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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 16:44

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 19:22

 

Accord fixant le modus vivendi provisoire entre la France et le Cambodge

7 Janvier 1946.

 

En attendant que puisse intervenir une modification des traités fixant la base des relations entre la France et le Cambodge, le modus Vivendi entre les 2 pays est provisoirement déterminé comme suit, dans le cadre de l’accord établi par l’échange de lettre des 9 et 13 novembre 1945 entre Sa majesté le Roi du Cambodge et le Haut Commissaire de France pour l’Indochine.

 

A. Le Commissaire de la république française.

 

Le Commissaire de la république française au Cambodge a les deux principales attributions suivantes :

 

1 – Il représente la France et la fédération Indochinoise au Cambodge ;

2 – Il est en cette qualité le Conseiller de Sa Majesté le Roi du Cambodge.

 

De ce fait, les pouvoirs suivant doivent notamment lui être reconnus :

 

1 – En tant que représentant de la France et de la Fédération Indochinoise au Cambodge :

 

Il est chargé de veiller, en accord avec le Gouvernement Cambodgien, au maintien de l’ordre public et peut requérir la force armée française stationnée au Cambodge.

Dans la limite de la compétence qui lui est conférée par la législation en vigueur, il prend les textes réglementaires intéressant les Français, les Etrangers et les Indochinois des autres pays de la Fédération. Il veille à l’application ainsi qu’à celle des règlements fédéraux ;

Il est le chef des services français dans le pays ;

Il a sous ses ordres directs les Conseillers français placés auprès des Ministres et de certains Chefs de services cambodgiens ainsi que les Conseillers Régionaux, ces Conseillers étant nommés par lui.

 

2 – En tant que Conseiller de Sa Majesté le Roi du Cambodge :

 

Il est personnellement le Conseiller de Sa Majesté. Sa Majesté lui accorde audience lorsqu’il lui en fait la demande ;

Il a qualité pour assister, également sur sa demande, aux séances du Conseil des Ministres. A cet effet, l’ordre du jour de chaque séance lui est communiqué au préalable ;

 Il propose au Gouvernement cambodgien les fonctionnaires français nécessaires pour la bonne marche des services techniques dépendant de ce Gouvernement ;

Il donne son attache aux textes et actes législatifs et réglementaires, aux proclamations et aux circulaires ou instructions de portée générale relatives à l’interprétation de ces textes ainsi qu’aux décisions réservées, en raison de leur importance, à la signature de Sa Majesté le Roi ;

En cas de désaccord entre un Ministre ou un Chef de service cambodgien et le Conseiller ou Expert placé auprès de lui, il a qualité pour connaître du différend, et pour intervenir en vue de son règlement, auprès de Sa Majesté ou auprès du Gouvernement Royal.

 

B. Conseillers auprès des Ministres et des Chefs de services cambodgiens.

Chaque Ministre a auprès de lui au moins un Conseiller français, plusieurs de ces Conseillers pouvant être prévus lorsque les attributions du Ministre sont multiples et exigent des connaissances techniques trop variées.

La liste de ces Conseillers est provisoirement arrêtés comme suit :

 

1 – Ministère de l’Intérieur et de la défense Nationale :

-         un Conseiller à l’Intérieur,

-         un Conseiller pour l’organisation de l’Armée Cambodgienne.

2 – Ministère de l’Education Nationale et de la Propagande :

-         un Conseiller à l’Education Nationale,

-         un Conseiller à la Propagande.

3 – Ministère de la Justice :

-         un Conseiller.

4 – Ministère de la Santé, des Travaux Publics et des Communications :

-         un Conseiller à la Santé,

-         un Conseiller aux Travaux Publics et Communications.

5 – Ministère des Cultes et des Beaux Arts :

-         un Conseiller.

6 – Ministère de l’Economie Nationale :

-         un Conseiller.

7 – Ministère des Finances :

-         un Conseiller.

 

En outre, tout Chef d’un service dépendant de ces Ministères a auprès de lui, lorsqu’il est Cambodgien, un Conseiller technique ou Expert français.

Le choix du Directeur français ou cambodgien de chaque service est arrêté après accord entre le Ministre compétent et le Commissaire de la République Française.

 

Les attributions des Conseillers sont les suivantes :

 

1 – Conseillers auprès des Ministres. Ils aident les Ministres auprès desquels ils sont placés dans l’étude des questions de tous ordres de leur compétence. À cet effet toutes facilités doivent leur être données pour qu’ils aient complète connaissance des éléments d’appréciation concernant ces questions.

En particulier, ils sont obligatoirement consultés avant signature :

-         sur tous les textes et actes réglementaires, ainsi que sur les circulaires et instructions de portée générale relative à l’interprétation de ces textes ;

-         sur tous les cas d’espèce intéressant des citoyens français, des sujets ou protégés français non Cambodgiens et des Etrangers ;

-         sur certains engagements de dépenses dans des conditions qui seront précisées ultérieurement.

Les avis des Conseillers sont adressés directement aux Ministres.

Ces Conseillers peuvent en outre prendre l’initiative de suggestion, toujours sous forme de simple avis, dans toutes les circonstances où ils le jugent utile pour le bien du Royaume et de la Fédération.

Ils ont dans chaque Ministère, un bureau de travail.

Les dépenses de personnel et de matériel résultant de leur présence sont à la charge du budget général.

 

2 – Conseillers techniques (ou Experts). Ils aident, par leurs avis et conseils, les Chefs de services auprès desquels ils sont placés et doivent avoir toutes facilités leur permettant de remplir effectivement leur rôle.

Leurs avis sont adressés directement aux Chefs de services intéressés, copie en étant immédiatement communiquée au Conseiller placé auprès du Ministre compétent.

En cas de désaccord entre un Chef de service et le Conseiller ou Expert placé auprès de lui, le Conseiller auprès du Ministre intéressé doit être saisi du différend pour intervenir en vue de son règlement par le Ministre.

Les cas où l’intervention du Conseiller technique ou Expert sera obligatoire seront déterminés par une décision du Ministre compétent prise après accord du Commissaire de la République.

Chacun des Conseillers techniques ou Experts sont à la charge du budget général, sauf dans les cas où ils assurent l’emploi de Chef de service, les dépenses étant alors assurées directement par le Gouvernement cambodgien.       

 

C. Conseillers régionaux.

 

Les anciens Résidents de France, Chefs des quatorze provinces au Cambodge, qui exerçaient un contrôle sur l’Administration cambodgienne et lui donnaient l’impulsion, sont supprimés. Désormais, le Commissaire de la République Française nomme des Conseillers pour chacune des 6 régions indiquées ci-dessous ainsi que pour la ville de Phnom-Penh.

 

  1. Région Sud maritime : Kampot et takéo.
  2.  Région Sud Mékong : Kandal et Kompong Speu.
  3. Région Sud des Lacs : Kompong Chnang et Pursat.
  4. Région Nord des Lacs : Sièmréap et Kompong Thom.
  5. Région Est Mékong : Prey Veng et svay Rièng.
  6. Région Nord Mékong : Stung Treng, Kratié et Kompong Cham.
  7. Ville de Phnom-Penh.

Chaque Conseiller régional a notamment les attributions suivantes :

Il aide de ses avis et conseils les Chauvaykhèts et les Présidents des Sala-Dambaung de la Région pour toutes les questions que ceux-ci lui soumettent et dont il lui paraît utile de les entretenir. A cet effet, il a accès à tout moment dans les bureaux des Khèts et des Sroks, ainsi que dans les Tribunaux, et doit, sur sa demande, obtenir sur place communication de tous documents lui permettant de remplir efficacement son rôle.

Il est obligatoirement consulté :

-         sur tous les dékas et circulaires de portée générale des Chauvaykhèts auxquels il donne son attache ;

-         sur l’établissement des budgets provinciaux et communaux de la région, également soumis à son visa avant présentation aux Assemblées ;

-         sur certains engagements de dépenses incombant à ces budgets, dans des conditions qui seront précisées ultérieurement ;

-         sur tous les cas d’espèce intéressant des citoyens français, des sujets ou protégés français non cambodgiens ou des Etrangers.

Ses avis n’ont pas forme impérative, copie en est adressée au Commissaire de la République, au Ministre de l’Intérieur ou au Ministre de la Justice et, éventuellement, à tout autre Ministre intéressé.

Il assiste aux conférences des Chauvaysroks chaque fois qu’il le juge utile ou que demande lui en est faite par un Chauvaukhèt, l’ordre du jour de chacune de ces conférences devant lui être communiqué au préalable. Il assiste également aux réunions des assemblées provinciales de la Région et peut y prendre la parole.

Il informe périodiquement le Ministre de l’Intérieur et le Ministre de la Justice des constations qu’il a pu faire touchant l’administration des Khèts et le fonctionnement des Sala Dambaung. Copie de ces rapports est adressée par lui au Commissaire de la République.

En cas de désaccord entre le Conseiller régional et un Chauvaykhèt ou un Président de Sala Dambaung, le différend est porté par le premier auprès du Commissaire de la république en vue de son règlement en accord avec le Gouvernement cambodgien.

Dans chaque Salakhèt un bureau doit être réservé au Conseiller régional.

Dans la mesure où l’étendue d’une Région et l’importance des affaires le nécessitent, le Conseiller Régional est assisté d’un ou plusieurs Conseillers Adjoints qui agissent auprès de l’autorité cambodgienne sous sa responsabilité et en vertu de sa délégation.

Le Conseiller Régional est délégué du Commissaire de la république et il est chargé à ce titre de la sauvegarde des intérêts français et fédéraux.

Les dépenses de personnel et de matériel résultant de la présence de ces Conseillers sont à la charge du budget général.

L’administration de la ville de Phnom-Penh sera déterminée par une convention spéciale.

 

D. Organisation des services au Cambodge.

 

Les services peuvent être divisés en deux groupes :

 

1. Services généraux c'est-à-dire Services dont l’importance dépasse le cadre du Cambodge ou dont l’activité concerne seulement les intérêts généraux.

 

2. Services locaux qui doivent rester dans le cadre de l’administration du Royaume.

 

1 – Services généraux :

 

  1. Enumération : Justice française, Trésor, Douanes et Régies, État civil français et étranger, Poste Télégraphes et Téléphone, Radiophonie, radiotélégraphie, Météorologie, Chemins de Fer, Hypothèques, Instituts scientifiques, Sûreté Fédérale, Mines et Industrie, Offices fédéraux.
  2. Organisation :  Administrations fonctionnant comme avant le 9 mars sous la haute direction du Commissaire de la République ; chaque Chef de service devra être chargé de présenter son programme d’action en vue particulièrement d’assurer le fonctionnement du service avec un personnel de préférence français et cambodgien.

En ce qui concerne la Justice française, elle sera exercée à Phnom-Penh par le Tribunal français (avec compétence territoriale pour la ville de Phnom-Penh et les provinces de Kandal et Kompong Speu) et dans les provinces par les juges de paix à compétence étendue. Le Service de l’État civil français et étranger est assuré par des fonctionnaires désignés par le Commissaire de la république.

 

  1. Installation matérielle : Le Commissaire ayant actuellement demandé au Gouvernement cambodgien la restitution des immeubles et installations appartenant à l4administration française, les services généraux devront reprendre leurs aménagements antérieurs.

 

  1. Les recettes et dépenses de ces Services généraux s’appliqueront au budget général.

 

 

2 – Services locaux :

 

  1. Enumération :

-         Service d’administration générale : Police cambodgienne ;

-         Services d’assistance sociale : Enseignement primaire et secondaire, Santé, Enseignements religieux ;

-         Services techniques : Travaux Publics, Cadastre, Agriculture, Eaux et Forêts, Immigration, Beaux-Arts, Elevage et Industrie annexes.

 

  1. Organisation : Services fonctionnent dans le cadre de l’administration cambodgienne ; sous les ordres du Ministre compétent est placé un Chef pour chaque service et, éventuellement expert français.

Certains Services techniques, particulièrement le Service des Travaux Publics, ont toutefois un caractère mixte et doivent exécuter ou contrôler les travaux dicidés par le Gouvernement fédéral. Dans ces circonstances, les Chefs de ces services doivent informer le Ministre dont ils relèvent des projets adoptés par le Gouvernement fédéral et transmettre éventuellement les observations et les vœux formulés par le Gouvernement cambodgien à leur sujet.

 

  1. Installation matérielle : Dans les anciens locaux de ces Services qui pourront à cette fin, être cédés au Gouvernement cambodgien.
  2. Au point de vue financier, recettes et dépenses de ces Services s’appliqueront au budget du Royaume. Seul les Conseillers auprès des Ministres sont payés par le budget fédéral.

 

Le Commissaire de la République Française au Cambodge agissant au nom du Haut Commissaire de France pour l’Indochine et le Premier Ministre au nom du Gouvernement de Sa Majesté le Roi du Cambodge donnent leur accord à l’établissement du Modus Vivendi provisoire déterminé ci-dessus.

 

Phnom-Penh, le 7 janvier 1946.

 

Signé :

MONIRETH                                                                                               ALESSANDRI

 

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 17:00

LES FONDEMENTS DE LA NATION KHMERE

Par DY KARETH

 

 

La légende et la réalité

La naissance, le développement et la grandeur d’une nation ne sont pas les faits du hasard. Une nation peut naître et grandir, portée par la gloire de son peuple ; elle peut aussi dépérir, se dégénérer et disparaître.

Evidemment, il n’est pas possible de dater la naissance de la Nation Khmère. Selon la légende, c’est le mariage de Neang Neak (la Demoiselle Nâga, un grand serpent mythique vivant dans les mers et pouvant prendre la forme humaine) avec Preah Thaung (le Prince d’Or) qui a donné naissance au Peuple Khmer. Le roi des Nâga, d’ailleurs, a aspiré les eaux de la mer pour faire apparaître une terre, nommée Kauk Thlork, qu’il donna en dot à sa fille et qui devint le Pays des Khmers – le Srok Khmer. Le mot « srok » signifie en même temps la qualité ou l’état d’un pays, d’une chose ou d’un être vivant « civilisé », « cultivé », « domestiqué », le contraire du mot « prei » qui veut dire « forêt » ou « jungle », « sauvage », « violent », « non cultivé ». La légende semble affirmer ainsi la naissance de la «Nation Khmère», c’est-à-dire l’existence d’un peuple volontairement uni, vivant dans territoire défini et un Etat organisé (1). A travers les siècles, et où qu’ils se trouvent, les Khmers, au moment de leur mariage, honorent le souvenir et les rites immuables de l’union de leurs ancêtres mythiques Preah Thaung et Neang Neak, rites consacrant largement les devoirs des époux envers la communauté des parents, amis et voisins qui les entourent (2). D’ailleurs, l’image du Nâga khmer a survécu à tous les changements de régime politique et de religion dominante dans le pays et est partout évoquée et sublimement représentée comme un rappel solennel et un hommage permanent aux protecteurs de la Nation.

La formation de la Nation Khmère semble antérieure ou au début de la constitution du Funan (Kouroung Bnam ou Krong Phnom, le royaume Montagne). En réalité, le mot « khmer » est l’unique mot retenu et utilisé par les Khmers eux-mêmes depuis toujours, comme il l’est encore aujourd’hui, pour se désigner ou pour nommer leur pays. Les mots « Funan » (Bnam, Phnom), « Chenla » (ou sa consonance khmère) et « Kambuja » (le Royaume des Fils de Kambu), depuis Angkor, apparaissent clairement comme des noms de régimes politiques institués à des différentes époques et qui ne passent pas dans le langage courant. D’après l’Histoire, les Khmers, une branche du peuple Munda de l’Inde du nord, porteurs particuliers d’hémoglobine E dans le sang, sont, avec les peuples des montagnes, les premiers habitants à venir s'installer dans la région du Cambodge actuel, il y a 3 ou 4000 ans avant l'ère chrétienne (3). Dès le début, ils ont développé leur langue et leur écriture, leurs croyances, leurs coutumes et leurs lois, leurs techniques agricoles, leur artisanat, leurs infrastructures socio-économiques ; ils sont les plus instruits et les plus créatifs parmi les peuples de la région. Ils ont ensuite agrandi leur territoire, implanté partout leurs temples et leurs pagodes - symboles et centres de diffusion de leur civilisation -, et développé de grands royaumes et de puissants empires grâce aux hautes qualités de leur culture. Le Funan, le Chenla, le Kambuja d’Angkor attestent amplement de leur puissance – pas seulement militaire - et leur fulgurance a même dépassé les frontières de leur pays. Ils ont connu aussi des déchirements, des guerres intestines de leurs chefs et des échecs désastreux, mais ont toujours su s’en relever.

 

Le concept « Cheat-Sasn », la langue, la religion, les traditions

Sur quoi s’est érigée la Nation Khmère ?

Les Khmers utilisent couramment le couple de mots « Cheat-Sasn » pour parler d’une nation ou d’une nationalité. « Cheat » signifie d’abord « naissance » ou « origine raciale » tandis que « Sasn » veut dire « enseignements », « croyances » ou « idéologie ». Ainsi, ceux qui appartiennent à une même nation doivent être liés par le sang et être élevés selon des enseignements spécifiques communs de leurs ancêtres. Le concept (populaire) khmer de la nation repose en même temps sur la parenté raciale et sur des éléments spirituels tels que la langue, la religion et les traditions du peuple khmer.

