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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 08:41

Le Règne de Sdach Kân (1512-1525) : Le sacrifice.

 Après le ralliement des troupes de la province de Pursat à sa cause, Ta Meung avait un objectif en tête : installer sur le trône du Kampuchéa l’héritier de la maison royale des anciens rois khmers. Ce Royaume n’avait jamais connu la paix. Il s’élevait sur un fond de flammes et de sang. Du fond de son histoire montaient la rumeur des épées et le sifflement des flèches et les cris des mourants après chaque bataille. Cette fois-ci, il avait fallu d’édifier la vraie paix. Pour la faire, il fallait encore une fois passer par la guerre. Il semble que pour les Khmers, la guerre était une fête et le jeu tuait. Ils avaient toujours soif de mourir. Dans ce but, Ta Moeung envoya un messager pour inviter Preah chanrechea à venir s’établir dans sa ville conquise. Ce dernier en était content. Il se souvenait bien de cet homme de cœur. À la tête de ses troupes, bannières au vent, il fut pressé de se rendre à destination. Entrant dans la ville soumise, sa joie fait place à l’extase. Des milliers des soldats et la population qui lui attendirent crièrent « Vive le Roi ! ». Le battement des tambours de victoire invite toutes les divinités du royaume à venir saluer le nouveau souverain. Les deux mains se joignent au niveau du menton, Preah Chanreachea cria de sa monture : « Merci ! et Vive le Kampuchéa ! ».   

Pour gagner la confiance de la population, Preah Chanreachea imposa une discipline de fer à ses guerriers : « Interdire de toucher les biens du peuple ». Celui qui ne respecte pas cet arrêté sera condamné sur le champ à la peine capitale. La population en était content et elle remercia Preah Chanreachea.

Pour remercier Ta Meung, Preah Chanreachea lui combla de titre Ponhea Sourlauk et le nomma gouverneur de Pursat. Il conféra aussi le titre nobiliaire aux quatre fils de ce dernier et les nomma généraux des armées d’avant-garde, de droite, de gauche et d’arrière-garde :

Keo, fils ainé, Ponhea Vongsa Akak Reach ;

Anh, second fils, Ponhea Baratesh Reach ;

Tep, troisième fils, Ponhea Vibol Reach ;

Sok, le quatrième fils, Ponhea Reach Tekchak.

Après quoi, il ordonna aux quatre nouveaux Généraux de conduire une troupe de 800 soldats pour investir les préfectures des provinces de Krakor, Klong et Krang.

Revenons à Sdach Kân ou Preah Srey Chetha (nom de règne), à 11h du matin, il amenait avec lui quelques concubines pour aller se baigner dans sa piscine privée et ensuite il amena sa favorite laotienne dans sa cabane royale, située au milieu du jardin féerique pour se détendre. Sa concupiscence s’éveillant, comme fait tous les êtres humains, il amena sa belle au paradis. Après quoi, il s’endormit et eut un rêve : Il voit le soleil se lève à l’Ouest qui brûle son palais. La chaleur est insupportable, il s’est brûlé tout son corps et il s’enfouit vers le Nord-Est du pays.

À 15 h, il s’était réveillé et il eut peur tout d’un coup. Il réclama un devin et Brahmane du palais pour interpréter son rêve. Il demanda d’abord au devin de l’interpréter. Avant de parler devant le roi, le divin toucha trois fois la terre de son front et dit ceci :

« Votre Majesté, ce rêve est un mauvais augure pour vous. Vous aurez un danger grave. Un ennemi qui viendra vous détruire ».

Ayant entendu cette prédiction, Kân se mit en colère et pensa tout de suite à l’outrage. Il demanda au Brahmane, attachée à sa famille royale, pour interpréter son rêve. Ce dernier savait qu’il ne puisse pas dire la vérité au roi, parce qu’il n’accepte jamais d’entendre des propos qui ne sont pas favorables à sa personne. Il chercha donc à interpréter autrement de ce maudit rêve pour sauver sa peau. Avant de parler au roi, il touchait trois fois la terre de son front et dit ceci :

