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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 20:22
Auteur : Louis MALLERET
Cet essai est publié à Saigon dans le bulletin de la société des Etudes Indochinoises au 1er semestre 1946.

La minorité cambodgienne de Cochinchine (suite)

En 1856, nouvelle révolte, suivie de deux autres en 1859 et 1861. Il fallut notre arrivée pour que les Khmers de Cochinchine durement traité par les mandarins et les colons annamites, puissent retrouver le sentiment de la liberté et une protection qui empêcha leur éviction totale du territoire du bas-Mékong. Elle leur permit en outre de conserver une part encore importante de leur patrimoine, déjà fortement entamé par des procédés qui ne s’embarrassaient guère de la précaution du droit.

Les nouveaux venus s’installaient, en effet, sur les territoires du Sud selon leur convenance, et fondaient leurs villages, aux endroits qui répondaient le mieux à leur commodité ou à leurs habitudes. « Les lots de terre étant choisis, écrit un chroniqueur annamite, il suffisait d’en exprimer le désir au mandarin, pour en devenir propriétaire. On ne mesurait pas le terrain, quand on le concédait. On ne prenait pas davantage note de ce qui était de bonne ou de mauvaise nature ». Ce texte définit une méthode d’appropriation, reposant sur simples occupations de fait, dont le principe s’est survécu dans toutes les infiltrations vers le Transbassac.

Mais, le choix des arrivants allait surtout aux régions basses, situées le long des voies d’eau naturelles, et il suffit de jeter les yeux sur une carte au 25 000e, pour constater de nos jours, dans les provinces de Trâ-vinh ou de Sôc-trang, les manifestations de cette préférence. Toutes les agglomérations annamites épousent les sinuosités des racb, c’est-à-dire des cours d’eau, tandis que les villages cambodgiens se répartissent sur les croupes de sable, que l’on appelle des giong, et qui sont probablement, d’anciens cordons littoraux.

Alors que le village annamite concentre ses maisons, parmi des palmiers d’eau, des cocotiers et maigres aréquiers, le Cambodgien indépendant et fier, préfère l’habitat dispersé, dans un paysage de jardins. Le premier construit sa demeure de plain-pied, sauf dans les régions qu’envahissent les débordements des fleuves. Le second accorde sa préférence à l’habitation sur pilotis. Ses maisons s’isolent, parmi des arbres au feuillage touffu, sur des terres plus salubres, où le sol est plus sec, la fièvre bénigne et l’eau plus saine.

Un regard accoutumé aux traits du paysage Cochinchine, reconnaît de loin, ces agglomérations villageoises, à des lignes continues de verdure, limitant l’horizon, que dominent de place en place, des bouquets d’arbres. C’est parfois, mais rarement, le borassus ou palmier à sucre, l’arbre typique des savanes cambodgiennes, parfois le pring, survivant des forêts clairières, surtout le koki, que les Annamites appellent Dau, dont les troncs énormes et droits, se prêtent au creusement des longues pirogues de course, que possède tout village cambodgien.

Les bosquets de koki signalent de loin, les pagodes et survivent comme des témoins, lorsque celles-ci ont cédé la place à quelque temple annamite. Dès l’entrée, l’on est saisi par l’ampleur du terrain, au milieu duquel s’élève le sanctuaire, parmi des avenues et des bassins, avec çà et là, des salles de réunion ou des cellules sur pilotis, pour la méditation des bonzes. Ce sentiment de l’espace, des perspectives et de la verdure, associés à l’habitation humaine, marque ces enceintes sucrées, d’un trait qui distingue des temples annamites et chinois, où les constructions sont presque toujours entassées. L’on se plait alors, à reconnaître, dans cette architecture aérée, le même sens de la distribution des volumes et des lignes dans l’espace, qui dès le premier contact avec Angkor Vat, éveille la notion de l’harmonie et de la grandeur que possédaient au plus haut point, les artistes anciens.

Ces pagodes de Cochinchine ne se distinguent guère de celles du Cambodge. Elles se ramènent invariablement, à une vaste construction élevée sur un terre-plein, entourée d’une galerie et coiffée de plusieurs toitures emboîtantes, dont les ressauts présentent parfois une grande complexité, et admettent, d’un temple à l’autre, de nombreuses variantes. Sous la corne élégante qui prolonge les angles du faite, des pigeons en bois sculpté, doré ou peint, se rapportent rarement à la légende du Bouddha, mais plutôt à des sujets tirés de l’iconographie brahmanique. Parfois des motifs d’inspiration chinoise ornent les toitures et ce trait, s’il témoigne des bonnes relations des Khmers avec les Célestes, indique aussi, que nous ne sommes plus au cœur du Cambodge, mais dans une aire de contacts, où des contaminations artistiques sont plus volontiers tolérées.

Malheureusement, l’usage du ciment armé a introduit souvent le mauvais goût, dans ces constructions, dont certaines, étaient charmantes. De belles boiseries ont cédé la place à d’affreux moulages, et je ne saurais trop insister ici, sur la nécessité d’une rééducation du sens esthétique, que les Khmers eurent au plus haut degré et qui s’est avili. Pour une nation soucieuse, comme la nôtre, de réveiller et de cultiver les plus belles qualités des peuples de l’Indochine, il n’est pas, je crois, de plus noble tâche. Un effort considérable fut accompli, à Phnom-Penh, par les Corporations Cambodgiennes de George GROSLIER. Une véritable renaissance se manifesta dans l’industrie de tissage et l’orfèvrerie. Or il y eut autrefois, en Cochinchine, dans la région de Triton, des ateliers familiaux où l’on fabriquait des teintures de pagodes, d’une grande richesse décorative. Cet art s’est perdu, comme se perd de nos jours, celui des anciens architectes, des sculpteurs, et des enlumineurs. S’il m’est permis d’émettre encore un vœu, c’est que les Cambodgiens de Cochinchine aient bientôt leur école d’art, comme en ont les Annamites, à Bîen-hoà, Thu-dâu et Gia-dinh.

L’intérieur de ces pagodes n’a ordinairement rien de remarquable et l’on est frappé, lorsqu’on y pénètre, par la sobriété de l’ameublement et du décor. Il n’y a rien qui rappelle ici, l’encombrement et l’opulence touffue des sanctuaires annamites et chinois. Quelques nattes sont étendues sur le sol, où prendront place bonzes, dans leurs prières. Sur un côté, est posés la chaise du supérieur. Sur l’autel principal, se dresse une grande statue du Bouddha, entouré souvent d’une grande quantité d’autres idoles, de dimensions plus modestes, mais qui ne sont guère que la répétition de l’image principale. Quelques peintures murales relatent des scènes de vie du Maître, ou de ces naïves histoires que l’on appelle des jakata, ou des épisodes du Ramayana, ou encore de la légende de Prah Enn, c’est-à-dire Indra, toujours reconnaissable à son visage vert.

Le Bouddhisme de ces Cambodgiens, qu’ils soient de Cochinchine ou du Cambodge, est celui du Petit Véhicule, c’est-à-dire la doctrine tirée du canon Pâli et, qui domine dans les contrées du Sud, y compris Ceylan, le Siam et la Birmanie. L’enseignement est demeuré très proche de la tradition primitive, le panthéon extrêmement réduit et l’iconographie très pauvre. Mais je dois ajouter que cette forme du bouddhisme est thaï et n’a pénétré au Cambodge, qu’à une date relativement récente. Dans la période d’Angkor, ce qui dominait, c’était l’autre Bouddhisme, celui du Grand Véhicule, dont les dogmes s’étaient enrichis d’apports complexes, qui admet un panthéon plus vaste, et devait donner lieu à des manifestations artistiques plus considérables.

On aurait tort, cependant, de croire que la doctrine bouddhiste telle que l’enseigne les bonzes à robe jaune, peut suffire à satisfaire toute la dévotion des pieux Cambodgiens. Avant de quitter la pagode, dirigeons-nous vers l’angle Nord-Est de l’enclos. Nous y trouvons presque toujours, un modeste abri, fait de quelques planches ou d’un lattis de bambou. C’est la résidence du neak ta, esprit tantôt favorable, tantôt malfaisant, ordinairement représenté par quelques pierres informes, devant lesquelles le vent disperse le cendre refroidie des bâtonnets d’encens. C’est une concession des bonzes au culte des génies qui occupe une si grande place, dans l’esprit des paysans, qu’ils soient Cambodgiens ou Annamites. Les Khmers de Cochinchine, comme leurs parents du Cambodge, redoutent la perfidie des puissances invisibles, les krut, les Arak, les Mémoch, et font volontairement appel à des sorciers, pour apaiser leur courroux. Certains de ces esprits domestiques ou champêtres ne sont que d’anciennes divinités brahmaniques, aujourd’hui déchues. C’est ainsi que le Neang Khmau, la Dame noire, la Bà Dèn des Annamites, qui a donné son nom à la montagne de Tay-ninh, n’est autre que Durga, la terrible Kali, dont le nom se trouve dans celui de Calcutta, divinité bienfaisante ou cruelle, qui passe pour responsable de tous les maux qui atteignent la frêle existence des enfants.

Toute la campagne est remplie de la présente muette de ces esprits, dont les rustiques autels s’élèvent au détour du chemin, sur des talus de rizières ou au pied de grands arbres. Il faut quotidiennement prendre garde de ne pas exciter leur colère, et j’ai eu souvent, pour mon compte, à tenir avec eux une conduite circonspecte, quelles que fussent du reste, les régions de la Cochinchine, car sous le nom de ông ta, ils tiennent aussi, une place considérable, dans la dévotion du paysan annamite. Et ceci me remet en mémoire deux anecdotes particulièrement significatives du rôle de ces génies.

J’avais entrepris d’enlever, pour le Musée de la Cochinchine, un grand linga en grès, qui pesait bien une demi-tonne, et jouissait de la réputation d’être un neak Ta malfaisant. Cette idole gisait abandonnée dans une dépression humide, où elle était menacée de déprédations. Mais il fallait la transporter jusqu’à un canal, pour l’acheminer vers Saigon par voie d’eau. Il était difficile d’utiliser les charrettes trop légères. Je fis donc appel à un traîneau de rizière, auquel on attela des bœufs. Mais après quelques centaines de mètres, ceux-ci refusèrent obstinément d’avancer. On les remplaça par des buffles qui manifestèrent la même mauvaise volonté. Comme le neak ta passait pour être particulièrement redoutable, je compris que j’étais perdu de réputation, si je n’avais pas aussitôt raison de cette pierre récalcitrante. Je fis donc faire une claie, à laquelle s’attelèrent vingt hommes, et l’on porta l’idole au village. Mais là, personne ne voulut accueillir, auprès de sa demeure, cet hôte indésirable. Je le fis donc déposer devant la maison commune, où j’habitais alors, en prescrivant de le placer le long du sentier qui conduisait à l’entrée. On le mit de travers. Je le fis redresser. On le remit de travers. Comme je demanderai la raison de ces manœuvres insolites, on m’expliqua que, dans le premier cas, je serais atteint directement, par les manifestations de mauvaise humeur du génie, tandis que, dans le second, j’en serais préservé, que l’on avait contrevenu à mes ordres, dans l’intérêt de ma personne, mais que si, décidément, je ne tenais pas être protégé, l’on ne pouvait après tout, que m’abandonner à un funeste sort.

À quelque temps de là, je revins visiter un tertre, où j’avais entrepris des fouilles. Au moment de celui-ci et au pied dont l’animosité était bien connue dans toute la région. J’avais prescrit que l’on évitât de déplacer cette pierre, précaution indispensable pour conserver des coolies. Ce jour-là, je trouvai sur le tertre, trois hommes occupés à présenter des offrandes au neak ta. Ils venaient de déposer, devant l’autel rustique, un canard rôti, un flacon d’alcool, quelques fruits, des bâtonnets d’encens et un bol de riz. Comme ils se relevaient et se disposaient à partir, ils m’expliquent que leur père étant venu un jour assister à mes travaux, avait été subitement pris d’un malaise, dont il ne se remettait pas, qui était certainement imputable à la malignité de la pierre-génie. À mon retour, j’allais m’en retourner quand un Cambodgien nommé Thach Vong qui m’accompagnait, me demanda la permission d’adresser une requête à l’idole. Je le vis alors, s’abîmer dans un long conciliabule avec la pierre. Il lui parlait à voix basse, accompagnant ses paroles de gestes persuasifs. Il expliquait au neak ta que lui, Thach Vong, était pauvre et qu’il avait faim, tandis que l’esprit puissant entouré de la crainte et de la vénération publique, était abondamment pourvu. Il lui demandait donc, bien humblement, de le prendre en pitié et de l’admettre à partager le festin que des hommes généreux venaient d’offrir. J’imagine que l’esprit se laissa aisément convaincre, car Thach Vong ayant bu l’alcool, rompit les pattes et le cou du canard, les laissa en partager au génie et fort dévotement, mit tout le reste sous bras.

Ces histoires de neak ta, nous montrent combien ces bons Cambodgiens sont des âmes simples, à l’égal du reste, du plus grand nombre des paysans annamites, qui ne demandent qu’à cultiver leur terre, dans la paix. Les uns et les autres sont également dignes de sympathie et de sollicitude, et lorsqu’on a partagé leur existence modeste, bu du thé sur la même natte, prêté une oreille complaisante à leurs propos naïfs, on s’aperçoit alors, qu’ils sont très proches de nous, et que leur accueil ressemble étonnement, à celui de nos campagnes de France, où l’on n’oppose pas délibérément, une méfiance hostile à l’étranger.

Que de fois, il m’est arrivé, parcourant à pied, à cheval, en charrette ou en sampan, les provinces de la Cochinchine, d’accepter la franche hospitalité des pagodes cambodgiennes. L’on s’empressait de m’apporter quelques noix de coco, pour étancher ma soif, tandis que j’offrais en retour des bâtonnets d’encens ou un paquet de thé. Dans la maison de repos des hôtes, on étendait une natte et, dans les heures chaudes de la journée, au cœur de la saison sèche, quand l’air est pur et léger, je ne connais pas d’impression plus sereine que celle de s’étendre sur les claies de bambou de ces maisons sur pilotis, tandis que les bonzes en robe safran passent silencieusement dans les cours et qu’un vent espiègle murmure, dans les hautes touffes des cocotiers.

Mais souvent, j’arrivais à une heure où l’école de la pagode bruissait du murmure des jeunes enfants et cela me conduit tout naturellement, à évoquait ici, le problème de l’enseignement qui se pose sous un aspect grave, pour la minorité cambodgienne de Cochinchine. Celle-ci forme un ensemble homogène, par sa langue, sa religion, ses coutumes, ses traditions. Attachée à sauvegarder ses usages, elle répugne à envoyer ses enfants à l’école franco-annamite et ne dispose que très rarement, d’écoles franco-khmères.

On a essayé jusqu’ici, de résoudre la difficulté, en favorisant le développement de l’enseignement traditionnel, dans les écoles de pagodes. Celles-ci sont trois types. Les unes sont indépendantes et, de ce fait, échappant entièrement à notre contrôle. On en comptait 95 en 1944, réunissant 1068 élèves. D’autres sont subventionnées. Il y en avait 20, au début de 1945, avec 571 élèves. Enfin, depuis quinze ans, l’on s’est attaché à multiplier le nombre des écoles de pagode dites « rénovée », où l’enseignement est donné par des bonzes, qui ont suivi un stage de perfectionnement, à Phnom-Penh, à Trâ-vinh ou à Sôc-trang et qu’on s’efforce de conseiller, autant que le permet le droit de regard que l’on peut s’attribuer, sur des établissements de caractère presque exclusivement religieux. Le nombre des écoles de ce type a passé de 37 en 1930n à 90 en 1935, et à 209 en 1944. Celui des élèves s’est élevé progressivement, de 1524 en 1930, à 7274 en 1944, parmi lesquels on comptait 1093 filles, jusqu’ici traditionnellement écartées du bénéfice de l’instruction. Dans le même temps, le nombre des écoles officielles franco-khmères n’a pas dépassé le nombre de 19 avec 30 maîtres seulement.

Il y a là un problème qui doit retenir l’attention. Quel que soit le soin que l’on ait apporté à la formation des bonzes-instituteurs, la création des écoles de pagodes, fussent-elles rénovées, n’est qu’un moyen de fortune, qui ne saurait remplacer un enseignement de type normal à deux cycles, l’un élémentaire, où le véhicule de l’enseignement peut demeurer le Cambodgien, l’autre complémentaire avec initiation à la connaissance du français. Mais l’on heurte à la question difficile du recrutement des instituteurs et tous les efforts entrepris, pour la pénétration scolaire, dans les pays cambodgiens, sont paralysés par cette insuffisance numérique et qualitative du personnel. J’avancerai donc encore ici, un vœu en faveur des Cambodgiens de Cochinchine. C’est que le nombre des écoles élémentaires et complémentaires franco-khmères soit rapidement accru, de façon à former des sujets pourvus du certificat d’études, aptes, les uns à devenir instituteurs auxiliaires, les autres à fournir un premier contingent d’élèves-maîtres, dans des Ecoles Normales, auxquelles, il faudra bien revenir, si l’on entend rompre décidément avec la politique d’enseignement primaire au rabais, qui a été suivie en Indochine, depuis la crise économique de 1929-1933.

Ce problème s ne touche pas seulement, à l’obligation d’accorder à l’enfant cambodgien de Cochinchine, le niveau d’instruction primaire auquel, il a droit. Il englobe, aussi, la grave question du recrutement d’une élite. Dans la minorité khmère du Bas-Mékong, comme du reste dans l’ensemble du cambodge, le fait qui saisit l’observateur, c’est que cette société privée, en dehors du clergé, d’une classe véritablement dirigeante. Dans le vieux royaume khmer, ce sont souvent des Annamites qui fournissent le contingent des fonctionnaires de l’administration ou qui occupent les professions libérales, et cette situation, dont les Cambodgiens sont les premiers à s’alarmer, sans beaucoup réagir, semble avoir des origines très lointaines. Il est remarquable, en effet, que la décadence de ce pays ait coïncidé avec l’époque où se produisaient dans l’Inde, les invasions musulmanes. À partir du moment où le Cambodge fut privé de l’encadrement que lui apportait, semble-t-il, des brahmanes, sa déchéance commença. Il y a quelques raisons de penser que des causes ayant tari le recrutement d’une élite, produisirent les mêmes effets, dans l’ancien Fou-Nan, et l’on a vu les Siamois s’opposer plus récemment, au relèvement de la nation cambodgienne, en massacrant lors de leurs incursions, les classes dirigeantes ou en les emmenant en captivité.

Quoi qu’il en soit, l’œuvre urgente, l’œuvre nécessaire, c’est d’accorder à la minorité cambodgienne de Cochinchine, les moyens de sauvegarder sa personnalité, en créant pour elle, des écoles, et surtout, en rompant avec l’habitude de la portion congrue, qui consistait à donner à des instituteurs cambodgiens communaux, des salaires dérisoires, comme c’était le cas en Cochinchine, en 1943, où des maîtres recrutés à grand peine, recevaient pour prix de leur activité professionnelle, toutes indemnités comprises, vingt et une piastres par mois.

Le problème de la pénétration scolaire, dans cette minorité, n’est pas le seul qui soit digne de requérir notre bonne volonté, mais il est d’un importance capitale, car tous les autres dérivent de l’ignorance où le paysan khmer se trouve de ses droits. Très attaché à sa terre, il n’est pas armé, pour défendre son patrimoine, et devient souvent la victime d’incroyables spoliations. Ses bonzes qui sont ses tuteurs naturels et qui l’ont maintenu dans la voie d’une magnifique élévations morale, demeurent étroitement attachés, à la tradition et sans lumières sur les obligations et les rigueurs de l’existence moderne. Les achars, vieillards respectés que l’on consulte dans les occasions difficiles, ne sont, eux non plus, que de fort braves gens, attachés à la coutume non écrite et dénués de ressources, devant les impitoyables nécessités d’une organisation sociale, où la bonne foi des faibles est exposée à de rudes assauts.

Le contact de deux populations, l’une active et entreprenante, l’autre apathique et traditionaliste, produit quotidiennement des abus, que notre pays ne saurait couvrir de son indifférence, et qui relèvent, semble-t-il au premier chef, de la mission d’arbitrage fédéral qui lui est dévolue en Indochine. Je connais une agglomération de la province de Long-xuyén, où la fusion du village cambodgien avec un village annamite, mesure décidée sans précaution, par l’autorité administrative, a eu pour résultat de déposséder entièrement le premier de ses terres communales, au profit du second qui était pauvre, en sorte que l’école de celui-ci est devenue florissante, tandis que l’école de celui-là végète désormais, faute de ressources. Je citerai aussi, un hameau cambodgien de la province de Rach-gia, établi loin des routes et canaux, dont les habitants connurent un jour, par moi, avec stupeur, qu’ils n’étaient plus propriétaires de leurs terrains d’habitation, ceux-ci ayant été incorporés au Domaine public, parce que n’ayant aucun titre régulier ou n’ayant pas été informés du sens des opérations de bornage, ils ne s’étaient pas présentés devant les commissions cadastrales.

Faut-il s’étonner si, devant ce qu’ils considèrent comme mesures arbitraires, les Cambodgiens abandonnent, parfois en masse, certains villages, pour fuir l’injustice et spoliation. Des créanciers annamites ou chinois font signer à des paysans khmers illettrés, des actes léonins qui aboutissent, à brève échéance, à la dépossession totale du débiteur. Le mal était devenu si manifeste, et l’usure si coutumière de semblables expropriations, que l’administration française dut s’en alarmer. En 1937, le visa de l’enregistrement fut déclaré obligatoire pour les billets de dettes, avec signature conjointe du débiteur et du créancier. A Trâ-vinh, il apparut même nécessaire, d’exiger leur présence, lors de l’inscription des hypothèques sur les registres fonciers. 

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 12:51

Lettre de Samdech Sihanouk, datée le 23 Juin 1993, adressée à Son fils, le prince Norodom Ranariddh pour demander au dernier d’accepter d’être le Vice-Président n°1 du Gouvernement National du Cambodge (Gouvernement bicéphale), formé et présidé par lui.

                                                                S.A.R. le Prince NORODOM RANARIDDH 

    Président du FUNCINPEC et Membres du CNS.