Souvent, après les apparences physiques, les Khmers se reconnaissent d’après la langue dont ils se parlent. Les Khmers sont très attachés à leur langue et à leur écriture. Le khmer, en effet, est l’une des plus anciennes et des plus belles langues du monde. Elle est à la fois très imagée et très précise, avec une structure syntaxique très souple. C’est une langue très riche, car elle peut adapter et intégrer aisément des mots d’autres langues. Traditionnellement, les Khmers aiment communiquer leurs pensées, même les plus banales, par des vers élégants et captivants, révélant ainsi la musicalité naturelle de leur langage ainsi que leur souplesse d’esprit. Le génie du peuple khmer est d’abord sa capacité d’inventer une écriture originale, composée de nombreuses consonnes et voyelles et de « pieds de lettre », avec une grammaire rationnelle, permettant la schématisation concrète d’un nombre infini de mots, de sons, de tons du vocabulaire employé. L’écriture a joué un rôle central dans la transmission des connaissances, les progrès sociaux et économiques, donc le rassemblement du peuple khmer pour la formation et la consolidation de sa nation. Au temps de la splendeur d'Angkor, la langue khmère est parlée par les élites et dans toutes Cours royales de la région (des royaumes Môn, de la Malaisie, du Siam, du Laos, au royaume du Champa) et par d’autres peuples Montagnards, comme un signe d'appartenance à une grande civilisation respectée et incontournable.   

La langue est donc un élément essentiel de l’identité nationale. Mais, comme toutes langues, elle a ses limites, car si elle rapproche les hommes, elle n’assure pas toujours leur union. Il y a dans le monde des peuples qui parlent la même langue anglaise, espagnole ou française, alors qu’ils appartiennent à des nations différentes. Au Srok Khmer, des Chinois, des Chams, des Laos, des Viêts, … qui y vivent depuis plusieurs générations parlent couramment le khmer, « même mieux que les Khmers eux-mêmes », dit-on, refusent leur intégration à la société khmère et leur appartenance à la Nation khmère, sauf par intérêt matérielle et d’une façon bien superficielle. En outre, on l’a vu à Angkor comme à notre époque, l’Etat khmer, à la différence des Etats siem (thaï) ou yuon (viêt), non seulement ne cherche guère à obtenir l’unité de la langue par la contrainte, mais ne semble même pas se préoccuper du développement de la langue nationale. En fait, ce sont les couches populaires qui préservent le mieux cette identité nationale.

Les Khmers attachent également une grande importance à leur religion, aujourd’hui le bouddhisme theravada. De sa naissance à sa mort, le Khmer, en dehors de sa famille, vit aux côtés des bonzes qu’il respecte profondément. Certains affirment même que les Khmers qui embrassent une autre religion que le bouddhisme ne peuvent être de « vrais Khmers ». C’est irréaliste. L’on pourrait poser la question inverse : quelles affinités morales, sociales et politiques les bouddhistes siem, yuon ou chen présentent-ils avec les Khmers bouddhistes ? Nous devons nous rappeler aussi qu’aux époques glorieuses du Funan, du Chenla et du Kambuja angkorien, la religion dominante au Srok Khmer fut le brahmanisme, et que l’on ne saurait dire que les Khmers de ces époques furent « moins Khmers » que ceux d’aujourd’hui. En outre, ceux d’aujourd’hui, comme sans doute ceux d’hier, invoquent à la fois le Bouddha, les dieux brahmaniques et les mé-ba, les nak-ta, les divinités du sol et des eaux et les âmes de leurs ancêtres pour qu’ils viennent exhausser leurs vœux. Ceci révèle simplement les attaches profondes des trois croyances dans la société khmère et que, en même temps, face aux incertitudes de la vie, les craintes de l’homme dépassent toutes les assurances d’une religion.   

Néanmoins, la religion a joué un rôle considérable dans la société khmère, car le Sangha reste toujours près du peuple et est toujours soucieux des besoins quotidiens de ce dernier, non seulement dans le domaine spirituel, mais également dans des problèmes sociaux tels que l’enseignement, la santé, voire l’organisation des activités des collectivités villageois,…, alors que l’Etat khmer est préoccupé avant tout par sa propre puissance et par sa propre survie. A notre époque, l’on a vu des bonzes bouddhistes khmers jouer occasionnellement le rôle de contre-pouvoir vis-à-vis des représentants de l’Etat ou se soient faits meneurs de combats sociaux ou politiques pour défendre les revendications du peuple. Il faut reconnaître que, dans son originalité, la pensée bouddhiste répond parfaitement aux aspirations naturelles des Khmers à la liberté, à l’égalité, à l’autodétermination, à l’épanouissement de soi,…, ce qui justifie sans doute son triomphe final sur le brahmanisme au Cambodge (4). La religion garde indéniablement son importance dans la conscience des Khmers, mais, limité dans son domaine spirituel, elle ignore ou s’éloigne souvent des raisons qui s’imposent à la vie réelle et au destin du peuple.

Il reste que les Khmers sont très attachés aux traditions (sociales et religieuses) de leurs ancêtres et à leur mode de vie singulier. Les traditions sont nées des expériences réussies d’un acte ou d’un comportement perçu comme bénéfique pour le grand nombre. L’on a pu constater chez le peuple khmer son génie créatif et sa délicatesse. C’est aussi un peuple de perfectionnistes. Rien n’est laissé à la médiocrité et à la laideur dans ses arts, son architecture, sa musique, son habillement, ses compositions culinaires, ses travaux agricoles. Ces réalisations, évidemment, ont fait l’orgueil et la dignité des Khmers et, surtout, ont fortifié et grandi leur Nation (5). C’est l’échec politique de son Etat (provoquant des guerres intestines, défaillant devant des guerres d’invasion étrangères) qui ont fait que ces grandes qualités khmères se soient peu à peu érodées, dévalorisées, voire oubliées aujourd’hui.

L’éducation traditionnelle khmère, consciente de la dureté de la vie, est basée essentiellement sur l’acquisition des connaissances de toutes sortes et sur la solidarité indispensable entre les hommes. Tous les parents khmers se sacrifient pour envoyer leurs enfants à l’école. Ceux-ci doivent à leurs maîtres le même respect et la même obéissance qu’ils témoignent envers leurs parents. Ensuite, la place et le rôle de chaque individu sont définis avec précision au sein de sa famille et au sein de sa communauté parfaitement hiérarchisée. Mais l’individu peut voir sa place et son rôle changés en mieux s’il en est digne moralement et intellectuellement (6). Enfin, le sens de la responsabilité (le respect des autres, la solidarité, le secours porté aux plus démunis) est enseigné très tôt aux enfants khmers. C’est ainsi que le Khmer conçoit sa qualité d’homme libre (Khmer Nak Chea), une liberté responsable et bénéfique. Il y a donc un solide fonds humaniste qui a porté la grandeur de la Nation Khmère. Cependant, des traditions aussi généreuses et aussi attachantes qu’elles soient ne résistent pas toujours aux destructions des guerres, aux invasions économiques et culturelles de l’étranger, aux attirances de la «modernité», aux réalités changeantes et imprévisibles de la vie.

      

Le territoire, l’unité ethnique et les sacrifices

Pour les Khmers, le territoire de leur pays est la preuve de leur existence historique en tant que nation, une preuve à la fois matérielle et spirituelle. Les Khmers, massivement d’origine paysanne, sont profondément, voire passionnément attachés à leur terre natale, à leur pays, leur Mère-Patrie, Meatophum - la terre qui est leur mère, qui leur a donné la vie. A l’époque d’Angkor, le plus grand don royal à un serviteur méritant est un morceau de terre que celui-ci gouvernera toute sa vie et transmettra à ses descendants. Les Khmers émigrent rarement vers d’autres lieux lointains de leurs familles, de leur pays. Pour un Khmer, la terre qu’il reçoit en héritage de ses ascendants (parents, grands-parents, arrière-grands-parents,…) est sacré, qu’il ne doit ni abandonner ni la vendre aux étrangers. Enlever la terre à un Khmer, c’est le déraciner, c’est enlever sa vie. Autrement dit, la Nation Khmère ne se conçoit pas sans un territoire parfaitement défini et un Gouvernement qui le défend âprement pour l’intérêt du peuple.

Par la force et, surtout, par le consentement (reposé sur les affinités ethniques, les alliances politiques, les mariages), les grands rois khmers du Funan, du Chenla et d’Angkor se sont toujours efforcé d’agrandir le territoire de leur royaume, étendre l’influence de leurs croyances et de leurs lois, centraliser les administrations et asseoir la Nation Khmère sur une base plus grande et plus solide. La solidité de la Nation repose donc sur une large unité ethnique – parentés raciale, linguistique, religieuse - qui assure la cohésion sociale et culturelle du pays. Le fait que de trop nombreux étrangers vivent le territoire national et participent d’une manière ou d’autre à son administration est un grand danger pour tous les fondements de l’identité d’un peuple, à commencer par ses richesses économiques et ses moyens de subsistance. L’une des grandes causes politiques de la chute mortelle d’Angkor est que les immigrés siamois, d’abord venus comme esclaves royaux ou mercenaires des armées khmères, réussirent ensuite à se faire admettre de plus en plus nombreux à la cour royale – traditionnellement non accessible aux étrangers - et aux hautes fonctions de l’Etat khmer – comme chefs militaires ou gouverneurs des provinces.

La chute définitive d’Angkor fut précédée par de sanglantes et répétées attaques des Siem, et des massacres barbares que les vainqueurs infligèrent à la population khmère, en même temps que les razzias des richesses et les destructions systématiques des infrastructures socio-économiques du pays, quand ils n’arrivèrent pas à les déporter massivement à leur pays comme esclaves et comme butins de guerre. Les attaques siem furent si dévastatrices que, selon le témoignage de 1296 de Chéou Ta-kuoan, « tout le peuple (khmer) dut se lever récemment pour combattre les envahisseurs siamois ». De plus, après la mort de Jayavarman VII vers 1218, Angkor sombre dans une longue guerre civile sanglante de plus de cent ans entre les tenants du brahmanisme et ceux du bouddhisme qui s’est terminée par la « Révolution » du bouddhiste Ta Chey ou Ta Trasak Pa’èm vers 1336. Les Siem, naturellement, sont revenus plusieurs fois encore et ont fini par capturer de nouveau Angkor en 1431, avant d’être chassés du pays par Chau Ponhea Yat. Mais, l’effondrement d’Angkor, la perte de territoires, les massacres successifs des élites du pays et la diminution brutale de la population active ont porté un coup très dur à la Nation Khmère : l’arrêt des grandes constructions d’infrastructures, l’abandon de l’enseignement supérieur et de la transmission des connaissances, la régression de la langue et de la littérature, l’oubli progressif de l’Histoire et des traditions du pays, ce qui a provoqué le relâchement des liens communautaires et, surtout, la perte de confiance en soi des Khmers et en leurs propres compatriotes… (7) Que peut-on penser de la présence et de la domination de millions de Viêts au Cambodge à l’heure actuelle, où les Khmers sont bien moins protégés que les étrangers et qu’ils sont dangereusement en situation de devenir une minorité ethnique dans leur propre pays ? 

Après Angkor, la Nation Khmère a pu se relever de nouveau, certes péniblement, avec les rois bouddhistes comme Chau Ponhea Yat – Soryopor (1432-1467), Ang Chan 1er (1515-1566) et ses successeurs, son fils Borom Reachea (1566-1576) et son petit-fils Satha 1er (1576-1596) qui ont su mobiliser le peuple dans des luttes héroïques, avec des armées beaucoup moins bien équipées que celles de l’ennemi, pour débarrasser le pays de la domination siamoise et reprendre les provinces khmères précédemment perdues (Korat, Chantaburi). Depuis des siècles, la volonté des Khmers de défendre le territoire de leur pays contre l’invasion ou l’occupation étrangère n’a jamais faibli. Toutes ces gloires et ces sacrifices du peuple khmer ont une géographie que rien ni personne ne peut effacer : les Khmers vivant actuellement en Thaïlande ou au Vietnam (du sud) se considèrent toujours comme des Khmers vivant toujours sur leur terre, la terre de leurs ancêtres. Cela démontre aussi la grandeur de cette nation. Cela signifie en même temps que le territoire national est sacré et que céder un morceau de ce territoire à l’étranger sans se battre, sans le défendre de toutes ses forces, sans chercher à le reprendre, c’est couper une part de la patrie et abandonner une partie du peuple à la jungle. C’est condamner son propre peuple et détruire sa propre sa nation.

 

L’Âme nationale, la dignité d’un peuple

On voit que la nation est plus grande que territoire, supérieure à l’Etat, plus durable que les régimes politiques qui se succèdent dans la Capitale. Nous sommes les héritiers d’une Histoire nationale tumultueuse. Notre nation a connu des gloires exceptionnelles, les vraies - qui ne sont pas uniquement militaires -, des pires défaites aussi. Nous n’avons pas à en rougir. Perdre une guerre contre l’invasion étrangère n’est pas une honte, car la cause nationale reste intacte. Nous avons partagé ensembles nos joies et nos souffrances. Jusqu’ici, la Nation Khmère a toujours su renaître de ses cendres, alors que d’autres nations autour de nous ont sombré complètement dans le néant et l’oubli.

La Nation Khmère, si elle a survécu dans un environnement politique dangereux, c’est qu’elle a une grande âme, cette Âme née du génie de notre peuple plusieurs fois millénaires, et qui a grandi grâce aux sacrifices et aux résistances de ce peuple contre les tentations éphémères, le laisser-aller et la lâcheté et, au moment de grand péril national, contre les attaques et manœuvres multiples, visibles et camouflées de ses ennemis visant à détruire l’identité khmère. Résister pour préserver son identité et surtout sa dignité, c’est d’abord refuser toutes formes d’imitation, d’association, de coopération et de cohabitation avec l’ennemi et tout ce qui le représente, pour marquer clairement la différence entre nous et eux et notre opposition à leur présence malfaisante et dominatrice. Nous devons affirmer haut et clair notre nationalisme : un nationalisme qui résiste contre la domination et le colonialisme de l’étranger n’est ni du racisme ni une attitude « réactionnaire », mais un combat pour notre liberté et nos droits nationaux les plus légitimes, notre dignité. C’est le même nationalisme que le Mahatma Gandhi a admirablement formulé pour le peuple indien dans son combat contre les colonisateurs anglais du siècle dernier. C’est le même nationalisme que tous les peuples du monde ont inscrit, aujourd’hui encore, dans leurs lois souveraines, dans leurs arts et dans leurs représentations publiques, afin de perpétuer la flamme de leur âme nationale respective.

C’est la force ou le feu de l’Âme de sa Nation qui pousse un Khmer ou une Khmère à renoncer aux tentations et à la facilité, à se donner ou à accepter des missions difficiles ou périlleuses, même sans espoir de réussir, et sans rien attendre de retour, mais avec la seule volonté de se battre pour l’intérêt, le bien-être ou la sécurité de ses compatriotes et, objectif suprême, pour l’intégrité et la perpétuité du Srok Khmer. C’est cette Âme nationale qui grandit leur fierté d’appartenir à un peuple d’hommes et de femmes libres, des Khmer Nak Chea ! Les Non-Khmers, naturellement, ne se sentent pas animés par cette Âme flamboyante dans leur for intérieur.

------------------

NOTES :

(1) : La légende khmère de Preah Thaung/Neang Neak et l’anecdote chinoise de Liu Yie (ou Yie Liu)/Hun Tien (du début du Funan) ne se ressemblent pas sur un point essentiel : Preah Thaung et Neang Neak sont tombés amoureux l’un de l’autre et se sont unis selon les rites du mariage du royaume des Neak, alors que Liu Yie, reine du pays, a perdu la guerre contre l’envahisseur Hun Tien et s’est soumise à ce dernier. La légende de Kaundinya/Somâ (« fondateurs » du Funan), née, dit on, vers l’an 50 JC, a une ressemblance avec celle de Preah Thaung/Neang Neak par la précision que Somâ (qui signifie « Fille de la Lune ») est également une princesse Nâga qui a eu d’abord à combattre Kaundinya, « originaire de l’Inde du nord », avant d’accepter de l’épouser. Un point commun, cependant, pour Preah Thaung, Hun Tien et Kaundinya : ils se plient aux règles du matriarcat qui régissaient déjà le pays et qui voulaient que le nouveau roi prît pour épouse la reine ou la fille du roi du pays pour légitimer son accession au pouvoir.  

 

(2) : Les rites du mariage khmer consacrent principalement le passage des mariés de l’enfance à la vie d’adulte, le passage définitif de la mariée Nâga à l’état humain, le respect du matriarcat par le marié, le rappel des devoirs des époux et, à la fin, le rappel de leurs obligations envers leurs deux clans familiaux et envers les membres de la communauté des compatriotes qui célèbrent et bénissent également leur union.

 

(3) : - Jean BERNARD, Professeur de médecine et membre de l’Académie française, écrit que « l’hémoglobine E (particulière au peuple khmer) est retrouvée bien au-delà des limites étroites du petit état cambodgien actuel, au Vietnam, au Laos, en Thaïlande, en Malaisie, dans une aire étendue de l’Asie orientale et méridionale. Le glorieux empire khmer du XIe siècle occupait ces territoires… Fait très remarquable, les archéologues, découvrant dans la même région les ruines des temples du temps d’Angkor, et les hématologues, avec l’hémoglobine, s’accordent à fixer les mêmes limites au grand empire disparu ». Le Sang et l’Histoire, Editions Buchet/Chastel, Paris, 1983, p 10.

- Voir aussi les explications sur ce sujet du Dr SUY Seang Heng, dans son exposé en khmer du 26 avril 2009 sur«KHMER MEAN POUCHLes Qualités spécifiques du Peuple Khmer » (Publication du Vatt Bodhivongsa, Champs-sur-Marne, France, 2009). 

