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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 12:53

Histoire de comprendre

 

L'esprit de Pol Pot...

 

Par Ou Chal

DEA de Philosophie

Ex-Secrétaire Général de Moulkhmer

 

Article publié dans la revue Moulkhmer, n° 163, Juillet 1998  - Valeur actuelle.

 

 

L’esprit de Pol Pot Es-tu toujours là ? Au Cambodge, pays macabrement lié au monstre Pol Pot, et au roi Sihanouk, respectivement auteur et complice de l’autogénocide (1975-79), l’âme de ce grand criminel et son emprise demeurent très vivaces. Tant que le polpotisme et le sihanoukisme ne sont pas morts, et continuent de diriger cet Etat, l’ère de démocratie et des droits de l’homme ne pourra jamais s’y établir. Et la révolution moderne, celle de la démocratisation, reste toujours à accomplir. Bref, plus d’un demi-siècle après l’accession de Sihanouk au trône, le Cambodge végète toujours dans le précipice. Et, vingt ans après l’arrivée des communistes vietnamisés au pouvoir en 1979, l’autogénocide demeure encore impuni ! La situation politique, économique et sociale y est étouffante. Dans le contexte explosif de l’Asie du Sud-Est, où le régime dictatorial et archi-corrompu de Marcos a été balayé, et où Suharto a été récemment écarté de la présidence, vingt ans de pouvoir royalo-communiste au Cambodge, ou, plus exactement, un demi-siècle la monarchie sihanoukienne, c’en est trop !

 

L’autogénocide banalisé :

 

Vingt ans après le crime, aucun pouvoir khmer n’a osé demander à la communauté internationale de le juger. Ses dirigeants sont trop occupés à s’enrichir personnellement. Ils passent leurs temps à s’autocélébrer. Quotidiennement, les journaux impriment des pancartes publicitaires vantant leurs mérites insignifiants, ou leur présentant des vœux d’anniversaire. Ces articles dithyrambiques sont payés par des flagorneurs de tous bords, qui ont bénéficié auparavant de bienveillances dans la corruption administrative : Octroi frauduleux de contrats, escroquerie financière…La flatterie s’accompagne de faveurs, de favoritisme et d’amnistie. Personne n’est surpris de la pauvreté de la population et du pays : Les dirigeants détournent et empochent l’argent d’État, l’absence de fiscalité sur les biens immobiliers (taxes foncières et impôts locaux…), qui frapperaient ces nouveaux propriétaires de terrains et villas spoliés après l’ère de Pol Pot. Sans une politique de fiscalisation et de redistribution de richesses nationales, tout le pays deviendra la zone de misère dans la mondialisation politique. Vingt ans après le génocide, la nation assiste encore à l’effort officiel de blanchiment du criminel ! Depuis 1993, l’histoire khmère est jalonnée de tollés contre ces amnisties, le pays se retrouve d’ores-et-déjà irréversiblement gouverné par des Khmers Rouges de tous bords. On connaît ceux qui ont profité de la première amnistie en faveur du troisième boucher Ieng Sary. L’opération de ravalement du crime et de banalisation se poursuit sans relâche. À la veille des campagnes officielles des élections législatives du 26 juillet 1998, Hun Sen a déclaré qu’il pardonnera à Khieu Samphân, si celui-ci lui livre Noun Chéa et Ta Mok. Khieu Samphân aura sa grâce et échappera à la condamnation en tant que principal rersponsable du génocide. Hun Sen se comporte étrangement comme un laveur de génocide. J’éprouve de la nausée, parce que Hun Sen, en tant que Khmer, et chef d’un parti politique dans ce petit Etat, distribue sans gêne des grâces aux bourreaux coupables de génocide sans consulter les victimes, et condamnés par la communauté internationale. Il méprise tout un peuple. Il encourage d’autres criminalités, et ne défend ni droit ni la justice. Il joue son rôle de défenseur du polpotisme. Quelques jours auparavant, il a grâcié les principaux Khmers Rouges « dissidents » de Ta Mok (à savoir Mak Ben, Thioun Thioeurn, Chan Youran, In Sophéap, Kor Bun Héng…). Historiquement, on peut d’ores-et-déjà qualifier 1979-1998 de période de ravalement, de banalisation et de bonification du génocide. En effaçant le passé, en s’associant à la mafia et en s’adonnant à la corruption, le pouvoir aggrave la misère de tout un peuple. Les ingrédients d’explosion social existant dans la région sud-est asiatique sont d’ores-et-déjà réunis dans ce système rayalo-communiste. Il y aura nécessairement la destitution des Marcos khmers, le limogeage des Suharto cambodgiens, ou l’emprisonnement des présidents à la coréenne. La politique de réconciliation nationale avec les criminels est une politique de ravalement des crimes. Pour sauver la monarchie sihanoukienne ? Pour pérenniser les pouvoirs des anciens Khmers Rouges et complices ? Le chaos khmer est toujours là, total et inextricable ! La justice n’y est pas indépendante. L’armée est clanique, indisciplinée et inefficace ; elle constitue un très lourd fardeau pour le budget de ce petit Etat. Elle est source d’instabilité politique pour le pays. Il n’existe plus de notion de service public dans l’administration. Il n’y a que la corruption, la mafia, et le laisser-aller du libéralisme sauvage. Quelques partis sont propriétaires des richesses du pays et une poignée de dirigeants détient tous les pouvoirs. Depuis 1993, aucun crime ou assassinat recensé par l’ONU n’a été élucidé. Où est passé l’esprit de démocratie, de justice et de valeurs humaines, entretenu lors de la première révolution républicaine ? Si les dirigeants ne veulent pas se rappeler du passé, ils ne seront pas capables de construire le présent. Car, sans mémoire, ils ne pourraient rien bâtir de solide. Cette nation en ruines, amnésique, et souillée par Pol Pot et Sihanouk a déjà perdu son identité. Les Cambodgiens éprouvent une grande honte devant cette dégénérescence ethnique et morale : l’esprit de Pol Pot continue insidieusement de diriger ce royaume. Après plus d’un demi-siècle de règne de Sihanouk, le pays est toujours banni par l’ONU, et n’est même pas capable d’organiser tout seul ses élections législatives. L’ONU a esquissé récemment la forme d’un Tribunal International pour juger tous les crimes futurs contre l’humanité. La communauté internationale a déjà mis sur pied trois tribunaux spéciaux pour juger les génocides en Allemagne, en Yougoslavie et au Rwanda. Récemment, la France a reconnu le génocide arménien, perpétré par la Turquie. L’autogénocide khmer, commis par une poignée de monstre aidés par un roi fou nommé Sihanouk, dépasse l’entendement humain. Un quart de siècle après, ce crime continue d’être blanchi par le complice, bonifié par ceux-là, même qui y ont participé et qui dirigent actuellement le pays. Le Cambodge ne sera jamais stable avec ces hordes de criminels impunis. C’est un devoir suprême pour les Cambodgiens de combattre pour la vérité du génocide, pour le mémoire des victimes et pour la stabilité du pays afin de pouvoir y bâtir leur avenir. Cette noble mission nécessite tout un programme : Référendum constitutionnel, mouvement libérateur, création d’institutions adéquates pour juger le crime. Sans cette perspective, la participation actuelle de trente neuf partis aux élections législatives du 26 juillet se révélera inutile, car après ce scrutin le chaos social, politique et économique continuera de plus belle !

 

Les dettes, les aides et la trésorerie de l’État :

 

L’État royalo-communiste fonctionne comme si sa trésorerie appartenait aux dirigeants des partis. Il n’existe pas d’institutions indépendantes pour contrôler les dépenses d’Etat. D’où la corruption impunie, l’inutilité et l’inefficacité des aides et prêts étrangers. Ces fonds se retrouvent détournés de leurs objectifs d’origine. Dans quelques années, l’État se retrouvera asphyxié, comme certains pays du tiers-monde, par le poids d’emprunts. L’essentiel de ces dettes n’a pas été utilisé dans la construction d’infrastructure ou dans des investissements productifs. Ces emprunts détournés alimentent la colère généralisée sociale et fragile la solidarité nationale. Il étrangle mortellement l’économie qui perd ainsi sa capacité d’adaptation et de modernisation. Lors des campagnes électorales, certains partis riches distribuent des pièces de tissus, du riz, du prahoc, du sel…aux électeurs. Du prahoc et du sel…avant les élections, en échange de corruptions impunies, quand ils seront au pouvoir ? Il faut démanteler ce régime et changer cette mentalité. Sinon, après les élections, tout redeviendra pareil !

 

La corruption et la fortune des dirigeants :

 

Au Zaïre, on continue de polémiquer, d’enquêter, et réclamer la fortune de Mobutu, accumulée au cours de son règne. Quotidiennement, des étudiants indonésiens réclament le jugement et la restitution des richesses détournées par Suharto et sa famille (plusieurs milliards de dollars). Les mêmes évènements se sont produits aux Philippines, en Corée du Sud. La dictature et la corruption ont toujours été la source de bouleversements politiques et sociaux, partout dans le monde. Le Cambodge ne pourra pas y échapper, car l’injustice y est de grande envergure. Le processus en est déjà enclenché, et arrivera bientôt à sa maturité. La société khmère vit actuellement sa phase de croisière de corruption et de criminalité. Rien ne pourra être résolu si on n’y instaure pas le système républicain. Car la banalisation du génocide, de la criminalité et de la corruption ne peut se développer impunément que dans ce système royalo-communiste.

 

L’opposition impossible :

 

La tradition féodale khmère n’a jamais permis à la classe politique de pratiquer la démocratie. Celle-ci suppose l’existence et la reconnaissance officielle de l’opposition. Cette démocratie n’existe que de façade, pour tromper la communauté internationale. Elle n’a jamais connu d’élections locales ou municipales. Sans bases de démocratie locale, et sans moyens, les véritables oppositions démocratiques ne seraient jamais viables. Il n’y aurait que des oppositions complaisantes. Pour jouir de la stabilité politique, il faut au préalable procéder aux élections municipales et locales offrant ainsi aux différentes oppositions l’opportunité d’exercer leurs compétences. Si elles perdent le scrutin législatif, au moins elles peuvent garder certains pouvoirs locaux. Hélas, au lieu d’organiser d’abord ces élections municipales, avant la fin de son mandat, le gouvernement mal inspiré a choisi de les oublier pour mieux frauder au scrutin législatif. Donc, il n’y aura rien de positif à attendre, ni démocratiquement, ni socialement. On peut qualifier ce scrutin de « mettre la charrue avant les bœufs ». On ne peut espérer qu’il aura la tenue d’un tribunal contre le génocide. Des pouvoirs successifs travailleront encore à faire oublier ce crime. Et, il y aura plus de corruption, plus d’enlèvements, plus de criminalités. Quoiqu’ils fassent ou qu’ils disent, les dirigeants khmers continuent d’agir sous l’emprise de l’esprit de Pol Pot. Ce qui se produit aujourd’hui en Indonésie, ou hier aux Philippines et en Corée du sud, aura lieu nécessairement au Cambodge.

 

L’étape républicaine :

 

Il y aura donc tôt ou tard une grande secousse démocratique pour mettre fin à cette dégénérescence. À travers le monde, seule la révolution républicaine a fait ses preuves dans sa mission de démocratisation. Des grèves et manifestations en sont les premiers pas. L’étape républicaine sera inévitable pour démanteler le régime antidémocratique, sans identité et sans mémoire. Elle prendra le temps, à cause de l’emprise de cette dictature et du degré de prise de conscience du peuple. La Corée du Sud a mis un demi-siècle avant de pouvoir emprisonner deux présidents de la république. Il en est de même des Philippines, avant le démantèlement de l’équipe et de la famille Marcos. La Thaïlande a également des révolutions à petites dosses. Elle a progressé sans trop de massacre de rue pour adapter ses Constitutions, et le Roi joue un rôle important et bénéfique, ce qui est contraire au Roi cambodgien qui joue un rôle néfaste pour la démocratie dans son pays. L’Indonésie a déjà entamé sa phase de bouleversement politiques et sociale. Au Cambodge, en retard de 50 ans sur ses voisins, sans ces premiers pas républicains, il n’y aura pas de bouleversements sociaux, démocratiques, bénéfiques et stables. Les dirigeants khmers actuels, à l’instar de leurs collègues régionaux, continuent d’accumuler d’énormes fortunes, par la corruption. Le premier gouvernement khmer juste et intègre sera celui qui osera bouleverser l’ordre actuel et juger tous les auteurs du génocide et les dirigeants corrompus. D’ici là, tous les gouvernements successifs demeureront aveugles, sans mémoire, sans identité. Le coup de force des 5-6 juillet n’était qu’un coup ambigu, sans idéologie, fonctionnant dans une logique de renforcement de pouvoir communiste aux dépens des monarchistes. C’était une affaire des royalo-communistes. Une fois dans l’impasse, le pouvoir s’est arrangé pour innocenter tout le monde y compris Ranariddh et le FUNCINPEC. Actuellement, l’armée indisciplinée et pléthorique s’est empêtrée dans le problème d’incorporation des soldats de Nkek Bun Chhay. Toutes les guerres cambodgiennes proviennent de ces forces armées. Ce coup inutile, sur fond de luttes pour le pouvoir, a été ramené à sa piètre signification par le Japon. Bref, il a déshonoré le Cambodge et le mal consolidé le pouvoir des protagonistes. Le Cambodge se trouve plus que jamais déstabilisé sur ces nouvelles bases. Chaque camp se retranche de nouveau dans sa sa position d’origine. Le pays est revenu à la même situation qu’avant 1993 où les Khmers Rouges gardaient leurs forces pour détruire la nation après les élections. En 1998, l’armée de Ranariddh sous la direction de Nhek Bun Chhay, adoptera la même tactique, tout en participant aux élections législatives. La seule solution valable pour le pays, c’est l’écrasement de ces rebelles par une représentative des valeurs républicaines. Sans cette perspective, les prochains aides ou prêts étrangers n’enrichiront que les voyous politiciens. Vingt ans après le génocide, les Cambodgiens se retrouvent toujours sans espoir d’avenir. C’en est trop ! Le changement de régimes ou de dirigeants, fût-il fréquent, par des mécanismes démocratiques, se révèle très nécessaire, tant sur le plan psychologique que moral. Sur le plan social et économique, ce serait vital et urgent. Un demi-siècle de règne de Sihanouk, c’est plus que catastrophique, surtout quand Sihanouk a été le complice du génocide de son propre peuple !

