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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 13:48

 

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Evasion 2012

Promenade de l’Esprit 7


 

Existait-il une noblesse dans le Cambodge ancien ?

 

Plusieurs spécialistes affirment que la noblesse n’existe pas au Cambodge ancien, car les Moha Montrey khmers ne détiennent leur dignité qu’à titre précaire et nullement transmissible ; la volonté du Roi peut à tout moment les replonger dans le néant. Admettons que cette affirmation soit vraie. Elle soulève alors une question d’ordre pratique : comment les rois khmers pouvaient régner pendant dix-neuf siècles sans savoir eu une masse de fidèles pour aider à faire appliquer les lois royales et à préserver les droits régaliens ?

 

Controverse :

Je provoque ce débat en me posant une question de conscience : Quel est l’intérêt de cette discussion ? Pour moi, n’est certainement pas une plaidoirie pour défendre ou faire renaître la noblesse khmère. Dans ce débat, je ne prétends sûrement pas être un inventeur ou un littérateur agité qui veut troubler les thèses conventionnelles existantes. Je veux tout simplement donner un autre point de vue. Depuis un certain temps, je crois que je suis insupportable pour certains orientalistes. En effet, ils ont monopolisé la connaissance de la civilisation angkorienne pendant plus de huit décennies (depuis 1889 jusqu’à aujourd’hui). Leur savoir est fondé sur les études des monuments historiques du Cambodge, lesquelles donnent aux auteurs un pouvoir et un droit exclusif pour interpréter l’histoire d’un peuple au nom de la loi scientifique. Cette intelligence transforme l’histoire khmère en connaissance qualifiée de « universelle » ou plutôt « globale ». Sa seule version suffit donc peut-être pour satisfaire la curiosité de l’humanité. Et pourtant Georges Cœdès, lui-même, rappelait toujours que les monuments khmers sont des édifices religieux, les inscriptions gravées sur ces monuments ont un caractère rituel, et c’est dans ce miroir déformant que l’on est obligé d’étudier la civilisation et la pensée khmère. Gilberte de Coral Rémusat (ancienne chargé de mission au musée Guimet) dans son livre (l’art khmers – Grandes étapes de son évolution), a bien voulu avertir les lecteurs sur un point, que j’aimerais bien souligner : le Protectorat de la France, établi en 1863 au Cambodge, et, en 1907, la rétrocession par le Siam de la province où se trouvent les ruines d’Angkor on fait de l’archéologie khmère une branche de la science française. Cette discipline fait rêver les Cambodgiens, les transforme ensuite en un « être du ressentiment » permanent. Elle devient le point de repère de l’esprit martial pour les dirigeants cambodgiens et, pendant la période sanguinaire de 1975 à 1979, Pol Pot plastronnait et imposait de force à son peuple de se lever pour reconstruire la puissance khmère sans tenir compte de l’état réel du Kampuchéa. Il n’y aurait rien de pire que de vouloir faire la révolution par une vulgaire manipulation de l’histoire du pays, question d’attirer le soutien du peuple.

La monarchie khmère avait besoin, comme toutes les monarchies anciennes dans le monde, d’une organisation munie d’un système hiérarchisé lui permettant d’appliquer les ordres. Cette organisation correspond à ce qu’Elias Canetti, intellectuel allemand, exilé à Londres en 1938, nomme le cristal de masse (Histoire d’une vie). Qu’est-ce que le cristal de masse ? C’est une structure statique et permanente douée de la propriété de représenter tous les aspects essentiels d’une masse donnée. Pour la monarchie khmère, le cristal de masse était représenté par des « Montrey » qui fournissaient à la monarchie la meilleure partie de son corps permanent de fidèles. Les Montrey étaient comme un ordre aux lois strictes, quoique non écrites, ou encore comme un corps héréditaire connaissant bien la musique qu’il inculquer à son public. Qui sont les Montrey ?

J’aimerais présenter tout d’abord le tableau de titres de dignité des Montrey : Samdech, Okgna, Chao Poňéa, Préas Luong, Luong, Khun, Moeun, Néay. Selon Khin Sok, sont considérés comme Moha Montrey (grands Montrey) les Samdech et les Okgna, les autres ne sont que des fonctionnaires moyens et subalternes.

 

Les Montrey :

Je ne traduits pas ici le mot Montrey (origine sankrite) par le mot « mandarin », parce que je ne veux pas céder à la facilité des orientalistes qui confondent le mandarin chinois avec le Montrey khmer. Le mot mandarin ne se présente pas avec toute la rigueur du sens du mot Montrey khmer. Un besoin d’explication permettra les distinctions et précisions nécessaires concernant la tradition qui la tradition qui n’a pas de sens en cambodgien. On dit un mandarin chinois ou vietnamien mais jamais un mandarin cambodgien, car cette traduction fait rire sous cape les Khmers. D’abords le mot Montrey a déjà plusieurs sens en cambodgien : un intellectuel ou celui qui possède le savoir ou celui qui dirige une affaire d’État ou celui qui possède l’honneur ou celui qui s’est distingué tout simplement du Reastr (homme du peuple) par son titre de dignité. Un Montrey est un état d’esprit ou une mentalité. Il appartient à un groupe intrinsèquement différent du Reastr. Les Montrey se forment en une catégorie sociale fermée fondée sur le pouvoir et pratiquent l’endogamie à l’intérieur du groupe. Cette catégorie se crée sa propre préférence, sa norme et ses corollaires. Elle est un but en soi car on devient Montrey pour acquérir deux choses : le pouvoir et la richesse.

Les Khmers comprennent bien qu’il y a une dissemblance entre un mandarin chinois et un Montrey khmer. Il y a deux points qui nous permettent de déceler la distinction entre les deux : les conditions d’affiliation et la relation de pouvoir entre les Montrey et leur souverain.

 

Les conditions d’affiliation :

Dans la Chine ancienne, la voie d’accès au titre de mandarin était démocratique et fondée sur la morale confucéenne. Tous les lettrés (des Chinois instruits) désiraient accéder au titre de mandarin pouvaient participer au concours, lequel était organisé au niveau national par la maison impériale. Quant au titre Montrey, la voie d’accès était assurée par les liens de parenté. Pour devenir Montrey, il y avait une seule possibilité : être fils d’un Montrey. Un père Montrey avait exercé toute influence afin que son (ses) fils puissent devenir à son tour un Montrey. Dans le Cambodge ancien, on était Montrey de père en fils. Bien entendu, le niveau ou le titre de dignité du fils n’étant point le même que celui du père, mais pour eux, ce qui compte le plus, c’est de porter le titre de Montrey, car ce titre leur permettait d’être le maître du Reastr. De toute façon le peuple khmer voyait en Montrey comme un « Neak Mean Bon » (celui qui a reçu un mandat céleste). Ce concept est fondé sur le principe fataliste de l’hindouisme : l’homme est le produit de ses activités passés : « c’est écrit sur son crâne », disent souvent les Khmers. Bel instrument d’harmonie sociale et de stabilité au profit des Montrey. M. Say Bory dans sa thèse (Administration rurale du Cambodge et ses projets de réforme) pour le doctorat de spécialité en science administrative (1974) écrit sur la conception de Neak Mean Bon, dont voici le texte :

« Celui qui a le Bonn (mandat céleste) est appelé dans la coutume khmère « Neak Mean Bon ». Cette conception, nous l’appelons « conception évènementielle » puisqu’elle détermine l’origine du pouvoir par un évènement insolite quasi-inexplicable par la raison pure. Nous préférons l’expression « conception Neak Mean Bon » à la « conception évènementielle », car pour nous, Khmers, cela se comprend tout de suite. Sans besoin d’autres explications.

La conception « Neak Mean Bon » permet de légitimer tout pouvoir en place, qu’il soit d’origine divine ou populaire. C’est peut-être le corollaire de la théorie de résignation que les dirigeants khmers de l’époque voulaient inculquer à la masse dans le but de ne pas briser l’unité du peuple par trop de divergences dans les conceptions de pouvoir. Celles-ci étaient réservées uniquement au groupe dirigeant ».

 

La relation de pouvoir entre les Montrey et leur Souverain :

Le Roi étant le maître et l’unique propriétaire du Royaume, il nommait et révoquait à son gré les Montrey. La pratique d’une autorité absolue du roi devait à chaque fois se référer à la loi coutumière du pays. Les Moha Montrey avaient une attribution spéciale, l’obstacle légal, qui consiste dans le droit de rappeler au souverain sur certains oukases royaux qui sont contraire à la loi coutumière. Si le roi ne tenait pas compte de leurs observations, ils le laissaient faire, parce que la règle traditionnelle dit que la parole du roi est comme la foudre, comme le diamant (terrible, respectable, précieuse). Celui qui transgresse la décision royale sera condamné à une amende proportionnelle à sa dignité, conformément à la loi. Khin Sok a commenté dans son livre sur ce point que l’histoire khmère a démontré que cette loi n’a pas empêché certains princes ou Montrey de s’élever contre des décisions royales insensées ou absurdes, ou contre un roi ayant une mauvaise conduite, dont voici un exemple :

 

« En 1586, le Roi Satha (1579-1595) fit couronner ses deux fils, Chey Chétha et Poňéa Tân, âgés alors respectivement de 11 et 16 ans. En même temps, il éleva son frère cadet, Srei Soriyopor à la dignité d’Oparach (Vice-roi). Cette décision fut mal accueillie par certains Montrey, qui la considéraient contraire à la coutume : la coutume ne permet pas, sans raison valable, être confiée à des princes en bas âge la charge royale ; de plus, Srei Soriyopor était considéré comme étant le plus apte pour succéder au roi sur le trône. Il en résulta que, lors de l’invasion siamoise de 1594, les Moha Montrey ne se firent plus devoir de défendre le pays. Ainsi le général chargé de défendre la province de Siemreap, lorsque l’armée siamoise arriva à Battambang, décida de se retirer avec ses troupes à Pursat, parce qu’il ne voulait pas risquer sa vie pour un roi qui n’avait plus de conscience morale. Ce fut une des principales causes de la prise de Longvêk (ancienne capitale khmère) ».

