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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 12:39

Histoire de comprendre

 

Mais à qui la faute ?...

 

Editorial Moulkhmer

Moulkhmer (Mouvement pour le Soutien de la Liberté khmère)

 

Président Moulkhmer : Lim Kim Ya (Kim-ya.lim@finances.gouv.fr)

Secrétaire Général : Ou Chal (chal.ou@wanadoo.fr)

 

Publié dans la revue Moulkhmer n° 161, Février 1998

 

Alors que les souverains régnant résident généralement la plupart du temps dans leurs pays respectifs, pour y exercer leurs fonctions constitutionnelles, celui du Cambodge s’est transformé en feu follet. Le Roi Norodom Sihanou va et vient entre Pékin et Phnom-Penh, en s’arrangeant toujours pour séjourner le moins possible dans sa capitale. Il aime, apparemment, faire la navette entre sa résidence principale (Pékin) et sa résidence secondaire (Phnom-Penh). C’est ainsi qu’au cours du 2è semestre de 1997 on l’a vu séjourner deux mois au Cambodge à la fin de l’été – et d’ailleurs pas à Phnom-Penh mais à Siem Reap – puis repartir pour Pékin le 25 Octobre. Puis il a fait une réapparition soudaine dans la capitale cambodgienne le 3 Décembre, pour retourner ensuite à Pékin le 5 Janvier 1998 sans que personne ne sache au juste quand il reviendrait à Phnom-Penh. Lui-même n’en sait rien sans doute, étant par nature totalement imprévisible. Tout au plus peut-on constater qu’il ne parait pas se plaire beaucoup dans sa capitale, et que Pékin a pour lui plus d’attraits.

 

Ce monarque, devenu donc un feu follet, a aussi un penchant marqué pour se lamenter sur son sort et, accessoirement, sur celui de son pays. Il parle volontiers d’abdiquer, voire même de se suicider parce que, dit-il, la fin de sa vie « est pleine de honte, d’humiliation et de désespoir » en raison de la situation actuelle de son royaume. Mais, dans ce cas, à qui la faute, sinon à lui-même si on se remémore les événements passés ?...

 

Des événements qui montrent assez clairement que le dit monarque est le principal responsable de toutes les calamités qui affligent le Cambodge depuis 1970. Pendant 15 ans, en effet, de 1955 à 1970, il était tout-puissant, il avait toutes les cartes en main, il pouvait gouverner à sa guise sans rencontrer aucune opposition – aucune n’étant toléré par lui – et sans avoir à prendre l’avis de personne. Il était en fait un parfait autocrate, étant seul – qui, logiquement, porte l’entière responsabilité des calamités dont il se désole aujourd’hui.

 

En 15 ans, et disposant d’un pouvoir illimité, il aurait pourtant pu faire beaucoup de choses positives pour son pays et lui épargner les affreux malheurs que l’on sait. Mais, au lieu de cela, il n’a su que mener une politique désastreuse – tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur. Il a agi en destructeur, précurseur inconscient de Pol Pot, cassant l’économie, l’armée, l’administration, la neutralité du royaume, tout en infantilisant son peuple au lieu de le préparer à affronter de prévisibles épreuves. Bref, il n’a su qu’engendrer un gâchis de la pire espèce, temporairement masqué par des artifices démagogiques et par un culte de la personnalité poussé à l’extrême.

 

Mais il y a plus grave encore que tout cela. En 1970, en effet, alors qu’un ennemi étranger était déjà installé dans une partie du territoire khmer avec la complicité du monarque, un sursaut national se produit. L’autocrate fut destitué de ses fonctions de chef de l’Etat et, d’une manière pacifique, écarté du pouvoir. Et que fit-il alors ? Choisit-il de se faire enfin oublier dans quelque confortable lieu d’exil, pour méditer sur toutes ses erreurs politiques et sur leurs conséquences et pour s’en repentir peut-être ? Nullement, car il préféré commettre le pire des crimes envers son peuple par dépit d’avoir été évincé de sa position de leader soi-disant « vénéré ». Ce crime fut de s’engager aussitôt dans une satanique alliance avec les Khmers rouges, en oubliant du jour au lendemain qu’il les avait combattus pendant trois ans (1967-1970). Par là même, il ouvrait la voie au génocide de 1975 et des années suivantes. Car sans sa caution et sa bénédiction, ces mêmes Khmers Rouges, qui ne comptaient presque plus au début de l’année 1970, n’auraient jamais pu renaître de leurs cendres et parvenir un jour au pouvoir.

 

Cette alliance monstrueuse fut bien un acte criminel, qui allait coûter 2 millions de morts au peuple cambodgien et des années de terribles épreuves. L’auteur de cet acte criminel, sans doute unique dans son genre dans les annales de l’Histoire, n’a pas eu cependant à l’expier – ce qui est infiniment regrettable. Mais qu’il cesse au moins de se lamenter sur la difficile condition actuelle de son pays, alors qu’il en est le premier et principal responsable !...

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 19:28

Histoire de comprendre

 

Lettre du Prince Sihanouk à Hun Sen, datée du 12 Décembre 1995

 

Norodom Sihanouk – Roi du Cambodge – à Son Excellence Samdech Hun Sen, Second Président du Gouvernement Royal du Cambodge, Phnom-Penh.

 

Bien- aimé Votre Excellence Monsieur le Second Président du Gouvernement Royal du Cambodge.

Tout d’abord, permettez-moi de rendre un sincère et chaleureux hommage à Votre Excellence et à votre grand Parti, le Parti du Peuple Cambodgien, qui ont, en 1978-1979, mené une lutte héroïque pour sauver le Cambodge et le peuple cambodgien du génocide et rétablit le Bouddhisme en tant que Religion de la Nation et de l’État cambodgien, qui, en 1991, avec le FUNCINPEC et S.A.R. Samdech Norodom Ranariddh, ont rendu pleinement justice à ma personne et qui, en 1993, ont restauré la monarchie cambodgienne et m’ont élu Roi constitutionnel du Cambodge.

Tous ces bienfaits historiques dispensés à notre Kampuchea, à notre peuple, à notre Monarchie et à ma personne, je ne les oublierai jamais et je Vous en serai toujours reconnaissant.

L’objet de ma présente lettre à Votre Excellence concerne mon frère cadet Norodom SIRIVUDH,

Mon fils Norodom Chakrapong a commis de grave qui lui ont valu une lourde peine de prison. Mais grâce à la bienveillance sollicitude du Gouvernement Royal du Cambodge dont Votre Excellence est le Second Président, Norodom Chakrapong bénéficié de votre semi-pardon sous forme d’exil dans un pays ami.

Mon frère cadet Norodom Sirivudh a prononcé à l’encontre de Votre Excellence des paroles tout à fait injuste et impardonnable.

Mais, comme Votre Excellence est un grand pilier soutenant noblement le Bouddhisme dont le DHAMMA nous encourage à être tolérants et à accorder le pardon aux fautifs, je me permets humblement de solliciter de Votre Excellence Samdech sa compassion pour les trois enfants en bas âge de Norodom Sirivudh sous forme d’expulsion du Cambodge et d’envoi en exil en France.

Au cas où Votre Excellence Samdech aurait la bonté d’accorder ce semi-pardon à mon frère cadet Norodom Sirivudh, je ne manquerais pas de le persuader de quitter définitivement le Cambodge pour aller refaire sa vie en France.

Quant à la justice cambodgienne, elle pourrait suivre son cours en ce qui concerne le cas de Norodom Sirivudh qui a prononcé des paroles très malheureuses de menace de meurtre à l’encontre de Votre Excellence Samdech.

Tout ce que je me permets, pour raison de famille, de demander humblement à Votre Excellence Samdech, ce n’est pas de stopper l’action de la justice nationale contre le fautif Norodom Sirivudh. C’est seulement de bien vouloir accorder, dans votre mansuétude bouddhique, un semi-pardon à Norodom Sirivudh sous forme d’expulsion du Cambodge et d’envoi en exil en France.

En tant que son Roi, son frère aîné et Chef de la Famille Royale, je serai à même de persuader Norodom Sirivudh de quitter le Cambodge et aller vivre en France, comme l’a fait et continue de le faire Norodom Chakrapong.

Avec l’expression de ma vive gratitude je prie Votre Excellence Samdech d’agréer les assurances de ma très haute considération et de ma plus profonde affection.

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 15:35

Histoire de comprendre

 

7 Janvier… !

 

Par Ta Prom

 

 

Article publié dans la revue Moulkhmer, n° 156, Août 1997 – Valeur actuelle.

 

 

Dans la mémoire des peuples, il est des dates qui rappellent des faits et évènements importants de leur histoire nationale. C’est le devoir des responsables politiques et des historiens de rappeler aux générations futures le passé ancien et récent.

 

S’agissant des dates historiques, on n’est pas toujours certain de recueillir l’unanimité et de consensus sur leur sens et leur portée. Chacun à sa propre vision des faits. A chacun sa vérité. Des polémiques ne manquent donc pas de s’alimenter dans ce genre de débat où se mêlent la passion et les arrière- pensées. Elles sont d’autant plus virulentes que le rapport de force entre partisans et adversaires semble à peu près égal.

 

Les récentes polémiques entre les deux partis au pouvoir à Phnom-Penh à propos de la fête du 7 janvier viennent ajouter un nouvel élément de tension au sein de la classe politique. Pour Hun Sen et ses amis ex-communistes, le 7 janvier marque la victoire du peuple khmer sur la barbarie (sous-entendu khmer rouge). C’est donc une fête de libération, une journée de gloire. Ce que réfutaient le Parti du Prince Ranariddh et celui de M. Son Sann, non par sympathie pour les Khmers Rouges, mais pour condamner l’intervention vietnamienne et défendre la souveraineté nationale. Le 7 janvier n’est donc pas la libération du peuple khmer, mais plutôt son asservissement sous le joug étranger.

