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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 15:08
Propos sur la monarchie khmère : Les règles de succession au trône.

Jean IMBERT, ancien Doyen de la faculté de droit et des Sciences Economiques de Phnom-Penh, a écrit en 1961 dans son livre « Histoire des institutions khmères » : « En l’absence de textes constitutionnels précis fixant les règles de succession au trône, nous sommes obligés de considérer quelles furent les pratiques habituelles, pour tirer une règle générale. Malheureusement, l’interprétation des pratiques successorales pendant toute notre période suscite des difficultés et a donné lieu à deux thèses qui paraissent de prime abord absolument opposées ».

Thèse de Madame Porée-Maspéro :

Le droit au trône se transmet par les femmes : « Ce principe explique pourquoi tant de rois du Cambodge étaient frère, neveu, genre ou beau-frère de leur prédécesseur, et une meilleure connaissance nous monterait que, dans le cas où un fils aurait succédé à son père, c’est qu’ils tenaient tous deux leurs droits de la même femme, épouse et mère ».

Thèse de Monsieur G.Coedès :

M. Coedès critique vigoureusement la thèse de Madame Porée-Maspéro et affirme que « dans plus de la moitié des cas, la succession peut-être considérée comme satisfaisant à la règle de succession masculine par ordre de primogéniture ». Il explique : « En face de 14 cas de succession en ligne masculine, on a 8 cas de types fort différents les uns des autres, qui n’ont de commun que le rôle de la filiation en ligne féminine. Et, sur ces 8 rois, 5 ont obtenu le pouvoir royal, soit dans des circonstances troubles, soit de façon violente, ce qui semble indiquer que leur filiation ne leur conférait pas de droits incontestables ».

La monarchie élective ?

Jean IMBERT a signalé en outre dans son livre qu’à partir du XVe siècle se répand une coutume qui jouera par la suite un rôle primordial dans les règles de succession au trône. Profitant sans doute de l’affaiblissement du pouvoir royal consécutif aux invasions siamoises, les ministres du royaume vont intervenir dans la désignation du souverain. Trois cas à noter :

« En l’an 1401, les ministres écartent Barommo-Soccarach, fils du roi défunt, pour mettre à sa place son cousin Srey-Soriyovong, fils d’un précédent roi, auquel succède Samdech Chao Ponhea dont l’identification est incertaine.

En 1477, en 1505, c’est encore sur l’intervention et par l’élection des ministres que le descendant légitime sera écarté au profit d’un autre membre de la famille ».

Note : Document de la pagode Kompong Tralach Krom (KTK): Barommo-Soccarach (Borom Rama dans KTK), fils du roi défunt Lompong Reachea. Srey Soriyovong, (Preah Soryauvong dans KTK). Celui-ci avait libéré le pays de l’occupation siamoise. Il se proclama Roi pendant la guerre de libération et après la victoire, il fut à nouveau proclamé Roi par le Conseil de la Couronne. Son ascension au trône fut dans une circonstance trouble (thèse de M.G.Coedès). (Je renvoie les lecteurs à mes trois articles n° 3 et n°5 sur l’histoire des Rois Khmers et la monarchie ancienne khmère).

Ces cas, qui semble avoir l’exception aux règles de succession au trône, serviront cependant à justifier la règle postérieure d’un véritable droit au trône, droit qui n’est jamais établi de façon certaine.

Profitant de l’absence de textes précis fixant les règles de succession au trône, en 1906, le protectorat français procéda, après la mort du roi Norodom, à l’élection par le Grand Conseil du prince Sisowath, frère du roi défunt, pour empêcher le prince Yukanthor, héritier présomptif à la couronne, de prendre la succession de son père. Cette pratique avait la raison suivante : « Le prince Yukanthor avait osé venir en France pour se plaindre du colonisateur et cette protestation aurait révélé certains procédés abusifs de l’Administration coloniale française et certains fonctionnaires khmers au service du protectorat, tels que Oum et Thiuoun. Il est intéressant de citer les doléances du prince Yukanthor dans son mémoire adressé à Monsieur le Président du Conseil des Ministres et aux membres du gouvernement de la République française :

Cas de Oum :

« …Et aujourd’hui S.M. mon père et moi, nous sommes traités en ennemis par les représentants de la France. Et leur appui politique, ces représentants le cherchent auprès de lâches comme Oum ! de lâches qui sont en même temps des voleurs… ». « …Voilà ce que produit la puissance que votre administration directe, sans le Roi, contre le Roi, donne à des gens comme Oum, augmentation des impôts, augmentation des corvées, diminution de la sécurité, vexations de toutes sortes… ».

Cas de Thioun (alors l’interprète de la Résident supérieur) :

« …Ce métis (Vietnamien), appointé à quelques centaines de dollars, a gagné en quelques années une fortune qui lui permet de posséder au grand soleil pour plus de cent mille francs d’immeubles. Il a son tant pour cent sur toutes les opérations de Oum… et d’autres ».

En 1941, en raison de la préservation de sa puissance coloniale au Cambodge après sa défaite dans la guerre contre l’Allemagne hitlérienne, la France de Vichy, avaient utilisé de servir pour la deuxième fois les règles de succession sans textes pour écarter du trône le prince héritier, Sisowath Monireth, fils du roi défunt Monivong, pour mettre à sa place un jeune prince âgé de 19 ans, Norodom Sihanouk, né de la conjonction de sang de la branche de Norodom et celle de Sisowath. Cette alliance de sang était servi par la France comme argument pour justifier sans doute son choix. Mais la réalité est autrement : le prince Monireth était à l’époque plus mûr, instruit, réfléchi et savait peut-être profiter de l’affaiblissement de la France pour revendiquer l’indépendance pour son pays. En effet, l’élection de Sihanouk comme roi par le Conseil de la couronne, le 23 avril 1941 et couronné le 28 Octobre de la même année n’était que le diktat de l’autorité coloniale aux membres du Conseil de la couronne.

Le retour de la France au Cambodge en 1946 avec sa nouvelle doctrine coloniale (doctrine fondée, sur le principe d’association au lieu d’exploitation exprimée et d’assimilation politique et administrative pratiquée dans le Continent d’Afrique noire) avait obligé le Roi Sihanouk à octroyer le 6 Mai 1947 une Constitution au peuple khmer. Les articles 26 et 27 de cette constitution nous montrent bien que la France, en tant qu’État associé au royaume du Cambodge était très prudente en matière de règles de succession au trône, car elle reconnaît explicitement le droit légitime du roi khmer de désigner son héritier à la couronne. L’élection interviendra au cas où il y aurait absence de désignation d’un prince héritier par le souverain défunt. Voici les textes :

La constitution du 6 Mai 1947 (Titre IV – du Roi) :

Article 26 : Le Roi a le pouvoir, après réunion du Conseil de la couronne, de désigner un héritier au Trône ainsi que d’annuler cette désignation.

Article 27 : Au cas, où, alors d’une vacance du Trône, un héritier n’aurait pas ainsi été désigné par le ROI, la désignation du nouveau Souverain est effectuée par le Conseil de la Couronne à la majorité des voix, celle du Président étant prépondérante en cas de partage.

Article 28 : Le Conseil de la Couronne comprend : le Président du Conseil de la famille Royale, le Président du conseil des Ministres, le Président de l’Assemblée Nationale, le Président du Conseil du Royaume, les deux Chefs des sectes religieuses, le Président de la Haute Cour de Justice. La présidence de ce Conseil est confiée au Président du Conseil de la famille Royale.

Article 29 : La majorité du Roi est fixée à 18 ans. Si le Roi est mineur ou dans l’incapacité d’exercer ses prérogatives, celle-ci sera exercées par un Régent.

La constitution de 1993, laquelle est vue comme une perfection et une grande victoire pour les monarchistes, ramène en réalité la monarchie khmère à état insignifiant qu’elle n’a jamais connu dans son histoire et par rapport aux autres monarchies constitutionnelles existant actuellement dans le monde. Les articles 10 à 13 relatifs aux règles de succession révèlent bien cet état :

« La royauté est élective.
Le Roi n’a pas le pouvoir de désigner son successeur parmi les membres de sa famille. Dans un délai de 7 jours au plus, le nouveau Roi est élu par le Conseil du Trône. La Roi est choisi dans la famille royale, parmi les descendants du Roi Ang Duong, Norodom ou Sisowath. La majorité du Roi est fixée à 30 ans.

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 16:54
Règne de Preah Noray Reachea (1427--1433).

En 1427, l’année de serpent, Preah Noray Rechea prit la succession de son père à l’âge de 33 ans. Son nom de sacre était « Preah Bat Samdech Preah Angkir Preah Noray Reachea Rama Thipaday Preah Srey Soryaupor Thomeuk Moha Reachea ». Il célébra les funérailles de son père en conformité aux us et coutumes des rois khmers.

Un beau jour, le Roi s’était rendu visite à la reine-mère. Au cours de son chemin, il avait aperçu le chantier de la Grand’mère Penh où il y avait de milliers de personnes qui transportaient les terres pour édifier une colline. Par curiosité, le Roi posa la question aux membres de sa suite, le pourquoi, il y a autant de personnes là-bas. Le chef de sécurité lui répondit : Dans cette contrée, il y a une Grand’mère, Penh, qui possède la statuette de Bouddha à quatre visages. Elle voulait élever un grand stupa au sommet d’une colline pour abriter sa statuette, mais comme à Kos Reusey, il n’y a ni colline, ni terrain élevé, elle décida d’édifier une colline artificielle en faisant appel aux volontaires vivant dans les villages à la ronde. Comme Votre Majesté peut le constater, il y a de milliers de gens qui viennent aider Grand’mère Penh ». Aussitôt qu’il apprit cette nouvelle, le Roi se dit : « Grand’mère Penh est sans doute une dame exceptionnelle, destinée prodigieuse, c’est pourquoi, elle veut faire une bonne action pour la prospérité du Bouddhisme. En tant que Roi, je dois absolument y contribuer à cette entreprise ».

Le lendemain matin, le Roi avait mobilisé les membres de sa Cour et tous les dignitaires du Palais pour venir en aide à la Grand’mère Penh. Cette participation royale se répandit partout dans le pays, qui attira tout le peuple des campagnes et les Montrey du Royaume pour venir élever la colline avec le souverain. Une fois l’édifice fut terminé, le Roi fit construire une pagode au sommet de cette colline. Pour éviter qu’on vole la statuette de la Grand’mère Penh, le Roi ordonna au chef menuisier du palais de couper un tronc d’arbre Koki en deux morceaux, un pour sculpter à l’identique la statuette de la Grand’mère et l’autre morceau pour construire un stupa afin de déposer la copie en bois de la statuette et la relique du Bouddha ? Quant à la vraie statuette, le Roi la confia au moine supérieur de cette nouvelle pagode en lui donnant une consigne précise de bien la garder car, cet objet est précieux pour le pays et le Bouddhisme, et en cas de guerre, il faut immédiatement penser à l’enterrer dans un lieu sûr pour éviter qu’on la vole. Le Roi donna le nom de la pagode, Phnom-Penh pour immortaliser la bonne action de la Grand’mère Penh. Cette colline est le Vat Phnom d’aujourd’hui.

En 1432, l’année du Rat, le Roi fit construire un autre stupa au pied de la colline pour déposer les cendres de son père, le roi défunt Ponhea Yat (1384-1427). Une cérémonie de sept jours était célébrée conformément à la religion bouddhique. Pendant le règne de Preah Noray Reachea, le pays était en paix. Le Roi avait un fils, Preah Soryautay. Ce prince portait le même nom que celui du vice-roi Soryautey, frère du roi défunt Lompong Reachea (1346-1351). Après 6 ans de règne, à l’âge de 39 ans, Preah Noray Reachea mourut de maladie. Le Conseil de la Couronne fit monter sur trône khmer, son demi-frère, Preah Serey Reachea.


Note de M.Eng Soth (Historien et Chercheur, membre de la Commission de l’Histoire et de la Culture khmère). M. Eng Soth était juge de la cour de cassation au Cambodge : Selon le document déposé à la pagode Kompong Tralach Krom : « Les noms de rois khmers sont gravés souvent sur les stèles dont la période de règne est incohérente par rapport au calendrier chrétien ». M. Eng Soth, suggère aux historiens khmers de la génération suivante de travailler pour y mettre un peu d’ordre pour la compréhension des lecteurs.


Commentaire :

Au Cambodge, dans le temps reculé, on utilisait beaucoup de calendriers : ère Bouddhique, Grande ère et Petite ère. Par exemple, 1433 de l'ère chrétienne, soit 1977 de l'ère bouddhique, 1355 de Grande ère et 795 de Petite ère.

Si on prend le règne de Ta Trasak Peam ou Ang Chay, selon le document de la pagode Kompong Tralach Krom, la date du couronnement du roi Ang Chay fut 998. En revanche, dans le document déposé à la bibliothèque royale (tome 2, n° 53, page 68), ce roi monta sur le trône le 11 mars 1290. L’écart est de 292 ans, presque trois siècles. Pour cette raison, beaucoup des chercheurs français travaillant pour l’Ecole Française d’Extrême-Orient considèrent l’histoire des rois khmers de Ta Trasak Peam jusqu’à la fin du règne de Sotheanreach comme une légende.

Il faut noter que les textes en khmer dans le document la pagode Kompong Tralach Krom, sont écrits dans un style oral/écrit, c’est-à-dire une expression populaire ancestrale. On les écrit pour être dits, transmis de bouche en bouche. On le sait que les Rois de la chronique sont moins intéressés par les chercheurs français, parce qu’ils sont moins visibles que les rois d’Angkor. Et pourtant, il y a autant des textes sur pierre ou en feuille de latanier qui jalonne la période post angkorienne.

Et quand on lit l’histoire des rois khmers, après le XIIIe siècle, on s’aperçoit qu’il y a autant d’enseignements pour les Khmers contemporains. Peut-être, faute de temps, les chercheurs français n’auraient pas la possibilité d’étudier entièrement l’histoire du Cambodge. Il serait facile dans cette condition de résumer que l’histoire des rois de la chronique n’est qu’une légende. Néanmoins, ils reconnaissaient qu’à partir du règne du roi Lompong Reachea (1346-1351), la chronique des rois khmers commence à avoir une allure de l’histoire.

De nos jours, dans l’esprit des Khmers instruits, ils font établir une frontière entre deux périodes de l’histoire de leur pays et de faire correspondre à l’une et à l’autre des valeurs différentes : Après la période d’Angkor, l’histoire d’origine, celles qu’en khmer on désigne par les mots Doem Kamnoet, « Souche - naissance », est un amalgame entre la légende, les contes et les faits historiques, elle aurait donc moins de valeur historique que celle étudiée et publiée par les experts de l’Ecole Française d’Extrême-Orient.

Et pourtant, quand on lit les manuscrits des « histoires d’origine », on constate que les textes en khmer sont bien étudiés mot à mot dans son langage très imagé qui s’adresse à toutes les couches sociales : hommes, femmes, enfants, religieux, officiels, laïcs, peuple et masse.

