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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 06:26


Après la mort du Roi, Chao Ponhea Oukteyreach s’enfuit en laissant la citadelle Samrong Sen sans défense. Apprenant cette fuite, Chao Ponhea Yaumreach, à la tête de son armée, lança une contre offensive contre l’armée de Kân. Après quelques jours d’affrontement, le général Yaumreach jugeait qu’il fut impossible de gagner la partie dans cette bataille. Il convoqua les membres de son Etat-Major et leur dit ceci : « Nous ne pouvons pas gagner cette bataille, parce que Kân bénéficie un avantage psychologique sur nous, la mort du roi. Une armée sans chef, c’est comme un corps sans tête. Le dauphin est encore jeune et ne pourrait pas faire grande chose contre Kân, son oncle maternel. J’ai une conviction profonde que ce dernier le tue s’il se retombe dans les mains. Kân ne se batte pas pour le dauphin, il se batte pour lui-même. Il est capable de tout. Mon devoir d’aujourd’hui est de mettre l’héritier du trône à l’abri du danger. Je ne vois qu’une seule solution : Amener le prince royal au Siam. Preah Chanreachea, son oncle paternel, est déjà là-bas. En outre, je vais demander une aide militaire au souverain siamois pour revenir combattre contre les rebelles. Avec Preah Chanreachéa en tête de notre armée, je pense que Kân ait peu de chance de nous vaincre. Les généraux et les officiers approuvèrent à l’unanimité les idées de leur chef.

Le général Yaumereach était un grand dignitaire ambitieux, rusé, sans scrupules, mais il était un chef militaire mûr et réaliste. Avant de monter à bord de sa barque, il ordonna à tous les chefs d’unités de cesser le combat : « Il est inutile de continuer de vous battre contre Kân. Vous devez partir pour vous cacher avec vos hommes fidèles dans les lieux sûrs, je reviendrai bientôt avec Preah Chanreachéa. Mais la volonté de combattre existe-t-elle encore ?  Chez les militaires peut-être. Mais parmi la population, la guerre civile au cours des quatre dernières années commençait à produire ses effets désastreux pour sa vie de tous les jours. 

Des centaines de pirogues, formèrent un cortège royal, quittèrent le port de Kompong Svay pour Nokor Thom, ancienne capitale royale. Parmi les suivantes du général Yaumreach, il y avait le Brahmane Sours. En tant le gardien du trône, celui-ci emportait avec lui tous les objets de sacre royal, l’épée sacrée et la lance royale. Au cours du chemin, il pensait qu’une fois au Siam, le Souverain de ce pays ne lui laisserait jamais de retourner au pays. Il décida donc de plus suivre le cortège des fuyards. Une fois décidé, il demanda au chef d’escorte la permission d’aborder la berge pour faire ses besoins. Sours dit ceci : « Tu peux continuer le chemin, j’ai besoin quelques minutes seulement, je vous rattraperai vite, parce que ma pirogue est une pirogue de course ». Tout le monde ne fit pas attention à la ruse de Sours. Le Chef d’escorte donna son accord au Brahmane de quitter le cortège. Une fois pied-à-terre, le Brahmane Sours et son valet, nommé So, se furent enfoncés dans la forêt en emportant avec eux l’épée sacrée et la lance royale. Les deux fuyards avaient mis une semaine pour atteindre Bati (district Kanda Steug, Saan actuel).  Ils s’étaient établis à plusieurs kilomètres de la ville dans une forêt obscure. Là-bas, ils avaient caché l’épée sacrée et la lance royale dans un trou d’un grand arbre (arbre Chambak).

Revenons au général Yaumreach. Quand il arriva à Norkor Thom avec son escorte et ses suivantes, il réquisitionna chez le gouverneur de cette province plusieurs chevaux et éléphants et poursuivit ensuite son chemin au Siam. Agé et affaiblit par des années de guerre, au cours de son voyage, le Général Yaumrech mourut d’épuisement. Ses hommes avaient enterré son corps en conformité avec la tradition khmère et invitèrent le dauphin à poursuivre le voyage au Siam.

Retournons au camp de Kân. Celui-ci avait obtenu la reddition totale de l’armée royale. Il s’en réjouit dans son cœur, rêvant d’un pays nouveau et d’une paix née de la guerre. Il retourna triomphalement à Basane. Il a été accueilli par la population avec chaleur. Des fêtes ont été organisées dans la ville pendant plusieurs jours. Quelque temps plus tard, les grands dignitaires et les généraux de la Cour de Basane votèrent l’instauration du gouvernement royal, dont il était important pour l’unité de la Nation et désignèrent Kân comme souverain. Celui-ci accepta cette décision. En 1512, à l’âge de 29 ans, il fut couronné roi. Son nom de sacre était : Preah Bat Samdech Preah Srey Chétha Tireach Rama Thipdey Krong Srey Sar Chhor.

Le lendemain de son couronnement, dans la salle du trône, tout ce qui touche de près ou de loin au nouveau pouvoir, se trouvaient là. Le nouveau roi ordonna au Chef de protocole de prononcer à haute voix les noms des nouveaux princes et princesses, tous et toutes sont ses proches. Ainsi un nouveau corps de la famille royale a été créé. L’essentiel de cette création est de partager son pouvoir avec ces princes pour faire régner l’ordre dans le Royaume. Il désigna son oncle maternel Kao comme chef de famille royale. Celui-ci portait aussi un titre de Grand Prince du Royaume, Samdech Chao Fa pour ses mérites dans la compagne de pacification du pays. Devenu Roi, Kân n’avait pas trop de peine à établir des relations de confiance avec les populations. Il créa un corps des envoyés du roi, munis de pleins pouvoirs, qui le représentent partout et n’obéirent qu’à ses propres ordres. Les dignitaires du palais, les généraux, les gouverneurs de provinces parlaient toujours à son nom. Il n’est que trop évident que toutes ces inventions nouvelles, cette force accrue, ce mode de vie transformé consolidaient le pouvoir du nouveau roi. Il dit assez souvent à ses collaborateurs : « Je ne demande pas qu’on m’aime, mais qu’on me serve bien ».

La question la plus intéressante posée par les méandres de la politique de Kân est de savoir s’il représente une rupture ou une continuité avec l’ancienne dynastie de la caste Ksatrya (caste des rois khmers). On le sait que la rupture n’est pas moins évidente puisqu’il ne s’agit que le changement dans la politique économique : Liberté d’entreprise, développement des secteurs artisanaux et commerciaux ; une sorte d’une monarchie capitalistique. Mais la continuité est claire : Monarchie absolue.    

En 1514, Sdach Kân décida de changer la capitale royale. Il est normal quand on crée une nouvelle dynastie, il faut aussi créer une nouvelle capitale. Tout doit être nouveau dans mon règne et je veux laisser la trace de mon existence dans l’histoire des rois khmers, dit Kân. Il avait choisi la commune de Chanlang Daun Tey à l’Ouest de Basane comme lieu pour bâtir sa nouvelle cité. Cinq mois après, Kân voulait encore déménager, parce qu’il eut un rêve : Un bruit fracassant venant de l’Ouest qui dure pendant cinq heures. Ensuite, il y a un vieux sage qui lui parle : Il faut vous déménager de Chanlang Daun Tey pour aller vous habiter à Srarlàb, situé à la frontière des deux provinces :Tbaug Khmom et Phnom. Le lendemain, Sdach Kân convoqua ses conseillers et ses ministres pour leur dire qu’il a vu et entendu dans son rêve. Après quoi, il décida de transférer sa capitale de Chanlang Daun Tey à Srarlàb. Les travaux d’aménagement de la nouvelle capitale avaient duré deux ans. À Srarlàb, il n’y avait ni fleuve, ni rivière. Pour permettre le développement de la ville, l’eau est la première des nécessités. Entouré des ingénieurs de renom, Okgna Vieng, Okgna Vaing, Okgna Lompaing et Okgna Srâl, le Roi fit creuser quatre grands bassins aux quatre points cardinaux de la cité. Chaque Kompong (point d’eau) portait le nom de son créateur. C’était la volonté de Kân. Ces bassins demeurent aujourd’hui encore utile pour la population. En outre, ces ingénieurs avaient réussi à multiplier les puits partout dans la ville et avaient ébauché le quadrillage si serré des canaux d’irrigation du pays. 

La campagne d’aménagement de la nouvelle capitale fut faite dans un temps-modèle. La participation de la population dans la construction de cette nouvelle ville royale est totale. Il y avait beaucoup de volontaires. La nouvelle capitale était plus grande et plus rationnelle que l’ancienne capitale. Kân donna un nom à sa nouvelle ville : Krong Srarlàb Daun Tey Prey Norkor Charakreach. Il ordonna à Okgna Sral de faire l’élevage des poissons dans les quatre bassins et à Okgna Lompaing de construire des abris d’éléphants. Il fit aménager un domaine de chasse. On donna un nom à ce domaine, Virl BanThom (domaine du frand frère) ou Virl Chan. Il créa un Conseil Supérieur du Bouddhisme composé de sept moines supérieurs : Vénérable Parikniryourk, Preah Akriyours, Preah Eksatha, Preah Puthkhorsa, Preah Thomkhorsa, Preah Vibasnir, Preah Paraksatha. La Présidence de ce Conseil est tournante pour une durée d’un an. Sdach Kân voit dans une religion ordonnée et soumise un formidable instrument de gouvernement. Trois ans après l’installation de la nouvelle capitale, les gens venaient de plus en plus nombreux pour y s‘établir. Ce lieu donna un exemple achevé de gloire d’une nouvelle dynastie. Ses magasins, ses entrepôts, ses établissements commerciaux couvraient le pays d’un réseau de paysans et d’artisans aisés. Les richesses sont exploitées avec sciences. Tout est surprise et paradoxe dans ce premier âge d’or de la nouvelle cité royale. Dès le lever du soleil, le marché grouillait de monde. La nuit était tombé depuis longtemps que surgissaient dans la ville des théâtres, les échos des banquets qui s’y poursuivaient souvent jusqu’à l’aube. Pour facilité des activités et des échanges commerciales, Sdâch Kân créa les pièces de monnaies en feuilles d’argent et d’or, et sur chaque pièce figure l’image d’un dragon, l’emblème de l’armée victorieuse de Kân. Les fonctionnaires de la cité s’étaient bien gardés de compromettre cette prospérité et cette facilité de la vie. Ils se contentaient de prélever des taxes énormes. Dans le nouveau Royaume, il y avait quelques reprises des tentatives de révolte : elles avaient été écrasées, et le long de toutes les routes qui menaient à la capitale des centaines de têtes coupés, exposées en public, avaient servi d’exemples. Plusieurs chefs militaires et hauts fonctionnaires des provinces avaient été rappelés à la capitale, jugés, empoisonnés. Quelques-uns avaient été mis à mort, d’autres avaient été frappés de maladies brutales et un peu mystérieuses. Sdach Kân faisait régner dans son armée et dans son administration une discipline sans pitié. 

Revenons au Brahmane Sours qui fut parti avec son valet en emportant avec lui l’épée sacrée et la lance royale. Quelques années plus tard, son valet fidèle mourut de maladie, le Brahmane vit désormais tout seul pauvre dans la forêt. Un jour, il entendait parler de la récompense de 500 pièces d’or offertes par Sdach Kân à celui qui lui apporte ces objets. Désespéré de l’attente du retour du général Yaumreach et Preah Chanreachea du Siam pour combattre contre Sdach Kân, il décida d’apporter ces objets sacrés au nouveau roi pour toucher la récompense.

Une fois décidée, il partait dans la forêt pour trouver ces objets. Arrivé à la cachette, il grimpa sur l’arbre pour sortir ces objets du trou. Soudain, il s’aperçut un grand serpent en face de lui. Surpris par cette rencontre hasardeuse, il tomba de cet arbre et mourut. Son coup fut brisé. Des mois passés, son cadavre se décomposait sous l’arbre sans que personne fût au courant de sa mort. On disait plus tard que l’arbre est protégé par un génie qui n’est que l’âme du Brahman Sours.

Il est temps de revenir à Preah Chanreachea, frère du roi Sakunbât. Apprenant l’arrivée du dauphin, son neveu, au Krong Tep, il se précipita pour demander à ce dernier des nouvelles du pays. Dans cette rencontre, il a appris que le Roi, son frère, est mort et Kân est victorieux. Il se dit : Comment faire pour me venger de cette humiliation insupportable ?

Depuis sept ans, le prince khmer avait une immense impatience de retourner au pays, mais à chaque fois qu’il fût une demande au roi Chakrapath, sa requête fut courtoisement rejeté par ce dernier. La ritournelle était la même : il faut attendre le jour faste ou cette année la saison de chasse au traître n’est pas propice. Mais en 1515, la chasse d’éléphant blanc fut une priorité pour le roi siamois. Cette année-là, un de ses ministres, envoyé en mission, venait de lui rapporter qu’un chasseur d’éléphant de renom, nommé Peam, à repérer un grand éléphant blanc qui rôdait dans la forêt du district Kachhanborey. Ce chasseur avait tout essayé de capter cet animal, mais sans succès. Grand collecteur des éléphants, le roi demanda à ses ministres de trouver un spécialiste pour faire ce travail. Ces derniers suggérèrent au roi le nom de Preah Chanreachea, parce que tout le monde le savait que la chasse des éléphants était un sport préféré du prince khmer. Aussitôt le Roi ordonna à ce dernier de prendre mille hommes avec lui pour investir la forêt Kachhanborey à la recherche de l’éléphant blanc. Après quelques semaines de poursuite de la trace de cet éléphant, Preah Chanreachea et ses hommes arrivèrent à le capter. Le roi remercia le prince khmer de cet exploit. Il donna un nom à cet éléphant « Norodom ». Profitant de cette situation, le prince khmer renouvela sa demande, au roi siamois, de rentrer au pays pour combattre contre Kân. Encore une fois, la réponse était négative.

Cette fois-ci, désespéré, le prince khmer commençait à tisser un plan de fuite. Après quelques mois de réflexions avec ses 15 compagnons, ils trouvèrent un stratagème pour tromper la vigilance du roi : On gagne la confiance du roi afin de le tranquilliser, tandis qu’en secret on complote sa perte. Le Roi Chakrapath est un collecteur des éléments rares. On sait qu’il est capable de payer une grande fortune à celui qui lui offre un éléphant blanc. Il faut donc, pour le prince khmer, inventer l’existence de cet animal. Comme le Roi a toujours confiance sur sa compétence dans la technique de chasse des éléphants rares, il est certain que le Roi lui confiera cette mission. Comment faire ? Voilà leur plan : : Ils font sculpter quatre grands pieds éléphant en bois. Dans le nord-Est du pays, les 15 khmers vont faire courir une rumeur auprès de la population qu’ils ont vu un grand éléphant blanc à tel ou tel endroit. Ils vont créer des empreints de pieds d’éléphant avec les pieds de la bête en bois. En plus, sur les branches des arbres, ils vont collecter les poids de moutons à une hauteur à laquelle les gens puissent imaginer la grande taille de l’éléphant, enfin ils vont frottez au tronc de ces arbres avec la boue qu’ils ont pri du marais non loin de ces arbres.

Une fois sûre de n’être jamais soupçonnée de leur plan, les 15 khmers avaient quitté la capitale. Arrivée dans le Nord-Est du pays, ils exécutaient scrupuleusement leur plan.

Un mois après, la rumeur commençait à circuler partout dans la région que l’on a repéré un grand éléphant blanc qui rôde dans la forêt. Ayant entendu cette rumeur, le chef de district partait lui-même dans la jungle pour constater la trace de l’existence de cet animal. Après quoi, il en informa son ministre. Ce dernier informa immédiatement le roi qu’on repère dans le Nord-Est du pays un autre grand éléphant blanc mal de 10 bras de hauteur et de petites défenses.

Le stratagème réussit, les 15 khmers quittèrent immédiatement la région comme prévu dans le plan. Leur destination était la province Norkor Reach (province khmère). Là-bas ils travaillaient discrètement pour recruter les combattants khmers dans les différentes contrées : Nirk Rong, Neang Phaèk, Chong Kal, Tomnup, Tong Kè, Mongkol Borey, Norkor Reach Séma Battambang.

Revenons à la cour siamoise. Au cours d’une audience habituelle du roi Chakrapath, le souverain demanda aux ministres comment faire pour capter l’éléphant blanc signalé. Comme le dit l’expression populaire « les grands esprits se rencontrent », à l’unanimité, les ministres suggérèrent encore une fois le nom de Preah Chanreachea.

Vu que tout le monde se ruait dans sa nasse, ce dernier se sentait fort et se trouvait dans une situation favorable pour exécuter son plan. Mais, il faisait tout pour cacher son enthousiasme : Eviter de provoquer le soupçon du roi. Le Souverain s’empressa de suivre le conseil de ses ministres. Il regarda le prince khmer avec ses yeux doux et dit : « Alors, mon neveu, que penses-tu ? ». Preah Chanreachea accepta la mission avec les conditions exceptionnelles : 5 000 hommes armés des armes de guerre pour faire face à un éléphant sans doute très agressif, 1 000 éléphants de chasse, les vivres suffisants pour une longue durée. Le roi Chakrapath en accepta immédiatement. Il fait encore plus d’habitude : il donna son sabre martial (Preah Sèng), qui représente sa personne, c’est-à-dire celui qui porte ce sabre n’est que le Roi, afin que le prince khmer ait plus de pouvoir pour exécuter sa mission. Le ministre du palais, Okgna Krey fut chargé par le roi de rassembler ce dont Preah Chanreachea a besoin. Avant de partir à la chasse, le prince khmer se rendait visite à son cousin,Ponhea Ong, pour présenter ses salutation à ce dernier, au cours de laquelle, il demanda au dernier dans les termes suivants :

- Cela fait quelque temps que vous vivez dans ce pays étranger, est-ce que votre mère-patrie vous manque, Grand frère ?

- C’est un point auquel je n’ai jamais pensé. Disons seulement je suis heureux dans ce pays. J’ai beaucoup de chance d’être traité par le Roi siamois non pas comme un prisonnier de guerre, mais comme un homme couvert d’honneur. Il m’a confié la charge d’une province Sovann Khaklauk, dont la taille est aussi grande que celle de son propre fils. Cet honneur est déjà suffisant pour moi. Mon petit frère, pour notre mère-patrie, c’est ton affaire.

Le visiteur comprend qu’il ne sert à rien d’insister ; il prend congé de son cousin royal. Il savait que le temps a pu modifier le corps, quand donc le trésor du cœur a-t-il changé. Oui chez son cousin royal, son cœur a aussi changé pour un brin de bonheur personnel. Il a complètement oublié que le trône de ses ancêtres est souillé par un fils d’esclave, mais cela n’ait aucune importance pour Ponhea Ong, fils d’un grand roi khmer. Quelle tristesse de voir un prince royal se réfugie dans l’abri des étrangers pour faire son nid de bonheur. 

En 1516, à l’âge de 36 ans, Preah Chanreachea avait quitté la capitale siamois pour chasser l’éléphant blanc. Il était pressé de se rendre à destination, son pays natal. Il savait que, s’il s’attardait, les nouvelles de sa fuite vont se répandre vite. Il avait toujours un principe dans sa vie : « Faire ce que l’humain peut, laisser le Ciel faire le reste ». Après 7 jours de marche forcée, Il arrivait au chef-lieu d’un district khmer. À chaque pas sur la terre de ses ancêtres, un sentiment d’excitation le gagnait. C’était maintenant qu’il plongeait dans le paysage de son pays dont le charme qui lui saute aux yeux. Ici l’air embaume d’arôme de fleurs et de fruits, mêlés à de fortes odeurs de sucre de palme venant de quelques fabrique proche. Dans sa mélancolie, il faisait un geste pour saluer le Ciel et la Terre. Il jugeait bon qu’il était enfin dans une distance de sécurité à la poursuite de la cavalerie siamoise, au cas où son plan serait découvert par le roi. Après quoi, il envoya un message, il joignit à sa lettre les poils de mouton et un croquis dans lequel il avait dessiné les formes de pieds de l’éléphant. Tout cela, c’était pour faire croire au roi qu’il était sur la trace de l’animal. Quand le roi avait reçu ce message, il demanda immédiatement au messager : où se trouve maintenant Preah Chanreachea ? Il est au pays des Khmers, répondit le messager. Ayant entendu cela, le roi siamois sirotait le thé, hasarda une question à Ponhea Ong : Pourquoi Preah Chanreachea se trouve là-bas. J’ai de doute qu’il va franchir la frontière pour aller combattre Akân, que penses-tu ? Cette question mettait Ponhea Ong dans l’angoisse. Ce prince doit démontrer à son protecteur qu’il avait de doute sur la trahison de son cousin, mais il n’y a point trempé. Dire la vérité est sa seule solution pour échapper à la mort. Sans hâte et sans frein, il se lança dans une explication vive : « Votre Majesté, le cœur de Preah Chanreachea se nourrit de haine à l’égard de kân. Quand il avait appris que Kân a tué son frère et se proclame roi, sa colère est sans limite. Par d’ailleurs, avant son départ, il est venu me voir et il a tenu les propos surprenants en me demandant : est-ce que je ne pense jamais à retourner au pays. J’ai une certitude maintenant que Preah Chanreachea n’aille pas chasser l’éléphant, mais plutôt au Kampuchea pour réaliser sa vengeance ». Ayant entendu ces propos, le roi siamois se mit en colère et ordonna au colonel de cavalerie Pich Davicheath de partir avec 30 cavaliers pour capter le prince rebelle. Si ce dernier refuse d’obtempérer, il faut absolument qu’il ramène les 5 000 hommes à la maison.