 

(4) : Cependant, détachés de la notion fondamentale de la responsabilité (de la doctrine du karma), ces concepts légitiment évidemment l’individualisme et l’égoïsme, ou justifient la résignation. 

 

(5) : Voir les exposés respectifs en khmer de CHAI Sirivuddh (« Les Caractéristiques de l’Art khmer ») et de DY Kareth (« L’Education traditionnelle khmère ») au séminaire sur «KHMER MEAN POUCHLes Qualités spécifiques du Peuple Khmer » (Publication du Vatt Bodhivongsa, Champs-sur-Marne, France, 2009).  

 

(6) : Des contes populaires khmères racontent souvent le merveilleux destin d’un pauvre jeune homme orphelin qui devient roi grâce à ses qualités morales (son honnêteté, sa persévérance, son courage) et ses compétences.

 

(7) : En 1431, les Siem ont de nouveau occupé et mis à sac la capitale Angkor, avant d’être chassés totalement par le Chau Ponhea Yat. Mais, celui-ci a dû se résoudre à abandonner la grande ville car « elle est peu peuplée ; ses habitants ne suffiraient pas à la défendre ». Des recherches historiques récentes ont donné les résultats suivants : à son apogée, la cité d’Angkor était habitée par environ 2 millions d’âmes, et il n’y en aurait plus que 5000 environ à l’arrivée de Ponhea Yat.

 

Dy Kareth

Séminaire du 20 juin 2010 à Champs-sur-Marne, France

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 09:40

Samedi 15 janvier 1994 – Musée National des arts et Traditions Populaires – Paris.

Thème : Les relations du Cambodge avec les pays voisins (Prolonger des réflexions de M. le Recteur Claude Gour sur la Constitution cambodgienne et leur donner une dimension de Relations internationales).

Par Professeur Bui Xuân Quang – Université de Paris X-Nanterre.

Il m’est demandé de parler des Relations du Cambodge avec les pays voisins. S’il ne s’agit que de cela, dans la conjoncture incertaine et morose du paysage stratégique asiatique et mondiale, beaucoup d’images négatives et désespérantes se bousculent dans l’esprit. Il suffit de se reporter à ce qu’a dit mon ami R. Jennar, images qui viennent de la géographie. Elles viennent de l’Histoire. Histoire lointaine. Histoire récente. On le répète souvent : - Un pays a l’histoire de sa géographie. C’est là une évidence géographique -.

Le Cambodge est, pour l’éternité, un pays du promontoire indochinois. Ce promontoire indochinois, comme son nom l’indique, est situé entre l’Inde et la Chine. Cet espace géographique comprend aussi, outre le Cambodge, le Laos et le Vietnam fréquemment cités – deux autres pays : la Birmanie et la Thaïlande. Pour simplifier, cette péninsule indochinoise recouvre les bassins de tous les fleuves qui dévalent du Tibet vers l’océan Indien ou vers le Pacifique. Située à la confluence du monde indien et du monde chinois, la péninsule indochinoise est aussi au carrefour des routes maritimes stratégiques qui font communiquer l’Extrême-Orient avec le reste du monde. Donc, le Cambodge est, certes, placé sous le regard immédiat de ses voisins les plus proches – Thaïlande, Laos, Vietnam, - qui ont tout intérêt à avoir avec lui les meilleures relations. Le Cambodge est aussi au centre des interrogations d’un autre voisin, autrement présent dans la région, la Chine. Et ce qui intéresse la Chine intéresse les autres grandes Puissances, donc la communauté internationale toute entière. Les équilibres à venir dans cette partie du monde en dépendent. Il ne faut pas non plus oublier que nous approchons du 21ème siècle qu’on annonce comme l’ère du Pacifique : en témoigne la récente Conférence de l’APEC (Communauté des Etats d’Asie-Pacifique). Il faut donc raisonner en termes de résonnance : faire du Cambodge un pôle de paix et de prospérité pour que, de proche en proche, la paix et la prospérité gagnent du terrain et s’installent définitivement pour bénéficier de tous. Il faut placer le Cambodge sur les rails de demain au lieu de regarder l’avenir avec les yeux du passé.

Le Cambodge a aujourd’hui et demain un nouveau rendez-vous avec l’Histoire. Il doit lui-même, assumer son destin. Avec ses atouts et même avec ses handicaps. Quitte à transformer les handicaps actuels en atouts futurs. Il faut qu’il soit l’auteur d’un - projet politique -  autrement plus ambitieux que la simple mais difficile reconstruction nationale.

Il doit regarder au-delà du cadre étriqué actuel pour voir plus grand : imaginer l’avenir par exemple dans une Union indochinoise à l’image de l’Union européenne qui approuvée toute son excellence et son efficacité dans le paysage ravagé de l’après Seconde Guerre mondiale. Je le dis nettement : il ne s’agit nullement de refaire l’Indochine à l’ancienne ni ressusciter le rêve communiste d’une Fédération indochinoise de sinistre mémoire. La Communauté européenne puis l’Union européenne ont permis à deux pays rivaux, déchirés par un contentieux territorial et historique de se réconcilier, de travailler ensemble, d’agréer autour de cette idée neuve d’autres Etats de patiemment construire un espace de prospérité et de progrès. Pourquoi le Cambodge ne prendra-t-il pas l’initiative de s’inscrire dans ce projet autrement motivant et d’y inscrire ses autres voisins indochinois ? Il y gagnerait beaucoup. Au lieu de s’enfermer dans une frilosité étatique et diplomatique ou de continuer à ressasser. Il en va de l’intérêt de tous. Le Cambodge, au centre de la Péninsulte indochinoise, doit être le moteur et la locomotive de cette future Union indochinoise en y associant le Laos pour instituer des relations équilibres et harmonieuses avec le Vietnam et avec la Thaïlande.

Pour que cela soit, plutôt que de vous parler des relations du Cambodge avec ses voisins, comme m’y incite mon sujet, je vous parlerai du Cambodge face à ses voisins. Face, pour faire front, pour avoir bonne figure. Pour assumer son destin et son avenir. Face aux autres. Mais surtout face à lui-même. Pour évacuer les vieux démons. Pour enfin construire. Il s’agit de la vie du Cambodge. Mais aussi de sa survie. Si le Cambodge veut laisser une trace dans l’Histoire.

Comment ? Rénover les structures de l’Etat cambodgien. Instituer d’autres relations avec un autre Esprit.

Structures : Le Roi Sihanouk, dans un article paru dans la FEER du 13 janvier, vient d’appeler à – j’en prends le titre – « forger l’identité nationale du Cambodge ». En ajoutant : « le Royaume du Cambodge aujourd’hui est comme un corps dont certaines parties importantes ont été tranchées par des étrangers et dont les propres enfants ont été amputés d’un bras ou une jambe ». Vision réelle et pessimiste dont il faut vite sortir.

Statut et stature : La communauté internationale, malgré ses imperfections, a beaucoup fait pour que le Cambodge retrouve une identité et une personnalité internationale, digne de spn passé et ouverte sur l’avenir. C’est pratiquement acquis.

Elections de 1993, malgré imperfections et réserves, ont redonné à l’Etat cambodgien une légitimité indéniable. Aux dirigeants cambodgiens de ne pas gaspiller cet acquis. Le Cambodge a désormais un statut respecté par la communauté internationale. A lui de conquérir une stature internationale. La Communauté l’y encourage. Elle l’y aide. Le Cambodge le peut. Il l’a inscrit dans sa Constitution. Dans son article 1. Comme dans son article 53.

Nouvelle lisibilité du paysage politique et diplomatique en Asie. L’effondrement du communisme européen ouvre des perspectives intéressantes. Les régimes communistes chinois et vietnamien sont en sursis. Ils sont devenus anachroniques. L’avenir appartient à ceux, comme le Cambodge, qui ont déjà un pied hors du communisme ou qui n’ont jamais été communisés. Ne plus avoir peur des ombres portées par le Vietnam, la Thaïalnde, l’ASEAN. Voir la Chine et le Japon.

Prendre les divers protagonistes au mot :

Ø  Thaïlande : en 1988, l’ancien PM Chatichai Choohavan annonçait vouloir faire d’une zone de guerre une zone de paix. Transformer le théâtre de guerre en un grand marché.

Ø   Vietnam : Problèmes. Régler le contentieux frontalier. Ou les problèmes d’immigration.

Lever les craintes : avoir une législation ou une réglementation pour les migrants. Si les Vietnamiens viennent au Cambodge actuel est plus enviable que celui du Vietnam. Souveraineté du Cambodge = exiger la loyauté des migrants économiques qui s’y installent.

Ø   ASEAN : problèmes internes. Anachronique. Chacun pour soi. Coexistence avec et transformation possible.

Révolution psychologique et nouvel état d’esprit : Transformer la méfiance

-       Communautarisation des besoins, des ressources et des intérêts. Pas une CEI, mais pourquoi pas comme CECA autour des ressources communes du pétrole et du gaz du Golfe de Thaïlande. En y associant la Malaisie, l’Indonésie ou Brunei et Singapour. Il n’y a pas que ces richesses-là.

-       Occasion unique : Il faut prendre en compte les conditions favorables et les opportunités nouvelles : région en pleine expansion économique et volonté d’aide de la communauté internationale.

-       Exemplarité par exemple de la Belgique dans l’union européenne : Pays aux frontières poreuses. Petit. Neutre. Royaume. Mais tenant sa place et son rang dans l’Europe d’aujourd’hui.

-       Décomplexer le Cambodge. Trois maîtres mots : Assimiler les nouvelles donnes ; Intégrer et s’affirmer.

Conclusion : Les épreuves dont s’est sorti, malgré tout le Cambodge, a forcé l’admiration pour le peuple cambodgien. C’est à lui et à son avenir qu’il faut penser.

Le Cambodge artisan de sa propre paix et de la paix régionale. Il sera beaucoup demandé au Cambodge et surtout aux Cambodgiens. L’enjeu en vaut la peine. Ne pas faire pleurer mais faire rêver.  

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 07:13

Histoire de comprendre : « La détente trompeuse »

Article écrit en 1989

La « détente » semble gagner le Cambodge, la guerre doit faire place au dialogue, les forces d’occupation vietnamiennes doivent quitter le territoire khmer. Et les 4 factions cambodgiennes armées devraient résoudre elles-mêmes le problème du rétablissement de la paix dans leur pays. Dans ce nouveau contexte on a enregistré ces derniers temps des contacts entre :

 

-          Pékin et Moscou,

-          Pékin et Hanoi,

-          Bangkok et Phnom-Penh,

-          Bangkok et Hanoi,

-          Bangkok et Vientiane.

Et aussi entre les 4 factions cambodgiennes :

-          A paris entre le Prince Sihanouk et Hun Sen à trois reprises (décembre 1987, janvier 1988, novembre 1988),

-          A Bogor (Indonésie) le « JIM 1 » en juillet 1988,

-          A Djakarta le « JIM 2 » (19-21 février 1989).

Sur cette toile de fond la « détente » cache des manœuvres dont les conséquences peuvent être dangereuses pour l’avenir du Cambodge et de son peuple.

En effet les soldats de Hanoi pourront quitter le Cambodge (probablement en septembre prochain) avec une mention honorable, en tant que « libérateurs des Cambodgiens ». Quant aux 4 factions khmères, toutes ont leurs propres forces grâce à leurs « Sponsors » respectifs, mais aucune n’est mandatée par le peuple cambodgien. Elles se répartissent de la manière suivante :

-          une faction communiste pro-vietnamienne,

-          une faction communiste pro-chinoise,

-          deux factions « nationalistes » dépendantes de la Chine communiste.

Voyons de plus près la vraie nature de ces diverses factions :

1.       La R.P.K. (ou « République Populaire du Kampuchéa »). C’est le régime khmer rouge de Heng Samrin, dont Hun Sen est le Premier Ministre. Cette faction est composée de dissidents du régime Khmer Rouge de Pol Pot et Khieu Samphân. Depuis 10 ans elle gouverne le Cambodge avec l’aide de Hanoi et règne sur une population réduite de moitié (après le génocide des années 1975-1978), traumatisée, et aujourd’hui soumise à la loi d’un autre régime communiste (pro-vietnamien).

 Bien que maître incontesté du pays, ce régime communiste de Heng Samrin est fragile. Non reconnu sur le plan international et dépourvu de soutien populaire, il pourrait s’écrouler après le retrait vietnamien.

Ce même régime connaît trop bien le régime Khmer rouge de Pol Pot et Khieu Samphân pour lui accorder la moindre confiance et accepter de partager le pouvoir avec lui. La méfiance persistera donc toujours chez les anciens Khmers rouges de Heng Samrin à l’égard de ceux du « Kampuchéa Démocratique » (K.D.)

2.       Le « K.D. ». C’est le régime khmer rouge qui a perpétré le génocide. Il ne doit sa survie qu’à la Chine communiste et aux chefs des deux factions dites « nationalistes » : le Prince Sihanouk et M. Son Sann.

Ce régime est définitivement condamné et rejeté par tous les Cambodgiens, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Malheureusement il est reconnu sur le plan international. Grâce aux manœuvres de Pékin, et à la caution du Prince et de M. Son Sann, il peut aujourd’hui encore siéger à l’ONU et représenter le Cambodge sans être mandaté par aucun Cambodgien. N’exsitant qu’en exil, il continue cependant de violer les drooits de l’homme (dans les camps qu’il contrôle sur la frontière khméro-thaïlandaise). Avec l’appui de la Chine communiste ce régime poursuit ses tentatives pour reprendre le pouvoir au Cambodge. Mais il est très fragile, car il ne peut continuer d’exister qu’avec l’appui chinois.

3.       Les deux factions dites « nationalistes » font uniquement le jeu des Khmers Rouges. Elles ne jouent aucun rôle de premier plan dans le problème cambodgien, car elles n’ont aucune autonomie.

Quant aux Cambodgiens eux-mêmes, victimes de deux régimes communistes, ils doivent subir et continuer à souffrir. Ce que nous craignons, c’est un affrontement direct entre les deux régimes communistes khmers (après le retrait vietnamien). Nous aurons alors une vraie guerre civile (rappelant la situation du Liban), qui pourrait déboucher sur une anarchie complète. Le régime Heng Samrin sera débordé et n’aura pas d’autre ressource que d’appeler à l’aide ses protecteurs vietnamiens. La Chine communiste, de son côté, ne pourra pas manquer de réagir en faveur de ses protégés, les Khmers Rouges.

La situation initiale pourrait alors se reproduire : le Vietnam occupera de nouveau de Cambodge, tandis que la Chine organisera une nouvelle résistance anti-vietnamienne. Notre peuple devra endurer, une fois encore, de grandes épreuves et le pays risquera d’être effacé de la carte du monde. Ou bien il sera exposé au danger d’une partition, avec le Mékong comme ligne de partage. Dans ce cas le sud, ayant frontière commune avec le Vietnam, serait contrôlé par le régime Heng Samrin, tandis que le nord tomberait sous le contrôle du régime khmer rouge pro-chinois.

Aujourd’hui, en tout cas, l’espace politique est occupé par les Khmers rouges de Pol Pot et Khieu Samphân (à l’ONU), tandis que le terrain est contrôlé par d’anciens Khmers rouges devenus pro-vietnamiens. Dans ce contexte, où peuvent alors se situer les vrais nationalistes cambodgiens victimes de deux régimes communistes qui s’affrontent dans leur pays ? D’où la nécessité pour eux de lutter pour avoir une place, afin de pouvoir sauver ce qui peut l’être.

C’est pourquoi nous exhortons nos compatriotes à réfléchir, et à étudier avec nous les moyens à utiliser pour déjouer les manœuvres communistes qui nous condamnent à subir des régimes que nous avons tous rejetés.

Nous les proposons, à ce sujet, d’agir en étroite concertation, en particulier auprès des médias. Ceci afin de sensibiliser l’opinion occidentale, pour lui faire mieux connaître les aspirations des Cambodgiens. Il est indispensable, en effet, que nous nous exprimions au moment où les problèmes ne sauraient être réglés, discutés dans plusieurs capitales étrangères. Ces problèmes ne sauraient être réglés sans que soit connu le point de vue des principaux intéressés, c’est-à-dire nous-mêmes. Nous devons donc nous faire entendre, d’autant plus que nos frères qui vivent au Cambodge aujourd’hui n’ont, eux, aucun moyen de s’exprimer librement.

Nous pouvons finalement constituer une authentique force nationaliste, capable d’offrir une alternative pour empêcher la guerre civile et l’anarchie de s’installer dans notre pays. Mais encore faut-il que nous puissions d’abord nous unir pour être forts.        

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 10:40

Histoire de comprendre : « L’envers de la médaille »

 Article écrit en 1989

 La « détente », solution de paix à Paris, à Djakarta, et dans les autres capitales de l’Asie, n’a pas encore apporté de résultats.

Sur le plan international, les responsables du problème cambodgien n’arrivent pas à s’entendre et les listes des propositions en 5 points, en 6 points ou en 8 points des chefs des factions khmères en conflit ne peuvent être acceptées ni par l’un ni par l’autre.

On frôle l’échec.

Mais le monde vient d’être réveillé par l’offre d’une autre solution de paix pour le Cambodge : « Transformer le champ de bataille en un Marché » - Puis on a appris que :

1.    Le Vietnam va retirer ses troupes du Cambodge d’ici fin septembre 1989.

2.    Appel à la cessation de la guerre civile et à la réconciliation entre les 4 factions.

Ce communiqué vietnamien du 5 avril (soi-disant communiqué Indochinois) a été suivi par une déclaration du principal dirigeant de Phnom-Penh, Hun Sen.