 

Le devoir des Cambodgiens :

 

Dans ce chaos moral, social, et de banalisation du génocide, tout Cambodgien a le devoir de combattre pour la vérité, pour préserver son passé, et rétablir la justice, pour l’honneur de sa nation et celui de l’humanité. Les criminels et leurs complices s’efforcent toujours de faire oublier l’autogénocide. L’avenir sera du côté de la vérité et de la justice, et l’Histoire jugera ces dirigeants criminels. L’ère de la grande autoroute de l’information l’aidera dans cette entreprise. Jusqu’à présent, les dirigeants khmers ne sont pas dignes de représenter leurs compatriotes, leur nation, ou leur culture d’origine. Ce ne sont que des profiteurs et complices du crime. La tâche de libération sera de longue haleine. Mais elle est très noble, et mérite d’être très bien remplie. La race khmère, sa nation et sa culture ne devraient pas s’identifier à la barbarie de Pol Pot, ni à l’imbécillité de la monarchie sihanoukienne.

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 16:24

Histoire de comprendre

Un château de sable

 

Editorial Moulkhmer

 

 

Article publié dans la revue Moulkhmer, n° 128, Août 1991

 

Il faudrait assurément une bonne dose d’optimisme pour croire qu’avec l’accord de paix sur le Cambodge, signé à Paris le 23 Octobre 1991, tout va maintenant s’arranger pour le mieux. Le « règlement politique global » destiné à mettre fin au long conflit cambodgien ne règle rien du tout en effet, sinon sur le papier – comme cela avait déjà été le cas pour un autre accord de Paris, signé le 27 janvier 1973 avec le même faste et qui devait, théoriquement régler le conflit vietnamien. Or on sait quelle succession de tragédie avait engendré cet accord-là, et il faut bien garder cela en mémoire pour ne pas s’exposer à d’amères désillusions à la suite du récent accord sur le Cambodge.

 

Cet accord doit, en principe, ramener la paix sur tout le territoire cambodgien. Mais il s’agit d’une paix immorale, puisque – sous des prétextes très discutables – on y a associé, comme signataire à part entière, les auteurs d’un monstrueux génocide. Lesquels, en d’autre temps, auraient été traduits devant un tribunal international, jugés, condamnés et – pour les plus coupables – promptement envoyés à la potence. Rien de semblable n’a été fait dans le cas du Cambodge, et la paix qu’on nous annonce est donc bien une paix immorale – qui met sur le même pied les bourreaux et leurs victimes. Or une paix immorale ne peut être qu’une mauvaise paix, et une mauvaise paix ne peut produire que des effets pervers et, inévitablement, de nouveaux drames.

 

Mais même en négligeant l’aspect éthique du problème, aspect qui n’a été évoqué d’ailleurs, le 23 octobre, que dans deux discours seulement (USA et Grande-Bretagne), force est de constater que l’accord signé ce jour-là repose sur des bases bien fragiles. Car, en fait, le document principal (d’une quarantaine de pages dans le texte français) est construit sur deux postulats extrêmement hasardeux : la bonne foi et la bonne volonté des quatre « Parties cambodgiennes » signataires (les 4 factions existantes) d’une part, et le bon fonctionnement du « C.N.S. » d’autre part. Or, dans les deux cas, les doutes les plus sérieux sont permis quant à la solidité de ces deux principaux piliers de l’édifice laborieusement échafaudé par la diplomatie internationale.

 

Les quatre factions en effet, depuis 12 ans qu’elles existent, ont surtout montré qu’elles étaient préoccupées essentiellement par le contrôle du pouvoir à Phnom-Penh. C’est leur préoccupée majeure, qui exclut forcément toute idée de coopération sincère entre elles. On sait d’ailleurs – qui pourrait l’ignorer encore aujourd’hui ? – que ces factions se détestent, et que les mots de « réconciliation nationale » n’ont pour elles qu’une signification purement verbale. Dans la réalité, elles sont chacune bien décidées à défendre âprement leurs intérêts respectifs, dans un climat et d’animosité qui était facilement discernable pendant leur récent séjour à Paris. Des déclarations faites par M. Hun Sen le 22 octobre et par le Prince Sihanouk le 23 (aussitôt après la signature de l’accord) sont, à cet égard, très significatives. Il est vrai que lorsque l’on a des partenaires comme les Khmers Rouges la confiance peut difficilement régner…

À ce climat de méfiance et aux intérêts divergents s’ajoutent des querelles intestines au sein des différentes factions. Deux d’entre elles, les deux factions dites « non communistes » sont déjà dans une situation proche de l’implosion. Des clans s’affrontent et se déchirent au sein de ces deux factions, pour lesquelles les questions de personnes – et donc d’intérêts personnels, le plus souvent – jouent un rôle prépondérant. Pour l’une d’elles, le « FNLPK », c’est l’autoritarisme de son leader nominal qui a déclenché une crise interne qui dure depuis 1985, et qui n’a fait qu’empirer d’année en année. Pour l’autre, le « Funcinpec », trois clans au moins s’opposent entre eux, et le Prince Sihanouk paraît incapable de ramener la concorde au sein de son propre mouvement. Comment pourrait-il alors prétendre « réconcilier » l’ensemble des Cambodgiens dont beaucoup, d’ailleurs, n’oublient pas sa responsabilité personnelle dans toutes les tragédies survenues depuis 1970 ? Quant aux deux autres factions, qui prétendent l’une et l’autre n’être plus communistes, leurs désaccords internes sont moins voyants, elles savent mieux les camoufler, mais il y a lieu de penser qu’ils existent bel et bien.

 

Dans ces conditions, comment fonctionnera le « C.N.S. » - et pourra-t-il seulement fonctionner ? La question se pose dès maintenant, puisqu’on sait déjà que les Khmers Rouges n’ont aucune envie de revenir à Phnom-Penh actuellement et que M. Son Sann, de son côté, est très réticent en ce qui concerne son propre retour. Or si le « C.N.S. », pour une raison ou pour une autre, ne peut pas se réunir dans la capitale cambodgienne le 20 novembre comme prévu tout l’édifice péniblement échafaudé par l’accord de Paris risque alors de s’écrouler. Il en serait de même, d’ailleurs, si la réunion avait lieu et n’aboutissait qu’à de nouvelles querelles interfactions.

 

C’est dire combien est fragile un accord qui repose, pour une large part, sur un fonctionnement de ce « Conseil » et sur une « réconciliation nationale » très hypothétique. L’accord « historique » du 23 octobre 1991 pourrait dont fort bien n’être qu’un château de sable, qu’une seule vague suffit à démanteler. La dislocation ou la paralysie éventuelles du « C.N.S. » ne constitueraient pas cependant un irréparable malheur pour le peuple cambodgien. Car, d’une part, il s’est bien passé de ce « Conseil » jusqu’à maintenant et, d’autre part, il n’a aucune envie de voir revenir les Khmers Rouges – dans le cadre du « C.N.S. » précisément.

 

Le non-fonctionnement ou mauvais fonctionnement de cet organisme composé de factions si peu disposées à s’entendre ne sont, évidemment, que des hypothèses évoquées seulement pour illustrer la fragilité de l’accord de Paris sur le Cambodge. Mais d’autres problèmes, qui ne vont pas tarder à se poser, illustreront aussi cette fragilité. Notamment en ce qui concerne le contrôle du cessez-le-feu annoncé le 24 juin dernier. Comment s’effectuera ce contrôle et par quels moyens ? Qui pourra se charger d’un désarmement réel des forces des différentes factions, et surtout de celles des Khmers Rouges ? On ignore tout, du reste, des moyens et effectifs que l’O.N.U. engagera pour effectuer ce désarmement et pour mener à bien les nombreuses autres tâches que l’accord de paix lui assigne, puisque cet accord ne fournit guère de précision et ne donne aucun chiffre à ce sujet.

 

Sans doute faut-il féliciter, malgré tout, des bonnes intentions qui abondent dans l’accord en question. Mais sans trop d’illusion, surtout si l’on garde en mémoire le triste sort qu’a connu l’accord du 27 janvier 1973 sur le Vietnam. On ne peut manquer de noter, par ailleurs, que l’accord de paix sur le Cambodge présente de nombreuses et graves lacunes. Ainsi, par exemple, le document principal ne contient, en tout et pour tout, que 5 lignes au chapitre des garanties internationales (article 18). Il y a bien, il est vrai, un document séparé sur le même sujet, mais si vague et si inconsistant qu’on est forcé de comprendre que ces « garanties » ne sont guère autre chose que du vent. Quant aux autres lacunes du document principal, elles sont tout aussi préoccupantes. Il en est ainsi, entre autres, du problème des « colons » vietnamiens, auquel l’accord ne consacre pas une ligne. Et on pourrait aisément multiplier les exemples.

 

D’où la question qui se pose dès maintenant : Combien de temps va pouvoir tenir un tel château de sable ? Trois mois, six mois, ou bien un an ou deux ? L’avenir seul le dira, mais il est vraisemblable que la réponse ne se fera pas attendre pendant des années. Elle viendra à court ou à moyen terme. D’ici là le Cambodge connaîtra peut-être un certain répit, jusqu’à des élections qui n’offriront pas à son peuple des choix bien réjouissant, et ce sera toujours autant de gagné. Mais pendant ce répit, et dans l’attente de l’écroulement presque inéluctable du château de sable, il faudra savoir préparer l’avenir. En comptant d’abord sur soi-même plus que sur l’O.N.U., qui ne fera aucun miracle, et qui commettra une erreur monumentale si elle continue de confondre le cas du Cambodge avec celui de la Namibie. Il n’y a rien de commun en effet entre deux situations, et l’autorité onusienne de tutelle (« APRONUC ») finira bien par s’en apercevoir en 1992, quand elle sera à pied d’œuvre. Il faut souhaiter seulement qu’elle ne s’en apercevoir pas trop tard, lorsque les nouveaux drames résultant d’une paix mal faite ne seront déjà plus évitables.

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 12:04

Histoire de comprendre

Quelles perspectives, et que faire ?

 

Par Ou Chal

DEA de Philosophie

Ex-Secrétaire Général de Moulkhmer

 

Article publié dans la revue Moulkhmer, n° 127, Août 1991

 

A - L’O.N.U. : Le C.N.S[1]. version Pattaya est rouge et devra donc être reçu en tant que membre observateur intérimaire et transitoire, en attendant l’élection générale d’où sortiront les représentants légaux du Cambodge. Après avoir classé la coalition criminelle, pourquoi reconnaître le même monstre ? En n’admettant pas définitivement ce montre en son sein, l’O.N.U. aiderait très positivement le peule cambodgien en obligeant les Chinois et les Vietnamiens à dénoncer démocratiquement la crise khmère, sans arrière-pensées. Dans l’esprit de ces communistes asiatiques, l’élection libre pourrait être renvoyée aux calendes grecques. Le C.N.S. concocté par Sihanouk n’est que l’avatar déguisé du communisme peint en rose et à façade royale. Par la nature de son accoucheur, cet organe sera source d’instabilité, d’incertitude et d’improvisation.

 

B – L’Europe : L’Europe occidentale a perdu sa marque de manœuvre pour libéraliser et démocratiser la vie politique khmère. Tout est manœuvres et complots entre communistes chinois et vietnamiens. Le C.N.S. servira bel et bien leurs intérêts communs. Le C.N.S. – Pattaya – ne pourra refuser de rembourser ses dettes politiques, idéologiques, économiques, financières, morales à ses bailleurs de fonds. C’est le remboursement sous la table, sans factures, et encore sur le dos des Cambodgiens exsangues. Les communistes asiatiques, qui vacillent sur leur iceberg idéologique, tentent de sauver leurs meubles avant le renversement inévitable par leurs peuples opprimés. Le C.N.S. « super-gouvernement » n’est donc qu’un C.N.S. super-endetté. La C.E.E. en prendra-t-elle conscience ?

 

C – Le Monde : Attendre et ne pas se précipiter dans la reconnaissance de ce C.N.S version Pattaya. Cette attitude aiderait effectivement les Cambodgiens à goûter un jour le bonheur d’être libres. Pour la communauté internationale, c’est la moindre des choses, et c’est très efficace de faire pression sur les Chinois et les Vietnamiens pour le bien et les droits imprescriptibles des Cambodgien. Espérons que ce message sera entendu.

 

D – Les Cambodgiens : Ils ne voient pas encore le bout du tunnel. Ils se méfient de ce C.N.S. non représentatif. Les membres de cet organe se sont nommés eux-mêmes et se partagent un pouvoir quasi-absolu. En aucun cas ce n’est dans leur intérêt que cet organe survive. Les Cambodgiens ne reconnaîtront ni son drapeau, ni son hymne. Les trois ou quatre drapeaux maudits de ces quatre factions et leurs quatre hymnes macabres ne peuvent remplacer pour les Cambodgiens le bonheur de pouvoir aller à la pagode se prosterner devant les bouts de tissu représentant les parents disparus pendant le génocide, ou bien de pouvoir pratiquer les danses traditionnelles que sont le « Ram Vong » et « Ram Khbach ». Dans la confusion des drapeaux et hymnes de ces maudites factions, les Cambodgiens y perdent leur sanskrit et leur pâli. Le C.N.S. ne fait donc que créer un nouveau chaos.

 

Quel espoir ?

 

Si le C .N.S. – Pattaya – travaille effectivement pour faire perdurer le communisme asiatique, la perspective de liberté au Cambodge s’éloignera d’autant… Que faire devant le danger réel d’un retour des Khmers Rouges ? Une solution à la Franco, version cambodgiens ? Quelles esquisses : que le régime bâtard de Hun Sen tienne bon jusqu’à la disparition complète des Khmers Rouges. Organiser des élections générales libres en n’acceptant que des candidats professant la volonté de combattre et condamner les Khmers Rouges, auteurs du génocide. Cette vue de l’esprit faciliterait la tâche de l’O.N.U. pour revoir sa copie tant sur la conception, l’essence, la nature que sur les objectifs du C.N.S. Elle éclaircirait l’horizon de liberté au Cambodge, et garantirait le peuple cambodgien contre le danger d’un second génocide. Le C.N.S. a tort de réhabiliter politiquement les Khmers Rouges. Car Pol Pot ne renoncera jamais à reprendre tous les pouvoirs par la force.

