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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 09:40

Samedi 15 janvier 1994 – Musée National des arts et Traditions Populaires – Paris.

Thème : Les relations du Cambodge avec les pays voisins (Prolonger des réflexions de M. le Recteur Claude Gour sur la Constitution cambodgienne et leur donner une dimension de Relations internationales).

Par Professeur Bui Xuân Quang – Université de Paris X-Nanterre.

Il m’est demandé de parler des Relations du Cambodge avec les pays voisins. S’il ne s’agit que de cela, dans la conjoncture incertaine et morose du paysage stratégique asiatique et mondiale, beaucoup d’images négatives et désespérantes se bousculent dans l’esprit. Il suffit de se reporter à ce qu’a dit mon ami R. Jennar, images qui viennent de la géographie. Elles viennent de l’Histoire. Histoire lointaine. Histoire récente. On le répète souvent : - Un pays a l’histoire de sa géographie. C’est là une évidence géographique -.

Le Cambodge est, pour l’éternité, un pays du promontoire indochinois. Ce promontoire indochinois, comme son nom l’indique, est situé entre l’Inde et la Chine. Cet espace géographique comprend aussi, outre le Cambodge, le Laos et le Vietnam fréquemment cités – deux autres pays : la Birmanie et la Thaïlande. Pour simplifier, cette péninsule indochinoise recouvre les bassins de tous les fleuves qui dévalent du Tibet vers l’océan Indien ou vers le Pacifique. Située à la confluence du monde indien et du monde chinois, la péninsule indochinoise est aussi au carrefour des routes maritimes stratégiques qui font communiquer l’Extrême-Orient avec le reste du monde. Donc, le Cambodge est, certes, placé sous le regard immédiat de ses voisins les plus proches – Thaïlande, Laos, Vietnam, - qui ont tout intérêt à avoir avec lui les meilleures relations. Le Cambodge est aussi au centre des interrogations d’un autre voisin, autrement présent dans la région, la Chine. Et ce qui intéresse la Chine intéresse les autres grandes Puissances, donc la communauté internationale toute entière. Les équilibres à venir dans cette partie du monde en dépendent. Il ne faut pas non plus oublier que nous approchons du 21ème siècle qu’on annonce comme l’ère du Pacifique : en témoigne la récente Conférence de l’APEC (Communauté des Etats d’Asie-Pacifique). Il faut donc raisonner en termes de résonnance : faire du Cambodge un pôle de paix et de prospérité pour que, de proche en proche, la paix et la prospérité gagnent du terrain et s’installent définitivement pour bénéficier de tous. Il faut placer le Cambodge sur les rails de demain au lieu de regarder l’avenir avec les yeux du passé.

Le Cambodge a aujourd’hui et demain un nouveau rendez-vous avec l’Histoire. Il doit lui-même, assumer son destin. Avec ses atouts et même avec ses handicaps. Quitte à transformer les handicaps actuels en atouts futurs. Il faut qu’il soit l’auteur d’un - projet politique -  autrement plus ambitieux que la simple mais difficile reconstruction nationale.

Il doit regarder au-delà du cadre étriqué actuel pour voir plus grand : imaginer l’avenir par exemple dans une Union indochinoise à l’image de l’Union européenne qui approuvée toute son excellence et son efficacité dans le paysage ravagé de l’après Seconde Guerre mondiale. Je le dis nettement : il ne s’agit nullement de refaire l’Indochine à l’ancienne ni ressusciter le rêve communiste d’une Fédération indochinoise de sinistre mémoire. La Communauté européenne puis l’Union européenne ont permis à deux pays rivaux, déchirés par un contentieux territorial et historique de se réconcilier, de travailler ensemble, d’agréer autour de cette idée neuve d’autres Etats de patiemment construire un espace de prospérité et de progrès. Pourquoi le Cambodge ne prendra-t-il pas l’initiative de s’inscrire dans ce projet autrement motivant et d’y inscrire ses autres voisins indochinois ? Il y gagnerait beaucoup. Au lieu de s’enfermer dans une frilosité étatique et diplomatique ou de continuer à ressasser. Il en va de l’intérêt de tous. Le Cambodge, au centre de la Péninsulte indochinoise, doit être le moteur et la locomotive de cette future Union indochinoise en y associant le Laos pour instituer des relations équilibres et harmonieuses avec le Vietnam et avec la Thaïlande.

Pour que cela soit, plutôt que de vous parler des relations du Cambodge avec ses voisins, comme m’y incite mon sujet, je vous parlerai du Cambodge face à ses voisins. Face, pour faire front, pour avoir bonne figure. Pour assumer son destin et son avenir. Face aux autres. Mais surtout face à lui-même. Pour évacuer les vieux démons. Pour enfin construire. Il s’agit de la vie du Cambodge. Mais aussi de sa survie. Si le Cambodge veut laisser une trace dans l’Histoire.

Comment ? Rénover les structures de l’Etat cambodgien. Instituer d’autres relations avec un autre Esprit.

Structures : Le Roi Sihanouk, dans un article paru dans la FEER du 13 janvier, vient d’appeler à – j’en prends le titre – « forger l’identité nationale du Cambodge ». En ajoutant : « le Royaume du Cambodge aujourd’hui est comme un corps dont certaines parties importantes ont été tranchées par des étrangers et dont les propres enfants ont été amputés d’un bras ou une jambe ». Vision réelle et pessimiste dont il faut vite sortir.

Statut et stature : La communauté internationale, malgré ses imperfections, a beaucoup fait pour que le Cambodge retrouve une identité et une personnalité internationale, digne de spn passé et ouverte sur l’avenir. C’est pratiquement acquis.

Elections de 1993, malgré imperfections et réserves, ont redonné à l’Etat cambodgien une légitimité indéniable. Aux dirigeants cambodgiens de ne pas gaspiller cet acquis. Le Cambodge a désormais un statut respecté par la communauté internationale. A lui de conquérir une stature internationale. La Communauté l’y encourage. Elle l’y aide. Le Cambodge le peut. Il l’a inscrit dans sa Constitution. Dans son article 1. Comme dans son article 53.

Nouvelle lisibilité du paysage politique et diplomatique en Asie. L’effondrement du communisme européen ouvre des perspectives intéressantes. Les régimes communistes chinois et vietnamien sont en sursis. Ils sont devenus anachroniques. L’avenir appartient à ceux, comme le Cambodge, qui ont déjà un pied hors du communisme ou qui n’ont jamais été communisés. Ne plus avoir peur des ombres portées par le Vietnam, la Thaïalnde, l’ASEAN. Voir la Chine et le Japon.

Prendre les divers protagonistes au mot :

Ø  Thaïlande : en 1988, l’ancien PM Chatichai Choohavan annonçait vouloir faire d’une zone de guerre une zone de paix. Transformer le théâtre de guerre en un grand marché.

Ø   Vietnam : Problèmes. Régler le contentieux frontalier. Ou les problèmes d’immigration.

Lever les craintes : avoir une législation ou une réglementation pour les migrants. Si les Vietnamiens viennent au Cambodge actuel est plus enviable que celui du Vietnam. Souveraineté du Cambodge = exiger la loyauté des migrants économiques qui s’y installent.

Ø   ASEAN : problèmes internes. Anachronique. Chacun pour soi. Coexistence avec et transformation possible.

Révolution psychologique et nouvel état d’esprit : Transformer la méfiance

-       Communautarisation des besoins, des ressources et des intérêts. Pas une CEI, mais pourquoi pas comme CECA autour des ressources communes du pétrole et du gaz du Golfe de Thaïlande. En y associant la Malaisie, l’Indonésie ou Brunei et Singapour. Il n’y a pas que ces richesses-là.

-       Occasion unique : Il faut prendre en compte les conditions favorables et les opportunités nouvelles : région en pleine expansion économique et volonté d’aide de la communauté internationale.

-       Exemplarité par exemple de la Belgique dans l’union européenne : Pays aux frontières poreuses. Petit. Neutre. Royaume. Mais tenant sa place et son rang dans l’Europe d’aujourd’hui.

-       Décomplexer le Cambodge. Trois maîtres mots : Assimiler les nouvelles donnes ; Intégrer et s’affirmer.

Conclusion : Les épreuves dont s’est sorti, malgré tout le Cambodge, a forcé l’admiration pour le peuple cambodgien. C’est à lui et à son avenir qu’il faut penser.

Le Cambodge artisan de sa propre paix et de la paix régionale. Il sera beaucoup demandé au Cambodge et surtout aux Cambodgiens. L’enjeu en vaut la peine. Ne pas faire pleurer mais faire rêver.  

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 05:31

 

Il y a ceux qui pensent que le Roi khmer actuel tient ses pouvoirs constitutionnels du peuple en essayant interpréter les textes de la constitution actuelle en faveur de leur thèse. Cet exercice cérébral est sans doute un droit de chaque citoyen khmer, mais il suscite une controverse dans le rang des démocrates khmers. Cette tendance existe depuis la minute où la première Constitution khmère a été promulguée en 1947. En ce qui me concerne, je ne partage pas leurs explications quel qu’il soit leur rang officiel et leur titre académique prestigieux. En revanche, si cette interprétation avait pour but politique, c’est-à-dire d’utiliser la personne du roi comme opposant de son propre gouvernement actuel, dans ce cas-là, je comprends un peu mieux de leurs motivations politiques. Mais il faut qu’ils se posent d’abord la question : Est-ce que le roi veut-il bien jouer ce rôle ?

 Visitons ensemble la Constitution actuelle du Royaume du Cambodge. L’adoption de cette Constitution est due à la volonté du peuple khmer comme confirme dans son préambule : « Nous, Peuple khmer…Nous établissons ce qui suit comme la Constitution du Royaume du Cambodge ». Par cette proclamation, il est clair que le principe de toute souveraineté réside dans le peuple. Le peuple l’exerce, en matière constitutionnelle par le vote de ses représentants et par le référendum. En toutes matières, il l’exerce par ses députés à l’Assemblée nationale élus au suffrage universel, égal, direct et secret. Le rapport entre la monarchie et le peuple est bien défini dans l’article Premier de cette Constitution : « Le Cambodge est un Royaume où le Roi exerce ses fonctions en vertu de la Constitution et des principes de la démocratie libérale pluraliste ». Quelles sont les fonctions du Roi ?

 - Symbole de l’unité et de la permanence de la Nation, le Roi exerce un rôle constitutionnel d’ « Arbitre Suprême » en vue d’assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics de l’État (articles 8 et 9) ;

- Gardien de l’indépendance nationale, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » du Cambodge (article 8) ;

- Garant du respect des traités internationaux (article 8). Le Roi signe les traités et conventions internationaux et les ratifie après approbation par l’Assemblée Nationale » (article 26).

- Commandant Suprême des Forces Armées Royales Khmères » et « Président du Haut Conseil de la Défense Nationale » (articles 23 et 24) ;

- Président du Conseil Supérieur de la Magistrature » (article 134 nouveau). Le Roi dispose d’un pouvoir de grâce et de commutation de peine.