 

Au-delà des polémiques qui agitent actuellement le microcosme phnompenhois, une double interrogation s’impose. La première concerne l’acharnement avec lequel Hun Sen et ses amis entendent commémorer le 7 Janvier. Bien sûr, c’est leur victoire sur Pol Pot. Les Vietnamiens, eux aussi, en étaient fiers, puisqu’ils en étaient les artisans. Tous deux n’entendaient guère se faire oublier facilement. Les Cambodgiens, dans leur immense majorité, affichent-ils à ce sujet la même volonté et le même état d’esprit que leurs ex-dirigeants communistes ? Ce n’est pas certain. Certes, ils souffraient beaucoup sous Pol Pot, et c’est tout à fait normal qu’ils voulaient s’en débarrasser pour recouvrer la liberté et une vie normale. Mais, sortir de l’enfer khmer rouge pour entrer ensuite dans un autre enfer communiste, de surcroît vietnamien, n’est jamais rassurant pour les Cambodgiens. Entre la peste khmère rouge et le choléra vietnamien, il n’y a pas de comparaison possible. L’un comme l’autre est mortel pour le Cambodge. Le premier, en détruisant tout et en ne construisant rien de meilleur à la place, ruinait complètement le pays, et hypothéquait gravement son avenir. Le second, en intervenant au Cambodge en violation des règles internationales, avait assurément obéi à ses propres intérêts, la libération des Cambodgiens du génocide n’étant qu’un prétexte. En tout état de cause, le 7 Janvier compte beaucoup plus pour le régime d’Hanoï, pour Hun Sen et ses amis ex-communistes que pour les Cambodgiens. Ces derniers ont d’autres préoccupations, autrement plus urgentes. On pense à l’insécurité et à la précarité dans leur vie quotidienne.

 

La seconde interrogation porte sur l’attitude du Prince Ranariddh, chef du FUNCINPEC. Si, comme disait un philosophe, l’histoire est écrite pour les vainqueurs, on ne comprend pas pourquoi le Parti du Prince Ranariddh qui gagnait les élections de 1993 ne parvenait-il pas à décréter que le 7 Janvier ne peut être une fête nationale ? En principe, il appartient à la représentation nationale de conférer le caractère national à une fête. Pourquoi l’Assemblée nationale khmère, dont la majorité est composé de députés n’appartenant pas au camp de Hun Sen, ne décrétait-elle pas que le 7 Janvier ne peut être un jour férié ? On aimerait connaître les raisons d’une telle carence.

 

Si Hun Sen et ses amis voulaient fêter le 7 Janvier, cela n’a rien de surprenant. Ils pourraient parfaitement le faire. Mais entre eux, et à titre privé ! Qu’ils obligent tous les Cambodgiens à les suivre dans cette voie, c’est foncièrement antidémocratique.

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 09:56

Histoire de comprendre

 

Utopie royale

 

Editorial Moulkhmer

 

 

Article publié dans la revue Moulkhmer, n° 143, Août 1994

 

De tous les évènements qui se sont produits au Cambodge ces 3 derniers mois (Mai, juin, juillet 1994), le plus important est certainement celui qui a eu lieu le 7 Juillet. Ce jour-là, enfin, l’Assemblée Nationale issue des élections de Mai 1993 a voté, à l’unanimité de ses membres présents (103 sur 120), la mise hors-la-loi des sinistres Khmers rouges. Il ne paraît pas exagéré d’écrire à ce sujet que cette date du 7 juillet 1994 restera désormais, dans les annales du Cambodge contemporain, comme une date historique. Elle marque en effet une rupture décisive avec un passé désastreux, elle exorcise en quelque sorte ce passé et autorise un espoir pour l’avenir. En même temps elle signifie la fin de la déplorable utopie royale d’une « réconciliation nationale » avec les auteurs du génocide.

 

Le coup est dur, assurément, pour le roi Sihanouk qui se trouve nu sur le plan politique. Car il avait tout fait, depuis des mois et des années, pour promouvoir cette « réconciliation » contre-nature. Sans relâche, et sans le moindre sentiment de honte, il avait cherché par tous les moyens à faire admettre l’inadmissible : Introduire des Khmers rouges dans le gouvernement, soi-disant pour ramener la paix au Cambodge et résoudre du même coup tous les problèmes du pays. Il est vrai qu’il n’avait absolument rien d’autre à proposer, et qu’il ne pouvait d’ailleurs rien proposer d’autre – compte tenu de sa longue collusion (depuis 24 ans) avec les Khmers Rouges et leurs maîtres chinois dont lui-même dépend étroitement. Sihanouk avait donc cultivé avec obstination sa royale utopie « réconciliation » les victimes avec leurs bourreaux, et associer ceux-ci à la gestion des affaires du pays en attendant qu’ils en reprennent le contrôle exclusif – ce qui n’aurait pas manqué de se produire tôt ou tard, si le gouvernement avait suivi le roi dans la voie suicidaire préconisée par lui.

 

Cela, fort heureusement, ne s’est pas produit. L’utopie royale n’avait rallié finalement que deux ministres[1], qui pour des raisons personnelles, avaient choisi, dans cette affaire de « réconciliation nationale », de jouer le rôle peu glorieux de « godillots » du roi. Ils n’avaient pas compris sans doute, ou pas voulu comprendre, qu’il était scandaleux et impensable de pactiser avec des individus responsables de la mort de 2 millions de Cambodgiens. Ces deux ministres, après le cinglant désaveu infligé à leur idole par le vote décisif du 7 juillet auraient dû démissionner aussitôt et rejoindre à Pékin le monarque désavoué. Ils ne l’ont pas encore fait, mais on veut croire qu’ils sauront tirer bientôt les conséquences de leur trop complaisante attitude envers les Khmers Rouges et leur allié le roi. C’est une question de logique et de dignité.

 

Quoi qu’il en soit, la situation est désormais clarifiée d’une manière irréversible. Il ne pourra plus être question de « négocier » quoi que soit avec les membres de la bande à Pol Pot : les Khieu Samphân, Son Sen, Chan Youran, Mak Ben et autres. Ils sont des hors-la-loi, des rebelles, de plus en plus isolés, tandis que leur royal associé se trouve dans une position qui ne lui laisse plus qu’une seule solution : celle de se faire oublier.

 

Il reste toutefois au gouvernement de Phnom-Penh une tâche importante à accomplir : celle d’éliminer complètement les Khmers Rouges, qui ont conservé leur capacité de nuissance – puisqu’ils contrôlent encore une portion du territoire – et qui ont créé le 11 juillet un speudo « gouvernement provisoire » dans une zone occupée par eux. Or cette tâche ne sera pas aisée, elle nécessitera des efforts soutenus et demandera du temps. Elle ne sera véritablement accomplie que lorsque les dernières forces des Khmers Rouges auront été détruites, et leurs chefs neutralisés – c’est-à-dire, si possible, capturés, jugés et condamnés pour tous les crimes commis par eux à l’encontre du peuple cambodgien.

 

Le premier pas dans cette voie a été fait, et non ne peut que s’en réjouir. Mais il reste à souhaiter que d’autres pas suivront, et pas seulement sur le plan strictement militaire. Car c’est aussi sur le plan social et celui de l’action psychologique qu’il faut agir, si l’on veut pouvoir extirper définitivement du corps affaibli du Cambodge le cancer polpotien.



[1] Sam Rainsy (Ministre des Finances) et le Prince Norodom Sirivuddh (Ministre des Affaires Etrangères). 

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 08:04

Télégramme poste de M. Sim Var à Norodom Sihanouk (Pékin) du 20 juin 1974

 

C’est bien aimable à vous de répondre à mon télégramme du 15 mai dernier.

 

Souffrez donc que je vous en remercie vivement malgré les injures les plus grossières dont vous m’avez abreuvé et dont je me ris allègrement, car vous m’y avez déjà habitué depuis fort longtemps. Je vous en remercie d’autant plus qu’elle prouve que vous m’avez parfaitement compris. Et pour mieux vous servir, je m’en vais la faire diffuser in-entenso avec mes commentaires bien entendu.

 

Et pourtant poursuivant l’unique but de mettre fin à cette guerre fratricide provoquée délibérément par votre orgueil insensé, je vous avais proposé ainsi qu’à Lon Nol deux choses : Refus de tout soutien étranger et autodétermination du peuple pour qu’il puisse choisir librement le régime de sa préférence.

 

Mais seul vous m’avez répondu comme d’habitude, de la façon la plus stupide en attribuant comme toujours vos propres faits à ceux qui n’ont absolument rien à se reprocher avec un art consommé dans lequel vous êtes passé maître. Cela ne trompe plus personne, sauf peut-être certains étrangers qui ont d’ailleurs intérêt) l’être, pour les besoins de leur cause.

 

Mais si vous avez la mémoire courte, souffrez donc que je vous la rafraîchisse pour vous rappeler vos propres faits.

 

En voici quelques-uns parmi les plus illustres :

 

- En 1955, qui donc a imposé à la nation Khmère les fameux principes de Pancha Sila, autrement dit politique de neutralité ?

 

N’est-ce pas un certain Sihanouk ?

 

- Qui donc, à partir de 1967, a permis aux communistes vietnamiens d’installer leurs bases militaires en territoire khmer, en violation flagrante de ladite politique de neutralité ?

 

N’est-ce pas le même Sihanouk ?

 

- En 1968, quand les occupants étrangers se comportaient par trop cavalièrement comme s’ils étaient en pays conquis en perpétrant des exactions intolérables sur nos populations des frontières, qui donc a donné le feu vert aux forces aériennes d’Amérique pour qu’elles bombardent ces bases militaires étrangères en territoire khmer, si n’est pas vous, Sihanouk ?

 

- En 1970, qui donc a condamné le peuple khmer pour avoir commis le crime de protester contre les exactions commises par les communistes vietnamiens ? N’est-ce pas encore et toujours le même Sihanouk ?

