’esprit de modèle de l’Empire d’Angkor. Je crois plutôt que le mal khmer soit la conséquence de la gestion du pays de nos dirigeants politiques de toutes les époques. Il faut se souvenir de ce qu’il s’était passé dans l’histoire de notre pays. Le dernier souvenir est le délire de flagellation nationale de Pol Pot, en pensant : Il faut prouver coûte que coûte que le peuple khmer être aussi bon que des Vietnamiens et il y a donc raison de lui forcer à travailler comme des bêtes. Pol Pot en a fait une question idéologique. Cette idéologie meurtrière m'ait rendu plus réaliste et au moins idéaliste face aux problèmes de mon pays.

 

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 11:43

Règne de Sdach Kân (1512-1525)

  

La chute

 

Nous mettons de côté les péripéties de Sdach Kân pour remonter dans des siècles précédents. Jadis dans le pays khmer, il y avait un roi puissant. Il s'appelait Preah Bat Arân Pol Pear Sau. Celui-ci offrit la province de Thaung Khmoum à un de ses fils comme apanage et conféra à ce dernier le titre royal Samdech Chao Ponheaār Choun. D'après le récit, la lignée de celui-ci régnait sur son fief pendant huit générations. Après l'extinction des mâles, un des descendants de ār Choun prit possession du domaine et régnait sur la province de Thaung Khmoum. Il s'appelait Preah Ang Kem.

La grande province de Thaung Khmoum était divisée en cinq préfectures : Toul Angkouhn, son gouverneur portait le titre Okhna Rithi Déchau ; Prey Cheuk Kour, son gouverneur portait le titre Okhna Krey Sarséna Chap Choun ; Chumchèr, son gouverneur portait le titre Okhna Montrey Snéhar ; Chhrey Rorha, son gouverneur portait le titre Okhna Chan Ansar ; Thâr Krey, son gouverneur portait le titre Okhna Kiri Puth Bat. Les quatre points cardinaux de la province de Thaung Khmoum étaient défendus par quatre circonscriptions militaires : Porte Roug, son officier de garde portait le titre Okhna Krey Sar Sangkram Roug ; Porte Riel, son officier de garde portait le titre Okhna Krey Yothir Riel ; Porte Laur, son officier de garde portait le titre Krey Anouk Chit Tvir Laur ; Porte Kâth, son officier de garde portait le titre Okhna Reug Rong Tvir Kâth.

Un beau jour, la population de cette province avait vu un spectre du Bouddha qui vola dans le ciel, tomba et disparut. Avant de pénétrer dans la terre, ce spectre se brisa en sept morceaux de couleurs différents.  Ponhea ār Chhoun Kem, gouverneur de Thaung Khmoum, fut informé de ce phénomène rarissime. Il se décida de venir visiter le terrain où le spectre fut tombé. Après quoi, Il mobilisa la population pour creuser cet endroit dans l'espoir de trouver quelque chose exceptionnelle sous la terre. Après creusage plus d'un mètre de profondeur, on trouva quelques os d'humain. Cette découverte faisait croire aux gens qu'ils avaient trouvé la relique du Bouddha, laquelle était envoyée par le ciel. Ponhea ār Chhoun Kem en était content. Il fit construire une pagode et un stupa en pierre de qualité pour déposer cette relique. Pour fêter cet évènement heureux, le gouverneur invita les moines à prononcer les sermons bouddhiques pendant trois mois. Comme il était un érudit de l'histoire du Bouddha, il sollicitait les moines de sermonner sur les cinquante vies du Bouddha. Quelque temps plus tard, le gouverneur avait entendu parler d'un joli tombeau au Dai-Viêt (Vietnam), lequel était bâtit pour symboliser le stupa du Bouddha. Fervent du bouddhisme, il fit construire le même tombeau dans sa province, lequel était plus grand et plus joli que celui de Dai-Viêt.

Note personnelle : Il est fort probable que Ponhea ār Chhoun Kem eût une concubine vietnamienne ou bien il fût métis vietnamien ou chinois pour qu'il s'intéressait au tombeau.

 

Revenons maintenant à l'histoire de Sdach Kân. Nous le savons que l'histoire de toutes les guerres dans le Cambodge ancien, ne parle ni le nombre de morts, ni de crimes. Elle ne récite que la gloire des vainqueurs qui reposent tout entière sur la force, et non sur la sagesse, elle encourage presque toujours les hommes de l'épée dans les combats violents contre leurs adversaires. Que la conquête de la totalité du territoire par la force assure la destruction totale de l'opposition. C'était le but recherché par Sdach Kân et Preah Chanreachea dans leur lutte pour le pouvoir. Dans cette optique, Preah Chanreachea se décida de poursuivre son offensive contre Sdach Kân jusqu'à la forteresse de Sralap Pichey Norkor. Son plan visait à prendre la province de Thaung Khmoum afin de crever ce dernier dans sa demeure. La conquête durait trois mois, mais sans vainqueur, ni vaincu. Cette guerre de position se prolongeait jusqu'à la saison de pluie.

Nous sommes en 1522. La première goutte d'eau tombe sur les champs de rizière abandonnés, parce que les paysans sont mobilisés pour faire la guerre qui dure déjà plus de deux décennies, c'est-à-dire depuis le règne du roi Srey Sokun Bât (1504-1512), le frère de Preah Chanreachea. Cette guerre entraîne la déchirure du pays en deux parties comme dans le temps passé, Chen-La de terre et Chen-La d'eau. Sdach Kân gouverne la partie de l'eau, quant à Preah Chanreachea, il est maître du Chen-Là de terre. On dirait que ce conflit soit une guerre entre l'eau et la terre qui coûte d'innombrables vies des Khmers et plonge le pays dans la misère. Dans chaque village, au crépuscule, on ne voit que des vieillards chenus et diaphanes qui s'asseyent par terre et regardent vers l'horizon qui s'assombrit petit à petit. Là-bas et ailleurs, il y a leurs fils qui sont mobilisés pour faire la guerre. Au village, il n'y a pas non plus des femmes et des enfants, parce qu'elles (ils) suivent leur mari, leur père au champ de bataille. Quand reviendront-ils à la maison ? Cette question rompait le sommeil de Kân. C'était seulement son rêve, mais l'angoisse restait encore après son réveil. Soudain, il entendait le clapotis de l'eau de pluie qui frappe la surface de la terre en soif. Cette retrouvaille régénère la nature et la vie. Ce n'est pas le bruit de la guerre entre l'eau et la terre. C'est plutôt la clameur de l'union entre ces deux créatures de dieu qui sont les maîtres de la vie. Le lendemain, Sdach Kân donna l'ordre d'envoyer une requête à Preah Chanreachea, dans laquelle il lui demande une trêve en conformité avec la tradition. Cette trêve permettait à la population et aux soldats en permission de cultiver du riz pour nourrir leur famille. Ce dernier en accepta sans broncher.

 

Pendant la période de trêve, à chaque jour saint (bouddhique), Samdech Srey Chetha (Sdach Kân) et sa favorite allaient à la pagode de Thaung Khmoum pour faire la prière devant le stupa du Bouddha. Le service d'espionnage du Royaume de l'Ouest en signala à son supérieur, Okhna Yaurmechea Sours. Celui-ci convoqua ses officiers, à l'insu de son roi, pour organiser un attentat contre Srey Chetha. Au cours de ce conciliabule, il disait à ses officiers : "D'après les renseignements, la distance parcourue de son palais à la pagode est à peine vingt kilomètres. Je crois qu'il soit possible de trouver un droit pour mettre une embuscade". Après un instant de silence, un officier lui dit : "Mon général, après les renseignements, Sdach Kân a fait raser tous les arbres des deux côtés de la route pour empêcher ce genre d'embuscade. La visibilité des deux côtés de la route est estimée à plus de huit cents mètres. Il est donc impossible d'organiser une attaque surprise de son cortège. En plus, à chaque déplacement, Sdach Kân est escorté par cinq mille soldats. Mon général, avec tous mes respects que je vous dois, je ne crois pas à la réussite de ce projet".