 Tels sont les arguments avancés par les tenants de la thèse « Roi khmer actuel tient ses pouvoirs constitutionnels du peuple », arguments tirés essentiellement des dispositions constitutionnelles.

 Nous pouvons nous poser la question : Le peuple, titulaire du pouvoir souverain, a-t-il délégué ces pouvoirs au roi ? La réponse est non car l’article 7 stipule : « Le Roi du Cambodge règne, mais ne gouverne pas ».

 M. Tith Houn, docteur en droit, ex-Président de la section française du Parti Sam Rainsy, a écrit en 2005. Bien entendu, cet écrit date d’un moment, mais récemment l’auteur relance le débat dans son courriel daté du 24 juin 2010 (mes idées sur le Cambodge). Je suppose que ses idées aient une valeur d’actualité. Je me permets donc de participer à ces débats d’idées en tant qu’un Khmer ordinaire. Voici l’extrait de son écrit :

  « Il n’en demeure pas moins qu’elle Lui confère par ailleurs des pouvoirs très importants dans certains domaines essentiels de la vie politique nationale, dispose de pouvoirs constitutionnels très étendus en matière de relations internationales et de défense nationale concurremment avec le Gouvernement Royal. Se plaire à ne citer de façon récurrente que les dispositions de l’article 7, qui, d’ailleurs ne prime pas les termes des autres articles de la Constitution, c’est vouloir de façon évidente minimiser le rôle politique du Monarque et laisser au Gouvernement, qui est redevable à notre voisin de l’Est, les mains libres dans la direction du pays ».

 Il existe une catégorie d’écrits sur la politique, celle de la spéculation, dont la fonction consiste à suppléer chez le militant le défaut de motivation personnelle par des adjuvants verbaux. L’interprétation intellectuelle peut contribuer, certes, à élever le débat, mais aussi à en sortir jusqu’au danger : en une démonstration juridique, on a poliment mis en lumière le contresens de l’esprit démocratique. À mon avis, les indications de M. Tith Houn ne sont pas pertinentes. Elles ne conforment pas à l’esprit de la Constitution et aux principes démocratiques :

 L’esprit de la Constitution : Le peuple khmer, titulaire du pouvoir souverain, a déjà délégué celui-ci à ses représentants, les députés. Il est inconcevable qu’une partie de ce pouvoir soit confié à un seul homme, le Roi qui est placé hors cadre du principe de séparation des pouvoirs : Pourvoir législatif, pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire. Le détenteur de pouvoir dans le cadre démocratique doit être responsable devant le peuple souverain : Celui-ci a le pouvoir de contrôle, de sanction à celui qui délègue son pouvoir. Or, nous savons que la personne du Roi est inviolable. Comment peut-on contrôler ou sanctionner une personne inviolable ? Tout pouvoir monte vers l’absolu tant qu’il échappe au contrôle.  

 Les principes de la démocratie : La délégation de pouvoir a trois caractères centraux : Elle est temporaire, circonscrite et réversible.

 1. Le caractère temporaire : Le peuple ne saurait déléguer un pouvoir un temps illimité à un seul homme, car ce serait lui conférer qu’une apparence d’absolu. Mais il peut se faire que certaines tâches collectives deviennent continues pour assurer, par exemple, la sécurité extérieure ou la concorde intérieure de sorte que la délégation devrait permanente. Il existe une parade à ce dilemme. Il suffit de distinguer entre la fonction et le titulaire, que la première devienne permanente et le second soit désigné à titre temporaire, pour que la mission soit assurée et les risques de pouvoir absolu exorcisés. Nous le savons que le Roi est désigné à vie, par cette nature, il est donc impossible au sens de logiquement contradictoire que le Roi tient ses pouvoirs constitutionnels du peuple.

 2. Le caractère circonscrit : Certaines tâches peuvent être difficilement circonscrites, en ce que leur accomplissement exige le contrôle de domaines très vastes. Ainsi la défense nationale, la diplomatie, la justice. Mais la délégation ne peut jamais être un blanc-seing : le chef de guerre, de la diplomatie, de la justice, il ne peut pas faire n’importe quoi à sa fantaisie sans être contrôlé par un contre-pouvoir. Je répète encore une fois que la personne du Roi est inviolable. Il est donc impossible de lui contrôler.

 3. Le caractère réversible : Comment peut-on retirer la confiance au Roi sans avoir passé par le jugement de son incompétence patente dans l’exercice de ses pouvoirs ? Nous le savons que sa personne est sacrée, inviolable et irresponsable. En cas de conflit dans l’exercice de ses pouvoirs avec la majorité parlementaire, le Roi n’a pas le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale et l’on sait que celle-ci est le dépositaire de la souveraineté nationale, cela est normal parce que c’est elle qui est responsable devant le peuple dont elle a reçu le mandat de faire les lois pour le pays. Il est donc normal que l’Assemblée nationale qui a le droit de dire le dernier mot. Le Roi devrait-il abdiquer dans ce genre de divergence ? Et l’Assemblée nationale n’a pas le droit de révoquer le Roi, parce qu’il est désigné pour toute la vie. Supposons que dans ces divergences le Roi, en tant que Commandant Suprême des Forces Armées, utilise cette force pour faire taire à ses adversaires, qui pourrait l’empêcher de faire ?

 Il est incontestablement que les fonctions théoriques citées ci-dessus appartiennent au Roi, mais ces pouvoirs, dans l’esprit de la démocratie, sont plutôt des pouvoirs symboliques et honorifiques. Ce sont des attributions qui comportent beaucoup plus d’apparence que de réalité. Il vaut mieux qu’il soit ainsi, parce que le Roi est le symbole de l’unité et de la permanence de la Nation et l’Arbitre Suprême dont il devrait être placé au-dessus des partis politiques. A mon avis, toutes formes d’interprétation en faveur de thèse « le Roi khmer actuel tient ses pouvoirs constitutionnels du peuple » est plutôt réductrice pour le prestige du Roi et son rôle symbole de l’unité et de la permanence de la Nation et l’Arbitre Suprême. Ce genre de débat n’existe pas aux Royaumes unis, au Japon et en Thaïlande, parce que les politiques ne chercheraient pas à utiliser la personne du roi comme arme politique contre le parti au pouvoir, la dérive de dictature des hommes au pouvoir et toutes sortes de crises politiques dans leur royaume.

 Confier des pouvoirs à un seul homme dont la durée de son mandat est à vie, les exemples de cela sont, hélas ! trop connu dans ce monde et dans notre pays. Je ne suis pas un antimonarchiste. Du grec « anti- » est révolu pour moi : Le Cambodge actuel est une monarchie constitutionnelle, mon seul souhait, c’est de vouloir voir le Roi khmer qu’il soit au-dessus des affaires politiques du pays, qu’il soit un Roi unificateur du peuple khmer, qu’il ne tombe pas dans des calculs politiques des politiciens de tous bords.

 Comparer le Roi khmer au Président de la République française en oubliant que le premier est désigné à vie et le second est élu pour un temps limité est une dialectique anguleuse. Voici l’écrit de M. Tith Houn :

 «  …en outre, elle s’inspire sans nul doute de la Constitution française de 1958. C’est ainsi que les articles conférant les pouvoirs au Roi, au Cambodge, et au Président de la République, en France, sont rédigés presque dans les mêmes termes. C’est sur le fondement des dispositions de ces articles que les Présidents successifs de la République française se sont attribués un rôle éminent dans la conduite de l’Etat français. Le premier Président de la cinquième République française, le Général de Gaulle, s’attribuait ce rôle prépondérant avant même qu’il ne fût élu au suffrage universel. Il serait donc insensé de prétendre que les mêmes dispositions, transplantées de France au Cambodge, deviennent intrinsèquement sans portée juridique ».

 Dans un pays où il y a deux organes de décisions, la confusion règne. Nous souvenons bien de l’invention de Samdech Norodom Sihanouk en 1993 du système du gouvernement bicéphale et des co-ministres. Tout le monde savait que ce système conduisait le pays dans le mur, mais personne osait critiquer Samdech Sihanouk, parce que sa personne est inviolable. Je me rappelle bien une phrase de François Mitterrand, ex-Président de la République française (1916-1996) à propos de Jacques Chirac : « Chirac court vite, mais il ne sait pas vers où ». 

 La solution aux problèmes du Cambodge, à mon avis, n’est pas dans le renforcement des pouvoirs du Roi, mais plutôt dans le développement économique. À la question aux Khmers : Dans quel pays souhaitez-vous vivre ? Dans un pays qui favorise le développement économique où le Roi tient un rôle aussi discret que possible ; la réponse est déjà connue dans les résultats des dernières élections législatives. Nous le savons que dans le pays qui n'enfante pas de richesse, n’élargit pas la liberté. Une société qui favorise le goût du risque, de l’effort, de l’entreprise individuelle, et où l’État tient un rôle de « facilitateur et régulateur économique » est une société qui fait reculer tôt ou tard la dictature politique. L’axe de la politique khmère d’aujourd’hui, à mon avis, c’est le développement économique, et l’axe du développement économique, c’est la paix.

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 08:41

 

Dans une lettre ouverte du Prince Sihanouk, datée du 14 janvier 1990, adressée aux pays puissants, publiée dans la revue « Vimean Ekreach » du mois de mai 1992, n°2, le Prince écrit ceci : «… À l’intérieur du Cambodge, il y a plus d’un million de colons vietnamiens, immigrants illégaux, qui sont venus du Viêtnam pour coloniser physiquement les terres des Cambodgiens et exploiter les ressources naturelles du Cambodge (pierres précieuses, forêts, caoutchouc, céréales, fruits, poissons, etc. ». « …Au plan culturel, la vietnamisation (surtout au plan linguistique) se poursuit à grande vitesse. Les Cambodgiens (Khmers) qui ne parlent pas bien et n’écrivent pas bien le vietnamien sont outrageusement défavorisés (dans l’obtention des diplômes ou des emplois, dans l’avancement administratif) par rapport aux Khmers parlant et écrivant brillamment le vietnamien ». « Ainsi, dans quelques décennies, le Cambodge sera peuplé d’une majorité de Vietnamiens et les Khmers (comme au Kampuchéa krom devenu Sud-Viêtnam depuis l’arrivée des Français « coloniaux », en Cochinchine, en 1860) deviendront une minorité ethnique dans leur propre Patrie, laquelle verra également se rétrécir son territoire avec des modifications de ses frontières terrestres et maritimes au profit du Viêtnam ».

 Nous sommes en 2009, dix-huit ans après, est-ce que le Prince Sihanouk pourrait nous dire ce qu’il a écrit en 1990 est encore une actualité ? Tout change, depuis lors, Samdech Norodom Sihanouk redevint Roi et Roi abdiqué en faveur de son fils. Selon le Chef de son secrétariat, Le Prince Thomico, le roi père a pris sa retraite et s’est retiré vivre en paix en Chine. A 87 ans et après une longue activité politique, il est normal, un homme de cet âge qu’il soit Restr (petit peuple) ou roi, a droit de se reposer. Je ne fais que souhaiter, longue vie, beauté, santé, force à Samdech Norodom Sihanouk. Ses activités politiques dans le temps passé appartiennent désormais à l’histoire.