 

C’est ainsi  que le pouvoir des rois khmers peut revêtir à la fois un aspect redoutable et fragile, dominant un jour un royaume pour finir balayé par un souffle ou un mécontentement des Montrey. Quant à la relation de pouvoir entre l’Empereur chinois et ses mandarins, elle était fondée sur la morale confucéenne : le respect scrupuleux de l’ordre et de l’Empereur. Il est impossible à la cour impériale chinoise de laisser ses mandarins de faire des observations à l’Empereur sur les décisions impériales par rapport à la coutume ancienne. Il est impensable aussi pour un général chinois de refuser de se battre contre l’armée étrangère sous prétexte que son Empereur n’a plus de conscience morale.

Dans le Kram Préas Réchéa Pradâphisêk (anciennes lois constitutionnelles khmères), un chapitre, intitulé Préas Saupéarn Bâth, est consacré entièrement aux titres de dignité des Montrey, et lesquels sont considérés comme un des cinq attributs principaux de la royauté khmère. Par cette importance, il est utile de savoir s’il s’agit de titres de noblesse au sens occidental du terme ou s’il s’agit tout simplement de titres des fonctionnaires de l’État ?

 

Les Montrey étaient-ils des nobles khmers ? 

Il faut savoir d’abords qu’est-ce qu’un noble au sens occidental du terme ? Celui qui fait partie d’une catégorie de personnes qui possèdent des titres les distinguant des autres, et qui est issu historiquement d’une classe jouissant, sous le régime monarchique, de privilèges soit de naissance, soit concédés par les souverains. Leur maxime est « on doit faire honneur à son rang et à sa réputation ».

Pour les orientalistes, les Montrey khmers n’étaient pas des nobles au sens occidental du terme. Ce non est fondé sur deux arguments : la précarité et le non transmission des titres à leur progéniture. Examinons ensemble ces deux arguments.

Parlons d’abord de la précarité des titres de Montrey. Ce phénomène existe partout dans le régime dit de monarchie absolue ; le Cambodge n’est pas un cas exceptionnel. Les rois –dieux khmers comme tous les monarques absolus sur terre avaient toujours le pouvoir de révoquer à tout moment le titre de dignité de leur sujet. Au Cambodge, on constate que les monarques utilisaient rarement ce pouvoir, sauf dans le cas de traîtrise. La révocation de titre de dignité des Montrey était toujours une décision très délicate pour la monarchie car le degré de complicité du roi avec ses Montrey dans l’exercice du pouvoir absolu est total. Le roi et ses Montrey formaient dans la vie politique khmère une seule classe, appelée les « dominants » ou « Neak Mean Bon ». Par ailleurs, on constate que dans les lois de Manu, la constitution d’un corps de Montrey à sa dévotion est considérée comme un des devoirs du roi. Dit devoir, dit aussi respect mutuel. En effet, les rois khmers voyaient les Montrey dans leur malheur comme des alliés sûrs et dans le bonheur comme des serviteurs efficaces. La précarité des titres de dignité de Montrey n’est donc tout simplement qu’un point de vue des orientalistes. Cette façon d’interpréter l’histoire khmère devient l’histoire institutionnelle qui règne parce qu’elle exprime ou légitime la puissance du savoir organisé par les savants pour transformer au fil des années en savoir acquis, c’est-à-dire en mémoire de la nation khmère en état de soumission. Cette domination est fait intellectuel devant lequel tout le monde s’incline. Je ne suis pas historien, mais à chaque fois je lis des livres d’histoire de mon pays, écrits par certains spécialistes étrangers, soit disant grands savants ès sciences d’histoire, je constate qu’il y a un écart entre la réalité khmère et leurs propos. J'ai l’impression que tous ces savants ont écrits plutôt des romans pour nous, Khmers, apaiser, ou bien pour nous effrayer. Ils ont la chance qu’au Cambodge qu’il n’y ait pas des historiens khmers qui s’intéressent vraiment à l’histoire de leur pays, parce que cette science est réservée seulement à la classe des « Neak Mean Bon ». 

 

Examinons ensuite la transmission des titres de dignité de Montrey. Cette difficulté venait plutôt du problème spécifique de la succession au trône des rois khmers, laquelle était toujours considérée comme le talon d’Achille de la monarchie des Kambus. Elle déclencha assez souvent la guerre civile entre les prétendants à la couronne qui étaient en nombre pléthorique et chacun revendiquait sa légitimité de monter sur le trône. Ce conflit meurtrier des « Neak Mean Bon » royaux préoccupait fort des Montrey. Façonnant au fil des siècles, ils ont opté pour une attitude immobiliste. Louis Frédéric résume cet état d’esprit sans ambages dans son livre (La vie quotidienne dans la péninsule indochinoise à l’époque d’Angkor, 800-1300) :

« La tâche du gouvernement est de - maintenir l’ordre établi -. Ce qui ne signifie nullement qu’ils doivent se contenter de préserver l’acquit des générations passées ou simplement celui qui règne précédent. Maintenir l’ordre établi signifie en réalité - maintenir l’ordre établi par le souverain en place - ».

Avec ce concept, le gouvernement, au lieu d’être fonction, était devenu possession du roi régnant. Ceci nous permet de déduire qu’à chaque fin d’un règne, tous les Khmers devaient attendre le pire, y compris les Montrey.

 

Je soulève ma dernière question pour clore ce débat : Comment les Montrey peuvent-ils transmettre leur titre à leurs enfants qui n’étaient que les menins des princes royaux, quand on sait que leur souverain ne peut pas non plus assurer la transmission de sa couronne à ses descendants directs ? La noblesse n’existe pas au sens occidental du terme, mais le concept Neak Mean Bon subsiste dans l’esprit khmer qui donne droit au Montrey d’être supérieur que Reastr. Dans la société khmère, l’inégalité sociale héréditaire est une fatalité populaire. Les Montrey n’étaient point fonctionnaires, car les commis de l’État agissent et répondent, quant aux Montrey, ils ne répondaient pas aux Reastr, parce qu’ils étaient tout simplement leurs maîtres et qu’ils étaient émanés du Roi. Ils étaient donc coéternels et consubstantiels avec lui. Tel était le mécanisme de la société féodale khmère : un Roi, des Montrey et un peuple sans statut. Le roi et ses Montrey étaient deux corps d’un même esprit.

 

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 08:39

 

Thailand 2009 1 316

LES NOUVEAUX VIETNAMIENS DU CAMBODGE (*) 

Par DY KARETH

22 mars 2008

  

Prologue de Sangha OP

 

   Jadis Français de droit colonial, nous (Khmers) sentions déjà notre dignité s’effriter sous les regards de nos anciens maîtres annamites et siamois. Au moins espérions-nous retrouver un peu de notre grandeur du passé dans nos yeux domestiques. Mais aujourd’hui, il n’y a plus d’yeux domestiques avec plus de cinq millions de colons vietnamiens à regarder : il y a leurs regards sauvages et libres qui occupent notre terre.

  Nous voilà finis, notre grandeur angkorienne, le ventre de l’air, laissent voir leurs entrailles, notre défaite programmée. Si nous voulons faire rompre cette finitude qui nous cloître, nous ne pouvons plus compter sur la valeur de notre race millénaire : Alors dirons-nous, en quoi nous comptons faire pour tenter d’être simplement des hommes libres ?

   En un mot, M. Dy Kareth s’adresse ici à nous, il voudrait nous expliquer ce que les Khmers savent déjà : pourquoi c’est nécessairement à travers l’histoire que le peuple khmer, dans sa situation présente, doit d’abord prendre conscience de lui-même. Cette lucidité est la seule voie de sauvegarde de la Nation khmère.

 

    ធម្ម 

 

Largement connu, le Nam Tiên ou l’Expansion (des Viêtnamiens ou Viêts) vers le Sud, selon l’économiste et historien Lê Thành Khôi, est «la trame» de l’histoire du Viêtnam(1). Le royaume du Champa fut progressivement absorbé par le Viêtnam (ou Dai Viêt, ou Annam) du 11e siècle à 1697, puis le sud du Cambodge ou le Bas-Cambodge appelé plus tard la Cochinchine. Pour justifier leur expansionnisme, les Viêts ont évoqué deux grands motifs : la « poussée démographique » et, surtout, la nécessité de préserver « la sécurité » de leur pays contre les menaces de la Chine(2), quitte à en faire payer le prix fort (des exactions barbares, des massacres, des confiscations de biens et de terres) par les peuples et les Etats voisins plus faibles.