Dans les récits historiques khmers, le monde réel et le monde surnaturel s’inscrivent dans un espace sans frontières, dont le sens peut prêter à équivoque dans l’esprit des savants. Mais, ce mélange fait partie intégrante de la culture khmère. Par conséquent, il fallait mieux s’associer l’étude de l’histoire d’origine avec celle de la culture khmère. Ainsi, dans l’esprit du peuple et masse, l’existence de l’histoire des rois de la chronique ne constitue aucun objet de doute. La Commission de l’Histoire et de la Culture khmère affirme de son côté que les récits des règnes des rois Ta Trasak Peam jusqu’à Sotheanreach a sans aucun doute une valeur historique, mais ce n’est pas une histoire comme Science Humaine, ils traduisent seulement les faits et les sentiments de la population.

Il est certain que les « historiens d’origine » auraient bien noter les dates précises dans leurs récits. C’étaient plutôt des conteurs d’histoire, depuis plusieurs siècles, qui racontaient ces faits sans donner aucune importance à la date. Il faut bien noter que la temporelle n’était pas dans la culture des Khmers du Cambodge ancien. Et pour mettre en phase avec le calendrier chrétien, l’historien, qui écrit le document Kompong Tralach Krom, auraient pu jouer sur le facteur d’âge des rois, Ta Trasak Peam jusqu’à Sotheanreach, sept règnes. Ainsi on peut constater que les rois Ang Chay et Ang Sour vivaient plus de cent ans.

Il est temps pour les historiens khmers de la nouvelle génération, comme le souhait de M. Eng Soth, de travailler pour offrir un nouveau cadre à l’histoire du Cambodge.

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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 08:45
La monarchie ancienne khmère.

I. Le corps, l’esprit de la monarchie ancienne khmère :

M. J. BOISSELIER (archéologue) a créé un cadre historique khmer qui nous donne un aperçu d’ensemble des périodes historiques cambodgiennes. Il est classé en quatre périodes :

- La période préhistorique et protohistorique ; la période founanaise ou première période historique qui débute avec l’apparition des premiers témoignages sur l’indianisation du pays (Ie siècle). Elle s’achève avec le règne de Kaudinya-Jayavarman (478-514), avant dernier roi Fou-Nan (le Fou-Nan : le royaume, de vocation agricole et maritime, semble avoir exercé son hégémonie sur une grande partie de la Péninsule de l’Asie Sud-Est).

- La période pré-angkorienne qui début par le règne de Kaudinya-Jayavarman et s’achève avec le règne de Jayavarman II (802--850), promoteur de la royauté angkorienne (selon les annalistes chinois, un royaume vassale, le Tchen-La, d’origine septentrionale et de vocation continentale, se libère (fin VIe à VIIe siècle) de la suzeraineté du Fou-Nan qu’il l’absorbe en même temps et étend son autorité sur les autres feudataires. Le manque de cohésion, les rivalités amènent, dès le début du VIIIe siècle, une sécession en Tchen-La de terre et Tchen-La d’eau dont le caractère anarchique favorisera les desseins de Jayavarman II).

- La période angkorienne. Elle commence avec le règne de Jayavarman II. L’œuvre de réunification et de centralisation ne sera réalisée que par son second successeur Indravarman 1er et parachève par le fils de ce dernier, Yasovarman 1er ; fondateur d’Angkor (Yasodharapura), dernières années du IXe siècle. L’abandon d’Angkor en tant que capitale (1431 AD), sous la pression siamois, marque la fin de cette période de grandeur ininterrompue (au moins jusqu’à la fin du XIIIe siècle).

- La période post-angkorienne. Elle prolonge jusqu’à nos jours. Cette période est caractérisée par l’adoption définitive du Bouddhisme Theravada (Sources : Asie du Sud-Est Tome I : le Cambodge par J. BOISSELIER sous la direction de G.COEDES – Edition A.J. PICARD et Cie).

A. Le corps ou la structure de la monarchie khmère.

Nous trouvons dans l’ancien Cambodge deux dynasties, lunaire et solaire. Aux évènements rapportés par les auteurs chinois correspond une tradition, selon laquelle la dynastie lunaire était issue de l’union d’un Brahmane Kaundinya et d’un Neak (Nâgî), appelée Somâ, fille du Neak Reach (Roi du dragon). La seconde dynastie (solaire) descend du couple Kambu-Mérâ. Vers 550, les rois de Tchen-La, appartenant à la dynastie solaire (Kambu-Mérâ), se libéraient de la domination du Fou- Nan et l’annexèrent au VIIe siècle. Pour créer un lien entre les deux dynasties, les rois de Tchen-La revinrent à la légende dynastique lunaire (Kaundinya-Somâ). Un texte épigraphique du Xe siècle évoque l’union de la race solaire de Kambu avec la race lunaire, dont l’une avait pour totem le serpent et l’autre, l’oiseau mystique, Krouth (Garuda).

Ces légendes indiennes mêlées d’éléments autochtones n’appartenaient pas au seul du Royaume de Fou-Nan. On les racontait à peu près la même chose dans l’ancien royaume du Champa, ceux de Java et de Logor. Dans tous les royaumes fleurissaient des civilisations apparentées, mais nettement différenciées.

La monarchie khmère est un système politique ou une organisation de pouvoir. Elle est tantôt exaltée, portée aux nues, sanctifiée. Elle est tantôt regardée comme mauvaise par nature. Sa déification ou son exécration s’exprime à travers une multitude d’actions des rois. En tant que système politique, elle possède une structure.

À partir du XIVe siècle en Occident, juriste et théoriciens de la politique conçoivent le royaume par analogie avec le corps humain comme un corps politique, comme un corps mystique. Le Roi et ses grands officiers recouvrent eux-mêmes à cette métaphore organique. Le concept correspond à ce que tous pensent être « structure du royaume ». La substance de celui-ci est faite de l’ensemble diversifié des sujets et leurs activités différenciées ; mais elle est ordonnée par une forme, l’autorité royale, qui dirige et coordonne la vie du corps politique. Le Roi est ainsi le cœur, la tête ou l’esprit, en vue d’une finalité, celle de l’ordre du royaume. La théorie khmère des sept éléments constitutifs de l’État ou de la structure du Royaume.

Au Cambodge, les auteurs des inscriptions sanscrites se réfèrent souvent à une célèbre théorie hindoue (elle était connue au Cambodge dès l’époque préangkorienne (IIIe au VIIe siècle), d’après laquelle l’État ou la structure du Royaume est constitué de 7 éléments : le Chef de l’État ou Roi (Svâmin), les officiers (Amâtya), la population et le territoire (Janapada), la ville fortifiée (Durga), le trésor (Koça), l’armée (Danda), l’allié (Mitra). (Source : Sachchidanand SAHAI : les institutions politiques et l’organisation administrative du Cambodge ancien Vie-XIIIe siècles).

Malgré leurs divergences d’opinion sur l’importance relative de chacun des 7 éléments, les traités indiens accordent la première place au roi comme en Occident. De même, les auteurs khmers considèrent le roi comme l’élément principal.

Les titres royaux :

Le nom de sacre, terminé en Varman, est précédé par les titres propres à la dignité royale. Dès l’époque préangkorienne, l’usage protocolaire est d’ajouter le terme Dava au nom du roi. À l’époque angkorienne, il est appelé Kambujabhûmideva. Cependant, ce terme « Deva » n’est pas réservé exclusivement au roi ; les Moha Montrey (grands dignitaires ou fonctionnaires) et les Brâhmanes y ont également droit. Quant aux titres en langue khmère, nous constatons une évolution sensible de l’époque préangkorienne à celle d’Angkor.

Dans la première période, le titre de Vrah Kamratân Aň est indifféremment décerné au roi, aux Brâhmanes, et aux divinités. Le roi ne semble pas avoir, à cette époque, un titre qui puisse le distinguer des Moha Montrey et des divinités (une inscription préangkorienne emploi le titre Vrah Kamratân Aň (Kamradeng ou Kamratân = le puissant) pour Bhavavarman 1er (fin du VI e siècle), Mahendravarman (600-615) et Içâvarman (616-635).

À l’époque moderne, le terme Kamratân est utilisé dans deux expressions : Kamratân Krala (le seigneur de la maison) et Kamratân Krom (le seigneur de la surface inférieur (le roi). Le titre de Preah Bayda (Vrah pâda) est apparu seulement à l’époque angkorienne. Yaçovarman 1er (889-900), au début de son règne de son règne prtait encore le titre Dhûli Jen Kamratân Aň. Semble-t-il, que l’expression Dhûli Vrah Pâda s’ajoute un peu plus tard au nom du roi. Grâce à l’expression Preah Bayda, le titre royal se distingue de celui des Moha Montrey, des Brâhmanes et des divinités. Très rarement, le roi est qualifié de Preah Karunâ ou de Paramavitra. Ce titre est employé seulement à notre époque moderne. La titulature de Sûryavarman 1er (vers 1001-1049) est marquée par l’emploi fréquent du titre Kamratân dénotant une descendance en ligne maternelle.

Les titres de la famille Royale :

- Obhayoreach, le roi qui abdique ;
- Oparach, qui est soit le frère cadet du roi, soit un prince ;
- Preah Voreachini ou Preah Tévi, la reine ou reine-mère ;
- Preah Kêvea, qui peut être soit le fils cadet, soit le fils aîné ou encore le genre du roi ;
- Preah Ang Mias, Neak Ang Mias (Princes et princesses de la maison royale).

Je renvoie donc les lecteurs au livre de M. KHIN Sok (Le Cambodge entre le Siam et le Vietnam, publié par l’Ecole Française d’Extrême-Orient dans la collection de textes et documents sur l’Indochine XVIII e siècle).

Les Montrey :

La monarchie ancienne khmère avait besoin comme toutes les monarchies anciennes dans le monde d’une organisation ou corps politique permanent muni d’un système hiérarchisé, lui permettant d’appliquer les ordres du roi. Ce corps politique permanent des fidèles, n’est que les Montrey.

Je ne traduits pas ici le mot « Montrey » d’origine sanskrit par le mot « Mandarin », parce que je ne veux pas céder à la facilité des orientalistes qui confondent le Mandarin chinois avec le Montrey khmer. Le mot « Mandarin » ne se présente pas avec toute la rigueur du sens du mot « Montrey » cambodgien. D’abords le mot « Montrey » a déjà plusieurs sens en cambodgien : un intellectuel ou celui qui possède le savoir ou celui qui dirige une affaire d’Etat ou celui qui possède l’honneur ou celui s’est distingué tout simplement du Reas (homme du peuple) par son titre de dignité. Un Montrey est un état d’esprit ou formation de mentalité. Il appartient à un groupe intrinsèquement différent du Reas.

Les Montrey se forment en une catégorie sociale fermée fondée sur propre préférence, sa norme et ses corollaires. Elle est un but en soi, car on devient Montrey pour acquérir deux choses : le pouvoir et la richesse. Il y deux points qui nous permettent de déceler la distinction pertinente entre le mandarin chinois ou vietnamien et le Montrey khmer, les conditions d’affiliation et les relations entre les Montrey et leur souverain :

Les conditions d’affiliation :

Dans la Chine ou le Vietnam ancien, la voie d’accès au titre de mandarin était démocratique et fondée sur la morale confucéenne. Tous les lettrés (les instruits) désiraient accès au titre de mandarin pouvaient participer au concours, lequel était organisé au niveau national par la maison impériale. Quant au titre de Montrey, la voie d’accès était assurée par les liens de parenté. Pour devenir Montrey, il y avait une seule possibilité : Etre le fils d’un Montrey. Un père Montrey avait exercé tous ses influences ou par le subterfuge afin que son fils puisse devenir à son tour un Montrey.

Dans le Cambodge ancien, on était Montrey de père en fils. Les hommes du peuple voyaient en Montrey comme un « Neak Mean Bonn » (celui qui a reçu un mandat céleste). Ce concept est fondé sur le principe fataliste du Bouddhisme : l’Homme est le produit de ses activités passées : « C’est écrit sur mon crâne », disent souvent les Cambodgiens. Ce concept est un bel instrument d’harmonie sociale et de stabilité au profit des Montrey.

M. SAY Bory, dans sa thèse pour le doctorat de spécialité en science en administrative, soutenance en 1974 (Administration rurale du Cambodge et ses projets de réforme), a voulu donner son point de vue sur la conception de « Neak Mean Bonn », dont voici un extrait :

« Celui qui a le Bonn (mandat céleste) est appelé dans la coutume khmère « Neak Mean Bonn ». Cette conception, nous appelons « conception évènementielle » puisqu’elle détermine l’origine du pouvoir par un événement insolite quasi- inexplicable, par la raison pure. Nous préférons l’expression « conception Neak Mean Bonn » à la « conception évènementielle », car pour nous, Khmers, cela se comprend tout de suite, sans avoir besoin d’autres explications ».

La conception « Neak Mean Bonn » permettrait de légitimer tout pouvoir en place, qu’il soit d’origine divine ou populaire. C’est peut-être le corollaire de la théorie de résignation que les dirigeants khmers de l’époque ancienne voulaient inculquer à la masse dans le but de ne pas briser l’unité du peuple par trop divergences dans les conceptions de pouvoir. Celles-ci étaient réservées uniquement au groupe dirigeants, c’est-à-dire les Montrey.

Les relations de pouvoir entre les Montrey et leur souverain : Le Roi étant maître et l’unique propriétaire du royaume, il nommait et révoquait à son gré les Montrey. La pratique d’une autorité absolue du roi devait à chaque fois référer à la loi coutumière du pays.

Les Moha Montrey (Grand Montrey) avaient une attribution spéciale, l’obstacle légale, mais impuissants, aux volontés de Sa Majesté, qui consiste dans le droit de rappeler au souverain sur certains oukases royaux, qui sont contraires à la loi coutumière. Si le roi ne tenait pas compte de leurs observations, ils le laisser faire, parce que la règle traditionnelle dit que la parole du roi est comme la foudre, comme le diamant (terrible, respectable, précieuse). Celui qui transgresse la décision royale sera condamné à une amende proportionnelle à sa dignité, conformément à la loi.

M. Khin Sok, historien khmer, commente dans son livre sur ce point que l’histoire khmère a démontré que cette loi n’a pas empêché certains principes, ou Moha Montrey de s’élever contre les décisions royales insensées ou absurdes, ou contre un roi ayant une mauvaise conduite, dont voici un parmi de nombreux exemples à citer :

" En 1586, le Roi Satha (1579-1595) fit couronner ses deux fils, Chey Chétha et Poňéa Tân, âgés alors respectivement de 11 et 6 ans. En même temps, il éleva son frère cadet, Srei Soriyopor à la dignité d’Oparach. Cette décision fut mal accueillie par certains Montrey, qui la considéraient contraire à la coutume : « la coutume ne peut pas, sans raison valable, être confiée à des princes en bas âge ; de plus, Srei Soriyopor était considéré comme étant le plus apte pour succéder au roi sur le trône. Il en résulte que, lors de l’invasion siamoise en 1594, les Moha Montrey ne se firent plus un devoir de défendre le pays. Ainsi le général chargé de défendre la province de Siemreap, lorsque l’armée siamoise arriva à Battambang, décida de se retirer avec ses troupes à Pursat, parce qu’il ne voulait pas risquer sa vie pour un roi qui n’avait plus conscience morale". Ce fut une des principales causes de la prise de Longvêk (ancienne capitale khmère de cette époque).

