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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 05:42

 

Aimer la patrie

 

Aimer la patrie (Snèha Cheath) est une phrase que nous la répétons sans cesse dont personne, en général, ne cherche à préciser le sens. Elle devient une volonté nationale dont les ambitieux de tous les temps et les tyrans ont la plus largement abusée pour servir leurs convoitises diverses. Et le peuple s’habituait depuis la nuit des temps d’honorer la formule nationale : Mourir pour la patrie. Dans l’esprit de révolution communiste, cette phrase est un moyen pour réduire les hommes dans la servitude du parti et dans l’esprit des despotes, elle est un oukase pour imposer leurs lois. Après l’indépendance nationale, au Cambodge, le Pouvoir a longtemps cherché à subordonner la vie des Khmers à la grandeur du pays, devenu de plus en plus indéfinissable. Nous, Khmers, ont cru qu’il nous suffirait d’en appeler à l’unité autour d’un leader national pour résoudre tous les problèmes du pays. « Aimer la patrie » fait donc partie des devoirs des Khmers à travailler ensemble pour rebâtir cette grandeur.    

 

Et pourtant, le mot « Aimer », par sa nature, c’est déjà la liberté par impulsion, sans contrainte, sans efforts. C’est aussi l’égalité entre les partenaires de vivre leurs amours pour meilleur et le pire. Le mot « Patrie », par la loi, c’est aussi la liberté et c’est autant le contrat social entre les acteurs d’un pays. L’union entre ces deux mots devrait se faire, en principe, dans la liberté et dans le respect de la loi. Nous le savons le lien entre le pays et chaque citoyen est double : Lien sentimental et lien social, régit par la loi (droit et devoir). Chaque citoyen est libre par la loi et souverain par son appartenance au peuple (le peuple est souverain dans une démocratie). Le sentiment est l’ «homme intérieur » et le social est le « monde extérieur » de l’homme. Nous sommes donc confrontés à une énigme : Association entre ces deux mondes. Une société harmonieuse n’existe qu’à condition de respecter la séparation du « monde extérieur » et de l’«homme intérieur », mais aussi de disposer d’un moyen de les combiner ou de les rendre compatibles. Si ces deux mondes qui forment une société tirent dans des sens opposés, elle ne peut que se renverser et se briser. « Aimer la patrie » est-il un moyen pour consolider la société khmère ?

 

Pour répondre à cette question, un examen de la société khmère est nécessaire.

 

Au XIXe siècle, le Cambodge est un pays rural avec d'innombrables villages, misérables souvent, groupes de maisonnettes pareilles à celles qu'on peut voir aujourd'hui encore dans toutes les contrées du pays. Les villageois ou paysans formaient des communautés serrées, vivant d'eux-mêmes, guidés par un conseil des anciens ou un chef des bonzes. Leurs activités économiques étaient celles de subsistance, fermées sur elles-mêmes. Ils étaient incapables d'acheter que quoi ce soit des marchandises dites de ville ou de luxe. Ces produits étaient réservés aux citadins, parce qu'ils coûtaient cher pour les paysans. Leur lien unique avec l'autorité de l'État était l'impôt. Celui-ci collectait l'impôt, payable en nature. Les paysans étaient pauvres et endettés. Ils devaient recourir aux prêteurs chinois pour leurs subsistances. Quand leur dette n'était-elle pas acquittée, les prêteurs saisissaient leurs terres. Au fil des temps, plus de la moitié des villageois était des paysans sans terre. Ces paysans étaient devenus des métayers ou ouvriers agricoles qui travaillaient pour les comptes des riches propriétés terriens qui sont en général des Chinois. Ils sont détestés, mais indispensables pour les paysans pauvres. Accablés par leurs dettes, ces paysans étaient vis-à-vis de leurs patrons dans une position pire que celle des esclaves. Pauvres paysans, en vérité, prisonniers, la plupart du temps, d'une économie de subsistance. Toute la paysannerie khmère est à égalité dans la pauvreté. Pendant quatre vingt dix ans de protectorat français, cette situation ne changeait guère. La France protège le pouvoir et les frontières, mais pas la population. Elle pratique la politique capitaliste : Le Cambodge est un marché où écouler ses produits industriels et acheter certains produits bruts destinés à alimenter ses industries. Ainsi, des villes se créent qui n'ont d'autres fonctions que de rassembler et d'expédier ces marchandises. Ces villes sont habitées par des commerçants chinois, des colons français et des fonctionnaires khmers. Les liens entre les villes et les campagnes sont inexistants. Pas de route, pas de communication.         

 

L'organisation sociale de base de la société khmère est simple : Un père et ses enfants, un chef et ses fidèles, un Roi et son peuple, des Dieux et leurs adeptes. On peut donc résumer cette organisation en un mot, être supérieur et être inférieur. Le Supérieur est l'homme prédestiné ou providentiel (Neak Mean Bon). L'Inférieur est l'homme inculte (Neak Lagông Klao). À tel point que dans le langage de communication de l'Inférieur vers le Supérieur, les mots précisent la position du sujet.  Par exemple le mot "Knhom » (Je ou Serviteur) indique que le sujet exprimé est un Inférieur. Depuis toujours, au Cambodge, on parlait peu des Khmers, mais beaucoup du Cambodge. On supposait que les Khmers sont heureux avec la gloire de l'Angkor, comme aujourd'hui des villas de quelques richards dissimulent des cabanes des pauvres qui décorent le pays. Cette double image, splendeur d'une minorité, misère de la masse populaire est apaisé par le culte de Neak Mean Bon. L'Inférieur qui s'agenouille devant le Supérieur, même aujourd'hui, ne choque personne, parce que c'est la coutume khmère. Des récits des savants sur l'organisation sociale khmère au modèle de la division de castes à l'indien ne sont qu'une littérature pour moi : Au premier rang, les brahmanes sont des prêtes, maîtres spirituels ; viennent ensuite les guerriers, rois, princes, grands seigneurs (Kshastryas) ; au troisième rang, sont les petits paysans, éleveurs, artisans, marchands (Vaysyas) ; enfin à la quatrième et dernière place les çudras qui sont, à l'origine du moins, des indigènes asservis. Cette organisation sociale khmère autorise mal le jeu d'opposition. Le dialogue égalitaire entre père et enfants est impossible. Pas la peine d'y penser entre le roi et son peuple. Cette organisation emprisonne le peuple dans sa case, appelée l'"obéissance" (Korûp Pranibât). Elle empêche la société khmère de tourner vers l'avenir. Elle s'éloigne fatalement toute révolution sociale. L'obéissance est l'ordre existant. Il suffit de lire toutes les codes de morale khmère. Elles reposent toutes sur l'obéissance à des ordres déterminés par les anciens. Dans chaque famille traditionnelle khmère, chaque enfant est pris dans le corset de fer d'une éducation à l'obéissance sans faiblesse. Un véritable dressage l'oblige à observer un code qui réglemente sa façon de dormir, de marcher, de s'asseoir, de parler, de rire, de vivre en couple. Ce qu'on appelle au Cambodge le code des anciens ou règles de moralité. Le cadre traditionnel de la vie villageoise est figé. Ce cadre est incapable d'absorber la modernité. À échelle du pays, il devient impuissant pour faire face à tout-puissant adversaire de l'organisation sociale des pays voisins qui s'ouvre facilement vers la modernité. Ils sont sans doute fidèles à toutes leurs traditions qui coexistent avec la modernité. La rigueur et la souplesse, "élasticité" est sans doute une de leurs supériorités sur notre modèle social.

 

Au XXe siècle, la société khmère ne change guère son visage. La pauvreté est toujours présente dans la société khmère. Les conditions de vie ardue des paysans sont identiques au XIX siècle. Ces conditions semblent travailler à appauvrir davantage les pauvres et à enrichir les riches en petit nombre. Le contraste entre les villes et les campagnes se manifestent clairement. On voit les paysans comme des arriérés (A Samré) et les citadins de peau claire comme des civilisés (Neak Samay) : Travailler dans la rizière est considéré comme un raté (A Chaur Masirth) ; travailler dans le bureau est  regardé comme un homme cultivé (Neak Chès Deung) ; posséder beaucoup d’argent est honoré comme un patron chinois (Thao Ké). La société khmère du XXe siècle est encore de couleur noire de deuil, nonobstant le contact avec l’Occident pendant quatre-vingt dix ans (1863-1953 : Protectorat français) : La science n’était pas un moyen de gouvernement et l’intelligence n’était non plus comme une force sociale. La féodalité peut vivre en paix pendant la présence des Français, enfants spirituels de Jean-Jacques Rousseau, de Voltaires et inventeurs des droits de l’Homme. Adhémard LECLERE (ancien Résident de France au Cambodge) écrit quelques lignes importantes dans la préface de son livre (les codes cambodgiens – Lois constitutionnelles, date de publication 1898) : la France avait pour mission (XIXe siècle) de relever le peuple khmer, de galvaniser et de l’avancer dans la voie de la civilisation où il s’est arrêté. Six ans plus tard, Armand ROUSSEAU donnait son avis dans sa thèse pour le doctorat en 1904 (le protectorat français du Cambodge) : c’est grâce à cette puissance protection que Norodom Ier, a pu mourir sur le trône de ses ancêtres après un long règne (1864-1904) dont les dernières années furent pour son peuple une ère de paix et de prospérité qu’il n’avait pas connue depuis des siècles.

L’immobilisme culturel continue d’être considéré par le Pouvoir comme un facteur de stabilité du régime politique. La distance ne cesse de s’accroître entre le monde moderne et la tradition quasi inchangée depuis la nuit des temps. Au fil des années, ces deux éléments deviennent des forces d’opposition entre-elles : La tradition représente le Pouvoir et le moderne symbole les intellectuels (Neak Chès Deung) ou la  force de l’intelligence. La combinaison entre ces deux forces était impossible pour des raisons coutumières. Le moderne voulait renouveler la figure du pouvoir par la démocratie et le Pouvoir voulait garder la tradition pour maintenir sa supériorité innée dans la hiérarchie sociale. La nouvelle forme de servitude était inventée en effet par le Pouvoir pour combiner ces contradictions : Le socialisme khmer. Les uns le considéraient comme une chose nouvelle, une invention de génie ; ils espéraient créer une force nationale (le nationalisme khmer), fondée sur la force traditionnelle millénaire. Les niveleurs républicains et révolutionnaires khmers le jugeaient irrésistible, parce que cette invention leur semble le fait le plus continu, le plus ancien et le plus permanent que l’on connaisse dans l’histoire khmère : Aimer l’ordre ancien, c’est aimer la patrie. Mais la démocratie proposée par les régicides ne changeait pas la nature du Pouvoir : Celui qui tient le pouvoir est toujours le Roi dans l’esprit khmer, fondé sur le principe de « Neak Mean Bon ».  « Neak Chès Deung » deviennent ainsi « Neak Mean Bon », une fois ils avaient le pouvoir.

           

Cet esprit n’est pas sans conséquences : La destitution de la monarchie en 1970 (18 mars), la prise de pouvoir par les Khmers Rouges en 1975 (17 avril) et l’intervention des forces vietnamiennes au Cambodge en 1979 (9 janvier). Ces trois évènements majeurs dans l’histoire contemporaine khmère font tomber la société khmère dans la déprime, l’humiliation et la souffrance. Le prix à payer des erreurs commises par les dirigeants khmers de tout bord est cher pour le peuple khmer : Deux millions de morts et la perte de l’indépendance du pays. Le XXe siècle est un siècle, à lui tout seul, d’assemblage de la décadence de la société khmère de jadis et le miroir du mal khmer.  

 

Sans mesurer la déchéance profonde de la société khmère, aujourd’hui, les nationalistes khmers veulent à tout prix la redresser sans délai et sans trouver les moyens d’y porter remède. Leur combat est fondé sur le ressentiment national d’une grande nation khmère disparue. En dépit des apories de la grandeur khmère et de la nature totalitaire du régime politique de l’époque glorieuse, ils continuent de soutenir intellectuellement la thèse de l’Empire khmer, période (IXe au XIVe siècle) pendant laquelle le Cambodge avait atteint son l’apogée en termes d’expansion territoriale et d’influence régionale, pour faire une référence nationale. Le rassemblement des nationalistes de droite et de gauche s’opère autour d’un slogan, « Nous, Khmers, descendons direct de la race Khmers d’Angkor, race bâtisseuse de la grandeur de la Nation khmère  ». Ce slogan est une exacerbation des affrontements idéologiques qui caractérisèrent l’immédiat après l’indépendance nationale. Est-t-il du nationalisme intégral ? ou du patriotisme ? Nul ne saurait le dire. Pour les démocrates, ils sont convaincus que le déclin de la société khmère puisse être contenu mécaniquement par la mise en place d’un régime démocratique libéral. Or nous savons aujourd’hui la mise en place de celui-ci sans être accompagné par une politique de développement économique active et des travaux de l’intelligence (la formation de l’esprit) n’est qu’une utopie. Tocqueville écrivait (de la démocratie en Amérique) : « … chaque développement de la science, chaque connaissance nouvelle, chaque idée neuve, comme un germe de puissance mis à la portée du peuple. La poésie, l’éloquence, la mémoire, les grâces de l’esprit, les feux de l’imagination, la profondeur de la pensée, tous ces dons que le ciel répartit au hasard, profitèrent à la démocratie… ».