 

À pactiser avec le diable, on fini un jour par en devenir la victime.



[1] C.N.S. Conseil National Suprême du Cambodge

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 08:01

Histoire de comprendre

In Tam ; Une certaine idée des élections de 1993 et le mal khmer

 

N.B : Après les élections électorales en 1993, j’ai écrit une lettre en khmer, datée du 8 juillet 1993 à M. In Tam pour lui encourager de continuer son combat politique pour le pays. Voici sa réponse, datée du 18 juillet 1993. (Texte en khmer).

 

Il m’a demandé de ne pas publier cette lettre avant sa mort. S.E. In Tam est décédé aux Etats-Unis (Arizona) le 1er avril 2006 à l’âge de 83 ans.  

Mon neveu bien aimé et espéré,

J’ai bien reçu ta lettre avec joie, dans laquelle tu m’as encouragé dans un moment où je suis entrain de chercher une voie utile pour terminer ma vie dans ce monde.

Concernant les affaires du pays, je t’avoue que je ne peux pas les oublier, parce que, d’une part j’avais une part de responsabilité pendant 50 ans, depuis le 1er juillet 1943, en tant que serviteur de l’État, et d’autre part, je constate que les Khmers ne soient plus aujourd’hui le maître de leur destin.

(Oum) J’ai cité seulement ici la période du 7 Décembre 1946 jusqu’à la date des élections de 1993 pour te souligner que le problème khmer actuel est loin d'être terminé.

Balat Srok (adjoint du sous-gouverneur) de Kompong Trabèk, chef douanier du district de Banam (au moment où les japonais décidèrent d’arrêter les Français), Chef du district de Koh Skar aux confins de la frontière khmère, Balat Srok de Baphnom, Chauvay Srok (sous-gouverneur) de Kralaih (au moment où le Siam acceptait de rétrocéder à notre pays les territoires annexés) : Durant cette période je constate que les problèmes d’hier sont les mêmes qu’aujourd’hui.

Quand j’étais Balat de Baphnom, j’ai pu enchanter une bande de cinquantaine bandits, munie de 5 fusils, à se rallier. Au cours d’une opération militaire de répression à Prey Chanrouk, le nid de ces bandits, 20 des leurs ont pu s’échapper, en amenant avec eux 2 fusils, de l’encerclement et 33 autres m’ont demandé la soumission. Ces 22 bandits ont demandé plus tard leur soumission auprès de l’autorité du district de Mémot. Le chef de bandits m’a remis les 3 fusils un par un en pleurant. J’ai fait semblance de lui redonner ces fusils, cependant j’ai demandé au maire du village, chanteur de Chapey (nom d’instrument de musique à 2 ou 3 cordes), de chanter un morceau de gouaille populaire jusqu’à ce chef de bandits s’éclata de rire. À la fin, ce dernier m’a rendu les 3 mousquetons. Je me rappelle bien de cet évènement, parce qu’il s’était passé à la date de naissance de mon fils aîné. J’ai donné le nom à mon fils « Kirivuth » (Arme de montagne). Ce nom a une signification suivante : Il est né à côté de la montagne et à la date de soumission des bandits.

Quand j’étais muté au nouveau poste, Chauvaysrok Kralaih, le 7 décembre 1946, ces bandits reprirent leurs activités. L’autorité a envoyé des unités militaires et policières pour les arrêter. Ces bandits ont pu percer l’encerclement en tuant Yokbat (Secrétaire administratif) Mi et 2 policiers, parce que ces victimes se trouvaient sur leur chemin de fuite. Nous savions que les corps des trois fonctionnaires ont été enterrés dans une fosse commune, mais nous n’avion jamais retrouvé leur corps.

Quand j’étais Chauvaysrok de Kralaih, Paun (petit frère) Kim Ang était Chauvaysrok de Chi Krèh. Jeune Chauvaysrok, il fut supervisé par Oum (Oncle) pendant un an. Nous étions aux confins opposés de la province de Siemreap : Est et Ouest. Nous étions chargés par l’Administration royale de négocier directement avec M. Dap Chhoun. Nous étions lieutenants gauche et droite de S.E. San Youn, alors gouverneur. Dap Chhoun avait accepté de se rallier à l’autorité royale avec deux conditions : le retrait de l’autorité française des provinces de Siemreap et Kompong Thom et sa nomination officielle au poste de Commandant de Corps Franc avec 700 fusils. Au départ le Roi nomma le Prince Sirik Matak au poste de commandant du secteur Nord du pays pour remplacer M. Corbel, un militaire français. Le Prince Sirik Matak avait le grade de « Chef de bataillon » ; Dap Chho avait aussi ce grade. Les deux hommes ne s’entendaient pas, les algarades fracassantes s’éclatèrent, le Prince Sirik Matak se déclara forfait en donnant sa démission. Il fut remplacé par M. Ok Loun. Celui-ci avait une charge complémentaire de gouverneur de province, parce qu’on aurait cru que cette formule soit une solution pour contrôler Dap Choun. Mais, chaque nuit tombante, on trouve toujours un nouveau cadavre à côté de cabane ou dans le fossé de l’eau usée : c’étaient des règlements de compte. La troisième solution, c’était de confier la totalité de pouvoir à Dap Chhoun en tant que Délégué Royal. Quand Dap Choun fut nommé à ce poste, on constatait qu’il n’y avait plus de cadavre. En revanche, la population vivait dans la peur, elle ne connaissait pas qu’est ce que la liberté, la démocratie authentique. Même les juges, ils vivaient aussi dans la peur.

Le cas de M. Kao Tâk, beau-père de M. Hang  Thun Hak. Celui-ci était chef des partisans « antifrançais » avec plus de 200 fusils. Il refusait de se soumettre à l’autorité royale. Dap Chhoun réussissait à tuer Kao Tâk au village de Sasar Sdam, parce que ce dernier avait été tombé dans le stratagème de Dap Choun.

Quand je pense aux bandits de Baphnom qui n’ont eu que 3 fusils et Dap Chhoun qui n’a eu que 700, mais ils ont pu faire ce qu’ils veulent ; par exemple, Dap Chhoun a pu régner en Seigneur sur deux provinces (Siemreap et Kompong Thom), je me dis que nous sommes encore loin de trouver une solution aux problèmes khmers actuels, parce qu’il y a aujourd’hui sur notre territoire plus de 200 000 fusils : Le groupe de Pracheachoun (PPC) possède plus de 100 000 et la coalition tripartite (Khmers Rouges, Funcinpec et Parti Son Sann) possède 100 000 autres. Et chaque camp fait des efforts pour recruter des nouvelles recrues, afin que leurs généraux pourraient porter les 5 étoiles, 3 étoiles et une étoile sur leurs épaules. Compte tenu des effectifs des Khmers Rouges, leurs généraux sont en principe plus gradés que de leurs collègues du Funcinpec. Je pense aussi qu’au Coup d’État du 18 mars 1970 dont la cause était au départ de solliciter S.E. Lon Nol de présider un gouvernement de sauvetage afin qu’il fit des démarches auprès des Américains pour demander l’aide militaire pour nourrir une armée d’à peine 30 000 hommes.

Arrivé à ce point, il me reste seulement à faire des vœux aux gagnants des élections de réussir dans leurs missions de rétablir la paix dans le pays. Cette paix est sans doute le souhait du peuple khmer, n’est-ce pas ? Mais quelle paix ?

J’avais décidé de me retirer de la vie politique pour me consacrer à rédiger un mémoire. Après les élections de 1993, j’ai décidé de continuer mon combat jusqu’au retrait de l’Untac du pays. Selon moi, cette autorité était la seule responsable des élections non libres et non équitables et l’arbitre impartial dans les règlements des conflits entre les parties khmères. Par manque des moyens financiers, j’aurai renoncé à rester au Cambodge jusqu’à la fin de la mission de l’Untac.

Je pense que le but recherché dans les élections de 1993, n’était pas pour la population, mais pour mettre fin seulement aux conflits armés entre les vainqueurs de 1975.

 S.E. Son Sann obtenait 10 sièges grâce aux modes de contage au niveau provincial. Si on devait employer le mot « l’Equitable = répartition proportionnelle à la française », c’est-à-dire de considérer le pays tout entier comme une seule circonscription électorale. Les résultats auraient été différents :  Le Parti Son Sann aurait eu 5 sièges, Funcinpec 51 sièges, PPC 46 sièges, Parti M. Sakhan 2 sièges, Moulika 2 sièges et tous les autres partis auraient eu chacun 1 siège.

Mais, dans l’accord de Paris, dans l’annexe 3, point 2, on stipule : « Les élections visées à l’article 12 du présent Accord se tiendront dans tout le Cambodge à l’échelon des provinces… » Il y avait sans doute des spécialistes de l’ONU qui étudièrent de A à Z pour faire en sorte que les élections soient seulement pour les 3 grands partis ayant des forces armées. La formule cherchée était : « Funcinpec moins KR plus PPC = Bloc communiste dans le nouveau grand Funcinpec ». C’était ainsi la volonté des 5 grandes puissants. Le système de majorité à 1/3 était une pression des 5 aux 3 grands partis khmers à former un gouvernement d’union nationale pour gouverner le pays. Nous n’aurions pas pu faire grande chose contre cette volonté, parce que nous n’étions pas des thaumaturges.

Nous avons participé à ces élections comme un petit enfant en larme attiré par les bonbons de l’Untac. Elle nous avait offert 5 minutes et 2 fois seulement par semaine à parler à la télévision. De temps de temps, elle avait organisé une table ronde, à chaque fois, elle invitait 4 partis à y participer. Nous avons eu le droit de répondre à 3 questions seulement, posées par les membres de l’Untac, et chaque réponse pour 2 minutes. Nous parlions donc seulement pendant 6 minutes seulement à chaque table ronde. S’il fallait faire le contage : 144 Minutes de droit de parole pour les 24 partis participants des élections organisées par l’ONU en 1993. Quant au PPC, il avait sa radio et sa télévision émise des émissions tous les soirs. Le Funcinpec avait aussi sa radio et sa télévision pour échanger les points de vue avec le PPC.

À chaque fois j’ai parlé à la radio, les paysans, possédant la radio, m’écoutaient attentivement. Ils nous félicitaient toujours en catimini. Untac avait invité tous les partis politiques à la place de Mèn pour conclure la campagne électorale. Chaque parti avait droit 8 minutes de parole. J’ai adressé aux assistants dans les termes suivants : « Je ne sais pas exprimer pendant 8 minutes un sujet qui a besoin 2 heures ». Ces assistants ont applaudi de mes remarques. Après 8 minutes, j’ai cessé de parler. Ces mêmes assistants m’ont insisté à continuer de parler, mais j’ai leur répondu, c’est impossible, je ne peux pas transgresser la loi de l’Untac. Après quoi, tous les journalistes étrangers, qui ont entendu les applaudissements, m’ont suivi jusqu’au siège du parti pour me poser la question : « Vous avez parlé de quoi pour qu’il y a eu une explosion d’applaudissement ». J’ai leur répondu : « J’ai parlé de l’histoire du Cambodge qui se répète toujours la même chose ».

Aujourd’hui notre pays à marcher en arrière de 150 ans. Mon grand père fut né en 1856, à cette époque Srok Khmer était sous la domination Yaun et en même Sièm. Aujourd’hui, l’époque d’Appolo, c’est la même chose, la seule différence, c’est seulement la méthode :  Huit minutes pour parler de la souffrance du peuple khmer depuis la nuit des temps.

Pour conclure, nous n’avions pas en déficit en idées politiques pendant la campagne électorale. Chaque article émanant de notre parti était réclamé à cor et à cri par les journalistes. Il se disputait pour le mettre à la Une dans leur journal. Nous n’avons pas eu l’imprimerie pour tirer notre journal. Nous l’avons imprimé avec nos propres moyens très limités, 2 000 exemplaires, deux fois par mois. 1 000 exemplaires vendus en temps recors à Phnom-Penh, les restes pour les provinces. Ce nombre était insuffisant à l’échelle du pays. Les imprimeries commerciales refusaient par peur de travailler pour notre parti.

 

Mon neveu bien espéré !

Je te demande que tu sois le représentant de la famille Ta (grand-père) OP, parce que cette famille, à l’exemple de ton père, est une famille qui lutte pour la grande cause nationale. Kim Ang m’appelait Bang (Grand frère). Ce Bang qui sortait volontairement de ses entrailles. Kim Ang et Oum, nous combattions côte à côte dans trois missions importantes, et pendant lesquelles, ton père m’avait toujours écouté et m’avait toujours demandé des conseils :

1. Période de négociation avec Dap Chhoun : S.E. San Youn nous a confié cette mission. Les Français nous ont laissé faire, mais ils cherchaient en même par tous les moyens pour nous arrêter, parce qu’ils ne voulaient plus négocier avec les antifrançais : La trêve pour eux est bien finie. Nous étions suspendus de nos fonctions par le Gouvernement de Yem Sambaur. Nous quittions Siem Reap pour nous cacher à Phnom-Penh, parce que la police française nous cherchait. Les jours passants, nous n’avons eu plus les moyens pour nous subsister. Nous avons décidé de demander l’aide à S.E. San Youn, notre ancien chef. Il nous prêtait 100 Riels pour nous deux. Après la reconnaissance par la France du secteur autonome de Siemreap, revendiqué par le Roi, nous retournions à Siemreap. Notre combat était récompensé par un avancement exceptionnel de grade avec chacun une médaille de « Défense nationale » : Or pour moi et Argent pour Kim Ang. M. Kim Yeth[1], mon adjoint (Balat) avait dans son service un de mes neveux. Par manque de connaissance de stratégie militaire, il fut tombé dans une embuscade[2] dans laquelle il était frappé par une des Viet-Minh, hélas, il était handicapé à vie. La maison de Lauk Ta OP à Kompong Thom était mon hôtel, à chaque fois j’étais en déplacement en mission de Phnom-Penh à Kralaih, je dormais chez ton grand-père.

