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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 10:48

Union par choix ou union par nécessité

Le Parti Sam Rainsy et le Parti des Droits de l’Homme ont récemment signé un accord d’alliance en vue de préparer des élections prochaines. Les résultats des élections législatives en 2008 (26 sièges pour PSR et 3 sièges pour PDH) ne sont pas généreux pour les dirigeants de ces deux partis. Nous pouvons en commenter ainsi : un bon début pour le PDH et un début de stagnation pour le PSR. Ces derniers peuvent toujours dire que les élections n’étaient pas libres et équitables. Mais, une chose est sûr que les prochaines élections ne seront jamais «libre et équitable». Comment réagir ? Que proposer ?

Une maxime dit depuis la nuit des temps que «l’union fait la force». En 2008, cette maxime fut ignorée par le PSR et PDH. Un proverbe dit aussi «il faut mieux tard que jamais». Mais, nous le savons qu’à chaque erreur commis, elle offre un avantage psychologique à l’adversaire. A chaque victoire de ce dernier, elle renforce sa confiance dans la méthode utilisée. Nous sommes certains qu’Il continuerait de les utiliser dans les prochaines compétitions : On ne change pas la méthode qui gagne.

Aujourd’hui, le PSR et PDH veulent faire une alliance. La question est de savoir : est-ce qu’une alliance par choix ou par nécessité ? Mais quelle est la différence entre les deux ?

Alliance par choix (hypothèse) : Ils ont fait un choix de faire une alliance et dans cette union, chaque parti peut y avoir sa propre stratégie pour se développer. Trois possibilités sont :

 

  • Faire : Il (parti) veut maîtriser son développent. Ce développement doit passer, à court ou à moyen terme, par l’absorption de l’autre,
  • Faire faire : Il s’adresse à l’autre parti et fixe ses règles selon ses propres critères pour assurer son développement, c’est l’alliance par domination,
  • Faire avec : Il collabore avec l’autre parti dans le cadre de l’alliance selon des critères de confiance et d’affinité.

Dans le mot «choix», il y a un sens de «liberté». On fait l’alliance par choix dans une situation où il n’y a pas contrainte implicite et explicite au sein de chaque parti et dans un environnement politique seine. L’avantage de faire l’alliance par choix, c’est la souplesse, son inconvénient, c’est la fragilité.

Alliance par nécessité (hypothèse) : Un proverbe dit : la nécessité contraint la loi. Dans la situation de l’alliance entre le PSR et PDH, la nécessité oblige chaque parti à enfreindre ses propres intérêts, c’est-à-dire la loi du parti. Par nécessité, parce que leur adversaire est fort et puissant. Chaque parti a trois possibilités :

  • Faire : Il veut aider le peuple khmer à sortir de la pauvreté, trouver la justice et d’espoir. Pour le faire, il faut gagner l’adversaire et pour le gagner, la fusion des deux partis est une nécessité,
  • Faire faire : Les meilleures idées doivent être encouragées et appliquées partout, c’est la fusion par excellence,
  • Faire avec : Ils (les membres) travaillent ensemble dans un objectif unique : aider le peuple khmer.

L’avantage dans l’alliance par nécessité, c’est l’efficacité et son inconvénient, c’est la contrainte.

 

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 10:42

Pas assez des hommes de bon sens

Je me rappelle bien une phrase de l’ex-premier ministre français, Monsieur Bérégovoy : avoir un diplôme, c’est bien, mais avoir une pensée seine, c’est mieux. Cette phrase correspond à peu près un dicton khmer : dix hommes de savoir (diplômé au sens cambodgien) ne valent pas un homme de bon sens. Le diplômé représente la connaissance et l’application tandis que l’homme de bon sens représente l’esprit pragmatique. Le diplôme, c’est la technique et le bon sens, c’est la politique.