L’Assemblée National de la République Populaire du Kampuchéa (R.P.K.) va réviser la Constitution pour :

1.    Le changement de la R.P.K. en « Etat du Cambodge ».

2.    Changement du drapeau et de l’hymne national.

3.    Effectuer un grand virage économique ; vote d’une loi sur l’Economie mixte ; ouvrir les portes aux investissements étrangers privés et cela dans tous les domaines. L’Etat garantira le droit de propriété des capitaux et des biens d’équipement pour une durée de 20 ans.

Ceci intéressé déjà les hommes d’affaires japonais et Australiens qui sont déjà à Phnom-Penh pour étudier cette question.

La Thaïlande, pays de transit des matériels d’aide pour la coalition antivietnamienne, est favorable à ce virage économique.

Le Congrès américain considère que le régime actuel à Phnom-Penh est moins mauvais que le régime de Khieu Samphan – Pol Pot, et tend vers la reconnaissance de ce régime K.R. provietnamien.

Phnom-Penh est entrain de convaincre le Prince Norodom Sihanouk de rentrer au pays pour être « Chef de l’Etat du Cambodge ».

Tout ceci appelle de notre part les remarques suivantes :

A.    En retirant ses troupes, Hanoi a renvoyé la balle dans le camp chinois : « Je retire mes troupes – Est-ce que vous retirez aussi votre aide aux Khmers Rouges et aux deux autres factions ? (Le Prince Sihanouk et Son Sann).

B.    En faisant appel à la cessation de la guerre civile et en recommandant la réconciliation, Hanoi prétend n’avoir jamais agressé le Cambodge. L’occupation du Pays Khmer, par sa force armée pendant 10 ans, c’était pour protéger la faction de Heng Samrin et sa population contre la guerre civile avec les Khmers Rouges de Khieu Samphan – Pol Pot coalisés avec le FUNCINPEC du Prince Sihanouk et FNLPK de Monsieur Son Sann.

Les « Bôdoïs » se retirent du Cambodge tête haute, fiers d’avoir préservé le peuple cambodgien de la mort certaine par le génocide perpétré par les Khmers Rouges de Khieu Samphan et Pol Pot.

Mais ce retrait des troupes de Hanoi, après avoir introduit une colonie vietnamienne au Cambodge (environ 700 000 « colons ») avec la mise en place de cadres vietnamiens dans tous les domaines de l’administration, ne représente-t-il pas une garantie pour le régime de Heng Samrin et un doute pour la population khmère ?

Hanoi a eu la chance de voir le retrait des troupes américaines du Vietnam et le retrait des troupes russes de l’Afghanistan pour accorder maintenant à ses troupes, qui retournent au Vietnam, la mention de « libérateurs des Khmers ». En fait, l’affaire cambodgienne est devenue l’affaire de tout le monde :

C’est l’affaire de la Chine et de l’URSS ;

C’est aussi l’affaire du Vietnam ;

C’est aussi l’affaire des pays de l’A.S.E.A.N. ;

C’est aussi l’affaire des 4 factions cambodgiennes en conflit (surtout les deux factions communistes qui ont à défendre les intérêts de leurs sponsors respectifs).

Donc, la Chine et l’URSS ne sont pas d’accord, si les 2 factions K.R. (le Kampuchéa Démocratique de Khieu Samphan – Pol Pot) et la R.P.K. (République Populaire du Kampuchéa de Heng Samrin – Hun Sen) ne sont pas d’accord, la situation du Cambodge sera de nouveau bloquée. Alors la guerre civile pourra éclater. L’anarchie sera totale, puisque la Chine – le Vietnam – et l’URSS seront prêts à soutenir leurs protégés jusqu’au dernier des Cambodgiens.

Le Cambodge risque de perdre son identité, son âme et d’âtre effacé de la carte du monde. (Ne pas oublier le CHAMPA).

Mais le Prince Norodom Sihanouk est toujours là. Quel rôle peut jouer cet ancien Roi ?

A.    Rappelons que pendant son régime, après l’indépendance, il a adopté une politique de neutralité où le Pays a connu une grande période de paix et de prospérité. Le Cambodge du Roi Norodom Sihanouk est une « Oasis de Paix » disaient les journalistes étrangers de l’époque. Mais très curieux, ce Roi, contrairement aux autres Rois, adore les Communistes. Il a abandonné la neutralité et s’est jeté corps et âme dans les bars de Mao Tsé Tong et de Chou En Lai. Il a vendu son Pays en aidant le Vietnam à faire la guerre contre les Américains. Le camp communiste, en rejetant les Américains du Sud-Vietnam et de toute l’Indochine a maintenant la main libre sur les autres de l’Asie du Sud-Est.

B.    Pendant la période de la république, nous retrouvons le Prince du côté de nos ennemis, les envahisseurs vietnamiens qui avaient leurs bases militaires dans notre territoire (autorisé par le Prince avant sa destitution) et qui, dès les premiers jours de la guerre, déferlent pour occuper quatre de nos provinces du nord : STUNGTRENG – KRATIE – RATANAK KIRI – MUNDUL KIRI.

Durant 5 ans, le Maréchal LON NOL a combattu les Viêt-Cong avec l’aide américaine et avec tout le peuple qui voulait rejeter ces envahisseurs vietnamiens hors du Pays.

Mais avec l’aide de la Chine, le Prince a pu conclure avec le Viêt-Cong et les Khmers Rouges un pacte à Canton le 25 avril 1970, pour faire la guerre contre le Cambodge, son pays. Nous nous souvenons que cela a coûté très cher au Cambodge et à son peuple.

C.   Pendant la période du régime Khmer Rouge (Kampuchéa Démocratique – époque du génocide) le Prince était présent aussi comme Chef de l’Etat du « Kampuchéa Démocratique ».

Le Prince a donc été omni-présent pendant la destruction du Cambodge par les Khmers Rouges de Khieu Samphan – Pol Pot et leurs acolytes.

Deux millions de Cambodgiens furent exterminés : les intellectuels – les professeurs – les médecins – les ingénieurs – les cadres civils et militaires – les techniciens – les hommes – les femmes – les enfants.

Le Cambodge sans électricité, ni eau courante, a reculé d’un siècle. Ce qui reste : la pauvreté ; la misère ; la famine. Le malheur qui a frappé tout le monde, aucun Cambodgien n’a été épargné (même pas la famille du Prince).

Et, malgré tout cela, le Prince a réussi à faire siéger à l’O.N.U., comme représentant du peuple khmer, ce Kampuchéa Démocratique avec son drapeau et son hymne national.

Le régime Khmer Rouge est à l’honneur parmi les nations civilisées à l’O.N.U. C’est incroyable mais vrai.

D.   Aujourd’hui règne l’occupation vietnamienne au Cambodge – règne des Khmers Rouges de Heng Samrin. Et nous apercevons déjà la silhouette du Prince Norodom Sihanouk qui se prépare à les rejoindre.

Oui, le nouveau régime de Phnom-Penh invite le Prince à rentrer au Cambodge comme Chef de l’Etat. Hun Sen lui offert ce poste. Ce régime contrôle le territoire khmer, mais il n’est pas reconnu par l’O.NU. Ce sera le Prince Norodom Sihanouk, avec son nouveau titre de Chef de l’Etat du Cambodge, qui siègera et remplacera le Chef de l’Etat Norodom Sihanouk tête de liste du gouvernement de la coalition du Kampuchéa Démocratique (Régime de Khieu Samphan – Pol Pot).

Là encore, se sera incroyable mais vrai.

Décidément, le Prince est toujours du côté de l’ennemi du peuple khmer. Il est toujours avec les Communistes.

Par cette analyse de la face cachée de la médaille cambodgienne, nous désirons alerter l’opinion française et internationale du grand danger que court notre pays :

-       être effacé de la carte du monde ;

-       disparition de la race khmère dans la Communauté Indochinoise Vietnamisée et Communiste.

Le peuple khmer a lutté courageusement en acceptant beaucoup de sacrifices en vies humaines pour défendre son pays contre la domination communiste vietnamienne, et pour obtenir la paix dans la liberté.

Depuis l’instauration du pouvoir communiste au Cambodge, le peuple khmer a perdu son sourire, il vit dans la crainte et pleure ses morts devant les ruines. Il pleure aussi la destruction de son pays et de sa civilisation millénaire.

Accepter maintenant les propositions de paix communistes, ce serait trahir nos morts, notre peuple et ses sacrifices. Cela reviendrait à dire que notre lutte a été inutile.

Nous ne pourrons jamais croire que les communistes aiment notre pays et notre peuple plus que nous-mêmes.

Puisse le monde libre enfin nous entendre !

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 15:36

Une cruelle publicité

Extrait de l’article de M. Bernard Hamel paru dans HISTORIA n° - 391 du mois de Juin 1979.

 

Les « Khmers Serei » (ou « Khmer libres »), républicain mais anticommunistes et pro-américains, furent les premiers à en faire l’expérience. Réfugiés au Sud-Vietnam ou en Thaïlande au début des années 1960, ceux d’entre eux qui tentèrent de revenir au Cambodge et qui se firent prendre finirent devant un peloton d’exécution.

Sihanouk donna une cruelle publicité à ces exécutions, ordonnant qu’elles soient photographiées et filmées dans les moindres détails. Photos et films étaient ensuite diffusés dans tout le pays, sans doute qu’aucun Cambodgien n’ignore le châtiment réservé aux « traîtres ».

Ce fut ensuite le tour des « Khmers Rouges » ou présumés tels, car il ne s’agissait pas toujours de vrais communistes, mais de simples paysans las d’être brimes par une administration fortement corrompu.

Les exécutions de « Khmers Rouges » - ainsi nommés par Sihanouk lui-même – n’eurent lieu qu’à partir du début de l’année 1967, lorsque ceux-ci entrèrent en rébellion dans la province de Battambang puis dans d’autres provinces. Elles furent beaucoup plus nombreuses que les exécutions de « Khmers Serei » et se poursuivirent pendant trois ans.

Toutefois le prince s’abstint de leur donner la même publicité, pour ne pas indisposer les pays communistes asiatiques (Chine, Nord-Vietnam et Corée du Nord) avec lesquels il entretenait d’étroites relations.

Mais les Khmers Rouges capturés furent souvent exécutés d’une manière assez féroce : Décapitation et exposition des têtes coupées, précipitation dans le vide du haut des falaises de Bokor, etc.

Sihanouk lui-même se vanta de ces exécutions en certaines circonstances, notamment dans un discours mémorable prononcé dans la province de Kompong-Thom le 19 août 1968 et qui fut enregistré, comme tous ses discours, par les services du Ministère de l’Information cambodgien.

Il proclame à cette occasion qu’il avait fait tuer déjà plus d’un millier de « Khmers Rouges », et que cela « ne l’avait pas empêché de dormir ».

Tous les opposants à son régime n’étaient pas exécutés cependant, et d’autres connurent un sort plus doux en allant moisir en prison pendant huit ou neuf ans. Toujours est-il que les prisons étaient assez bien remplies lorsque Sihanouk fut destitué par le Parlement khmer, le 18 mars 1970.

Quinze jours plus tard, le gouvernement Lon Nol ordonna la libération de tous les détenus politiques. Rien qu’à Phnom-Penh, 486 détenus furent remis en liberté le 2 avril. La plupart d’entre eux avaient été emprisonnés parce qu’on les soupçonnait d’être des Khmers Rouges.    

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 10:34

Sirik Matak : ancien Vice-Président du Conseil, Délégué à la Présidence du Conseil des Ministres.

 

Cher Cousin,

Si des fois vous étiez amené à faire un examen de conscience en toute sérénité, vous auriez trouvé que c’est vous-même qui êtes à l’origine de cette guerre d’agression, laquelle cause à votre propre patrie tant de deuils et de destruction. Vous auriez senti certainement que si vous aviez accepté avec dignité et abnégation – comme l’ont fait avant et après vous nombre de Chefs d’Etat destitués dans les mêmes conditions – le verdict des représentants légaux du peuple qui prononcèrent à l’unanimité votre déposition, vous auriez épargné sûrement à nos compatriotes tant de larmes et de malheurs.

Mais au lieu de cela, vous avez préféré constituer artificiellement un Gouvernement en exil dont les membres s’éparpillent dans diverses capitales étrangères et qui ne dispose pas de siège connu en territoire national. Pis que cela encore, vous avez fait appel aux forces nord-vietnamiennes et vietcong qui n’attendaient plus que ce signal pour agresser ouvertement votre pays, « légitimant » du même coup, leur invasion silencieuse et progressive du Cambodge qu’elles avaient commencée depuis cinq ans sur votre autorisation.

Rendez-vous compte, que, si maintenant vos amis nord-vietnamiens et vietcong forment, entraînent et soutiennent de toutes leurs forces un mouvement de Khmers Rouges à l’intérieur du Cambodge, ce n’est certainement pas ni pour vos beaux yeux, ni dans votre intérêt. Malins, mais très dangereux, ces adversaires visent plus loin : faire de votre pays un satellite du Nord-Vietnam.

Ce sera donc, vous finalement, qui serez trompé sur leur compte, alors que cette erreur d’appréciation aura coûté une guerre atroce à votre patrie qui, par votre faute, pourrait être rayée de la carte du globe.

Sentant qu’il est encore temps pour vous de faire une honnête autocritique et de vous corriger, j’espère pouvoir m’adresser à vous, dans cet ultime appel pour contribuer à sauver la patrie. La chose est faisable, si en toute conscience, vous admettez que vous êtes vous-même le seul responsable de la chute de la monarchie khmère et de nos malheurs présents, ainsi que de la liquidation de notre neutralité dans cette guerre d’Indochine et même devant les nations non-alignées.

A la mort de Sa Majesté Norodom Suramarit, votre père et mon oncle, lequel n’avait pas nommé de successeur, vous ne pouviez pas remonter sur le Trône, car en 1955, c’est-à-dire cinq ans auparavant, vous aviez pris la malheureuse décision d’abdiquer et fait le serment solennel de ne jamais chercher à le faire.

Conformément aux dispositions de l’article 30 de la Constitution de 1946, le Conseil de la Couronne « doit se réunir obligatoirement dans les trois jours qui suivent l’évènement ayant provoqué cette vacance, afin de désigner le nouveau Souverain ainsi que le Régent, si le nouveau Roi est mineur ».

A ce moment, vous étiez encore populaire et, une certaine mesure, aimé. Vous auriez pu être facilement choisi pour succéder à votre père, si l’article 30bis de la même Constitution, article que vous aviez fait adopter vous-même dans un mouvement d’humeur, ne vous en avait pas empêché.

En effet, cet article 30bis stipule que « dans les cas où les circonstances ne le permettraient pas, pour des raisons d’Etat, de désigner le nouveau Souverain, le Conseil de la Couronne doit procéder dans le même délai prescrit par l’article 30, à la désignation d’un Conseil de Régence qui assume provisoirement les prérogatives royales dans les conditions fixées par la présente Constitution ».

Mais « la jeunesse Socialiste Royale Khmère », une de vos nombreuses créations et inventions, a organisé sur vos ordres des manifestations pour réclamer que vous deveniez « Chef de l’Etat », éventualité que la Constitution n’a jamais prévue. Armé de ce subterfuge, vous avez lancé alors un message à la Nation en invitant toutes les Institutions du pays à modifier ladite Constitution dans ce sens en créant les fonctions de « Chef d’Etat ».

A l’époque, vos désirs étaient des ordres. Le Parlement s’est donc réuni pour élaborer un article additionnel afin de vous donner entière satisfaction et vous a désigné par la suite, le 15 juin 1960, « Chef de l’Etat », titre que vous avez détenu pendant un délai anormalement long et illégal, jusqu’à votre destitution formelle en Mars 1970. Il est devenu clair dès lors qu’en usant et abusant du POUVOIR PERSONNEL dont vous vous étiez vous-même investi, vous avez détruit de vos propres mains la monarchie khmère.

Je dois vous reconnaître cependant une qualité. C’est que vous êtes constant dans votre inconscience. Ceux que vous prétendez être aujourd’hui vos amis, vous les vouiez naguère aux gémonies populaires.

C’est ainsi que dans un éditorial paru dans « Le Sangkum » de Septembre 1966, vous avez brillamment démontré que les KHMERS ROUGES n’étaient que des traîtres, des dékhmerisés » qui ont accepté depuis Genève 1954 – et qui mieux est, « de jure » - de placer leur pays sous le protectorat de la République Démocratique du Vietnam ».

L’année suivante, vous en preniez publiquement au régime de Pékin qui vous héberge maintenant. En dissolvant « l’Association  de l’Amitié Khméro-Chinoise », vous avez déclaré que : « Etat souverain, la République Populaire de Chine conteste à l’Etat souverain du Cambodge le droit d’être maître chez lui ». Dans une autre déclaration, vous avez ajouté que cette nation (le Cambodge) ne saurait être représentée par les HOU YOUN, KHIEV SAMPHAN, HU NIM, PHOUK CCHAY etc. auxquels la Chine s’adresse par-dessus la tête de notre Gouvernement, de l’Etat khmer, qui eux sont les seuls représentants valables du peuple khmer ».

Dans un message à la Nation radiodiffusé le 5 Octobre 1967, vous vous êtes de nouveau adressé à Hou Youn, Khiev Samphân, Chau Séng, Phouk Chhay, Hu Nim, en leur demandant qu’ils « sachent cependant qu’ils me (vous-même) trouveront toujours prêt à faire face à leurs nouvelles attaques, et que je combattrai sans merci jusqu’au bout, jusqu’à l’annihilation de cette race de Khmers dékhmérisés, même si je devais y laisser ma peau ».