2. Quand nous étions ensemble à Kompong Cham : J’étais Chayvaysrok de Chamkar Leu, Kim Ang était Chauvaysrok de Kompong Siem. Toung Lag, était Chauvaysrok de Steung Trang. Nous trois, nous combattions contre la bande de Sivotha 2. La population de Kompong Cham nous donnions un sur surnom : le « Trio ». Sivotha avait son PC à Baray, province de Kompong Thom.

Pendant la période de revendication de l’indépendance nationale, Oum était le leader de notre groupe, parce que je commandais la garde provinciale. À l’époque notre armée n’était pas en mesure de nous aider. Pendant la formation de la force vive du pays « Chivapoul Neary klahane », dont les membres étaient des fonctionnaires ; pendant la nuit, ces fonctionnaires avaient peur de dormi chez eux, parce que la police française cherchait à les arrêter, ils préféraient dormir hors de la ville, mais à chaque matin, ils retournaient au bureau pour travailler. Les Français utilisaient la méthode japonaise de 1945. Le 9 mars 1945, tous les Français ont été arrêtés par les Japonais.

Après l’indépendance, j’avais décidé de servir la patrie sous le drapeau comme élève des officiers de réserve, 4ème promotion. Evidemment mon poste de commandant de la garde provinciale était confié à Kim Ang. Après l’école militaire, j’ai été muté dans la région des hauts plateaux dans la province de Mondul Kiri pour remplacer l’officier français. Dans cette région, il y a eu 4 postes militaires : Gati, Camp Roland, Deshaye, Bou Phlok.

Après la victoire du Sangkum Reastr Niyum, S.E. San Youn rentrait au gouvernement avec le portefeuille de l’Intérieur. Il nomma Kim Ang au poste du gouverneur de la province de Kompong Cham. Il m’encouragea à entrer dans l’État Major particulier de Samdech, en tant que le présentant du Ministère de l’Intérieur. M. Thong Van Phan Moeung y participait en tant que le représentant du Ministère de la défense. S.E. Khim Tith était Chef d’État Major. La mission de l’État Major était de rétablir l’ordre dans le pays. Dans la province de Kompong Speu, il y avait une bande de partisans du capitaine Siep qui sévirent la province. Nous avons pu rétablir l’ordre en détruisant ces rebelles.

3. L’année 1960 :  Nous étions 4, Kim Ang, gouverneur de Kompong Cham, Toun Lâh, gouverneur de Kompong Chhnang, Sao Diep, gouverneur de Kampot et moi-même, gouverneur Takeo et Chef d’État Major de Défense en Surface, nous décidions d’organiser des manifestations dans nos provinces respectives pour pousser Samdech à devenir Chef d’État à vie. N’étant plus la possibilité de monter sur le trône par jure après son abdication du 2 mars 1955, après la mort de son père, le 3 avril 1960, le poste du Chef d’État à vie fut une solution pour Samdech pour régler les problèmes de succession au trône.

Après la mort de ta maman, les relations entre Kim Ang et Oum étaient moins fréquentes, parce que je ne connaissais pas assez ta belle-maman. Ton grand père maternel, Lauk Ta Tep Samkol, m’aimait bien. Il me considérait comme son propre fils. Pour transporter le cercueil de ta maman à la pagode pour la crémation, j’ai dit à Sunthao de prendre le camion militaire de la garde provinciale.

Pendant la campagne électorale, à la place de Mèn, j’ai déclaré que je ne trahis jamais ma conscience. Il y avait des gens qui m’ont accusé de satellite de Funcinpec ou du PPC. Je déclare solennellement que je ne vends jamais mon idéal politique.

J’avais perdu des élections avec la tête haute. J’avais l’amertume du déficit des collaborateurs raffinés de langage pour m’aider dans la campagne électorale. J’ai eu Pin Samkhon qui se battait seul au front de Kampong Cham. J’avais été trahi par mon Vice-Président qui était un véritable ennemi dans notre rang. Il venait m’aider avec ses moyens financiers pour un seul but : Chercher un poste. Il provoquait des conflits avec tout le monde dans le parti. Pour éviter le scandale, j’ai lui confié deux provinces, Kandal et Kampot pour occuper.  Il ne concentrait ses dépenses que sur ces deux provinces, tout le reste était à ma charge. Kandal et Kampot sous sa gestion était une véritable plaie des conflits insolubles.

Le 23 avril était le jour des élections, le 21 avril, la tête de liste de Kandal décidait de partir à Paris pour 3 semaines. J’ai lui imploré en vain de ne pas abandonner son poste. J’étais obligé d’aller au PC de Kandal du 23 au 28 avril pour assurer le bon fonctionnement du parti. Les partis opposants faisaient la propagande contre nous en disant : Tous nos dirigeants de Kandal se désertaient leur poste. Avec tel comportement, je me dis qui vienne voter pour notre parti ?

Avec lui, j’ai eu le sentiment de dialoguer avec un élève médiocre en classe. Nous ne nous comprenons pas. Une anecdote à raconter : Le jour d’ouverture de campagne électorale, notre parti a organisé, le 7 avril 1993 un grand défilé avec toutes les têtes de listes. Le cortège devait partir de Takmao, destination Wat Phnom. L’arrivée de tête de liste de Kandal a été annoncé 4 fois pour que nous sachions à la fin qu’il ne vienne pas participer au défilé. Ce jour-là 64 membres du parti de Kandal l’attendaient à Pochintong. Le 1er mai 1993, il arrivait enfin à Phnom-Penh et rechignait en nous reprochant qu’il n’y avait pas eu un comité d’accueil. Le 21 mai, je retournais à Phnom-Penh. Je faisais la navette entre Phnom-Penh et Kandal. Pin Samkhon était tout seul à Kompong Cham.

L’échec électoral était prévisible. C’était l’échec de la stratégie royale, bâtie par Funcinpec et les Khmers Rouges : L’un se battait à l’air libre, l’autre agissait dans la jungle. Mais, ils avaient même objectif : Appâter les gens dans leur piège. Cette stratégie perdante aurait eu des conséquences pour notre parti et les autres.

En tout cas, dans cette bataille électorale, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour me consacrer à consolider la province de Kompong Cham, mon fief électoral depuis toujours. Le 6 mai, j’ai échappé belle de la mort. Je devais partir à Kompong Cham à 7 heures du matin. Ayant appris la mort de ma tante, j’ai fait un détour pour aller saluer son âme à sa maison. Ce détour pendant une heure qui me sauvait la vie, parce que pendant ce temps-là il y avait une attaque des Khmers Rouges à la frontière Kandal-Kompong Cham : Deux voitures tombées dans le fossé. Il y avait beaucoup de mort dans les voitures et deux morts sur la route, parce qu’ils avaient sauté de la voiture au moment de cette attaque. Le 7 mai, j’ai été à Oraing auv ; le 8 mai j’ai été à Peam Chikang. Au bord du fleuve, j’ai pris mon déjeuner, cependant, il y avait des villageois qui venaient me voir en m’avertissant qu’il fallait quitter les lieux tout de suite, parce que les Khmers Rouges rôdaient dans ce secteur, et pourtant ce lieu était sous le contrôle de la force d’Untac. Le 9 mai, j’ai été à Skun. Le 10 mai, j’ai été au meeting dans la pagode Beug Kak : Il manquait seulement un moine pour atteindre le nombre de 100 et 6 000 villageois venaient y participer. Le 11 mai, j’ai traversé rapidement Phnom-Penh pour aller passer la nuit Steug Trang. Le lendemain matin, j’ai pris le bateau, destination Krouh Chmar, ensuite Rocar Knor. De retour, j’ai été arrêté au village Trea, village des Cham, en face de Steug Trang. Le 18 mai, j’ai été au meeting à Prey Torteug. Après-midi, j’ai été à Phnom-Penh pour un rendez-vous à 17 h avec le correspondant de la radio Voix Amérique. Le 19 mai, j’ai été à la Place de Mèn pour participer à la réunion organisée par Untac. J’ai oublié encore une chose, le 15 mai, j’ai été au meeting à Kieng Svay, Kandal, pour remplacer nos responsables de ce secteur qui clivaient profondément.

Le 22 mai, quelques membres de l’Untac venaient me voir pour me demander où je vais voter. J’ai leur répondu, je vais voter à Kompong Cham. J’ai demandé un avion pour y aller. Ils escamotaient une réponse : Nous allons en parler à l’Armée. J’ai profité de leur présent pour leur poser une question : Est-ce qu’on a encore le droit de modifier la liste des candidatures. Ils m’ont répondu : Jusqu’à minuit. Au-delà, on ne pourra plus rajouter, mais on a toujours droit d’enlever les noms des candidats.

Au cas où notre parti gagnerait suffisamment des voix pour être au gouvernement, je décidais en l’occurrence de confier le poste ministériel aux Khmers à l’étranger. Il y en 2 aux USA et 4 en France. Ces gens n’avaient pas le temps ou les moyens pour participer activement à la campagne électorale ou tout simple, ils avaient peur pour leur sécurité. En revanche, tous les sièges obtenus à l’Assemblée nationale soient réservés pour les Khmers à l’intérieur du pays. J’ai été fortement critiqué, en effet, par cette décision jusqu’à aujourd’hui. Bien sûr, l’agitateur n’était que la star de Kandal.

Je te demande de réfléchir, à 77 ans, ayant la maladie de cœur, sur mes activités et mes déplacements par les voitures et par les bateaux, s’il y avait une malaise, j’aurai eu droit à la mort certaine, parce que dans ce monde, il n’y ait aucune technique qui me permette de faire de tel « sacrifice ».

Nous avons tous perdu les élections, mais pourquoi à ce jour, je suis la cible de toutes les critiques de cet échec. On me servait comme un bœuf pour traverser le fleuve. Quand j’avais des difficultés au milieu de l’eau profonde, on me critique pour seul but : Chercher une nouvelle voie d’accès au poste ministériel. Voilà le mal khmer !



[1] Beau-frère de mon père, il était le beau-frère de M. Chum Keth, cadre Khmer rouge.

[2] Embuscade des Viet-Minh.

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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 16:44
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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 19:22

 

Accord fixant le modus vivendi provisoire entre la France et le Cambodge

7 Janvier 1946.

 

En attendant que puisse intervenir une modification des traités fixant la base des relations entre la France et le Cambodge, le modus Vivendi entre les 2 pays est provisoirement déterminé comme suit, dans le cadre de l’accord établi par l’échange de lettre des 9 et 13 novembre 1945 entre Sa majesté le Roi du Cambodge et le Haut Commissaire de France pour l’Indochine.

 

A. Le Commissaire de la république française.

 

Le Commissaire de la république française au Cambodge a les deux principales attributions suivantes :

 

1 – Il représente la France et la fédération Indochinoise au Cambodge ;

2 – Il est en cette qualité le Conseiller de Sa Majesté le Roi du Cambodge.

 

De ce fait, les pouvoirs suivant doivent notamment lui être reconnus :

 

1 – En tant que représentant de la France et de la Fédération Indochinoise au Cambodge :

 

Il est chargé de veiller, en accord avec le Gouvernement Cambodgien, au maintien de l’ordre public et peut requérir la force armée française stationnée au Cambodge.

Dans la limite de la compétence qui lui est conférée par la législation en vigueur, il prend les textes réglementaires intéressant les Français, les Etrangers et les Indochinois des autres pays de la Fédération. Il veille à l’application ainsi qu’à celle des règlements fédéraux ;

Il est le chef des services français dans le pays ;

Il a sous ses ordres directs les Conseillers français placés auprès des Ministres et de certains Chefs de services cambodgiens ainsi que les Conseillers Régionaux, ces Conseillers étant nommés par lui.

 

2 – En tant que Conseiller de Sa Majesté le Roi du Cambodge :

 

Il est personnellement le Conseiller de Sa Majesté. Sa Majesté lui accorde audience lorsqu’il lui en fait la demande ;

Il a qualité pour assister, également sur sa demande, aux séances du Conseil des Ministres. A cet effet, l’ordre du jour de chaque séance lui est communiqué au préalable ;

 Il propose au Gouvernement cambodgien les fonctionnaires français nécessaires pour la bonne marche des services techniques dépendant de ce Gouvernement ;

Il donne son attache aux textes et actes législatifs et réglementaires, aux proclamations et aux circulaires ou instructions de portée générale relatives à l’interprétation de ces textes ainsi qu’aux décisions réservées, en raison de leur importance, à la signature de Sa Majesté le Roi ;

En cas de désaccord entre un Ministre ou un Chef de service cambodgien et le Conseiller ou Expert placé auprès de lui, il a qualité pour connaître du différend, et pour intervenir en vue de son règlement, auprès de Sa Majesté ou auprès du Gouvernement Royal.

 

B. Conseillers auprès des Ministres et des Chefs de services cambodgiens.

Chaque Ministre a auprès de lui au moins un Conseiller français, plusieurs de ces Conseillers pouvant être prévus lorsque les attributions du Ministre sont multiples et exigent des connaissances techniques trop variées.

La liste de ces Conseillers est provisoirement arrêtés comme suit :

 

1 – Ministère de l’Intérieur et de la défense Nationale :

-         un Conseiller à l’Intérieur,

-         un Conseiller pour l’organisation de l’Armée Cambodgienne.

2 – Ministère de l’Education Nationale et de la Propagande :

-         un Conseiller à l’Education Nationale,

-         un Conseiller à la Propagande.

3 – Ministère de la Justice :

-         un Conseiller.

4 – Ministère de la Santé, des Travaux Publics et des Communications :

-         un Conseiller à la Santé,

-         un Conseiller aux Travaux Publics et Communications.

5 – Ministère des Cultes et des Beaux Arts :

-         un Conseiller.

6 – Ministère de l’Economie Nationale :

-         un Conseiller.

7 – Ministère des Finances :

-         un Conseiller.

 

En outre, tout Chef d’un service dépendant de ces Ministères a auprès de lui, lorsqu’il est Cambodgien, un Conseiller technique ou Expert français.

Le choix du Directeur français ou cambodgien de chaque service est arrêté après accord entre le Ministre compétent et le Commissaire de la République Française.

 

Les attributions des Conseillers sont les suivantes :

 

1 – Conseillers auprès des Ministres. Ils aident les Ministres auprès desquels ils sont placés dans l’étude des questions de tous ordres de leur compétence. À cet effet toutes facilités doivent leur être données pour qu’ils aient complète connaissance des éléments d’appréciation concernant ces questions.