Il faut raisonner à partir de la réalité. Depuis l’indépendance, le 9 novembre 1953, à ce jour, c’est-à-dire plus de cinq décennies, le Cambodge est toujours classé dans la catégorie des pays sous-développés. Dans ce cadre, les ressources humaines formées dans le domaine de l’économie ne manquaient pas au Cambodge, contrairement ce que les gens pensent. Des centaines des Cambodgiens ont été formés dans les différentes universités nationales : Ecole Royale d’Administration, faculté des Sciences Economiques et des Droits, Faculté d’Agronome, Ecole des Travaux publics, Faculté de Médecine, etc. Les programmes étaient adaptés aux besoins du pays. Ces hommes étaient donc capables de faire bouger l’économie, s’il existait un peu des dirigeants de bon sens dans le pays. Que puissent-ils faire plus, les diplômés de l’HEC, de l’ESSEC, des Sciences Po, des docteurs en économie dans un Cambodge dont l’environnement politique pour le développement est inexistant. Il ne faut pas oublier que les dirigeants des Khmers Rouges étaient formés par les meilleures universités de France et la majorité des cadres exécutifs étaient des enseignants formés à l’Ecole Normale au Cambodge. Mais ces hommes produisaient plus des cadavres (2 millions de mort) au nom de leur révolution utopique que la richesse du pays. Ces universités crées par le Prince Sihanouk était donc comme un coup d’épée dans l’eau et comme aussi la lumière allumée pendant la nuit pour les aveugles parce qu’elles ne formaient pas réellement des jeunes à travailler, mais à servir un régime qui les empêchait de travailler. Sans avoir un but de travailler réellement, ces jeunes n’avaient même pas « la main invisible ».     

Qu’est-ce que c’est la main invisible ? C’est Adam Smith qui a utilisé le premier concept de la main invisible. En 1776, il écrivait que chaque individu travaille dans un seul but : accroître son propre gain mais, en faisant cela, «il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but de travailler».

Les besoins en ressources humaines dans le Cambodge d’aujourd’hui sont des hommes de bon sens. Le Cambodge peut former ses propres cadres avec des programmes adaptés à son environnement, c’est question de la volonté politique. Il faut avoir le courage de s’attaquer au vrai problème du pays qui paralyse son développement : la corruption. Les experts en développement de l’ONU et des pays développés sont nombreux pour aider le Cambodge. Ils sont armés de diplômés et des expériences, mais ils sont impuissants devant ce fléau. Pourquoi ? Voilà une belle question que personne n’ait une réponse.

 

La société khmère est comme le vin qui vieillisse plutôt bien. Le fait qu’elle ait absorbé un séisme social, un séisme historique, la révolution sanglante de Pol Pot, montre qu’elle possède une capacité de résistance importante. Or, la première qualité que l’on demande à la société, c’est d’absorber les chocs et de tenir. Avec un peu de bon sens, je suis sûr qu’elle pourrait empêcher le Vietnam d’être maitre de son destin.

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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 07:06

Pour témoigner ma gratitude envers mon pays natal, j’ai décidé de consacrer le reste de ma vie à étudier et réfléchir sur son histoire. Pourquoi sur l’histoire ? Pour comprendre le pourquoi ce pays, jadis puissant, possédant une civilisation brillante, s’enfonçait dans la décadence morbidique. Les avis des Khmers sont nombreux :

 

-          les agressions des pays voisins, la Thaïlande et le Vietnam ;

-          le bouddhisme, une religion qui favorise l’oisiveté et l’abandon de la vie charnelle ;

-          les guerres civiles entre les prétendants du trône ;

-          la passivité du peuple khmer ;

-          les coûts exorbitants des constructions de la cité d’Angkor ;

-          l’incapacité des dirigeants à gouverner le pays ;

-          la corruption généralisée ; etc.

 

J’ai essayé de répondre à tous ces points d’interrogation en faisant des réflexions sur l’histoire politique de mon pays à partir du Xème siècle. Je sais que cette entreprise est très difficile, car le mot « politique » est tabou dans mon pays. Il ne faut pas oublier qu’il y a encore des gens qui sont morts à cause de leur opinion politique dans le Cambodge d’aujourd’hui. J’accepte ce risque parce que je pense que c’est de mon devoir en tant que Khmer d’apporter une contribution aux débats sur ce sujet délicat.