En Janvier 1968, lors d’une conférence de presse, vous avez de nouveau dénoncé la subversion chinoise en ces termes : « Les Khmers Rouges ont décidé de mettre fin à la paix dont le Cambodge jouissait depuis des années. Ils reçoivent à travers la frontière thaïlandaise, armements, munitions, vêtement, médicaments et des brochures de propagande en Siamois éditées en Chine et portant l’effigie du Président Mao Tsé Toung ».

Je pourrais ajouter encore d’autres citations, car de 1968 à 1969, vos déclarations écrites et verbales remplissent bien des volumes édités par votre Ministre de l’Information.. Il est vrai que pour faire contrepoids, vos diatribes contre les puissances occidentales, notamment les Etats-Unis d’Amérique, alimentaient de propos sensationnels, la presse du monde entier. En induisant ainsi l’opinion internationale en erreur, vous croyiez prouver que vous étiez « le champion de neutralité ».

Pourtant, agissant en sous-main, vous n’avez jamais cessé d’entretenir de « fraternelles » relations avec le Nord-Vietnam et le Viêt-Cong, relations qui allaient jusqu’à permettre à ceux-ci d’installer sur votre territoire national de véritables « sanctuaires », consistant en hôpitaux, centres d’entraînement, bases logistiques et centres de reconditionnement à partir desquels étaient lancées des opérations offensives contre le Sud-Vietnam. Ces sanctuaires s’échelonnaient le long de nos frontières orientales, depuis la province de Rattanakiri jusqu’à la mer. Vous pouvez conclure vous-même qu’une telle politique a rayé d’un trait de plume et à jamais notre neutralité prescrite pourtant par la Constitution, pour nous précipiter dans la guerre actuelle, guerre que notre Nation a toujours cherché à éviter.

Combattu par la population des régions qu’ils occupaient illégalement avec votre seule permission et dénoncés par le gouvernement khmer légal, les Nord-Vietnamiens et les Viêt-Cong n’ont trouvé rien mieux que de se lancer dans une agression ouverte, agression qu’ils voulaient rapide et décisive sur votre demande exprimé à Canton en Mars 1970.

Ainsi, au moment de l’agression du Cambodge le 29 Mars 1970, nous avions identifié les unités nord-vietnamiennes et vietcong en notre territoire et qui étaient réparties comme suit : 1ère division : RCT – 101 –D : 2 000 hommes stationnés à Angkor Borey en takéo ; 5ème division : RQTS – 05 et 275 : 5 000 hommes stationnés à Snoul en Kratié ; 7ème division : rqts – 141 – 165 – et 209 : 6 200 hommes stationnés à Memot en Kg-Cham ; 9ème division : RQTS – 95 –c – 271 et 272 : 6 000 hommes stationés à Chup en Kg-Cham ; Front B-3 : RQTS – 24-28-40-66-95-0 : 10 800 hommes stationnés à Rattanakiri – Bor Kéo, plus les P.C. et états-majors : 12 000 hommes et services des arrières (logistiques) : 23 000 hommes, ce qui fait au total une force étrangère de 65 000 hommes qui s’installaient tout le long de la frontière.

Maintenant que cette guerre dure depuis près de quatre ans avec des deuils, souffrances et destructions incommensurables, et que la république khmère est bien installée avec toutes ses institutions légales, je tiens à vous rappeler ici vos propres paroles extraites d’un de vos articles paru dans la revue « Le sangkum » en juillet 1966 :

« Le trône accepte très volontiers de faire place à la république, si telle est la volonté de la majorité des citoyens et citoyennes…Trône propose aux compatriotes républicains de tout faire pour éviter que le sang khmer coule à l’occasion de cette compétition. La monarchie n’a nullement l’intention de se « cramponner » si elle n’a plus la faveur du peuple ».

Le sang khmer n’ayant que trop coulé maintenant à cause de cette guerre, et le peuple dans sa large majorité ayant exprimé depuis Mars 1970 son désir d’avoir un régime républicain, je tiens à faire appel à vous, pour nous aider à stopper cette lutte insensée, alors que l’intensité des combats diminué peu à peu au Sud-Vietnam et au Laos, laissant augurer une solution pacifique de leurs problèmes.

Encore une fois, soyez raisonnable et sincère avec vous-même, et vous savez mieux que quiconque que vous n’êtes pas le « leader » de la soi-disant « résistance nationale », parce que cette résistance nationale que vous prétendez, n’est autre chose que l’agression des Nord-Vietnamiens et Vietcong avec la complicité de quelque vingt mille Khmers Rouges qui ne sont même pas vos hommes.

Par ailleurs, il est incontestable que pour vos dépenses personnelles et « gouvernementales », vous dépendiez entièrement des Chinois et des Nord-Vietnamiens. Cela ne vous permettra jamais d’être un vrai neutre. Sans eux, vous ne seriez pas en mesure de payer les grands frais de vos voyages et les membres de votre Gouvernement, dont la majorité vivent en permanence à Paris, en Afrique ou à Pékin, sans espoir de pouvoir remettre le pied sur le sol khmer.

Non, CHER COUSIN, soyez bon prince. Reconnaissez enfin, pour une fois, votre faillite en renonçant à vivre sous la coupe de l’étranger qui ne cherche à faire autre chose qu’exploiter votre esprit de revanche.

Ce faisant, vous auriez montré au monde, un patriotisme pur, exempt de toute passion, celui-là même dont vous ne cessez de vous réclamer. Sachez que toute votre famille attend de vous ce geste de grandeur d’âme.

 

Phnom-Penh, le 27 Août 1973

                                                                                                          Signé : SISIWATH SIRIK MATAK 

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 05:47

Texte intégral :

C’est, je l’avoue, avec une certaine émotion que je prends la parole devant l’un des auditoires les plus cultivés et les plus avertis qui se puissent rencontrer en France, l’association des Docteurs en Sciences Politiques, que je remercie de m’offrir cette précieuse occasion de faire mieux connaître mon pays et sa politique bien souvent incompris sur le plan international.

J’ai le sentiment en effet que si je n’arrive pas à trouver, pour mon pays, le Cambodge, et pour ma région, l’Indochine, le chemin de votre cœur et de votre raison – à vous qui, j’en suis sûr, ferez preuve d’objectivité à mon égard – je ne parviendrai à convaincre personne en Occident que les évènements tragique qui se déroulent à quelque 12 000 kilomètres de votre Capitale pourraient bien, sauf arrangement international rapide dicté par le bon sens, déboucher sur un conflit ouvert entre grandes puissances, conflit qui ne restera pas longtemps limité à l’Asie du Sud.

Oui, je sollicite et redoute en même temps votre jugement. On n’atteint jamais un peuple qu’à travers ses élites – et vous êtes parmi ses représentants les plus authentiques. Mais celui qui vous parle ne saurait vous cacher qu’il n’est pas un universitaire, tout au plus un autodidacte nourri aux dures leçons de l’expérience quotidienne, un homme qui pratique depuis vingt-trois ans la politique sans en avoir jamais appris la « science », un « ouvrier des affaires d’Etat » qui a exercé tant bien que mal diverses fonctions : Roi, Président du Conseil, Chef de l’Etat – un « job » délicat, et croyez-moi, sans retraite assurée – enfin, vous devez aussi le savoir, une personnalité qui fait l’objet de nombreuses controverses et que la presse occidentale (français, bien souvent, y compris) traite généralement sans ménagement.

Vous avez devant vous, selon beaucoup de journaux, un Prince « rouge, imprévisible et déconcertant, changeant et versatile », un « dictateur monarchiste et progressiste », un « satellite de la chine…et de la France ». Tous au plus me reconnaît-on une qualité : avoir maintenu mon pays en paix depuis dix ans et l’avoir fait sortir de son état de sous-développement. On veut bien reconnaître aussi, dans les nombreux milieux qui ne m’aiment guère, que je jouis d’une popularité « exceptionnelle » parmi le peuple cambodgien et que je travaille, selon l’expression même d’un magazine américain, « plus dur qu’un coolie ».

Je n’ai jamais pensé qu’une conférence, si détaillée soit-elle, puisse modifier profondément les opinions reçues. Elle peut toutefois constituer une base de réflexions pour ceux qui demeurent, intellectuellement parlant, « disponibles » et qui ne portent de jugement qu’en connaissance de cause. Si critiqué que je sois, et quelque méfiance que j’inspire à certains bons esprits assurés de détenir la vérité sur l’Asie du sud, comme d’ailleurs sur maints autres problèmes, c’est la jeunesse, à laquelle j’aime m’adresser librement , qui m’a jusqu’ici donné les meilleurs espoirs. Je me souviens avec gratitude qu’en un pays où j’ai été couramment, obstinément vilipendé – les Etats-Unis d’Amérique, pour ne pas les citer – les étudiants des Facultés les plus diverses, d’esprit plus curieux et plus ouvert que leurs aînés, m’ont réservé toujours, à moi et à mes idées peu conformistes, l’accueil le plus encourageant. Je veux espérer que la jeunesse intellectuelle française m’écoutera de son côté, sinon avec sympathie, du moins avec quelque intérêt, même si mes propos sont parfois de nature à l’étonner un peu.

Ce qui m’a poussé à accepter votre aimable et redoutable invitation, c’est en effet l’amitié très ancienne et très affectueuse qui lie Khmers et français – amitié qui fait que nous nous sentons chez nous en France comme vos compatriotes se sentent chez eux au Cambodge – et aussi le charme persuasif de votre « ambassadrice », Mme René Bridel, car les khmers ne savent pas dire non à une aimable femme qui est de surcroît Parisienne.

Comme vous avez bien voulu m’y convier, je vais donc essayer de vous exposer ce qu’est notre neutralité, que d’aucun baptisent « neutralisme », en m’appuyant sur vingt-trois années d’expérience politique à la barre de mon pays.

Un de vos éminents professeurs, Doyen d’une de nos Facultés, a bien voulu me suggérer un jour d’exposer dans un ouvrage, à l’intention de nos étudiants, ce qu’il appelait ma « doctrine politique ».

J’ai dû sans doute décevoir mon estimable interlocuteur en lui avouant que, chargé de si longue date d’assurer l’existence de mon petit pays face à des situations très difficiles et à des évènements aussi graves qu’imprévisibles, j’avais eu généralement recours à une politique d’«au jour le jour » et n’avais jamais su trouver le temps d’essayer d’en dégager une « doctrine ».

J’ai ajouté que je n’avais mis en œuvre, en place de doctrine qu’une simple règle de conduite, à savoir m’efforcer d’assurer par tous les moyens possibles, imaginables… et admissibles, la sauvegarde de l’existence de mon pays, de son indépendance et de son intégrité territoriale, dans un monde troublé, divisé, qui ne pardonne pas une fausse manœuvre ni un mauvais choix. J’ai toujours pensé qu’il fallait « d’abord vivre, ensuite philosopher ». S’il fallait absolument m’attribuer une étiquette, celle de « pragmatiste » serait, je crois, la plus exacte.

Comment les choses se sont-elles passées pour le peuple khmer et pour moi depuis qu’en 1941, à ma grande surprise, et à la veille des examens du baccalauréat au Lycée Chasseloup-Laubat de Saigon, je fus désigné par le Conseil du trône pour succéder à mon grand-père, Sa Majesté Monivong ?

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, j’eus à faire face à une double opposition – qui n’en fit souvent qu’une, car les opposants s’entendaient assez bien pour une action commune – celle des Communistes qui devaient se regrouper plus tard en « groupe du peuple » et celle des tenants de l’ancien Président du Conseil pro-japonais Son Ngoc Thanh, qui est actuellement l’hôte privilégié de nos voisins thaïlandais et sud-vietnamiens. Les uns et les autres menaient une vive campagne anti-monarchiste, soit par conviction, soit par opportunité, affirmant à notre peuple, surtout à la jeunesse scolaire, que les derniers souverains du Cambodge étaient responsables de la perte de notre indépendance au profit des Français, et antérieurement, de la perte de nombreuses provinces khmères au profit de nos voisins.

Il découlait naturellement de cette campagne que l’héritier des souverains en question, votre serviteur, devait quitter le trône et céder la place à « d’habiles politiciens » appartenant aux quelques dix partis qui s’étaient créés sur le modèle des partis français – mais qui, à une ou deux exceptions près, n’étaient guère que des clans au service de personnalités ambitieuses.

Ma première tâche fut de réhabiliter la mémoire de mes ancêtres qui, loin d’être d’odieux tyrans opprimants le peuple, furent à certains égards de hardis novateurs, qui servirent et défendirent les intérêts de leur pays. Scrupuleusement informés de l’œuvre de ses rois et de la lutte, souvent obscure et toujours difficile, qu’ils menèrent pour rétablissement de l’indépendance, les Khmers leur rendent aujourd’hui justice. Et tous ont applaudi lorsque, inaugurant des réalisations nationales dans la province de Rattanakiri, limitrophe du Sud-Vietnam, je leur ai dit : « Nous nous attachons à faire revivre la tradition d’Angkor, non point celle qui s’est traduite en guerres et en conquêtes, mais celle qui a servi le peuple ». J’ai cité la construction de nombreux établissements hospitaliers créés par nos Rois et leur étonnante « politique de l’eau », notamment la création d’immenses réservoirs et de canaux d’irrigation qui s’étendaient d’Angkor jusqu’à la mer. J’aurais pu parler aussi de la construction répandue dans les pagodes et du développement inouï des beaux-arts…

Comme ces souverains, j’ai rencontré, pendant les premières années de mon règne, de nombreuses difficultés. J’ai réussi néanmoins à les surmonter et j’ai aujourd’hui la profonde satisfaction de dédier à leur mémoire la réussite d’un programme qui assure la réhabilitation de nos dynasties khmères.

Sur le plan territorial, j’ai pu avec l’aide de la diplomatie française, récupérer en 1947 les trois provinces que les Siamois (aujourd’hui Thaïlande) nous avons arrachées en 1941, au lendemain de la défaite française, face à l’Allemagne nazie, avec le concours du japon fasciste, alors tout puissant dans le Sud-Est Asiatique.

Sur le plan diplomatique, j’ai pu obtenir, en novembre 1953, sans que soit versée une goutte de sang khmer ou français et par des négociations certes opiniâtres, mais amicales, la remise par la France l’évacuation du Commandement et des troupes françaises. Cela se passait exactement huit mois avant que la Conférence de Genève sur l’Indochine ne se réunisse.

Si, tout à la fin de cette même année, profitant du départ des troupes françaises et des difficultés que nous causait alors le Vietminh, la Thaïlande, notre ennemi traditionnel, fit occuper par sa police, puis par ses troupes, Preah Vihear (temple proche de la frontière construit par les anciens Rois khmers sur cette colline, et joyau de notre patrimoine architectural et religieux), nous avons pu présenter à la Cour International de Justice de la Haye un dossier suffisamment copieux et solide qui, défendu par trois brillants juristes dont le Professeurs Pinto et Reuter, que vous connaissez bien, nous permit d’obtenir un jugement prescrivant le retour de Preah Vihear au Cambodge.

En 1954, lorsque s’ouvrit la Conférence de Genève sur l’Indochine, qui consacrera la division du Vietnam et du Laos, nous fûmes, en raison de notre indépendance recouvrée et de la stabilité de notre régime, le seul Etat indochinois qui échappât à la partition et qui obtint l’évacuation sans conditions des forces vietminh et la reddition, également sans condition, des rebelles khmers qui les épaulaient. J’ajoute aussitôt qu’en ce qui concerne ces derniers, nous nous bornâmes à les faire regagner leurs villages et à les réintégrer, comme citoyens à part entière, dans la communauté nationale.

Ces rappels historiques peuvent vous paraître un peu fastidieux. Ils sont toutefois, je crois, d’une extrême importance, car ils marquent les premiers pas et les premiers succès de la diplomatie du Cambodge indépendant.

Ces faits sont à l’origine de notre réussite actuelle qui a permis à notre peuple de rester « debout » malgré les agressions répétées des forces sud-vietnamiennes, conseillées et guidées par les Américains, contre nos villages et postes frontaliers, alors que le Sud-Vietnam (et le Laos) sont arrivés à l’état de déliquescence que vous connaissez.

Aujourd’hui, bien que les Etats-Unis et leurs alliés asiatiques, curieusement appuyés par la Grande-Bretagne, nous refusent la reconnaissance formelle de notre neutralité et de nos frontières, nous sommes heureux et fiers de demeurer, comme a bien voulu me l’écrire récemment le Général de Gaulle, un « facteur exemplaire de stabilité » dans cette région déchirée, avec notre indépendance et notre intégrité territoriale maintenues.

Nous sommes fiers aussi, pour nous et pour le Trône, d’avoir fait du Cambodge l’un des pays les plus avancés de l’Asie dans le domaine de l’Instruction Publique. Nous consacrons en effet à celle-ci un milliard et demi de riels sur un budget de 6 milliards de riels ; près de 700 000 enfants (pour une population de 5 800 000 habitants) sont scolarisés, contre 50 000 seulement en 1945 et 250 000 en 1955 ; l’éducation de base combat les restes de l’analphabétisme en donnant des cours aux adultes de tous les villages ; près de 4 000 écoles primaires sont ouvertes ainsi qu’une centaine d’établissements secondaires. Notre Université coiffe toutes les branches d’Enseignement Supérieur : Facultés des Lettres et des Sciences, de Droits, de Médecine et de Pharmacie. Nous avons des Ecoles Supérieures de Technologie, d’Arts-et-Métiers, de Pédagogie, d’Agriculture et Sylviculture de Science vétérinaire, des Beaux-Arts, de Travaux Publics, de Musique et d’Art Dramatique. Nous avons même pensé à l’avenir et nos Facultés, où enseignent, avec leurs collègues khmers, d’éminents professeurs français, ont été si largement conçues qu’elles peuvent accueillir deux fois plus d’élèves qu’elles n’en reçoivent actuellement.

