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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 16:17

Conférence de Presse de Son Excellence Sim Var, à l’Institut de l’Asie du Sud-Est, le 3 novembre 1987

 

Mesdames et Messieurs les représentants de la Presse, vous souhaitant la bienvenue dans cette salle de l’Institut de l’Asie du Sud-Est, le comité central du Mouvement pour le soutien de la liberté khmère (Moulkhmer) vous adressez remerciements les plus sincères pour avoir bien voulu accepter d’assister à cette conférence de presse à l’occasion de son dixième anniversaire.

Ces remerciements sont d’autant plus sincères que de nombreuses appréhensions assombrissant l’avenir du Cambodge où sévit depuis près de 9 ans une guerre injuste… Et nous disons : une guerre injuste, parce qu’elle est la résultante d’une tension entre la R.P.C et l’U.R.S.S. qui se disputent l’hégémonie mondiale à partir de l’Asie du Sud-Est.

Au lieu d’en découdre directement entre elles, ces deux grandes puissances ont préféré se battre indirectement, chez-nous, par petits pays interposés : d’un côté se trouve le NVN (soutenu par l’Union Soviétique) qui occupe depuis janvier 1979 notre territoire, de l’autre les mouvements de la Résistance cambodgienne soutenus par la R.P.C.

Pour vous permettre de comprendre l’imbroglio cambodgien, qu’il me soit permis de vous rappeler ici, succinctement, les faits historiques qui remontent à l’année 1953 : à cette date, la France venait d’accorder au Cambodge son retour à l’Indépendance Nationale. L’année suivante eut lieu la Conférence de Genève à laquelle participèrent les cinq puissances membres du Conseil de Sécurité de l’ONU. A cette occasion, le Roi du Cambodge avait insisté auprès de cette Conférence pour obtenir un statut de neutralité pour le Cambodge « comme la Suisse », disait-il. Avant de répéter au peuple que le Cambodge, neutre, serait intouchable.

Ces membres de la Conférence furent plus qu’étonnés par la demande de Norodom Sihanouk, parce qu’ils ne pensaient pas que les Cambodgiens seraient en mesure de suivre l’exemple de la Suisse, leur roi lui-même ignorant tout de ce pays et son système de défense. Cela ne les empêcha pas de céder, après avoir pris toutefois la précaution de nommer une Commission Internationale de Contrôle, présidée par le délégué de l’Inde, assisté du délégué canadien et du délégué polonais.

Vers 1963, Norodom Sihanouk autorisa des troupes Nord-Vietnamiennes en lutte contre le corps expéditionnaire américain à s’installer dans des sanctuaires en territoire cambodgien. Cela en violation flagrante de la neutralité cambodgienne réclamée par le même Norodom Sihanouk quelques années plus tôt.

En même temps, ce dernier, donna l’ordre à son armée de transporter des armes et des munitions livrées par la R.P.C. au port maritime de Kompong-Som, à l’intention des Vietnamiens, qui, non contents de s’abriter chez nous, allèrent jusqu’à commettre des exactions au préjudice des Cambodgiens vivant à proximité de la frontière du Vietnam, qui ne tardèrent pas à manifester leur mécontentement.

Mis au courant de ces faits, Norodom Sihanouk essaya de s’opposer, mais en vain, et les troupes vietnamiennes continuèrent à réquisitionner des récoltes, des bœufs ou des buffles, et des coolies porteurs.

Ce n’est en 1969 qu’il prit peur ; mais cela ne l’empêcha pas de partir, en 1970, à l’étranger, sous prétexte qu’il voulait s’occuper de précieuse santé.

   

En France, il rencontra alors son Premier Ministre, le Général Lon Nol, qui était en traitement à l’Hôpital américain de Neuilly à la suite d’un accident d’auto, et lui demanda de retourner au Cambodge pour ameuter les populations mécontentes des abus alors commis par les troupes du N.VN.

 

Lon Nol, malgré ses blessures, accepta de rentrer au Cambodge pour exécuter l’ordre du prince. A l’époque, il passait pour être le bras droit de Sihanouk. Lon Nol se rendait donc sur place pour enquêter auprès des populations concernées qui crurent avoir trouvé, en lui, enfin, un sauveur.

 

Le but du prince était de montrer au monde entier que le peuple cambodgien était excédé par le comportement des troupes vietnamiennes sans avoir à en saisir l’ONU. Pourquoi agit-il ainsi ? Parce qu’à l’époque, afin de faciliter l’entrée des troupes en question, il avait renvoyé la Commission Internationale de Contrôle qui devenait un témoin gênant. Donc, Norodom Sihanouk part du Cambodge en janvier 1970, son esprit de retour immédiat, laissant à d’autres le soin de résoudre ce problème insoluble qu’il avait créé.

 

La foule des frontaliers mécontents, après avoir manifesté sur place, se rendait à Phnom-Penh, dont les habitants firent cause commune avec elle, pour exprimer ses doléances à l’Assemblée Nationale où se trouvaient leurs représentants.

 

Le service d’ordre, vite débordé, la foule se transforma en émeute, saccager les ambassades du Nord et du Sud Vietnam, et massacra des résidents vietnamiens où qu’ils soient, dans la rue ou chez eux.

 

Mis au courant de ces faits, Norodom Sihanouk envoya à Phnom-Penh télégramme sur télégramme pour condamner le gouvernement du Général Lon Nol et l’Assemblée Nationale, dont certains membres réagirent en demandant la déposition du prince Sihanouk de son poste de Chef de l’Etat, mais Lon Nol résista à cette pression jusqu’à le dernière minute, c’est-à-dire jusqu’au 18 mars 1970.

 

Lon Nol ne put plus rien pour sauver la position du prince à partir du moment où celui-ci refus de recevoir les deux émissaires qu’il lui dépêcha pour le tenir au courant de la situation exacte. Et encore, ne se décida-t-il vraiment à céder qu’après avoir été menacé d’arrestation !

 

Pendant ce temps, le prince, sacrifiant sa cure, se rendait à Moscou pour y quémander, en vain, des armes pour sa défense personnelle, avant de se rendre à Pékin où Chou En Laï l’aida à conclure, avec Pham Van Dong, un pacte destiné à lui permettre de reconquérir, avec l’aide des troupes vietnamiennes et des Khmers Rouges, son pouvoir qu’il venait d’abandonner volontairement.

 

A Pékin, Pham Van Dong s’était fait fort de détruire l’armée cambodgienne en moins d’une semaine, mais en réalité, cela prit plus de temps que prévu, puisqu’en 1973, le délégué du Nord Vietnam profita de la Conférence de Paris pour exiger, d’accord sans doute avec Sihanouk, que le Cambodge soit neutre. Ce à quoi Kissinger ne trouva rien à redire, car les USA étaient alors pressés de retirer leurs troupes d’Indochine. Et ce qui devait arriver arriva : le Cambodge, n’ayant pas d’alliance avec qui que ce soit, isolé, démuni, ne pouvait que tomber face à un ennemi supérieur en hommes et en matériel. L’écroulement se produisit le 17 avril 1975 avec l’entrée des Khmers Rouges dans Phnom-Penh : ce jour-là s’achevait vraiment la longue semaine de Phan Van Dong, une semaine qu’avait duré cinq ans !

 

Pourquoi ce retour en arrière ? Pour souligner les circonstances logiques de la dégradation du Cambodge. C’est pourquoi nous nous permettons de faire appel au mass-média pour faire entendre notre cri de détresse à l’opinion mondiale, avec le souhait que l’ONU pense à organiser une conférence dans l’esprit de celle qui s’était tenue à Genève en 1954.

 

En attendant, considérant que le péril khmer-rouge a changé de nature, et que par conséquent le prétexte évoqué par les Vietnamiens pour maintenir des troupes au Cambodge ne tient plus. Nous nous permettons de demander le retrait immédiat de ces troupes et leur remplacement par les forces des Nations-Unis, comme en Allemagne Fédérale.

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 09:28

N° 19 Histoire des Rois khmers : Règne de Sdach Khân (1512-1525) : La sécession.

 Parlons de Samdech Chanreachea. Il décida de changer le nom de la province Akmarakkirboribour  en Baribour (Abondance) (dans la province de Pursat actuelle). Pendant la cérémonie d’attribution des charges aux dignitaires du Royaume, on voyait apparaître dans le ciel bleu de la nouvelle capitale royale, un arc-en-ciel de sept couleurs. C’était un phénomène rarissime. Chanreachea convoqua donc un divin du palais pour en interpréter. Celui-ci dit à son souverain ceci devant les sept brahmanes, conseillers du Roi :

 « À partir de ce jour-ci, Votre Majesté est identifié par tous les dieux comme un souverain puissant, parce que l’apparition de l’arc-en-ciel est un signe de cette légitimation. Quant aux sept couleurs, elles représentent les sept étapes de votre vie, c’est-à-dire le chemin de votre destin majestueux :

 1. Ô Mon Roi, avant la grossesse, votre Samdech mère avait fait un beau rêve, dans lequel elle voit une éclipse de lune ;    

2. Ô Mon Roi, le jour où vous êtes venu au monde terrestre par la volonté du dieu céleste pour le règne de l’Ame et le salut de toutes les créatures, ce jour-là, il y a eu l’éclipse de lune ;    

3. Ô Mon Roi, ainsi, Votre Roi père vous avait donné un nom  « Lune » ;

4. Ô Mon Roi, quand Votre Auguste père était en guerre contre les ennemis de la maison royale, appelés « l’armée de Dragon » qui est aussi vos ennemis d’aujourd’hui, il avait fait un rêve : Il voit un Dragon qui crache le feu pour brûler son quartier général de campagne. Au moment où votre Auguste père se précipite pour poursuivre la bête, il voit apparaître l’âme de son Auguste père venant le monde au-delà pour lui dire qu’il cesse de combattre inutilement ce dragon, parce qu’il s’effondra à la première apparition de la lune dans le ciel de l’Ouest du Royaume. Comme vous le savez, vous venez du Siam qui se trouve à l’Ouest du pays, vous êtes donc la lune de l’Ouest qui apparaît dans les cieux du Kampuchéa pour faire périr le dragon qui n’est que Kan, votre ennemi du moment ;

5. Ô Mon Roi, Vous êtes la fraîcheur de la nuit pour le peuple en colère contre l’imposteur ayant l’intelligence du tigre. Votre royal nom « Lune » n’est que la preuve de cette fraîcheur ;

6. Ô Mon Roi, depuis votre retour au pays, le peuple vous suit comme l’ombre suit le corps partout où il va. Vous êtes l’ombre éternel du peuple ;

7. Ô Mon Roi, l’apparition de l’arc-en-ciel dans le ciel bleu d’aujourd’hui est une manifestation divine qui de dieux qui viennent vous faire connaître d’une manière expresse leurs intentions de vous élever au rang du grand roi.

 Samdech Chanreachéa étant satisfait de ces propos, il donna des récompenses au divin pour ses explications. Après quoi, les sept brahmanes avaient oint d’huile au corps du Roi pour que l’annonce du devin devienne une réalité pour le souverain.

 Quelque temps après, on informa le Roi que la rivière qui traversait la ville était sec. Le roi emmena avec lui quelques ingénieurs hydrauliques pour visiter la source de ce cours d’eau. Arrivé sur la place, il constatait que le lit de la rivière était bouché par un arbre tombé par terre. Cet engorgement faisait changer l’écoulement d’eau vers le Nord. Le Roi ordonna aux services des travaux publics de déblayer l’arbre afin que la rivière rentrait dans son lit habituel. Il fit construire en plus un petit barrage en pierre pour empêcher définitivement l’eau de couler vers le nord.

 Parlons des deux femmes, nommées Em et Aing. Elles étaient enceintes et trompaient leur mari, nommés Lous et Som. Un jour, ces deux bonnes femmes décidaient de tuer leur mari par leur amant, nommés Kao et Keing. Elles tendaient un piège à leur époux à l’endroit où le Roi fit construire le barrage. Les amants avaient réussi à tuer les deux maris comme dans leur plan, mais au cours de leur lutte corps à corps, ils détruisirent involontairement le barrage du roi. Cette destruction provoquait le changement de la direction des cours de la rivière. Le Roi ordonna à la police de faire une enquête pour trouver les coupables de ce dégât. Après cette enquête, les deux femmes et les deux amants furent arrêtés et condamnés à la peine capitale par le Roi. Ils furent enterrés vivants à côté du barrage. D’après la légende, les six âmes, deux femmes, deux amants et deux fœtus, hantaient cet endroit et protégeaient ce barrage. Au fil des années, cette source d’eau donnait de plus en plus d’eau qui transformait le lit de la rivière en une voie fluviale navigable pour toutes les tailles de bateaux de transport de marchandises. Ces activités fluviales transformaient la ville Baribo en une grande ville commerciale. La population appelait cette ville le « marché d’abondance » (Psar Baribo). Elle demeure jusqu’à aujourd’hui.

 En 1517, le Roi Chanreachéa entreprit une vaste campagne de guerre de propagande dans le territoire d’ennemi, afin de rallier les gouverneurs, les fonctionnaires, les populations et les esclaves. Cet appel fut entendu par les populations.

 Revenons au Sdach Kân. Dans sa capitale Sralap Pichay Prey Norkor[1](1), pendant la saison des pluies, l’année de bœuf, il décida de lancer une offensive contre l’armée de Preah chanreachea. Il décida de rassembler en Conseil de guerre tous les grands dignitaires civils et militaires, afin d’avoir leur opinion sur la question.  Après quoi, il ordonna aux généraux de mobiliser une armée de 120 000 hommes. Une fois faite, Kân se consacra à la répartition des tâches :  Chao Ponhea Lompaig emmena une armée d’avant-garde de 20 000 hommes à Samrong Taung. Ensuite, il confia à Samdech Chao Fa Kao, son oncle, le commandement d’une armée de 30 000 homme pour aller s’installer à Phnom-Penh.

 Chanreachéa fut immédiatement informé des intentions de Kân. Il se mit en colère car, cet imposteur ne respectait pas l’accord de trêve, dans lequel il était clair que pendant la saison de pluie, les deux parties belligérantes devaient se faire taire leurs armes pour laisser la population faisait pousser le riz. Pour riposter à cette offensive, il marcha à la tête d’une armée à la rencontre des assaillants. Il confia à Okgna Chakrey Keo et à Okgna Vongsar Atakareach Key le commandement de l’avant-garde de 20 000 hommes, lui-même conservant le commandement du centre de 30 000 hommes. Il quitta sa capitale pour emmener ses troubles camper à Chay Sour, situé dans la province de Longveak.

 Arrivé à Samrong Taung, Key lança une attaque de front contre la division de Lompaing selon le plan arrêté. Cette attaque fut soutenu par les troupes du général Okgna Norin Niryourk. Cette unité possédait 140 éléphants.  Norin Niryouk attaqua Lompaing par derrière. Au milieu des ennemis, Lompaing ne perdait pas son sang froid, il organisa énergiquement les contres attaques avec courage. Mais, après quelques heures de combat, son arrière garde s’effondra face à des assauts des éléphants. Vu le danger, Lompaing ordonna à son adjoint opérationnel, Ponhea Sral, de sonner la retraite. Pour fuir le danger, Lompaing fut allé se retirer avec ses troupes à Phnom-Penh. Ils furent poursuivis par les soldats de Key jusqu’à la porte de cette ville. Mais, au lieu d’attaquer la citadelle où Lompaing se réfugiait, Key la contourna pour attaquer des points importants d’ennemis tout au long de la rive Est du fleuve du Mékong et jusqu’à la province de Trang (Soc Trang au Viêtnam actuel) et ouvrir la voix aux bateaux de guerre depuis Cheung Eak jusqu’à la mer. Cette action était stratégique, car elle permettait à Chanreachea d’avoir une ouverture vers l’océan pour les activités commerciales et les opérations militaires. La défaite de Lompaing encouragea la désertion de beaucoup de gouverneurs de Kân au profit de Chanreachea, comme les gouverneurs de Bati, Prey Kabas, Kandal Steug, Kaung Pisey, Phnom Srouch, Bantey Meas, Peam, Sré Ronaung, Cheuk Kach chom. Avec la grâce de Chanreachea, ces gouverneurs continuèrent d’occuper leurs charges de gouverneur, mais ils travaillèrent cette fois-ci contre leur ancien maître de leur vie. Cependant les autres gouverneurs de cette région, comme les gouverneurs de Bassac, Preah Trapaig, Kramoun Sar et Euv Mao se manifestèrent davantage leurs agressivités contre Chanreachea .