 

Il y a beaucoup de livres d’histoire et de thèses de doctorat sur le Cambodge. Le plus grand nombre a été écrit par des étrangers, très peu par des Khmers. Comme j’ai déjà dit ci-dessus, l’histoire politique du Cambodge est toujours un sujet tabou. Les Khmers n’osent pas donner leurs opinions sur ce sujet parce qu’ils ont peur d’être réprimandés par le pouvoir. L’étude d’histoire au Cambodge est toujours assimilée à faire de la politique et de la prise de position sur un tel sujet politique, parce que depuis la nuit des temps, cette étude est un domaine réservé aux hommes de pouvoir. C’est eux qui écrivaient leur propre histoire dont le contenu avait toujours une fin politique : le vainqueur effaçait toutes les traces du vaincu. À chaque suppression, on enlève une partie de vérité de l’histoire. Et avec ces pratiques continues, on efface une grande partie de mémoire d’un peuple. Nous sommes bien placés pour le savoir car les khmers avaient perdu de leur mémoire pendant plusieurs siècles de l’existence de la cité d’Angkor jusqu’à la découverte au XIXème siècle par un français.

 

Dans l’histoire politique de notre pays, il y a peu de leçons politiques que nous pouvons en tirer comme leçon de l’histoire, parce qu’elle était manipulée par nos dirigeants de toutes les époques. Toutes nos défaites face à l’armée thaïlandaise, ou vietnamienne dans les siècles passés n’ont jamais analysé par nous. Ce manque d’analyse approfondie crée chez nous un sentiment d’être une victime permanente de la part de nos voisins. La haine s’empare de nous et nous rend aveugle de la réalité de nos défauts et nos responsabilités dans nos défaites perpétuelles. Nous continuons aujourd’hui de pleurer sur notre sort dans la passivité totale : les Vietnamiens vont envahir notre pays ; les Thaïlandais sont plus forts que nous. Cette phobie devient chez nous une fatalité.

 

Pour surmonter à notre traumatisme, j’invite tous les Khmers à participer aux débats sur l’histoire politique du Cambodge. J’aimerais donner une dimension politique à ces débats parce que cette dimension nous amène au cœur des problèmes de notre pays. Je suis conscient que dans la décadence de notre pays, il y a sans doute une part importante de notre responsabilité. 

 

J’ai choisi la chronique des rois khmers (version de Monsieur Eng Soth, historien cambodgien) comme base de mes études ; dans laquelle, j’ai pris les principaux caractères des évènements historiques, racontés et d’écarter la multitude des petits faits pour laisser voir seuls considérables. J’ai fait ensuite des commentaires sur ces évènements majeurs dont le but est d’essayer de donner une dimension politique à ces évènements.

 

Il faut noter que les faits historiques, racontés dans la chronique des rois khmers, commencent prendre une allure plus historique à la deuxième moitié du XIVème siècle. Néanmoins, la Commission de l’Histoire et de la Culture khmère accorde un crédit aux témoignages des faits donnés à la date antérieure de ce siècle comme historiques.

 

Deux historiens khmers renommés Messieurs KHIN Sok et MAK Phoeun ont fait la traduction en français les chroniques royales du Cambodge avec comparais des différentes versions dans le cadre des collections de l’école française d’Extrême-Orient dont le contenu m’a beaucoup aidé dans mes réflexions. Ils ont fait la traduction dans le cadre académique. L’écriture des noms des rois et des lieux sont de mode de l’école Extrême-Orient, c’est-à-dire de prononciation à la façon indienne dont le son du mot est incompréhensible pour des Khmers ordinaires. En tout cas, leurs travaux sont très utiles pour les étudiants en histoire et chercheurs.

   

 

 

 

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 12:20

 

Sirik Matak était, pour la famille royale, un apostat de son titre, droit, honneur et ses prérogatives princières. Il fut assassiné en 1975 par les Khmers rouges. Ses assassins athées ont voulu faire disparaître son corps pour effacer de la terre du Kampuchéa la mémoire d’un homme qui osait ouvrir la nouvelle page d’histoire avec la joie de la population, dont le mot «liberté» était écrit en caractère gras et souligné pour mettre un terme aux frasques aux siècles passés peu reluisants.