 

Les procédés des rois et empereurs viêts n’ont pas varié d’un siècle à l’autre. Parlant du Champa, et cela est valable aussi plus tard pour le Bas-Cambodge, Nguyên Thê Anh a noté que «l’expansion vietnamienne s’était faite sous des formes diverses : conquêtes militaires, arrangements diplomatiques, mais aussi infiltrations pacifiques par une avant-garde de colons qui venaient défricher les sols que les Chams (puis les Khmers) laissaient à l’abandon». Les « infiltrations pacifiques » se faisaient selon la technique dite de « la peau de léopard », une technique de colonisation précédant l’annexion complète d’un territoire étranger déjà dominé par les forces viêts, mais dont la population autochtone était encore largement majoritaire par rapport aux colons viêtnamiens(3). Nombre de ces colons étaient en fait des « soldats-agriculteurs » chargés d’assurer sur place la sécurité et l’administration de leurs compatriotes et, aussi, de pousser les autochtones à abandonner leurs terres et de s’en aller vers les forêts et les montagnes ou vers l’intérieur de leur pays(4).

 

Au 20e siècle, les communistes viêtnamiens, dès leur formation, ont repris la marche expansionniste des empereurs viêts vers l’Ouest et n’ont pas procédé différemment de ces derniers, pour finalement attaquer et coloniser le Laos et le Cambodge, sous le prétexte des luttes contre « les  impérialistes et les réactionnaires » de tous bords.

 

 

DES « IMMIGRANTS » SINGULIERS

 

Les premiers colons viêts au Cambodge devaient être de cinq cents jeunes gens et cinq cents jeunes filles, en plus du cortège de mandarins et de chefs militaires, qui accompagnaient la princesse viêt Ngoc Van, l’une des filles du  seigneur du Sud (Nguyen) Sai Vuong, pour son mariage en 1618 avec le prince héritier et futur roi khmer (cambodgien) Chey Chettha II (1619-1627). La reine Ngoc Van, habile intrigante, a exercé une grande influence sur la Cour khmère et, à ses appels, des interventions militaires viêts se sont succédées au Cambodge pour soutenir les rois et les princes locaux dans leurs luttes intestines, contre des cessions territoriales successives à la Cour des Nguyen(5). En 1841, l’empereur d’Annam (nom du Vietnam d’alors) a fini par annexer tout le Cambodge à son empire : la capitale Phnom-Penh et toutes les provinces du pays ont même reçu des noms viêts. Mais, quatre ans plus tard, une grande révolte populaire khmère s’est levée et ont attaqué, pratiquement en même temps, toutes les garnisons annamites du pays et chassé le pouvoir impérialiste hors du Cambodge. Tous leurs colons survivants ont dû s’enfuir vers leur pays d’origine, sauf dans certaines zones frontalières du sud où ils étaient encore protégés par des forces viêts(6).

 

Toutefois, vingt ans plus tard, ils ont pu revenir progressivement au sud cambodgien, puis dans l’est et à la capitale Phnom-Penh, cette fois-ci encouragés par la France coloniale devenue maîtresse de la Cochinchine (le Bas-Cambodge) et « protectrice » du reste du Cambodge. Jean Delvert a regretté « la naissance (au Cambodge) d’une importante minorité d’Annamites, sujets et protégés français, estimés à 250.000 en 1951, d’origine essentiellement tonkinoise». C’était «le Protectorat (qui) a favorisé l’immigration annamite ; il a employé des cadres moyens et subalternes annamites dans tous les services administratifs (du Cambodge) et ce dès le début… Le plus grave, sans doute, est que les autorités françaises ont étendu leur juridiction sur tous les Annamites immigrés et nés au Cambodge ; ainsi les Annamites échappaient-ils totalement aux autorités cambodgiennes»(7). Ensuite, lors de la guerre au Cambodge (les communistes viêts et les Khmers Rouges contre les Républicains de Lon Nol) de 1970 à 1975, puis sous le régime des Khmers Rouges de 1975 à 1979, la population civile vietnamienne s’est évacuée encore une fois totalement au Vietnam. Ce n’est qu’après l’invasion victorieuse en 1979 et l’occupation du pays par les forces de Hanoi jusqu’en 1989, que des flots incessants et incontrôlés d’« immigrants socio-économiques» viêts, encouragés et protégés par ces dernières, ont massivement envahi de nouveau le Cambodge.

 

Ainsi, le nombre des Viêts au Cambodge, contrairement à celui des autres étrangers, n’a pas connu une évolution régulière, mais des hausses et des chutes extraordinaires. Selon les chercheurs français, « les Vietnamiens sont ressentis par les Khmers comme un danger, à la différence des Chinois dont la plupart, même au temps du Protectorat français, ont toujours su vivre en symbiose avec les Khmers et se sont assimilés à la société khmère »(8). Les Viêts se méfient des Khmers aussi : pendant les dernières guerres fort meurtrières au Vietnam (celle des Français et, surtout, celle des Américains) presque aucun Vietnamien civil n’était venu chercher refuge au Cambodge. Dans le passé comme aujourd’hui, les Viêts n’émigrent vers le Cambodge que s’ils y sont encouragés, voire poussés par leurs autorités et protégés par les pouvoirs vietnamiens et/ou par les autorités locales du Cambodge. Des « immigrants » d’un genre bien singulier.

 

DE NOUVELLES « INFILTRATIONS PACIFIQUES »

 

Combien sont-ils à l’heure actuelle ? De 1979 à aujourd’hui, si le nombre de la population totale du Cambodge est connu, l’on ignore les chiffres de ses composantes ethniques, en particulier celui des nouveaux Viêts. Les régimes pro-Hanoi du PPRC (Parti Populaire Révolutionnaire Cambodgien), appelé ensuite le PPC (Parti Populaire Cambodgien) de Hun Sen, qui contrôlent strictement tous les villages et quartiers du pays jusqu’à présent, doivent connaître ce chiffre, mais refusent de le rendre public, pour des raisons politiques évidentes.

 

En 1967, Rémy Prud’homme a estimé qu’il y avait «environ 250.000 Vietnamiens, soit un peu plus de 4% de la population totale», tout en rappelant que «dans les années cinquante, l’on sait que la population vietnamienne diminue au Cambodge», suite à l’évacuation (des communistes) du Viêtminh(9). Pour sa part, Jacques Migozzi a évalué qu’au début de 1970 leur nombre à environ 450.000, soit 6,6 % de la population totale de 6.800.000(10). Ce chiffre de 450.000 Vietnamiens est calculé à partir de celui donné par le Protectorat français en 1951, avec un accroissement moyen annuel de 3% pour la communauté vietnamienne, sans tenir compte ni de la baisse de 1954-1955, ni du recensement effectué en 1962. Mais, en 1983, Phnom-Penh, donc Hanoi aussi, a prétendu qu’il étaient « de plus d’un demi million » avant 1969.

 

Jacques Népote a donné une «hypothèse prudente et nuancée» qu’en 1980, après la guerre de 1970-1975, les massacres et les purges de Pol Pot, la dénatalité, le départ des 450 000 Viêtnamiens et les réfugiés cambodgiens à l’étranger, la population du Cambodge serait tombée à quelques 5,44 millions. «Cette estimation, a ajouté l’auteur, ne tient pas compte des pertes liées à l’effondrement du régime Khmer Rouge» (d’au moins 450.000 de morts khmers, selon plusieurs estimations occidentales)… «Ainsi, la population du Cambodge pour la fin de l’année 1980 (peut être évaluée) à quelque 5 millions d’habitants : la moitié des prévisions du temps de paix »(11). Par contre, en novembre 1980, les autorités de la République Populaire du Kampuchéa (RPK) nouvellement installées par Hanoi ont annoncé une population totale cambodgienne de 7 millions d’habitants, soit 2 millions de plus que l’estimation de J. Népote. En 1992, les enquêtes de la Banque Mondiale ont chiffré une population totale du Cambodge à 9.001.315. En 1993, l’organisation onusienne APRONUC (UNTAC), qui était chargée d’organiser les élections générales au Cambodge en mai, a enregistré 4.764.430 électeurs et environ 8.820.800 habitants au total. Or, si l’on se base sur l’étude de J. Népote – avec une croissance annuelle moyenne de 2,2 %(12), sans de nouvelles « immigrations » vietnamiennes et diminué des 450.000 morts de 1979 à 1989 – la population du Cambodge ne dépasserait pas 6.050.000 habitants à la fin de 1992, soit environ 2.950.000 de moins que les 9 millions trouvés sur place par les organisations internationales. Pour la période 1993-2003, avec un taux de croissance redevenu normal, c’est-à-dire à 2,6%, la population totale du Cambodge ne devrait pas dépasser8.024.000 âmes en 2003. Mais, en 2003, le Ministère de l’Intérieur cambodgien donne le chiffre de la population totale de 13.124.000 habitants(13). Nous estimons ainsi qu’en 25 ans (de 1979 à 2004) les nouveaux Vietnamiens au Cambodge sont déjà entre 4,0 et 4,5 millions, c’est-à-dire entre 30% et 35% de la population totale, non pas 1% (100 300 personnes) comme l’ont affirmé les responsables du Gouvernement Hun Sen, et de 1 à 2% - de 100 000 à 300 000 personnes en 2006 – selon les médias officiels de Hanoi(14).