 Après cette victoire, Preah chanreachea demeurait dans son quartier général à Longveak.  Il assista à la fête des « courses de pirogues » et de « manger du paddy écrasé au pilon » à Kompong Sèth. Pendant cette fête, à la nuit tombée, on fit tirer les feux d’artifices pour amuser la population et sur le fleuve on organisa le défilé des pirogues ornées des lanternes lumineuses de toutes les formes. Les festivités duraient pendant trois jours et trois nuits. Pour laisser les traces de son passage dans les communes de Jayso où il avait installé son quartier général pendant la campagne militaire et Kompong Seth où il avait assisté la fête des courses de pirogues, Chanreachea décida de changer les noms de ces deux lieux : Jayso devint « Sorivong » et Kompong Seth devint « Kompong Prasat ». Ces deux noms continuèrent d’exister jusqu’à aujourd’hui. Quelque temps après, Chanreachea décida de reprendre l’offensive contre la position d’ennemi. Il ordonna aux Okgna Chakrey Keo, Vongsa Akareach et Kralahom Kam d’attaquer la citadelle de Phnom-Penh avec 30 000 hommes. Cette citadelle était défendue par des hommes téméraires de Kân, tels que Samdech Chaofa Kao, Chao Ponhea Lompaing, Sral, Dekchau (gouverneur de Samrong Taug, et Chao Ponhea Reachea Métrey (gouverneur de Phnom-Penh). Pendant plusieurs mois de batailles, les armées des deux côtés ne s’étaient pas affaiblies. Tantôt l’armée de l’Est prenait des avantages sur celle de l’Ouest, mais le lendemain, la situation aura été inverse. La perte élevée des hommes commençait à faire sentir dans les deux camps. À la première pluie de la mousson, Chanreachea et Khan acceptèrent sans hésitation la trêve pour laisser la population de cultiver du riz.

 Quelque temps plus tard, Chanreachea convoqua les membres de son Conseil de guerre pour leur dit ceci : « Voilà plusieurs fois que nous attaquons la citadelle de Phnom-Penh, mais sans avoir remporté aucune victoire. À mon avis, il faut convenir que nos ennemis sont habiles. Ils savent toujours profiter de notre faiblesse pour repousser nos assauts. La citadelle de Phnom-Penh est imprenable. Qu’on me donne le nom du monarque de l’Ouest ; en fait, ce n’est pas tout à fait exact, parce que Phnom-Penh, Kompong Som et une grande partie de Kampot sont encore sous le contrôle de AKhan. Si AKhan tient Phnom-Penh, il contrôle automatiquement Kompong Som et Kampot. Il faut faire tomber Phnom-Penh par la ruse. Voici ce dont il s’agit : Provoquer nos ennemis par la ruse pour qu’ils sortent de Phnom-Penh pour nous attaquer en masse, mais en plusieurs endroits à la fois. Qu’ils osent sortir de leur fort à une condition qu’ils aient une assurance de gagner la bataille. Il y aurait un moyen pour y parvenir : Faire semblant d’être vulnérables devant leurs assauts. Le simulacre de débandade de nos troubles serait en effet notre procédé.

 Le 18 décembre de l’année de tigre, Chanreachea ordonna au Général Peuv, coordinateur général du plan de lancer la campagne militaire : Les divisions du Général Chakrey et Vongsa Angreach. attaquèrent Phnom-Penh. Le chef de la commanderie de cette ville, Chao Fa Kao répondit comme l’habitude par une contre-attaque : Il inonda les ennemis d’une pluie de flèches et des tirs de canons. Ensuite il lança ses troupes cuirassés pour repousser les attaques des soldats de l’Ouest. Cette méthode de défense permettait à Chao Fa Kao de repousser plusieurs d’assaut successif des soldats adverses au cours de ces derniers mois. Cette fois-ci, en haut du rempart de la citadelle, Chao Fa Kao observa que la retraite d’ennemis ressemble plutôt à une débandade généralisée. Les soldats n’écoutaient plus leurs officiers : Ils se battaient en retrait quand on leur ordonnait à maintenir la position. La confusion fut total dans les rangs des troupes de l’Ouest. Pour Chao Fa Kao, ce beau spectacle de calamité d’ennemis fut une victoire annoncée. Il ordonna donc au valeureux Colonel qui commandait la cavalerie de chasse de 2 000 cavaliers cuirassés de poursuivre la fuite des soldats de l’Ouest. Cette cavalerie fut soutenue par les troupes transportées par des chars de guerre pour anéantir les ennemis en fuite. Arrivée à O Phôr, la cavalerie de Kân livra un combat singulier à la garnison d’ennemis. Le combat ne dura pas même dix minutes : Les soldats de l’Ouest abandonnèrent leur position dans le désordre total. Cette situation encourageait les troupes de l’Est à poursuivre leur progression dans le territoire d’ennemi. Vu l’arrivée des soldats de Kân en liesse, le Général Kralahom de l’Ouest, commandant de la citadelle d’Oudong quitta la ville avec ses troupes sans livrer la bataille contre les ennemis. À partir de cette ville, les troupes de Kân poursuivirent les ennemis en deux directions différentes : La direction de Chroy Paunlear et celle de Prek TaTeang.

 Cette manœuvre insidieuse poussa les troupes de Kân à la faute. Ce qui devait arriver, arriva : À Dambauk Mean Leak, le Général Kralahom ordonna à ses troupes de faire demi-tour pour livrer un combat aux chasseurs de Kân. Presque simultanément à Prek Pneuv, les soldats, conduits par So et Kaing, que Chanreachea avait embusqués de toutes parts sortirent de leur cache afin de surprendre les soldats de l’Est par leurs flancs. Quant au Général Tep de l’Ouest, il ordonna à ses fantassins d’attaquer à revers la deuxième colonne des troupes de Kân dont les soldats s’étaient déjà fatigués par la marche rapide pour poursuivre le simulacre de fuite des ennemis. Cette attaque surprise bloqua l’avance ennemie dans le bourg de Prek Tateang. Elle constituait l’essence de la frappe des soldats de Chanreachea. Dans ces batailles celui-ci mobilisa 20 000 hommes et il confia le commandement au Général Prom, un prodige qui savait insuffler du courage à ses troupes dont le succès couvre de honte aux généraux de Kan.         

 Retournons maintenant à Phnom-Penh. Après le départ de ses troupes d’élites de la citadelle pour poursuivre les ennemis en fuite, Samdech Chao Fa Kao chercha de son côté à exploiter cet avantage inattendu. Depuis quelques jours déjà, les agents de renseignement militaire lui informèrent que la flotte de Chanreachea à Chroy Chanvar était en nombre inférieur par rapport à sa flotte. Pour Chao Fa Kao, la retraite d’infanterie pédestre de Chanreachea de la porte de Phnom-Penh laissa sans doute la base navale de Chroy Chanvar sans défense. La vue de la victoire personnel est un appât séducteur pour un homme avide d’honneurs qui ne raisonne pas. Il décida donc de lancer sa flotte de 60 bateaux pour attaquer la base d’ennemi sans avoir pris de précaution pour empêcher l’effet des embuscades que ces derniers pourraient former. Il laissait deux de ses officiers supérieurs, Lompaing et Vieng à garder la citadelle. Apprenant l’arrivée des bateaux de guerre d’ennemis, les commandants de base de Chroy Chanvar, Vibol Reach et Pratest Reach firent sortir leurs bateaux pour riposter à cette attaque. La bataille navale entre les flottes offrit un beau spectacle pour la population de Phnom-Penh. Mais après une demi-heure de lutte, Vibol Reach ordonna à sa flotte de battre en retraite selon le plan arrêté. Vu ce décrochement, Kao ordonna à ses chefs de flottille de poursuivre les ennemis. Arrivé à Prek Pneuv, Kao fut surpris par des pluies de flèches et des tirs de canons venant des deux rives. Le Général Tep était le responsable de cette embuscade mortelle. N’ayant pas le plan B pour agir contre cet imprévu, Kao laissa son destin à la main du Bouddha. Il enleva son uniforme d’Amiral et sauta dans l’eau pour s’enfuir. Étant un bon nageur, Kao put arriver à Basane (Prek Por). Là-bas, il rassembla le débris de ses troupes en déroute pour reconstituer son armée.

 Revenons à Phnom-Penh, après la sortie de Kao avec sa flotte, la disposition de défense de la citadelle de cette ville fut affaiblie. Selon le plan arrêté, Chanreachea ordonna aux unités de grimpeurs des murs de livrer la bataille. L’objectif était de brûler les palissades de la citadelle. Lompaing et Vieng n’avaient pas assez d’hommes pour repousser les assaillants. Ils finissent par abandonner leur poste en quittant la citadelle par bateau. Ils furent captés et tués par les troupes de l’Ouest. Le bilan de cette prise de la citadelle de Phnom-Penh était juteux pour Chanreachea : Plusieurs tonnes de riz et beaucoup de matériel de guerre abandonnés par les ennemis, 85 officiers supérieurs capturés. Chanreachea ordonna immédiatement de tuer 35 pour crime de haute trahison et 50 autres étaient condamnés de peine d’esclavage pour toute leur vie. À peine avait-il fini de donner les ordres, on entendit la voix du héraut proclamant les noms de ceux que le roi les avait condamnés à mort. Ces prisonniers étaient traînés et furent attachés et tués. Puis tous les cadavres furent traînés hors de la citadelle. La chute de Phnom-Penh permit à Chanreachea de libérer plusieurs provinces : Phnom-Penh, Samrong Taung, Bati, Tran, Kampot, Kampong Som. Mais son offensive fut repoussée au Sud-Est par Chao Ponhea Pisnolauk, le Grand général de l’armée de l’Est. Ce général contrôlait un vaste territoire : les provinces de Bassac, Preah Trapeang, Kramoun Sar et Euv Mao.

 Kan fut informé de cette défaite, laquelle lui rebutait. Il traita en effet ses généraux de petites têtes devant ses conseillers. Dans la bouche de Kan, cette insulte reviendra comme une antienne pendant les années à venir : « Combien il est nécessaire d’user de prudence en suivant un ennemi qui fuit. Comment avaient-ils osé de changer la stratégie de défense de la ville pour une petite ruse de rien du tout de Chaneachea. Et pourtant dans nos règlements militaires, les commandants d’unités ne font rien sans délibération préalable, rien d’improvisé ; la réflexion précède toujours l’action et les actes se conforment aux décisions. Je blâme toujours à ceux qui risquent une attaque, dont les suites désavantageuses peuvent être plus nuisibles que le succès n’en peut être utile ; car on ne saurait mettre en balance un médiocre avantage contre une ruine totale ». Ensuite, il ajouta : « Chanreachea mérite bien de mourir par assassinat comme son feu frère, roi Sokunbât. S’il mourait, son armée s’effondra. Actuellement, Chanreachea fait appel à nos soldats de déserter pour rejoindre son camp. Il soit confiant en lui d’accepter les transfuges de travailler pour sa victoire. Il faut donc chercher 100 volontaires, parmi nos hommes de confiance pour s’infiltrer dans son camp. Après quoi, ils profiteront le moment de défaillance dans la sécurité de Chanreachea pour le tuer comme nous avons tué son frère. Je crois que ce plan puisse encore réussir. Il suffit de bien le monter et personne ne doit être dans la confidence de ce projet, ni au Palais, ni aux Grands dignitaires ».

 Quelque temps plus tard, les conseillers informait Kan que les 100 volontaires étaient trouvés. Kan étant très content, il nomma son neveu, fils d’une tante maternelle, chef des 100 braves ayant les âmes fortes. Il dit à ses conseillers qu’il a choisi son neveu, parce que ce dernier ne compte pas à remplir ses devoirs, mais de se battre pour la gloire de sa famille.  Ces 101 téméraires parvenaient à s’intégrer dans la garde prétorienne de Chanreachea. Ils suivaient le Roi dans tous ses placements.

 Au mois d’avril 1519, année du lièvre, au cours d’une baignade habituelle, Chanreachea avait de doute sur du comportement de certains de ses gardes approchés, parce qu’ils se baignaient avec leur sarong. Il quitta le bassin d’eau pour se reposer sous un grand arbre. Après quoi, il ordonna à tous ceux qui se baigner à côté de lui d’enlever immédiatement leur Sarong, parce qu’il soupçonnait qu’ils cachassent les armes sous leur sarong. Le neveu de Kan et ses compagnons se sentaient mal à l’aise. Il fallait agir maintenant, sinon leur plan aura découvert par le roi. Il donna signale à ses hommes de se diriger vers l’endroit où le roi se trouvait. Arrivé à cet endroit, il demanda aux gardes de corps du roi d’une audience royale pour une affaire de haute importante. Les gardes de corps n’avaient même pas le temps d’en informer le roi, ils furent bousculés par les membres de commando de Kan. Ces derniers se ruèrent vers le roi. Ayant aperçu de loin l’arrivée des saillants, le roi saisit son épée et alla en avant pour les attaquer en tuant plusieurs personnes. Les valets et les fonctionnaires se précipitèrent à arracher les pieux pour riposter l’attaque des traîtres. En quelques secondes seulement, les bords de l’eau calme se transformèrent en champ de bataille. Les gardes de corps et autres soldats fidèles au roi arrivèrent sur lieux et massacrèrent les membres de commando de Kan un par un. Ces derniers battirent en retraite et s’enfuirent dans la forêt en laissant 35 corps de leurs camarades sur place et plusieurs autres furent capturés. Les morts et les vivants furent décapités par ordre de Chanreachea. Leurs têtes furent exposées sur la place publique pour l’exemple.

 Quelque temps plus tard, Preah Chanreachea ordonna au ministre de la guerre de consolider les armées par les moyens suivants : Chercher des bois pour construire des bateaux et des pirogues de guerre ; créer un corps des forgerons pour fabriquer des lances, des sabres de diverses tailles, des phkā’ks[2] (2),  des couteaux et coutelas de toutes dimensions, des fusils et des canons ; créer un corps des artisans spécialisés dans la fabrication des chars de guerre et de transport, des arcs, des arbalète, des balistes sur roues, des flèches, des carquois et des boucliers ; acheter des chevaux pour renforcer la cavalerie, capturer et acheter des éléphants au Laos pour développer les unités des éléphants. Pendant la saison de pluie, il renvoyait les soldats chez eux pour aider leur famille à cultiver le riz. Dans cette année-là, la culture du riz était 5 à 6 fois supérieure par rapport aux autres années.

 Il éleva une de ses épouses, née des parents de sang royal, au rang de reine. Elle porta le nom de sacre, Samdech Preah Phãkvatey Ksatrey Sirich Chakrapath. Il créa des rangs pour les femmes de son harem : Ek (Premier rang), Tŭ (Deuxième), Trey (Quatrième rang) et Chhatva (Quatrième rang).

 Du côté de Sdach Kan, il procéda à remplacer les Hauts dignitaires et des généraux qui étaient morts dans le champ d’honneur, de maladie et de vieillesse par les nouveaux qui étaient membres de sa famille :

 - Prom, nommé Chao Ponhea Vieng, Ministre de la Justice ;

- Chum, nommé Chao Ponhea Veing, Ministre du Palais ;

- Chaut, nommé Chao Ponhea Sral, Ministre de la Mer ;

- Penh, nommé Chao Ponhea Lompaing, Ministre des Armées.

 Ces nominations furent informées à tous les gouverneurs de province sous son contrôle. Il leva une armée de 80 000 hommes pour reconquérir les territoires de l’Ouest. Il confia la garde de sa capitale royale à son oncle Kao. L’armée de campagne fut organisée de façon suivante :

 - Chao Ponhea Veing (Prom) commanda une armée d’avant garde de 15 000 hommes,

- Chao Ponhea Lompaing (Penh) commanda une armée de gauche de 10 000 hommes,

- Chao Ponhea Yothear Thipadey Noun commanda une armée de droite de 10 000 hommes,

- Chao Ponhea Moha Séna Toun commanda une armée d’arrière garde de 10 000 hommes.

- Kan commanda une armée du centre de 20 000 hommes,

- Une flotte de 300 bateaux et pirogues de guerre. Elle avait pour base à Prek Por.