Quand Sours convoque ses proches, ce n'est pas pour but de leur entendre, mais de les faire entendre de son plan d’attentat contre Kân. Depuis qu’il était chargé par Preah chanreachea de surveiller les activités de Kân pendant la période de trêve, il se nourrissait l’idée de tuer ce dernier. Il avait envoyé ses espions dans le territoire d’ennemis pour enquêter sur les activités quotidiennes de Kân. Après plus d’un mois d’observations, il trouvait la faille de Kân : La route reliée du palais de Kân à la pagode Thaung Khmoum est très fréquentée par la population et animée par des petites activités commerciales. En outre, pendant le jour saint, les citadins aimaient bien venir voir le passage du cortège de leur roi. Ça vaut le coût pour le déplacement, disaient-ils. C’est beau de voir des soldats sont en tenue de parade et des membres de la cour se revêtirent d’ornements d’élégants. Quant aux éléphants, ils sont parés des objets de valeur et des fleurs de toutes les couleurs. Sans parler de la beauté de la première dame du roi dont son corps est embelli de l’or et des pierres précieuses. Pour Sours, cette ambiance de fête facilite la préparation de l'attentat. Ayant entendu l'observation de son officier, Sours lui objecta : "Imbécile, huit cents mètres, c'est parfait. Un espace idéal pour manœuvrer nos unités d'armes à feu". Il s'arrêta quelques instants, le temps pour construire ses idées en un plan de bataille. J'ai beaucoup réfléchi à ce plan, dit-il.  Maintenant j'en ai trouvé un. Après quoi, Sours commençait à en expliquer en détail à ses assistants. Tout le monde se tut devant la velléité de Sours. Il n'est plus question de discuter avec lui sur la faisabilité du projet, mais plutôt de l'organisation ses actions. Dans son plan, Sours comptait sur trois atouts : la vitesse d'exécution, la qualité de ses fusiliers et l'arme à feu.             

Cent fusiliers, triés sur le volet et entraînés pendant deux semaines, furent envoyés pour arquebuser Sdach Kân à Sralap Pichey Norkor. En se déguisant en paysans, en commerçants, en moines errants, en saligauds, en fauchés et en rupins, ils se dirigèrent vers le point de rassemblement prévu dans le territoire d'ennemis. Au jour J, ils étaient ensemble et guettaient le cortège de Sdach Kân à sept kilomètre de la pagode de Thaung Khmoum. Ils se cachaient dans leur trou et attendaient le signal d'assaut de leur capitaine. À 9 h du matin, un escadron de la cavalerie de l'armée de dragons pointa à l'horizon. C'était l'unité de reconnaissance. Tout le monde ne respirait plus pendant son passage. Un quart d'heure plus tard, un corps d'infanterie, qui forme l'avant-garde du cortège, arriva à son tour au niveau de la cachette des membres de commando de Sours. Cette fois-ci, tout le monde fait le mort dans le trou. Une demi-heure après, on voyait Kân et sa favorite sur le dos d'éléphant, lequel était entouré par centaine de pages en uniforme de parade. Chaque page avait une lance à la main. Il y avait aussi des musiciens qui jouaient des classiques de la musique khmère. Vingt cavaliers de chaque côté de la monture royale accompagnaient leur roi en pèlerinage. Plusieurs d'autres éléphants, transportés les membres de la cour, suivaient celui du souverain. Une arrière-garde de plus d'un millier de soldats fermait le cortège. Le chef de commando de Sours observait l'arrivée de Kân avec une appréhension. Il se rendait compte que sa mission soit une mission de suicide. Mais en tant que soldat d'élite et chef des braves, il doit accepter que son devoir soit la mort sur le champ d'honneur. Quand Kân arriva dans son champ de manœuvre, il donna l'ordre d'attaquer les ennemis selon le plan établi. Les fusiliers de l'armée royale se ruèrent vers le cortège comme des tigres prenaient en chasse leur proie. Les bruits de tirs d'arquebuses cassent l'ambiance de fête de Kân et sa favorite. Les dix tireurs d'élites de Saurs, déguisés en soldats de Kân, se faufilent dans le rang des soldats d'ennemis pour se rapprocher de Kân en alerte. Ils tirent enfin sur Kân. Cinq balles effleurent le vêtement de ce dernier, mais Kân est saint et sauf. Kân riposte cette attaque avec son arc en tuant un grand nombre des membres du commando. En cinq minutes d'assaut, plusieurs membres de soldats de Sours avaient pu tuer un grand nombre des membres de l'escorte de Kân. Dans cette bataille, Kân avait pu tirer 25 flèches sur le dos de son éléphant. Vu Kân fut hors atteint par l'arme à feu, le chef de commando sonna la retraite. Parmi les cent soldats envoyés en mission, soixante quinze soldats avaient pu retourner au camp. Cette mission était un fiasco.

Kân était fou furieux. Arrivé au palais, il ordonna à son directeur de cabinet de rédiger une plainte auprès de Preah Chanreechea. C'est la deuxième fois, vous avez envoyé des assassins pour me tuer pendant la période de trêve, écrit-il. Tuer un adversaire par parjure, ce n'est pas répandre un prestige, c'est tuer un homme. Et tuer un homme est un crime, Majesté !. Après avoir lu cette missive, Preah Chanreachea était en état second. Il se dit : "Kân n'est pas tort d'être en colère et de me traiter de lâche". Pour lui, un individu qui meurt par la trahison est une victime innocente. Il ordonna à ses conseillers d'enquêter sur cette affaire. Le nom de Sours était pointé par les agents du roi comme auteur de cet attentat. Que faire ? C'est la question qui oblige Preah Chanreachea à trouver une réponse. Il disait à son conseiller : "Sours a sans doute transgressé la loi militaire qui déshonore mon nom dans son forfait, mais il est un grand général estimé de tous. Ce qu'il avait fait, est sans doute pour ma gloire et pour gagner la guerre. Si je condamne ce brave à mort selon la loi d'airain, tous ses hommes vont me traiter de l'ingrat. Si je n'en fais pas, l'armée tout entière me considérera comme un faible". Son conseiller lui répondit : "Majesté, le général Sours est loyal, il serait donc incoercible. Mais il cache la vérité à Votre Majesté. Dans une situation de guerre comme dans les affaires de l'État, un ami, même le plus fidèle, qui trahit votre confiance est plus dangereux que l'ennemi déclaré. Si Votre Majesté lui corrige par l'arme de parole, il n'y comprendra pas et y vexera. Il partira rejoindre Kân. Dans son cas, il ne faut ni condamner, ni pardonner. Il faut faire éliminer sa personne par les services secrets. La solution est cruelle, mais elle est nécessaire pour maintenir la discipline militaire". Après une nuit de réflexion, Preah Chanreachea donna l'ordre de tuer discrètement Sours, mais son corps sans vie doit être abandonné à un endroit où beaucoup des gens, civils et militaires, y fréquentent. Trois jours après, Preah Chanreachea fut informé la mort de son général par les membres de la famille de la victime. Après l'enterrement de Sours, Preah Chanreachea ordonna aux 75 survivants de la mission d'attentat de Kân de garder la tombe de leur général jusqu'à leur mort. Ainsi on entend parler jusqu'à aujourd'hui "l'esclave de Yaureach (Sours)" au village où Sours fut enterré.

 

Pendant la période de trêve, Preah Channreachea avait démobilisé presque la totalité des effectifs de son armée. Il ne gardait que dix mille hommes pour fixer Kân dans son palais. Quelque temps après, il décidait de retourner à Pousat. Il laissait quatre mille hommes, un prince de haut rang, Yousreachea et trois généraux, Sok, Tep et Keo à Kdol (non du village) pour continuer à surveiller Kân dans sa ville fortifiée. Il désigna Yousreachea général en chef. Yousreachea est le fils du feu roi Srey Sokun Bât (1504-1512). Sa mère est la sœur aînée. 

Revenons à Kân. À la fin de la période de la moisson du riz, celui-ci ordonnait à ses généraux de lever une armée de 15 000 mille hommes. Le but était de chasser Yousreachea de Kdol, avant poste de Preah Chanreachea, et ensuite de reconquérir les territoires perdus pendant la dernière guerre. Son projet fut démasqué par les espions de Yousreachea. Celui-ci convoqua ses lieutenants pour préparer un plan de défense. Il s'inquiétait du nombre insuffisant de ses soldats pour faire aux troupes de Kân. Il demanda conseil à Sok. Ce dernier lui répondit : "Avant sa mort, mon père, Ponhea Moeung, nous avait dit qu'en cas de difficultés majeures devant les ennemis, nous pouvions compter sur lui. Il pourra toujours lever une armée des morts pour venir nous aider. Mais pour le faire, il faut que nous demandions au chamane Chan, parce que selon mon père, il n'y ait que Chan qui puisse communiquer avec lui. Ayant entendu parler du nom de Ponhea Moeung, les anciens officiers présents à cette réunion se souviennent bien de l'armée de fantômes qui ont été venus aider Preah Chanreachea à vaincre les ennemis pendant la bataille de Pursat. En pensant à cela, ils avaient la chair de poule. Ils se sentaient le sang qui coule en grand débit dans leur tête. Quand les fantômes arrivent, la terre tremble, le ciel gronde, les foudres qui frappent les êtres humains comme le fouet divin. Des centaines des soldats d'ennemi qui meurent sans avoir versé une goutte de sang sur le champ de bataille. Beaucoup de corps sans vie restaient toujours debout avec des yeux grands ouverts et les cheveux hérissés. On a l'impression en les regardant qu'ils aient vu quelques choses épouvantables avant de mourir par étouffement. D'après ces anciens officiers, aucun champ de bataille n'avait présenté jusqu'alors un aspect si horrible.