Mon bien-aimé Fils,

Papa sollicite Votre filiale indulgence et Votre noble compréhension à son égard. Même dans mon plus récent FAX, je vous ai dit je n’accepterai pas de former et présider un Gouvernement bipartite FUNCINPEC-PPC, car cela ne donnerait que des avantages à ce dernier (PPC) sans améliorer pour autant la situation de notre pauvre Cambodge et son infortuné peuple. Or, d’après les derniers renseignements venus de sources sûres, les extrémistes du PPC (SOC) ont déjà « mis en place » un peu partout dans les villes et zones SOC des « équipes militaros-policières » spécialisées dans « l’art » de s’attaquer aux Funcinpécistes connus et un petit peuple funcinpéciste en les plongeant dans un bain de sang, sachant que l’ANKD est trop petite pour défendre les futures et innocentes victimes.

Lors de l’audiance de 11h30, aujourd’hui, S.E. HUN SEN m’a dit que des « confrontations violentes » avaient déjà commencé dans Kampot (hier) et aujourd’hui dans d’autres provinces, y compris Kampong Cham. À cet égard, Papa vous avoue qu’il a peur de 2 choses primo- la terrible nouvelle souffrance du FUNCINPEC et notre petit peuple, et secundo – une détérioration tragique et irréversible de la situation « out of control » de notre Cambodge, tandis que l’innocent et victorieux (en termes électoraux) FUNCINPEC ne pourra pas se permettre d’appeler les Khmers Rouges à son secours (en effet, si le FUNCINPEC accepte d’être aidé par les Khmers Rouges dans sa lutte (défensive) anti-SOC, les puissances étrangères auraient beau jeu de soutenir le SOC contre FUNCINPEC.

Papa se voit obligé, après reçu de S.E. CHEA SIM et S.E. HUN SEN une nouvelle requête verbale (ce matin à 11h30), de former et présider le GNC (Gouvernement National du Cambodge) –appellation donnée par Papa à notre nouveau gouvernement –(obligé) de dire « OUI ».

Vous avez bien voulu accorder à Papa Votre soutien inconditionnel. Papa s’est donc permis d’en user pour dire « Oui ». Ainsi, nous pouvons éviter un bain de sang trop probable tout en donnant, pour la première fois depuis vingt ans un nouvel ESPOIR de renaissance à notre Peuple et notre Nation et tout en sauvegarder les acquis si mérités du FUNCINPEC (je pense surtout à notre victoire historique voulue par notre Peuple et qui vous placera, au sein du GNC et de l’Assemblée Constituante-Nationale, dans une position dominante, en dépit de « l’égalité » de traitement que je suis obligé (pour la PAIX) d’accorder aux 2 grands Partis (1 Vice-Président FUNCINPEC, 1 Vice-Président PPC, et 2 Co-Ministres pour chaque Ministère, l’idée des Co-Ministres est de Papa).

Papa va vous envoyer dans quelques minutes le texte intégral en Français de son « Rapport au peuple ». Si Vous le voulez bien. Vous pouvez le faire diffuser à 17h30.

Vous pourriez également le faire traduire en Khmer. La traduction officielle en khmer par S.E. Truong Mealy parviendra plus tard.

Papa est très fier et extrêmement heureux de Vous avoir comme son Bras-Droit (Vous êtes mon Vice-Président      N°1).

Papa espère acquérir Votre approbation et Votre total soutien et Vous embrasse avec sa plus profonde affection et sa très haute considération.

 

                                                                NORODOM SIHANOUK

 Phnom-Penh, le 3 Juin 1993.

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 06:21

Rencontre du prince Norodom Sihanouk et M. Hun Sen, des 2 et 3 décembre 1987, à Fère-en-Tardenois (France).

Transcription non officieuse.

Ce document a été écrit à la main par le prince Sihanouk sous forme de « Compte-Rendu Succinct » de ses conversations  « Sihanouk-Hun Sen ». Cette audience a duré 5 heures (de 10 heures à 15 heures). Deux heures après la conversation, le prince a communiqué ce Compte-Rendu à la presse.

Les participants :

Le prince Sihanouk a été assisté par la reine Monique Sihanouk et le prince Norodom Ranariddh.

L’Hôellerie du Château de Fère-en-Tardenois, en France.

M. Hun Sen a été par Mrs. Dith Munty et Cham Prasidh.

La journée du 2 décembre 1987 :

Note pour la presse.

Voici quelques paroles de M. Hun Sen et quelques paroles de Norodom Sihanouk lors de leur entrevue en date de ce 2 décembre 1987.

Hun Sen a dit, entre autre, ceci :

Quelle est l’origine de ce conflit qui, depuis Mars 1970 jusqu’à maintenant, fait le malheur du peuple khmer ?

Sous le leadership de Samdech (Monseigneur) Sihanouk notre peuple khmer avait bénéficié de 16 années de paix, de bonheur et de progrès dans le cadre de l’édification nationale.

La clique de Lon Nol, le 18 Mars 1970, a injustement renversé Samdech Sihanouk et a délibérément plongé notre Kampuchea dans les feux de la guerre d’agression de l’Impérialisme U.S. Tous nos malheurs viennent de là.

Et ces malheurs ont atteint leur paroxysme sous le régime de Pol Pot, un régime pire que celui de Hitler, un régime d’une cruauté sans équivalent dans l’histoire de l’Humanité.

Ainsi, tous les sacrifices que notre Résistance nationale (F.U.N.K. avec Samdech Sihanouk comme Président) avait fait entre le 18 Mars 1970 et 17 Avril 1975 pour vaincre l’Impérialisme U.S. et ses valets n’ont servi à rien, sinon à amener Pol Pot et sa clique au pouvoir avec les funestes conséquences qu’on sait.

Le régime de Lon Nol et celui de Pol Pot sont, par conséquent, responsables des indicibles malheurs de notre peuple et du Kampuchea depuis 17 ans et conflit actuel.

Si le Kampuchea était resté sous le leadership de Samdech Sihanouk entre le 18 Mars 1970 et cette année 1987, notre pays aurait fait d’énorme progrès dans tous les domaines de notre édification nationale, nous serions devenus une nation développée, prospère, ô combien heureuse !

Mais laissés à nous-mêmes, sans le leadership de Samdech Sihanouk, notre peuple et nous (Hun Sen, etc.) fûmes obligés de lutter seuls contre Pol Pot et ses complices (Ieng Sary, etc.).

Notre résistance contre Pol Pot ne date pas de 1978. Dans certaines régions du Cambodge, nous commençâmes la lutte depuis fin 1973, depuis 1974. Nos camarades dans d’autres régions du Kampuchea décidèrent de lutter contre Pol Pot en 1975, 1976, 1977. Hélas, jusqu’en 1977, nous ne fûmes libérer notre peuple martyrisé par Pol Pot, lequel possédait une grande armée de 23 divisions et 180  000 hommes.

Avant de se décider à venir au secours de notre peuple martyrisé et ruiné par Pol Pot, le Vietnam avait continué d’entretenir des relations amicales avec le Kampuchea Démocratique. Mais en 1978, la R.S. du Vietnam dut se rendra à l’évidence : le régime de génocide du peuple khmer dont Pol Pot était le Chef était insoutenable.

La RSV dut répondre à l’appel désespéré « à son secours » de notre peuple khmer.

Certains de nos ennemis nous ont accusés « d’aliéner l’indépendance du Cambodge au profit du Vietnam ».

Cette accusation est injuste. Nous sommes, comme vous, Samdech, pour un Cambodge indépendance à 100%. Mais fallait-il, pour cela, sacrifier notre peuple martyr et permettre à Pol Pot de l’exterminer ?

Et puis, à part le Vietnam, qui ou quel pays accepterait ou était désireux de venir au secours du peuple khmer en danger d’extermination ? Personne d’entre tous ceux qui prétendaient avoir de la compassion pour le Kampuchea et son peuple ne levait le petit doigt pour menacer Pol Pot. Bien au contraire, ceux-là continuaient à entretenir les meilleures relations avec Pol Pot et son « Kampuchea Démocratique ».

Nous n’eûmes pas le choix : il n’y avait que le Vietnam socialiste pour sauver notre peuple. Le Vietnam l’a fait.

Mais je (Hun Sen) peux vous assurer, Samdech, que les troupes vietnamiennes quitteront, toutes, le Cambodge, au plus tard en 1990. De la part de la RSV, il s’agit d’une décision irréversible.

Cependant, si nous, Khmers, arrivons à réaliser la réconciliation nationale et à résoudre entre Khmers le problème du Kampuchea avant 1990, c’est-à-dire en 1988 ou 1989, le retrait total des troupes vietnamiennes du Cambodge s’effectuera ipso facto la même année soit en 1988 ou 1989.

Je (Hun Sen) partage entièrement l’avis de Samdech en ce qui concerne la nécessité d’avoir la faction de M. Khieu Samphan et celle de M. Son Sann avec nos deux parties pour que soit convenable un « Cocktail party » à Jakarta ou ailleurs. Si les 4 factions khmères ne sont pas au complet à ce « Cocktail party », ce dernier n’aurait pas de sens et il ne nous resterait que la continuation de nos efforts bipartites (RPK et FUNCINPEC) pour faire progresser la recherche d’une solution équitable au problème du Kampuchea.

N. SIHANOUK a dit, entre autre, ceci :

Vous (Hun Sen) m’offrez un « haut poste » à Phnom-Penh (RPK). Veuillez m’excuser de ne pouvoir l’accepter. Je ne rentrerai à Phnom-Penh que pour présider un gouvernement quadripartite (FUNCINPEC, PKD, FNLPK, RPK) dans le cadre d’un nouvel Etat cambodgien, l’Etat du Cambodge (avec un système politique, économique, etc. très proche de celui de la France), un Cambodge qui serait ni « Populaire », « Démocratique », ni communiste, ni socialiste, mais dont le système politique sera parlementaire « à la Française » et multi-parti (comportant un ou des partis communistes à côté de partis non-communistes), un Cambodge indépendant à 100%, un Cambodge sans troupes étrangères sur son sol, un Cambodge neutralisé sous contrôle international.

Je (Sihanouk) m’intéresse à d’éventuelles discussions sur le Cambodge avec « Moscou » et « Hanoï ». Mais je ne me rendrai pas à Moscou ou à Hanoï avant la visite à ma résidence (Fère-en-Tardenois) d’un haut personnage soviétique ou vietnamien.

Notre Cambodge et son peuple sont victimes de la haine qui dresse l’un contre l’autre le Vietnam et la Chine et la méfiance mutuelle qui caractérise encore les relations entre RPC et URSS.

Vous (M. Hun Sen) et moi (Sihanouk) devons déployer dès maintenant beaucoup d’efforts pour amener ces grands amis du peuple khmer (RPC, URSS et RSV) à mettre fin le plus tôt possible à leur dispute, à leurs malentendus. Il ne suffit pas de travailler pour amener à « notre table » M. Samphan et M. Son Sann. Il faut, je le répète, que vous (Hun Sen) et moi (Sihanouk) fassions ensemble des démarches auprès de la Chine, de l’URSS et du Vietnam pour les supplier de cesser leur dispute sur le dos du Cambodge. Seul le retour de la RPC, de l’URSS et de la RSV, ensemble, à l’amitié entre elles pourra mettre fin à nos misères.

Ceci dit, il ne faut pas négliger la question de nos relations avec la Thaïlande et avec les USA.

Je félicite le régime de Phnom-Penh et la RSV de chercher à améliorer leurs relations avec les USA, par exemple à travers la question des « M.I.A. ».

Le future « État du Cambodge » se portera d’autant mieux, pour le grand plus grand bien de notre peuple khmer, qu’il s’attachera à être l’ami loyal de tous les pays du monde, en particulier avec ses 2 grands voisins (Thaïlande et Vietnam) et avec les 3 « super-puissances » : URSS, USA et RPC.

Nous continuons à faire le malheur de notre peuple et de notre Patrie si nous continuons à être « avec » l’URSS et le Vietnam « contre » la RP de Chine, ou « avec » l’URSS « contre » les USA, oui « avec » les USA « contre » le Vietnam.

Notre paix, notre survie en tant que Khmers et Cambodge seront assurées le jour où nos 4 factions khmères, d’un commun accord, choisiront une fois pour toutes d’être les amies, bonnes et loyales, à la fois de la RPC, de l’URSS, de la RSV et du Royaume de Thaïlande.

Post-Scriptum :

À une question de N.Sihanouk, M. Hun Sen a répondu que sa « RPK » et ses alliés (URSS et RSV) rejetteront toujours les « Résolutions de l’ONU sur la situation au Kampuchea » et que la « RPK » accepte la proposition de N.S. d’une Conférence Internationale de type « Genève 1954 » - « Genève 1961 ». N.S. propose que l’Inde soit de nouveau Présidente de la C.I.C. après une « 3e Conférence Internationale de Genève ».

Journée du 3 Décembre 1987 :  

Pour la Presse :

Résumé de l’entretien, en date du 3 Décembre 1987, entre Norodom Sihanouk et M. Hun Sen.

N.S. (Sihanouk). – Lors de notre rencontre d’hier (2 Décembre 1987) j’ai eu l’honneur de vous faire connaître, ainsi qu’à votre « gouvernement » à Phnom-Penh, que le G.C.K.D. (FUNCINPEC- PKD – FNLPK) considère et considérera toujours comme nuls et non-avenus les accords et traités (en particulier, ceux concernant les frontières et îles côtières du Cambodge) signés par vous (régime de Phnompenh appelé « République Populaire du Kampuchea ») avec la R.S. du Vietnam. Si un jour, l’État du Cambodge est fondé et le gouvernement quadripartite (FUNCINPEC – PKD – FNLPK- RPK) est formé sous ma Présidence, ce gouvernement quadripartite devra confirmer officiellement que tous les accords et traités signés par la « République Populaire du Kampuchea avec la R.S. du Vietnam sont totalement rejetés et nuls et non-avenus.

Ceci dit, j’ai quelques autres questions à vous présenter.

Je commence par celle des réfugiés khmers se trouvant actuellement en Thaïlande.

Personnellement, je pense que chacun, chacune de ces réfugiés doivent recouvrer son droit à l’auto-détermination, un droit sacré reconnu à tout être humain par la déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Ceux et celles des réfugiés khmers en Thaïlande qui, librement, choisissent de rentrer au Cambodge, doivent avoir le droit de le faire sans que les Khmers Rouges, les Khmers Bleus et autres aient le droit de s’y opposer.

Mais, du côté de votre régime (Phnom-Penh), il faut que vous donniez au Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), etc. et à moi-même l’assurance formelle que les réfugiés khmers actuellement en Thaïlande – je parle de ceux et celles d’entre réfugiés khmers qui, par un moyen ou un autre, auront réussi à quitter les camps « site 2 », « site 8 », etc. pour revenir au Cambodge, ne seront, en aucun cas, inquiétés par votre régime ou par vos protecteurs vietnamiens.

HUN SEN. – Je donne, au nom de mon gouvernement, à Samdech l’assurance formelle que nous ne leur ferons aucun mal et que, bien au contraire, nous leur donnerons toutes les facilités pour qu’ils puissent se réinstaller dans les meilleures conditions possibles chez nous et vivre dans la liberté dans leurs villes, leurs villages, leurs provinces. Nous n’avons aucun intérêt à les maltraiter.

Une deuxième question : celle des Droits de l’Homme. AMNESTY INTERNATIONAL London, dans ses « Rapports » annuels, signale d’innombrables cas de violations (extrêmement graves) des Droits de l’Homme à l’encontre de notre innocent peuple khmer, violations commises par votre régime et par l’armée vietnamienne occupant le Cambodge. Je demande à votre « R.P.K.) de cesser de martyriser ainsi notre peuple.

HUN SEN. – Je vous jure, Samdech, que nous (R.P.K.) ( et il est de même de nos amis vietnamiens au Cambodge) n’avons commis aucun des crimes qu’AMNESTY INTERNATIONAL et autres nous accusent d’avoir commis sur la personne de notre peuple. Si nous l’avons libéré du Polpotisme ce n’est certes pas pour qu’il revive les horreurs du « règne » de Pol Pot. Il est vrai que notre État possède des prisons. Mais quel État, dans le monde, n’a pas en son sein des prisons ?

En la R.P.K., il n’y a ni torture ni mauvais traitement des prisonniers et autres comme au temps de Pol Pot.

N. SIHANOUK. – Maintenant, permettez-moi d’aborder la question du sauvetage d’Angkor, c’est-à-dire des temples et autres monuments dans la région de Siemreap – Angkor. Je sais que l’Inde et un ou deux autres pays – vos amis sont en train d’essayer de sauver Angkor Vatt. Mais l’Inde et ces autres pays vos amis n’ont et n’auront pas des moyens suffisants pour sauver Angkor. Et quand je dis « Angkor », je pense non seulement à Angkor Vatt mais aussi à Angkor Thom (le Bayon), Bakhèng, Preah Khan, Ta Prohm, Bantey Srei, etc. qui sont un patrimoine sans prix de l’Humanité. Tout ANGKOR est actuellement en danger de mort. Il faut nous dépêcher de le sauver alors qu’il est déjà « presque trop tard ».

Le seul moyen de le sauver ne saurait être que celui-ci : neutralisation et démilitarisation de la région d’Angkor, appel à l’aide (aides financières, technique, matérielle, scientifique) de tous les pays riches (en particulier l’Europe occidentale, les USA, le Japon), de l’ONU, de l’UNESCO, de l’Ecole Française d’Extrême-Orient.

HUN SEN. – Nous (RPK) ne pouvons laisser neutraliser et démilitariser la région d’Angkor.

N. SIHANOUK. – Tout au moins sur ce « chapitre » -là, vous (RPK) ressemblez aux Khmers Rouges (PKD).

 

COMMUNIQUE CONJOINT

 

Animés par le désir commun de mettre un terme au conflit kampuchéen par des moyens pacifiques et de parvenir à la réconciliation nationale, S.A.R. Samdech NORODOM SIHANOUK et S.Exc. M. HUN SEN se sont rencontrés du 2 au 4 Décembre 1987 à Fère-en-Tardenois (France).

 Lors de cette rencontre historique, les deux parties ont abouti aux accords suivants :

1- Le conflit au Kampuchéa doit nécessairement passer par une solution politique.

2- Le problème kampuchéen doit nécessairement être réglé par le peuple kampuchéen lui-même par le biais des négociations entre toutes les parties en conflit afin de mettre un terme à la guerre, à l’effusion de sang, et pour reconstruire un Kampuchéa pacifique, indépendant, démocratique, souverain, neutre et non-aligné.

3- Dès qu’un accord sera réalisé entre les parties kampuchéennes, une conférence internationale sera convoquée pour garantir cet accord, garantir l’indépendance du Kampuchéa, la paix et la stabilité en Asie du Sud-Est.

4- Les deux parties acceptent de se rencontrer à nouveau dans le courant de Janvier 1988 à Fère-en-Tardenois (France).

Les deux parties s’accordent également pour se rencontrer pour la troisième fois au Palais Chhang Sou On de S.A.R. Samdech NORODOM SIHANOUK en République Populaire Démocratique de Corée, à une date qui reste à fixer.

Sur la base de l’accord suscité, et dans l’intérêt suprême de la nation kampuchéenne, les deux parties invitent les autres parties kampuchéennes à les rejoindre à la table de négociationafin de parvenir à une solution rapide au problème kampuchéen, contribuant ainsi à la paix et à la stabilité en Asie du Sud-Est.

 

Fait à Fère-en-Tardenois, le 4 Décembre 1987

 

 

S.A.R. Samdech NORODOM SIHANOUK                                                   S. Exc. M. HUN SEN                                                                                    

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 18:56

Cette déclaration a été faite en langue cambodgienne.

Traduction officieuse

Déclaration du Général Non Nol, le 18 Mars 1970

Vénérables des deux ordres respectés,

Chers compatriotes,

 

Nos ennemis ont prétendu le 16 mars 1970 que les récentes manifestations populaires spontanées étaient un coup d’État qui a subi un échec total, ce qui veut dire qu’il ne fallait pas, d’après eux, réagir unanimement contre les agressions des Vietnamiens. Or la réalité est tout autre, nos ennemis voulant à toux prix interpréter cette volontaire populaire clairement exprimée comme une trahison pure et simple. En même temps, ces Vietnamiens, qui ont gagné la première phase de leur subversion, rejettent sur nous la responsabilité de cette affaire, et prétendant que certains de nos compatriotes veulent encore attaquer leur ambassade, et que d’autres ambassades – d’URSS, de Chine, voir même de France – pourraient être victimes du même geste. Ceci n’est qu’une manœuvre subversion destinée à mettre en cause le Gouvernement de Sauvetage afin de poursuivre leur entreprise de sape. Plus sournois encore, ces Vietnamiens et leurs valets, traîtres à la patrie, dépensent sans compter pour « acheter » des gens qui acceptent de suivre leur politique, des gens qui sont chargés de faire de la fausse propagande, pour le but bien évident de dresser les Khmers entre eux ; ils distribuent partout des tracts, bref, ils sèment la confusion et la terreur. C’est donc pour éviter les troubles qui pourraient être provoqués par cette campagne de propagande systématique de nos ennemis que notre ministre de l’Intérieur a fait remplacer ce matin même le commissaire central.

Cher compatriotes,

Ne perdez pas de sang-froid en ces graves circonstances, car toute négligence de votre part, pourrait amener la mort de la Nation. Faites face à cette situation avec courage et discipline, et évitez autant que possible l’effusion de sang. Soyez vigilants et soutenez de tout cœur le Gouvernement pour redresser la situation de notre pays. La conjonction actuelle oblige le Gouvernement de Sauvetage, qui est responsable de la destinée du pays et qui a obtenu, pour cela, le soutien total du Parlement, à prendre des mesures qui s’imposent, à partir de cette déclaration faite à l’intention de nos compatriotes et de l’opinion internationale : notre pays doit rester toujours khmer, neutre authentique et totalement indépendant.

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 19:45

Un Royaume pour trois Rois ou la guerre civile : Srey Reachea (1433-1485), Srey Soryautey (1471-1485) et Thomma Reachea (1478-1504). (suite du numéro 10)

2. Srey Soryautey (1471-1485) :

 

Revenons au prince Srey Soryautey, après sa retraite à Basane, ses généraux lui suggèrent de sacrer roi, parce qu’il fût le prince héritier. Après la mort du Noray Reachea, son père, il aurait dû prendre la succession du trône, mais le Conseil de couronne en avait décidé autrement. Cette décision était vue par les partisans du prince comme une décision illégale. Srey Reachea, le roi actuel, n’était donc à ses yeux qu’un roi usurpateur. Srey Soryautey acquiesça cette proposition. En 1471, le prince fut proclamé Roi, à l’âge de 26 ans, par ses généraux et les hauts dignitaires de sa Cour et porta le nom de sacre Preah Angkir Prean Srey Soryautey Reachea Thireach Rama Baromapith.