En particulier, ils sont obligatoirement consultés avant signature :

-         sur tous les textes et actes réglementaires, ainsi que sur les circulaires et instructions de portée générale relative à l’interprétation de ces textes ;

-         sur tous les cas d’espèce intéressant des citoyens français, des sujets ou protégés français non Cambodgiens et des Etrangers ;

-         sur certains engagements de dépenses dans des conditions qui seront précisées ultérieurement.

Les avis des Conseillers sont adressés directement aux Ministres.

Ces Conseillers peuvent en outre prendre l’initiative de suggestion, toujours sous forme de simple avis, dans toutes les circonstances où ils le jugent utile pour le bien du Royaume et de la Fédération.

Ils ont dans chaque Ministère, un bureau de travail.

Les dépenses de personnel et de matériel résultant de leur présence sont à la charge du budget général.

 

2 – Conseillers techniques (ou Experts). Ils aident, par leurs avis et conseils, les Chefs de services auprès desquels ils sont placés et doivent avoir toutes facilités leur permettant de remplir effectivement leur rôle.

Leurs avis sont adressés directement aux Chefs de services intéressés, copie en étant immédiatement communiquée au Conseiller placé auprès du Ministre compétent.

En cas de désaccord entre un Chef de service et le Conseiller ou Expert placé auprès de lui, le Conseiller auprès du Ministre intéressé doit être saisi du différend pour intervenir en vue de son règlement par le Ministre.

Les cas où l’intervention du Conseiller technique ou Expert sera obligatoire seront déterminés par une décision du Ministre compétent prise après accord du Commissaire de la République.

Chacun des Conseillers techniques ou Experts sont à la charge du budget général, sauf dans les cas où ils assurent l’emploi de Chef de service, les dépenses étant alors assurées directement par le Gouvernement cambodgien.       

 

C. Conseillers régionaux.

 

Les anciens Résidents de France, Chefs des quatorze provinces au Cambodge, qui exerçaient un contrôle sur l’Administration cambodgienne et lui donnaient l’impulsion, sont supprimés. Désormais, le Commissaire de la République Française nomme des Conseillers pour chacune des 6 régions indiquées ci-dessous ainsi que pour la ville de Phnom-Penh.

 

  1. Région Sud maritime : Kampot et takéo.
  2.  Région Sud Mékong : Kandal et Kompong Speu.
  3. Région Sud des Lacs : Kompong Chnang et Pursat.
  4. Région Nord des Lacs : Sièmréap et Kompong Thom.
  5. Région Est Mékong : Prey Veng et svay Rièng.
  6. Région Nord Mékong : Stung Treng, Kratié et Kompong Cham.
  7. Ville de Phnom-Penh.

Chaque Conseiller régional a notamment les attributions suivantes :

Il aide de ses avis et conseils les Chauvaykhèts et les Présidents des Sala-Dambaung de la Région pour toutes les questions que ceux-ci lui soumettent et dont il lui paraît utile de les entretenir. A cet effet, il a accès à tout moment dans les bureaux des Khèts et des Sroks, ainsi que dans les Tribunaux, et doit, sur sa demande, obtenir sur place communication de tous documents lui permettant de remplir efficacement son rôle.

Il est obligatoirement consulté :

-         sur tous les dékas et circulaires de portée générale des Chauvaykhèts auxquels il donne son attache ;

-         sur l’établissement des budgets provinciaux et communaux de la région, également soumis à son visa avant présentation aux Assemblées ;

-         sur certains engagements de dépenses incombant à ces budgets, dans des conditions qui seront précisées ultérieurement ;

-         sur tous les cas d’espèce intéressant des citoyens français, des sujets ou protégés français non cambodgiens ou des Etrangers.

Ses avis n’ont pas forme impérative, copie en est adressée au Commissaire de la République, au Ministre de l’Intérieur ou au Ministre de la Justice et, éventuellement, à tout autre Ministre intéressé.

Il assiste aux conférences des Chauvaysroks chaque fois qu’il le juge utile ou que demande lui en est faite par un Chauvaukhèt, l’ordre du jour de chacune de ces conférences devant lui être communiqué au préalable. Il assiste également aux réunions des assemblées provinciales de la Région et peut y prendre la parole.

Il informe périodiquement le Ministre de l’Intérieur et le Ministre de la Justice des constations qu’il a pu faire touchant l’administration des Khèts et le fonctionnement des Sala Dambaung. Copie de ces rapports est adressée par lui au Commissaire de la République.

En cas de désaccord entre le Conseiller régional et un Chauvaykhèt ou un Président de Sala Dambaung, le différend est porté par le premier auprès du Commissaire de la république en vue de son règlement en accord avec le Gouvernement cambodgien.

Dans chaque Salakhèt un bureau doit être réservé au Conseiller régional.

Dans la mesure où l’étendue d’une Région et l’importance des affaires le nécessitent, le Conseiller Régional est assisté d’un ou plusieurs Conseillers Adjoints qui agissent auprès de l’autorité cambodgienne sous sa responsabilité et en vertu de sa délégation.

Le Conseiller Régional est délégué du Commissaire de la république et il est chargé à ce titre de la sauvegarde des intérêts français et fédéraux.

Les dépenses de personnel et de matériel résultant de la présence de ces Conseillers sont à la charge du budget général.

L’administration de la ville de Phnom-Penh sera déterminée par une convention spéciale.

 

D. Organisation des services au Cambodge.

 

Les services peuvent être divisés en deux groupes :

 

1. Services généraux c'est-à-dire Services dont l’importance dépasse le cadre du Cambodge ou dont l’activité concerne seulement les intérêts généraux.

 

2. Services locaux qui doivent rester dans le cadre de l’administration du Royaume.

 

1 – Services généraux :

 

  1. Enumération : Justice française, Trésor, Douanes et Régies, État civil français et étranger, Poste Télégraphes et Téléphone, Radiophonie, radiotélégraphie, Météorologie, Chemins de Fer, Hypothèques, Instituts scientifiques, Sûreté Fédérale, Mines et Industrie, Offices fédéraux.
  2. Organisation :  Administrations fonctionnant comme avant le 9 mars sous la haute direction du Commissaire de la République ; chaque Chef de service devra être chargé de présenter son programme d’action en vue particulièrement d’assurer le fonctionnement du service avec un personnel de préférence français et cambodgien.

En ce qui concerne la Justice française, elle sera exercée à Phnom-Penh par le Tribunal français (avec compétence territoriale pour la ville de Phnom-Penh et les provinces de Kandal et Kompong Speu) et dans les provinces par les juges de paix à compétence étendue. Le Service de l’État civil français et étranger est assuré par des fonctionnaires désignés par le Commissaire de la république.

 

  1. Installation matérielle : Le Commissaire ayant actuellement demandé au Gouvernement cambodgien la restitution des immeubles et installations appartenant à l4administration française, les services généraux devront reprendre leurs aménagements antérieurs.

 

  1. Les recettes et dépenses de ces Services généraux s’appliqueront au budget général.

 

 

2 – Services locaux :

 

  1. Enumération :

-         Service d’administration générale : Police cambodgienne ;

-         Services d’assistance sociale : Enseignement primaire et secondaire, Santé, Enseignements religieux ;

-         Services techniques : Travaux Publics, Cadastre, Agriculture, Eaux et Forêts, Immigration, Beaux-Arts, Elevage et Industrie annexes.

 

  1. Organisation : Services fonctionnent dans le cadre de l’administration cambodgienne ; sous les ordres du Ministre compétent est placé un Chef pour chaque service et, éventuellement expert français.

Certains Services techniques, particulièrement le Service des Travaux Publics, ont toutefois un caractère mixte et doivent exécuter ou contrôler les travaux dicidés par le Gouvernement fédéral. Dans ces circonstances, les Chefs de ces services doivent informer le Ministre dont ils relèvent des projets adoptés par le Gouvernement fédéral et transmettre éventuellement les observations et les vœux formulés par le Gouvernement cambodgien à leur sujet.

 

  1. Installation matérielle : Dans les anciens locaux de ces Services qui pourront à cette fin, être cédés au Gouvernement cambodgien.
  2. Au point de vue financier, recettes et dépenses de ces Services s’appliqueront au budget du Royaume. Seul les Conseillers auprès des Ministres sont payés par le budget fédéral.

 

Le Commissaire de la République Française au Cambodge agissant au nom du Haut Commissaire de France pour l’Indochine et le Premier Ministre au nom du Gouvernement de Sa Majesté le Roi du Cambodge donnent leur accord à l’établissement du Modus Vivendi provisoire déterminé ci-dessus.

 

Phnom-Penh, le 7 janvier 1946.

 

Signé :

MONIRETH                                                                                               ALESSANDRI

 

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 17:00

LES FONDEMENTS DE LA NATION KHMERE

Par DY KARETH

 

 

La légende et la réalité

La naissance, le développement et la grandeur d’une nation ne sont pas les faits du hasard. Une nation peut naître et grandir, portée par la gloire de son peuple ; elle peut aussi dépérir, se dégénérer et disparaître.

Evidemment, il n’est pas possible de dater la naissance de la Nation Khmère. Selon la légende, c’est le mariage de Neang Neak (la Demoiselle Nâga, un grand serpent mythique vivant dans les mers et pouvant prendre la forme humaine) avec Preah Thaung (le Prince d’Or) qui a donné naissance au Peuple Khmer. Le roi des Nâga, d’ailleurs, a aspiré les eaux de la mer pour faire apparaître une terre, nommée Kauk Thlork, qu’il donna en dot à sa fille et qui devint le Pays des Khmers – le Srok Khmer. Le mot « srok » signifie en même temps la qualité ou l’état d’un pays, d’une chose ou d’un être vivant « civilisé », « cultivé », « domestiqué », le contraire du mot « prei » qui veut dire « forêt » ou « jungle », « sauvage », « violent », « non cultivé ». La légende semble affirmer ainsi la naissance de la «Nation Khmère», c’est-à-dire l’existence d’un peuple volontairement uni, vivant dans territoire défini et un Etat organisé (1). A travers les siècles, et où qu’ils se trouvent, les Khmers, au moment de leur mariage, honorent le souvenir et les rites immuables de l’union de leurs ancêtres mythiques Preah Thaung et Neang Neak, rites consacrant largement les devoirs des époux envers la communauté des parents, amis et voisins qui les entourent (2). D’ailleurs, l’image du Nâga khmer a survécu à tous les changements de régime politique et de religion dominante dans le pays et est partout évoquée et sublimement représentée comme un rappel solennel et un hommage permanent aux protecteurs de la Nation.

La formation de la Nation Khmère semble antérieure ou au début de la constitution du Funan (Kouroung Bnam ou Krong Phnom, le royaume Montagne). En réalité, le mot « khmer » est l’unique mot retenu et utilisé par les Khmers eux-mêmes depuis toujours, comme il l’est encore aujourd’hui, pour se désigner ou pour nommer leur pays. Les mots « Funan » (Bnam, Phnom), « Chenla » (ou sa consonance khmère) et « Kambuja » (le Royaume des Fils de Kambu), depuis Angkor, apparaissent clairement comme des noms de régimes politiques institués à des différentes époques et qui ne passent pas dans le langage courant. D’après l’Histoire, les Khmers, une branche du peuple Munda de l’Inde du nord, porteurs particuliers d’hémoglobine E dans le sang, sont, avec les peuples des montagnes, les premiers habitants à venir s'installer dans la région du Cambodge actuel, il y a 3 ou 4000 ans avant l'ère chrétienne (3). Dès le début, ils ont développé leur langue et leur écriture, leurs croyances, leurs coutumes et leurs lois, leurs techniques agricoles, leur artisanat, leurs infrastructures socio-économiques ; ils sont les plus instruits et les plus créatifs parmi les peuples de la région. Ils ont ensuite agrandi leur territoire, implanté partout leurs temples et leurs pagodes - symboles et centres de diffusion de leur civilisation -, et développé de grands royaumes et de puissants empires grâce aux hautes qualités de leur culture. Le Funan, le Chenla, le Kambuja d’Angkor attestent amplement de leur puissance – pas seulement militaire - et leur fulgurance a même dépassé les frontières de leur pays. Ils ont connu aussi des déchirements, des guerres intestines de leurs chefs et des échecs désastreux, mais ont toujours su s’en relever.

 

Le concept « Cheat-Sasn », la langue, la religion, les traditions

Sur quoi s’est érigée la Nation Khmère ?

Les Khmers utilisent couramment le couple de mots « Cheat-Sasn » pour parler d’une nation ou d’une nationalité. « Cheat » signifie d’abord « naissance » ou « origine raciale » tandis que « Sasn » veut dire « enseignements », « croyances » ou « idéologie ». Ainsi, ceux qui appartiennent à une même nation doivent être liés par le sang et être élevés selon des enseignements spécifiques communs de leurs ancêtres. Le concept (populaire) khmer de la nation repose en même temps sur la parenté raciale et sur des éléments spirituels tels que la langue, la religion et les traditions du peuple khmer.

Souvent, après les apparences physiques, les Khmers se reconnaissent d’après la langue dont ils se parlent. Les Khmers sont très attachés à leur langue et à leur écriture. Le khmer, en effet, est l’une des plus anciennes et des plus belles langues du monde. Elle est à la fois très imagée et très précise, avec une structure syntaxique très souple. C’est une langue très riche, car elle peut adapter et intégrer aisément des mots d’autres langues. Traditionnellement, les Khmers aiment communiquer leurs pensées, même les plus banales, par des vers élégants et captivants, révélant ainsi la musicalité naturelle de leur langage ainsi que leur souplesse d’esprit. Le génie du peuple khmer est d’abord sa capacité d’inventer une écriture originale, composée de nombreuses consonnes et voyelles et de « pieds de lettre », avec une grammaire rationnelle, permettant la schématisation concrète d’un nombre infini de mots, de sons, de tons du vocabulaire employé. L’écriture a joué un rôle central dans la transmission des connaissances, les progrès sociaux et économiques, donc le rassemblement du peuple khmer pour la formation et la consolidation de sa nation. Au temps de la splendeur d'Angkor, la langue khmère est parlée par les élites et dans toutes Cours royales de la région (des royaumes Môn, de la Malaisie, du Siam, du Laos, au royaume du Champa) et par d’autres peuples Montagnards, comme un signe d'appartenance à une grande civilisation respectée et incontournable.   