Revenons à Preah Chanreachea. Ce prince avait pu recruter 1 800 combattants. Après quoi, il partit rejoindre les 15 fidèles à Teuk Chaur. Ces derniers avaient pu aussi recruter 200 combattants. Il poursuivit son chemin avec ses troupes à la province Siemreap. Là-bas, il avait pu convaincre 2 000 paysans à prendre les armes contre Sdach Kân. Enfin il pénétra dans la citadelle Moha Norkor avec 10 000 combattants dont 5 000 siamois. Trois jours après, le colonel Pich Davicheath était arrivé à Moha Nokor. Celui-ci demanda immédiatement à l’officier de garde de la porte de la citadelle de voir Preah Chanreachea. Dans la cour royale, le Colonel siamois dit au prince khmer devant les officiers siamois : « J’ai l’ordre de Preab Put Chao (le nom usuel du roi siamois) de vous dire que vous deviez retourner immédiatement au Siam. Votre mission de chasse d’éléphant est ajournée par Sa Majesté. Preah Chanreachea savait bien que sur la précipitation, Preah Puth Chao n’avait pas donné l’ordre par écrit. Il avait laissé le Colonel siamois terminer sa phrase. S’avançant vers ce dernier, il leva le sabre martial, symbole du pouvoir absolu du souverain siamois et cria : « Imbécile ! Qui es-tu ? Où est la lettre du roi ? Tu ne savais rien de la mission que Sa Majesté m’a confié. Il y en deux : La première, c’est pour capter l’éléphant, la seconde est confidentielle : venir ici pour combattre Akân ». Quand tous les soldats siamois avaient vu le sabre martial, ils se mettaient tous à genou. Le silence régnait dans la cour royale. Preah Chanreachea en position martiale continua son harangue : « Je t’ordonne de retourner au Siam et dit à Preah Puth Chao ceci. Je remercie à Sa Majesté le Roi de m’accueillir comme son propre neveu pendant 7 ans dans son Royaume. Je ne pas oublier cette charité immense. J’ai donc une dette envers lui. Aujourd’hui je suis pauvre, je n’ai pas les moyens pour mes dettes. Mais une fois, je vaincrai Akân et je serai roi du Kampuchea, je les payerai et les 5 000 soldats siamois retourneront au Siam ». Ayant entendu les paroles de Preah Chanreachea, les 5 000 soldats se chuchotèrent que Preah Chanreachea avait vraiment dit la vérité, si ce n’était pas le cas, leur roi n’a pas donné le sabre martial. Ils n’osèrent pas donc suivre les instructions du colonel. Celui-ci quitta avec ses cavaliers de la cour royal pour retourner au Siam. Quelques jours après, Preah Chanreachea partit avec ses troupes à Battambang. Le gouverneur de cette province ouvra la porte de sa ville pour accueillir le prince légitimiste. Quand Preah Chanreachea se présenta à l’entrée de la ville, une immense acclamation jaillit des 10 000 soldats du gouverneur et de la population de la cité. Comme cadeaux de bienvenue, les commerçants de la ville avaient offert à Preah Chanreachea 1000 charrettes de vivres. 

Quant au Ponhea Sourlauk, gouverneur de la province Pursat, fidèle au Sdach Kân, ayant appris l’arrivée de Preah Chanreachea à Battambang, il dépêcha une navette à la capitale Sralàp Pichay Prey Norkor pour en informer son roi. Après quoi, pour faire face à une éventualité attaque de l’armée légitimiste, il leva une armée de 40 000 hommes.

Reparlons maintenant de Ponhea Meung (Ta Meung ou Klaing Meung), un notable de la province Pursat qui avait accueillit Preah Chanreachea chez lui pendant la fuite de ce dernier au Siam. Depuis longtemps, Ta Meung nourrissait toujours l’espoir de revoir un jour son prince. Ayant appris les agissements de Ponhea Sourlauk, gouverneur de Pursat, contre ce dernier, il forma un commando, composés des soldats d’élite, fidèles à sa cause pour assassiner ce gouverneur. Une nuit, il franchit avec ses hommes le seuil de la demeure du gouverneur, il entra dans la chambre de ce dernier et le tua avec son épée. Le lendemain matin, devant la citadelle, il organisa une réunion publique. Ta Meung était sur sa lancée, et rien ne pouvait plus l’arrêter. À sa vue, les soldats convergèrent vers lui. Sur son cheval, il s’adressa à ces derniers dans les termes suivants : « Hier soir, j’ai tué le général Sourlauk, parce que ce général avait commis un crime de lèse-majesté contre le prince Preah Chanreachea, l’héritier légitime du trône du Norkor Kampuchea. Aujourd’hui, je vous demande tous de choisir librement entre le parti légitimiste et celui de Payap (nom d’un génie qui protège des pêcheurs), c’est-à-dire celui de Kân. Vous le savez que Kân, fils d’une esclave, est un usurpateur. Ceux qui veulent rejoindre cet esclave et usurpateur, ils peuvent partir sur le champ. Mais ceux qui veulent choisir le parti légitimiste, restent ici avec moi ». Chaque mot de Ponhea Meung ramenait à la surface un pouvoir obscure qui séduire les auditeurs. Son discours plein de bon sens, son attitude sincère et volontaire avait fini par toucher le cœur des soldats. Après quoi, ces derniers témoignèrent leur confiance en acceptant de combattre dans le rang du prince légitimiste. Ponhea Meung les remercia. Il engrangeait, tant qu’il pouvait toute cette force dans sa province, avec prescience qu’elle serait utile dans la guerre de restauration de la monarchie légitime.

Il faut noter que Ponhea Meung désigne le camp de Sdach Kân, le parti Payap. On ne sait pas pour quelle raison qu’il a choisi ce nom. C’est pourquoi qu’on entend souvent une phrase : « Quand tu vois le Roi, tu ne le salues pas ; mais tu préfères saluer le Payap ».

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 15:26

The draft of the republican spirit. 

When the intellectuals wanted to establish the Khmer Republic in their country, reader, how did you they did not think of all the Republics of France after 90 years under its protectorate. During those long years of common life, the Khmers had probably heard the story of their protector, but not enough that their country because that was the major mode of thought at the time. Which means that every intellectual Khmer, eventually, had fashioned a kind French culture in its image. It happened as his guide and represents the type of thought ideal, offering the most perfect example of social success and the hallmark of men grown. Thus was born the modern Kampuchea new social stratum within the class Montrey (dignitary). Let us say: the intelligentsia Khmer. In Cambodia, the symbolism of modern life came straight from Paris. When someone was distinguished by its culture, were compared immediately to a French. Thus the word "French" was equivalent to the Khmer word "Best or Superior. But in general, intellectuals Khmer marvel easily from the foreign culture. For them, the best products always have a foreign background and bad are Cambodian. The republican spirit is in this concept? The events of March 1970, beginning they idea flagship or the chance over the republic? In any case, this idea probably privilege the path rather than the objective. So the Republic is a path towards progress and freedom. It remains far horizon of Khmer history, the transition required by the emancipation of oppressed people, pre-democratic society. This issue was raised in 1959 by Prince Norodom Sihanouk in the journal "Cambodian Reality" - October 23, 1959 : Cambodia will he a Republic? The prince is said to be ready to introduce itself the Republic if it proved popular in line with the wishes and the national interest. But for him, the Khmer people did not want because that ideology is of foreign origin and fate of the soul's lower "traitor" Son Ngoc Thanh. The people have only one wish: to enjoy the highest good, that is to say a big prince possessing possibly virtue ethics. That, according to Prince Sihanouk, who was the main purpose of the happy life of all Cambodians.

As for General Lon Nol, in 1970 he wrote in his report to the moral frameworks of the country that the Khmer people walking forward is a natural evolution in the history of mankind. Humanity has evolved primarily into tribes, then feudalism, then a monarchy and then republic.

Pierre Joxe, former French minister, said during his visit to Phnom Penh in September 1992 that "democracy can not be easily transplanted rice. The republic is it in the same case? Is it a universal idea? Before going into this great debate, it is interesting to ask a question: The proclamation of the Khmer Republic was there a tinkering for the occasion? or it was born of a contract of Republican thought that took root in Cambodia before the events of March 18, 1970?

August 9, 1945: Coup de force of Son Ngoc Thanh: Seven young people, Mey Pho, Nath Laing Say, Mom Koun, Mao Sarouth, Hem Savang, Kim Doré An, Thach Sary, were burst in full evening gallant King Norodom Sihanouk and declared that he want to see the King. However, Mr. Nong Kimny, loyal to the king, irritated by the noisy intrusion, would intervene and was immediately shot in the arm several balls. The King took panic and began at once knees before the insurgents who threatened him, gun in hand. King implored them and promised to abdicate. Seven had heated the royal palace before calling White Son Ngoc Thanh to take power. The latter had agreed with the king to save the throne. Seven young men were then arrested and jailed. All after their invasion of the central prison in Phnom Penh, had remained highly activists until death. What was Son Ngoc Thanh? Let us say, a Khmer of Cochinchine and anti-French republican stammering and combining liberal ideas with the pragmatic. Founder with Pach Chhoeun the newspaper Nagaravata. A smart conservative with a simple principle: "Everything must change so that everything remains the same." As the foundation of his nationalism, he was even simpler: "That the country is granted independence by any means." This principle led with the Japanese arrived in Cambodia to support them against the French. In 1942 Son Ngoc Thanh believed the time had come to demand independence and his friends preparing a coup. He organized a mass demonstration (two thousand monks) to protest against the arrest of a prominent monk, Hem Chiv. But the momentum of this movement was quickly broken by the French authorities for the support of Japan, where Son Ngoc Thanh had counted did not come. He was then sentenced to Pach Chhoeun December 19, 1942 by the Martial Court of the Saigon. With the help of the Japanese, he could flee to Thailand, then to Japan where he was a two-year course in the School of the Greater East Asia. On March 9, 1945, the Japanese army stationed in Indochina presented to Admiral Decoux, Governor General of Indochina, an ultimatum in which she asks him to bring the army under his control Indochina. Decoux it had refused to yield. Its resistance forced the Japanese army to use force to end French rule in Indochina. On March 12, 1945, with the agreement of Japan, the Kingdom of Cambodia had proclaimed its independence. In early May knew the Japanese were back to Son Ngoc Thanh Tokyo. June 1st, he was appointed Minister of Foreign Affairs. At the wish of the defeat of the imperial army, Son Ngoc Thanh had prepared his coup to take power whose purpose was to prevent the return of French colonialism in Cambodia. He gave perhaps the performance of the coup plotters in September dilettantes already mentioned. As for his role, he was making the dress policy event. This operation enabled him thus to become Prime Minister of the Kingdom of August 16, 1945. But this daring cost him the colonial prison because when French troops arrived in September 1945, Son Ngoc Thanh was arrested September 16,  for anti-Allies on the orders of General Leclerc and transferred to a prison in Saigon and then sent to France. The question now arises: Son Ngoc Thanh was it the spearhead of the Khmer Republican? According to Professor Keng Vannsak that had happened in France more than a month with Thanh during his visits supervised by the French police: Thanh never spoke of Republic. His major concerns were more on the draft country's liberation from French colonialism. But we must admit that in the contemporary history Khmer Thanh appeared as a prophet of the republic, not by his involvement in the ideological struggle, but rather by its radical opposition to Prince Sihanouk. Image that his supporters called "Danrêk”, contributed twenty-five years later, to build during the Khmer Republic.

The Cambodian left and the republican spirit: For the unprecedented gesture of Seven young Khmers, in 1991, Professor Keng Vannsak has commented in writing in his paper "Bah Bone": The Republic does not build a coup or by improvisation or with the apparatus of the former regime. The tragic end of the Khmer Republic, which proves that installs without a "national thought Republican anti-royalist" and without a struggle, overall, to uproot the very essence of the monarchy, will eventually succumb to either the restoration of monarchy or totalitarianism to another.

However, the coup of August 9, 1945 allowed, six years later, a catechumen of the Church Marxist Khmer seize the ball and attempt an attack on two fronts, one of King Sihanouk and of the ideological struggle. In Paris, in August 1952, in the special issue of the journal of "Khmer student", an open letter was published to criticize the King Norodom Sihanouk, Prime Minister, and denounce the Khmer monarchy for treason National and oppression of people. Two objections were raised:

1.     Collaboration with the French power for its own interests at the expense of national independence, its maintenance to the throne;

2.     The evils of the Khmer monarchy causing the Khmer people in the river of hell and keep them in slavery.

The second point is interesting to consider because it relates, perhaps, with the republican spirit Khmer. Was there a poisoned drink as said Prince Sihanouk ? or virgin honey, a symbol of "renewal" as the alleged author of this address ? Here is the abstract:

"The suffering of the Khmer people is born of corruption in the Cambodian monarchy. The royal palace is the place where reigns supreme administration dishonest sucking the country's wealth and property of people. We can deduce that the survival of the monarchy depends only on the practice of peddling influence. The King has no need of moral knowledge. Just have the strength to be able to wage war for its maintenance as long as possible on his throne. If it is threatened by the other pretenders to the throne, his solution is to go seek help from foreign countries to crush opponents. If the King thinks so, it is normal that his Montrey also think like him. Prostrations and bows are considered the only way to get a promotion. Dishonesty is a common practice in the Kingdom. It is rooted from the top of the state until the terminal base. The royal policy is that of oppression and destruction of national interests and people.

In the resumption of the same theme, Pol Pot wondered about the evils of monarchy in his article entitled "Monarchy or Democracy," published in 1952 by the journal of Khmer Students in France.

A few months before publishing the open letter to King Sihanouk in the journal Khmer Student, March 13, 1952, Thiounn Thioum had defended his thesis for a doctorate in Law at the University of Paris. His thesis topic was: The monarchy in Cambodia. His presentation was legal in nature rather than critical of the monarchical system, as he himself explained in his foreword that may otherwise entitle his work: "Studies of the sources of law, law and power in the former Cambodian public. The Khmer monarchy, Mr. Thioum knows very well because his father was a very powerful figure during the reigns of two kings, Sisowath and Monivong. The marriage between his experiences in the monarchical universe Khmer and legal knowledge enabled him to give weight to his thesis, which was seen thereafter, the left Cambodia as a scientific reference condemning the Khmer monarchy in decline. The open letter published in the journal Khmer Student "and the trial of Pol Pot were the vulgar version of the thesis Thioum. The taboo was broken for the first time. This time, it was no longer a rumor, but a university thesis which explicitly sets out a power system based on divine right. Power through which the king had the right to life and death over his subjects. Pol Pot was talking about the story Thmenh Chey to show that a child of the people named Thmenh Chey, can defeat a king ignorant Thmenh Chey dares to oppose the crown. The solution is called in his essay: The people's revolt against the divine power and people can overcome such Thmenh Chey.

The year 1952 seemed a crucial year for criticizing the monarchy since King Sihanouk, deprived of power in the constitutional straightjacket, trying to get an ending with a coup June 15, 1952. It was dissolved for the second time the National Assembly, whose Democratic majority was in conflict with it. Its purpose was ludicrous devolution of parliamentary power to him. As a result, he transformed the constitutional monarchy in one of his personal power. He practices a politics of cynicism: "Who is not with me is against me." This act had outraged the Khmer youth who was on loan at the time to defend democracy and the constitution. A severe agitation manifests itself in all schools. A kind of political earthquake in a country struck by the fear of the sacred person of the king. Was it really a plot by the left against the Khmer King Sihanouk?

To answer this question, we must first know the left Cambodia. It consisted of a handful of Khmer students in France. They met to study Marxism. They swallowing, in fact, that knowledge which transformed them into fake Marxists. Who were they? The names are not unknown today, such as, Saloth Sar (Pol Pot), the Thiounn, Ieng Sary, Khieu Samphan, Hou Youn, Hu Nim, etc. Were they Republicans at heart?

I repeat that there is no question of Pol Pot and his fellow pioneers of the republican spirit Khmer. I remember that things are so clear that I speak here of those sinister names, because I will argue that these people are only opportunistic short that explained the evils of monarchy in verbosity. And although ' they are not judged for their crimes now, I still believe in a different form of justice as Bernard Henry Levy said: Justice of the historian of the truth.

Poor left Cambodian born crossfire between Chinese and Vietnamese revolutionary, who deprived her of having its own national identity. It was left blaming the responsibility of the easement because of Mao and Ho and was used as a launching pad for Marxist ideology in Cambodia. This obedience put to sleep his nationalism. The saga of his birth in 1930 is ambiguous. It was then considered a branch of the Vietnamese Communist Party and had never succeeded in defining a policy consistently and regularly. His victory in April 17, 1975 was more like a Pyrrhus victory which still weighs the threat of Communist Party of Vietnam. In fact, Pol Pot sought to break the tender to touch his share of glory of Communism in Indochina. He received the green light from Beijing, Hanoi but did not meet this request. Instead of being cautious to silence, Pol Pot began a policy of revenge against his own people under the ironic gaze of the Vietnamese. This practice completely destroying the lifeblood of the country and the Khmer soul. A wealth of Hanoi for allegedly giving a lesson of solidarity between peoples Indochina to China and realize his dream of being the master of Cambodia. On January 7, 1979, the most resistant to the cause of Ho were driven from Phnom Penh by the Vietnamese soldiers to replace them with more docile. The break-up into two camps (the Maoists and pro-Vietnamese) was consumed as well. Despite this split, this left obliterated forever in the eyes of Cambodians commitment. In addition, in their history, both sides continue to need the monarchy to survive. They claim to endorse their choice justified by the context and circumstance. In fact, they are neither Republican nor Nationalist. They are opportunistic and have the opportunity doctrine. They always acted in the shadow of Prince Sihanouk and under the watchful eye of Beijing and Hanoi. Under the light of their victory of April 17, 1975 and January 7, 1979, we saw their true colors. This is the dark side of the Cambodian left and so ends the saga of their revolution reduced to dimension deadly. Certainly, one or both have a responsibility before history for more than two million dead innocent Khmers. 

Paris, April 1997

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 06:23

Quand les hommes de savoir khmers voulaient instaurer la République dans leur pays, lecteur, comment vouliez-vous qu’ils ne songeaient pas à toutes les Républiques de France après 90 ans sous son protectorat. Durant ces longues années de vie commune, les protégés avaient appris sans doute l’histoire de leur protecteur, mais pas assez celle de leur pays parce que c’était le mode de pensée majeur de l’époque. Ce qui fait que chaque intellectuel khmer, à la longue, s’était façonné une sorte de culture française à son image. Elle advenait comme son guide et représentant le type même de la pensée idéale, offrant l’exemple le plus parfait de la réussite sociale et de la marque distinctive des hommes cultivés. Ainsi était né au Kampuchéa moderne une nouvelle strate sociale au sein de la classe du Montrey (dignitaire). Disons-le : l’intelligentsia khmère. Au Cambodge, le symbolisme de la vie moderne venait en droite ligne de Paris. Quand quelqu’un était distingué par sa culture, on comparait tout de suite à un Français. Ainsi le mot « Français » était équivalent au mot khmer « Meilleur ou Supérieur ». Mais, en général, les intellectuels khmers s’émerveillent facilement au contact de la culture étrangère. Pour eux, les meilleurs produits ont toujours des origines étrangères et les mauvais sont cambodgiens. L’esprit républicain s’inscrit dans ce concept ? Les évènements de Mars 1970, amorçaient-ils une idée-phare ou celle du hasard sur la république ? En tout cas, cette idée privilégie sans doute le chemin plutôt que l’objectif. Donc, la République est une voie vers le progrès et la liberté. Elle reste bien l’horizon de l’histoire khmère, le passage nécessaire par l’émancipation du peuple opprimé, préalable à la société démocratique. Cette question était évoqué en 1959 par le prince Norodom Sihanouk dans la revue « Réalité cambodgienne » - 23 octobre 1959 : Le Cambodge deviendra-t-il une République ? Le prince se dit d’être prêt à introduire lui-même la République si elle se révélait conforme au souhait populaire et à l’intérêt national. Mais, pour lui, le peuple khmer n’en voulait pas car cette idéologie est d’origine étrangère et sortait de l’âme basse du « traître » Son Ngoc Thanh. Le peuple a un seul souhait : jouir du souverain bien, c’est-à-dire un grand prince possédant si possible la vertu morale. C’est cela, selon le prince Sihanouk, qui était le but principal de la vie heureuse de chacun des Cambodgiens.