 Kan s’établit son quartier général à la commune de Mouth Kmong dans la province de Thaung Khum. Après quoi, il ordonna à Prom et Penh d’attaquer la citadelle de Kompong Siem. Ayant appris le mouvement des troupes de l’Est par sa garde provinciale, le gouverneur de Kompong Siem envoya un messager pour en informer son roi. Celui-ci ordonna à ses deux officiers Chim et Ko d’emmener sa famille et celle des membres de sa cour à Pursat pour les mettre en sécurité. Après quoi, à la tête de 50 000 hommes, il partit pour secourir son gouverneur. Son armée de campagne s’organisait de façon suivante :

 - Une flotte de 100 bateaux avec 1 000 soldats à bord, commandée par Okgna Vibol Rap, partit en premier comme force d’avant-garde,

- Une flotte de 50 bateaux avec 500 soldats à bord, commandée par Okgna Baratès Reach, formait l’aile gauche,

- Une flotte de 50 bateaux avec 500 soldats de l’eau à bord, commandée par Okgna Reachea Barakreach, formait l’aile droite,

- Une flotte amirale de 100 bateaux avec 1 000 soldats à bord, commandée par Okgna Kralahome.

 Cette armada quitta Phnom-Penh pour aller s’établir une base fluviale à Preak Rokakaug. Au même moment, le premier corps d’armée fut immédiatement envoyée pour intercepter les ennemis à la porte de Kampong Siem, laquelle fut composée de 4 divisions d’intervention rapide :

- une division d’avant-garde de 10 000 hommes, commandée par Okgna Chakrey,

- une division de droite de 6 000 hommes, commandée par Okgna Vongsa Akakreach,

- une division de gauche de 6 000 hommes, commandée par Okgna Reach Tekchak,

- une division d’arrière-garde de 6 000 hommes, commandée par Okgna Ya Norintryne Thipadey.

 Le deuxième corps d’armée composée de deux divisions lourdes : une division de 10 000 hommes, placée sous les ordres Okgna Yomreach, laquelle avait pour mission d’attaquer les ennemis à partir de Prey Chamcar. La deuxième division de 10 000 hommes, commandée par Samdech Chao Ponhea Yauthir Norin, partit de Longveak pour barrer la colonne d’ennemis à l’Est de Kompong Siem.

 Preah Chanreachea, à la tête de 2 000 soldats d’élites de sa garde prétorienne, suivit la marche des deux corps d’armée. À cette époque, presque l’ensemble du territoire de l’Est fut inondé par la crue du fleuve du Mékong. La marche de l’armée rencontrait beaucoup de difficulté. Le premier corps d’armée atteignit la porte de Kompong Siem, après 17 jours de marche. La citadelle fut pris, après 16 jours d’assaut par 40 000 hommes de l’armée de Kan contre 10 000 hommes de la garde provinciale de Chanreachea. Le gouverneur de Kompong Siem put s’échapper à la justesse de ces assauts d’ennemis. Il vint à la rencontre de son roi pour informer celui-ci de la prise de sa forteresse par les ennemis. Le roi l’assura que cet échec n’était pas de sa faute. Le renfort arriva en retard à cause de l’inondation. Le lendemain matin, Chanreachea ordonna à ses généraux d’attaquer les ennemis pour libérer le fort. Le général Yomreach de l’Ouest mena l’assaut foudroyant contre la division de Lompaing de l’Est. Vers l’après midi, Yomreach ordonna à ses troupes de battre en retraite. Il fut poursuivi de près par Lompaing. À Siem Boye, celui-ci fut surpris par les attaques coordonnées de sa gauche et sa droite par les troupes de l’Ouest dont le Général Vongsa Akarreach était à la commande. Lompaing ordonna à ses troupes de se retirer à 35 Sèn (1 Sèn = 30 mètres) de Siem Boye. Encore une fois, il fut attaqué à nouveau par les troupes d’ennemis dont le chef n’était que Chanreachea en personne. Sur sa monture avec son cornac, celui-ci coordonna la contre-attaque de ses troupes avec vivacité. Mais son destin fut lié à celui de son ennemi royal, futur roi du Kampuchéa par le choix du ciel. À la vue de Chanreachea sur sa monture, les soldats de Lompaing commencèrent à perdre toute assurance d’être soldats. L’instinct de peur en tant que petit peuple surgit dans leur esprit qui paralysa les forces de bras de combattant.  Pendant un laps de temps, ils laissèrent tomber leurs armes et se mirent à genou devant l’Auguste Royal en lui demandant la soumission et le pardon. Lompaing et son adjoint Chao Ponhea Yauthir Thipadey observèrent cette scène avec stupéfaction. Après quoi, ils s’enfuirent dans la forêt pour se suicider. Leur corps fut retrouvé par les soldats de Chanreachea. Ceux-ci coupèrent les têtes de ces deux généraux malheureux pour les apporter à Chanreachea. Celui-ci ordonna à ses soldats d’exposer les deux têtes sur la place publique. Après cette victoire, Chanreachea ordonna à ses troupes d'assiéger la citadelle de Kompong Siem. En quelques heures seulement, ses troupes arrivèrent à percer la défende d’ennemis, ils pénétrèrent dans la citadelle en vigueurs et libérateurs. Les soldats de l’Est, s’enfuirent pour embarquer à bord des bateaux et pirogues de guerre pour sauver leur vie. Le nombre de bateaux était insuffisants par rapport au nombre de fuyards, mais tout le monde voulait absolument monter à bord des embarcations : Les uns poussent les autres pour avoir une place à bord de pirogue surchargée. Ceux qui ne pouvaient pas monter à bord, cherchaient une petite espace à bâbord et tribord du bateau pour y accrocher leurs mains. Certains bateaux ne supportaient pas le poids des humains en excitation extrême à bord se renversèrent et provoquèrent le naufrage. Ceux qui ne savaient pas nager furent emportés par le courant du fleuve en colère. Il y avait beaucoup de morts dans cette débâcle, parmi lesquels il y avait Ponhea Moha Séna, commandant de la citadelle.

 Ayant appris la défaite, Kan lança une contre attaque. Le général Sral et le Général de l’eau Vibol Reach furent chargés de reprendre la citadelle de Kompong Siem. Cependant, la flotte de l’armée de l’Ouest quitta sa base de Rokakaug pour mesurer à celle de Vobol Reach de l’Est. Arrivé à la commune d’Angkor, le Général Kralahom, commandant de la flotte de l’Ouest, avait vu une centaine de pirogues de l’armée de l’Est dans un port improvisé. Cette flotte état gardée seulement par 1 500 soldats. Kralahome ordonna à ses troupes de les emparer immédiatement. Cet abordage surpris fit fuir un grand nombre d’entre eux. Le trophée de cette bataille improvisée était impressionnant : 150 pirogues de guerre saisies et 800 soldats de l’Est demandèrent la soumission. Ayant appris cette nouvelle, Sral et Vibol Reach s’immergeaient dans le désespoir. Cette perte se propageait vite dans le corps des officiers. Elle se transforma en une panique générale dans les rangs de soldats. Entre quelques heures seulement les troupes de Sral et Vibol Reach se décomposaient en bande de déserteurs. Sral et Vobol Reach et beaucoup des officiers décidèrent de se suicider par noyade. Kralahom fit 500 prisonniers de plus dans cette débandade sans bataille. Mais, elle ne décourageait pas Kan. Il ordonna à nouveau à ses généraux Pich, fils de Kao, Krès, fils de Lompaing et Koy, fils de Vieng de conduire une armée de 20 000 hommes pour attaquer la citadelle de Kompong Siem.

 Cette campagne se prolongeait plusieurs mois, sans vainqueur, ni vaincu. Pendant la saison de pluie, ces deux armées s’attachaient alors à appliquer leur accord de trêve pour laisser les paysans de cultiver du riz. Profitant de cette accalmie, Kan se méditait pour trouver une nouvelle stratégie. Après concerté avec ses conseillers, Kan décida de demander la paix à Chanreachea en proposant au dernier la séparation le pays en deux États indépendants. Il envoya donc une ambassade composée de trois ministres plénipotentiaires, Chao Ponhea Sangkram Keo, Ponhea Rasasambath Em et Preah Chumnygn Avuth Kam pour porter une lettre au Roi de l’Est. L’ambassade quitta la capitale Pichay Norkor par voie fluviale. Elle remontait le Mékong à destination Kompong Siem. Arrivé au niveau de Peam Chi Kang, le convoi des légats fut attaqué par la patrouille fluviale de l’armée de l’Est. Au cours de l’assaut surpris, le chef de la délégation Keo fit tomber le tube en or dans l’eau, dans laquelle, il y avait la lettre de Kan. Les membres de l’ambassade furent capturés et amenés au quartier général de Preah Chaneachea. Ayant appris que ses soldats avaient attaqué le convoi de l’ambassade, celui-ci ordonna à ses officiers de punir immédiatement tous ces saillants de 24 coups de fouets au dos, parce que leur attaque était une transgression à loi de la diplomatie. Ensuite, il accorda une audience royale aux membres de la délégation de Kan. À genou devant Preah Chanreachea perché à un mètre de la terre sur son lit royal, l’ambassadeur Keo informa l’Auguste Roi que la lettre de son roi était tombé dans le fleuve pendant l’assaut des soldats, mais il connaissait une grande partie du contenu de cette missive. Sans perte le temps, Chanreachea dit à Keo de lui informer les intentions de Kan. Keo lui dit à haute voix la proposition de son Roi. Ayant entendu ce projet, Chanreachea assena une réplique à ces idées malfaisantes : « Le Kampuchéa est le pays de mes ancêtres. Je suis donc l’héritier légitime de leur trône. L’unité du pays est une pierre angulaire de mon action. Est ce que trouves-tu normal qu’il ose me proposer cette solution ? Ma réponse est non. Tu diras à Kan, s’il voulait prolonger la trêve au-delà de la saison de culture du riz, il n’ait qu’à retirer ses troupes du territoire de l’Est, mais une des deux parties réserve le droit de rompre la trêve à n’importe quel moment ». Glacial il conclut : « De toute façon, AKan n’est qu’un voleur éhonté, il ne mérite pas d’être, ni un ami, ni un membre de ma famille. Il faut AKan sache que tout ce qui est possible pour lui est impossible pour moi ». 

 Retourné à Pichay Norkor, Keo informa son roi tous les propos de Preah Chanreachea. Ayant entendu ces insultes, Kan s’en indigna. Pour reprocher à son ambassadeur de ne pas répondre cette injure, il fit une circonlocution dont il usait quand il était découragé : « Bien sûr que tu n’as pas eu droit d’en conteste en tant qu’ambassadeur d’un Royaume le plus civilisé de la région. Ton comportement est irrépressible ».

 Après quoi, Kan ordonna à ses généraux d’évacuer tous ses troupes du territoire de l’Est. Il renforça deux bases militaires importantes : Preak Pou et Mouth Khoum. Après ce retrait, Chanreachea retourna à Pursat pour se reposer après une longue campagne militaire. Quelque temps après, il ordonna au ministre de la guerre d’organiser un concours général pour recruter des meilleurs officiers de son armée. Les gagnants du concours auront des récompenses de grade d’officier dans les Armées Royales.

 En 1520, la reine donna un enfant au Roi. Ce dernier porta le nom royal Rama Thipadey. L’année suivante, 1521, la première dame, Bothom Bopha, donna aussi un fils au roi. Il porta le nom royal Borimin Reachea. Le Roi aimait éperdument ses deux enfants.



[1] (1) Cette se trouverait dans la province de Prey Veng. Elle se situerait à Bak Dav, non loin de Kompong Popil. 

[2] (2) Phkak’k : une sorte de couteau.

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 05:31

 

Il y a ceux qui pensent que le Roi khmer actuel tient ses pouvoirs constitutionnels du peuple en essayant interpréter les textes de la constitution actuelle en faveur de leur thèse. Cet exercice cérébral est sans doute un droit de chaque citoyen khmer, mais il suscite une controverse dans le rang des démocrates khmers. Cette tendance existe depuis la minute où la première Constitution khmère a été promulguée en 1947. En ce qui me concerne, je ne partage pas leurs explications quel qu’il soit leur rang officiel et leur titre académique prestigieux. En revanche, si cette interprétation avait pour but politique, c’est-à-dire d’utiliser la personne du roi comme opposant de son propre gouvernement actuel, dans ce cas-là, je comprends un peu mieux de leurs motivations politiques. Mais il faut qu’ils se posent d’abord la question : Est-ce que le roi veut-il bien jouer ce rôle ?

 Visitons ensemble la Constitution actuelle du Royaume du Cambodge. L’adoption de cette Constitution est due à la volonté du peuple khmer comme confirme dans son préambule : « Nous, Peuple khmer…Nous établissons ce qui suit comme la Constitution du Royaume du Cambodge ». Par cette proclamation, il est clair que le principe de toute souveraineté réside dans le peuple. Le peuple l’exerce, en matière constitutionnelle par le vote de ses représentants et par le référendum. En toutes matières, il l’exerce par ses députés à l’Assemblée nationale élus au suffrage universel, égal, direct et secret. Le rapport entre la monarchie et le peuple est bien défini dans l’article Premier de cette Constitution : « Le Cambodge est un Royaume où le Roi exerce ses fonctions en vertu de la Constitution et des principes de la démocratie libérale pluraliste ». Quelles sont les fonctions du Roi ?

 - Symbole de l’unité et de la permanence de la Nation, le Roi exerce un rôle constitutionnel d’ « Arbitre Suprême » en vue d’assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics de l’État (articles 8 et 9) ;

- Gardien de l’indépendance nationale, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » du Cambodge (article 8) ;

- Garant du respect des traités internationaux (article 8). Le Roi signe les traités et conventions internationaux et les ratifie après approbation par l’Assemblée Nationale » (article 26).

- Commandant Suprême des Forces Armées Royales Khmères » et « Président du Haut Conseil de la Défense Nationale » (articles 23 et 24) ;

- Président du Conseil Supérieur de la Magistrature » (article 134 nouveau). Le Roi dispose d’un pouvoir de grâce et de commutation de peine.

 Tels sont les arguments avancés par les tenants de la thèse « Roi khmer actuel tient ses pouvoirs constitutionnels du peuple », arguments tirés essentiellement des dispositions constitutionnelles.

 Nous pouvons nous poser la question : Le peuple, titulaire du pouvoir souverain, a-t-il délégué ces pouvoirs au roi ? La réponse est non car l’article 7 stipule : « Le Roi du Cambodge règne, mais ne gouverne pas ».

 M. Tith Houn, docteur en droit, ex-Président de la section française du Parti Sam Rainsy, a écrit en 2005. Bien entendu, cet écrit date d’un moment, mais récemment l’auteur relance le débat dans son courriel daté du 24 juin 2010 (mes idées sur le Cambodge). Je suppose que ses idées aient une valeur d’actualité. Je me permets donc de participer à ces débats d’idées en tant qu’un Khmer ordinaire. Voici l’extrait de son écrit :

  « Il n’en demeure pas moins qu’elle Lui confère par ailleurs des pouvoirs très importants dans certains domaines essentiels de la vie politique nationale, dispose de pouvoirs constitutionnels très étendus en matière de relations internationales et de défense nationale concurremment avec le Gouvernement Royal. Se plaire à ne citer de façon récurrente que les dispositions de l’article 7, qui, d’ailleurs ne prime pas les termes des autres articles de la Constitution, c’est vouloir de façon évidente minimiser le rôle politique du Monarque et laisser au Gouvernement, qui est redevable à notre voisin de l’Est, les mains libres dans la direction du pays ».

 Il existe une catégorie d’écrits sur la politique, celle de la spéculation, dont la fonction consiste à suppléer chez le militant le défaut de motivation personnelle par des adjuvants verbaux. L’interprétation intellectuelle peut contribuer, certes, à élever le débat, mais aussi à en sortir jusqu’au danger : en une démonstration juridique, on a poliment mis en lumière le contresens de l’esprit démocratique. À mon avis, les indications de M. Tith Houn ne sont pas pertinentes. Elles ne conforment pas à l’esprit de la Constitution et aux principes démocratiques :

 L’esprit de la Constitution : Le peuple khmer, titulaire du pouvoir souverain, a déjà délégué celui-ci à ses représentants, les députés. Il est inconcevable qu’une partie de ce pouvoir soit confié à un seul homme, le Roi qui est placé hors cadre du principe de séparation des pouvoirs : Pourvoir législatif, pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire. Le détenteur de pouvoir dans le cadre démocratique doit être responsable devant le peuple souverain : Celui-ci a le pouvoir de contrôle, de sanction à celui qui délègue son pouvoir. Or, nous savons que la personne du Roi est inviolable. Comment peut-on contrôler ou sanctionner une personne inviolable ? Tout pouvoir monte vers l’absolu tant qu’il échappe au contrôle.  

 Les principes de la démocratie : La délégation de pouvoir a trois caractères centraux : Elle est temporaire, circonscrite et réversible.