C’est ainsi que le pouvoir des rois khmers peut revêtir à la fois un aspect redoutable et fragile, dominant un jour un royaume pour finir balayé par un souffle ou un mécontentement des Montrey. Quant aux relations de pouvoir entre empereur chinois et ses mandarins, elles étaient fondées sur la morale confucéenne : le respect scrupuleux de l’ordre et de l’empereur. Il est impossible à la cour impériale chinoise de laisser ses mandarins de faire observer à l’empereur sur les décisions impériales.

Il en résulte que les Montrey khmer formaient une strate de pouvoir qui partageaient toutes sortes de privilèges avec leur monarque et certains Moha Montrey portaient les mêmes titres que leur souverain, tels que Samdech et Poňéa.

Les titres des Moha Montrey et des Montrey :

Selon Khin Sok, les Samdech et Okňa sont des Moha Montrey et les autres Chao Poňéa Preah, Luong, Khun, Moeun, Neay sont considérés comme Montrey (Fonctionnaires moyens et subalternes)
.

B. L’esprit de la monarchie khmère :

Il est considéré par les spécialistes comme une pensée influencée par celle de l’Hindouisme et du Bouddhisme. Cette argumentation est fondée sur un concept très simple : l’indianisation de la culture khmère. À partir de cette idée savante, on sait que tout devient simple pour les chercheurs car pour en savoir davantage sur la pensée monarchique khmère, il suffit pour eux d’étudier d’abords les lois de Manu ou la philosophie bouddhique et ensuite de les transposer dans la pensée traditionnelle des rois du Cambodge.

C’est cet effort qui conduit Madame Yvonne BONGER, Sachchidanand SAHAI et autres illustres chercheurs. Ce sont eux aussi qui ont organisé le collage d’une masse fragmentée de l’histoire du Cambodge, parmi la connaissance de cette antiquité perdue dans les annales de l’histoire de l’humanité et enfin guidé l’art de la représenter comme une histoire convenue. Ainsi l’histoire de la monarchie est construite. Son cadre est tracé.

Il y a donc des sujets de thèses qui ont été guidés dans cette pensée unique, laquelle est vue comme un seul miroir où se mire la connaissance savante de nos jours. Faut-il dire que l’histoire des rois khmers n’est qu’un mélange de la science savante, c’est-à-dire le savoir rationnel et tout un héritage culturel dont la découverte de la civilisation angkorienne a multiplié les possibilités de tous les exégètes des ouvrages sculptés sur les monuments historiques ?

Pour ma part, je ne reconnais pas de pensée unique en histoire. Cette interrogation m’oblige, encore une fois, à commenter la pensée monarchique des rois de mon pays, comme dit Michel FOUCAULT (les mots et les choses) : « La tâche du commentaire, par définition, ne peut jamais être achevée. Il est donc normal que mon interprétation ici n’est jamais achevée et toujours ouverte aux nouvelles éventualités.

La cohabitation entre l’Hindouisme et le Bouddhisme :

Comme dans le cadre de mon essai est basé sur l’adaptation de la culture indienne (Hindouisme et Bouddhisme) à la vie des Khmers, il est intéressant de connaître comment l’Hindouisme et le Bouddhisme se cohabitaient dans le Cambodge d’antan. Voici, en bref, cette association : Le Bouddhisme, né dans un milieu hindou et issu en quelque sorte de l’Hindouisme, devait toujours, même en se détachant de celui-ci, garder quelques aspects communs basés l’un et l’autre sur le dogme de la transmigration. Le Bouddhisme admet le Karma et Samsâra, le fruit de l’acte et la métempsychose. Mais, il rejette l’autorité védique et nie l’absolu du Brâhmane. Cette contestation est profonde car elle est non seulement dans la question des rites, mais encore dans les théories indiquant le chemin de la délivrance.

Il y a sans doute une identité de rapport car les Brâhmanes considèrent le Bouddhisme tantôt comme une pensée sulfureuse tantôt comme une branche de l’Hindouisme. Max Müller s’efforce de découvrir (les germes du Bouddhisme) juste dans les Upanishads, qui sont des fondements essentiels de l’orthodoxie hindoue. Mûller rajoute qu’il n’y a aucune contradiction entre l’Hindouisme et Bouddhisme. Les différences entre les deux doctrines, pour être légitimes, ne peuvent être qu’une simple affaire d’adaptation, ne portant toujours que sur des formes d’expression plus au moins extérieures et n’affecte aucunement les principes mêmes ; l’introduction de la forme sentimentale dans le Bouddhisme est dans ce cas, du moins tant qu’elle laisse subsister la métaphysique intacte au centre de la doctrine. On rencontre à Java un Shiva-Bouddha qui témoigne d’une semblable association poussée entre les deux doctrines.

Il faut noter que l’Hindouisme comme le Bouddhisme, en sortant de l’Inde, se sont modifiés dans une certaine mesure et de façon diverses, et, d’ailleurs, ils devaient forcément se modifier ainsi pour s’adapter à des milieux très différents ; mais toute la question est de savoir jusqu’où vont ces modifications. Au Cambodge, le Bouddhisme, dans certains cas, a véritablement servi de « couverture extérieure » de l’Hindouisme, ce qui a permis au second de rester toujours fermé. Par exemple, pendant les règnes des rois bouddhistes d’Angkor, ils pratiquent le Mahâyâna et à partir du XIIIe siècle, sous l’influence du Siam, le Mahâyâna allait être progressivement évincé du Cambodge par le Hînayâna. On constate que la Cour Royale continuait de pratiquer scrupuleusement les rites de l’Hindouisme.

Cet usage permet aux souverains et aux Brâhmanes de se rappeler que d’une part, ils appartiennent toujours à des castes supérieures au Reas khmer (petit peuple) et d’autre part, la personne du roi est toujours le Devarâja (Roi-Dieu) (en khmer, Kamraten Jagata Râja) sur terre, descendant direct de Jayavarman II (fondateur du culte du Roi-Dieu au Phnom Kulên). « Son Auguste corps est la lumière céleste qui irradie de tous les côtés pour éclairer l’ignorance du peuple indigent. Il est la fin suprême pour le peuple bouddhique khmer, car sa personnification est Lokeçvara irradiant (Seigneur du Monde) qui n’est que Mahaçvara (çiva) (sic) ».

Selon les textes chinois, l’Hindouisme et le Bouddhisme coexistaient déjà au Fou-Nan dès les premiers siècles de notre ère. Ils vivaient en bonne intelligence. Pourtant vers 671-695, le pèlerin chinois Yi-Tsing écrivait qu’il y avait une persécution du pouvoir sur les moines bouddhistes :

« Les gens y adoraient beaucoup de Devas. Puis, la loi de Bouddha prospéra et se répandit. Mais, aujourd’hui, un roi méchant l’a complètement détruite, il n’y a plus du tout de bonzes ».

Mais, en général, le Bouddhisme, au cours de son développement était toujours toléré par les rois khmers. En 953, un ministre de Rajendravarman faisait une fondation bouddhique à Angkor ; un peu plus tard, Jayavarman V (968-1001) protégeait ouvertement le Grand Véhicule.

En 1181, le roi Jayavarman VII, un Bouddhiste ardent, prenait possession de la royauté. Cette ascension marqua aussi l’expansion du Bouddhisme au Cambodge, mais elle n’excluait pas totalement le çivaïsme. Çiva et Lokeçvara étaient fréquemment confondus.

Mais l’acte capital de Jayavarman VII, c’est semble-t-il, d’avoir transformé le culte du Davarâja au début du XIIe siècle, en culte du Bouddha-Roi résident au Bayon, il fit sculpter la face de Lokeçvara Samantamukha (face partout) sur les gigantesques tours ç quatre visages du Bayon), centre effectif de sa capitale et centre symbolique du Royaume. On constate que le Bouddhisme ancien avait incorporé à sa mythologie les grands dieux de l’Hindouisme, mais en réduisant aux rôles secondaires de comparses ou d’acolytes ; par exemple, le Bayon est un temple-montagne ; chacun des tours est sculptée à la quadruple image du Bodhisattva Lokeçvara qui domine et protège des divinités brahmaniques telles que Visnou, çiva, Pâvatî ou Kâlî (épouse de çiva). Revenons à la théorie des sept éléments constitutifs de l’État : le Chef de l’État ou Roi (Svâmin), les officiers (Amâtya), la population et le territoire (Janapada), la ville fortifiée (Durga), le trésor (Koça), l’armée (Danda), l’allié (Mitra), car cette théorie nous permet sans doute de mieux comprendre l’esprit de la monarchie khmère.

Le Roi :

La domination et la possession étaient le fondement de l’esprit de la monarchie khmère. Le Roi apparaissait comme la personnification sur terre du Dieu du sol. Il possédait le pays et était Maître divin du peuple. Pour la monarchie khmère, il n’existait pas la frontière entre la terre et le ciel. C’est le sol qui détermine sa puissance royale et le ciel qui reçoit son mandat céleste pour assurer la concorde de l’ordre humain avec l’ordre cosmique. Il était l’être sublunaire et le Magistère du Royaume. Il possède deux instincts : sa conservation et sa croissance :

- Sa Conservation consiste à préserver ses traditions, à perpétuer la superstition. L’ordre est sa vie, la tradition est son dogme, la Nation est son héritage, les Montrey sont ses gardiens de l’ordre auprès de la population. Sa devise est : « Unité et Hérédité ».

- Sa Croissance consiste à augmenter son prestige et son pouvoir qui lui permet d’imposer sa domination. Ce fut la monarchie qui bâtit le temple d’Angkor pour le prestige royal, grâce au travail forcé. Le pouvoir est ses poumons, l’organe vital de la respiration de son corps royal. Pour vaincre ses ennemis des humains : la volupté (Kâma), la colère (Krodha), la cupidité (Lobha), l’orgueil (Mada), l’illusion (Moha) et la jalousie (Mâtsarya), il devait apprendre quatorze espèces de sciences : les quatre Véda (la tradition hindoue : Rig Véda, Yajur-Vêda, Sâma-Vêda et Atharva-Vêda), les six Vêdâgna (le membre du Véda ou sciences auxiliaires du Vêda), les Purâna, la Mimânsâ (la réflexion profonde, le Nyâna (la logique), le Dhatma (la doctrine).

Qu’un empire soit vaste et ses régions variées, le Roi ne pourra guère en l’absence de la télévision, se faire connaître sa personne de la masse de ses sujets. L’entreprendrait-il, qu’il reviendrait de ses voyages pour constater l’appropriation sans doute irrévocable du pouvoir par un ministre, un secrétaire ou un frère bien-aimé. L’ubiquité n’étant pas au nombre des facultés humaines, il n’y a qu’un moyen de tenir ferme le pouvoir sur l’immensité de l’Empire, c’est de se faire Dieu, c’est-à-dire présent en esprit dans tout lieu où un autel s’élève à la gloire du souverain.

Il y a trois éléments qui constituent la base de personnification du Roi-Dieu khmer : l’autorité paternelle du chef ou arbitre des conflits, l’autorité théologale, l’immortel et divin par la race, incarnation de dieu et finalement, dieu sur terre, l’autorité militaire ou pouvoir de ma guerre, on le consolide par la guerre, il est général en chef, l’expérimenté, l’habile, l’audacieux, et surtout le victorieux.Bien entendu, la monarchie revêt sa forme la plus pure quand un roi à accumuler et garder des pouvoirs aussi divers.

Le Roi Hun Tean possédait ces quatre éléments cités:« Selon la légende, le Brâhmane Hun Tean, venant de l’Inde par la mer, après sa victoire militaire sur la reine du Fou-Nan, Liv Yi (selon le professeur Keng Vansak, ce nom Liv Yi est l’altération du mot khmer, « Yay Neuv Leave » (Dame célibataire) qui se donnait autrefois à la première dame du royaume ou une femme âgée qui avait une charge d’un chef suprême de la société), grâce à son arc magique, avait civilisé sur le champ la société primitive khmère en couvrant le corps nu de la reine vaincue par une pièce d’étoffe. Il épousa Liv Yi et monta ensuite sur le trône avec l’approbation des Khmers".

Le Brâhmane Hun Tean se présentait donc aux autochtones comme prête et Chef de guerre. Prête parce qu’il avait apporté une nouvelle religion qui n’était que l’Hindouisme, et chef de guerre, parce qu’il avait imposé sa domination par la force. C’est cette combinaison de ces deux qualités que Hun Tean avait pu fonder, sans aucun doute, la plus solide monarchie au Cambodge.

Les conceptions du pouvoir du roi khmer :

Le professeur Claude GOUR, ancien professeur à la faculté de Droit et des Sciences Economiques de Phnom-Penh, écrit dans son livre (Institution s constitutionnelles et politiques du Cambodge) sur les diverses conception du pouvoir du roi khmer. Résumons les :

La conception brahmanique : Cette conception fait du roi khmer un intermédiaire qui assure la concordance de l’ordre humain avec celui du monde, l’ordre cosmique. Le Roi détient pour cela les secrets de la pratique du rite et du sacrifice qui constituent le moteur de l’évolution ordonnée de l’ordre universel, le moteur du rythme de l’Univers. Le monarque régnant est celui qui, dans son Royaume, est le titulaire de la puissance supra humaine, fondée sur la vertu magique du rite puissant, dont il se prétend investi, au moment de son sacre, par l’ordre cosmique afin que, par l’application des lois humaines correspondantes, un ordre réduit soit institué dans le royaume à l’image de l’ordre universel.

La conception bouddhique mahayaniste : Cette conception intègre l’idée brahmanique préexistante qui fait du monarque le serviteur de l’ordre cosmique et le régulateur de l’ordre humain. Mais, le Roi bouddhique deviendra le mandataire des enseignements du Maître. Il prendra les caractères d’un Bouddha en puissance, d’un Bodhisatva et apparaître comme le reflet sur terre du Bouddha unique transcendant et surnaturel.

La conception autochtone : Elle était certainement d’origine plus ancienne, mais elle s’était adaptée, fondue dans un cadre brahmanique. Le Roi apparaissait dans cette conception comme la personnification sur terre du dieu du sol. Le dieu du sol, divinité d’origine autochtone, était à la fois l’expression des énergiques du sol et l’expression personnelle du lien, auquel il était attaché ; il s’identifiait en quelque sorte avec ce lieu. Le syncrétisme de l’époque angkorienne avait conduit à une identification du dieu du sol autochtone et d’une des principales divinités brahmaniques : çiva. Dans cette perspective, le Roi n’était plus un monarque à vocation universelle, mais un monarque dont la souveraineté était limitée au seul territoire du royaume. Il était maître du sol du royaume et personnification de çiva.