« Selon le calcul sidéral, vous êtes éclairé par des divinités du palais de votre bonheur dans le futur : 1. « Le soleil se lève à l’Ouest », signifie que votre règne se rayonne comme la lumière du soleil, le peuple vit en paix et le Royaume se prospère ; 2. « Le soleil se jette du feu et brûle le palais », signifie que votre pourvoir se répande partout dans le pays comme la lumière du soleil ; 3. « La chaleur vous envahisse votre corps », signifie qu’il y ait un ennemi qui vient vous mesurer ; 4. « La pleine lune », signifie que l’ennemi soit membre de votre famille, il vient de l’Ouest ; 5. « Votre fuite vers le Nord-Est du pays et le feu vous poursuit », signifie qu’en cas d’attaques d’ennemis, vous deviez partir au Nord-Est pour vous défendre. Dans cette rivalité, vous serez le vainqueur. Ce rêve présente un bon présage pour vous, ne vous en inquiétiez pas, conclut le Brahmane ».

Preah Srey Chetha était satisfait de ces explications, mais pour être sûr de sa chance, il ordonna au Brahmane de sonner la conque marine, de faire la libation avec l’eau lustrale et de lui offrir une feuille de Phneuv (nom d’un arbre) pour fixer à l’oreille. Le roi offrit aussi cette feuille à son fils préféré, âgé de cinq ans pour qu’il la fixe à son oreille. Il récompensa le Brahmane selon ses mérites. Il insulta le premier devin devant tous les membres de la cour. Il dit que ce divin ne l’aime pas, c’est pourquoi qu’il avait interprété son rêve pour sa perte. Ayant entendu ces propos, le divin se manifesta son désaccord et dit au roi que son interprétation était juste et celle du brahmane était erronée. Cette revendication irritait la colère du roi, il sauta de son lit royal avec l’épée à la main, tua ce devin sans jugement.

Dix jours après, dans la salle d’audience, Preah Srey Chetha fut informé par Preah Lompaing Thipathey, son ministre, qu’il a reçu une lettre du gouverneur de Pursat. Celui-ci n’avait même pas terminé sa phrase, un autre ministre, Preah Reach Vora Noukol, dit au roi qu’il vient de recevoir aussi une lettre du gouverneur de Krakor dans laquelle il informa à Votre Majesté que le gouverneur de Pursat est déjà mort. La citadelle de Pursat est investi par l’armée de Preah Chanreachea. Le Prince nomme Ta Meung, chef des morts, gouverneur et chef des armées avec un titre nobiliaire Chao Ponhea Sourkirlauk (Grand général Sourkirlauk). Il élève aussi les quatre fils de Ta Meung au rang de général de son armée. Ces quatre fils ont investi avec succès la préfecture de Krarkor.

Apprenant cette mauvaise nouvelle, Preah Srey Chetha secoua doucement sa tête et dit à son général Chakrey ceci : « Grand frère, je vous nomme Grand général de l’Ouest et vous demande de partir dans cette région pour lever une armée pour combattre contre Preah Chanreachea. Aidez-moi de toute votre force, je vous en supplie ». Ponhea Chakrey accepta la mission et répondit à son roi : « Cette fois-ci, je vais faire face à un tigre ; mais rassurez-vous, Votre Majesté, si je n’arrivais pas à le capturer vivant, je le blesserais à mort au moins pour lui donner une leçon ». Le roi étant comblé de joie, il remit à son général son javelot Kram, symbole de l’autorité suprême. Ce dernier quitta la capitale pour s’établir son quartier général dans la citadelle de Longvek (Pour fabriquer ce javelot, on mélange un peu d’or dans le fer, parce que dans ce temps-là on croit que l’arme devienne efficace, qui puisse même couper ou blesser un homme se prétendant un être invulnérable). Il ordonna à son oncle, Samdech Chao Fa Keo, de conduire une grande armée à Kompong Siem. Il donna à ce dernier son sabre royal (même fabrication que celle du javelo), symbole de l’autorité suprême du roi, une vase en or et deux tambours de guerre.

Arrivé à Kompong Siem, lChao Fa Keo envoyait une lettre au gouverneur de la province d’Asantouk, dans laquelle il ordonna à ce dernier de marcher avec son armée sur Battambang pour attaquer Ponhea Chanreachea par arrière. Le but de manœuvre était de fermer la porte de fuite de ce dernier. Quant à lui, il attaquera l’armée du prince Chanreachea par l’Est.

