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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 10:40

 

images-copie-4 Éditorial MOULKHMER

 

Moulkhmer n° 132, Juillet 1992

 

   

Marchands d’illusions ?...

 

Huit mois après la signature des accords de Paris sur le Cambodge, le bilan de l’action onusienne dans ce pays apparait de plus en plus calamiteuse – avec le risque croissant de voir cette « action » se solder par un lamentable fiasco, exactement comme en Yougoslavie. Devant ce bilan, si désastreusement négatif dans les deux pays, on en vient d’ailleurs à se demander ce qu’il convient de penser de l’O.N.U. elle-même : est-elle le Temple de la sottise, ou bien celui de la malhonnêteté intellectuelle ? Comment a-t-elle pu, en tout cas, promettre tant de choses et faire miroiter tant d’illusions – en ce qui concerne le Cambodge – si elle n’avait ni volonté ni les moyens de tenir ses promesses ? Et comment a-t-elle pu aussi se tromper si lourdement sur ce que serait le comportement des Khmers Rouges après la signature des accords de paix, auxquels – par une aberration effarante – elle a voulu à tout prix les associer ? S’agit-il de sottise à l’état pur, ou bien d’une malhonnêteté intellectuelle à laquelle on préférerait ne pas croire ?

 

Au moins, avons-nous eu la consolation de lire, dans une revue de grande réputation (la « Far Eastern Economic Review » de Hong Kong, numéro du 25 Juin), un réquisitoire implacable contre « Une paix indécente » - celle que l’O.N.U a concoctée pour le Cambodge précisément. L’auteur de ce réquisitoire est un journaliste italien connu et talentueux(1) qui, se rendant récemment de Bangkok à Phnom-Penh par la voie aérienne, s’est trouvé dans le même avion que « Khieu Samphân ». C’est sans doute l’indignation qu’il a éprouvée au voisinage de ce co-auteur « de l’un des pires crimes commis en ce siècle : l’holocauste cambodgien » qui lui a inspiré son article, auquel nous emprunterons quelques passages qui ont dû faire grincer des dents, à New-York ou ailleurs, et qui méritent d’être portés à la connaissance de nos lecteurs.

 

L’article en question confirme en effet en tout point ce que nous n’avons pas cessé de dire ici même depuis octobre dernier, et déjà avant la signature de l’accord de paix sur le Cambodge. Nous avions, notamment, rappelé à maintes reprises le funeste précédent de l’accord de Paris sur le Vietnam du 27 janvier 1973, et souligné que, du fait des Khmers Rouges, l’accord du 23 octobre 1991 ne serait jamais respecté non plus, mais constamment violé par ces mêmes Khmers Rouges qui en étaient les principaux bénéficiaires. Or l’auteur de l’article paru dans la « Far Eastern… » écrit ce qui suit (que nous, traduisons de l’anglais) : « Depuis la signature de l’accord de Paris d’octobre dernier, les Khmers Rouges – seuls parmi les quatre factions cambodgiennes belligérantes – ont profité de la nouvelle situation. Ils ont obtenu une légitimité politique à l’intérieur et à l’extérieur du Cambodge, tout en étendant la zone sous leur contrôle en s’emparant de vastes portions de territoire abandonnées par les guérillas de Sihanouk et de Son Sann ».

 

« Ayant découvert que personne n’était prêt à dénoncer leur bluff, les Khmers Rouges ont constamment augmenté leur mise – et gagné à tous les coups. Utilisant la tactique du « talk, talk, fight, fight »(2), les Khmers Rouges soulèvent des obstacles à chaque étape du processus de paix…Ils ont réussi à se livrer à toutes sortes de violations de l’accord de Paris sans être sanctionnés »…

 

L’article se poursuit par une sévère dénonciation de la carence de l’APRONUC, qui « dans les quelques mois de son engagement au Cambodge a déjà perdu son autorité », et par un éreintement du Secrétaire Générale de l’O.N.U. pour sa visite à Phnom-Penh en avril dernier. Une visite au cours de laquelle, nous l’apprenons par cet article, cette haute personnalité s’est abstenue de « visiter la musée de Tuol Sleng – l’Auschwitz de Phnom-Penh – et n’est pas allée s’incliner devant le monument consacré aux victimes de l’holocauste cambodgien. Un oubli indécent »…

 

Quant à l’APRONUC elle-même, l’auteur de l’article lui règle son compte (si l’on peut dire) en quelques phrases. Parlant des 13.000 onusiens, approximativement, qu’elle a amenés au Cambodge jusqu’à présent, il note que « la plupart d’entre eux ne sont pas là pour aider le Cambodge, mais pour servir leurs propres intérêts personnels ou nationaux. Même des fonctionnaires subalternes de la force de maintien de la paix de l’APRONUC gagnent aux alentours de 60.000 US dollars par an, dans un pays où le revenu annuel par habitant est de l’ordre de 150 dollars »( !)…

 

Tout cela, exposé dans une revue qui bénéficie d’une large audience dans le monde entier, conforté, en quelque sorte, nos prévisions pessimistes. Il était aisé, en effet, de prévoir que cette « paix indécente » (que nous avions appelée une « paix immorale »), ne pourrait engendrer que des effets pervers. Et il était tout aussi aisé de prévoir que le plan ultrasophistiqué élaboré par l’O.N.U. était voué à l’échec, parce qu’il ne tenait aucun compte des réalités – surtout en ce qui concerne les Khmers Rouges. Il fallait, en vérité, une singulière dose d’ignorance ou de naïveté pour s’imaginer que ceux-ci avaient changé et qu’ils allaient jouer le jeu loyalement ! Mais, maintenant que le mal est fait, il serait vain de pousser plus loin le procès d’une institution qui, jour après jour, démontre un peu plus sa déplorable carence – qu’il s’agisse du Cambodge ou de la Yougoslavie.

 

On peut toutefois se demander à quoi servent encore l’O.N.U. et – dans le cas du Cambodge – son APRONUC. Surtout quand on sait, nous l’avons appris récemment de très bonne source(3), qu’un tiers de l’énorme budget de 2 milliards de dollars prévus pour cette même APRONUC est destiné à rémunérer son personnel onusien. Le Cambodge serait-il devenu ainsi, pour certains bénéficiaires de cette manne (sans parler d’hommes d’affaires étrangers), une sorte de « caverne d’Ali Babas » ? Aurait-on alors affaire à de vigilants défenseurs de la paix et des droits de l’homme, ou à des marchands d’illusions ?

 

Mais mieux vaut accorder encore à l’O.N.U. le bénéfice du doute. Cela serait possible d’ailleurs si cette institution consentait à reconnaître que, en ce qui concerne son plan de paix pour le Cambodge, elle s’est trompée sur toute la ligne et qu’elle a accouché d’un enfant non viable. Elle ne perdrait pas la face pour autant, car il n’est pas déshonorant de reconnaître que l’on s’est trompé. Après tout «  se tromper est humain », comme dit un vieux proverbe latin qui ajoute toutefois : « mais persévérer dans l’erreur est diabolique ».

 

On veut donc espérer que l’O.N.U. reconnaitra son erreur, pendant qu’il en est temps encore, et qu’elle saura, au Cambodge, redresser la situation désastreuse qu’elle a elle-même créée par son plan de paix irréalisable. Elle le pourrait, car une solution existe. Elle consisterait, comme le suggère en conclusion l’article déjà cité, à « écarter le réel obstacle à la paix : les Khmers Rouges ». Article qui rappelle, dans sa conclusion également, que l’O.N.U. avait su s’opposer aux agressions d’un Kim Il Sung (en 1950-53) et d’un Saddam Hussein (1990-91). Et il ajoute : « un combat contre les Khmers Rouges serait mieux justifié, au moins moralement, que les (deux) précédents ».

 

Mais l’O.N.U. le fera-t-elle, ou bien se contentera-t-elle de ses palinodies habituelles, constatant en « avertissement » et en « menaces de sanctions » jamais suivis d’effet ? Telle est la question que l’on peut poser aujourd’hui. De la réponse à cette question dépendra le degré de confiance que la communauté internationale pourra accorder à l’O.N.U. dans l’avenir. Si la réponse est oui, c’est-à-dire si les Nations-Unies utilisent sans tarder tous les moyens nécessaires pour neutraliser définitivement les auteurs du génocide cambodgien, elles pourront redevenir crédibles et redorer leur blason passablement terni. Mais si la réponse est non, l’APRONUC continuant de capituler sans cesse devant les Khmers Rouges acharnés à ruiner le plan de paix onusien, alors on saura, une fois pour toutes, à quoi s’en tenir au sujet d’une institution aussi coûteuse qu’inutile.

 

On saura surtout – tout en espérant encore que tel n’est pas le cas – que cette institution n’est, décidément, composée que de marchands d’illusions. Car comment pourrait-on alors qualifier autrement des gens incapables de ramener la paix, là où ils ont promis 2 milliards de dollars pour faire et 880 millions pour reconstruire un petit pays martyrisé qui leur a fait confiance ?...                   

 

 

MOULKHMER

(1)Tiziano TERZANI, correspondant pour l’Asie de la revue allemande « Der Spiegel ».

(2) « Causer, causer, combattre, combattre » (ce fut déjà la tactique utilisée dans les dernières années de la guerre du Vietnam par les communistes vietnamiennes pour berner leurs adversaires.

(3) Rapport de M. Raoul JENNAR, consultant du Forum des O.N.G., en date du 11 Mai 1992(page 4,2e paragraphe).

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 06:03

 

images-copie-3 Éditorial MOULKHMER

 

Moulkhmer n° 131, Mai 1992

  

 Abus de confiance

 

Lorsque l’on promet aux gens monts et merveilles, voire même de leur décrocher la lune, et que l’on n’a rien d’autre à leur offrir que du vent, comment qualifier cela ? Et lorsque l’on promet à un peuple, opprimé politiquement et victime de vingt années de guerres qu’il n’avait ni voulues, ni provoquées, qu’on lui apportera la paix et la démocratie – sans avoir les moyens de les lui assurer – comment appelle-t-on cela ? Dans les deux cas cela s’appelle tout simplement un abus de confiance. Or c’est ce qui se produit aujourd’hui dans le cas du peuple cambodgien.

 

En effet, plus de six mois après la signature de l’accord de Paris sur le Cambodge, le seul constat qui puisse être établi est un constat de carence, et donc d’abus de confiance. Car les mirifiques promesses continues dans cet accord – établissement d’une paix véritable, promotion et respect des droits de l’Homme, contrôle du pouvoir en place jusqu’à la tenue d’élections libres, désarmement des forces des factions, rapatriement des Cambodgiens « déplacés », reconstruction du pays avec l’aide internationale, avènement d’un régime démocratique, etc…-ne sont toujours pas tenues ni près de l’être. Au contraire, puisque le bilan de l’action de l’O.N.U. au Cambodge – entre la fin Octobre 1991 et le début de ce mois de Mai 1992 – est dérisoire, pour ne pas dire quasiment nul, qu’il s’agisse de l’APRONUC ou de la MEPRENUC tout aussi inefficaces l’une que l’autre.