 

Démétrios, Conseiller du roi Alaric, proposait aux généraux Wisigoths après la mort de leur souverain, le vainqueur des romains, de faire disparaître de la surface de la terre toute trace du roi défunt. Voici ses arguments :

 

«Comprenez-vous que tout tombe et que les pierres s’écroulent ? Comprenez-vous que le souvenir qui s’attache à ce qui passe est un souvenir condamné ? Comprenez-vous qu’il y a quelque chose qui est plus fort que la parole : c’est le silence ? Quelque chose qui est plus fort que la présence : c’est l’absence ? Si vous voulez que, dans toute la suite des siècles, les générations successives conservent encore la mémoire de ce que fut Alaric, il faut confier la mort à la mort, le silence au silence et l’absence à l’absence. La seule tombe du roi Alaric doit être l’esprit des hommes qui se succèdent dans le temps, l’imagination qui n’en finit jamais de renaître de ses cendres et le souvenir du souvenir».

 

Comme le roi Alaric, Sirik Matak n’a pas de stupa pour faire sa dernière demeure car son trépas était un halo de gloire dans la mémoire des Khmers épris de la liberté. Rappelons-nous bien qu’en 1975, Sirik Matak dédaignait de quitter son pays à la demande des Etats-Unis, non pas pour s’accrocher au pouvoir, mais pour expirer en homme libre. Voici l’extrait de la réponse de Sirik Matak à l’ambassadeur des Etats-Unis à Phnom-Penh :

 

«Mais dites-vous bien que si je mourrais ici sur place et dans mon pays que j’aime, c’est tant pis, parce que tous les êtres naissent et meurent. J’ai seulement commis cette faute, celle de vous croire».

 

Dans sa réponse, Sirik Matak, le pieux individu, ne faisait que se référer à la racine de la loi Siddhâtha Gautama, le futur Bouddha : «tous les composés sont impermanents».

 

À la mort de Georges Sand, Victor Hugo envoyait un massage d’affection à son amie sans vie : «je pleure une morte et je salue une immortelle». Aujourd’hui, les Khmers républicains cessent sans doute de pleurer la mort de Sirik Matak pour laisser reposer son âme, qui s’est déjà libéré de toutes les expiations terrestres, mais ils continuent plus jamais de saluer son esprit immortel. Mais qui était donc ce citoyen hardi ?

 

Sirik Matak, dont le nom évoquait à la fois l'un des fondateurs de la République khmère et le héro homérique dans l’histoire contemporaine khmère, n’était que le petit-fils du prince Essaravong (fils du roi Sisowath). Il était né le 22 janvier 1914 du père Sisowath Ratthary et de mère roturière Yoeun. Le citoyen Sirik Matak était l’ancien élève de l’Ecole d’Administration cambodgienne (école fut créée par le protectorat français par l’ordonnance royale du 20 novembre 1917). Après deux années de formation, il débuta sa carrière dans l’administration publique. Il a été successivement Chef de district, puis gouverneur de province.

En 1952, il fut nommé colonel. Comme officier, il assuma les diverses hautes fonctions dans la hiérarchie militaire. Il était aussi un des membres fondateur du Parti de Rénovation khmère (ce parti fut créé par Lon Nol en 1947), dont les principaux objectifs étaient d’introduire des réformes nécessaires pour faire du Cambodge un Etat moderne, fondé sur des bases démocratiques solides, bien comprises et acceptées par le peuple souverain. Il était ambassadeur et plusieurs fois ministres. Bref, les riches d’expériences dans les différentes hautes fonctions de l’État lui permettent de fixer sa philosophie politique fondée sur la morale républicaine. La déposition du prince Sihanouk de chef d’État fut peut-être un fait improvisé dans le Cambodge à l’époque en convulsion, mais on savait que la fin de son régime était proche et il ne s’agit que d’une question de temps car on constatait et prouvait que le climat politique, économique et social du pays devenait étouffant.

 

En revanche, la proclamation du 9 octobre 1970 de la première république khmère n'était pas un évènement indécis. Elle méritait beaucoup de considération car elle était le résultat d’un développement conjugué entre la maturité de la pensée politique de la jeunesse khmère, la sagesse de Sirik Matak et sa famille d’idée.

Ce concours de circonstances fit naître une nouvelle force nationale qui souffla comme un ouragan amenant avec lui l’air du passé pour laisser après son passage un nouvel espace d’espérance afin que le peuple khmer puisse enfin respirer l’air de la liberté. Le temps, les choses et les hommes se rassemblaient avant, pendant et après l’orage en une seule force républicaine et Sirik Matak était présent dans ces circonstances historiques. Il était l'un des pionniers qui marchait avec confiance au premier rang des réformateurs avec un étendard à la main sur lequel, il écrivait trois mots universels qui ouvraient l’ère nouvelle pour le Cambodge : liberté, égalité et fraternité.