La langue est donc un élément essentiel de l’identité nationale. Mais, comme toutes langues, elle a ses limites, car si elle rapproche les hommes, elle n’assure pas toujours leur union. Il y a dans le monde des peuples qui parlent la même langue anglaise, espagnole ou française, alors qu’ils appartiennent à des nations différentes. Au Srok Khmer, des Chinois, des Chams, des Laos, des Viêts, … qui y vivent depuis plusieurs générations parlent couramment le khmer, « même mieux que les Khmers eux-mêmes », dit-on, refusent leur intégration à la société khmère et leur appartenance à la Nation khmère, sauf par intérêt matérielle et d’une façon bien superficielle. En outre, on l’a vu à Angkor comme à notre époque, l’Etat khmer, à la différence des Etats siem (thaï) ou yuon (viêt), non seulement ne cherche guère à obtenir l’unité de la langue par la contrainte, mais ne semble même pas se préoccuper du développement de la langue nationale. En fait, ce sont les couches populaires qui préservent le mieux cette identité nationale.

Les Khmers attachent également une grande importance à leur religion, aujourd’hui le bouddhisme theravada. De sa naissance à sa mort, le Khmer, en dehors de sa famille, vit aux côtés des bonzes qu’il respecte profondément. Certains affirment même que les Khmers qui embrassent une autre religion que le bouddhisme ne peuvent être de « vrais Khmers ». C’est irréaliste. L’on pourrait poser la question inverse : quelles affinités morales, sociales et politiques les bouddhistes siem, yuon ou chen présentent-ils avec les Khmers bouddhistes ? Nous devons nous rappeler aussi qu’aux époques glorieuses du Funan, du Chenla et du Kambuja angkorien, la religion dominante au Srok Khmer fut le brahmanisme, et que l’on ne saurait dire que les Khmers de ces époques furent « moins Khmers » que ceux d’aujourd’hui. En outre, ceux d’aujourd’hui, comme sans doute ceux d’hier, invoquent à la fois le Bouddha, les dieux brahmaniques et les mé-ba, les nak-ta, les divinités du sol et des eaux et les âmes de leurs ancêtres pour qu’ils viennent exhausser leurs vœux. Ceci révèle simplement les attaches profondes des trois croyances dans la société khmère et que, en même temps, face aux incertitudes de la vie, les craintes de l’homme dépassent toutes les assurances d’une religion.   

Néanmoins, la religion a joué un rôle considérable dans la société khmère, car le Sangha reste toujours près du peuple et est toujours soucieux des besoins quotidiens de ce dernier, non seulement dans le domaine spirituel, mais également dans des problèmes sociaux tels que l’enseignement, la santé, voire l’organisation des activités des collectivités villageois,…, alors que l’Etat khmer est préoccupé avant tout par sa propre puissance et par sa propre survie. A notre époque, l’on a vu des bonzes bouddhistes khmers jouer occasionnellement le rôle de contre-pouvoir vis-à-vis des représentants de l’Etat ou se soient faits meneurs de combats sociaux ou politiques pour défendre les revendications du peuple. Il faut reconnaître que, dans son originalité, la pensée bouddhiste répond parfaitement aux aspirations naturelles des Khmers à la liberté, à l’égalité, à l’autodétermination, à l’épanouissement de soi,…, ce qui justifie sans doute son triomphe final sur le brahmanisme au Cambodge (4). La religion garde indéniablement son importance dans la conscience des Khmers, mais, limité dans son domaine spirituel, elle ignore ou s’éloigne souvent des raisons qui s’imposent à la vie réelle et au destin du peuple.

Il reste que les Khmers sont très attachés aux traditions (sociales et religieuses) de leurs ancêtres et à leur mode de vie singulier. Les traditions sont nées des expériences réussies d’un acte ou d’un comportement perçu comme bénéfique pour le grand nombre. L’on a pu constater chez le peuple khmer son génie créatif et sa délicatesse. C’est aussi un peuple de perfectionnistes. Rien n’est laissé à la médiocrité et à la laideur dans ses arts, son architecture, sa musique, son habillement, ses compositions culinaires, ses travaux agricoles. Ces réalisations, évidemment, ont fait l’orgueil et la dignité des Khmers et, surtout, ont fortifié et grandi leur Nation (5). C’est l’échec politique de son Etat (provoquant des guerres intestines, défaillant devant des guerres d’invasion étrangères) qui ont fait que ces grandes qualités khmères se soient peu à peu érodées, dévalorisées, voire oubliées aujourd’hui.

L’éducation traditionnelle khmère, consciente de la dureté de la vie, est basée essentiellement sur l’acquisition des connaissances de toutes sortes et sur la solidarité indispensable entre les hommes. Tous les parents khmers se sacrifient pour envoyer leurs enfants à l’école. Ceux-ci doivent à leurs maîtres le même respect et la même obéissance qu’ils témoignent envers leurs parents. Ensuite, la place et le rôle de chaque individu sont définis avec précision au sein de sa famille et au sein de sa communauté parfaitement hiérarchisée. Mais l’individu peut voir sa place et son rôle changés en mieux s’il en est digne moralement et intellectuellement (6). Enfin, le sens de la responsabilité (le respect des autres, la solidarité, le secours porté aux plus démunis) est enseigné très tôt aux enfants khmers. C’est ainsi que le Khmer conçoit sa qualité d’homme libre (Khmer Nak Chea), une liberté responsable et bénéfique. Il y a donc un solide fonds humaniste qui a porté la grandeur de la Nation Khmère. Cependant, des traditions aussi généreuses et aussi attachantes qu’elles soient ne résistent pas toujours aux destructions des guerres, aux invasions économiques et culturelles de l’étranger, aux attirances de la «modernité», aux réalités changeantes et imprévisibles de la vie.

      

Le territoire, l’unité ethnique et les sacrifices

Pour les Khmers, le territoire de leur pays est la preuve de leur existence historique en tant que nation, une preuve à la fois matérielle et spirituelle. Les Khmers, massivement d’origine paysanne, sont profondément, voire passionnément attachés à leur terre natale, à leur pays, leur Mère-Patrie, Meatophum - la terre qui est leur mère, qui leur a donné la vie. A l’époque d’Angkor, le plus grand don royal à un serviteur méritant est un morceau de terre que celui-ci gouvernera toute sa vie et transmettra à ses descendants. Les Khmers émigrent rarement vers d’autres lieux lointains de leurs familles, de leur pays. Pour un Khmer, la terre qu’il reçoit en héritage de ses ascendants (parents, grands-parents, arrière-grands-parents,…) est sacré, qu’il ne doit ni abandonner ni la vendre aux étrangers. Enlever la terre à un Khmer, c’est le déraciner, c’est enlever sa vie. Autrement dit, la Nation Khmère ne se conçoit pas sans un territoire parfaitement défini et un Gouvernement qui le défend âprement pour l’intérêt du peuple.

Par la force et, surtout, par le consentement (reposé sur les affinités ethniques, les alliances politiques, les mariages), les grands rois khmers du Funan, du Chenla et d’Angkor se sont toujours efforcé d’agrandir le territoire de leur royaume, étendre l’influence de leurs croyances et de leurs lois, centraliser les administrations et asseoir la Nation Khmère sur une base plus grande et plus solide. La solidité de la Nation repose donc sur une large unité ethnique – parentés raciale, linguistique, religieuse - qui assure la cohésion sociale et culturelle du pays. Le fait que de trop nombreux étrangers vivent le territoire national et participent d’une manière ou d’autre à son administration est un grand danger pour tous les fondements de l’identité d’un peuple, à commencer par ses richesses économiques et ses moyens de subsistance. L’une des grandes causes politiques de la chute mortelle d’Angkor est que les immigrés siamois, d’abord venus comme esclaves royaux ou mercenaires des armées khmères, réussirent ensuite à se faire admettre de plus en plus nombreux à la cour royale – traditionnellement non accessible aux étrangers - et aux hautes fonctions de l’Etat khmer – comme chefs militaires ou gouverneurs des provinces.

La chute définitive d’Angkor fut précédée par de sanglantes et répétées attaques des Siem, et des massacres barbares que les vainqueurs infligèrent à la population khmère, en même temps que les razzias des richesses et les destructions systématiques des infrastructures socio-économiques du pays, quand ils n’arrivèrent pas à les déporter massivement à leur pays comme esclaves et comme butins de guerre. Les attaques siem furent si dévastatrices que, selon le témoignage de 1296 de Chéou Ta-kuoan, « tout le peuple (khmer) dut se lever récemment pour combattre les envahisseurs siamois ». De plus, après la mort de Jayavarman VII vers 1218, Angkor sombre dans une longue guerre civile sanglante de plus de cent ans entre les tenants du brahmanisme et ceux du bouddhisme qui s’est terminée par la « Révolution » du bouddhiste Ta Chey ou Ta Trasak Pa’èm vers 1336. Les Siem, naturellement, sont revenus plusieurs fois encore et ont fini par capturer de nouveau Angkor en 1431, avant d’être chassés du pays par Chau Ponhea Yat. Mais, l’effondrement d’Angkor, la perte de territoires, les massacres successifs des élites du pays et la diminution brutale de la population active ont porté un coup très dur à la Nation Khmère : l’arrêt des grandes constructions d’infrastructures, l’abandon de l’enseignement supérieur et de la transmission des connaissances, la régression de la langue et de la littérature, l’oubli progressif de l’Histoire et des traditions du pays, ce qui a provoqué le relâchement des liens communautaires et, surtout, la perte de confiance en soi des Khmers et en leurs propres compatriotes… (7) Que peut-on penser de la présence et de la domination de millions de Viêts au Cambodge à l’heure actuelle, où les Khmers sont bien moins protégés que les étrangers et qu’ils sont dangereusement en situation de devenir une minorité ethnique dans leur propre pays ? 

Après Angkor, la Nation Khmère a pu se relever de nouveau, certes péniblement, avec les rois bouddhistes comme Chau Ponhea Yat – Soryopor (1432-1467), Ang Chan 1er (1515-1566) et ses successeurs, son fils Borom Reachea (1566-1576) et son petit-fils Satha 1er (1576-1596) qui ont su mobiliser le peuple dans des luttes héroïques, avec des armées beaucoup moins bien équipées que celles de l’ennemi, pour débarrasser le pays de la domination siamoise et reprendre les provinces khmères précédemment perdues (Korat, Chantaburi). Depuis des siècles, la volonté des Khmers de défendre le territoire de leur pays contre l’invasion ou l’occupation étrangère n’a jamais faibli. Toutes ces gloires et ces sacrifices du peuple khmer ont une géographie que rien ni personne ne peut effacer : les Khmers vivant actuellement en Thaïlande ou au Vietnam (du sud) se considèrent toujours comme des Khmers vivant toujours sur leur terre, la terre de leurs ancêtres. Cela démontre aussi la grandeur de cette nation. Cela signifie en même temps que le territoire national est sacré et que céder un morceau de ce territoire à l’étranger sans se battre, sans le défendre de toutes ses forces, sans chercher à le reprendre, c’est couper une part de la patrie et abandonner une partie du peuple à la jungle. C’est condamner son propre peuple et détruire sa propre sa nation.

 

L’Âme nationale, la dignité d’un peuple

On voit que la nation est plus grande que territoire, supérieure à l’Etat, plus durable que les régimes politiques qui se succèdent dans la Capitale. Nous sommes les héritiers d’une Histoire nationale tumultueuse. Notre nation a connu des gloires exceptionnelles, les vraies - qui ne sont pas uniquement militaires -, des pires défaites aussi. Nous n’avons pas à en rougir. Perdre une guerre contre l’invasion étrangère n’est pas une honte, car la cause nationale reste intacte. Nous avons partagé ensembles nos joies et nos souffrances. Jusqu’ici, la Nation Khmère a toujours su renaître de ses cendres, alors que d’autres nations autour de nous ont sombré complètement dans le néant et l’oubli.

La Nation Khmère, si elle a survécu dans un environnement politique dangereux, c’est qu’elle a une grande âme, cette Âme née du génie de notre peuple plusieurs fois millénaires, et qui a grandi grâce aux sacrifices et aux résistances de ce peuple contre les tentations éphémères, le laisser-aller et la lâcheté et, au moment de grand péril national, contre les attaques et manœuvres multiples, visibles et camouflées de ses ennemis visant à détruire l’identité khmère. Résister pour préserver son identité et surtout sa dignité, c’est d’abord refuser toutes formes d’imitation, d’association, de coopération et de cohabitation avec l’ennemi et tout ce qui le représente, pour marquer clairement la différence entre nous et eux et notre opposition à leur présence malfaisante et dominatrice. Nous devons affirmer haut et clair notre nationalisme : un nationalisme qui résiste contre la domination et le colonialisme de l’étranger n’est ni du racisme ni une attitude « réactionnaire », mais un combat pour notre liberté et nos droits nationaux les plus légitimes, notre dignité. C’est le même nationalisme que le Mahatma Gandhi a admirablement formulé pour le peuple indien dans son combat contre les colonisateurs anglais du siècle dernier. C’est le même nationalisme que tous les peuples du monde ont inscrit, aujourd’hui encore, dans leurs lois souveraines, dans leurs arts et dans leurs représentations publiques, afin de perpétuer la flamme de leur âme nationale respective.

C’est la force ou le feu de l’Âme de sa Nation qui pousse un Khmer ou une Khmère à renoncer aux tentations et à la facilité, à se donner ou à accepter des missions difficiles ou périlleuses, même sans espoir de réussir, et sans rien attendre de retour, mais avec la seule volonté de se battre pour l’intérêt, le bien-être ou la sécurité de ses compatriotes et, objectif suprême, pour l’intégrité et la perpétuité du Srok Khmer. C’est cette Âme nationale qui grandit leur fierté d’appartenir à un peuple d’hommes et de femmes libres, des Khmer Nak Chea ! Les Non-Khmers, naturellement, ne se sentent pas animés par cette Âme flamboyante dans leur for intérieur.