 1. Le caractère temporaire : Le peuple ne saurait déléguer un pouvoir un temps illimité à un seul homme, car ce serait lui conférer qu’une apparence d’absolu. Mais il peut se faire que certaines tâches collectives deviennent continues pour assurer, par exemple, la sécurité extérieure ou la concorde intérieure de sorte que la délégation devrait permanente. Il existe une parade à ce dilemme. Il suffit de distinguer entre la fonction et le titulaire, que la première devienne permanente et le second soit désigné à titre temporaire, pour que la mission soit assurée et les risques de pouvoir absolu exorcisés. Nous le savons que le Roi est désigné à vie, par cette nature, il est donc impossible au sens de logiquement contradictoire que le Roi tient ses pouvoirs constitutionnels du peuple.

 2. Le caractère circonscrit : Certaines tâches peuvent être difficilement circonscrites, en ce que leur accomplissement exige le contrôle de domaines très vastes. Ainsi la défense nationale, la diplomatie, la justice. Mais la délégation ne peut jamais être un blanc-seing : le chef de guerre, de la diplomatie, de la justice, il ne peut pas faire n’importe quoi à sa fantaisie sans être contrôlé par un contre-pouvoir. Je répète encore une fois que la personne du Roi est inviolable. Il est donc impossible de lui contrôler.

 3. Le caractère réversible : Comment peut-on retirer la confiance au Roi sans avoir passé par le jugement de son incompétence patente dans l’exercice de ses pouvoirs ? Nous le savons que sa personne est sacrée, inviolable et irresponsable. En cas de conflit dans l’exercice de ses pouvoirs avec la majorité parlementaire, le Roi n’a pas le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale et l’on sait que celle-ci est le dépositaire de la souveraineté nationale, cela est normal parce que c’est elle qui est responsable devant le peuple dont elle a reçu le mandat de faire les lois pour le pays. Il est donc normal que l’Assemblée nationale qui a le droit de dire le dernier mot. Le Roi devrait-il abdiquer dans ce genre de divergence ? Et l’Assemblée nationale n’a pas le droit de révoquer le Roi, parce qu’il est désigné pour toute la vie. Supposons que dans ces divergences le Roi, en tant que Commandant Suprême des Forces Armées, utilise cette force pour faire taire à ses adversaires, qui pourrait l’empêcher de faire ?

 Il est incontestablement que les fonctions théoriques citées ci-dessus appartiennent au Roi, mais ces pouvoirs, dans l’esprit de la démocratie, sont plutôt des pouvoirs symboliques et honorifiques. Ce sont des attributions qui comportent beaucoup plus d’apparence que de réalité. Il vaut mieux qu’il soit ainsi, parce que le Roi est le symbole de l’unité et de la permanence de la Nation et l’Arbitre Suprême dont il devrait être placé au-dessus des partis politiques. A mon avis, toutes formes d’interprétation en faveur de thèse « le Roi khmer actuel tient ses pouvoirs constitutionnels du peuple » est plutôt réductrice pour le prestige du Roi et son rôle symbole de l’unité et de la permanence de la Nation et l’Arbitre Suprême. Ce genre de débat n’existe pas aux Royaumes unis, au Japon et en Thaïlande, parce que les politiques ne chercheraient pas à utiliser la personne du roi comme arme politique contre le parti au pouvoir, la dérive de dictature des hommes au pouvoir et toutes sortes de crises politiques dans leur royaume.

 Confier des pouvoirs à un seul homme dont la durée de son mandat est à vie, les exemples de cela sont, hélas ! trop connu dans ce monde et dans notre pays. Je ne suis pas un antimonarchiste. Du grec « anti- » est révolu pour moi : Le Cambodge actuel est une monarchie constitutionnelle, mon seul souhait, c’est de vouloir voir le Roi khmer qu’il soit au-dessus des affaires politiques du pays, qu’il soit un Roi unificateur du peuple khmer, qu’il ne tombe pas dans des calculs politiques des politiciens de tous bords.

 Comparer le Roi khmer au Président de la République française en oubliant que le premier est désigné à vie et le second est élu pour un temps limité est une dialectique anguleuse. Voici l’écrit de M. Tith Houn :

 «  …en outre, elle s’inspire sans nul doute de la Constitution française de 1958. C’est ainsi que les articles conférant les pouvoirs au Roi, au Cambodge, et au Président de la République, en France, sont rédigés presque dans les mêmes termes. C’est sur le fondement des dispositions de ces articles que les Présidents successifs de la République française se sont attribués un rôle éminent dans la conduite de l’Etat français. Le premier Président de la cinquième République française, le Général de Gaulle, s’attribuait ce rôle prépondérant avant même qu’il ne fût élu au suffrage universel. Il serait donc insensé de prétendre que les mêmes dispositions, transplantées de France au Cambodge, deviennent intrinsèquement sans portée juridique ».

 Dans un pays où il y a deux organes de décisions, la confusion règne. Nous souvenons bien de l’invention de Samdech Norodom Sihanouk en 1993 du système du gouvernement bicéphale et des co-ministres. Tout le monde savait que ce système conduisait le pays dans le mur, mais personne osait critiquer Samdech Sihanouk, parce que sa personne est inviolable. Je me rappelle bien une phrase de François Mitterrand, ex-Président de la République française (1916-1996) à propos de Jacques Chirac : « Chirac court vite, mais il ne sait pas vers où ». 

 La solution aux problèmes du Cambodge, à mon avis, n’est pas dans le renforcement des pouvoirs du Roi, mais plutôt dans le développement économique. À la question aux Khmers : Dans quel pays souhaitez-vous vivre ? Dans un pays qui favorise le développement économique où le Roi tient un rôle aussi discret que possible ; la réponse est déjà connue dans les résultats des dernières élections législatives. Nous le savons que dans le pays qui n'enfante pas de richesse, n’élargit pas la liberté. Une société qui favorise le goût du risque, de l’effort, de l’entreprise individuelle, et où l’État tient un rôle de « facilitateur et régulateur économique » est une société qui fait reculer tôt ou tard la dictature politique. L’axe de la politique khmère d’aujourd’hui, à mon avis, c’est le développement économique, et l’axe du développement économique, c’est la paix.

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 03:04

Publication dans le bulletin « Vimean Ekkrach » n° 2, mai 1992. Directeur de publication : Sam Rainsy ; Rédacteur en chef : Pen Vano.

 Le mot de la rédaction : Dans une lettre ouverte aux puissances du monde libre, datée du 14 janvier 1990, Samdech Norodom Sihanouk a fait une analyse extrêmement pertinente du régime actuel de Phnom-Penh. Nous reproduisons ci-dessous de larges extraits de cette lettre pour rappeler à nos lecteurs la véritable nature du régime de Chea Sim-Hun Sen, dans la perspective des prochaines élections. Même après la signature des Accords de Paris le 23 octobre dernier, ce document demeure d’une brûlante actualité, car il pose les vrais problèmes du Cambodge.

 Voici le contenu de la lettre :

 Texte manuscrit :

 Vous êtes des États souverains. En tant que tels, votre « politique cambodgienne » ne doit dépendre que de vous. Vous pouvez la modifier ou la changer complètement, à votre gré. Je n’ai pas à m’ingérer dans vos affaires même s’il s’agit d’affaires ayant un rapport direct avec ma Patrie et le sort de mon peuple.

 Texte traitement de texte :

 (…) si le régime de HUN SEN-HENG SAMRIN est maintenu pour longtemps au Cambodge, ce dernier (le Cambodge) deviendra de facto, non seulement un satellite (s’il ne l’est déjà) de la R.S. du Vietnam, mais, chose beaucoup plus grave et même mortelle pour lui (Cambodge), une colonie du Vietnam en ce qui concerne, en particulier, le peuplement et l’exploitation sans limite, le pillage catastrophique des ressources naturelles du pays colonisé. (…)

 Je vous demande de bien vouloir vous pencher sur le problème autrement plus grave pour le Cambodge et pour le peuple cambodgien de la vietnamisation physique et du pillage extensif des ressources naturelles du Cambodge par le gouvernement de Hanoï avec le plein consentement du régime de Hun Sen-Heng Samrin.

À ce sujet, ayez le courage d’interroger les militaires, les diplomates, les fonctionnaires, les intellectuels, les étudiants khmers du régime et qui ont pu déserter ce régime pour se réfugier dans plusieurs pays du monde libre.

 Ces « defectors » vous diront, très clairement, ceci :

 a) le groupe de Hun Sen-Heng Samrin est Khmer-rouge pur sang ; ce groupe est aussi mauvais que celui de Pol Pot ; les 2 factions khmères rouges (celle de Hun Sen et celle de Pol Pot) ne diffèrent que sur la question de leur dépendance : les Polpotiens dépendent de la RP de Chine et les Hunséniens dépendent (…) de la RS du Vietnam.

 b) le régime de Hun Sen (tout comme celui de Lon Nol en 1970-1975) bat tous les records de corruption et les soi-disant « progrès socio-économiques » ne profitent qu’aux familles des dirigeants et aux classes sociales supérieures, mais pas au vrai peuple cambodgien.

 c) le régime de Hun Sen viole constamment et gravement les droits de l’homme.

 d) le régime de Hun Sen n’est absolument pas indépendant. Il obéit au doigt et à l’œil au gouvernement de Hanoï. Dans les ministères, les services, l’administration du régime de Hun Sen, ce sont les « conseillers » vietnamiens qui dirigent en maîtres ces ministères, services, administration. Et c’est Hanoï qui dirige la politique intérieure et extérieure du régime de Hun Sen.

 e) à l’intérieur du Cambodge, il y a plus de 1 million de colons vietnamiens, immigrants illégaux, qui sont venus du Vietnam pour coloniser physiquement les terres des Cambodgiens et exploiter les ressources naturelles du Cambodge (pierres précieuses, forêts, caoutchouc, céréales, fruits, poissons, etc.…).

 À l’heure actuelle, les îles côtières cambodgiennes sont peuplées de pêcheurs vietnamiens ; il en est de même des régions du « Grand Lac » (Tonlé Sap), Mékong, Bassac.

Plusieurs centaines de villages jadis khmer sont, aujourd’hui, peuplés de Vietnamiens et portent des noms vietnamiens. Il en est de même de certains bourgs et petites villes jadis khmers, se trouvant près des frontières du Vietnam. En certains endroits, les frontières du Cambodge sont modifiées au profit du Vietnam.

Au plan culturel, la vietnamisation (surtout au plan linguistique) se poursuit à grande vitesse. Les Cambodgiens (Khmers) qui ne parlent pas bien et n’écrivent pas bien le vietnamien sont outrageusement défavorisés (dans l’obtention des diplômes ou des emplois, dans l’avancement administratif) par rapport aux Khmers parlant et écrivant brillamment le vietnamien.

Ainsi, dans quelques décennies, le Cambodge sera peuplé d’une majorité de Vietnamiens et les Khmers (comme au Kampuchea krom devenu Sud-Vietnam depuis l’arrivée des Français « coloniaux » en Cochinchine, en 1860) deviendront une minorité ethnique dans leur propre Patrie, laquelle verra également se rétrécir son territoire avec des modifications de ses frontières et maritimes au profit du Vietnam.

 Vous voulez « commencer » avec le régime de Hun Sen.

Et c’est ainsi qu’un nombre croissant de vos compagnies (banque, commerce, industrie, exploitation et plantation, etc.) se sont installées ou s’apprêtent à s’installer au Cambodge.

Ceci n’a rien de choquant.

Mais je me permets d’attirer votre attention sur certains (très graves) dangers que le Cambodge (en ce qui concerne son avenir) rencontrerait si vos compagnies se livraient à certaines activités, telles que les coupes extensives des arbres des forêts cambodgiennes (coupe non suivies d’un reboisement obligatoire, extensif et méthodique), l’exploitation intensive des ressources piscicoles dans nos lacs, fleuves et mers, le commerce des objets d’art antiques (d’Angkor, etc.…).

 Le régime de Hun sen permet la destruction des forêts du Cambodge. Cette destruction qui se poursuit à une cadence accélérée a déjà contribué (fortement) au changement du régime des pluies, au déséquilibre croissant entre les éléments positifs et les éléments négatifs de l’écologie au Cambodge, jadis pays exportateur de céréales, poissons, fruits et bétail, aujourd’hui importateur de nourriture et mendiant d’aides humanitaires et « demain » un pays aride et stérile, ne pouvant plus survivre par lui-même. (…)

 Pour 90 % au moins de Cambodgiens et Cambodgiennes à l’intérieur et à l’extérieur du Cambodge, la « légalisation » par vos soins du régime pro-vietnamien de Hun Sen voudra dire que vous sacrifiez cyniquement le Cambodge sur l’autel du colonialisme vietnamien, de la vietnamisation du Cambodge et de l’intégration à long terme (comme cela s’est passé, au 19ème siècle, avec le Kampuchea Krom), l’intégration à long terme, dis-je, du Cambodge actuel dans le Grand Vietnam, ce dont avaient toujours rêvé les Empereurs vietnamiens et, après eux, HO CHI MINH. (…)

 Vous savez que plus de 90 % des Cambodgiens et Cambodgiennes n’admettent pas le communisme au Cambodge ; même pas le communisme « libéra à Hunsénienne ».

 Au moment où en Roumanie on met hors la loi le Parti communiste roumain, au moment où tant d’autres Pays de l’Europe de l’Est se décommunisent vigoureusement (…), vous n’hésitez pas à embrasser le régime communiste, marxiste-léniniste, hochiminhien (…) de Hun Sen , Heng Samrin, Chea Sim.

 Et c’est au nom de Droits de l’Homme et des idéaux du Monde libre que vous allez consolider le communisme Vietnamien dans un Cambodge profondément nationaliste, foncièrement anti-communiste et « viscéralement » neutraliste. (…)

 À cet égard, je peux vous assurer que les patriotes Cambodgiens et Cambodgiennes ne vous en remercieront pas. (…)

 NORODOM SIHANOUK

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 08:41

 

Dans une lettre ouverte du Prince Sihanouk, datée du 14 janvier 1990, adressée aux pays puissants, publiée dans la revue « Vimean Ekreach » du mois de mai 1992, n°2, le Prince écrit ceci : «… À l’intérieur du Cambodge, il y a plus d’un million de colons vietnamiens, immigrants illégaux, qui sont venus du Viêtnam pour coloniser physiquement les terres des Cambodgiens et exploiter les ressources naturelles du Cambodge (pierres précieuses, forêts, caoutchouc, céréales, fruits, poissons, etc. ». « …Au plan culturel, la vietnamisation (surtout au plan linguistique) se poursuit à grande vitesse. Les Cambodgiens (Khmers) qui ne parlent pas bien et n’écrivent pas bien le vietnamien sont outrageusement défavorisés (dans l’obtention des diplômes ou des emplois, dans l’avancement administratif) par rapport aux Khmers parlant et écrivant brillamment le vietnamien ». « Ainsi, dans quelques décennies, le Cambodge sera peuplé d’une majorité de Vietnamiens et les Khmers (comme au Kampuchéa krom devenu Sud-Viêtnam depuis l’arrivée des Français « coloniaux », en Cochinchine, en 1860) deviendront une minorité ethnique dans leur propre Patrie, laquelle verra également se rétrécir son territoire avec des modifications de ses frontières terrestres et maritimes au profit du Viêtnam ».

 Nous sommes en 2009, dix-huit ans après, est-ce que le Prince Sihanouk pourrait nous dire ce qu’il a écrit en 1990 est encore une actualité ? Tout change, depuis lors, Samdech Norodom Sihanouk redevint Roi et Roi abdiqué en faveur de son fils. Selon le Chef de son secrétariat, Le Prince Thomico, le roi père a pris sa retraite et s’est retiré vivre en paix en Chine. A 87 ans et après une longue activité politique, il est normal, un homme de cet âge qu’il soit Restr (petit peuple) ou roi, a droit de se reposer. Je ne fais que souhaiter, longue vie, beauté, santé, force à Samdech Norodom Sihanouk. Ses activités politiques dans le temps passé appartiennent désormais à l’histoire.

 Revenons à ce que le prince Sihanouk écrivait en 1990. L’Opposition parlementaire et les opposants du régime actuel, en parlent aussi. Le téméraire utilise la méthode spéculaire, comme le cas de S.E. Sam Rainsy, député et leader de l’Opposition parlementaire, pour attirer l’attention du public national et international : enlever quelques pieux qui servent à identifier le marquage des frontières khméro vietnamiennes. Celui-ci juge et démontre que ces lieux de piquage des bornes de frontière par le comité khméro vietnamien, étaient dans le territoire khmer. Quoique les pieux enlevés soient implantés par erreur, Sam Ransy est condamné par le tribunal khmer pour cet acte une peine de deux ans de prison. Le prévenu se fuyait à temps du Cambodge pour revenir vivre en France. Il n’a pas besoin de demander l’asile politique, parce que le pays de Molière est sa deuxième patrie : il est Français. Mais, les deux autres coauteurs de cette croisade sont aujourd'hui en prison. On parle peu de cette affaire dans la presse des pays de grande démocratie, y compris en France dont Sam Rainsy est citoyen de la République. L’affaire de Sam Rainsy ne provoque pas le chambardement dans les rues de la capitale de Phnom-Penh comme celle de Thaksin Shinawatra, leader de l’opposition thaïlandaise. Pourquoi ?