Quand on était dans l’action comme celle-là, la seule chose qui restait à emplir les festivités démocratiques, fut la proclamation immédiate de la république du peuple et pour le peuple. Et c'était le cas, parce que Sirak Matak et ses amis politiques avaient construit leur fondation politique en suivant deux lignes : la ligne de rupture avec la monarchie millénaire et celle de la réforme profonde de la société khmère. La naissance de la République khmère n'était pas improvisée, elle était née de la volonté mûre des milliers des Cambodgiens qui refusaient de ne plus accepter la décadence de leur pays.

 

La révolution française n’était que la philosophie du XVIIIe siècle descendue des salons dans la place publique et passée des livres dans les discours, écrit LAMARTINE ; quant à la révolution khmère de 1970, elle était née de l’explosion de sentiment d’injustice du peuple qui est humilié depuis des siècles dans son rôle de sujet par les souverains incapables dans le Cambodge nanti.

Dans cette révolution sociale, Sirak Matak pensait que pour installer une démocratie réelle, il aurait fallu donner au peuple khmer la citoyenneté nouvelle fondée sur la liberté et les droits naturels de l’Homme. Je ne sais ce que vaut précepte de Sirik Matak, mais son courage montre avec quelle facilité un homme d’État audacieux pouvait balayer le pouvoir divin du prince Sihanouk. Il fallait que sa décision soit vraiment claire pour faireface à son cousin qui gouvernait en chef divin sur le peuple croyant.

Ce peuple est toujours opprimé depuis des millénaires par l’obscurantisme des souverains déifiés. Le professeur Keng Vannsak écrit un vers en cambodgien pour présenter fidèlement l’état de la population khmère : «Naître par les larmes, grandir par la faim, avec comme seul bien : la pauvreté et la maladie comme compagnons – soutien jusqu’à la mort afin d’endurer le même destin : vivre en tant qu’esclave».

 

Pour Sirik Matak, le peuple khmer a le droit et devoir de se rebeller contre son destin car il possède sans doute l’intelligence pour soustraire à l’autorité de la tradition surannée. Etre bouddhiste comme des millions autres Cambodgiens, Sirik Matak s’incarnait déjà une manière de démocratie. Il entendait que la souveraineté résidait et avait toujours résidé dans le peuple et c’est ainsi qu’il aimait fredonner la chanson des révolutionnaires anglais : «Quand Adam piochait, quand Eve filait, qui donc était gentilhomme ?».

 

Sirik Matak représente aujourd'hui pour les Khmers républicains le maître à penser moderne khmer. Son esprit est battu en brèche par ses ennemis de classe et de caste. Je me pose aujourd’hui donc, la question : est-ce que la critique comminatoire des contempteurs de Sirik Matak est-elle encore crédible quand je vois le Cambodge d’aujourd’hui est emmuré à l’Est par le Vietnam, à l’Ouest par la Thaïlande et à l’intérieur la mort lente lui attend.

 

À part sa gentillesse légendaire et son courage exemplaire qu’est ce que le citoyen Sarik Matak, homme de cœur, courtois, affable et fort chaleureux, avaient fait au cours des cinq années de la République khmère ? :

 

-          Mener une guerre de résistance et de libération nationale contre l’invasion des Nord-vietnamiens et des Vietcongs ;

-          Défendre le Bouddhisme contre le Communisme ;

-          Réformer la société khmère.

 

Ces réformes étaient heurtées à la maladie endémique de la société khmère qui est appelée la «corruption». Pendant les cinq années de la République khmère, les communistes de tous bords surent exploiter au mieux cette maladie de la société à leur profit.

Et dieu sait combien, j’ai beaucoup de peine de voir qu’un grand nombre des intellectuels khmers étaient tombés dans ce piège car au lieu de considérer la corruption comme problème de société, ils ont cru naïvement comme un abus du régime républicain.