Bien sûr le prince Yousreachea n'est pas encore né, mais il en a toujours entendu parler. Et à chaque fois, il avait aussi la chair de poule. Ayant entendu la proposition de Sok, le prince ordonna à ce dernier de faire le nécessaire afin que cette affaire soit réalisée. Le lendemain matin, une cérémonie chamanique fut organisée par Chan. Quelques heures plus tard, celui-ci était en transe. Son esprit était en contact avec celui de Ponhea Moeurg. Il demanda l’aide à ce dernier pour vaincre les ennemis. La solution fut vite donnée. Il faut fabriquer une grande quantité des soldats en paille. Et à chaque nuit tombée, il faut les déplacer hors de la citadelle et les bruler en face du campement d’ennemis et frapper les tambours de guerre, accompagné par des cris de soldats. Il faut reproduire cette ruse pendant plusieurs jours et jusqu’à l’arrivée de l’armée des morts.

Les instructions de l’esprit de Ponhea Moeung étaient précises. Ayant appris cette nouvelle, Yousreachea donna l’ordre de fabriquer en grande quantité des soldats en paille et d’attendre l’arrivée des ennemis. Quelques jours plus tard, les troupes de Sdach Kân arrivaient à Kdol. Kân ordonna à ses généraux de camper à deux kilomètres de Kdol pour que ses soldats soient à l’abri des tirs de canons de Sok. À la nuit tombée, Yousreachea ordonna à ses généraux d’exécuter les instructions de Ponhea Moeung. Les troupes de Kân répondirent à cette attaque fictive par des tirs d’arme à feu et des flèches pendant plusieurs heures. Le lendemain matin, Kân convoqua les membres de son État-major pour analyser la situation d’hier soir. Pendant la réunion, personne n’était capable de comprendre la ruse d’ennemis. Ils demandaient à Kân d’attendre pour savoir un peu plus de la stratégie de Yousreachea. La nuit suivante, c’était la même attaque et les soldats de Kân y ripostèrent par des tirs d’arme à feu et des flèches. Les généraux de Kân suggéraient encore une fois à leur Roi de rien faire. Ils veulent attendre et voir. Cette situation durait quand même pendant quinze jours. Ils croyaient qu’ils pouvaient attendre encore pour comprendre la tactique, deviner les secrets de ces attaques. Mais, ce qu’ils ne savaient pas, c’est que pendant cette attente, la morale de leurs soldats est affectée par le syndrome de peur de fantôme, parce qu’il y ait la rumeur qui se propage dans leurs rangs que l’esprit de Ponhea Moeung vienne avec ses soldats fantômes pour punir de leur perfidie à Preah Chanreachea. Ce qui devait arriver, arriva. Le seizième jour. Ce jour-là, le temps était très mauvais. Vers 9 h du matin, le ciel était noir, on croyait qu’il fût encore nuit. On n’entendait plus la chanson des oiseaux et l'on ne voyait plus les chiens errants à Kdol. Une taciturnité totale. Tout d'un coup, la terre commença à trembler avec un bruit de tonnerre qui venait de partout.  Yousreachea ordonna immédiatement à ses troupes de lancer les assauts contre les lignes d’ennemis. Quant aux soldats de Kân, ils n’avaient plus de flèches et de balles pour repousser les assaillants et en outre, ils avaient peur d’être tué par les fantômes de Ponhea Moeung. Pour ces raisons, ils abandonnèrent leur poste de combat et fuirent le champ de bataille. Certains officiers supérieurs étaient partis à la province de Raug Damrey pour demander l'aide du roi de Champa. Abandonné par ses troupes, Kân et les membres de son État-major se voyaient contraint de fuir aussi. Ils prenaient la direction du Laos avec la garde prétorienne. Après quelques jours de marche, Kân ordonna à sa garde de bivouaquer dans une grande forêt. Celle-ci laisse son nom jusqu'à aujourd'hui, la forêt Ban ang (Ralentir). Dans cette forêt, il y avait beaucoup des grands arbres de Koki (nom d'un arbre). Kân était attiré par un arbre de Kaki de neuf bras tendus (Pyiem) de circonférence, de trente quatre pyiem de hauteur. Il ordonna à ses soldats de l'abattre pour construire une pirogue de vingt cinq pyiem de longueur et douze pyiem de largeur. Cette pirogue était plus longue de sept pyiem que celle de Preah Chanreachea. Si mon pays était en paix avec celui de Preah Chanreachea, je lui demanderais de faire un pari de course entre nos deux pirogues, plaisanta-t-il avec ses officiers. Je suis certain que je sois le gagnant. Étant en symbiose avec la forêt, Kân comptait de transformer son campement en nouvelle capitale de son royaume. Il ordonna à ses soldats d'aller à la pagode de Thaung Khmoum pour voler la statue du bouddha noir. Quelque temps après, la terre commença à trembler. Kân et ses grands dignitaires se persuadaient qu'ils furent attaqués par les fantômes de Ponhea Moeung. Ils décidèrent d'abandonner en hâte le campement. Kân avec son oncle, Kao et son beau-père, Heng quittèrent les lieux sans avoir le temps d'aller chercher la première dame. Celle-ci partit avec sa mère, un autre ministre, Chakrey Ny et ses gardes au village Svay Kvang et puis, elle prenait la direction de Thaung Khmoum en pensant que Sdach Kân vint lui rejoindre là-bas. Arrivé avec sa suite à Thaung Khmoum, elle se décida de se cacher dans le tombeau vietnamien pour attendre Kân. Quelques jours plus tard, Kân y arriva. Il était content de retrouver sa première dame et les autres membres de sa cour. Ensemble, ils décidèrent de ne pas retourner tout de suite à la citadelle de Sralap Pichey Norkor, parce qu'ils avaient peur d'être encerclé par les fantômes de Ponhea Moeung. Ils erraient d'un endroit à l'autre pour fuir la patrouille de Sok et les fantômes. Quant aux généraux Kao, Chakrey Ny, Vieng et deux cents soldats, décidèrent de partir à Ba Phnom pour chercher les renforts. Ils étaient surpris par la patrouille du général Sok. Celle-ci attaqua immédiatement la troupe de Kao. Et après plusieurs heures de combat, Kao fut capité par le chef de la patrouille. Sa tête fut envoyé au prince Yousreachea.

Revenons au Sdach Kân. Pendant sa fuite, il rencontra un devin. Il lui demanda de prédire son avenir. Ce dernier lui dit qu'il n'aurait aucune chance de gagner son adversaire. En revanche s'il voulait avoir une vie meilleure dans le futur, il fallait qu'il aille demander le pardon à Preah Chanreachea. Quelque temps après de cette rencontre, les parents de la première dame étaient morts de maladie. Après les funérailles, Kân convoqua ses troupes, cinq cents en tout et leur dit : "Je me rendrai à Yousreachea. Il est mon neveu. Il me pardonnera et interviendra auprès de Preah Chanreachea pour qu'il me laisse la vie sauve. Je ferai tout pour que vous auriez aussi cette chance. Avec mes expériences et mes connaissances, je pense que Preah Chanreachea me confia au moins une charge d'un ministre. Bien sûr je vous reprendrai tous dans mon ministère". Après ce discours, tous les soldats se rendaient à l'avis de son roi. Après quoi, Kân donna l'ordre d'enterrer tous les armes de guerre et chercha un moyen pour informer le général Yousreachea, son neveu, de son intention.

Nous sommes en 1525. Au cours d'une promenade avec sa première dame, Sdach Kân était capturé accidentellement par la patrouille du nouveau gouverneur de Thaung Khmoum, le général Kay. Kân et son épouse étaient amenés tout de suite à la préfecture. Kay fut immédiatement informé de ce trophée. Il convoqua ses conseillers et leur dit : "Si je livre Kân et son épouse au prince Yousreachea, je suis sûr que le prince fasse tout pour que Preah Chanreachea pardonne à son oncle. Si Kân survivait, il constituerait un danger pour nous tous pour l'avenir. Kân est homme intelligent et il n'oublierait jamais ses ennemis. Et nous sommes ses ennemis. Un jour, il nous tuera. Je décide donc de livrer Kân à son neveu, mais seulement sa tête". Après quoi, il donna l'ordre de couper la tête de Kân et Neak Monieng Pha Leng et de les envoyer à Yousreachea.