 

Résumons ce bilan succinctement (c’est bien le cas de le dire, puisque presque rien de positif n’a été réalisé pendant ces 6 mois). Le «C.N.S.» que préside le Prince Sihanouk n’est qu’une sorte de guignol, qui ne sert qu’à amuser la galerie. Il ne détient et n’exerce aucune autorité, celle-ci restant aux mains d’un pouvoir installé en 1979 par une armée d’occupation étrangère. En outre les membres de ce Conseil – tous, sans exception – ne peuvent se prévaloir d’aucune légitimité puisqu’ils n’ont jamais été mandatés démocratiquement par le peuple khmer. Quant à l’O.N.U., représentée maintenant à Phnom-Penh par l4APRONUC depuis le mois de Mars, son autorité n’existe que sur le papier. Elle passe d’ailleurs le plus clair de son temps à s’occuper de ses problèmes d’intendance, à la recherche de villas et de bureaux que des spéculateurs opportunistes lui loueront à des prix astronomiques.

 

Elle n’a donc encore désarmé personne, ni pu faire cesser définitivement les combats qui opposent Khmers Rouges et forces de Hun Sen dans le centre et le nord du pays début le début de l’année. Elle s’avère incapable d’assurer la sécurité des personnes, et incapable aussi d’activer les opérations de déminage qui sont pourtant d’une importance primordiale (aux dernières nouvelles, 400 mines seulement sur un total approximatif de 4 millions avaient été enlevées). Enfin elle parait également incapable d’effectuer en temps voulu le rapatriement des 370.000 Cambodgiens « déplacés ». Quant à la situation économique, dont l’APRONUC ne semble guère se préoccuper jusqu’à présent, elle reste catastrophique, la reconstruction du pays et de ses infrastructures en ruines n’ayant toujours pas démarré. Et mieux vaut ne rien dire au sujet des droits de l’homme et des futures élections « démocratiques » - élections dont la diaspora cambodgienne est, d’ores et déjà arbitrairement exclues.

 

Le bilan de six mois et demi d’action onusienne au Cambodge est donc assez minable, mais on ne saurait s’en étonner. L’accord de Paris avait tout prévu en effet, du moins quant aux détails de procédure, sauf l’essentiel, à savoir les moyens de réaliser les objectifs qu’il se fixait. Autrement dit, tout prévu sauf le financement des multiples tâches devant être, en théorie, assumées et accomplies par l’O.N.U. Cet accord se contentait pour cela de faire appel « à la générosité de la communauté internationale », c’est-à-dire de présumés pays donateurs qui, pour la plupart, ne sont nullement pressés de fournir leurs contributions respectives. A supposer qu’ils aient réellement eu l’intention. Et c’est là, justement, que l’on constate un flagrant abus de confiance. Car il y a bien abus de confiance quand on a tant promis à un peuple – la paix, la liberté, la démocratie, la reconstruction – tout en sachant parfaitement qu’on ne parviendra sans doute jamais à réunir les fonds nécessaires pour financer « la plus vaste des entreprises confiées à l’O.N.U. depuis qu’elle existe – (pour reprendre, à peu près, les termes rabâchés par les médias à ce sujet).

 

Mais l’abus de confiance ne se limite pas à cela, car il y a pire encore. Et ce pire concerne l’avenir radieux promis au peuple cambodgien par l’accord du 23 Octobre 1991 : après la paix rétablie, l’O.N.U. allait conduite son pays vers la liberté et la démocratie avec le respect des droits de l’Homme assuré. Or comment espérer cela avec les Khmers Rouges, signataire de l’accord, partie prenant à part entière, très officiellement réinstallés à Phnom-Penh au sein du « C.N.S. », traités en « Excellences » par Sihanouk, ses compares du dit Conseil et représentants de pays du monde libre, et enfin absous de tous leurs crimes par un accord conclu essentiellement pour complaire à leurs protecteurs chinois – les massacreurs de Tien-An-Men ?...L’abus de confiance atteint ici des dimensions bien plus inadmissibles que pour le manque de moyens financiers de l’O.N.U.

 

Pour faire passer cette pilule qu’amère, on nous répète à satiété que le seul moyen pour établir la paix au Cambodge était de ramener à Phnom-Penh les Khmers Rouges (électeurs et éligibles lors des futures élections) plutôt que de les marginaliser en les laissant à l’écart dans les quelques zones qu’ils contrôlent. Qu’on nous épargne au moins cet argument absurde ! Car n’importe qui peut comprendre, avec un peu de bon sens, que le seul résultat obtenu est d’avoir réhabilité les Khmers Rouges en les ramenant à Phnom-Penh tout en laissant leurs forces (troupes, armes et munitions) intactes dans les forêts, où les « casques bleus » de l’APRONUC ne pourront jamais les neutraliser. Un beau résultat en vérité !...

 

En fait, tout a été vicié dès le départ, dans le « processus de paix », par la funeste volonté de ceux qui ont voulu inclure à tout prix les Khmers Rouges dans ce processus, ou qui ont consenti à cela. Au nom d’une prétendue « réconciliation nationale », on a imposé à tout un peuple atrocement meurtri par un monstrueux génocide le retour de ses tortionnaires – comme si une « réconciliation » était concevable entre les survivants de ce génocide et leurs bourreaux ! Un chef d’État occidental avait d’ailleurs déclaré le 11 Janvier 1990, « il n’y a pas de compromis possible avec les Khmers Rouges ». Et pourtant ce compromis a eu lieu, il a même été officialisé par un accord qui a reçu la caution de l’O.N.U. (pour ne parler que d’elle). Les effets pervers de cet accord risquent de donner naissance à une nouvelle tragédie quand l’APRONUC – après avoir bâclé sa mission, faute de moyens suffisants – aura quitté le Cambodge l’an prochain. C’est alors que l’on pourra mesurer dans toute son ampleur la gravité de l’abus de confiance commis au préjudice du peuple cambodgien.

 

Certes, l’O.N.U. pourrait encore réparer ce préjudice avant qu’il ne soit trop tard. Il lui suffirait d’exiger une révision de l’accord en question, non seulement pour en exclure les auteurs du génocide, mais pour les faire juger, présents ou absents, par un nouveau tribunal de Nuremberg comme cela aurait dû être fait depuis longtemps déjà. Et si les dirigeants de Pékin, auteurs du hideux massacre de Tien-An-Men de juin 1989, prétendaient s’y opposer en faisant jouer leur véto au Conseil de Sécurité, la juste solution serait alors de les citer à comparaitre, eux aussi, devant le même tribunal pour même motif de crimes contre l’humanité.

 

Mais, on le sait bien, l’O.N.U. n’en fera rein, dans un cas ni dans l’autre. Son absence de courage est trop notoire, son inefficacité trop démontrée (Liban, Cambodge, Haïti, Yougoslavie, etc…) pour attendre d’elle autre chose que des vœux pieux ou des « résolutions » rarement suivies d’effet. Il convient donc de ne rien espérer de bénéfique de son action au Cambodge, laquelle se soldera – sauf miracle imprévisible – par un inévitable fiasco. Du moins pourrait-on alors lui accorder quelques circonstances atténuantes, si elle avait l’honnêteté de prévenir le peuple cambodgien du sort qui l’attend après le retrait de l’APRONUC dans le courant de l’année 1993. Un nouvel abus de confiance au préjudice de ce peuple pourrait ainsi être évité.

 

De la carence onusienne et du caractère foncièrement de l’accord du 23 Octobre 1991, on peut déduire, en tout cas, que le « nouvel ordre international » dont il est tant question aujourd’hui n’est qu’une imposture. Car comment qualifier autrement cet ordre nouveau qui, dans un pays aussi martyrisé que l’a été le Cambodge, consiste à transformer des assassins en « interlocuteur valables » et à leur laisser le champ libre pour un retour au pouvoir ? Et que dire enfin de la complaisance que l’O.N.U. et le « monde libre » manifestent à l’égard de la Chine, dernière grande forteresse de l’oppression communiste et protectrice attitrée des sinistres Khmers Rouges ?...               

                                         

MOULKHMER

 

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 16:35

images-copie-3 Éditorial MOULKHMER

 

Moulkhmer n° 130, Mars 1992

  

 

Pénible attente

 

Plus de quatre mois après sa signature, on pouvait avoir l’impression que l’accord de Paris sur le Cambodge, du 23 octobre 1991, n’était déjà plus qu’un mythe et qu’il ne deviendrait jamais une réalité. Sa traduction dans les faits et sur le terrain est, en tout cas, d’une lenteur désespérante. Rien ne bouge, rien n’avance, les semaines passent et on en est toujours à se demander si les ambitieux projets de l’O.N.U finiront par se concrétiser un jour. Autrement dit, si la fameuse 3Autorité transitoire des Nations-Unies (APRONUC) finira par exister là où elle doit être : au Cambodge, et non pas à New-York dans les tiroirs du secrétariat général onusien. Car la réalisation de l’accord de paix dépend essentiellement de l’existence de cette « APRONUC », de son déploiement et de son action au Cambodge pendant une période de 15 à 18 mois (comme l’accord le prévoit). Sa mission préparatoire (MIPRENUC), qui est sur place depuis le début du mois de novembre dernier, n’est, en effet, qu’une simple « poire pour le soif », sans autorité et sans grands moyens, et donc sans utilité véritable. Ce n’est qu’une présence onusienne purement symbolique, et rien de plus. Les choses ne pourront bouger que si l’APRONUC vient enfin prendre la relève, pour jouer le rôle qui lui dévolu par l’accord de Paris. Mais quand viendra-t-elle ?...

 

A vrai dire personne n’en sait rien aujourd’hui. Et cela pour la bonne raison que l’O.N.U n’a toujours pas l’argent nécessaire pour le financement de son APRONUC et des importantes opérations qu’elle devra mener à bien. Il faudra pour cela la bagatelle d’un milliard de dollars, au minimum. En attendant d’avoir obtenu cet introuvable milliard, le nouveau Secrétaire Général de l’O.N.U, M. Boutros Ghali, se contenterait déjà de 200 millions de dollars pour un premier démarrage. Mais cette « modeste » somme n’avait pas pu encore être trouvée au début de février, malgré diverses promesses de contributions bénévoles. On commençait alors à mieux comprendre pourquoi le poste, peu enviable, de chef de l’APRONUC avait été refusé par le diplomate qui était en charge du dossier cambodgien à l’O.N.U jusqu’à la signataire de l’accord de Paris, M.Raffeudin Ahmed. Il devait savoir, mieux que personne, à quoi s’en tenir sur l’inaptitude de l’O.N.U. à financer de vaste opérations au Cambodge. Le haut fonctionnaire onusien qui a accepté le poste à sa place, M. Akashi (Japon), donne déjà des signes d’impatience et doit sans doute se poser des questions. Peut-être se demandera-t-il bientôt dans quelle galère il s’est embarqué en acceptant de devenir le « patron » d’un organisme qui n’existe encore que sur le papier.