 

Naturellement, comme vous êtes fourbe de naissance, vous êtes certainement d’attribuer ces faits à …Sim Var ou à quelqu’un d’autre, faits qui vous ont pourtant valu votre honteuse destitution prononcée à l’unanimité par votre propre Parlement.

 

N’empêche que tout récemment encore vous avez reconnu, de bouche à oreille, en être l’auteur à votre propre mère, Sa Majesté la Reine Kossamak, qui reste malgré tout une digne et brave femme.

 

Et si votre mémoire est toujours défaillante, je tiens aussi toujours à vous la rafraîchir davantage encore en vous rappelant qu’aveuglé par votre haine et votre soif de vengeance, vous avez conclu un pacte militaire à Canton, en avril 1970, avec les ennemis traditionnels du peuple khmer, permettant à ces derniers d’agresser votre propre pays jusqu’à maintenant, ce qui vous a valu d’être condamné à mort pour crime de haute trahison par la Cour Criminelle.

 

C’est peut-être votre droit de suivre en cela la tradition des anciens rois khmers, mais le peuple khmer qui en est la victime innocente, a parfaitement lui aussi le droit de se défendre légitimement contre n’importe quel traître.

 

Les responsables américains ont-ils reconnu avoir ordonné, en Mai 1970 « l’invasion partielle » du Cambodge ? Mais ils n’ont aucun motif de la nier, puisque cette intervention militaire, parfaitement conforme aux Accords de Genève de 1954, n’a été décidée que pour répondre à l’agression communiste vietnamienne, ce qui était d’ailleurs dans la logique des choses voulues par vous-même, Sihanouk.

 

Mieux encore, au lieu de vous arrêter en si bon chemin, vous avez récemment signé un accord avec Hanoï lui donnant le droit, en violation des accords de Paris, d’installer légalement des bases militaires en territoire khmer avec des modifications de frontière, vous moquant royalement ainsi des souffrances infligées injustement au peuple khmer.

 

Si après tant de crimes si monstrueux vous prétendez encore avoir la conscience tranquille en professant à mon égard votre « souverain mépris », alors là, laissez-moi rire, car lorsque quelqu’un est descendu plus bas que terre et se donne quand même une importance qu’il n’a pas, quelle attitude prendre sinon celle de l’indifférence la plus parfaite ?

 

 

Paris, le 20 juin 1974

Signé : Sim Var. 

 

Cliquez ici pour lire le télégramme de Sihanouk.

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 21:28

Télégramme du Prince Sihanouk de Pékin, Mai 1974 à M. Sim Var

 

CECI EST LA REPONSE A VOTRE TEMEGRAMME DU 15 MAI QUI AURAIT DU VOUS ETRE RETOURNED AVEC TOUT LE MEPRIS A SON INFECT EXPEDITEUR. L’ILLUSTRE DESTINATAIRE NE SABAISSE PAS A VOUS REPONSE ? A VOUS ? UN TRAITRE DE LA PIRE ESPECE STOP SIMVAR VOUS OUBLIEZ QUE VOUS ET VOS MISERABLES COMPLICES AVEZ DETRUIT LE CAMBODGE INDEPENDANT SOUVERAIN NEUTRE PACIFIQUE OASIS DE PAIX DE SAMDECH SIHANOUK ET QUE VOUS LIVREZ ENSUITE A VOS MAITRES LES IMPERIALISTES YANKEES ET SOUS MAITRES DE REGIMES DE BANGKUK ET SAIGON STOP POURSUIVI ET RONGED PAR LES PIRES REMORDS DAVOIR LAISSE VOS MAITRES ET SOUS MAITRES SE LIVRER AU CARNAGE SANS NOM DU PEUPLE CAMBODGIEN A LA DESTRUCTION DES MILLIERS DE PAGODES VILLAGES ET VILLES VOUS VOULEZ DECHARGER VOTRE PROPRE FORFAITURE SUR NOUS QUI LUTTONS CONTRE VOS PATRONS AGRESSEURS ET ARCHICRIMINELS POUR LIBERER NOTRE PATRIE BIEN AIMEE LAQUELLE NEST PLUS LA VOTRE NI CELLE DE VOS PIRES COMPLICES CAR LES UNS ET LES AUTRES VOUS NETES PLUS QUE DES RENEGATS STOP ET MAINTENANT VOUS VOUS PERMETTEZ DINSULTER NOTRE PEUPLE NOS COMBATTANTS EN LES TRAITANT DE VIETCONG ET NORDVIETNAMIENS QUI SONT CERTES NOS AMIS ET COMPAGNONS DE LUTTE MAIS NON COMME LE SONT POUR VOUS ET AUTRES TUTTI QUANTI LES IMPERIALISTES YANKEES LES YOUN DE SAIGON ET SIEM DE BANGKOK STOP SIMVAR POURQUOI PERSISTEZ VOUS A NIER ENCORE LEVIDENCE PUISQUE VOTRE GRAND PATRON ET BAILLEUR DE FOND R.NIXON A AVOUE QUE CETAIT BIEN LUI QUI AVAIT ORDONNE LIVASION DU CAMBODGE EN 1970 ET LE BOMBARDEMENT DE HANOI ET HAIPHONG EN 1972 STOP RENVOYEZ LE CABLE A.F.P DE WASHINTONG DU 16 MAI 1974 CET AVEU DE NIXON A ETE FAIT AU JOURNALISTE JAMES J. KILPATRICK DE WASHINTON STAR NEWS STOP ET VOUS VOULEZ ETRE ENCORE PLUS NIXON QUE CHEF GANSTER MEME POUR LE PEUPLE AMERICAIN STOP GARDER AU MOINS UNE MIETTE DE DIGNITE AU LIEU DE VOUS ASSERVIR STOP NE VOUS SOUCIEZ PAS DE NOTRE PRETENDU CRIME QUI  NEXISTE QUE DANS VOTRE IMAGINATION ABERRANTE CELLE DUN FOU RONGED PAR MAUVAISE CONSCIENCE STOP NOTRE PEUPLE VICTIME DIRECTE DE VOTRE TRAHISON VOUS RESERVE A VOUS ET VOS COMPLICES CRIMINELS MILLE PENDAISONS STOP VOILA NOTRE REPONSE ET CEST LA DERNIERE AVEC TOUT LE MEPRIS QUE NOUS VOUS DEVONS STOP FIN CABETA. (Cabinet du chef de l’Etat).

 

Cliquez Ici pour lire la réponse de M. Sim Var

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 12:53

Histoire de comprendre

 

L'esprit de Pol Pot...

 

Par Ou Chal

DEA de Philosophie

Ex-Secrétaire Général de Moulkhmer

 

Article publié dans la revue Moulkhmer, n° 163, Juillet 1998  - Valeur actuelle.

 

 

L’esprit de Pol Pot Es-tu toujours là ? Au Cambodge, pays macabrement lié au monstre Pol Pot, et au roi Sihanouk, respectivement auteur et complice de l’autogénocide (1975-79), l’âme de ce grand criminel et son emprise demeurent très vivaces. Tant que le polpotisme et le sihanoukisme ne sont pas morts, et continuent de diriger cet Etat, l’ère de démocratie et des droits de l’homme ne pourra jamais s’y établir. Et la révolution moderne, celle de la démocratisation, reste toujours à accomplir. Bref, plus d’un demi-siècle après l’accession de Sihanouk au trône, le Cambodge végète toujours dans le précipice. Et, vingt ans après l’arrivée des communistes vietnamisés au pouvoir en 1979, l’autogénocide demeure encore impuni ! La situation politique, économique et sociale y est étouffante. Dans le contexte explosif de l’Asie du Sud-Est, où le régime dictatorial et archi-corrompu de Marcos a été balayé, et où Suharto a été récemment écarté de la présidence, vingt ans de pouvoir royalo-communiste au Cambodge, ou, plus exactement, un demi-siècle la monarchie sihanoukienne, c’en est trop !

 

L’autogénocide banalisé :

 