En vous remémorant, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, les principales étapes de notre histoire contemporaine et les résultats, dans un domaine qui vous intéresse particulièrement, qu’a pu obtenir notre politique nationale. Je ne me suis rendu coupable de digression qu’en apparence. J’ai voulu en effet vous montrer que le prétendu « neutralisme » que je pratique s’inscrit en fait dans un contexte permanent et invariable, celui d’une politique royale, dont les grandes lignes sont et resteront :

-       Une indépendance totale vis-à-vis des nations étrangères, quelles qu’elles soient ;

-       Une volonté inébranlable de ne plus permettre à des voisins expansionnistes, qui ont réduit au cours de ces cinq derniers siècles le Cambodge à sa plus simple expression territoriale, de s’emparer de la moindre parcelle de notre domaine national ;

-       Garder à tout prix le Cambodge aux Cambodgiens, dans toute son intégrité morale (c’est-à-dire politique), et physique (c’est-à-dire territoriale) ;

-       Maintenir la paix et l’union – pour la sauvegarde de notre unité nationale, mais aussi pour le développement et le progrès continu de notre pays.

Notre neutralité est donc, vous le voyez, très différente du « neutralisme » que pratiquent certains pays africains ou asiatiques dont les desseins ne sont pas seulement nationaux, mais à prétention internationale, et qui se donnent le devoir d’intervenir dans les affaires mondiales, de jouer le rôle d’arbitre entre les blocs et de condamner tel ou tel impérialisme.

Nous luttons, certes contre impérialisme – celui des Etats-Unis – mais nullement par idéologie ou hostilité doctrinale. Notre combat a pour motif le fait que, depuis 1955 et avec une rare obstination, les Etats-Unis ont essayé par tous les moyens y compris les plus déloyaux et les plus dangereux, de nous forcer à nous aligner sur eux en qualité de satellite docile. D’où notre résistance acharnée et nos propos peu amènes qui, paraît-il, « consternent » tellement Washington qu’on y envisage de demander à nos amis français de nous conseiller de « changer de ton ». Or, nos véhémentes protestations sont notre seul moyen de défense. Ce sont elles qui empêchent qu’on nous meurtrisse « tout à la douce », comme on disait autrefois chez vous. Que les Etats-Unis adoptent à notre égard une politique plus correcte, et je les assure que le ton changera.

Mes compatriotes et moi-même sommes tous d’accord pour estimer que l’alignement sur l’Est ou l’Ouest signifierait la fin de notre indépendance nationale. Or, notre peuple, à commencer par notre clergé et notre jeunesse, est, je vous certifie, farouchement attaché à cette indépendance.

Cet attachement a sans aucun doute pour origine la profonde nostalgie qu’ont les Khmers, pourtant si amis du progrès, de leur passé. Je vous demande de ne pas oublier que nous sommes les descendants d’un Empire qui trouvera son apogée au temps d’Angkor et qui était cinq fois plus vaste que le Cambodge actuel. Nous dominons une grande partie de ce qui est aujourd’hui la Thaïlande, le Laos et le Sud-Vietnam.

Mais, du XVe au XIXe siècle, nos voisins eurent leur revanche. Ils mirent à sac notre capitale, Angkor, et s’emparèrent de nos provinces une à une, emmenant les populations en captivité quand ils ne supprimaient pas purement et simplement – véritable politique de génocide.

L’arrivée des Français, en 1863, nous sauva de la disparition, mais nous plaça dans la sujétion. Le Protectorat en lui-même eût été, compte tenu des circonstances, acceptable. Mais la « convention » de 1884 imposée par la force au Roi Norodom nous plaça sous l’administration directe de la France, ravalant le Souverain au niveau d’une marionnette et notre pays au rang d’une colonie.

Ne croyez pas que notre peuple resta passif. Encouragés en sous-main par ses rois surveillés dans leurs palais, les princes et les paysans se révoltèrent à maintes reprises – révoltes qui furent noyées dans le sang. Car les Khmers, si doux qu’ils paraissent sont un peuple fier qui n’accepte ni l’humiliation, ni l’injustice, ni surtout l’esclavage. Cela explique pourquoi les relations khmères-françaises, qui n’étaient pas vraiment bonnes avant l’indépendance, sont devenues excellentes depuis, cela explique qu’il y a aujourd’hui 6 000 Français chez nous, contre 2 500 en 1953 et que la langue et la culture françaises connaissent dans le Royaume un essor incomparable, qui fait du Cambodge le foyer de l’influence culturelle française en Asie.

Les accords de Genève 1954, nous débarrassant de l’occupation du Vietminh, consacrèrent en fait notre neutralité en faisant obligation à l’Est et l’Ouest de respecter notre indépendance et s’abstenir de toute interférence dans nos affaires intérieures.

On comprend dès lors pourquoi tous les Khmers se « raccrochent » énergiquement à ces Accords ainsi qu’à l’indépendance obtenue de la France en 1953, et s’insurgent contre toute tentative extérieure de compromettre cette indépendance et ce non-alignement.

On a parfois écrit que nous souhaitions être une Suisse de l’Asie. Cela est juste en ce sens que nous avons toujours souhaité vivre en paix entre nous et voir notre liberté respectée par les autres pays.

Certains Occidentaux assurent que nous rêvons. « La Suisse », disent-ils, « est un pays très développé, qui se passe d’aides étrangères. Le Cambodge est sous-développé ; il a donc besoin de recevoir de l’étranger des aides qui aliènent son indépendance et l’empêchent d’être vraiment neutre ».

Ces mêmes bons esprits ajoutent que nous ne pouvons prétendre être réellement neutres puisque nous entretenons d’excellentes relations avec les pays socialistes (notamment la Chine Populaire), alors que nos rapports se détériorent sans cesse avec les Etats-Unis, chefs de fils du monde libre, et leurs alliés sud-vietnamiens et thaïlandais.

Examinons donc ce que valent ces arguments.

Tout d’abords, je ne vois pas en quoi le sous-développement d’un pays récemment sorti du statut colonial pourrait l’empêcher d’être neutre. Mais sommes-nous toujours sous-développés ? Tous les observateurs honnêtes qui ont visité notre pays voilà quelques années et tout récemment encore – beaucoup d’amis français sont dans ce cas, dont d’anciens Gouverneurs – reconnaissent que le Cambodge, depuis son indépendance, s’est mis au travail avec foi et ténacité et qu’il est devenu méconnaissable – certains disent  même qu’il change d’aspect d’un an à l’autre ». M. et Mme Bridel peuvent témoigner personnellement à cette réalité, hélas systématiquement méconnue par une grande partie de la presse occidentale, surtout américaine.

Récemment encore, le journal le plus sérieux de France écrivait que l’aide américaine à laquelle nous avons spontanément renoncé (ce qui aurait dû ravir les Etats-Unis, mais les a plongés dans une colère indescriptible), couvrait « le tiers du budget khmer ». J’ai dû remettre les choses au point. Nous recevions des « tax-payers » américains 20 millions de dollars par an, alors que nos propres contribuables fournissaient 6 milliards de riels à notre budget, soit près de dix fois plus. J’ajoute qu’il fallait déduire de ces 20 millions de dollars les frais d’entretien des nombreuses familles civiles et militaires américaines résidant au Cambodge, ainsi que du non  moins nombreux personnel…cosmopolite utilisé par les services américains. J’hésite à calculer ce qui restait aux Khmers après cette copieuse ponction et je rappelle que le Sud-Vietnam, en récompense de son alignement, reçoit des mêmes donateurs une aide annuelle de quelque 500 millions de dollars, qui vient encore d’être augmentée de 125 millions de dollars.

Je voudrais, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, vous mettre en garde contre une légende largement répandue par la presse et tend à faire croire que le « développement » du Cambodge consiste essentiellement dans le don par la France d’une aérogare et d’un appontement pour navires de haute mer, par l’Union Soviétique d’un hôpital, par l’Amérique d’une route et par la Chine de quatre usines. On oublie totalement de vous dire que depuis notre indépendance notre Gouvernement a construit près de 200 hôpitaux, infirmeries et dispensaires, permis la création de plus de 2 000 moyennes et petites entreprises industrielles, fait ouvrir plusieurs milliers de kilomètres de routes et de pistes automobilables, favorisé la plantation de plusieurs dizaines de milliers d’hectares  - sans parler des établissements d’enseignement primaire, secondaire et supérieur dont je vous ai indiqué tout à l’heure l’étonnant essor ».

Comme vous le voyez, nous n’avons jamais vécu des aides étrangères, ni réellement compté sur elles pour faire progresser notre pays. C’est pourquoi nous avons créé à Phnom-Penh une Exposition permanente avec photos, graphiques et statistiques constamment tenus à jour, qui donne le détail de nos propres réalisations. Nous avons intitulé cette Exposition : « La Cambodge s’aide lui-même », et elle ne laisse pas d’impressionner les nombreux étrangers qui la visitent.

On vous a sans doute dit par ailleurs qu’en renonçant à l’aide américaine tout en conservant celle des pays socialistes, le Cambodge cessait d’être neutre et l’on vous a peut être mis en garde contre le « flot » des techniciens chinois, soviétiques, tchèques, yougoslaves, qui déferlaient sur notre pays.

Je puis vous rassurer sur ces deux points. Nos amis du camp socialiste ne nous couvrent par d’or (nous ne leur demandons rien, du reste) parce que nous avons renoncé aux dollars. Quant aux techniciens socialistes, à l’exception d’une poignée de médecins et de professeurs (soviétiques), ils regagnent leur pays dès qu’ils ont mis en train l’aide qui nous est destinée. Au demeurant, ils ne sont guère nombreux. Mais ce qu’on ne vous a probablement pas dit, c’est que tous les instructeurs étrangers de notre Armée sont des officiers français, que 90% des professeurs étrangers de notre Enseignement sont français, que notre Administration n’utilise que des Experts français, même dans les secteurs les plus confidentiels. Et la France, pour autant que je sache, ne saurait être classée, si hardie que soit sa politique étrangère, parmi les pays communistes…

Il est une autre légende contre laquelle je voudrais m’élever, pour le tort qu’elle cause, non seulement à mon pays, mais aussi à la vérité. On a dit et répété, dans certains milieux occidentaux, que le Cambodge est préservé du communisme par la « barrière » que dressaient autour de lui ses voisins – Sud-Vietnam, Sud-Laos, Thaïlande, qui s’efforceront « d’endiguer la marée rouge ». Cette protection, qui nous permettrait de vivre dans une heureuse insouciance, nous la reconnaîtrions fort mal, selon ces mêmes milieux, en protestant à la face du monde chaque fois que nos « défenseurs », entraînés par leur zèle, franchissent nos frontières pour y poursuivre « l’adversaire commun ».

Cette thèse ne saurait être retenue, car cette « barrière » est depuis longtemps illusoire et les communistes sont déjà à nos frontières. Les quatre cinquièmes de notre frontière avec le Sud-Vietnam sont occupés, d’une façon permanente ou occasionnelle, par les troupes du Front National de Libération – qu’on appelle à Saigon les Vietcong. Obéissant aux ordres stricts qui leur ont été donnés, ces combattants prennent soin de ne jamais s’aventurer à l’intérieur de notre territoire – n’ignorant d’ailleurs pas qu’ils s’y heurteraient à nos forces. Une partie de la frontière du Sud-Laos, théoriquement le fief de la droite, est occupée, d’autre part, par les « guérilleros » du Pathet Lao. Ceux-ci campent parfois à quelques centaines de mètres de nos postes avancés, où nos officiers les observent à la jumelle. Il est des « barrières », on le voit, qui ressemblent singulièrement à des passoires…

Là où cette barrière s’élève encore, c’est-à-dire à notre frontière avec la Thaïlande, elle apparaît de toute évidence moins faite pour nous protéger que pour empêcher toute communication avec un Cambodge infecté, paraît-il, par le « virus rouge ». Car Bangkok, dont les provinces septentrionales, peuplées de Laotiens, sont pourtant soumises à une intense propagande du Pathet Lao, estime que le danger communiste vient aussi du Cambodge – le seul pays d’Indochine où, justement, il n’y ait pratiquement pas de communistes.

La vérité est que les frontières, dans notre Asie troublée, n’ont jamais arrêté la pénétration du communisme. Le Général de Lattre, le meilleur capitaine que la France ait eu en Indochine, nous avait assuré que ses forces étaient le « rempart » qui nous protégeait en plus nombreux chez nous, et c’est nous qui avons dû lui tenir tête jusqu’à son évacuation, ordonnée par la Conférence de Genève, en 1954.

J’ajoute, pour votre information, que nos soi-disant « protecteurs » sud-vietnamiens se sont livrés, au cours de ces cinq dernières années, à plus de 260 incursions sur notre territoire, à la poursuite, disaient-ils le plus souvent, des Vietcong. Le malheur a voulu que toutes les victimes de ces incursions – hommes, femmes et enfants – soient sans exception d’inoffensifs paysans khmers. Une « barrière » de ce genre, non merci !

Je sais mieux que personne, vous vous en doutez bien, comment s’exercent à notre encontre les propagandes étrangères et quels sont les arguments qu’elles emploient. J’ai lu à peu près tout ce qu’on peut écrire sur mon pays. Or, nous n’avons pas une presse très importante, ni une radio très puissante, ni des moyens qui nous permettaient de créer des « lobbies » à notre dévotion dans les capitales qui nous sont hostiles, pour renverser les tendances – je ne parle pas de Paris, bien sûr.

C’est pourquoi vous voyez un Chef d’Etat tenter d’expliquer lui-même la situation de son pays et répondre aux critiques qu’on porte contre celui-ci.

En ce qui concerne la France, nous avons besoin, parce que nous l’aimons et tenons à son estime, qu’elle ait de nous une image véridique.

Les plus vives critiques dirigées contre notre neutralité sont le fait que les Etats-Unis d’Amérique, qui ne comprennent pas pourquoi un pays qui s’est farouchement battu contre le Vietminh jusqu’à l’armistice de 1954 est devenu à partir de 1956, l’ami des pays difficile à comprendre.

Je me permettrai, si vous le voulez bien, de répondre ici à cette critique – à laquelle une partie de l’opinion française est sans doute sensible.

Il ne faut pas oublier, pour commencer, qu’à la Conférence de Genève notre neutralisation et notre indépendance ont été garanties par des puissances qui comprenaient l’Union Soviétique et la Chine Populaire. Depuis 1954, d’autre part, en échange de notre non-alignement, les puissances socialistes, non seulement se sont abstenues de nous causer le moindre tort, mais se sont montrées parfaitement correctes à notre égard et nous ont même offert leur amitié.

Refuser cette amitié pour complaire aux Américains, c’était susciter le ressentiment des socialistes, devenir leurs adversaires et connaître finalement le sort tragique du Laos et du Sud-Vietnam. On me reproche d’avoir accepté la main tendue par les communistes nos ex-ennemis. Mais on ne reproche pas à la France de s’être réconciliée et alliée avec l’Allemagne, ni aux Etats-Unis d’être devenus les associés et alliés du Japon. Or nous Khmers, ne sommes pas les alliés du camp socialiste, ni d’ailleurs de personne. Notre Parlement a voté une loi sur la neutralité qui nous interdit toute alliance avec qui que ce soit, et nous nous y tenons scrupuleusement. Y aurait-il donc deux morales en matière de rapports internationaux.

Nous avons été, c’est bien vrai, les amis des Etats-Unis. Juste après la seconde guerre mondiale, l’Amérique représentait un grand espoir pour les Asiatiques. Elle était le symbole de l’anticolonialisme, du libéralisme, de la démocratie, de la justice, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous-mêmes avions accepté avec reconnaissance que les Etats-Unis fournissent en exclusivité une aide militaire à notre armée – ce qui risquait de nous faire qualifier par les socialistes de « neutres pro-occidentaux ».

Mais les désillusions sont bien vite venues. Dès 1954, nous avions conçu quelque inquiétude de voir les U.S.A. refuser d’entériner les accords de Genève – qui, je le rappelle en passant, assuraient notre neutralisation. Nous assistâmes, avec plus d’inquiétude encore, à la naissance, sous son « ombrelle protectrice » - initiative qui, si nous l’avions acceptée, nous rangeait d’office dans le camp anti-communiste.

Or nous sortirons à peine de huit pénibles années d’insécurité, de destruction et de misère. Les Vietminh avaient enfin évacué notre pays et notre peuple n’aspirait qu’à la paix, qui seule nous permettait de reconstruire le pays. Personne ne m’aurait suivi si, pour être agréable à Washington, j’avais attiré la « foudre » communiste sur nos têtes.

Dès 1955, M. Foster Dulles choquait vivement notre opinion – point encore hostile aux Etats-Unis- en déclarant le neutralisme « immoral ».

Mais c’est en 1958 que nos relations se gâtèrent vraiment. Nos voisins et vieux adversaires sud-vietnamiens envahirent sans crier gare notre province de Stung-Treng, déplacèrent à leur convenance les bornes- frontières et se maintinrent pendant deux mois et demi, avec des forces importantes, sur un territoire qu’ils s’étaient arbitrairement appropriés.