Et au lieu de donner un coup de main pour extirper la tumeur de corruption du corps de la société khmère, ils ont préféré attendre l’arrivée au pouvoir des hommes de Pol Pot qui sont venus pour massacrer les Cambodgiens. Ces hommes de savoir ont oublié que le germe de corruption est dans le sang de chacun de nous car il constitue un facteur déterminant dans le déclin du Cambodge depuis 600 ans.

 

J’ai une conviction que le citoyen Sirik Matak n’est pas mort pour rien car le peuple khmer d’aujourd’hui devient dans son esprit un peuple républicain, malgré la restauration de la monarchie khmère.

 

 

Lettre de Siri Matak à l'ambassadeur Dean :

" Excellence et cher ami. Je vous remercie pour votre lettre et pour votre offre de m'emmener vers la liberté. Je ne peux , hélas, partir de façon aussi lâche. En ce qui me concerne, et votre grand pays en particulier, je n'ai jamais cru un seul instant que vous auriez le coeur à abandonner un peuple qui a choisi la liberté. Vous nous avez refusé votre protection et nous n'y pouvons rien. Vous partez, et je souhaite que vous et votre pays trouviez le bonheur sous le ciel. Mais dites-vous bien que, si je devais mourir ici, sur-le champ et dans mon pays que j'aime, cela n'aurait pas d'importance, car nous devons tous mourir un jour. Je n'ai commis qu'une seule erreur : celle de croire en vous, les Américains.
Veuillez agréer, Excellence et cher ami, mes meilleurs sentiments d'amitié."


 

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 07:30

 

 

Le 15 mai 2008, un débat a été organisé par la radio France culture sur l’utilité de jugement des chefs historiques des Khmers rouges par un tribunal. Un invité, Père Ponchaud, prête catholique, auteur d’un livre, intitulé, le Cambodge - année zéro, a dit que  «la population khmère ne voulait pas le tribunal, créé par l’ONU et le gouvernement khmer actuel, pour juger des chefs historiques des Khmers rouges, parce que 70 % des Khmers d’aujourd'hui sont nés après la fin du régime des Khmers rouges (1er janvier 1979). Norodom Ranariddh et Hun Sen, alors co-premier ministre du premier gouvernement du Cambodge post onusien, ont voulu sanctionner les Khmers rouges par un tribunal parce que ces derniers avaient refusé de participer aux élections législatives en 1991. Hun Sen mord aujourd’hui ses doigts, parce que dans son for intérieur, celui-ci ne voulait jamais créer ce tribunal pour raison que tout le monde le sait : il était aussi ancien Khmer rouge. Juger les chefs historiques des Khmers rouge, pour lui, c’est comme on ouvre une boite de pandore. Si on devait juger les Khmers rouges, il faut aussi qu’on juge des Américains qui avaient largué des tonnes de bombes tuant autant des khmers. Le jugement des chefs khmers rouges ne sert pas à grande chose pour la société khmère actuelle».

 

En coutant père Ponchaud, en tant que Khmer, j’ai éprouvé une sensation de douleur et de tristesse. Les raisons en sont multiples :

 

Pour commencer, je voudrai citer deux articles du Code civil français :

Art. 1382 : Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le réparer.

Art. 1383 : Chacun est responsable du dommage qu’il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence.

1. La question du jugement des Khmers rouges par un tribunal n’est pas légère. C’est pourquoi, je préfère débattre avec père Ponchaud en toute liberté :

 

Comment un prêtre, intellectuel, vécu plus de deux décennies au Cambodge, peut oublier ces deux articles cités ci-dessus et ne pense même pas à un droit et devoir de mémoire pour un peuple qui est victime du crime commis par Pol Pot et ses hommes. Bien que 70 % des Khmers d’aujourd'hui qui ne connaissent pas le régime de Pol Pot, mais ils sont nés des parents qui ont été victimes de celui-ci. Donc, ils sont tous victimes du crime commis par des Khmers rouges. Il ne faut pas croire qu’ils ne voulaient pas que les chefs khmers rouges soient jugés, parce qu’ils n’en parlent pas. Ils souffrent fort depuis des années de leur propre silence parce que les chefs khmers rouges étaient reconnus, il y a quelques années, par tout le monde comme personnalités incontournables dans le processus de paix onusien.  Leur revendication n’aurait pas été la bienvenue dans le contexte politique de l’époque. Aujourd’hui, un tribunal mixte est créé par l’ONU avec le gouvernement khmer pour juger les chefs des Khmers rouges. De quoi le tribunal doit répondre aux attentes des Khmers ? Pas grande chose :

-          un droit de mémoire, reconnu par la loi, qui leur donne droit de parler librement de ce crime ;

-          un devoir de mémoire, reconnu par la loi, qui leur oblige à garder ce crime en mémoire pour l’humanité et pour la société khmère.