Vingt ans après le crime, aucun pouvoir khmer n’a osé demander à la communauté internationale de le juger. Ses dirigeants sont trop occupés à s’enrichir personnellement. Ils passent leurs temps à s’autocélébrer. Quotidiennement, les journaux impriment des pancartes publicitaires vantant leurs mérites insignifiants, ou leur présentant des vœux d’anniversaire. Ces articles dithyrambiques sont payés par des flagorneurs de tous bords, qui ont bénéficié auparavant de bienveillances dans la corruption administrative : Octroi frauduleux de contrats, escroquerie financière…La flatterie s’accompagne de faveurs, de favoritisme et d’amnistie. Personne n’est surpris de la pauvreté de la population et du pays : Les dirigeants détournent et empochent l’argent d’État, l’absence de fiscalité sur les biens immobiliers (taxes foncières et impôts locaux…), qui frapperaient ces nouveaux propriétaires de terrains et villas spoliés après l’ère de Pol Pot. Sans une politique de fiscalisation et de redistribution de richesses nationales, tout le pays deviendra la zone de misère dans la mondialisation politique. Vingt ans après le génocide, la nation assiste encore à l’effort officiel de blanchiment du criminel ! Depuis 1993, l’histoire khmère est jalonnée de tollés contre ces amnisties, le pays se retrouve d’ores-et-déjà irréversiblement gouverné par des Khmers Rouges de tous bords. On connaît ceux qui ont profité de la première amnistie en faveur du troisième boucher Ieng Sary. L’opération de ravalement du crime et de banalisation se poursuit sans relâche. À la veille des campagnes officielles des élections législatives du 26 juillet 1998, Hun Sen a déclaré qu’il pardonnera à Khieu Samphân, si celui-ci lui livre Noun Chéa et Ta Mok. Khieu Samphân aura sa grâce et échappera à la condamnation en tant que principal rersponsable du génocide. Hun Sen se comporte étrangement comme un laveur de génocide. J’éprouve de la nausée, parce que Hun Sen, en tant que Khmer, et chef d’un parti politique dans ce petit Etat, distribue sans gêne des grâces aux bourreaux coupables de génocide sans consulter les victimes, et condamnés par la communauté internationale. Il méprise tout un peuple. Il encourage d’autres criminalités, et ne défend ni droit ni la justice. Il joue son rôle de défenseur du polpotisme. Quelques jours auparavant, il a grâcié les principaux Khmers Rouges « dissidents » de Ta Mok (à savoir Mak Ben, Thioun Thioeurn, Chan Youran, In Sophéap, Kor Bun Héng…). Historiquement, on peut d’ores-et-déjà qualifier 1979-1998 de période de ravalement, de banalisation et de bonification du génocide. En effaçant le passé, en s’associant à la mafia et en s’adonnant à la corruption, le pouvoir aggrave la misère de tout un peuple. Les ingrédients d’explosion social existant dans la région sud-est asiatique sont d’ores-et-déjà réunis dans ce système rayalo-communiste. Il y aura nécessairement la destitution des Marcos khmers, le limogeage des Suharto cambodgiens, ou l’emprisonnement des présidents à la coréenne. La politique de réconciliation nationale avec les criminels est une politique de ravalement des crimes. Pour sauver la monarchie sihanoukienne ? Pour pérenniser les pouvoirs des anciens Khmers Rouges et complices ? Le chaos khmer est toujours là, total et inextricable ! La justice n’y est pas indépendante. L’armée est clanique, indisciplinée et inefficace ; elle constitue un très lourd fardeau pour le budget de ce petit Etat. Elle est source d’instabilité politique pour le pays. Il n’existe plus de notion de service public dans l’administration. Il n’y a que la corruption, la mafia, et le laisser-aller du libéralisme sauvage. Quelques partis sont propriétaires des richesses du pays et une poignée de dirigeants détient tous les pouvoirs. Depuis 1993, aucun crime ou assassinat recensé par l’ONU n’a été élucidé. Où est passé l’esprit de démocratie, de justice et de valeurs humaines, entretenu lors de la première révolution républicaine ? Si les dirigeants ne veulent pas se rappeler du passé, ils ne seront pas capables de construire le présent. Car, sans mémoire, ils ne pourraient rien bâtir de solide. Cette nation en ruines, amnésique, et souillée par Pol Pot et Sihanouk a déjà perdu son identité. Les Cambodgiens éprouvent une grande honte devant cette dégénérescence ethnique et morale : l’esprit de Pol Pot continue insidieusement de diriger ce royaume. Après plus d’un demi-siècle de règne de Sihanouk, le pays est toujours banni par l’ONU, et n’est même pas capable d’organiser tout seul ses élections législatives. L’ONU a esquissé récemment la forme d’un Tribunal International pour juger tous les crimes futurs contre l’humanité. La communauté internationale a déjà mis sur pied trois tribunaux spéciaux pour juger les génocides en Allemagne, en Yougoslavie et au Rwanda. Récemment, la France a reconnu le génocide arménien, perpétré par la Turquie. L’autogénocide khmer, commis par une poignée de monstre aidés par un roi fou nommé Sihanouk, dépasse l’entendement humain. Un quart de siècle après, ce crime continue d’être blanchi par le complice, bonifié par ceux-là, même qui y ont participé et qui dirigent actuellement le pays. Le Cambodge ne sera jamais stable avec ces hordes de criminels impunis. C’est un devoir suprême pour les Cambodgiens de combattre pour la vérité du génocide, pour le mémoire des victimes et pour la stabilité du pays afin de pouvoir y bâtir leur avenir. Cette noble mission nécessite tout un programme : Référendum constitutionnel, mouvement libérateur, création d’institutions adéquates pour juger le crime. Sans cette perspective, la participation actuelle de trente neuf partis aux élections législatives du 26 juillet se révélera inutile, car après ce scrutin le chaos social, politique et économique continuera de plus belle !

 

Les dettes, les aides et la trésorerie de l’État :

 

L’État royalo-communiste fonctionne comme si sa trésorerie appartenait aux dirigeants des partis. Il n’existe pas d’institutions indépendantes pour contrôler les dépenses d’Etat. D’où la corruption impunie, l’inutilité et l’inefficacité des aides et prêts étrangers. Ces fonds se retrouvent détournés de leurs objectifs d’origine. Dans quelques années, l’État se retrouvera asphyxié, comme certains pays du tiers-monde, par le poids d’emprunts. L’essentiel de ces dettes n’a pas été utilisé dans la construction d’infrastructure ou dans des investissements productifs. Ces emprunts détournés alimentent la colère généralisée sociale et fragile la solidarité nationale. Il étrangle mortellement l’économie qui perd ainsi sa capacité d’adaptation et de modernisation. Lors des campagnes électorales, certains partis riches distribuent des pièces de tissus, du riz, du prahoc, du sel…aux électeurs. Du prahoc et du sel…avant les élections, en échange de corruptions impunies, quand ils seront au pouvoir ? Il faut démanteler ce régime et changer cette mentalité. Sinon, après les élections, tout redeviendra pareil !

 

La corruption et la fortune des dirigeants :

 

Au Zaïre, on continue de polémiquer, d’enquêter, et réclamer la fortune de Mobutu, accumulée au cours de son règne. Quotidiennement, des étudiants indonésiens réclament le jugement et la restitution des richesses détournées par Suharto et sa famille (plusieurs milliards de dollars). Les mêmes évènements se sont produits aux Philippines, en Corée du Sud. La dictature et la corruption ont toujours été la source de bouleversements politiques et sociaux, partout dans le monde. Le Cambodge ne pourra pas y échapper, car l’injustice y est de grande envergure. Le processus en est déjà enclenché, et arrivera bientôt à sa maturité. La société khmère vit actuellement sa phase de croisière de corruption et de criminalité. Rien ne pourra être résolu si on n’y instaure pas le système républicain. Car la banalisation du génocide, de la criminalité et de la corruption ne peut se développer impunément que dans ce système royalo-communiste.

 

L’opposition impossible :

 

La tradition féodale khmère n’a jamais permis à la classe politique de pratiquer la démocratie. Celle-ci suppose l’existence et la reconnaissance officielle de l’opposition. Cette démocratie n’existe que de façade, pour tromper la communauté internationale. Elle n’a jamais connu d’élections locales ou municipales. Sans bases de démocratie locale, et sans moyens, les véritables oppositions démocratiques ne seraient jamais viables. Il n’y aurait que des oppositions complaisantes. Pour jouir de la stabilité politique, il faut au préalable procéder aux élections municipales et locales offrant ainsi aux différentes oppositions l’opportunité d’exercer leurs compétences. Si elles perdent le scrutin législatif, au moins elles peuvent garder certains pouvoirs locaux. Hélas, au lieu d’organiser d’abord ces élections municipales, avant la fin de son mandat, le gouvernement mal inspiré a choisi de les oublier pour mieux frauder au scrutin législatif. Donc, il n’y aura rien de positif à attendre, ni démocratiquement, ni socialement. On peut qualifier ce scrutin de « mettre la charrue avant les bœufs ». On ne peut espérer qu’il aura la tenue d’un tribunal contre le génocide. Des pouvoirs successifs travailleront encore à faire oublier ce crime. Et, il y aura plus de corruption, plus d’enlèvements, plus de criminalités. Quoiqu’ils fassent ou qu’ils disent, les dirigeants khmers continuent d’agir sous l’emprise de l’esprit de Pol Pot. Ce qui se produit aujourd’hui en Indonésie, ou hier aux Philippines et en Corée du sud, aura lieu nécessairement au Cambodge.

 

L’étape républicaine :

 

Il y aura donc tôt ou tard une grande secousse démocratique pour mettre fin à cette dégénérescence. À travers le monde, seule la révolution républicaine a fait ses preuves dans sa mission de démocratisation. Des grèves et manifestations en sont les premiers pas. L’étape républicaine sera inévitable pour démanteler le régime antidémocratique, sans identité et sans mémoire. Elle prendra le temps, à cause de l’emprise de cette dictature et du degré de prise de conscience du peuple. La Corée du Sud a mis un demi-siècle avant de pouvoir emprisonner deux présidents de la république. Il en est de même des Philippines, avant le démantèlement de l’équipe et de la famille Marcos. La Thaïlande a également des révolutions à petites dosses. Elle a progressé sans trop de massacre de rue pour adapter ses Constitutions, et le Roi joue un rôle important et bénéfique, ce qui est contraire au Roi cambodgien qui joue un rôle néfaste pour la démocratie dans son pays. L’Indonésie a déjà entamé sa phase de bouleversement politiques et sociale. Au Cambodge, en retard de 50 ans sur ses voisins, sans ces premiers pas républicains, il n’y aura pas de bouleversements sociaux, démocratiques, bénéfiques et stables. Les dirigeants khmers actuels, à l’instar de leurs collègues régionaux, continuent d’accumuler d’énormes fortunes, par la corruption. Le premier gouvernement khmer juste et intègre sera celui qui osera bouleverser l’ordre actuel et juger tous les auteurs du génocide et les dirigeants corrompus. D’ici là, tous les gouvernements successifs demeureront aveugles, sans mémoire, sans identité. Le coup de force des 5-6 juillet n’était qu’un coup ambigu, sans idéologie, fonctionnant dans une logique de renforcement de pouvoir communiste aux dépens des monarchistes. C’était une affaire des royalo-communistes. Une fois dans l’impasse, le pouvoir s’est arrangé pour innocenter tout le monde y compris Ranariddh et le FUNCINPEC. Actuellement, l’armée indisciplinée et pléthorique s’est empêtrée dans le problème d’incorporation des soldats de Nkek Bun Chhay. Toutes les guerres cambodgiennes proviennent de ces forces armées. Ce coup inutile, sur fond de luttes pour le pouvoir, a été ramené à sa piètre signification par le Japon. Bref, il a déshonoré le Cambodge et le mal consolidé le pouvoir des protagonistes. Le Cambodge se trouve plus que jamais déstabilisé sur ces nouvelles bases. Chaque camp se retranche de nouveau dans sa sa position d’origine. Le pays est revenu à la même situation qu’avant 1993 où les Khmers Rouges gardaient leurs forces pour détruire la nation après les élections. En 1998, l’armée de Ranariddh sous la direction de Nhek Bun Chhay, adoptera la même tactique, tout en participant aux élections législatives. La seule solution valable pour le pays, c’est l’écrasement de ces rebelles par une représentative des valeurs républicaines. Sans cette perspective, les prochains aides ou prêts étrangers n’enrichiront que les voyous politiciens. Vingt ans après le génocide, les Cambodgiens se retrouvent toujours sans espoir d’avenir. C’en est trop ! Le changement de régimes ou de dirigeants, fût-il fréquent, par des mécanismes démocratiques, se révèle très nécessaire, tant sur le plan psychologique que moral. Sur le plan social et économique, ce serait vital et urgent. Un demi-siècle de règne de Sihanouk, c’est plus que catastrophique, surtout quand Sihanouk a été le complice du génocide de son propre peuple !