Revenons à Yousreachea. Après avoir brisé l'offensive de Kân à Kdol et compte tenu des effectifs de ses troupes, il décida de ne pas poursuivre la retraite de Kân. Il pensait que ce dernier se retournât à la citadelle de Sralap Pichey Norkor. Il se dépêcha une navette à Pursat pour en informer Preah Chanreachea et demander ses instructions pour réagir à cette provocation. Il ordonna à Sok d'augmenter les patrouilles pour surveiller les mouvements de troupes de Kân dans la province de Thaung Khmoum. Après quoi il attendait les nouveaux ordres de son Roi à Kdol jusqu'au jour où Sok lui avait amené la tête de Kao. Pendant l'audience, Sok disait à son prince : "Nous avons trouvé Kao avec ses troupes sur le chemin de Ba Phnom. Pour moi Kao avait eu une mission pour lever une armée là-bas. Il est mort, la citadelle Sralap Pichey Norkor est donc affaiblie par cette perte. Je vous suggère de l'attaquer pour voir comment Sdach Kân va agir sans Kao". Yousreachea accepta la proposition de son général. Mille hommes furent envoyés à Sralap Pichey Norkor. Arrivé sur lieux, Sok donna l'ordre de bombarder la citadelle avec ses canons pendant trois jours. Il n'y avait aucune réaction d'ennemis. Contrairement à l'habitude de Kân : L'attaque est toujours répondue par la contre-attaque.  Yousreachea, Sok et les autres chefs militaires se concertèrent pour comprendre le pourquoi. Soit prudent, dit Yousreachea. Sdach Kân est malin, il est en train de nous attirer dans ses pièges. La ruse est toujours sa force. Il faut continuer de bombarder encore quelques jours avant de lancer l'assaut, parce que nous ne voyons pas encore clair dans la stratégie d'ennemis". Sok était à cet avis. Le septième jour de bombardement, Yousreachea et Sok furent informés qu'il y avait une colonne de cent soixante bonzes et cinq cents soldats qui sortait de la citadelle avec le drapeau blanc. Yousreachea envoya immédiatement un escadron de cavalerie pour intercepter de cette marche. Une demi-heure après, le chef de la cavalerie était revenu et rapportait à son prince ce qu'il avait entendu que le moine supérieur du Royaume de l'Est demande l'audience au prince Yousreachea. Qu'il vienne, répondit l'Altesse Royal. Après les échanges de règles de politesse, le moine informait Yousreachea que Sdach Kân n'est pas dans la citadelle. Il ne savait où il se trouvait. Trois mois déjà la citadelle est abandonné par les généraux. Après quoi, le moine invita Yousreachea à prendre possession de la citadelle. Au même moment, Yousreachea fut informé que le gouverneur de Thaung Khmoum amenait la tête de Kân et Neak Monieng Pha Leng. Ayant appris cela, le visage de Yousreachea changea de couleur. Tous les assistants présents se rendaient compte que le prince fût troublé par cette nouvelle. Kân était son oncle. Quoique Kân soit l'ennemi de son parti, le prince admire chez son oncle, son courage et son intelligence. Le lendemain matin, Yousreachea et ses troupes pénétrèrent dans la citadelle de Sralap Pichey Norkor. Ils étaient stupéfiés par la beauté de cette cité. Devant la statue magnifique de Bouddha, tous soldats se jetèrent à genoux et remercièrent le Dieu de la paix de les avoir conduits par la victoire dans la capitale de leur ennemi. Ce jour-là le temps est superbe, ce qui rend la visite de la cité de Kân d'autant plus spectaculaire.

Vu ce spectacle, Yousreachea avait les larmes aux yeux. Il pleurait en cachette devant les œuvres de son oncle. Jamais le sentiment d'être seul au monde n'avait été si fortement lui atteint. Il combattait contre Kân en pansant que ce dernier était son oncle au même degré que Preah Chanreachea. À sa vista d'un orphelin de père et mère dès son jeune âge, Yousreachea se posait encore la question : "Qu'est-ce que la guerre ?" Il a la même réponse que Napoléon : "Un métier de barbare où l'art consiste à être plus fort sur un point donné". Mais ce point fort est évalué par la mort d'un adversaire. Et cet ennemi-là est son oncle, le frère unique de sa mère. Il a grandi sans sa mère à son côté, mais on lui raconte souvent que sa mère aime bien son frère et elle puisse donner sa vie pour lui. Quand il pense à cet amour naturel, il se console par une pensée que cette victoire ne lui interdit pas de pleurer de la mort de son rival noble après les batailles meurtrières. Mais cette gloire est nécessaire pour mettre un terme à une guerre civile et pour les combattants des deux côtés qu'il faut reposer et vivre auprès de leur famille. Visiblement, ils en ont assez de cette guerre.   

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 06:42

Le début, et après ?

 

Impossible de savoir. Un proverbe qui dit : Après la pluie, c'est le beau temps. Ça dépend pour qui et pour faire quoi ? La peur de l'inconnu est humaine, mais le désir de changement est aussi humain. L'inconnu aurait toujours double face : le bien et le mal. Le "Bien", ça dépend pour qui et le "Mal" aussi et l'on voit qu'il y ait souvent le mélange entre les deux. Nous avons entendu parler du "Mal nécessaire pour faire du Bien" : Souffrir d'abord pour respirer le bonheur comme dans l'accouchement d'une femme. Le temps de souffrance est toujours long dans l'esprit de l'Homme, parce qu'elle est dans la nature des êtres vivants. Le temps de bonheur est court, parce que chaque chose à sa fin.

 

Chaque changement de saison, même de l'été à l'automne, l'Homme est toujours content, parce que dans le changement qu'il y ait toujours l'air du bonheur. Les feuilles vertes rancirent et tombent, c'est aussi un spectacle pour l'Homme. La couleur jaune est aussi jolie que le vert. Ça dépend pour qui ?

 

La Tunisie, qui sait prophétiser que demain ce pays soit démocratique ? L'Egypte dans le chambardement, qui sait prédire que demain le peuple égyptien ait la liberté ? Espérons-le ! On parle de la révolution du peuple. Mais, j'ai toujours peur de voir le peuple en machette que des policiers en fusils d'assaut. Mais je suis aussi heureux de voir des gens ordinaires qui défient au risque de leur vie le pouvoir dictatorial. La joie et la peur, le mal et le bien font toujours parties de la vie.

 

Mais dans la vie, quand le mal est insupportable et n'ayant rien à perdre, des gens pourraient faire n'importe quoi. La révolution, le révolte, l'insurrection, la rébellion et tous les autres noms qui s'expriment la colère. Et après ? C'est pour revendiquer la joie de vivre. C'est quoi au juste ? Le bien-être. Et après ? Liberté, démocratie et toutes les sentences de la politique.

 

Prenons la démocratie comme sujet à philosopher. Jacques Attali a écrit (Express – n° 3107, Janvier 2011) sur la démocratie en Tunisie : "Pour qu'une révolution se transforme en une réelle démocratie, elle doit réunir cinq conditions :

 

  1. Une bourgeoisie formée et puissante ;
  2. Une armée laïque (je préfère plutôt le mot "indépendante" du pouvoir) ;
  3. Une jeunesse n'ayant rien à perdre ;
  4. L'absence de leader populiste charismatique ;
  5. Un environnement international favorable.

 

Bien sûr, il y a toujours un début. Et après, c'est toujours l'inconnu, parce qu'il soit difficile de réunir les cinq conditions de M. Attali dans des pays où le mot "nouveau" est ancien comme disait Edgar Quinet (1803-1875), écrivain et historien français :"Ils (les hommes nouveaux) ont ramassé l'arme du passé pour défendre le présent. Ces hommes nouveaux redeviennent subitement à leur insu des hommes anciens". Ça ne marche jamais cette démarche. Les exemples ne manquent pas au Cambodge ou ailleurs.

 

Le début est toujours euphorique. Et après, c'est l'inconnu ? Parce que dans la démocratie, il y ait plusieurs parangons de solution. Et l'on sait que chaque discours a son utopie et si on y prend comme une réalité, la conséquence pourrait être catastrophique pour l'humanité : L'utopie des Khmers Rouges. Le Début est souvent spontané, mais Après doit être préparé. Jamais au hasard pour éviter le pire, parce que celui-ci arrive trop vite. Nous le savons que la révolution soit toujours une pulsion adolescente, mais le gouvernement d'un pays doit être une aspiration savante. Le début et après, les deux doivent être ensemble. 

                

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 07:05

N°21 : Règne de Sdach Kân (1512-1525)

 Le commencement de la fin

 Avertissement : Cette histoire est romancée pour rendre vivant les évènements du passé.

Après sa défaite, Sdach Kân regagnait son quartier général de Srey Santhor (Preak Pou) avec son armée de campagne. Le Général Kao, son oncle, retournait à la capitale Sralap Pichey Nokor. Sa mission est de lever une nouvelle armée en vue de poursuivre la campagne militaire contre Preah Chanreachea. Avant de se séparer de son Auguste neveu, Keo cherchait à réconforter ce dernier de sa présence à Basane : "Srey Santhor est notre source de pouvoir. Majesté, vous êtes né, grandi et devenu roi ici. La population de cette province vous aime bien. En plus la forteresse de Basane est imprenable. Vous êtes donc en sécurité ici. Je pars à Sralap Pichey Nokor pour quelques mois seulement, le temps nécessaire pour trouver des vivres pour nos soldats et de lever une armée pour une nouvelle campagne militaire. Preah Chanreachea n'oserait pas de vous attaquer, parce qu'il n'eût pas le courage de venir à Basane qui est notre fief".