 Revenons à ce que le prince Sihanouk écrivait en 1990. L’Opposition parlementaire et les opposants du régime actuel, en parlent aussi. Le téméraire utilise la méthode spéculaire, comme le cas de S.E. Sam Rainsy, député et leader de l’Opposition parlementaire, pour attirer l’attention du public national et international : enlever quelques pieux qui servent à identifier le marquage des frontières khméro vietnamiennes. Celui-ci juge et démontre que ces lieux de piquage des bornes de frontière par le comité khméro vietnamien, étaient dans le territoire khmer. Quoique les pieux enlevés soient implantés par erreur, Sam Ransy est condamné par le tribunal khmer pour cet acte une peine de deux ans de prison. Le prévenu se fuyait à temps du Cambodge pour revenir vivre en France. Il n’a pas besoin de demander l’asile politique, parce que le pays de Molière est sa deuxième patrie : il est Français. Mais, les deux autres coauteurs de cette croisade sont aujourd'hui en prison. On parle peu de cette affaire dans la presse des pays de grande démocratie, y compris en France dont Sam Rainsy est citoyen de la République. L’affaire de Sam Rainsy ne provoque pas le chambardement dans les rues de la capitale de Phnom-Penh comme celle de Thaksin Shinawatra, leader de l’opposition thaïlandaise. Pourquoi ?

 Parlons de la « citoyenneté khmère » : Nous avons fait un extrait du texte de la Loi de la nationalité du Royaume du Cambodge, datée du 20 août 1996.

 La nationalité khmère d’origine :  

 Article 4 :

1) Est obligatoirement khmère, toute personne remplissant une des conditions ci-dessous :
- être un enfant légitime né de père ou de mère ayant la nationalité khmère, ou
- être un enfant naturel, né de père ou de mère de nationalité khmère, et reconnu par ce (cette) dernier (dernier), ou
- être un enfant non reconnu par le père et la mère, mais être déclaré né de père ou de mère
ayant la nationalité khmère par jugement du tribunal.
2) Est obligatoirement khmère, toute personne née sur le territoire du Royaume du Cambodge, si elle possède une des qualités suivantes :
a ) être né de père ou de mère étrangers qui eux-mêmes, sont nés et vivent régulièrement et
légalement sur le territoire du Royaume du Cambodge.
b ) être né de parents inconnus et avoir été trouvé sur le territoire du Royaume du Cambodge.

 Si nous tenons compte de cette loi, article 4, alinéa 2, : Tous les enfants des colons vietnamiens qui sont nés au Cambodge sont Cambodgiens d’origine. Aujourd’hui, on pourrait estimer qu’il y ait au moins trois millions des Cambodgiens d’origine vietnamienne au Cambodge. Ce nombre représente 23 % de la population totale du Cambodge (14,5 millions d’habitants). Ils parlent le Khmer et sont très actifs sur le plan économique. Dans certains endroits, ils sont majoritaires.

 J’ai eu occasion d’en parler aux opposants du régime et je les ai posé la question suivante : Que comptiez-vous faire ?

 Certains m’ont dit : Il faut d’abord gagner les élections, et l'on verra bien. La réponse est vague et je ne vois même pas leur lueur de solution. Je me souviens bien en 1970, Lon Nol avait pris de mesure de renvoyer les colons vietnamiens au Sud-Viêtnam avec l’accord de ce dernier. A l’époque, les opinions internationales ont taxé le régime républicain de racisme.

 Sans avoir eu la réponse précise des opposants du régime de Phnom-Penh, j’ai essayé de donner des hypothèses des mesures suivantes :

 1. - Supposons que le nouveau gouvernement khmer compte faire comme Lon Nol. Aujourd’hui, il ne s’agit pas des colons vietnamiens, mais des Cambodgiens d’origine vietnamienne. Cette mesure déclenchera l’indignation internationale ; le Viêtnam en opposera avec force ; les Cambodgiens d’origine vietnamienne refuseront de quitter leur région où ils sont majoritaires et le Viêtnam soutiendra dans leur soulèvement armé. De toute façon, le Cambodge n’aura ni la force, ni la solidarité nationale pour prendre une telle mesure. Il ne faut pas non plus croire que les Cambodgiens peuvent chasser l’armée vietnamienne en une nuit du Cambodge, comme dans le temps passé. A l’époque, nous avons eu le soutien de la Thaïlande. Et nous savions que la contrepartie de cette aide était la reconnaissance de la suzeraineté du roi siamois par le roi khmer.       

 2. -  Supposons que le nouveau gouvernement khmer compte négocier avec le Viêtnam pour trouver une solution pacifique à ces problèmes cités par le Prince Sihanouk. Quels problèmes ? dit Hanoï : « Ce sont vos compatriotes et nous n’avons pas droit de s’immiscer dans vos problèmes internes. Ce que, je vous demande, c’est de ne pas utiliser les mesures de violence contre les minorités. Au Viêtnam, nous respectons les droits des Vietnamiens d’origine khmère qui vivent en Cochinchine. Faites-le comme nous ! Je crois qu'Hanoï aurait déjà dit au Prince Norodom Sirivudh, alors Ministre des Affaires Etrangères, quand celui-ci voulait évoquer, avec son homologue vietnamien, les problèmes des colons vietnamiens au Cambodge.

3. – Supposons que le nouveau gouvernement khmer compte déclencher l’hostilité armée avec Hanoï comme Pol Pot avait fait pour régler les problèmes de frontières khméro vietnamiennes. Nous savions à l’avant que ce dernier n’hésite pas à envahir le Cambodge.

4. – Supposons qu’il y ait une guerre civile au Viêtnam. Le soulèvement du peuple du Sud contre le régime d'Hanoï et le nouveau gouvernement khmer exploite cette faiblesse pour prendre des mesures contre les Cambodgiens d’origine vietnamienne. Les conséquences seront identiques des trois hypothèses ci-dessus.

5. – Supposons que le nouveau gouvernement khmer demande l’arbitrage international. Il n’est pas impossible pour régler des problèmes de frontières, mais il est inconcevable pour résoudre des problèmes de nationalité.             

Je racontais de sottise. J’écrivais une histoire imaginaire de mon pays. Mais dans la complexité des problèmes khmers actuels, il vaux mieux être plutôt philosophe que de donneur de solutions ou de leçons. On peut me traiter d’être un pessimiste, pas nationaliste, voir même pro-vietnamien. Pro-vietnamien, bien sûr que non. Pas nationaliste ; je ne sais même pas, qu’est ce que c’est le nationalisme khmer à l’heure où je parle ? Quand je vois Pol Pot qui tue sans raison valable plus de deux millions des Khmers, je me dis où se trouve le « Nationalisme khmer » ? Pessimiste, possible, parce que j’ai peur de ne plus crois en grand-chose. Je suis volontiers pessimiste en politique khmer. Bien sûr, en disant tout ça, je ne suis fier de moi, parce que je n’avais pas non plus fait grandes choses pour mon pays. Je rougis aujourd’hui de ma résignation. Il me reste quand même une petite lueur d’espoir. Il repose sur la jeunesse khmère. Les jeunes khmers sont très actifs dans les rues des grandes villes ; ils sont tristes de leur avenir. Mais, ils ont soif de bonheur. Cela leur donne envie de se battre.   

Renan disait dans un soupir que la vérité est peut-être triste. Celle de la patrie des Khmers serait-elle triste ? Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que le Cambodge ne disparaîtra pas comme le Champa sous le poids du grand Viêtnam. Mais il survivra avec un autre visage : le Kampuchéa multiethnique : Khmers, chinois, Vietnamiens. Nous devons porter sur nos épaules le poids de cette vérité. Mais elle ne nous donne pas droit de laisser tomber le pays de nos ancêtres et nous empêcher de nous battre pour lui tant qu’il est encore là. Mais notre combat devrait être un combat d’idées, pas de fusils, pour devenir un peuple leader parmi les autres composantes dans notre société. Comme disaient toujours les Français : « Nous n’avons pas le pétrole, mais nous avons des idées ». 

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 06:23

Quand les hommes de savoir khmers voulaient instaurer la République dans leur pays, lecteur, comment vouliez-vous qu’ils ne songeaient pas à toutes les Républiques de France après 90 ans sous son protectorat. Durant ces longues années de vie commune, les protégés avaient appris sans doute l’histoire de leur protecteur, mais pas assez celle de leur pays parce que c’était le mode de pensée majeur de l’époque. Ce qui fait que chaque intellectuel khmer, à la longue, s’était façonné une sorte de culture française à son image. Elle advenait comme son guide et représentant le type même de la pensée idéale, offrant l’exemple le plus parfait de la réussite sociale et de la marque distinctive des hommes cultivés. Ainsi était né au Kampuchéa moderne une nouvelle strate sociale au sein de la classe du Montrey (dignitaire). Disons-le : l’intelligentsia khmère. Au Cambodge, le symbolisme de la vie moderne venait en droite ligne de Paris. Quand quelqu’un était distingué par sa culture, on comparait tout de suite à un Français. Ainsi le mot « Français » était équivalent au mot khmer « Meilleur ou Supérieur ». Mais, en général, les intellectuels khmers s’émerveillent facilement au contact de la culture étrangère. Pour eux, les meilleurs produits ont toujours des origines étrangères et les mauvais sont cambodgiens. L’esprit républicain s’inscrit dans ce concept ? Les évènements de Mars 1970, amorçaient-ils une idée-phare ou celle du hasard sur la république ? En tout cas, cette idée privilégie sans doute le chemin plutôt que l’objectif. Donc, la République est une voie vers le progrès et la liberté. Elle reste bien l’horizon de l’histoire khmère, le passage nécessaire par l’émancipation du peuple opprimé, préalable à la société démocratique. Cette question était évoqué en 1959 par le prince Norodom Sihanouk dans la revue « Réalité cambodgienne » - 23 octobre 1959 : Le Cambodge deviendra-t-il une République ? Le prince se dit d’être prêt à introduire lui-même la République si elle se révélait conforme au souhait populaire et à l’intérêt national. Mais, pour lui, le peuple khmer n’en voulait pas car cette idéologie est d’origine étrangère et sortait de l’âme basse du « traître » Son Ngoc Thanh. Le peuple a un seul souhait : jouir du souverain bien, c’est-à-dire un grand prince possédant si possible la vertu morale. C’est cela, selon le prince Sihanouk, qui était le but principal de la vie heureuse de chacun des Cambodgiens.

Quant au général Lon Nol, il écrivait en 1970 dans son rapport moral pour les cadres du pays que la marche du peuple khmer en avant correspond à une évolution naturelle dans l’histoire de l’humanité. L’humanité a ainsi évolué : d’abord en tribus, puis en féodalité, puis en monarchie, puis en république.

Pierre Joxe, ancien ministre français, a dit, au cours de sa visite à Phnom-Penh en septembre 1992, que la « démocratie ne se repique pas comme le riz ». La république est-elle dans le même cas ? Est-elle une idée universelle ? Avant d’entrer dans ce grand débat, il est intéressant de poser une question : La proclamation de la République khmère fut-elle un bricolage pour la circonstance ? ou bien elle était née d’un contrat de pensée républicaine qui prenait racine au Cambodge avant même les évènements du 18 mars 1970 ?