 

Cette pénible situation était pourtant prévisible, puisque l’accord de Paris ne contenait aucune disposition précise quant au financement de l’APRONUC – s’étant borné, à ce sujet, à faire appel à « la générosité de la communauté internationale ». Ce qui constituait un pari hasardeux, c’est le moins qu’on puisse dire. Au demeurant le même accord n’indiquait nulle part avec précision à quelle date devait commencer réellement la mission de l’APRONUC. Tout avait été laissé dans le flou, avec un abondant usage du conditionnel, et l’on voit ce que cela donne aujourd’hui. On en est à parler d’avril ou mai prochain, sinon d’une échéance plus lointaine, pour le déploiement complet de l’APRONUC au Cambodge. Le Prince Sihanouk, qui doit tout de même être plus ou moins informé, a d’ailleurs annoncé récemment qu’il sera absent de Phnom-Penh en mars et en avril. Ce qui donne à penser qu’il sait que l’APRONUC ne sera pas encore à pied d’œuvre pendant ces deux mois-là. Il va donc profiter, s’il n’a pas changé d’idée entretemps, pour s’évader un peu de sa cage dorée et aller séjourner, comme il se doit, à Pékin et à Pyongyang chez ses chers amis les communistes chinois et nord-coréens.

 

Dans l’attente prolongée de l’hypothétique arrivée de l’APRONUC, la situation à Phnom-Penh et dans l’ensemble du pays ne s’améliore évidemment pas. Le processus de paix est devenu en fait un processus de pourrissement qui, à plus ou moins long terme, ne pourra profiter qu’aux Khmers Rouges si l’O.N.U ne se décide pas à venir remplir enfin sa mission. Les auteurs du génocide sont bien présents dans la capitale en tout cas, et apparemment bien protégés cette fois. Pour les protéger encore mieux sans doute, le C.N.S. a même décidé le 26 Janvier, sur la proposition du Prince, qu’ils pourront s’installer au Palais Royal. Ce qui constitue, il faut bien le dire, le comble de l’infamie si l’on garde en mémoire l’étendue des crimes qu’ils ont commis à l’encontre du peuple khmer. Mais on savait déjà, il est vrai, que ce n’est pas le souci de la dignité qui étouffe les membres de ce C.N.S.

 

On peut se demander, par ailleurs, à quoi vraiment cet organisme. Car le bilan de ses activités et de ses peu nombreuses réunions est bien maigre depuis son installation à Phnom-Penh. En fait c’est toujours le gouvernement en place qui gouverne, et qui s’est même offert le luxe d’un remaniement ministériel le 31 Janvier. Un remaniement édifiant, car placé sous le signe du népotisme avec la nomination de deux nouveaux vice-premiers ministres dont l’un est un des fils de Sihanouk et l’autre le beau-frère de Chea Sim. Petites affaires de famille, qui ne sont d’aucune utilité pour le peuple cambodgien. Lequel n’a toujours pas son mot à dire, en attendant l’avènement d’un problématique régime démocratique à l’issue d’élections libres promises par l’accord de Paris et qui paraissent, elles aussi, bien problématiques. Deux attentats contre des opposants au régime de Chea Sim et Hun Sen, à la fin de janvier, ont montré du reste que la démocratie à Phnom-Penh et la liberté d’expression des citoyens khmers n’étaient pas pour demain.

 

Quant à la situation économique, elle reste ce qu’elle est – c’est-à-dire tout simplement catastrophique. Et la situation sanitaire est pire encore, si l’on se réfère à une déclaration très pessimiste faite par l’O.M.S. à Genève le 4 Février. Il en sera ainsi, fatalement, tant que l’O.N.U n’aura pas la volonté, et les moyens, de s’occuper sérieusement des problèmes cambodgiens les plus urgents en conformité avec la « déclaration sur le relèvement et la reconstruction du Cambodge » contenue dans l’accord du 23 octobre dernier. Or, pour le moment du moins, cette déclaration reste lettre morte, comme d’ailleurs la quasi-totalité de l’accord en question.

 

On s’aperçoit ainsi que les craintes que nous avions exprimées ici même à maintes reprises quant à une application scrupuleuse de l’accord de paix n’étaient pas injustifiées. Plus le temps passe et plus on est obligé de se remémorer le triste sort de l’accord de Paris du 27 Janvier 1973 sur le Vietnam. Un accord qui n’aura jamais été autre chose qu’un « chiffon de papier », porteur seulement de nouveaux malheurs affreux pour toutes les populations de la péninsule indochinoise. Or nous avion aussi rappelé l’inanité de cet accord de 1973 à l’époque où l’accord de 1991 était sur le point d’être signé. Rappel sans illusion, car il apparait évident que les deux accords avaient été conçus dans le même esprit. Autrement dit pour n’être ni respectés ni appliqués, mais pour permettre seulement à certains pays signataires de se donner bonne conscience tout en se débarrassant de conflits régionaux dont ils ne voulaient plus entendre parler.

 

Naturellement on ne peut que souhaiter s’être trompé en établissant un parallèle entre les accords de Paris de 1973 et de 1991. Rien ne serait plus rassurant pour le Cambodge que d’avoir commis une erreur d’analyse à ce sujet. Mais, malheureusement, cette erreur n’apparait pas jusqu’à présent puisqu’on en est toujours à attendre l’arrivée de l’APRONUC et la mise en application  véritable de l’accord du 23octobre. Or pendant cette période d’attente prolongée, la situation au Cambodge ne peut qu’empirer dans tous les domaines. Les pays signataires, qui ne sont pas moins de 18 (en ne tenant pas compte des 4 factions cambodgiennes), ne semblent cependant pas s’en émouvoir énormément. Ils ont d’autres soucis sans doute, et considèrent  peut-être qu’ils en ont déjà fait assez en formulant – dans l’accord en question – une litanie de vœux pieux sans se préoccuper des moyens concrets de leur réalisation. S’il en était ainsi, il aurait mieux ne pas signer cet accord, pour ne pas faire naître chez les Cambodgiens des espoirs déjà transformés en une profonde désillusion.

 

Les prochains mois verront-ils les choses évoluer, et si oui dans quel sens ? Personne ne saurait le dire aujourd’hui, tout restant suspendu à l’arrivée de la fantomatique APRONUC. Mais même si celle-ci finit par arriver un jour, que pourra-t-elle faire de bénéfique pour le Cambodge ? Rien, en définitive, puisque sa mission ne sera pas de débarrasser le peuple cambodgien de quatre factions dépourvues de toute légitimité mais, au contraire, de les maintenir en place au nom d’une hypocrite « réconciliation nationale ». Comme s’il pouvait y avoir une réconciliation entre tout un peuple victime du génocide et des factions composées des auteurs de ce crime inexpiable  et de gens qui furent leurs associés, à une époque ou à une autre, entre 1975 et 1991 ! Avant de nous envoyer l’APRONUC, qui ne pourra traiter qu’avec ces factions abusivement légitimées sous l’étiquette du « CNS », l’O.N.U ferait donc bien de s’interroger au moins une fois sur les aspirations d’un peuple qui n’a jamais été consulté lorsque fut élaboré un accord qui prétend fixer son avenir.

 

Mais on sait déjà qu’elle n’en fera rien, puisque cet accord n’a été conçu qu’en fonction des intérêts des quatre factions et, plus encore, de ceux de leurs « sponsors » étrangers. On se trouve donc en présence d’un cercle vicieux, qui ne pourrait être rompu que si l’O.N.U consentait à « revoir sa copie » en ce qui concerne le Cambodge – ce qui parait, hélas, fort improbable…                           

             

MOULKHMER
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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 07:40

 

images-copie-3 Éditorial MOULKHMER

 

Moulkhmer n° 129, Janvier 1992

 

 

 

 

La grande désillusion

 

Comme on pouvait s’y attendre, et comme nous l’avions laissé prévoir, l’accord du 23 Octobre 1991 sur le Cambodge a déjà produit de funeste effet. Si l’on veut bien se reporter au dernier éditorial de « Moulkhmer » on peut lire en effet ce qu’il suit, qui n’avait d’ailleurs rien de prémonitoire, mais qui découlait simplement d’une analyse réaliste de cet accord : « Il s’agit d’une paix immorale, puisque – sous des prétextes très discutables – on y a associé, comme signataires à part entière, les auteurs d’un monstrueux génocide…Or une paix immorale ne peut être qu’une mauvaise paix, et une mauvaise paix ne peut produire que des effets pervers, et, inévitablement, de nouveaux drames ». Les évènements récents ont confirmé pleinement ce pronostic, car les effets pervers de l’accord et les nouveaux drames ne se sont pas fait attendre bien longtemps.

 

Il y a eu sans doute une petite période d’euphorie, mais elle aura été de courte durée. Très vite les choses ont mal tourné, et il ne pouvait pas en être autrement. Il est vrai que dès son retour à Phnom-Penh, le 14 novembre, le Prince Sihanouk a accumulé les fautes politiques et multiplié les déclarations intempestives et contradictoires. Il a surtout montré qu’il n’avait « rien appris et rien oublié3 et qu’il n’avait absolument pas changé. En effet six jours seulement après son retour, le 20 novembre, il se faisait attribuer par le gouvernement de Hun Sen le titre de « Chef de l’État de tout le Cambodge », alors qu’il ne peut actuellement prétendre qu’au seul titre de « Président du C.N.S. » et à aucun autre, jusqu’à ce que le peuple cambodgien ait pu se prononcer librement sur le choix de ses institutions et de ses dirigeants futurs. Mais le prince, ce n’est pas nouveau, ne fait aucun cas du droit de son peuple à s’exprimer sur l’avenir politique du pays. En même temps, et au grand désarroi de ses supporters du « Funcinpec », on l’a vu faire de M. Hun Sen son « fils adoptif » en oubliant qu’il le qualifiait de « Quisling » et de « valet des Vietnamiens » il n’y pas si longtemps. Et il était prêt à former avec ce nouveau fils un gouvernement de coalition bipartite, et au minimum une alliance électorale, si des évènements qu’il n’avait pas prévus ne s’étaient pas produit. Le 27 novembre, en effet, le retour à Phnom-Penh de Khieu Samphân, le bras droit du sinistre Pol Pot, a été le détonateur qui a ébranlé fortement le château de sable qu’est l’accord de paix du 23 octobre. Les Phnompenhois, exaspérés par le venue d’un des principaux responsables du génocide et qui, eux, n’ont pas la mémoire courte, ont contraint Khieu Samphân (ainsi que son complice Son Sen, arrivé dix jours plus tôt) à fuir pour regagner Bangkok en catastrophe. Au mépris de toute vraisemblable, et sans la moindre confirmation de la part des observateurs étrangers présents sur place, la propagande des Khmers Rouges a prétendu ensuite que les milliers de manifestants qui avaient attaqué la résidence de Khieu Samphân étaient des Vietnamiens…Du moins pouvait-on espérer alor que la capitale cambodgienne ne serait plus souillé par la présence des auteurs du génocide.