À la tête de son corps expéditionnaire, le Grand général Chakrey organisait son plan d’attaque de façon suivante : une armée de droite de 10 000, commandée par le gouverneur de Phnom-Penh ; une armée de gauche de 10 000 hommes, commandée par Ponhea Preah Reach Vora Noukol, gouverneur de Samron tong et une grande armée de 15 000 hommes, commandée par lui-même. Arrivé à Krakor, l’armée du général Chakrey était en face de celle du général Moeung. Ce dernier opérait son armée de la façon suivante : un régiment de choc de 2 000 hommes, commandé par son fils aîné, un régiment de droite de 1 000 hommes, commandé par son deuxième fils, un régiment de gauche de 1 000 hommes, commandé par son troisième, un régiment d’arrière-garde de 1 000 homme, commandé par son quatrième fils, une division de réserve de 4 000 hommes, commandée par lui-même.

Keo, le fils aîné, avait reçu l’ordre de son père d’attaquer le bataillon de chasse d’ennemis, commandé par un certain colonel Dekchô.  Keo fonçant droit en avant, comptant sur son cran, cria à plein gosier : « À l’attaque ». Environ 2 000 soldats des deux côtés s’entre-tuaient dans un espace serré. Vu Dekchô de près, Keo poussa son cheval à la rencontre de son ennemi. Surpris par cette attaque inattendu, Dekchô tira brusquement la bride de son cheval qui provoque l'égarement de celui-ci. L’animal se persécuta à un arbre qui provoque la chute de son maître. Keo ne laissa aucune chance à son adversaire. Il frappa un coup de sabre sur la tête de ce dernier. Dekchô mourut sans même pas le temps de souffrir. Mais à la fin Keo se battait à la retraite, parce que les renforts d’ennemis étaient arrivés en grand nombre.

À leur tour, les deux autres fils de Moeung s’engagèrent dans la bataille contre les troupes des gouverneurs de Phnom-Penh et de Bati. Dans ces mêlés, Le cheval du gouverneur de Bati sursauta, parce qu’un de ses pieds s’enlisa dans un trou, son maître perdit l’équilibre et tomba à terre. Vu la détresse de son ennemi, Chao Ponhea Vibol Reach, se précipita pour le frapper à un coup de sabre, le blessa gravement à l’épaule. Ce dernier fut sauvé à la justesse par ses hommes. Vu la détresse de son compagnon, le gouverneur de Phnom-Pend ordonna à ses troupes de battre en retraite. Cependant, le général Chakrey arriva sur les champs de bataille et ordonna au gouverneur de Phnom-Penh de ne plus désengager dans la bataille contre les fils de Moeung. Il envoya immédiatement des renforts pour soutenir les assauts de son gouverneur.

Ayant informé par le messager que ses fils avaient des difficultés pour résister à l’attaque des ennemis en nombre supérieur, Moeung monta sur sa monture, partit avec ses unités d’élite pour faire sortir ses enfants de ce pétrin. La bataille durait jusqu’à l’aube. Moeung perdait 60 hommes. Mais, il arriva à ouvrir une brèche pour ses troupes de ses enfants de sortir de la nasse d’ennemis. Après quoi, il retourna à la citadelle de Baknim (non de la commune) pour faire un compte-rendu complet à son prince. Il conclut dans son rapport oral ceci : « Pour le moment rien n’est possible. Le Ciel disposera des choses en temps voulu. Il faut laisser agir le non-agir ».

Le lendemain matin, l’herbe encore mouillée de la rosée, le Grand général Chao Fa, à la tête de 50 000 hommes, arrivait à la porte de la citadelle de Baknim. Il organisa son armée de façon suivante :

- Une armée d’avant-garde de 30 000 hommes, commandée par le général Chakrey;

- Une armée de gauche de 20 000 hommes, commandée par le gouverneur de Phnom-Penh ;

- Un régiment de droite de 1 500 hommes, commandé par le gouverneur de Longvek ;

- Une armée d’arrière-garde de 16 000 hommes, commandée par le général Chao Ponhea Sangkram, gouverneur de Bâribo ;

- Une Grande armée de 40 000 hommes, commandée par lui-même.