Après son couronnement, le Roi nomma les nouveaux gouverneurs de provinces sous son contrôle : Siem Bauk, Sambok Sambor, Kratie, Chlaung, Tchaug, Basane, Torteung Khay, Prey Veng, Baphnom, Romdoul, Svay Tirp, Rung Damrey, Prey Nokor, Long Hor, Cheûk Badek, jusqu'à la frontière du Champa, c’est-à-dire la partie nord-est du Cambodge actuel et celles du nord et du centre de la cochinchine.

Revenons au Krong Chatomouk. Ayant appris le sacre du prince Srey Soryautey à Basane, les partisans de Thomma Reachea, demandèrent à leur prince de faire autant que son oncle, mais, celui-ci y refusa disant qu’il préférait plutôt porter le titre de « Protecteur » que celui du roi. Les provinces sous son contrôle étaient : Samrong Taug, Bati, Leuk Dek, Trâng, Bantey Meas, Thporg, Bassac, Bavîr, Pêam, Koh Slaketh, (Leuk Dek d’aujourd’hui), Kampot, Kompong Som, Preah Trapeang, Kramuôn Sâr, Daung Nay, jusqu’à la mer, c’est-à-dire toute la partie sud-ouest, sud-est du Cambodge actuel et la partie sud de la Cochinchine actuel.

Nous allons maintenant parler du Srok Youn (le Vietnam d’aujourd’hui). Le Champa et le Srok Youn étaient en guerre depuis fort longtemps. Ensuite le Champa eut perdu la guerre, le Roi Yaun nomma un des princes du Champa, roi de ce pays et le plaça sous sa suzeraineté.

* Je renvoie les lecteurs à l’article sur l’histoire du Champa.

Note : le mot Youn vient du mot Pali, Yavana (étranger, barbare). Il faut noter que la langue khmère est influencée par celles de « Sanscrit » et de « Pali ». Les Cambodgiens utilisent le mot Youn pour désigner les Vietnamiens, comme étranger et aussi bien barbare. 

Le sanskrit (nom local : saskr̥tam) est une langue indo-européenne, de la famille indo iranienne, autrefois parlée dans les sous contient indien. Certains mots sont encore utilisés par certaines familles de brahmanes et certaines écoles spiritualistes. Il faut considérer le sanskrit, non comme une langue d'un peuple, mais comme une langue de culture qui a toujours été l'apanage d'une élite sociale, du moins depuis l'Antiquité. C'est notamment celle des textes religieux hindous et, à ce titre, elle continue d'être utilisée, à la manière du latin aux siècles passés en Occident, comme langue culturelle, et véhiculaire (un recensement de 1981 indique qu'il y aurait encore environ 6 100 locuteurs ; en 1961, à peu près 194 400 personnes disaient l'utiliser comme langue secondaire). C'est d'ailleurs l'une des langues officielles de l'Inde.

Pali : est aussi une langue indo-européenne, de la famille indo-iranienne. Les premiers textes bouddhiques, Tipitaka, sont conservés dans cette langue, qui est utilisée encore aujourd'hui comme langue liturgique dans le bouddhisme théravada en Sri Lanka, Birmanie, Thaïlande, Cambodge et Laos.  

En 1472, Il y eut un Roi Cham, nommé Chao Raing Lak ou Baur Thoun, étant mécontent de la domination Youn, lança le révolte pour l’indépendance de son pays. Il ressembla un million hommes pour faire la guerre contre le Souverain Youn, nommé Lê Châch Tong. Mais, les offensives militaires des Chams furent vaines. Vu le danger, le Roi Cham envoya aussitôt un ambassadeur pour solliciter l’aide de Srey Soryautey. Celui-ci ne donna pas suite à cette requête, disant que son pays était aussi en guerre. Il n’avait pas donc les moyens pour porter secours à l’armée du Champa. Ainsi, l’armée de ce pays fut battue par celle des youn. Le Roi Cham fut déporté au Srok Youn. Les provinces conquises furent immédiatement annexées par les vainqueurs et quelques autres provinces, étaient placées sous le contrôle des mandarins youn avec à la tête un souverain cham sans pouvoir, nommé par le roi youn. Cependant, il y eut un grand nombre de la population Cham, y compris certains membres de la famille royale se réfugièrent au Kampuchea. Parmi ces réfugiés, il y eut des Chams, qui décidèrent de poursuivre leur chemin vers le nord, aux pays des Stiengs et Rodès, parce qu’ils eurent peur d’être poursuivis par les Youn jusqu’au Kampuchea.

Revenons à Srey Reachea. Il fit une demande par lettre à son frère, Thomma Reachea, pour qu’il lui envoyât l’épée royale et le sabre de combat, en métal pur, lequel était utilisé par le roi sur sa monture de guerre. Thomma Reachea ne céda pas à cette demande, parce qu’il pensait que ces deux objets faisaient parties des éléments du sacre royal. En revanche, il envoya à son frère, un gilet de protection en cuire du port et deux casques métalliques, ce qui mit ce dernier au comble de la fureur, disant que son frère se moqua de lui, parce que ce gilet est déjà démodé. Srey Reachea ordonna à ses dignitaires de réitérer sa demande en vain auprès de son frère.

3. Thomma Reachea (1478-1504).

 

Revenons au Krong Chatomouk, les partisans du prince Thomma Reachea réitérèrent la demande à leur prince de couronner roi pour qu’il se mettait au même statut que son frère et son neveu. Cette fois-ci, celui-ci en accepta. En 1478, à l’âge de 26 ans, Thomma Reache fut proclamé roi par les généraux et dignitaires de sa Cour au Krong Chatomouk. Il porta le nom de sacre, Preah Bat Samdech Preah Angkir Preah Thomma Reachea Moha Chakrapath. Il éleva sa première dame au rang de reine. Celle-ci porta le nom de sacre, Samdech Preah Phakavatey Sérey Tepi Neary Chakrapath. En 1479, la reine donna au roi un fils, nommé Ponhea Damkath Rechea. Quant au Srey Reachea, il avait aussi un fils, nommé Ponhea Ong Reachea.

Cette année, il y eut un tremblement de terre. La secousse durait pendant cinq heures. C’était un phénomène exceptionnel pour le pays. 

Cette nouvelle de couronnement de Thomma Reachea parvint à Srey Reachea. Il convoqua ses généraux pour les donner l’ordre d’attaquer Krong Chatomouk. Au même moment, il apprit que son neveu eut envoyé une armée pour attaquer ses garnisons dans les provinces, Stung Treng et Kompong Siem. Le contre-ordre de Srey Reachea était immédiat : Sa priorité, était d’envoyer les renforts aux deux provinces attaquées. Les batailles duraient plusieurs mois, comme il n’y avait ni vainqueur, ni vaincu, en 1479, l’année du rat, au mois d’avril, les deux rois décidèrent d’arrêter les combats pour se consacrer à la préparation de culture du riz.

La guerre civile entre les trois rois dura pendant dix ans, sans vainqueur, ni vaincu. En revanche cette guerre eut une conséquence catastrophique pour le pays. Pour cette raison, les trois rois se décidèrent de ne plus mener les opérations d’offensive contre les positions des autres. Chacun restait à sa position et régna sur son propre territoire.

Après trois ans de trêve tacite entre les trois souverains, Srey Reachea rompit cette pratique, il lança son armée contre celle de Srey Soryautey, mais sans remporter une victoire décisive. Cette nouvelle guerre, plongea à nouveau le pays dans la pauvreté et l’insécurité totale. On voyait apparaître des bandes d’armées de voleurs qui pillaient les villageois partout dans le royaume et des maladies qui sévissaient la population. Thomma Reachea en compatit et rassembla ses Moha Montrey (Grands dignitaires) et généraux pour leur dire ceci :

« Notre pays d'aujourd'hui est tombé dans les ténèbres. Le peuple souffre depuis fort longtemps de la guerre entre mon frère et mon neveu. En ce qui me concerne, j’avoue que je ne peux pas faire grande chose pour mettre fin à cette situation, parce que notre armée ne soit pas assez forte et nombreuse pour imposer la paix à ces deux belligérantes. Ils ont complètement perdu raison en tant que monarques, et se conduisaient tout le contraire des préceptes bouddhiques ».

Après quoi, il poussa un profond soupir et finalement, dit :

« Je ne vois qu’une solution, laquelle est d’aller solliciter l’aide du Roi du Siam pour régler notre guerre civile d’aujourd’hui. Que pensiez-vous de cette solution ? ».

Rappel : Thomma Reachea fut né de mère Siamoise, Preah Mneang Sisagame. Celle-ci, avant de devenir la première dame du Roi Ponhea Yat, était cousine et première dame du feu prince Indra Koma, prince siamois, couronné par son père, roi du Kampuchea en 1384, après la victoire de l’armée siamoise sur celle des Khmers. Elle était la fille de Khoun Troung Dân Moun, cousin de Ponhea Tekchau Krong Tep, haut dignitaire de la Cour d’Ayuthia (Siam).

Les partisans de Thomma Reachea, acceptèrent la solution proposée. Aussitôt dit, aussitôt fait, le Roi ordonna au Banchang Sara (Banchang = admirable, Sara = lettres, Banchang Sara = l’écrivain admirable), de rédiger une lettre au Roi du Siam dans les termes suivants :
Preah Bat Thomma Reachea, Roi Krong Chatomoul à Samdech Preah Buddhi Chauv Reachea Chakrapâth, roi Moha Krong Tep Srey Ayuthia,

Étant donné qu’actuellement dans mon Royaume, Krong Kampucheathipdei, sévissent le désordre et l’insécurité rendant soucieux les moines, les brahmanes et le petit peuple depuis plus de 10 ans ; étant donné que les rois, Srey Reachea, mon Auguste frère et Srey Soryautey, mon neveu, se donnent tous les plaisirs de faire la guerre pour leur ambition personnelle ; étant donné que la population des diverses provinces du royaume sous leur contrôle se voit pillée par des voleurs de grand chemin, faute d’avoir un souverain stable et fort. Moi, votre Aîné, roi du Krong Chatomouk, tous les Moha Montrey, les Montrey et les généraux de mon Royaume, vous demandent pour que vous veniez nous aider à pacifier notre pays, de protéger la religion, afin que la population puisse être heureux, grâce votre puissance et à vos mérites. Pour vous remercier de vos éventuels services rendus à notre pays, nous vous demandons de bien vouloir accepter de recevoir nos présents suivants : Quatre assiettes en or, quatre cornes de rhinocéros, quatre défenses d'éléphant, quarante Hol (nom d'une soie à motif), quatre Hap d'étoffe de soie (Hap, unité de mesure khmère pour les étoffes, un Hap = 60 Kgs)

Thomma Reachea dépêcha un Moha Montrey (haut dignitaire) khmer avec le message royal et les cadeaux d’usage à la capitale siamoise. Arrivés au Krong Tep, l’envoyé spécial khmer dépêché alla trouver le Ministre du palais qui le conduisit auprès de S.M. Moha Chakrapâth. Celui-ci ordonna qu’on traduisit le message du roi khmer. Ayant entendu le contenu de la missive, le Roi Moha Chakrapâth ordonna au général Ponhea Yauthir Nikar, Commandant en Chef de l’armée de terre d’envoyer 20 000 soldats au Kampucheathidei pour aider Thomma Reachea. L’armée siamoise franchit la frontière khmère par voie maritime pour débarquer à la province de Kampot (Peam et Bantey meas).

Dans le document « Histoire des Rois Khmers », tome III, déposé à la bibliothèque du palais royal sous le n° K 53-3, on écrit ceci :

Ayant appris que Thomma Reachea est né de mère siamoise, Le Roi Moha Chakrapâth était très content, et considéra ce dernier comme membre de la famille royale siamoise. Il convoqua les hauts dignitaires et les généraux pour leur dire ceci :

« Cette nouvelle est une aubaine pour nous, car il y eut quelques années, le Roi Srey Reachea était venu nous attaquer et enlever un grand nombre de notre population pour l’amener dans son pays. La demande d’aide du Roi Thomma Reachea, mon Aîné, nous donnions une occasion de nous venger contre le Roi Srey Reachea et de libérer notre population ».

Approuvé de ses hauts dignitaires, le roi siamois ordonna à un général de l’eau de partir par bateaux au Kampuchea en éclaireur avec 3 000 soldats. L’envoyé spécial khmer faisait partie de ce voyage avec en main un traité militaire pour faire l’approuver par son Souverain (fin du récit dans le document K 53-3). 

Le dimanche du 6 janvier 1485, à 9 heures du matin, le Roi Moha Chakrapâth, mettait son armure de guerre, monta sur le dos de son éléphant, ordonna à son armée de marcher vers le Kampuchea. Les troupes siamoises étaient commandées par 2 généraux de terre, Ponhea Moha Séna Samouhak Kralahom, Commandant en Chef du corps d’expéditionnaire, Chau Ponhea Chakrey Okgna Preah Klam Thipdai, Commandant des troupes de protection des flancs gauche et droite. L’armée siamoise pénétra à l’intérieur du Kampuchea par la province de Battambang.

Revenons au Roi Thomma Reachea, ayant appris l’arrivée de son ambassadeur extraordinaire, il dépêcha de l’accorder une audience royale. Ayant entendu les termes de traité siamois et approuvé de ses ministres, il ordonna au Moha Montrey, chargé des services généraux du Royaume, de commencer à l’installation des 3 000 soldats siamois dans la capitale, puis aux généraux de préparer des troupes pour partir rejoindre l’armée du roi siamois à Kiri Bârribor.

Le jour faste, se plaçant lui-même à la tête d’un millier de fantassins et de centaine de cavaliers, il se dirigea à la rencontre du Souverain siamois. Sur le dos de son éléphant, bien abrité par une triple cuirasse, Thomma Reachea, tint à la main droit un sabre dans un fourreau d’or, symbole du pouvoir martial du souverain, le cornac assis à l’arrière de la monture et un domestique au milieu portant le parasol. Il dirigea son armée jusqu’à Kiri Bârribor. Arrivé à cet endroit, il ordonna à ses troupes de camper pour attendre le roi siamois.

La rencontre entre ces deux souverains se ressemblait telle à une rencontre entre deux frères de sang. Le Souverain siamois s’adressa à son homologue khmer en l’appelant mon « Auguste Aîné » et le roi khmer lui répondit en l’appelant, mon « Auguste Cadet ». La confiance s’établit immédiatement entre les deux rois. Leur complicité se manifesta aussi. Après une journée de repos, le Roi siamois commença à s’entretenir avec le Roi Khmer sur les stratégies de pacification du Kampuchea. Première étape de cette opération était d’encercler le camp retranché du Roi Srey Reachea à Kompong Siem. Ayant appris la nouvelle, celui-ci convoqua les membres de son Conseil de guerre, au cours de cette réunion, il dit : « Que faire ? ». Son Premier ministre, Chao Vatulahâk Keo répondit au souverain avec son calme habituel :

" Étant donné que, nos soldats sont fatigués, parce qu’ils font la guerre depuis plus de dix ans déjà, étant donné, que nos vivres commencent à manquer pour nourrir l’armée, étant donné que, les attaques combinées entre l’armée siamoise et celle du prince Thomma Reachea, votre Auguste frère, contre la nôtre constituent une force colossale, étant donné que les troupes ennemies étaient fraîches, les nôtres qui ont tous mines caves. Votre Majesté, pour mon humble conseil, je pense que nous ne puissions pas aujourd’hui faire face cette offensive. Je suggère donc, à Votre Majesté de choisir la solution diplomatique, c’est-à-dire la « négociation » avec les ennemis au lieu de les répondre par la solution militaire,

Les paroles de Chao Vatulahâk furent contestées par des généraux présents à la réunion. Voici leurs arguments :

" Les soldats ennemis sont frais certes, mais ils n’ont aucune expérience aux combats. En revanche, nos soldats, malgré leurs fatigues, ils sont aguerris et dans toute la plénitude de leurs facultés pour abattre les ennemis. Nous faisons le serment de nous battre jusqu’à la mort contre ces ennemis pour la défense de Votre Majesté ".

Ayant écouté les arguments des deux parties, le cœur de Srey Reachea se balançait entre la thèse de sagesse et celle de guerre, mais, il savait que ces deux évocations se convertissaient vers un seul but, « Amour de la patrie ». En tant que responsable, il devait choisir une solution, parmi les deux conseils évoqués. Il y eut un silence mortuaire dans la salle du Conseil. Les hauts dignitaires, les généraux de terre et d’eau et les brahmanes, s’asseyaient convenablement sur le tapis brodé de fil de soie de couleur rouge et jaune, en face de leur monarque pour entendre sa décision royale. Srey Reachea poussa un profond soupir, dit :

« Notre pays est en guerre depuis fort longtemps. Le pays se trouve aujourd’hui dans une pauvreté extrême. L’insécurité est totale, les voleurs de grand chemin, qui sévissent les villageois jusqu’à dans leur maison. Cette situation fait souffrir notre population. Oui, mes chers généraux, je vous ai bien entendus tout à l’heure. Vous êtes tous assurément des braves, et personne ne songe à mettre en doute votre vaillance. Toutefois, laissez-moi vous dire, sans vous offenser que nous n’attendons rien à la solution de guerre, parce que la situation de notre pays d’aujourd’hui est complètement changée. Le Royaume est divisé en trois États concurrentiels, en plus, mon frère, travaille maintenant pour nos ennemis, il accueille leur souverain en grande pompe. Aujourd’hui, ils sont devant la porte de notre campement. Mes amis, je sais que vous êtes valeureux et je suis certain que nous pouvions encore affronter les troupes de nos ennemis, envahisseurs et rebelles, mais, il y aurait combien de morts encore et encore pour que notre pays retrouve la paix. Je décide donc de choisir la voie de négociation pour un seul but : Epargner la vie de nos compatriotes et de nos soldats. Dans cette négociation, nous allons imposer nos conditions à mon frère et au souverain siamois en trois points : 1. Arrêter immédiatement les hostilités militaires entre les trois parties rivales khmères ; 2. Régler les problèmes de couronnement. Sur ce point, nous allons demander au Souverain d’Ayuthia d’être notre arbitre ; 3. Signer un traité de paix avec le Royaume d’Ayuthia. Bien entendu, sur ce point, nous allons accepter de libérer les familles et prisonniers siamois, lesquels ont été enlevés par nous pendant la campagne du Siam ».

Approuvé de ses membres du Conseil de guerre, le Roi dépêcha un émissaire pour en informer Thomma Reachea. Celui-ci étant très content de la proposition de son frère, il en informa immédiation, à son hôte royal, le souverain siamois. Après discussion, ces deux alliés décidèrent d’en proposer au troisième prince khmer, Sreay Soryautey, avec une lettre d’invitation à réunion de paix et de conciliation entre les parties rivales khmères. La date de cette rencontre fut fixée le 9 février à Râug Torg (Aujourd’hui, on ne trouve, ni le nom, ni l’endroit. Il est fort probable qu’il se trouve quelque part dans la province de Kompong Cham). Ayant lu cette proposition, Srey Soryautey convoqua ses partisans pour en étudier. Après l’examen dudit projet, le Prince et ses ministres acceptèrent la proposition. Cette acceptation était motivée par les arguments suivants :

« Sur le 1er point : Depuis plusieurs mois, les trois armées ne se battaient plus. Sur le 2e point : Son frère, Srey Reachea est très âgé, quant au prince Thomma Reachea, il est moins âgé que lui. Si on devait prendre le critère d’âge comme d’ordre de succession du trône ; après la mort bientôt de Srey Reachea, le trône reviendra automatiquement à lui. Il peut donc attendre. Sur le 3e point : Cette proposition est raisonnable ».

Après quoi, Srey Soryautey donna sa réponse favorable à l’invitation du Souverain siamois et son neveu. Ceux-ci étant fort contents, ils firent construire une grande salle d’audience pour le roi siamois, laquelle était entourée par des palissades. À la date prévue, Srey Reachea arriva à Râug Torg avec les membres de son état-major et un petit détachement de cavalerie. Aussitôt arrivé, le Roi khmer fut invité par son homologue siamois pour un entretien privé. Dans la salle d’audience, il n'y eut que deux souverains qui s’assirent face à face à une bonne distance l’un de l’autre. Après échangés quelques mots d’accueil et de politesse. Mais à peine cet usage était-il terminé, le Souverain siamois prononça à l’adresse du Roi khmer ceci :

« Presque deux décennies, Votre Majesté fait la guerre. Votre désir d’aujourd’hui, c’est de mettre un terme aux conflits entre les membres de votre famille royale. Je vous en félicite, parce que cette décision est une bonne décision. J’ai le fervent désir de venir en aide à votre pays qui est dans un état de tristesse pour le bouddhisme. Comme vous aimiez bien cette religion, je vous invite donc à venir avec moi dans mon pays pour consacrer tout votre temps à y pratiquer. En ce qui concerne votre fils, Ponhea Ong, je l’amènerai aussi avec moi et je l’adopterai comme mon fils et il se mariera avec une de mes filles. Je n’ai rien de spécial à rajouter ».

Le souverain d’Ayuthia remercia, encore une fois, avec la plus grande civilité le roi khmer d’être venu, puis il se leva et quitta la pièce avec une satisfaction évidente. Mais juste à ce moment, on aperçut quelques gardes siamois qui, l’épée au clair, entrèrent dans la salle pour amener le roi khmer à un endroit inconnu. Après quoi, les partisans de Srey Reachea furent informés par un colonel siamois que leur roi eut accepté l’invitation de son Roi pour se rendre au Siam. Ayant peur d’être arrêtés à leur tour par les siamois, ces derniers quittèrent immédiatement les lieux pour retourner à Kompong Siem.

Parlons de Srey Soryautey, ayant appris que son oncle fut arrêté par le roi siamois, il en était fort content, disant qu’il sera désigné roi des Khmers, parce qu’il était plus âgé que Thomma Reachea, et si ce n’était pas le cas, il demandera au dernier de partager le pays en deux parties égales. Il était certain que ce dernier accepte au moins cette solution. Cet espoir n’était qu’un rêve pour lui, parce qu’il fut arrêté, à son tour, par le souverain siamois. Ayant appris de cette nouvelle, les partisans de Srey Soryautey se retirèrent de Raug Torg et retournèrent chez eux.