 

Hélas, il n’en eut fut rien. Sous la pression de Pékin, et avec la regrettable connivence des autres grandes puissances – qui se partagent la paternité de l’accord de paix – une réunion du C.N.S. fut convoquée à Pattaya (Thaïlande) le 3 décembre. Avec pour seul et unique objet de mettre au point les modalités d’un 2e retour de Khieu Samphân et de ses acolytes à Phnom-Penh, et de prendre des mesures pour assurer au mieux la sécurité de ces auteurs de crimes contre l’humanité. On reste stupéfait devant une telle immoralité…

 

Les évènements ont pris ensuite une tournure de plus en plus déplorable. Il est apparu, en effet, que le retour du prince – empêtré dans sa double et contradictoire collusion avec Chinois d’un côté et le gouvernement provietnamien de Phnom-Penh de l’autre – ne pouvait produire aucun miracle et ne faisait qu’accroitre le gâchis résultant de 20 années de tragédies à répétition. On put consulter que l’O.N.U. était incapable actuellement de faire appliquer l’accord qu’elle avait parrainé avec tant de légèreté. Sa mission préparatoire (MIPRENUC) ne sert pratiquement à rien, sinon à faire de la figuration, et la mission principale (APRONUC) ne sera pas à pied d’œuvre avant le printemps 92, au mieux, car l’O.N.U. n’a pas encore été entrepris pour le désarmement des factions, pour les opérations de déminage (pourtant si urgentes), pour le rapatriement des 350.000 Cambodgiens déplacés, pour le recensement du corps électoral, etc… Quant au C.N.S., nul ne peut dire s’il pourra fonctionner un jour normalement.

 

La question peut se poser en effet de savoir quand cet organisme sera en mesure de fonctionner. Car les Khmers Rouges ont pris prétexte des graves incidents qui ont eu lieu à Phnom-Penh du 17 au 22 décembre, lors des manifestations contre la corruption du régime en place, pour annoncer qu’ils différaient leur retour. Ils restaient donc à Bangkok jusqu’à nouvel ordre ? Il n’y avait pas de regrets, à avoir pour cela, tout au contraire. Mais le C.N.S. ne peut pas fonctionner sans eux, puisque l’accord de Paris exige, malheureusement, leur participation au processus de paix. Cet accord repose en effet sur un absurde postulat : il faut avoir les Khmers Rouges au sein du C.N.S. plutôt que de les laisser dans le maquis. Le résultat de cette absurdité est que les Khmers Rouges sont dans le C.N.S., qui est paralysé en leur absence, et qu’ils continuent d’être dans la forêt ou les « casques bleus » de l’APRONUC – qu’on attend toujours – ne pourront jamais venir les désarmer.

 

Deux mois après la signature de l’accord de Paris et quelques semaines après le retour de Sihanouk à Phnom-Penh on se trouvait donc devant un gâchis de la pire espèce. L’espoir de paix, de retour à une vie normale et d’une démocratisation du contexte politique s’était déjà transformé, pour le peuple cambodgien et pour sa diaspora, en une immense désillusion. Personne ne peut plus rien prévoir maintenant, quant à la suite des évènements, sinon qu’il faut s’attendre à de nouvelles péripéties plus ou moins catastrophiques.

 

Comment pourrait-il en être autrement, d’ailleurs dans la situation actuelle ? Le C.N.S. est non seulement paralysé, en attendant le nouveau retour de Khieu Samphân ou une nouvelle réunion à Pattaya, mais aussi coupé en deux. Sihanouk et Hun Sen d’un côté, les Khmers Rouges et Son Sann (leur inséparable allié) de l’autre. Il est clair que composé de faction qui se détestent et ne s’intéressent qu’au contrôle du pouvoir à Phnom-Penh, ce conseil ne pourra jamais jouer un rôle bénéfique pour le peuple cambodgien ? Lequel attendra longtemps des élections libres, qui semblent être repoussées aux calendes grecques. On peut même de demander si elles auront lieu un jour. Quant à l’O.N.U., sa carence n’est plus à démontrer car elle s’affiche chaque jour davantage.

 

Que peut-on espérer alors à l’aube de l’année 1992, qui s’annonce pleine de périls pour le Cambodge ? Rien de bon en vérité, si la situation reste ce qu’elle est et si les Occidentaux continuent de s’accrocher à un processus de paix dont on a vu déjà les pernicieux effets. Les choses iraient mieux pourtant s’ils admettaient qu’il faut d’abord et avant tout exclure les Khmers Rouges de ce processus, quitte à déplaire à la Chine communiste qui n’est qu’un dragon en papier destiné à s’écrouler tôt ou tard comme cela été le cas pour la défunte URSS.

 

Sans les Khmers Rouges, confinés dans les forêts et interdits de présence à Phnom-Penh et sur la scène internationale, le Cambodge pourrait déjà mieux respirer. Des aides économiques étrangères, accordées sans tarder et strictement contrôlées quant à leur utilisation, seraient évidemment indispensables pour permettre d’élever le niveau de vie misérable de la population – et, par la même, rendre inefficace la propagande subversive des Khmers Rouges. Une fois ceux-ci marginalisés, et réduits à disparaitre progressivement faute de soutien populaire, tous les autres problèmes pourraient se résoudre plus aisément. L’aboutissement de ce nouveau processus de paix, différent du processus actuel vicié par la place qu’il veut faire à tout prix aux auteurs du génocide, serait une consultation électorale libre qui permettrait au peuple cambodgien de se débarrasser enfin des 4 factions toutes discréditées.

 

Naturellement il est fort probable que rien de tout cela  ne se réalisera en 1992. Mais, à l’occasion du Nouvel An, il est tout de même permis de rêver… Ce qui est sûr en tout cas, c’est que l’année nouvelle apportera au Cambodge que de « nouveaux déboires si l’on s’obstine à vouloir  imposer à son peuple le retour de « Leurs Excellences » Khieu Samphân et Son Sen. Car une paix juste et durable est impossible si elle ne comporte pas un minimum de mortalité. Ce qui n’est pas le cas lorsqu’on persiste à vouloir faire de criminels notoires des « interlocuteurs valables ».    

             

MOULKHMER
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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 12:17

 

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Moulkhmer n° 128,Novembre 1991

   

 

Un château de sable

 

Il faudrait assurément une bonne dose d’optimisme pour croire qu’avec l’accord de paix sur le Cambodge, signé le 23 Octobre 1991, tout va maintenant s’arranger pour le mieux. Le « règlement politique global » destiné à mettre fin au long conflit cambodgien ne règle rien du tout en effet, sinon sur le papier  - comme cela avait déjà été le cas pour un autre accord de Paris, signé le 27 Janvier 1973 avec le même faste - et qui devait, théoriquement, régler le conflit vietnamien. Or on sait quelle succession de tragédie avait engendrée cet accord-là, et il faut bien garder cela en mémoire pour ne pas s’exposer à d’amères désillusions à la suite du récent accord sur le Cambodge.

 

Cet accord doit, en principe, ramener la paix sur tout territoire cambodgien. Mais il s’agit d’une paix immorale, puisque – sous des prétexte très discutables – on y a associé, comme signataires à part entière, les auteurs d’un monstrueux génocide. Lesquels, en d’autres temps, auraient été traduits devant un tribunal international, jugés, condamnés et – pour les plus coupables – promptement envoyés à la potence. Rien de semblable n’a été fait dans le cas du Cambodge, et la paix qu’on nous annonce est donc bien une paix immorale ne peut être qu’une mauvaise paix, et une mauvaise paix ne peut produire que des effets pervers et, inévitablement de nouveaux drames.

 

Mais même en négligeant l’aspect éthique du problème, aspect qui n’a été évoqué d’ailleurs, le 23 octobre, que dans deux discours seulement (U.S.A et Grande-Bretagne), force est de constater que l’accord signé ce jour-là repose sur des bases bien fragiles. Car, en fait, le document principal (d’une quarantaine de pages dans le texte français) est construit sur deux postulats extrêmement hasardeux : la bonne foi et la bonne volonté des quatre « Parties cambodgiennes » signataire (les 4 factions existantes) d’une part, et le bon fonctionnement du « C.N.S. », d’autre part. Or, dans les deux cas, les doutes les plus sérieux sont permis quant à la solidité de ces deux principaux piliers de l’édifice laborieusement échafaudé par la diplomatie internationale.

 

Les quatre factions en effet, depuis 12 ans qu’elles existent, ont surtout montré qu’elles étaient préoccupées essentiellement par le contrôle du pouvoir à Phnom-Penh. C’est leur préoccupation majeure, qui exclut forcément toute idée de coopération sincère entre elles. On sait d’ailleurs – qui pourrait l’ignorer encore aujourd’hui ? – que ces factions se détestent, et que les mots de « réconciliation nationale » n’ont pour elles qu’une signification purement verbale. Dans la réalité, elles sont chacune bien décidées à défendre âprement leurs intérêts respectifs, dans un climat de méfiance et d’animosité qui était facilement discernable pendant leur récent séjour à Paris. Des déclarations faites par M. Hun Sen le 22 octobre et par le Prince Sihanouk le 23 (aussitôt après la signature de l’accord) sont, à cet égard, très significatives. Il est vrai que lorsque l’on a des partenaires comme les Khmers Rouges, la confiance peut difficilement régner.