Dans la société khmère d’aujourd’hui, il y a une espèce d’antagonisme, l’un dresse contre l’autre : L’un n’abandonne pas à glorifier le passé, l’autre ne se lasse pas de prolonger des critiques contre le passé. Que représente-il ce passé pour le premier : On respecte l’ordre, on évoque la famille, l’autorité, la religion et la tradition. Le second appelle l’égalité, la raison, la liberté et la loi. À l’heure de l’internet, on trouve cet antagonisme dans les débats des hommes de savoir. C’est une bataille intellectuelle et idéologique. Chaque camp défend sa position avec véhément. Chaque position devient immédiatement suspecte de trahison (Kbâth Cheat). Il n’y ait pas de demi-mesure : Si tu n’es pas dans mon camp, t’es mon ennemi. La guerre des idées fait rage dans les milieux des intellectuels khmers. Ces soldats des idées prennent le temps à aimer la patrie, chacun à sa façon et qui déprime à force de combattre l’autre. Bien sûr, il ne faut baisser la garde, quand il s’agit de défendre la patrie en panne de perspective d’avenir. Mais, comme Christophe Barbier, journaliste français, écrit : « La ténacité n’est pas la férocité. Rien ne serait plus dangereux que d’humilier l’ennemi ». En faisant ce constat, je suis conscient de mon abus, compte tenu de la limite de mon savoir. Je n’ai ni l’intelligence, ni l’expérience d’un savant, je ne demande donc pas à mes amis de réfléchir sur le sujet dont j’examine, mais plutôt sur leurs propres pensées fondées en raison. Est-elle toujours supérieure et sans déficiente ? La mienne n’est pas une antithèse aux autres idées qui valorise la pensée khmère, mais une interrogation sur son rôle dans la construction de la grandeur et sa responsabilité dans la décadence de la nation khmère. Combien de fois j’ai pleuré de chagrin de voir mon pays agressé, humilié, meurtrier par la stupidité d’idéologie des dirigeants khmers de tous les régimes. Je suis né Khmer, je suis fier de l’être dans le malheur et bonheur de ma patrie. Est-il une force de l’amour ? Je n’en sais rien. Je me rappelle bien une phrase célèbre de l’ancien président des États-Unis d’Amérique, John Kennedy : « Demandez  ce que vous pouvez faire pour votre pays… ». Ce que j’essaie d’y faire tous les jours. Cela me donne-t-il le droit de dire que j’aime la patrie plus que les autres ? Bien sûr que non. Mais, tuer son propre peuple comme Pol Pot l’avait fait, est-il un acte d’amour ? Mal protéger le pays contre la domination étrangère, est-il appelé l’« Aimer la patrie » ? « Aimer la patrie » en oubliant la réalité de la société khmère, est-il un vrai amour ? L’«Aimer la patrie » n’avait pas de modèle, mais la conscience aiguë de disposer de l’un des plus beaux esprits qui soient : la vérité

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 23:49

Le mal khmer

 

Nous, Khmers, ne sommes pas fiers de la date du 17 avril 1975. Quelques jours seulement de l’arrivée du nouveau divin (Tévoda) qui vient protéger la population du pays khmer, on annonce la fin de la guerre fratricide. Tout le monde a cru, en effet, que le divin-protecteur de la nouvelle année apporte la paix et le bonheur. La joie dans l’espoir de vivre dans un Cambodge nouveau, dirigé par les hommes intègres et incorruptibles (Neak Sâan Sâam) est pour tout le monde. Dans les rues de Phnom-Penh, on applaudit les jeunes « Yothear » (soldats des Khmers Rouges), appelés Khmers-libérateurs (Khmers Romdash). Cette victoire des Khmers Rouges est acceptée et souhaitée par la population et forcée les soldats républicains à déposer les armes partout dans le pays. Chaque unité de l’armée républicaine lève le drapeau blanc dont les soldats sont majoritairement fils des paysans comme ceux des Khmers Rouges. Frères de classe, ils se combattaient les uns contre les autres sans savoir vraiment le but de la guerre. La politique n’est pas leurs affaires. Jeunes, 13 à 16 ans, leur seul souhait, après la fin de la guerre, c’est de retourner chez eux à la campagne pour se retrouver leur parent chéri et rejouer les jeux d’enfance dans leur village et nager dans la rivière proche de leur maison en chaume, élevée de la terre par des pilots en bois. Tout le monde rêve de revivre la vie normale après cinq ans de guerre qui ravage le pays. Des millions des paysans qui fuirent le danger de la guerre pour se réfugier dans les grandes villes sont prêts à retourner dans leur village après une annonce à la radio de la fin de conflit armé entre les parties khmères. A la première heure de cette communication, tout le monde ne parle que de la paix retrouvée et l’espoir de vivre dans le Cambodge nouveau. Le nouvel an 1975 annonce donc un bon augure : On sent l’air nouveau avec l’odeur de bonheur ; on allume plus de baguettes d’encens pour remercier le Bouddha ; on fait de la prière pour chasser des mauvais esprits du domicile. En un mot, on est heureux de sentir bien : On se dit après la pluie, c’est le beau temps et après la guerre, c’est la paix.  Personne de ne s’interroge pas sur la nature du nouveau régime khmer rouge, parce qu’on pense que les Khmers Rouges soient avant tout des Khmers comme les autres dont le principe de la vie est la tolérance. C’est ce qu’on y croie depuis la nuit des temps. Nous inventons un culte de la « pureté de la race khmère » (Khmer Mean Pouch) dont l’ordre social est construit sur de solide héritage culturel : La religion (Bouddhisme), la tradition et la race khmère (race d’Angkor, Bayon, Preah Khan). Ce triptyque est un bien-pensant qui constitue les normes khmers et ce qu’on nomme les valeurs de la communauté. Pour être un Khmer « Mean Pouch », faut-il  qu’on fléchisse à ces normes ? J’espère que non, parce que les Khmers ne sont pas tous bouddhistes et n’appartiennent à la race d’Angkor. Un Khmer ayant un patronyme sinisé appartient-il à la race khmère d’Angkor ? Celui-ci se sent Khmer comme les autres Khmers ayant le sang du groupe E, par exemple, parce que son cœur est khmer, malgré sa physique chinoise.  

 

Quand nous voulons parler de la race khmère « Khmer Mean Pouch », nous recherchons sans aucun doute la pureté de la race khmère dans laquelle on évoque des valeurs supérieures : la morale et l’intelligence. Être Khmer, dans ce concept de la pureté de race khmère, il fallait être l’homme intact. Nous le savons que Pol Pot rêvât de peupler son Kampuchéa Démocratique des Khmers intacts. Il transformait le pays en une chambre stérile dans laquelle, il préservait la race khmère des pollutions pour fabriquer les Khmers intacts (Khmers nouveaux dans sa version révolutionnaire). Il fallait pour réussir dans un délai record tuer les Khmers innocents pour être sûr d’atteindre des Khmers impurs pour son eldorado révolutionnaire. Résultat : Deux millions de morts. La période sanglante des Khmers Rouges (17 avril 1975 au 7 janvier 1979) est capitalisée dans la mémoire des hommes comme la période noire de l’humanité. Je me souviens bien d’une conversation en France avec mon cousin par alliance Chhim Kheth (l’homme politique khmer, ex-député et ex-Secrétaire d’Etat aux budgets), avant son retour au Cambodge en juin 1975 pour rejoindre les Khmers Rouges victorieux. Il résumait son idéal en une seule phrase qui véhicule toute l’éternelle sanie de l’utopie polpotienne : La révolution va purifier la société khmère pour recréer la race pure khmère comme celle d’Angkor. Et pourtant, nous le savons que les hommes vivent dans un changement permanent qui dissout les institutions puissantes d’antan comme autant de rives de sable. Nous constatons que dans son histoire, le Cambodge a fait multiples emprunts des civilisations (indienne, chinoise, iranienne, occidentale). Bien sûr de très lointaines origines jusqu’au XIVe siècle, le Cambodge est pris dans une « culture » solide mais inerte qui s’érode. Son destin se déroule déjà comme la suite : sous le choc d’invasions étrangères, et les guerres fratricides le Cambodge plonge dans le déclin. Sous la domination thaïlandaise, l’occupation vietnamienne et le protectorat français, le pays est récréé à l’image d’autrui. Pour effacer cette influence déplaisante, nous voulions souffler les « braises » mal éteintes, noyées dans la cendre de notre culture pour rallumer l’incendie de la pureté de la race khmère. Cette résistance est normale et légitime. Sauf qu’elle est faite dans un corps de société inerte et une masse amorphe. C’est à partir de cet état d’asthénie du peuple khmer durant des siècles de décadence, nos nationalistes de tous bords voulaient recréer le dynamisme khmer par la théorie de la race pure. Thèse que l’on retrouverait chez les monarchistes, les républicains, les communistes. Cette théorie qui n’annonce rien, qui ne promet rien et qui n’a rien à attendre ni espérer. Elle est une sorte d’une déclaration d’un état des lieux du passé glorieux du pays khmer faite par les nationalistes khmers. Par cette déclaration, ils voulaient instiller en vain cette doctrine dans le corps malade de la société khmère. Six siècles de déclin (du XIVe au XXe siècle) qui transformait le plus grand nombre des Khmers en personnalités anxieuses : - Soucis trop fréquent ou trop intenses par rapport aux risques de la vie quotidienne pour soi-même ou ses proches – Tension physique souvent excessive – Attention permanente aux risques : guette tout ce qui pourrait mal tourner, pour contrôler des situations même à risque faible (évènement peu probable ou peu grave). Le régime de Pol Pot transformait cet état d’anxiété en maladie et nous le savons que les traitements efficaces de cette maladie sont souvent l’association d’une psychothérapie et de médicaments. Au fil des siècles, l’état d’anxiété des Khmers avait une conséquence regrettable pour la société khmère : La « Peur » devient une règle de fonctionnement de notre société. Pour éviter des ennuis, dans la vie quotidienne, nous faisions des ronds de jambe (politesse excessive) vis-à-vis d’autrui dont le sourire khmer est en fait notre expression d’anxiété et de défense contre les risques de la vie quotidienne. Théoriser la race pure khmère, c’est comme nous demandons aux Khmers en état d’anxiété de plonger dans l’eau alors qu’ils ne savent pas nager.

 

Nous ne pouvons pas vivre en permanence dans le passé glorieux khmer. Il y a trois sortes d’Histoire d’une nation : Celle que les scientifiques expliquent aux autres des évènements notés dans les anciens livres, celle que les dirigeants ou les nationalistes exhument des faits ou des documents pour servir leur politique ou renforcer leurs théories et celle que le peuple se raconte qui n’est pas seulement une légende. C’est aussi un élément essentiel de la vie d’une nation, de son image collectif, de l’idée qu’elle se fait d’elle-même. M. Keng Vannsak, un Khmer érudit, inventait la quatrième forme d’histoire : Une hérésie fondée sur l’esprit de bon sens et l’esprit contestataire. Une belle théorie non publiée à la connaissance du grand public, parce qu’il avait peur d’être ridiculisé par les savants occidentaux. Il avait tort, à mon avis. L’histoire glorieuse de la période d’Angkor est racontée par les dirigeants de l’époque, elle pourrait cacher la misère et la souffrance du peuple khmer pour servir les ambitions politiques, comme la gloire de l’URSS qui cachait la souffrance des peuples de cette union. L’histoire racontée par le peuple khmer est dans les faits : un peuple d’esclave qui obéissait au pouvoir au doigt et à l’œil. Depuis des siècles, les hommes discutent des contradictions qui opposent liberté et oppression ou pouvoir et justice sociale ; ils ont pourtant, à travers ces débats, inventé la démocratie politique puis la démocratie sociale. Pourquoi rechercherions-nous à vivre dans le passé glorieux qui ne nous donne aucune base pour régénérer notre société pour le progrès et la modernité politique et sociale. La dimension de l’histoire pour une nation est une nécessité, à une condition que cette dimension soit tournée vers l’avenir.

 

Nous faisons appel à l’histoire, à la religion, à morale, aux traditions pour bâtir notre concept de la race pure khmère (Khmer Mean Pouch). Cela voudra dire un seul ordre ancien dans une société qui ait pourtant besoin tant de changement. Le retour d’aujourd’hui de l’ordre ancien s’inscrit dans l’esprit de préservation de notre tradition millénaire. Il ne faut pas nous en étonner que le nouveau ne soit pas annoncé. Notre société d’aujourd’hui est famélique, parce qu’elle manque de viatique pour se développer elle-même. Nous inventons de toutes sortes d’ennemis pour ne pas reconnaître que nos ennemis soient nous-mêmes. L’essentiel, et tout est là, est de désigner des ennemis plausibles qui ne soient pas les ennemis réels. Et il est difficile, alors de ne pas se demander, est-ce que cela  n’est pas, au fond, une erreur dans notre diagnostique. Stefan Zweig écrivait (La guérison par l ‘esprit) : « Combien peu d’hommes, en politique, en science, en art, en philosophie, ont le courage d’avouer nettement que leur opinion d’hier était une erreur et une absurdité ». Souvent nous demandons : « pourquoi notre société d’aujourd’hui est-elle devenues si malhabiles à tirer les leçons de son passé ? ». Et pourtant, nous disons souvent aussi que nous connaissions bien l’histoire, les mœurs de notre société : elle n’a plus de secret pour nous ; pourquoi, alors, nous continuer de commettre des erreurs ? Narcissisme alors ? La pureté de race khmère (Khmer Mean Pouch) s’inscrit dans l’esprit de passion de soi au passé ? Bien sûr, nous répliquons à ces questions : « les traditions consolident la nation khmère ». Les traditions sont le monde vécu, que François Dubet, appelle l’expérience, n’a plus d’unité ; non pas parce que la société contemporaine est trop complexe et change trop vite, mais parce que s’exercent sur les membres des forces centrifuges les tirant, d’un côté vers l’action instrumentale et vers l’attrait des symboles de la globalité et d’une modernité de plus en plus définie par la désocialisation, et de l’autre vers l’appartenance « archaïque » à une communauté définie par la fusion entre société, culture et personnalité. Il n’existait donc pas de rupture entre le monde vécu et le système social, écrit Alain Touraine (Pourrons-nous vivre ensemble ?). L’acteur et le système étaient en réciprocité de perspective ; le système devait être analysé comme un ensemble de mécanisme et de règles, l’acteur, comme dirigé par des valeurs et des normes intériorisées. Selon le concept du « Khmer Mean Pouch », nous supposons que le Khmer (acteur) soit conduit par des valeurs supérieures (normes) de la société khmère où il y a des codes (règles) de conduite bien définis. Les traditions sont du mécanisme de fonctionnement de la société khmère et la discipline de chacun à respecter ces traditions est la valeur intériorisée. La réciprocité est donc parfaite dans la construction du concept de « Khmer Mean Pouch ». Par ce concept, chaque khmer doit avoir une mémoire totale des traditions khmères. Mémoire culte : Mé-Bas (culte rendu aux parents, c’est-à-dire à ceux qui ont donné la vie) – Mémoire totem : Néang K’hing et le crocodile (culte des génies du sol et des eaux) – Mémoire religion (lien social se dit religion) – Mémoire société (la gloire de la période angkorienne). Cette façon de se laisser gagner, envahir, par ces mémoires, a un nom – que Nietzsche lui a donné : le « ressentiment » (souvenir d’injure avec désir de s’en venger). Ces souvenirs ont un but : redonner à la société une identité qu’elle n’avait plus. Bernard-Henri Lévy (BHL) écrit (La pureté dangereuse) : « Une société perd ses repères ? Elle ne sait plus qui elle est, ni ce qui la ressemble ? Qu’à cela ne tienne ! Elle réveille le sentiment national. Stimule la fibre patriotique. Elle ressuscite les valeurs les plus grossières et, d’une certaine manière, les plus anciennes – ce qui reste quand le reste flanche, ce qui tient quand tout s’écroule : cette identité bouée, cette identité recours, cette identité fruste, mais solide, qui est, à la lettre, dans ces situations, la dernière des identités ».