 Parlons de la « citoyenneté khmère » : Nous avons fait un extrait du texte de la Loi de la nationalité du Royaume du Cambodge, datée du 20 août 1996.

 La nationalité khmère d’origine :  

 Article 4 :

1) Est obligatoirement khmère, toute personne remplissant une des conditions ci-dessous :
- être un enfant légitime né de père ou de mère ayant la nationalité khmère, ou
- être un enfant naturel, né de père ou de mère de nationalité khmère, et reconnu par ce (cette) dernier (dernier), ou
- être un enfant non reconnu par le père et la mère, mais être déclaré né de père ou de mère
ayant la nationalité khmère par jugement du tribunal.
2) Est obligatoirement khmère, toute personne née sur le territoire du Royaume du Cambodge, si elle possède une des qualités suivantes :
a ) être né de père ou de mère étrangers qui eux-mêmes, sont nés et vivent régulièrement et
légalement sur le territoire du Royaume du Cambodge.
b ) être né de parents inconnus et avoir été trouvé sur le territoire du Royaume du Cambodge.

 Si nous tenons compte de cette loi, article 4, alinéa 2, : Tous les enfants des colons vietnamiens qui sont nés au Cambodge sont Cambodgiens d’origine. Aujourd’hui, on pourrait estimer qu’il y ait au moins trois millions des Cambodgiens d’origine vietnamienne au Cambodge. Ce nombre représente 23 % de la population totale du Cambodge (14,5 millions d’habitants). Ils parlent le Khmer et sont très actifs sur le plan économique. Dans certains endroits, ils sont majoritaires.

 J’ai eu occasion d’en parler aux opposants du régime et je les ai posé la question suivante : Que comptiez-vous faire ?

 Certains m’ont dit : Il faut d’abord gagner les élections, et l'on verra bien. La réponse est vague et je ne vois même pas leur lueur de solution. Je me souviens bien en 1970, Lon Nol avait pris de mesure de renvoyer les colons vietnamiens au Sud-Viêtnam avec l’accord de ce dernier. A l’époque, les opinions internationales ont taxé le régime républicain de racisme.

 Sans avoir eu la réponse précise des opposants du régime de Phnom-Penh, j’ai essayé de donner des hypothèses des mesures suivantes :

 1. - Supposons que le nouveau gouvernement khmer compte faire comme Lon Nol. Aujourd’hui, il ne s’agit pas des colons vietnamiens, mais des Cambodgiens d’origine vietnamienne. Cette mesure déclenchera l’indignation internationale ; le Viêtnam en opposera avec force ; les Cambodgiens d’origine vietnamienne refuseront de quitter leur région où ils sont majoritaires et le Viêtnam soutiendra dans leur soulèvement armé. De toute façon, le Cambodge n’aura ni la force, ni la solidarité nationale pour prendre une telle mesure. Il ne faut pas non plus croire que les Cambodgiens peuvent chasser l’armée vietnamienne en une nuit du Cambodge, comme dans le temps passé. A l’époque, nous avons eu le soutien de la Thaïlande. Et nous savions que la contrepartie de cette aide était la reconnaissance de la suzeraineté du roi siamois par le roi khmer.       

 2. -  Supposons que le nouveau gouvernement khmer compte négocier avec le Viêtnam pour trouver une solution pacifique à ces problèmes cités par le Prince Sihanouk. Quels problèmes ? dit Hanoï : « Ce sont vos compatriotes et nous n’avons pas droit de s’immiscer dans vos problèmes internes. Ce que, je vous demande, c’est de ne pas utiliser les mesures de violence contre les minorités. Au Viêtnam, nous respectons les droits des Vietnamiens d’origine khmère qui vivent en Cochinchine. Faites-le comme nous ! Je crois qu'Hanoï aurait déjà dit au Prince Norodom Sirivudh, alors Ministre des Affaires Etrangères, quand celui-ci voulait évoquer, avec son homologue vietnamien, les problèmes des colons vietnamiens au Cambodge.

3. – Supposons que le nouveau gouvernement khmer compte déclencher l’hostilité armée avec Hanoï comme Pol Pot avait fait pour régler les problèmes de frontières khméro vietnamiennes. Nous savions à l’avant que ce dernier n’hésite pas à envahir le Cambodge.

4. – Supposons qu’il y ait une guerre civile au Viêtnam. Le soulèvement du peuple du Sud contre le régime d'Hanoï et le nouveau gouvernement khmer exploite cette faiblesse pour prendre des mesures contre les Cambodgiens d’origine vietnamienne. Les conséquences seront identiques des trois hypothèses ci-dessus.

5. – Supposons que le nouveau gouvernement khmer demande l’arbitrage international. Il n’est pas impossible pour régler des problèmes de frontières, mais il est inconcevable pour résoudre des problèmes de nationalité.             

Je racontais de sottise. J’écrivais une histoire imaginaire de mon pays. Mais dans la complexité des problèmes khmers actuels, il vaux mieux être plutôt philosophe que de donneur de solutions ou de leçons. On peut me traiter d’être un pessimiste, pas nationaliste, voir même pro-vietnamien. Pro-vietnamien, bien sûr que non. Pas nationaliste ; je ne sais même pas, qu’est ce que c’est le nationalisme khmer à l’heure où je parle ? Quand je vois Pol Pot qui tue sans raison valable plus de deux millions des Khmers, je me dis où se trouve le « Nationalisme khmer » ? Pessimiste, possible, parce que j’ai peur de ne plus crois en grand-chose. Je suis volontiers pessimiste en politique khmer. Bien sûr, en disant tout ça, je ne suis fier de moi, parce que je n’avais pas non plus fait grandes choses pour mon pays. Je rougis aujourd’hui de ma résignation. Il me reste quand même une petite lueur d’espoir. Il repose sur la jeunesse khmère. Les jeunes khmers sont très actifs dans les rues des grandes villes ; ils sont tristes de leur avenir. Mais, ils ont soif de bonheur. Cela leur donne envie de se battre.   

Renan disait dans un soupir que la vérité est peut-être triste. Celle de la patrie des Khmers serait-elle triste ? Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que le Cambodge ne disparaîtra pas comme le Champa sous le poids du grand Viêtnam. Mais il survivra avec un autre visage : le Kampuchéa multiethnique : Khmers, chinois, Vietnamiens. Nous devons porter sur nos épaules le poids de cette vérité. Mais elle ne nous donne pas droit de laisser tomber le pays de nos ancêtres et nous empêcher de nous battre pour lui tant qu’il est encore là. Mais notre combat devrait être un combat d’idées, pas de fusils, pour devenir un peuple leader parmi les autres composantes dans notre société. Comme disaient toujours les Français : « Nous n’avons pas le pétrole, mais nous avons des idées ». 

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 09:12

Convention entre la France et le Cambodge, le 17 juin 1884, pour régler les rapports respectifs des deux pays.

Entre S.M. Norodom Ier, Roi du Cambodge, d’une part ; et M. Charles Thomson, Gouverneur de la Cochinchine, agissant au nom de la république française, en vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés, d’autre part ;

Il a été convenu ce qui suit :

Article Premier. – S.M. le Roi du Cambodge accepte toutes les réformes administratives, judiciaires et commerciaux auxquelles le gouvernement de la République française jugera, à l’avenir, utile de procéder pour faciliter l’accomplissement de son protectorat.

Art. 2 – S.M. le Roi du Cambodge continuera, comme dans le passé, à gouverner ses États et à diriger leur administration, sauf les restrictions qui résultent de la présence convention.

Art. 3 – Les fonctionnaires cambodgiens continueront, sous le contrôle des autorités françaises, à administrer les provinces, sauf en ce qui concerne l’établissement et la perception des impôts, les douanes, les contributions indirectes, les travaux publics et en général les services qui exigent une direction unique ou l’emploi d’ingénieurs ou d’agents européens.

Art. 4 – Des Résidents ou Résidents adjoints, nommés pat le gouvernement français et préposé au maintien de l’ordre public et au contrôle des autorités locales, seront placés dans les chefs-lieux de province et dans tous les points où leur présence sera jugée nécessaire. Ils seront sous les ordres du résident chargé, aux termes de l’Art. 2 du traité de 1863, d’assurer, sous la haute autorité du Gouverneur de la Cochinchine, l’exercice régulier du protectorat, et qui prendra le titre de Résident général.

Art. 5 – Le Résident général aura droit d’audience privée et personnelle auprès de S.M. le Roi du Cambodge.

Art. 6 – Les dépenses d’administration du royaume et celles du protectorat seront à la charge du Cambodge.

Art. 7 – Un arrangement spécial interviendra après l’établissement définitif du budget du royaume, pour fixer la liste civile du roi et les dotations des princes de la famille royale.

La liste civile du roi est provisoirement fixée à trois cent mille piastres ; la dotation des princes est provisoirement fixée à vingt-cinq mille piastres dont la répartition sera arrêtée suivant accord entre S.M. le Roi du Cambodge et le Gouverneur de la Cochinchine. S.M. le Roi du Cambodge s’interdit le droit de contracter aucun emprunt sans l’autorisation du gouvernement de la république.

Art. 8 – L’esclavage est aboli sur toute l’étendue du royaume.

Art. 9 – Le sol du royaume, jusqu’à ce jour, propriété exclusive de la couronne, cessera d’être inaliénable. Il sera procédé par les autorités françaises et cambodgiennes à la constitution de la propriété au Cambodge.

Les chrétientés et les pagodes conservent en toute propriété les terrains qu’elles occupent actuellement.

Art. 10 – La ville de Phnom-Penh sera administrée par une commission municipale composée : du Résident général ou de son délégué, Président ; de six fonctionnaires ou négociants français nommés par le Gouverneur de la Cochinchine ; de trois Cambodgiens ; un Annamite ; deux Chinois ; un Indien et un Malais nommés par S.M. le Roi du Cambodge, sur une liste présentée par le Gouverneur de la Cochinchine.

Art. 11 – La présente convention, dont en cas de contestation, et conformément aux usages diplomatiques, le texte français fera seul foi, confirme et complète le Traité du 11 août 1863, les ordonnances royales et les conventions passées entre les deux gouvernements en ce qu’ils n’ont pas été contraire aux dispositions qui précèdent.

Elle sera soumise à la ratification du gouvernement de la République Française, et l’instrument de ladite ratification sera soumis à S.M. le Roi du Cambodge dans un délai bref que possible.

En foi de quoi, S.M. le Roi du Cambodge et le Gouverneur de la Cochinchine ont signé le présent acte et y ont opposé leurs sceaux.

Fait à Phnom-Penh, le 17 juin 1884.

 

CH. Thomson.                                                                                       Norodom.                                   

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 18:36

Traité passé le 11 août 1863 entre S.M. l’Empereur des Français et S.M. le Roi du Cambodge.

LL. MM. L’Empereur des Français et le Roi du Cambodge Maha Obbarach, désirant faire jouir le royaume du Cambodge des bienfaits de la paix et de la civilisation ; considérant que l’intérêt commun des deux Etats, devenus aujourd’hui limitrophes, exige que le gouvernement du Cambodge s’entende parfaitement et agisse toujours d’accord avec le gouvernement français ; S.M. l’Empereur des Français a nommé pour son représentant M. le contre-amiral de la Grandière, gouverneur et commandant en chef en Cochinchine, à l’effet de régler avec S.M. le Roi du Cambodge, les conditions auxquelles S.M. l’Empereur des Français consent à transformer ses droits de suzeraineté en un protectorat. En conséquence, S.M. le Roi du Cambodge et M. le gouverneur de la Cochinchine sont convenus de ce qui suit.

Article Premier. - S.M. l’Empereur des Français accorde sa protection à S.M. le Roi du Cambodge.

Article 2. – S.M. l’Empereur des Français nommera un Résident français auprès de S.M. le Roi du Cambodge qui sera chargé, sous la haute autorité du Gouverneur de la Cochinchine, de veiller à la stricte exécution des présents lettres de Protectorat.

S.M. le Roi du Cambodge pourra nommer un Résident cambodgien à Saïgon, pour communiquer directement avec le Gouverneur de la Cochinchine.

Article 3. – Le Résident français aura au Cambodge le rang de Grand Mandarin, et il lui sera rendu dans un tout le royaume les honneurs dûs à cette dignité.

Article 4. – Aucun consul d’une autre nation que la France ne pourra résider auprès de S.M. le Roi du Cambodge ou dans aucun lieu de ses Etats, sans que le Gouverneur de la Cochinchine en ait été informé et se soit entendu à cet égard avec le gouvernement cambodgien.

Article 5. – Les sujets français jouiront dans toute l’étendue du royaume du Cambodge d’une pleine et entière liberté pour leurs personnes et leurs propriétés. Ils pourront circuler, posséder et s’établir librement dans toutes les possessions et dépendances de ce royaume, lorsqu’ils en auront informé un grand Mandarin cambodgien qui leur livrera un permis.

Article 6. – Les sujets cambodgiens jouiront dans toute l’étendu de l’Empire français d’une pleine et entière liberté pour leurs personnes et leurs propriétés. Ils pourront circuler, posséder et s’établir librement dans toutes les possessions et dépendances de cet Empire, lorsqu’ils en auront informé un officier français compétent  qui leur délivra un permis.

Article 7. – Lorsqu’un français établi ou de passage dans le royaume du Cambodge, aura quelque sujet de plainte ou quelque réclamation à formuler contre un cambodgien, il devra d’abord exposer ses griefs au Résident français qui, après avoir examiné l’affaire, s’efforcera de l’arranger à l’amiable. De même, quand un cambodgien aura à se plaindre d’un français, le Résident écoutera sa réclamation avec intérêt et cherchera à ménager un arrangement amiable, mais dans l’un et l’autre cas, si la chose est impossible, le Résident français requerrait l’assistance d’un fonctionnaire cambodgien compétent, et tous deux, après avoir examiné conjointement l’affaire, statueront suivant l’équité.

Le Résident français s’abstiendra de toute intervention dans les contestations des sujets cambodgiens entre eux ; de leur côté, les français dépendront, pour toutes les difficultés qui pourraient s’élever entre eux  de la juridiction française, et l’autorité cambodgienne n’aura à s’en mêler en aucune manière, non plus que des différents qui surviendraient entre français et européens, qui seront jugés par le Résident français. Les crimes commis par des sujets français, dans le royaume du Cambodge seront connus et jugés à Saïgon par les cours de justice compétente. Dans ce cas, le gouvernement cambodgien donnera toutes facilités au Résident français pour saisir le coupable et le livrer au Gouverneur de la Cochinchine. En cas d’absence du Résident français le commandant des forces françaises le remplacera pour exercer la justice.

Article 8. – Tous les Français qui voudront s’établir dans le royaume du Cambodge devront se faire inscrire à la chancellerie de la résidence française et le Résident en avisera le gouvernement cambodgien.

Article 9. – Tous les Cambodgiens qui voudront s’établir dans les possessions de S.M. l’Empereur des Français, devront se faire inscrire auprès du Résident cambodgien à Saïgon, qui en informera le Gouverneur de la Cochinchine.

Article 10. – Les marchandises importées ou exportées par navires français dans le Cambodge, lorsque leurs propriétaires seront munis d’un permis du gouvernement de Saïgon, seront admises en franchise de tous droits dans tous les ports du royaume du Cambodge, excepté l’opium qui sera soumis aux droits.

Article 11. – Les navires chargés de marchandises cambodgiens qui auront acquitté les droits au Cambodge, s’ils sont munis d’un permis du Gouvernement cambodgien, visé par le Résident français, seront admis en franchise de tous droits dans tous les ports ouverts de la Cochinchine.

Article 12. – Les Français voyageant en qualité de savants, tels que naturalistes, géographes, etc. donneront avis de leur commission au gouvernement cambodgien, il ils en recevront les soins et bons offices de nature à les aider dans l’accomplissement de leur mission et à faciliter leur voyage dans l’intérieur du pays.