Quant au général Lon Nol, il écrivait en 1970 dans son rapport moral pour les cadres du pays que la marche du peuple khmer en avant correspond à une évolution naturelle dans l’histoire de l’humanité. L’humanité a ainsi évolué : d’abord en tribus, puis en féodalité, puis en monarchie, puis en république.

Pierre Joxe, ancien ministre français, a dit, au cours de sa visite à Phnom-Penh en septembre 1992, que la « démocratie ne se repique pas comme le riz ». La république est-elle dans le même cas ? Est-elle une idée universelle ? Avant d’entrer dans ce grand débat, il est intéressant de poser une question : La proclamation de la République khmère fut-elle un bricolage pour la circonstance ? ou bien elle était née d’un contrat de pensée républicaine qui prenait racine au Cambodge avant même les évènements du 18 mars 1970 ?

9 août 1945 : Coup de force de Son Ngoc Thanh : Sept jeunes gens, Mey Pho, Nath Laing Say, Mam Koun, Mao Sarouth, Hem Savang, Kim An Doré, Thach Sary, furent irruption en pleine soirée galante du Roi Norodom Sihanouk et déclarèrent qu’il veuillent voir le Roi. Cependant, M. Nong Kimny, fidèle au roi, irrité par cette bruyante intrusion, voulait s’interposer et fut aussitôt blessé au bras de plusieurs balles. Le Roi prit panique et se mit illico à genoux devant les insurgés qui le menacèrent, pistolet au poing. Le Roi les implorait et leur promettait d’abdiquer. Les Sept avaient chauffé le palais royal à blanc avant d’appeler Son Ngoc Thanh à prendre le pouvoir. Ce dernier s’était entendu avec le Roi pour sauver le trône. Les Sept jeunes gens étaient donc arrêtés et écroués. Tous, après leur invasion de la prison centrale de Phnom-Penh, étaient restés très politisés jusqu’à leur mort. Qu’était-ce que Son Ngoc Thanh ? Disons-le, un Khmer de Cochinchine et un antifrançais, républicain balbutiant et combinant une libéralité d’idées avec l’esprit pragmatique. Fondateur avec Pach Chhoeun du journal Nagaravata. Un conservateur intelligent ayant un principe tout simple : « Il faut que tout change pour que tout reste pareil ». Quant au fondement de son nationalisme, il était encore plus simple : « Que le pays obtienne son indépendance par n’importe quels moyens ». Ce principe le conduisait avec l’arrivée des Japonais au Cambodge à les soutenir contre les Français. En 1942 Son Ngoc Thanh croyait le moment venu de réclamer l’indépendance et préparait avec ses amis un coup d’Etat. Il organisait une manifestation de masse (deux mille bonzes) pour protester contre l’arrestation d’un éminent bonze, Hem Chiv. Mais l’élan de ce mouvement était brisé rapidement par les autorités françaises car le soutien japonais, sur lequel Son Ngoc Thanh avait compté ne vint pas. Il fut condamné donc avec Pach Chhoeun le 19 décembre 1942 par la Cour matiale de Saïgon. Avec l’aide des Japonais, il avait put s’enfuir en Thaïlande, puis au Japon où il faisait un stage de deux ans dans l’Ecole de la Grande Asie Orientale. Le 9 mars 1945, l’armée japonaise stationnée en Indochine présentait à l’amiral Decoux, gouverneur général de l’Indochine, un ultimatum dans lequel elle lui demande de placer l’armée indochinoise sous son contrôle. Decoux avait refusé s’y céder. Sa résistance obligeait l’armée japonaise à recourir aux armes pour mettre fin à la souveraineté française en Indochine. Le 12 mars 1945, avec l’accord des japonais, le Royaume du Cambodge avait proclamé son indépendance. Au début su mois de mai, les Japonais faisaient revenir Son Ngoc Thanh de Tokyo.Le 1er juin, il fut nommé Ministre des Affaires Etrangères. A la veuille de la défaite de l’armée impériale, Son Ngoc Thanh avait préparé son coup d’Etat pour prendre le pouvoir dont le but était d’empêcher le retour de la colonisation française au Cambodge. Il confia sans doute l’exécution de ce coup aux Sept comploteurs dilettantes déjà mentionnés. Quant à son rôle, il était de fabriquer l’habillage politique de l’évènement. Cette manœuvre lui permettait donc de devenir Premier Ministre du Royaume du 16 août 1945. Mais cette audace lui coûtait la prison coloniale car lors de l’arrivée des troupes françaises, en septembre 1945, Son Ngoc Thanh fut arrêté le 16 du mois suivant pour activité anti-Alliés sur les ordres du Général Leclerc et transféré à la prison de Saïgon et puis envoyé en France. La question d’aujourd’hui se pose de savoir : Son Ngoc Thanh était-il le fer de lance des Républicains Khmers ? Selon le Professeur Keng Vannsak qui avait passé en France plus d’un mois en compagnie de Thanh pendant ses séjours surveillés par la police française : Thanh ne patlait jamais de la république. Ses préoccupations majeures étaient plutôt sur les projets de libération du pays de la colonisation française. Mais il faut admettre que dans l’histoire contemporaine khmère, Thanh apparaissait comme prophète de la république non pas par son engagement dans le combat idéologique mais plutôt par son opposition radicale au prince Sihanouk. Image que ses partisans, appelés les « Danrêk », ont contribué, vingt-cinq années plus tard, à forger pendant la période de la République khmère.

La gauche cambodgienne et l’esprit républicain : Pour le geste inédit des Sept jeunes Khmers, en 1991, le Professeur Keng Vannsak l’a commenté en écrivant dans son document « Bah Bône » : La république ne se bâtit pas par un coup de force, ni par improvisation, ni avec l’appareil de l’ancien régime. La fin tragique de la république Khmère prouve qu’une République qui s’installe sans une « pensée nationale républicaine anti-royaliste » et sans une lutte acharnée, globale, pour déraciner l’essence même de la monarchie, finira par succomber soit à la restauration monarchique, soit à un autre totalitarisme.

Néanmoins, le coup du 9 août 1945 permettait, six années plus tard, à un catéchumène de l’Eglise marxiste khmère de saisir la balle au bond et de tenter une attaque sur deux fronts, celui du roi Sihanouk et celui de la lutte idéologique. À Paris, au mois d’août 1952, dans le numéro spécial de la revue d’ « étudiant khmer », une lettre ouverte a été publiée pour stigmatiser le Roi Norodom Sihanouk, Président du Conseil des Ministres, et dénoncer la monarchie khmère pour trahison nationale et oppression du peuple. Deux griefs étaient évoqués :

  1. Collaboration avec la puissance française pour son propre intérêt au détriment de l’indépendance nationale, son maintien au trône ;
  2. Les méfaits de la monarchie khmère qui entraînent le peuple khmer dans le fleuve des enfers et maintiennent dans l’esclavage.

Le deuxième point est intéressant à examiner car il a un rapport, peut-être, avec l’esprit républicain khmer. Était-il un breuvage empoisonné comme dit le prince Sihanouk ? ou bien le miel vierge, symbole du « Renouveau » comme prétendait l’auteur de cette adresse ? Voici le résumé :

« La souffrance du peuple khmer est née de la corruption dans le régime monarchique khmère. Le palais royal n’est que le centre où règne en maître absolu une administration malhonnête qui suce la richesse du pays et les biens du peuple. On peut en déduit que la survie de la monarchie ne dépend que de la pratique des trafics d’influences. Le Roi n’a pas besoin de la connaissance morale. Il suffit de posséder la force afin de pouvoir faire la guerre pour son maintien aussi longtemps que possible sur son trône. Au cas où il serait menacé par les autres prétendants du trône, sa solution c’est d’aller demander l’aide des pays étrangers pour écraser les opposants. Si le Roi pense ainsi, il est normal que ses Montrey pensent aussi comme lui. Prosternations et courbettes sont considérées comme les seuls moyens pour avoir une promotion. La malhonnêteté devient une pratique courante dans le Royaume. Elle est enracinée depuis le sommet de l’État jusqu’à l’administration de base. La politique monarchique n’est que celle de l’oppression et de la destruction des intérêts du pays et du peuple.

Dans la reprise du même thème, Pol Pot s’interrogeait sur les méfaits de la monarchie dans son article intitulé « Monarchie ou Démocratie », publié en 1952 par la revue des Etudiants Khmers en France.

Quelques mois avant la publication de la lettre ouverte au Roi Sihanouk dans la revue « Etudiant Khmer », le 13 mars 1952, Thiounn Thioum avait soutenu sa thèse pour le doctorat en Droit à l’université de Paris. Son sujet de thèse était : Le pouvoir monarchique au Cambodge. Son exposé a un caractère plutôt juridique que critique du système monarchique, comme il a expliqué lui-même dans son avant propos qu’il peut intituler autrement son travail : « Etudes des sources du droit, de la loi et du pouvoir dans l’ancien droit public cambodgien ». La monarchie khmère, M. Thioum la connaît très bien car son père était une personnalité très puissante pendant les deux règnes des rois Sisowath et Monivong. Le mariage entre son vécu dans l’univers monarchique khmer et sa connaissance juridique lui permettait de donner un poids à sa thèse, laquelle était vue, par la suite, par la gauche cambodgienne comme une référence scientifique condamnant la monarchie khmère en décadence. La lettre ouverte publiée dans la revue « Etudiant Khmer » et l’essai de Pol Pot n’étaient que la version vulgaire de la thèse de Thioum. Le tabou était violé pour la première fois. Cette fois-ci, ce n’était plus un rumeur, mais une thèse universitaire qui expose explicitement un système de pouvoir baser sur le droit divin. Pouvoir grâce auquel le roi possédait le droit de vie et de mort sur ses sujets. Pol Pot parlait du récit de Thmenh Chey pour montrer qu’un enfant du peuple, nommé Thmenh Chey, peut vaincre un roi ignorant ; Thmenh Chey ose s’opposer à la couronne. La solution étant dite dans son essai : La révolte du peuple contre le pouvoir divin et le peuple peut le vaincre comme Thmenh Chey.

L’année 1952 semblait une année clef pour critiquer la monarchie car le roi Sihanouk, privé du pouvoir dans la camisole constitutionnelle, cherchait un dénouement pour récupérer par un coup d’État le 15 juin 1952. Il avait dissous pour la seconde fois l’Assemblée nationale, dont la majorité démocrate était en conflit avec lui. Son but amphigourique était la dévolution du pouvoir parlementaire à sa personne. De ce fait, il transformait la monarchie constitutionnelle en celle de son pouvoir personnel. Il pratique une politique par cynisme : « Qui n’est pas pour moi est contre moi ». Cet acte avait indigné la jeunesse khmère qui était prêté à l’époque à défendre la démocratie et la constitution. Une agitation grave se manifeste donc, dans tous les établissements scolaires. Une sorte de tremblement de terre politique dans un pays frappé de la crainte du sacré de la personne du roi. S’agissait-il vraiment d’un complot fomenté par la gauche khmère contre le Roi Sihanouk ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord connaître la gauche cambodgienne. Elle était formée d’une poignés d’étudiants khmers en France. Ils se réunissaient pour étudier le Marxisme. Ils ingurgitaient, en effet, cette connaissance qui les transformait en marxistes factices. Qui étaient-ils ? Les noms ne sont pas inconnus aujourd’hui tels que, Saloth Sar (Pol Pot), les Thiounn, Ieng Sary, Khieu Samphan, Hou Youn, Hu Nim, etc. Etaient-ils républicains de cœur ?

Je répète qu’il n’est pas question de faire de Pol Pot et de ses compagnons des pionniers de l’esprit républicain khmer. Je rappelle pour que les choses soient claires que si je parle ici de ces noms sinistres, c’est parce que je voudrais démontrer que ces gens ne sont que des opportunistes tout court qui expliquaient les méfaits de la monarchie dans la logomachie. Et quoiqu’ils ne sont pas encore jugés aujourd’hui pour leurs crimes, je continue de croire à une autre forme de justice comme dit Bernard Henry LEVY : La justice de l’historien de la vérité.

Pauvre gauche cambodgienne, née entre deux feux révolutionnaires chinois et vietnamien, qui la privaient d’avoir sa propre identité nationale. Elle s’est laissé mettre sur le dos la responsabilité de la servitude de la cause de Mao et Hô et était utilisé comme une rampe de lancement d’idéologie marxiste au Cambodge. Cette obéissance mettait en sommeil son nationalisme. La saga de sa naissance dans les années 1930 est ambiguë. Elle était alors considérée comme une des branches du parti communiste vietnamien et n’était jamais parvenue à définir une ligne de conduite constante et régulière. Sa victoire au 17 avril 1975 s’apparentait plutôt à une victoire à la Pyrrhus sur laquelle pèse toujours la menace du parti communiste vietnamien. En effet, Pol Pot demandait à sortir de cette soumission pour toucher sa part de gloire du Communisme en Indochine. Il recevait le feu vert de Pékin, mais Hanoi ne répondait pas à cette requête. Au lieu d’être prudent devant ce silence, Pol Pot entamait la politique de vengeance contre son propre peuple sous le regard ironique des Vietnamiens. Cette pratique détruisait complètement la force vive du pays et l’âme khmère. Une manne pour Hanoi de donner soi-disant une leçon de solidarité entre peuples indochinois à la Chine et réaliser son rêve d’être le maître du Cambodge. Le 7 janvier 1979, les plus rétifs à la cause de Hô ont été chassés de Phnom-Penh par les soldats vietnamiens pour remplacer par les plus dociles. L’éclatement en deux camps (les prochinois et les provietnamiens) était consommé ainsi. Malgré ce déchirement, cette gauche oblitérait pour toujours aux yeux des Cambodgiens son engagement. En outre, dans leur histoire, les deux camps ont toujours besoin de la monarchie pour leur survie. Ils prétendent entériner leurs choix en les justifiant par le contexte et les circonstances. En fait, ils ne sont ni républicain, ni nationalistes. Ils sont des opportunistes et font de l’occasion une doctrine. Ils agissaient toujours dans l’ombre du prince Sihanouk et sous l’œil vigilant de Pékin et Hanoi. Sous la lumière de leur victoire du 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979, on voyait leur vrai visage. Voilà la face cachée de la gauche cambodgienne et ainsi s’achève l’épopée de leur révolution réduite à des dimensions meurtrières. Certes, l’un ou l’autre ont une responsabilité devant l’histoire pour plus de deux millions de morts Khmers innocents.

 

Paris, Avril 1997     

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 09:41

 

À la gloire, à la grandeur, Kân voulut en partager avec les autres membres de sa famille détenus par le roi. Il décida d’écrire une lettre à ce dernier pour négocier leur libération :

« À Sa Majesté le Roi,

Tout ce que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui, je l’ai fait uniquement pour but de protéger le dauphin des intrigues de vos dignitaires, non pas pour le but de trahir Votre Majesté. Si j’obtenais l’assurance de Votre Majesté concernant les affaires de succession de trône, à savoir que la désignation de Ponhea Yous Reachea comme prince héritier est toujours en vigueur, je serais prêt à me rendre auprès de Votre Majesté pour vous servir comme auparavant. Je demanderai à Votre Majesté de libérer d’abord ma mère et les autres membres de ma famille, après quoi seulement je m’engage à dissoudre mon armée et de me rendre pour vous servir sous les poussières de vos pieds.

Si ceci ne vous convenait pas, je vous prie de bien vouloir m’en excuser.

Le Roi fut informé de l’arrivée du messager de Kân en pleine séance de travail. Le Premier ministre qui prit la parole en ces termes : « Jusqu’à maintenant, Votre Majesté n’a pas encore décidé sur le sort des membres de la famille de Kân. Recevoir son messager avec l’absence de telle décision, pourrait vous mettre dans une position de faiblesse vis-à-vis de Kân. Celui-ci pourrait s’y interpréter que vous aviez peur de lui. Il faudrait que Votre Majesté prenne cette décision avant de recevoir ce messager. Les autres ministres partagèrent cet avis. Ah ! dit le roi, sans vous, Messire, je pourrais laisser passer l’essentiel sans me rendre compte. Hâtons-nous à exécuter votre plan.  Et sans perdre le temps, le Roi fit venir l’oncle de Kân. Devant tous ses ministres, il lui dit ceci : « AKân envoie un messager pour négocier avec moi dont j’ignore pour le moment le contenu. Depuis le début de sa trahison, j’ai toujours fait preuve de clémence envers ta famille, mais aujourd’hui Akân a dépassé des limites de ma tolérance, parce qu’il ose envoyer un messager pour négocier avec moi, le Roi, au lieu de venir en personne pour implorer mon pardon. Un homme qui trahit son Souverain doit-il être puni si sévèrement avec l’ensemble des membres de sa famille, c’est notre tradition millénaire. Pour cette raison, je décide aujourd’hui de te condamner à mort pour montrer un exemple. Mais avant de t’exécuter, je te donne la permission exceptionnelle de rencontrer le messager d’AKân pour que tu puisses dire tout ce que tu aies envie de lui dire ».

Ayant entendu les propos du roi, ce dernier, troublé, balbutiant de frayeur, essaya de présenter sa défense, mais ses arguments n’étaient pas entendus par le roi. Il quitta la salle en pleurant à la rencontre du messager de son neveu. Il raconta à ce dernier de sa condamnation à mort par le roi. Quelques minutes plus tard, on faisait entrer le messager du traître dans la salle d’audience. Vu le roi, ce dernier se mit à genou et dit à haute voix que son chef lui envoie pour porter une missive pour Votre Majesté. Un grand dignitaire se précipita de prendre la lettre de Kân pour porter au Souverain. Le roi ouvra la lettre et la lut immédiatement. Le contenu de lettre excita la colère du roi. Il fronça les sourcils, s’enferma dans la réflexion et, au bout d’un moment, ajouta, comme se parlant à lui-même : « Comment ! ce rebelle ose agir de la sorte. Que s’était-il passé dans son cerveau primitif ? Avait-il eu conscience seulement de sa trahison ? Non, il glisse du bien au mal sans calcul, sans remords, selon l’impulsion du moment ». Après quoi, il ordonna au Premier ministre de répondre à Kân par lettre dans les termes suivants :

Neak Chao Ponhea  Oukteythireach, Premier ministre, à Khoun Lahoung Sdach,

Vos conditions sont contraires à la coutume royale. Si vous étiez sincères dans vos propos, nous vous demandons de bien vouloir dissoudre d’abord vos forces armées et de vous rendre auprès de Sa Majesté le roi pour lui implorer son pardon. Si vous acceptiez de suivre mes conseils, je ferai tout de mes pouvoirs pour obtenir la grâce de Sa Majesté le Roi à votre égard. Sinon, il est certain que Sa Majesté le Roi ordonnerait à exécuter la sentence qu’il a déjà prononcé à l’encontre des membres de votre famille.

Ayant reçu la réponse par lettre du Premier ministre, Sdach Kân fit la porter à son père à Basane. Ayant appris l’arrivée de la lettre venant du roi, le père de Kân se précipita vers la porte à la rencontre du porteur. Mais une ligne noire se leva devant lui, il se fut glissé et tombé sur un sabre posé tout près de cette porte. Le point de lame du sabre pénétra profondément entre le cou et l’épaule. Pichay Nirk s’effondra sur le plancher, inclina la tête sur la poitrine et devint étranger au mouvement de la vie. On informa immédiatement Sdach Kân de cet accident. Celui-ci se dépêcha de venir au chevet de son père. Mais au moment qu’il arrivait, Pichay Nirk mourut de son blessé.

Ayant appris la mort de Pichay Nirk et le retrait de l’armée de Kân de la province Kompong Siem, le Roi ordonna à son armée de 10 000 hommes d’attaquer immédiatement les fortifications de Kân : Longvek, Kampong Siem et Thauk Khaum. Cette armée du roi fut divisée en trois colonnes de marche. La première de ces colonnes, sous les ordres de Chao Ponhea Oukteythireach. La deuxième colonne, sous les ordres de Chao Ponhea Kralahome et la troisième colonne, sous le commandement de Chao Ponhea Sourkir.

Ayant appris cette nouvelle, Kân fut ravi. Il dit à ses conseillers que le roi vient de commettre une erreur grave en lançant des attaques pendant la période de deuil de la mort de son père. Il demanda à ces derniers de lui laisser seul. Il avait besoin de se recueillir. Quelques minutes plus tard, il se rendait à la salle de conseil et ordonna à ses généraux de préparer un grand banquet auquel tous les officiers furent invités. Ces derniers se discutaient le pourquoi de cette festivité pendant la période de deuil de la mort de Pichey Nirk. Quant le banquet tira sur sa fin, Kân monta sur une table et prit la parole dans les termes suivants : « Mes chers amis, je sais que vous avez envie de savoir le pourquoi, je fais cette festivité pendant la période de deuil de la mort de mon père. La raison est ceci ; le Roi vient de transgresser la règle coutumière : lancer les offensives militaires contre notre armée pendant cette période de deuil. Cette transgression montre bien qu’il ne soit pas un bon roi. Le Bouddha n’aiderait plus au roi, égaré du chemin de la loi. Il faut bien savoir qu’il y a toujours une justice divine qui condamne les mauvaises gens. Je suis certain que dorénavant, le roi n’ait plus de soutien du ciel pour nous battre. Nous le vaincrons bientôt. Soyez confiance en moi, votre guide qui a un seul désir : Le bien du peuple ».