9 août 1945 : Coup de force de Son Ngoc Thanh : Sept jeunes gens, Mey Pho, Nath Laing Say, Mam Koun, Mao Sarouth, Hem Savang, Kim An Doré, Thach Sary, furent irruption en pleine soirée galante du Roi Norodom Sihanouk et déclarèrent qu’il veuillent voir le Roi. Cependant, M. Nong Kimny, fidèle au roi, irrité par cette bruyante intrusion, voulait s’interposer et fut aussitôt blessé au bras de plusieurs balles. Le Roi prit panique et se mit illico à genoux devant les insurgés qui le menacèrent, pistolet au poing. Le Roi les implorait et leur promettait d’abdiquer. Les Sept avaient chauffé le palais royal à blanc avant d’appeler Son Ngoc Thanh à prendre le pouvoir. Ce dernier s’était entendu avec le Roi pour sauver le trône. Les Sept jeunes gens étaient donc arrêtés et écroués. Tous, après leur invasion de la prison centrale de Phnom-Penh, étaient restés très politisés jusqu’à leur mort. Qu’était-ce que Son Ngoc Thanh ? Disons-le, un Khmer de Cochinchine et un antifrançais, républicain balbutiant et combinant une libéralité d’idées avec l’esprit pragmatique. Fondateur avec Pach Chhoeun du journal Nagaravata. Un conservateur intelligent ayant un principe tout simple : « Il faut que tout change pour que tout reste pareil ». Quant au fondement de son nationalisme, il était encore plus simple : « Que le pays obtienne son indépendance par n’importe quels moyens ». Ce principe le conduisait avec l’arrivée des Japonais au Cambodge à les soutenir contre les Français. En 1942 Son Ngoc Thanh croyait le moment venu de réclamer l’indépendance et préparait avec ses amis un coup d’Etat. Il organisait une manifestation de masse (deux mille bonzes) pour protester contre l’arrestation d’un éminent bonze, Hem Chiv. Mais l’élan de ce mouvement était brisé rapidement par les autorités françaises car le soutien japonais, sur lequel Son Ngoc Thanh avait compté ne vint pas. Il fut condamné donc avec Pach Chhoeun le 19 décembre 1942 par la Cour matiale de Saïgon. Avec l’aide des Japonais, il avait put s’enfuir en Thaïlande, puis au Japon où il faisait un stage de deux ans dans l’Ecole de la Grande Asie Orientale. Le 9 mars 1945, l’armée japonaise stationnée en Indochine présentait à l’amiral Decoux, gouverneur général de l’Indochine, un ultimatum dans lequel elle lui demande de placer l’armée indochinoise sous son contrôle. Decoux avait refusé s’y céder. Sa résistance obligeait l’armée japonaise à recourir aux armes pour mettre fin à la souveraineté française en Indochine. Le 12 mars 1945, avec l’accord des japonais, le Royaume du Cambodge avait proclamé son indépendance. Au début su mois de mai, les Japonais faisaient revenir Son Ngoc Thanh de Tokyo.Le 1er juin, il fut nommé Ministre des Affaires Etrangères. A la veuille de la défaite de l’armée impériale, Son Ngoc Thanh avait préparé son coup d’Etat pour prendre le pouvoir dont le but était d’empêcher le retour de la colonisation française au Cambodge. Il confia sans doute l’exécution de ce coup aux Sept comploteurs dilettantes déjà mentionnés. Quant à son rôle, il était de fabriquer l’habillage politique de l’évènement. Cette manœuvre lui permettait donc de devenir Premier Ministre du Royaume du 16 août 1945. Mais cette audace lui coûtait la prison coloniale car lors de l’arrivée des troupes françaises, en septembre 1945, Son Ngoc Thanh fut arrêté le 16 du mois suivant pour activité anti-Alliés sur les ordres du Général Leclerc et transféré à la prison de Saïgon et puis envoyé en France. La question d’aujourd’hui se pose de savoir : Son Ngoc Thanh était-il le fer de lance des Républicains Khmers ? Selon le Professeur Keng Vannsak qui avait passé en France plus d’un mois en compagnie de Thanh pendant ses séjours surveillés par la police française : Thanh ne patlait jamais de la république. Ses préoccupations majeures étaient plutôt sur les projets de libération du pays de la colonisation française. Mais il faut admettre que dans l’histoire contemporaine khmère, Thanh apparaissait comme prophète de la république non pas par son engagement dans le combat idéologique mais plutôt par son opposition radicale au prince Sihanouk. Image que ses partisans, appelés les « Danrêk », ont contribué, vingt-cinq années plus tard, à forger pendant la période de la République khmère.

La gauche cambodgienne et l’esprit républicain : Pour le geste inédit des Sept jeunes Khmers, en 1991, le Professeur Keng Vannsak l’a commenté en écrivant dans son document « Bah Bône » : La république ne se bâtit pas par un coup de force, ni par improvisation, ni avec l’appareil de l’ancien régime. La fin tragique de la république Khmère prouve qu’une République qui s’installe sans une « pensée nationale républicaine anti-royaliste » et sans une lutte acharnée, globale, pour déraciner l’essence même de la monarchie, finira par succomber soit à la restauration monarchique, soit à un autre totalitarisme.

Néanmoins, le coup du 9 août 1945 permettait, six années plus tard, à un catéchumène de l’Eglise marxiste khmère de saisir la balle au bond et de tenter une attaque sur deux fronts, celui du roi Sihanouk et celui de la lutte idéologique. À Paris, au mois d’août 1952, dans le numéro spécial de la revue d’ « étudiant khmer », une lettre ouverte a été publiée pour stigmatiser le Roi Norodom Sihanouk, Président du Conseil des Ministres, et dénoncer la monarchie khmère pour trahison nationale et oppression du peuple. Deux griefs étaient évoqués :

  1. Collaboration avec la puissance française pour son propre intérêt au détriment de l’indépendance nationale, son maintien au trône ;
  2. Les méfaits de la monarchie khmère qui entraînent le peuple khmer dans le fleuve des enfers et maintiennent dans l’esclavage.

Le deuxième point est intéressant à examiner car il a un rapport, peut-être, avec l’esprit républicain khmer. Était-il un breuvage empoisonné comme dit le prince Sihanouk ? ou bien le miel vierge, symbole du « Renouveau » comme prétendait l’auteur de cette adresse ? Voici le résumé :

« La souffrance du peuple khmer est née de la corruption dans le régime monarchique khmère. Le palais royal n’est que le centre où règne en maître absolu une administration malhonnête qui suce la richesse du pays et les biens du peuple. On peut en déduit que la survie de la monarchie ne dépend que de la pratique des trafics d’influences. Le Roi n’a pas besoin de la connaissance morale. Il suffit de posséder la force afin de pouvoir faire la guerre pour son maintien aussi longtemps que possible sur son trône. Au cas où il serait menacé par les autres prétendants du trône, sa solution c’est d’aller demander l’aide des pays étrangers pour écraser les opposants. Si le Roi pense ainsi, il est normal que ses Montrey pensent aussi comme lui. Prosternations et courbettes sont considérées comme les seuls moyens pour avoir une promotion. La malhonnêteté devient une pratique courante dans le Royaume. Elle est enracinée depuis le sommet de l’État jusqu’à l’administration de base. La politique monarchique n’est que celle de l’oppression et de la destruction des intérêts du pays et du peuple.

Dans la reprise du même thème, Pol Pot s’interrogeait sur les méfaits de la monarchie dans son article intitulé « Monarchie ou Démocratie », publié en 1952 par la revue des Etudiants Khmers en France.

Quelques mois avant la publication de la lettre ouverte au Roi Sihanouk dans la revue « Etudiant Khmer », le 13 mars 1952, Thiounn Thioum avait soutenu sa thèse pour le doctorat en Droit à l’université de Paris. Son sujet de thèse était : Le pouvoir monarchique au Cambodge. Son exposé a un caractère plutôt juridique que critique du système monarchique, comme il a expliqué lui-même dans son avant propos qu’il peut intituler autrement son travail : « Etudes des sources du droit, de la loi et du pouvoir dans l’ancien droit public cambodgien ». La monarchie khmère, M. Thioum la connaît très bien car son père était une personnalité très puissante pendant les deux règnes des rois Sisowath et Monivong. Le mariage entre son vécu dans l’univers monarchique khmer et sa connaissance juridique lui permettait de donner un poids à sa thèse, laquelle était vue, par la suite, par la gauche cambodgienne comme une référence scientifique condamnant la monarchie khmère en décadence. La lettre ouverte publiée dans la revue « Etudiant Khmer » et l’essai de Pol Pot n’étaient que la version vulgaire de la thèse de Thioum. Le tabou était violé pour la première fois. Cette fois-ci, ce n’était plus un rumeur, mais une thèse universitaire qui expose explicitement un système de pouvoir baser sur le droit divin. Pouvoir grâce auquel le roi possédait le droit de vie et de mort sur ses sujets. Pol Pot parlait du récit de Thmenh Chey pour montrer qu’un enfant du peuple, nommé Thmenh Chey, peut vaincre un roi ignorant ; Thmenh Chey ose s’opposer à la couronne. La solution étant dite dans son essai : La révolte du peuple contre le pouvoir divin et le peuple peut le vaincre comme Thmenh Chey.

L’année 1952 semblait une année clef pour critiquer la monarchie car le roi Sihanouk, privé du pouvoir dans la camisole constitutionnelle, cherchait un dénouement pour récupérer par un coup d’État le 15 juin 1952. Il avait dissous pour la seconde fois l’Assemblée nationale, dont la majorité démocrate était en conflit avec lui. Son but amphigourique était la dévolution du pouvoir parlementaire à sa personne. De ce fait, il transformait la monarchie constitutionnelle en celle de son pouvoir personnel. Il pratique une politique par cynisme : « Qui n’est pas pour moi est contre moi ». Cet acte avait indigné la jeunesse khmère qui était prêté à l’époque à défendre la démocratie et la constitution. Une agitation grave se manifeste donc, dans tous les établissements scolaires. Une sorte de tremblement de terre politique dans un pays frappé de la crainte du sacré de la personne du roi. S’agissait-il vraiment d’un complot fomenté par la gauche khmère contre le Roi Sihanouk ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord connaître la gauche cambodgienne. Elle était formée d’une poignés d’étudiants khmers en France. Ils se réunissaient pour étudier le Marxisme. Ils ingurgitaient, en effet, cette connaissance qui les transformait en marxistes factices. Qui étaient-ils ? Les noms ne sont pas inconnus aujourd’hui tels que, Saloth Sar (Pol Pot), les Thiounn, Ieng Sary, Khieu Samphan, Hou Youn, Hu Nim, etc. Etaient-ils républicains de cœur ?