Non sans quelque candeur, nous demandâmes aux Etats-Unis d’user de leurs bons offices auprès de Saïgon pour mettre fin à une dispute qui risquait de tourner fort mal. Washington s’y refusa, sous prétexte qu’il ne pouvait prendre parti entre deux nations amies. Si, finalement, les Sud-Vietnamiens évacuèrent notre sol, ce fut à la suite, non d’une démarche américaine, mais d’un solennel avertissement lancé depuis Pékin par MM. Choi en Laï et Chen Yi.

Cette incursion nous apprit bien d’autres choses. L’ambassadeur des U.S.A., M. carl Strom, m’avertit d’abord, au nom de son Gouvernement, que le matériel militaire donné par son pays au Cambodge, devait être exclusivement réservé à la lutte contre les communistes, et en aucun cas employé contre les alliés des U.S.A. Comme nous ne disposions alors que d’armes américaines, il ne nous restait plus qu’à utiliser contre les agresseurs sud-vietnamiens des coupes-coupes, des gourdins et des pierres.

Au reste, il aurait peut-être été plus prudent de nous en tenir à ces moyens héroïques de défense. Car ledit matériel américain était à bout de souffle. Les G.M.C. sur lesquels nous entassâmes nos renforts pour Stung-Treng tombèrent en panne les uns après les autres et c’est finalement grâce à des camions civils réquisitionnés que nos soldats purent atteindre leur destination. Cela n’a jamais été oublié par nos troupes.

Les années suivantes, il devient évident que les Américains, malgré de nombreuses déclarations apaisantes, étaient décidés à mettre fin à notre régime et à notre neutralité, qui offraient un trop « mauvais exemple » à leurs alliés, nos voisins. Tous les moyens furent employés pour parvenir à cette fin.

En liaison avec les gouvernements de Saïgon et de Bangkok, les Etats-Unis favorisèrent le complot sécessionniste du général Dap Chhuon, gouverneur de la Province de Siemreap. Dap Chhuon, chez qui nos forces saisirent un trésor de guerre composé de six valise de lingots d’or, disposait d’un émetteur radio, servi par deux spécialistes sud-vietnamiens, qui assurait en permanence le contact avec Saïgon d’une part, avec l’Ambassade des U.S.A. à Phnom-Penh d’autre part. C’est le diplomate américain Victor Matsui, en réalité agent de la C.I.A., qui était chargé d’aider Dap Chhuon. M. Matsui, américain d’origine japonaise, couvert par l’immunité diplomatique, quiita Phnom-Penh en catastrophe à l’annonce de l’échec de son « poulain ». Il court encore…

Il y eut aussi une bombe au plastic adressée à la Reine ma mère, qui explosa au Palais Royal, épargnant mes parents par miracle, mais tuant le Chef du Protocole et quelques serviteurs. Cette bombe avait été fabriquée à Saïgon sous la supervision de spécialistes américains et introduite au Cambodge par des agents de Diem et des U.S.A., comme l’enquête le démontra.

Ce n’est pas tout : quelques centaines d’ambitieux déçus et aigris, dirigés par l’ancien Président du Conseil pro-japonais Son Ngoc Thanh, s’étaient réfugiés, les uns en Thaïlande, les autres au Sud-Vietnam, où ils vivotaient. La C.I.A., comme tous les prisonniers que nous avons pu faire le révélèrent, leur fournit en abondance, par l’intermédiaire des autorités de Saigon et de Bangkok, armes, équipement et argent – voire même des instructeurs – ainsi que deux puissants émetteurs radio grâce auxquels ils insultent notre Gouvernement et votre serviteur à longueur de journée. De temps à autre, leurs maîtres les lancent contre nos villages et nos postes frontaliers – tout comme les anti-castristes réfugiés en Floride sont appelés à effectuer des débarquements à Cuba. Je dois dire que nos rebelles n’ont pas plus succès que leurs collègues des Caraïbes, et qu’ils payent souvent de leur vie l’erreur de s’être fait les mercenaires de l’étranger.

Je vous rappellerai également la participation active du personnel militaire américain accompagnant les forces sud-vietnamiennes – participation prouvée par le témoignage de nos habitants et des prisonniers – dans toutes les incursions de ces derniers mois contre notre territoire, notamment les sanglantes affaires de Mong, Chantrea, Orek Taey, où tant de nos paysans furent tués – les « vainqueurs » emmenant l’argent, les vélos, les porcs même, dans leurs véhicules amphibies offerts par les contribuables américains au Sud-Vietnam pour « contenir la marée rouge ».

Je citerai enfin le « barrage » systématique qu’opposent les Américains à notre projet de Conférence Internationale pour la neutralisation garantie et contrôlée du Cambodge et la reconnaissance de ses frontières ; les accusations, naguère officieuses, aujourd’hui officiels, selon lesquelles notre pays serait un refuge, un « sanctuaire » pour les Vietcong (ce qui tend à justifier des expéditions militaires contre notre territoire) ; enfin l’aveu d’un correspondant bien connu et fort bien informé du quotidien américain Washington Post, selon lequel « une forte demande émane du Pentagone pour une intervention directe au Cambodge en vue de renverser le neutraliste fantasque Norodom Sihanouk.

Voici, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, sommairement exposées, quelques-unes des raisons qui font que nous ne pouvons être, quant à présent du moins, les amis des Etats-Unis d’Amérique. Tout pays qui aurait été traité comme le nôtre, avec autant de brutalité et de mauvaise foi, n’aurait pu qu’adopter la même attitude – à moins qu’il ne manque totalement de dignité et de courage.

Est-ce à dire que nous sommes pour toujours les ennemis des U.S.A. ? Je ne le souhaite nullement, pas plus que mes compatriotes. Je connais et j’aime le peuple américain, un peu naïf sans doute, mais simple, hospitalier, sincère, pétri de bonnes intentions.

Dans mes pires démêlés avec l’Administration américaine, dans mes pires difficultés avec la presse d’Outre-Atlantique, il s’est toujours trouvé des Américains de bonne volonté pour m’écrire : « Ne nous jugez pas tous d’après quelques-uns ; continuez à lutter pour votre pays : nous admirons votre patriotisme et nous sommes avec vous ». Des professeurs réputés ont pris courage ment notre défense dans des livres, dans des conférences, des articles de presse. Des cercles intellectuels, des étudiants m’ont demandé des causeries et m’ont fait part de leur sympathie.

Si l’Administration – souvent pour des raisons de politique interne – se conduit aussi mal que possible à notre égard, les réactions saines d’une partie de l’opinion américaine, les discours d’hommes politiques de valeur tels que les Sénateurs Mike Mansfiel, Wayne Morse, Fullbright – et bien d’autres – montrent que les yeux commencent à s’ouvrir et j’espère qu’un jour viendra où les dirigeants américains eux-mêmes reconnaîtront les erreurs et les injustices commises. Mais je crains fort que ce ne soit au lendemain d’un Dien Bien Phu diplomatique ou militaire.

J’en viendrai maintenant à nos relations avec la Chine. Ces relations – je ne vois pas d’autre mot pour les qualifier – sont particulières.

La Chine n’est pas notre voisin immédiat, mais sa grande influence, malgré quelques éclipses, s’est toujours fait sentir dans toute l’Asie du Sud.

Il se trouve que, depuis les premiers siècles de notre existence en tant que nation, nos rapports avec la Chine ont toujours été excellents. Jamais cette puissance, quel que soit son régime, n’a manifesté à notre encontre la moindre tendance à l’impérialisme ou à l’annexionnisme.

Actuellement, les quelque 300 000 Chinois qui vivent chez nous respectent, sur les ordres formels de Pékin, notre souveraineté et s’abstiennent de toute activité de subversion auprès de notre peuple. Bien mieux, beaucoup pénètrent, par la voie de mariages mixtes, dans la société khmère : ils deviennent dès lors sans difficulté – et a fortiori leurs enfants – de loyaux sujets du Royaume. Les Sino-Khmers, intelligents, actifs, ne connaissent plus, au bout d’une ou deux générations, la langue chinoise. Vivant heureux sur notre sol, y gagnant largement leur vie, ils sont « khmérisés » à cent pour cent et fournissent à notre pays la plupart de ses grands commerçant et quelques-uns de ses meilleurs fonctionnaires.

Au contraire, les quelque 400 000 Vietnamiens résidant au Cambodge forment un groupe ethnique fermé, et les mariages mixtes sont très rares. Je ne leur reprocherai pas de mal se conduire à notre égard. La politique intérieure vietnamienne les occupe trop pour qu’ils se mêlent beaucoup de la politique cambodgienne. Ils savent, d’ailleurs, que notre Police est sans indulgence à l’égard des fauteurs de troubles étrangers.

Les relations entre Khmers et Vietnamiens du Cambodge sont donc correcte. Mais elles sont beaucoup moins confiantes qu’avec les Chinois. Car aucun de nos compatriotes n’oublie que les Vietnamiens, de même que les Thaïlandais, sont nos adversaires traditionnels et n’ont jamais renoncé à absorber ce qui reste de notre territoire national : les Sud-Vietnamiens continuent à réclamer l’ensemble de nos îles côtières, les Thaïlandais ne renoncent pas à récupérer le temple de Preah Vihear (qui nous a été restitué, je vous le rappelle, par décision de la Cour internationale de la Haye), et organisent une action subversive d’envergure pour s’emparer de notre province maritime de Koh Kong, la plus poissonneuse du golfe du Siam. J’ajoute qu’un pays qui ne nous avait jusqu’ici montré aucune hostilité, le Laos, dont nous avons sauvé l’existence à la Conférence de Genève 1961-1962 (réunie, on l’oublie trop souvent, sur notre requête) en vient, lui aussi, et malgré la situation lamentable où il se trouve aujourd’hui, à revendiquer notre province de Stung-Treng. Cette réclamation provient, non du Pathet Lao, mais de la droite et des neutralistes, ou soi-disant tels, du Prince Souvanna Phouma.

Nous sommes donc entourés de gens qui rêvent de s’agrandir à nos dépens – et ces gens-là sont des alliés, des protégés des Etats-Unis. Malgré cela, les Occidentaux, à l’exception de nos amis français toujours compréhensifs à notre égard, nous demandent de n’accorder aucune attention à ces exigences territoriales – puisqu’elles proviennent de puissances du monde libre – et à craindre plutôt le « Dragon Chinois » - puisqu’il est communiste. Nous vivons vraiment, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, dans un monde à l’envers, d’où toute logique, tout bon sens sont bannis.

Bien entendu, si notre région doit être un jour submergée par le communisme, souhaitons-nous sincèrement que soit la Chine, et nulle autre puissance socialiste, qui prenne en charge notre pays, car nous savons qu’elle nous comprend et qu’elle maintiendra, en tout état de cause, notre intégrité territoriale.

Il va de soi que nous essaierons jusqu’au bout de n’être les satellites de personne. Les Khmers royalistes, nationalistes, aiment leurs traditions, attachés à leurs libertés et à leur joie de vivre, n’ont aucune prédisposition pour la satellisation. C’est pourquoi je lutte, au milieu d’immenses difficultés, pour maintenir mon pays indépendant et hors des camps.

On me dit parfois que nous ne devons pas nourrir d’illusions, que notre neutralité ne peut tenir éternellement et qu’un jour viendra où nous serons « avalés » par le camp vainqueur – qui, selon toute vraisemblance, sera, pour notre région, le camp chinois.

Je sais bien que nous ne pourrons maintenir notre position actuelle jusqu’à la fin des temps et que même si le monde socialiste accepte actuellement, comme beaucoup le croient, la perspective d’une assez longue pause dans sa marche vers la conquête, un jour viendra où il s’estimera assez fort pour imposer sa loi.

Dans une telle hypothèse, le destin du Cambodge sera éviemment scellé. Mais nous aurons connu cinq ans, dix ans, peut-être quinze ans supplémentaires de paix et de sécurité – ce qui est, en tout cas de cause, bon à prendre. Nous villes et nos compagnes n’auront pas été ravagées, des centaines de milliers de nos compatriotes auront évité la souffrance et la mort, notre édification nationale aura été menée bien – ce dont notre peuple, quel que soit le régime où il vivra, profitera toujours.

Par ailleurs, ce temps gagné, ces années sauvées, permettront sans doute au communisme de continuer son évolution, très sensible depuis quelque temps. Il n’y a déjà plus, en fait, de « camp socialiste » uni. De plus en plus, les pays socialistes européens mènent leurs affaires selon leurs intérêts propres dans une indépendance grandissante à l’égard des chefs de fils les plus révérés. La nation de « satellite » s’estompe en attendant sans doute de disparaître. Ce qui se passe en Europe se passera nécessairement en Asie, compte tenu du retard des nations de ce contient sur les nations européennes du point de vue de l’équipement, de l’industrie, de l’infrastructure, etc. Une fort intéressante indication en est donnée par le Président Ho Chi-Minh de la R.D.V.N., qui interviewé récemment pour le compte de la R.T.F. par Danielle Hunebelle, a souligné avec énergie que son pays se refusait à être le satellite de quiconque, même de la Chine Populaire.

On peut espérer aussi que, sous l’impulsion de nation hardiment novatrice comme la France – qui est actuellement la nation de l’Ouest la plus respectée et la plus écoutée en asie – le monde occidental évoluera à son tour dans ses rapports avec le monde communiste, que les frictions disparaîtrons peu à peu et qu’un « modus vivendi », basé sur l’intérêt commun, remplacera l’affrontement actuel, aussi dangereux que stérile.

Gagner du temps, pour un peuple comme le nôtre, c’est éviter à coup sûr une inutile destruction, c’est aussi augmenter ses chances de conserver une certaine indépendance et une certaine liberté. Comme, de toute façon, ce ne sont pas 5 800 000 Cambodgiens et une armée de 29 000 hommes qui changeront la face des évènements en Asie, nous n’avons rien d’autre à faire qu’à rester le plus longtemps possible ce que nous sommes.

On nous demande parfois, pour les raisons que vous imaginez si nous ne sommes pas quelque peu « simplets » en croyant aux bonnes paroles que nous prodiguent les puissances communistes. « Croyez-vous réellement qu’elles vous aiment pour vos beaux yeux ? » ajoute-t-on.

C’est vraiment nous prendre pour plus sots que nous ne sommes. Si nous étions aussi naïfs, nous n’occuperions pas la position, somme toute enviable, où nous nous trouvons placé, nous ne mériterions pas l’éloge qu’à bien voulu faire de nous le général de Gaulle lorsqu’il a dit : « Le Royaume Khmer, par son unité nationale solidement maintenues, par l’exemple qu’il donne du maintien sur son territoire de la liberté, de la paix et de l’ordre public, est un facteur exemplaire de stabilité dans la région ».

En fait, nous savons parfaitement que tout pays, qu’il soit grand ou petit, n’agit que selon son intérêt, et jamais pour les beaux yeux d’un autre.

Nous aussi, lorsque nous nous lions d’amitié avec le camp socialiste – et avec d’autres puissances – c’est parce que nous y trouvons notre avantage. Pour le moment, par exemple, l’intérêt des pays socialistes est de nous soutenir, de nous respecter. Notre intérêt à nous est d’accepter ce soutien et ce respect. Mais nous restons sans illusions à l’égard de quiconque. Entre gouvernements, l’amitié n’est que la coïncidence des intérêts.

Je crois qu’il serait équitable de juger notre neutralité, non point d’après l’état de nos relations avec les puissances de l’un ou de l’autre bloc, mais d’après notre conduite sur le plan pratique.

Or il est évident que, jusqu’ici, nous ne sommes devenus les satellites, ni même les alliés de personne. Que nous ne tolérons pas chez nous les propagandes idéologiques subversives. Que nous n’acceptons aucune base, aucune troupe étrangères sur notre territoire, mais simplement une coopération avec les nations qui nous la proposent et se conduisent correctement à notre égard – en l’espèce la France et quelques pays socialistes. Qu’en politique étrangère nous n’avons jamais adopté une politique d’hostilité systématique à l’égard des pays occidentaux (qu’on veuille bien rapporter, par exemple, à nos divers votes aux Nations Unies, et l’on verra que nous sommes jamais ingérés dans les affaires des autres, même des nations voisines hostiles, à qui nous aurions pourtant pu créer de nombreuses difficultés, etc.

Telle est, dans la réalité des faits, la neutralité khmère, souvent qualifiée à tort de « neutralisme ».

Et pourtant, on doit admettre que l’attitude carrément hostile et parfois intolérable adoptée depuis plusieurs années à notre égard par les Etats-Unis et leurs protégés asiatiques aurait conduit bien des nations, à notre place, à se jeter dans les bars des communistes. Moi-même, que la presse américaine traite couramment de fou, d’excentrique, de déséquilibré  (ce qui me fait sourire, mais indigne au plus haut degré le peuple khmer qui m’est très attaché), j’ai veillé personnellement à ce que notre position générale ne dévie pas.

Chaque fois que l’on m’apporte une coupure de la presse américaine, je suis certain d’y trouve, au regard de mon nom, l’épithète : « mercurial », qui veut dire « changeant ». Bien sûr, mes méthodes varient. Pour tenter de parvenir à la neutralisation complète et au contrôle généralisé de mon pays, j’ai fait des tentatives en diverses directions. J’ai essayé du côté occidental, ne rencontrant la France exceptée, qu’ironie ou rebuffades : j’ai essayé du côté socialiste, trouvant un meilleur accueil, mais suscitant les pires menaces des Etats-Unis, qui n’admettent pas que nous cherchions ailleurs ce qu’ils nous refusent.