Ayant entendu le discours prophétique de leur chef bien aimé, les convives se levèrent, applaudirent et crièrent : « Bravo ! Bravo ! Gloire au Vice-Roi ! ». Au même moment, un officier cria à la foule de regarder au-dessus du toit de la tente de son Vice-Roi qu’il avait vu un dragon de huit têtes. Cette vision de la gloire amena des centaines des yeux à scruter le ciel. Et, tout à coup, un groupe des hommes en extase crièrent à leur tour qu’ils avaient vu aussi le dragon qui s’envolait vers la direction d’ennemis. Après quoi, tous les convives applaudirent une seconde fois : « Gloire au Vice-Roi ! ». Kân remercia l’enthousiasme de ses compagnons et les invita à boire et à manger jusqu’à l’aube. La vénération des officiers pour Kân était un mélange d’admiration et de terreur. Bien qu’Esclave d’origine et savant de formation, Kân était considéré par ses hommes comme un souverain absolu. 

Quelques jours après, Sdach Kân désigna son oncle Kao, frère cadet de sa mère, en qualité du Premier ministre et lui confie un commandement d’une force 15 000 hommes pour assurer la garde de la ville de Phnom-Penh. Il conféra au général Keo un titre de noblesse de Chao Ponhea Kralahome et lui confie un commandement d’une force de 15 000 hommes pour assurer la garde de la citadelle Longvek contre l’attaque de Chao Ponhea Sourkir. Kân lui-même, se plaça à la tête d’une armée de 40 000 hommes et marcha en droite ligne sur la province de Kompong Siem pour combattre contre l’armée de Chao Ponhea Oukteythireach. Avant de lancer des assauts, le Vice-Roi Kân commença à organiser une procession autour des murs de fortification d’ennemis, conduite par des moines qui prièrent et chantèrent. Cette procession chantante des rebelles agaçait Oukteythireach, mais elle ne l’inquiétait pas. Ses consignes étaient strictes : si l’un de ces rebelles faisait le moindre mouvement en direction des murs, il fallait le tuer par arme à feu. Si ensuite les rebelles parvenaient à se rapprocher, il fallait les inonder d’une pluie de flèches. En quelques jours de combat, Kân mit l’armée du roi en déroute. Les plus prudents et les meilleurs soldats parviennent à échapper au désastre et finiront par se regrouper à une bonne distance du champ de bataille pour se réorganiser. La bannière du roi ne flottait plus sur la tour de garde de la citadelle royale. La ville fut envahi, les rues étaient jonchées de cadavres. Ce jour-là, Kân avait fait son entrée dans la ville sur son cheval blanc. Il avait commencé par assurer les habitants que leur vie leurs biens seraient respectés. Il avait demandé au moine supérieur de lui faire visiter les lieux sacrés du bouddhisme. Pendant qu’il se trouvait dans la pagode, l’heure de la prière étant arrivée, Kân avait ordonné immédiatement à ses troupes de garder le silence durant la séance de prière. Dans cette victoire on dit que Sdach Kân sait profiter l’erreur du Roi pour redresser la peur de ses soldats de mourir de parjure au roi comme son père. Un conseiller de Kân dit à ses amis ceci : « Il y a dans l’idée de respect de la coutume une force qui entraîne Kân toujours plus loin, comme la pesanteur entraîne une pierre dans le sens de la pente ».

Ayant appris la défaite de son armée, le roi regrettait maintenant de lancer une attaque contre l’armée des rebelles pendant la période de deuil de la mort du père de Kân. Aurait-il mieux valu de les laisser croire à la nature de la mort de Pichay Nirk de son parjure au roi. Il sentait que son honneur fut bafoué, humilié. Il voulait secouer ses généraux, les provoquer, les scandaliser de leur défaite.

Pour toute réponse à la victoire du Sdach Kân, le Roi ordonna aux généraux de lever une armée capable d’affronter les rebelles. Les officiers recruteurs avaient pour mission d’enrôler des hommes valides de tous les âges dans les différentes provinces suivantes : Steug Tran, Kaukhhan, Sorin, Klânsèg, Rimchous, Chaumskhane, Chongkal, Prakan, Tongthé, Tomnoup, Mongkolborey, Reuseysàg, Teukchau, Battambang, Pursat, Kramoungsâr, Klongkrang, Amarakiribaur, Rolirspirk. Depuis un certain temps, le pays était plongé dans le chaos d’une guerre appelée la guerre civile. L’ordre du roi de lever une armée provoqua la fuite de la population dans la forêt dont le nombre était estimé à un million d’habitants. Dans cette situation, les généraux royalistes peinaient à enrôler 50 000 soldats supplémentaires.  Au total, l’armée du roi avait 100 000 combattants. Selon Kân, cette armée était encadrée par des vieux généraux dépités qui menaient la guerre comme une entreprise privée : grands seigneurs qui plaçaient leur clientèle dans leurs unités et tentaient de concilier objectifs stratégiques et prestige personnel. Or une troupe se comporte toujours à l’instar de son chef et règle son ardeur sur la sienne. Le général corrompt-il que la troupe n’a bientôt plus le cœur de combattre. 

Voulant tirer un profit immédiat de cette situation ; profitant aussi de l’impopularité du roi, Kân décida d’attaquer le quartier général du roi à Asantouk. À la tête de son armée, Kân commença d’accélérer la marche pour arriver à proximité de la citadelle Asantouk. Il fit camper ses troupes et convoqua ses conseillers pour leur dire ceci : « Compte tenu de la supériorité de l’effectif de nos troupes, je suis convaincu que nous pourrions gagner facilement l’armée royale. Mais le parti du combat serait risqué de perdre un grand nombre de vies de nos soldats, car les adversaires étaient encore nombreux et se trouve sur un terrain où toute la puissance de leurs troupes d’élite pourrait déployer. Cette fois-ci, je ne cherche plus des victoires écrasantes au mépris de la vie des soldats du roi, parce que cet acharnement me sera parfois reproché après les batailles. Je cherche seulement à tuer le roi. Jadis, le roi Ponhea Yat avait pu gagner la guerre contre les occupants siamois par cette méthode. Il avait envoyé 10 hommes pour tuer le prince siamois dans son palais à Angkor Thom. Nous pourrons faire la même chose, parce que le roi Sokunbât manque de perspicacité pour éventrer la ruse. Il peut concevoir plusieurs projets, mais il en exécute bien peu. Il n’a guère l’esprit de décision. Enfin, le roi embrouille facilement le vrai et le faux, le bien et le mal, ce qui convient et ce qui ne convient point. Je cherche un volontaire courageux pour servir de complice à l’intérieur du parti ennemi. Sûrement, si nous arrivions à mettre en place un tel stratagème pour assassiner le roi, je vous garantis que l’armée royale s’effondra comme le sel dans l’eau chaude ». À peine de terminer sa phrase, on vit alors quelqu’un au bas bout de la salle, se lever et dire :

- Moi, Je me porte volontaire !

Cet officier, nommé Sorin Keo, était fils du feu général Chao Ponhea Sangkream, tué par Kân à la première heure de la guerre. Celui-ci s’avança quelques pas en avant et poursuivit sa déclaration.

« Je me porte volontaire, parce que je veux me venger de l’injustice du roi. Mon père était fidèle au roi ; il a été tué au champ d’honneur pour servir le roi. Après sa mort, comme vous le savez, ma famille n’a reçu aucune aide de la part du roi. En revanche, quoique vous êtes l’auteur de la mort de mon père, vous avez pris ma famille sous votre protection et l’aviez donnée tout ce dont elle avait besoin. Je ne peux jamais oublier cette charité. Sans votre munificence, je serais à présent un homme sans honneur. Comme je suis le fils d’un ancien Grand dignitaire du roi, ma soumission aurait plus de chance d’être acceptés par le Roi et ses généraux, ami du feu mon père.

 Ayant entendu ces paroles, Kân se montra grandement satisfait. Il reconnut Sorin Keo et se souvenait bien de la flèche qu’il avait tiré sur le père de ce volontaire. Il conférait un titre de noblesse à Sorin Keo et le nomma colonel. Après quoi, il révéla en détail tout son plan à Sorin Keo : « Je te confie un commando d’élite de 200 hommes. Tu es libre de choisir tes hommes. La mission consiste à assassiner le roi dans son campement. Nous allons organiser un simulacre de ta défection avec tes hommes pour rejoindre le parti du roi. La raison de cette défection évoquée est l’injustice : Ta condamnation à mort par la cour martiale de ta négligence dans tes responsabilités d’officier de garde. Le lieu d’exécution se trouvera à la première ligne de défense pour que les ennemis puissent voir ton exécution. Mais au moment que l’on doit te couper la tête, les 200 soldats surgiront pour te libérer et vous allons filer directement dans le camp ennemi, voilà mon plan. Eh bien, mon ami, que penses-tu de ce projet ? ».

Sorin Keo demanda à Kân de choisir un adjoint, un ami fidèle, nommé Chay Chong Rak. Après quoi, il sélectionna avec son adjoint les deux cents soldats d’élite pour une mission de haut risque. Une fois le corps du commando fut formé, il tint une réunion secrète avec ses hommes en leur expliquant en détail le plan et le déroulement de la mission. Il fit subir un entraînement spécifique à ses hommes pendant quelques jours. Le jour fixé, Kân fit une inspection à sa première ligne de défense. Il arriva à un poste de commandement d’une garnison et demanda à un officier de garde de voir le commandant de garnison. Un gradé s’avança et lui dit :

- Mon Commandant est Sorin Keo, il n’est pas ici, Monseigneur ;

- Où est-il ? demanda Kân ;

- Il est en train de se reposer dans sa tente, répondit l’officier ;

Kân fit mine de se mettre en colère et ordonna immédiatement au prévôt de l’armée d’aller chercher le fautif. Quelques minutes plus tard, ce prévôt revint avec Sorin Keo. Ce dernier fut vertement réprimandé par Kân et condamné à mort par la cour martiale pour le relâchement à la discipline militaire. Il reçut trente coups de fouet et fut jeté à la prison. Le lendemain matin, les policiers militaires amenèrent Sorin Keo pour le tuer. Au moment des préparatifs d’exécution du prisonnier, surgirent des soldats qui attaquèrent les policiers pour libérer Sorin Keo. Ensuite ils coururent pour rejoindre le camp d’ennemis qui se trouvait à peine cinq cents mètres seulement du lieu d’exécution. Arrivé devant le poste de garde de l’armée royale, Sorin Keo informa les sentinelles qu’il vient pour demander la soumission au roi. L’officier de garde demanda aux rebelles de jeter les armes et rester où ils étaient. Il envoya ensuite un détachement de soldats pour mettre la cangue au coup de tous les rebelles et ensuite de les amener dans le camp. Il en informa ensuite son supérieur hiérarchique.  Chao Ponhea Oukteythireach vint voir en personne les 202 rebelles. Arrivé sur place, il reconnaît tout de suite Sorin Keo, fils de son ami défunt, général Chao Ponhea Sangkriem, tué par Kân. Là, Sorin Keo dut raconter en détail toute l’affaire au chef des armées du roi. Il terminait sa phrase : « Je tuerai Kân s’il me retombe un jour entre les mains ». Ce dernier prit de pitié pour le fils de son ami défunt et dit : « Je vais informer le Roi de ta soumission avec tes troupes, mais tant que tu n’aies pas la grâce du roi, je ne peux pas vous détacher parce que vous êtes tous sous la loi martiale ». Informé de cette nouvelle, le roi ordonna aux services de renseignements militaires d’interroger chaque prisonnier et vérifier la cohérence de l’ensemble des informations recueillies auprès des 202 soldats. Après vérification des informations données, Chao Ponhea Oukteythireach apporta le rapport d’enquête au roi et lui dit que les 202 rebelles sont vraiment victimes de l’injustice de Kân. Après lu le rapport en détail et entendu des propos de son général, le Roi prit aussi la pitié du fils de son ancien général, tué au champ d’honneur. Il décida d’intégrer le commando de Sorin Keo dans sa garde personnel.

Revenons pendant ce temps à Kân. Ayant appris que le roi était tombé en plein dans le panneau qu’il l’ait tendu, il en éprouva une satisfaction extrême. Il sent la victoire à portée de main. Après quoi, il multiplia des attaques contre le retranchement de Chao Ponhea Oukteythireach, à Asantouk pour camoufler son plan. Ces attaques se prolongèrent plusieurs jours ; cependant Chao Ponhea Oukteythireach réalisa finalement qu’il eut du mal à se maintenir plus longtemps face à une telle attaque, il ordonna ses troupes à se replier auprès du roi à Kampong Svay. Il envisageait en outre de partir avec l’ensemble des forces armées à Pusat pour mettre le roi à l’abri des offensives de Kân. Il en proposait au roi. Quelques jours après, le Roi fit un rêve, dans lequel, il a vu un dragon qui sort de la rivière Sen pour lui mordre et en même temps, il a vu aussi l’âme de son père qui lui dit qu’il fallait qu’il quitte Kampong Svay et lui recommande de ne pas affronter le dragon, parce que celui-ci mourra dès l’apparition du soleil de l’Ouest. Après quoi, il convoqua son astrologue pour interpréter son rêve. Après ses calculs des positions des astres, ce dernier informa le roi qu’il faut que Roi quitte Kompng Svay pour Pursat comme Chao Ponhea Oukteythireach l’avait proposé récemment. Sinon le roi va rencontrer un grand danger. Au même moment, le Roi et ses conseillers entendirent des cris et des vociférations s’élevèrent à l’extérieur de la tente royale. Or, tout à coup, il voit surgir Sorin Keo, sabre à la main, avec plusieurs soldats, il se lève brusquement pour se défendre, mais ce dernier lui frappa violemment avec son sabre. Le Roi tomba et mourut immédiatement. Au même moment, les gardes de corps du roi se précipitent d’un seul mouvement vers l’intérieur de la tente royale pour apporter le secours à leur souverain.  Furent-ils parfaitement surprise en voyant le corps sans vie de ce dernier. Un officier fit-il partir, en toute hâte, chargé d’en avertir Chao Ponhea Oukteythireach. Ce dernier, bouleversé par cette nouvelle, versa quelques larmes. Après un silence de commotion, il envoya immédiatement un renfort pour tuer les traîtres. Il y avait de centaine de morts du côté des troupes de Sorin Keo. Malgré la supériorité du nombre des soldats du roi, Sorin Keo et ses troupes combattirent avec une énergie farouche contre leurs adversaires. S’ouvrant avec le reste de ses hommes un sanglant passage à travers les rangs ennemis, ils s’enfuirent en direction d’Asantouk. Leur mission était couronnée de succès. Les poètes de la Cour de Kân ne trouvaient plus de mots suffisamment élogieux pour célébrer l’exploit de Sorin Keo.

Après cette victoire, Kân convoqua ses dignitaires, ses généraux et leur dit ceci : « La grandeur d’un État est-elle incompatible avec le bonheur de ses sujets ? Ne peut-il y avoir de nation forte que dans l’iniquité, l’écrasement, l’esclavage ? Faut-il souhaiter, pour la vocation historique du Kampuchéa, que des gens comme nous soient les vainqueurs de cette guerre ? ». Mais sa voix se cassa. Il jeta autour de lui un regard perdu, baissa la tête, il ajouta : « Preah Sokunbât était un grand roi. Il n’avait jamais fait du mal à ma vieille mère, à ma sœur et les autres membres de ma famille, durant des années de guerre. Comment pourrais-je oublier sa générosité ? Je vous demande de respecter la période de deuil de sa mort en conformité avec la tradition des rois khmers ». 

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 13:35


Kân quitta la pagode de son maître avec le coeur tremblé de tristesse. Au portail, il aperçut un valet de son père. Ce dernier se rapprocha discrètement de lui et dit :

- Votre père m’a demandé de venir ici pour apporter le secours au cas où vous passiez par là ;

- Très bien, tu retournes à la maison pour m’apporter mon arc et rassembles des hommes de confiance qui voulaient combattre avec moi. Je vous attends dans la forêt Thmârda, dit Kân.

Ce serviteur se précipita pour en informer le père de Kân. Ce dernier autorisait à son valet d’apporter tout ce dont son fils avait besoin. Il y avait cinquante volontaires qui acceptaient de suivre Kân dans sa fuite. Arrivés à Thmârda, les hommes de Kân dirent à leur maître que le jour où Kân veuille entreprendre contre le Roi une action décisive, qu’il sache bien qu’il pourra compter entièrement sur leur concours ».

Kân, pleinement satisfait de cette déclaration de fidélité, répondit par un simple signe de tête pour marquer son remerciement, puis il prit la route avec ses compagnons de vie pour aller à la sous-préfecture de Baphnom. Aussitôt arrivés à ce lieu, Kân et ses partisans entrèrent dans la salle d’audience, remplies des fonctionnaires. Surpris de voir ces intrus, le sous-gouverneur s’écria pour les interroger, mais à peine de terminer sa phrase, Kân se précipita pour lui trancher la tête. Il y avait un brouhaha dans la salle, mais Kân cria : « Silence ! j’ai l’ordre de Sa Majesté le Roi de venir tuer ce sous-gouverneur, parce qu’il avait fomenté avec Preah Chanreachea un coup d’Etat. En plus, j’ai l’ordre aussi de venir ici pour lever une armée pour combattre contre Preah Chanreachea et ses complices. Tous ceux qui m’aident à combattre contre Preah Chanreachea, seront bien récompensés. Mais quiconque soulève des difficultés sera décapité comme le sous-gouverneur, c’est tout ! ».

Tous les fonctionnaires dans la salle croyaient à Kân et aidaient ce dernier à lever une armée. Avec ses fidèles, Kân, était tout ruisselant de majesté, mena des conquêtes avec succès la province de Prey Veng et plusieurs autres provinces de l’Est du Mékong. En quelques mois, Kân devint un chef de guerre redoutable. Il se conféra le titre de Grand Général du Royaume. À la suite de cette victoire, Kân organisa ses différents services administratifs centraux et provinciaux dans les territoires sous son contrôle.

Revenons à la Cour de Basane. Ayant appris la rébellion de Kân, les généraux, Ponhea Yaumrech et Vongsa Angreach en informèrent immédiatement le Roi en lui demandant de donner l’ordre au père de Kân, Pichay Nirk d’écrire une lettre à son fils pour lui demander de renoncer à cette rébellion.

Ayant appris cette nouvelle, le Roi se montra grandement surpris et troublé. Il convoqua Pichay Nirk pour lui ordonner à apprivoiser Kân en état de rage.     

Gisant aux pieds de son Souverain, sous tant de soupirs, Pichey Nirk assura à son maître, dieu, la fidélité de son fils. Il se dépêcha à envoyer un messager pour porter une lettre à son fils. Celui-ci recevait le porteur du pli confidentiel à huis clos. Après avoir lu la lettre, il dit à ce dernier dans les termes suivants : « Tu peux dire à mes parents que mon combat d’aujourd’hui n’est pas contre le roi, mais plutôt de lui demander la réparation de l’injustice dont je suis la victime. S’il accepte aujourd’hui de m’innocenter à des fautes, dont je ne suis pas l’auteur, je n’aurais aucune raison de continuer mon combat. Aujourd’hui j’ai une armée de milliers de soldats. Et tu le savais, pour défaire une armée de cette taille, il en faut beaucoup du temps. Je demande au roi de me laisser un peu temps pour démobiliser mes soldats, après quoi je retournerai au palais pour servir le souverain comme auparavant ». Après le départ du messager, Kân convoqua tous les officiers pour leur dire dans ces termes qui étaient contraires à la volonté de son père : « Le Roi m’a demandé de vous remercier dans vos efforts de combattre contre Preah Chanreachea. Il m’a chargé en plus d’enrôler davantage des soldats pour conquérir le plus vite possible tous les territoires contrôlés par le Vice-Roi ».

Revenons au Roi. N’ayant toujours pas vu le retour de Kân, il demandait à sa Première dame d’envoyer plusieurs fois des messagers pour réitérer ses exigences à Kân. À chaque rencontre avec l’envoyé du roi, Kân savait en tirer profit à son avantage en faisant croire à ses partisans et à la population que le roi avait vraiment besoin de lui pour combattre contre Preah Chanreachea. Il y avait de plus en plus des paysans et des esclaves qui s’engageaient dans l’armée de Kân. Vu la passivité du roi, Kân se dit : « si le roi continue d’agir ainsi, je pourrais bientôt emparer facilement le trône ».