 

Le devoir des Cambodgiens :

 

Dans ce chaos moral, social, et de banalisation du génocide, tout Cambodgien a le devoir de combattre pour la vérité, pour préserver son passé, et rétablir la justice, pour l’honneur de sa nation et celui de l’humanité. Les criminels et leurs complices s’efforcent toujours de faire oublier l’autogénocide. L’avenir sera du côté de la vérité et de la justice, et l’Histoire jugera ces dirigeants criminels. L’ère de la grande autoroute de l’information l’aidera dans cette entreprise. Jusqu’à présent, les dirigeants khmers ne sont pas dignes de représenter leurs compatriotes, leur nation, ou leur culture d’origine. Ce ne sont que des profiteurs et complices du crime. La tâche de libération sera de longue haleine. Mais elle est très noble, et mérite d’être très bien remplie. La race khmère, sa nation et sa culture ne devraient pas s’identifier à la barbarie de Pol Pot, ni à l’imbécillité de la monarchie sihanoukienne.

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 16:24

Histoire de comprendre

Un château de sable

 

Editorial Moulkhmer

 

 

Article publié dans la revue Moulkhmer, n° 128, Août 1991

 

Il faudrait assurément une bonne dose d’optimisme pour croire qu’avec l’accord de paix sur le Cambodge, signé à Paris le 23 Octobre 1991, tout va maintenant s’arranger pour le mieux. Le « règlement politique global » destiné à mettre fin au long conflit cambodgien ne règle rien du tout en effet, sinon sur le papier – comme cela avait déjà été le cas pour un autre accord de Paris, signé le 27 janvier 1973 avec le même faste et qui devait, théoriquement régler le conflit vietnamien. Or on sait quelle succession de tragédie avait engendré cet accord-là, et il faut bien garder cela en mémoire pour ne pas s’exposer à d’amères désillusions à la suite du récent accord sur le Cambodge.

 

Cet accord doit, en principe, ramener la paix sur tout le territoire cambodgien. Mais il s’agit d’une paix immorale, puisque – sous des prétextes très discutables – on y a associé, comme signataire à part entière, les auteurs d’un monstrueux génocide. Lesquels, en d’autre temps, auraient été traduits devant un tribunal international, jugés, condamnés et – pour les plus coupables – promptement envoyés à la potence. Rien de semblable n’a été fait dans le cas du Cambodge, et la paix qu’on nous annonce est donc bien une paix immorale – qui met sur le même pied les bourreaux et leurs victimes. Or une paix immorale ne peut être qu’une mauvaise paix, et une mauvaise paix ne peut produire que des effets pervers et, inévitablement, de nouveaux drames.

 

Mais même en négligeant l’aspect éthique du problème, aspect qui n’a été évoqué d’ailleurs, le 23 octobre, que dans deux discours seulement (USA et Grande-Bretagne), force est de constater que l’accord signé ce jour-là repose sur des bases bien fragiles. Car, en fait, le document principal (d’une quarantaine de pages dans le texte français) est construit sur deux postulats extrêmement hasardeux : la bonne foi et la bonne volonté des quatre « Parties cambodgiennes » signataires (les 4 factions existantes) d’une part, et le bon fonctionnement du « C.N.S. » d’autre part. Or, dans les deux cas, les doutes les plus sérieux sont permis quant à la solidité de ces deux principaux piliers de l’édifice laborieusement échafaudé par la diplomatie internationale.

 

Les quatre factions en effet, depuis 12 ans qu’elles existent, ont surtout montré qu’elles étaient préoccupées essentiellement par le contrôle du pouvoir à Phnom-Penh. C’est leur préoccupée majeure, qui exclut forcément toute idée de coopération sincère entre elles. On sait d’ailleurs – qui pourrait l’ignorer encore aujourd’hui ? – que ces factions se détestent, et que les mots de « réconciliation nationale » n’ont pour elles qu’une signification purement verbale. Dans la réalité, elles sont chacune bien décidées à défendre âprement leurs intérêts respectifs, dans un climat et d’animosité qui était facilement discernable pendant leur récent séjour à Paris. Des déclarations faites par M. Hun Sen le 22 octobre et par le Prince Sihanouk le 23 (aussitôt après la signature de l’accord) sont, à cet égard, très significatives. Il est vrai que lorsque l’on a des partenaires comme les Khmers Rouges la confiance peut difficilement régner…

À ce climat de méfiance et aux intérêts divergents s’ajoutent des querelles intestines au sein des différentes factions. Deux d’entre elles, les deux factions dites « non communistes » sont déjà dans une situation proche de l’implosion. Des clans s’affrontent et se déchirent au sein de ces deux factions, pour lesquelles les questions de personnes – et donc d’intérêts personnels, le plus souvent – jouent un rôle prépondérant. Pour l’une d’elles, le « FNLPK », c’est l’autoritarisme de son leader nominal qui a déclenché une crise interne qui dure depuis 1985, et qui n’a fait qu’empirer d’année en année. Pour l’autre, le « Funcinpec », trois clans au moins s’opposent entre eux, et le Prince Sihanouk paraît incapable de ramener la concorde au sein de son propre mouvement. Comment pourrait-il alors prétendre « réconcilier » l’ensemble des Cambodgiens dont beaucoup, d’ailleurs, n’oublient pas sa responsabilité personnelle dans toutes les tragédies survenues depuis 1970 ? Quant aux deux autres factions, qui prétendent l’une et l’autre n’être plus communistes, leurs désaccords internes sont moins voyants, elles savent mieux les camoufler, mais il y a lieu de penser qu’ils existent bel et bien.

 

Dans ces conditions, comment fonctionnera le « C.N.S. » - et pourra-t-il seulement fonctionner ? La question se pose dès maintenant, puisqu’on sait déjà que les Khmers Rouges n’ont aucune envie de revenir à Phnom-Penh actuellement et que M. Son Sann, de son côté, est très réticent en ce qui concerne son propre retour. Or si le « C.N.S. », pour une raison ou pour une autre, ne peut pas se réunir dans la capitale cambodgienne le 20 novembre comme prévu tout l’édifice péniblement échafaudé par l’accord de Paris risque alors de s’écrouler. Il en serait de même, d’ailleurs, si la réunion avait lieu et n’aboutissait qu’à de nouvelles querelles interfactions.

 

C’est dire combien est fragile un accord qui repose, pour une large part, sur un fonctionnement de ce « Conseil » et sur une « réconciliation nationale » très hypothétique. L’accord « historique » du 23 octobre 1991 pourrait dont fort bien n’être qu’un château de sable, qu’une seule vague suffit à démanteler. La dislocation ou la paralysie éventuelles du « C.N.S. » ne constitueraient pas cependant un irréparable malheur pour le peuple cambodgien. Car, d’une part, il s’est bien passé de ce « Conseil » jusqu’à maintenant et, d’autre part, il n’a aucune envie de voir revenir les Khmers Rouges – dans le cadre du « C.N.S. » précisément.

 

Le non-fonctionnement ou mauvais fonctionnement de cet organisme composé de factions si peu disposées à s’entendre ne sont, évidemment, que des hypothèses évoquées seulement pour illustrer la fragilité de l’accord de Paris sur le Cambodge. Mais d’autres problèmes, qui ne vont pas tarder à se poser, illustreront aussi cette fragilité. Notamment en ce qui concerne le contrôle du cessez-le-feu annoncé le 24 juin dernier. Comment s’effectuera ce contrôle et par quels moyens ? Qui pourra se charger d’un désarmement réel des forces des différentes factions, et surtout de celles des Khmers Rouges ? On ignore tout, du reste, des moyens et effectifs que l’O.N.U. engagera pour effectuer ce désarmement et pour mener à bien les nombreuses autres tâches que l’accord de paix lui assigne, puisque cet accord ne fournit guère de précision et ne donne aucun chiffre à ce sujet.

 

Sans doute faut-il féliciter, malgré tout, des bonnes intentions qui abondent dans l’accord en question. Mais sans trop d’illusion, surtout si l’on garde en mémoire le triste sort qu’a connu l’accord du 27 janvier 1973 sur le Vietnam. On ne peut manquer de noter, par ailleurs, que l’accord de paix sur le Cambodge présente de nombreuses et graves lacunes. Ainsi, par exemple, le document principal ne contient, en tout et pour tout, que 5 lignes au chapitre des garanties internationales (article 18). Il y a bien, il est vrai, un document séparé sur le même sujet, mais si vague et si inconsistant qu’on est forcé de comprendre que ces « garanties » ne sont guère autre chose que du vent. Quant aux autres lacunes du document principal, elles sont tout aussi préoccupantes. Il en est ainsi, entre autres, du problème des « colons » vietnamiens, auquel l’accord ne consacre pas une ligne. Et on pourrait aisément multiplier les exemples.