Face à une nuée d’ennemis, le prince Chanreachea ne possédait que 20 000 hommes pour défendre la citadelle. Mais à chaque assaut de ces derniers, il avait pu les repousser avec des jettes de pierres, des flèches, et armes à feu. Dans cette bataille, ce n’était pas la quantité qui faisait la loi, c’était plutôt la capacité à mobiliser la volonté et la détermination des hommes à se battre. Vu des difficultés à briser les murs de la citadelle, Chao Fa changea la technique pour épargner la vie de ses hommes. L’enjeu de cette bataille pour lui était détruire la puissance d’ennemis de la région de Pursat. Pour lui, qui contrôle Pursat, contrôle le Grand Lac, riche en poissons. Il faut donc qu’il gagne cette bataille. Il ordonna à ses généraux de retirer leurs troupes à une distance d’environ un kilomètre de la citadelle et de l’assiéger pour épuiser les vivres d’ennemis. Près de douze mois d’encerclement, les vivres commençaient à manquer dans la citadelle. La morale des assiégés va à vau-l’eau. Ponhea Moeung s’en aperçut. Il en parla à Ponhea Chanreachea. Au cours d’une réunion d’État Major, le général Moeung dit ceci à son prince : Le temps de laisser d’agir le non-agir est arrivé. Je vous demande donc la permission de partir pour lever une armée des morts pour combattre les ennemis. Il faut faire vite, parce que nous sommes dans le temps des morts. Chanreachea était stupéfait par ces propos, il dit : « Mon oncle, sauf le respect que je vous dois, comment vous avez parlé ainsi. Depuis la nuit des temps, je n’ai jamais entendu qu’on puisse lever une armée des morts pour combattre celle des vivants. Eh bien, il ne faut plus en parler, je vous en supplie ». Ayant entendu ces propos, Moeung sortit immédiatement son sabre du fourreau, mit la lame à son coup, et dit : « Votre Altesse, si vous aviez de doute sur mes devoirs, il ne me reste que de couper ma tête pour vous prouver ma sincérité. Et je ne veux plus vivre voir notre pays va à vau-l’eau.  Certes depuis la nuit des temps, personne n’ait jamais entendu parler l’armée des morts, parce qu’aucun « chef des morts » (Mé Smeug) n’ose pas non plus faire sacrifice de sa vie pour ramener des morts au monde des vivants. En tant que Chef des morts, je vais faire ce sacrifice pour aider le pays… ». Vu la détermination de Moeung, Ponhea Chanreachea se précipita pour ôter le sabre de la main de Moeung et lui dit : « Mon oncle, je vous crois ! ».

Moeung avait un ami, nommé Chan. Ce dernier était aussi un Chef des morts de la montagne de cardamomes. Moeung dit à son ami : « Tu sais très bien quand je serai dans l’autre monde, je ne pourrai plus communiquer avec Preah Chanreachea. En revanche, je pourrai communiquer avec toi, parce que tu es Chef des morts. Tu devras faire l’intermédiaire entre le Roi et moi ».

Parmi les concubines de Ponhea Chanreachea, il y avait une dame, nommée Khieu (couleur bleue). Celle-ci était enceinte de sept mois. La dame Khieu était adepte de culte des morts. Depuis qu’elle a entendu parler de sacrifice de Moeung pour lever une armée des morts, elle se portait volontaire pour aider ce dernier à préparer la cérémonie. La préparation était ceci : On creuse un fossé d’une forme de carrée de quatre bras de chaque côté, dont la profondeur est de huit bras. On construit un autel de divinité de sept étages pour déposer des objets rituels, Baysey (objet rituel en tronc de bananier), parfums etc. Le fossé est clôturée et en bas, on dresse des piques.

Une fois la préparation fut terminée, Moeung s’habillait en blanc, se mit à genou pour faire son dernier salut à son Roi, ensuite il tourna vers son ami Chan, lui dit : « À pleine lune de ce mois d’avril, quand tu entendras des bruits venant du ciel, de la terre et partout, tu diras au Roi de quitter la citadelle pour lancer des attaques contre les ennemis ». Quand il termina sa phrase, s’avança vers le fossé en pas décidé, accompagné des sons de musique PinPeat, et sauta dans le fossé. La dame Khieu se précipita vers le fossé et y sauta aussi pour aider son héros à lever une armée des morts. Les quatres fils de Moeung, dont nous avons parlé ailleurs, accoururent vers le fossé pour suivre son père dans le monde des morts. Mais les soldats avaient pu empêcher à la justesse deux des quatre à ne pas sauter. Ces deux enfants étaient Sok et Keo.