Article 13. – Dans le cas où des navires français seraient attaqués ou pillés par des pirates dans des parages dépendants du royaume du Cambodge, l’autorité locale du lieu le plus rapproché, dès qu’elle aura connaissance du fait, en poursuivra activement les auteurs et ne négligera rien pour qu’ils soient arrêtés et punis conformément aux lois. Les marchandises enlevées, en quelque lieu et quelqu’état qu’elles se trouvent, seront remises à leurs propriétaires ou, en leur absence, entre les mains d’une autorité française qui se chargera de les restituer. Si l’on ne pouvait s’emparer des coupables, ni recouvrer la totalité des objets volés, les fonctionnaires cambodgiens, après avoir prouvé qu’ils ont fait tous leurs efforts pour arriver à ce but, ne sauraient être pécuniairement responsables.

Il en sera de même pour les actes de pillage et de vol qui auraient été commis sur les propriétés des Français établis dans le royaume du Cambodge. L’autorité cambodgienne, après avoir prouvé qu’elle a fait tous ses efforts pour saisir les coupables et recouvrer la totalité des objets volés, ne saurait être rendus pécuniairement responsable.

Article 14. – Dans le cas où des navires cambodgiens seraient attaqués ou pillés par des pirates, dans des pays dépendant de l’Empire français, l’autorité locale du lieu le plus rapproché, dès qu’elle aura eu connaissance du fait, en poursuivra activement les auteurs et ne négligera rien pour qu’ils soient arrêtés et punis conformément aux lois. Les marchandises enlevées seront remises à leurs propriétaires ou, en leur absence, entre les mains de l’autorité cambodgienne, qui se chargera de les restituer. Si on ne peut s’emparer des coupables, ni recouvrer la totalité des objets volés, les fonctionnaires français, après avoir prouvé qu’ils ont fait tous leurs efforts pour arriver à ce but, ne sauraient être rendus pécuniairement responsables. Il en sera de même pour les actes de pillages et de vol qui auraient été commis sur des propriétés de Cambodgiens habitant sur le territoire français. L’autorité française, après avoir prouvé qu’elle fait tous ses efforts pour saisir les coupables et recouvrer la totalité des objets volés, ne saurait être rendus pécuniairement responsable.

Article 15. – Les missionnaires catholiques auront droit de prêcher et d’enseigner. Ils pourront, avec l’autorisation du gouvernement cambodgien, construire des églises, des séminaires, des écoles, des hôpitaux, des couvents et autres édifices pieux, sur tous les points du royaume du Cambodge.

Article 16. – S.M. l’Empereur des Français, reconnaissant la souveraineté du Roi du Cambodge Somdach Préa Norodom Bareraksa Prea Moha Obarach, s’engage à maintenir dans les Etats l’ordre et la tranquillité, et à protéger contre toute attaque extérieure, à l’aider dans la perception des droits de commerce, et à lui donner toute facilité pour établir une communication entre le Cambodge et la mer.

Article 17. – Pour faciliter l’exécution des articles précédents, le Gouverneur de la Cochinchine, désirant obtenir un terrain à l’endroit nommé Chruey-Chanva, ou les Quatre-Bras, pour y construire un dépôt de charbon et des magasins d’approvisionnements pour les navires français, S.M. le Roi du Cambodge consent à donner le terrain, en amont de la partie réservée, à l’extrême pointe, pour construire un fort ; le terrain concédé devant avoir quinze sem, ou cinq cents mètres environ sur les deux rives. Si, sur ce terrain se trouvait une pagode ou lieu sacré, on le respecterait.

Si d’autres établissements devenaient nécessaires pour établissement de la station française, le Roi examinerait la demande que lui en ferait le Gouverneur de la Cochinchine et l’accorderait aux mêmes conditions que la concession précédente.

Article 18. – En connaissance de la protection que lui accorde, S.M. l’Empereur des Français, S.M. le Roi du Cambodge concède à la France le droit de choisir, abattre, débiter, exploiter dans les forêts de son royaume, les bois propres aux constructions des vaisseaux de la marine impériale. Les agents français chargés de cette exploitation devront en donner avis au grand Mandarin cambodgien, qui leur délivrera les lettres et autorisations nécessaires. Toutefois, les frais d’exploitation restent à la charge du gouvernement français.

Les Français qui commerceront au Cambodge devront débattre à l’amiable le prix d’achat avec les vendeurs.

Article 19. – La présente convention ne sera valable et ne pourra être mise en vigeur qu’après avoir été ratifiée par S.M. l’Empereur des Français.

En foi de quoi, S.M. Somdac-Préa Norodom Prom-Boreraksa Préa Moha Obbarach, Roi du Cambodge, et le plénipotentiaire, Gouverneur et Commandant en chef de la Cochinchine soussignés, ont signé la présente convention en triplicata et y ont apposé leur sceau.

Palais d’Oudong, le onze Août mil huit cent soixante-trois, correspondant au 27e jour de la lune d’Assath de l’année Kor, mil deux cent vingt-cinq.

 

De La Grandière                                                                         Cachet du Roi

Commandant en chef.               

  

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 02:35

 

Après avoir pris note des avis donnés par les orateurs, M. Trinh Hoanh, Ek Yi Oun, Hoeur Lay In, Prom Séng, Uch Ek, et le Conseiller du Royaume Phoung Sân, et après avoir obtenu le résultat du vote sur la question de déchéance de Samdech Norodom Sihanouk de ses fonctions de Chef de l’Etat, le Président de l’Assemblée Nationale s’est levé de son siège et d’un geste solennel, a donné lecture du texte de proclamation déclarant au nom de la nation et des deux chambres réunies, ne plus reconnaître Samdech Norodom Sihanouk comme Chef de l’Etat à partir du 18 mars 1970 à 13 heures.

Précisions que le résultat du vote sur la question s’est établi comme suit :

- Bulletins blancs (pour Samdech) zéro    

- Bulletins bleus (contre Samdech) 92

-Bulletins blancs rayés de bleu (Abstention) Zéro.

 Les membres des deux assemblées se sont ensuite séparés après de longs applaudissements qui ont accueilli la proclamation faite par le président de séance, M. In Tam.

 Après quoi, l’Assemblée Nationale a rédigé une motion pour informer le public. Voici le texte.

 Motion : Texte intégral.

 Face à la situation troublée par les Viêt-Cong et les ennemis intérieurs et extérieurs du pays. Tous les orateurs intervenus devant la tribune ont souligné la nécessité de proclamer « la Nation en danger » et demande au Gouvernement d’appliquer l’article 15 de la Constitution, aux termes duquel les libertés notamment celles d’association, de réunions, de presse, les droits sur l’inviolabilité de la correspondance, du domicile, etc. sont suspendus temporairement pour un délai de six mois renouvelables. L’Assemblée a voté à l’unanimité, une déclaration proclamant « la Nation en danger ». Le Parlement a prononcé à l’unanimité la déchéance de Samdech Norodom Sihanouk de ses fonctions de Chef de l’Etat. Une motion a été publiée pour informer le public des causes de cette déchéance. Voici le texte intégral :

 Les agissements passés et actuels de Norodom Sihanouk, ex-Chef de l’État du Cambodge, tels qu’ils viennent d’être révélés devant l’opinion publique ont créé une vague d’indignation dans toutes les couches sociales de la Nation. Chacun de nos compatriotes voit clairement aujourd’hui le vrai visage et la vraie nature de celui qui conduisait notre pays à l’anéantissement. Les faits prouvés et vérifiés sont largement suffisants pour retenir contre Norodom Sihanouk :

 1. Haute trahison  pour avoir livré à l’occupation Viêt-Cong, préparant l’annexion par le Vietnam, de parties importantes du territoire national et pour délibérément soumis des milliers de nos compatriotes aux exactions des occupations étrangères. En circonstance aggravante on retiendra le fait que Norodom Sihanouk a permis à son épouse Neang Monique de se faire verser des sommes très importantes pour prix de cette occupation étrangère.   

2. Violation constante de la Constitution et instauration d’un régime de pouvoir personnel despotique absolu. Norodom Sihanouk a foulé aux pieds les principes directeurs dont s’inspirait le Sangkum Reastr Niyum à sa création, trahi le peuple qu’il prétendait servir, semer la division par ses accusations calomnieuses, atteint à la dignité des personnalités nationales, des représentants élus du peuple et d’innombrables citoyens en les injuriant bassement et publiquement, jugé et condamné sans appel ceux qui ne partageaient pas ses vues.  

Au cours des dernières années, Sihanouk a surabondamment montré son mépris envers le peuple à qui il devait ses pouvoirs jusqu’au jour où ce peuple a redressé la tête.

3. Dilapidation des biens de l’État et de l’argent du peuple pour ses plaisirs personnels et sa mégalomanie ainsi que pour satisfaire la cupidité de sa belle famille et de son clan. Parmi les multiples exemples il convient de citer les ruineux tournages de films, les festivals de films organisés à grands frais, les luxueuses réceptions, alors que le peuple connaissait la disette. Insensible aux difficultés de nos compatriotes et au combat de notre armée aux frontières, Norodom Sihanouk distribuait avec ostentation de maigres secours, voire les uniformes de nos soldats, comme des « dons personnels » et il réservait des sommes considérables à ses menus plaisirs et ceux de son clan.          

4. Corruption qu’il a systématiquement encouragée et favorisée pour s’acquérir la fidélité de sa famille et de son clan. Dans le monde entier on sait et nous avons les preuves que Neang Monique et sa mère, Neang Pomme Peang, avaient la haute main sur tous les trafics intérieurs et extérieurs, sur la répartition des pots-de-vin, les nominations de fonctionnaires aux postes lucratifs à un tarif fixé, etc. Non seulement Norodom Sihanouk ne pouvait l’ignorer mais encore il donna sa caution personnelle à la création du Casino qui devait drainer l’argent du peuple dans les poches de son clan ou encore à des scandales d’adjudication dont l’un des plus connus est celui de Phuong Margain.

5. Atteinte au prestige et à la dignité nationale par une politique fluctuante et contraire à la neutralité et des déclarations injurieuses à l’encontre des dirigeants et de tous les pays étrangers, y compris nos amis. Par ses retournements continuels Norodom Sihanouk a ruiné notre crédit international, créé un climat de méfiance dans tous les pays et dans tous les milieux disposés à nous accorder des aides inconditionnelles ou à investir leurs capitaux dans les secteurs où ils nous sont nécessaires. Enfin ses dernières déclarations à l’étranger constituent une tentative délibérée de nuire à notre paix intérieure, de saboter nos amitiés internationales, de plonger dans le malheur le peuple qui unanimement le condamne.

Pour les motifs ci-dessus énoncés, les députés ont soumis à l’assemblée nationale une proposition demandant que Norodom Sihanouk, ex-Chef d’État du Cambodge, et Monique, son épouse, soient traduits devant un Tribunal Militaire pour y répondre de leurs actes et de leurs crimes contre la Nation et le Peuple.

 Communication du gouvernement de sauvetage :

 Suite à la crise politique provoquée par le Prince Norodom Sihanouk, durant ces derniers jours, l’assemblée Nationale et le Conseil du royaume, réunis en Congrès, conformément à la Constitution du Royaume, ont retiré, à l’unanimité des voix, leur confiance au Prince Norodom Sihanouk.

À partir de ce jour, le 18 mars 1970 à 13h00, le Prince Norodom Sihanouk cesse d’être Chef de l’État du Cambodge, Son Excellence Cheng Heng, Président de l’Assemblée Nationale, assumera les fonctions du chef de l’État, jusqu’à l’élection d’un nouveau Chef de l’État également suivant le texte de la Constitution du Pays.

 Phnom-Penh, le 18 mars 1970

Le Président du Conseil des Ministres

Signé : Lon Nol

 Message à la Nation de Monsieur Cheng Heng, Président de l’Assemblée Nationale, exerçant les fonctions de Chef de l’Etat.

 Chers compatriotes,

 L’Assemblée Nationale et le Conseil du Royaume, réunis en Congrès, ont retiré le 18 mars 1970 à 13h00, conformément à la Constitution, à l’unanimité des voix, leur confiance au Prince Norodom Sihanouk dans ses fonctions de Chef de l’Etat.

Étant Président de l’Assemblée Nationale appelé à assurer les fonctions de Chef de l’État jusqu’à l’élection d’un nouveau Chef de l’État, j’ai le devoir de préciser solennellement à cette occasion que le Cambodge adopte la même ligne politique, c’est-à-dire pour l’indépendance, la neutralité et l’intégrité territoriale, que le Cambodge reconnaît et respecte les traités et accords antérieurement conclu.

Je me permets enfin de lancer un appel à notre clergé des deux ordres, aux deux chefs de ces derniers notamment, aux fonctionnaires, étudiants, à notre jeunesse et à notre population de toutes les couches sociales, leur demandant de rester dans l’ordre pour le bonheur de notre patrie.  

 

 

 

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 07:14

 

L’aurore du 18 avril 1975 ouvrit la nouvelle époque pour les millions des Khmers qui à la veille ont dormi à la belle étoile loin de leur maison familiale, parce que l’Angkar Loeu de Pol Pot voulait ainsi. Ils furent réveillés au deuxième jour de la fête du nouvel an par la faim et le chagrin. Ils n’ont eu que les larmes, comme seul remède pour éradiquer leur abstinence, qui coulèrent discrètement de leurs yeux qui témoigneront illico l’accès de rage des limiers de Pol Pot. Au Kampuchéa, la saison de Chhêt (Chaude – Mars, Avril et Mai) est généralement pénible. La moyenne des maxima d’avril est de 34°8 à Phnom-Penh, de 35°6 à Battambang. Le maximum absolu est de 40°5 au Chaktoumouk. Cette chaleur donna l’effluve des miasmes des macchabées des soldats républicaines qui ont été tués par les Khmers rouges, parce que ces adolescents avaient cru comprendre que la guerre était finie. Les vieillards et les malades ont été délogés de leur pieu de repos par ordre de l’Angkar Loeu pour se consumer dans l’ignorance (sans le dharma de Bouddha). Les pleurs d’adieu de leurs proches appelèrent tous les Thévadas (divinité) célestes de venir faire les témoins de ces trépas injustes, appelés l’assassinat. Les femmes savaient bien que la nuit venue les Chlaup Andérathey (les gardes khmers rouges) se glissèrent lâchement dans leur nouvelle demeure sans chaleur pour enlever leur mari ex-fonctionnaire et militaire : le meurtre est la question. L’apparition de l’étoile du matin du nouvel an 1975 fit fuir les oiseaux chanteurs de l’azur du Kampuchéa pour laisser la place aux cris des vautours affamés qui sont venus chercher les cadavres abandonnés sur le chemin de la mort. Pour consoler la tristesse et l’angoisse qui est les faiblesses de l’homme, les victimes de l’Angkar Loeu sanguinaire s’efforcèrent de penser à la parole de réconfort de l’ermite à Atala pendant le dernier souffle de sa vie : « Enfin, ma fille, le grand tort des hommes, dans leur songe de bonheur, est d’oublier cette infirmité de la mort attaché à leur nature » (Chateaubriand – Atala René Les Natchez). Pour peindre cette déchirure sans termes, mon fils, Davouth, écrit une élégie, car la poésie est le réel absolu. Plus une chose est poétique, plus elle est vraie. Aristote disait : « La tâche de poète et d’historien est la même, car elle consiste à faire durer quelque chose grâce à la mémoire ».

Voici le rêve de mon fils :

Le sombre est glacial

tel une force qui me rend pâle

la nuit reste éternelle

pareil à une si grand aile.

Que de malheur infini

ô aucune gaieté dans la vie

la tendresse disparaît

comme une étoile qui apparaît.

Dès le matin, je sens le crépuscule

qui me bouscule

j’écoute le vent alizé

pour me rappeler de cette paix.

Elle est sans doute une paix bouddhique qui sert comme un refuge des Cambodgiens qui savent que le Christ et le Bouddha sont venus sur terre pour résoudre deux problèmes des humains : le mal et la mort.

Mais le malheur du peuple d’Angkor a été sans recours, car il a été dans la main des Yothear (Soldats) khmers rouges. Ils parlèrent entre eux du peuple nouveau et ancien et toutes sortes des mots inusités pour glorifier leur révolution meurtrière qui donna une rage de Pol Pot dans les fers. Il s’agit de jouir le maximum de la destruction totale de la paysannerie khmère. Le pire comme disait Sade (1740-1814), écrivain et philosophe français : « Tuer un homme dans le paroxysme d’une passion, cela se comprend. Le faire tuer par un autre dans le calme d’une méditation sérieuse, et sous prétexte d’un ministère honorable, cela ne se comprend pas ». À force d’ordonner de tuer de millions de vies humaines, Pol Pot devenait insensible à la souffrance de ses semblables. Vigny, le poète, écrivait : « …ne peut plus sentir le mal ni les bienfaits. Il est même sans joie aux malheurs qu’il a fait ». Pourquoi, une telle bêtise humaine ?. N’est-elle pas un destin pour le peuple khmer qui connaît au cours de son histoire que de gloire fugace ?. Si c’était vrai, il est sûr que cette fatalité est un injuste destin.