Je répète qu’il n’est pas question de faire de Pol Pot et de ses compagnons des pionniers de l’esprit républicain khmer. Je rappelle pour que les choses soient claires que si je parle ici de ces noms sinistres, c’est parce que je voudrais démontrer que ces gens ne sont que des opportunistes tout court qui expliquaient les méfaits de la monarchie dans la logomachie. Et quoiqu’ils ne sont pas encore jugés aujourd’hui pour leurs crimes, je continue de croire à une autre forme de justice comme dit Bernard Henry LEVY : La justice de l’historien de la vérité.

Pauvre gauche cambodgienne, née entre deux feux révolutionnaires chinois et vietnamien, qui la privaient d’avoir sa propre identité nationale. Elle s’est laissé mettre sur le dos la responsabilité de la servitude de la cause de Mao et Hô et était utilisé comme une rampe de lancement d’idéologie marxiste au Cambodge. Cette obéissance mettait en sommeil son nationalisme. La saga de sa naissance dans les années 1930 est ambiguë. Elle était alors considérée comme une des branches du parti communiste vietnamien et n’était jamais parvenue à définir une ligne de conduite constante et régulière. Sa victoire au 17 avril 1975 s’apparentait plutôt à une victoire à la Pyrrhus sur laquelle pèse toujours la menace du parti communiste vietnamien. En effet, Pol Pot demandait à sortir de cette soumission pour toucher sa part de gloire du Communisme en Indochine. Il recevait le feu vert de Pékin, mais Hanoi ne répondait pas à cette requête. Au lieu d’être prudent devant ce silence, Pol Pot entamait la politique de vengeance contre son propre peuple sous le regard ironique des Vietnamiens. Cette pratique détruisait complètement la force vive du pays et l’âme khmère. Une manne pour Hanoi de donner soi-disant une leçon de solidarité entre peuples indochinois à la Chine et réaliser son rêve d’être le maître du Cambodge. Le 7 janvier 1979, les plus rétifs à la cause de Hô ont été chassés de Phnom-Penh par les soldats vietnamiens pour remplacer par les plus dociles. L’éclatement en deux camps (les prochinois et les provietnamiens) était consommé ainsi. Malgré ce déchirement, cette gauche oblitérait pour toujours aux yeux des Cambodgiens son engagement. En outre, dans leur histoire, les deux camps ont toujours besoin de la monarchie pour leur survie. Ils prétendent entériner leurs choix en les justifiant par le contexte et les circonstances. En fait, ils ne sont ni républicain, ni nationalistes. Ils sont des opportunistes et font de l’occasion une doctrine. Ils agissaient toujours dans l’ombre du prince Sihanouk et sous l’œil vigilant de Pékin et Hanoi. Sous la lumière de leur victoire du 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979, on voyait leur vrai visage. Voilà la face cachée de la gauche cambodgienne et ainsi s’achève l’épopée de leur révolution réduite à des dimensions meurtrières. Certes, l’un ou l’autre ont une responsabilité devant l’histoire pour plus de deux millions de morts Khmers innocents.

 

Paris, Avril 1997     

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 07:39

 Je commence cet essai en me posant des questions suivantes : Quelles sont nos pensées sur le nationalisme khmer ?

Parlons d’abords du nationalisme. Selon Ernest Gellner, professeur d’anthropologie sociale à l’université de Cambridge définit le nationalisme ceci : « Le nationalisme est essentiellement un principe politique, qui affirme que l’unité politique et l’unité nationale doivent être congruentes. C’est en fonction de ce principe que la nationalisme en tant que sentiment ou mouvement peut mieux être défini. Le sentiment nationaliste est le sentiment de colère que suscite la violation de ce principe ou le sentiment de satisfaction que procure sa réalisation. Un mouvement nationaliste est un mouvement animé par un tel sentiment ».

Dans l’esprit de beaucoup des Khmers, la gloire de la période angkorienne, nous donne tous les droits de penser que notre pays reste toujours un grand pays. Rappelons-nous bien que cette Nation s’est construite dans un processus d’évolutions longues et complexes, Comme Ernest Renan disait qu’une Nation est construit aussi bien par des vivants et des morts. La Nation khmère, en effet, depuis Fou-Nan à Tchen-La, de Tchen-La à Norkor Thom et de Norkor Thom au Kampuchéa d’hier et d’aujourd’hui, avait évolué, elle évolue encore d’aujourd’hui et demain, elle continuera à évoluer sur la base du progrès et d’amélioration, c’est-à-dire sur le mélange entre d’anciens et de nouveau. Après vingt et un siècle d’évolutions, nous faisons un constat amère : Nous ne sommes plus un grand pays, malgré l’existence du temple d’Angkor. Mais il est curieux de savoir ce qui reste du nationalisme khmer après des siècles de décadence.

Parlons du nationalisme, il est impératif de savoir préalablement qu’est-ce qu’une Nation ? Nous aurions sans doute autant de définition, chaque régime et pouvoir politique aient sa propre définition. Et pour éviter de rentrer dans ces détailles sans fin, nous ne donnons ici que la définition qui a une valeur universel commun.

Ernest Renan écrit ceci : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’Homme, messieurs, ne s’improvise pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale ». Une meilleure nation est celle où les hommes passent leur vie dans l’union et où les lois demeurent inviolées.  Mais quelle est la fin de la nation ? C’est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’elle se conserve et prospère ? C’est la paix dans le progrès social.

 

Le nationalisme khmer justifié par gloire et la douleur :

La Nation khmère est une vieille nation. Elle a son histoire dans laquelle, il y avait la gloire et la souffrance en commun d’un peuple. Le temple d’Angkor et les autres sont la fierté nationale. La joie de contempler les temples khmers partout où ils sont, est une réalité, une vérité éternelle dans le cœur des Cambodgiens. Quand il s’agit de l’émotion, nous ne pouvons pas trahir la nature de l’homme. Mais dans l’histoire des Khmers, il y avait aussi des douleurs à raconter : La guerre civile, les agressions étrangères, la décadence, etc.

Cette joie et ces douleurs renforcent les liens entre les Cambodgiens. Elles font naître le nationalisme khmer. Renan dit aussi : « Avoir souffert ensemble ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort en commun ».

 

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Ce sujet de discussion est cher au feu professeur Keng Vannsak, sociologue et linguiste khmer. Sa thèse était en opposition avec celle des savants français. S. Lévi, savant Français, écrit ceci :

« L’inde donne ses fables à ses voisins qui vont les enseigner au monde entier. Mère de la foi et de la philosophie, elle donne aux trois quarts de l’Asie un dieu, une religion, une doctrine, un art. Elle porte sa langue sacrée, sa littérature, ses institutions dans l’Insulinde jusqu’aux limites du monde connu et de là rebondit vers Madagascar, peut-être à la côte d’Afrique où l’afflux présent des émigrants hindous semble suivre les traces obscurcie du passé ».

Les points de discordes de Keng Vannsak avec des savants français ne sont pas sur le mot « influence », c’est-à-dire l’influence de la culture indienne sur celle des Khmers, mais plutôt sur le mot « absence », c’est-à-dire l’absence de la culture d’origine khmère. Quand un peuple a sa propre culture d’origine forte, il ne peut pas y avoir eu une influence d’une autre culture sur la sienne, mais plutôt un choix délibéré de sa part pour innover sa culture. Pour lui, les exemples ne manquent pas pour démonter que cette rénovation existe réellement, elle connue sous le nom de « nationalisation ».

Keng Vannask rajoute : « Ce n’est nullement une faute pour les civilisations pourtant très grandes, que d’emprunter des thèmes communs à d’autres civilisations. Les littératures des peuples reflètent et facilitent les interférences entre les courants de civilisation. Mais l’essentiel n’est justement pas ces emprunts qui, pour être compris et acceptés par tout le peuple, doivent être avant tout, assimilés et remodelés par une « nationalisation » longue, profonde et sans cesse renouvelée ».

Ainsi le RAMAYANA indien s’est transformé en REAMKER khmer. Et si le titre de l’ouvrage, les personnages et les lieux de l’action conservent encore des noms vaguement indiens, le contenu par contre, diffère complètement de l’œuvre de VALMIKI.

Vis-à-vis de la littérature bouddhique, la transformation n’est pas aussi radicale. Néanmoins, certains Jatakas ne sont acceptés et retenus que parce qu’ils ont reçu une forme et un fond conformes à l’Esthétique et l’Idéologie khmères.

Pareil remodelage constitue une forme de Khmérisation dans l’Art que dans la langue, cette khmérisation s’effectue selon les deux principales tendances de la civilisation khmère à savoir : Le Réalisme et le Rationalisme. Ce sont justement ces deux tendances qui ont procédé à l’humanisation du Dieu Rama et donné une forme systématique de « thèse » au Reamker.

Mais le Réalisme khmer ne consiste pas simplement à ramener le Divin à l’humain, le sublime à l’ordinaire, le merveilleux au réel. Il constitue également un moyen d’action. L’efficacité n’est pas fonction du Métaphysique, mais du Pragmatique fondé sur une « connaissance exacte et prudente de l’être et de « l’utile ».

À partir 1970, ce débat fit florès parce que le professeur Keng Vannsak n’avait plus la barrière politique pour augmenter le son de sa voix pour critiquer les savants étrangers de toute taille, bien sûr dans le domaine de la culture khmère. Mais son seul défaut, c’est qu’il n’ait jamais publié des articles sur ce sujet ; j’ai dit publier, parce qu’il est fort probable qu’il en ait écrit beaucoup. La publication avec parcimonie de ses œuvres fait défaut à ses partisans, parce qu’à chaque fois, ils devaient affronter sur ce sujet avec leurs opposants, il est difficile pour eux de faire une référence aux idées précises de leur Gourou. En tout cas, M. Keng Vannsak était un grand patriotiste et nationaliste convaincu. Malgré ses défauts comme tout être humain, il représente pour la jeunesse de ma génération, un symbole de « contestataire des diktats de Pouvoir de toutes ses formes ». Dans l’esprit de beaucoup, il est le Savant des Khmers. De son vivant, la Radio Free Asie (RFA) a pu enregistrer beaucoup d’heures d’entretien avec lui. La thèse de Keng Vannsak constitue une forme de « Nationalisme khmer » dans le domaine de la Culture.

Parlons un peu plus sur notre Nationalisme culturel. Yvonne Bonger écrit dans son livre (la monarchie cambodgienne) ceci :

« Le Cambodge angkorienne, tel qu’il nous est connu par l’épigraphie apparaît comme un pays profondément indianisé, au moins au niveau des classes dirigeantes ».