 

Enfin, de 2004 à 2008, des politiciens et les médias indépendants cambodgiens n’ont pas cessé de dénoncer de nouvelles immigrations « illégales » de Viêts au Cambodge, sous une forme ou sous une autre. En effet, les créations successives de « zones économiques spéciales » d’administration commune aux provinces frontalières et l’ouverture de nombreuses portes-frontières entre les deux pays – plus de soixante en 2007, alors qu’il n’y en avait qu’une seule avant 1979, sur une frontière commune de 1 270 Km – ont amplement facilité les infiltrations « pacifiques » des Viêts au Cambodge.

 

 

DES IMMIGRANTS PRIVILEGIES

 

Les invraisemblables chiffres officiels ci-dessus du Gouvernement Hun Sen et de Hanoi peuvent avoir une explication : les Viêts arrivés au Cambodge peuvent se faire attribuer très facilement une carte d’identité nationale cambodgienne, donc très peu sont restés « Viêtnamiens ». D’ailleurs, Michael Benge, un chercheur américain du South East Asian Politics et défenseur des droits de l’homme, a rappelé que « lorsque Hanoi a décidé de retirer ses armées (du Cambodge, en 1989) Hun Sen est intervenu pour donner des terres de culture dans l’est cambodgien à 100 000 soldats viêtnamiens démobilisés, tout en leur accordant immédiatement la citoyenneté cambodgienne »(15). Cette largesse n’était pas fortuite : outre le fait que ces démobilisés pouvaient, en changeant l’uniforme et leurs noms, réintégrer l’armée cambodgienne de Hun Sen, ils devenaient de facto, comme d’autres plus récents « immigrants » viêts, de fervents partisans du parti de ce dernier. Effectivement, le nombre des membres du PPC, qui était de 20 000 environ en 1989 était passé très vite à plus de 3 millions en 1993, puis à 4,1 millions en 2006 et à plus de 5 millions sur les 8 millions d’électeurs inscrits en février 2008(16).

 

Socialement, les nouveaux Viêtnamiens, dès 1979, supposés comme étant d’anciens résidents au Cambodge, et contrairement à des Cambodgiens sortis de l’enfer polpotien, ont le privilège de pouvoir reprendre leurs anciennes places et de s’installer où ils veulent dans le pays. La plupart d’entre-eux, en fait, sont jeunes, sans famille, et sont de véritables aventuriers, arrogants et méprisants. Aux Khmers, ils disent qu’ils sont les « libérateurs du Cambodge de Pol Pot », leur faisant comprendre qu’ils ont tous les droits sur ce pays conquis. Naturellement, ils sont autorisés - ou plutôt dirigés - à occuper toutes les régions riches et stratégiques du Cambodge, dans les zones urbaines et dans les campagnes où sont  présentes les forces d’occupation de Hanoi. Les berges du Mékong et le grand lac poissonneux Tonlé Sap étaient leurs premières destinations. Ils ont investi massivement aussi les grandes villes comme Phnom-Penh, Kampong Chhnang, Kompong Cham, Battambang, Kampot, le port maritime de Kompong Som (Sihanouk-ville) et d’autres grands bourgs comme Neak Loeung ou Takhmau sur le fleuve Bassac. Après la reddition totale des Khmers Rouges en 1996, des Viêts sont venus en grand nombre s’installer à la frontière thaïlandaise, à Poipet à O-Smach et à Pailin même (toujours administrée par d’anciens chefs khmers rouges) et dans la province de Koh Kong. La traditionnelle technique de la « peau de léopard » d’implantation d’émigrés viêts est appliquée de façon systématique.

 

Didier Bertrand, tout en dénonçant vivement les ressentiments « incompréhensibles » des Khmers à l’égard des Viêts, a reconnu, « comme beaucoup d’autres, que pendant la longue période (dix ans) d'occupation du pays, (Hanoi) a tenté une véritable vietnamisation de la vie politique, sociale et culturelle du Cambodge ». Mais, il a justifié l’apport économique et les bons droits communautaires (sociaux et culturels) des « immigrants » viêts qui, dès les années 1980, sont devenus pêcheurs, ouvriers de chantier, artisans, femmes de ménage, prostituées dans les zones urbaines... : « la place des activités économiques des Vietnamiens au Cambodge, que ce soit en matière de commerce et production, d’économie interne ou internationale, apparaît donc comme loin d’être négligeable mais elle n’est pas toujours reconnue par les Cambodgiens de manière positive (pas plus que celle des Arabes en France) alors que les Vietnamiens savent bien que s’ils devaient quitter le pays, le Cambodge souffrirait d’une pénurie de main d’oeuvre qualifiée dans plusieurs domaines ». Des Khmers, pourtant, lui ont répondu que « le rôle économique (des Viêts) est négligeable, ils n’ont pas de rôle économique », une façon de dire que les Khmers n’ont pas besoin de ces derniers pour vivre(17). En tout cas, les nouveaux « immigrants » sont autorisés à exercer une autre activité qui déplaît et inquiète profondément les Khmers : l’exploitation de champs agricoles. Esmeralda Luciolli, qui se trouvait au Cambodge occupé entre 1984 et 1986, a écrit avec justesse que « si avant 1970, on comptait de nombreux pêcheurs et commerçants vietnamiens, l’installation de paysans restait rarissime : aujourd’hui, au contraire, elle est fréquente... La plupart de ces immigrants, venus du sud du Vietnam (dès 1979), s’installent dans les provinces proches de la frontière... et dans des régions (où) non seulement la terre est plus fertile, mais ils sont exemptés d’impôts, dispensés du service militaire – que beaucoup redoutent – et ils échappent aux corvées de défrichage et aux travaux stratégiques imposés à la population khmère ». A l’époque, on trouvait déjà de nombreux paysans viêts dans les provinces orientales khmères de Kampong Cham, de Kandal, de Svay Rieng, de Prey Vèng, et de Takèo(18). L’on trouve maintenant également de nombreux  paysans et grands exploitants agricoles vietnamiens dans les provinces khmères de l’ouest, de Kampong Thom, de Pôthisat et de Battambang, les greniers traditionnels du Cambodge.  

  

C’était prévisible : pendant l’occupation viêtnamienne, les autorités de la RPK ont « recommandé » aux Khmers qui disposaient d’une habitation d’en céder une partie au profit des « frères » vietnamiens qui arrivaient(19). De 1979 à aujourd’hui, avec la remise en cause par Hanoi du tracé de la frontière, les constantes pressions viêtnamiennes (l’insécurité, les interventions policières, les destructions des biens et les confiscations autoritaires) sur les provinces frontalières cambodgiennes sont telles que les paysans khmers des lieux soient résignés à abandonner ou à vendre à prix bradé leurs terrains et leurs propriétés aux paysans viêts et à reculer eux-mêmes vers l’intérieur du Cambodge, sinon à solliciter la nationalité vietnamienne pour pouvoir – pour combien de temps ? - conserver leurs biens et rester sur place. Les autorités cambodgiennes ont toujours laissé faire. A présent, sécurisés par la présence de forces armées de leur pays d’après des accords de « sécurité commune » avec Phnom-Penh, les « immigrants » viêts finissent par être majoritaires dans les provinces cambodgiennes comme Svay Rieng et Prey Vèng, vraisemblablement à Phnom-Penh aussi. De même, ils sont arrivés en masse dans les provinces forestières et agricoles peu peuplées du nord-est comme Stung Trèng, Ratanakiri et Mondulkiri qui sont incorporées depuis 2004 dans une immense zone d’un « Triangle de développement indochinois » et où d’énormes concessions de terres khmères sont accordées par Hun Sen, pour 50 à 70 ans, aux sociétés de plantation d’hévéa dirigées, comme au Laos, par d’anciens militaires viêtnamiens(20).

 

DES « VIÊT-KIÊU » TRES PATRIOTIQUES

 

Déjà en 1983, Hun Sen, sans doute inspiré par ses « experts » de Hanoi, a donné une explication à cette situation : « Avant 1969, il y avait au Cambodge plus d’un demi million de Vietnamiens, dont la plupart était étaient emmenés par les colonialistes français pour travailler dans leurs plantations d’hévéa. Ils travaillaient aussi dans les champs, les usines, sur les fleuves et sur le lac Tonlé Sap, comme cultivateurs, pêcheurs, éleveurs, sauniers, artisans, etc. Ils ont contribué activement au développement de l’économie du Kampuchea. Pendant les jours de la domination des féodaux, des colonialistes et des impérialistes, les résidents vietnamiens se sont unis à tous les groupes ethniques du Kampuchea dans leur lutte pour l’indépendance nationale, la liberté et pour la construction et la défense de leur patrie »(21). Ce qui devait et doit toujours justifier des « droits  historiques » imprescriptibles des Viêts et leur domination au Cambodge.