Parlons du Preah Chanreachea, en 1508, âgé de 24 ans, celui-ci se sentait être menacé par la popularité de Kân et convoqua ses conseillers pour leur dire ainsi : « Je n’ai plus à m’étonner de mon frère qui m’a accusé de haute trahison, parce ce que depuis toujours il se méfiait de moi. A ce jour, il n’a même pas envoyé un messager pour me donner ses instructions à combattre contre Akân. Il m’a confié des charges de Vice-Roi, Résident général des provinces de l’Est dans un seul but de m’éloigner des affaires du Royaume. Son silence sur les agissements d’Akân contre moi confirme bien cette accusation. J’en conclue que mon existence gêne sans doute Sa Majesté le Roi. Je décide donc de partir au Siam pour demander la protection du roi de ce pays, plutôt de vivre comme un paria dans mon propre pays.

Preah Chanreachea quitta sa capitale administrative, Krong Chatomouk, la nuit même avec 50 fidèles. Arrivé à la province Pursat, il passait la nuit chez M. Meung, une vieille connaissance. Dans le document du Vat Kampong Tralach Krom, on dit que M. Meung ne s’appelait pas Meung, mais Pich ; le nom Meung était plutôt son nom posthume : Après sa mort, son esprit renaquit en « génie gardien du pays », en langue siamois « Kleig Meung ». Ce nom était adopté plus tard par les Khmers. M. Meung avait un autre surnom « Mé Smeug Phnom Kravagne » (Chef des morts de la montagne de Kravagne).

Vu arrivé le frère du roi, Ta Meung descendit de sa maison pour l’accueillir avec tout honneur et respect. Il invita le Vice-Roi à monter sur sa demeure et dépêcha le personnel de la maison à préparer le repas pour le prince royal et sa suite. Preah Chanreachea raconta son histoire à Ta Meung. Celui-ci l’écouta avec tristesse. Le lendemain matin, Ta Meung offrit au prince 8 éléphants et 10 chevaux. Il ordonna à ses 4 fils d’accompagner son prince au Krong Tep. Preah Chanreachea était très content de ces cadeaux inattendus. Il dit à son bienfaiteur ainsi : « Je vous remercie beaucoup de vos aides. Je n’en oublierai pas pour toute ma vie. Vous êtes un homme bien ». Ayant entendu les paroles royales, Ta Meung se mit à genoux, joignit ses mains en levant au niveau de son front et dit : « Oh ! Mon prince, mes offrandes ne sont rien par rapport à votre rang. Je demande au Bouddha et à tous les dieux existés sur terre de vous protéger partout où vous y aller et je hâte de vous revoir bientôt au pays ». Preah Chanreachea regarda Ta Meung avec l’arme aux yeux et lui répondit : « Le Bouddha vous protège ». Le prince quitta la maison de Ta Meung avec le cœur serré. Ce dernier resta longtemps devant sa demeure pour regarder le cortège royal jusqu’à qu’il se disparaît à l’horizon.

Arrivé au Krong Tep, Praeah Chanreachea demanda une audience au Roi Preah Chao Chakrapât. Celui-ci reçut le prince khmer avec joie. Il accordait illico au prince khmer sa protection et l’élevait au rang du prince siamois. Preah Chanreachea eut droit à une résidence royale qui se trouvait à côté de la pagode Chheung.

Revenons au Kampuchea, ayant appris la fuite de Preah Chanreachea, Kân convoqua ses conseillers pour leur dire :

- Preah Chanreachea était le seul obstacle pour la réussite de notre plan. Il s’enfuit aujourd’hui au Siam, je crois qu’il est temps maintenant d’attaquer la capitale royale.

Tous les conseillers approuvèrent la décision de leur chef. Quelques jours après, Kân ordonna à son armée de marcher sur la capitale Basane.

Le Roi fut informé de cette nouvelle. Il dit à ses conseillers : « Je comprends plus rien, il y a quelques jours, j’ai demandé à sa sœur de la nouvelle de Kân, elle m’a assuré que son frère ne tardait pas à revenir à Basane pour me servir comme auparavant. Aujourd’hui, il pointe avec son armée devant la porte de la cité, quelle insolence celui-là ». Dans une colère de tigre, il ordonna à Chao Ponhea Yomreach, Ministre des armées, de rassembler 5 000 soldats : Un régiment de 3 000 hommes confié au général Chao Ponhea Sangkriem, ce dernier devait partir pour s’opposer à l’armée des rebelles à la porte de la cité. Un autre régiment de 2 000 hommes, placé sous son commandement, pour assurer la protection de la ville. Il demanda au ministre de l’intérieur d’informer son frère, Preah Chanreachea, de cette péripétie. Ce dernier lui répondit que le Vice-Roi s’enfuit déjà au Siam, parce qu’il avait eu peur d’être tué par Kân. Ayant appris cette nouvelle, le Roi se fit des soucis et se dit : « Pourquoi il est parti au Siam sans m’avertir ».

Parlons du , il quitta la ville pour établir son quartier général à quelques kilomètres de celui de Kân. À la tête de 500 soldats d’élite, sur le dos de son éléphant et vint se placer en avant de sa ligne de fantassins, à cent mètres du camp d’ennemi, il appela Kân à sortir de son camp pour la reddition inconditionnelle : « Vil esclave ! traître à ton roi, dans quel but es-tu donc venu jusqu’ici ? ». Ayant entendu l’injure de son adversaire, Kân pensait s’il laisse ce général de révéler son stratagème devant tout le monde, il risque d’être accusé de traître par ses propres soldats. À peine le son des paroles de Chao Ponhea Sangkriem avait-il cessé, Kân sortit immédiatement de son camp avec son arc entre ses doigts, il y encocha une flèche, Il avait visé le coup du général et, résultat, on vit la flèche enclouée à la cible. L’infortuné général tomba de son éléphant et mourut illico. Sous le choc, les officiers se précipitèrent à informer le quartier général de la mort de Chao Ponhea Sangkriem. Ayant appris cette nouvelle, le général ordonna immédiatement ses troupes d’attaquer l’armée de Kân. À peine une heure de combat, les soldats du roi, en nombre inférieur, se battirent en retraite. Ils se hâtèrent de regagner au plus vite leur fortification pour s’échapper à la mort. Chao Ponhea Chakrey envoya un messager à la capitale pour demander des renforts. Le Roi convoqua le Conseil de guerre pour examiner la situation.

Au cours de réunion, le Grand Général, Chao Ponhea Yomreach, adressa au roi pour le rappeler au sens des réalités de la situation militaire en ces termes «  Nous disposons actuellement une armée de 10 000 hommes. Cet effectif était insuffisant pour s’opposer à l’armée des rebelles. Mais cette force nous permette de réorganiser notre retrait stratégique au Krong Chatomouk. D’ailleurs, en manoeuvrant de la sorte, nous épargnons la vie de nos soldats ». Quant à Chao Ponhea Chakrey et moi, nous assurons la protection de ce retrait. Le Roi se rangea donc à cet avis mesuré. À ce moment, Pichay Nirk, le père de Kân demanda la parole : « Je crois pouvoir convaincre mon fils à abandonner sa rébellion. Je demande à Votre Majesté de me confier un commandement de 1 000 soldats pour accomplir cette mission. Mon épouse et tous les membres de ma famille partiront avec Votre Majesté au Krong Chatomouk. Ils sont constitués comme un gage de ma fidélité envers Votre Majesté. Si je trahissais votre confiance, je fais un serment solennel de mourir avec les armes et Votre Majesté pourra donc tuer mon épouse et tous les membres de ma famille ».

Le Roi accepta la proposition de Pichey Neak et demanda aux Brahmanes de préparer une cérémonie de serment de fidélité en conformité avec la tradition. Ensuite, Pichay Nirk partit avec ses hommes à la rencontre de son fils.

Le Roi Sokunbât quitta la capitale avec les membres de sa Cour par bateau pour Krong Chatomouk. Arrivé à son ancienne capitale royale, sans perte de temps, il ordonna au Premier ministre de lever une armée de 25 000 hommes.

Kân laissait partir le Roi. Ensuite, il attaqua le détachement du général Chao Ponhea Chakrey, chargé de protéger la citadelle de Basane. Ce dernier fut tué au cours de cette bataille. Or voilà que, soudain, un cavalier vint rapporter une information à Kân que son père marcha à la tête de 1 000 hommes, et qu’il arrivait pour lui capturer. Ayant appris cela, Kân partit d’un grand éclat de rire et donna immédiatement des consignes strictes à ses troupes de capturer son père vivant, mais de tuer tous les autres. Il n’est pas question de négocier de quoi ce soit avec son père. La troupe de Pichey Neak fut immédiatement attaquée par les soldats de Kân. À peine une demi-heure de lutte, la moitié des soldats de Pichay Nirk furent péris dans le combat. Ce dernier ordonna à ses soldats de se replier dans une pagode où habitait le vénérable Satha, le gourou de Kân. Ce lieu fut encerclé immédiatement par des rebelles. Ayant appris cette nouvelle, le vénérable Satha sortit de la pagode et demanda aux assaillants de parler à un officier. Un homme se montra, se mit à genou devant le vénérable Satha et dit : « J’ai l’ordre de Preah Sdach Kân d’emmener Neak Preah Bayda Pichay Nirk pour mettre à l’abri du danger ». Le vénérable lui répondit : « Tu vas dire à ton Grand Général qu’il veuille venir pour saluer son père et après quoi, il pourra discuter avec lui des affaires du pays ». Ayant entendu les propos du Vénérable Satha, Pichay Nirk dit : « Ce que vous venez de dire, c’est comme vous venez de condamner à mort mon épouse et les membres de ma famille ». Le Vénérable lui répondit : « Vous ne vous inquiétiez pas, le Roi n’oserait pas tuer les membres de votre famille, parce qu’il veuille les garder comme otage ».

À la demande de son maître, Kân se précipita de venir voir son père. Assied au milieu du père et fils, le Vénérable Satha s’expliquait aux antagonistes de leurs intérêts dans leur union. Après une longue discussion, Pichay Neak laissa convaincre par Satha et accepta d’aider son fils dans son combat. Après quoi, le Vénérable Satha organisait une cérémonie rituelle, dit « bain sacré » pour le père et fils. À cette occasion, il demanda à ces derniers de ranger des armes les uns sur les autres jusqu’à la hauteur de leur tête, ensuite, de se mettre à genou devant ce dépôt d’armes, il cita des formules magiques en versant de l’eau sur leur tête et leur corps. À la fin de cette cérémonie, il ordonna aux soldats de reprendre ces armes et avec lesquelles, il fit construire une rue devant la pagode. (Dans certains documents, on dit que le Vénérable Satha demanda aux soldats de construire une rue et ensuite d’enterrer ces armes sous cette rue). Après cet événement, la population donnait un nouveau à la pagode Sdey, pagode la rue (Vat pleuv).

Après sa victoire à Basane, Kân choisit de lancer la conquête de la province de Phnom-Penh avec 50 000 hommes. Deux colonnes de son armée munies des canons et des armes à feu arrivèrent par Est et par Sud, assiégèrent en pleine nuit la place forte de Phnom-Penh. Cette ville était défendu par une armée d’environ 30 000 hommes. Les premiers assauts lancés par des rebelles mettaient l’armée royale dans une situation défavorable. Les généraux du roi peinaient à maintenir la cohésion de l’armée, elle aussi menacée par la désertion et la défection des soldats. Les esclaves enroulés sous la bannière royale désertaient en grand nombre pour rejoindre leurs camarades engagés dans les rangs de Kân. Face au désastre, le Roi ordonna à ses généraux d’abandonner la citadelle et partir pour s’établir son quartier général à Longvek. Quant aux familles des soldats, il décida de les mettre à l’abri à Samraug Sen (Aujourd'hui Samraug Sen est une commune dans le district de Kampong Leig, province de Kampong Chnaing). Pour faire face à l’armée de Kân en grand nombre, 120 000 hommes, le Roi ordonna à ses généraux d’enrôler des soldats dans les différentes provinces du Nord.

Après la prise de la citadelle de Phnom-Penh, Kân devint populaire. Cette victoire était vue par la population et ses partisans comme un signe d’élection qui marquait le consentement divin à l’avènement de leur Grand Général. Celui-ci était considéré comme homme qui avait reçu un mandat céleste, « Neak Mean Bonn » qui puisse se mesurer au roi. En revanche, cette victoire était vécue comme une insulte à l’ensemble de l’aristocratie. Pour assurer son triomphe militaire, Kân se montrait capable d’organiser l’appareil administratif de l’État pour contrôler les territoires conquis. Il nomma des nouveaux gouverneurs dans les différentes provinces : Bati, Prey Krabach, Trang, Bantey Meas, Kampot, Kampong Som, Bassac, Preah Trapeing, Euv Maur, Kramoung Sar, Teuk Kmao, Prey Nokor, Bareang, Donay, Long Haug, Psar Dek. La fuite du roi de Phnom-Penh permit à Kân d’établir d’un véritable gouvernement insurrectionnel, résolu à conquérir l’ensemble du territoire du pays. Il envoya un corps d’armée de 40 000 hommes pour s’opposer à l’armée royale à Longvek, laissa un autre corps d’armée de 50 000 hommes pour assurer la garde de la ville de Phnom-Penh, dépêcha un corps d’armée de 30 000 hommes à Kompong Siem, pour surveiller et hâter la progression générale, et servir de renfort éventuel de la compagne de Longvek. Quant à lui, il se mettrait à la tête de 40 000 hommes pour retourner à Srey Santhor (Basane).

Ayant appris l’arrivée de l’armée de Kân à Kompong Siem, le gouverneur de cette province et celle de Steuk Treng, fidèles au roi, se hâtèrent d’en informer par lettre leur Souverain en le priant de l’aider à renforcer leurs défenses. Aussi, le roi, d’après ces premiers renseignements, convoqua à la hâte le groupe de ses conseillers, afin de délibérer sur les mesures à prendre. S’adressant à ses généraux, il avait lancé : « Nous sommes attaqués partout. L’absence de mon frère, Preah Chanreachea, me met dans une situation critique. Je ne peux pas non plus compter sur le dauphin, âgé de 4 ans. Il ne me reste que de compter sur vos soutiens et je connais vos qualités et vous les miennes, me semble impossible que nous soyons vaincus, parce que nous combattons dans le sens de la légitimité et du droit et Akân fait figure de rebelle et traître ». Le Roi n’entendait pas décourager par la victoire de son beau-frère, Il avait mis ses troupes en ordre de bataille, et lancé la contre-offensive : Ponhea Kralahaum marcha à la tête 10 000 hommes pour s’opposer à l’offensive de Kân dans les provinces de l’Ouest. Et le reste de ses troupes de 25 000 hommes assurait la garde de la citadelle de Longvek.

Revenons à l’armée de Kân. À quelques jours de marche, les 40 000 hommes se présentèrent à la porte de la citadelle de Longvek. Cette place forte était construit sur un vaste terrain et dégagé dont la superficie était grande comme une ville. Le dispositif de défense était bien étudié. Au total, le Roi disposait 25 000 hommes pour défense la citadelle. D’après le calcul du général des rebelles, l’inférieur numérique de l’armée royale n’était pas un élément à tirer parti à son avantage. Il pense que pour prendre la ville dans un court délai, il faut attaquer cette cité en masse et en une seule fois pour impressionner les assiégés.  Dans ce but, il expédia par courrier rapide un message écrit à Kân pour demander un renfort de 10 000 hommes supplémentaires. Ce dernier laissa convaincre par son général et envoya immédiatement un renfort à Longvek. Avec l’effectif deux fois supérieur que celui de son adversaire, le général des rebelles lança des attaques foudroyantes contre le camp des royalistes. L’affrontement prenait alors l’allure d’un défi chevaleresque relevé de part et d’autre. Après 4 jours de résistance, le roi se battit en retrait pour s’établir son quartier général à Arama Kirin Bâribor (District Bâribor d’aujourd’hui). Et aussitôt, il ordonna à un officier à la tête de centaine de combattants d’emmener des familles des soldats et la sienne pour les conduire à Samraug Sen dans un lieu tranquille. L’armée de Kân poursuivit le retrait du roi.

Ayant appris le départ du roi de Longvek, Général Kralahaum rebroussa chemin pour venir attaquer par arrière les lignes des rebelles. Cette apparition de Kralahaum revêt cependant une signification plus immédiate : l’espoir d’un secours inattendus offertes à ceux qui ont choisi la voie de l’honneur en défendant jusqu’à la mort la citadelle de Longvek. Après avoir défait les lignes des rebelles, Kralahaum avait choisi contourner l’arrière du dispositif ennemi. Il prend à revers le quartier général des rebelles, dont tous les membres d’État Major massacrés n’assurent plus la coordination des opérations. La confusion règne dans les rangs des rebelles. C’est alors que les royalistes, chargé de défense la citadelle, entrent en scène et entament un mouvement contre les positions des rebelles. Ils attaquent et accablent les adversaires. Les bataillons d’avant-garde de ces derniers sont ébranlés et cèdent à la panique par cette attaque effrénée. Les bataillons du centre des rebelles ne permettent plus aussi de soutenir le choc ennemi venant de l’arrière. Surpris, les rebelles n’offrent guère de résistance. Assaillant par l’armée du roi de tous les côtés, ils s’affolent et prennent la fuite, mais ils sont chargés par les chasseurs de Kralahaum. Ils sont tués par milliers. Le triomphe était complet. Mais sa portée allait bien au-delà de la valeur militaire immédiate. Les rebelles, réputés invincibles, étaient battus. Et de quelle manière ! Profiter de cet avantage inattendu, le Roi opéra l’organisation de ses forces armées de la façon suivante : Il confie une armée de 10 000 homme à Ponhea Sourkirlauk, gouverneur de la province Pursat, pour assurer la garde de la province Rolirpir. Il ordonna au général Okgna Yaumreach de marcher à la tête de 5 000 hommes pour libérer quelques provinces de l’Ouest. Quant à lui, le roi, il partit avec sa grande armée pour s’établir dans la province d’.

À la tête de ses hommes, Okgna Yaumreach libérait l’une après l’autre des provinces suivantes : Baray, Chheuk Prey, Kampong Siem, Steuk Trang. Après cet exploit, Okgna Yaumreach partit à Asantouk pour en informer son Souverain. Celui-ci était très content de cette victoire, longtemps attendue.

Ayant appris la défaite de son armée, Kân laissa la garde de Basane à son père. Il partit avec son armée pour s’établir à Kompong Siem afin de préparer les offensives contre l’armée du roi pour récupérer les provinces conquises par ce dernier. Vu les effectifs de l’armée du Sdach Kân, les gouverneurs du roi décidèrent de se retirer sans se livrer aucune bataille pour épargner la vie de leurs soldats.

Retournons à Basane. Kân se proclama Vice-Roi. Il fit confectionner un drapeau de couleur rouge, sur lequel on brodait une image d’or de dragon de huit têtes. Ce dragon était emblème de son armée qui eut un succès prodigieux au sein de l’armée et de la population. Désormais, Kân ne fit plus l’usage que de parasol du roi. C’est ainsi que la population l’appelait Sdach Kân (le Roi Kân). La Cour de Kân à Basane, surpassa celle du Roi par sa magnificence et par les plaisirs de l’esprit qui, se mêlant à la splendeur de ces divertissements, y ajoutait un goût et des grâces dont aucune Cour n’avait pas encore été embellie. Le vainqueur savait que son couronnement de Vice-Roi ne valait rien sans une participation de la population.  À cette occasion, Kân se piqua de donner des fêtes qui durèrent sept jours. Il fit construire des théâtres partout dans la ville pour amuser son peuple. Il fit des dons aux pauvres familles à la porte de son palais. Il avait accordé une réduction d’impôts au peuple. Ce qui lui donna dans ses inventions le plus éclat, ce fut une libéralité qui n’avait point d’exemple. Il régla dans un conseil extraordinaire les affaires d’affranchissement des esclaves, les rangs et les fonctions, créa des charges nouvelles auprès de sa personne, comme celle de grand maître de savoir, c’est-à-dire le savant. Tout cela donnait à la Cour de Kân un air de grandeur.

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 09:02

Le Règne de Preah Sokunbât (1504-1512) : L’obsession de trahison.

En 1504, Preah Sokunbât fut couronné roi du Kampuchéa à l’âge de 26 ans. Il organisa les funérailles de son père en conformité avec la tradition du roi khmer. Quelque temps après, il amena les cendres du souverain défunt pour les déposer dans un stupa au sommet de la montagne de Santouk. Après 4 ans de règne paisible, il songea à transférer la capitale royale à Basane, ancienne capitale de son grand-père, Preah Ponhea Yat. Les raisons étaient stratégiques militaires. Basane était une ville plus facile à défendre que celle du Krong Chatomouk, parce qu’elle était protégée par des obstacles naturels : À l’est par des marais, au sud-est par un fleuve et au sud par des forêts.  Il convoqua les membres de la Cour pour leur en suggérer. Ces derniers approuvèrent cette décision royale à l’unanimité. Les ministres se chargèrent d’aménager la nouvelle capitale en attendant le jour faste du transfert. Mais le temps qui pressait ne permit pas qu’on achevât le nouveau palais. Cela obligea le Roi d’habiter provisoirement dans l’ancienne résidence royale désinfectée. Le Roi était fort heureux à Basane, il partageait son temps entre les affaires qui étaient de son devoir, et les plaisirs qui étaient de son âge. Ses hobbies étaient la pêche à l’épervier. Il organisait avec sa Cour cette partie de pêche plusieurs fois par mois. Ce ne fut qu’un enchaînement de fêtes, de plaisirs depuis qu’il était à Basane. 