 

La société khmère a-t-elle perdu ses repères ? Pour y répondre, il est important de savoir quelles sont des repères dont nous voulons parler : la gloire d’Angkor ou les lumières de l’esprit ? Les siècles de l’Empire d’Angkor étaient-ils des siècles des lumières de l’esprit khmer ? Quand je parle des lumières de l’esprit, ce ne sont pas la philosophie du Bouddha, les connaissances dans le Véda, le génie du peuple khmer et les codes de conduite khmers, mais connaissances porteuses d’émancipation ou d’espérance adressées au peuple khmer qui vivait et vive encore dans la servitude. Je cite l’écrit d’Emmanuel Levinas comme BHL note dans son livre : « l’homme est libre par la loi, serf par la racine ». Je cherche en vain dans les connaissances anciennes khmères, la loi qui libère le peuple khmer de la pauvreté par la liberté d’entreprendre, en revanche je trouve abondamment des codes moraux qui l’enferment dans l’« obéissance ». Qu’il soit dévoué à ces codes corps et âme, tout dit, les répète et les réclame, ainsi le veut ces codes khmers : l’obéissance inconditionnelle aux coutumes : un bon enfant est un enfant qui se soumet à la volonté des parents (culte Mé-Ba) et un bon peuple est un inconditionnel du roi (culte dieu-roi), parce que c’est la tradition. Depuis l’adoption de la première constitution en 1947 par les premiers constituants khmers, la passion nationale auréolée de tout prestige de fierté par nos nationalistes était le temple d’Angkor Vat. Tous les régimes politiques de droite à l’extrême gauche adoptaient ce monument comme identité nationale ; Tous les politiques parlaient, évidemment, chacun dans son expression, de Khmer Mean Pouch, race bâtisseur du monument d’Angkor et ils croyaient que cette identité donne un repère à la société khmère pour bâtir l’avenir. Mais nous le savons que les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous.                 

 

Franchement, je n’y crois pas. Je m’en excuse auprès de mes amis qu’ils ont la foi. Je les trouve ambitieux et pessimistes. Et je voudrais tenter de dire d’un mot, pourquoi. Louis-Ferdinand Céline disait : « quand la gangrène a gagné l’épaule, c’est « foutu ». Avant on peut faire l’ablation du bras. Mais à l’épaule, c’est trop tard ». Le mal khmer est-il trop tard pour le soigner comme la France « foutue » pendant la seconde guerre mondiale, selon Céline ? Certains politiques khmers pensaient que dans vingt ans, le Cambodge n’existe plus. Il deviendra une province vietnamienne dont la nécessité de consolider la race khmère pour faire face à cette éventualité. Je dirais, s’ils continuent de penser ainsi, il est certain que cette éventualité devienne une fatalité. C’est par cette pensée qui nous rend sinistre. C’est par l’invention de la théorie de race pure khmère qui nous renferme dans une société inerte. Sauve qui peut, par cette pensée et cette invention, c’est le premier et dernier mot de notre pessimisme. À mon avis, le mal khmer n’est pas une gangrène, il est intellectuel. Il n’est pas trop tard pour obturer la faille de notre pensée. Cette faille la plus féroce, c’était celle de Pol Pot. Et nous savons qu’au premier coup de canon des Vietnamiens, il n’y a plus des Khmers Rouges pour défendre la fierté khmère.           

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 15:56

L’obsession d’« Antivietnamien » ?

 

L’obsession d’antivietnamien est-elle une valeur ?

 

Récemment j’ai lu un courriel d’un compatriote, adressé à sa communauté de pensée, dans lequel il écrit ceci : S’il fallait faire une autre guerre contre le Vietnam pour libérer le Cambodge, pourquoi pas ?

 

J’aime bien partager cet esprit coloré du patriotisme sincère, parce qu’il était le mien, mais je suis triste aujourd’hui de l’entendre, parce que ce propos ne représente pas la valeur de la pensée réfléchie khmère. On me dit souvent que nous, Khmers averti, ne connaissons pas assez l’histoire du Vietnam. Oh non ! Nous la connaissions très bien, parce que nous vivions dans son histoire depuis les siècles durant : L’annexion du Champa, du Kampuchéa Kron s’incruste dans notre mémoire collective.  En revanche ce que nous ne connaissions pas assez, c’est plutôt notre propre histoire : Nos forces, nos faiblesses, notre pensée, notre histoire tout simplement, parce qu’elle tout temps manipulée par les hommes du pouvoir depuis la nuit des temps. Il n’y a pas de vérité dans notre mémoire, il n’y a que de façon de voir. Le pourquoi, la date du 7 janvier 1979 est un sujet de controverse entre les Khmers. Les vainqueurs d’aujourd’hui perçoivent ce jour comme date historique, quant aux nationalistes khmers, ils le comprennent comme journée catastrophique pour la nation. Dans ce débat, les deux parties sont convaincus d’avoir raison, parce que toutes deux de bonne foi, mais cette affaire apporte-elle quoi de plus à la vérité ? Parce qu’il n'y en avait qu'une seule vérité que nous ne pouvions pas la renier : Il fallait qu’un pays se lève pour mettre fin à l’un des drames les plus insupportables de l’histoire de l’humanité. Pour renier à cette vérité, il faut que nous arrivions à expliciter les autres options de libération du peuple khmer de l’enfer khmer rouge par lui-même sans aide extérieure. Je ne dis pas que le peuple khmer fût libéré par l'armée vietnamienne, parce que la suite, tout le monde le savait, que le Cambodge a été occupé pendant dix ans par cette force. Après, il y a eu le 23 Octobre 1991, date à laquelle, l’ONU s’engageait à mettre fin à la guerre fratricide au Cambodge et à aider le peuple khmer à retrouver le chemin de la démocratie. Est-ce que c'est aussi la faute du Vietnam, même nous savions que son ambition à l’égard de notre pays est connue, si nous avons raté une occasion unique de faire entrer le Cambodge dans l’ère de la démocratie ? Pendant la durée du mandat de l’ONU, nous avions la possibilité par la cohésion sociale de bénéficier des fruits de la paix et de la liberté. Mais, la vérité à mon sens, c’est que nos dirigeants de tous les partis, à ce moment-là, ont privilégié leurs pouvoirs personnels sur la démocratie. Nous pouvons presque parler, ici, de trahison des élites de la mission que le peuple leur confie. Une partie des gens, qui dirigeaient le Cambodge à ce moment-là, n’avaient absolument rien fait pour promouvoir la démocratie.

 

L’obsession d’antivietnamien nous amènerait dans un terrain miné de frustration, si elle était évoquée uniquement pour exprimer notre nationalisme. Le vocabulaire « nationalisme » depuis des élections de 1993 ne faisait pas de recettes aux partis qui portaient son nom. Ce mot est vide de sens et le peuple khmer ne saurait même pas aujourd’hui qu’il représente quoi au juste comme valeur. Antivietnamien ? Anti-Hun Sen ? L’amour de la patrie ? Les intérêts de la nation ? Ceux-ci sont implicites. Il est difficile d’identifier leurs valeurs précises. Notre gesticulation du nationalisme culturel se manifeste depuis des siècles : Le même air d’antivietnamien pour aguicher notre patriotisme. La philippique de certains de nos compatriotes contre l’impérialisme vietnamien est sans doute justifiée, mais qui ne permette pas de mobiliser l’opinion internationale, parce que dans le monde d'aujourd'hui, ce langage soit peu ragoûtant. Le Cambodge n’ait rien à gagner dans ce discours violent, parce qu'il n'ait pas de force pour adosser sa détermination martiale. Il va falloir imaginer autres choses pour que notre nationalisme soit audible. Nous le savons bien que dans le combat de maintien de la nation khmère, ce n'est pas un combat d'esprits, c'est aussi gagner les cœurs des Khmers et des peuples du monde. Tant que nous n'arrivions pas à trouver d'autres moyens et d'autres méthodes pour défendre notre nation, celle-ci soit toujours menacée, d'abord par notre propre archaïsme et ensuite par la mondialisation.           

 

 

Antivietnamien constitue-t-il une valeur de rassemblement des Khmers ? Dans des siècles passés, pendant la république khmère et aujourd’hui encore, il ne présente pas aujourd’hui un slogan mobilisatrice de nos compatriotes. En revanche, il y aurait dans la pensée de chaque khmer une antipathie vis-à-vis des Vietnamiens. Mais cette antipathie, n’est pas du racisme. Elle est née au départ du choc de cultures entre les deux peuples, ensuite des guerres entre les deux nations et enfin de l’occupation de la terre khmère par le Vietnam. Ces trois éléments constituent au fil des siècles une force de suspicion permanente entre ces deux peuples qui sont condamnés toutefois à vivre côte à côte. Le Kampuchéa Krom (Cochinchine) est pour nous une image de l’impérialisme du Vietnam. Il s'inscrit dans notre mémoire. En effet, ce droit de mémoire est un devoir de tous les Khmers. Mais ce droit ne soit sûrement pas un obstacle infranchissable à surmonter dans des différends entre deux nations de voisinage : Problèmes de l’immigration incontrôlée, des frontières, le respect des droits de nos compatriotes Khmers Krom. Notre droit de mémoire ne soit non plus dévoyé en haine raciale. À mes yeux, cette haine n'est plus une force mobilisatrice des Khmers, parce que nous ne sommes plus un peuple homogène. Il faut accepter qu'aujourd'hui, 30 à 40 % des jeunes khmers sont nés des parents d'origine étrangère, chinoise, vietnamienne, française, américaine etc. Les discours des colifichets de supériorité de notre peuple ne convainquent plus personne, parce que la réalité est là. Depuis plusieurs siècles déjà, le modèle khmer est rétif. Notre pays se rétrécissait comme une peau de chagrin. De l'Empire à l'État perfusé d'aides pour survivre, il aurait besoin plus de cohésion sociale dans la société d'aujourd'hui qu'un dilettantisme. La vérité est que nous désirions être supérieur et mirobolant, mais est-ce pourrions-nous les prouver ? L'avenir de notre pays dépendait de notre capacité à nous ouvrir au monde, à ne pas nier la réalité, à ne pas prétendre offrir à notre peuple un modèle utopique, tel que celui d'Angkor. Je suis convaincu qu'un langage de vérité inciterait les Khmers à se mobiliser autour d'un projet réaliste. Nous n'avons d'autre issue aujourd'hui que de changer nos habitudes.

 

L’obsession d’antivietnamien nous enfonce dans une position défensive en permanence. Tout est faux venant du Vietnam pour nous. Les échanges économiques entre les deux nations sont vus aussi comme un danger. Ces échanges en fait ne représentent pas un danger pour notre nation, s’ils le font dans le respect des intérêts mutuels entre les deux pays, ils constituent au contraire un facteur de progrès économique pour notre pays. Le danger n’est pas dans les échanges économiques, il est plutôt dans la capacité de nos dirigeants à défendre les intérêts du peuple khmer dans le monde où il n’y a plus de frontières économiques entre les nations. Le Vietnam profite sans doute de la faiblesse du Cambodge. Mais, nous le savons bien que dans ce monde actuel, les plus riches profitent toujours les plus pauvres. On investit au Cambodge, en Bangladesh ou ailleurs dans le monde, parce que les mains d’œuvres dans ces pays sont moins chères ou il y a quelques choses à gagner. Au nom de realpolitik, le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique n’hésite pas de faire du commerce avec la Chine communiste. Comment imaginer qu’un petit pays comme le nôtre puisse embrasser la complexité d’un monde chamboulé sans être passé par la solidarité régionale, où se définissent tous les grands projets économiques et commerciaux ? Nous répétons toujours la même chose ce qu’il en est la domination vietnamienne, pas ce qu’il faut faire du Cambodge. Notre conception de la nation est "nation-race", laquelle ne s'adapte plus au monde sans frontière d'esprits et de progrès techniques de toutes natures. Pour suivre cette évolution, il va falloir inventer une notion à la vision française de la "nation-choix collectif" (mot inventé par le journaliste français Prévost-Paradol au XIXe siècle), parce qu'elle répond à la réalité de notre pays d'aujourd'hui. Je ne dis pas qu'il faut accepter ce qu'il n'est pas acceptable : baisser les bras devant l'ambition du Vietnam qui est par nature, impérialisme, nation de trois ky. Pour y faire face, il faut que le nombre des Khmers doit s'augmenter assez rapidement, écrit Noun Khoeun, historien khmer (Indochine en l'an 2000), pour maintenir un certain équilibre entre notre population et celui du Vietnam et la Thaïlande. Il faut que notre économie se développe et s'intègre dans l'économie régionale et mondiale. Trois chorus pour notre pays : Production, éducation nationale et redistribution.             