Les victimes des Khmers rouges se souviennent encore de la date fatidique du « 17 avril 1975 », date à laquelle les Khmers rouges entrèrent dans Phnom-Penh. La population était chassée de sa maison pour une destination où la mort est au boit. Pourquoi ?. C’est la victoire de Pol Pot. Ô ce mot prodigue encore de l’effet caverneux sur les Cambodgiens, car il s’inscrit dans leur esprit comme un élément de tristesse définitive. On sait qu’aujourd’hui les victimes continuent de souffrir de cet événement lugubre. Cette douleur indicible ne leur donne pas droit d’oublier la cruauté des Khmers rouges qui détruit par leur ignorance, en un tournemain, le pays tout entier. Le Kampuchéa des humains se transformait, au premier jour de l’arrivée au pouvoir de Pol Pot, en enfer des morts vivants. Tous les Cambodgiens ont été bannis de leur foyer et condamnés à se périr au nom de l’Angkar Loeu. Je me pose la question : Est-ce vraiment une victoire ?. Ça dépend pour qui ?. Si c’était pour les amis de Pol Pot, la réponse est oui, car cette victoire leur permet de placer le Communisme à la cime du pouvoir. En revanche, dans le cas où on entendrait dire qu’elle était pour le peuple khmer, il est sûr que cette affirmation est un mensonge, car Pol Pot lui-même n’avait jamais dit que cette fête rouge est pour les Cambodgiens. Et quiconque, y compris le Prince Sihanouk, osa revendiquer sa part de butin pour un brin de privilège, il aurait été accusé tout de suite par l’Angkar Loeu de haute trahison et l’on sait que la sanction était cruelle : la peine de mort après la torture corporelle.

Par ruse, sans combat, les Khmers rouges sont entrés à Phnom-Penh, le 17 avril 1975, pour prendre le pouvoir. La guerre cessait, la paix revenait du moins le croyait-on. Le peuple devait donc se réjouir, s’associer joyeusement avec le nouveau pouvoir. Mais hélas ! presque aussitôt les Khmers rouges « l’Angkar Loeu Loeu » a décidé de vider Phnom-Penh de sa population : « Les Américains vont bombarder la capitale khmère », tel était le prétexte.

La radio nationale, surtout les haut-parleurs portatifs sillonnèrent toutes les rues des quartiers de Phnom-Penh pour ordonner à la population de sortir vite de ses maisons et de quitter rapidement la ville. Ainsi, hommes, femmes, enfants, vieillards, y compris les malades, les blessés dans les hôpitaux, les mères et leurs bébés dans les maternités, tous se retrouvèrent dans la rue. Ce déplacement en catastrophe de tout Phnom-Penh, par tous les moyens de transport ou à pied, encombra toutes les rues de la capitale offrant un spectacle de panique d’affolement indescriptible, avec les bruits des moteurs et des klaxons de voitures de toutes sortes, s’ajoutant aux cris des parents appelant leurs enfants égarés, aux pleurs et aux gémissements des malades soutenus par les leurs, sous les menaces des militaires khmers rouges poussant les retardataires.

Le nouveau maître du pays venait de décréter sa « loi » que l’on devait respecter désormais. Le malheur a donc continué à frapper les citadins, considérés par les Khmers rouges comme nuisibles pour la société.

Par une autre idée diabolique, l’Angkar Loeu Loeu a décidé de supprimer toutes traces de culture occidentale pour faire le Cambodge une nouvelle Nation Khmère, peuplée d’une nouvelle génération sans attache avec le passé de quatre vingt dix ans de colonisation (1863-1953). D’où le slogan « Les garder, rien à gagner, les supprimer, rien à perdre ». C’est pourquoi le peuple khmer a connu la terrible épreuve du génocide des Khmers rouges, responsables de l’extermination de plus de deux millions de leurs compatriotes.

Le Cambodge en ce temps-là, écrit un journaliste français : « N’étaient peuplés que de coolies », car presque tous les intellectuels avec leurs familles furent massacrés, suite à cette décision sauvage de l’Angkar Loeu Loeu. Et les Khmers rouges allèrent encore plus loin dans leur action de répression : la suppression de la religion, des pagodes, des églises, des mosquées, profanées ou détruites.

La situation était dramatique, le Cambodge très affaibli, démuni de toutes ressources, désorganisé, est devenu alors la proie des Communistes vietnamiens. Hanoi a occupé par la force des armes le Cambodge durant dix ans (du 7 janvier 1979 à Septembre 1989). Le Cambodge a perdu son indépendance nationale par la faute des Communistes khmers rouges prochinois et Khmers rouges pro-communistes vietnamiens, qui ont violé les Droits de l’Homme et empêché la Démocratie d’exister. D’ailleurs, le Cambodge était le seul pays au monde qui s’était trouvé confronté pour son malheur aux deux systèmes communistes existants : le Marxisme-Léninisme et le Maoïsme. Et maintenant, on peut se demander ce que devient le Cambodge, après l’intervention de l’ONU en 1991 ?.    

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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 04:52

Histoire des Rois khmers : Règne de Sdach Khan (1512-1525) : Le sacre de guerre de Preah Chanreachea.

Ayant appris la victoire de Preah Chanreache dans l’Ouest du pays, les morts de ses chefs militaires, en particulier Ponhea Koe et la blessure de son oncle Kao, Preah Srey Chetha (Sdach Khan) s’en fut ému et laissa couler des larmes. Quelques jours plus tard, il ordonna à son ministre des armées de terre d’envoyer une brigade à l’Est du pays pour lever une armée de 120 000 hommes pour faire face à des éventualités d’offensives d’ennemis. Il envoya secrètement un messager porteur d’une lettre au général Outhey Thireach, gouverneur d’Asantouk, dans laquelle il ordonnait à ce dernier de retirer ses troupes de la province de Battambang, parce qu’il a pris d’autres dispositions, et lui demande d’attendre sa nouvelle décision. Rappelons-nous bien que ce gouverneur avait reçu l’ordre de Chao Fa Keo de partir à Battambang avec 50 000 homme pour barrer la voie de retraite de Preah Chanreachea. Sdach Kân prenait Phnom-Penh comme base de rassemblement de toutes les unités de son armée, battues dans l’Ouest, dispersées çà et là. Deux gouverneurs, Khoy de la province de Samrong Torg et Vongsar Anouchit Yours de la province Bati, amenaient 190 000 hommes à Phnom-Penh. Pour lancer des offensives pour récupérer les territoires perdus, Sdach Khân consacra ses jours et ses nuits à étudier son plan d’attaque. Il répartit ses forces en deux corps d’armée :

Premier corps d’armée :

- Une division d’avant-garde de 10 000 hommes, commandée par général Yaum Reach ;

- Une division d’aile gauche de 10 000 hommes, commandée par Ponhea Vongsar Akakreach Srey ;      

- Une division d’aile droite de 10 000 hommes, commandée par Ponhea Pisnouk Lauk Tep, gouverneur de Trang ;

- Une division d’arrière-garde de 10 000 hommes, commandée par Chao Ponhea Akthikak Vongsar Veth, gouverneur de Bassac.   

Ces quatre divisions étaient placées sous le commandement de son oncle maternel, nommé So. So portait le titre Chao Ponhea Chakrey Thipdey Kochak (Kochak = Supérieur), il était ministre des armées de terre.

Deuxième corps d’armée :

Sdach Khân confia les commandements à ses quatre neveux maternels :

- Une division d’avant-garde de 20 000 hommes, commandée Okloung So (Okloung = Chef des esclaves) ;

- Une division d’aile gauche de 15 000 hommes, commandée par Okloung Nêu ;

- Une division d’aile droite de 15 000 hommes, commandée par Okloung Tep ;

- Une division d’arrière-garde de 15 000 hommes, commandée par Okloung Moyn.

- Lui-même conservant le commandement du centre dont l’effectif était de 30 000 hommes.

Tous les gouverneurs étaient nommés Balath ou Yo Kbath de l’armée en fonction de leurs compétences dans les domaines militaires (Balath = Assistant ; Yo Kbath = intendant). Quinze brigades mobiles étaient confiées aux gouverneurs de province. Chaque brigade était reconnue par la couleur de son étendard. Elles avaient pour mission de surveillance du territoire.

Sdach Khân avait deux montures de guerre, réputées d’invincibles et de rapide : Un éléphant magnifique de dix bras de hauteur, avec deux grandes défenses, surnommé « Preah Korchethchakyavuth », et un cheval magnifique de trois bras et quatre doigts de hauteur (trois hath et quatre tnap), de couleur noire (Si Sain ?), surnommé « Saing Raingsey ». Ce cheval était capable de galoper, sans arrêt, une distance de 2 050 Send (un send = 30 mètres), c’est-à-dire 61 km. Il nageait avec une vitesse de poisson.

Une fois la préparation militaire fut terminée, Sdach Khân ordonna à son armée de marcher à la rencontre des ennemis. Il fit établir un retranchement et installer un camp fortifié à côté du marché Oudong. Puis, il ordonna au général Preap de conduire une armée de 45 000 hommes pour attaquer la citadelle de Longveak. Le gouverneur de Longveak sortait du fort avec ses troupes pour assaillir directement les troupes d’avant-garde de Preap. Ayant appris cette nouvelle, Samdech Chanreachea chargea un cavalier de porter un message confidentiel au gouverneur de Longveak auquel il donna des instructions suivantes : Vous faites semblant de battre en retraite vers nord. Là-bas, je me poste en embuscade avec mes hommes pour frapper par surprise les ennemis qui vous poursuivent. Samdech Chanreachea à la tête de son armée de 45 000 hommes, quitta sa fortification, et il s ‘approcha avec son armée de Longveak. Ayant lu l’ordre de son prince, ce gouverneur fit battre les tambours selon le plan arrêté. Les chefs d’unités ordonnèrent à leurs hommes de se replier vers le nord. Sdach Khân fut informé de cette évacuation, il ordonna immédiatement à son général de poursuivre les ennemies pour les anéantir. La poursuite durait toute la journée. Samdech Chanreachea laissa pénétrer les troupes d’ennemis dans son terrain de chasse. Après quoi, il frappa les ennemis par arrière. Paniqués par ces assauts de partout, les soldats de Preap abandonnèrent leurs rangs et s’enfuirent dans toutes les directions. Ils furent bientôt à tel point décimés qu’environ 3 000 cadavres couvraient de toutes parts le champ de bataille. Le général Preap et vingt de ses officiers supérieurs ont été capturés. Ils furent amenés, les mains liées, au quartier général de Chanreachea. Celui-ci ordonna à ses soldats de décapiter du général Preap et ses dix officiers. Il fit couper les oreilles les dix autres officiers en leur laissant la vie sauve pour qu’ils portaient les têtes de leur chef et de leurs camarades pour offrir à Khân. Chanreachea fit venir les dix malheureux auxquels il dit : « Vous dites à Khân que nous sommes en saison de culture de riz, il faut mieux faire une trêve, afin que la population puisse cultiver le riz. Mais ceci est une simple suggestion, si A Khan croit qu’il puisse me vaincre avec la supériorité de ses effectifs militaires, il pourra continuer la guerre. Je le vaincrai, parce que c’est la volonté du Bouddha ».

Aussitôt rentrés au campement, les dix survivants allèrent voir Khân et lui montrer les têtes coupées et dirent le message de Chanreachea. Ayant vu les têtes de ses officiers de confiance, Khân ne fut pas maître de son émotion et perdit quelques instants de connaissance. Quand il revint à lui, il dit ceci aux membres de sa cour : « Chanreachea bénéficie pour l’instant du prestige de la race de sa famille, mais lui-même n’est pas un grand prince. Il ne faut pas donc avoir peur de lui. Aujourd’hui, ce prince me demande de faire une trêve pour laisser la population de cultiver le riz. Ce n’est pas mal comme idée. Je l’accepte ». Après quoi, il fit écrire une lettre à adversaire. Il envoya une ambassade pour porter cette lettre et des présents pour offrir au prince. Celui-ci reçut l’ambassadeur de Khân avec soin. Dans la salle d’audience, il chargea son secrétaire de lire la lettre à haute voix pour que ses dignitaires puissent l’entendre. Voici les termes de cette missive :

Lettre de Samdech Prean Srey Chetha reach Rama Thipdey , roi du Kampuchéa au frère cadet, Samdech Chao Ponhea Chanreachea,

Puisque vous revenez au pays pour m’imposer une guerre, j’en suis ravi, mon cher frère cadet, car cette guerre m’offre un spectacle de scènes de bataille : les combats des hommes et des bêtes. En effet, nous sommes proche de la saison de pluies, il est normal d’y penser, car il est important pour le bien-être de la population. Dans ce cas, il nous reste de nous nous mettre d’accord pour faire une trêve pendant la saison de culture du riz. Après la moisson, nous continuerons notre guerre à une date fixée par nos deux parties.

Dès que la lecture eut été terminée, Samdech Chanreachea se mit en colère et dit à l’ambassadeur de Khân ceci : « Tu diras ceci à Khân qu’il ne m’appelle plus « frère cadet, parce que, je ne suis pas de sa famille, et je suis de race royale, quant à lui, il appartient à la race des esclaves. Nous vivons donc dans deux mondes différents ».

Après quoi, il donna une pièce d’or d’une balance siamoise et quelques pièces d’argent de deux balances siamoises (unité de pesage utilisée au Siam de l’époque) pour récompenser de ses services.

L’ambassadeur de Khân prit congé du prince respectueusement et rentra chez lui.  Après son départ, les ministres et les généraux demandèrent au prince que cette trêve pour laquelle, il accepte, en quoi était-elle donc nécessaire ?. Pour eux cette trêve est improductive. Elle arrête l'envol des troupes qui sont aujourd’hui en position de gagnant dans tous les fronts. Elle permettra au Sdach Khân de revoir ses stratégies et de lever une nouvelle armée dans les régions du Nord et du Sud dont une capacité des gens en âge d’incorporation dans l’armée pourrait atteindre à un million d’hommes. En revanche, les provinces conquises, Moha Norkor, (Siemreap actuel), Battambang et dizaine de petites provinces ont peu de la population, par exemple dans la province de Battambang, le nombre était à peine cinq milles d’habitants, parce que les Siamois, après leurs victoires successives, avaient enlevé presque la totalité de la population de cette province pour l’amener au Siam. Nous n’avons plus de réserve en cas de besoin de lever une armée supplémentaire contre Sdach Khân. Pourquoi ne pas profiter de cette conjoncture favorable à nous en ce moment pour continuer la guerre contre nos ennemis ?.

Samdech Chanreachea répondit aux inquiétudes de ses dignitaires ceci : Ma décision est fondée sur sept points. Vous le savez que la cour de Khân compte encore de trop nombreux avantages sur nous pour que je puisse tenter prématurément une action aussi grave, ni mettre les choses en branle à la légèreté. Non, je pense d’abord nous avons besoin cette trêve. Il faut saisir cette occasion pour consolider notre armée :

1. Rappelez-vous cet adage « On cultive le riz avec de l’eau, on fait la guerre avec du riz ». Si la population ne pouvait pas cultiver le riz, il aura la famine, et s’il y avait la famine, il est évident que notre armée va subir la conséquence.         

2. Certes, le territoire sous notre contrôle est vide de population, mais il constitue une base idéale et stable pour notre armée. Avec le temps, la population, dans les zones contrôlées par A Khân, sache que je reviens au pays et comme vous le savez je représente la royauté légitime. Il faut nous donner le temps au temps pour que cela s’ébruiter dans tout le territoire ennemi. Notre précipitation risquerait de provoquer le mécontent de la population.     

3. Le gouverneur de la province Asantouk, Chao Ponhea Ouktey Prag, est un grand général et un grand stratège, qui contrôle un vaste territoire. Il aurait toute la capacité et possibilité de nous attaquer et de nous encercler. Cette trêve lui empêche d’y faire.  

4. Khân possède d’aujourd’hui tous les objets de sacre royal. Aux yeux de ses soldats, il est un monarque des Khmers. Il rayonne avec le parasol royal au milieu de ses troupes. Quant à moi, je n’ai rien pour prouver à la population que je suis un héritier légitime du trône du Kampuchéa. J’ai besoin un peu de temps pour me faire une place dans le cœur de la population.                     