 

Comparativement, sur les plans social et économique comme sur d’autres, le Vietnam est beaucoup plus développé et plus riche que le Cambodge, mais des Viêts continuent à affluer en grand nombre, quotidiennement, au Cambodge, certains qu’ils sont ici plus favorisés et mieux protégés. En effet, les forces militaires et policières viêts, sauf les plus visibles, n’ont jamais vraiment quitté le Cambodge. Le tout puissant et inamovible patron de la Police nationale cambodgienne, Hok Lundy, est d’origine viêt, de même que quelques grands généraux, hauts fonctionnaires et certains membres du Gouvernement actuel. Sok Kong (un nom de consonance khmère), le véritable maître de l’économie cambodgienne, vient de déclarer qu’il est « fier d’être Viêtnamien ». En provinces, nombre de vice-gouverneurs et de commandants militaires et de la police sont d’anciens « experts » viêts (pendant leur Occupation ouverte de 1979-1989) naturalisés cambodgiens(22).

Mais, les Viêts ne cherchent pas à se mélanger avec les Khmers : ils vivent groupés en des villages très compacts, difficilement accessibles aux non-Viêts, même aux forces de l’ordre cambodgiennes. Des policiers khmers nous ont révélé que « les Viêts gouvernent eux-mêmes leurs villages, assurent leur propre sécurité, règlent leurs conflits entre eux... ». A Phnom-Penh, les cas souvent cités sont les villages viêts de Chhbar Ampeou, Chak Ang-ré, Svay Pak et Tuorl Kork. En 2003, ils ont demandé à créer des sections de leur Association des Vietnamiens du Cambodge (AVC), une organisation sociale pouvant « disposer d'un cachet qui lui est propre », dans Phnom-Penh et dans 18 autres villes et provinces du Cambodge, dont Koh Kong, Stung Trèng et Ratanakiri très peu peuplées de Khmers(23). En janvier 2008, ils ont demandé à ouvrir d’autres bureaux aux villes de Kèp et de Pailin, et dans les provinces relativement désertes aussi de Uddor Meanchey, Mondulkiri et Preah Vihear. Les Viêts sont donc partout au Cambodge. L’AVC est, en fait, la branche « sociale » de la puissante Ambassade du Viêtnam à Phnom-Penh. Son président Chau Van Chi (alias Sum Chi, pour les officiels khmers) est également membre du Conseil national du « Front de la Patrie du Cambodge », un organe du PPC présidé par Chea Sim (président du Parti), Heng Samrin (président de l’Assemblée nationale) et Min Khin (président du Conseil constitutionnel). L’organisation est très influente auprès des Administrations cambodgiennes à Phnom-Penh et surtout en provinces : les autorités doivent d’abord « consulter » ses représentants locaux pour traiter tous les problèmes concernant les Viêts de l’endroit. D’ailleurs, pour le député Son Chhay, « l’immigration des Viêts vers le Cambodge est maintenant plus facile qu’avant encore, grâce à la protection que leur apporte l’AVC »(24).

De son côté, en plus de ses « coopérations fraternelles » et d’incessantes « visites d’échange d’informations » dans tous les domaines sans exception et « à tous les  niveaux »  avec le régime de Phnom-Penh, Hanoi entretient des liens solides avec les Viêt-Kiêu (Viêtnamiens résidant à l’étranger) du Cambodge. Le 1er avril 2004, le PCV a adopté « une résolution visant à impulser le travail à l'égard de la diaspora vietnamienne, tout en contribuant à l'oeuvre d'édification et de défense de la Patrie »(25). En mars 2006, le Premier Ministre viêt Phan Van Khai, en visite au Cambodge, a recommandé aux Viêt-Kieu « d'apprendre le vietnamien à leurs enfants et de conserver l'identité nationale, ainsi que de s'unir pour édifier une vie stable», et a doté l’AVC de 300.000 dollars US pour la réhabilitation des écoles et l'apprentissage du vietnamien(26). En avril suivant, en fêtant à Phnom-Penh le 31e anniversaire de la victoire de Hanoi sur les Américains, ainsi que le 116e anniversaire de la naissance de Ho Chi Minh, Chau Van Chi a déclaré que « les Viêt-Kiêu du Cambodge sont déterminés à contribuer à l’édification du Viêtnam – leur mère-patrie – en un pays prospère », et décidé le lancement de la campagne auprès de ces Viêt-Kiêu à « vivre et suivre l’exemple du Grand Oncle Ho »(27). Il a réclamé d’ailleurs plus d’assistance de la part du Parti et de l’Etat viêtnamiens aux Viêt-Kiêu en difficulté économique ou ayant à faire face aux problèmes administratifs et judiciaires au Cambodge.

 

En août 2007, en visite au Cambodge, le Vice Premier Ministre Pham Gia Khiêm a réaffirmé aux Viêt-Kiêu que « le Parti et l'Etat viêtnamiens ont lancé de nombreuses politiques intérieures et extérieures, afin de défendre les intérêts légitimes des Viêt-Kiêu, de favoriser leur retour au pays pour qu'ils puissent contribuer à l'édification de la Patrie ». Toutefois, il a recommandé aux Viêts du Cambodge « de bien s'intégrer dans leur pays d'accueil, de respecter les lois locales, de stabiliser leur vie, pour pouvoir contribuer leur part au développement du Cambodge et du Vietnam »(28). D’évidence, la politique de « retour au pays » est programmée pour les Viêt-Kiêu des USA, de France ou d’Australie, pour leurs compétences ou pour leurs capitaux. Les Viêt-Kiêu malchanceux ou nostalgiques du Cambodge, eux, savent qu’ils ne sont pas autorisés à rentrer au Viêtnam, en tout cas « ils n’obtiendraient pas de papiers légaux (pour y vivre de nouveau) et leurs enfants ne pourraient y être admis dans les écoles »(29). Hanoi préfère donc apporter toutes sortes d’assistance aux Viêts du Cambodge pour qu’ils restent et s’enracinent plus profondément dans le pays. Puisque leurs compatriotes viennent tous les jours les rejoindre et que l’Empire Viêt est en pleine renaissance.

 

 

(*) in Cambodge. Drames et reconstruction, Revue Conflits actuels, Centre d’études et de diffusion universitaires, 10e année, numéro 20, Paris.

1. : LÊ THANH KHÔI, Histoire du Vietnam, des origines à 1858, Paris : Sudestasie, 1981.

2. FERAY Pierre-Richard, Le Vietnam des origines à nos jours, Paris : PUF, 1996.

3. NGUYEN THÊ ANH,  Le Nam Tiên dans les textes vietnamiens, in Les Frontières du Vietnam : Histoire des frontières de la Péninsule indochinoise, Paris : L’Harmattan, 1989.

4. MASSON André, Histoire du Vietnam, Paris : PUF, 1972.

5. MAK PHOEUN, Histoire du Cambodge, de la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle, Paris, EFEO, 1995.

 

6. LECLERE Adhémard, Histoire du Cambodge, depuis le 1er siècle de notre ère, Paris, Geuthner, 1914.

7. DELVERT Jean, Le Cambodge, Paris, PUF, 1983. 

8. DELVERT Jean, Le Paysan Cambodgien, Thèse, Paris, 1961. 

9. PRUD’HOMME Rémy, L’Économie du Cambodge, Paris, PUF., 1969.

 

10. MIGOZZI Jacques, Cambodge, Faits et Problèmes de population, Paris, CNRS, 1973.

11. NEPOTE Jacques, CNRS, Démographie et Société dans le Cambodge des XIXe-XXe siècles, in Mondes en Développement, Paris, Economica, 1979.

12. Moyenne optimiste pour la période 1980-1992 pour un peuple sorti de l’enfer des Khmers Rouges.

13. Publications du Ministère de l’Intérieur, Cambodge, Décembre 2004

14. VIETNAM CULTURAL WINDOW (Magazine), Hanoi, Mai-Juin 2006 - VNA NEWS AGENCY, in English, Hanoi, 05 July 2006.

 

15. BENGE Michael, Cambodia's Killers, FrontPageMagazine.com, March 10, 2006

16. XINHUA, Cambodian ruling party's members surpass 5 million, February 09, 2007,

 

17. BERTRAND Didier, Les Vietnamiens au Cambodge. Relations avec les Khmers et élaboration d'une identité - Étude des modes d'interculturation,  Aséanie, N°2, Novembre 1998, Bangkok, Thaïlande.

18. LUCIOLLI Esmeralda,  Le Mur de Bambou . Le Cambodge après Pol Pot, Régine Deforges, Paris, 1988.

19. REPUBLIQUE POPULAIRE DU KAMPUCHEA, Circulaire-Directive n° 05 SRNN (en khmer)du 26 février 1986, signé par le Premier Ministre Hun Sen..

20. RADIO FREE ASIA, 25/09/2007, Interview de SON CHHAY, Député PSR, par Kem Sos.

21. PEOPLE’S REPUBLIC OF KAMPUCHEA, Ministry of Foreign Affairs, Policy of the People’s Republic of Kampuchea with regard to Vietnamese Residents, September 1983.