 

J’ai lu un courriel d’un jeune compatriote, adressé à son groupe de pensée : Il faut boycotter de lire tous les articles provietnamiens ou pro-hun sen ou opposés aux siens. Au contraire, il faut les lire davantage pour comprendre les autres opinions qui sont contraire aux siens. Je lis toujours en dernier des articles de mes amis. Et je lis deux fois ceux qui ne sont pas d’accord avec mes idées. Comme dit un sage chinois : Connaître bien l’ennemi, est déjà la moitié de la victoire. L’obsession d’antivietnamien ne devrait pas s’inscrire dans la voie de rejet total tout ce qui vient du Vietnam : Sa pensée, son économie, ses modèles de l’organisation de sa société, sa politique etc. J’ai relu les ouvrages parus en histoire politique khmère ces trente dernières années. Aucun ne parle pas le modèle khmer. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas. Nous pensons, nous, que les problèmes de déclin khmer découlent de la politique d’expansion du Vietnam et la Thaïlande faits depuis toujours. Nous croyons aussi qu’il est possible de retrouver la gloire khmère, à condition de renouer avec l’esprit de modèle de l’Empire d’Angkor. Je crois plutôt que le mal khmer soit la conséquence de la gestion du pays de nos dirigeants politiques de toutes les époques. Il faut se souvenir de ce qu’il s’était passé dans l’histoire de notre pays. Le dernier souvenir est le délire de flagellation nationale de Pol Pot, en pensant : Il faut prouver coûte que coûte que le peuple khmer être aussi bon que des Vietnamiens et il y a donc raison de lui forcer à travailler comme des bêtes. Pol Pot en a fait une question idéologique. Cette idéologie meurtrière m'ait rendu plus réaliste et au moins idéaliste face aux problèmes de mon pays.

 

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 06:42

Le début, et après ?

 

Impossible de savoir. Un proverbe qui dit : Après la pluie, c'est le beau temps. Ça dépend pour qui et pour faire quoi ? La peur de l'inconnu est humaine, mais le désir de changement est aussi humain. L'inconnu aurait toujours double face : le bien et le mal. Le "Bien", ça dépend pour qui et le "Mal" aussi et l'on voit qu'il y ait souvent le mélange entre les deux. Nous avons entendu parler du "Mal nécessaire pour faire du Bien" : Souffrir d'abord pour respirer le bonheur comme dans l'accouchement d'une femme. Le temps de souffrance est toujours long dans l'esprit de l'Homme, parce qu'elle est dans la nature des êtres vivants. Le temps de bonheur est court, parce que chaque chose à sa fin.

 

Chaque changement de saison, même de l'été à l'automne, l'Homme est toujours content, parce que dans le changement qu'il y ait toujours l'air du bonheur. Les feuilles vertes rancirent et tombent, c'est aussi un spectacle pour l'Homme. La couleur jaune est aussi jolie que le vert. Ça dépend pour qui ?

 

La Tunisie, qui sait prophétiser que demain ce pays soit démocratique ? L'Egypte dans le chambardement, qui sait prédire que demain le peuple égyptien ait la liberté ? Espérons-le ! On parle de la révolution du peuple. Mais, j'ai toujours peur de voir le peuple en machette que des policiers en fusils d'assaut. Mais je suis aussi heureux de voir des gens ordinaires qui défient au risque de leur vie le pouvoir dictatorial. La joie et la peur, le mal et le bien font toujours parties de la vie.

 

Mais dans la vie, quand le mal est insupportable et n'ayant rien à perdre, des gens pourraient faire n'importe quoi. La révolution, le révolte, l'insurrection, la rébellion et tous les autres noms qui s'expriment la colère. Et après ? C'est pour revendiquer la joie de vivre. C'est quoi au juste ? Le bien-être. Et après ? Liberté, démocratie et toutes les sentences de la politique.

 

Prenons la démocratie comme sujet à philosopher. Jacques Attali a écrit (Express – n° 3107, Janvier 2011) sur la démocratie en Tunisie : "Pour qu'une révolution se transforme en une réelle démocratie, elle doit réunir cinq conditions :

 

  1. Une bourgeoisie formée et puissante ;
  2. Une armée laïque (je préfère plutôt le mot "indépendante" du pouvoir) ;
  3. Une jeunesse n'ayant rien à perdre ;
  4. L'absence de leader populiste charismatique ;
  5. Un environnement international favorable.

 

Bien sûr, il y a toujours un début. Et après, c'est toujours l'inconnu, parce qu'il soit difficile de réunir les cinq conditions de M. Attali dans des pays où le mot "nouveau" est ancien comme disait Edgar Quinet (1803-1875), écrivain et historien français :"Ils (les hommes nouveaux) ont ramassé l'arme du passé pour défendre le présent. Ces hommes nouveaux redeviennent subitement à leur insu des hommes anciens". Ça ne marche jamais cette démarche. Les exemples ne manquent pas au Cambodge ou ailleurs.

 

Le début est toujours euphorique. Et après, c'est l'inconnu ? Parce que dans la démocratie, il y ait plusieurs parangons de solution. Et l'on sait que chaque discours a son utopie et si on y prend comme une réalité, la conséquence pourrait être catastrophique pour l'humanité : L'utopie des Khmers Rouges. Le Début est souvent spontané, mais Après doit être préparé. Jamais au hasard pour éviter le pire, parce que celui-ci arrive trop vite. Nous le savons que la révolution soit toujours une pulsion adolescente, mais le gouvernement d'un pays doit être une aspiration savante. Le début et après, les deux doivent être ensemble. 

                

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 18:48

Cambodge 2011 : Quels sont les enjeux ?

 

Le taux de croissance prévu en 2011 (PIB en volume et en pourcentage) :  6 % (4 % en 2010). (Laos : 7 % ; Vietnam 6,5 %).

PIB 2009 en millions de dollars US : 10. (Laos : 5,9 ; Vietnam : 91,9).

PIB 2009 par habitant : 675,7 $US. (Laos : 936,5 ; 1052,7).

Nombre de population recensé en 2009 : 14,8 millions d'habitants. (Laos : 6,3 ; Vietnam : 87,3).

Sources : FMI, OCDE, la Banque mondiale, l'ONU.

 

Je ne fais pas commentaire sur ces chiffres, parce que je ne suis pas un économiste. J'espère que les accords de partenariat économique avec la Chine apportent au peuple khmer un peu plus de bonheur et de bien-être pour l'année 2011. De 1991 à 2011, deux décennies sont déjà passées comme une vitesse de foudre. Pendant ces vingt années écoulées, quatre mandats parlementaires, le Cambodge économique, sociale et politique change son allure.

 

En 1993, il redevient une monarchie constitutionnelle. Un régime de démocratie libérale ayant un roi à la tête de l'État, lequel est élu par les grandes personnalités du royaume. Le pays est dirigé par un Premier Ministre. Celui-ci est aussi chef de la majorité parlementaire. Un régime politique classique du genre du Japon et des Royaumes-Unis. Les prochaines élections législatives sont prévues en 2013. Donc, l'année 2011, la bataille électorale n'est pas un enjeu politique, car il reste encore plus de 24 mois avant la fin du mandat de l'Assemblée nationale actuelle. En effet, les opposants du pouvoir actuel, c'est-à-dire une partie de la diaspora khmère et les laissés-pour-compte par le gouvernement royal continuent de critiquer la politique de Hun Sen. Quant aux parties de l'opposition parlementaire, elle fait de son mieux pour être reconnue toujours comme partis de l'opposition par les pays occidentaux et les Etats-Unis d'Amérique. Sous cet angle, nous concluons que la bataille politique à l'intérieur du pays ne soit pas non un enjeu pour l'année 2011. Par ailleurs, nous savons que l'amitié entre le Roi-Père et les hommes du pouvoir d'aujourd'hui est un roc inébranlable. Il me semble que le peuple khmer n'attend plus Preah Bat Thomeuk, le rédempteur, qui descendra du ciel (quand ?) pour lui apporter la prospérité. Il n'y a pas non plus un héro en vue en 2011 pour réchauffer la foule de son nationalisme. Encore une phrase de Stefan Zweig (Conscience et violence) à rappeler au peuple de toutes les nations : "Pour pouvoir être déifié par la foule, il faut avoir été un martyr, et seules les persécutions infligées par un système haï…". Sam Rainsy, leader de l'Opposition, est-il un martyr ? Le régime actuel dont le Roi-Père serait le défenseur intrépide depuis Beijing, sa résidence de retraite médicalisée, est-il un système haï ? Je n'en sais rien. Stefan Zweig écrivait encore : "C'est à l'exil que presque tous les héros populaires de l'histoire doivent la puissance d'attraction qu'ils ont exercée sur leurs contemporains : l'exil de César en gaule, de Napoléon en Egypte, de Garibaldi en Amérique du sud, de Lénine en Sibérie, leur a donné une force qu'ils n'eussent pu espérer s'ils n'avaient jamais quitté leur pays". Espérons que Sam Rainsy et les leaders de la diaspora, opposants du régime, en soient de même.          

 

S'il n'y avait pas les enjeux politiques, je crois qu'il n'y ait pas non plus les enjeux sociaux. Les Khmers continuent de vivre normalement comme en 2010. L'écart entre les pauvres et les riches s'agrandit encore plus pour l'année 2011. Je constate que le nombre de la classe moyenne diminue beaucoup, parce que la crise mondiale passe aussi au Cambodge. Ceci est un défi du gouvernement royal pour stabiliser les effets négatifs de cette crise sur la vie sociale du pays. Trois leviers à tirer donc dans cette situation : Lutter contre la corruption, assurer la justice élémentaire des citoyens et distribuer équitablement les fruits de croissance économique qui est encore à 6 % pour 2011, par rapport à la Thaïlande dont le taux est de 3%. Dans la crise politique thaïlandaise, le Cambodge pourrait devenir un leader dans le domaine touristique en Asie Sud-Est. Un substitut de paradis thaïlandaise dans du tourisme culturel, balnéaire et historique. Et nous le savons que dans ces domaines, les richesses du pays offrent la possibilité d'être le meilleur. Tout dépendant de la volonté du gouvernemental actuel.

 

À 14,8 millions d'habitants, le Cambodge n'est pas encore un pays surpeuplé. Les Khmers nés en 1991 ont 20 ans d'aujourd'hui et ceux qui sont nés après la fin du régime de Pol Pot ont 32 ans. Ils sont jeunes et représentent plus de 60 % de la population du pays. L'avenir du pays dépend d'eux et pour eux. Donc l'année 2011 est l'année pour la jeunesse. Pour les pessimistes, le Cambodge est une comme branche morte. Mais cette branche condamnée depuis déjà longtemps fleurit toujours. Elle continue de donner des belles fleurs de l'espoir. Espérons le que 2011, le Cambodge soit prospère : Roi, Ancien Roi, Gouvernement, l'Opposition et le Peuple. Bonne année à tous que 2011 vous apporte la santé, la longévité et le bonheur. 

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 05:33

 

Chine-Vietnam : La Chine a-t-il un différend avec le Vietnam à propos du Cambodge ?

 

Dans l'histoire du Vietnam ancien, connu sous le nom de Dai-Viêt, celui-ci avait tenu compte de la Chine dans leur politique extérieure, parce que les Vietnamiens ont longtemps revendiqué pour leur pays, face aux exigences jamais abandonnées par les Chinois d’imposer leur suzeraineté, un statut de souveraineté égal à celui que s’attribue habituellement l’Empire du Milieu. Nous le savons qu'au XIe siècle, la dynastie des Lý du Vietnam avait fait savoir explicitement de son statut impérial à celle des Song de la Chine. Pour la première fois, l’Empereur chinois, en 1164, dans le cadre de la politique d’apaisements des relations tendues avec le Vietnam, avait accordé la promotion du monarque vietnamien au rang de « quÓc vúòg » (Vassal externe). Cette reconnaissance donnait donc un statut du Vietnam d’un Royaume distinct du système administratif impérial de la Chine. L’acceptation de cette vassalité toute formelle dans les relations diplomatiques avec la Chine va être la ligne de conduite suivie par les souverains vietnamiens, afin d’éviter l’ingérence chinoise dans leurs affaires intérieures.