Après la victoire, Thomma Reachea, le nouveau souverain khmer et Preah Chau Chakrapath quittèrent Raug Torg. Arrivés à la province de Longvek, les deux souverains se réunissent pour la dernière fois, avant de retourner dans leur capitale respective, pour une cérémonie d’échanges de cadeaux, et suivi par un grand banquet. Thomma Reachea avait offert à son homologue siamois les cadeaux suivants :  180 kgs d’argent, 6 paires de défenses d’éléphant,  200 chevaux, 600 kgs d’étoffes de soie, 300 kgs de cotons, 300 pièces de Hol et de soie chinoise, 100 pièces de rubis et toutes les familles siamoises enlevées par l’armée khmère pendant la campagne du Siam.

En échange, le souverain siamois avait offert au souverain khmer les cadeaux suivants : un chapeau siamois en or, un plateau en or, une statuette d’un oiseau mystique (Krouth), une statuette de Bouddha, le support de plateau en or, une statuette d’Apsara, un sabre avec fourreau en or, un parasol, six plateaux, une étoffe birmane brodée (Sampot) en or, cents paires de défenses d’éléphant et une tabatière.

Le lendemain matin, ces deux souverains se séparèrent pour retourner auprès les siens. Avant de monter sur sa monture, d’un geste amical, le souverain siamois tapota le dos de son Aîné et dit, « Votre Majesté sera un bon roi ». Soudain, retentit le roulement des tambours de la victoire, les deux armées firent le mouvement pour suivre les cortèges royaux. Le roi siamois prit le chemin de retour en passant par les provinces Pursat, Battambang, Mongkul Borey, Reusay Sâch et Batrank. Le cortège royal siamois était accompagné par cinq Grands gouverneurs khmers (Gouverneur ayant le grade 10 Houpân). Jadis, le Cambodge avait cinq grands gouverneurs : Ponhea Dekchau, Grand gouverneur de Kompong Svay, Ponhea Sour Lauk, Grand gouverneur de Pursat, Ponhea Thomma Dekchau, Grand gouverneur de Baphnom, Ponhea Pisolauk, Grand gouverneur de Trâng, Ponhea Ar Choûn, Grand gouverneur de Tpaûk Khoum. 

Arrivé à Batrank, le Roi ordonna à ses troupes de camper pour se reposer pendant trois jours. C’était à cet endroit, où Srey Reachea, ancien roi khmer meurt de tristesse et de lassitude. Depuis sa capture, il avait refusé de s’alimenter. Quinze jours après, Srey Soryautey meurt de maladie. Preah Chau Chakrapath ordonna aux brahmanes de célébrer les funérailles de ses deux prisonniers d’État en conformité avec la tradition des rois khmers.

Arrivé au Krong Tep, capitale d’Ayuthia, Preah Chau Chakrapath adopta Ponhea Ong, comme fils. Celui-ci portait le nom siamois, Preah Sothear Reach. Il épousera plus tard une des filles de son père adoptif.

Retournons maintenant au Krong Kampuchea Thipdei. Après la fin de la guerre, le Roi, Thomma Reachea lança une grande campagne de reconstruction du pays dans tous les domaines : Religieux, éducation nationale, administratif, militaire, finances et travaux publics. Et pour soulager la population, il décida d’exempter pendant trois années les impôts sur les individus et les taxes fonciers sur la capitale.

 (Suite au numéro 12)     

   

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 05:28

Sources : Champa.net

Le Champa : le pays et ses hommes

L'épigraphie, les textes chinois et viêtnamiens, les manuscrits en caractères cham, ainsi que les récits des voyageurs arabes et occidentaux, nous apprennent qu'il exista dans l'actuel centre Viêt Nam un pays de grande civilisation : le Champa. 

Contrairement à ce que les chercheurs ont longtemps cru, ce pays ne s'étendait pas seulement sur les plaines littorales de la mer de l'Est : il a englobé aussi les hauts plateaux situés à l'ouest de celles-ci. Quant à sa population, elle n'était pas composée uniquement de Cham vivant au bord de la côte, mais était polyethnique, rassemblant en plus des Cham, toutes les ethnies vivant en altitude.

La population cham n'était pas très nombreuse : elle était estimée à 200 000 environ au début du XIIème siècle. Elle se divise en Cham et en Sauvages des hautes terres auxquels les Cham donnent le nom de Kiratas et qui regroupent notamment les populations Ba Na, Gia Rai, Ê Ðê, Ra Glai et Chu Ru.

La religion principale des Cham était l'hindouisme, c'est-à-dire l'adoration des trois dieux de la Trimurti indienne : Brahma, Visnu et Çiva. Mais ils pratiquent également le bouddhisme. Les 2/3 des Cham vivant actuellement au Champa pratiquent encore le brahmanisme, alors que la totalité de ceux qui ont quitté le pays pour aller s'installer au Cambodge sont devenus musulmans.

Comme la religion, la hiérarchie sociale était hindoue et les Cham étaient divisés en quatre castes (Brahmanes, Ksatriyas, Vaiçyas et Cudras). La tradition cham parle souvent de deux clans (lignées) qui se partageaient le pays : le clan de l'aréquier (Kramuka) dans l'état du Panduranga et celui du cocotier (Narikela) qui dominait au Nord.

La marque du pouvoir royal était le parasol unique. L'autorité du roi était absolue : il avait droit de vie ou de mort, nommait aux charges et emplois, et l'administration du pays était tout entière entre ses mains. Il portait souvent le titre de «Roi des rois» (Rajadiraja) ou de «Seigneur de la terre entière du Champa» (Po Tana Raya).

Le Champa n'était pas un état centralisé mais une sorte de fédération dont les composantes jouissaient chacune sur le plan politique interne d'une autonomie plus ou moins effective. La hiérarchie des fonctionnaires provinciaux correspondait à la division territoriale du royaume. Il était partagé en grandes circonscriptions qui furent tantôt au nombre de trois, tantôt au nombre de quatre :

-
Amaravati où se trouvaient Indrapura, une des capitales du Champa, et Sinhapura qui lui servait de port. L'emplacement d'Indrapura serait marqué aujourd'hui par les ruines de Ðông Duong. L'Amaravati correspond à peu près aux actuelles provinces de Quang Nam et de Quang Ngãi, mais elle s'est étendue jusqu'à la porte d'An Nam.

-
Vijaya, au centre, dont le chef-lieu éponyme devint la capitale à partir de l'année 1000. Son port était Çri Vinaya. Vijaya correspond à la province de Bình Ðinh.

-
Panduranga (Panran dans sa forme indigène) eu pour capitale Virapura, qui porta aussi le nom de Rajapura (aux environs de Phan Rang - Tháp Chàm). Cette principauté était la plus grande des circonscriptions.
Elle comprenait
Kauthara qui, à certaines époques, en fut détaché et forma la quatrième des grandes divisions territoriales avec Yanpunagara comme chef-lieu. Les provinces de Khánh Hòa et Phú Yên forment le Kauthara, celles de Bình Thuân et de Ninh Thuân le Panduranga.

Ces circonscriptions étaient divisées en provinces. Les communes, villes et villages formaient la dernière division territoriale du pays. Il y en aurait eu plus de 100 dont la population variait entre 300 et 700 familles, la capitale Vijaya en comptant plus de 2 500 en 1069.

Le début et apogées (192 – Xème siècle)

Les débuts du Champa

Il semble que la fondation du royaume a eu lieu en 192. Alors que les populations cham qui vivent au sud de la porte d'An Nam (Hòanh Son) sont probablement réparties en différentes principautés, ceux du Nord dépendent du pouvoir chinois des Han qui y occupent le Nhât Nam (Je Nan). Ce sont eux qui provoquent le mouvement insurrectionnel dont a profité Çri Mara, premier roi Cham, pour se faire proclamer roi des principautés cham. Ce nouveau pays dont les habitants parlent une langue austronésienne s'agrandit vers le nord jusqu'à la porte d'An Nam puis englobe les principautés hindouisées qui se trouvent au sud. En 347, Fan Wen (336-349) devient maître du Nhât Nam et fixe comme frontière entre l'empire chinois et le royaume de Champa le Hòanh Son.

Bhadravarman I (399-413) est le premier souverain cham à construire un temple à My Son. Ce cirque deviendra le premier sanctuaire du Champa où les rois y élèveront de nombreux temples religieux.

Au cours des IVème, Vème et VIème siècle, le Champa, qui était dénommé Lin Yi par les Chinois, tente à plusieurs reprises de s'étendre au delà de la porte d'An Nam, région de peuplement proto-viêtnamien. Vers 440-450, les Chinois envahissent le Champa. Tout le pays est occupé et les temples saccagés. Mais cette région difficile à gouverner en raison même de l'absence de routes, reste soumise, de fait, à la domination cham.

Les textes chinois rapportent qu'à partir de 758, le nom de Lin Yi fut remplacé par celui de Houan Wang. Qui devint Tch'eng-cheng entre 875 et 1044.

L'apogée du Champa

Pendant presque 200 ans, à partir du VIIIème siècle, le Champa va atteindre sa plus grande expansion, s'étendant de la porte d'An Nam au nord, au bassin du Donnai au sud. Au cours du IXème siècle, les rois du Champa multiplient les fondations bouddhiques à Ðông Duong, mais aussi hindouistes à My Son. Et à l'aube du troisième quart de ce siècle, ils déplacent leur capitale du sud vers le nord du pays, sur le site d'Indrapura.

C'est de cette époque que le Champa emprunte à l'hindouisme son système social, sa conception de la royauté, ses cultes et la langue sanscrite.

La fin du Xème siècle : le tournant de l'histoire

Après une période de calme, le Champa a à faire face à diverses pressions comme une invasion cambodgienne en 950. Puis c'est en 982 une attaque viêtnamienne au nord menée par Lê Hòan, date qui marque l'irruption des Viêt sur la scène politique de l'Indochine orientale. La création d'un royaume indépendant viêtnamien (Ðai Viêt) transforme les relations entre Viêt et Cham en rapports de force. En l'an 1000, les rois cham abandonnent leur capitale Indrapura, trop proche du territoire annamite et, par prudence, se retirent beaucoup plus au Sud, à Vijaya.

Rudravarman III (1061-1074), prisonnier de Ly Thánh Tông qui avait envahit le Champa, échange sa liberté contre les trois provinces septentrionales du pays en 1069, c'est-à-dire la région s'étendant de la porte d'An Nam (Hoành Son) aux environs du col de Lao Bao. C'est porter la frontière du Champa à l'embouchure du Viêt, amoindrissement important de territoire auquel les rois cham ne s'y résoudront que difficilement, et après avoir repris, rendu et lutté maintes années pour la possession des trois provinces de Ðia Ly (l'actuelle sous-préfecture de Lê Ninh dans le Quang Bình), Mà Linh (qui correspond à Bên Hai et Do Linh, soit le nord du Quang Tri jusqu'à l'embouchure du Viêt) et Bô Chánh (les trois actuels Huyên de Quang Trach, Bô Trach et Tuyên Hóa dans le Nord du Quang Bình).

Malheureux dans l'entreprise d'envahir le Ðai Viêt, les souverains Khmer reportent toute leur ardeur conquérante sur le Champa. De 1203 à 1220, le Champa est une province khmer, pendant quelques années divisé en deux royaumes vassaux du Cambodge : le royaume de Vijaya au nord ayant pour roi un prince cambodgien et le royaume de Panduranga au sud gouverné par un souverain d'origine Cham mais inféodé au Cambodge.

Puis, c'est au tour des Mongols, devenus maître de la couronne chinoise, d'occuper le Champa devant son refus de lui prêter serment de vassalité. Mais cette campagne d'occupation du pays coûte cher à Koubilaï. Le souverain cham, cantonné dans les montagnes, reconstitue sans cesse ses troupes que les Mongols dispersaient, sans progresser d'un pas dans un pays où ils souffrent de la chaleur. En 1285, les Mongols quittent définitivement le royaume.

Le sursaut de Chê Bông Nga (950-1390)

Alors qu'il venait de subir une occupation khmer de dix-sept ans, une occupation mongole de deux ans et une attaque viêtnamienne sans perdre la moindre parcelle de territoire, le Champa va, au début du XIVème siècle, se trouver amputé de sa partie septentrionale. La bonne entente entre l'empereur annamite Nhon Tôn et le roi cham Jaya Simhavarman III (1285-1307) conduit celui-ci à lui céder en 1306 les deux provinces de Ô et de Ly qui devinrent Thuân Châu et Hóa Châu (sud de Quang Tri et de la province de Thua Thiên).

Mais les Cham habitant Ô et Ly supportent mal la domination annamite. Le roi et sa cour regrettent ces provinces et souffrent de voir la frontière nord ramenée au col des Nuages. Les incursions y sont alors fréquentes, plus encore le sont les actes de rébellion envers les colons annamites.

De 1360 à 1390, c'est le règne de Chê Bông Nga qui vera l'apogée territoriale du Champa. Profitant de la neutralité bienveillante du premier empereur de la dynastie des Ming, Chê Bông Nga se lance dès les années 1361 dans une série de campagnes militaires victorieuses contre le Ðai Viêt qui se succéderont sans interruption jusqu'à la mort du souverain cham.

En 1371, Chê Bông Nga entre dans la capitale annamite. Il sera maître du Thuân Hòa, du Tân Bình et du Nghê An, le Thanh Hòa étant soumis à des incursions continuelles. C'est en envahissant de nouveau le Ðai Viêt que Chê Bông Nga trouve la mort en 1390. Au lendemain de sa mort, le Tân Bình et le Thuân Hòa que le roi Cham avait annexés, font soumission à l'An Nam.

Le règne de Chê Bông Nga n'a été qu'un brillant intermède qui a temporairement voilé l'état moribond dans lequel se trouvait le Champa hindouisé. En effet, la civilisation de ce pays est depuis longtemps déjà en décadence, du fait de l'étiolement de la culture sanscrite, support de l'hindouisme mahayana qui avait jusqu'alors servi d'assise aux structures politico-sociales du Champa. Cet étiolement est en partie dû aux invasions musulmanes qui ont eu lieu à la fin du XIème siècle en Inde, coupant tout lien avec ce pays de l'Indochine et tarissant les apports culturels qui avaient jusque là régulièrement revivifié la civilisation du Champa hindouisé.

De plus, la crédibilité de l'ordre hindouiste que l'on disait instauré par les dieux avait été mis à mal par les Khmer, Viêt et Chinois. Cette crise des valeurs spirituelles qui servaient d'assise au Champa hindouisé a largement contribué à le déstabiliser au cours de ce siècle, expliquant que le sursaut de Chê Bông Nga soit resté sans lendemain.

La fin du Champa hindouisé

À peine Jaya Simhavarman V (1400-1441) s'installa sur le trône qu'il voit son territoire envahi par une nouvelle armée annamite. Craignant pour sa couronne, il offre à l'empereur Quí Ly la province d'Indrapura et l'actuelle province de Quang Ngãi. C'est un gros sacrifice puisqu'il correspond à l'abandon de l'ancienne capitale des rois cham et du sanctuaire où, depuis des siècles ils accumulaient richesses et trophées. C'est donc tout le territoire d'Amaravati que perd le Champa qui se trouve maintenant privé de ses provinces riches en rizières et réduit à une région pauvre et montagneuse. 

L'attaque des Chinois sur le Ðai Viêt en 1407 et la révolte de Lê Loi pour reconquérir l'indépendance offre un répit au Champa qui récupère provisoirement l'Amaravati. Mais le conflit entre les deux pays, qui se rallume en 1445, débouche sur la prise de Vijaya. La cour d'An Nam, fatiguée d'avoir à lutter contre le Champa sans pouvoir l'atteindre efficacement, l'envahit en 1471 et lui porte le coup de grâce. Lê Thánh Tông prend Vijaya et la rase, fait décapiter plus de 40 000 Cham et en déporte plus de 30 000. Enfin, il entreprend une destruction systématique de tout ce qui symbolise la culture du Champa hindouisé qui cesse alors d'exister.

La prise définitive de Vijaya marque l'aboutissement d'une longue lutte qui, pendant cinq siècles, a opposé la civilisation hindouisée représentée par le Champa à la civilisation sinisée véhiculée par l'ethnie Viêt qui poussait vers le Sud. Cette lutte entre ces deux protagonistes a donc été marquée par les reculs successifs du Champa, bousculé par la poussée démographique viêtnamienne.

Le roi annamite envoit alors ses troupes jusqu'au mont Thach Bi où elles érigent une borne en pierre pour marquer la nouvelle frontière méridionale du Ðai Viêt. Concrètement, l'occupation des troupes viêtnamiennes ne dépasse pas le col de Cù Mông, l'actuel Phú Yên (le nord du Kauthara) devenant un «no man's land» entre les deux pays.

Après son écrasante victoire, on aurait pu croire que le Ðai Viêt annexe tout le territoire du Champa. Mais le royaume annamite n'a alors pas les moyens matériels qui lui permettent de contrôler la totalité de l'ancien Champa. Aussi son souverain Lê Thánh Tôn n'annexe donc que la partie la plus proche de son domaine, celle qu'il peut facilement intégrer à son royaume avec le minimum de difficultés. Après 1471, les territoires pris au Champa sont placés sous le commandement de gouverneurs militaires de frontière, mais de nombreux fonctionnaires cham sont maintenus.

Le Panduranga

De 1471 à 1653 : la perte du Kauthara

En abandonnant à Bô Trì Trì les terres du Kauthara, du Panduranga et des hauts plateaux de l'Ouest, les Viêt permettent au nouveau souverain cham de reconstituer un royaume de Champa. Ce royaume qu'organisent Bô Trì Trì et ses successeurs dans le sud de l'ancien Champa va reposer sur un mélange de notions puisées dans le vieux fonds indigène oriental du sud, d'éléments de culture indienne plus ou moins bien assimilés par les populations de cette région et, à partir du XVIIème siècle, de quelques thèmes choisis parmi ceux véhiculés par l'islam, qui venait de s'implanter dans les ports et cités du Panduranga et du Kauthara.

À partir du XVIème siècle, le Ðai Viêt va connaître une lutte de pouvoir entre les seigneurs Trinh du nord et les seigneurs Nguyên au sud qui avaient installés leur capitale à proximité de Huê. Ce sont ces derniers qui vont reprendre à leur compte la poussée viêtnamienne vers le sud, se heurtant à la résistance des souverains du nouveau Champa.

Des incursions cham sur le Quang Nam suscitent une réaction violente des Nguyên qui, en 1611, après une campagne éclair, s'emparent de la partie nord du Kauthara, du col de Cù Mông jusqu'au mont Thach Bi, et y installent des anciens partisans des Trinh. En 1653, les Nguyên se saisissent de toute la région de Cam Ranh, c'est donc tout le Kauthara qui devient viêtnamien. Le Champa se trouve désormais réduit au territoire du seul Panduranga.

La période 1653-1771 : l'effritement du Panduranga

Au cours du XVIIème siècle, des Viêtnamiens s'installent dans la région de Bà Ria et de Biên Hòa. Ces colonies attirent l'attention des Nguyên qui, profitant de crises intérieures au Cambodge, s'emparent de ces territoires. La prise de Biên Hòa place le Panduranga dans une situation nouvelle puisque le pays se trouve avoir une frontière commune avec le Ðai Viêt au nord comme au sud, coupant le domaine des Nguyên en deux.

En 1692, le seigneur Nguyên décide d'annexer le Champa, changeant le nom que les Viêt lui donnaient jusque là (Chiêm Thành) en marche de Thuân Thành, transformé un mois plus tard en préfecture de Bình Thuân. Mais suite à un soulèvement un an plus tard, le roi Nguyên rend son autonomie au Panduranga tout en affirmant sa souveraineté sur les Viêt, de plus en plus nombreux, qui s'étaient installés sur ce territoire et soumis à la seule autorité du prince cham.

Une préfecture viêtnamienne de Bình Thuân est donc créée en 1697, malgré l'opposition du souverain cham Po Saktinaydaputih. Cette préfecture ne forme pas un territoire unifié car les villages peuplés de Viêt se trouvent assez éloignés les uns des autres.

L'agonie et la fin du Champa (1771-1835)

Alors qu'en 1771 éclate la révolte populaire des Tây Son contre la tyrannie des Nguyên qui oblige ces derniers à se réfugier dans le delta du Mékong, le Panduranga-Champa se trouve placé entre les deux antagonistes, le plongeant sans l'avoir voulu, dans un conflit qui ne le concernait pas. Le Panduranga se trouve ainsi transformé en champ de bataille tout au long de la guerre. Et cette guerre qui se déroule en grande partie sur son territoire ne permet pas au Panduranga-Champa de garder son indépendance.

À partir de 1793, le Panduranga est définitivement occupé par l'empereur Gia Long qui rétablit la préfecture de Bình Thuân ce qui incite les Viêt à s'y installer en grand nombre. Si bien que certaines parties du pays prennent l'aspect d'un véritable puzzle ethnique et l'organisent comme s'il était en voie d'annexion.

Le Panduranga est placé, après la victoire des Nguyên sur les Tây Son, sous le double protectorat de l'empereur Gia Long et du vice-roi de Gia Ðinh (l'ancienne Sài Gon) Thành Lê Van Duyêt, et sous le gouvernement de Po Sau Nun Can. Il bénéficie alors d'une grande autonomie avant que Minh Mêng ne lui gomme peu à peu ses pouvoirs et, en 1832, le raye de la carte. Le Panduranga-Champa a définitivement cessé d'exister. La viêtnamisation du Panduranga est accélérée, les Cham écrasés de corvées sont refoulés vers les zones de l'Ouest.

Différents soulèvements se produisent, le dernier étant l'insurrection de Ja Thak Va (1834-1835) qui l'organise comme un véritable mouvement de libération. Puis, la cour de Huê, afin d'éviter de nouveaux soulèvements, scinde les villages des survivants en hameaux qui sont éparpillés au milieu de villages viêtnamiens, entraînant sur le terrain une redistribution ethnique et une destruction des structures culturelles et socio-culturelles des Cham.

Les frontières de l’Ouest

On sait peu de choses sur les limites occidentales du royaume du Champa. Ce qui est certain, c'est qu'à la fin du Vème siècle, la région connue au Laos sous le nom de Champassak (région de Pac Xê), se trouvait sous la protection du Lin Yi, territoire qu'il a perdu au VIème siècle. On y trouve aujourd'hui un certain nombre de vestiges archéologiques, témoins de la présence cham au Laos, comme la pagode Phoxay à Ban Saphaï. Mais surtout, la ville même de Champassak est célèbre pour les ruines de Vat Phou, une des oeuvres architecturales les plus merveilleuses que la civilisation cham a laissé au Laos. 