22. DY KARETH, Le poids et les mensonges du 7 janvier 1979, Comité des Frontières du Cambodge, Paris, 06 janvier 2008.

23. ROYAUME DU CAMBODGE, Ministère de l’Intérieur, Lettre (en khmer) n°392SC3, du 24 avril 2003, en réponse à Sum Chi, AVC, signée par SA KHENG et YOU HOK KRY, Co-Ministres.

24. RADIO FREE ASIA,13 September 2007, SON CHHAY’s Interview by Kim Pov Sottan.

 

25. AVI, Hanoi, 04/01/2004 -- 18:01GMT+7.

26. AVI, Phnom-Penh, 07 mars 2006.

27. NHAN DAN, April 29, 2006.

28. AVI, Phnom Penh, 22 août 2007.

29. THAYER Nate, Hostile Home: Vietnamese fear expulsion under new law, FEER, October 13, 1994, et: THANH NIEN NEWS (Vietnam), A tough go for Vietnamese on floating houses in Cambodia, Reported by Thanh Dong, February 8, 2007.

 

 

de lui-même. Cette prise de conscience est la seule voie de sauvegarde de la Nation khmère.  

 

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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 13:12
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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 04:13

Littérature, écriture et liberté

 

La littérature ici vise à tous les hommes qui, pour des diverses raisons, prennent la plume pour s’exprimer leur pensée. Ces gens sont des écrivains, des journalistes et des amoureux de la lettre qui vivent assez mal en général de leur plume. Dans tous les pays de démocratie faible, le Pouvoir considère depuis toujours la littérature comme une bête noire, car elle déclenche dans la plus part du temps les hostilités contre son système politique. La littérature contribue, en effet, à ébranler un système qui trouve sa justification dans la superstition et son fondement dans la préservation des privilèges et des pouvoirs d’une caste ou d’un groupe. Sa volonté de tout examiner, tout remuer s’inscrit dans un but d’améliorer et réformer l’ordre ancien pour le bien être des hommes et de l’humanité. Jean d’Ormesson écrit : « La littérature et le pouvoir ne se rencontrent guère. Il y a plus souvent entre eux une incompréhension qui peut aller jusqu’à antipathie, et parfois la haine. Le pouvoir est du côté de l’ordre et de responsabilité ; la littérature, du côté de désordre et de irresponsabilité. Le pouvoir commande, la littérature désobéit. Le pouvoir incline tout naturellement à sa perpétuation ; la littérature, à sa renouvellement ».

Et nous le savions qu’au XVIIe siècle,  pour ramener la littérature du côté du pouvoir au lieu de laisser s’agiter contre lui, le cardinal de Richelieu avait créé l’Académie française.

 

En occident, le mot « littérature » prend au XVIIIe siècle son sens moderne mais le livre est encore, à cette époque, un produit rare réservé à une élite sociale et intellectuelle de lettrés et de savants. Le XIXe siècle marque à cet égard une rupture capitale. On assiste tout d’abord à un développement considérable de l’instruction. Dès lors, le livre, même s’il reste assez couteux et ne concerne qu’une minorité de la population, devient un objet de consommation plus courant pour un public de lecteurs toujours plus large.

 

M. Keng Vannsak, un intellectuel khmer  écrit : « toute Littérature se manifeste comme une Science des Problèmes Humains qu’elle essaie de répondre par des procédés esthétiques et selon chaque Société. Si minime soit-elle, une véritable compréhension des principales caractéristiques de la Littérature Khmère aide à éclairer non seulement ce qui est spécifiquement khmer, mais encore les insuffisances, surtout lorsque cette littérature prétend rester l’expression vivante de la société khmère, et devenir une Science Esthétique des Problèmes Humains, au milieu de ce XXe siècle ».

 

Au XXe siècle où le mot « liberté » est affiché comme l’idée maîtresse de la pensée humaine, laquelle enlève toutes les barrières que la raison n’aura point posée. Cet esprit humain de la vérité n’empêche pas à Jean Paul Sartre de se poser les questions suivantes : Qu’est-ce qu’écrire ? Pourquoi écrit-on ? Et pour qui ?

 

Qu’est-ce qu’écrire ?

Sartre définirait volontiers l’écrivain comme un parleur. Celui qui désigne, démontre, ordonne, refuse, interpelle, supplie, insulte, persuade, insinue. S’il le fait à vide, il ne devient pas poète pour autant. C’est un prosateur qui parle pour ne rien dire. La prose est d’abord une attitude d’esprit : il y a prose quand, pour parler comme Valery, le mot passe à travers notre regard comme le verre au travers du soleil. Il y a le mot vécu, et le mot rencontré. Mais dans les deux cas, c’est au cours de l’entreprise, soit de moi sur les autres, soit de l’autre sur moi. L’écrivain engage sa pensée dans ses actions. Il sait que sa parole est action ; il sait que dévoiler c’est changer. On ne peut dévoiler qu’en projetant de changer. L’écrivain est l’être qui ne peut même voir une situation sans la changer, car son regard fige, détruit, ou sculpte ou, comme fait l’éternité, changer l’objet en lui-même. Sans doute l’écrivain engagé peut-être médiocre, il peut même avoir conscience de l’être, mais comme on ne saurait écrire sans le projet de réussir parfaitement, la modestie avec laquelle il envisage son œuvre ne doit pas le détourner de la construire comme si elle devait avoir le plus grand retentissement. Il ne doit jamais se dire : « Bah, c’est à peine si j’aurai trois mille lecteur » ; mais « qu’arriverait-il si tout le monde lisait ce que j’écris ? ». Les mots pour l’écrivain engagé sont des « pistolet chargés ». S’il parle, il tire. Il peut se taire, mais puisqu’il a choisi de tirer, il faut que ce soit comme un homme, en visant des cibles et non comme un enfant, au hasard, en fermant les yeux et pour le seul plaisir d’entendre les détonations. On n’est pas écrivain pour avoir choisi de dire certaines choses mais pour avoir choisi de les dire d’une certaine façon. De cela, on est en droit de lui poser la question : pourquoi as-tu parlé de ceci – pourquoi veux-tu changer ceci plutôt que cela ? L’écrivain d’aujourd’hui ne doit pas en aucun cas s’occuper des affaires temporelles ; il ne doit pas non plus aligner des mots sans signification ni rechercher uniquement la beauté des phrases et des images : sa fonction est de délivrer des messages à ses lecteurs. Qu’est-ce donc qu’un message ? Jean-Jacques Rousseau, père de la révolution française et Joseph Arthur de Gobineau, père du racisme, nous ont envoyé des messages l’un et l’autre. Il faudrait opter pour l’un contre l’autre, aimer l’un, haïr l’autre. L’écrivain raisonne donc, qu’il affirme, qu’il nie, qu’il réfute et qu’il prouve, mais la cause qu’il défend ne doit être que le but apparent de leurs discours : le but profond, c’est de se livrer sans avoir l’air. Son raisonnement, il faut qu’il le désarme d’abord, comme le temps a fait pour ceux des classiques, qu’il le fasse porter sur des sujets qui n’intéressent personne ou sur des vérités si générales que les lecteurs en soient convaincus d’avance ; ses idées, il faut qu’il les donne un air de profondeur, mais à vide, et qu’il les forme de telle manière qu’elles s’expliquent évidemment par une enfance malheureuse, une haine de classe ou un amour incestueux. Qu’il ne s’avise pas de penser pour de bon : la pensée cache l’homme et c’est l’homme seul qui nous intéresse. L’écrivain doit s’engager tout entier dans ses écrits, et non pas comme une passivité abjecte, en mettant en avant ses vices, ses malheurs et ses faiblesses, mais comme une volonté résolue et comme un choix.

 

Pourquoi écrit-on ?

Sartre écrit que chacun a ses raisons : pour celui-ci, l’art est une fuite, pour celui-là, un moyen de conquérir. Mais on peut dans l’ermitage, dans la folie, dans la mort, on peut conquérir par les armes. Pourquoi justement écrire ? Un des principaux motifs de la création artistique, est certainement le besoin de nous sentir essentiels par rapport au monde. Cet aspect des champs ou de la mer, cet air de visage que j’ai dévoilé, si je les fixe sur une toile, dans un écrit, en resserrant les rapports, en introduisant de l’ordre là où il ne s’en trouvait pas, en imposant l’unité de l’esprit à la diversité de la chose, j’ai conscience de les produire, c’est-à-dire que je sens essentiel par rapport à ma création. Mais cette fois-ci, c’est l’objet créé qui m’échappe : je ne puis dévoiler et produire à la fois. La création passe à l’inessentiel par rapport à l’activité créative. Mais il va de soi que nous avons d’autant moins la conscience de la chose produite que nous avons davantage celle de notre activité productrice. Si nous produisons nous-mêmes les règles de production, les mesures et les critères, et si notre élan créateur vient du plus profond de notre cœur, alors nous ne trouvons jamais que nous dans notre œuvre : c’est nous qui avons inventé les lois d’après lesquelles nous la jugeons ; c’est notre histoire, notre amour, notre gaieté que nous y reconnaissons ; quand même nous la regarderions sans plus y toucher, nous ne recevons jamais d’elle cette gaieté ou cet amour , nous les y mettons ; les résultats que nous avons obtenus sur la toile ou sur le papier ne nous semblent jamais objectifs ; nous connaissons trop les procédés dont ils sont les effets. Ces procédés demeurent une retrouvaille subjective : ils sont nous-mêmes, notre inspiration, nous répétons mentalement les opérations qui l’on produit, chacun de ses aspects apparaît comme un résultat. Ainsi dans la perception, l’objet se donne comme l’essentiel et le sujet comme l’inessentiel ; celui-ci recherche l’essentialité dans la création et l’obtient, mais alors c’est l’objet qui devient l’inessentiel.