 

D’où la question qui se pose dès maintenant : Combien de temps va pouvoir tenir un tel château de sable ? Trois mois, six mois, ou bien un an ou deux ? L’avenir seul le dira, mais il est vraisemblable que la réponse ne se fera pas attendre pendant des années. Elle viendra à court ou à moyen terme. D’ici là le Cambodge connaîtra peut-être un certain répit, jusqu’à des élections qui n’offriront pas à son peuple des choix bien réjouissant, et ce sera toujours autant de gagné. Mais pendant ce répit, et dans l’attente de l’écroulement presque inéluctable du château de sable, il faudra savoir préparer l’avenir. En comptant d’abord sur soi-même plus que sur l’O.N.U., qui ne fera aucun miracle, et qui commettra une erreur monumentale si elle continue de confondre le cas du Cambodge avec celui de la Namibie. Il n’y a rien de commun en effet entre deux situations, et l’autorité onusienne de tutelle (« APRONUC ») finira bien par s’en apercevoir en 1992, quand elle sera à pied d’œuvre. Il faut souhaiter seulement qu’elle ne s’en apercevoir pas trop tard, lorsque les nouveaux drames résultant d’une paix mal faite ne seront déjà plus évitables.

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 12:04

Histoire de comprendre

Quelles perspectives, et que faire ?

 

Par Ou Chal

DEA de Philosophie

Ex-Secrétaire Général de Moulkhmer

 

Article publié dans la revue Moulkhmer, n° 127, Août 1991

 

A - L’O.N.U. : Le C.N.S[1]. version Pattaya est rouge et devra donc être reçu en tant que membre observateur intérimaire et transitoire, en attendant l’élection générale d’où sortiront les représentants légaux du Cambodge. Après avoir classé la coalition criminelle, pourquoi reconnaître le même monstre ? En n’admettant pas définitivement ce montre en son sein, l’O.N.U. aiderait très positivement le peule cambodgien en obligeant les Chinois et les Vietnamiens à dénoncer démocratiquement la crise khmère, sans arrière-pensées. Dans l’esprit de ces communistes asiatiques, l’élection libre pourrait être renvoyée aux calendes grecques. Le C.N.S. concocté par Sihanouk n’est que l’avatar déguisé du communisme peint en rose et à façade royale. Par la nature de son accoucheur, cet organe sera source d’instabilité, d’incertitude et d’improvisation.

 

B – L’Europe : L’Europe occidentale a perdu sa marque de manœuvre pour libéraliser et démocratiser la vie politique khmère. Tout est manœuvres et complots entre communistes chinois et vietnamiens. Le C.N.S. servira bel et bien leurs intérêts communs. Le C.N.S. – Pattaya – ne pourra refuser de rembourser ses dettes politiques, idéologiques, économiques, financières, morales à ses bailleurs de fonds. C’est le remboursement sous la table, sans factures, et encore sur le dos des Cambodgiens exsangues. Les communistes asiatiques, qui vacillent sur leur iceberg idéologique, tentent de sauver leurs meubles avant le renversement inévitable par leurs peuples opprimés. Le C.N.S. « super-gouvernement » n’est donc qu’un C.N.S. super-endetté. La C.E.E. en prendra-t-elle conscience ?

 

C – Le Monde : Attendre et ne pas se précipiter dans la reconnaissance de ce C.N.S version Pattaya. Cette attitude aiderait effectivement les Cambodgiens à goûter un jour le bonheur d’être libres. Pour la communauté internationale, c’est la moindre des choses, et c’est très efficace de faire pression sur les Chinois et les Vietnamiens pour le bien et les droits imprescriptibles des Cambodgien. Espérons que ce message sera entendu.

 

D – Les Cambodgiens : Ils ne voient pas encore le bout du tunnel. Ils se méfient de ce C.N.S. non représentatif. Les membres de cet organe se sont nommés eux-mêmes et se partagent un pouvoir quasi-absolu. En aucun cas ce n’est dans leur intérêt que cet organe survive. Les Cambodgiens ne reconnaîtront ni son drapeau, ni son hymne. Les trois ou quatre drapeaux maudits de ces quatre factions et leurs quatre hymnes macabres ne peuvent remplacer pour les Cambodgiens le bonheur de pouvoir aller à la pagode se prosterner devant les bouts de tissu représentant les parents disparus pendant le génocide, ou bien de pouvoir pratiquer les danses traditionnelles que sont le « Ram Vong » et « Ram Khbach ». Dans la confusion des drapeaux et hymnes de ces maudites factions, les Cambodgiens y perdent leur sanskrit et leur pâli. Le C.N.S. ne fait donc que créer un nouveau chaos.

 

Quel espoir ?

 

Si le C .N.S. – Pattaya – travaille effectivement pour faire perdurer le communisme asiatique, la perspective de liberté au Cambodge s’éloignera d’autant… Que faire devant le danger réel d’un retour des Khmers Rouges ? Une solution à la Franco, version cambodgiens ? Quelles esquisses : que le régime bâtard de Hun Sen tienne bon jusqu’à la disparition complète des Khmers Rouges. Organiser des élections générales libres en n’acceptant que des candidats professant la volonté de combattre et condamner les Khmers Rouges, auteurs du génocide. Cette vue de l’esprit faciliterait la tâche de l’O.N.U. pour revoir sa copie tant sur la conception, l’essence, la nature que sur les objectifs du C.N.S. Elle éclaircirait l’horizon de liberté au Cambodge, et garantirait le peuple cambodgien contre le danger d’un second génocide. Le C.N.S. a tort de réhabiliter politiquement les Khmers Rouges. Car Pol Pot ne renoncera jamais à reprendre tous les pouvoirs par la force.

 

À pactiser avec le diable, on fini un jour par en devenir la victime.



[1] C.N.S. Conseil National Suprême du Cambodge

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 08:01

Histoire de comprendre

In Tam ; Une certaine idée des élections de 1993 et le mal khmer

 

N.B : Après les élections électorales en 1993, j’ai écrit une lettre en khmer, datée du 8 juillet 1993 à M. In Tam pour lui encourager de continuer son combat politique pour le pays. Voici sa réponse, datée du 18 juillet 1993. (Texte en khmer).

 

Il m’a demandé de ne pas publier cette lettre avant sa mort. S.E. In Tam est décédé aux Etats-Unis (Arizona) le 1er avril 2006 à l’âge de 83 ans.  

Mon neveu bien aimé et espéré,

J’ai bien reçu ta lettre avec joie, dans laquelle tu m’as encouragé dans un moment où je suis entrain de chercher une voie utile pour terminer ma vie dans ce monde.

Concernant les affaires du pays, je t’avoue que je ne peux pas les oublier, parce que, d’une part j’avais une part de responsabilité pendant 50 ans, depuis le 1er juillet 1943, en tant que serviteur de l’État, et d’autre part, je constate que les Khmers ne soient plus aujourd’hui le maître de leur destin.

(Oum) J’ai cité seulement ici la période du 7 Décembre 1946 jusqu’à la date des élections de 1993 pour te souligner que le problème khmer actuel est loin d'être terminé.

Balat Srok (adjoint du sous-gouverneur) de Kompong Trabèk, chef douanier du district de Banam (au moment où les japonais décidèrent d’arrêter les Français), Chef du district de Koh Skar aux confins de la frontière khmère, Balat Srok de Baphnom, Chauvay Srok (sous-gouverneur) de Kralaih (au moment où le Siam acceptait de rétrocéder à notre pays les territoires annexés) : Durant cette période je constate que les problèmes d’hier sont les mêmes qu’aujourd’hui.

Quand j’étais Balat de Baphnom, j’ai pu enchanter une bande de cinquantaine bandits, munie de 5 fusils, à se rallier. Au cours d’une opération militaire de répression à Prey Chanrouk, le nid de ces bandits, 20 des leurs ont pu s’échapper, en amenant avec eux 2 fusils, de l’encerclement et 33 autres m’ont demandé la soumission. Ces 22 bandits ont demandé plus tard leur soumission auprès de l’autorité du district de Mémot. Le chef de bandits m’a remis les 3 fusils un par un en pleurant. J’ai fait semblance de lui redonner ces fusils, cependant j’ai demandé au maire du village, chanteur de Chapey (nom d’instrument de musique à 2 ou 3 cordes), de chanter un morceau de gouaille populaire jusqu’à ce chef de bandits s’éclata de rire. À la fin, ce dernier m’a rendu les 3 mousquetons. Je me rappelle bien de cet évènement, parce qu’il s’était passé à la date de naissance de mon fils aîné. J’ai donné le nom à mon fils « Kirivuth » (Arme de montagne). Ce nom a une signification suivante : Il est né à côté de la montagne et à la date de soumission des bandits.

Quand j’étais muté au nouveau poste, Chauvaysrok Kralaih, le 7 décembre 1946, ces bandits reprirent leurs activités. L’autorité a envoyé des unités militaires et policières pour les arrêter. Ces bandits ont pu percer l’encerclement en tuant Yokbat (Secrétaire administratif) Mi et 2 policiers, parce que ces victimes se trouvaient sur leur chemin de fuite. Nous savions que les corps des trois fonctionnaires ont été enterrés dans une fosse commune, mais nous n’avion jamais retrouvé leur corps.