De plus, un certain nombre d'ethnies montagnardes des hauts plateaux relevaient du Champa et obéissaient à certains de ses dignitaires. Jaya Simhavarman III (1139-1145) fit construire sur les hauts plateaux, à l'ouest de l'actuelle province de Ðak Lak, le temple de Ya Prau. L'existence de nombreux vestiges cultuels à Gia Lai, Ðak Lak et Lâm Ðông permettent de penser que si toute cette région était englobée dans la sphère religieuse du Champa, ce ne peut être que parce que celui-ci y exerçait sa domination.

Il n'existait probablement pas de frontière commune entre le Champa et le royaume khmer qui étaient séparés l'un de l'autre par un «no man's land», zone neutralisées qu'aucun des deux pays ne cherchaient réellement à inclure dans son territoire.

Une des mesures prise par Lê Thánh Tông en 1471 pour détruire la puissance du Champa, est de le partager en trois principautés vassales du Ðai Viêt : Chiêm Thành (ce qui reste du Champa et où Bô Trì Trì reçu l'investiture du souverain annamite), Hoa Anh et Nam Bàn. Ces deux derniers pays dont les gouvernants recoivent le titre de Vuong (roi) correspondent à l'hinterland des provinces méridionales du Centre actuel, vaste région de plateaux s'étendant jusqu'aux Boloven laotiens à l'ouest.

Si les historiens situent mal exactement le Hoa Anh, il semble que le Nam Bàn est précisément situé à l'ouest du Phú Yên et du Quang Nam, là où habitent le roi-génie du feu et le roi-génie de l'eau (Thuy Xá et Hoa Xá). Ces deux états de Thuy Xá et de Hoa Xá, tributaires et vassaux des seigneurs Nguyên depuis 1558 englobent donc les plateaux du Ðak Lak et de Kon Tum, pays des tribus Gia Rai, Ê Ðê, Ba Na et Xo Ðang. Les chefs de ces tribus, auxquels ont été donné les titres de Roi du Feu (Patau Apvi) et de Roi de l'Eau (Patau Aya), ont reçu de la dynastie royale cham, avant son extinction, des insignes royaux qui leur confèrent une influence morale considérable à cause des vertus extraordinaires qu'on leur a attribuées.

La résidence du Patau Apvi à cette époque se situe dans la région de Che Reo (A Yun Pa) et celle du Patao Aya dans le Ðak Lak, ce qui correspond donc à une zone de hauts plateaux où on trouve encore des vestiges historiques et cultuels de l'ancien Champa (Po Klong Garai, Yang Prong, Yang Mum, Cheo Reo...).

Le Champa aujourd’hui

Tout au long de son histoire, le Champa a dû, faute d'une base économique forte capable de nourrir et d'encourager une population abondante, reculer peu à peu devant la pression viêtnamienne. Désormais sans armée et sans ressource, les Cham seront à la merci des Annamites qui les refouleront d'abord, puis prendront leurs derniers territoires. Et si les derniers survivants avaient pu préserver certains aspects de leur culture, le Nam Tiên (marche des Viêt vers le Sud) a eu pour conséquence pour les Cham une assimilation politique et économique ne tenant nullement compte de leurs particularismes socio-culturels. Mais le plus étonnant est quand même qu'un art original s'y soit développé dans un contexte historique aussi troublé. 


De ce royaume qui a disparu peu à peu sous les coups des Viêt descendant vers le sud, il ne reste aujourd'hui que des vestiges archéologiques (Trà Kiêu, My Son, Ðông Duong...) et trois groupements humains :

- le premier, qui compte environ 300 000 personnes, est implanté sur les hauts plateaux du Centre Viêt Nam. Il est composé des ethnies montagnardes dont les parlers appartiennent à la famille austronésienne (Gia Rai, Ê Ðê, Chu Ru, Ra Glai) et de quelques groupes parlant des langues austroasiatiques (Ma, Xtiêng, Hrê).
- le second groupement, l'ethnie cham à proprement parlé, vit dans les deux provinces de Bình Thuân et de Ninh Thuân (80 000 individus) et dans la région de Châu Ðóc et de Hô Chí Minh Ville (15 000 personnes).
- enfin, 150 000 personnes se sont installées au Cambodge où elles ont émigré depuis le Kauthara et le Panduranga à partir du XVIIème siècle.

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 13:15

Aperçu sur l’évolution de la presse au Cambodge (Suite et fin).

Avertissement : Auteurs : MM. Soth Polin, Directeur du journal Nokor Thom, et Sin Kimsuy, chargé de cour à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques. Ils ont écrit cet essai en langue française en 1974 et publié en février de la même année.

II. Presse et Gouvernement

Code de Presse.

À l’instar de la presse libérale de l’occident, dont elle s’est largement inspirée, la presse khmère d’aujourd’hui se veut une presse d’opposition. Mais la tâche n’a pas été facile.

En juin 1972, le Ministère de l’Information a publié un code de presse fort sévère qui apparaît aux yeux des journalistes comme épée de Damoclès.

Il est écrit dans le code que la presse est libre mais qu’elle ne doit pas porter atteinte à l’honneur des personnes, à la sécurité nationale, aux bonnes mœurs. L’honneur des personnes, c’est celui se rapportant à la dignité des individus et surtout à leur vie privée (article 2 et 21). Seulement au Cambodge les tenants du pouvoir acceptent difficilement de distinguer leur responsabilité publique et leur vie privée. Quand la presse s’en prend à un haut fonctionnaire pour affaire de corruption, par exemple, ce dernier réagit invariablement en l’accusant de proférer des attaques personnelles, mesquines, visant à ruiner sa réputation.

L’atteinte aux bonnes mœurs et à la sécurité nationale non plus n’est pas clairement expliquée. On ne saurait connaître dans une juste proportion, la limite qui sépare le permis et le défendu. Les journalistes doivent savoir eux-même s’adapter aux circonstances, flairer l’atmosphère, s’auto-censurer les termes pour ne pas aller trop loin. Les dangers peuvent surgir à chaque instant : on risque de trouver, chemin faisant, la prison ou la ruine sans parler de la vengeance des puissants. C’est ainsi que la maison du directeur du journal Nokor Thom a reçu le 9 janvier 1972 une charge de plastic pulvérisant sa voiture, parce que le journal s’est permis de ridiculiser un politicien lié intimement à un très puissant général, et M. Vath Van, l’un des directeurs de publication du journal Khmers-Ekareach, a reçu un coup de hache pour s’être moqué de la même personne.

Dans l’article 22 du code de presse, il est spécifié que la presse peur critiquer librement la politique et l’action du gouvernement. Mais cette critique ne doit pas être injurieuse. La critique qui n’est pas accompagnée d’injures mais « faite de mauvaise foi pour entraver l’action gouvernementale ou de la justice » n’est pas de même, autorisée.

Dans l’article 32, il est interdit de servir de la presse pour outrager.

« a/ Le Président de la République, le Vice-Président de la République, les chefs et les membres du clergé bouddhique des deux ordres ;

b/ Le Chef de l’Eat, ambassadeur, le chargé de mission ou le consul des pays entretenant des relations diplomatiques avec ma République Khmère ;

c/ Les députés, les sénateurs, les membres du Gouvernement, les membres de la Cour Suprême, du Conseil Supérieur de la Magistrature, de la Cour Constitutionnelle, de la Haute Cour de Justice et de tous les autres corps constitués, les agents des services administratifs, les militaires ou les citoyens chargés provisoirement ou habituellement d’un mandat administratif ou électoral, en ce qui concerne les activités intéressant la mission ou la fonction des intéressés ;

d/ Les personnes privées, qu’elles soient des individus privés ou des entités légales ;

e/ Les personnes décédées dans le but de porter atteinte à l’honneur et au prestige des héritiers, conjoints ou mandataires qui sont encore vivants.

Est réputé outrage tout terme méprisant ou injurieux ».

On voit bien la marge étroite de manœuvre pour un journaliste qui essaye d’accomplir convenablement sa tâche, puisqu’il ne peut blâmer personne. L’outrage, le mépris ou l’injure, ce sont des termes vagues et généraux pouvant être interprétés de différentes façons. Un journaliste sera donc condamné ou gracié selon le bon vouloir de l’autorité. En somme, il faut essayer de faire des éloges à tout le monde. Ce qui s’avère ridicule, car quand les choses se passent honorablement ou bien sont normales, on sent l’inutilité de les relater dans la presse : Comme un chien qui mord un homme, alors qu’on ne doit pas manquer de faire si c’est l’homme qui mord le chien.

Diffamation :

Les procès intentés contre la presse pour diffamation sont employés par les hommes occupant de hautes fonctions ou par le gouvernement lui-même pour faire reculer les journalistes. Pourtant des hauts fonctionnaires, dans leur plainte devant le tribunal devient souvent du problème soulevé. Pour se disculper aux yeux de l’opinion, ils soulignent à n’en plus finir leur compétence, grossissent le bon accomplissement de leur travail, mais ils s’abstiennent de répondre coup pour coup aux accusations portées contre eux, c’est-à-dire de se justifier. Ils contre-attaquent globalement en répétant que la presse les diffame, par exemple, ou « qu’elle travaille pour les communistes ». Et ils visent, guettent un point faible dans les mots, cherchent une défaillance, une négligence dans les termes employés par les journalistes pour les prendre à la gorge. C’est à croire qu’ils cherchent les fautes de grammaire.

Du temps de l’absolutisme du prince Sihanouk, en 1969, le journal Sovanphoum (le village d’or) a été condamné à une forte amende (104 000 Riels = 2 080 dollars à l’époque) pour avoir diffamé M. Kou Roun. Sa faute de l’avoir appelé « Asora », l’orgre.

Le Prince Sihanouk en personne, en tant que Chef de l’État avait porté plainte pour diffamation contre M. Sim Var, directeur et propriétaire de Khmer Ekareach, en septembre 1969, Monsieur Sim Var avait alors publié un éditorial passionné appuyant le nouveau gouvernement dit de sauvetage nommé pourtant par Sihanouk lui-même, afin « qu’il mette un terme à l’anarchie, au désordre social et à la corruption qui minent le pays alors que les étrangers sont en train de l’envahir ». (le journal Khmer Ekareach du 17 septembre 1967 – bibliothèque nationale Phnom-Penh).

C’était cette dernière phrase qui avait été incriminé. En réalité Sihanouk a été rendu fou de colère par un autre article paru le jour suivant accusant M. Khek Vandy, Président Directeur Général de plusieurs sociétés d’État et en même temps ami de Mme Monique Norodom II, de corruption. Sihanouk demandait seulement un riel de dommage et intérêts à Sim Var, s’il gagnait le procès. La tension était si grande que la Reine Kossomak, mère de Sihanouk, le Président du Conseil des Ministres Lon Nol et le Président de l’assemblée Nationale Cheng Heng, conjuguaient leurs efforts pour demander à Sim Var d’assouplir sa position. Sim Var avait dû saborder son journal en octobre 1969.

En 1971, M. Thon Ouk, Président Directeur Général de la société khmère de raffinerie de pétrole porte plainte contre le journal Nokor Thom qui a étalé au grand jour avec documents à l’appui, la gestion défectueuse de cette société d’État qui comportait un gaspillage monstre et causant une perte de cent onze millions de riels rien qu’en 1970. Mais Thon Ouk insistait plutôt sur les termes employés par le journal, par exemple : « Il (Thon Ouk) leur est si servile que c’est à croire qu’il leur apportait de sa propre main du papier hygiénique »…Néanmoins le tribunal de première instance a acquitté le journal Nokor Thom.

Mme Ung Mung aussi, ancien ministre de tourisme, a intenté un procès de diffamation contre le journal Nokor Thom, procès qui traîne jusqu’aujourd’hui, pour l’avoir appelée une cuisinière, et le ministère du tourisme Samlâr Kâkor, une soupe khmère aux divers ingrédients. Les critiques sérieuses étaient méconnues par le ministre.

Violation de la liberté de presse.

Le code de la presse conçu sans la participation des journalistes, constitue déjà à lui seul une violation de la liberté de presse. Comme l’a fort justement observé M. Sim Var, si ce code ne permet pas de critiquer et de blâmer nos gouvernements, ces « princes » que le peuple paie de ses derniers, c’est qu’il n’est ni plus ni moins un système de dictature.

Mais il y a eu aussi tout au long de l’histoire de la presse khmère des violations sur les personnes et les biens des journalistes qui sont allés jusqu’à assassinat. Un directeur du journal Pracheachon (tendance communiste pro-Hanoï) du nom de Nop Bophan a été tué à bout portant dans la nuit du 9 Octobre 1959, immédiatement au nord de la pagode Laing Kar, par un inconnu (que la rumeur publique disait être un agent de Sihanouk). Le docteur ès sciences économiques Khieu Samphan, progressiste, nouvellement diplômé de Paris, directeur d’un bi-hebdomadaire de langue française, « Observateur », a été mis à nu et torturé par M. Kou Roun, ministre de Sécurité de Sihanouk en avril 1960 :

« Le 13 avril 1960, alors qu’il circulait en motocyclette devant la maison de M. Lim Kry, non loin de la police Preah Sihanouk, M. Khieu Samphan se vit molesté par une bande d’assaillants qui n’étaient autres que des agents de police du gouvernement. Tout le monde le savait et Khieu Samphan s’en indigna en publiant des articles accusateurs contre la Police. Kou Roun le manda à son bureau et frappa de sa propre main, avec le -Kdâr Ko- (verge du bœuf), le jeune et brillant docteur jusqu’à ce que ses sphincters lâchent des excréments, son ancien tortionnaire. ».

On aurait dit, il commit le crime de publier des articles élogieux envers les petits vendeurs de pain, mettant ainsi en relief la lutte des classes dans le « Sangkum » de Sihanouk. En 1958, un très célèbre écrivain, Sang Savath (Sang Savath, camarade de classe de Hang Thou Hak et de Hou Youn, était un puissant romancier par la vigueur et l’apreté de son talent). Il publia en 1955 « Moha Chaur neou toul dèn » (Les pirates de la frontière), et « Décho Kraham » (Le Seigneur rouge), directeut du journal Khmer Thmei, partisan du gouvernement Khmer Sérei de M. Son Ngoc Than (Khmer libre) aurait été liquidé sur la montagne Kirirom.

En 1967, une manifestation est provoquée par l’entourage même du prince Sihanouk pour détruire les locaux du journal et de l’Imprimerie de Khmer Ekareach. Les dégâts ont été énormes : 3 Millions de riels qui équivalaient à l’époque 60 000 dollars.

Après le 18 mars 1970, la répression contre les jouranistes, bien que nettement moins sauvage, ne s’est pas relâchée pour autant. Plusieurs journalistes ont été mis en prison sans jugement, comme M. Bouy Sréng, directeur du journal Sankruoh Khmer (Sauver les Khmers) en juillet 1972. De façon générale si les journaux ont eu le malheur de déplaire au gouvernement, il les suspend. La suspension peut être provisoire ou définitive. Pour cela, la guerre contre les envahisseurs est un bon prétexte qui vient à la rescousse du gouvernement défaillant.

Le journalisme comme tremplin.

En somme, le journalisme au Cambodge s’est révélé un métier harcelant, dévorant, un exercice quotidien de haute acrobatie. Les journalistes sont pareils aux danseurs de corde : les dangers viennent de tous les côtés, danger de s’arrêter en route, de regarder en arrière, danger d’avoir peur de la peur. S’ils se mettent au pas, derrière le gouvernement, leurs journaux ne trouveraient pas d’audience et financièrement, ce sera une catastrophe. S’ils se font les champions de l’intérêt public, ils perdent des amis, s’exposent au courroux des hommes au pouvoir qui ne manqueront pas de leur tordre le cou. Quand le tirage d’un journal monte vite, ce n’est guère un signe de santé et de prospérité, c’est plutôt un symptôme qui indique qu’il ne va pas loin. Un journaliste de talent, respectueux de sa profession, n’a pas d’avenir personnel.

Pourtant au Cambodge le journalisme mène aussi très loin, à condition d’en sortir. Plusieurs journalistes : MM. Trinh Hoanh, Chau Seng, Tep Chhieu Kheng, Kem Reth, Khung Thay Ly etc. Trois ont pu devenir dans le temps Premier ministre : MM. Son Ngoc Thanh, Sim Var, Long Boret. Certains d’entre eux, il est vrai, oublient très vite leur ancien métier.

III. Les facteurs socioculturels et la presse.

Depuis la nationalisation de la presse au Cambodge, décidée par l’ancien régime en fin 1967, les journaux privés ne sont plus autorisés à ne paraître qu’en langue nationale : le Khmer. La presse gouvernementale par contre est publiée dans quatre langues : le Khmer, le Français, l’Anglais et le Chinois. Les journaux en Khmer sont plus nombreux que ceux qui sont publiés dans les trois langues. Le nombre de tirages des journaux gouvernementaux en français et en chinois etc. plus important que celui des journaux en anglais. Ceci s’explique par plusieurs raisons. D’abord, considéré comme deuxième langue, le français est encore utilisé dans l’Administration avec le Khmer. Les fonctionnaires, les enseignants et les étudiants constituent le seul marché de lecteurs des journaux en français, dont le nombre se trouve maintenant réduit avec la politique de « Khmérisation » de l’enseignement entreprise par le gouvernement depuis 1967. Ensuite, l’existence des journaux en langue chinoise explique l’importance du nombre des Chinois sont l’immigration au Cambodge remonte assez loin dans l’histoire nationale. Sur une population totale de 7 millions environ, le Cambodge compte 350 000 à 400 000 Chinois. Dans les villes et dans les autres centres urbains, un homme sur cinq ou six est Chinois, parle, pense et vit à la chinoise. Cette population d’origine de « l’Empire du milieu » et qui vit toujours en société ou, en congrégation, éprouve, partout où elle sera, le besoin de s’informer, de communiquer entre ses compatriotes. Sa vocation et ses aptitudes manifestes pour le commerce trouvent en la presse l’excellent moyen pour traiter ses affaires. Deux remarques s’imposent : d’abord, les Chinois lisent plus, que les Cambodgiens et généralement chaque maison chinoise abonne un ou deux journaux chinois qui la mettent au courant de toutes les nouvelles commerciales du jour et de la situation économique générale du pays ; ensuite, la presse chinoise sert plus les intérêts des Chinois que ceux des Cambodgiens, car ces derniers ne comprenant pas le chinois, elle constitue un mystère, voire un code secret pour la population khmère. Et au lieu d’assurer l’intégration sociale des Chinois dans la société khmère, la presse en langue chinoise favorise au contraire une cloison étanche entre ces deux sociétés en permettant à la première de prendre conscience de sa particularité et de sa prédominance vis-à-vis de la seconde.

Les autres groupes sociaux et religieux comme la minorité vietnamienne et la communauté Cham n’ont que des rapports vaguement déterminants avec la presse du pays ; ils n’ont pas leurs journaux propres.

Les journaux gouvernementaux en langue anglaise (ils sont au nombre de deux) sont d’une date récente et ne touchent qu’un public très limité.

Contenu des journaux moyens.

Sauf « Nokor Thom » et « Républicain » qui ont 8 pages chacun, mais de format tabloïd, les quotidiens cambodgiens sont en général de quatre pages. La première et la quatrième page sont consacrées aux éditoriaux, aux nouvelles du pays, à celles de l’étranger, et à quelques articles d’études des problèmes touchant la réalité du pays et l’intérêt général. Les informations intérieures comprennent les activités du chef de l’État, du Premier ministre ou des membres du gouvernement, les communiqués de différents départements, les affaires civiles ayant trait aux actes de corruption sous toute leur forme et quelquefois le droit de réponse. En général, les articles importants sont illustrés des photos ou des caricatures vexatoires. Il y eut cet effort d’adaptation de la presse aux nouvelles aspirations des lecteurs ; le phénomènes inverses se produisit également : l’adaptation des lecteurs à la nouvelle tendance de la presse. C’est donc cette adaptation mutuelle de la presse et des lecteurs, phénomène social nouveau, qui fait progresser la presse khmère dans son ensemble. Il s’ensuit que le genre d’articles qui avaient pu plaire au public d’avant 1970, sont maintenant très mal vus par la majorité des lecteurs d’aujourd’hui. Les réclames publicitaires ne figurent presque jamais à la première page qui est plus politique que commerciale. Surtout les nouvelles de guerre occupent une grande partie des informations locales pendant ces dernières années. La presse publie chaque jour les nouvelles provenant des champs de bataille rédigées par leurs reporters, et les communiqués de l’Etat-major des forces militaires nationales. Mais ce sont surtout les commentaires politiques dont les thèmes se rapportent généralement aux affaires du pays qui permettent d’apprécier ce que valent exactement les journaux au Cambodge. Les textes d’études et d’analyse ne se rencontrent que dans très peu de quotidiens et hebdomadaires. À titre d’exemple, on peut citer les journaux « Nokor Thom », « Khmer Ekareach » et le « Bulletin de Jeunesse », qui se sont donnés de l’effort dans l’analyse des faits économiques, politiques, sociaux ou historiques du pays.

Les pages intérieures sont d’ordinaire réservées aux choses moins urgentes ou d’importance secondaire : les romans nationaux ou traduits de l’étranger, y ont traditionnellement occupé une place majeure. Il s’agit des romans de tout genre : Classique ou moderne, du sentimental au philosophique. Les analyses scientifiques et historiques y ont également leur place et sont recherchées surtout par le public intellectuel, universitaire, étudiant et fonctionnaire. C’est par ce genre de travail que la presse cambodgienne d’aujourd’hui peut avoir son rôle positif qu’elle n’avait pas, naguère.

Les lecteurs.

Les lecteurs se divisent en plusieurs catégories selon leur goût et leur intérêt, par exemple celle qui s’intéresse aux nouvelles fraîches, celle qui recherche les analyses intelligentes et profondes des faits économiques, politiques et sociaux, et celle qui est gagnée au sensationnel. La première catégorie de lecteurs est formée des commerçants, des hommes d’affaires qui composent la classe d’entreprenante du pays. La seconde représente l’«intelligentsia » regroupant professeur, étudiants, fonctionnaires. La troisième catégorie englobe la majorité des lecteurs dont le niveau d’instruction reste bas. Elle a fourni l’occasion à certains journaux peu scrupuleux et irresponsables d’exploiter leur penchant vulgaire en vue d’augmenter le tirage. Cependant, on constate que la 2e catégorie de lecteurs augmentent d’année en année, alors que les lecteurs de la 3e catégorie diminuent progressivement, parallèlement au progrès de la conscience nationale de la presse.

Conclusion.