Après la débâcle des troupes de Kân, Preah Chanrachea venait s'installer à Odong. Il était accompagné par ses quatre généraux de renom, Déchau, Monomontrey, Reachmétrey et Sok.

Quelques jours plus tard, Preah Chanreachea fut informé que Kân n'est pas retourné à sa capitale et il se réfugiait à la forteresse de Basane avec 20 000 hommes et un corps de cavalerie de 500 chevaux, mais dans ce refuge, il est privé de l'appui de son oncle, parce que celui-ci est reparti à la capitale avec son armée. Ayant su cette nouvelle, Preah Chanreachea convoqua les membres de son conseil de guerre pour chercher avec eux une réponse à cette situation. Après avoir examiné toutes les solutions et la motivation de Kân évoquées par ses lieutenants, il décida de poursuivre l'offensive contre son adversaire. Il disait à ses généraux dans les termes suivants : "Basane est sans doute le fief de Kân, mais il a été aussi l'ancienne capitale royale de ma dynastie. C'est ma famille qui a fondé cette ville. Je veux donc reprendre cette ville symbolique, juste pour montrer à la population du pays que mon mérite (au sens bouddhique) est supérieur à celui de Kân".

Après quoi, Preah Chanreachea dépêcha donc le général Yousreachea à Prey Veng pour contraindre Kân coupé de ses arrières et demanda à Sok d'élaborer un plan d'attaque de la forteresse de Basane, l'avant-poste de l'armée de dragons. Après avoir présenté son plan de campagne et approuvé par le Roi, Le Général Sok partait à Preak (canal) Liv Ti Bei pour préparer sa campagne militaire. Une semaine plus tard, au petit matin calme avec un souffle de vent rénové qui annonce l'arrivée de la nouvelle saison, Sok, le fils de Neak Ta Kleing Moeung, à la tête de son armée, traversait le Mékong pour mission de capter Kân, mort ou vivant. Aux bords de l'eau, la colonne de marche s'étire à plusieurs kilomètres et remonte vers le nord du pays. L'avant-garde, composée des meilleurs soldats, cuirassés, armés des épées, des Phkā'k (haches), et des unités des armes à feu, se lance en avant comme une allure de lion en chasse de sa proie. Elle est suivi de près par des chars de guerre et des charrettes de transport de vivres et matériels de campagne et des éléphants. L'arrière-garde, composée des archers et des troupes défensives, armées de lances et de boucliers. Sok, juché sur son l'éléphant, porté sur la tête d'un chapeau de général, sa poitrine est recouverte d'une cuirasse, avec un Phkā'k à la dextre, se trouvait au milieu de la colonne de marche. Vingtaine de cavaliers étaient autour de sa monture. Ce sont des agents de transmission et de maintien de la discipline militaire. Chaque cavalier portait sur son dos un petit étendard de longue hampe, décoré des divers motifs d'images qui indiquent le rôle de chacun sur le théâtre de guerre.    

Arrivé à Basane, Sok ordonna à ses troupes d'attaquer la citadelle de la ville pour tester la capacité de défense d’ennemis. Sa surprise est totale. À chaque assaut, ses soldats furent repoussés par des tirs de canons depuis des embrasures de la fortification, des flèches et la charge de la cavalerie des assiégés. Ils n'arrivèrent même pas à approcher des mâchicoulis et contrescarpes, dont la hauteur est plus de cinq mètres. En outre, Sok constata que Kân ne manquât pas de tenter de fréquentes sorties de la nuit pour inquiéter ses troupes. Il sait que l'attaque inopinée, dans la nuit, est toujours favorable à ceux qui le font, et dangereuse et terrible pour ceux qui l'essuient.

Ces résistances inattendues obligeaient Sok à lancer des assauts d'envergure contre la défense d'ennemis pour leur montrer qu'il dominât la situation. Mais les résultats étaient désastreux : Le nombre de morts et des blessés dans son rang augmente de plus en plus. Le pire est que Sok était incapable de déterminer la partie de la citadelle contre laquelle il voulût diriger son attaque principale. Son espoir de pouvoir gagner la bataille s’évapore. Après un mois de combat acharné, Sok se rendait à l’évidence. Il faut qu'il demande des renforts et davantage d'engins de projectile pour casser les remparts de la citadelle. Il a sans aucun doute besoin des effectifs complémentaires pour environner entièrement l'enceinte étendue de la forteresse. Il envoya donc une missive pour informer son roi de ses difficultés rencontrées et de lui demander ce dont qu'il eût besoin. Celui-ci se dépêcha d'expédier un corps de fantassins à Basane, lequel était commandé par le frère de Sok, le Général Moha Tep.

Renons un peu en arrière, au cours d'une contre attaque des assiégés, les troupes de Sok n'avait pas pu empêcher un détachement de cavalerie de Kân de briser le siège. Pendant sa sortie de la citadelle pour soutenir les fantassins, ce détachement avait enfoncé trop en profondeur dans la ligne d'ennemis, à tel point, qu'il ne pût plus revenir en arrière. Le chef de ce détachement, qui était le neveu de Kân, nommé Phat, se rend compte de cette situation un peu trop tard. En revanche, Phat avait bénéficié de la confusion de l'arrière-garde d'ennemis. Personne ne peut imaginer que les ennemis se trouvent là. Quand les soldats de Sok avaient aperçu les cavaliers de l'armée de dragons à cent mètre d'eux, c'était déjà aussi trop tard pour eux d'organiser efficacement le barrage pour les empêcher de sortir de l'encerclement. Phat, un chef expérimenté, avait compris vite de son avantage exceptionnel, mais pour profiter de cette situation, il faut que ses hommes soient déterminés à gagner. Avant d'affronter le choc décisif, Phat avait fait une brève déclaration :

" Soldats, voilà la lutte pour la vie et la mort. La victoire dépend de vous : elle est nécessaire. Elle nous épargne notre vie afin que nous puissions retourner auprès de nos femmes et nos enfants à Sralap Pichey Nokor ".

Après cette déclaration pathétique, Phat avait ordonné à ses cavaliers d'attaquer la ligne d'ennemis pour frayer le chemin de sortie. La charge de la cavalerie était épouvantable pour les jeunes soldats de Sok. Certains d’entre eux n'avaient jamais vu la lutte entre le cheval au galop et l'homme. L’animal dompté pour le combat flaire un ennemi par trace olfactive. Son agressivité s’anime quand il se sent que son maître soit en danger. Il lutte par instinct pour son maître et son soigneur. Après un quart d’heure de combat, Phat gagna la partie. Il brisa le barrage d’ennemis et s’en alla en abandonnant la moitié des corps de ses hommes, morts, blessés ou vivants aux ennemis en colère. Une fois sortie de l’enfer, Phat et ses cavaliers survivants se filèrent à Sralap Pichey Norkor. Ils traversèrent la ligne d’ennemis sans difficulté, parce qu’ils connaissaient tous les chemins de leur territoire. Arrivé à la capitale, Phat, prince de l’Ouest, alla voir son grand-père, le général Kao pour l’informer de la situation militaire à Basane.                   

Ayant appris cette nouvelle, Kao tremblait d’apprendre le danger de son neveu royal. Il convoqua ses généraux au son des tambours de guerre pour qu’ils rassemblassent leurs soldats en repos depuis déjà plusieurs mois. Après quoi, il confia la garde de la capitale au beau-père de Kân, le général Hèng, et à la tête de ses troupes, il marcha sur Basane. Cette marche militaire ressemblait plutôt à un envol de dragon en colère, elle brisa le barrage militaire du général de l'Ouest, Yousreachea, sans faire beaucoup d'effort et arriva en une semaine à Basane. Kao, un roturier, devenu prince de l'épée, fit installer son quartier général en face de Sok. Pour montrer sa puissance aux ennemis, fatigués d’être toujours sur la brèche, il ordonna à ses troupes d'armes à feu et des archers d'attaquer immédiatement les camps d'ennemis. Le son de tambours, les sérénades des armes à feu et les cris des soldats des deux côtés se propageaient jusqu'à la chambre de Kân et réveillèrent ce dernier en pleine sieste. Il sortit de la pièce et chercha à comprendre d'où vient ce tohu-bohu. Son aide de camp lui informa que Samdech Kao était arrivé avec son armée à la porte de la cité. Ces bruits sont des échanges d’armes à feu entre les troupes de Samdech et celles de Sok. Ayant appris cette bonne nouvelle, Kân bondit hors du palais en criant qu'on lui amenait immédiatement son cheval. Après quoi, il sauta sur sa monture et le galopa vers le rempart de la citadelle, suivi par un détachement de garde prétorienne. Arrivé à la porte de l'Ouest, il monta sur la tour de garde pour observer le déroulement de la bataille dans son moucharaby. Quand il voyait les étendards des troupes d’élite de son oncle en mouvement, il était fou de joie. Il donna l’ordre au général de garde de la porte de faire sortir ses troupes d'assaut pour lancer une attaque contre la ligne d’ennemis. La bataille durait quelques heures, après quoi, Kao de son côté donna l’ordre de cesser le combat, quant à Kân sur la tour de garde, il suivait la décision de son oncle.