Après la lecture de ces trois conception du pouvoir du roi khmer, il est évident que les valeurs inhérentes aux conceptions du pouvoir monarchique khmer de M. GOUR sont : Traditionalisme, Déisme et Innéisme. Il est difficile au roi khmer de se laisser réduire à l’une ou à l’autre de ces valeurs car elles constituent l’ossature même de son existence.

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 08:45

Avertissement : Cet article est écrit par Pol Pot en 1952 . Il est publié dans la revue "L'Etudiant Khmer" , en Août 1952 en France. L’article est signé du nom de Khmer Deum (Khmer Original). Il faut savoir que quand Pol Pot était au pouvoir entre 1975-1978, il faisait le contraire ce qu’il avait écrit. Résultat : plus de deux millions de morts. C’était le régime sanguinaire que l’humanité n’a jamais connu.
Retranscription non officieuse.

Monarchie ou Démocratie.

Le 15 juin 1952, S.M. Norodom Sihanouk dissout le gouvernement et menace en même temps de dissoudre l’Assemblée du peuple si elle s’oppose à la prise de pouvoir. Ce coup d’État royal a remué tout le pays et nous incite, nous citoyens, à réfléchir à ses causes.

Certes, la constitution donne au roi le pouvoir de dissoudre le gouvernement, mais ce coup d’État est un acte d’injustice car le roi bafoue les droits démocratiques et commet un acte de mépris à l’égard de l’Assemblée élue qui représente légalement le peuple. Si le roi se préoccupait réellement de l’intérêt de la Nation, de la sécurité du peuple, comme il déclare souvent dans ses discours, il ne devrait pas faire ce coup d’État royal en utilisant la force. Vous auriez dû réunir le gouvernement pour trouver les meilleurs moyens de chasser l’armée française et les complices des Français, afin d’arriver directement à l’indépendance du pays. Le Roi aurait dû s’allier avec l’Assemblée. Pourquoi ?

L’histoire nous montre que seuls l’Assemblée et les droits démocratiques peuvent accorder quelques souffles de liberté au peuple khmer comme par exemple à l’époque du prince Youthevong. Quand il n’y aura plus l’Assemblée, le pays sera aussitôt ligoté. En 1949, le Roi régnant s’est allié à Yem Sambaur et notre pays s’est, à ce moment-là, lié par un traité avec la France, qui va continuer à rester très longtemps au Cambodge.

Cette histoire, le peuple khmer la retient et ne l’oublie pas ; seuls peuvent l’oublier ceux qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels. Ce coup d’État du 15 juin, nous montre que nous ne sommes pas du tout sous le règne d’une monarchie constitutionnelle, mais plutôt sous un régime de monarchie absolue. Le Roi est absolu, il cherche à détruire les intérêts du peuple quand celui-ci se trouve dans une position de faiblesse, il s’inquiète de voir que plus un peuple est instruit, plus il s’aperçoit facilement des fautes des rois. Le roi absolu use de bonnes paroles mais son cœur reste méchant ; il use de démagogie pour tromper le peuple.

I. Qu’est-ce qu’une monarchie ? C’est une doctrine qui confie le pouvoir à un petit groupe d’individus qui ont de hautes situations professionnelles, afin qu’ils puissent exploiter la majorité des autres classes sociales. La monarchie est une doctrine injuste, aussi infecte qu’une plaie putride. L’humanité doit l’abolir. La monarchie est une doctrine absolue qui n’existe que par le népotisme. Ses défauts sont nombreux.

1. La monarchie est l’ennemi du peuple.

L’histoire nous montre que, depuis que notre pays existe, nous sommes toujours dominés et exploités par la monarchie. La condition du peuple se rabaisse à celle de l’animal ; le peuple, qui est considéré comme un troupeau d’esclave, est obligé de travailler sans relâche, nuit et jour, pour nourrir la monarchie absolue et son sérail de courtisans.

2. La monarchie est l’ennemi de la religion. Le peuple croit que la religion est son amie, c’est pourquoi il a le respect et la place au-dessus de l’Homme. Mais depuis des temps fort anciens, la monarchie use de démagogie en faisant croire qu’elle représente aussi la religion, qu’elle respecte les dix règles royales. Pour en convaincre le peuple et l’exploiter plus facilement, la monarchie a fait composer par les poètes la légende de Preah Leak Chinavong, selon laquelle le roi a toujours possédé le droit de vie et de mort sur le peuple. Mais les bonzes éclairés ont depuis toujours très bien compris la nature de la monarchie et ont trouvé des moyens d’expliquer au peuple qu’il ne fallait pas croire en elle. Ils ont composé le récit de Themh Chey pour monter qu’un enfant du peuple, Them Chay, peut vaincre un roi ignorant ; Themh Chay ose s’opposer à la couronne. La monarchie a détruit la religion bouddhique par d’autres moyens, par exemple en divisant les bonzes en plusieurs groupes, en créant un rang supérieur, celui des Samdech (=monseigneur).

3. La monarchie est amie du colonialisme. L’histoire nous montre que, depuis que notre pays est sous la domination française, les rois khmers s’écartent de plus en plus du peuple khmer. Leur désignation, pour accéder au trône, relève de l’autorité française. Ainsi le roi régnant n’est-il qu’un pion des colonialistes, s’alliant avec eux pour préserver sa couronne et la monarchie. Il y a toujours des luttes pour le trône. Le prince Youkanthor a été exécuté par les Français qui ont confié le trône à S.M. Sisowath ; les luttes de ce genre sont nombreux.

4. La monarchie est ennemie de la connaissance. Elle utilise tous les moyens pour que peuple soit dépourvu d’instruction afin de lui faire croire que le roi est l’Etre suprême. Quand un peuple est instruit, il devient l’ennemi virulent de la monarchie et il veut avec acharnement son abolition. Voici des exemples :

- Notre grand maître Bouddha était très instruit ; il s’aperçut vite que son père, le roi Suthotana (sanscrit : Soddhodana) s’enrichissait injustement, laissant croupir le peuple dans l’ignorance, la maladie, la famine, sans abris, sans école, sans hôpitaux. Bouddha décida alors d’abandonner la monarchie pour devenir l’ami de l’Homme et du peuple, en apprenant aux hommes à s’aimer.

- Le prince Youthevong, très instruit, abandonna aussi les monarchistes pour inculquer la démocratie au peuple khmer.

II. Qu’est-ce qu’une démocratie ? C’est un régime qui confie le pouvoir à une majorité issue du peuple. Ainsi la démocratie est-elle totalement contraire à la monarchie. Ces deux régimes sont ennemis et ils ne peuvent pas cohabiter, comme le prouve le coup d’État royal du 15 juin.

L’histoire montre que ces deux régimes s’opposent toujours et que la paix ne s’instaure que quand la monarchie sera disparue. La révolution de 1789 en France, sous la direction de Robespierre et Danton, ont dissous la monarchie et exécuté le roi Louis XVI.

La révolution de 1917 en Russie ayant Lénine et Staline comme guides, ont totalement aboli la monarchie. La révolution de 1924 en Chine, le peuple étant sous la direction du docteur Sun Yat-sen, a aboli la monarchie et toute la famille impériale.

La monarchie est un régime que les peuples de tous les pays adoptent maintenant ; elle est aussi précieuse que le diamant et ne peut être comparé à aucun autre régime. C’est pourquoi le peuple khmer chante : « Le régime démocratique, dans le monde d’aujourd’hui, set comme un fleuve qui descend de la montagne en suivant des plantes que personnes ne peut barrer… ». Le régime démocratique relève de la morale bouddhique, parce que notre grand maître Bouddha fut le premier à l’avoir enseignée. Ainsi, seul le régime démocratique pourra sauvegarder la valeur profonde du Bouddhisme.

III. Le coup d’État royal. Ce n’est pas la première fois que S.M. Norodom Sihanouk abuse de la volonté du peuple khmer. Nous pouvons constater que, quand le peuple est faible et se laisse faire, le Roi profite de l’occasion pour mépriser la constitution, comme cela s’est produit en 1949 quand il a essayé de camoufler son absolutisme. Mais, ne pouvant plus se camoufler, il a pris, le 15 juin, la décision injuste de faire un coup d’État, au mépris même de ses amis monarchistes, dont certains se trouvent en prison.

La question qui se pose est de savoir sur quelle force le roi s’appuie pour faire le coup d’Etat.

1. Ce coup d’État est le fait du pouvoir colonialiste français. Les preuves se trouvent dans le discours royal du 4 juin, lors de la réunion du Conseil du Royaume. Nous en relevons les passages suivants : « J’ai (le roi) rencontré récemment M. Vincent Auriol, celui-ci m’a confié les affaires de S.E. Son Ngoc Thanh… Récemment aussi, M. Letourneau a partagé mon avis et m’a promis d’alléger certaines clauses si un futur gouvernement (khmer) était disposé à réprimer les résistants (Issarak) et d’assouplir encore ces clauses dès que la guerre aura pris fin ». Dans le message royal adressé au peuple, le roi a déclaré que « nous pouvons compter sur l’aide que nos alliés français et américains nous apportent ».

Tout cela prouve clairement que ce coup d’État a été soutenu par le colonialisme français.

2. Le coup d’État est l’œuvre de la monarchie. D’autres preuves peuvent être trouvées dans les messages royaux : « Ayant reçu en héritage cette monarchie qui date de seize siècles, pour gouverner le peuple… ». (Message à l’adresse aux étudiants). « De par mes devoirs en tant que roi, de par ma responsabilité devant la patrie, devant le peuple, devant l’histoire et devant mes ancêtres qui m’ont légué cette monarchie nationale… ». (Message à la nation). « Même si je dois devenir simple citoyen, je défendrai toujours la monarchie ». (Discours du Roi devant les étudiants à Paris). Tous ces discours du Roi prouvent bien que le coup d’État s’est fait dans le seul intérêt royal.

IV. Le gouvernement. S.M. Norodom Sihanouk est à la tête du gouvernement issu du coup d’Etat. Les autres ministres sont des courtisans qui ne connaissent rien à la politique et ignorent les malheurs du peuple. Tout le monde doit bien réfléchir au sort du peuple khmer qui n’a même plus la liberté de tenir de réunion de plus de quatre personnes.

V. Le programme du gouvernement. Les discours du roi montrent clairement que le programme du nouveau gouvernement pour la période de trois ans où le roi détiendra le pouvoir absolu, est divisé en deux parties :

1. Dans les deux premières années, faire la guerre aux insurgés (les patriotes nationaux).

2. La troisième année, négocier avec la France qui promet d’accorder une indépendance complète.

Un tel programme ne vise qu’à bâillonner le peuple, à arrêter et expulser ceux qui osent s’opposer à la politique du Roi. Ensuite, il vise la dissolution des partis politiques qui s’opposent aux intérêts du trône, car les partis politiques ne se taisent pas. Enfin, la politique du roi est de provoquer une guerre civile qui brûlera tout, même les pagodes. Les bonzes, le peuple, les fonctionnaires connaîtront de douloureuses séparations familiales, ils verront leurs parents, leurs femmes et leurs enfants écrasés par les chars, brûlés par le napalm ; les récoltes seront détruites. L’armée colonialiste, que la monarchie absolue a déjà appelé à la rescousse, a déjà commis des actes de pillage et de violence sur les femmes… Dans l’administration, les colonialistes seront les maîtres, comme auparavant.

La question se pose alors de savoir qui sera le vainqueur des deux premières années de cette guerre destructive. À supposer que la monarchie parvienne à réprimer les patriotes nationaux, la question est de savoir si, la troisième année, le Cambodge fait appel à l’aide du Siam, il doit rendre hommage au siam et si le roi qui fait appel à l’aide de la France, il doit rendre hommage à la France. Ainsi, le roi Norodom Sihanouk qui a demandé à la France, il doit laisser les colonialistes lier le Cambodge à la France par des traités qui leur permettront de dominer le Cambodge pour toujours.

Auteur : Khmer Deum.

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 07:33
Le règne de Preah Bat Ponhea Yat (1384-1427).

Avertissement : Dans le livre de M. Eng Soth, l’année de couronnement de Ponhea Yat est l’année 1382. Son prédécesseur, le roi Preah Thoma Saukreach règne de 1373 à 1383 et l’occupation siamoise est en 1384. Examinons donc cela :

Le siège de Norkor Thom par l’armée siamoise commence en 1383 et dure plusieurs mois. La chute de cette cité est en 1384. Dans le livre de M. Eng Soth, pendant le siège de la capitale, Ponhea Yat a été commandant de la porte sud, il quitte la capitale au moment de la défaite de l’armée khmère. Nous en supposons que Ponhea Yat ne pourrait pas être couronné en 1382.

En revanche, nous admettons qu’il y a deux hypothèses :

1. Il y a l’erreur dans la retranscription de date de couronnement de Ponhea Yat.

2. Ponhea Yat se révolte contre l’autorité du roi Preah Thoma Saukreach, parce que ce roi est en défaut moral. Il quitte la capitale pour venir s’installer à Basane où il se proclame roi en 1382 (Dans le livre de M. Eng Soth, on lit ceci : « Le roi siamois Chao Symphia a décidé de conquérir le Cambodge pour les raisons suivantes : L’instabilité politique parce qu’il y avait beaucoup de princes contestaient l’autorité du souverain et celui-ci est impopulaire »). Il se peut que parmi les contestataires, il y ait Ponhea Yat et après la victoire sur les siamois, il aurait pris l’année, à laquelle il se proclame roi à Basane comme le début de son règne sur le trône khmer.

Pour la compréhension des lecteurs, j’ai choisi l’année 1384 comme le début de règne de Ponhea Yat.

Ponhea Yat fut couronné en 1384 à l’âge de 51 ans. Son nom de sacre était Preah Bat Samdech Angkir Borom Yat Reachea Thireach. Sous son règne le pays connaissait la paix et le développement du Bouddhisme. En l’an 1387, après 2 ans à Norkor Thom et 5 ans de règne, c’est-à-dire 7 ans sur le trône khmer, le roi Ponhea Yat convoqua tous les princes et princesses, les hauts dignitaires civils et religieux du royaume, les fonctionnaires de la Cour pour leur dire ceci :

« Notre Royaume a un ennemi juré, le royaume d’Ayuthia. Les relations entre nos deux pays sont très mauvaises. L’Ayuthia annexe beaucoup nos provinces et enlève beaucoup notre population pour l’amener dans son pays. Dans le passé, nous avons pu remporter la victoire sur les siamois, mais elle est limitée, car nous n’avons pas eu la possibilité de libérer nos provinces et notre population. En outre, compte tenu de l’état actuel de notre pays, nous n’avons pas la force nécessaire pour déjouer l’ambition territoriale siamoise. Tous les rois d’Ayuthia veulent que notre pays reconnaisse leur suzeraineté et le souverain actuel est impatient d’envahir notre pays pour réaliser cette ambition. En outre, notre capitale se trouve tout près de la frontière siamoise, il est donc très difficile d’organiser une défense efficace en cas d’attaque des siamois. C’est pour toutes ces raisons, je vous convoque pour vous suggérer un transfert la capitale royale à Basane, parce que cette province se trouve à une bonne distance de la frontière siamoise et en cas d’attaque d’ennemis, nous aurons le temps suffisant pour organiser notre défense ».