Dans son ensemble, la presse au Cambodge reste une presse de combat. Elle est plus politique que commerciale ou que technique. Même le rôle d’information vient après. L’apparition de la plupart des journaux coïncide avec les moments les plus bouillonnants de la politique du pays. Leur sort est en général lié au développement des circonstances politiques qui les ont vus naître. Leur vie n’a pas connu de stabilité et par conséquent leur influence politique n’a jamais été durable dans le passé. Cependant, quelques journaux ont pu, par leur prestige et leur talent, par l’impact de leurs articles sur l’opinion publique, influencer le cours des évènements d’importance historique : il s’agit des journaux « Nagaravatta » à l’époque qui précède l’avènement de l’Indépendance, et « Khmer Ekareach » à la veille de l’évènement du 18 Mars 1970. Depuis 1970, malgré leur existence éphémère, les journaux privés au Cambodge ont profité de la période de liberté brève et relative octroyée par le nouveau régime en place en pleine transmutation, pour jouir de son nouveau rôle de 4e pouvoir. Mais la suppression de tous les journaux par le gouvernement désormais méfiant du rôle de la presse, depuis le 18 Mars 1973, ait mis fin peut-être définitivement à cette liberté naissance. Ceci a permis de conclure qu’au Cambodge, en tout temps, la participation de la presse à la direction des affaires de l’État n’a été, en effet, tolérée que lorsque les autorités espéraient y trouver total appui et obéissance aveugle aux grandes lignes politiques du gouvernement. Dans cette liberté conditionnelle et contrôlée, pour se maintenir à la surface bon nombre de journaux se voient obligés de vivre l’opportunité des circonstances. Toutefois, cette faiblesse et cette instabilité du rôle politique de la presse khmère peuvent également s’expliquer par le fait qu’une partie des journaux qui ne sont pas dignes de ce nom, leur manque d’organisation et de sérieux les empêchent de devenir une institution efficace pouvant se défendre contre la pression éventuelle du gouvernement.

Quant à son rôle d’information, la presse privée khmère, n’a qu’à moitié réussi, malgré un certain progrès qu’elle a connu depuis ces derniers temps. N’ayant au départ aucune formation professionnelle, les journalistes cambodgiens, qui se sont lancés dans le métier, animés en général d’un enthousiasme politique, dans l’espoir de le mener à bien et l’améliorer plus tard par la pratique sur le terrain qui leur restait jusqu’alors vierge. Reportages souvent mal fait, retard des nouvelles s’ajoutant à la pauvreté en articles scientifiques et en articles d’études, et au manque de moyens techniques indispensables à la bonne marche d’un journal, voilà les causes qui expliquent l’insuffisance de la presse khmère en tant qu’institution sociale et son retard sur la presse des autres pays. Remédier à ces insuffisances et faire prendre conscience aux journalistes khmers de l’importance de leur rôle dans la contribution effective à toutes les fonctions de l’État, administratives, économiques, politiques et sociales, devient indispensable et urgente pour permettre à la presse khmère de devenir une institution utile pour tous, et de survivre.

Note : Nous n’avons pas transcrit le chapitre « Aspect économiques de la presse khmère », parce que nous jugeons qu’il ne représente que l’aspect technique, économique et organisationnel de la presse khmère de l’époque. Dans ce chapitre les auteurs ont traités les sujets suivants : Facilités de création du journal, Capital, Répercussion sur la consommation, Distribution, Autres aspects (crise de papier, les machines).

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 04:14

Auteur : Louis MALLERET
Cet essai est publié à Saigon dans le bulletin de la société des Etudes Indochinoises au 1er semestre 1946.

La minorité cambodgienne de Cochinchine

Si j’ai choisi de vous parler des Cambodgiens de Cochinchine, c’est qu’il m’a paru nécessaire de réagir contre des simplifications qui, ne tenant pas compte des conditions historiques, font également bon marché des droits d’importantes minorités ethniques.

Certes, la Cochinchine est loin de présenter la diversité de peuplement de la Haute-région tonkinoise, des confins laotiens ou des plateaux de l’Indochine centrale, communément désignés sous le nom d’hinterland Moï. On relève, cependant, sur le territoire des Bouches du Mékong , l’existence de plusieurs minorités formant des groupes tantôt compacts, tantôt sporadique, et possédant une culture ou des aspirations qui leur assignent des traits originaux. Si le droit nouveau est de promouvoir dans le monde, le respect de la personnalité des peuples faibles, combien alors le devoir nous apparaîtra grand d’accorder à ces groupement épars, l’attention que réclame leur isolement moral !

Je ne citerai ici, que pour mémoire, les îlots de population Moï, Stieng, Ma, Mnong, des confins septentrionaux ou orientaux de la Cochinchine, encore que ces communautés, tantôt errantes, tantôt sédentaires, représentant très probablement, des restes d’anciens occupants du sol, ayant dominé numériquement, à une époque reculée, dans tout le Delta. Leur personnalité tend à s’atténuer, au contact de la masse annamite, comme a disparu celle d’un important noyau Cham de la région de Tây-ninh. Mais, dans la province de Châu-dôc, on trouve encore, un groupement remarquable de Malais ou de Cham, demeurés fidèles aux traditions coraniques, dont M. Marcel Ner ajustement souligné l’importance, dans un article du Bulletin de l’Ecole Française d’Extrême Orient.

En dehors de ces groupements régnicoles, il convient de mentionner des populations immigrées, telles que les communautés musulmanes de Saigon et de Cholon, qui possèdent dans ces villes, deux mosquées, ainsi que des colonies hindouistes ou sikhs, dont l’existence culturelle est manifestée par six sanctuaires, dont quatre temples brahmanique. Un autre groupe important, par le rôle qu’il s’est attribué dans l’activité économique de la Cochinchine, est celui des Chinois, originaires de Hai-Nam, du Kwang-Tong ou du Fou-Kien, et groupés en congrégations fortement organisées, celles de Canton, Akas, Triêu-Châu, Fou-Kien et Hai-Nam. Il importe de lui adjoindre un élément dont on ne tient ordinairement qu’un compte insuffisant, celui des Minh-huong, métis sino-annamite, qui constituent des groupements importants à Cholon, Mytho, Bac-liêu, Sôc-trang, ainsi que sur la côté du Golfe de Siam, de Hâ-tien à Camau.

Les communautés cambodgiennes de la Cochinchine représentent environ 350.000 unités, sur une population globale de 4.800.000 habitants. A première vue, cette proportion est relativement faible, et il ne s’agit pas ici, bien entendu, de sous-estimer l’importance du peuplement annamite, dans l’ensemble du Delta. L’immigration annamite dans le Sud, a beau être un fait historique récent, on ne saurait, sans injustice, en diminuer la portée. Mais l’on doit considérer aussi, les droits des minorités, surtout lorsque celles-ci représentent des lambeaux d’un peuplement dont on peut suivre la remarquable continuité, des premiers siècles de l’ère chrétienne jusqu’à nos jours.

Ces Cambodgiens se rencontrent principalement au delà du grand Fleuve et du Bassac. Dans la province de Trà-vinh, ils représentaient en 1937, un groupement compact de 82.000 individus, contre 156.000 Annamites. A Sôc-trang, la proportion était du même ordre : 50.000 contre 107.000. A Bac-liēu, elle n’était plus que du sixième et Can-tho, du dixième. Mais, à Rach-gia, elle se relevait au tiers, avec 65.000 unités contre 192.000. Elle était à peu près, du même ordre à Hâ-tiên, petite province au demeurant de faible population, et à Châu-doc, représentait encore un quart, avec 40.000 Cambodgiens contre 168.000 Annamites. Si l’on fait abstration de la province de Trâ-vinh, on constate que dans le seul Transbassac, la minorité cambodgienne s’élève à 16% de l’ensemble de la population.

Dans les circonscriptions de Trâ-vinh et de Sôc-trang, ces autochtones forment des groupes compacts. En 1937, dans la première de ces deux provinces, l’élément khmer avait conservé une position dominante dans cinquante villages, et possédait la majorité dans une vingtaine d’autres. Il était aggloméré autour de 109 pagodes où plus de 1.500 bonzes distribuaient l’enseignement bouddhique. A Sôc-trang, on ne comptait pas moins de 54 pagodes, et la personnalité de la race était solidement maintenue par « l’association pour la formation morale, intellectuelle et physique des Cambodgiens de Cochinchine, dirigé par M.LAM-EM. Dans les régions intermédiaires du Transbassac, les villages cambodgiens sont rassemblés autour d’O-mon et Thô-nôt. A Rach-gia, ils forment des îlots disséminés, dans le Sud et le Nord du chef-lieu. Mais à Châu-dôc, dansle massif de Triton, ils représentent des agglomérations compacts, ayant su conserver de fortes traditions.

Des éléments sporadiques se rencontrent, dans les provinces de Long-xuyên, Vinh-long, Tanan et même Cho-lon, tandis qu’au delà de Plaine des Joncs, on retrouve des formations plus consistantes, aux approches du Cambodge, dans la région de Tây-ninh. Les Cambodgiens ont totalement disparu des provinces centrales, tells que My-tho, Bêntre ou Gô-cong, ainsi que des vielles provinces de l’Est, comme Bâ-ria, mais on en compte encore, quelques milliers, dans les provinces de Biên-hoâ et de Thu-dâu-môt, dernier vestige oriental de leur ancienne expansion.

Si ces populations ont disparu d’une bonne partie du territoire, le souvenir d’une souveraineté révolue subsiste dans la toponymie locale. Certains noms de lieux ne sont que la déformation pure et simple d’anciens vocables cambodgiens. C’est ainsi que, dans Sa-dec, il est facile de reconnaître Phsar Dek, le « marché du fer », dans Sôc-trang, Srok Khleang, le « pays des greniers », dans Trâ-ving, Prah Trapeang, le « bassin sacré », dans Bac-liêu, Pô loeuh, le « haut banian », dans Ca-mau, Tuk Khmau, les « eaux noires », dans My-tho, mê Sâr, la « dame blanche ».

D’autres sont la tradition annamite d’un ancien toponyme cambodgien. Ainsi, Bêntre, la « berge des bambous », correspond à l’ancien à l’ancien Kompong Russey et, dans Bên-nghe, « la berge des bufflons », ancien nom d’une partie de Saigon, on discerne aisément le vieux Kompong Krabey. Ailleurs, le terme anciens est devenu méconnaissable, mais il a souvent persisté dans l’usage populaire, et l’on entend dire Rung Damrey, « l’enclos des éléphants », pour désigner Tây-ninh, Long Hor, le « devin noyé », pour Vinnh-long, Meat Chruk, le « groin du porc », pour Châu-dôc, Kramuôn Sâr, la « cire blanche », pour Rach-gia, Pêam, « l’embouchure », pour Hâ-tiên, et surtout Prei Norkor, du sanskrit naçara « ville de la forêt », pour désigner Saigon-Cholon, c’est-à-dire l’ancienne cité khmère qui occupait semble-t-il, une partie de la Plaine des Tombeaux.

Comme on le voit, ces vocables se rapportant soit à des ressources naturelles, soit à des traits du paysage, sont d’une manière générale, assez expressifs. Ils ont été remplacés, surtout pour désigner les villages, par des termes qui selon l’usage sino-annamite, énoncent des vœux de prospérité, de bonheur ou de richesse. Notre administration s’est souvent prêté à ces substitution, surtout lorsqu’elle a procédé à des regroupements de communes, pour des raisons d’économie ou de commodité. Il est arrivé que de nouveaux noms annamites n’aient eux-mêmes plus de sens, et que les éditions successives des cartes du Service Géographique n’arrivent pas à suivre ces modifications arbitraires de la toponymie. Je connais un village de la province de Rach-gia où l’ancien nom Ban thach, signifiant « table de pierre », est devenu Ban tân-Dinh, par fusion des noms des villages de Ban-thach et Tham-dinh, ce qui représente désormais aucune signification. Or, j’avais été attiré vers ce village, par cet ancien nom insolite, et ma visite ne fut pas veine, parce qu’elle aboutit à reconnaître dans la « table de pierre », non pas un banc de latérite, comme un l’affirmait, mais un important dépôt coquiller, de plusieurs centaines de mètres de long, marquant un ancien rivage avec deux buttes en coquilles meubles, mêlés de tessons de poterie, correspondant à ces amoncellements de débris alimentaires, laissés par des populations primitives, et que les préhistoriens désignent sous nom de kjokkeenmoddinger.

Cette digression tend à établir que le Delta de Cochinchine est loin d’être un pays jeune et d’habitat récent, comme d’aucuns ont cru pouvoir l’affirmer, avec l’autorité des demi-savants. Vous savez tous, que les chercheurs archéologiques s’appuient souvent sur d’infimes indices, et s’il m’est permis d’émettre ici, un vœux, c’est que non seulement tout ce qui subsiste de l’ancienne toponymie soit recueilli, comme le souhaitait Etienne AYMONIER, il y a quelque soixante ans, mais encore que l’Administration soit extrêmement circonspecte dans l’attribution de dénominations nouvelles à des villages, et s’attache à maintenir, là où il subsiste, le cachet souvent très significatif des noms cambodgiens.

Il est possible que les vestiges historiques, auxquels je viens de faire allusion, soient les témoins d’une ancienne expansion de population indonésienne, aujourd’hui refoulées vers les hauteurs ou les forêts du Nord et de l’Est. Ainsi s’expliqueraient peut-être, ces curieuses survivances de traditions matriarcales, que je signalais, il y a quatre ans en Cochinchine, qui s’exprime dans des légendes cambodgiennes et que l’on trouve travesties, dans certains récits annamites. Quoiqu’il en soit de ces populations paléo-khmères ou proto-khmères, il est certain que le Cambodge, dont toute la civilisation ancienne a gravité dans l’orbe de la culture indienne, a englobé la Cochinchine actuelle, et y a maintenu sa souveraineté entière, jusqu’au milieu du XVIIe siècle.

Dès le début de l’ère chrétienne, il y eut en Cochinchine et dans le Sud du Cambodge, un Etat hindouisé, le Fou-Nan des historiens chinois dont il m’a été permis de retrouver un certain nombre de sites, dans le Transbassac. Je ne citerai ici que la ville maritime d’Oc-éo, avec son probable avant-port de Ta Kèo, qui s’étendait au pied de la colline de Bathé, à vingt-cinq kilomètres du rivage actuel du Golfe du siam. Dans cet immense emporium de plus de 400 hectares, se coudoyait, semble-t-il une population cosmopolite, puisque l’on retrouve confondus, des objets marqués d’influences indonésiennes, indo-môn, indiennes, iraniennes, hellénistiques et mêmes romains.

L’observation aérienne montre que ces populations avaient acquis la maîtrise de l’eau par des travaux d’irrigation ou de drainage et le creusement d’immenses canaux dont on trouve des traces jusque dans les terres semi-noyées de la Plaine des Joncs. Il y moins de trente ans, le pays du Transbassac était recouvrir d’une immense forêt et ceux qui ouvrirent les voies de la colonisation moderne purent entretenir la fatuité de croire qu’ils étaient les premiers à déchiffrer des espaces vierges. En réalité, une population dense a vécu autrefois dans ces territoires semi-aquatiques et une inscription du Ve siècle provenant du centre même de la Plaine des Jonc, laisse de fortes raisons de penser que cette région, aujourd’hui presque déserte, fut conquise par l’homme, une première fois, « sur la boue ».

Il n’entre pas dans mes intentions de dénombrer ici, toutes les preuves de la continuité du peuplement khmer en Cochinchine, à travers siècles. Les témoignages découverts, depuis bientôt dix ans, se comptent maintenant, par centaines. Ce pays fut couvert de sanctuaires en briques, dont seules les fondations ont généralement subsisté. Il y eut des foyers bouddhiques, vers le VIe siècle et peut-être auparavant , dans les provinces de Rach-gia, Trâ-vinh, Bên-tre, au cap St-Jacques et dans la Plaine des joncs. Les idoles brahmaniques, principalement Visnouites, sont particulièrement nombreuses, et réparties un peu partout. Mais les cultes sivaïtes, confondus peut-être avec ceux de divinité territoriales ou d’emblèmes de la souveraineté politique, sont loin d’être rares, non plus . Des villes s’élevèrent dans le Delta, comme celle de Prei Nokor à Saigon-Cholon, d’Oc-èo dans le Transbassac, des Cent Rues, dans la Plaine des Oiseaux, au Nord de Camau. Au XIe siècle, la souveraineté khmère fut particulièrement affirmée, dans la région de Sôc-trang, autour du port de Bassac. Deux siècles plus tard, le témoin d’un établissement hospitalier du grand roi Jayavarman VII, se retrouve près de Can-tho. Enfin les récits des annales cambodgiennes ou annamites, ainsi que les écrits des voyageurs et missionnaires, attestent que la domination khmère se maintien, avec persistance, tant qu’elle put s’affirmer à l’abri du bouclier que les Chams opposèrent désespérément à l’expansion annamite.

Le Cambodge qui fut un immense empire, se trouva démantelé dans les derniers siècles, par des rivaux avides de se partager ses dépouilles, le Siam à l’Ouest, et l’Annam à l’Est. Ses frontières politiques sont loin de correspondre de nos jours, à l’aire d’expansion de ses groupements ethniques. Au Siam, si l’on fait abstraction de cette Alsace-Lorraine, dont la restitution est prochaine, qu’est la région de Battambang-Sisophon, on compte d’importants noyaux de Cambodgiens, sur le plateau de Korat, dans les régions de Buriram, Suren, Khukhan, à Prachinburi et jusqu’aux approches de Bang Kok. Au nombre de 450 000 , ils forment, en quelque sorte, le répondant occidental de la minorité de Cochinchine, des vestiges de l’ancienne puissance politique du Cambodge qui, sous le règne de Jayavarman VII, engloba tout le Siam actuel, y compris une partie de la péninsule malaise, poussa une pointe en Birmanie et dans le Haut-Laos, s’étendit sur toute la Cochinchine et, pendant un quart de siècle, se maintint au cœur de l’Annam actuel , dans la région de Binh-dinh.

L’expansion annamite en Cochinchine commence à se manifester sous une forme officielle en 1685. Depuis le début du siècle, ce peuple imprégné de culture culture chinoise, avait rapidement progressé sur les côtés d’Annam, au détriment de l’ancienne Champa, royaume de culture indienne, dont la résistance était épuisée. En 1602, les Annamites avaient atteint Qui-nhon, puis franchi le Varella. En 1655, ils érigeaient en circonscriptions administratives, les territoires de Nha-trang et de Phan-rang et, avant même de s’être établis fortement à Phan-thiêt, avaient prononcé leurs premiers empiétements dans les régions du Dong-nai et Moi-xui, c’est-à-dire de Biên-hoà et Bà-ria.

Je n’entreprendrai pas ici, de relater dans le détail, l’histoire de leur progression dans le Delta du Mékong. Qu’il me soit permis pourtant, de mentionner les principales étapes. En 1698, toute la région du Dong-nai est annexée et divisée en trois circonscriptions, correspondant de nos jours, à celles de Biên-hoà, Gia-dinh et Saigon. En 1715, l’Annam accepte sans vergogne, l’hommage d’un aventurier chinois qui s’était taillé une principauté de fait, dans la région de Hà-tiên. Tout le XVIIIe siècle fut occupé à réunir les possessions de l’Est, à ce territoire occidental. En 1752, les Annamites organisaient à leur profit, la circonscription de Long-Hor, c’est-à-dire Vinh-long, avec les régions côtières, jusqu’à Trà-vinh et au Bassac. En 1753, ils absorbaient la région de My-tho, avec tout le pays situé au Nord du Fleuve Antérieur. En 1757, ils poussaient une pointe extrême jusqu’à Châu-dôc, opérant ainsi la soudure, entre leurs acquisitions du Nord, du Sud et de l’Ouest. La rébellion des Tây-son qui, à la fin du XVIIIe siècle, ensanglanta le pays, pendant vingt-cinq ans, ralentit à certains égards, les progrès de cette expansion et à d’autres la consolida. Mais il est remarquable de constater que c’est seulement en 1852, c’est-à-dire trente ans à peine avant l’expédition franco-espagnole de 1859-1860, que l’Empereur Minh-Mang organisa les territoires de Cochinchine en circonscriptions administratives, d’où sont sorties par remaniements, les provinces actuelles.

Les dates que je viens d’énumérer ne marquent que la consécration officielle des empiétement annamites. Ceux-ci furent, à l’origine, le fait d’aventuriers, de vagabonds, d’exilés politiques, des déserteurs et aussi de non-inscrits, c’est-à-dire de gens qui ne possédant plus rien dans leur village, se trouvaient exclus de l’organisation communale et s’en allaient chercher ailleurs, des moyens de subsister. Il y eut ensuit, des populations transportées, principalement du Quing-binh ou du Binh-dinh. Enfin, des colonies militaires, dont l’importance semble avoir été notablement exagérée, contribuèrent à fonder de nouveaux villages, surtout dans les régions du Centre et de l’Ouest.

La fixation des nouveaux venus trouva des conditions particulièrement favorables, dans la période de la guerre des Tây-son, où le souverain d’Annam dépossédé, trouva refuge en Basse-Cochinchine. A la faveur de cette époque de troubles, les Cambodgiens purent conserver une bonne part de l’administration officielle et l’on vit même, l’un d’eux adopter la cause du prince annamite et commander, pour lui, une troupe de partisans. La politique d’administration à outrance, ne commença guère que sous le règne de Minh-Mang, après 1820. On remplaça partout les fonctionnaires cambodgiens par des mandarins annamites et l’on fit pression sur les usages annamites sur les habitants, pour les contraindre à adopter le costume , la langue et les usages annamites. A Trâ-vinh, une sanglante révolte éclata en 1822, dont on n’eut pas aisement raison. C’est alors que s’édifièrent, un peu partout, ces fortins signalés sur d’anciennes cartes, dont le rôle était de surveiller les populations cambodgiennes. En 1841, une autre rébellion éclata, dirigée par Sa Sain, à un moment où l’Annam était en difficulté avec le Siam. Noyée dans le sang, elle fut le signal d’une lourde politique d’oppression et de spoliations. Dès cette époque, des Cambodgiens abandonnent le pays pour se réfugier en masse au Cambodge.

(Suite dans K2)             

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 10:41
Aperçu sur l’évolution de la presse au Cambodge.

Avertissement : Auteurs : MM. Soth Polin, Directeur du journal Nokor Thom, et Sin Kimsuy, chargé de cour à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques. Ils ont écrit cet essai en langue française en 1974 et publié en février de la même année.

I. Histoire de la presse khmère, son rôle politique.

L’histoire de la presse khmère est récente et se trouve en grand retard sur celle de la presse des pays développés. Elle est marquée par trois périodes distinctes relatives aux bouleversements et mutations politiques profondes dans le pays : La période d’avant l’indépendance, celle qui s’étend de l’Indépendance à l’événement de mars 1970 et celle de 1970 à 1973.