 

Le Vietnam comme la Chine, se place sa société policée au « centre » par rapport aux populations barbares de la périphérie. Il faisait la différence entre ceux qui habitent à l’intérieur de ses frontières, sous contrôle administratif et militaire plus ou moins permanent, et ceux qui vivent au-delà de ses confins. Par conséquent, il admettait, en dehors du Royaume, il existe des systèmes politiques instables, et dont la turbulence des dirigeants représente un risque pour la sécurité de son espace frontalier. La prétention des souverains vietnamiens à la prééminence culturelle dans leurs relations avec les pays limitrophes ne saurait masquer la crainte qu’ils ont toujours éprouvée envers les pays à l’ouest et au sud, constituant un désordre de territoires souvent agités de troubles. En fait, comme le contrôle de l’intérieur du territoire étatique implique prioritairement l’action à la frontière, ce sont des rapports de forces militaires qui ont fréquemment prévalu. Et, même après que les monarques vietnamiens se sont sentis assez puissants pour s’arroger un rôle spécial dans les affaires de leurs voisins, les zones frontalières demeurent ainsi des zones de tensions et de conflits. Ce concept de sécurité intérieure du Vietnam constituait une doctrine géopolitique des souverains vietnamiens, selon laquelle l’espace vietnamien est contenu à l’intérieur de frontières montagneuses prédéterminées par le Ciel et permanentes. La tâche des souverains vietnamiens doit être donc d’assurer leur défense en vue de légitimer leur autorité. La résignation de défense des frontières du Royaume est considérée comme une renonciation du droit de régner. Il en résulte toutefois de cette doctrine géopolitique s’inscrit dans le cadre de la sécurité des frontières, les souverains vietnamiens avaient besoin d’attaquer les puissances rivales afin de conserver le contrôle de leur propre sphère d’influence, par exemples : la conquête du Champa. En 1471, les Vietnamiens s’emparent le Vijaya, la capitale du Champa, l'invasion des États lao en 1479 et enfin, la marche vers le Sud pour conquérir la Cochinchine (Kampuchea Krom) dans le courant du XVIIIe siècle. À chaque conquête, ils adoptent officiellement le discours moraliste des empereurs chinois en matière de relations extérieures, en opposant le « civilisé » contre le « barbare ». Les invasions des Vietnamiens communistes du Cambodge en 1970 et 1979 ne sont que la poursuite de l’application de la doctrine géopolitique millénaire des souverains vietnamiens par des dirigeants vietnamiens de l’époque. Le Cambodge et le Laos sont aujourd’hui sous l’influence vietnamienne n’est qu’à la traduction, encore une fois, de cette doctrine dans la réalité. Les conditions de domination vietnamienne changent aujourd’hui dans son application par rapport au passé, laquelle ne comporte qu’un élargissement, non une modification de cette doctrine.  La Chine ferme toujours les yeux et peut-être soit heureux des épopées vietnamiennes.

 

Depuis la Chine reconnaît officiellement la souveraineté vietnamienne en 1164, après une longue période de conflit armé, les relations entre ces deux pays se stabilisaient. La Chine avait toujours laissé le Vietnam de poursuivre sa politique de conquête territoriale tant que celui-ci ne lui menaçait pas ses frontières. Elle ne se prononçait pas contre la politique expansionniste vietnamienne.  Bien sûr, de temps à autre, il y avait des escarmouches entre les gardes de frontières de ces deux pays, la dernière s'était produite en 1979, mais celles-ci étaient limitées dans un espace réduit et se terminaient toujours par trouver une solution pacifique entre les frères de culture.

 

Nous le savons que la Chine et le Vietnam partagent la même culture, la même tradition administrative et la même pensée politique depuis millénaire. Ils s’admirent l’un l’autre et se respectent mutuellement. La Chine regarde le Vietnam comme un bon communiste et une nation mature qui sait se défendre contre la Chine impériale, les colonialistes français et les impérialistes américains. Quand au Vietnam, il regarde la Chine avec l'appréhension et le respect. L'appréhension, parce qu'il a des frontières communes avec une puissance économique mondiale et un pays où habitent plus d’un milliard d’habitants. Le respect, parce que la Chine ait toujours un modèle pour la nation vietnamienne et un défenseur inconditionnel du peuple vietnamien dans sa lutte pour l'indépendance nationale contre la domination étrangère. Depuis toujours, la Chine et le Vietnam aient une même cause à défendre : Préserver le Communisme dans un monde où la démocratie gagne de plus en plus le terrain. Je suppose donc que ces deux pays soient toujours ensemble, hier et aujourd’hui, quoiqu'il y ait des différends dans leurs politiques étrangères. L’approchement du Vietnam au côté des États-Unis, par exemple. Mais, si nous suivons un petit peu la politique étrangère de Hanoï depuis la première guerre d’Indochine, nous constatons que le Vietnam du Nord ait toujours cherché un contrepoids dans ses relations avec la Chine, son voisin et frère de culture. Il avait été avec l’URSS pendant sa guerre de libération nationale, non pas pour être ennemi de la Chine, mais pour avoir un soutien plus large dans le monde communiste. Ce choix ne gênait pas du tout de la Chine, au contraire, elle encourageait son frère de culture à fréquenter le plus grand nombre possible des pays antiaméricains, avec lesquelles la Chine pût jouer sa diplomatie, parce qu’elle aide aussi le Vietnam. Mais quand la guerre au Cambodge s’éclata en 1970, après la destitution du Prince Sihanouk, une différence entre ces deux frères de culture surgissait dans leur option d’aide du Prince Sihanouk et ses alliés Khmers Rouges à combattre contre la République khmère. La Chine désirait, une fois que la force armée communiste khmère soit opérationnelle sur les champs de bataille, Hanoï doit laisser une autonomie totale à cette armée khmère de conduire sa propre guerre. Le Vietnam du Nord n’y était pas favorable. Il voulait intégrer cette force nouvelle dans sa stratégie globale sur le théâtre des opérations militaires en Indochine dont Hanoï assure le commandement unique des trois forces armées (Vietnam, Khmer, Lao) en lutte contre les camps des impérialistes américains. Après la signature des accords de paix du Vietnam à Paris en 1973 (27 Janvier), Hanoï céda à la Chine en laissant les Khmers Rouges d’avoir leur propre politique de conquête de pouvoir. Le désaccord entre la Chine et le Vietnam du Nord fut donc réglé. Après la victoire des Khmers rouges en 1975, la Chine était le seul maître à bord du Kampuchea où toute espèce de liberté a cessé d'exister. Le parti communiste khmer sinisé avait non seulement le droit, mais aussi le devoir d'imposer une soumission totale à tous les Khmers, même de tuer sans procès la simple tiédeur. La Chine était donc le prédicateur de Pol Pot pendant les trois années de règne de ce dernier.   

 

Après la victoire du Vietnam du Nord sur celui du Sud, Hanoï se décida de retirer ses troupes du Cambodge. Bien entendu, ce retrait était effectué hors de frontières tracées par Hanoï, non pas celles qui sont reconnues par les instances internationales. D’où étaient nés les conflits territoriaux entre le Vietnam unifié et le Kampuchea démocratique de Pol Pot. Cette crise frontalière aboutit sur une guerre entre ces deux pays, dont le Vietnam était vainqueur et occupait le Cambodge pendant dix ans. La Chine était surpris par l’audace et la victoire rapide des Vietnamiens sur ses protégés. Elle en était tout à fait incapable de faire quoi que ce soit pour protéger le Cambodge affaibli par la politique d'auto génocide. Dans cette guerre, on n'ait l'impression que la Chine laisse à désirer les soldats de Pol Pot face aux blindés vietnamiens. Et nous le savons que sans la communauté internationale qui condamnait l'occupation vietnamienne du Cambodge, il est certain qu'il n'y ait pas eu la résistance khmère à la frontière khméro-thaïlandaise. Sans l'effondrement de l'URSS, il est certain aussi qu'il n'y ait pas eu le retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge. Dans cette histoire, les Khmers ont droit de se poser la question : Est-ce que le Cambodge sous l'influence vietnamienne est-il vraiment un obstacle dans les relations fraternelles sino-vietnamiennes ?

 

Observons les attitudes de la Chine vis-à-vis du Cambodge depuis 1955 jusqu'en 1993. Les petits détails qui révèlent la face cachée de la Chine dans ses relations fraternelles avec le Vietnam :

 

Vers les années 50, Chou Eng Lay, alors Premier Ministre de la Chine exhortait le Prince Sihanouk à renoncer les aides économiques et militaires américaines, mais non pas d'en donner une compensation. À l'aune de la Chine, le Prince Sihanouk plaçait l'économie khmère sur la voie socialiste qui amenait le pays quelques années plus tard à la faillite. Ce choix, il s'agissait de transformer un pays comptant d'innombrables atouts en un raide mécanisme de développement sans perspective d'avenir. L'armée khmère était laissé à l'abandon au moment où la Thaïlande et les deux Vietnam Nord et Sud se modernisaient les siennes. La démocratie était jetée à la poubelle pour faire rayonner la dictature. Stefan Zweig écrivait dans son livre, intitulé Conscience contre violence :

"Il faut toujours un certain temps avant qu'un peuple remarque que les avantages momentanés d'une dictature, que sa discipline plus stricte et sa vigueur renforcée sont payés par le sacrifice des droits de l'individu et que, inévitablement, chaque nouvelle loi coûte une vieille liberté".

À partir de 1968, le Cambodge était paralysé. L'économie était en crise profonde et le pays était occupé par des forces communistes vietnamiennes de 65 000 hommes. Que faire ? Avec le Prince Sihanouk, on n'a pas le choix : il faut ou le combattre ou se soumettre entièrement à lui. Les hommes du 18 mars ont fait leur choix de le combattre. D'où la naissance des évènements 18 Mars 1970.

 

À partir du 18 Mars 1970, la Chine exhortait à nouveau le Prince Sihanouk à se venger avec l'aide des Viêt-Cong, sobriquet des soldats du Vietnam du Nord. Beijing autorisait le Prince Sihanouk à rester en Chine pour présider un gouvernement d'union nationale en exil.

 

Après l'invasion des troupes vietnamiennes du Cambodge en 1979, Beijing soutenait la résistance khmère contre la force d'occupation, mais les dirigeants chinois n'auraient pas souhaité que le Prince Sihanouk résidât en Chine pour ne pas compromettre leurs relations fraternelles avec leurs homologues vietnamiens. Le Prince Sihanouk, Chef de la résistance des forces royalistes devait partir habiter en Corée du Nord durant la période de guerre, dite de libération nationale.

 

À partir de 1993, quand l'amitié entre le Prince Sihanouk et les dirigeants vietnamiens est renouée, le Prince est autorisé, à nouveau par l'autorité chinoise, à habiter en Chine comme un retraité après presque un demi-siècle que celui-ci avait rendu des services à la Chine. En fait, depuis toujours, le Cambodge n'est jamais un problème dans des relations fraternelles entre la Chine et le Vietnam, frères de culture et d'idéologie.

Le rêve du peuple khmer d'être aidé par les Chinois ne soit qu'une illusion. Pour la Chine, le Vietnam est toujours son frère de culture. 

 

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 06:04

Chine- Cambodge : L'Idéologie et la Realpolitik

 

Dans la mondialisation, sauf la Corée du Nord, un régime nerveux et imprévisible, la Chine Populaire change son allure et son langage, quand il s'agit des intérêts économiques du pays. Mais la Chine fait comprendre à tous ses partenaires économiques, grands ou petits, qu'il est toujours un État communiste pur et dur et son ennemi de classe est toujours celle du capitalisme. Marx, Engel et Lénine sont toujours honorés par le Parti Communiste Chinois (PCC), comme dogme, mais dans la pratique, celui-ci doit être adapté au contexte du moment.

 

Trois politiques menées par le PCC, lesquelles sont différentes, mais cohérentes dans le cadre de la mondialisation : Politique intérieure, fondée sur une idéologie communiste ; Politique extérieure, fondée sur le pragmatisme et Politique économique, fondée sur la realpolitik.

 

Je n'ai pas besoin d'entrer dans le détail de la politique intérieure de la Chine, parce que nous connaissions tous par cœur les fondamentaux de l'idéologie communiste, vrai matamore qui incite la lutte des classes et la révolution. Je n'ai pas besoin non plus de l'éplucher, car son bilan est catastrophique pour l'humanité. Cela est sans doute en contradiction avec Marx. Celui-ci se contredit aussi lui-même : "Aucune révolution ne vaut la vie d'un homme, puisque sa finalité est de le libérer". J'essaie donc de répondre aux questions suivantes : Quel est le fond idéologique du Communisme, La dictature. Quel est le culte idéologique d'un Communiste ? Le pouvoir, Quel est son dieu idéologique ? Joseph Staline (1922-1953).

 

En matière de la politique extérieure de la Chine, nous le savions qu'elle soutienne tous les régimes totalitaires dans le monde : La Corée du Nord, le Cuba, la Birmanie, de certains pays africains etc. et les autres pays, dont l'obsession antiaméricaine s'est affichée. Elle dénonce l'impérialisme de l'oncle Sam, mais elle n'avait pas hésité à envoyer ses soldats pour occuper le Tibet. Cela, n'empêche pas qu'elle participe aux forums internationaux où l'on discute les droits de l'Homme, la liberté de culte, et toutes les affaires touchant au progrès de l'humanité, par exemple, la santé publique, l'environnement etc.

 

Quand il s'agit des affaires économiques, la Chine est amie de tout le monde, y compris le Taiwan, son opposant territorial, les Etats-Unis, son opposant idéologique, la Russie et l'Inde, ses opposants frontaliers. La Chine est une banquière mondiale. Elle prête même son argent disponible aux hommes d'affaires américains. Elle investit dans le vin français et les industries de loisirs comme le Club Méditerranée dont le fils du Président Giscard d'Estaing est le PDG. La Chine est partout dans le monde. En Afrique, son aide économique et ses investissements en capitaux comme partenaires avec les agents économiques locaux sont en vitesse de TGV, mais ce n'est pas celui de la SNCF, mais celui de la marque chinoise. En Asie, on ne voit que les enseignes chinois partout dans les grandes villes. Elle est reconnue aujourd'hui comme une des grandes puissances économiques du monde. 