Pendant le règne de Thomma Reachea, il y avait un haut fonctionnaire à Basane, nommé Pichay Nirk. Celui-ci avait épousé une fille d’un esclave du clergé, nommé Bane. De cette union naquit deux enfants, une fille, nommée Sar (blanche), parce qu’elle avait la peau blanche et un garçon, nommé Kân. Celui-ci vint au monde dans une condition extraordinaire : sa mère fut une fausse couche au moment où elle avait fait ses besoins au bord de la rivière. Le nourrisson fut tombé dans l’eau et il fut avalé immédiatement par un grand poisson Paur (nom du poisson). Peu de temps après, ce poisson était attrapé par un pêcheur. À la veille de la fausse couche de l’épouse de Pichey Nirk, il y avait un moine supérieur, nommé Satha, chef de la pagode, qui avait fait un rêve : il vit un Tévada (saint) qui vint lui demander de sauver un homme qui a reçu un mandat céleste  « Neak Mean Bonn ». Le lendemain matin, le vénérable Satha partit en pirogue avec un esclave à la recherche de cet homme. En cours de route, le moine s’aperçut une pirogue du pêcheur. Tout d’un coup, il eut l’intuition que l’homme recherché se trouvait près de lui, il demanda à son esclave d’approcher de la pirogue du pêcheur, dans laquelle, il vit un grand poisson dont le ventre était gonflé inhabituel. Il fixa longuement son regard sur ce poisson. Voyant que le moine avait les yeux rivés sur sa prise exceptionnelle et en guise du respect à la religion, le pêcheur offrit ce poisson au dernier. Le moine fut alors trop heureux et remercia le donateur. Il l’emmena vers la pagode. Arrivé à sa maison, le moine dit à son esclave qu’il y ait quelque chose exceptionnelle dans le ventre de ce poisson. Ayant entendu les paroles de son maître, ce dernier décida éventrer le poisson devant la foule qui vinrent le voir. Une fois le ventre était ouvert, tout le monde entendit du pleur d’un nourrisson. Le moine Satha demanda qu’on sortit ce nourrisson de l’estomac du poisson. Cette nouvelle se répandit dans toutes les contrées de la province de Basane. Pour nourrir ce nourrisson miraculeux, le moine l’avait confié à un couple d’esclave de sa pagode. Le mari s’appelait A Bane. Jadis quand un homme qui n’était ni instruit, ni occupé un poste de fonctionnaire, on rajoutait le préfix « A » devant son nom. Quant à la femme non instruite, on rajoutait le préfix Mé. Le moine appela le nourrisson A Kao. Le haut fonctionnaire Pichay Nirk et son épouse avaient entendu parler de ce miracle. Ils se persuadèrent que ce nourrisson soit son enfant. Après quoi, ils décidèrent de venir voir le moine Satha pour lui demander de récupérer cet enfant. Pichay Nirk avait raconté l’histoire de la fausse couche de son épouse au moine. Ce dernier n’hésita pas à donner l’enfant à ses parents. Il recommanda aux derniers de bien prendre soin à cet enfant, parce qu’il n’est pas un enfant ordinaire. Il serait puissant et téméraire et il triompherait plus tard de tout le monde, excepté du Bodhisattva. Pichay Nirk et son épouse remercièrent le vénérable. Ils changèrent le nom de leur enfant A Kao en Kân. Comme le vénérable Satha avait prédit, l’enfant devint en grandissant un garçon très instruit, très doué, très beau, robuste et connu de grands succès auprès des filles. Kân s’occupa à lire des livres d’histoire et de doctrines du Bouddha. Ses parents avaient demandé au vénérable Satha d’être le précepteur de leur fils.      

Parlons du Roi Sokunbât. Un jour le Roi décida d’aller à la pagode pour faire des offrandes au Bouddha. Au moment où il devait entrer dans le temple, il s’aperçut sur la terrasse une fille d’une grande beauté. Le Roi restait un bon moment pour admirer la beauté de cette fille. Les membres de la suite royale s’en aperçurent, ils convoquèrent immédiatement Pichay Nirk, le père pour lui persuader d’offrir sa fille au roi. Ce dernier s’en acquiesça. Le Roi était très content de ce geste. Il désigna la belle, sa première dame. Elle reçut un nom de noblesse, Neak Preah Moneang Késar Bopha et ses parents en bénéficièrent aussi : Neak Preah Bayda Pichay Nirk, pour le père et Neak Preah Mirda Mébane, pour la mère.

Pour l’amour de sa nouvelle épouse si jeune et si belle, le Roi n’hésita pas à changer le nom de la ville Basane en Srey Sar Chhôr (la fille blanche debout). Plus tard ce nom se déforme en Srey Santhor.    

En 1507, le Roi procéda à une réorganisation administrative du royaume. Il divisa le pays en deux régions administratives : L’Est et l’Ouest avec le fleuve du Mékong comme frontière. Aussitôt il en arrêta les détails d’exécution, il nomma son frère puîné, , vice-roi et donna au dernier l'administration des provinces orientales dont le siège du gouvernement régional se trouvait au Krong Chatomouk. Après avoir prêté serment de fidélité et de respect à son frère, le vice-roi quitta la capitale avec les membres de sa maison royale pour rejoindre son poste.

Quelque temps après, le Roi fit sculpter sa statue en pierre, laquelle fut exposée au milieu de la citadelle royale afin que la population vint la rendre hommage. Plus tard, cet endroit était réputé pour sacré parce que les gens disaient que l'esprit du roi exauça leurs vœux prononcés. Ce lieu est appelé aujourd’hui Neak Ta Sokunbât (le génie Sokunbât).    

Cette même année, pour faire plaisir à sa première dame, le Roi voulut d’affranchir les membres de la famille maternelle de cette dernière. Il convoqua tous les membres de la Cour pour leur faire part de son intention. Ces derniers rappelèrent immédiatement au roi que ce désir était contraire au serment du roi défunt, son père, qui avait juré devant la statue du Bouddha que cette famille devait servir comme esclave du clergé jusqu’à la fin de la religion bouddhique (5000 ans) et la loi coutumière ne donnait aucune possibilité de libérer cette famille avant cette période. Le Roi se laissa convaincre.

Quelque temps après, la première dame fut gravement malade. Le Roi organisa des séances de prières pendant sept jours, aux cours desquelles il prononça un vœu : Si la première dame était guérie, il construira un temple pour la religion et tous les jours saints, la première dame viendra pour faire la propreté de ce lieu. À la fin des prières, la première dame fut guérie. Respectant à son engagement, le Roi fit construire un temple dans l’enceinte d’une pagode qui se situait non loin du palais royal. Pour que sa première dame se rendit au temple pendant les jours saints sans être vue par la population, le Roi fit construire des palissades de bambou, couvertes de tissus blancs pour cacher le chemin. Pour cette raison, on appelait cette pagode, Vat Mèr (pagode Mère) ou bien Vat Prey Baing (pagode cachée par la forêt). Quelque temps plus tard, la première dame accoucha d'un enfant, nommé Ponhea Yous. Le Roi le désigna prince héritier.

Parlons de Kân. À l’âge de 16 ans, ce garçon fut nommé membre du secrétariat du roi. Il fit remarqué de ses compétences et ses savoirs. Il pouvait même assumer des tâches des grands dignitaires avec efficacité. Mais, compte tenu de sa souche de famille d’esclave, le Roi ne pouvait pas promouvoir Kân au rang de dignitaire du royaume. Néanmoins, il lui nomma au poste du chef de son cabinet personnel avec le titre de noblesse Khoun Lahoung Sdach. Ce poste donnait droit à Kân d’avoir quatre adjoints. Ses charges consistaient à faire respecter les lois du Bouddhisme et de punir ceux qu'ils les transgressaient. Au palais, Kân régnait en maître, insensible aux corrupteurs. Aux yeux des grands dignitaires du palais, Kân « dénué d’humanisme » était un ambitieux et un orgueilleux. À la Cour, Kân n’avait pas beaucoup d’amis, mais dans la capitale royale et dans son village natale, il fut connu comme un grand savant. Tout le monde dit qu’il avait l’air de maître dont il parla imposa plus d’autorité de son rang que le roi avait jusque-là peu honoré.

Un beau jour, le Roi demanda à Kân de tirer un arc avec les cinq flèches à la fois, parce qu’il avait entendu parler que son beau frère fût très fort dans cet art. Sur ordre de son souverain, Kân prit entre ses doigts son arc, il y encocha cinq flèches, puis, se retourna vers le Roi et tout son Etat-Major, leur dit : « Regardez-mois viser le tronc du manguier qui se trouve à peu près cent mètres d’ici ! ». À peine le son des paroles avait-il cessé qu’on entendit vibrer la corde de l’arc. Il avait visé le milieu du tronc du manguier et, résultat, on vit les cinq flèches enclouées solidement sur la cible. Le Roi et ses ministres qui avaient assisté à cet exploit ne purent retenir un cri d’admiration. Le Roi demanda à Kân : Qui est ton maître ? Le vénérable Satha, Votre Majesté, répondit Kân. Après quoi, le Roi nomma le Maître de Kân chef des bonzes du Royaume. Ce dernier avait reçu le nom de noblesse Samdech Preah Sokunthear Thipday.        

En 1508, pendant la cérémonie de la fête du nouvel an, le Roi se retira dans sa chambre pour se reposer. Cette nuit-là, il rêva qu'il y a eu un grand dragon qui vint chasser tout le monde du palais, ensuite il le brûla et avant de quitter les lieux, il porta à sa bouche le parasol royal et s’envola vers l’Est de la capitale.

Le lendemain matin, le Roi se rendit à la salle du trône pour recevoir tous les grands dignitaires du royaume, qui étaient venus pour lui présenter leurs vœux. De son trône, le Roi le regarda vers la direction où se trouvait Kân, il s’aperçut soudain que le corps de ce dernier était entouré d’un dragon à deux têtes qui lui fixait son regard en menaçant de lui mordre. Ce dragon ressemblait exactement à celui qu'il l’a vu dans son rêve. Il demanda à son frère Preah Chanreachea et tous les autres dignitaires dans la salle, est-ce qu’ils ont vu le dragon comme lui. On lui répondit que personne ne l’a vu. Après ce mirage, le Roi poursuivit son audience. Quelque mois avant ce nouvel an, il arriva dans le royaume des évènements étranges :

- Dans la province de Battambang, l'eau de la grotte de la montagne Bapoun devint rouge comme le sang ;

- À la pagode de Vihear Sour, la statuette du Bouddha pleura du sang et la branche d'arbre sacré (paur) fut caché et l’on vit couler du sang ;

- La lame de l'épée sacré fut rouillée ;

- Il y eut de cendre dans l'étui du couteau royal.

Le Roi fut en informé pendant son audience annuelle ; il se montra grandement surpris et troublé par cette nouvelle. Après le retour de son frère au Krong Chatamouk, le Roi convoqua le grand astrologue du palais et ses conseillers pour leur demander d'interpréter son rêve :

- Il y a un lien entre votre rêve et la lame de l’épée royale rouillée, dit le Grand astrologue. Cela veut dire qu'ils y aient bientôt des troubles politiques dans le pays ;

- Qui puisse-t-il provoquer ces troubles ? demanda le Roi ;

- Un ennemi, répondit l’astrologue. Et cet ennemi serait Kân, parce qu’il est né de l’année du dragon. C’est pourquoi, Votre Majesté a vu un dragon dans votre rêve. Selon les règles astrologiques, un dragon se manifeste dans le rêve au début de l’année serait un dragon puissant et méchant. Que Votre Majesté doive faire attention à votre beau-frère. Celui-ci cultivait en secret l’ambition de monter sur le trône.

- En vérité, je pense comme vous depuis quelque temps déjà, dit le Roi.

L’obsession de trahison de Kân devenait un sujet de causerie à la cour. Après entendu ce présage, le Roi voulut tout de suite mettre à mort Kân, sinon il ne pourra plus passer une seule nuit tranquille sur son oreiller. Comment faut-il le faire ? : En tant que Roi, je ne pourrais tout de même pas tuer un homme innocent. En outre, tuer un homme tel que Kân qui possède actuellement une réputation de savant, c’est nuire en ma personne à toute la catégorie des grands rois de bien.  Au-delà de sa réputation, Kân est le frère cadet de ma première dame et l’oncle du prince héritier, mon fils. Le mieux serait donc d’agir par ruse. Sa mort devrait être vue par tout le monde comme un accident.

Soudain, une idée vint à son esprit : Il faut que Kân meure de noyade, parce que ce dernier aime bien nager. Une partie de pêche serait une bonne affaire pour camoufler l'assassinat de Kân. Le stratagème consiste à demander Kân de plonger dans l'eau pour détacher l’épervier coincé au fond du marais. Une fois, il serait dans l'eau, il faut faire en sorte qu’il ne remonte plus. Le Roi se montra très satisfait de son plan. Il donna une chiquenaude et révéla son stratagème à ses conseillers. Ces derniers l’approuvèrent immédiatement. La première dame était au courant de ce conciliabule. Elle en déduisit que la discussion était grave. Elle décida de se cacher dans une chambre jouxtée du cabinet privé du roi pour écouter la conversation. Elle retint sa respiration et se glissa sous une table couverte de natte. De là, elle entendit presque tous les propos du roi sur son frère.

Le jour même, le Roi ordonna au chef des services d’information d'avertir tous les fonctionnaires du palais qu'ils sont invités demain matin une partie de pêche habituelle et que chacun viendra avec son propre épervier.

Le lendemain matin, le Roi monta à bord de son bateau amiral pour aller pêcher, suivi de toute sa Cour. Le bruit de la musique et des tambours emplissait le ciel quand on accompagna le cortège royal à son départ de la capitale jusqu’au lieu de pêche. Arrivé à un endroit idéal, le Roi ordonna à tout le monde de préparer à déjeuner dans une forêt inondée. L'ambiance était de fête. Tout le monde était gai, sauf la première dame. Elle cherchait tous les moyens pour informer son frère de la situation pressante dans laquelle il se trouve. Pendant que les membres de sa suite se préoccupèrent à préparer le déjeuner, Késar Bopha fit un paquet de repas avec la feuille de bananier dans lequel elle cacha une lettre et fit aussitôt porter à son frère par sa servante fidèle. Quand Kân avait reçu le paquet, il se disait qu'il n'est pas dans l'habitude de sa soeur de lui apporter le repas dans un paquet de feuille de bananier, elle le faisait toujours dans un plateau. Il y ait donc quelque chose de secret dans ce paquet. Il l'ouvrit discrètement et aperçut une lettre dans laquelle sa sœur lui informe dans le terme suivant : le roi veut te tuer aujourd'hui. Quand Kân eut achevé de lire, il eut peur et il se dit : Je n'ai jamais fait de mal à personne et je n'ai aucune intention de trahir le roi, pourquoi, il avait intention de me tuer.

Après midi, quand il faisait moins chaud, la partie de pêche commença. Chacun chercha un endroit pour lancer son épervier pour attraper les poissons. Le Roi participa à cette pêche. Quelque instance plus tard, le Roi fut informé qu'il y eut un endroit où il y avait beaucoup de poissons. Ayant appris ceci, le Roi ordonna aux rameurs de sa pirogue d'y aller avec les membres de sa suite. Arrivé à cet endroit, il lança immédiatement son épervier dans l'eau et ensuite il feignit de ne pas pouvoir le tirer hors de l’eau. Le Roi dit à Kân que le filet de son épervier est coincé et lui demanda de plonger dans l’eau pour le détacher. Ce dernier exécuta l'ordre royal avec toutes les précautions pour éviter le piège mortel du roi.  Une fois dans l'eau, Kân chercha plutôt à se sauver que d’aller détacher le filet. Cette décision lui permit de s'échapper aux centaines d’éperviers lancés sur lui. Heureusement, Kân était un bon nageur. En outre, les complices du roi avaient mal choisi l'endroit où l'eau était profonde et il y avait beaucoup de plantes aquatiques qui empêchent les éperviers d'atteindre le fond de l'eau. Cela permit à Kân de nager sous les filets pour s'échapper au piège mortel du Roi. À une bonne distance du cercle de pirogues, Kân avait besoin de remonter de l'eau pour respirer. Le sort n’a pas voulu qu’il mourût, car au moment où sa tête sortit de l'eau, il y avait des centaines de canards sauvages qui descendaient dans l'eau. Cela empêchait le roi et sa suite de voir Kân. Cette chance permit à Kân de nager jusqu’à la berge. Telle est la façon dont Kân parvint à s’échapper. Le Roi et sa suite cherchèrent par tous les moyens le corps de Kân, mais ce fut en vain. Le Roi dit à ses conseillers : Nous avons sans doute sous-estimé sa capacité. Désormais, il faut que nous attendions sa vengeance. La cupidité et l’avidité de son cœur sont maintenant sans limite ». Le Roi se sentait grandement inquiet pour l’avenir du Royaume.  

Mais, les deux généraux, Ponhea Yomreach et Ponhea Vongsa Angreach s’empressèrent d’en tranquilliser le Roi. Ils ordonnèrent aux soldats de fouiller dans les environs du marais pour trouver Kân, vivant ou mort, mais ce fut en vain.

On appelait l'endroit où Kân s'échappa du piège mortel du roi, Bang Tea (le marais de canard). Plus tard ce nom se transformait en Bang Tortea, ensuite en Bang Tortaug. On dit dans des mémoires de ce temps-là que Kân était sauvé par le dragon et les canards sauvages.

Affligé d’autant plus qu’il était innocent, Kân se résigna à son sort. Il sortit du marais, s’engagea dans les forêts et ne trouva comme consolation qu’en pleurant sur un destin qu'il eut cru plus juste. Mai une voix l’appelait à présent : « Halte ! Khoun Lahoung Sdach, cessez de fuir, j’ai l’ordre du Roi de vous arrêter ». Kân tressaillit à ce nom, retourna la tête pour dévisager l’arrivant et s’aperçut qu’il n’avait affaire qu’à un soldat qui se trouvait à une bonne distance de lui, sans laisser le temps au dernier de terminer sa phrase, Kân se mit à courir pour se cacher dans la forêt. Ensuite, il se trayait un chemin sous un tunnel de branches et de tronc d’arbres. Un silence étonnant régnait dans la jungle éclairée par la lumière de la lune. Il s’arrêta et voulut retrouver son calme. Et soudain, il entendit une voix tout près de lui : Il est là-bas, attraper le. Ayant entendu cette voix, il était parti en hâte, puis s’était tout bonnement percuté une branche d’arbre et tombé sur les fesses. Deux soldats surgirent devant lui. Le premier tira son sabre de sa ceinture et pointé vers Kân, mais curieusement, alors que le monde aurait dû se figer comme une photo, il discernait le dragon sur la tête de Kân et sa gorge libéra un cri effroyable : Dragon ! dragon à deux têtes ! Une peur animale l’envahissait, il lâcha son sabre de sa main et s’enfuit. Kân fit un bond pour ramasser le sabre du fuyard puis une pirouette et atterrit à un pas de l’autre soldat, le sabre au poing, il l’embrocha. Ensuite, il parvint la nuit même à se rendre jusqu’à la pagode du vénérable Satha. Il attendit l’aurore pour se glisser discrètement à l'intérieur de la maison de son maître. Ce dernier fut très content de la visite de son disciple. Kân lui avait raconté tous ses malheurs. Ayant entendu les paroles de son disciple, le vénérable Satha lui répondit : « Tu ne peux pas rester ici mon enfant, tu vas vers l’est. Là-bas, tu trouveras ton puissant protecteur divin et après 3 ans, tu deviendras un homme respectable ». Kân quitta son maître sur le champ. Il marcha droit vers l’est, traversa forêts et rivières, le visage tordu par la haine. Il laissa derrière lui ses parents et sa soeur. Il nourrissait quand même un certain espoir. Il pensait que si la prédiction de son maître se réalise, il rencontra certainement des gens de bien. Et avec eux, il parviendrait peut-être à vivre sans peur être anéantis par l'injustice du roi, égarée après des intrigues de la Cour.      

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 07:39

 Je commence cet essai en me posant des questions suivantes : Quelles sont nos pensées sur le nationalisme khmer ?