Le projet du roi était approuvé à l’unanimité par les assistants présents à la réunion royale. Le roi ordonna, en effet, aux ministres de préparer le plus vite possible le transfert de la capitale à Basane (Srey Santhor d’aujourd’hui).

Ce retrait n’était pas une capitulation du courage de l’armée khmère qui savait faire preuve de leur combativité contre les insolentes provocations d’ennemis, mais une stratégie de survie, après tant d’années de guerres. L’Angkor Thom, selon Ponhea Yat, n’est plus ni une place forte, ni une zone économique efficace pour soutenir une armée en campagne. En outre, avec l’accumulation des violentes au cours des deux dernières guerres pour libérer la cité des dieux, les paysans et les habitants de ce lieu s’enfuirent en masse pour se réfugier à l’intérieur du pays.

En 1392, l’année du lièvre, le jour de transfert arriva, le roi donna l’ordre de départ. Il monta à bord d’une embarcation royale avec ses gardes d’élite. La reine et les concubines de la maison royale, en vêtements de gemme, montèrent à leur tour dans des différentes barques grandes et petites, aménagées pour cette occasion. Les prêtres du Palais firent les prières pour transformer l’eau de la rivière en bénitier pour protéger la flotte royale. Cette flotte était suivie par celle des hauts dignitaires et des généraux et elle était entourée par quelques embarcations des musiciens, chanteurs et danseuses qui avaient pour mission de distraire l’Auguste Roi pendant son voyage.

Par la voie terrestre, un cortège, des hommes et des femmes de condition de la Cour, de multitude de chars, d’armes, d’étendards et des bêtes, accompagnaient leur Maître-Dieu, en avançant en pas rythmé au son de gongs. Les gens, poussant leur dernier soupir, se retournèrent regarder pour la dernière fois de leur vie la magnifique capitale, abandonnée à son sort. Cinq siècles plus tard, on la trouve dans un état piteux au milieu des forets où la loi des humains est vaincue par la force de la jungle.

Arrivé à Basane, le roi ordonna aux services de travaux publics de construire un port et un palais royal au bord du grand fleuve. Les nouveaux arrivants commencèrent à construire leurs demeures selon leurs moyens et leurs rangs. Le roi donna le nom de son nouveau palais, « Palais de pierre ». Parlons du Laos.

En 1378, le pays était dévasté par les crues. Le courant d’eau du Mékong emportèrent dans son passage les grands arbres déracinés par cette inondation, lesquels suivirent le courant du Mékong jusqu’au pays des Khmers. À Preak Pear Prat (Preak Leap d’aujourd'hui) au Cambodge, il y avait un grand arbre déraciné venant du Laos par le courant du fleuve, qui ne cessait plus de tourbillonner au même endroit. Les villageois l’observaient avec curiosité.

Au bout de quelques heures, ils décidèrent d’en informer une Grand’mère pieuse et riche du village, appelé Grand’mère Penh. Celle-ci décida d’aller le voir avec ses valets. Arrivée sur place, Grand’mère Penh observa longuement l’arbre qui ne cessait plus de tourbillonner, et soudain, elle aperçut un reflet de lumière qui sortait du tronc d’arbre. Grand’mère Penh demanda à un de ses valets d’aller le voir de près. Le volontaire plongea dans le fleuve sans aucune hésitation et nagea jusqu’à l’arbre. Après quelques minutes d’observation, il cria très fort qu’il voit deux statuettes de Bouddha à 4 visages, lesquelles étaient incrustées dans le tronc d’arbre. Grand’mère Penh ordonna à son valet de les extraire du tronc d’arbre. Avec tous les efforts et les renforts des autres valets, on n’arrivait toujours pas d’extraire les statuettes. Grand’mère Penh demanda qu’on ramena l’arbre à la rive et ensuite on le sortit de l’eau pour déposer sur la berge. Une fois l’arbre était hors de l’eau, les valets cherchaient tous moyens pour extraire les deux statuettes, mais sans résultat. Grand’mère Penh décida d’aller parler de ce phénomène rare au moine supérieur de la pagode Thomma Lanka. Celui-ci ordonna immédiatement qu’on célébra la cérémonie exceptionnelle pour chasser les esprits maléfiques afin qu’on pût extraire les deux objets saints du tronc d’arbre.

Au bout de sept jours d’efforts et de prières, les statuettes étaient hors du tronc d’arbre. Tout le monde était content. Grand’mère Penh décida d’amener une des deux statuettes à Kos Reusey (Phnom-Penh d’aujourd’hui), et une autre statuette, elle fit l’offrande au moine supérieur. Puis, elle fit construire une pagode à Preak Bangkok pour déposer provisoirement la statuette. On donna le nom des deux statuettes, Preah Bang que l’on offre au moine supérieur et Preah Poaung que l’on amène à Kos Reusey.

Plus tard, la Grand’mère Penh cherchait un terrain élevé à Kos Reusey pour construire une demeure sainte à Preah Poaung. Malheureusement, à Kos Reusay, il n’y avait ni colline, ni terrain élevé. Pour réaliser son projet, la Grand’mère Penh décida donc de bâtir une colline artificielle en demandant l’aide de la population. Beaucoup des gens répondaient favorablement à ce projet. Cette colline était appelé plus tard par la population, « Phnom de la Grand’mère Penh » (la colline de Grand’mère Penh) qui devient plus tard « Phnom-Penh », le nom de la capitale du Cambodge d’aujourd’hui.

Revenons à Basane, cet endroit est au-dessous du niveau d’eau du Mékong. Chaque saison des pluies, la nouvelle capitale royale était inondée et dévastée par les crues. Cette situation créait des difficultés au Roi Ponhea Yat et sa Cour. Le Roi décida plus tard de la transférer à Kos Reusey. Dans sa nouvelle ville, le Roi décida d’entreprendre les grands travaux pour améliorer les conditions de vie de la population. Ces travaux portaient essentiellement dans les différents domaines suivants :

Domaine d’environnement : Le Roi ordonna à Chao Ponhea Dekchau, gouverneur de Samrong Taung d’enrôler la population pour creuser la terre, afin d’élever un terrain, sur lequel, il fit construire son palais royal dont la face était tournée vers l’Est (Bopear). L’endroit où Ponhea Dekchau fit creuser la terre était appelé par la suite Beung (marais) Dekchau. Pour faire évacuer l’eau de ce marais, il fit creuser un canal qui débouchait au fleuve.

Le Roi ordonna aussi à Chao Ponhea Reachea Métrey Phlong, gouverneur de Kos Reusey de construire un canal d’évacuation d’eaux usées et infectes du Beung Pauk Piye. (Après le document déposé dans la bibliothèque du palais royal à Phnom-Penh, Ponhea Phlong était gouverneur de Toné Bati et il avait pour titre Okgna Vongsa Anoukchit).

Domaine des transports : Pour faciliter la vie de la population, le Roi ordonna aux services de travaux publics de construire des ponts et des rues, lesquelles étaient recouvertes de pierres pour faciliter la circulation de la population pendant la saison des pluies.

Domaine de défense nationale : Pour défendre la capitale, le Roi fit construire les citadelles le long du fleuve et au Sud-Est du Palais, un autel de l’esprit Prâch (Neak Ta Prâch = génie intelligent) pour guetter les démons ayant les crocs du sang.

Domaine religieux : Le Roi fit réparer et construire beaucoup de pagodes dans une maçonnerie de briques.

Le jour faste de l’inauguration de son nouveau palais, dans la salle du trône magnifique, où il y avait tous les membres de la Cour et les dignitaires du royaume, le Roi, percé sur son trône doré sous l’ombrelle à sept étages, proclama solennellement le nouveau nom de sa cité et de son pays. La capitale était appelée « Krôn Chatomouk » et le pays était appelé « Norkor Kampuchea Thippaday».

Le Roi avait beaucoup d’enfants, des filles et trois fils. Ses trois princes furent nés de différentes épouses du Roi. Le premier fut né de la princesse Tévi, appelé Noray Reachea, le second fut né de la princesse Botom Késâr, appelé Serey Reachea et le troisième fut né de Preah Mneang Sisagame, appelé Thomma Rechea. Il élevait ses trois fils avec beaucoup affections et aux mêmes rangs protocolaires. Après le long règne de 43 années, le Roi mourut de maladie à l’âge de 78 ans. Son fils aîné, le Prince Royal Noray Reachea fut proclamé roi du Norkor Kampuchea Thipaday par le Conseil de la couronne.

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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 17:01
Occupation siamoise : Preah Indra Reachéa, prince siamois (1384).

Ponhea Preak, fils du roi siamois, Borom Reachéa II ou Chao Samphya, fut couronné par son père, roi du Kampuchéa en 1384, à l’âge de 25 ans. Son nom de sacre était Samdech Preah Indra Reachéa. On l’appelait Preah Indra Koma (Indra le jeune).

Avant de retourner à son pays, après le couronnement de son fils, Chao Samphya demanda aux dignitaires khmers de lui faire une visite guidée de la capitale khmère. Le guide khmer amenait le souverain d’Ayuthia visiter les différents endroits de la cité : Le quartier des 155 résidences : Ce quartier était les résidences royales des princes des royaumes vassaux qui étaient venus au Kampuchéa pour étudier toutes sortes de connaissances. Selon le guide, ce quartier fut construit sous le règne du roi Théva Vong Auhthia (Théva Vong Extraordinaire). Ce roi avait la main magique. Chaque fois qu'il touchait un objet, lequel se transforma en or ou argent. Pendant son règne, le roi distribuait beaucoup d’or à la population. Il avait un fils, appelé Preah Keth Mirlir et pour que son fils avait des compagnons d’étude, il demanda à tous les rois vassaux de faire venir leurs fils à la capitale royale pour tenir compagnie avec son fils. Pour cette raison, le roi fit construire ce quartier où il y avait des jardins magnifiques, des piscines et des 155 résidences royales. Chao Samphya demanda au guide : Où se trouvent la chambre à coucher du roi et son fils ? Elles ne sont pas ici, pour le roi, sa chambre se trouve à Bayon. Pour son fils, elle est au palais du ciel (Vimean Akas), répondit le guide. Chao Samphya demanda encore au guide : Quand Preah Keth Mirlir devient roi, où il habitait ? Le guide répondit à la question royale : Selon la légende khmère, Dieu avait envoyé un architecte céleste et 500 Thévadas (saint) sur terre pour construire un palais afin d’offrir comme cadeau à Preah Keth Mirlir, le jour de son couronnement. L’architecte était né sur terre sous le nom de Chao Chhet Koma et les 500 Thévadas étaient nés en même temps que l’architecte pour devenir ouvriers dans la construction. Ils étaient construits beaucoup de palais : Nokor Touch (petit palais), un palais pour déposer le sabre royal, Beug Mirlir (centre des malades en convalescence), Ta Prom (centre de cérémonies pour rendre hommage aux parents), Kos Kea et Nokor Pichey. Chao Samphya posa la question au guide : Connais-tu le nom du fondateur de ce royaume ? Le guide répondit au souverain siamois : Le roi fondateur du royaume était Preah Bat Kampuch Neakreach. Son successeur était Preah Bat Kaméroukreach qui fit construire beaucoup de palais pour laisser sa trace à la génération suivante. Chao Samphya demanda encore au guide : Quel roi avait transformé Norkor Touch en pagode ? Le guide répondit au souverain siamois : Le Roi Botom Soryauvong. Cette transformation a pour but de déposer tous les livres sacrés du Bouddha dans ce beau palais. Chao Symphia continuait sa visite et apercevait un endroit où il y avait beaucoup des objets sacrés et des offrandes. Il posa la question au guide : Pourquoi, y a-t-il autant des objets sacrés à cet endroit ? Le guide répondit au souverain siamois : Ici, on dépose la statuette du roi des bœufs (Prah Kor). Dans son vendre, on met tous les livres de formules sacrées du royaume. Chao Symphya se montrait très content des informations données par le guide. Il continua de poser quelques d’autres questions au guide : À partir quand, les rois vassaux n’envoient plus leurs enfants dans ton pays ? Le guide répondit au souverain siamois : À partir du règne du roi Sénakareach jusqu’à Borom Reachea Chey ou Ta Trasakpeam. Après Ponhea Chay, le royaume redevenait puissant jusqu’à votre victoire.

Pour gouverner le Cambodge, Chao Symphia avait laissé huit hauts fonctionnaires siamois pour aider son fils Indra Koma. Il retourna dans son pays en amenant presque tous les objets sacrés khmers y compris la statuette du roi des bœufs (Preah Kor, actuellement, elle est exposé à la pagode Preah Keo à Bangkok). 70 000 khmers étaient amenés au Siam, parmi lesquels, il y avait deux fils du roi Thoma Saukreach, Ponhea Keo et Tay.

Note : Quand nous lisons l’histoire de guerre entre le Siam et le Kampuchéa, nous avons le sentiment que les souverains siamois maîtrisent bien l’art de guerre de Sun-tzu. L’annexion des territoire et enlèvement de la population font partie de leurs stratagèmes, lesquels ont pour objectif d’affaiblir un pays : « le malheur frappe l’ennemi au-dedans, il faut ravager son territoire ; au-dehors, s’emparer de ses habitants ; au-dedans comme au-dehors, s’emparer de ses Etats ».

Parlons d’Indra Koma, nouveau maître de Norkor Thom, il avait ordonné aux soldats de chercher partout dans la cité l’épée sacré qui symbolise le pouvoir royal khmer. Cette épée était perdue ou cachée pendant l’assaut de la capitale. Après une longue recherche, ses soldats arrivaient à trouver cette épée. Indra Koma ordonne qu’on l’envoya immédiatement à son père, mais cet ordre était annulé parce qu’après quelques heures de sa décision, il y avait de l’ouragan et cette nuit-là, Indra Koma avait fait un rêve, dans lequel, il voit l’ancien roi khmer qui lui menace de tuer avec l’épée sacrée.

Revenons à Ponhea Yat. Qu’on se souvient bien de ce prince ; après la mort de son père, le roi Srey Soryauvong (1359-1369), le vainqueur de Ramaso, souverain siamois, les membres du Conseil de la couronne le jugeaient trop jeune pour prendre la succession de son père. Au moment de l’invasion des Siamois de la capitale khmère, ce prince étant commandant de la défense de la porte sud, avait pu quitter la cité avec son armée. Apprenant la mort du roi khmer, ses soldats le proclamèrent nouveau souverain du Kampuchéa pour qu’il organisait la guerre de libération nationale contre l’occupation siamoise. Ponhea Yat s’installa son quartier général à Basane (Srey Santhor d’aujourd'hui). Il était rejoints aussitôt par la population et des gouverneurs des différentes provinces pour se battre avec lui. Il faut bien noter que Basane était déjà choisi comme base de résistance contre l’occupation siamoise (1353--1359) par son père, Srey Soryauvong (nom dans le document est Preah Bat Kamdaye Agn Pradapreah Basey Chamkron. Il est fort possible que ce nom est le nom post mortel de Srey Soryauvong).