5. Aujourd’hui, je ne peux plus revenir sur ma décision, parce que j’ai déjà donné mes paroles à Khân. Sinon, la population pourra me traiter de menteur.

6. Nous avons aujourd’hui des bons soldats, mais ils manquent encore une assurance sur le champ de bataille, non pas, parce qu’ils ne soient pas courageux, mais parce qu’ils manquent les instructions militaires. Profitant de cette trêve pour entraîner nos soldats.                     

7. Je possède sans doute le titre de l’héritier légitime du trône, mais Khân règne dans ce pays depuis déjà longtemps. Il dispose en maître absolu des ressources et de l’autorité du Royaume pour m’opposer.

Mes chers amis, ces sept points constituent la fondation de ma décision d’aujourd’hui. Ayant entendu ces explications, les ministres et les généraux dirent à leur prince : « Samdech, vous avez des vues d’une élévation admirable ! ». Quand Samdech Chanreachea voyait que ses hommes faisaient confiance à sa stratégie, il en était content. Il confia la défense de la citadelle de rivière Kraing Ponley au général Tep, fils de Ta Moeung. Par cette fonction, il devait aussi superviser les gouverneurs de Rolir Spirk et Longveak.  Après quoi,  Samdech Chanreachea prit le chemin du retour vers Baribor.

Parlons maintenant du grand gouverneur d’Asantouk, Chao Ponhea Ouktey Prag. Ce gouverneur possédait un pouvoir de vice-roi. Il contrôlait vingt cinq Meung : Chi Kreng, Staung, Prom Tep, Prey Kdey, Krarkos, Kompong Svay, Kompong Hav, Prasat Dab, Kok Kè, Svay Rolirk, Kauk Sès, Sen, Kampoul Pich, Purthi Raung, Tralek Keig, Gnoun, Cheu Tirl, Sra Guer, Sar Norkor, Sra Yeuv, Mlou Prey, Prey Kdey, Siem Bauk, Preah Prasap.

Ayant appris le départ de Samdech Chanreachea de Longveak, il mobilisa son infanterie et sa cavalerie de 80 000 hommes pour placer ses troupes en travers du chemin de retour de Chanreachea à mi-route, et de l’attaquer. Il puit ainsi avoir une chance de le capturer. Prag était sans doute un chef téméraire, mais il manquait la fermeté et d’esprit de décision. Capable de se lancer par coup de tête dans des affaires de l’Etat, il se montrait incapable de travail en équipe. C’est ainsi, il ne tenait pas compte la trêve.

Chanreachea fut informé immédiatement du mouvement d’ennemis : Une unité du général Prag était en train de traverser le fleuve et fit mouvement par bateaux vers la province de Krakor pour barrer son chemin. À peine eut-il appris cette nouvelle, il se plongea dans ses réflexions afin d’essayer de trouver un moyen praticable pour faire échouer les intentions de Prag. Pour Chanreachea, c’est dans l’eau, il faut qu’il gagne cette bataille. Après quoi, il ordonna à Chao Ponhea Yous Reachea, commandant du fort de Pursat, d’envoyer 10 000 hommes à Kompong Day Tonlé Sap se poster en embuscade pour empêcher les ennemis de débarquer à Krakor. A peine l’ordre reçu, Chao Ponhea Yous Reachea quitta le fort, accompagné du colonel Peou. Une fois parvenu sur les lieux, il chercha un endroit idéal pour placer ses canons et ses hommes tout au long de la berge. Au même moment, Chanreachea ordonna au général de l’armée de l’eau Pich à partir, avec sa division de 20 000 hommes, à l’Est de la bouche de Tonlé sap pour attaque les ennemis par arrière. Après quoi, avec vingt cinq barques et plus de deux mille soldats de l’eau, Samdech Chanreachea monta à bord de sa barque de Saray Andète (algues flottantes), il quitta son campement pour s’établir tout près de la bouche de Tonlé Sap. Le lendemain matin, la patrouille fluviale signalait l’arrivée des bateaux d’ennemis. Le Colonel Peou, adjoint de Ponhea Yous Reachea, ordonna aux chefs des canons et les unités d’armes à feu de tirer sur les ennemis. Surpris par ces tires, le général Prag ordonna à ses troupes de se replier, mais le général Pich était plus rapide que ce dernier, il ordonna à ses troupes de sortir de leurs cachettes pour attaquer la retraite d’ennemis. Le bateau de Prag était immédiatement encerclé par les pirogues d’assaut des soldats de Pich. Prag et les membres son Etat-Major furent capturés. Onze autres chefs militaires arrivèrent à débarquer à l’Ouest du fleuve, mais ils étaient aussi capturés par les hommes de Pich qui les attendaient à la berge. L’armée vaincue s’enfuit à toutes jambes, mais Chanreachea arrivait à la tête de ses troupes à la rescousse. Le combat ne dura pas même une heure, les 22 gouverneurs et leurs 60 000 hommes demandèrent la reddition sans condition. Chanreachea accepta cette demande et garda le général Prag à la tête de son armée. Dans cette bataille, il y avait environ trois mille soldats de Prag qui étaient morts de noyade.

Faute de trouver un Brahmane pour assurer la cérémonie de « jure de fidélité » selon la tradition khmère, Chanreachea demanda aux transfuges de prononcer en criant après lui trois fois la formule de jure. Après quoi, il ordonna au Général Prag d’attaquer les trois provinces, Kompong Siem, Cheug Prey et Steug Trang. Celui-ci partit exécuter les ordres de son nouveau maître avec la vitesse du cheval et la fidélité du chien.

Ayant appris l’arrivée du Général Prag, les trois gouverneurs eurent les foies, ils abandonnèrent leur préfectures pour se réfugier à la capitale de Khân. Dès qu’il eut appris la fuite de ses anciens subordonnés, il écrivit un rapport officiel à Chanreachea. Celui-ci s’en montra satisfait et conféra au Général Prag la charge de gouvernement la partie Nord de la rive Ouest du Grand Lac. Sa mission principale était de rallier les gouverneurs et rassurer les populations de cette région. Prag et ses vingt et un gouverneurs remercièrent leur nouveau souverain et se retirèrent dans leur province respective. Arrivé dans sa province Asantouk, Chao Ponhea Ouktey Thirech Prag créait des brigades mobiles de propagandes. Chaque brigade était dirigé par un commissaire politique qui possédait deux qualités : un intellectuel connu et un homme éloquent de réputation. Ces hommes auraient été des anciens bonzes. En un peu de temps, ces chefs de brigades arrivaient à convaincre par voie pacifique plusieurs chefs des Meug (district) de la partie Est de la région Ouest : Moha Norkor, Sotnikum, Pourk, Kralaig, Chong Kal, etc.

Faisons un retour dans le passé : Après la victoire de Sdach Kkân sur son beau-frère, le roi Sokhun Bat à Basane, puis à Phnom-Penh, il y avait eu beaucoup des membres de la famille royale et les bonzes supérieurs et les Grands Brahmanes, fidèles à la monarchie, s’enfuirent de ces deux grandes villes pour se cacher dans la forêt. Ayant appris le retour de Samdech Chanreachea et sa victoire dans l’Ouest du pays, ils sortirent de leurs cachettes pour rejoindre ce dernier. Avant d’aller voir Samdech Chanreachea, ils se réunissaient dans le fort de l’armée pour discuter de l’avenir statutaire de Chanreachea. Voici ce qu’ils dirent :

Preah Chanreachea est un prince royal, fils du roi Thomme Reachea, il est intelligent, fort et se batte aujourd’hui pour restaurer la monarchie légitime du pays. Il est sans aucun doute destiner à devenir roi. Il a un éléphant magnifique de sept bras de hauteur. Cet éléphant a l’intelligence de l’homme. Il manipule les armes de guerre avec sa trompe et utilise ses quatre pieds pour esquiver les attaques des ennemis humains. Il sait guérir les maladies en aspergeant  l’eau bénite par sa trompe sur les malades. Si la pluie n’est pas au rendez-vous pendant la saison de pluies, il sait faire venir la pluie. Il fait savoir aux soldats qu’ils aillent gagner ou perdre la bataille par le son de son cri. Entre outre, Preah Chanreacha a aussi une barque, surnommée « Algues flottantes ». Cette barque possède plusieurs qualités : Elle est rapide sur l’eau comme le vent dans l’air. Phnom-Penh à Moha Norkor, elle fait en trois à quatre jours. La barque normale doit faire au moins dix à quinze jours. A chaque fois qu’on veut sortir la barque de son hangar, on doit jouer la musique classique (pinpeath) pour accompagner cette manœuvre. On offre tous le jours une offrande de 125 œufs de poulet au génie protecteur de cette barque. Au moment où on met la barque à l’eau, on doit vérifier le nombre d’œufs dans le panier,  si le nombre est au complet, on sait qu’on a besoin seulement 16 personnes pour la ramener au fleuve, parce qu’elle devient légère, et un bon présage pour les rameurs, dont le nombre est aussi 125. Si au contraire, il manque d’œufs dans le panier d’offrande, on dirait que le roi va avoir des ennuis.

Quand les dignitaires de l’ancien régime avaient rencontré Preah Chanreachea, ils lui demandaient sans ambages qu’il doive se sacrer roi. Ayant entendu cela, celui-ci, réticent, leur répondit ceci : « je crains bien que cette suggestion ne soit pas très convenable en ce moment de guerre». Mais, ils lui répliquaient qu’il est possible dans la tradition khmère de faire monter sur le trône un chef militaire en guerre par une cérémonie dite « Sangkramaphisêk » (sacre de guerre), une étape provisoire pour donner toutes les prérogatives de souverain à un chef de guerre, puis après sa victoire, un autre sacre, appelé « Prapdâphisêk », c’est-à-dire un homme qui devient roi de par ses victoires militaires. Après quoi, Samdech Chanreachea en accepta, parce que ce sacre enfin de compte lui permettra de montrer sa puissance royale et divine face à la cour de Khân..

On était alors dans le 9e jour du mois de (février/mars), année du rat, 1516, Samdech Chao Ponhea Chanreachea monta sur le trône du Kampuchéa. Il porta le titre Preah Borom Reachea Chanreachea Krauk Krong Kampuchéa Thipadey (Souverain provisoire). Après la cérémonie, il conféra aux dignitaires religieux, civils et militaires les titres et les charges de l’Etat en fonction de leurs mérites :    

Les dignitaires religieux :

1. Vénérable Chef de pagode Sours, était nommé au fonction de Chef religieux, ayant le titre Samdech Preah Sokunthir Thipday Sérey Saurthor ;

2. Vénérable Chef de pagode Srey, était nommé Samdech Mongkol Tepirchar ;

3. Vénérable Chef de pagode Som, était nommé Samdech Preah Thomlikheth ;

4. Vénérable Chef de pagode Loys, était nommé Samdech Porthivong ;

5. Vénérable Chef de pagode Toun au titre de de Samdech Vorakvong ;

6.Vénérable Chef de pagode Som, était nommé Samdech Preah Moha Promony ;

7.Vénérable Chef de pagode Chhay, était nommé Samdech Moha Vimolthomma. 

Ces vénérables avaient même rang protocolaire des ministres : Kralahom, Yaumreach, Veing, Chakrey, Moha Montrey, Moha Tep.

Les fonctionnaires :

Le roi Chanreachea fit la réforme de la fonction publique. Il créa six échelons d’hiérarchie :

- Lhoung, fonctionnaire ayant le grade de cinq Houpaung ; 

- Khoun, fonctionnaire ayant le grade de quatre Houpaung ;

- Meun, fonctionnaire ayant le grade de trois Houpaung ;

- Ouk Meun, fonctionnaire ayant le grade de deux Houpaung ;

- Chak Meun, fonctionnaire ayant le grade d’un Houpaung.

- Niy, fonctionnaire subalterne.

Jadis tous les gouverneurs de provinces, ayant le grade de dix à neuf Houpaung, portaient le titre Samdech Chao Ponhea. Ceux qui avaient le grade de huit Houpoung, portaient le titre de Ponhea. Dans la nouvelle réforme, les quatre grands gouverneurs ou Sdach Kraig (vice-roi), portaient le titre Okgna. Les gouverneurs, ayant le grade de neuf à dix Houpoung, portaient le titre Chao Ponhea, et ceux qui avaient le grade de huit à sept Houpoung, portaient le titre Ponhea. Tous les dignitaires du palais portaient le titre SénaPadey.

Les membres du gouvernement :

1. Preah Tip Chirchay Tep, était nommé Samdech Chao Fa Tolahak (Premier ministre) ;

2. Lhoung Séna Nourak Prom, était nommé Okgna Yaumreach (Ministre de la justice) ;

3. Lhoung Vichet, était nommé Okgna Kralahom (Ministre des armées de la marine et de l’eau) ;

4. Lhoung Odam Chenda Srey, était nommé Okgna Vaing (Ministre du Palais royal) ;

5. Lhoung Pheakdey Nourak Keo, était nommé Okgna Chakrey (Ministre des armées de terre).

Le cabinet du roi était composé de cinquante fonctionnaires. Son neveu, Chao Ponhea Yous Reachea, était nommé Chao Ponhea Reachea.

Les officiers généraux :

Les membres de sa famille maternelle :

1. Khoun Snéha nourak Keo, était nommé Okgna Vongsar Akreach ;

2. Meun Vichith Sathiros Sam, était nommé Okgna Vibol Reach ;

3. Meun Pharkdey nourak Tep, était nommé Okgna Thomma Thireach ;

4. Meun Visès Hathey Kao, était nommé Okgna Reach Dekchak.

Les autres militaires :

1. Chao Ponhea Séna Roeung Rithy Tey, était nommé Samdech Chetha Montrey ;

2. Chao Ponhea Chumrong Snéha Sin, était nommé Okgna Ekreach ;

3. Chao Ponhea Sénavuth Soun, était nommé Okgna Bâratès Reach ;

4. Chao Ponhea Séna Samsak Nou, était nommé Okgna Sreysou Tipvaing ;

5. Chao Ponhea Samdeng Avuth Mo, était nommé Okgna Norinthir Thipdey.

Les deux fils de Ta Moeung n’étaient pas oubliés. Le troisième fils était nommé Chao Ponhea Sangkriem, quant au quatrième fils, Sok, était nommé Okgna SoukirLauk. Ces deux fils supervisaient chacun plusieurs provinces. Le gouverneur de Battambang passait de grade de six Houpoung à neuf Houpoung. Il supervisait quatre districts : Monkol Borey, Teuk Chor, Bor Thaung, Peam Seyma et Maung Reusey.

Enfin, il faisait appel à tous les intellectuels du Royaume de lui rejoindre pour lui aider à bâtir un nouveau Kampuchéa. Cet appel était entendu dans tout le pays. Il inspirait le respect à toute la population et sa réputation s’accroîtrait de jour en jour. Il savait que le peuple attende de lui trois choses : L’ordre, le riz et la paix.   



La province de Siemreap était appelée Moha Norkor. Le Roi Ponhea Yat (1385-1427) a changé ce nom en Siemreap, après sa victoire contre les Siamois. Siemreap signifie « les siamois sont écrasés ».

Province d’Asantouk : Asantouk  est composé de deux mots : Asan (danger) et Touk (tristesse). On donnait ce nom à cette province, parce que dans la légende « Ponhea Krek ou Ponhea Krarchhoug» (Prince Krek). Ce prince ordonna ses soldats à de poursuivre la fuite d’un autre prince, nommé Basey Chamkrong, pour le tuer.  Arrivé à un lieu (Asantouk), la fugitive était en danger et triste. Ainsi, la population donnait le nom à cet endroit « Asantouk » (Danger et tristesse).  Aujourd’hui on appelle cet endroit « Santouk » (un district de la province de Kompong Thom). Jadis Asantouk était une grande province qui contrôle plusieurs autres petites provinces, appelées Meung (Srok ou district). Beaucoup de noms de Meung n’existe plus aujourd’hui, mais d’autres subsistent encore, mais sous un autre nom, par exemple : Koh Sès (Baray).         

Les endroits où les trois mille soldats du Général Prag étaient noyés sont appelés « Kompong Loung » de la province de Krakor. « Kompong Sdach Bâch » de la province Baribor. Le nom « Kompong Sdach Bâch » est appelé aujourd’hui « Kompong Ronthès Bâch ».   

Houpaung (Kbalpoung) : un fonctionnaire qui commande d’un millier de personnes.

Sdach Kraig, (vice-roi ou Grand Gouverneur). Montrey Knang Pous (les gouverneurs de province).

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