------------------

NOTES :

(1) : La légende khmère de Preah Thaung/Neang Neak et l’anecdote chinoise de Liu Yie (ou Yie Liu)/Hun Tien (du début du Funan) ne se ressemblent pas sur un point essentiel : Preah Thaung et Neang Neak sont tombés amoureux l’un de l’autre et se sont unis selon les rites du mariage du royaume des Neak, alors que Liu Yie, reine du pays, a perdu la guerre contre l’envahisseur Hun Tien et s’est soumise à ce dernier. La légende de Kaundinya/Somâ (« fondateurs » du Funan), née, dit on, vers l’an 50 JC, a une ressemblance avec celle de Preah Thaung/Neang Neak par la précision que Somâ (qui signifie « Fille de la Lune ») est également une princesse Nâga qui a eu d’abord à combattre Kaundinya, « originaire de l’Inde du nord », avant d’accepter de l’épouser. Un point commun, cependant, pour Preah Thaung, Hun Tien et Kaundinya : ils se plient aux règles du matriarcat qui régissaient déjà le pays et qui voulaient que le nouveau roi prît pour épouse la reine ou la fille du roi du pays pour légitimer son accession au pouvoir.  

 

(2) : Les rites du mariage khmer consacrent principalement le passage des mariés de l’enfance à la vie d’adulte, le passage définitif de la mariée Nâga à l’état humain, le respect du matriarcat par le marié, le rappel des devoirs des époux et, à la fin, le rappel de leurs obligations envers leurs deux clans familiaux et envers les membres de la communauté des compatriotes qui célèbrent et bénissent également leur union.

 

(3) : - Jean BERNARD, Professeur de médecine et membre de l’Académie française, écrit que « l’hémoglobine E (particulière au peuple khmer) est retrouvée bien au-delà des limites étroites du petit état cambodgien actuel, au Vietnam, au Laos, en Thaïlande, en Malaisie, dans une aire étendue de l’Asie orientale et méridionale. Le glorieux empire khmer du XIe siècle occupait ces territoires… Fait très remarquable, les archéologues, découvrant dans la même région les ruines des temples du temps d’Angkor, et les hématologues, avec l’hémoglobine, s’accordent à fixer les mêmes limites au grand empire disparu ». Le Sang et l’Histoire, Editions Buchet/Chastel, Paris, 1983, p 10.

- Voir aussi les explications sur ce sujet du Dr SUY Seang Heng, dans son exposé en khmer du 26 avril 2009 sur«KHMER MEAN POUCHLes Qualités spécifiques du Peuple Khmer » (Publication du Vatt Bodhivongsa, Champs-sur-Marne, France, 2009). 

 

(4) : Cependant, détachés de la notion fondamentale de la responsabilité (de la doctrine du karma), ces concepts légitiment évidemment l’individualisme et l’égoïsme, ou justifient la résignation. 

 

(5) : Voir les exposés respectifs en khmer de CHAI Sirivuddh (« Les Caractéristiques de l’Art khmer ») et de DY Kareth (« L’Education traditionnelle khmère ») au séminaire sur «KHMER MEAN POUCHLes Qualités spécifiques du Peuple Khmer » (Publication du Vatt Bodhivongsa, Champs-sur-Marne, France, 2009).  

 

(6) : Des contes populaires khmères racontent souvent le merveilleux destin d’un pauvre jeune homme orphelin qui devient roi grâce à ses qualités morales (son honnêteté, sa persévérance, son courage) et ses compétences.

 

(7) : En 1431, les Siem ont de nouveau occupé et mis à sac la capitale Angkor, avant d’être chassés totalement par le Chau Ponhea Yat. Mais, celui-ci a dû se résoudre à abandonner la grande ville car « elle est peu peuplée ; ses habitants ne suffiraient pas à la défendre ». Des recherches historiques récentes ont donné les résultats suivants : à son apogée, la cité d’Angkor était habitée par environ 2 millions d’âmes, et il n’y en aurait plus que 5000 environ à l’arrivée de Ponhea Yat.

 

Dy Kareth

Séminaire du 20 juin 2010 à Champs-sur-Marne, France

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 09:40

Samedi 15 janvier 1994 – Musée National des arts et Traditions Populaires – Paris.

Thème : Les relations du Cambodge avec les pays voisins (Prolonger des réflexions de M. le Recteur Claude Gour sur la Constitution cambodgienne et leur donner une dimension de Relations internationales).

Par Professeur Bui Xuân Quang – Université de Paris X-Nanterre.

Il m’est demandé de parler des Relations du Cambodge avec les pays voisins. S’il ne s’agit que de cela, dans la conjoncture incertaine et morose du paysage stratégique asiatique et mondiale, beaucoup d’images négatives et désespérantes se bousculent dans l’esprit. Il suffit de se reporter à ce qu’a dit mon ami R. Jennar, images qui viennent de la géographie. Elles viennent de l’Histoire. Histoire lointaine. Histoire récente. On le répète souvent : - Un pays a l’histoire de sa géographie. C’est là une évidence géographique -.

Le Cambodge est, pour l’éternité, un pays du promontoire indochinois. Ce promontoire indochinois, comme son nom l’indique, est situé entre l’Inde et la Chine. Cet espace géographique comprend aussi, outre le Cambodge, le Laos et le Vietnam fréquemment cités – deux autres pays : la Birmanie et la Thaïlande. Pour simplifier, cette péninsule indochinoise recouvre les bassins de tous les fleuves qui dévalent du Tibet vers l’océan Indien ou vers le Pacifique. Située à la confluence du monde indien et du monde chinois, la péninsule indochinoise est aussi au carrefour des routes maritimes stratégiques qui font communiquer l’Extrême-Orient avec le reste du monde. Donc, le Cambodge est, certes, placé sous le regard immédiat de ses voisins les plus proches – Thaïlande, Laos, Vietnam, - qui ont tout intérêt à avoir avec lui les meilleures relations. Le Cambodge est aussi au centre des interrogations d’un autre voisin, autrement présent dans la région, la Chine. Et ce qui intéresse la Chine intéresse les autres grandes Puissances, donc la communauté internationale toute entière. Les équilibres à venir dans cette partie du monde en dépendent. Il ne faut pas non plus oublier que nous approchons du 21ème siècle qu’on annonce comme l’ère du Pacifique : en témoigne la récente Conférence de l’APEC (Communauté des Etats d’Asie-Pacifique). Il faut donc raisonner en termes de résonnance : faire du Cambodge un pôle de paix et de prospérité pour que, de proche en proche, la paix et la prospérité gagnent du terrain et s’installent définitivement pour bénéficier de tous. Il faut placer le Cambodge sur les rails de demain au lieu de regarder l’avenir avec les yeux du passé.

Le Cambodge a aujourd’hui et demain un nouveau rendez-vous avec l’Histoire. Il doit lui-même, assumer son destin. Avec ses atouts et même avec ses handicaps. Quitte à transformer les handicaps actuels en atouts futurs. Il faut qu’il soit l’auteur d’un - projet politique -  autrement plus ambitieux que la simple mais difficile reconstruction nationale.

Il doit regarder au-delà du cadre étriqué actuel pour voir plus grand : imaginer l’avenir par exemple dans une Union indochinoise à l’image de l’Union européenne qui approuvée toute son excellence et son efficacité dans le paysage ravagé de l’après Seconde Guerre mondiale. Je le dis nettement : il ne s’agit nullement de refaire l’Indochine à l’ancienne ni ressusciter le rêve communiste d’une Fédération indochinoise de sinistre mémoire. La Communauté européenne puis l’Union européenne ont permis à deux pays rivaux, déchirés par un contentieux territorial et historique de se réconcilier, de travailler ensemble, d’agréer autour de cette idée neuve d’autres Etats de patiemment construire un espace de prospérité et de progrès. Pourquoi le Cambodge ne prendra-t-il pas l’initiative de s’inscrire dans ce projet autrement motivant et d’y inscrire ses autres voisins indochinois ? Il y gagnerait beaucoup. Au lieu de s’enfermer dans une frilosité étatique et diplomatique ou de continuer à ressasser. Il en va de l’intérêt de tous. Le Cambodge, au centre de la Péninsulte indochinoise, doit être le moteur et la locomotive de cette future Union indochinoise en y associant le Laos pour instituer des relations équilibres et harmonieuses avec le Vietnam et avec la Thaïlande.

Pour que cela soit, plutôt que de vous parler des relations du Cambodge avec ses voisins, comme m’y incite mon sujet, je vous parlerai du Cambodge face à ses voisins. Face, pour faire front, pour avoir bonne figure. Pour assumer son destin et son avenir. Face aux autres. Mais surtout face à lui-même. Pour évacuer les vieux démons. Pour enfin construire. Il s’agit de la vie du Cambodge. Mais aussi de sa survie. Si le Cambodge veut laisser une trace dans l’Histoire.

Comment ? Rénover les structures de l’Etat cambodgien. Instituer d’autres relations avec un autre Esprit.

Structures : Le Roi Sihanouk, dans un article paru dans la FEER du 13 janvier, vient d’appeler à – j’en prends le titre – « forger l’identité nationale du Cambodge ». En ajoutant : « le Royaume du Cambodge aujourd’hui est comme un corps dont certaines parties importantes ont été tranchées par des étrangers et dont les propres enfants ont été amputés d’un bras ou une jambe ». Vision réelle et pessimiste dont il faut vite sortir.

Statut et stature : La communauté internationale, malgré ses imperfections, a beaucoup fait pour que le Cambodge retrouve une identité et une personnalité internationale, digne de spn passé et ouverte sur l’avenir. C’est pratiquement acquis.

Elections de 1993, malgré imperfections et réserves, ont redonné à l’Etat cambodgien une légitimité indéniable. Aux dirigeants cambodgiens de ne pas gaspiller cet acquis. Le Cambodge a désormais un statut respecté par la communauté internationale. A lui de conquérir une stature internationale. La Communauté l’y encourage. Elle l’y aide. Le Cambodge le peut. Il l’a inscrit dans sa Constitution. Dans son article 1. Comme dans son article 53.

Nouvelle lisibilité du paysage politique et diplomatique en Asie. L’effondrement du communisme européen ouvre des perspectives intéressantes. Les régimes communistes chinois et vietnamien sont en sursis. Ils sont devenus anachroniques. L’avenir appartient à ceux, comme le Cambodge, qui ont déjà un pied hors du communisme ou qui n’ont jamais été communisés. Ne plus avoir peur des ombres portées par le Vietnam, la Thaïalnde, l’ASEAN. Voir la Chine et le Japon.

Prendre les divers protagonistes au mot :

Ø  Thaïlande : en 1988, l’ancien PM Chatichai Choohavan annonçait vouloir faire d’une zone de guerre une zone de paix. Transformer le théâtre de guerre en un grand marché.

Ø   Vietnam : Problèmes. Régler le contentieux frontalier. Ou les problèmes d’immigration.

Lever les craintes : avoir une législation ou une réglementation pour les migrants. Si les Vietnamiens viennent au Cambodge actuel est plus enviable que celui du Vietnam. Souveraineté du Cambodge = exiger la loyauté des migrants économiques qui s’y installent.

Ø   ASEAN : problèmes internes. Anachronique. Chacun pour soi. Coexistence avec et transformation possible.

Révolution psychologique et nouvel état d’esprit : Transformer la méfiance

-       Communautarisation des besoins, des ressources et des intérêts. Pas une CEI, mais pourquoi pas comme CECA autour des ressources communes du pétrole et du gaz du Golfe de Thaïlande. En y associant la Malaisie, l’Indonésie ou Brunei et Singapour. Il n’y a pas que ces richesses-là.

-       Occasion unique : Il faut prendre en compte les conditions favorables et les opportunités nouvelles : région en pleine expansion économique et volonté d’aide de la communauté internationale.

-       Exemplarité par exemple de la Belgique dans l’union européenne : Pays aux frontières poreuses. Petit. Neutre. Royaume. Mais tenant sa place et son rang dans l’Europe d’aujourd’hui.

-       Décomplexer le Cambodge. Trois maîtres mots : Assimiler les nouvelles donnes ; Intégrer et s’affirmer.

Conclusion : Les épreuves dont s’est sorti, malgré tout le Cambodge, a forcé l’admiration pour le peuple cambodgien. C’est à lui et à son avenir qu’il faut penser.

Le Cambodge artisan de sa propre paix et de la paix régionale. Il sera beaucoup demandé au Cambodge et surtout aux Cambodgiens. L’enjeu en vaut la peine. Ne pas faire pleurer mais faire rêver.  

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 07:13

Histoire de comprendre : « La détente trompeuse »

Article écrit en 1989

La « détente » semble gagner le Cambodge, la guerre doit faire place au dialogue, les forces d’occupation vietnamiennes doivent quitter le territoire khmer. Et les 4 factions cambodgiennes armées devraient résoudre elles-mêmes le problème du rétablissement de la paix dans leur pays. Dans ce nouveau contexte on a enregistré ces derniers temps des contacts entre :

 

-          Pékin et Moscou,

-          Pékin et Hanoi,

-          Bangkok et Phnom-Penh,

-          Bangkok et Hanoi,

-          Bangkok et Vientiane.

Et aussi entre les 4 factions cambodgiennes :

-          A paris entre le Prince Sihanouk et Hun Sen à trois reprises (décembre 1987, janvier 1988, novembre 1988),

-          A Bogor (Indonésie) le « JIM 1 » en juillet 1988,

-          A Djakarta le « JIM 2 » (19-21 février 1989).

Sur cette toile de fond la « détente » cache des manœuvres dont les conséquences peuvent être dangereuses pour l’avenir du Cambodge et de son peuple.

En effet les soldats de Hanoi pourront quitter le Cambodge (probablement en septembre prochain) avec une mention honorable, en tant que « libérateurs des Cambodgiens ». Quant aux 4 factions khmères, toutes ont leurs propres forces grâce à leurs « Sponsors » respectifs, mais aucune n’est mandatée par le peuple cambodgien. Elles se répartissent de la manière suivante :

-          une faction communiste pro-vietnamienne,

-          une faction communiste pro-chinoise,

-          deux factions « nationalistes » dépendantes de la Chine communiste.

Voyons de plus près la vraie nature de ces diverses factions :

1.       La R.P.K. (ou « République Populaire du Kampuchéa »). C’est le régime khmer rouge de Heng Samrin, dont Hun Sen est le Premier Ministre. Cette faction est composée de dissidents du régime Khmer Rouge de Pol Pot et Khieu Samphân. Depuis 10 ans elle gouverne le Cambodge avec l’aide de Hanoi et règne sur une population réduite de moitié (après le génocide des années 1975-1978), traumatisée, et aujourd’hui soumise à la loi d’un autre régime communiste (pro-vietnamien).