Quelque temps après, pendant la nuit de pleine lune, on entend des bruits venant du ciel et du fond de la terre. Tout le monde était effrayé par ce phénomène. Chan, l’ami de Moeung, demanda l’audience au Prince Chanreachea pour lui dire ce que son ami défunt lui avait demandé de faire. Le Prince ordonna aux généraux d’ouvrir la porte de la citadelle et de lancer des attaques contre les assiégeants. Les cris des assauts des assiégés et les bruits mystiques mettaient l’armée de Kân dans un état de frayeur indescriptible. Les soldats abandonnaient leurs positions et leurs armes, chacun pour soi, ils s’enfuirent pour sauver leur vie. En quelques heures seulement les campements d’ennemis ont été investis par les troupes de la monarchie légitime. Cette victoire permettait à Ponhea Chanreachea de récupérer beaucoup de vivres et des armements de toutes sortes.

Parlons une servante de la Dame Khieu. Après la mort de sa maîtresse, pour la suivre dans le monde des morts, elle décida de se noyer dans la rivière de Purthisath. Le lieu de suicide se trouvait tout près du marché, nommé marché en bas. À cet endroit, il y avait trois grandes termitières. Selon la croyance de la population de cette contrée, laquelle subsiste jusqu’à aujourd’hui, les âmes de Dame Khieu, Moeung et ses deux fils, devenant génies, venaient habiter dans ces termitières : Termitière du nord, habituée par l’âme de la dame Khieu, était sous les auspices du roi ; termitière du Sud, habité par l’âme de Moeung, était sous les auspices du gouverneur ; termitière de l’Ouest, habitués par l’âme des deux fils de Moeung, était sous les auspices de la population de la montagne de Kravagne (Kravagne = Cardamome). Quant à l’âme de la servante, elle venait hanter une île de la rivière de Purthisath. Cette île était sous les auspices du gouverneur de la province de Pursat.

La termitière de Dame Khieu, appelée la « Termitière Kanthaug Khieu (Kanthaug = Récipient en feuille de végétaux) : Selon la croyance de la population, si cette termitière était en bon état, on dit que le Roi règne en paix. Si elle s’abîmait, on dit que le Roi a des soucis, ou est malade. Si elle s’était fendillée, on dit que le Roi va mourir.

La termitière de Moeung, appelée la « termitière Kleing Moeung ou Klag Moeung (mot thaïlandais) » : Selon la croyance de population, si cette termitière était en bon état, on dit que le gouverneur gouverne sa province en paix. Si elle s’abîmait, on dit que le gouverneur a des soucis, ou est malade. Si elle s’était fendillait, on dit que gouverneur va perdre la charge du gouverneur.

La termitière des deux fils de Moeung, appelée la « termitière de cardamome » : Selon la croyance de population, si cette termitière était en bon état, on dit que les plantes de cardamome donnent beaucoup des fleurs. Si elle s’effritait, on dit que les plantes vont brûler par le feu. Si elle était abritée par des animaux, on dit qu’il va avoir des étrangers qui viennent emparer des fleurs.

Le lieu où la servante s’est suicidé : Selon la croyance de la population, si cette rive n’érodait pas par le courant d’eau, on dit que le gouverneur gouverne sa province en paix. Si elle érodait par le courant d’eau, on dit que le gouverneur a des soucis dans son travail ou dans ses affaires familiales. Si elle se casse, on dit que gouverneur va perdre la charge du gouverneur.

Nous ouvrons une parenthèse pour parler la cérémonie de vénération des âmes de Klein Moeung, dame Khieu.

Le texte nous apprend ceci :

1. Un jour choisi dans le courant du mois d’avril, le chef des morts (Mé Smeung) se déguise en chasseur selon l’habitude de Moeung. Pendant la cérémonie, au matin, il y a des danseurs portant sur leur tête des cornes de bœuf sauvage qui dansent, accompagnés par le chant et la musique « Leang Arak » (Arak = génie protecteur).

2. Les objets des offrandes sont : une paire d’assiette de nourriture, cinq feuilles d’argent, une étoffe blanche, cinq bougies, quatre arecs amincis ou taillés, quatre arecs parfumés, une paire de tête d’éléphants, une paire de poulets bouillis, quatre autels bas de fruits, dans chaque autel il ya six cents grammes de riz, deux mille arecs, deux bouteilles de vin.           

3. Pour les offrandes à la dame Khieu, il y a mêmes objets que Moeung, mais on remplace la paire de nourriture par un récipient de desserts, de nourriture et sept oeufs.        