Parlons d’abords du nationalisme. Selon Ernest Gellner, professeur d’anthropologie sociale à l’université de Cambridge définit le nationalisme ceci : « Le nationalisme est essentiellement un principe politique, qui affirme que l’unité politique et l’unité nationale doivent être congruentes. C’est en fonction de ce principe que la nationalisme en tant que sentiment ou mouvement peut mieux être défini. Le sentiment nationaliste est le sentiment de colère que suscite la violation de ce principe ou le sentiment de satisfaction que procure sa réalisation. Un mouvement nationaliste est un mouvement animé par un tel sentiment ».

Dans l’esprit de beaucoup des Khmers, la gloire de la période angkorienne, nous donne tous les droits de penser que notre pays reste toujours un grand pays. Rappelons-nous bien que cette Nation s’est construite dans un processus d’évolutions longues et complexes, Comme Ernest Renan disait qu’une Nation est construit aussi bien par des vivants et des morts. La Nation khmère, en effet, depuis Fou-Nan à Tchen-La, de Tchen-La à Norkor Thom et de Norkor Thom au Kampuchéa d’hier et d’aujourd’hui, avait évolué, elle évolue encore d’aujourd’hui et demain, elle continuera à évoluer sur la base du progrès et d’amélioration, c’est-à-dire sur le mélange entre d’anciens et de nouveau. Après vingt et un siècle d’évolutions, nous faisons un constat amère : Nous ne sommes plus un grand pays, malgré l’existence du temple d’Angkor. Mais il est curieux de savoir ce qui reste du nationalisme khmer après des siècles de décadence.

Parlons du nationalisme, il est impératif de savoir préalablement qu’est-ce qu’une Nation ? Nous aurions sans doute autant de définition, chaque régime et pouvoir politique aient sa propre définition. Et pour éviter de rentrer dans ces détailles sans fin, nous ne donnons ici que la définition qui a une valeur universel commun.

Ernest Renan écrit ceci : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’Homme, messieurs, ne s’improvise pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale ». Une meilleure nation est celle où les hommes passent leur vie dans l’union et où les lois demeurent inviolées.  Mais quelle est la fin de la nation ? C’est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’elle se conserve et prospère ? C’est la paix dans le progrès social.

 

Le nationalisme khmer justifié par gloire et la douleur :

La Nation khmère est une vieille nation. Elle a son histoire dans laquelle, il y avait la gloire et la souffrance en commun d’un peuple. Le temple d’Angkor et les autres sont la fierté nationale. La joie de contempler les temples khmers partout où ils sont, est une réalité, une vérité éternelle dans le cœur des Cambodgiens. Quand il s’agit de l’émotion, nous ne pouvons pas trahir la nature de l’homme. Mais dans l’histoire des Khmers, il y avait aussi des douleurs à raconter : La guerre civile, les agressions étrangères, la décadence, etc.

Cette joie et ces douleurs renforcent les liens entre les Cambodgiens. Elles font naître le nationalisme khmer. Renan dit aussi : « Avoir souffert ensemble ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort en commun ».

 

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Ce sujet de discussion est cher au feu professeur Keng Vannsak, sociologue et linguiste khmer. Sa thèse était en opposition avec celle des savants français. S. Lévi, savant Français, écrit ceci :

« L’inde donne ses fables à ses voisins qui vont les enseigner au monde entier. Mère de la foi et de la philosophie, elle donne aux trois quarts de l’Asie un dieu, une religion, une doctrine, un art. Elle porte sa langue sacrée, sa littérature, ses institutions dans l’Insulinde jusqu’aux limites du monde connu et de là rebondit vers Madagascar, peut-être à la côte d’Afrique où l’afflux présent des émigrants hindous semble suivre les traces obscurcie du passé ».

Les points de discordes de Keng Vannsak avec des savants français ne sont pas sur le mot « influence », c’est-à-dire l’influence de la culture indienne sur celle des Khmers, mais plutôt sur le mot « absence », c’est-à-dire l’absence de la culture d’origine khmère. Quand un peuple a sa propre culture d’origine forte, il ne peut pas y avoir eu une influence d’une autre culture sur la sienne, mais plutôt un choix délibéré de sa part pour innover sa culture. Pour lui, les exemples ne manquent pas pour démonter que cette rénovation existe réellement, elle connue sous le nom de « nationalisation ».

Keng Vannask rajoute : « Ce n’est nullement une faute pour les civilisations pourtant très grandes, que d’emprunter des thèmes communs à d’autres civilisations. Les littératures des peuples reflètent et facilitent les interférences entre les courants de civilisation. Mais l’essentiel n’est justement pas ces emprunts qui, pour être compris et acceptés par tout le peuple, doivent être avant tout, assimilés et remodelés par une « nationalisation » longue, profonde et sans cesse renouvelée ».

Ainsi le RAMAYANA indien s’est transformé en REAMKER khmer. Et si le titre de l’ouvrage, les personnages et les lieux de l’action conservent encore des noms vaguement indiens, le contenu par contre, diffère complètement de l’œuvre de VALMIKI.

Vis-à-vis de la littérature bouddhique, la transformation n’est pas aussi radicale. Néanmoins, certains Jatakas ne sont acceptés et retenus que parce qu’ils ont reçu une forme et un fond conformes à l’Esthétique et l’Idéologie khmères.

Pareil remodelage constitue une forme de Khmérisation dans l’Art que dans la langue, cette khmérisation s’effectue selon les deux principales tendances de la civilisation khmère à savoir : Le Réalisme et le Rationalisme. Ce sont justement ces deux tendances qui ont procédé à l’humanisation du Dieu Rama et donné une forme systématique de « thèse » au Reamker.

Mais le Réalisme khmer ne consiste pas simplement à ramener le Divin à l’humain, le sublime à l’ordinaire, le merveilleux au réel. Il constitue également un moyen d’action. L’efficacité n’est pas fonction du Métaphysique, mais du Pragmatique fondé sur une « connaissance exacte et prudente de l’être et de « l’utile ».

À partir 1970, ce débat fit florès parce que le professeur Keng Vannsak n’avait plus la barrière politique pour augmenter le son de sa voix pour critiquer les savants étrangers de toute taille, bien sûr dans le domaine de la culture khmère. Mais son seul défaut, c’est qu’il n’ait jamais publié des articles sur ce sujet ; j’ai dit publier, parce qu’il est fort probable qu’il en ait écrit beaucoup. La publication avec parcimonie de ses œuvres fait défaut à ses partisans, parce qu’à chaque fois, ils devaient affronter sur ce sujet avec leurs opposants, il est difficile pour eux de faire une référence aux idées précises de leur Gourou. En tout cas, M. Keng Vannsak était un grand patriotiste et nationaliste convaincu. Malgré ses défauts comme tout être humain, il représente pour la jeunesse de ma génération, un symbole de « contestataire des diktats de Pouvoir de toutes ses formes ». Dans l’esprit de beaucoup, il est le Savant des Khmers. De son vivant, la Radio Free Asie (RFA) a pu enregistrer beaucoup d’heures d’entretien avec lui. La thèse de Keng Vannsak constitue une forme de « Nationalisme khmer » dans le domaine de la Culture.

Parlons un peu plus sur notre Nationalisme culturel. Yvonne Bonger écrit dans son livre (la monarchie cambodgienne) ceci :

« Le Cambodge angkorienne, tel qu’il nous est connu par l’épigraphie apparaît comme un pays profondément indianisé, au moins au niveau des classes dirigeantes ».

 

Mon point de vue : Nous savons que la pénétration (au milieu du IVe) des grandes religions indiennes au Cambodge, Hindouisme avec deux divinités « antagonistes » Visnou et surtout çiva et Bouddhisme Mahayana (du grand véhicule) avec Boddhisattvas (candidat à la dignité de Bouddha), modèle et intercesseurs, ont sans doute une forte influence dans la pensée khmère. Cette importance ne vient pas détruire l’armature de la société khmère mais elle compléter au contraire des parties manquantes, lesquelles sont : la science du gouvernement et la pensée philosophique qui sont deux éléments importants pour le progrès d’une nation. L’accouplement de deux systèmes de société fait naître sans aucun doute l’embryon de la civilisation khmère. Étant en stade de matérialisation, notre culture s’imbibe facilement de la pensée indienne qui est en période du développement expansif. Cette conjonction fructueuse crée un climat de confiance et d’intérêts réciproque entre le pouvoir autochtone et les Brahmanes venant avec les commerçants hindous pour professer l’art de gouverner aux monarques khmers. Pour être en bon terme avec l’autorité locale qui est déjà en puissance, les Brahmanes se voient obliger de faire une entorse à leur système de caste, de reconnaître une certaine valeur de la culture aborigène et de fermer les yeux aux certaines pratiques des rois d’Angkor. Ils s’attellent donc à la politique d’assimilation de leur croyance à la culture utilitaire du pays. Cette politique séduit davantage des rois khmers et leur Cour parce qu’ils ne voient pas dans l’Hindouisme comme une menace directe à leur pouvoir temporel, mais d’aider au contraire à devenir les monarques éternels. Ils acceptent facilement, en effet, de se convertir en néophytes de cette religion et la transforment en suite en doctrine gouvernementale de leur Royaume impérial.

À part les vestiges des temples prestigieux qui parent aujourd’hui le Kampuchéa, nous ne voyons pas la trace des castes d’hindouisme dans la société khmère. Au premier vu et su de l’histoire khmère, nous savons gré que nos rois d’Angkor ont bien fait de supprimer décemment les frontières sociales entre les Khmers pour rendre plus humain notre société au moment de la transplantation de l’Hindouisme dans notre foi.

La loi d’Hindouisme est absente dans la vie quotidienne des Khmers, parce qu’elle régit plutôt par des lois khmères. Voici une des exemples : Les « Paroles des Sages » :

« - Riches, aidez les pauvres, comme ils vous aident tels des morceaux d’étoffes autour d’un corps nu.

«  - Savants, protégez les ignorants, comme ils vous protègent tels des sampans au secours d’un grand vaisseau naufragé.

«  - Puissants, veuillez aussi sur les faibles,

«  - Repus, donnez à manger aux affamés,

« - Bienheureux, pensez aux déshérités, tels des ancres, des voiles et des amarres qui aident les grands navires que vous êtes, à ne pas sombrer au fond de l’Océan de la vie agité sans cesse par des tempêtes… ».

Nous le savons qu’un changement culturel constitue très souvent une expérience très douloureuse, et de plus, parce que des cultures rivales entraient en conflit pour la captation des âmes, tout comme il y avait des centres de pouvoir politique qui rivalisaient pour suborner les hommes et s’emparer de leur territoire et pendant la période de transition devait être soumise aux violences et aux conflits. Or l’on constate qu’il y n’avait ni violences, ni conflits dans la conjonction entre la culture d’origine khmère et celle d’indienne. La réalité des faits historiques le confirme.

Ceci pour nous démontrer que la Nation khmère n’avait pas eu peur dans le passé d’avoir de contact avec une civilisation d’hindouisme, une des puissances dans le monde. Cette assurance fait naître au contraire le nationalisme khmer.

 

Le nationalisme khmer justifié par la peur :

Deux mémoires politiques célèbres, « la mentalité khmère » de Bun Chan Mol et « la marche vers l’Ouest » de Noun Kheun, nous interpellent aujourd’hui. Le premier, écrit en 1970, invite ses concitoyens à abandonner la pratique maléfique khmère : l’égoïsme. Le second, écrit en 1971, nous montre qu’il y ait un danger pour notre pays, venant des pays voisins, la Thaïlande et le Vietnam, si le Cambodge ne réussissait pas à concrétiser une démocratie libérale dans notre système de gouvernement. Ces deux appels pathétiques me font penser à une maxime khmère, dans laquelle nos ancêtres avaient voulu rappeler le « mal khmer », dont le but n’est pas d’humilier le peuple khmer, mais de lui donner la possibilité d’en tirer des leçons, se réformer, s’améliorer et éviter, pour le pays, des lendemains qui déchantent. Cette maxime est ceci :

-          les Thaïlandais n’abandonnent jamais la méthode,

-          les Vietnamiens n’abandonnent jamais l’hypocrisie,

-          les Khmers misérables n’abandonnent jamais la diffamation.

Quand le pays est dans le malheur, M. Douc Rasy, un intellectuel khmer, écrit ceci : « Il ne reste pour ainsi dire que l’amour de la patrie et un sentiment d’appartenance à une même communauté. C’est à la fois peu, et en même temps beaucoup à condition que nous sachions les mettre en valeur. Si d’un sentiment diffus, nous parvenons à faire une raison de vivre, alors, nous pourrons mobiliser toutes les forces dont nous disposons à son service. La raison va concrétiser l’espérance du futur ».

La raison, dans la situation de faiblesse, ne devrait pas être fondée sur la peur des autres, mais plutôt sur la confiance en soi.

Depuis j’ai l’âge de raison, j’ai entendu et j’entends toujours que le Vietnam et la Thaïlande ont volé et volent encore les terres khmères. Je me pose donc la question qu’avons nous fait pour qu’ils puissent nous voler comme ça ? L’on me dit que les causes sont multiples : les guerres civiles, l’incapacité des dirigeants, la monarchie absolue, la colonisation française, Bouddhisme, etc. Je me pose encore une autre question : Est-ce que le Vietnam et la Thaïlande n’avaient-ils pas ces problèmes ? Cette question est taboue vu le concept du nationalisme khmer fondé sur la peur des autres, mais paradoxalement à chaque fois que nous avions des problèmes entre nous, nous n’avions pas hésité de demander l’aide des autres. C’est dans cet état d’esprit confus, que le Kampuchéa a, aussi, perdu son Empire.

Il faut bien savoir que la décadence de la nation khmère depuis le XIIIe siècle ne fut pas seulement militaire ; ce fut celle de l’esprit, de l’idéologie nationaliste et enfin celle de toute une organisation économique, culturelle et politique. Cette décadence est si profonde jusqu’aujourd’hui encore ses causes et conséquences sont rarement pleinement analysées, réduites à des faits cités ci-dessus. Comment cette décadence est-elle pensée ?

Aujourd’hui avec l’unification des trois Ky (Tonkin, l’Annam et la Cochinchine) et l’émergence de la société industrielle en Thaïlande auraient pour conséquence de permettre aux deux pays de dominer économiquement le Kampuchéa et, parfois à leurs populations d’avoir le sentiment d’être supérieur à la population khmère.   

Devant cette réalité, la peur des Vietnamiens et des thaïlandais devienne notre obsession de tous les temps. Nos discussions tournent autour de ce sujet. Il devient un sujet majeur pour les intellectuels khmers. Quand on les pose la question : Que faire ? La réponse est si simple à comprendre : Demander l’aide à l’ONU et les pays puissants, etc. Mais où sont les Khmers dans ces débats ? Ils ne pourraient rien faire. Mais sont-ils des électeurs ? Ils ont donné leur voix au PPC (2/3 de sièges à l’Assemblée nationale) pour gouverner le Kampuchéa en toute liberté. Non, non, c’était de la tricherie. Le PPC a acheté les voix et a menacé de représaille. Mais on n’hésite non plus à valider, en temps et en heure, les résultats des élections, pour siéger à l’Assemblée Nationale. On me dit aussi, Il faut prendre le temps pour apprendre aux Khmers à connaître leurs droits et leurs devoirs en tant que citoyens. On n’oublie toujours que les Khmers d’aujourd’hui connaissent mieux que quiconque ses droits, car à chaque fois qu’il y ait une spoliation de leurs terres et autres violations à caractère des droits de l’Homme, je constate qu’ils sachent se battre pour défendre leurs droits. Bien sûr, ils n’ont pas gagné le gain cause, parce que leurs moyens utilisés sont illusoires par rapport à la puissance du pouvoir économique et administratif. Mais cela est une autre affaire. Je pense qu’il ne faille plus avoir de doute sur la capacité des Khmers à comprendre le fonctionnement de la liberté publique, dont les droits et les devoirs des citoyens font principes. Quand le PPC gagnait des élections, il ne fallait pas toujours croire qu’il ait triché, il fallait aussi que les Démocrates khmers se posent la question, pourquoi ils auraient accepté cette situation. Quand l’on cède sur des principes fondamentaux de la démocratie comme ceux des élections, il ne fallait pas étonner qu’il y ait  de dérapage du régime actuel vers l’hégémonie politique. C’est là le bât blesse, les Démocrates puissent critiquer le parti au pouvoir tout ce qu’ils veulent, mais quand il s’agit du « Fondamental », ils tournent le dos pour éviter de le voir. Dans ce cas là, comment puissent-ils être crédible vis-à-vis des électeurs ?   Cette acceptation n’est-elle pas aussi une preuve de manque de soutien confortable de la masse populaire, afin qu’ils puissent défendre avec détermination la démocratie.

Les Démocrates suscitent la peur des autres pour justifier leur nationalisme. Mais quelles sont leur « universel commun » ? M. Dy Kareth, un intellectuel khmer connu, a bien fait de soulever des problèmes de l’unité de pensée des Démocrates khmers comme sujet de débats. Nous n’arrivons pas, en effet, à l’identifier, à l’exception de quelques bases connues :  La peur des autres, la colère contre le parti au pouvoir, le sentiment de satisfaction sur des propos défavorables des pays puissants à l’adresse du gouvernement royal khmer actuel, etc. Ces bases connues constituent-elles un « capital social » sur lequel on assied une idée politique commune ? Bien sûr que non, parce que ces bases-là sont simplement des dénominateurs communs qui servent uniquement à mener ensemble des actions occasionnelles dont les intérêts sont congruents. Mais l’absence de l’unité de pensée sur l’histoire du pays, un passé héroïque des grands hommes, de la gloire, une volonté commune de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis, etc. ne permettrait pas les Démocrates khmers à travailler ensemble sur un projet d’avenir. Il ne faut pas oublier que les Cambodgiens connaissaient le mot « Démocrates khmers » depuis 1947 ; nous sommes aujourd’hui en 2009, plus de six décennies, les Démocrates khmers continuent toujours à quêter leur identité. Actuellement deux partis de l’Opposition parlementaire, qui revendiquent le titre de Démocrate, auront des difficultés à s’accorder leur politique commune. Le PSR, avec plus d’un million de voix et PDH, avec 400.000 voix, aux dernières élections législatives, chacun espérait toujours de gagner en solo à la prochaine compétition. Il me semble que leur volonté de travailler ensemble susciterait davantage la crainte, la coercition, la contrainte, l’intérêt, que la formation d’une force nouvelle pour faire développer la démocratie au Cambodge. La peur des autres serait-elle un facteur de désunion ? Voilà une question importante qui mérite d’être discutée.

M. Noun Kheun écrit ceci : « Le nationalisme ne serait pas seulement le sentiment de l’amour de la patrie, il serait aussi un mouvement pour revaloriser l’idéologie nationale et toute autre valeur qui favorise la réalisation du développement de la force nationale dans le domaine politique et économique. Dans cet objectif, notre premier devoir est de renforcer notre nationalisme, lequel constituera la fondation solide de notre nation. Cette fondation pourra transformer en idéologie nationale efficace. Autrement dit, pour que le mot « nationalisme » soit dans son vrai sens, il faut que tous les éléments cités ci-dessus soient réunis. En outre, le développement du nationalisme dépendra celui de la démocratie qui permettra au peuple de participer dans les affaires de l’Etat. Cela renforcera la justice sociale. S’il n’y avait pas de « devoirs », il n’aura jamais le nationalisme. Dans cette condition, le son du mot  « amour de la patrie » se ressemble plutôt au son venant d’un tambour caché, auquel personne n’attache aucune importance ».

Le Cambodge était une grande nation. Aujourd’hui par sa taille et le nombre de sa population, il devient un petit pays par rapport au Vietnam et la Thaïlande. L’on sait qu’une grande partie de ses territoires ont été annexés par ces deux pays et un grand nombre des Khmers vivant dans ces territoires sont devenus des nationalistes irrédentistes pour défendre leur culture, mais ils ne revendiquent pas l’autonomie des terres de leurs ancêtres. Cela prouve bien que le processus d’intégration des « Khmers externes du territoire national » dans la société politique du Vietnam et de la Thaïlande soit bien terminé. En outre, l’amputation des territoires khmers pendant la période du protectorat français a été reconnue aussi par le gouvernement khmer et par la loi internationale. Aujourd’hui, iIl y a beaucoup des Khmers qui s’interrogent encore sur la politique d’expansionnisme du Vietnam et de la Thaïlande : Ce qu’elle était hier, ce qu’elle est aujourd’hui, et ce qu’elle sera demain. Parce qu’il pensent que ces deux pays ne craindraient pas d’usurper leurs droits sur les territoires khmers, s’ils avaient l’occasion d’y faire. C’est pour cette raison, la Nation khmère ait besoin plus que jamais de susciter le « nationalisme khmer » fondé sur la force et l’idéologie nationale. Les deux constituent la fondation de la nation khmère.

Il faudrait faire attention que le nationalisme ne soit pas une invention idéologique pour servir une doctrine politique fondée sur la prééminence de la nation et le racisme comme le cas du National-Socialisme d’Adolf Hitler.