 

A ce climat de méfiance et aux intérêts divergents s’ajoutent des querelles intestines au sein des différentes factions. Deux d’entre elles, les deux factions dites « non-communistes » sont déjà dans une situation proche de l’implosion. Des clans s’affrontent et se déchirent au sein de ces deux factions, pour lesquelles les questions de personnes – et donc d’intérêts personnels, le plus souvent – jouent un rôle prépondérant. Pour l’une d’elles, le « FNLPK », c’est l’autoritarisme de son leader nominal qui a déclenché une crise interne qui dure depuis 1985, et qui n’a fait qu’empirer d’année en année. Pour l’autre, le « FUNCINPEC », trois clans au moins s’opposent entre eux, et le Prince Sihanouk parait incapable de ramener la concorde au sein de son propre mouvement. Comment pourrait-il alors prétendre « réconcilier » l’ensemble des Cambodgiens dont beaucoup, d’ailleurs, n’oublient pas sa responsabilité personnelle dans toutes les tragédies survenues depuis 1970 ? Quant aux deux autres factions, qui prétendent l’une et l’autre n’être plus communistes, leurs désaccords internes sont moins voyants, elles savent mieux les camoufler, mais il y a lieu de penser qu’ils existent bel et bien.

 

Dans ces conditions, comment fonctionnera le « C.N.S. » - et pourra-t-il seulement fonctionner ? La question se pose dès maintenant, puisqu’on sait déjà que les Khmers Rouges n’ont aucune envie de revenir à Phnom-Penh actuellement et que M. Son Sann, de son côté, est très réticent en ce qui concerne son propre retour. Or si le « C.N.S. », pour une raison ou pour une autre, ne peut pas se réunir dans la capitale cambodgienne le 20 novembre comme prévu, tout l’édifice péniblement échafaudé par l’accord de Paris risque alors de s’écrouler. Il en serait de même, d’ailleurs, si la réunion avait lieu et n’aboutissait qu’à de nouvelles querelles inter-factions.

 

C’est dire combien est fragile un accord qui repose, pour une large part, sur un fonctionnement de ce « Conseil » et sur une « réconciliation nationale » très hypothétique. L’accord « historique » du 23 octobre 1991 pourrait dont fort bien n’être qu’un château de sable, qu’une seule vague suffit à démanteler. La dislocation ou la paralysie éventuelle du « C.N.S » ne constitueraient pas cependant un irréparable malheur pour le peuple cambodgien. Car, d’une part, il s’est bien passé de ce « Conseil » jusqu’à maintenant et, d’autre part, il n’a aucune envie de voir revenir les Khmers Rouges – dans le cadre du « C.N.S. » précisément –.

 

Le non-fonctionnement ou le mauvais fonctionnement de cet organisme composé de factions si peu disposées à s’entendre ne sont, évidemment, que des hypothèses évoquées seulement pour illustrer la fragilité de l’accord de Paris sur le Cambodge. Mais d’autres problèmes, qui ne vont pas tarder à se poser, illustreront aussi cette fragilité. Notamment en ce qui concerne le contrôle du cessez-le-feu annoncé le 24 juin dernier. Comment s’effectuera ce contrôle et par quels moyens ? Qui pourra se charger d’un désarmement réel des forces des différentes factions, et surtout de celles des Khmers Rouges ? On ignore tout, du reste, des moyens et effectifs que l’O.N.U. engagera pour effectuer ce désarmement et pour mener à bien les nombreuses autres tâches que l’accord de paix lui assigne, puisque cet accord ne fournit guère de précisions et ne donne aucun chiffre à ce sujet.

 

Sans doute, faut-il se féliciter, malgré tout, des bonnes intentions qui abondent dans l’accord en question. Mais sans trop d’illusions, surtout si l’on garde en mémoire le triste sort qu’a connu l’accord du 27 janvier 1973 sur le Vietnam. On ne peut manquer de noter, par ailleurs, que l’accord de paix sur le Cambodge présente de nombreuses et graves lacunes. Ainsi, par exemple, le document principal ne contient, en tout et pour tout, que 5 lignes au chapitre des garanties internationales (article 18). Il y a bien, il est vrai, un document séparé sur le même sujet, mais si vague et si inconsistant qu’on est forcé de comprendre que ces « garanties » ne sont guère autre chose que du vent. Quant aux autres lacunes du document principal, elles sont tout aussi préoccupantes. Il en est ainsi, entre autre, du problème des « colons » vietnamiens, auquel l’accord ne consacre pas une ligne. Et on pourrait aisément multiplier les exemples.

 

D’où la question qui se pose dès maintenant : combien de temps va pouvoir tenir un tel château de sable ? Trois mois, six mois, ou bien un an ou deux ? L’avenir seul le dira, mais il est vraisemblable que la réponse ne se fera pas attendre pendant des années. Elle viendra à court ou moyen terme. D’ici là le Cambodge connaîtra peut-être un certain répit, jusqu’à des élections qui n’offriront pas à son peuple des choix bien réjouissants, et ce sera toujours autant de gagné. Mais pendant ce répit, et dans l’attente de l’écroulement presque inéluctable du château de sable, il faudra savoir préparer l’avenir. En comptant d’abord sur soi-même plus que sur l’O.N.U, qui ne fera aucun miracle et qui commettra une erreur monumentale si elle continue de confondre le cas du Cambodge avec celui de la Namibie. Il n’y a rien de commun en effet entre les deux situations, et l’autorité onusienne de tutelle (APRONUC) finira bien par s’en apercevoir en 1992, quand elle sera à pied d’œuvre. Il faut souhaiter seulement qu’elle ne s’en apercevoir pas trop tard, lorsque les nouveaux drames résultant d’une paix mal faite ne seront déjà plus évitables.         

 

 

MOULKHMER

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 11:10

 

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Moulkhmer n° 127, Août 1991

   

Vers une mauvaise paix

 

Bloqué encore au mois de Mai, le processus de règlement du conflit cambodgien s’est débloqué soudainement et contre toute attente en Juin. Le 6 Juin, en effet, le Prince Sihanouk annonçait, à la surprise générale, qu’il retournerait à Phnom-Penh en Novembre invité par M. Hun Sen qui s’était entendu à Djakarta lors d’une réunion pourtant infructueuse du « Conseil National Suprême (C.N.S) ». A partir de ce moment-là les choses sont allées vite. Il est vrai qu’entretemps le rapprochement entre la Chine et le Vietnam communiste s’était précisé. Les grands « sponsors » des deux camps cambodgiens opposés (la « coalition » regroupée désormais au sein du « C.N.S. » et le gouvernement de Phnom-Penh, qui en fait également partie) étant d’accord entre eux au sujet du Cambodge, rien ne s’opposait plus, effectivement, au déblocage du processus devant conduire à la paix dans ce pays. On a vu alors les évènements s’accélérer, au rythme de nouvelles réunions du « C.N.S » tenues à intervalles assez rapprochés à Pattaya (Thaïlande), puis à Pékin et de nouveau à Pattaya tout récemment (du 26 au 29 Août).

 

Cette dernière réunion s’était achevée cependant sur un désaccord entre les quatre factions cambodgiennes, au sujet des modalités de scrutin concernant les élections, théoriquement « libres et démocratiques », qui doivent marquer l’achèvement du processus engagé pour en finir avec la guerre civile au Cambodge. Mais le demi-échec de la seconde réunion de Pattaya ne parait pas susceptible de remettre en cause le processus en question. D’ores et déjà la trêve fragile qui avait été instaurée le 1er Mai dernier a été transformée, le 24 Juin, en un cessez-le-feu pour une durée illimitée. Si bien que les combats entre factions adverses ont cessé, définitivement on veut l’espérer. Par ailleurs la suite du processus est déjà programmée, au moins dans les grandes lignes, et même si des retards se produisent (suite au demi-échec de « Pattaya bis »). Il parait fort possible que tout soit réglé, ou sur le point de l’être, d’ici à la fin de cette année.

 

Malheureusement le règlement qui se dessine, tel qu’on peut déjà l’entrevoir, ne s’annonce pas satisfaisant. En fait, on v vers une solution « rouge » ou « rose » plus ou moins déguisée. Car dès maintenant les Khmers Rouges sont assurés de pouvoir revenir à l’O.N.U. (sous la houlette de Sihanouk) et à Phnom-Penh (grâce à lui également), tandis que l’actuel régime provietnamien de Phnom-Penh est sûr de n’être pas démantelé jusqu’à la tenue d’élections générales qui sont encore hypothétiques. De toute manière ces élections dominantes (communistes l’une et l’autre) face aux deux factions « nationalistes non-communistes » dont la très faible implantation sur le terrain ne laisse rien augurer de bon.

 

Le « plan de paix » de l’O.N.U., intrinsèquement mauvais d’ailleurs puisque destiné à légaliser le retour des Khmers Rouges dans la vie politique cambodgienne – sous le prétexte d’un « règlement global compréhensif » - ne ressemblera plus à ce qu’il était à l’origine. Il ne sera dons jamais appliqué sous sa forme initiale. Certes, il est toujours prévu un déploiement onusien au Cambodge. Mais quand, comment et dans quelles proportions ? On peut se le demander puisque, jusqu’à présent du moins, l’O.N.U. et les cinq membres permanents de son Conseil de Sécurité se sont bien gardés d’avancer des chiffres (combien de « casques bleus » et combien de milliards de dollars pour financer leur déploiement ?). Tout reste donc encore dans le flou au sujet du rôle que l’O.N.U. devrait jouer concrètement au Cambodge le moment venu. Ce qui apparait par contre comme une donnée déjà irréversible, c’est le fait que les Nations-Unies ne prendront en considération que les quatre factions existantes qui, sous l’étiquette du « C.N.S. », vont occuper le siège du Cambodge à l’O.N.U. dès la fin de Septembre (siège qui était vacant depuis un an). Ces quatre factions auront donc le champ libre pour manœuvrer à leur guise, notamment lors d’éventuelles élections, puisqu’aucune autre composante politique n’est prise en compte dans le règlement de paix qui se met en place actuellement. Il faut malheureusement noter, à ce sujet, qu’aucune « cinquième force » cohérente et crédible n’a réussi à émerger depuis 1979…

 

En tout état de cause la paix qui se mijoter aujourd’hui sera une mauvaise paix, et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que les Khmers Rouges sont officiellement et étroitement associés au processus de règlement en cours. Le génocide est effacé, oublié, on n’en fera plus mention – ce qui est tout simplement scandaleux. Puis on constate que seules pourront parler, au nom du peuple cambodgien, quatre factions qui n’ont aucune légitimité d’aucune sorte et qui qui toutes sont aux antipodes des plus élémentaires notions de démocratie. Enfin le système qui va s’établir en attendant des élections est absolument inviable. Car comment vont coexister et fonctionner à Phnom-Penh simultanément un « super-gouvernement » (le « C.N.S. »), une administration Hun Sen qui reste en place (puisque non démantelée) et une « Autorité transitoire des Nations-Unies (UNTAC, qui n’existe encore que sur le papier) ? Il ne faut pas être grand clerc pour prévoir qu’un tel système – une sorte de monstre à trois têtes – sera, très vite, impossible à gérer. Et qu’il se transformera, très vite aussi, en un « panier de crabes » de la pire espèce, donnant naissance à un affreux gâchis et à une situation pour le moins chaotique. Situation dont, à plus ou moins long terme, profiteront seuls les Khmers Rouges (prochinois et provietnamiens) qui, dans l’intervalle, conserveront un « profil bas » et attendront patiemment leur heure.