De retour dans son palais, Kân convoqua les membres de son État-Major pour étudier une nouvelle stratégie qui lui permettra d’en finir au plus tôt l’encerclement d'ennemis. Il disait à ses généraux : « Mon oncle est là, il faut se servir nos avantages numériques pour briser le siège. Il faut que nous soyons prêts à unir nos armes aux siens pour casser la couille de Sok ».

Revenons à Sok. Il fut surpris de l’arrivée de Kao sur le théâtre de guerre. Dans ce siège, il a commis une erreur fatale, non seulement il ne parvenait pas à détruire l’adversaire, en outre, il laissait Kao de venir pointer tranquillement devant sa tente avant même l'arrivée des renforts. Maintenant, il fallait qu’il attende le pire, parce que les ennemis sont deux fois plus nombreux que son armée.

Ce qui devait arriver arriva. Après deux jours de repos, Kao lança des attaques d’envergure. Kân de son côté faisait autant. Les deux voulaient, forts de leur immense supériorité numérique, casser l'avant-garde et l'arrière-garde de Sok. En quelques heures seulement, l’armée de Sok se trouvait au milieu des ennemis. Les assiégeants sont devenus assiégés. Sok voyait le danger, parce que ses parapets furent cassés en confettis et tous ses hypogées de défenses allèrent à vau-l'eau.  Sur le dos son éléphant de commandement, Sok donna l’ordre à ses troupes de battre en retraite par le flanc gauche. Cette retraite était rangée dans le meilleur ordre, soit pour la contre-attaque, soit pour la marche. Mais il laissait davantage d’espace aux troupes de Kân d’avancer pour rejoindre celles de Kao. La jonction entre ces deux troupes ne va pas tarder à se réaliser, c’est seulement une question de temps. Dans cette situation désespérée, Sok se posa la question : Comment ? Il faudrait arrêter le déferlement des soldats de Kân dans sa ligne sans avoir sacrifié d’un grand nombre de vies de ses soldats ? Non, la vie d’abord, la flétrissure ensuite. Ainsi, Sok laissait partir Kân avec le cœur contrarié.   

Parlons un peu du siège de Banteay (fortification) Basane, durant lequel, le Général Sok a commis une erreur. Pendant la période de siège, Sok n'a pas organisé ses attaques pour mettre les assiégés en danger permanent, c'est-à-dire il n'est guère susceptible de repos. Trois corps de troupes auraient dû être monté pour harceler les ennemis toute la journée et tout temps : Commencer l'attaque avec le premier corps, et ordonner au second d'être prêt et en réserve, et au troisième corps de prendre du repos. Le premier attaque le matin et il le fera retirer et relever par le second de l'après-midi et le troisième prendra la relève su second corps pendant la nuit. Par cette succession de troupes fraîches, elles peuvent toutes se reposer, et les attaques se continuer sans intervalles. Cette méthode permet d'user les ennemis. Mais Sok a choisi une stratégie de prudence en croyant qu'il soit en face d'une armée principale ou royale de Sdach Kân, donc aucune chance de gagner la bataille par l’affrontement direct. Il a opté une stratégie d'encerclement pour affamer les ennemis dans leur retranchement et de blocus fluvial pour empêcher des vivandiers d'approcher le port sous contrôle d'ennemi. Il pense que le temps travaille pour lui.

Revenons à Sdach Kân. Il avait réussi sans doute son coup comme par miracle, mais dans sa fuite, il en perdait tout bagage de son armée. Kao sur son cheval observait la réussite de son neveu avec joie. Quand il le voyait sortir complètement de la nasse de Sok, il donnait l’ordre de sonner la retraite de ses troupes. Il galopa son cheval à la rencontre de son roi. Kao, dans un entretien bref avec son roi, il conseilla à ce dernier de poursuivre la retraite avec un corps d’élite de cinq mille hommes. Il avait choisi l’itinéraire pour son roi. La colonne devait passer par Prey Romlaug, une vallée morte couverte de bois avec une distance parcourue à peu près quatre kilomètres et une largeur à peine deux cents mètres. Un passage secret, mais c’est un chemin raccourci pour aller à la capitale de l’Est. Quant à lui, il décida de rester avec sa cavalerie et ses troupes pour ralentir la poursuite d’ennemis.

Au moment où Kao était occupé à dépiauter la situation militaire et à délibérer le plan de retraite de toutes les unités de l’armée, un officier vint annoncer l’arrivée de la cavalerie d’ennemis, laquelle était commandée par un officier de renom dans le rang de l’armée de l’Ouest, nommé Pèn dont Kao entendait parler de lui à plusieurs repris aux champs d’honneur. Ayant appris l’arrivée Pèn, Kao monta sur son cheval, avec rage écumante, et à la tête de son escorte de cent hommes, part à la rencontre de son ennemi. Vu Kao de loin, Pèn lui crie dessus : « Ton armée de Dragon est en fait une bande de lâche…". Pèn n’avait même pas eu le temps de finir sa phrase, soudain son cheval tombait violemment par terre, parce qu'une de ses pattes a été coincée dans un trou. Dans cette chute, le corps de Pèn se jeta à plusieurs mètres de sa monture.  Celui-ci s’efforça de se lever difficilement de cette chute inattendue, mais la lance de Kao ne lui laissait pas la chance de vivre encore longtemps. Touché en pleine poitrine, Pèn n’avait même le temps de sentir le choc, il retomba et mourra sur le coup. Kao avait bien réussi son exploit. Ses soldats ovationnaient de cette victoire inattendue. Quant aux hommes de la victime, ils décidaient d'abandonner la partie contre les ennemis irrités du succès de leur général.

Après cette victoire, Kao retournait à son camp de campagne et ordonnait à toutes les unités de l'armée de retourner à la capitale, bien entendu, une arrière-garde de 10 000 hommes avait pour mission de couvrir cette retraite. Après quoi, il allait rejoindre son neveu à la vallée de Prey Romlaung.

Revenons un peu en arrière pour parler de la bévue du général Kao, d'esclave devenu Premier Ministre et Chef des Armées du Royaume de l'Est. Après la défaite de l'offensive de Sdach Kân contre Preah Chanreachea, au lieu de conseiller de son roi de retourner à la capitale pour décompresser de cette défaite, il demandait au dernier de rester à Basane. À ce moment-là, Kân devenait une proie pour Preah Chanreachea. Celui-ci n'attendait que cette aubaine pour poursuivre son offensive contre son ennemi juré et l’assassin de son frère, parce que Banteay Basane n'est que quelques jours de marche seulement de son quartier général. Dans cette décision, Kao avait mis son Roi en péril et avait aussi divisé ses forces armées en deux corps devant la force d’ennemis. Le premier corps reste à Basane, le second part à la capitale avec lui. Oui, nous le savons que Kân partage aussi la stratégie de son oncle, parce qu'il ait une conviction que Preah Chanreachea dans cette guerre ne se contente que de repousser seulement la pénétration de son armée dans son territoire.  

Revenons maintenant à la vallée de Prey Romlaung. Kao envoyait ses éclaireurs pour observer l'ennemi dans la vallée. Ils revenaient lui rapporter l’information que le passage était vide de vie des humains. À la tête de ses troupes d'élite, Kao s’engagea en avant-garde dans la vallée. Kân le suivit après, et une arrière-garde, composée des meilleurs soldats, fermait la colonne. Celle-ci s'avançait lentement et sans faire de bruit inutile, mais dépourvue de protection des deux flancs, gauche et droite, parce que la largeur de cette vallée ne permet pas d'organiser cette assistance.

Revenons à Moha Tep. Quand celui-ci partait de Phnom-Penh, sur ordre de Preah Chanreachea, pour venir en aide à son frère à Preak Pou, il traversait les fleuves avec ses troupes à Reussei Kaev. Ensuite il prenait la direction de Vihear Sourk pour remonter vers Preak Pou. Pendant ce trajet, il trouvait par hasard la vallée de Prey Romlaung. À ce moment-là, il parlait de ceci et cela à son chef des opérations militaires : Si j’étais Sdach Kân, je passerai par cette vallée pour retourner à ma capitale, parce que c’est le passage idéal pour passer incognito en sortant Beung Veal Samnap.  Après quoi, il ajouta : "Mais c'est aussi un endroit idéal pour mettre en embuscade et je veux que tu en mettes une ici, parce qu’on ne sait jamais, mon ami". Le pressentiment de Moha Tep est comme une sorte de voix d’un mort qui vienne dévoiler l’idée de Kao. Mais, le tort de Tep, c’est de ne pas en prendre au sérieux.     