 

Mon point de vue : Nous savons que la pénétration (au milieu du IVe) des grandes religions indiennes au Cambodge, Hindouisme avec deux divinités « antagonistes » Visnou et surtout çiva et Bouddhisme Mahayana (du grand véhicule) avec Boddhisattvas (candidat à la dignité de Bouddha), modèle et intercesseurs, ont sans doute une forte influence dans la pensée khmère. Cette importance ne vient pas détruire l’armature de la société khmère mais elle compléter au contraire des parties manquantes, lesquelles sont : la science du gouvernement et la pensée philosophique qui sont deux éléments importants pour le progrès d’une nation. L’accouplement de deux systèmes de société fait naître sans aucun doute l’embryon de la civilisation khmère. Étant en stade de matérialisation, notre culture s’imbibe facilement de la pensée indienne qui est en période du développement expansif. Cette conjonction fructueuse crée un climat de confiance et d’intérêts réciproque entre le pouvoir autochtone et les Brahmanes venant avec les commerçants hindous pour professer l’art de gouverner aux monarques khmers. Pour être en bon terme avec l’autorité locale qui est déjà en puissance, les Brahmanes se voient obliger de faire une entorse à leur système de caste, de reconnaître une certaine valeur de la culture aborigène et de fermer les yeux aux certaines pratiques des rois d’Angkor. Ils s’attellent donc à la politique d’assimilation de leur croyance à la culture utilitaire du pays. Cette politique séduit davantage des rois khmers et leur Cour parce qu’ils ne voient pas dans l’Hindouisme comme une menace directe à leur pouvoir temporel, mais d’aider au contraire à devenir les monarques éternels. Ils acceptent facilement, en effet, de se convertir en néophytes de cette religion et la transforment en suite en doctrine gouvernementale de leur Royaume impérial.

À part les vestiges des temples prestigieux qui parent aujourd’hui le Kampuchéa, nous ne voyons pas la trace des castes d’hindouisme dans la société khmère. Au premier vu et su de l’histoire khmère, nous savons gré que nos rois d’Angkor ont bien fait de supprimer décemment les frontières sociales entre les Khmers pour rendre plus humain notre société au moment de la transplantation de l’Hindouisme dans notre foi.

La loi d’Hindouisme est absente dans la vie quotidienne des Khmers, parce qu’elle régit plutôt par des lois khmères. Voici une des exemples : Les « Paroles des Sages » :

« - Riches, aidez les pauvres, comme ils vous aident tels des morceaux d’étoffes autour d’un corps nu.

«  - Savants, protégez les ignorants, comme ils vous protègent tels des sampans au secours d’un grand vaisseau naufragé.

«  - Puissants, veuillez aussi sur les faibles,

«  - Repus, donnez à manger aux affamés,

« - Bienheureux, pensez aux déshérités, tels des ancres, des voiles et des amarres qui aident les grands navires que vous êtes, à ne pas sombrer au fond de l’Océan de la vie agité sans cesse par des tempêtes… ».

Nous le savons qu’un changement culturel constitue très souvent une expérience très douloureuse, et de plus, parce que des cultures rivales entraient en conflit pour la captation des âmes, tout comme il y avait des centres de pouvoir politique qui rivalisaient pour suborner les hommes et s’emparer de leur territoire et pendant la période de transition devait être soumise aux violences et aux conflits. Or l’on constate qu’il y n’avait ni violences, ni conflits dans la conjonction entre la culture d’origine khmère et celle d’indienne. La réalité des faits historiques le confirme.

Ceci pour nous démontrer que la Nation khmère n’avait pas eu peur dans le passé d’avoir de contact avec une civilisation d’hindouisme, une des puissances dans le monde. Cette assurance fait naître au contraire le nationalisme khmer.

 

Le nationalisme khmer justifié par la peur :

Deux mémoires politiques célèbres, « la mentalité khmère » de Bun Chan Mol et « la marche vers l’Ouest » de Noun Kheun, nous interpellent aujourd’hui. Le premier, écrit en 1970, invite ses concitoyens à abandonner la pratique maléfique khmère : l’égoïsme. Le second, écrit en 1971, nous montre qu’il y ait un danger pour notre pays, venant des pays voisins, la Thaïlande et le Vietnam, si le Cambodge ne réussissait pas à concrétiser une démocratie libérale dans notre système de gouvernement. Ces deux appels pathétiques me font penser à une maxime khmère, dans laquelle nos ancêtres avaient voulu rappeler le « mal khmer », dont le but n’est pas d’humilier le peuple khmer, mais de lui donner la possibilité d’en tirer des leçons, se réformer, s’améliorer et éviter, pour le pays, des lendemains qui déchantent. Cette maxime est ceci :

-          les Thaïlandais n’abandonnent jamais la méthode,

-          les Vietnamiens n’abandonnent jamais l’hypocrisie,

-          les Khmers misérables n’abandonnent jamais la diffamation.

Quand le pays est dans le malheur, M. Douc Rasy, un intellectuel khmer, écrit ceci : « Il ne reste pour ainsi dire que l’amour de la patrie et un sentiment d’appartenance à une même communauté. C’est à la fois peu, et en même temps beaucoup à condition que nous sachions les mettre en valeur. Si d’un sentiment diffus, nous parvenons à faire une raison de vivre, alors, nous pourrons mobiliser toutes les forces dont nous disposons à son service. La raison va concrétiser l’espérance du futur ».

La raison, dans la situation de faiblesse, ne devrait pas être fondée sur la peur des autres, mais plutôt sur la confiance en soi.

Depuis j’ai l’âge de raison, j’ai entendu et j’entends toujours que le Vietnam et la Thaïlande ont volé et volent encore les terres khmères. Je me pose donc la question qu’avons nous fait pour qu’ils puissent nous voler comme ça ? L’on me dit que les causes sont multiples : les guerres civiles, l’incapacité des dirigeants, la monarchie absolue, la colonisation française, Bouddhisme, etc. Je me pose encore une autre question : Est-ce que le Vietnam et la Thaïlande n’avaient-ils pas ces problèmes ? Cette question est taboue vu le concept du nationalisme khmer fondé sur la peur des autres, mais paradoxalement à chaque fois que nous avions des problèmes entre nous, nous n’avions pas hésité de demander l’aide des autres. C’est dans cet état d’esprit confus, que le Kampuchéa a, aussi, perdu son Empire.

Il faut bien savoir que la décadence de la nation khmère depuis le XIIIe siècle ne fut pas seulement militaire ; ce fut celle de l’esprit, de l’idéologie nationaliste et enfin celle de toute une organisation économique, culturelle et politique. Cette décadence est si profonde jusqu’aujourd’hui encore ses causes et conséquences sont rarement pleinement analysées, réduites à des faits cités ci-dessus. Comment cette décadence est-elle pensée ?

Aujourd’hui avec l’unification des trois Ky (Tonkin, l’Annam et la Cochinchine) et l’émergence de la société industrielle en Thaïlande auraient pour conséquence de permettre aux deux pays de dominer économiquement le Kampuchéa et, parfois à leurs populations d’avoir le sentiment d’être supérieur à la population khmère.   

Devant cette réalité, la peur des Vietnamiens et des thaïlandais devienne notre obsession de tous les temps. Nos discussions tournent autour de ce sujet. Il devient un sujet majeur pour les intellectuels khmers. Quand on les pose la question : Que faire ? La réponse est si simple à comprendre : Demander l’aide à l’ONU et les pays puissants, etc. Mais où sont les Khmers dans ces débats ? Ils ne pourraient rien faire. Mais sont-ils des électeurs ? Ils ont donné leur voix au PPC (2/3 de sièges à l’Assemblée nationale) pour gouverner le Kampuchéa en toute liberté. Non, non, c’était de la tricherie. Le PPC a acheté les voix et a menacé de représaille. Mais on n’hésite non plus à valider, en temps et en heure, les résultats des élections, pour siéger à l’Assemblée Nationale. On me dit aussi, Il faut prendre le temps pour apprendre aux Khmers à connaître leurs droits et leurs devoirs en tant que citoyens. On n’oublie toujours que les Khmers d’aujourd’hui connaissent mieux que quiconque ses droits, car à chaque fois qu’il y ait une spoliation de leurs terres et autres violations à caractère des droits de l’Homme, je constate qu’ils sachent se battre pour défendre leurs droits. Bien sûr, ils n’ont pas gagné le gain cause, parce que leurs moyens utilisés sont illusoires par rapport à la puissance du pouvoir économique et administratif. Mais cela est une autre affaire. Je pense qu’il ne faille plus avoir de doute sur la capacité des Khmers à comprendre le fonctionnement de la liberté publique, dont les droits et les devoirs des citoyens font principes. Quand le PPC gagnait des élections, il ne fallait pas toujours croire qu’il ait triché, il fallait aussi que les Démocrates khmers se posent la question, pourquoi ils auraient accepté cette situation. Quand l’on cède sur des principes fondamentaux de la démocratie comme ceux des élections, il ne fallait pas étonner qu’il y ait  de dérapage du régime actuel vers l’hégémonie politique. C’est là le bât blesse, les Démocrates puissent critiquer le parti au pouvoir tout ce qu’ils veulent, mais quand il s’agit du « Fondamental », ils tournent le dos pour éviter de le voir. Dans ce cas là, comment puissent-ils être crédible vis-à-vis des électeurs ?   Cette acceptation n’est-elle pas aussi une preuve de manque de soutien confortable de la masse populaire, afin qu’ils puissent défendre avec détermination la démocratie.

Les Démocrates suscitent la peur des autres pour justifier leur nationalisme. Mais quelles sont leur « universel commun » ? M. Dy Kareth, un intellectuel khmer connu, a bien fait de soulever des problèmes de l’unité de pensée des Démocrates khmers comme sujet de débats. Nous n’arrivons pas, en effet, à l’identifier, à l’exception de quelques bases connues :  La peur des autres, la colère contre le parti au pouvoir, le sentiment de satisfaction sur des propos défavorables des pays puissants à l’adresse du gouvernement royal khmer actuel, etc. Ces bases connues constituent-elles un « capital social » sur lequel on assied une idée politique commune ? Bien sûr que non, parce que ces bases-là sont simplement des dénominateurs communs qui servent uniquement à mener ensemble des actions occasionnelles dont les intérêts sont congruents. Mais l’absence de l’unité de pensée sur l’histoire du pays, un passé héroïque des grands hommes, de la gloire, une volonté commune de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis, etc. ne permettrait pas les Démocrates khmers à travailler ensemble sur un projet d’avenir. Il ne faut pas oublier que les Cambodgiens connaissaient le mot « Démocrates khmers » depuis 1947 ; nous sommes aujourd’hui en 2009, plus de six décennies, les Démocrates khmers continuent toujours à quêter leur identité. Actuellement deux partis de l’Opposition parlementaire, qui revendiquent le titre de Démocrate, auront des difficultés à s’accorder leur politique commune. Le PSR, avec plus d’un million de voix et PDH, avec 400.000 voix, aux dernières élections législatives, chacun espérait toujours de gagner en solo à la prochaine compétition. Il me semble que leur volonté de travailler ensemble susciterait davantage la crainte, la coercition, la contrainte, l’intérêt, que la formation d’une force nouvelle pour faire développer la démocratie au Cambodge. La peur des autres serait-elle un facteur de désunion ? Voilà une question importante qui mérite d’être discutée.