Longtemps, l’opinion de la masse fut négligée parce qu’elle ne constituait pas une pression suffisante pour les pouvoirs publics. À l’époque du Protectorat qui prit fin en 1953, la presse au Cambodge fut considérée comme inexistante, du fait d’une part du nombre très restreint de journaux, tant en langue khmère qu’en langues étrangères, et d’autre part, de ce que la presse écrite, étant une forme nouvelle d’information, n’attirait pas l’attention du public ou même fut ignorée de lui. Ce retard de la presse khmère pouvait encore s’expliquer par une autre raison, celle-là politique : Le système politique ne voulait pas favoriser la création des journaux contre lesquels il établit une censure sévère. Le retard de cette forme d’information traduisait le « retard démocratique » du peuple khmer dans sa participation directe aux affaires d’État, aux décisions du gouvernement touchant de près le sort du pays.

L’histoire de la presse khmère n’a commencé qu’à partir de 1936 avec la création du journal « Nagaravatta » (Le pays des pagodes ». Il existait également à la même période quelques journaux en langue française et en langue vietnamienne créée pour la communauté des Français colonisateurs et celle de leurs auxiliaires, les Vietnamiens qui étaient déjà nombreux au Cambodge au temps du protectorat. Mais les circonstances qui avaient vu paraître le journal « Nagaravatta » furent marquées par l’extrême hostilité de certains milieux khmers envers les Français qui, alors maîtres de l’Indochine, durent faire face au réveil du sentiment national khmer pour l’indépendance du Pays. On notait que les formalités d’ouverture du journal de l’époque étaient très difficiles parce qu’elles se heurtaient à la résistance des colonisateurs qui exigeaient que la demande de parution soit adressée au Gouverneur Général de l’Indochine à Hanoï, par le canal du résident Supérieur du Cambodge.

Le journal « Nagaravatta » eut pour principaux fondateurs MM. Son Ngoc Thanh, Pach Chhoeun et Sim Var, aidés par une équipe de nationalismes militants. Ce fut le premier journal bihebdomadaire, qui se fixait comme tâche la campagne d’explication des idées politiques et du réveil national au peuple et en particulier aux milieux urbains, et ce, dans le but de préparer le peuple au mouvement de libération nationale. On lisait peu les journaux khmers, les milieux privilégiés : Bourgeois, hauts fonctionnaires, gens de la Cour, hommes d’affaires, lisaient les journaux français (La vérité, Opinion, Presse de Saïgon) ou vietnamiens. Car, c’était la mentalité de l’époque : Lire, parler et écrite dans sa langue signifiait presque se déshonorer ou même s’humilier. Le journal « Nagaravatta » dont le Directeur fut M. Pach Chhoeun et le rédacteur en Chef M. Sim Var, « n’était lu au début que par un public restreint de classes sociales humbles, de salariés ou de petits fonctionnaires dont le sentiment national était très vif ». Cependant, le succès de ce premier journal politique fut très rapide, et eut un effet, pareil à celui d’une bombe lâchée au milieu d’une population endormie et à l’adresse d’une politique coloniale révolue. Son prestige fut tel qu’il provoqua, un an après, la réaction défavorable de l’administration française qui le fit interdire en 1937. Le Directeur et son équipe furent arrêtés puis incarcérés à Saïgon. La fermeture du journal « Nagaravatta » a laissé un vide presque total dans la vie de la presse au Cambodge. Ainsi se termine l’histoire de la presse khmère avant l’Indépendance Nationale.

De 1952 à 1970, la presse n’avait pas encore acquis une grande importance bien que le pays eût déjà conquis, entre temps, son indépendance. La raison en fut qu‘elle était privée totalement de liberté d’expression dans le règne de l’ancien Chef d’État. Toutefois, les rares journaux d’opposition : « Khmer Krok » (Le Khmer qui se lève), « Prachéa Thippatey » (Démocratie), « Khmer Thmei » (Le Khmer nouveau), « Meattophum » (La Patrie) etc. furent très lus parce qu’ils osaient répandre les idées politiques contraires au régime, publier des articles violents qui enflammèrent les passions. Ceci se passa au lendemain de l’Indépendance Nationale, mais les époques les plus troublées se situèrent entre 1955 et 1963 qui coïncidaient avec la lutte du Parti Démocrate contre le régime. La suppression définitive des journaux d’opposition avait provoqué de nouveau un vide dans la presse au Cambodge.

Il faut attendre quelques années plus tard, à partir de 1968, pour assister à l’apparition d’un grand nombre de journaux, quotidiens et revues hebdomadaires passant d’une dizaine à trentaine, en langue nationale surtout qui, dans l’ensemble, est intéressés par le sort du pays. Cependant, ces journaux n’ont toujours pas leur liberté d’expression et leur tâche s’est réduite à la diffusion des nouvelles officielles et étrangères. Certains journaux connus pour leur goût du sensationnel, tel le journal « Sochivathor » par exemple devenu presque proverbial pour désigner les journaux pas du tout sérieux, sont des « nullités », des « feuilles de choux ». Ce sont des journaux qui s’adonnent à la démagogie du sang et du sexe (affaires de meurtres, de suicide, de viols, narrées dans un langage obscène), mais qui trouvent les plus larges audiences, parce que accessibles à la masse non instruite. En 1967 un nouveau journal d’opposition, « Khmer Ekarreach » (Khmer indépendant) a vu le jour. Il est dirigé par l’ancien Premier ministre M. Sim Var, qui est passé pour un redoutable adversaire du prince Sihanouk. Ce quotidien s’est fixé comme tâche de ridiculiser le régime, dénonçant tout, corruption, abus de pouvoir, incompétence, attaquant tranquillement la personne du prince et n’épargnant rien. D’un style précis et satirique, (Sim Var est un grand polémiste), d’un langage ferme et décidé, le journal « Khmer Ekareach » a accaparé vite l’attention des dirigeants. C’était une menace de mort pour le régime. Son impact sur l’opinion a été extraordinaire, ce qui conduisit les autorités à ordonner sa suspension à plusieurs reprises. La presse khmère en 1968 avait donc un double visage, le « sérieux politique » et « sensationnel badin ».

Vers la fin 1969, un autre journal en langue khmer, Norkor Thom, dirigé par une équipe d’intellectuels, a fait figure d’un nouveau journal d’opposition. C’est essentiellement le journal qui, par les propos audacieux et hostiles au régime, traduit les sentiments de la grande partie de l’opinion mécontente. Le succès de ce quotidien a été également prodigieux et c’est le journal qui a connu le plus grand tirage au Cambodge en 1970. Il a ses lecteurs fidèles parmi les milieux instruits, universitaires, étudiants, fonctionnaires.

Dès le début 1970, de janvier à mars, la tendance générale de la presse khmère a été caractérisée par sa virulence contre le régime sauf certains journaux qui sont restés encore fidèles à la personne du prince Sihanouk. Dans l’ensemble, la presse s’efforce d’être sérieuse d’être le porte-parole de la réaction de la population, surtout de la population urbaine. C’est donc à partir de 1970 qu’on peut parler de la conscience nationale de la presse, de son rôle constructif dans ce qu’elle contribue, par ses critiques et ses propositions à la tâche du gouvernement. Elle semble, dans cette période relativement courte, (entre mars 1970 et mars 1973) dans sa troisième étape de son évolution, avoir plus de libertés et d’indépendance vis-à-vis du pouvoir. Elle est devenue très populaire lorsqu’elle s’est attaquée unanimement aux Vietcongs envahisseurs et lorsqu’elle s’est permis de souligner les abus des soldats alliés sud-vietnamiens, dans la guerre de dévastation du Cambodge survenue peu après le 18 mars 1970. Cependant, à partir de mars 1972, un nouveau changement s’opère dans la position de la presse : elle cesse de soutenir à fond le nouveau régime qu’elle prend désormais à parti. Elle met particulièrement l’accent sur l’incapacité, sur l’anarchie du régime tout en demeurant toujours patriote et nationaliste. Le pays étant guerre, le premier ennemi, c’est le Vietcong, « Vietnamiens communistes, envahisseurs ». C’est par cet aspect qu’on peut dire, avec raison peut-être, du nouvel esprit de la presse khmère d’aujourd’hui. On dit qu’elle est « politisée », c’est-à-dire intéressée par les affaires politiques du pays. Elle paraît encore défaillante, mais elle est pleine d’initiatives et portée à l’action. Elle est devenue plus mûre, plus expérimentée et son jugement plus sûr. Et ce long aboutissement de la presse khmère marque sans conteste un certain progrès dans sa forme et dans son fond. Seulement la dégradation constante de la situation du pays n’a pas aidé la presse khmère, si méritante qu’elle soit, à survivre.

La date du 18 mars 1973 est tragique pour la presse privée au Cambodge : jugeant que la liberté de presse est gênante pour le pouvoir républicain, le gouvernement a décrété des mesures d’urgence en proclamant l’État de siège et en ordonnant la suspension sans limite de toute la presse privée, suspension qui se prolonge arbitrairement jusqu’aujourd'hui.

II. Caractéristiques de la presse khmère comme institution.

II.a.
Structure et organisation des journaux.

Si l’histoire de notre presse est courte, l’histoire de chaque journal est éphémère. Les journaux cambodgiens naissent et meurent quelques années après aussi facilement qu’une fusée qui monte et tombe dans le ciel. De nos jours, il n’y a pas encore un journal khmer daté de 10 ans qui continue encore à fonctionner.

La presse khmère est donc une presse qui se cherche, une presse qui n’a pas encore trouvé sa voie, une presse à faire. Rien d’étonnant à cela qu’elle soit restée pauvre et démunie et que son organisation laisse à désirer. Dans un quotidien khmer il y a un directeur souvent propriétaire de son journal, qui se trouve en même temps rédacteur en chef. Il se révèle que le rédacteur en chef n’est pas nécessaire. Fréquemment un nom est imprimé sur la première page du journal comme étant le rédacteur en chef, mais en réalité le nom n’est qu’un prête-nom, avancé pour servir de décor, le rédacteur en question ne jouant qu’un rôle secondaire, voire subalterne. Ainsi dans les trois quotidiens les plus en vue de la capitale khmère, « Norkor Thom » (Le grand pays), « Khmer Ekareach » (Le Khmer Indépendant), « Koh Santhepheap » (l’ïle de paix), il n’y a pas de rédacteurs en chef. Par contre dans Khmer Ekareach, il y a deux directeurs : un directeur politique du journal et un directeur de publication. Le directeur politique du journal Khmer Ekareach, M. Sim Var, actuellement ambassadeur de la République Khmère à Tokyo, détient en quelque sorte l’autorité morale dans le journal. Mais la direction effective du journal est exercé par le Directeur de publication qui joue le rôle de rédacteur en chef, et se trouve responsable devant la loi de tous les écrits parus dans le journal. Ce subterfuge est utilisé parce que d’une part, le directeur politique qui est en même temps propriétaire réside la plupart du temps à l’étranger, d’autre part en tant que fonctionnaire de l’État, il ne lui est pas permis par le statut commun des fonctionnaires d’assumer la responsabilité du journal qui n’émet toujours pas la même opinion que le gouvernement. Parfois même le directeur du journal n’est qu’un figurant. Ainsi dans le journal Koh Santepheap le directeur en titre, M. Sou Sorn, n’est pas le véritable patron. Il endosse son rôle devant la loi, mais c’est le propriétaire, M. Chou Thani, un officier appartenant à la 13e Brigade d’Infanterie qui dirige la politique du journal.

Cette exception faite, le directeur est toujours propriétaire de son journal. Il est parfois assisté d’un conseiller politique qui l’aide à écrire des articles de fond, des éditoriaux, de cinq à dix rédacteurs qui élaborent des points de vue, des chroniques, tout en s’occupant des travaux de secrétariat : les archives, les courriers. Une dizaine de reporters moissonnent les informations, arrangent des interviews ou des entretiens avec les personnalités. Il y a très peu de correspondants de presse dans les provinces. Les journaux khmers d’aujourd’hui répugnent à les employer. D’une part, ils sont incapables de les nourrir du fait de leur grand nombre. D’autre part, ces correspondants ont souvent abusé de la confiance de leur direction, en s’adonnant au chantage. Posséder une carte de presse en province, c’est avoir l’autorité d’un agent de police, et le possesseur trahit vite sa mission première qui est de recueillir les informations. Il peut aussi se vendre facilement à l’autorité de la province dont le gouverneur, souvent chef militaire, reste toujours un petit seigneur féodal. Pour se renseigner donc de ce qui se passe dans les provinces, les journaux font partir leurs envoyés spéciaux, bien sûr, à leurs risques et périls.

La bonne marche rédactionnelle du journal repose aussi sur la collaboration extérieure entretenue par les fonctionnaires de l’Administration, des employés du Ministère de l’Information par exemple comme rédacteurs ou informateurs ou fournisseurs de revus. Une dizaine de personnes assurent les services administratifs ; elles s’occupent de la propagande du journal, de la diffusion, de la recherche des ressources publicitaires, du personnel de la vente, de la comptabilité. Le reste du personnel est formé par une vingtaine de typographes et quelques machinistes.

II.b.
Propriété et contrôle.

Sauf les journaux des partis, créés juste avant les élections législatives de juillet 1972, un journal khmer appartient rarement à un groupe d’intérêt de par son essence même d’entreprise difficilement rentable… Les bénéfices sont si maigres qu’il est presque impossible de les partager. D’ailleurs le capital pour lancer un journal au Cambodge a été si modeste qu’il reste à la portée des gens moyens. Ce qui explique la prolifération des journaux khmers à Phnom-Penh depuis 1968, ce qui explique que le directeur-propriétaire contrôle assez souvent son propre journal.

Mais cette faiblesse des journaux khmers en tant qu’institution les rend vulnérables devant le pouvoir du gouvernement. La presse khmère est loin de représenter le 4e pouvoir. Ainsi l’opinion d’un journal reflète souvent plus la peur devant l’autorité que sa propre personnalité. De là, à dire que la presse privée est manipulée par le gouvernement qu’il n’y a qu’un pas, surtout jusqu’en mars 1970. Les gouvernements qui se sont succédés depuis l’avènement de l’Indépendance ont toujours voulu, sinon supprimer la presse, au moins la domestiquer. Le 12 septembre 1967, à cause de la teneur d’un télégramme (1) de l’association d’Amitié Chine-Cambodge à Pékin envoyé à Phnom-Penh, hostile au régime khmer, et paru dans « La Nouvelle Dépêche du Cambodge », le prince Sihanoukk a fait fermer tous les journaux. Les journaux privés de langue française, l’un de tendance gauche « La nouvelle Dépêche du Cambodge » de M. Chau Séng, et l’autre du centre droit « Phnom-Penh Presse » dirigé par M. Douc Rasy, ne s’en seront jamais relevés. Un journal d’État de langue française « Le Cambodge », et un autre de langue khmère, « Rearst Sangkum » (le peuple socialiste) ont été créés à leur place. Trois mois plus tard grâce au congrès National, des journalistes ont pu obtenir que les journaux privés soient autorités à reparaître. Mais la presse khmère déjà servile en est sortie brisée et repentante. C’est de cette façon qu’est née au Cambodge cette forme hybride de journaux, rare dans l’Asie du Sud-Est, cette présence simultanée des journaux gouvernementaux et des journaux privés. Cette coexistence n’apparaît pas comme un compromis, mais plutôt comme une menace constante contre la presse privée, plus appréciée, plus professionnelle que la presse d’Etat. Pour sa propre santé donc, la presse d’État ne fait que souhaiter la mort définitive de la presse privée. En décembre 1970, le gouvernement a imposé la censure à toute la presse privée. Le journal Nokor Thom a été suspendu pendant un mois et le journal Khmer Ekareach pendant dix jours pour avoir résisté à cette décision gouvernementale. Mais la censure a échoué. Elle a soulevé contre elle une véritable levée de bouclier de l’opinion publique.

Le 17 mars 1973, un pilote de l’armée de l’air, traître à la Nation, a bombardé le palais présidentiel de Chamcar Mon. Le gouvernement en profité pour décréter les mesures d’urgence qui l’amenèrent à suspendre toute la presse privée y compris les journaux des partis. Il en résulte que quoi qu’il advienne c’est toujours le gouvernement qui contrôle la presse, qui l’avertit de temps à autre du seuil qu’on ne peut pas dépasser sans péril, sous peine d’encourir la suspension.

II.c.
Le rôle social de la presse.

Jusqu’à une récente date, le rôle de la presse restait négatif. Son attitude semblait presque totalement passive et était réduite à une sorte de travail de reportage des faits divers, accidents de voiture, abus et viols, vols, divorces et autres affaires civiles et pénales. On retient le « mémorable » journal « Sochivathor » dirigé par M. Nouth Chhoeurn pour ce genre de publications qui avaient attiré une foule nombreuse de lecteurs. Ce goût du sensationnel avait connu son apogée entre 1967 et 1969 et qui coïncidait avec le fléchissement économique inéluctable de l’ancien régime. Mais cet état de chose se heurta à l’événement de mars 1970 et fit place à une nouvelle forme de pensée du public marquée par la prise de conscience des difficultés nouvelles du pays. La presse privée, en particulier, voulut être désormais investigatrice, réaliste, objective et efficace en s’efforçant d’être interprète fidèle du public. Le journal « Khmer Ekareach » dirigé par M. Sim Var en résumera l’image. Ce quotidien qui participera à l’événement de mars 1970 eut déjà à combattre les différents maux sociaux de l’ancien régime. La corruption qui restait de tout temps un fléau social du Cambodge constitua l’un des thèmes courants de ce journal. Mais, très vite, les autres journaux l’imitèrent dans cette critique sociale qui n’épargnait personne et qui visait particulièrement les hautes personnalités dont la mauvaise conduite fut connue du public. Profitant de l’époque transitoire après le 18 mars 1970, où le gouvernement fut en train de se frayer une nouvelle voie politique, où tout le monde réclama des réformes dans tous les domaines où les pouvoirs publics se trouvèrent chancelants, les journaux attaquèrent sans répit les abus et l’incompétence d’une administration anachronique héritée de l’époque coloniale afin de mettre le nouveau régime en garde contre les errements éventuels. En réalité, la presse aspire à la revendication d’une nouvelle voie nationale, celle qui consiste à apporter du renouveau et de la cohérente à la conduite des affaires du pays. En effet, depuis 1970, la presse s’est vue astreinte à une nouvelle discipline : éviter les critiques personnelles d’ordre privé et ne publier que des articles d’intérêts général pouvant servir la cause du grand public.

Le premier semestre 1973 fut marqué par des difficultés sociales nouvelles dues à l’extension de la guerre et au nombre croissant des réfugiés en ville. La presse est intervenue en faveur du grand public attirant l’attention du gouvernement sur la misère de la population, victime de la hausse constante du coût de vie. Pour cela, elle dénonce les mauvais agissements de certains fonctionnaires, la malhonnêteté des commerçants chinois, spéculateurs et accapareurs, qui pratiquent la hausse illicite des prix et le stockage des produits de première nécessité. Le thème couramment évoqué par la presse pendant ce début de l’année 1973 est l’économie de guerre en vue de faire face à la situation qui va s’aggravant.

En mars 1973, plusieurs journaux khmers ont manifesté quelque peu leur sympathie envers la grève du corps enseignant qui demanda l’augmentation de salaire. Cela a été fatal. Le bombardement du palais présidentiel par un pilote renégat le 18 mars 1973 ne fut qu’un prétexte du pouvoir pour réduire définitivement la presse au silence.

La suppression de la presse plongea le pays entier dans une immense consternation. Ce fut partout un silence de tombeau. Un gouvernement sans presse se trouve de plus en plus éloigné du peuple qui ne s’intéresse pas réellement à ce qui s’écrit dans les journaux d’État, élaborés par des fonctionnaires incapables qui en font un instrument et non pas une fin. Et sans ce puissant contrôle qu’est une presse indépendante (la loi martiale n’ayant rien résolu) une corruption noire sévit dans le pays. Rappelons entre autres, l’affaire « Chea Sinh », mise en épingle par les grands journaux, lorsqu’ils étaient encore en activité. Chea Sinh, le plus puissant contrebandier chinois à Phnom-Penh qui aurait dû faire à l’Etat la transaction d’une somme de 160 millions de riels, ne lui a en réalité payé que 25 millions de riels, après que la presse fût étranglée. Entre temps le trafic illégal et la contrebande battent leur plein dans les provinces de Bttambang, de Kompong Cham, Kompong Chhnang, de Kampot. L’activité d’un officier, Kong So Mong Kol, appartenant à la 13e B.I. trafiquant d’armes a même été découverte par l’autorité militaire, mais l’affaire a vite été étouffée. C’est une véritable hémorragie interne dans un pays en guerre. Elle n’aurait pas pris une telle proportion, si la presse avait été là, vigilante, active, parfois injuste, mais pourtant saine.

(Suite dans le prochain numéro L2).

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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 14:14
Un Royaume pour trois Rois ou la guerre civile : Srey Reachea (1433-1485), Srey Soryautey (1471-1485) et Thomma Reachea (1482-1504).

1. Preah Serey Reachea (1433-1485) :

Preah Srey Reachea prit la succession de son demi-frère, Preah Noray Reachea (1427-1433) en 1433, à l’âge de 30 ans. Son nom de sacre était Samdech Preah Angkir Preah Serey Reachea Thipadey Thommeak Varaudam Moha ChakKrapâth Reachea Preah Boromneat Moha Borpith.Le Roi célébra les funérailles de son demi-frère pendant 7 jour, conformément aux us et coutumes des rois khmers.

Après 20 ans de règne, en 1453, ayant appris qu’il y a les troubles politiques au Siam, il convoqua, tous les membres de la Cours, les dignitaires et les généraux pour leur dire à peu près ceci :

« Jadis, Ayudyā (Invincible, nom de l’ancienne capitale Siamois) avait envahi deux fois notre pays, enlevé beaucoup notre population. Nokor Kampuchea d’aujourd’hui est en paix et prospère, quant à la situation du Siam, elle connaît des troubles politiques, parce que le général Khoun Vorak Vongsa a emparé le pouvoir royal, tué son roi, Yathva. Ce dont, a déclanché les désordres dans ce pays. Comment faire alors pour profiter de cette situation ? ».