 

Il parait donc difficile, dans ces conditions, de se réjouir à la perspective d’une paix qui s’annonce aussi franchement mauvaise. Les responsabilités, en ce qui concerne cette mauvaise paix qui approche, sont partagées entre le Prince Sihanouk – qui veut à tout prix revenir à Phnom-Penh avec le titre de Chef de l’État (et « après moi, le déluge ») – et les quatre factions d’une part, leurs « sponsors » étrangers et l’O.N.U. elle-même, d’autre part (pour cause de paternité d’un « plan de paix » irréaliste et irréalisable sous sa forme première et « global »). Mais épiloguer sur ces responsabilités n’aurait plus guère d’intérêt aujourd’hui, puisque le mal est fait – ou plutôt en train de se faire inéluctablement. Il ne reste donc plus qu’à attendre la suite, déjà prévisible, des évènements. En espérant toutefois que les régimes communistes de Pékin et Hanoi, qui veulent maintenir une Indochine « rouge », finiront par s’ »crouler entretemps, comme tous ceux d’Europe de l’Est. Tout serait alors remis en question, et les quatre factions cambodgiennes se trouveraient inévitablement écartées du paysage politique khmer. Mais dans quel état se trouvera le Cambodge, lorsque cette délivrance surviendra ?...            

 

 

MOULKHMER

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 06:34

 

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Moulkhmer n° 126, juin 1991

  

 Et maintenant ?...

 

On a assisté, pendant la première quinzaine de Juin, à toute une série d’évènement assez surprenant, déconcertant même, en ce qui concerne l’évolution du problème cambodgien. Le point de départ de ces évènements remonte au 2 Juin lorsque le Prince Sihanouk, coutumier des volte-face les plus inattendues, s’est arrangé, d’une manière très personnelle, avec M. Hun Sen à Djakarta le jour même où débutait une nouvelle réunion du « Conseil National Suprême (C.N.S) » dans cette capitale. L’un et l’autre ont trouvé intérêt à conclure un accord au sujet de la présidence de cet organisme, accord qui a pris les représentants des autres factions au dépourvu. Cet accord a d’ailleurs été rejeté le lendemain même (3/6) par les Khmers Rouges. Le 4 Juin la réunion de Djakarta s’achevait donc par un échec, imputé à juste titre aux Khmers Rouges qui annonçaient le 6 Juin qu’ils avaient décidé de reprendre les combats suspendus depuis le 1er Mai grâce à un cessez-le-feu à peu près respecté.

 

C’est également le 6 Juin que le Prince annonçait à Bangkok, à la surprise générale, son intention de se rendre à Phnom-Penh en Novembre prochain – après qu’il aura reçu entretemps une visite de M. Hun Sen, qui doit venir à Pyongyang en Juillet. On apprenait ensuite que, malgré l’échec de Djakarta et la rupture du cessez-le-feu par les Khmers Rouges, les 4 factions cambodgiennes avaient accepté de se retrouver à Pattaya (Thaïlande) le 24 Juin pour tenter, une nouvelle fois, de parvenir à un accord entre elles. Et on apprenait aussi que les « 5 PERM », avec l’Indonésie et un représentant du Secrétaire Général de l’O.N.U, se réuniraient à Paris dans le courant du mois de Juillet. Ainsi tout paraissait bouger soudain, et même s’accélérer.

 

Entretemps avait eu lieu, à Paris également, une visite, théoriquement « privée » de M. Chea Sim, du 10 au 16 Juin, Président de l’assemblée nationale à Phnom-Penh, M. Chea Sim est considéré par les observateurs, depuis un certain temps déjà, comme « l’homme fort » ou le véritable « numéro un » de l’actuel régime cambodgien. En outre il s’agissait de son premier voyage en Occident et dans un pays du monde libre. Sa visite à Paris, marquée par des examens médicaux et surtout par les entretiens avec de hautes personnalités françaises, ne pouvait donc manquer de susciter d’intérêt que de curiosité.

 

Dans toute succession d’évènements, il était évidemment difficile de pouvoir s’y retrouver. Bien des questions restaient sans réponses, tout particulièrement en ce qui concernait la nouvelle volte-face du Prince Sihanouk qui parait, cette fois, vouloir vraiment se détacher de la coalition (l’ex-GCKD) pour passer dans le camp adverse. Avait-il, ou non, l’accord – au moins tacite – des Chinois ? Qu’en était-il de la position acceptaient soudain de venir à Pattaya ? Quel rôle avait pu jouer le Vietnam, et d’autres pays éventuellement, dans le spectaculaire rapprochement Sihanouk – Hun Sen ?

 

Et que devenait, dans tout cela, dans tout cela, le plan de paix de l’ONU, en panne depuis décembre dernier ? Enfin, les chances de voir se tenir un jour au Cambodge des élections réellement libres étaient-elles en train d’augmenter ou bien de diminuer ? Autant de question auxquelles il n’est pas aisé d’apporter des réponses.

 

Il semble néanmoins que l’on s’achemine, par des voix assez tortueuses, vers un règlement du problème cambodgien à plus ou moins brève échéance – éventuellement d’ici la fin de l’année ou au début  de l’an prochain. Il apparait clairement, en effet, que les divers pays concernés, de près ou de loin, par le règlement de ce problème ne sont plus disposés à patienter indéfiniment ni à tolérer longtemps encore les interminables querelles des factions cambodgiennes. Le Prince Sihanouk, de son côté, parait s’être lassé de son exil doré à Pékin et Pyongyang. L’âge venant, il a visiblement envie de retourner à Phnom-Penh – même sans aucun pouvoir réel, mais avec un titre honorifique de « Président » ou de « Chef de l’État » qui satisfait son amour-propre. Enfin les Occidentaux ont reconnu, après de nombreuses visites officieuses à Phnom-Penh ces dernières années, que le Cambodge se trouvait à Phnom-Penh précisément, plutôt qu’à Pékin, à Thmâr Puok ou à Paris. Certaines conditions (mais pas toutes) étaient ainsi réunies pour que se produise une accélération du cours des évènements, marquée par quelques coups de théâtre que ne sont sans doute pas les derniers.

 

Les règlements final, fatalement, plus ou moins bancal. Il parait acquis, en tout cas, que le plan de paix de l’O.N.U ne sera jamais réalisé sous la forme qu’il avait encore en décembre dernier. Il sera modifié ou enterré, et les Khmers Rouges – honnis par la communauté internationale (sauf la Chine) – se retrouveront enfin marginalisés. Des élections auront probablement lieu au Cambodge en 1992, organisées par l’administration actuelle avec un certain degré de supervision  étrangère ou onusienne. Seules les 4 factions existantes pourront y prendre part, sous une forme bipartite : le parti de Phnom-Penh et celui de la coalition adverse sous la bannière du Prince Sihanouk. Ces élections ne seront pas vraiment « démocratiques », faute de pluralisme véritable. L’impuissance des « nationalistes », depuis 12 ans, à s’organiser en une force cohérente et unie trouvera ainsi son inévitable sanction.

 

Rien de tout cela ne sera très réjouissant, mais autant voir la réalité en face telle qu’elle parait se présenter aujourd’hui. Une paix relative pourra d’ailleurs s’établir peut-être au Cambodge, et la reconstruction pourra débuter alors avec des aides étrangères, tandis que les Khmers Rouges isolés resteront dans les forêts comme à leur habitude. La démocratie attendra des jours meilleurs. Cela ne sera pas nouveau, du reste, puisqu’au Cambodge elle attend depuis toujours, sans avoir jamais pu encore réussir à naître.  

                 

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 09:37

 

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Moulkhmer n° 125, avril 1991

 

 

Une trêve fragile

 

Pour tenter de rompre le cercle vicieux qu'est devenu le problème cambodgien, les deux co-présidents de la conférence de Paris et le Secrétaire- général de l'O.N.U ont lancé un appel au cessez-le-feu le 22 avril. Cet appel s'adressait aux 4 factions cambodgiennes impliquées dans la guerre civile en cours. Celles-ci ont fait connaître, dans les jours suivants, qu’elles étaient d'accord pour le cessez-le-feu qui a débuté le 1er Mai. Et qui, en principe, devrait se poursuivre jusqu'à la fin de la prochaine réunion du C.N.S. à Djakarta. Une réunion dont la date n'était pas encore fixée, mais qui était envisagée pour le début de juin. En attendant cette réunion hypothétique, l'entrée en vigueur du cessez-le-feu au Cambodge est passée pratiquement inaperçue dans les médias occidentaux. La lassitude qu'inspirent à l'opinion internationale les interminables querelles des factions cambodgiennes a certainement contribué à cette indifférence des média. Pourquoi d'ailleurs se seraient-ils beaucoup excités à propos d'un événement qui leur est sans doute apparu, à première vue tout au moins, comme un non-événement ?

 

Que signifie, en effet, un cessez-le-feu dont on sait qu'il sera contrôlé par personne sur le terrain ? Rien de plus que les mots pour le dire, si les belligérants n'ont pas une volonté sincère et démontrée de respecter scrupuleusement leur engagement de cesser les combats et toute forme d'activité militaire. Or, dans le cas présent, il est permis d'avoir de sérieux doutes à ce sujet. Surtout en ce qui concerne les Khmers Rouges auxquels on ne peut absolument pas faire la moindre confiance en raison de leurs crimes et de leurs mensonges accumulés depuis des années, et parce qu'il est notoire qu'ils n'ont pas changé. C'est à eux, d'ailleurs, que va profiter le plus le cessez-le-feu du 1er mai puisqu'ils continueront de recevoir de l'armement chinois via la Thaïlande, - comme les autorités thaïlandaises l'ont indiqué à Hun Sen de passage à Bangkok à la fin d'avril, en repose à sa demande de suspension des livraisons d'armes chinoises aux Khmers Rouges pendant toute la durée de l'arrêt des combats. Les troupes de Pol Pot pourront donc se réorganiser en toute tranquillité et compléter les stocks d'armes qu'elles ont déjà constitués. Elles n'auront sûrement pas à craindre de se trouver démunies si les combats reprennent.