À Basane, Ponhea Yat ordonna à ses soldats de construire un grand fort. Compte tenu de jeune âge et d’inexpérience d’Indra Koma, le prince siamois, Ponhea Yat se persuada qu’il puisse gagner la guerre contre ce dernier. Il commença à étudier un stratagème avec ses généraux pour mettre l’armée ennemie en difficulté morale, c’est-à-dire la prive de son chef. Pour cela, il est question d’assassiner le prince siamois par la ruse. Cette tentative n’était pas une imprécation du souverain khmer, mais une stratégie militaire à part entière. Pour être en contact direct avec le prince Indra Koma, le stratagème consiste à organiser un simulacre d’une demande d’un groupe Khmers, experts dans le métier d’armes, au prince siamois pour lui proposer leurs services. Deux frères, Pich et Peuv, appartenant à la garde d’élite de Ponhea Yat se portèrent volontaires pour cette mission de suicide. Le souverain khmer étant très content de cet acte héroïque, il confia aux deux frères, dix meilleurs soldats de sa garde d’élite pour exécuter la mission : tuer le prince siamois. Après reçus l’ordre de leur souverain, les douze hommes partirent aussitôt à la capitale.

Arrivés à Norkor Thom, ils cherchaient à contacter le plus vite possible un haut fonctionnaire ambitieux pour qu’il leur présente à son souverain, parce que leur plan ne peut durer trop longtemps sans être percé à jour. Avec le talent de séduction pour faire miroiter ce fonctionnaire siamois qu’il va gagner l’estime de son souverain en présentant les douze meilleurs maîtres d’arme khmers à la cour, Pich devait être convaincant dans ses propos : « Si vous m’appuyez de votre crédit, je vous servirai pour toujours ». En tout cas, il faut savoir jouer la comédie pour lui donner le change. Les douze avaient fait, en effet, des démonstrations spectaculaires de leurs savoirs avec impétuosité devant ce siamois de haut rang. Celui-ci en étant impressionné, n’hésita plus à informer son souverain avec la promesse des douze de servir dans ses rangs jusqu’à leur mort. Ce dernier accorda une audience royale parce qu’il pense, après trois mois d’occupation du Kampuchéa, il est temps maintenant de recruter les meilleurs des Khmers dans son armée pour renforcer la défense de la capitale dont l’arrivée des douze experts khmers dans la capitale royale est une aubaine pour lui.

Le jour de l’audience, les douze étaient amenés par le haut fonctionnaire siamois. Sans prendre aucune mesure de précaution pour sa sécurité, dans la salle d’audience, Indra Koma, posa la question à Pich, chef de file du groupe : Pourquoi veux-tu travailler pour moi ? Pich répondit ceci :

"Mon petit frère et moi, nous nous disputons assez souvent pour rien. Depuis quelques semaines, nous nous discutons pour savoir comment nous pouvons se rendre utile à un grand homme, dont le destin est géré par Dieu. Après une longue réflexion, nous nous disons que Sa Majesté aurait peut-être besoin des hommes de talents comme nous pour servir dans votre armé".

Pich ne laissa même pas le temps à Indra Koma de réagir à sa réponse, il bondit vers ce prince, tira son couteau, caché dans son chignon et poignarda en plein cœur sa victime royale devant sa cour. Indra Koma était mort sur le coup. Les gardes siamois assaillirent sur les douze avec rage. La lutte s’engagea immédiatement entre les Khmers et les Siamois. Avant être tués, les douze arrivèrent à tuer plus de cent soldats siamois. Revenons à Ponhea Yat, après le départ des douze, il donna l’ordre à son armée de marcher sur Nokor Thom.

Apprenant la mort d’Indra Koma, il ordonna ses généraux à livrer bataille contre les lignes de défense siamoise sans rencontrer de résistance importante. Les murailles de la cité étant totalement dégarnies et en quelques heures seulement, la capitale fut libérée.

Ponhea Yat entra dans la salle de trône où les fonctionnaires siamois avaient déposé le corps d’Indra Koma. À côté de l’urne royal, il s’aperçut une très jolie femme qui était en train de pleurer. Ponhea Yat lui posa la question : Qui es-tu ? Qui sont tes parents ? La jolie femme leva la tête et répondit au souverain khmer :

"Je m’appelle Preah Mneang Sisagame, cousine et première dame du roi Indra Koma. Je suis la fille de Khoun Troung Dân Moun. Mon père est le cousin de Ponhea Tekchau Krong Tep".

Apprenant l’origine et appréciant la beauté de Preah Mneang Sisagame, Ponhea Yat la prit comme sa première dame du royaume. Après la victoire sur les siamois, Ponhea Yat était proclamé roi vainqueur par le Conseil de la couronne khmer en 1384.

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 19:53
LE REGNE DE PREAH THOMMA SAUKREACH (1373–1383).

Preah Thomma Saukreach était un des fils du prince Soryautey. Il fut sacré roi en l’an 1373. Son nom de règne était Preah Bat Samdech Angkir Preah Thomma Saukreach.

En l’an 1382, l’année de cheval, le roi du Siam, Chao Samphya, connu sous le nom de guerre Borom Rechéa II, convoqua son Conseil de guerre pour faire une déclaration de ses volontés martiales :

« Après la mort de Srey Soryauvong, ses successeurs avaient cessé de fortifier la défense de leur frontière. Le roi du Kampuchéa actuel, Preah Thomma Saukreach a de mauvais augure car après trois ans de son règne, son Royaume était dans l’instabilité politique. Beaucoup des gouverneurs contestent son autorité. Au palais, sa cour le voit comme un roi influençable et têtu. En plus, la région où se trouve la capitale royale est dépeuplée car les habitants s’enfuient pour aller vivre ailleurs parce qu’ils craignaient que nous venons les enlever pour amener comme esclaves au Siam. Les garnisons pour défendre sa capitale ne sont pas nombreux. J’en conclus qu’il est temps de nous venger nos deux échecs, l’un en 1359 et l’autre pendant la campagne de notre roi défunt, Ramaso. Compte tenu de la situation actuelle au Kampuchéa, nous aurons besoin donc seulement une petite armée de 10 000 hommes bien entraînés pour reconquérir ce royaume. Pour assiéger la capitale Angkor Thom, nous devons suivre l’exemple du siège de cette cité par notre ancien roi, Borom Reachéa, alors il était à la tête d’un corps expéditionnaire au Kampuchéa ».

En l’an 1383, les 10 000 soldats d’élite étaient prêts pour conquérir le Kampuchéa. L’ordre de marche sur la capitale khmère fut donné. Chao Samphya dirigeait en personne cette armée. Sur son chemin de conquête, le roi siamois n’avait pas rencontré la résistance khmère. En quelques jours seulement, il arriva à la porte de la capitale. Comme Preah Borom Reachéa, il fit construire des remparts au tour d’Angkor Thom dont la hauteur est égale à celle des murailles de cette ville pour y placer des canons. Aussitôt terminer la mise en place des dispositifs de défense de son armée, le roi siamois ordonna à son fils Ponhea Preak de livrer les batailles contre l’armée khmère.

Les généraux khmers, Ponhea Keo, fils du roi, commandant de la porte Est, Ponhea Tay, fils du roi, commandant de la porte Nord, Ponhea Yat, commandant de la porte Sud, Samdech Chao Vatoulak, commandant de la porte Ouest, résistaient les assauts siamois avec succès. Le roi khmer s’installa son quartier général à la porte Ouest de la capitale où il mena des contre-offensives contre l’armée ennemie.

Après sept mois de siège de la capitale khmère, le roi siamois commençait à se douter de sa victoire sur l’armée khmère. Cependant, six des officiers siamois, Oeung, Lane, Chhân, Deth, Kao et Dy, avaient pu identifier le pilier de la défense khmère, lequel se situe sur la grande rue qui donne l’accès à la porte centrale de la capitale où les Khmers concentraient leurs canons. Ils se réunissaient pour étudier un plan pour briser cette place forte. Après des jours et des jours de réflexion, ils en concluent qu’il y ait seulement un moyen pour réussir à leur plan : la ruse. Mais pour exécuter cette mission, il fallait avoir des hommes qui acceptent de se sacrifier leur vie pour la cause. Puis, ils demandèrent l’audience à leur roi pour expliquer leur plan : Détruire les canons ennemis par sabotage et pour le faire, il faut qu’ils arrivent à tromper la vigilance ennemis par la ruse. Un simulacre de défection des saboteurs pour se rendre au côté khmer était nécessaire pour réaliser ce stratagème.. Après avoir écouté en détail le plan de ses officiers, le roi siamois en était content. Il demanda aux généraux de constituer une cour martiale pour faire semblance de juger des traites.

Le lendemain, la cour martiale demanda qu’on amenait les six officiers pour les juger. Le chef d’accusation était leur lâcheté devant les ennemis. Le supplice était donc 50 coups de fouet en position à plat ventre. L’exécution de cette sentence devait être faite devant les ennemis. Aussitôt dit, les gardes saisirent immédiatement les six lâches hors de la tente royale et les emmenaient devant la ligne de défense khmère pour les fouetter selon les ordres de la cour. Pour que la scène de châtiment soit spectaculaire, et hors de soupçon des Khmers, le roi ordonna qu’on décapitait au même moment six autres traites. Les soldats khmers et leurs officiers regardaient de loin cette scène avec stupéfaction.

À la nuit tombée, les gardes siamois laissaient les six de s’évader de leur lieu de détention. Une fois dehors, les prisonniers se dirigèrent tout droit vers la position khmère. Ils furent capturés immédiatement par la patrouille khmère. Au quartier général, les officiers khmers demandaient aux six soldats siamois, la raison de leur désertion. Les six siamois avaient raconté leur calvaire aux officiers khmer, puis ils demandèrent la protection du roi khmer en échange de cette protection, ils s’engageaient à servir Sa Majesté avec fidélité jusqu’à leur mort. Après avoir entendu les explications des six siamois et avoir vérifié la véracité de leurs propos, les officiers khmers auront fait immédiatement un rapport à leur souverain.

Sans la moindre de soupçon, le souverain accepta leur demande d’asile et ordonna aux médecins de les soigner. Malheureusement, deux d’entre eux étaient morts de leurs blessures. Les quatre vivants se battaient courageusement dans les rangs khmers avec haine envers leurs compatriotes siamois. Au fil des jours, ce dévouement fit gagner la confiance des Khmers. Ils les laissaient se déplacer sans surveillance et en toute liberté dans l’enceinte de la cité.

Avec cette confiance, ces derniers jugeaient bon d’appliquer leur stratagème en informant leur souverain par une missive attachée à une flèche, dans laquelle ils donnent les lieux et l’heure exacte à leur armée pour lancer un assaut sur la ligne de défense khmère. A l’heure fixée, ces quatre siamois arrivèrent à saboter les canons khmers, sans que personne ne s’en aperçoit. Mais, les Khmers se battirent courageusement sans canons pour repousser les assaillants.

Les assauts duraient du matin jusqu’à l’après-midi. Les assaillants siamois se concentraient leurs attaques sur un point précis : La porte centrale de la cité, où les canons khmers étaient mis hors service par les saboteurs. Profitant de la confiance khmère à leur égard, ces deniers tuèrent les gardes de la porte et avant être tués par les autres gardes, ils arrivèrent à ouvrer les portes principales de la capitale pour laisser entrer les fantassins siamois.

Quelques heures plus tard, Angkor Thom était envahi par les soldats du roi Chao Samphya. Quant au roi khmer, il fut tué dans sa dernière tentative de repousser les assaillants. Les généraux khmers, Ponhea Keo, et Tey, fils du souverain khmer, furent capturés par les siamois. Après la victoire, le roi siamois, Chao Samphya ou Borom Reachéa II proclama son fils, Ponhea Preak, non de sacre Indra Reachéa, roi du Kampuchéa. En l’an 1384, pour la deuxième fois, le Kampuchéa était sous l’occupation siamoise.

Note : L’organisation et l’armement de l’armée khmère :

A. L’organisation de l’armée khmère : L’armée khmère est constituée de trois grands corps : - l’infanterie, - la cavalerie, - le corps des éléphants. Les embarcations de guerre et les chars ne constituent pas les corps de l’armée.

1. L’infanterie : L’infanterie constitue le gros des armées. Dans l’infanterie, on constate qu’il y a deux types de fantassins : Les porteurs de lance et de boucliers et les porteurs de tous autres armes. Les deux types de fantassins ne se mélangent pas dans la marche de l’armée.

2. La cavalerie Dans l’armée khmère, la cavalerie a pour mission : de briser les lignes ennemis, de contrôler l’ordre et la discipline dans les rangs des fantassins (police militaire), d’assurer la transmission des ordres entre les divers parties de l’armée (service de transmission), d’éclaireur au devant de l’armée.

3. Le corps des éléphants Les éléphants constituent un corps d’armée que l’on pourrait appeler « l’éléphanterie ». Son rôle principal est d’être la monture de guerriers de haut rang.

4. Unité de combat Chaque unité de combat comprend : un éléphant, deux à six cavaliers, trente fantassins. Les fantassins ouvrent la marche, encadrés par les cavaliers. L’éléphant est au milieu des fantassins, quinze en avant et quinze en arrière.

5. Les chars Chars et charrettes sont en fait très voisins dans leur conception. Les différences entre deux véhicules résident surtout dans le fait que charrettes portent un toit et surtout, elles sont dotées de deux traîneaux au niveau de l’essieu, extérieurs à celui-ci, que les chars ne possèdent jamais. Ces derniers sont par ailleurs toujours tirés par les chevaux et les charrettes par les bœufs. Les dimensions sont : 2,25 mètres de longueur, 1,5 à 2 mètres de largeur.

6. Les embarcations La flotte khmère est composé d’embarcations. Ces embarcations ont évidemment des caractères communs. Elles sont toutes basses sur l’eau, de forme allongée, « large au centre et effilées aux deux bouts, elles n’ont pas de voiles et peuvent porter plusieurs personnes. On les dirige qu’à la rame. Les rameurs sont remplacés parfois par les pagayeurs. Mais rameurs ou pagayeurs sont répartis en deux rangées symétriques. Les embarcations sont dirigées par un nautonier, placé à l’arrière et doté d’une grande rame en guise de gouvernail. Enfin, elles sont toutes chargées de guerriers prêts au combat. Leurs dimensions selon G. Groslier sont de 24 à 25 mètres de longueur, 1,5 à 1,8 mètres de largeur.