Sans laisser le temps aux dignitaires civils de réfléchir sur la question royale, le général en chef répondit au roi :

« Pendant le siège de Norkor Thom, nos armées s’étaient dispersées partout dans le Royaume, et à cause de la distance trop éloignée, elles n’ont pas eu la possibilité de venir en aide en temps et en heure l’armée chargée de défense la cité. Aujourd’hui, le moment est propice aux grandes entreprises, faire une campagne militaire de recouvrement toutes les provinces conquises par ce malheur pays. Notre pays est riche et prospère. Cette situation nous permet de lever des milliers d’hommes pour envahir le Siam. Le corps des officiers d’aujourd’hui est prêt à se battre et mourir pour Votre Majesté. Votre royal désir aujourd’hui nous donne une occasion pour nous venger nos morts hier ».

Le représentant des généraux parlaient avec une conviction profonde qui fit taire les autres assistants. L’ambiance dans la salle du trône était pesante, mais rassurante pour le Roi. On sent que les généraux ont faim de vengeance. Le Roi se rangea finalement à cet avis.

Il ordonna ainsi au Premier Ministre Keo (Chao Vatulahăk, titre du premier ministre de l’époque) de lever une armée de 120.000 hommes et réquisitionner des éléphants, des chevaux, des chars et autres matériels qui sont utiles à l’armée. Le corps expéditionnaire était composé de quatre armées et deux régiments :

- Armée Royale, commandée par le roi en personne ;
- Armée d’avant garde, commandée par le Premier Ministre ;
- Armée du flanc droite, commandée par Ponhea Pen ;
- Armée du flanc gauche, commandée par Kralahom Peung ;
- Régiment d’appui et d’intendance, commandé par Ponhea Yomreach (dans le document, on ne connaît pas son nom) ;
- Régiment de réserve, commandé par Ponhea Vibolreach, qui avait pour mission de porter secours à qui dont il a besoin.

Pour partir à la conquête le Siam si loin de la capitale, le Roi Srey Reachea confia la garde de la capitale et la gestion des affaires courantes du Royaume à son demi-frère, Preah Tomma Reachea.

Lorsque la préparation de la campagne militaire fut achevée, le jour faste, le Roi monta sur le dos de son éléphant et ordonna au corps d’expéditionnaire à ruer sur la capitale siamois, Krong Tep (cité des anges) en passant par les provinces Pursat, Battambang, Norsarika, Preah Keo et Stung Bakrôn.

Dès son arrivée au Siam, il ordonna à l’armée d’avant-garde de livrer les combats contre les garnisons siamoises dans des différents endroits jusqu’à la province de Pachem (Ouest) (Moung Prachim d’aujourd’hui) avec succès. Le gouverneur fut capturé avec les membres de son administration.

Dans cet exploit, le général khmer ordonna à ses troupes d’enlever mille famille siamoise. Avant de poursuivre sa progression vers Krong Tep, Chao Vatulahăk Keo fit camper ses troupes à Pachem pour attendre la jonction de l’armée royale. Tout d’abord, il commença par procéder tranquillement et méthodiquement à l’installation générale de tout son monde.

Quelques jours plus tard, le Roi arriva à Pachem, à la tête du gros de son infanterie et de sa cavalerie. Au camp retranché, Keo ordonna qu’on amena le prisonnier, le gouverneur siamois, pour que le Roi le voir et lui poser quelques questions sur la situation politique et militaire de son pays. Celui-ci dit ceci :

«Il y a un certain temps, le général Khoun Vorak Vongsa, son épouse, Neang Sisodachan et son clan ont été chassés de trône et tués par les fidèles du roi défunt, Yathva. Les vainqueurs ont proclamé un des leurs roi du Siam. Son nom de sacre est Preah Chao Chakkrapâth. Le nouveau souverain a pu rétablir l’ordre dans le royaume. Le pays aujourd’hui se retrouve la paix et la prospérité ».

Le Roi eut le soupçon sur cette nouvelle. Pour en avoir le cœur net, il décida d’envoyer sur le champs ses espions à la capitale d’ennemis, afin de lui rapporter la vérité de ce pays. Puis, il commença à préparer avec les membres de son Etat-Major les plans du siège de la capitale siamoise. Puis, il ordonna à ses troupes d’attaquer les garnisons d’ennemis dans plusieurs provinces pour ouvrir une voie d’accès au Krong Tep. Une telle opération était l’affaire d’un général en chef, Chao Vatulahăk Keo, capable d’organiser le déploiement des troupes, logistique des vivres et du matériel. Le succès fut total pour l’armée khmère et elle fit beaucoup de prisonniers siamois.

Dans le document (l’histoire des rois khmers, 3ème tome, n° K53-3) déposé à la bibliothèque du palais royal dit ceci :

« Les espions du roi revinrent de la capitale avec les informations suivantes : Quatre généraux siamois, Khoun Pirethtep, Khoun Preah Intep, Meung Reachsdèha, Loung Siyâth, demeurant à Lantakpha, se sont rebellés contre le général Khoun Vorak Vongsa. Ils ont tué ce dernier avec tous les membres de sa famille, y compris sa belle-mère. Puis, le président de ce groupe militaire, ayant le sang royal, a été proclamé par ses compagnons, roi du Siam, dont le nom est Preah Chao Chakkrapâth Thireach.

Apprenant cette nouvelle, le Roi rassembla ses généraux pour leur dire ceci :

« Comme vous le savez, pour le moment, l’armée ennemie est en déroute partout où nous l’avons attaqué. Ce qui importe à l’heure présente, c’est de continuer à marcher sur Krong Tep. Qu’allez-vous penser ? dit le Roi. Mes paroles n’exprimaient que le sentiment sincère d’un général ».

Tous les généraux se rangèrent à l’avis du Roi. Une fois la décision avait été prise, le Roi ordonna à l’armée de se diriger vers Krong Tep.

Parlons du Samdech Chao Vatulahăk Keo, Commandant en Chef de l’armée de la Marine, il attaqua la province Royong (ancienne province khmère) par la mère avec succès. Le gouverneur siamois de cette province fut tué dans la bataille. La population accueillit l’armée khmère en libérateur. Ensuite, celui-ci poursuivit son chemin et déclencha une bataille de recouvrement, avec succès, d’une autre province khmère Chanthabori, en tuant le gouverneur, Commandant de région militaire siamoise, Ponhea Nam.

Après son exploit, Samdech khmer ordonna à son armée de camper dans cette contrée. Plusieurs familles siamois furent enlevées pendant cette bataille. Sans plus tarder, Chao Vatulahăk Keo écrivit un message à l’adresse de son roi, pour l’exhorter à suspendre la progression de ses troupes dans le territoire ennemi et établir un camp retranché et une administration khmère dans ces provinces libérées. Cette suggestion avait pour but de consolider la présence khmère dans cette région. La permission avait été acceptée par Srey Reachea, mais celui-ci donna une instruction précise à son général. Celle-ci disait ce qui suit :

« Si vous êtes informé de ma victoire sur Krong Tep, vous deviez faire immédiatement mouvement de votre armée pour occuper la région Sud du Siam et puis, vous m’informerez sur les résultats de cette opération ». (
Fin du récit du document K53-3).

Revenons au roi Srey Reachea, il donna l’ordre aux quatre corps de l’armée de se diriger vers Krong Tep. Son avant-garde poursuivit sa progression même pendant la nuit et se trouva en vue la cité des anges au petit matin. Chao Vatulahăk Keo, général en chef khmer, ordonna l’attaque.

L’assaut khmer surprit les fantassins ennemis en plein sommeil. Saisis de panique, ils ne songèrent qu’à trouver refuge dans la cité. Mais aux approches de la muraille, les soldats khmers se heurtèrent à un dispositifs fermement installé. L’abondance du parc de canons ennemis avait été mise en feu et brisa leur élan.

En vagues successives, les soldats khmers montèrent à l’assaut de la muraille siamoise. Mais à chaque assaut, ils furent repoussés par celle des adversaires. Il y avait beaucoup de morts dans les rangs des Khmers. En conséquence, pour rester hors de porter des veuglaires, le Roi Srey Reachea obligea de donner l’ordre à ses troupes de se replier à une distance de 200 send de la cité (1 send, l’unité de mesure khmère de l’époque, est égal environ 30 mètre).

Cependant, un détachement khmer de 500 soldats d’élite, commandé par Okgna Pen, arrivèrent à percer les lignes de défense siamoise, puis, ils avancèrent jusqu’à les murailles de la cité, furent prêts à grimper sur ce mur maudit. A peine les sapeurs eurent achevé leurs préparatifs que Okgna Pen cria fort, parce qu’il fut touché par une balle d’ennemis, il tomba et sa vie fut emportée immédiatement par le mort. Ces hommes sans chef, obligèrent de se battre en retraite en amenant avec eux le corps sans vie de leur héro.

Aux prises avec adversaires plus puissants, beaucoup des soldats périrent en fin compte sur le champ de bataille, le Roi Srey Reachea convoqua tous les chefs d’unités pour donner l’ordre de se replier sur Pachem. Dans cette retraite stratégique, l’armée khmère ne fut pas poursuivie par celle des siamois, parce que le Roi Chakkrapâth jugeait que la puissance d’ennemis restait toujours intact.

Parlons du pays Hang Vatey (Birmanie d’aujourd’hui). Le roi de ce pays leva une armée de 30.000 hommes, afin de venir attaquer la capitale siamoise, parce qu’il avait entendu comme le roi khmer qu’il y ait des troubles politiques dans ce pays. Arrivé juste à la frontière, le roi fut informé que le Siam fut déjà envahi par l’armée khmère, dont l’effectif était de 120 000 hommes et celle-ci avait enlevé plusieurs milliers de la population siamoise. ayant appris cela, il fit demi tour pour retourner dans sa capitale.

Revenons à la capitale khmère, Krong Chatomouk, le prince Srey Soryatey, le neveu du roi Srey Reachea, profitant l’absence du roi, il quitta la capitale avec ses partisans pour lever une armée contre ce dernier. Beaucoup de gouverneurs des provinces de l’Est du pays étaient ralliés au prince rebelle. Puis, il livra les combats avec succès contre les garnisons des provinces Kompong Siem, Steug Tran, Baray Cheûk Prey et une partie du nord.

Il faut noter que le prince Srey Soryautey n’avait jamais accepté la décision du Conseil de la Couronne : le choix de son oncle comme roi à sa place. Dans son entreprise, il revendiquait donc le trône. Pour émuler sa force avec celle de son oncle, un seul moyen, c’est de décrier au dernier, sa légitimité de roi.

Ayant Informé de cette rébellion, le prince Thomma Reachea, le demi-frère du roi, ordonna aux généraux d’établir les garnisons depuis la province Samrong Tork jusqu’à celle Teuk Kmao (territoire de la Cochinchine actuelle) afin de faire face à une éventualité d’attaque de son neveu. En ce qui concerne la partie du Koh Sla kèt jusqu’à Peam Mich, Prey Norkor, Lon Hor, Phar Dek, il nomma les gouverneurs par intérim pour remplacer les titulaires, qui étaient partis avec le roi au Siam, afin qu’ils organisent la défense de leur province.


Puis, il envoya une délégation à Pachem Bori pour informer le Roi la rébellion de Srey Soryautey. Le Roi avait fait un rêve, il y a quelques jours, dans lequel, il voyait son demi-frère, le roi défun, Noray Reachea, lui a coupé avec l’épée sacrée en trois morceaux. Les astrologues fut convoqués pour interpréter cette vision. Il y avait deux parties opposées dans la prévision des devins. Bon présage : le roi va gagner la guerre contre le Siam. Mauvais présage : le roi va avoir un conflit armée avec certains membres de la famille royale. Après avoir entendu les deux versions, il roi se faisait beaucoup de souci.

Cinq jours après, la nouvelle de la rébellion de son neveu était arrivée à Pachem Bori. Le porteur de message royal informa en outre le Souverain que plusieurs détachements du prince Srey Soryautey campèrent dans la province Cheuk Prey, dont la mission est de barrer la route de retour au pays de Sa Majesté le Roi.

Ayant appris cette nouvelle, le roi se mit en colère et ordonna aux généraux de lever le camps pour retourner au Kampuchea en amenant des milliers siamois avec l’armée. Arrivé à Battambang, le Roi ordonna au gouverneur de cette province de lever une armée de 5 000 hommes pour établir une garnison à Neang Rog pour défendre une éventualité attaque des Siamois.

Puis, il poursuivit son chemin jusqu’à Pursat où il rencontra un autre messager du prince Thomma Reachea pour lui assurer la solidité des dispositifs de défense, malgré la totalité des provinces de l’Ouest étaient occupées par le prince Srey Soryautey. En revanche, Thomma Reachea demanda à son frère d’aller attaquer l’armée de ce dernier à Kompong Siem. Le Roi était content de cette nouvelle. Il se dit :

« Après la victoire, je nommerai le prince Thomma Reachea, Moha Obparach (vice-roi) pour ses service rendus à la nation ». Le Roi laissa les prisonniers siamois à Pursat et ordonna au gouverneur de cette province de réquisitionner la population pour porter les vivres et suivre la marche de l’armée, puis il poursuivit son chemin jusqu’à la province Kiri Bârribo (Bârribo actuel) où il ordonna à l’armée d’avant-garde de traverser le fleuve en premier pour camper à l’Est de l’autre côté de la rive. Cette manœuvre avait pour objectif de dilater la zone de sécurité pendant la traversée du fleuve tous les unités de l’armée.

Une fois l’armée du Roi se trouva en face de celle de son neveu, le Roi fit s’écrier en premier l’ordre de bataille. Au signal, les soldats du Roi se lancèrent à l’assaut, frappant, luttant avec acharnement, dont le péril était mortel pour les soldats de Srey Soryautey. Devant les adversaires déterminés, les soldats du prince, se battirent de plus en plus en défensive qu’en offensive, mais sans avoir perdu l’espoir de repousser les assaillants.

Mais la violence des assauts, répétés pendant plusieurs mois, par les fantassins de son Auguste oncle, mettait le prince Srey Soryautey dans le doute de l’efficacité de son armée et se rendit compte que l’armée du roi était beaucoup plus forte que la sienne. La situation s’avérait réellement critique, malgré la prouesse de ses soldats. Il pensa que le repli stratégique de son armée de la région du Nord s’imposait à lui. Au mois de février, l’année du porc, le prince Srey Soryautey décida d’abandonner sa position pour venir établir un camp retranché à Basane.

Le repli de son neveu, permettait au Roi de libérer, en effet, toutes les provinces du Nord, mais cette victoire n’infléchit en rien le cours de la guerre. Cette année-là, la population voyait dans le ciel, une étoile avec une longueur de la queue de 15 bras (comète) orientée vers le sud. L’apparition de la comète dans le ciel, selon la superstition khmère, est un mauvais présage pour la paix du pays. La guerre s’éclatera là où la queue de l’étoile s’oriente.

Retournons maintenant auprès du roi Srey Reachea. Il jura d’anéantir l’armée du traître. Il ordonna, en effet, à son général, Chao Ponhea Moha Reach Sénapadey de continuer à harceler l’armée rebelle. Alors, celui-ci rassembla sa troupe, franchit le fleuve, s’en alla établir un avant poste de défense dans la ville de Chlauk.

Lorsqu’il se présenta avec sa troupe à la porte de cette ville, il fut attaqué immédiatement par celle du prince Srey Soryautey en tuant un grand nombre de ses soldats. Chao Ponhea Moha Reach se battit en retrait, mais il fut poursuivi par les soldats ennemis. Il fallait relancer plusieurs contre-attaque par les soldats d’élite de sa troupe pour qu’il ait pu dégager la poursuite d’ennemis. Puis, il vint informer son Roi du désastre de sa mission. Celui-ci était fort mécontent de la défaite de son général, et ordonna derechef à un autre, Ponhea Kralahom de livrer les combats à plusieurs reprises contre les troupes de son neveu, mais sans avoir remporté une victoire décisive.

La guerre de position perdura pendant plusieurs mois, sans que l’on parvînt à savoir de quel camp penchait la balance. Comme il n’y avait ni vainqueur ni vaincu dans les deux camps, le prince Srey Soryautey chercha avec ses généraux à utiliser l’arme psychologique.

Ayant appris qu’un plus grand nombre de soldats, servis dans les rangs du Roi, étaient originaires de la zone de l’Ouest, laquelle était sous son contrôle, Srey Soryautey n’hésita pas à en profiter pour déstabiliser l’adversaire. Ainsi, il donna l’ordre à ses gouverneurs de punir la famille dont un des membres était dans le camp adverse. Cette nouvelle parvint aux soldats du Roi et provoqua la désertion d’un certain nombre des soldats qui avaient la famille à l’Ouest.

En 1465, pendant la saison des pluies, le Roi décida de retourner à la capitale en laissant une partie de l’armée pour occuper les provinces Kampong Siem, Cheûk Prey. Parlons du prince Thomma Reachea. Il réfléchit ceci :

« la guerre d’aujourd’hui sera longue. Je ne peut ni compter sur mon frère, ni sur mon neveu, parce qu’ils sont en situation querelleuse. Le Roi pourrait, en effet, m’accuser d’incompétent dans la mission royale de garder le Royaume en état de paix, puis, il me traduira devant le Conseil de guerre pour me condamnera à mort. Dorénavant, il est nécessaire de penser à moi, parce que ma vie cette fois-ci est en danger dans cette querelle sanglante sans issue. En outre, si le Roi revenait habiter dans la capitale, il remènera bientôt la guerre, la famine et la désolation. La seule solution, c’est de l’empêcher, par la force ou par la ruse ».

A dater de ce jour, la résolution de Thomma Reachea fut prise. Il rassembla le groupe habituel de ses Montrey fidèles et tint une conférence sur les mesures à prendre contre le retour de son frère dans la capitale. Après avoir entendu les propos du prince, ces derniers lui répondirent :

« Figurez-vous que se sont justement, à nous aussi, nos intentions réelles et nos projet, mais nous n’oserons pas de vous en parler, par craindre d’être accusés de traîtres. Nous sommes prêts à vous soutenir dans votre entreprise et à mourir en combattant à votre côté ».

Après avoir entendu cette déclaration, Thomma Reachea était ému. La joie et l’appréhension furent envahis dans son esprit. Conscient de cet enjeu, il remercia ses lieutenants en leur demandant d’aller enrouler la population des provinces de l’Ouest et du Sud pour former une armée du milieu.

Ensuite, il fallait avoir le courage de rompre les relations de subordination avec le Maître sur terre, son Auguste frère. La solution consistait à lui envoyer la reine, son apanage royal, toutes les filles d’harem et les serviteurs. En revanche, la quintessence d’objets royaux, il les garda dans la capitale pour gage.

Dans ses plans de défendre la capitale, le prince Thomma Rech, ordonna aux généraux d’établir un quartier général de l’armée à Oudon et à partir de là, il donna à son armée d’attaquer plusieurs positions de l’armée du prince Srey Soryautey : à Chhon Steug Krin Pounleu, à Ksach Kandal, Lovir Em. Il ordonna aux généraux d’établir plusieurs garnisons aux confins des régions de l’est et du Sud pour empêcher la pénétration des deux armées. Il créa plusieurs centres d’entraînement des troupes dans la capitale pour entraîner les nouveaux recrus. Il fit construire des magasins pour stocker les vivres et les matériels de guerre.

Arrivés à Kiri Bârribo, les Montrey du Palais demandèrent l’audience au Roi pour lui apporter la lettre de son frère. Dans la salle d’audience, à la vue du souverain, la reine et les dames du palais se mirent à pleurer et gémir en racontant leurs vies dans la capitale pendant l’absence du Roi. Après avoir échangé quelques mots avec la reine et ces dames, le roi demanda qu’on lui apportait la lettre de son frère. Il rompit le cachet et la lut avec attention. Celle-ci disait en bref ce qui suit :

"Le Prince Thomma Reachea aux rapports.
Sa Majesté, le Roi du Norkor Kampuchea Thipaday,
Depuis le jour où Votre Majesté a quitté la capitale pour conquérir le Siam et j’eus alors l’honneur d’assurer les affaires courantes du Royaume, je n’ai pas eu l’occasion de pouvoir vous rendre mes devoir. Il y a quelques temps, j’ai appris qu’hélas Votre Majesté est pâti de fatigue à cause d’une longue campagne militaire. C’est pour cette raison, j’ai sollicité la reine et les dames du palais de vous rejoindre pour apaiser votre fatigue endurée.

En ce qui concerne les affaires militaires, Je souhaite, Votre Majesté, que vous portiez d’abord vos pensée sur la situation militaire si pressant qui règne à la capitale, et que votre présence dans cette cité, attire davantage l’attaque de l’armée de notre neveu".

En conséquence, je vous prie respectueusement de bien vouloir écarter vos troupes du Krong Chatoumuk, pour aller parer aux dangers qui menacent le reste du Royaume. Quant aux provinces du Sud, elles sont désormais sous mon contrôle. Que Votre Majesté daigne seulement se soucier de conserver en parfaite santé, afin de pouvoir bientôt prendre soin à nouveau du bouddhisme.
Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le très humble et très obéissant serviteur. Si cela ne vous convient pas, je vous prie de bien vouloir m’en excuser.

Dès d’abord, le Roi fut surpris par le contenu de la lettre et sa première réaction fut une bordée d’injures à l’adresse de son frère, puis ordonna immédiatement aux généraux de ruer vers la capitale pour décapiter le nouveau traître. Les membres du Conseil de guerre donnèrent leurs avis ceci :

« Ouvrir un nouveau front est une entreprise très risquer car, si les deux princes fondaient leurs deux armées en une seule pour nous attaquer, comment pouvons-nous la résister ? Nous craindrions qu’il ne soit bien imprudent de notre part d’entrer en guerre, contre le prince votre frère, de façon si inconsidérée. Accepter une humiliation tactique sera une victoires stratégique de demain ». Après avoir entendu cet avis, le Roi le jugea juste et il revint sur sa décision.

Cependant, il ordonna aux généraux de renforcer les garnisons dans les provinces sous son contrôle : Long Vek, Rolear Phirk, Kiri Barobo, Krarkor, Kraug, Pursat, Battambang, Reusey Sagne, Tèm Seyma, Mongkol Borey, Reyong, Sorin, Sèk Kir, Kompong Siem, Steug Treng, Cheuk Prey, Kauk çès, Anglong Reach, Prom Tep, Prey Kdey, Staug, Chi Krey, Rolos, Siem Reap, Mlou Prey, Chham Ksan, Tnauth, Teuk Chhūr jusqu’à la frontière siamoise, c’est-à-dire toutes les provinces l’Ouest du Mékong. Tous les provinces du Sud-Est du Mékong et une grande partie de la Cochinchine étaient sous le contrôle de son frère.
(Suite dans le prochain numéro 11)

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