 

La Chine est membre du Conseil de Sécurité de l'ONU, avec ce statut, elle peut mettre son veto à toutes les décisions concernant les grandes affaires de la planète. Avec son pouvoir économique et son pouvoir politique international, elle joue parfois un rôle de fauteur de troubles dans les pays où la démocratie n'est pas une priorité, de gardien de l'idéologie communiste, après l'effondrement de l'URSS et d'usurier dans l'économie mondiale. Partout où elle amène ses capitaux pour investir, il est certain qu'elle se comporte d'abord comme une nation commerçante, ensuite comme une puissance mondiale et enfin comme anti-capitaux des pays occidentaux. La Chine n'amène jamais la démocratie en Afrique et en Birmanie. Je ne crois pas qu'elle jouera un rôle de contrepoids servant à contrebalancer le poids vietnamien au Cambodge. La Chine commerçante est déjà au Cambodge depuis 1993, mais sa présence mercantile n'aide pas ce pays à faire avancer sa démocratique et empêcher le Vietnam d'être un lion qui fait trembler les Khmers et qui empiète leurs terres. La Chine comme partenaire commercial du Cambodge n'est pas non plus négatif pour l'économie khmère, mais il ne faut pas attendre d'elle de rien plus, ni rêver qu'elle fasse baisser la température du pouvoir actuel. Bien sûr, la statue d'airain de la Chine nous fait toujours rêver d'être son ami depuis la conférence de Bandung en Indonésie (18 au 24 avril 1955). M. Chou Eng Lay, alors Premier Ministre de la Chine Populaire, avait fait une promesse au Prince Sihanouk que son pays aide le Cambodge à se développer, à se protéger contre toutes formes d’agression venant de ses pays voisins et des pays impérialistes, petits ou grands. Je constate que cette promesse ne soit qu'une simple conversation de courtoisie entre le grand éléphant chinois et le petit chevreuil khmer, parce que le lion vietnamien continue de régner sur le territoire khmer. Aide toi, le ciel t'aidera, c'est mon dernier mot d'un pessimiste éternel quand j'entends que mes compatriotes continuent de voir la Chine comme un messie. Pour moi, la Chine faisait depuis toujours plus de mal que du bien au peuple khmer.   

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 10:30

Un pays sans héros national

 

Un jour, mon fils m’a posé une question : Papa, qui était le héros du peuple khmer ? Franchement, je ne savais pas quoi lui répondre. Mais, soudain, un nom qui vient à mon esprit, lequel est connu par des Khmers de toutes les couches sociales, ce nom est « A Chhey ». C'est un personnage célèbre dans le conte khmer, lequel est souvent raconté par les grands-pères aux petits enfants pendant les vacances scolaires.

 

L’histoire est résumée ceci : « A Chhey  trouve toujours des solutions, ou des réponses à tous les problèmes posés et ose même affronter directement à l’autorité, supérieure, royale et impériale (empereur de Chine). Même dans des situations difficiles, il trouve toujours des astuces pour s’en sortir. Les riches et les dignitaires du Royaume le prennent comme un débile, mais le petit peuple le considère comme un être intelligent. Il vient souvent lui demander conseil à chaque fois qu’il fait face à l’injustice du seigneur du village ».

    

Après quelque instant d’hésitation, la honte m’était saisi, je me dis, je ne vais pas quand même lui répondre que le héros du peuple khmer est le personnage d’un conte à dormir debout. Mon fils s’était aperçu de mon inquiétude de lui donner une réponse spontanée, il a essayé de m’aider en citant quelques noms connus par les hommes instruits : Jayavarman II, Jayavarman VII, Ta Trasak Piem (le roi concombre succulent), Ponhea Yat, Neak Ta Klaing Meung, Sdach Kân, Song Gnoc Thanh, Norodom Sihanouk, Lon Nol, n’est-ce pas ? Je me dis : « Bon sens, depuis quand, il est l’adepte de l’histoire khmère ».

 

À ce moment précis, mon esprit était envahi par une angoisse. Je me dis, si je répondais à mon fils que mes préférés étaient Son Gnoc Thanh et Lon Nol, il est certain que les Sihanoukistes me désignent de traître à la nation et les intellectuels me cataloguent de pourriture. Si j’entendais dire que Sihanouk est le préféré des Khmers, je me dis que dans cette affirmation, il y ait un déficit d’intelligence. Si nous prenions des Jayavrman comme repère, cela provoque un débat sans fin sur l’utilité de la construction des temples de dieux. Si quelqu’un suggérait le nom du roi concombre succulent, Neak Ta Klaing Meung, Ponhea Yat et Sdach Kân, les historiens français le disent sans ambages, c’est une légende. Avec toutes ces contradictions, je me dis, comment faire pour qu’un nom cité soit un nom d’un héros national ? Les secondes se passaient dans le silence, je ne savais toujours pas quoi répondre la question à mon fils. Que c’est dur pour moi, un Khmer, qui se trouve au milieu de nulle part dans l’histoire de son propre pays qui ne fournit aucun nom d’un héros national. Je suis certain, que Chaque Khmer soit seul devant l’histoire de son pays, parce que celle-ci ne soit jamais enseignée. L’enseignement de l’histoire au Cambodge de tous les régimes politiques est toujours un instrument de propagande de pouvoir. Chaque régime à son héros et une date à commémorer. Si mon fils était royaliste, je pense qu’il prenne le Prince Sihanouk comme son héros. 

 

Les enfants Khmers apprennent les leçons d’histoire de leur pays comme une récitation. Les adultes instruits lisent les livres d’histoire khmère en français ou en anglais sans réaction. Les chercheurs khmers de haut vol passent leur temps à traduire des textes khmers en langue de leur directeur de thèse pour obtenir le grade de docteur en histoire. Les plus malins font de compilation des morceaux de textes ou de livres rares pour faire un manuel d’histoire. Moi-même, depuis plusieurs années, je fais comme tous les autres. Alors quel est le mal ? Le mal est que l’histoire de notre pays connue jusqu’à aujourd’hui est une histoire sans mémoire. Dans une histoire sans mémoire, comment pourrais-je obtenir une réponse à la question de mon fils ? Je laisse donc ma réponse en suspens. Je pense qu’un jour, nous, Khmers, trouverons ensemble une réponse à cette interrogation. Sinon, dans quelques années, le héros national khmer sera le Président Ho Chi Minh ou Mao Tse-Tung.   

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 03:50

N° 3

 Face à M. Khieu Samphan

Par Sangha OP

 

Cliquez sur le chiffre pour lire le N° 1, N° 2.

 

 

Avant-propos de M. Khieu Samphan

 

M. Khieu Samphan commence son livre dans l’avant-propos d’insulter la mémoire des Khmers victimes du crime commis par les Khmers Rouges. Quelle arrogance de déclarer que les victimes ont déjà oublié ce crime et s’engagent dans la voie de l’analyse et de la réflexion sur les évènements et leur contexte. Il oublie facilement à la date du 27 novembre 1991, à Phnom-Penh qu’il a failli être lynché par les manifestants. Ce geste était pour but de le montrer que le peuple khmer n’est pas un troupeau d’animaux qu’on peut tripoter avec les gens malpropres comme dans le cas des Khmers Rouges dont M. Khieu Samphan est le représentant.

 

 

Quelle arrogance d’affirmer aussi que les Khmers Rouges, malgré leurs crimes contre l’humanité, demeurent dans leur essence à ses yeux une force nationale. C’est cette raison pour laquelle, M. Khieu Samphan affirme enfin qu’il continue de collaborer avec cette force et comme toutes les forces qui luttent contre l’ingérence étrangère.

 

Oui j’aimerais analyser et réfléchir à haute voix avec M. Khieu Samphan concernant comme il dit « mes prises de position » sur les évènements dans lesquels un tiers de la population khmère trouvait la mort. Ayant entendu ses propos, je suppose que ce dernier soit encore dans ses souvenirs de gloire de la force des Khmers Rouges, appelée par lui la force nationale, qui assassinait la population nationale khmère en toute liberté. Mais je sais que cette force pliait bagage en quelques jours devant les attaques des troupes vietnamiennes. Ceci me permet de penser que cette force « nationale » de M. Khieu Samphan était une bande des assassins qui s’intéressait seulement à tuer des faibles, mais elle s’enfuyait avec une vitesse de TGV aux bruits des blindés de son ancien maître. Sur ce point, je me dis que M. Khieu Samphan a des vues un peu bizarres. Voilà un homme qui prétend chercher la vérité et n’est pas foutu de connaître le bien et le mal. Ce n’était pas très aimable mais ça traduit un état d’esprit.

 

M. Khieu Samphan fait semblant de ne pas comprendre que la lutte contre l’ingérence étrangère contre le Cambodge est une lutte nationale, pas celle d’un parti. La force des Khmers Rouges était une force de parti, appelé le Parti Communiste du Kampuchéa dont l’objectif premier était de défendre le parti. Quant à la lutte nationale, elle a besoin la participation de la population tout entière. Cette participation constitue en effet une force nationale : Des forces armées et la population. La force des Khmers Rouges ne pouvait pas être une force nationale, parce qu’elle tuait la population. J’ai lu le mémoire d’études de Science Politique[1] (1) de M. CHHIM Khet, qui traite le sujet des forces armées des Khmers Rouges, appelée au temps de guerre 1970-1795, « les Forces Armées Populaires de Libération Nationale du Kampuchéa ».  J’ai lu aussi les mémoires du Maréchal Chu Teh, intitulés « la longue marche »[2](2). Et je constate en lisant ces deux mémoires que l’organisation des forces armées des Khmers Rouges n’était qu’une copie conforme de celle des forces armées de la République Populaire de Chine. Je suppose donc qu’il y ait eu une ingérence de la Chine dans la formation des forces armées des Khmers Rouges. Nous savions que les Khmers Rouges avaient besoin des Chinois et surtout des Communistes vietnamiens pour combattre contre les forces armées nationales khmères dont la mission était de combattre contre les forces d’occupation communistes vietnamiennes, les amis de M. Khieu Samphan. En effet, M. Khieu Samphan a pris de position en considérant les ennemis de ses amis vietnamiens communistes comme une force du mal. Mais le mal que l’Armée nationale Khmère a fait, était quoi au juste ? Elle a défendu l’intégralité du territoire khmer, parce que le Cambodge était occupé par 65 000 soldats de l’oncle Ho. Chaque Khmer est libre d’en juger selon sa conscience. M. Khieu Samphan doit savoir que la force des Khmers Rouges dont il parle, était une force, non pas seulement qui était incapable de défendre l’intégrité territoriale khmère, mais elle était aussi incapable de défendre l’indépendance nationale. Elle était donc responsable de l’occupation vietnamienne pendant 10 ans.

 

M. Khieu Samphan poursuit son soutien aux Khmers Rouges, après avoir reconnu que ceux-ci ont commis les crimes abominables contre le peuple khmer. Cette prise de position est une preuve irréfutable de sa participation à ces crimes. On ne peut tout de même pas accuser les méfaits des Khmers rouges en restant leur allié. Dès après le génocide, cette prise de position de M. Khieu Samphan est aussi sa volonté de poursuivre la politique des Khmers Rouges à l’identique. Le Prince Sihanouk, M. Son Sann et un certain nombre des intellectuels khmers s’engageaient dans cette voie avec un argument stupide : Vous travaillez pour les Vietnamiens, si vous n’êtes pas dans le camp opposé dont les Khmers Rouges étaient partenaires majoritaires. La moralité politique est ainsi abîmé jusqu’à aujourd’hui. Dès l’occupation vietnamienne, il fallait faire le contraire, c’est-à-dire de renforcer la résistance nationale anti-Khmers Rouges qu'elle existait déjà dans le pays pour combattre à la fois contre eux et contre les occupants vietnamiens. Ce n’était pas une utopie, c’était une question de volonté et de détermination khmère. Il y ait peu de gens osent y penser. A force de ne pas séparer le bon grain de l’ivraie, voilà le résultat d’aujourd’hui, on fête toujours le 7 janvier au Cambodge. MM. Khieu Samphan, Noun Chea et Ieng Sary ne risquent rien dans la prison dorée de Hun Sen.      

 

Dès l’occupation vietnamienne, M. Khieu Samphan aurait pu se repentir de son choix : Collaborer avec Pol Pot. Mais il persiste et signe son engagement dans le camp des Khmers Rouges. Ce choix est un choix bien-pensant de sa part. Il est donc complice du crime commis par ses amis. Pour que ce crime contre le peuple khmer ne tombe pas dans l’oubli, il faut commémorer la date du 17 avril comme journée de deuil national.               

 

La victoire de Pol Pot à la date du 17 Avril 1975 : Cette victoire prodigue encore un effet sinistre sur la population khmère, car elle s’incruste dans son esprit comme un élément de tristesse définitive. Nous savions qu’aujourd’hui le peuple khmer continue de souffrir de cet évènement lugubre. Cette douleur indicible ne lui donne pas droit d’oublier la cruauté des Khmers Rouges qui détruisit par leur ignorance, en un tournemain, le pays tout entier. Le Cambodge des humains se transforma, au premier jour de l’arrivée au pouvoir de Pol Pot, en l’enfer des morts vivants. Tous les Khmers ont été chassés de leur foyer et condamnés à périr au nom de l’Angkar. Je me pose la question : Est-ce vraiment une victoire ? Sur qui ? Et pourquoi faire ? La réponse est : Si c’était pour M. Khieu Samphan, la réponse est oui, car cette victoire lui permet de se placer au pouvoir. En revanche, dans le cas où on entend dire que cette victoire est pour le peuple khmer, il est sûr que cette affirmation est un mensonge, car Pol Pot lui-même n’avait jamais dit que cette fête rouge est pour les Cambodgiens.