7. Les éléments accessoires de l’armée Les musiques militaires, les porteurs d’insignes honorifiques, les porteurs d’étendards.

8. Le service de l’intendance L’expression est sans doute un peu excessive. Le service est composé des civils, hommes et femmes, s’occupant du transport de denrées diverses, à des hommes armés en ordre de marche.

9. Les « suites » de l’armée Une suite de véhicules servant au transport de dames de qualité abondamment entourées de leur domesticité. Il s’agit sans doute des femmes des guerriers de haut rang.

B. L’armement de l’armée khmère Il y a deux types d’armes utilisées dans l’armée khmère : les armes offensives et les armes défensives.

10. Les armes offensives Elles sont : lances, arc et flèches avec éventuellement carquois, sabres de diverses tailles, haches typiques ou phkà’ks, couteaux et coutelas de toutes dimensions, le baliste sur l’éléphant et sur roues. Le Phkà’ks est une sorte de hache qui, comme les couteaux et coutelas, s’est transmise intacte dans sa forme de génération en génération jusqu’à l’époque actuelle.

11. Les armes défensives : le bouclier, la cuirasse.

(sources : L’armement et l’organisation de l’armée khmère aux XIIe et XIIIe siècles d’après les bas-reliefs d’Angkor Vat, du Bayon et de Banteay Chmar. Auteur Michel Jacq-Hergoualc’h, édition Presse Universitaires de France).

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 07:18
Avertissement : Conversation imaginaire entre un Khmer républicain et le Bouddha pendant la guerre de 1970-1975. C’était la guerre entre les Khmers républicains contre les communistes vietnamiens, alliés des Khmers Rouges.
On sait que le Bouddha lui-même ne s’occupe pas de réformer la vie sociale, il se contente de montrer la voie de la libération à ceux qui sont capables pour commencer de quitter la société proprement dite. Quitter la société veut dire tourner le dos aux problèmes des humains, lesquels ont pour origine, selon Gautama (540 av J.C – 483 av J.C), les désirs de l’homme. La guerre est un problème des humains, même il s’agit d’une guerre juste, elle est toujours un problème de société. Comme telle, elle est sans doute un sujet à critiquer par le Grand Maître : Eviter de répondre à la violence par la violence. La violence entraîne la violence.

Mais les Vietcong étaient présents partout dans les lieux saints (Wat) où la statue du Bouddha fut bafouée dès la première minute d’occupation. Ces souillures du péché étaient alarmantes pour les paysans-fidèles au Trai Phoum (doctrine du Bouddha).

Matthieu Ricard, moine bouddhiste-tibétain, répond à la question de son père, Jean-François Revel, concernant la violence, ceci :

"la violence, « ce qui compte, c’est la motivation qui inspire nos actes et le résultat final de ces actes. Le choix des moyens résulte de l’exercice de notre intelligence. Donc, en théorie, on peut admettre l’utilisation de la violence à des fins bienfaisantes. Mais dans la pratique, il est très difficile de l’utiliser avec succès. Il faut donc éviter le conflit, ou, s’il est inévitable, neutraliser celui qui s’apprête à commettre un acte violent… ».

Je me demande comment le Dalaï-Lama peut neutraliser la violence des soldats chinois au Tibet ? Bien sûr, Matthieu Ricard pourrait nous répondre à la place de Sa Sainteté ainsi :

« Nous n’avons aucune raison de nous révolter contre ce qui nous arrive, mais nous ne devons pas non plus adopter une attitude résignée, puisque nous avons maintenant la possibilité de redresser cette situation. Il s’agit donc de reconnaître ce qu’il convient de faire ou d’éviter afin de construire notre bonheur et d’échapper à la souffrance ». Comme on dit : « Tant que l’on garde sa main dans le feu, il est vain d’espérer échapper à la brûlure».

Mon père, mécontent dans son rêve, demanda le conseil à Gautama afin d’accomplir la mission de son chef de prêcher l’anticommunisme par le Bouddhisme :
    
- Ô ! Gautama, maître tout-Puissant, quels sont tes enseignements pour vaincre les voleurs athées qui viennent troubler votre séance éternelle de méditation ?
- S’exiler du monde des humains pour exiler de toi le sujet du péché !, répond Gautama,
- Impossible, Grand Maître de sagesse, répond mon père, nous sommes des humains, nous ne sommes ni saints, ni moines, qui pratiquent le bien, mais nous sommes en train de conduire des milliers de soldats qui ont pour mission de défendre ta philosophie révérée du peuple et un pays menacé par les athées qui nient l’existence de toute divinité. Ô ! Vénérable, j’ai appris la moitié de tes discours (Suttanta) et ta dogmatique (Dhammasangani), je suis ton adepte, je te supplie donc de m’apprendre ta formule magique qui peut vaincre le Marxisme. Cette doctrine, écrit Fernand Braudel, n’est pas, à elle seule, une civilisation de substitution ; c’est une orientation sociale, un humanisme volontaire, une rationalisation… ». Ô ! Gautama, tu n’as pas à t’en soucier, le Marxisme ne te pousse pas hors du cœur des Khmers qui sont, sans doute, très pauvres, mais ils sont assez forts pour capter la Divinité afin de l’enfermer dans un bloc de pierres, appelé « Angkor », mais aujourd'hui cette foule de fidèles ont besoin de ta formule magique qui les rende plus fort pour dompter les démons, nommés Vietcongs, afin qu’ils renoncent à nuire à la religion de leurs ancêtres.
- Mais non, Cher fidèle, dit Gautama, comment pourrais-tu dire cela? Un homme comme toi cherche à exercer le pouvoir, un être comme moi à s’en débarrasser. En effet, il y a deux sortes d’hommes : un homme dans le monde, pris dans un réseau d’interdépendance qui constitue comme sujet humain principal de la société tout entière ; cet homme est l’homme de la relation, qui a son être hors de lui, qui tire sa réalité de l’ordre social qu’il sert. En face de cet homme-là, il y a un autre, tout différent, un homme que nous comprenons mieux, qui est un individu, mais qui, à l’inverse de toi, se détourne de cette vie sociale où nous situons action et pensée, parce que pour lui, elle n’est pas affirmation de l’homme, mais illusion, absence de réalité. Tu es deux sortes d’hommes dans le même corps. Comment peux-tu suivre notre enseignement, si tu veux être toujours dans le monde de souffrance et de désir ; oui Cher fidèle, la vérité sur la douleur, c’est la soif de l’existence qui conduit de renaissance en renaissance et la soif de plaisir ; oui Cher fidèle, la vérité sur la suppression de la douleur, c’est l’extinction de cette soif de plaisir par l’anéantissement du désir, en bannissant le désir, en y renonçant, en ne lui laissant pas de place. C’est à ce prix que sera rompu le cercle des renaissances et atteint le Nirvana. Exiler de toi l’homme de la relation parce que cet exil est le premier pas vers l’extinction de la soif de désir. Ô ! Cher fidèle, je ne peux pas t’aider si tu ne veux pas t’aider toi-même.
- Et les Vietcong, les communistes vietnamiens, dit mon père, que devons-nous faire de leur menace diabolique pour aider le peuple bouddhiste du Kampuchéa ? Et la République Khmère (1970-1975) avec une équipe et un animateur comme Lon Nol qui sont prêts à faire face à cette menace, n’est-ce pas dans le but de l’interruption du cercle de malheur du peuple khmer ?
- Ceci est ton affaire et celle de tes amis républicains, répondit Gautama. La cause première de la conquête des Vietcong est bien l’avidité. La cause première de la guerre est bien aussi la haine. Comment peux-tu répondre à l’avidité par la haine ? Les deux ont la même nature, la violence. Un dirigeant politique, comme un jardinier, est responsable de ce qu’il cultive. La guerre d’aujourd’hui est le fruit de ce que toi et tes amis ont cultivé. Un conseil quand même à Lon Nol, si par hasard les fourmis envahissent le placard où il garde sa nourriture, pourquoi s’arme-t-il d’un liquide meurtrier ? Il suffit de mettre un peu de sucre au bord de leur trou, et elles n’iront pas plus loin.
- Ô ! Vénérable lumière ! dit mon père, il ne s’agit pas de la haine, mais de la survie d’un peuple qui est victime de l’avidité des Vietcong. Toi le Grand sage, tu ne penses pas quand même que le peuple khmer est responsable de la guerre, laquelle est provoquée par les communistes vietnamiens, et chaque jour qui passe sans ton intervention mystique est un jour que la République perd dans son combat historique. Nous, les Républicains, nous nous sommes pris au jeu et voulons prouver que nous sommes capable de faire progresser une vraie question cambodgienne : moderniser la société khmère en décadence. Nous en avons ras-le-bol d’être accusés de faiseurs de désordre dans le pays où l’ordre n’est que la peur du pouvoir. Oui ! dans mon pays, quand on parle de la misère, on pense que, c’est la faute du peuple et quand on récite la gloire du passé, on répond, c’est grâce aux rois d’Angkor. Où est la vérité ?
En écoutant les paroles de son maître « l’illuminé », l’âme de mon père reçut des torrents d’amertume qui l’accompagnèrent jusqu’à son réveil. Et à la veille de sa déambulation, il continuait d’appeler son âme à rejoindre son corps par la prière khmère pour purifier son existence :
- Put Thaur A Ra haing !, Put Thaur A Ra haing !, dit mon père,

Ô ! le Sage des çakya, pourquoi tu rejettes la réalité du Kampuchéa ? Tu es venu vers les humains comme un oiseau-vigie parti d’un navire vers tous points cardinaux à la rencontre d’une terre de malheur appelée le Kampuchéa (Cambodge) et pourquoi tu dis, tu n’en as vu nulle part ? Le Kampuchéa est toujours là avec ses éléments, terre, eau, feu et air. Il est la maison de ta philosophie salvatrice des hommes, laquelle est toujours suivie par les Khmers : observer les cinq interdictions, abstention des dix péchés, pratique des six vertus transcendantes.

Comment peux-tu faire comme si rien ne s’était passé devant cette ampleur de la misère du peuple khmer qui étudie jour et nuit toutes les branches de ton savoir : Révélation, Tradition, Sankhya, Yoga, Nîti Visesikâ, Arithmétique, Musique, Médecine, Vedas, Purâna, Itihâsas, Astronomie, Magie, Logique, Incantation et Poésie. Ô ! Vénérable Gautama ! nous, les bouddhistes, nous sommes trompés, peut-être, en pensant la valeur supérieure du Bouddhisme sur celle du Communisme, pourtant, la prééminence que nous avions imaginée a été contredite par l’histoire : la victoire du dernier où la misère et l’injustice sociale sont la loi.

 
Tu proposes de libérer l’homme de sa souffrance éternelle par la voie du renoncement à la vie quotidienne.

« L’homme nouveau » se définit par son absence de mémoire. Et la mémoire des Khmers n’est que le Bouddhisme. En revanche, la République Khmère réagit pour dire haut et fort qu’il y a une seule voie pour libérer le peuple khmer de sa souffrance. Cette solution est la suivante : le respect de sa dignité, la confiance dans sa force et l’aide à ses projets.

Oui Vénérable Gautama ! afin de briser l’invasion des Vietcong et de prendre en main les Khmers Rouges qui ne cessent de faire appel à l’aide de la Chine et aux soldats de l’oncle Ho pour faire du mal à leur propre pays, les soldats républicains, qui résistent avec tant de force, prennent une initiative décisive dans leur lutte : combattre les communistes sous la protection de ta philosophie.

Ô ! Vénérable Gautama ! puis-je me contenter de dire, comme cela, sans autre forme de procès : je reste toujours fidèle à tes enseignements, mais aujourd’hui, nous avons un doute sur ton aide devant la menace d’effacement de ta philosophie par les Bodoïs (soldats vietnamiens), soldats dévoués au culte du Stalinisme et les bêtes sauvages, appelées « Khmers Rouges ».

Ces athées sont créés de toutes pièces par leur maître vietcong pour accomplir une mission de changer l’homme humain en coolies du Parti. Pol Pot, le rigolo, à solde de diable rouge, font le boulot pour couper les mains des Khmers afin de les empêcher, au petit matin calme, de faire l’offrande de la nourriture aux moines.

Ô ! Vénérable Gautama ! leur défi est grand pour faire échouer le projet de la république et vaincre le Bouddhisme dans un petit pays, orné de belles choses, comme le Cambodge où la culture et la tradition sont fondées sur ta religion. Aujourd’hui, il y deux doctrines qui s’opposent dans l’esprit des fidèles au Trai-Phum : Communisme contre Bouddhisme.

B.H. Lévy dans son livre – le siècle de Sartre – écrit ceci : « Je ne pourrais croire, disait Nietzsche, qu’à un Dieu qui saurait danser. Sartre n’y croit pas. Il danse ». On peut dire la même chose qu’on ne pourrait croire qu’à Dieu qui empêche les fidèles d’être malheureux, les Cambodgiens croient au Bouddha. Ils sont toujours malheureux depuis la nuit des temps. Pourquoi ?

La face à face du Bouddhisme avec le Communisme permit à mon père d’adopter un point de vue : la vision morale.
Aristophane conte sur les Hindouistes de l’Inde ceci : L'un d’eux rencontre Socrate à Athène et qui lui demande de définir sa philosophie. Voici sa réponse :

« C’est une étude des réalités humaines ».

Sur quoi, réplique l’Indien en riant :

« Comment un homme peut-il étudier les réalités humaines, quand il ignore les réalités divines ! ».

- Mais quelle est ta réalité, Bouddha ? dit mon père.

- je ne suis Dieu, répond le Bouddha.

- Alors, qui es-tu vraiment ? demande mon père.

- Je suis la culture et la tradition de ton peuple, je suis le guide des hommes qui oriente leur chemin vers le bienheureux néant, je suis la « non violence » qui symbolise la paix de l’humanité, je suis le « renoncement à la vie matérielle » qui guérit la maladie du désir des humains, je suis le Néant, dit le Gautama.
- Tout cela est superflu pour la vie quotidienne des Khmers, parce que la vie repose sur ton invisible captif du bonheur, appelé le Néant, mais la culture et la tradition demandent l’existence de l’homme et l’homme doit vivre de sa vie de tous les jours. Le Néant, c’est après sa mort, n’est-ce pas ? dit mon père.
- Mais le Néant, répond Gautama, permet à ceux qui veulent étudier mon enseignement de construire eux même leur chemin de la moralité. Et au cours de leur vie, le néant est toujours présent dans leur esprit parce qu’il est le but final à rechercher. C’est en ce sens que tu peux considérer le néant comme un sentiment moral ou simplement religieux dans la vie de tous les jours. Mon enseignement, en effet, pour conclure, n’est que , si tu veux bien l’accepter, la moralité.
- Et la révolution sociale et politique du peuple opprimé, as-tu la solution ? dit mon père.
- La non-violence, bien sûr !, répond Gautama.