Quand j’étais Chauvaysrok de Kralaih, Paun (petit frère) Kim Ang était Chauvaysrok de Chi Krèh. Jeune Chauvaysrok, il fut supervisé par Oum (Oncle) pendant un an. Nous étions aux confins opposés de la province de Siemreap : Est et Ouest. Nous étions chargés par l’Administration royale de négocier directement avec M. Dap Chhoun. Nous étions lieutenants gauche et droite de S.E. San Youn, alors gouverneur. Dap Chhoun avait accepté de se rallier à l’autorité royale avec deux conditions : le retrait de l’autorité française des provinces de Siemreap et Kompong Thom et sa nomination officielle au poste de Commandant de Corps Franc avec 700 fusils. Au départ le Roi nomma le Prince Sirik Matak au poste de commandant du secteur Nord du pays pour remplacer M. Corbel, un militaire français. Le Prince Sirik Matak avait le grade de « Chef de bataillon » ; Dap Chho avait aussi ce grade. Les deux hommes ne s’entendaient pas, les algarades fracassantes s’éclatèrent, le Prince Sirik Matak se déclara forfait en donnant sa démission. Il fut remplacé par M. Ok Loun. Celui-ci avait une charge complémentaire de gouverneur de province, parce qu’on aurait cru que cette formule soit une solution pour contrôler Dap Choun. Mais, chaque nuit tombante, on trouve toujours un nouveau cadavre à côté de cabane ou dans le fossé de l’eau usée : c’étaient des règlements de compte. La troisième solution, c’était de confier la totalité de pouvoir à Dap Chhoun en tant que Délégué Royal. Quand Dap Choun fut nommé à ce poste, on constatait qu’il n’y avait plus de cadavre. En revanche, la population vivait dans la peur, elle ne connaissait pas qu’est ce que la liberté, la démocratie authentique. Même les juges, ils vivaient aussi dans la peur.

Le cas de M. Kao Tâk, beau-père de M. Hang  Thun Hak. Celui-ci était chef des partisans « antifrançais » avec plus de 200 fusils. Il refusait de se soumettre à l’autorité royale. Dap Chhoun réussissait à tuer Kao Tâk au village de Sasar Sdam, parce que ce dernier avait été tombé dans le stratagème de Dap Choun.

Quand je pense aux bandits de Baphnom qui n’ont eu que 3 fusils et Dap Chhoun qui n’a eu que 700, mais ils ont pu faire ce qu’ils veulent ; par exemple, Dap Chhoun a pu régner en Seigneur sur deux provinces (Siemreap et Kompong Thom), je me dis que nous sommes encore loin de trouver une solution aux problèmes khmers actuels, parce qu’il y a aujourd’hui sur notre territoire plus de 200 000 fusils : Le groupe de Pracheachoun (PPC) possède plus de 100 000 et la coalition tripartite (Khmers Rouges, Funcinpec et Parti Son Sann) possède 100 000 autres. Et chaque camp fait des efforts pour recruter des nouvelles recrues, afin que leurs généraux pourraient porter les 5 étoiles, 3 étoiles et une étoile sur leurs épaules. Compte tenu des effectifs des Khmers Rouges, leurs généraux sont en principe plus gradés que de leurs collègues du Funcinpec. Je pense aussi qu’au Coup d’État du 18 mars 1970 dont la cause était au départ de solliciter S.E. Lon Nol de présider un gouvernement de sauvetage afin qu’il fit des démarches auprès des Américains pour demander l’aide militaire pour nourrir une armée d’à peine 30 000 hommes.

Arrivé à ce point, il me reste seulement à faire des vœux aux gagnants des élections de réussir dans leurs missions de rétablir la paix dans le pays. Cette paix est sans doute le souhait du peuple khmer, n’est-ce pas ? Mais quelle paix ?

J’avais décidé de me retirer de la vie politique pour me consacrer à rédiger un mémoire. Après les élections de 1993, j’ai décidé de continuer mon combat jusqu’au retrait de l’Untac du pays. Selon moi, cette autorité était la seule responsable des élections non libres et non équitables et l’arbitre impartial dans les règlements des conflits entre les parties khmères. Par manque des moyens financiers, j’aurai renoncé à rester au Cambodge jusqu’à la fin de la mission de l’Untac.

Je pense que le but recherché dans les élections de 1993, n’était pas pour la population, mais pour mettre fin seulement aux conflits armés entre les vainqueurs de 1975.

 S.E. Son Sann obtenait 10 sièges grâce aux modes de contage au niveau provincial. Si on devait employer le mot « l’Equitable = répartition proportionnelle à la française », c’est-à-dire de considérer le pays tout entier comme une seule circonscription électorale. Les résultats auraient été différents :  Le Parti Son Sann aurait eu 5 sièges, Funcinpec 51 sièges, PPC 46 sièges, Parti M. Sakhan 2 sièges, Moulika 2 sièges et tous les autres partis auraient eu chacun 1 siège.

Mais, dans l’accord de Paris, dans l’annexe 3, point 2, on stipule : « Les élections visées à l’article 12 du présent Accord se tiendront dans tout le Cambodge à l’échelon des provinces… » Il y avait sans doute des spécialistes de l’ONU qui étudièrent de A à Z pour faire en sorte que les élections soient seulement pour les 3 grands partis ayant des forces armées. La formule cherchée était : « Funcinpec moins KR plus PPC = Bloc communiste dans le nouveau grand Funcinpec ». C’était ainsi la volonté des 5 grandes puissants. Le système de majorité à 1/3 était une pression des 5 aux 3 grands partis khmers à former un gouvernement d’union nationale pour gouverner le pays. Nous n’aurions pas pu faire grande chose contre cette volonté, parce que nous n’étions pas des thaumaturges.

Nous avons participé à ces élections comme un petit enfant en larme attiré par les bonbons de l’Untac. Elle nous avait offert 5 minutes et 2 fois seulement par semaine à parler à la télévision. De temps de temps, elle avait organisé une table ronde, à chaque fois, elle invitait 4 partis à y participer. Nous avons eu le droit de répondre à 3 questions seulement, posées par les membres de l’Untac, et chaque réponse pour 2 minutes. Nous parlions donc seulement pendant 6 minutes seulement à chaque table ronde. S’il fallait faire le contage : 144 Minutes de droit de parole pour les 24 partis participants des élections organisées par l’ONU en 1993. Quant au PPC, il avait sa radio et sa télévision émise des émissions tous les soirs. Le Funcinpec avait aussi sa radio et sa télévision pour échanger les points de vue avec le PPC.

À chaque fois j’ai parlé à la radio, les paysans, possédant la radio, m’écoutaient attentivement. Ils nous félicitaient toujours en catimini. Untac avait invité tous les partis politiques à la place de Mèn pour conclure la campagne électorale. Chaque parti avait droit 8 minutes de parole. J’ai adressé aux assistants dans les termes suivants : « Je ne sais pas exprimer pendant 8 minutes un sujet qui a besoin 2 heures ». Ces assistants ont applaudi de mes remarques. Après 8 minutes, j’ai cessé de parler. Ces mêmes assistants m’ont insisté à continuer de parler, mais j’ai leur répondu, c’est impossible, je ne peux pas transgresser la loi de l’Untac. Après quoi, tous les journalistes étrangers, qui ont entendu les applaudissements, m’ont suivi jusqu’au siège du parti pour me poser la question : « Vous avez parlé de quoi pour qu’il y a eu une explosion d’applaudissement ». J’ai leur répondu : « J’ai parlé de l’histoire du Cambodge qui se répète toujours la même chose ».

Aujourd’hui notre pays à marcher en arrière de 150 ans. Mon grand père fut né en 1856, à cette époque Srok Khmer était sous la domination Yaun et en même Sièm. Aujourd’hui, l’époque d’Appolo, c’est la même chose, la seule différence, c’est seulement la méthode :  Huit minutes pour parler de la souffrance du peuple khmer depuis la nuit des temps.

Pour conclure, nous n’avions pas en déficit en idées politiques pendant la campagne électorale. Chaque article émanant de notre parti était réclamé à cor et à cri par les journalistes. Il se disputait pour le mettre à la Une dans leur journal. Nous n’avons pas eu l’imprimerie pour tirer notre journal. Nous l’avons imprimé avec nos propres moyens très limités, 2 000 exemplaires, deux fois par mois. 1 000 exemplaires vendus en temps recors à Phnom-Penh, les restes pour les provinces. Ce nombre était insuffisant à l’échelle du pays. Les imprimeries commerciales refusaient par peur de travailler pour notre parti.

 

Mon neveu bien espéré !

Je te demande que tu sois le représentant de la famille Ta (grand-père) OP, parce que cette famille, à l’exemple de ton père, est une famille qui lutte pour la grande cause nationale. Kim Ang m’appelait Bang (Grand frère). Ce Bang qui sortait volontairement de ses entrailles. Kim Ang et Oum, nous combattions côte à côte dans trois missions importantes, et pendant lesquelles, ton père m’avait toujours écouté et m’avait toujours demandé des conseils :

1. Période de négociation avec Dap Chhoun : S.E. San Youn nous a confié cette mission. Les Français nous ont laissé faire, mais ils cherchaient en même par tous les moyens pour nous arrêter, parce qu’ils ne voulaient plus négocier avec les antifrançais : La trêve pour eux est bien finie. Nous étions suspendus de nos fonctions par le Gouvernement de Yem Sambaur. Nous quittions Siem Reap pour nous cacher à Phnom-Penh, parce que la police française nous cherchait. Les jours passants, nous n’avons eu plus les moyens pour nous subsister. Nous avons décidé de demander l’aide à S.E. San Youn, notre ancien chef. Il nous prêtait 100 Riels pour nous deux. Après la reconnaissance par la France du secteur autonome de Siemreap, revendiqué par le Roi, nous retournions à Siemreap. Notre combat était récompensé par un avancement exceptionnel de grade avec chacun une médaille de « Défense nationale » : Or pour moi et Argent pour Kim Ang. M. Kim Yeth[1], mon adjoint (Balat) avait dans son service un de mes neveux. Par manque de connaissance de stratégie militaire, il fut tombé dans une embuscade[2] dans laquelle il était frappé par une des Viet-Minh, hélas, il était handicapé à vie. La maison de Lauk Ta OP à Kompong Thom était mon hôtel, à chaque fois j’étais en déplacement en mission de Phnom-Penh à Kralaih, je dormais chez ton grand-père.