4. Le jour d’évocation l’esprit de génie, la population des quatre coins du district amènent l’eau pour offrir au gouverneur. Celui-ci la versera au milieu de chaque termitière. Si l’eau coule en plus grande quantité dans telle ou telle direction, on dit que cette direction va avoir beaucoup de pluie.

Quant au lieu de suicide de la servante, appelé la « place de Daun Peng » (la dame Peng), une fois par an, le gouverneur et la population offrent un grand récipient (Kanthaug) de nourriture, de dessert et sept œufs pour demander sa protection. Selon la croyance, si on ne faisait, la population va avoir toutes sortes de maladies.

Revenons aux affaires du pays. Après la victoire, Ponhea Chanreachea invita des moines à célébrer des cérémonies religieuses pendant trois jours pour honorer la mémoire des quatre héros qui ont sacrifié leur vie pour la patrie. Après quoi, il nomma Vibol Reachea Keo, gouverneur de Pursat et lui conféra le titre « Chao Ponhea Sourkir Lauk ». Il nomma aussi Chao Ponhea Tekchès Sok, gouverneur de la province d’Amerak Kiri Bo avec grade de dix houpoin (grade de grand gouverneur) et lui conféra le titre « Chao Ponhea Sangkram ».

Après la cérémonie, au petit matin, il y avait un homme, nommé Jay qui venait offrir à Ponhea Chanreachea un grand éléphant de six hat et douze thap (un hat = 50 cm, un thap = épaisseur d’un doigt). Cet éléphant était bien dressé par son cornac. Ponhea Chanreachea étant très content et prit cet éléphant comme sa monture de guerre. Il lui donna un nom « Preah Pijay Kor Chir », le nom de son maître cornac. Après quoi, il nomma Jay gouverneur de la province de Krang. Pendant cette période, Ponhea Chanreachea avaient reçu beaucoup de présents de la part de la population : 35 Éléphants, 30 chevaux. Ces donateurs ont reçu de retours des récompenses en pièces d’or ou d’argent ou des grades dans la fonction publique.