 Pour ouvrir ces deux droits, ce crime doit être jugé par un tribunal, parce que le jugement du tribunal ouvrira le droit au peuple khmer à la dignité, à la vérité et à la justice. 

 

 

 

2. Comment père Ponchaud peut faire un lien entre le crime des Khmers rouges et le bombardement américain pendant la guerre au Cambodge ?

 

Je ne veux pas tomber dans le piège des Khmers rouges : ce n’est pas ma faute, c’est la faute des Américains qui ont aidé le Général Lon Nol (Président de la République khmère – 1970-1975) à destituer le prince Sihanouk. J’ai répondu à l’appel du prince pour combattre contre Lon Nol. J’ai tué des Khmers innocents, c’est à cause des Américains qui ont déclenché la guerre.

 

Khieu Samphan, ancien Chef de l’Etat du Kampuchéa démocratique (Etat des Khmers rouges – 1975-1978) dit la même chose. Il a écrit un livre, intitulé : l’histoire récente du Cambodge et mes prises de position (Edition L’Harmattant). Le but est de démontrer son «non coupable» : c’est pas moi qui l’ai fait, c’est Pol Pot qui est le seul coupable et responsable plus d’un million de morts des Khmers. Mon rôle était un employé de bureau.

 

Ce «non coupable» de Khieu Samphan nous montre bien la lâcheté d’un homme qui prétend être le défenseur des Khmers opprimés du régime de Sihanouk et ensuite de Lon Nol. En 1975, ces opprimés ont été assassinés par son propre régime dont il était le chef de l’Etat. Au demeurant, Khieu Samphan, docteur de Sorbonne, n’est pas seulement un lâche, il est aussi un menteur.        

 

Si on devait juger des Américains parce qu’ils ont largué des bombes tuant des milliers de khmers innocents, il faut aussi juger la République socialiste du Viêtnam qui a aussi bombardé par ses canons et ses roquettes sur des villages et des villes khmers tuant aussi la population innocente. Je ne suis pas proaméricain et je suis non plus antivietnamien, je suis un des victimes des Khmers rouges et je ne partage pas l’opinion du père Ponchaud parce que le 17 avril 1975, la guerre fut terminée au Cambodge. Les Khmers rouges ont gagné la guerre et ils étaient le seul maître du Cambodge. Ils avaient tout le pouvoir et bien sûr, ils s’en servaient pour tuer délibérément plus d’un million des Khmers parce qu’ils n’étaient pas politiquement rouges comme eux. C’est sur ce crime que l’ONU veuille le juger.

 

Ne pas juger les responsables khmers rouges, pour moi, c’est comme on dépouille au peuple khmer le droit à la justice.

 

 

Srey Santhor

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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 09:24

Bienvenue à mon Blog. Le Bayon

Le Bayon est un temple khmer avec des visages qui regardent dans toutes directions du pays des Khmers. Ce temple est construit au 12 ème siècle par le roi Jayavarman VII. Il accuellait les différents dieux qui étaient alors vénérés par les Khmers. Le Bayon symbole la démocratie dans la période angkorienne.

Les têtes sereines du Bayon représentent aujourd’hui pour moi «l’observateur engagé de tous ce qui se passent au Cambodge». Elles sont aussi le témoin oculaire dans les moindres détails de la décadence de la nation khmère. Du grand empire khmer au Cambodge actuel, les Khmers ont l’impression que tout cela n’est que vestiges, que le pays et le peuple khmer ont disparu.

Le Bayon est à la fois matière et esprit. Matière, comme disait Alain : il est évident que l’inspiration ne forme rien sans la matière. Esprit, parce qu’il observe jour et nuit l’histoire de son pays et participe aux débats sur la vie des Khmers pour un seul but : la rénovation khmère. 

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