 

Avec des gens aussi indignes de confiance que les Khmers Rouges, sans parler des autres factions dont la fiabilité est douteuse puisque leur comportement est subordonné aux intérêts des pays étrangers dont elles dépendent, le cessez-le-feu actuel paraît forcément précaire. En fait il s'agit plutôt d'une sorte de trêve, et non pas d'un cessez-le-feu authentique. Car celui-ci devrait être consacré par un accord en bonne et due forme, qui en préciserait soigneusement les modalités et surtout il devrait faire l'objet d'un contrôle efficace dès son entrée en vigueur. Or ce n'est pas le cas présentement, si bien qu'il paraît plus juste de parler d'une trêve temporaire. Une trêve dont l'aboutissement, qui devrait être la mise en route d'un vrai processus de paix, reste très aléatoire. Tout est donc au conditionnel dans cette affaire, ce qui n'autorise pas beaucoup d'optimisme.

 

Si l'on voulait cependant faire preuve d'optimisme à tout prix, on pourrait dire évidemment que cette trêve constitue un premier pas vers le rétablissement de la paix au Cambodge. Ce pourrait être le cas effectivement, s'il n'y avait pas les Khmers Rouges qui n'ont qu'un seul et unique objectif : la reconquête du pouvoir par tous les moyens, militaires, politiques ou subversifs. Or l'actuel "cessez-le-feu" ne contribue en aucune manière à neutraliser les Khmers Rouges, ni à réduire le danger menaçant qu'ils représentent pour l'avenir du Cambodge. Au contraire, il va leur permettre- en l'absence de tout contrôle - de se renforcer sur le terrain, ce qu'ils ne manqueront pas de faire en une si belle occasion. Les communistes vietnamiens, de leur côté, sauront certainement exploiter aussi la nouvelle situation. Car il serait étonnant qu'ils ne sachent pas en tirer profit, d'une manière ou d'une autre.

 

Dans un tel contexte, tout pronostic optimiste sur la suite des événements serait hasardeux. Dès le premier jour de la trêve les 4 factions avaient d'ailleurs déjà commencé à s'accuser mutuellement de violation dans telle ou telle région, ce qui n'était pas un très bon signe. On peut toutefois préférer retenir l'hypothèse d'une consolidation de cette trêve, après quelques "bavures" au début. Dans ce cas, c'est-à-dire si la trêve se transformait en une véritable cessation des combats, on pourra se demander qu'est-ce qui justifierait encore le maintien de l'alliance contre-nature entre les "nationalistes non-communistes" et les Khmers Rouges, auteurs du génocide.

 

En effet cette déplorable et funeste alliance perdrait alors toute raison d'être, et vouloir la maintenir ne pourrait que faire le jeu des auteurs du génocide. La rompre permettrait au contraire de les marginaliser, et par là même d'amorcer leur élimination définitive de la scène politique (cambodgienne et internationale). Il va sans dire que cette élimination suppose nécessairement qu'il leur serait interdit de participer à des élections libres, pour lesquelles ils sont disqualifiés pour cause de génocide et de crime contre l'humanité. S'il en était ainsi, l'avenir apparaîtrait plus prometteur et plus rassurant pour le Cambodge et son peuple. Mais les deux factions non-communistes auront-elles le courage de se détacher enfin de leurs détestables alliés actuels, si la trêve du 1er Mai se révélait durable ? On voudrait l'espérer, mais pour le moment il y a malheureusement tout lieu d'en douter.

 

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 08:58

 

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Moulkhmer n° 124, février 1991

  

Proverbe : Apporter des fagots pour éteindre un incendie.


images (4) 

 

À qui profite cette guerre civile ?

 

Comme on pouvait s'y attendre, le conflit du Golfe à complètement occulté le problème cambodgien dont les média ne parlent plus du tout actuellement. Il en sera ainsi, c'est évident, jusqu'à ce que la guerre en cours au Moyen-Orient ait pris fin. Et même alors il faudra sans doute attendre encore un certain temps avant que l'O.N.U aura à régler d'abord les problèmes de "l'après-Golfe", ce qui pourrait nécessiter des mois de négociations. Il est donc probable qu'un laps de temps assez long s'écroulera avant que l'on reparle du problème cambodgien. Ceux qui avaient cru, bien naïvement, que ce problème serait règlé en février ou en mars, avant le Nouvel An Khmer du mois d'avril, en seront ainsi pour leurs illusions.

 

 

Il n'y avait pourtant pas beaucoup d'illusions à entretenir après l'échec de la réunion de Paris des 21 et 22 décembre dernier. En effet il était apparu clairement que le "plan de paix" de l'O.N.U n'avait aucune chance d'être accepté par Phnom-Penh sous sa forme actuelle, car il faisait la part trop belle pour les Khmers Rouges. Il était apparu aussi que les 4 factions cambodgiennes n'avaient toujours aucun désir sincère de s'entendre, et que le "Conseil National Suprême" (C.N.S) allait rester un organe fantomatique, sans existence réelle et sans avenir. Chacun était donc rentré chez soi, si l'on peut dire, sans qu'aucune date précise n’ait été fixée pour une nouvelle réunion de ce "Conseil". Par ailleurs le contexte international - à 3 semaines de l'expiration de la mise en demeure de l'O.N.U à l'Irak - indiquait bien que l'examen du problème cambodgien ne pourrait pas être repris avant plusieurs mois.

 

Pour le Cambodge les choses restent donc au point mort, sur le plan politique, tandis que sur le terrain la guerre civile se poursuit. Elle dure depuis près d'un an et demi déjà (depuis le retrait du gros des forces d'occupation vietnamienne à la fin de septembre 1989), et jamais elle n'aura paru plus stupide non plus vaine qu'actuellement. En effet, alors que l'Asie du Sud-Est en paix poursuit son développement économique avec de spectaculaires progrès dans l'ensemble, le Cambodge se singularise en offrant le triste spectacle de cette guerre civile qui empêche sa construction et achève de le ruiner. Aussi ne peut-on manquer de s'interroger sur les responsabilités des uns ou des autres dans la poursuite de cette confrontation absurde, dont le peuple cambodgien est la principale victime.

 

À des degrés divers, chacune des 4 factions à sa part de responsabilités dans cette situation, de même d'ailleurs que certains des "sponsors" étrangers de ces fonctions. Il apparaît toutefois que le principal obstacle au rétablissement de la paix au Cambodge est constitué, encore et toujours, par la volonté persistante des Khmers Rouges de revenir au pouvoir et par tous les moyens dont ils disposent pour atteindre cet objectif. Sans les Khmers Rouges, en effet, des arrangements entre les 3 autres factions auraient pu être trouvés sans doute depuis longtemps déjà. En outre le Vietnam communiste aurait perdu la principale justification de ses ingérences dans les affaires cambodgiennes, les Khmers Rouges ayant fourni à ce pays l'alibi qui lui était nécessaire pour justifier son intervention militaire au Cambodge depuis 1979.

 

Malheureusement les Khmers Rouges sont toujours là. Et, grâce à la Chine et grâce à la caution que leur apportent toujours leurs partenaires "nationalistes", ils sont devenus une partie prenante incontournable dans tout règlement négocie du problème cambodgien. Ils sont membres à part entière du "C.N.S", ils ont participé à toutes les réunions inter-cambodgiennes dans diverses capitales, ils ont participé aussi à la première conférence internationale sur le Cambodge (août 1989) et ils participeront à la deuxième (si elle a lieu un jour). Bref, il paraît impossible de les à écarter maintenant d'un processus de paix quel qu'il soit. Beau résultat, dont leurs maîtres à Pékin ont tout lieu de se réjouir ! Mais lourde responsabilité pour tous ceux qui, ici ou là, d'une manière ou d’une autre, ont favorisé un tel résultat !

 

Sur le terrain, d'autre part, la position des Khmers Rouges tend, malheureusement, à se consolider. Certes, ils ne paraissent pas en mesure de s'emparer de quelques villes importantes et de les tenir durablement. Mais ce n'est pas d'ailleurs pas leur objectif au stade actuel de la guerre civile en cours. Ce qu'ils veulent, c'est pourrir l'intérieur du pays progressivement. Et pour cela ce n'est pas le temps qui les presse, car ils ont les moyens d'attendre. À cet égard l'occupation de leurs forces de la région de Païlin, de plus d'un an déjà, leur a été bénéfique. L'exploitation des gisements de pierres précieuses de cette région par des prospecteurs venus de la Thaïlande voisine leur procure de substantiels revenus. Selon une étude publiée par la "Far Estern Economic Review" de Hong Kong, dans son numéro du 7 Février, ces rentrées de devises s'élèveraient déjà à plus 100 millions de dollars et vont encore augmenter dans les prochains mois. Ce qui fait dire à la revue américaine "Newsweek" (numéro du 18 Février) que les rubis de Païlin constituent pour Pol Pot "une arme secrète", qui pourrait lui permettre de revenir au pouvoir d'ici deux ans. Et la vente de bois de teck à des sociétés thaïlandaises procure également aux Khmers Rouges des ressources appréciables. Bref, ils ont pu se constituer ainsi un trésor de guerre pour la reconquête du pouvoir. "Ils n'ont plus besoin maintenant de l'aide chinois", a déclaré à ce sujet un diplomate occidental cité par la revue de Hong Kong déjà mentionnée.

 

Il est donc aisé de prendre la mesure du danger que représentent toujours les khmers Rouges, et d'évaluer la difficulté  d'aboutir à une paix véritable au Cambodge tant qu'ils n'auront pas été neutralisés. Or personne ne sait actuellement comment ils pourraient l'être, et le risque existe donc encore de voir le Vietnam intervenir de nouveau si l'actuel gouvernement de Phnom-Penh n'était plus capable de contenir leur pression. Hanoi, en effet, ne paraît pas disposé à tolérer un retour en force des Khmers Rouges. Par là même ceux-ci, comme dans le passé récent, continuent de faire le jeu de l'expansionnisme nord-vietnamien. Pour retirer tout prétexte à cet expansionnisme, et préserver le Cambodge d'un deuxième génocide, il apparaît donc indispensable que les Khmers Rouges soient effectivement neutralisés militairement et politiquement.

 

Mais comment y parvenir si le "plan de paix" de l'O.N.U continue de les associer à tout règlement du problème cambodgien ? La réponse est, en bonne logique, que ce "plan de paix" - sous sa forme actuelle - n'est pas celui qui conviendrait, et qu'il devra donc être revu et modifie de façon à réduire au maximum le rôle concède aux Khmers Rouges. Par ailleurs il est évident que ceux-ci se trouveraient marginalisés, politiquement tout au moins, si le Prince Sihanouk et son "brillant second", M. Son Sann, se décidaient enfin à se désolidariser des auteurs du génocide et à quitter la coalition contre-nature qu'ils ont formé avec eux en 1982.