2. Quand nous étions ensemble à Kompong Cham : J’étais Chayvaysrok de Chamkar Leu, Kim Ang était Chauvaysrok de Kompong Siem. Toung Lag, était Chauvaysrok de Steung Trang. Nous trois, nous combattions contre la bande de Sivotha 2. La population de Kompong Cham nous donnions un sur surnom : le « Trio ». Sivotha avait son PC à Baray, province de Kompong Thom.

Pendant la période de revendication de l’indépendance nationale, Oum était le leader de notre groupe, parce que je commandais la garde provinciale. À l’époque notre armée n’était pas en mesure de nous aider. Pendant la formation de la force vive du pays « Chivapoul Neary klahane », dont les membres étaient des fonctionnaires ; pendant la nuit, ces fonctionnaires avaient peur de dormi chez eux, parce que la police française cherchait à les arrêter, ils préféraient dormir hors de la ville, mais à chaque matin, ils retournaient au bureau pour travailler. Les Français utilisaient la méthode japonaise de 1945. Le 9 mars 1945, tous les Français ont été arrêtés par les Japonais.

Après l’indépendance, j’avais décidé de servir la patrie sous le drapeau comme élève des officiers de réserve, 4ème promotion. Evidemment mon poste de commandant de la garde provinciale était confié à Kim Ang. Après l’école militaire, j’ai été muté dans la région des hauts plateaux dans la province de Mondul Kiri pour remplacer l’officier français. Dans cette région, il y a eu 4 postes militaires : Gati, Camp Roland, Deshaye, Bou Phlok.

Après la victoire du Sangkum Reastr Niyum, S.E. San Youn rentrait au gouvernement avec le portefeuille de l’Intérieur. Il nomma Kim Ang au poste du gouverneur de la province de Kompong Cham. Il m’encouragea à entrer dans l’État Major particulier de Samdech, en tant que le présentant du Ministère de l’Intérieur. M. Thong Van Phan Moeung y participait en tant que le représentant du Ministère de la défense. S.E. Khim Tith était Chef d’État Major. La mission de l’État Major était de rétablir l’ordre dans le pays. Dans la province de Kompong Speu, il y avait une bande de partisans du capitaine Siep qui sévirent la province. Nous avons pu rétablir l’ordre en détruisant ces rebelles.

3. L’année 1960 :  Nous étions 4, Kim Ang, gouverneur de Kompong Cham, Toun Lâh, gouverneur de Kompong Chhnang, Sao Diep, gouverneur de Kampot et moi-même, gouverneur Takeo et Chef d’État Major de Défense en Surface, nous décidions d’organiser des manifestations dans nos provinces respectives pour pousser Samdech à devenir Chef d’État à vie. N’étant plus la possibilité de monter sur le trône par jure après son abdication du 2 mars 1955, après la mort de son père, le 3 avril 1960, le poste du Chef d’État à vie fut une solution pour Samdech pour régler les problèmes de succession au trône.

Après la mort de ta maman, les relations entre Kim Ang et Oum étaient moins fréquentes, parce que je ne connaissais pas assez ta belle-maman. Ton grand père maternel, Lauk Ta Tep Samkol, m’aimait bien. Il me considérait comme son propre fils. Pour transporter le cercueil de ta maman à la pagode pour la crémation, j’ai dit à Sunthao de prendre le camion militaire de la garde provinciale.

Pendant la campagne électorale, à la place de Mèn, j’ai déclaré que je ne trahis jamais ma conscience. Il y avait des gens qui m’ont accusé de satellite de Funcinpec ou du PPC. Je déclare solennellement que je ne vends jamais mon idéal politique.

J’avais perdu des élections avec la tête haute. J’avais l’amertume du déficit des collaborateurs raffinés de langage pour m’aider dans la campagne électorale. J’ai eu Pin Samkhon qui se battait seul au front de Kampong Cham. J’avais été trahi par mon Vice-Président qui était un véritable ennemi dans notre rang. Il venait m’aider avec ses moyens financiers pour un seul but : Chercher un poste. Il provoquait des conflits avec tout le monde dans le parti. Pour éviter le scandale, j’ai lui confié deux provinces, Kandal et Kampot pour occuper.  Il ne concentrait ses dépenses que sur ces deux provinces, tout le reste était à ma charge. Kandal et Kampot sous sa gestion était une véritable plaie des conflits insolubles.

Le 23 avril était le jour des élections, le 21 avril, la tête de liste de Kandal décidait de partir à Paris pour 3 semaines. J’ai lui imploré en vain de ne pas abandonner son poste. J’étais obligé d’aller au PC de Kandal du 23 au 28 avril pour assurer le bon fonctionnement du parti. Les partis opposants faisaient la propagande contre nous en disant : Tous nos dirigeants de Kandal se désertaient leur poste. Avec tel comportement, je me dis qui vienne voter pour notre parti ?

Avec lui, j’ai eu le sentiment de dialoguer avec un élève médiocre en classe. Nous ne nous comprenons pas. Une anecdote à raconter : Le jour d’ouverture de campagne électorale, notre parti a organisé, le 7 avril 1993 un grand défilé avec toutes les têtes de listes. Le cortège devait partir de Takmao, destination Wat Phnom. L’arrivée de tête de liste de Kandal a été annoncé 4 fois pour que nous sachions à la fin qu’il ne vienne pas participer au défilé. Ce jour-là 64 membres du parti de Kandal l’attendaient à Pochintong. Le 1er mai 1993, il arrivait enfin à Phnom-Penh et rechignait en nous reprochant qu’il n’y avait pas eu un comité d’accueil. Le 21 mai, je retournais à Phnom-Penh. Je faisais la navette entre Phnom-Penh et Kandal. Pin Samkhon était tout seul à Kompong Cham.

L’échec électoral était prévisible. C’était l’échec de la stratégie royale, bâtie par Funcinpec et les Khmers Rouges : L’un se battait à l’air libre, l’autre agissait dans la jungle. Mais, ils avaient même objectif : Appâter les gens dans leur piège. Cette stratégie perdante aurait eu des conséquences pour notre parti et les autres.

En tout cas, dans cette bataille électorale, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour me consacrer à consolider la province de Kompong Cham, mon fief électoral depuis toujours. Le 6 mai, j’ai échappé belle de la mort. Je devais partir à Kompong Cham à 7 heures du matin. Ayant appris la mort de ma tante, j’ai fait un détour pour aller saluer son âme à sa maison. Ce détour pendant une heure qui me sauvait la vie, parce que pendant ce temps-là il y avait une attaque des Khmers Rouges à la frontière Kandal-Kompong Cham : Deux voitures tombées dans le fossé. Il y avait beaucoup de mort dans les voitures et deux morts sur la route, parce qu’ils avaient sauté de la voiture au moment de cette attaque. Le 7 mai, j’ai été à Oraing auv ; le 8 mai j’ai été à Peam Chikang. Au bord du fleuve, j’ai pris mon déjeuner, cependant, il y avait des villageois qui venaient me voir en m’avertissant qu’il fallait quitter les lieux tout de suite, parce que les Khmers Rouges rôdaient dans ce secteur, et pourtant ce lieu était sous le contrôle de la force d’Untac. Le 9 mai, j’ai été à Skun. Le 10 mai, j’ai été au meeting dans la pagode Beug Kak : Il manquait seulement un moine pour atteindre le nombre de 100 et 6 000 villageois venaient y participer. Le 11 mai, j’ai traversé rapidement Phnom-Penh pour aller passer la nuit Steug Trang. Le lendemain matin, j’ai pris le bateau, destination Krouh Chmar, ensuite Rocar Knor. De retour, j’ai été arrêté au village Trea, village des Cham, en face de Steug Trang. Le 18 mai, j’ai été au meeting à Prey Torteug. Après-midi, j’ai été à Phnom-Penh pour un rendez-vous à 17 h avec le correspondant de la radio Voix Amérique. Le 19 mai, j’ai été à la Place de Mèn pour participer à la réunion organisée par Untac. J’ai oublié encore une chose, le 15 mai, j’ai été au meeting à Kieng Svay, Kandal, pour remplacer nos responsables de ce secteur qui clivaient profondément.

Le 22 mai, quelques membres de l’Untac venaient me voir pour me demander où je vais voter. J’ai leur répondu, je vais voter à Kompong Cham. J’ai demandé un avion pour y aller. Ils escamotaient une réponse : Nous allons en parler à l’Armée. J’ai profité de leur présent pour leur poser une question : Est-ce qu’on a encore le droit de modifier la liste des candidatures. Ils m’ont répondu : Jusqu’à minuit. Au-delà, on ne pourra plus rajouter, mais on a toujours droit d’enlever les noms des candidats.

Au cas où notre parti gagnerait suffisamment des voix pour être au gouvernement, je décidais en l’occurrence de confier le poste ministériel aux Khmers à l’étranger. Il y en 2 aux USA et 4 en France. Ces gens n’avaient pas le temps ou les moyens pour participer activement à la campagne électorale ou tout simple, ils avaient peur pour leur sécurité. En revanche, tous les sièges obtenus à l’Assemblée nationale soient réservés pour les Khmers à l’intérieur du pays. J’ai été fortement critiqué, en effet, par cette décision jusqu’à aujourd’hui. Bien sûr, l’agitateur n’était que la star de Kandal.

Je te demande de réfléchir, à 77 ans, ayant la maladie de cœur, sur mes activités et mes déplacements par les voitures et par les bateaux, s’il y avait une malaise, j’aurai eu droit à la mort certaine, parce que dans ce monde, il n’y ait aucune technique qui me permette de faire de tel « sacrifice ».

Nous avons tous perdu les élections, mais pourquoi à ce jour, je suis la cible de toutes les critiques de cet échec. On me servait comme un bœuf pour traverser le fleuve. Quand j’avais des difficultés au milieu de l’eau profonde, on me critique pour seul but : Chercher une nouvelle voie d’accès au poste ministériel. Voilà le mal khmer !



[1] Beau-frère de mon père, il était le beau-frère de M. Chum Keth, cadre Khmer rouge.

[2] Embuscade des Viet-Minh.

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