 

Oh oui ! L’aube du 17 Avril 1975 ouvrit une nouvelle époque pour les millions de Khmers qui la veille avaient dormi à la belle étoile loin de leur maison familiale parce que l’Angkar de M. Khieu Samphan le voulait ainsi. Ils furent réveillés au 2e  jour de la fête du nouvel an khmer par la faim et le chagrin. Ils n’ont eu que leur larme comme seul remède, qui coula discrètement de leurs yeux provoquant illico l’accès de rage des sbires de M. Khieu Samphan. Au Cambodge, la saison de chhêt (chaude – Mars, Avril et Mai) est généralement pénible. La moyenne des maxima d’Avril est de 34°8. Le maximum absolu est de 45°5. Cette chaleur donna l’effluve des miasmes de cadavres des soldats républicains qui ont été tués par les Khmers rouges parce que ces adolescents avaient cru comprendre que la guerre était finie. Les vieillards et les malades ont été délogés de leur repos par ordre de l’Angkar pour se consumer dans l’ignorance. Les pleurs d’adieu de leurs proches appelèrent tous les divins célestes à être les témoins de ces trépas injuste. Les femmes savaient bien que la nuit venue les Chloûp Andérathey (les espions khmers rouges) se glissaient lâchement dans leur nouvelle demeure sans chaleur pour enlever leur mari ex-fonctionnaire ou militaire. L’apparition de l’étoile du matin du nouvel an 1975 fit fuir les oiseaux chanteurs de l’azur du Kampuchéa pour laisser la place aux cris des vautours affamés venus dépecer les cadavres abandonnés. Pour consoler la tristesse et l’angoisse qui sont les faiblesses de l’Homme, les victimes de l’Angkar sanguinaire s’efforcèrent de penser à la parole de réconfort de l’ermite à Atala pendant le dernier souffle de sa vie : « Enfin, ma fille, le grand tort des hommes, dans leur songe de bonheur, est d’oublier cette infirmité de la mort attachée à leur nature » (Chateaubriant – Atala, René, les Natchez). Pour peindre cette déchirure sans terme, mon fils Davouth a écrit une élégie pour sa classe car la poésie est le réel absolu. Plus une chose est poétique, plus elle est vraie. Aristote disait : « La tâche de poète et d’historien est la même car elle consiste à faire durer quelque chose grâce à la mémoire.

 

Le sombre est glacial, que de malheur infini, dès le matin, je sens le crépuscule,

Tel une force qui me rend pâle, ô aucune gaieté dans la vie, qui me bouscule,

La nuit reste éternelle, la tendresse disparaît, j’écoute le vent alizé,

Pareil à une si grand aile, comme une étoile qui apparaît, pour me rappeler de cette paix.    

 

Elle est sans doute une paix bouddhique qui sert du refuge aux Cambodgiens, qui savent que le Christ et le Bouddha sont venus sur terre pour résoudre deux problèmes des humains : Le mal et la mort.

Mais le malheur du peuple khmer a été sans recours car il a été dans la main des Yothea (Soldats) khmers rouges. Ils parlèrent entre eux du peuple nouveau et ancien et toutes sortes des mots inusités pour glorifier leur révolution meurtrière. Il s’agit de jouir le maximum de la destruction totale de la paysannerie khmère. Le pire est, comme dit Sade : Tuer un homme dans le paroxysme d’une passion, cela se comprend. Le faire tuer par un autre dans le calme d’une méditation sérieuse, et sous prétexte d’un ministère honorable, cela ne se comprend pas ». C’était le cas de M. Khieu Samphan.

 

A force d’ordonner de tuer des millions de vies humaines, Pol Pot et Khieu Samphan devenaient insensible à la souffrance de leurs semblables. Vigny, le poète, disait : « …ne peut plus sentir le mal ni les bienfaits. Il est même sans joie aux malheurs qu’il a fait ». Pourquoi une telle bêtise humaine ? M. Khieu Samphan est parfaitement au courant du malheur du peuple khmer parce qu’il le créateur au même titre que Pol Pot ce désastre humain.   



[1] (1) M. CHHIM Khet : Mémoire pour le diplôme d’Etudes Supérieures de Science Politique (Février 1975) – Les Khmers Rouges et le développement politique au Cambodge – Université de Paris I. 

[2] (2) Mémoires du Maréchal Chu Teh – Collection des Lettres et Sciences Humaines, Editions Richelieu.

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 17:00

LES FONDEMENTS DE LA NATION KHMERE

Par DY KARETH

 

 

La légende et la réalité

La naissance, le développement et la grandeur d’une nation ne sont pas les faits du hasard. Une nation peut naître et grandir, portée par la gloire de son peuple ; elle peut aussi dépérir, se dégénérer et disparaître.

Evidemment, il n’est pas possible de dater la naissance de la Nation Khmère. Selon la légende, c’est le mariage de Neang Neak (la Demoiselle Nâga, un grand serpent mythique vivant dans les mers et pouvant prendre la forme humaine) avec Preah Thaung (le Prince d’Or) qui a donné naissance au Peuple Khmer. Le roi des Nâga, d’ailleurs, a aspiré les eaux de la mer pour faire apparaître une terre, nommée Kauk Thlork, qu’il donna en dot à sa fille et qui devint le Pays des Khmers – le Srok Khmer. Le mot « srok » signifie en même temps la qualité ou l’état d’un pays, d’une chose ou d’un être vivant « civilisé », « cultivé », « domestiqué », le contraire du mot « prei » qui veut dire « forêt » ou « jungle », « sauvage », « violent », « non cultivé ». La légende semble affirmer ainsi la naissance de la «Nation Khmère», c’est-à-dire l’existence d’un peuple volontairement uni, vivant dans territoire défini et un Etat organisé (1). A travers les siècles, et où qu’ils se trouvent, les Khmers, au moment de leur mariage, honorent le souvenir et les rites immuables de l’union de leurs ancêtres mythiques Preah Thaung et Neang Neak, rites consacrant largement les devoirs des époux envers la communauté des parents, amis et voisins qui les entourent (2). D’ailleurs, l’image du Nâga khmer a survécu à tous les changements de régime politique et de religion dominante dans le pays et est partout évoquée et sublimement représentée comme un rappel solennel et un hommage permanent aux protecteurs de la Nation.

La formation de la Nation Khmère semble antérieure ou au début de la constitution du Funan (Kouroung Bnam ou Krong Phnom, le royaume Montagne). En réalité, le mot « khmer » est l’unique mot retenu et utilisé par les Khmers eux-mêmes depuis toujours, comme il l’est encore aujourd’hui, pour se désigner ou pour nommer leur pays. Les mots « Funan » (Bnam, Phnom), « Chenla » (ou sa consonance khmère) et « Kambuja » (le Royaume des Fils de Kambu), depuis Angkor, apparaissent clairement comme des noms de régimes politiques institués à des différentes époques et qui ne passent pas dans le langage courant. D’après l’Histoire, les Khmers, une branche du peuple Munda de l’Inde du nord, porteurs particuliers d’hémoglobine E dans le sang, sont, avec les peuples des montagnes, les premiers habitants à venir s'installer dans la région du Cambodge actuel, il y a 3 ou 4000 ans avant l'ère chrétienne (3). Dès le début, ils ont développé leur langue et leur écriture, leurs croyances, leurs coutumes et leurs lois, leurs techniques agricoles, leur artisanat, leurs infrastructures socio-économiques ; ils sont les plus instruits et les plus créatifs parmi les peuples de la région. Ils ont ensuite agrandi leur territoire, implanté partout leurs temples et leurs pagodes - symboles et centres de diffusion de leur civilisation -, et développé de grands royaumes et de puissants empires grâce aux hautes qualités de leur culture. Le Funan, le Chenla, le Kambuja d’Angkor attestent amplement de leur puissance – pas seulement militaire - et leur fulgurance a même dépassé les frontières de leur pays. Ils ont connu aussi des déchirements, des guerres intestines de leurs chefs et des échecs désastreux, mais ont toujours su s’en relever.

 

Le concept « Cheat-Sasn », la langue, la religion, les traditions

Sur quoi s’est érigée la Nation Khmère ?

Les Khmers utilisent couramment le couple de mots « Cheat-Sasn » pour parler d’une nation ou d’une nationalité. « Cheat » signifie d’abord « naissance » ou « origine raciale » tandis que « Sasn » veut dire « enseignements », « croyances » ou « idéologie ». Ainsi, ceux qui appartiennent à une même nation doivent être liés par le sang et être élevés selon des enseignements spécifiques communs de leurs ancêtres. Le concept (populaire) khmer de la nation repose en même temps sur la parenté raciale et sur des éléments spirituels tels que la langue, la religion et les traditions du peuple khmer.

Souvent, après les apparences physiques, les Khmers se reconnaissent d’après la langue dont ils se parlent. Les Khmers sont très attachés à leur langue et à leur écriture. Le khmer, en effet, est l’une des plus anciennes et des plus belles langues du monde. Elle est à la fois très imagée et très précise, avec une structure syntaxique très souple. C’est une langue très riche, car elle peut adapter et intégrer aisément des mots d’autres langues. Traditionnellement, les Khmers aiment communiquer leurs pensées, même les plus banales, par des vers élégants et captivants, révélant ainsi la musicalité naturelle de leur langage ainsi que leur souplesse d’esprit. Le génie du peuple khmer est d’abord sa capacité d’inventer une écriture originale, composée de nombreuses consonnes et voyelles et de « pieds de lettre », avec une grammaire rationnelle, permettant la schématisation concrète d’un nombre infini de mots, de sons, de tons du vocabulaire employé. L’écriture a joué un rôle central dans la transmission des connaissances, les progrès sociaux et économiques, donc le rassemblement du peuple khmer pour la formation et la consolidation de sa nation. Au temps de la splendeur d'Angkor, la langue khmère est parlée par les élites et dans toutes Cours royales de la région (des royaumes Môn, de la Malaisie, du Siam, du Laos, au royaume du Champa) et par d’autres peuples Montagnards, comme un signe d'appartenance à une grande civilisation respectée et incontournable.   

La langue est donc un élément essentiel de l’identité nationale. Mais, comme toutes langues, elle a ses limites, car si elle rapproche les hommes, elle n’assure pas toujours leur union. Il y a dans le monde des peuples qui parlent la même langue anglaise, espagnole ou française, alors qu’ils appartiennent à des nations différentes. Au Srok Khmer, des Chinois, des Chams, des Laos, des Viêts, … qui y vivent depuis plusieurs générations parlent couramment le khmer, « même mieux que les Khmers eux-mêmes », dit-on, refusent leur intégration à la société khmère et leur appartenance à la Nation khmère, sauf par intérêt matérielle et d’une façon bien superficielle. En outre, on l’a vu à Angkor comme à notre époque, l’Etat khmer, à la différence des Etats siem (thaï) ou yuon (viêt), non seulement ne cherche guère à obtenir l’unité de la langue par la contrainte, mais ne semble même pas se préoccuper du développement de la langue nationale. En fait, ce sont les couches populaires qui préservent le mieux cette identité nationale.

Les Khmers attachent également une grande importance à leur religion, aujourd’hui le bouddhisme theravada. De sa naissance à sa mort, le Khmer, en dehors de sa famille, vit aux côtés des bonzes qu’il respecte profondément. Certains affirment même que les Khmers qui embrassent une autre religion que le bouddhisme ne peuvent être de « vrais Khmers ». C’est irréaliste. L’on pourrait poser la question inverse : quelles affinités morales, sociales et politiques les bouddhistes siem, yuon ou chen présentent-ils avec les Khmers bouddhistes ? Nous devons nous rappeler aussi qu’aux époques glorieuses du Funan, du Chenla et du Kambuja angkorien, la religion dominante au Srok Khmer fut le brahmanisme, et que l’on ne saurait dire que les Khmers de ces époques furent « moins Khmers » que ceux d’aujourd’hui. En outre, ceux d’aujourd’hui, comme sans doute ceux d’hier, invoquent à la fois le Bouddha, les dieux brahmaniques et les mé-ba, les nak-ta, les divinités du sol et des eaux et les âmes de leurs ancêtres pour qu’ils viennent exhausser leurs vœux. Ceci révèle simplement les attaches profondes des trois croyances dans la société khmère et que, en même temps, face aux incertitudes de la vie, les craintes de l’homme dépassent toutes les assurances d’une religion.   

Néanmoins, la religion a joué un rôle considérable dans la société khmère, car le Sangha reste toujours près du peuple et est toujours soucieux des besoins quotidiens de ce dernier, non seulement dans le domaine spirituel, mais également dans des problèmes sociaux tels que l’enseignement, la santé, voire l’organisation des activités des collectivités villageois,…, alors que l’Etat khmer est préoccupé avant tout par sa propre puissance et par sa propre survie. A notre époque, l’on a vu des bonzes bouddhistes khmers jouer occasionnellement le rôle de contre-pouvoir vis-à-vis des représentants de l’Etat ou se soient faits meneurs de combats sociaux ou politiques pour défendre les revendications du peuple. Il faut reconnaître que, dans son originalité, la pensée bouddhiste répond parfaitement aux aspirations naturelles des Khmers à la liberté, à l’égalité, à l’autodétermination, à l’épanouissement de soi,…, ce qui justifie sans doute son triomphe final sur le brahmanisme au Cambodge (4). La religion garde indéniablement son importance dans la conscience des Khmers, mais, limité dans son domaine spirituel, elle ignore ou s’éloigne souvent des raisons qui s’imposent à la vie réelle et au destin du peuple.

Il reste que les Khmers sont très attachés aux traditions (sociales et religieuses) de leurs ancêtres et à leur mode de vie singulier. Les traditions sont nées des expériences réussies d’un acte ou d’un comportement perçu comme bénéfique pour le grand nombre. L’on a pu constater chez le peuple khmer son génie créatif et sa délicatesse. C’est aussi un peuple de perfectionnistes. Rien n’est laissé à la médiocrité et à la laideur dans ses arts, son architecture, sa musique, son habillement, ses compositions culinaires, ses travaux agricoles. Ces réalisations, évidemment, ont fait l’orgueil et la dignité des Khmers et, surtout, ont fortifié et grandi leur Nation (5). C’est l’échec politique de son Etat (provoquant des guerres intestines, défaillant devant des guerres d’invasion étrangères) qui ont fait que ces grandes qualités khmères se soient peu à peu érodées, dévalorisées, voire oubliées aujourd’hui.