 

Pour qui écrit-on ?

La réponse de Sartre est la suivante : L’objet littéraire est une étrange toupie qui n’existe qu’en mouvement. Pour la faire surgir, il faut un acte concret qui s’appelle la lecture, et elle ne dure qu’autant que cette lecture peut durer. Hors de là, il n’y a que des tracés noires sur le papier. Or l’écrivain ne peut pas lire ce qu’il écrit, au lieu que le cordonnier peut chausser les souliers qu’il vient de faire, s’ils sont à sa pointure et l’architecte peut habiter la maison qu’il a construite. En lisant, on prévoit, on attend. On prévoit la fin de la phrase, la phrase suivante, la page d’après, on attend qu’elle confirme ou qu’elle infirme ces prévisions. La lecture se compose d’une foule d’hypothèses, de rêves suivis de réveils, d’espoirs et de déceptions. Les lecteurs sont toujours en avance sur la phrase qu’ils lisent, dans un avenir seulement probable qui s’écroule en partie et se consolide en partie à mesurer qu’ils progressent, qui reculent d’une page à l’autre et attendent. Vous êtes parfaitement libres de laisser le livre ou l’article sur la table. Mais si vous l’ouvrez, vous en assumez la responsabilité. Car la liberté ne s’éprouve pas  dans la jouissance du libre fonctionnement subjectif mais dans un acte créateur requis par un impératif. Si j’en appelle à mon lecteur pour qu’il mène à bien l’entreprise que j’ai commencée, il va de soi que je considère comme liberté pure, pur pouvoir créateur, activité inconditionnée.  Je ne saurais donc en aucun cas m’adresser à sa passivité, c’est-à-dire tenter de l’affecter, de lui communiquer d’emblée des émotions de peur, de désire ou de colère. La lecture est un rêve libre. En sorte que tous les sentiments qui se jouent sur le fond de cette croyance imaginaire sont comme des modulations particulières de ma liberté. Loin de l’absorber ou de la masquer, ils sont autant de façons qu’elle a choisies de se révéler à elle-même. Ainsi l’auteur écrit pour s’adresser à la liberté des lecteurs. L’écrivain, homme libre s’adressant à des hommes libres, n’a qu’un seul sujet : la liberté.

 

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 09:57

Codes of conduct : 

The text is written in Khmer verse. We do not know the name of the author and the date of writing. Assume that this code was written in the past far. Mr. Khin Hoc Dy, specialist literature khmer writes: "When you do not know the date of writing and the author's name, it remains only to assess the literary value of the text. 

Here, I only translate into French the meaning of ideas. I leave readers to walk through these ideas to understand the thought Khmer. I will continue to bring many codes of conduct written by the sages Khmer. This is the first code, called the "words of the sages (Chbap Peak Chas). 

The words of the sages. 

1.     You do not try to understand your own fault, but a little lacking in others you see as a mountain.

2.     You like to have companions in the forest, but to taste honey, you hide in the house to enjoy.

3.     You always want to have more, you enjoy not selected, you think only of yourself, you forget everything else.

4.     You think only eat, but you lament of being tired to chew the food; one who has the same surname is seen as brother, but why not see a foreigner as nephew.

5.     You confuse the grandfather to the grandmother, you confuse the son for the nephew, you take two for one, you see the sadness to happiness.

6.     You will have the goodness to evil, you take heaven to hell, you take good for evil, you take the dung to the flower.

7.     You wear the pants in keeping your hair, you look in the mirror, closing your eyes, you take the horse to the ass, you take the kapok for rats.

8.     These are the words of the sages, you will understand them better while studying, you take the pool for the path, you should avoid anger, avoiding faults.

9.     Scientists are always honest about which are the words of the wise; Scientists do not commit violence, whose value is despised by the people well.

10. These are the words of the wises, do not complain that you had studied enough.

11. In night, you should not sleep too, because the thief came to the door, eat moderately, share with others.

12. You should lift the weight for your strength, it allows you to avoid getting sore shoulders, you should order with the address that you avoid having scrambled

13. You should think without precipitation, run a job after thinking, it will avoid having enemies and trouble.

14. You take the raw for the cooked, resolve a problem with a method, listen to others, it helps you increase your intelligence.

15. In business, think about all the details, because nothing is simple, listen to the experiences of others, it allows you to plan long term.

16. The old saying, do not feed the tiger ; do what you say.

17. When you hold the shot of the snake, be firm, otherwise it could turn against you, you should take the canoe without shaking, so the water was clear, we must ensure that it is cloudy.

18. When the leaves move, because it is windy, when the water is cloudy, because there are waves.

19. You should shake the hand of the weak, because they will sooner or later your friends when you have much, give a little to friends in need.

20. The rich help the poor as the cloth covering the body, scientists aid the ignorant as the ship helps the boat wrecked.

21. We must remain humble when you're a prominent person, give the fed the hungry, blessed the poor think, these are the words of the wise.

22. You help without waiting to ask you, good action in this, which protects the future, as the wall of thorns to protect the remains.

23. When you have lots of things to eat, give a little bit hungry.

24. Do not try to deceive others, you take the crocodile to the boat, you take the wood from the fence to the wood kitchen, if so, your worries are not far away.

25. When you have a boat, you should also have a gaffe, an oar, an anchor, a rope, a pillar;

26. to face a possibility of the storm, if you are careful in this preparation, they are told you are careful.

27. These are the words of the wises, which you speak;

28. These words are the custom, which has a value of laws, these are the intimate words, that impregnate themselves in the memory.

29. It's the end of words of the sages, now you just have to think about.

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 08:37

Les codes de conduites :

Cliquez ici pour obtenir texte en anglais.  

 Le texte en khmer est écrit en vers. On ne connaît pas le nom de l’auteur et la date de l’écriture. On suppose que ce code a été écrit dans le passé lointain. M. Khin Hoc Dy, grand spécialiste de la littérature khmer écrit ceci : « Quand on ne connaît pas la date de l’écriture et le nom de l’auteur, il nous reste d’apprécier uniquement la valeur littéraire du texte ».

 Ici, je ne fais que traduire en français le sens des idées. Je laisse aux lecteurs de se promener dans ces idées pour comprendre la pensée khmère. Je continuerai de traduire de nombreux codes de conduites, écrits par les sages khmers. Voici la première code, intitulée les « paroles des sages (Chbap Peak Chas).

 

Les paroles des sages.

 

1.      Vous ne cherchez pas à comprendre votre propre faute, mais pour un petit défaut des autres, vous le voyez comme une montagne.

2.      Vous aimez bien avoir des compagnons dans la forêt, mais pour goûter du miel, vous vous cachez dans la maison pour le savourer.

3.      Vous voulez en avoir toujours plus, vous en profitez sans retenu ; vous ne pensez qu’à vous-même, vous oubliez tout le reste.

4.      Vous ne pensez qu’à déjeuner, mais vous lamentez d’être fatigué pour mâcher l’aliment ; celui qui a le même patronyme est vu comme frère, mais pourquoi de ne pas voir une personne étrangère comme neveu.

5.      Vous confondez le grand-père pour la grande-mère, vous confondez le fils pour le neveu ; vous prenez deux pour un, vous voyez la tristesse pour le bonheur.

6.      Vous prendrez la méchanceté pour une bonté, vous prendrez le paradis pour l’enfer ; vous prendrez le bien pour le mal, vous prendrez les excréments pour la fleur.

7.      Vous portez le froc en gardant vos cheveux, vous vous regardez dans le miroir en fermant vos yeux ; vous prendrez le cheval pour l’âne, vous prendrez le kapok pour le rat.

8.      Ce sont les paroles des sages, vous les comprendrez mieux en étudiant ; vous prendrez la flaque pour le chemin, vous devriez éviter la colère pour éviter la faute.

9.      Les savants tiennent toujours des propos honnêtes, qui sont les mots des sages ; les savants ne commettent pas la violence, dont la valeur est méprisée par les êtres de bien.

10.  Ce sont les paroles des sages, ne vous plaignez pas que vous en aviez assez étudié.

11.  À la vêprée, vous ne devriez pas trop dormir, parce que le voleur vient à la porte ; mangez modérément, partagez avec les autres.

12.  Vous devriez lever le poids en fonction de votre force, cela vous permet d’éviter d’avoir le mal aux épaules, vous devriez commander avec l’adresse, cela vous évitez d’avoir des embrouilles,

13.  Vous devriez réfléchir sans précipitation, exécutez un travail après avoir réfléchi, cela vous évitez d’avoir des ennemis et des ennuis.