Qu’est ce que c’est la force nationale khmère ? La force nationale n’est pas, ni une force d’agression des pays voisins, ni une force d’oppression de la population, elle serait une force de la cohésion sociale et de l’unité nationale.

Qu’est ce que c’est l’idéologie nationale khmère ?  L’idéologie khmère repose sur le principe du « Réalisme » : La paix, l’indépendance nationale, l’intégralité territoriale, la démocratie libérale et le Bouddhisme.

Enfin, la force et l’idéologie nationale cherchent à donner à la population, un sens, une unité et un repère. L’être du peuple fonde la Nation. Je suis conscient en écrivant cet essai que le problème de la nation, du nationalisme s’est posé et se pose encore au Cambodge. Au moment où le Cambodge s’ouvre, quand un nouveau type de mondialisation, d’organisation de la région de l’Asie Sud-Est, du monde donc, se met en place, il est important de comprendre comment s’y pense la nation, s’y pose le rapport au nationalisme dont il est soupçonné aujourd’hui d’être fondé sur la peur des autres.   

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 09:51

La minorité cambodgienne de Cochinchine (suite et fin).

Il serait souhaitable, à un autre égard, que fussent élargies ou renforcées, certaines mesures prises à la veille de la guerre, par l’autorité française, notamment celles qui prescrivaient que, dans les villages mixtes, l’élément khmer fût représenté par un nombre de notables proportionnel à son importance, ou encore, celle qui instituait un officier auxiliaire d’état-civil, dans les villages en majorité Cambodgiens. Mais ces mesures ne pourraient devenir pleinement efficaces, que si les notables ainsi désignés, prenaient rang, sous certaines conditions et selon l’importance numérique de la minorité, parmi les plus considérables des membres du conseil communal.

Il est important aussi, que l’élément cambodgien ait la place qui lui revient, dans tous les corps élus, à quelque échelon qu’ils soient institués. On avait proposé, il y a une vingtaine d’années, que des cantons autonomes, relevant directement de l’autorité supérieure, fussent organisés, là où la minorité se présente en formations suffisamment compactes pour justifier cette mesure. Mais on peut concevoir aussi que la désignation de chefs de cantons khmers soit déclarée obligatoire, dans les régions où le groupe ethnique est prépondérant, avec des sous-chefs de cantons, là où il ne détient pas la majorité. De toute manière, il est nécessaire que les Cambodgiens relèvent de fonctionnaires ou de conseillers parlant leur langue et que, dans les concours administratifs, un certain nombre de places soient réservées aux candidats aux fonctions publiques, avec à titre provisoire, des conditions spéciales. Il paraît indispensable que la langue cambodgienne soit officiellement administrative. Enfin, on ne peut que souhaiter le développement du bureau des affaires cambodgiennes, qui avait été créé à la veille de la guerre, auprès du cabinet du Gouverneur.

Les Cambodgiens sont appelés à prendre une certaine importance numérique en Cochinchine. Loin d’être en recul, leur nombre s’accroît à chaque recensement. En 1888, ils étaient 150 000 sur 1 600 000 habitants. En 1925, ils étaient devenus 300 000. A la veille de la guerre, on en comptait environ 350 000, sur une population globale de moins de cinq millions d’habitants. Leurs relations avec les Chinois sont excellentes, et l’on compte de nombreux métis sino-cambodgiens qui, fait remarquable, adoptent volontiers les coutumes de la mère, ce qui est rarement le cas pour les métis sino-annamites. Les Khmers de Cochinchine entretiennent généralement avec les Annamites des relations dénuées de sympathie. Ceux-ci les appellent avec condescendance, des Thô, c’est-à-dire les « hommes de la terre », mais ils rendent mépris pour mépris, en traitant les autres de Yun, du sanscrit yavana, c’est-à-dire de « Barbares du Nord ». Il est certain que ces inimités, fondées sur des incompatibilités de mœurs, de langue, de religion et aussi, sur toute l’amertume d’anciennes dépossessions, ont pour effet, d’entretenir un état de friction latente, préjudiciable à la paix sociale, et qui réclame le contrôle d’un arbitre.

À cet égard, la Cochinchine apparaît par excellence, comme une terre fédérale, où la France pitoyable aux faibles et généreuse envers des sujets loyaux, doit faire prévaloir des solutions de justice et rétablir l’équilibre que tend à détruire dans le monde, la triviale sélection des plus forts. Il lui appartient d’attribuer à la minorité cambodgienne du Bas-Mékong, un statut politique qui n’a jamais encore été clairement défini, à sauvegarder ses droits par des mesures administratives, à maintenir son originalité culturelle, à protéger surtout sa fortune immobilière, patrimoine qui s’amenuise un peu tous les jours, par l’effet incroyable abus. J’ajoute que notre pays ne saurait se désintéresser non plus, de la Cochinchine s’est traditionnellement appuyée sur le Bouddhisme du Sud, tandis que l’Annam adoptait le Bouddhisme du Nord. Il reste à la France, vieille nation chrétienne et libérale, devenue par l’Afrique, une métropole musulmane, à devenir pour l’Asie du Sud-Est, une métropole bouddhique. Ce n’est plus un secret, que le Japon avait tenté d’organiser à son profit, les sectes du Bouddhisme en Indochine, et que le Siam poursuivait depuis longtemps au Cambodge, les mêmes fins, pour des raisons d’expansion territoriale. Les bonzes cambodgiens de Cochinchine se trouvent placés dans le rayonnement de l’Institut bouddhique de Phnom-Penh, ayant aussi des attaches au Laos ; institution de caractère fédéral, dont le développement est souhaitable et l’importance ne saurait être sous-estimée.

Je voudrais en terminant, attirer votre attention, sur quelques égards dus à ces populations, quand l’on se trouve appelé à circuler dans leurs villages. Il est bon, quand on pénètre dans une pagode, où l’on est reçu toujours, dès le seuil, par quelques bonzillons ou quelques moines de seconde importance, de demander à saluer le chef du monastère, qui est souvent un respectable vieillard. Si c’est l’heure du repas ou s’il repose, il est courtois de ne pas insister. Les Cambodgiens sont toujours sensibles aux égards que l’on a pour leur clergé, ou pour les achars si l’on a quelque question à traiter qui intéresse la pagode. L’on vous offrira du thé ou de l’eau de coco. Acceptez-les, même si la tasse est crasseuse ou si vous n’avez pas soif, car ce don émane toujours d’un cœur ouvert. Asseyez-vous sur la natte, où le supérieur vous convie. On fera, autour de vous, un cercle respectueux. Enquerrez-vous des besoins locaux, de l’état de récoltes, de la santé du bétail, de la fréquentation des enfants à l’école de la pagode. Ne manquez pas de faire une visite au bonze-instituteur. Distribuez des bonbons ou des images. Ayez un propos aimable pour les vieillards. Soyez jovial à l’occasion. J’ai pu obtenir des renseignements qui m’ont conduit à d’importantes trouvailles archéologiques, simplement en distribuant des boîtes allumettes, des bâtonnets d’encens, ou encore, en versant quelques gouttes de collyre, dans des yeux d’enfants atteints de conjonctivite. Ne soyez jamais impatients, ni trop pressés, et n’offrez jamais d’argent à des bonzes. La règle leur interdit de l’accepter. Si vous êtes cependant, dans la nécessité de le faire, usez de l’intermédiaire d’un laïc, achar ou autre, en spécifiant toujours, qu’il s’agit d’une contribution de votre part ou de l’administration, à l’entretien du sanctuaire ou au développement de l’école.

Si vous devez séjourner dans la pagode ou y établir un cantonnement, prescrivez à vos hommes de ne pas être trop bruyants, surtout au moment des offices. Même si le terrain est très vaste, faites établir hors de l’enceinte, les constructions provisoires qui devront répondre aux besoins de la vie matérielle. Veillez surtout à ce qu’aucun animal bœuf, porc ou même poulet, ne soit sacrifié dans cet enclos, où la vie animale est sacrée, à l’égal de l’existence humaine. Ces quelques précautions suffisent ordinairement à s’assurer la sympathie de populations qui ne demandent qu’à être fidèles. Beaucoup de ces remarques sont valables, dans les pays annamites, et il faut bien peu de manifestations de bienveillance, pour réussir la conquête des cœurs.

Par leur remarquable tenue morale, les Cambodgiens de Cochinchine ont gagné notre estime et mérité la sollicitude que la communauté française se doit de témoigner à ceux qui, ayant souffert dans leur personnalité nationale, ont compris que l’avenir de leur pays ne pouvait se concevoir que dans un ensemble assez vaste, pour apaiser des frictions et faire éclore de communes aspirations. Si j’ai accepté ce soir, de vous entretenir de cette minorité, si digne d’être préservée d’une assimilation inéluctable, c’est sans doute qu’il m’a plus d’être ici, l’avocat des faibles. C’est aussi parce que la Cochinchine est un pays chargé d’histoire, où il est juste que survivent les descendants authentiques des bâtisseurs d’Angkor. Et puis, qu’il me soit permis de plaider aussi, la cause de ceux qui pensent que l’universalisme ne suffit pas à tout. Ce qui faisait pour le voyageur et l’artiste, la séduction et la variété du monde, est en train de s’abîmer dans une effroyable uniformité d’habitudes. Il semble que sous la terrible contrainte des lois industrielles, il n’y ait plus place pour la charmante originalité des coutumes, où les peuples manifestaient leur génie. Mais la France est une vieille nation d’équilibre et de raison. Sa pensée mûrie par des siècles de réflexion claire, dispose d’un clavier riche de nuances et de demi-tons, où s’exprime toute la complexité de la nature humaine. Aux conceptions simplistes et confuses des tard-venus dans la voie de la civilisation, elle ne cessera d’opposer avec sang-froid la notion de la diversité du réel. Il lui appartient, dans un monde nouveau, de promouvoir un esprit nouveau, fondé non plus sur des simplifications égalitaires, mais sur des considérations de justice proportionnelle et sur le droit de toutes les nations à l’existence, double espoir dans lequel il nous plaît de reconnaître et de saluer une revendication d’humanité.

Louis MALLERET.

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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 10:12

En 1478, à l'âge de 26 ans, en pleine guerre civile, Thomma Reachea fut sacré roi par ses partisans. Il éleva sa première dame au rang de reine. En 1479, la reine accoucha d'un garçon appelé Ponhea Damkath Reachea.

Cette année, il y eut un tremblement de terre. La secousse durait pendant cinq heures. C’était un phénomène exceptionnel pour le pays.

La victoire de Thomma Reachea en 1485, avec l’aide des Siamois, sur son frère Srey Reachea et son neveu, Srey Soryautey, semblait avoir été l’œuvre du roi siamois. Mais cette victoire avait le parfum du triomphe pour le roi khmer. Aux yeux de ses partisans, il était pleinement stratège, pleinement monarque.

En 1486, son fils aîné, Preah Srey Sokunbât, avait terminé ses études de toutes les branches du savoir du Bouddha. Pour fêter cet évènement exceptionnel, le Roi invita les membres de la famille royale, les hauts dignitaires de la Cour et tous les fonctionnaires de tous les statuts de la capitale à assister à une cérémonie religieuse : Prière, quête aux bols à aumônes, offrande de repas aux moines, transmission de mérite aux défunts, sermon, aspersion des statues de Bouddha, etc.

En 1491, le Roi fit une demande auprès du roi d’Ayuthia pour ramener au pays les cendres des rois défunts, Srey Reachea et Srey Soryautey, pour les mettre dans les stupas royaux. Pour marquer son respect envers leur âme, le Roi décida d’être ordonné moine pendant trois jours.

En 1496, après 19 ans de règne, la première dame du roi, nommée Tep Bopha, a mis au monde, au même moment de l’éclipse, un enfant royal. Les brahmanes et les astrologues du palais suggèrent au roi de donner le nom à ce prince, Ponhea Chanreachea (Prince de la lune royale). Le Roi confia à la dame Va, épouse de Chao Ponhea Yaumreach, d’élever cet enfant. (Il est fort probable que la première dame était morte après l’accouchement).

Pendant son règne, Thomma Reachea fit construire 84 000 stupas. Un jour, le Roi proposa aux membres de sa Cour de prélever une partie de la relique du Bouddha au Vat Phnom pour mettre dans un stupa au sommet du Phnom Santuk, situé dans la commune de Kva, province de Kompong Thom actuel. Son éminence le chef religieux, tous les princes et les hauts dignitaires approuvèrent cette proposition. Après quoi, le Roi ordonna au ministre des travaux publics de mettre sur le pied de campagne des équipes de travaux de centaine         hommes corvéables afin de partir construire : une pagode, un grand stupa, une grande statue du Bouddha, plusieurs petits stupas, des statuettes d’hommes, d’oiseaux mystiques, d’animaux et des statuettes de tous les disciples du Bouddha en or. Le Roi quitta la capitale avec les membres de sa Cour pour superviser lui-même les travaux de construction. Beaucoup d’architectes et d’artisans célèbres ont été amenés par le Souverain pour cette campagne. Le Roi ordonna aux ministres de constituer une équipes de gardiennage, composée de 21 garçons, 21 filles et deux chefs de services. Cette équipe avait comme moyens pour travailler : 21 paires de bœufs avec 21 charrettes, 21 paires de buffles avec 21 charrettes, 21 chevaux, 21 éléphants, 21 rizières. Et depuis lors existait des esclaves du clergé (Pol Preah).

Enfin, le Roi fit une grande fête pour inaugurer ses œuvres magnifiques pendant trois mois. Devant la grande statue du Bouddha, le roi versa de l’eau bénite de sa main droite par terre et jura dans les termes suivants : « Je demande à la statue du Bouddha, les cieux et Preah In (dieu de l’Hindouisme) d’être les témoins oculaires de mes offrandes, une équipe des serviteurs avec tous les moyens nécessaires pour qu’ils servent la religion jusqu’à 5 000 ans ». Pour laisser sa trace, une stèle en pierre, indiquant la date et les évènements de cette construction, fut édifiée au pied de la montagne. Et, lorsque tout fut terminé, le Roi quitta Phnom Santuk pour rentrer avec solennité à la capitale royale pour régner en paix sur son Royaume. Il allait pouvoir jouir d’un bonheur mérité.

Voici le supplétif dans la version du Vat Kompong Tralach :

Sur son chemin de retour, quand le cortège royal passa à proximité de la cité Pichay Baa (il est possible qu’il soit le Vat Norkor dans la province Kompong Cham), le Roi avait bonne envie de la visiter. La visite royale dura quelques heures et après cela, le Roi dit aux membres de sa Cour ceci :

« Le Roi Preah Bat Athepoul Pilir le fondateur de cette cité était sans aucun doute un grand roi. Il a fait construire cette cité magnifique, ornée des coins charmants : Parc, jardins, lacs, étangs de lotus, avec toute la séduction des eaux et des bois. En outre, les monuments, y compris les murailles, entourés de la cité, ont été construits en pierre solide. Cette cité servait pour le roi sa résidence de loisir et de villégiature. Et pourtant, il venait rarement pour profiter de sa cité céleste. Avec une telle construction, je comprends mieux que sa réputation d’être grand roi avec 101 rois vassaux soit bien justifié. Je rends hommage à sa création et à son prestige éternel ».

Un jour, la fille du roi, nommé Preah Ratanak Mirlir avait le désir de sortir se baigner dans le grand fleuve. Celle-ci demanda la permission à son père. Le Roi donna son accord et l’accompagna avec les membres de sa Cour. Au lieu dit Prek Chlaug (Prek = le canal d’irrigation débouchant au fleuve) dans la province Kompong Cham, qui se situe non loin du lieu de baignade royal, il y avait un grand crocodile féroce dont la tête était mesuré de 5 bras. Attiré par les bruits de baigneurs et ayant faim, celui-ci était venu pour chercher sa proie. Aperçut le crocodile, les filles de compagnie de la princesse Milir se précipitèrent à regagner la berge. Dans la panique, elles oublièrent leur maîtresse royale. La rapidité du reptile ne laissait aucune chance à la jolie Mirlir de s’échapper à la mort. Il saisit de sa grande gueule meurtrière le corps souple de la jeune fille et plongea dans l’eau pour retourner dans sa tanière. Le Roi fut en informé immédiatement. Il cria de toute sa force : « Je n’en crois rien ! ». Le capitaine du corps de garde royale cria, ses ordres sur-le-champ à ses soldats de partir rechercher le reptile dans l’eau du fleuve. À ces mots, tous les militaires de tous rangs se précipitèrent à embarquer dans les pirogues rapides de l’armée pour pourchasser le crocodile en fuite. Quelques minutes plus tard, à la vue du reptile, les soldats tirèrent sur son corps pour qu’il lasse la princesse de sa grande gueule. Or, non seulement il ne la lasse pas, il l’avala et replongea dans l’eau trouble du fleuve et disparut. Mais il fut poursuivi par les soldats jusqu’à sa tanière. Un chasseur magicien fut appelé pour aider les soldats à retrouver le crocodile. Celui-ci le pourchassa toute la nuit. Et au petit matin, tout réconforté à la vue de ce crocodile féroce, le chasseur récita des formules magiques et des incantations pour l’endormir et le capturer avec facilité. Le Roi ordonna immédiatement à ses soldats d’éventrer le crocodile et soudain, on aperçut le corps sans vie de la princesse. Vu le cadavre de sa fille, des larmes de tristesse inondèrent le visage du roi. Cependant, on invita les moines à réciter quelques paroles du Bouddha sur « l’impermanence de la vie » pour apaiser l’âme de Milir et celle du roi :

 « Que ce qui est sujet à la vieillesse ne vieillisse pas ; que ce qui est sujet à la maladie ne soit pas malade ;  que ce qui est sujet à la mort ne meure pas ; que ce qui est sujet à la ruine ne tombe pas en ruine ; que ce qui est sujet à passer ne passe pas ; voilà ce que ne peut faire aucun être dans le monde ».

Cette incantation salutaire avait aussi pour but de faire comprendre au roi le vrai sens de la non-possession ; « tout apparaît, tout disparaît ». Ayant entendu ces paroles, le cœur du Roi s’ouvra au bonheur, car il vit dans son esprit le visage brillant, souriant et les yeux magnifiques de sa fille bien aimée.

Ensuite, le Roi appela ses brahmanes à organiser la cérémonie religieuse et l’incinération du corps de la princesse, pendant laquelle, il prononça les vœux pour faciliter l’âme de sa fille d’aller au paradis bouddhique. Un stupa était construit à cet endroit pour mettre les cendres de Milir. À côté de ce stupa royal, il ordonna aux services des travaux publics de construire, au bord du canal, une pagode pour les moines. Il laissa à ce lieu saint pour prendre soin le stupa de sa fille décédé et servir la religion une équipe de 21 garçons, 21 filles avec deux chefs de services, 21 paires de bœufs avec 21 charrettes, 21 paires de buffles avec 21 charrettes, 21 chevaux, 21 éléphants, 21 rizières et beaucoup d’autres objets.

Un jour, emporté par une grande colère, et sans écouter les conseils des grands sages du Royaume, le Roi maudit tous les fonctionnaires, hommes, femmes pour leurs négligences et les prit tous pour responsables de la mort de sa fille : « S’ils marchaient devant la pagode du Prek Chlaug, ils mourraient de malheur ». Redoutant la puissance du maudit royal, tous les fonctionnaires n’osaient plus marcher devant cette pagode.

En 1499, le gouverneur de Pursat, Okgna Sourkir avait offert au roi un grand éléphant blanc. Le Roi distribua les récompenses de quelques pièces d’or et d’autres objets de valeur au chasseur de cet éléphant et accorda aux assistants de ce dernier d’être exempté du service des hommes corvéables du roi.

En 1502, le Roi visita la montagne des « trésors royaux » (Phnom Preah Reach Trâb) dans la province de Samrong Taug. Il ordonna au gouverneur de cette province d’appeler les hommes corvéables pour creuser un étang au pied de cette montagne pour les villageois. Et au cours de cette visite, le Roi fut malade. Il s’enquit de l’origine de sa maladie auprès des astrologues doués de pouvoirs surnaturels et des médecins de la Cour qui, lui suggèrent de retourner immédiatement à la capitale.

En 1504, le Roi mourut à l’âge de 64 ans, après 27 ans de règne. Le lendemain du décès du souverain, les membres de la Cour vinrent s’incliner devant la dépouille royale pour rendre hommage à leur roi défunt.

À la suite du décès du roi, les membres du Conseil de la Couronne invitèrent son fils aîné, Preah Srey Sokunbât, à monter sur le trône. Les brahmanes préparèrent l’ondoiement du nouveau Souverain et l’élevèrent à la dignité du dieu Indra, Souverain du Royaume du Kampuchéa. Des battements de tambour résonnaient sur la place publique pour annoncer ces deux évènements royaux. Tous les princes et les dames d’honneur du palais pleurèrent de tristesse de la mort du Souverain et de joie de l’élection du nouveau Roi. 

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 08:48

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