Reprenons la suite notre histoire. Dans la vallée de Prey Romlaung, les soldats de l'armée de dragon rivaient leurs yeux sur les pentes de collines boisées des deux côtés du chemin. Sous la chaleur de midi, leurs yeux étaient éblouis par les rayons du soleil. Il y avait un silence de mort dans la vallée, on entendait doucement les bruits des pas de soldats et de sabots des chevaux. Soudain, un bruit de craquement des branches d'arbres venant des bois, et ensuite celui des tirs d'enfilade des armes à feu et des flèches. Plusieurs entre eux étaient touchés par ces projectiles. Quelques minutes à peine, une centaine de corps jonchaient déjà au sol coloré de sang. Mais, Kao, placide sur son cheval, ordonna immédiatement à son escorte de tourner bride pour rejoindre son neveu au milieu de la colonne. Dans cette attaque aérienne, Kân était mis immédiatement à l’abri par sa garde rapprochée. Malgré cela, il commença à perdre son sang-froid et se mit à pleurer, juste au moment de l’arrivée de son oncle. Vu la détresse de son neveu, Kao n'hésita plus à morigéner, non pas à son souverain, mais au fils de sa soeur : "Le roi ne pleure pas devant la mort. Reprenez vos esprits. Vous et moi, ensemble, nous pourrons vaincre l'ennemi". Kao ordonna à son arrière-garde de sortir le plus vite possible de la vallée pour libérer le chemin de sortie pour le Roi. Kao ne cherchait pas à affronter des ennemis invisibles pour ne pas perdre le temps de quitter la vallée. Son objectif était d'évacuer d'abord le souverain qui était dans le pétrin. Il savait que les ennemis n'étaient pas nombreux, parce qu'après les tirs, ceux-ci ne lançaient pas d'assaut. Ne voyant pas paraître l'armée ennemie en nombre sur des collines, Kao faisait un constat que les assiégeants aient commis plusieurs erreurs tactiques d'embuscade : Il n'y a pas une attaque principale dirigée contre sa colonne et il y a aussi une absence totale de frappe contre son arrière-garde pour bloquer la sortie. Cette embuscade soit sans doute une opportunité pour l'armée de l'Ouest de capter son roi mort ou vivant, mais son auteur ne lésinait pas sur les moyens, conclut le général Kao. Pour cette raison, l'arrière-garde de l'armée de dragon n'avait pas beaucoup de difficulté de sortir de cette vase piégée par les ennemis. En une demi-heure de lutte, Kân était extirpé du péril, au prix, bien sûr, de centaine de morts et blessés abandonnés dans la vallée. Le général Moha Tep avait eu une bonne intention, mais il n'y croyait pas beaucoup. Pour cette raison, l'embuscade de Prey Romlaung fut montée avec peu de moyens. Tep fut informé que Kân était dans sa nasse pendant une bonne demi-heure à Prey Romlaung, mais le piège n'était pas assez solide pour lui empêcher de s'échapper. Cette nouvelle excite la colère de Moha Tep. Bon sang ! dit-il. J'ai fait une sacrée bêtise ! je mérite sans doute d'être mis à mort par le roi. Ayant entendu ce dépit, tous les officiers firent diligence pour consoler leur général. Tep jurait devant eux qu'il poursuive la fuite dare-dare de Sdach Kân jusqu'à sa tanière. Il disait à l'officier qui fut chargé de cette mission dans les termes suivants :  "tu n'as pas besoin d'armes et de bras, alors que les jambes les plus rapides suffisent contre ce lâche qui depuis toujours cherche à fuir".

Revenons à Kân et Kao. Après la bataille de Prey Romlaung, ils décidaient en chemin de fuite d'aller s'établir à Baphnom. Mais tout le long de leur retraite, son armée était poursuivie et harcelée jours et nuits par les troupes de Moha Tep. Sur cette nouvelle, Preah Chanreachea envoya un messager pour ordonner à Moha Tep d'arrêter de s'emporter dans la poursuite d'ennemis. Le message royal était le suivant : "On ne fait pas la guerre avec la colère. Toute entreprise formée avec la colère est plutôt d'un téméraire que d'un homme sage".

À Baphnom, Kân avait un soutien inconditionnel de la population des provinces de Kandaul Chrom, Cheug Bakdèch, Raug Damrey et Prey Norkor. Huit mois après, il décida de venir s'établir à Thaung Khmoum, parce que Baphnom était tout près des frontières des Annamites, il pense qu'en cas d'attaques de ceux-ci, il n'ait pas le temps suffisant pour organiser la défense.

L'ambiance à Thaung Khmoum était exécrable, parce que les généraux se chamaillaient entre eux sur les sujets de construction de forteresse. Kân donna le nom de son nouveau quartier général, Banteay Sralap Pichey. Cette forteresse avait quatre portes et chacune portait un nom, et était défendue par un général. La porte du Sud, appelée Snang Trõnc où Kân fit construire un centre d'entraînement militaire. Tvir Raug était le nom de la porte de l'Est. À cet endroit, Kân fit construire les abris pour les éléphants de guerre. La porte du Nord, appelée Tvir Trach, était un centre commercial pour la conurbation de Thaung Khmoum. La porte de l'Ouest, appelée Tvir Chak, était les champs de revue militaire. Au centre, une grande pagode fit bâtir pour abriter une grande statue de Bouddha en fer de couleur noir. On l'appelait Preah Kmao (Le Bouddha noir). À la porte du Nord, la première dame, Pha Lèng, fit ériger une pagode, appelée Vat Kor. Kân fit construire une route qui menait à la province de Raug Damrey. Pour Kân ce parcours avait deux fonctions : Une ouverture à la mer pour les besoins militaires et pour ses loisirs. Raug Damrey était un port maritime et une station balnéaire pour Kân et sa famille.

 

La suite dans le prochain numéro.

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 17:37

Une petite revisite de l'histoire khmère

 

Marc Bloch, historien français qui conseille à ses collègues de savoir dire : "Je ne sais pas, je ne peux pas savoir". Je suis à l'avis de M. Jacques Le Goff, un autre historien français, que cet avis soit un peu pessimiste. Je ne suis pas un historien de métier, parce que j'ai abandonné mes études d'histoire depuis 1975 pour raison de survivre en France. J'ai choisi un autre métier pour nourrir ma famille (La gestion des Ressources Humaines). J'étais Directeur des Ressources Humaines dans une filiale de neuf cent salariés et Président Directeur Général d'un centre de Formation Professionnelle dans un grand groupe français. Pendant 34 ans de métier, en 2008, j'ai décidé de tourner la page pour faire autre chose avant de quitter ce monde. Cette autre chose, c'est de vivre ma vie en toute liberté. Dans cette nouvelle liberté, je gagne le droit qu'on me foute la paix. Mais, le pays commence à me manquer. Je ne savais pas que je puisse vivre sans lui du reste de ma vie. Je suis certain que mon dernier rêve sera pour lui.

 

En revanche, je continue de m'intéresse à l'histoire en tant qu'amateur en lisant régulièrement des livres d'histoire et allant de temps à autre au Collège de France pour assister des cours d'histoire. Pour les intellectuels khmers, les livres de MM Mak Phoeung, Khin Sok (Chroniques royales du Cambodge)et Mme Pou Saveros (Nouvelles inscriptions du Cambodge) sont mes livres de chevet. Je lis et relis jusqu'à aujourd'hui pour avoir le contact avec l'intelligence de mes compatriotes qui ont choisi de consacrer leur vie pour étudier l'histoire khmère. Ils m'ont donné goût sans aucun doute d'écrire un petit peu en histoire après la rupture forcée de mes études dans ce domaine. Bien entendu, je l'ai écrit avec mes verbes et mes mots d'un profane. Voici une petite revisite de l'histoire khmère après avoir lu des vulgates des savants étrangers et khmers.