14.  Vous prendrez le cru pour le cuit, résolvez un problème avec une méthode, écoutez les autres, cela vous aide à renforcer votre intelligence.

15.  Dans les affaires, il faut penser tous les détails, parce que rien est simple, écoutez les expériences des autres, cela vous permet de prévoir à long terme.

16.  Les anciens disent, il ne faut pas nourrir le tigre ; faites ce que vous dites.

17.  Quand vous tenez le coup du serpent, soyez ferme, sinon, il pourrait retourner contre vous ; vous devriez tirer la pirogue sans la secouer, si l’eau était limpide, il faut éviter qu’elle soit trouble.

18.  Quand les feuilles bougent, parce qu’il y a du vent, quand l’eau est trouble, parce qu’il y a des vagues.

19.  Vous devriez serrer la main des faibles, parce qu’ils deviendront tôt ou tard vos amis ;  quand vous possédez beaucoup, donnez un petit peu aux amis nécessiteux.

20.  Les riches aident les pauvres comme l’étoffe couvre le corps, les savants aides les ignorants comme le navire vient en aide la barque naufragée.

21.  Il faut demeurer humble, quand vous êtes une personnalité importante ; les repus donnent à manger aux affamés, bienheureux, pensez aux déshérités, ceci sont les paroles des sages.

22.  Vous aidez sans attendre qu’on vous demande ; bonne action dans le présent, qui protège dans le futur, comme le mur des épines qui protège la demeure.

23.  Quand vous avez beaucoup des choses à manger, donnez un petit peu aux affamés.

24.  Il ne faut pas chercher à tromper les autres ; vous prendrez le crocodile pour la barque ; vous prendrez les bois de la clôture pour les bois de cuisine, si c’était le cas, vos soucis ne sont pas très loin.

25.  Quand vous avez une barque, vous devriez avoir aussi une gaffe, une rame, une ancre, une corde, un pilier ;

26.  pour affronter une éventualité de l’orage, si vous êtes minutieux dans cette préparation, on vous dit, vous êtes prudent.

27.  Ce sont les paroles des sages, qui vous parlent ;

28.  Ces paroles sont la coutume, qui a une valeur de lois, ce sont les paroles intimes, qui s’imprègnent dans la mémoire.

29.  C’est la fin des paroles des sages, maintenant, il ne vous reste qu’à y réfléchir.          

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 10:44

Conte khmer : M. Kong Hien.

Morale de l’histoire : Semis du riz soulève la terre, la femme soulève l’homme.           

Jadis, il y avait un homme, nommé Kong. Celui-ci a deux épouses, nommées Aing et Kom. Un jour, Kong amène ses deux épouses pour se rendre visite aux parents habités dans une contrée lointaine. Leur chemin doit traverser une forêt où il y a un tigre féroce qui rôde jour et nuit à la recherche de la nourriture. Ce jour-là, le tigre ayant les crocs, vient se cacher tout près du chemin dans l’espoir de trouver sa proie. Quelques heures d’attente, il aperçoit trois hommes qui marchent à la queue le leu. D’un bond, il sort de sa cachette, émette un cri et se précipite vers Kong. Vu le titre en colère de faim, le cœur de Kong remplie vite l’air de frayeur. Avec son stimulus, Kong ne pense qu’à courir pour se cacher dans un trou d’un arbre. Dedans, son corps tout entier se tremble, il ne se contrôle plus de sa crainte d’être dévoré vivant par le tigre. Il pisse dans son sarong et prie les génies de la forêt pour venir en aide. En revanche, les deux épouses n’ont pas peur de l’animal. Avec leur bâton à la main, elles courent vers le tigre et l’abattent à mort. Vu le tigre ne bouge plus, Kong sort de sa cachette, arrache le bâton de la main d’une de ses épouses, frappe avec toutes ses forces sur le corps du tigre sans vie.  

- Pourquoi tu frappes encore, tu es aveugle ou quoi ? il est mort, Aing gronde son mari,

-Tu ne peux pas me faire croire que ce titre a été tué par vous deux. Les femmes ne peuvent pas faire ce genre de chose, il n’y a que l’homme qui peut tuer ce tigre, met ça dans ta petite tête, imbécile, dit Kong.

Connaissant le caractère de leur mari, les deux épouses n’ont pas prêté attention à lui répondre. En tout cas, dans ce genre de situation, la meilleure solution, c’est de lui laisser parler jusqu’au bout, quelque incongrue que soit sa parole. Après quoi Kong arrache quelques tiges de lianes pour attacher le titre et l’amène sur son dos au village. Vus Kong porte le tigre au dos, les villageois courent après Kong pour lui demander, comment il a fait pour tuer ce tigre féroce. Les femmes de Kong racontent l’histoire aux badauds, mais Kong les interrompe et dit : « Il ne faut pas croire à mes femmes, elles se plaisantent. Depuis la nuit des temps, on n’est jamais vu les femmes pouvant tuer un tigre de cette taille avec du simple bâton.  C’est moi, qui l’ai tué avec mes techniques des arts martiaux ». Quand il termine sa phrase, Kong fait une démonstration de ses techniques en soutant et criant comme un maître de boxe. Il mélange les gestes et les cris, ce qui donne un effet à la fois comique et touchant. Vu cette démonstration, les gens n’ont plus de doute sur la capacité de Kong. Ils admirent Kong et lui attribue un surnom  « Hien » (Kong le courageux). Cet exploit se répand jusqu’au roi du pays. Il convoque ce brave et le nomme Grand officier de son armée.

Quelque temps après, le pays est attaqué par des troupes étrangères. Kong a reçu l’ordre du roi pour partir combattre les ennemis du Royaume. Arrivé à la maison, Kong a l’air triste et ne mange plus son repas. Vu l’état de leur mari, les deux épouses demandent à Kong :

Pourquoi es-tu triste ?

J’ai reçu l’ordre du roi de partir à la guerre, j’en ai peur, répond Kong.

Les deux épouses rassurent leur mari en promettant d’aider Kong dans cette mission militaire.

Le lendemain matin, Kong conduit ses troupes aux champs de bataille. Il s’assied sur la tête de son éléphant de guerre, ses deux épouses montent aussi sur l’animal. À la vue de la formation des troupes d’ennemis, la peur envahit l’esprit de Kong. Son ventre se contracte, bien entendu cela laisse sortir les excréments et l’urine par la voie naturelle dans sa culotte.  Sentir la fraîcheur sur sa tête, l’éléphant pense que son maître lui à donner l’ordre de charger les ennemis. Il sort de la ligne et commence à courir tout seul vers les ennemis. Vus, cette attaque soudaine, les soldats d’ennemis pensent qu’ils sont en train de faire face à un génie invincible et invulnérable. Ils abandonnent leur formation de combat et courent dans toutes les directions pour se sauver leur vie. Quelques instances plus tard, Kong se réalise, malgré sa peur, il est en train de gagner la bataille. Les soldats de Kong crient la victoire et ruèrent vers les ennemis en les tuants en grand nombre. Quand Kong descend de son éléphant, beaucoup des officiers sentent l’odeur des excréments venant de Kong. Pourquoi vous avez fait vos besoins dans votre culotte, demande un de ses officiers. Kong lui répond avec un ton moqueur :  « Tu crois quoi, dans cette situation, je ne peux pas demander la permission à mes ennemis d’aller au petit coin. Tout le monde rit. Cette réponse ne convainc pas l’ensemble des auditeurs. Quelques officiers pensent que Kong ment. Les autres ont accepté cette explication sans chercher à savoir plus. Ayant appris la victoire de Kong, le roi est content et récompense Kong. 

Quelque temps plus tard, les gens sont venus se plaindre au roi qu’il y a un crocodile féroce qui attaque tout le temps les pêcheurs et les villageois. Le roi ordonne à Kong d’aller tuer ce crocodile. Pendant la nuit, taraudé par un ordre du roi, il commence à observer des étoiles qui se situent de part et d’autre de la Voie lactée. Un sentiment de honte l’assaille : Kong se dit, cette fois, c’est fini pour lui :  « Comment je peux tuer la chose dans l’eau, je ne sais même pas nager. Vus, la tristesse de leur mari, les épouses rassurent encore une fois à aider Kong dans sa mission humanitaire. Le lendemain matin, Kong part avec ses épouses et les autres membres de sa famille au point d’eau où vit le crocodile féroce. Arrivé à cet endroit, désespéré, Kong décide de se suicider en offrant son corps au crocodile. Quand il voit ce grand reptile, il saute dans l’eau à l’endroit où il y a deux arbres côte à côte. Le crocodile entend le bruit et voit un corps humain dans l’eau, il quitte précipitamment sa tanière pour dévorer sa proie. Sur son élance rapide, son corps est coincé entre les deux arbres. Il s’efforce en vain de toute son énergie pour se libérer de ce piège naturel. Quelques instances plus tard, Kong ne voit pas le crocodile vient dévorer son corps, il sort de l’eau et voit son meurtrier se bloque entre les deux arbres. Il ordonne aux membres de sa famille de tuer immédiatement le crocodile. Encore une fois, Kong est récompensé par le roi.


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