 Bien que maître incontesté du pays, ce régime communiste de Heng Samrin est fragile. Non reconnu sur le plan international et dépourvu de soutien populaire, il pourrait s’écrouler après le retrait vietnamien.

Ce même régime connaît trop bien le régime Khmer rouge de Pol Pot et Khieu Samphân pour lui accorder la moindre confiance et accepter de partager le pouvoir avec lui. La méfiance persistera donc toujours chez les anciens Khmers rouges de Heng Samrin à l’égard de ceux du « Kampuchéa Démocratique » (K.D.)

2.       Le « K.D. ». C’est le régime khmer rouge qui a perpétré le génocide. Il ne doit sa survie qu’à la Chine communiste et aux chefs des deux factions dites « nationalistes » : le Prince Sihanouk et M. Son Sann.

Ce régime est définitivement condamné et rejeté par tous les Cambodgiens, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Malheureusement il est reconnu sur le plan international. Grâce aux manœuvres de Pékin, et à la caution du Prince et de M. Son Sann, il peut aujourd’hui encore siéger à l’ONU et représenter le Cambodge sans être mandaté par aucun Cambodgien. N’exsitant qu’en exil, il continue cependant de violer les drooits de l’homme (dans les camps qu’il contrôle sur la frontière khméro-thaïlandaise). Avec l’appui de la Chine communiste ce régime poursuit ses tentatives pour reprendre le pouvoir au Cambodge. Mais il est très fragile, car il ne peut continuer d’exister qu’avec l’appui chinois.

3.       Les deux factions dites « nationalistes » font uniquement le jeu des Khmers Rouges. Elles ne jouent aucun rôle de premier plan dans le problème cambodgien, car elles n’ont aucune autonomie.

Quant aux Cambodgiens eux-mêmes, victimes de deux régimes communistes, ils doivent subir et continuer à souffrir. Ce que nous craignons, c’est un affrontement direct entre les deux régimes communistes khmers (après le retrait vietnamien). Nous aurons alors une vraie guerre civile (rappelant la situation du Liban), qui pourrait déboucher sur une anarchie complète. Le régime Heng Samrin sera débordé et n’aura pas d’autre ressource que d’appeler à l’aide ses protecteurs vietnamiens. La Chine communiste, de son côté, ne pourra pas manquer de réagir en faveur de ses protégés, les Khmers Rouges.

La situation initiale pourrait alors se reproduire : le Vietnam occupera de nouveau de Cambodge, tandis que la Chine organisera une nouvelle résistance anti-vietnamienne. Notre peuple devra endurer, une fois encore, de grandes épreuves et le pays risquera d’être effacé de la carte du monde. Ou bien il sera exposé au danger d’une partition, avec le Mékong comme ligne de partage. Dans ce cas le sud, ayant frontière commune avec le Vietnam, serait contrôlé par le régime Heng Samrin, tandis que le nord tomberait sous le contrôle du régime khmer rouge pro-chinois.

Aujourd’hui, en tout cas, l’espace politique est occupé par les Khmers rouges de Pol Pot et Khieu Samphân (à l’ONU), tandis que le terrain est contrôlé par d’anciens Khmers rouges devenus pro-vietnamiens. Dans ce contexte, où peuvent alors se situer les vrais nationalistes cambodgiens victimes de deux régimes communistes qui s’affrontent dans leur pays ? D’où la nécessité pour eux de lutter pour avoir une place, afin de pouvoir sauver ce qui peut l’être.

C’est pourquoi nous exhortons nos compatriotes à réfléchir, et à étudier avec nous les moyens à utiliser pour déjouer les manœuvres communistes qui nous condamnent à subir des régimes que nous avons tous rejetés.

Nous les proposons, à ce sujet, d’agir en étroite concertation, en particulier auprès des médias. Ceci afin de sensibiliser l’opinion occidentale, pour lui faire mieux connaître les aspirations des Cambodgiens. Il est indispensable, en effet, que nous nous exprimions au moment où les problèmes ne sauraient être réglés, discutés dans plusieurs capitales étrangères. Ces problèmes ne sauraient être réglés sans que soit connu le point de vue des principaux intéressés, c’est-à-dire nous-mêmes. Nous devons donc nous faire entendre, d’autant plus que nos frères qui vivent au Cambodge aujourd’hui n’ont, eux, aucun moyen de s’exprimer librement.

Nous pouvons finalement constituer une authentique force nationaliste, capable d’offrir une alternative pour empêcher la guerre civile et l’anarchie de s’installer dans notre pays. Mais encore faut-il que nous puissions d’abord nous unir pour être forts.        

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 10:40

Histoire de comprendre : « L’envers de la médaille »

 Article écrit en 1989

 La « détente », solution de paix à Paris, à Djakarta, et dans les autres capitales de l’Asie, n’a pas encore apporté de résultats.

Sur le plan international, les responsables du problème cambodgien n’arrivent pas à s’entendre et les listes des propositions en 5 points, en 6 points ou en 8 points des chefs des factions khmères en conflit ne peuvent être acceptées ni par l’un ni par l’autre.

On frôle l’échec.

Mais le monde vient d’être réveillé par l’offre d’une autre solution de paix pour le Cambodge : « Transformer le champ de bataille en un Marché » - Puis on a appris que :

1.    Le Vietnam va retirer ses troupes du Cambodge d’ici fin septembre 1989.

2.    Appel à la cessation de la guerre civile et à la réconciliation entre les 4 factions.

Ce communiqué vietnamien du 5 avril (soi-disant communiqué Indochinois) a été suivi par une déclaration du principal dirigeant de Phnom-Penh, Hun Sen.

L’Assemblée National de la République Populaire du Kampuchéa (R.P.K.) va réviser la Constitution pour :

1.    Le changement de la R.P.K. en « Etat du Cambodge ».

2.    Changement du drapeau et de l’hymne national.

3.    Effectuer un grand virage économique ; vote d’une loi sur l’Economie mixte ; ouvrir les portes aux investissements étrangers privés et cela dans tous les domaines. L’Etat garantira le droit de propriété des capitaux et des biens d’équipement pour une durée de 20 ans.

Ceci intéressé déjà les hommes d’affaires japonais et Australiens qui sont déjà à Phnom-Penh pour étudier cette question.

La Thaïlande, pays de transit des matériels d’aide pour la coalition antivietnamienne, est favorable à ce virage économique.

Le Congrès américain considère que le régime actuel à Phnom-Penh est moins mauvais que le régime de Khieu Samphan – Pol Pot, et tend vers la reconnaissance de ce régime K.R. provietnamien.

Phnom-Penh est entrain de convaincre le Prince Norodom Sihanouk de rentrer au pays pour être « Chef de l’Etat du Cambodge ».

Tout ceci appelle de notre part les remarques suivantes :

A.    En retirant ses troupes, Hanoi a renvoyé la balle dans le camp chinois : « Je retire mes troupes – Est-ce que vous retirez aussi votre aide aux Khmers Rouges et aux deux autres factions ? (Le Prince Sihanouk et Son Sann).

B.    En faisant appel à la cessation de la guerre civile et en recommandant la réconciliation, Hanoi prétend n’avoir jamais agressé le Cambodge. L’occupation du Pays Khmer, par sa force armée pendant 10 ans, c’était pour protéger la faction de Heng Samrin et sa population contre la guerre civile avec les Khmers Rouges de Khieu Samphan – Pol Pot coalisés avec le FUNCINPEC du Prince Sihanouk et FNLPK de Monsieur Son Sann.

Les « Bôdoïs » se retirent du Cambodge tête haute, fiers d’avoir préservé le peuple cambodgien de la mort certaine par le génocide perpétré par les Khmers Rouges de Khieu Samphan et Pol Pot.

Mais ce retrait des troupes de Hanoi, après avoir introduit une colonie vietnamienne au Cambodge (environ 700 000 « colons ») avec la mise en place de cadres vietnamiens dans tous les domaines de l’administration, ne représente-t-il pas une garantie pour le régime de Heng Samrin et un doute pour la population khmère ?

Hanoi a eu la chance de voir le retrait des troupes américaines du Vietnam et le retrait des troupes russes de l’Afghanistan pour accorder maintenant à ses troupes, qui retournent au Vietnam, la mention de « libérateurs des Khmers ». En fait, l’affaire cambodgienne est devenue l’affaire de tout le monde :

C’est l’affaire de la Chine et de l’URSS ;

C’est aussi l’affaire du Vietnam ;

C’est aussi l’affaire des pays de l’A.S.E.A.N. ;

C’est aussi l’affaire des 4 factions cambodgiennes en conflit (surtout les deux factions communistes qui ont à défendre les intérêts de leurs sponsors respectifs).

Donc, la Chine et l’URSS ne sont pas d’accord, si les 2 factions K.R. (le Kampuchéa Démocratique de Khieu Samphan – Pol Pot) et la R.P.K. (République Populaire du Kampuchéa de Heng Samrin – Hun Sen) ne sont pas d’accord, la situation du Cambodge sera de nouveau bloquée. Alors la guerre civile pourra éclater. L’anarchie sera totale, puisque la Chine – le Vietnam – et l’URSS seront prêts à soutenir leurs protégés jusqu’au dernier des Cambodgiens.

Le Cambodge risque de perdre son identité, son âme et d’âtre effacé de la carte du monde. (Ne pas oublier le CHAMPA).

Mais le Prince Norodom Sihanouk est toujours là. Quel rôle peut jouer cet ancien Roi ?

A.    Rappelons que pendant son régime, après l’indépendance, il a adopté une politique de neutralité où le Pays a connu une grande période de paix et de prospérité. Le Cambodge du Roi Norodom Sihanouk est une « Oasis de Paix » disaient les journalistes étrangers de l’époque. Mais très curieux, ce Roi, contrairement aux autres Rois, adore les Communistes. Il a abandonné la neutralité et s’est jeté corps et âme dans les bars de Mao Tsé Tong et de Chou En Lai. Il a vendu son Pays en aidant le Vietnam à faire la guerre contre les Américains. Le camp communiste, en rejetant les Américains du Sud-Vietnam et de toute l’Indochine a maintenant la main libre sur les autres de l’Asie du Sud-Est.

B.    Pendant la période de la république, nous retrouvons le Prince du côté de nos ennemis, les envahisseurs vietnamiens qui avaient leurs bases militaires dans notre territoire (autorisé par le Prince avant sa destitution) et qui, dès les premiers jours de la guerre, déferlent pour occuper quatre de nos provinces du nord : STUNGTRENG – KRATIE – RATANAK KIRI – MUNDUL KIRI.

Durant 5 ans, le Maréchal LON NOL a combattu les Viêt-Cong avec l’aide américaine et avec tout le peuple qui voulait rejeter ces envahisseurs vietnamiens hors du Pays.

Mais avec l’aide de la Chine, le Prince a pu conclure avec le Viêt-Cong et les Khmers Rouges un pacte à Canton le 25 avril 1970, pour faire la guerre contre le Cambodge, son pays. Nous nous souvenons que cela a coûté très cher au Cambodge et à son peuple.

C.   Pendant la période du régime Khmer Rouge (Kampuchéa Démocratique – époque du génocide) le Prince était présent aussi comme Chef de l’Etat du « Kampuchéa Démocratique ».

Le Prince a donc été omni-présent pendant la destruction du Cambodge par les Khmers Rouges de Khieu Samphan – Pol Pot et leurs acolytes.

Deux millions de Cambodgiens furent exterminés : les intellectuels – les professeurs – les médecins – les ingénieurs – les cadres civils et militaires – les techniciens – les hommes – les femmes – les enfants.

Le Cambodge sans électricité, ni eau courante, a reculé d’un siècle. Ce qui reste : la pauvreté ; la misère ; la famine. Le malheur qui a frappé tout le monde, aucun Cambodgien n’a été épargné (même pas la famille du Prince).

Et, malgré tout cela, le Prince a réussi à faire siéger à l’O.N.U., comme représentant du peuple khmer, ce Kampuchéa Démocratique avec son drapeau et son hymne national.

Le régime Khmer Rouge est à l’honneur parmi les nations civilisées à l’O.N.U. C’est incroyable mais vrai.

D.   Aujourd’hui règne l’occupation vietnamienne au Cambodge – règne des Khmers Rouges de Heng Samrin. Et nous apercevons déjà la silhouette du Prince Norodom Sihanouk qui se prépare à les rejoindre.

Oui, le nouveau régime de Phnom-Penh invite le Prince à rentrer au Cambodge comme Chef de l’Etat. Hun Sen lui offert ce poste. Ce régime contrôle le territoire khmer, mais il n’est pas reconnu par l’O.NU. Ce sera le Prince Norodom Sihanouk, avec son nouveau titre de Chef de l’Etat du Cambodge, qui siègera et remplacera le Chef de l’Etat Norodom Sihanouk tête de liste du gouvernement de la coalition du Kampuchéa Démocratique (Régime de Khieu Samphan – Pol Pot).

Là encore, se sera incroyable mais vrai.

Décidément, le Prince est toujours du côté de l’ennemi du peuple khmer. Il est toujours avec les Communistes.

Par cette analyse de la face cachée de la médaille cambodgienne, nous désirons alerter l’opinion française et internationale du grand danger que court notre pays :

-       être effacé de la carte du monde ;

-       disparition de la race khmère dans la Communauté Indochinoise Vietnamisée et Communiste.

Le peuple khmer a lutté courageusement en acceptant beaucoup de sacrifices en vies humaines pour défendre son pays contre la domination communiste vietnamienne, et pour obtenir la paix dans la liberté.

Depuis l’instauration du pouvoir communiste au Cambodge, le peuple khmer a perdu son sourire, il vit dans la crainte et pleure ses morts devant les ruines. Il pleure aussi la destruction de son pays et de sa civilisation millénaire.

Accepter maintenant les propositions de paix communistes, ce serait trahir nos morts, notre peuple et ses sacrifices. Cela reviendrait à dire que notre lutte a été inutile.

Nous ne pourrons jamais croire que les communistes aiment notre pays et notre peuple plus que nous-mêmes.

Puisse le monde libre enfin nous entendre !

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