 

Il était une fois, au bon matin, il y avait un navire à voile venant de nulle part, à bord duquel il y avait des gens qui nous disent qu’ils sont des Kamboja venant de l’Afghanistan, région de Gandhara d’aujourd’hui en passant par l’Inde actuel pour faire du commerce avec les autres Pradesh (pays) débouchés sur la mer. Ces Kamboja appartenaient à une tribu des commerçants armés, dirigé par un chef de tribu, élu au départ, mais au fil des temps, la règle de la succession devenait héréditaire de père en fils. Ils ont conquis nos terres par la force contre notre reine Livyi. Après la victoire, leur chef, nommé Hun Tean, prit la première dame khmère pour épouse et se proclama roi de notre peuple.  Nous appelons tous les membres de notre famille royale « Sdach », quoiqu'ils ne soient pas tous rois, parce que les Kamboja se déclarent qu’ils sont tous Raja. Quelques siècles plus tard, notre pays portait le nom de cette tribu. Il ne faut pas en étonner, parce que dans l'Inde ancien, les souverains indiens portaient souvent la titulature du nom de leur tribu ou de leur peuple. Ainsi le nom du roi des Kamboja et des Khmers devient le nom de notre pays, Kampuchea. Hun Tean n’était pas venu tout seul au pays des Khmers. Il n’est pas certain qu’il fût Brâhmane, mais à bord de son navire, il y avait certainement des hommes de cette caste, parce que les Kamboja étaient hindouistes. Parmi ces conquérants, il y avait aussi des adeptes du Bouddhisme qui apportaient leur foi avec eux. Ces Kamboja auraient été venus au pays khmer pendant la période de règne de la dynastie Gupta en Inde (318 au moins à 542 environ). Ils fondèrent un pays ou une dynastie, appelé Fou Nan, royaume maritime, dans lequel le Brahmanisme et le Bouddhisme étaient en cohabitation, le premier était la religion des hommes de pouvoir et le second était adopté par le peuple. Ce royaume fut annexé plus tard par son satellite du nord, appelé Chen-La. Ces deux royaumes formèrent en un seul État Chen-La. Ce royaume fut divisé plus tard en deux pays, Chen-La Terre et Chen-La Eau. « Chen-La Eau » n’était que l’ancien Fou Nan. Voilà une proie toute désignée pour les razzias des Chvir (Indonésiens). Au cours de cette incursion, un prince khmer fut enlevé, amené et élevé à la cour des Chvir. Il put s’échapper à la surveillance des geôliers, regagna le pays natal. Sa fuite était bien organisée avec l'aide des Brahmanes, des anciens généraux et dignitaires de Fou Nan qui avaient quitté le pays pendant la guerre civile au Cambodge. Arrivé au pays, le prince khmer entreprit une guerre de conquête du pouvoir royal et d'unification du pays, morcelé en plusieurs petits royaumes autonomes, avec succès. Après quoi, il fonda une nouvelle dynastie, laquelle régnait plus tard sur un Empire, appelée Angkor ou Kamboja. En fait ces dénominations n'ont, dans la bouche des historiens et des officiels qui les utilisent, parce que le peuple khmer appelle toujours son pays le Srok Khmer.       

 

On dit que sans les Anglais, l'histoire de l'Empire Gupta en Inde ne soit jamais existée telle que nous la connaissons jusqu'à aujourd'hui. Cette histoire est créée par une méthode occidentale, laquelle doit fonder sur trois sources : les inscriptions anciennes, le trésor des monnaies et les documents écrits. À partir de ces sources, les historiens vont tenter d'établir un ordre chronologique des évènements et un espace géographique où se déroulent ces faits. Une histoire sans l'ancrage chronologique et géographique, selon les savants occidentaux, n'est pas une histoire. Nous savons aussi quand il y a des débats entre les savants sur un tel fait historique, non résolu, le compromis est une solution pour résoudre leur différend. Mais on sait qu’un compromis entre quatre ou cinq savants entre eux ne soit jamais une vérité". Bien entendu, il y avait beaucoup de travail, de recherches approfondies, de fouilles sur les sites historiques, de quêtes des témoignages pour confirmer les postulats, des connaissances des langues anciennes pour lire des inscriptions et les documents anciens, des techniques d'archéologie, d'autres savoirs utiles et beaucoup des moyens financiers pour créer une histoire d'un pays. Un travail de titan des savants dévoués à ces tâches multiples et difficiles. Ils méritent donc du respect et de considération de la part des autochtones. Ainsi étant aussi construit l'histoire du Cambodge par les savants français durant quatre vingt dix ans de protectorat français, appelée l'histoire du Cambodge de l'Ecole Française d'Extrême-Orient dont les noms des savants sont connus par cœur par les hommes de savoir khmer. Ces savants ont idéalisé sans doute les textes anciens sculptés sur les pierres tombales et les autres inscriptions retrouvées par eux. Cette reconstitution de l'histoire du Cambodge permettrait au moins aux écoliers khmers d'éviter de dire à leurs parents que leurs ancêtres étaient des Gaulois. Et nous le savons que les nationalistes l'utilisent pour dresser un tableau d'effervescence intellectuelle du Cambodge angkorien. Quant à la monarchie, elle la servait comme moyen pour redorer son blason. En effet, les nationalistes et les monarchistes parlent le même langage, quand il s'agit d'encenser l'Empire khmer. Ils cherchent à s'imposer de cela comme une vérité d'évidence. Après l'indépendance du pays, cette période de gloire, l'on la trouve rapidement place dans les manuels de l'enseignement secondaire et supérieur. Bien entendu, on raconte aux enfants khmers que leurs ancêtres sont des bâtisseurs du temple d'Angkor. Une volonté de leur part de rechercher du sensationnalisme. Mais jamais on explique aux jeunes en détail la décadence du pays. Si l'Angkor est abandonné, parce que les habitants ne maîtrisaient plus l'eau pour cultiver du riz. Si le pays est envahi, parce que ces envahisseurs sont méchants et aussi c'est la faute du Bouddhisme. Que toutes autres opinions des nouvelles hypothèses n'incitent pas à modifier de cette thèse déjà rédigée par les savants et adoptée par les nationalistes khmers. 

 

Bien sûr, nous n’avons aucune raison de mettre en doute le contenu des travaux des savants. Ils apportent des renseignements précieux pour le peuple khmer, après plusieurs siècles d'aliénation de mémoire. Cette histoire de la gloire de l’Empire d’Angkor est pour lui une fierté nationale. Mais pendant la République Khmère, un certain nombre de constituants parmi lesquels M. Douc Rasy et M. Yem Sambor demandèrent la suppression d’un alinéa dans le préambule du projet de la constitution de la république : "Le peuple khmer est descendant des Khmers Môn » et du terme "angkorien". Le compte rendu de l'A.K.P. du 8 Février 1972 résume l'argumentation des auteurs de l'amendement :

 

"Les auteurs de l'amendement ont estimé, en effet, que ces mots… traduisent notre racisme, source de beaucoup de maux, telle la guerre. M. Douc Rasy et M. Heur Lay ont attiré l'attention de l'Assemblée sur le fait que le peuple khmer est issu de souches beaucoup plus variées que les Khmers Môn. Il y en a qui ont du sang portugais, du sang indien, du sang indonésien, etc.".

 

D'autre part, les épigraphistes français avisaient les lecteurs qui lisent le compte- rendu de leurs travaux que les textes puisés dans les inscriptions trouvées sont un genre littéraire où l’éloge des rois obéit aux lois auxquelles aucune ne déroge. Il faut lire entre les lignes pour savoir quelle est la part de vérité dans ces textes dithyrambiques. Pour moi, il faut éviter de mélanger entre l'histoire de l'art khmer et celle de la politique. La beauté des temples ne s'explique pas le bien-être du peuple. Nous le savons que le système politique de tous les empires est celui de guerriers. Or dans la société khmère de l'époque, tout le monde n'est pas guerrier. La gloire est donc une affaire d'une classe ou d'une caste.

 

Je me pose tout simplement une question : Dans quelle mesure, nous voulons utiliser notre histoire dans le présent, c'est pour tirer des leçons de l'échec de nos ancêtres, ou pour s'approprier à la gloire du passé ? Les erreurs du passé attestées ne se bornent pas à nuire la force du présent, elles aident, dans le présent, à en corriger. Mais l'ignorance dans le passé compromet l'action dans le présent. La gloire et la décadence du passé, pour moi et pour conclure doivent être expliquée en détail et sans tabou par les jeunes historiens khmers, formés par les meilleures universités dans le monde, à partir des nouvelles hypothèses. Une combinaison du travail individuel et du travail par équipe, pas pour juger, mais pour comprendre l'histoire dans la vérité et la morale. Donc le maître mot du maître Marc Bloch dans ce domaine est : Comprendre et non juger. C'est le but de "l'analyse historique" par quoi débute le vrai travail de l'historien après les préalables de l'observation et de la critique historique.

 

Bien sûr, on dit par définition le passé est donné que rien ne modifiera, mais la connaissance du passé est une chose en progrès qui sans cesse se transforme et se perfectionne. Je termine par une phrase de Jacques Le Goff : L'essentiel est de bien voir que les documents, les témoignages "ne parlent que lorsqu'on sait les interroger". Est-ce que les savants de l'histoire khmère ont bien interrogé les documents retrouvés et les témoignages recueillis ?     

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