M. Noun Kheun écrit ceci : « Le nationalisme ne serait pas seulement le sentiment de l’amour de la patrie, il serait aussi un mouvement pour revaloriser l’idéologie nationale et toute autre valeur qui favorise la réalisation du développement de la force nationale dans le domaine politique et économique. Dans cet objectif, notre premier devoir est de renforcer notre nationalisme, lequel constituera la fondation solide de notre nation. Cette fondation pourra transformer en idéologie nationale efficace. Autrement dit, pour que le mot « nationalisme » soit dans son vrai sens, il faut que tous les éléments cités ci-dessus soient réunis. En outre, le développement du nationalisme dépendra celui de la démocratie qui permettra au peuple de participer dans les affaires de l’Etat. Cela renforcera la justice sociale. S’il n’y avait pas de « devoirs », il n’aura jamais le nationalisme. Dans cette condition, le son du mot  « amour de la patrie » se ressemble plutôt au son venant d’un tambour caché, auquel personne n’attache aucune importance ».

Le Cambodge était une grande nation. Aujourd’hui par sa taille et le nombre de sa population, il devient un petit pays par rapport au Vietnam et la Thaïlande. L’on sait qu’une grande partie de ses territoires ont été annexés par ces deux pays et un grand nombre des Khmers vivant dans ces territoires sont devenus des nationalistes irrédentistes pour défendre leur culture, mais ils ne revendiquent pas l’autonomie des terres de leurs ancêtres. Cela prouve bien que le processus d’intégration des « Khmers externes du territoire national » dans la société politique du Vietnam et de la Thaïlande soit bien terminé. En outre, l’amputation des territoires khmers pendant la période du protectorat français a été reconnue aussi par le gouvernement khmer et par la loi internationale. Aujourd’hui, iIl y a beaucoup des Khmers qui s’interrogent encore sur la politique d’expansionnisme du Vietnam et de la Thaïlande : Ce qu’elle était hier, ce qu’elle est aujourd’hui, et ce qu’elle sera demain. Parce qu’il pensent que ces deux pays ne craindraient pas d’usurper leurs droits sur les territoires khmers, s’ils avaient l’occasion d’y faire. C’est pour cette raison, la Nation khmère ait besoin plus que jamais de susciter le « nationalisme khmer » fondé sur la force et l’idéologie nationale. Les deux constituent la fondation de la nation khmère.

Il faudrait faire attention que le nationalisme ne soit pas une invention idéologique pour servir une doctrine politique fondée sur la prééminence de la nation et le racisme comme le cas du National-Socialisme d’Adolf Hitler.

Qu’est ce que c’est la force nationale khmère ? La force nationale n’est pas, ni une force d’agression des pays voisins, ni une force d’oppression de la population, elle serait une force de la cohésion sociale et de l’unité nationale.

Qu’est ce que c’est l’idéologie nationale khmère ?  L’idéologie khmère repose sur le principe du « Réalisme » : La paix, l’indépendance nationale, l’intégralité territoriale, la démocratie libérale et le Bouddhisme.

Enfin, la force et l’idéologie nationale cherchent à donner à la population, un sens, une unité et un repère. L’être du peuple fonde la Nation. Je suis conscient en écrivant cet essai que le problème de la nation, du nationalisme s’est posé et se pose encore au Cambodge. Au moment où le Cambodge s’ouvre, quand un nouveau type de mondialisation, d’organisation de la région de l’Asie Sud-Est, du monde donc, se met en place, il est important de comprendre comment s’y pense la nation, s’y pose le rapport au nationalisme dont il est soupçonné aujourd’hui d’être fondé sur la peur des autres.   

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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 12:15

Osons-nous faire autrement ?

Dans les jeux, il y a des règles à respecter par les joueurs. Si l’un des joueurs ne respectait pas les règles, il sera expulsé des jeux par les autres joueurs.

Situation 1 : Si l’un des joueurs trichait et les autres joueurs n’en aperçoivent pas, nous pouvons en conclure que le tricheur est habile et les autres sont stupides.

Situation 2 : Si l’un des joueurs trichait et les autres joueurs le savent, mais ils continuent de jouer les jeux comme rien n’était. Dans cette situation, nous pouvons dire que ces jeux sont truqués.

Situation 3 : Si l'un des joueurs trichait et les autres joueurs le savent, mais ils continuent de jouer en dénonçant quand même la triche. Dans cette situation, nous pouvons dire sans ambages que le tricheur est invincible.

Situation 4 : Si l'un des joueurs trichait et les autres joueurs le savent et décidaient de ne plus jouer. Dans ce cas, nous pouvons affirmer que les autres joueurs sont attentifs.

Au Cambodge, l’Opposition participait (participera) aux élections en dénonçant avant et après les élections qu’elles ne sont pas libres et équitables. Cette situation correspond à la situation 3, dans laquelle il y a un choix parmi des stratégies citées ci-dessous.

Stratégie de facilité : s’il gagnait, il pourrait dire que le peuple a choisi le changement, s’il perdait, il pourrait dire que les voix ont été achetées par l’adversaire, s’il obtenait quelques sièges, il pourrait se consoler en disant : nous allons nous faire entendre légalement nos voix dans les institutions nationales et internationales.

Stratégie d’entretien : il savait d’avance qu’il ne gagnera pas, mais sa participation lui donnait une occasion pour stimuler ses militants et ses électeurs en vue de maintenir sa présence dans la vie politique.

Stratégie d’espérance : il savait que les élections ne sont pas libres et équitables, mais il espérait de gagner en pensant que le peuple ait toujours le dernier mot.

Stratégie de sauve qui peut : il ne maîtrisait pas la situation, mais la participation aux élections lui permettait au moins de faire élire ses leaders.

Nous le savons qu’après chaque élection, l’Opposition contestait toujours les résultats. Elle disait qu’elle ne siège pas à côté de ceux qui ne respectent pas les règles, puis elle siégeait et se taisait. Très vite, en effet, les militants et sympathisants exigeait une explication, leur déception devenait désespoir. Ils se posaient la question : Pourquoi accepte-t-il de participer aux élections en sachant que les règles ne sont respectées par les partenaires. Cette acceptation est-elle un défaut moral de l’Opposition ? Que proposer ?

Une nouvelle stratégie est-elle possible ? Celle du «zéro tolérance», envers soi-même et envers ceux qui ne respectent pas les règles de jeux aux prochaines élections. Ce «zéro tolérance» est une révolution de mentalité, c’est-à-dire : oser faire autrement. Si l’Opposition constate que le parti au pouvoir ne respecte pas les règles du jeu, elle doit boycotter la compétition. L’accusation n’est plus suffisante.  Ce n’est non plus crédible de jouer le rôle de victime, quand on savait d’avance la tricherie de l’adversaire. Je me pose donc une question, quelles seront les conséquences, si l’Opposition décide ne pas participer aux élections non libres et non équitables ? Jouer pour gagner un petit peu, ne serait plus acceptable pour l’opinion publique.

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 15:14

La politique et l’histoire

 

Il y aurait 4 versions principales sur les évènements du 18 mars 1970 :

-          la version du prince Norodom Sihanouk ;

-          la version des hommes de la république khmère ;

-          la version des observateurs étrangers ;

-          la version satellite.

Toutes, ont-elles une valeur historique au sens propre du terme ?

Nous le savons tous, quand il s’agit d’écrire ou de témoigner sur des faits historiques à caractère politique, il faut attendre aux réactions favorables ou défavorables de la part des lecteurs. En plus, si l’auteur est l’acteur principal ou secondaire dans ces évènements politiques, là, il est certain qu’il devient la cible des critiques du camp adverse. C’est tout à fait naturel.

La date du 18 mars 1970 est un événement majeur dans l’histoire du Cambodge. Beaucoup des acteurs, observateurs, témoins des évènements sont encore vivants. Les débats sur la vérité des évènements sont encore vifs.

Je donne ici les principales idées de chaque version citée ci-dessus. Je veux d’abord préciser que je ne suis pas «Historien» et je parle ici en mon nom propre. Mais il est vrai que mes liens avec les activités de mon père, un des acteurs des évènements du 18 mars 1970, font de moi un témoin engagé et partial, même si je m’efforce, aujourd’hui, à informer les évènements du 18 mars par les autres sources.

 

  1. Version du prince Norodom Sihanouk :

-          Complot des CIA contre sa personne ;

-          Lon Nol et Sirik Matak sont les pantins des Américains et des généraux Sud-Vietnam ;

-          Sa destitution est anti constitutionnelle, elle est donc un coup d’État ;

-          Le peuple khmer est toujours fidèle à sa personne, après sa destitution, etc.

 

  1. Version des hommes de la république : Les causes de la destitution du prince Sihanouk de la fonction du chef de l’État sont :

-          L’échec de la politique économique du prince ;

-          Signature de l’accord secret avec les Vietcongs et du Vietnam du Nord ;

-          Son refus de dialoguer avec son propre gouvernement, dirigé par le Général Lon Nol, au sujet des manifestations contre des ambassades des Vietcongs et de la république socialiste du Vietnam ;
 

  1. Version des observateurs étrangers : Ils écrivent des chroniques des évènements et cherchent à expliquer les liens entre les causes et les effets de chaque étape de ceux-ci avec des commentaires. 

 

  1. Version satellite : Des personnes, pour, contre le prince Sihanouk ou neutre, qui écrivent des anecdotes ou histoires personnels, en collant avec les versions citées en fonction de leur sensibilité et de leurs liens familiaux, amicaux ou de leur sympathie avec des acteurs des évènements. Ce sont des épigones.

Chacun est libre d’écrire. Le plus important, c’est la notoriété de l’auteur. C’est aux lecteurs de réfléchir en fonction de leur conscience. Au Cambodge, il y a toujours une crise de l’histoire car elle est toujours écrite par les hommes de pouvoir. Nous n’avons pas des historiens de métier car l’histoire est l’exercice permanent d’un certain regard, d’un certain esprit critique.

 

Sangha OP

Consultant en Organisation et en Ressources Humaines

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 10:48

Union par choix ou union par nécessité

Le Parti Sam Rainsy et le Parti des Droits de l’Homme ont récemment signé un accord d’alliance en vue de préparer des élections prochaines. Les résultats des élections législatives en 2008 (26 sièges pour PSR et 3 sièges pour PDH) ne sont pas généreux pour les dirigeants de ces deux partis. Nous pouvons en commenter ainsi : un bon début pour le PDH et un début de stagnation pour le PSR. Ces derniers peuvent toujours dire que les élections n’étaient pas libres et équitables. Mais, une chose est sûr que les prochaines élections ne seront jamais «libre et équitable». Comment réagir ? Que proposer ?

Une maxime dit depuis la nuit des temps que «l’union fait la force». En 2008, cette maxime fut ignorée par le PSR et PDH. Un proverbe dit aussi «il faut mieux tard que jamais». Mais, nous le savons qu’à chaque erreur commis, elle offre un avantage psychologique à l’adversaire. A chaque victoire de ce dernier, elle renforce sa confiance dans la méthode utilisée. Nous sommes certains qu’Il continuerait de les utiliser dans les prochaines compétitions : On ne change pas la méthode qui gagne.

Aujourd’hui, le PSR et PDH veulent faire une alliance. La question est de savoir : est-ce qu’une alliance par choix ou par nécessité ? Mais quelle est la différence entre les deux ?