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 08:35
Nature annexionniste du Vietnam, vu par les dirigeants Khmers-Rouges (septembre 1978)

Ce document a été publié par le Ministère des Affaires Etrangères du Kampuchea Démocratique (régime de Pol Pot), en septembre 1978, quelques mois avant l’invasion des forces vietnamiennes au Kampuchéa, dont la date est le 7 janvier 1979.

Avertissement : Il faut bien noter que durant les années 1970-1975, ces mêmes Khmers Rouges, étaient alliés des communistes vietnamiens. Et durant la période de 1975-1978, ils ont tué plus de deux millions de leurs compatriotes pour leur utopie. Le 7 janvier 1979, l’armée vietnamienne a envahi le pays et occupe jusqu’à aujourd'hui, quoiqu'ils ont dit à l’ONU qu’ils respectent les accords de Paris, signés le 23 octobre 1991.

Nous répétons depuis plusieurs siècles que le Vietnam constitue un danger permanent pour notre Nation, mais ça n’empêche pas que ce pays continue d’empiéter notre territoire à chaque fois qu’il a l’occasion d’y profiter. Qu’avons-nous fait pour empêcher les Vietnamiens de réaliser leurs rêves d’annexer notre pays ? Pas grande chose, sinon, aujourd’hui, nous ne sommes pas là.


1.Les actes d’agression, l’expansion et d’annexion perpétrés par le Vietnam dans le passé. Les actes d’agression et d’annexion de territoire perpétré par les Vietnamiens tant dans le passé qu’à l’heure actuelle permettent à tout observateur de discerner clairement la véritable nature des Vietnamiens et du Vietnam, c’est-à-dire une nature d’agresseurs de territoire d’autres pays. Les annexions par les Vietnamiens du Champa et du Kampuchea Krom en témoignent.

A. Le Champa. Le Champa fut fondé au IIe siècle à l’époque Nokor Thom au Kampuchea. Son territoire correspondait à la partie centrale du Vietnam actuel. Sa population s’appelait Cham. Le Champa avait une vieille et brillante civilisation en Asie du Sud-Est comme en témoignent les monuments de My Son. Les Vietnamiens ont perpétré continuellement des actes d’agression et d’annexion contre le Champa.

- En 1471, les Vietnamiens ont conquis la capitale du Champa, Vijaya, et lui ont donné le nom de Binh Dinh. À partir de cette date, le Champa est entré en décadence pour disparaître progressivement en tant que nation. Les Vietnamiens ont par la suite « avalé » tout le territoire du Cham qui restait au sud de la capitale Vijaya.

- En 1611, les Vietnamiens ont annexé la région de Phu Yen au sud de Qui Nhon.

- En 1653, ils ont annexé la région de Khanh Hoa (Kauthara en Cham) aux environs de Nha Trang et de Phan Rang (Panduranga en Cham).

- En 1693, les Vietnamiens ont complètement « avalé » le Champa en annexant la région de Phan Thiet.

B. Le Kampuchea Krom. C’est la partie du territoire du Sud-Vietnam actuel constituée par la région occidentale du fleuve Donaï et le delta du Mékong. La France l’appelait « Cochinchine ». Ce territoire faisait partie intégrante du Kampuchea depuis 2 000 ans déjà. Les Vietnamiens ont commencé à empiéter sur ce territoire dès le début du XVIIe siècle.

-En 1623, ils ont obtenu l’autorisation de venir faire du commerce à Prey Nokor qu’ils ont nommé par la suite Saïgon. Ils ont profité de cette autorisation pour y envoyer plusieurs dizaines de milliers des leurs. Les Vietnamiens ont demandé l’autorisation de commercer à Prey Nokor (Saîgon) pour une durée de cinq ans seulement. Mais après cette période, ils ont refusé de partir.

- En 1645, le Kampuchea a exigé de nouveau le retour de Prey Nokor (Saïgon) à la mère-patrie. Les Vietnamiens ont promis de le faire. Mais ce n’étaient que des promesses trompeuses car en fait, ils ont installé à Prey Nokor plusieurs nouvelles dizaines de milliers de leurs compatriotes. À partir de ce tremplin, les Vietnamiens ont poursuivi leur expansion et leur annexion. Les dates ci-dessous données à titre indicatif, marquent les pénétrations des Vietnamiens dans le territoire du Kampuchea. Mais ne signifient pas que les Vietnamiens se sont emparés de ces territoires à ces dates car la nation et peuple du Kampuchea tout entiers ont toujours lutté contre les invasions et annexions vietnamiennes.

- En 1699, les Vietnamiens ont occupé les provinces de Ba Ria (Phuoc Le), de Kampong Sraka Trei (Bien Hoa) et de Prey Nokor (Saïgon).

- En 1715, à l’issu des autorités khmères et par l’intermédiaire de leurs aventuriers, les Vietnamiens ont pratiquement contrôlé les provinces de Peam Banteay Meas (Ha Tien) et de Krâmuon Sâ (Rach Gia). - En 1732, les Vietnamiens ont occupé les provinces de Peam Me Sar (My Tho) et Long Hor (Vinh Long).

- En 1757, les Vietnamiens ont tenté d’implanter la frontière à Moat Chrouk (Chau Doc).

- En 1758, les Vietnamiens ont pris la province de Preah Trâpeaing (Tra Vinh) et la province de Khleang (Soc Trang). Le peuple du Kampuchea a mené une lutte incessante contre la pénétration des Vietnamiens pour recouvrer les territoires qui lui appartenaient.

Citons les principaux évènements :

- En 1731, la population de la province de Ba Phnom, dans l’est du Kampuchea, s’est soulevé pour chasser les Vietnamiens.

- En 1738, l’armée du Kampuchea a expulsé tous les Vietnamiens de Peam Banteay Meas (Ha Tien).

- En 1743, la population de la province de Khleang (Soc Trang) s’est insurgée et a chassé tous les Vietnamiens ;

en 1748, elle a empêché les Vietnamiens d’y revenir. L’armée du Kampuchea a écrasé l’armée vietnamienne à Sap Angkam, province de Pursat.

- En 1776, la population des provinces de Peam Me Sâr (My Tho) et de Long Hor (Vinh Long) s’est insurgée et l’armée du Kampuchea a libéré les deux provinces.

- 1835-47, la population de la province de Preah Trâpeaing (Tra Vinh) s’est soulevé contre les Vietnamiens. En 1845, le peuple du Kampuchea tout entier s’est soulevé pour écraser les Vietnamiens.

- En 1858, la population de la province de Moat Chrouk (Chau Doc) a libéré cette province et l’a rattachée de nouveau au Kampuchea. L’armée du Kampuchea a chassé les Vietnamiens des provinces de Khleang (Soc Trang) et Kramoun Sâ (Rach Gia). Sous le régime colonial français (1863-1954), les Vietnamiens se sont emparés d’autres territoires du Kampuchea. Ils ont été de connivence avec les colonialistes français qui se sont emparés de la région de Prey Nokor (Saïgon) en 1859. Au cours de cette période coloniale, le Kampuchea a perdu les territoires suivants :

- 1870-1873 : la population de Raung Damrei (Tay Ninh), la région située sur les rivières Vaico, les territoires de Peam Bantey Meas (Ha Tien), Moat Chrouk (Chau Doc) et Prasat Dâp (Dong Thap).

- 1890-1914 : la province de Choeung Preah (Song Be).

- 1929 : les colonialistes français ont annexé la région de Darlac (Da Lac) et l’ont donné aux Vietnamiens.

- 1939 : les colonialistes français ont, sur le plan administratif, rattaché à la Cochinchine, par conséquent au Vietnam, les îles Koh Trâl (Phu Quoc), Koh Russey (Hon Doc) et certain nombre d’autres îles. Jusqu’à la deuxième Guerre mondiale, les Vietnamiens ont annexé 65 000 kilomètres carrés de territoire du Kampuchea Krom, absorbé environ un million de la population du Kampuchea (il y a actuellement presque quatre millions de Khmers Krom).

Tels sont les actes d’agression et d’annexion perpétrés par les Vietnamiens dans le passé. À l’heure actuelle, les Vietnamiens continuent d’agir de la même façon. À la manière d’un python, ils sont en train d’avaler progressivement certains pays, territoires et populations. Mais en même temps, ils lancent des attaques d’agression de grande envergure contre le Kampuchea pour l’ « avaler ». Ainsi, que ce soit du temps des féodaux, des colonialistes français, des impérialistes américains ou d'Ho Chi Minh (c'est-à-dire l’époque actuelle), les Vietnamiens n’ont pas changé leur véritable nature, c'est-à-dire leur nature d’agresseurs, d’annexionnistes et avaleurs de territoire des autres pays.

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 14:04
LE REGNE DE PREAH BAT SAMDECH SREY SORYAUVONG (1359 – 1369).

À 41 ans, Srey Soryauvong fut sacré roi vainqueur. Il nomma son neveu, fils du prince Soryautey, vice-roi. Il attribua des récompenses au mérite à ses hommes. Il ordonna au général Chao Ponhea Chakrey de mener des opérations militaires contre certains gouverneurs khmers qui continuaient de se proclamer roitelet indépendant vis-à-vis du pouvoir central. En quelque mois seulement, celui-ci arrivait à mater ces rebelles. Le royaume se retrouvait son unité et la paix.

Pour se venger de leur défaite, quelques généraux siamois avaient décidé de mener des opérations militaires contre quelques provinces frontalières khmères pour s’emparer la population. Les gouverneurs khmers ne les laissaient pas faire. Ils attaquèrent les siamois pour libérer la population. Une contre attaque siamoise avec 2 000 soldats fut spectaculaire. Les Khmers les résistèrent avec beaucoup de courage en repoussant mètre par mètre, mais ces derniers étaient toujours dans le territoire khmer.

Le roi khmer s’inquiétait beaucoup de cette provocation siamoise. Il ordonna au général Chao Ponhea Pisnolouk de lever une armée de 50 000 hommes dans les provinces Treing, Basac, Preah Trapeang, Kramoun Sâr, Teuk Khmauv, Kampot et Kampong Som pour repousser les siamois hors du Kampuchéa. Ces provinces sont des provinces situées au Kampuchéa Krom, la Cochinchine actuelle. Le général Pisanulouk avait organisé son armée en deux corps : la grande armée, commandée par lui-même et la division de frappe, commandée par le gouverneur de Basac. L’armée khmère remporta facilement la victoire sur les siamois. Pour punir le Siam, le général Pisanulouk décida avec l’accord du roi de s’emparer quatre provinces ennemies, lesquelles étaient dans le passé provinces khmères, Sam Yao (Trat), Rayong, Chanthaburi, Chon Buri. Il fit 9000 prisonniers et amena des milliers siamois au Kampuchéa comme butin de guerre.

Le Roi Srey Soryauvong convoqua les membres du Conseil du Royaume pour dire ses instructions : « Au règne du feu mon grand frère, le roi Lompong Reachéa, après la victoire sur le Siam, il a décidé de démobiliser les soldats en croyant que cette victoire aurait donné suffisamment la leçon au roi d’Ayuthia de ne plus agresser notre pays. C’était une erreur monumentale car quelques mois après, l’armée siamois poindra à nouveau devant la porte de notre capitale. Maintenant, nous savons que ce pays a une attitude agressive et nourrît d’une ambition permanente dans l’impérialisme. Il a une volonté systématique d’empiétement notre territoire. Je décide de créer un corps de gardes de nos frontalières, lequel est composé des milices. Désormais, chaque homme en âge de travail doit être membre de la milice et après le travail aux champs, il doit participer à un entraînement militaire avec les instructeurs expérimentés dans l’art de la guerre. Je confie cette mission au vice-roi pour créer et commander ce corps de défense des frontières ».

De retour au pays avec des milliers prisonniers Laotiens du royaume Chieng Ray comme tributs de guerre, Ramaso, roi du Siam, fut informé par ses ministres de l’invasion khmère. Il se mettait en colère et ordonna à ses généraux de tenir prêt pour une contre attaque. L’année de bœuf, Ramaso conduisit lui-même son armée pour libérer les provinces occupées par les Khmers. Il confia le commandement de la division de frappe au général Damrong. Celui-ci remporta la victoire sur l’armée khmère. Après ce succès, Ramaso décida de marcher sur Angkor Thom, la capitale khmère. Son armée fut repoussée par les milices khmères. Quelques jours après, le vice-roi khmer arriva sur les fronts avec un corps d’armée. Il s’installa son quartier général au pont de bifurcation (Spean Yek) en face de la position du général Damrong. Celui-ci livra immédiatement la bataille contre le vice-roi khmer. Ces deux armées s’affrontèrent violemment sans obtenir la victoire escomptée. Soudain, le flanc gauche de l’armée khmère fut attaqué par Ramaso. Avec des effectifs inférieurs, le vice-roi ordonna une retraite stratégique pour attendre l’arrivée de la Grande Armée, dirigée par le roi khmer en personne. Le vice-roi avec les membres de son état-major s’installaient leur poste de commandement dans des embarcations qui se trouvait au milieu du fleuve. Ce refuge fut repéré quelques heures plus tard par une unité des armes à feu siamoise. Son officier ordonna immédiatement à ses soldats de tirer sur l’embarcation du vice-roi. Quelques minutes plus tard, une balle perça par hasard un des tonneaux de poudre de canon khmer. Cet impact provoqua une violence d’explosion dans laquelle le vice-roi fut blessé gravement. Celui-ci fut capturé par les siamois et mourut de ses blessures trois jours après. Ramaso n’avait même pas eu le temps de savourer de cette victoire parce que ses généraux s’obligeaient de se battre en retraite partout par les attaques de l’armée du roi khmer. Le roi siamois essaya de mener des contre attaques à plusieurs reprises la poussé khmère, mais en vain. À chaque assaut, Rasamo perdait des milliers de vies de ses soldats. Le roi khmer écrasa sur son chemin les unités siamoises, une par une et obligea le roi d’Ayuthia de se retirer du territoire khmer avec son armée. Après cette victoire, Srey Soryauvong régna en paix jusqu’à sa mort.

Pendant le règne de Srey Soryauvong, le Royaume du Kampuchéa avait des frontières : - À l’Ouest jusqu’à Machem Borey,au Sud-Ouest jusqu’à Nokor Reach, - Au Nord jusqu’à Sdam Khach,au Nord-Ouest jusqu’à Chantrabun Borey, - À l’Est jusqu’à Borir Daum Nay,au Sud jusqu’à la mer au Vietnam et Cham.

Le roi Srey Soryauvong avait un fils, appelé Ponhea Yat. À 51 ans, le roi mourut par maladie. Ponhea Yat avait 10 ans. Le Conseil de couronne jugeait que ce dernier était trop jeune pour monter sur le trône. À l’unanimité, les membres du Conseil avaient choisi Borom Rama, fils de Lompong Reachéa, roi du Kampuchéa.

LE REGNE DE PREAH BOROM RAMA (1369 - 1373). Cinq ans après son règne, Borom Rama mourut de maladie. Le prince Preah Thomma Saukreach monta sur le trône du Royaume du Kampuchéa.

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