Si j’ai adapté mes méthodes aux changements de la conjoncture aux diverses possibilités qui s’offraient pour le présent et surtout pour l’avenir des frontières et de l’indépendance de mon pays. Depuis dix ans, le plus strict censeur ne peut enregistrer aucun changement à cet égard. Si ma tactique est « souple », ma politique est rigide. Et je suis reconnaissant à un éminent professeur américain, M. Armstrong, auteur du livre : Sihanouk parle, d’avoir écrit : « C’est un fait curieux que le Cambodge, surtout grâce aux efforts du Prince Sihanouk, son ancien roi, a atteint un niveau de stabilité, de progrès et de prospérité inhabituels dans la région ». Le même professeur ajoute : « Le Cambodge est la seule partie de l’ancienne Indochinoise qui ait gardé son intégrité territoriale et sa souveraineté non compromises ». Et, après avoir dressé un noir mais véridique tableau de la situation générale en Indochine, il conclut : « Seul le Cambodge semble avoir résisté aux tempêtes de la guerre froide ».

Permettez-moi maintenant, si je n’abuse pas votre patience, d’élargir le problème et de vous parler, non seulement en tant que Cambodgien, mais en tant qu’Indochinois et même en tant qu’Asiatique.

Je crois que le grand tort du monde libre (la France, encore une fois, exceptée) a été de se refuser à reconnaître que son intérêt bien compris était, non pas de détruire, mais au contraire de renforcer la neutralité que le Cambodge a édifiée par ses propres efforts et qui aurait pu constituer un solide noyau nationaliste à partir duquel aurait pu être bâti le « cercle » des nations non engagées d’Indochine.

Ce refus a été imposé aux puissances occidentales – U.S.A. et Grande-Bretagne – par leurs protégés asiatiques, les Sud-Vietnamiens et surtout les Thaïlandais, qui ont fait l’impossible – afin d’assouvir des haines anciennes – pour dissuader leurs protecteurs de s’engager dans la voie du « neutralisme », qu’ils présentaient comme « l’antichambre du communisme ».

Il était pourtant profondément illogique de refuser au Cambodge la reconnaissance internationale de sa neutralité – au Cambodge qui a maintenu sa neutralité depuis dix ans contre vents et marées – et d’accorder au Laos en proie à la guerre civile et où les neutralistes sincères se comptaient sur les doigts d’une main.

La raison de cet apparent illogisme n’est que trop évidente. On a cru un temps, à Washington et à Londres, que l’accord sur le Laos permettrait de duper Pékin, Moscou et Hanoï, et de les amener à se « désengager » du royaume lao tandis que l’Occident continuerait, par divers biais diplomatiques et politiques, à soutenir les forces de droite qui étaient alors sous le commandement du général Phoumi Nosavan.

C’était faire bon marché de la perspicacité et de la vigilance des nations socialistes. Aucun désengagement ne viendra de ce côté si les Occidentaux ne donnent pas la preuve qu’ils sont prêts à « jouer le jeu » honnêtement. Il est certain que les communistes n’abandonneront pas par bonté d’âme à leurs adversaires les gains territoriaux, moraux et psychologiques qu’ils ont pu acquérir. Aussi donnerai-je peu de chances à la Conférence (restreinte) de Zurich sur le Laos, « mijotée » par les Anglais pour échapper à une véritable confrontation internationale… et à une défaite militaire trop prévisible de la droite phoumiste. Les Anglais ont eu, pendant longtemps, une grande réputation d’habilité. Depuis qu’ils marchent – pour sauver Singapour et Malaysia – dans le sillage américain, ils paraissent nettement moins bien inspirés.

La seule solution qui ait une chance de ramener la paix dans cette région, est et reste l’adoption de la proposition présentée voilà quelques mois par le Cambodge et plus récemment par la France, à savoir réunir une Conférence de tous les pays intéressés pour examiner l’ensemble du problème indochinois – conférence qui, si elle aboutissait dans le sens que souhaitent ses promoteurs, conduirait à la neutralisation garantie et soigneusement contrôlée du Cambodge, du Laos et du Sud-Vietnam.

Certains veulent relever une contradiction de la politique française dans le fait que la France entend favoriser le désengagement de l’Indochine tout en prêchant le renforcement de la solidarité des nations européennes contre le communisme.

Je ne vois là aucune contradiction, car l’Europe et le Sud-Est Asiatique sont des choses très différentes, par la position géographique, la mentalité et le niveau de vie des peuples, la puissance militaire, le régime politique.

Bien souvent, en Europe occidentale, le neutralisme n’est pas nécessaire ou n’a pas de sens. Le niveau de vie est en général nettement plus élevé que celui des pays communistes proches. La puissance militaire et industrielle soutient facilement la comparaison avec celle du bloc socialiste – même l’U.R.S.S. n’a pas à cet égard une supériorité écrasante sur l’Europe de l’Ouest. Le régime occidental est la plupart du temps réellement démocratique et l’association entre pays de même tendance se fait, sauf rarissimes exception, sur une base d’égalité.

Les Etats du Sud-Est asiatique, par contre, écrasés par la proximité de la Chine Populaire et de la République Démocratique du Nord-Vietnam, ligotés par les intrigues des U.S.A., sont bien loin de jouir des mêmes avantages. La plupart, restés sous-développés, vivent sous des régimes dictatoriaux qui ignorent la justice sociale. Ils n’ont même pas de puissance militaire propre – les pays soi-disant « fort » militairement : Sud-Vietnam, Formose, Thaïlande, ne le sont que par la grâce des Etats-Unis, et cesseront de l’être lorsque ceux-ci décideront de réduire ou de supprimer leurs crédits. Enfin, et compte tenu de tout ce qui précède, ils ne sont pas susceptibles d’être des alliés à part entière de l’Occident.

J’ajouterai que la chine populaire et la république démocratique du Nord-Vietnam, quelque crainte qu’elles puissent inspirer, sont malgré tout, des nations « jaunes » - c’est-à-dire, pour la plus part des asiatiques, des « nations-sœurs ». Tandis que les Américains, même s’ils se présentent comme « non-colonialistes », sont et restent pour nos peuples des « blancs », des étrangers à notre continent.

Or, si le chant des sirènes communistes peut laisser indifférents les Européens de l’Ouest, il n’en est pas de même des asiatiques dont le pays est occupé par des « blancs », dirigé par un gouvernement dictatorial et souvent corrompu. Qui n’offre au peuple aucune justice, aucun avantage social – seulement une perspective indéfinie de guerre, de destruction et de misère.

C’est le mérite du général de Gaulle d’avoir compris cette différence fondamentale entre le problème communiste en Europe occidentale, et le même problème en Sud-Est Asiatique.

L’Occident ne peut donc qu’échouer lorsqu’il tente d’aligner sur lui, contre le communisme, les pays du Sud-Est asiatique. Le choix lui reste entre la neutralisation de ces pays, ou la poursuite d’une guerre insensée qui n’évitera pas la communisation, mais qui risque de déclencher un conflit généralisé dans notre région.

Mon ressentiment pour les Américains provient, non pas du fait que je sois pro-communiste, mais bien au contraire du fait que les U.S.A., en s’obstinent à continuer une guerre perdue d’avance et en cherchant à détruire les neutres, se font, sans en être conscients, les meilleurs agents du communisme en Indochine. Si le Cambodge est prochainement entouré de nations « rouges », il le devra sans aucun doute possible aux Américains, à propos desquels un diplomate soviétique a reconnu devant moi qu’ils servaient le camp socialiste « bien mieux que les meilleurs propagandistes marxistes ».

Washington tente de mystifier l’opinion publique occidentale en lui présentant sa guerre au sud-Vietnam comme une guerre de libération, faite à la demande du peuple vietnamien lui-même et dans son seul intérêt – une guerre très différente, moralement et matériellement, de la guerre « coloniale » que menaient autrefois les « impérialistes français » en Indochine.

J’ai bien des raisons d’être anti-colonialiste. Mais je dois à la vérité de reconnaître que, dans leur guerre contre le vietminh, les Français ont bénéficié de la coopération de beaucoup d’Indochinois patriotes, qui espéraient que ce combat déboucherait un jour sur l’Indépendance.

Les Américains, qui prétendent lutter au Sud-Vietnam pour « la liberté et la démocratie », pour « le bonheur du peuple vietnamien », n’ont par contre aucune patriote à leur côté, tant parmi les masses que parmi l’élite – en dehors de la poignée d’ambitieux qu’ils ont hissés au pouvoir et qui n’y demeuraient pas un instant sans leur présence et leur protection.

Le peuple vietnamien est hostile à toute occupation étrangère. Il est las d’une guerre qui, sous des aspects divers, dure depuis vingt-cinq ans et dont les Etats-Unis seuls l’empêchent de voir la fin. Il est las des dictateurs, civils et militaires, que les U.S.A. lui imposent depuis 1955. Il réclame un minimum de liberté et de démocratie et s’indigne de voir ses gouvernements (qui ne l’ont jamais consulté et ne représentent qu’eux-mêmes) recevoir avec soumission les ordres de Washington.

Le résultat est très clair : le Vietcong contrôle actuellement les quatre cinquièmes du Sud-Vietnam, le cinquième demeurant, de jour tout au moins, sous l’autorité des Américains et de leurs protégés de Saigon.

Et l’on voudrait que notre pays suivît l’exemple Sud-Vietnamien alors qu’il est le seul de toute l’Indochine où l’on connaisse la paix, la sécurité, le progrès et le bonheur de vivre ?

Il faudrait vraiment que nous ayons la vocation du suicide pour marcher dans la voie où les U.S.A. ont entraîné les infortunés peuples vietnamien et laotien.

Les chefs de file du monde occidental nous accusent alors d’être pro-communistes – accusation qu’ils lancent automatiquement contre ceux qui objectent à leur folle tactique. Ils ne se rendent pas compte que notre différend avec eux provient essentiellement, non pas de notre sympathie pour le communisme, mais de la différence de nos conceptions quant au moyen d’éviter la communisation de l’Indochine.

Notre conception est la suivante :


 

 

 

- Créer une zone-tampon, composée du Cambodge, du Sud-Vietnam et si possible du Laos, qui sépare réellement les communistes et les occidentaux dans cette région où ils s’affrontent très dangereusement et pour eux, et pour nous.

 

 

 

-       Obtenir le désengagement complet des Américains du Sud-Vietnam et du Sud-Laos, afin d’obtenir un désengagement complet, simultané et parallèle, des communistes au Sud-Vietnam et au Laos.

-       Réaliser la neutralisation de nos trois pays sous garantie formelle de l’Est et de l’Ouest, avec contrôle sérieux approprié.

-       Satisfaire aux aspirations populaires profondes à une démocratie et une liberté réelles, et surtout à l’indépendance.

-       Satisfaire aux aspirations populaires à la paix, à la justice sociale et au progrès (comme nous le faisons avec passion au Cambodge)    

 A 

cet égard, je voudrai souligner que le socialisme khmer, considéré par certains Occidentaux comme une preuve de notre inclination vers le communisme, est au contraire destiné à concurrencer celui-ci en offrant à notre peuple, jour après jour, tout ce que la propagande marxiste promet de lui offrir… au bout de plusieurs générations, et en échange de sa liberté.

 J

e dois tout de même, pour être honnête, prévenir que ce « plan de sauvetage » de l’Indochine non communiste risque chaque jour davantage d’être dépassé. Les progrès du communisme sont tels au Sud-Vietnam et au Laos que la perspective d’y installer des gouvernements nationalistes et neutres devient de plus en plus aléatoire, tandis que se confirme la probabilité de l’installation de gouvernements purement communistes.

 

Il est évident que le camp socialiste, qui accepte encore aujourd’hui la neutralisation des trois pays, n’aura plus aucune raison de le faire demain. Je le répète : demain, il sera trop tard.

 

Je vous demande de m’excuser, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, de vous avoir si longuement exposé nos problèmes et ceux du Sud-Est Asiatique.

 

Mais où aurais-je pu développer ces problèmes, d’une si grande importance pour la paix du monde et l’état des relations Est-Ouest, mieux que devant un auditoire aussi réceptif et indépendant d’esprit que le vôtre, en ce pays de France que j’aime parce que le bon sens et la logique y furent toujours respectés, parce que le racisme y est inconnu, parce que je ne m’y sens nullement un étranger ?

Je vous remercie de votre attention et de votre patience. 


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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 09:00

Presse de Son Excellence Sim Var, Institute of Southeast Asian Conference on November 3, 1987

Ladies and representatives of the press, welcoming you in this room of the Institute of Asian Southeast, central Committee of the movement for the support of Khmer freedom (Moulkhmer) you contact more thanks for having kindly accept to attend this Conference press on the occasion of its tenth anniversary.

These thanks are even more sincere than many apprehensions darkening the future of Cambodia where raging since 9 years an unjust war... And we say: an unfair, because it is the resultant of a tension between the R.P.C and U.R.S.S global hegemony in Southeast Asia fighting war.

Instead of directly battle between them, these two major powers have preferred fighting indirectly, home, small inlets country: one side is the NVN (supported by the Soviet Union) that has held since January 1979 our territory, the other Cambodian resistance movements supported by the R.P.C.

To help you understand the imbroglio Cambodian, that let me remind you here, briefly, the historical facts dating back to the year 1953: at this time, France had given its return to national independence in Cambodia. The following year was the Geneva Conference in which participated the five members of the UN Security Council powers. On this occasion, the King of Cambodia had urged this Conference for obtaining a status of neutrality to Cambodia "like Switzerland", said it. To repeat the people as neutral Cambodia would be untouchable.

These members of the Conference were more that amazed by demand of Norodom Sihanouk, because they didn't the Cambodia would be able to follow the example of Switzerland, their King himself ignoring all of this country and its system of defence. This does not prevented them surrender, having taken however the precautionary appoint an international control Commission, chaired by the delegate of India, assisted by the Canadian delegate, and the Polish delegate.

To 1963, Norodom Sihanouk authorized Nord-Vietnamiennes troops in the American Expeditionary combat to settle in sanctuaries in Cambodian territory. This is in flagrant violation of Cambodian neutrality claimed by same Norodom Sihanouk a few years earlier.

At the same time, gave the order to his army to carry weapons and munitions delivered by the R.P.C. maritime port of Kompong Som, for Vietnamese, which not happy to shelter us, moved up to commit abuses to the prejudice of the living near the border of Vietnam, Cambodia not soon to show their discontent.

Made aware of these facts, Norodom Sihanouk tried to oppose, but in vain, and Vietnamese troops continued to requisition harvests, Buffalo, or porters coolies oxen.

In 1969 he took fear; but this does not prevented him leaving, in 1970, abroad, on the pretext that he wanted to deal with valuable health.

In France, he then met the Prime Minister, General Lon Nol, who was in treatment at the American Hospital of Neuilly from an auto accident, and asked him to return to Cambodia to ameuter then abuse by the troops of the N.VN dissatisfied people.

LON Nol, despite his injuries, agreed to return to Cambodia to execute the order of the prince. At that time, it was to be the right arm of Sihanouk. Lon Nol therefore made on the spot to investigate concerned people who believed he found, in him, finally, a saviour.

Prince's goal was to show the world that the Cambodian people was exceeded by the behavior of the Vietnamese troops without having to enter the United Nations. Why is it so? Because at that time, facilitating the entry of the troops in question, he had returned the international control Commission who became an annoying witness. Therefore, Norodom Sihanouk of Cambodia in January 1970, his spirit of immediate return, leaving it to others to solve this insoluble problem that he had created.

The crowd of disgruntled, after having demonstrated on-site frontier, rendered in Phnom Penh, whose inhabitants made common cause with it, to express his dissatisfaction of Parliament where their representatives were.

The service order, quickly overwhelmed, the crowd is transformed into riot, loot the North and South Vietnam, embassies and slaughtered Vietnamese residents wherever they are, in the street or at home.

Made aware of these facts, Norodom Sihanouk sent to Phnom-Penh telegram on telegram to condemn Government of Lon Nol and the National Assembly, whose members reacted by calling the testimony of the prince Sihanouk in his position as head of State, but Lon Nol resisted that pressure until the last minute, i.e. up to 18 March 1970.

Lon Nol put more nothing to save the position of the prince in the moment where the refusal to receive the two emissaries that he sent him to keep it informed of the exact situation. And yet, have decided really to cede only after having been threatened to arrest!

During this time, the prince, sacrificing his cure, was in Moscow to be overprotective, unsuccessfully, for his personal, prior to travel to Beijing where Chou En Lai helped him conclude, with Pham Van Dong, a Pact to enable it to regain, with the help of the Vietnamese troops and the Khmer Rouge, his power he had voluntarily abandon defense weapons.

Beijing, Pham Van Dong made strong destroy the Cambodian army in less than a week, but in reality, it took more time that provided, since in 1973, the delegate of North Vietnam took the Paris Conference to require, probably with the Cambodia Sihanouk is neutral. What Kissinger was not disturb, because the USA were so eager to withdraw their troops from Indochina. And what had to happen arrived : Cambodia, not have an alliance with any, isolated, stripped, couls fall to a greater enemy in men and material. The collapse made 17 April 1975 with the entry of the Khmer Rouge in Phnom Penh: today there are finished really long week of Phan Van Dong, a week that had lasted five years!

Why this return back? To point out the logical circumstances degradation of Cambodia. This is why we allow us to use the mass-média to hear our cry of distress to world opinion, with the desire that UN think at a Conference in the spirit of that which was held in Geneva in 1954.

In the meantime, whereas the khmer-red peril has changed in nature, and that consequently the grounds raised by the Vietnamese to keep troops in Cambodia does more. We allow us to seek the immediate withdrawal of troops and their replacement by the forces of the United Nations, as in Germany Federal. 

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