L’éducation traditionnelle khmère, consciente de la dureté de la vie, est basée essentiellement sur l’acquisition des connaissances de toutes sortes et sur la solidarité indispensable entre les hommes. Tous les parents khmers se sacrifient pour envoyer leurs enfants à l’école. Ceux-ci doivent à leurs maîtres le même respect et la même obéissance qu’ils témoignent envers leurs parents. Ensuite, la place et le rôle de chaque individu sont définis avec précision au sein de sa famille et au sein de sa communauté parfaitement hiérarchisée. Mais l’individu peut voir sa place et son rôle changés en mieux s’il en est digne moralement et intellectuellement (6). Enfin, le sens de la responsabilité (le respect des autres, la solidarité, le secours porté aux plus démunis) est enseigné très tôt aux enfants khmers. C’est ainsi que le Khmer conçoit sa qualité d’homme libre (Khmer Nak Chea), une liberté responsable et bénéfique. Il y a donc un solide fonds humaniste qui a porté la grandeur de la Nation Khmère. Cependant, des traditions aussi généreuses et aussi attachantes qu’elles soient ne résistent pas toujours aux destructions des guerres, aux invasions économiques et culturelles de l’étranger, aux attirances de la «modernité», aux réalités changeantes et imprévisibles de la vie.

      

Le territoire, l’unité ethnique et les sacrifices

Pour les Khmers, le territoire de leur pays est la preuve de leur existence historique en tant que nation, une preuve à la fois matérielle et spirituelle. Les Khmers, massivement d’origine paysanne, sont profondément, voire passionnément attachés à leur terre natale, à leur pays, leur Mère-Patrie, Meatophum - la terre qui est leur mère, qui leur a donné la vie. A l’époque d’Angkor, le plus grand don royal à un serviteur méritant est un morceau de terre que celui-ci gouvernera toute sa vie et transmettra à ses descendants. Les Khmers émigrent rarement vers d’autres lieux lointains de leurs familles, de leur pays. Pour un Khmer, la terre qu’il reçoit en héritage de ses ascendants (parents, grands-parents, arrière-grands-parents,…) est sacré, qu’il ne doit ni abandonner ni la vendre aux étrangers. Enlever la terre à un Khmer, c’est le déraciner, c’est enlever sa vie. Autrement dit, la Nation Khmère ne se conçoit pas sans un territoire parfaitement défini et un Gouvernement qui le défend âprement pour l’intérêt du peuple.

Par la force et, surtout, par le consentement (reposé sur les affinités ethniques, les alliances politiques, les mariages), les grands rois khmers du Funan, du Chenla et d’Angkor se sont toujours efforcé d’agrandir le territoire de leur royaume, étendre l’influence de leurs croyances et de leurs lois, centraliser les administrations et asseoir la Nation Khmère sur une base plus grande et plus solide. La solidité de la Nation repose donc sur une large unité ethnique – parentés raciale, linguistique, religieuse - qui assure la cohésion sociale et culturelle du pays. Le fait que de trop nombreux étrangers vivent le territoire national et participent d’une manière ou d’autre à son administration est un grand danger pour tous les fondements de l’identité d’un peuple, à commencer par ses richesses économiques et ses moyens de subsistance. L’une des grandes causes politiques de la chute mortelle d’Angkor est que les immigrés siamois, d’abord venus comme esclaves royaux ou mercenaires des armées khmères, réussirent ensuite à se faire admettre de plus en plus nombreux à la cour royale – traditionnellement non accessible aux étrangers - et aux hautes fonctions de l’Etat khmer – comme chefs militaires ou gouverneurs des provinces.

La chute définitive d’Angkor fut précédée par de sanglantes et répétées attaques des Siem, et des massacres barbares que les vainqueurs infligèrent à la population khmère, en même temps que les razzias des richesses et les destructions systématiques des infrastructures socio-économiques du pays, quand ils n’arrivèrent pas à les déporter massivement à leur pays comme esclaves et comme butins de guerre. Les attaques siem furent si dévastatrices que, selon le témoignage de 1296 de Chéou Ta-kuoan, « tout le peuple (khmer) dut se lever récemment pour combattre les envahisseurs siamois ». De plus, après la mort de Jayavarman VII vers 1218, Angkor sombre dans une longue guerre civile sanglante de plus de cent ans entre les tenants du brahmanisme et ceux du bouddhisme qui s’est terminée par la « Révolution » du bouddhiste Ta Chey ou Ta Trasak Pa’èm vers 1336. Les Siem, naturellement, sont revenus plusieurs fois encore et ont fini par capturer de nouveau Angkor en 1431, avant d’être chassés du pays par Chau Ponhea Yat. Mais, l’effondrement d’Angkor, la perte de territoires, les massacres successifs des élites du pays et la diminution brutale de la population active ont porté un coup très dur à la Nation Khmère : l’arrêt des grandes constructions d’infrastructures, l’abandon de l’enseignement supérieur et de la transmission des connaissances, la régression de la langue et de la littérature, l’oubli progressif de l’Histoire et des traditions du pays, ce qui a provoqué le relâchement des liens communautaires et, surtout, la perte de confiance en soi des Khmers et en leurs propres compatriotes… (7) Que peut-on penser de la présence et de la domination de millions de Viêts au Cambodge à l’heure actuelle, où les Khmers sont bien moins protégés que les étrangers et qu’ils sont dangereusement en situation de devenir une minorité ethnique dans leur propre pays ? 

Après Angkor, la Nation Khmère a pu se relever de nouveau, certes péniblement, avec les rois bouddhistes comme Chau Ponhea Yat – Soryopor (1432-1467), Ang Chan 1er (1515-1566) et ses successeurs, son fils Borom Reachea (1566-1576) et son petit-fils Satha 1er (1576-1596) qui ont su mobiliser le peuple dans des luttes héroïques, avec des armées beaucoup moins bien équipées que celles de l’ennemi, pour débarrasser le pays de la domination siamoise et reprendre les provinces khmères précédemment perdues (Korat, Chantaburi). Depuis des siècles, la volonté des Khmers de défendre le territoire de leur pays contre l’invasion ou l’occupation étrangère n’a jamais faibli. Toutes ces gloires et ces sacrifices du peuple khmer ont une géographie que rien ni personne ne peut effacer : les Khmers vivant actuellement en Thaïlande ou au Vietnam (du sud) se considèrent toujours comme des Khmers vivant toujours sur leur terre, la terre de leurs ancêtres. Cela démontre aussi la grandeur de cette nation. Cela signifie en même temps que le territoire national est sacré et que céder un morceau de ce territoire à l’étranger sans se battre, sans le défendre de toutes ses forces, sans chercher à le reprendre, c’est couper une part de la patrie et abandonner une partie du peuple à la jungle. C’est condamner son propre peuple et détruire sa propre sa nation.

 

L’Âme nationale, la dignité d’un peuple

On voit que la nation est plus grande que territoire, supérieure à l’Etat, plus durable que les régimes politiques qui se succèdent dans la Capitale. Nous sommes les héritiers d’une Histoire nationale tumultueuse. Notre nation a connu des gloires exceptionnelles, les vraies - qui ne sont pas uniquement militaires -, des pires défaites aussi. Nous n’avons pas à en rougir. Perdre une guerre contre l’invasion étrangère n’est pas une honte, car la cause nationale reste intacte. Nous avons partagé ensembles nos joies et nos souffrances. Jusqu’ici, la Nation Khmère a toujours su renaître de ses cendres, alors que d’autres nations autour de nous ont sombré complètement dans le néant et l’oubli.

La Nation Khmère, si elle a survécu dans un environnement politique dangereux, c’est qu’elle a une grande âme, cette Âme née du génie de notre peuple plusieurs fois millénaires, et qui a grandi grâce aux sacrifices et aux résistances de ce peuple contre les tentations éphémères, le laisser-aller et la lâcheté et, au moment de grand péril national, contre les attaques et manœuvres multiples, visibles et camouflées de ses ennemis visant à détruire l’identité khmère. Résister pour préserver son identité et surtout sa dignité, c’est d’abord refuser toutes formes d’imitation, d’association, de coopération et de cohabitation avec l’ennemi et tout ce qui le représente, pour marquer clairement la différence entre nous et eux et notre opposition à leur présence malfaisante et dominatrice. Nous devons affirmer haut et clair notre nationalisme : un nationalisme qui résiste contre la domination et le colonialisme de l’étranger n’est ni du racisme ni une attitude « réactionnaire », mais un combat pour notre liberté et nos droits nationaux les plus légitimes, notre dignité. C’est le même nationalisme que le Mahatma Gandhi a admirablement formulé pour le peuple indien dans son combat contre les colonisateurs anglais du siècle dernier. C’est le même nationalisme que tous les peuples du monde ont inscrit, aujourd’hui encore, dans leurs lois souveraines, dans leurs arts et dans leurs représentations publiques, afin de perpétuer la flamme de leur âme nationale respective.

C’est la force ou le feu de l’Âme de sa Nation qui pousse un Khmer ou une Khmère à renoncer aux tentations et à la facilité, à se donner ou à accepter des missions difficiles ou périlleuses, même sans espoir de réussir, et sans rien attendre de retour, mais avec la seule volonté de se battre pour l’intérêt, le bien-être ou la sécurité de ses compatriotes et, objectif suprême, pour l’intégrité et la perpétuité du Srok Khmer. C’est cette Âme nationale qui grandit leur fierté d’appartenir à un peuple d’hommes et de femmes libres, des Khmer Nak Chea ! Les Non-Khmers, naturellement, ne se sentent pas animés par cette Âme flamboyante dans leur for intérieur.

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NOTES :

(1) : La légende khmère de Preah Thaung/Neang Neak et l’anecdote chinoise de Liu Yie (ou Yie Liu)/Hun Tien (du début du Funan) ne se ressemblent pas sur un point essentiel : Preah Thaung et Neang Neak sont tombés amoureux l’un de l’autre et se sont unis selon les rites du mariage du royaume des Neak, alors que Liu Yie, reine du pays, a perdu la guerre contre l’envahisseur Hun Tien et s’est soumise à ce dernier. La légende de Kaundinya/Somâ (« fondateurs » du Funan), née, dit on, vers l’an 50 JC, a une ressemblance avec celle de Preah Thaung/Neang Neak par la précision que Somâ (qui signifie « Fille de la Lune ») est également une princesse Nâga qui a eu d’abord à combattre Kaundinya, « originaire de l’Inde du nord », avant d’accepter de l’épouser. Un point commun, cependant, pour Preah Thaung, Hun Tien et Kaundinya : ils se plient aux règles du matriarcat qui régissaient déjà le pays et qui voulaient que le nouveau roi prît pour épouse la reine ou la fille du roi du pays pour légitimer son accession au pouvoir.  

 

(2) : Les rites du mariage khmer consacrent principalement le passage des mariés de l’enfance à la vie d’adulte, le passage définitif de la mariée Nâga à l’état humain, le respect du matriarcat par le marié, le rappel des devoirs des époux et, à la fin, le rappel de leurs obligations envers leurs deux clans familiaux et envers les membres de la communauté des compatriotes qui célèbrent et bénissent également leur union.

 

(3) : - Jean BERNARD, Professeur de médecine et membre de l’Académie française, écrit que « l’hémoglobine E (particulière au peuple khmer) est retrouvée bien au-delà des limites étroites du petit état cambodgien actuel, au Vietnam, au Laos, en Thaïlande, en Malaisie, dans une aire étendue de l’Asie orientale et méridionale. Le glorieux empire khmer du XIe siècle occupait ces territoires… Fait très remarquable, les archéologues, découvrant dans la même région les ruines des temples du temps d’Angkor, et les hématologues, avec l’hémoglobine, s’accordent à fixer les mêmes limites au grand empire disparu ». Le Sang et l’Histoire, Editions Buchet/Chastel, Paris, 1983, p 10.

- Voir aussi les explications sur ce sujet du Dr SUY Seang Heng, dans son exposé en khmer du 26 avril 2009 sur«KHMER MEAN POUCHLes Qualités spécifiques du Peuple Khmer » (Publication du Vatt Bodhivongsa, Champs-sur-Marne, France, 2009). 

 

(4) : Cependant, détachés de la notion fondamentale de la responsabilité (de la doctrine du karma), ces concepts légitiment évidemment l’individualisme et l’égoïsme, ou justifient la résignation. 

 

(5) : Voir les exposés respectifs en khmer de CHAI Sirivuddh (« Les Caractéristiques de l’Art khmer ») et de DY Kareth (« L’Education traditionnelle khmère ») au séminaire sur «KHMER MEAN POUCHLes Qualités spécifiques du Peuple Khmer » (Publication du Vatt Bodhivongsa, Champs-sur-Marne, France, 2009).  

 

(6) : Des contes populaires khmères racontent souvent le merveilleux destin d’un pauvre jeune homme orphelin qui devient roi grâce à ses qualités morales (son honnêteté, sa persévérance, son courage) et ses compétences.

 

(7) : En 1431, les Siem ont de nouveau occupé et mis à sac la capitale Angkor, avant d’être chassés totalement par le Chau Ponhea Yat. Mais, celui-ci a dû se résoudre à abandonner la grande ville car « elle est peu peuplée ; ses habitants ne suffiraient pas à la défendre ». Des recherches historiques récentes ont donné les résultats suivants : à son apogée, la cité d’Angkor était habitée par environ 2 millions d’âmes, et il n’y en aurait plus que 5000 environ à l’arrivée de Ponhea Yat.

 

Dy Kareth

Séminaire du 20 juin 2010 à Champs-sur-Marne, France

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