Alliance par choix (hypothèse) : Ils ont fait un choix de faire une alliance et dans cette union, chaque parti peut y avoir sa propre stratégie pour se développer. Trois possibilités sont :

 

  • Faire : Il (parti) veut maîtriser son développent. Ce développement doit passer, à court ou à moyen terme, par l’absorption de l’autre,
  • Faire faire : Il s’adresse à l’autre parti et fixe ses règles selon ses propres critères pour assurer son développement, c’est l’alliance par domination,
  • Faire avec : Il collabore avec l’autre parti dans le cadre de l’alliance selon des critères de confiance et d’affinité.

Dans le mot «choix», il y a un sens de «liberté». On fait l’alliance par choix dans une situation où il n’y a pas contrainte implicite et explicite au sein de chaque parti et dans un environnement politique seine. L’avantage de faire l’alliance par choix, c’est la souplesse, son inconvénient, c’est la fragilité.

Alliance par nécessité (hypothèse) : Un proverbe dit : la nécessité contraint la loi. Dans la situation de l’alliance entre le PSR et PDH, la nécessité oblige chaque parti à enfreindre ses propres intérêts, c’est-à-dire la loi du parti. Par nécessité, parce que leur adversaire est fort et puissant. Chaque parti a trois possibilités :

  • Faire : Il veut aider le peuple khmer à sortir de la pauvreté, trouver la justice et d’espoir. Pour le faire, il faut gagner l’adversaire et pour le gagner, la fusion des deux partis est une nécessité,
  • Faire faire : Les meilleures idées doivent être encouragées et appliquées partout, c’est la fusion par excellence,
  • Faire avec : Ils (les membres) travaillent ensemble dans un objectif unique : aider le peuple khmer.

L’avantage dans l’alliance par nécessité, c’est l’efficacité et son inconvénient, c’est la contrainte.

 

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 10:42

Pas assez des hommes de bon sens

Je me rappelle bien une phrase de l’ex-premier ministre français, Monsieur Bérégovoy : avoir un diplôme, c’est bien, mais avoir une pensée seine, c’est mieux. Cette phrase correspond à peu près un dicton khmer : dix hommes de savoir (diplômé au sens cambodgien) ne valent pas un homme de bon sens. Le diplômé représente la connaissance et l’application tandis que l’homme de bon sens représente l’esprit pragmatique. Le diplôme, c’est la technique et le bon sens, c’est la politique.

Il faut raisonner à partir de la réalité. Depuis l’indépendance, le 9 novembre 1953, à ce jour, c’est-à-dire plus de cinq décennies, le Cambodge est toujours classé dans la catégorie des pays sous-développés. Dans ce cadre, les ressources humaines formées dans le domaine de l’économie ne manquaient pas au Cambodge, contrairement ce que les gens pensent. Des centaines des Cambodgiens ont été formés dans les différentes universités nationales : Ecole Royale d’Administration, faculté des Sciences Economiques et des Droits, Faculté d’Agronome, Ecole des Travaux publics, Faculté de Médecine, etc. Les programmes étaient adaptés aux besoins du pays. Ces hommes étaient donc capables de faire bouger l’économie, s’il existait un peu des dirigeants de bon sens dans le pays. Que puissent-ils faire plus, les diplômés de l’HEC, de l’ESSEC, des Sciences Po, des docteurs en économie dans un Cambodge dont l’environnement politique pour le développement est inexistant. Il ne faut pas oublier que les dirigeants des Khmers Rouges étaient formés par les meilleures universités de France et la majorité des cadres exécutifs étaient des enseignants formés à l’Ecole Normale au Cambodge. Mais ces hommes produisaient plus des cadavres (2 millions de mort) au nom de leur révolution utopique que la richesse du pays. Ces universités crées par le Prince Sihanouk était donc comme un coup d’épée dans l’eau et comme aussi la lumière allumée pendant la nuit pour les aveugles parce qu’elles ne formaient pas réellement des jeunes à travailler, mais à servir un régime qui les empêchait de travailler. Sans avoir un but de travailler réellement, ces jeunes n’avaient même pas « la main invisible ».     

Qu’est-ce que c’est la main invisible ? C’est Adam Smith qui a utilisé le premier concept de la main invisible. En 1776, il écrivait que chaque individu travaille dans un seul but : accroître son propre gain mais, en faisant cela, «il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but de travailler».

Les besoins en ressources humaines dans le Cambodge d’aujourd’hui sont des hommes de bon sens. Le Cambodge peut former ses propres cadres avec des programmes adaptés à son environnement, c’est question de la volonté politique. Il faut avoir le courage de s’attaquer au vrai problème du pays qui paralyse son développement : la corruption. Les experts en développement de l’ONU et des pays développés sont nombreux pour aider le Cambodge. Ils sont armés de diplômés et des expériences, mais ils sont impuissants devant ce fléau. Pourquoi ? Voilà une belle question que personne n’ait une réponse.

 

La société khmère est comme le vin qui vieillisse plutôt bien. Le fait qu’elle ait absorbé un séisme social, un séisme historique, la révolution sanglante de Pol Pot, montre qu’elle possède une capacité de résistance importante. Or, la première qualité que l’on demande à la société, c’est d’absorber les chocs et de tenir. Avec un peu de bon sens, je suis sûr qu’elle pourrait empêcher le Vietnam d’être maitre de son destin.

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 07:30

 

 

Le 15 mai 2008, un débat a été organisé par la radio France culture sur l’utilité de jugement des chefs historiques des Khmers rouges par un tribunal. Un invité, Père Ponchaud, prête catholique, auteur d’un livre, intitulé, le Cambodge - année zéro, a dit que  «la population khmère ne voulait pas le tribunal, créé par l’ONU et le gouvernement khmer actuel, pour juger des chefs historiques des Khmers rouges, parce que 70 % des Khmers d’aujourd'hui sont nés après la fin du régime des Khmers rouges (1er janvier 1979). Norodom Ranariddh et Hun Sen, alors co-premier ministre du premier gouvernement du Cambodge post onusien, ont voulu sanctionner les Khmers rouges par un tribunal parce que ces derniers avaient refusé de participer aux élections législatives en 1991. Hun Sen mord aujourd’hui ses doigts, parce que dans son for intérieur, celui-ci ne voulait jamais créer ce tribunal pour raison que tout le monde le sait : il était aussi ancien Khmer rouge. Juger les chefs historiques des Khmers rouge, pour lui, c’est comme on ouvre une boite de pandore. Si on devait juger les Khmers rouges, il faut aussi qu’on juge des Américains qui avaient largué des tonnes de bombes tuant autant des khmers. Le jugement des chefs khmers rouges ne sert pas à grande chose pour la société khmère actuelle».

 

En coutant père Ponchaud, en tant que Khmer, j’ai éprouvé une sensation de douleur et de tristesse. Les raisons en sont multiples :

 

Pour commencer, je voudrai citer deux articles du Code civil français :

Art. 1382 : Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le réparer.

Art. 1383 : Chacun est responsable du dommage qu’il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence.

1. La question du jugement des Khmers rouges par un tribunal n’est pas légère. C’est pourquoi, je préfère débattre avec père Ponchaud en toute liberté :

 

Comment un prêtre, intellectuel, vécu plus de deux décennies au Cambodge, peut oublier ces deux articles cités ci-dessus et ne pense même pas à un droit et devoir de mémoire pour un peuple qui est victime du crime commis par Pol Pot et ses hommes. Bien que 70 % des Khmers d’aujourd'hui qui ne connaissent pas le régime de Pol Pot, mais ils sont nés des parents qui ont été victimes de celui-ci. Donc, ils sont tous victimes du crime commis par des Khmers rouges. Il ne faut pas croire qu’ils ne voulaient pas que les chefs khmers rouges soient jugés, parce qu’ils n’en parlent pas. Ils souffrent fort depuis des années de leur propre silence parce que les chefs khmers rouges étaient reconnus, il y a quelques années, par tout le monde comme personnalités incontournables dans le processus de paix onusien.  Leur revendication n’aurait pas été la bienvenue dans le contexte politique de l’époque. Aujourd’hui, un tribunal mixte est créé par l’ONU avec le gouvernement khmer pour juger les chefs des Khmers rouges. De quoi le tribunal doit répondre aux attentes des Khmers ? Pas grande chose :

-          un droit de mémoire, reconnu par la loi, qui leur donne droit de parler librement de ce crime ;

-          un devoir de mémoire, reconnu par la loi, qui leur oblige à garder ce crime en mémoire pour l’humanité et pour la société khmère.

 Pour ouvrir ces deux droits, ce crime doit être jugé par un tribunal, parce que le jugement du tribunal ouvrira le droit au peuple khmer à la dignité, à la vérité et à la justice. 

 

 

 

2. Comment père Ponchaud peut faire un lien entre le crime des Khmers rouges et le bombardement américain pendant la guerre au Cambodge ?

 

Je ne veux pas tomber dans le piège des Khmers rouges : ce n’est pas ma faute, c’est la faute des Américains qui ont aidé le Général Lon Nol (Président de la République khmère – 1970-1975) à destituer le prince Sihanouk. J’ai répondu à l’appel du prince pour combattre contre Lon Nol. J’ai tué des Khmers innocents, c’est à cause des Américains qui ont déclenché la guerre.

 

Khieu Samphan, ancien Chef de l’Etat du Kampuchéa démocratique (Etat des Khmers rouges – 1975-1978) dit la même chose. Il a écrit un livre, intitulé : l’histoire récente du Cambodge et mes prises de position (Edition L’Harmattant). Le but est de démontrer son «non coupable» : c’est pas moi qui l’ai fait, c’est Pol Pot qui est le seul coupable et responsable plus d’un million de morts des Khmers. Mon rôle était un employé de bureau.

 

Ce «non coupable» de Khieu Samphan nous montre bien la lâcheté d’un homme qui prétend être le défenseur des Khmers opprimés du régime de Sihanouk et ensuite de Lon Nol. En 1975, ces opprimés ont été assassinés par son propre régime dont il était le chef de l’Etat. Au demeurant, Khieu Samphan, docteur de Sorbonne, n’est pas seulement un lâche, il est aussi un menteur.        

 

Si on devait juger des Américains parce qu’ils ont largué des bombes tuant des milliers de khmers innocents, il faut aussi juger la République socialiste du Viêtnam qui a aussi bombardé par ses canons et ses roquettes sur des villages et des villes khmers tuant aussi la population innocente. Je ne suis pas proaméricain et je suis non plus antivietnamien, je suis un des victimes des Khmers rouges et je ne partage pas l’opinion du père Ponchaud parce que le 17 avril 1975, la guerre fut terminée au Cambodge. Les Khmers rouges ont gagné la guerre et ils étaient le seul maître du Cambodge. Ils avaient tout le pouvoir et bien sûr, ils s’en servaient pour tuer délibérément plus d’un million des Khmers parce qu’ils n’étaient pas politiquement rouges comme eux. C’est sur ce crime que l’ONU veuille le juger.

 

Ne pas juger les responsables khmers rouges, pour moi, c’est comme on dépouille au peuple khmer le droit à la justice.

 

 

Srey Santhor

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