 

Malheureusement il y a fort à parier que les deux leaders "nationalistes" et non-communistes" (comme ils se nomment eux-mêmes) ne se sépareront pas des Khmers Rouges. D'une part, en effet, ils sont pris tous deux dans l'engrenage fatal de leurs compromissions avec ces mêmes Khmers Rouges et avec Pékin. D'autre part, ils craignent trop, ainsi que leurs petits clans respectifs, de perdre les abondants subsides qui leur sont fournis par la Chine depuis des années. L’attrait de "la bonne soupe" (chinoise) paraît jouer ainsi un rôle important pour leur maintien dans la coalition pro-pékin. Car que viendraient-ils si la paix revenait au Cambodge et si des élections ne leur apportaient qu'un faible pourcentage des voix, comme on peut déjà le prévoir puisque leurs forces ne contrôlent qu'une portion insignifiante du territoire national.

 

La guerre civile risque donc de poursuivre encore pendant des mois, sans qu'il y ait une solution satisfaisante - c'est-à-dire une solution permettant d'écarter définitivement la menace majeure représentée par les Khmers Rouges. Du moins sait-on à qui profite cette funeste guerre: à Pol Pot et ses acolytes qui attendent leur heure, aux intérêts particuliers de leurs deux associes "nationalistes", a la Chine qui veut rétablir sa prépondérance au Cambodge par Khmers Rouges interposés, et enfin au Vietnam qui conserve un prétexte pour intervenir et dont les dirigeants actuels doivent secrètement se réjouir de voir le Cambodge continue de s'affaiblir.

 

Face à cette déplorable situation il y a peu à espérer pour le moment. Les choses changeront peut-être quand la guerre du Golfe aura pris fin et lorsque l'O.N.U se souciera de nouveau du problème cambodgien. D'ici là on ne peut que dénoncer le caractère suicidaire de la guerre civile en cours, et souhaiter l'émergence d'une nouvelle force politique qui pourrait enfin offrir une alternative par rapport aux quatre factions belligérantes, dont on sait qu'elles luttent uniquement pour contrôler du pouvoir à Phnom-Penh.

 

 

MOULKHMER

 

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 06:27

 

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Moulkhmer n° 123, décembre 1990

 

 

Proverbe : Il ne faut jamais lancer de pierre quand on habite une maison de verre.

 

Voyage en Thaïlande en 2007 332

 

Un plan de paix bien étrange

 

Après des mois de conciliation entre représentants des pays concernés – à l’exception du Cambodge, le principal intéressé – le projet d’accord sur les modalités de règlement du problème cambodgien a été finalement mis au point le 25 novembre. Le « produit » se présente sous la forme d’un épais document qui, avec ses annexes, ne compte pas moins de 48 pages (dans le texte en anglais). Le titre de ce document est long et plutôt troublant : « Structure proposée pour les accords sur le règlement politique compréhensif du conflit cambodgien ». Or que faut-il entendre par là ? À vrai dire c’est surtout le terme « compréhensif » qui est assez singulier.

 

 

Il est en tout cas démenti par le contenu du document en question. Peut-on parler, en effet, de règlement compréhensif » à propos du Cambodge lorsqu’il s’agit d’un règlement dans lequel les Khmers Rouges, auteurs d’un monstrueux génocide, sont partie prenant et tacitement absous de leurs crimes ? Est-ce se montrer « compréhensif » à l’égard du peuple cambodgien que de passer sous silence le génocide, de ne jamais désigner les Khmers Rouges par leur nom, et de se contenter de faire allusion à « des politiques et pratique du passé » dont ont dit vouloir empêcher le renouvellement ?...

 

Sans doute ne fallait-il faire aucune peine, même légère, à la Chine communiste protectrice des Khmers Rouges. Cette Chine des massacres de Tien-An Men, tout aussi vite oubliés par la communauté internationale que le génocide cambodgien. Dans quel monde vivons-nous ? C’est la question qu’on peut vraiment se poser à propos de ce « règlement politique compréhensif » élaboré pour le Cambodge.

 

Car s’il est une puissance qui peut se réjouir de ce projet de règlement, c’est bien la Chine précisément. Non seulement il n’est pas question de faire enfin juger et condamner ses protégés par un tribunal international, mais encore on passe l’éponge sur leurs crimes inexpiables et on les associe – à égalité avec leurs victimes – au processus de règlement devant aboutir à des élections « libres et honnêtes » (free and fair election) – auxquelles ces mêmes Khmers Rouges pourront évidemment prendre part ! Il est vrai toutefois que le projet contient, dans ses 48 pages, un chapitre sur les droits de l’homme (Partie III, articles 15,16 et 17) et qu’il ruisselle de bonne intention. Comme le chemin de l’Enfer, dont on dit en français qu’il est « pavé de bonne intention ».

 

Si on laisse de côté l’aspect moral de la question, pour s’en tenir seulement aux aspects pratiques, on s’aperçoit vite que le projet d’accord élaboré pour le Cambodge a toutes les chances d’être irréalistes sur le terrain. Certes, tout est prévu et réglé dans les moindres détails, sur le papier tout au moins, et l’énumération des fonctions dévolues à la future « Autorité transitoire des Nation-Unies pour le Cambodge » (UNTAC) est d’une minuterie comparable à celle d’un compte d’apothicaire. Malheureusement on nage dans l’abstraction, loin des réalités et des contingences, et les vœux pieux remplacent trop souvent les mesures concrètes sur des points essentiels.

 

Tel est le cas, en particulier, pour le point le plus essentiel, car toute la suite en dépend, à savoir l’instauration d’un cessez-le-feu. Car les dispositions contenues dans le projet d’accord sont, à cet égard, déconcertantes – c’est le moins qu’on puisse dire. Il est question en effet (à la page 21 du texte anglais) d’un « cessez-le-feu compréhensif ( ?) sur terre, sur mer et dans les airs » qui devra être respecté par « toutes les parties cambodgiennes ». Ce cessez-le-feu prendra effet au moment où l’accord entrera en vigueur, est-il dit à la page 5 du document. Mais comment prendra-t-il effet, et qui le contrôlera dès la première heure ? Pour le savoir, prière de chercher la réponse à la page 21. On découvre alors, non sans étonnement, qu’il devra être réalisé en deux phases dont la description parait ahurissante, pour ne pas dire totalement irréalisable quand on a affaire à des gens comme les Khmers Rouges. Mais ici, pour en juger, rien ne vaut le texte lui-même (traduit de l’anglais) :

 

«Durant la première phase, le cessez-le-feu sera observé (par les factions) avec l’assistance du Secrétaire-Général des Nations-Unies par le moyen de ses bons offices. Durant la 2e phase, qui devrait commencer aussitôt que possible, le cessez-le-feu sera supervisé, contrôlé et vérifié par l’UNTAC. Le commandant de la composante militaire de l’UNTAC, en consultation avec les Parties (cambodgiennes), fixera le moment exact et la date à laquelle commencera la 2e phase. Cette date sera fixée au moins 4 semaines avant son entrée en application»…

 

…«Pendant la première phase, le Secrétaire-Général des Nations-Unies fournira ses bons offices aux Parties pour assister dans son observation (le respect du cessez-le-feu). Les Parties s’engagent à coopérer avec le Secrétaire-Général ou ses représentants dans l’exercice de ses bons offices à ce sujet»…etc.

 

Ce galimatias, vrai petit chef-d’œuvre d’abstraction mais de naïveté (innocente, espérons-le), soulève plus de question qu’il n’apporte de réponse. En effet, en quoi consisteront les « bons offices » du Secrétaire-Général de l’O.N.U, et comment pourra-t-il les exercer si la « composante militaire » de l’UNTAC n’est pas encore sur le terrain pour surveiller les choses de pré ? Quand commencerait réellement la 2e phase ? Qui peut vraiment affirmer que les Khmers Rouges coopéreront en toute bonne foi avec les représentants du Secrétaire-Général de l’O.N.U pendant la première phase du cessez-le-feu, dont la durée reste indéterminée ? Et comment les choses se passeront-elles concrètement sur le terrain pendant cette première phase ? Mystère, mystère sur toute ligne.

 

Et que dire de la suite du texte, toujours en ce qui concerne le cessez-le-feu ? Faut-il sourire ou s’indigner quand on lit que « les Parties (cambodgiennes) observeront scrupuleusement le cessez-le-feu et ne reprendront aucune forme d’hostilités sur terre, sur mer, et dans les airs (page 23 du texte anglais, paragraphe 6) ? Car à qui fera-t-il croire que les Khmers Rouges (sans parler des autres factions) vont réellement observer « scrupuleusement » un éventuel cessez-le-feu ? Depuis quand sont-ils devenus des gens « scrupuleux » ?...

 

On pourrait continuer ainsi pendant des pages si l’on voulait décortiquer, paragraphe après paragraphe, le projet de « règlement politique compréhensif » destiné à mettre fin au conflit cambodgien. Mais il s’agit d’un texte si indigeste et abstrait, en dépit d’une minutie des détails qui le rend irréalisable, que cet exercice deviennent vite fastidieux. On peut supposer d’ailleurs que les lecteurs aimeront plutôt savoir, par exemple, quel rôle sera dévolu au « Conseil National Suprême » cambodgien (CNS) dans le mécanisme compliqué du projet d’accord. Sur ce point la réponse est simple, car ce rôle sera pratiquement nul. Le texte stipule en effet, ce que l’on savait déjà, que le « CNS » déléguera aux Nations-Unies « tous les pouvoirs nécessaires pour assurer l’application de cet accord ». Autrement dit, le seul et véritable « patron » sera l’UNTAC et le « CNS » n’aura pratiquement rien à dire, il ne sera là que pour faire de la figuration.

 

Dans ces conditions la longue querelle suscitée par le Prince Sihanouk au sujet de la présidence de ce « CNS » qui n’aura aucun pouvoir apparait bien futile. Les factions auraient pu faire l’économie de cette stupide et dérisoire querelle, puisque de toute manière elles devront se plier aux ordres de l’UNTAC pendant toute la période transitoire. Quant aux élections libres – si jamais elles ont lieu un jour – elles seront organisées par l’UNTAC également, qui s’arroge en fait tous les pouvoirs et tous les droits.

 

Le projet de « règlement politique compréhensif » a donc tout prévu. Sauf une chose cependant, et qui est d’une certaine importante : que se passera-t-il quand la mission de l’UNTAC aura pris fin ? Le projet, ils sont sûrs de rester partie prenante. Ce qui permet dès maintenant d’imaginer la suite…

 

…À moins que ledit projet n’ait été rejeté entretemps par l’une des factions cambodgiennes lors de leur réunion qui devait se tenir à Paris les 21 et 22 décembre. Dans cette hypothèse ce serait le retour à la case départ, avec le projet de règlement - « compréhensif » mais difficilement compréhensible – enterré, sinon définitivement du moins pour une longue période. Faudrait-il le regretter, sachant qu’en fin de compte ce sont les Khmers Rouges qui auraient été les principaux bénéficiaires de ce singulier projet ?...      

 

 

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