La victoire de Ponhea Reachea s’imposait aux généraux de Kân, Chao Fa Kao et Ponhea Keo de se retirer de la province de Pursat pour se réorganiser dans la province de Krakor. Cette retraite donna un certain répit à l’armée de Chanreachea. Mais quatre jours après, les 30 000 hommes de Kân revenaient pour assiéger à nouveau la citadelle d’ennemis. Arrivée à Pursat, faute d’effectifs, Chao Fa Keo ordonna à ses troupes de camper à une bonne distance de la citadelle pour attendre l’arrivée des renforts, dirigés par le général Ouktey Thireach, gouverneur d’Asanthouk. Ayant appris le retour des troupes d’ennemis, Ponhea Chanreachea ordonna immédiatement au général Keo de conduire une armée d’avant-garde de 5 000 hommes pour affronter les troupes du général Keo et au général Sok d’attaquer les troupes du général Chao Fa Kao et lui-même à la tête d’une armée de 15 000 hommes pour appuyer ces opérations. Il confia 3 000 hommes à son oncle et à un certain officier, nommé Vieng de protéger la citadelle. Avant de lancer les attaques contre les ennemis, Ponhea Chanreachea ordonna au Chef des morts Chan de célébrer la cérémonie pour faire appel d’aide des morts, dont Kleing Moeung était chef. Quelques heures seulement après la cérémonie, on entendait les bruits de partout. Aussitôt, Ponhea Chanreachea, s’assit sur la tête de son éléphant de guerre, donna l’ordre de battre des tambours pour signaler à ses troupes l’ordre d’attaque. Les assauts des troupes de Ponhea Chanreachea ont été repoussés par des tirs de l’arc et armes à feu d’ennemis. Après quelques heures de combat, on entendait à nouveau des bruits de partout et la terre commençait à trembler dans les camps de l’armée de Kân. Ce phénomène provoquait une panique générale dans les rangs d’ennemis. Les soldats abandonnèrent leurs positions de combat et s’enfuirent pour sauver leur vie. Le général Keo monta immédiatement sur son éléphant et ordonna au cornac d’engager sa monture dans la bataille. Il cria de toute sa force à ses soldats de n’avoir pas peur de ces bruits et de reprendre leurs positions de combat. Keo, fils de Moeung, ayant entendu le cri martial, poussa sa monture à la rencontre de son ennemi. C’était un dual à mort entre deux Keo. Vu la charge de la monture du fils de Moeung, l’éléphant du général Keo poussa un grand cri et s’engagea immédiatement dans le combat. C’était le combat entre les bêtes. Cette précipitation fit perdre l’équilibre de son maître. Celui-ci tomba sur les défenses de la monture du fils de Moeung. Ce dernier se pencha vers le corps du général Keo, avec un geste mécanique, il lui trancha la tête. Saisi la tête sans corps de son adversaire, il se mit debout sur la tête de sa monture et la montra aux soldats ennemis. La mort du général Keo fut suivie de graves désordres chez les soldats de Kân. Ils s’enfuirent en désordre pour quitter les champs de bataille. Keo, le victorieux, retourna à la citadelle avec la tête de son ennemi pour la montrer à Ponhea Chanreachea. Celui-ci, étant content, ordonna à Keo de l’exposer au public. Ceci était considéré par Chanreachea comme un excellent moyen de propagande. Cette victoire permettait encore une fois à Ponhea Chanrechea de récupérer beaucoupo de vivres et des armes de guerre des ennemis. Après cette victoire, Ponhea Chanreachea à la tête de son armée, reprit sa marche en avant pour investir la province de Krakor. Là-bas, il fit construire une fortification et nomma un nouveau gouverneur. La mission du gouverneur était de collectionner des vivres auprès de la population pour constituer une réserve pour la garnison de cette province. Après quoi, il poursuivit son offensive en passant par les provinces de Krang, Romlaug, à destination Klong. Là-bas, il fit construire une autre fortification, et nomma un nouveau gouverneur pour mission de collecter des vivres auprès de la population. Ensuite, il se rendit visite à une pagode Brap dans la commune Prasat, district de Klong pour honorer la statuette du Bouddha. Là-bas, il pria le Bouddha pour qu’il gagne la guerre contre Kân. Après cette visite royale, la population appelle cette pagode « Vat Preah Chiv Loung Bân » (pagode de la prière du roi). Après cette prière, Ponhea Chanreachea poursuivit son chemin à destination de la province d’Amerak Kiri Bo. Ayant appris l’arrivée du roi légitime, la population de cette province se souleva contre l’ancien gouverneur. Celui-ci s’enfuit avec les membres de sa famille à la province Rolir Phiir.

À Rolir Phiir aussi, Samdech Chao Ponhea Chanreachea fit réparer un ancien du temps d’Angkor. Il restait trois jours à cet endroit. Puis, il partit avec ses troupes au Sud de la province d’Amerak Kiri Bo où il voyait un grand terrain plat, sur lequel, il jugea bon de bâtir une fortification pour son armée. Une fois les travaux avaient été terminés, il abandonna l’ancien fort pour venir s’établir dans la nouvelle fortification. Pour cette raison, la population donnait le nom de l’ancien fort le « vieux fort ». Cette appellation subsiste jusqu’à aujourd’hui.

Au moment où Chanreachea habitait dans la nouvelle fortification, il y avait un bonze, chef de pagode, nommé Jay, son titre religieux était Mongkol Satha. Il venait au nouveau fort pour offrir au roi légitime une pirogue de course, nommé « Saray Andette » (des algues flottantes). Cette pirogue avait son histoire : À la fin du règne du roi Sakunbât, ce bonze a caché un tronc d’arbre de qualité dans une plaine, située au milieu d’une forêt. On raconte aussi pendant la saison sèche, les gens voyaient des éléphants sauvages, qui sont venus couvrir ce tronc d’arbre avec les algues afin de le protéger contre les rayons du soleil. À la fin de la guerre, ce bonze a fait construire une pirogue avec ce tronc d’arbre par ses disciples. Cette pirogue a une réputation de « vitesse du vent ».  Chaque matin, le chef de pagode prenait cette pirogue pour quêter de nourriture dans des endroits, situés à une grande distance de son lieu d’habitation, et l’on dit que quand il revient à sa pagode, la nourriture quêtée est encore chaude. Pour cette raison, on donne le nom à cette embarcation « pirogue de nourriture quêtée qui reste toujours chaude ».

Preah Chenreachea accepta ce présent avec le cœur de joie, il dit au vénérable ceci : « Preah Chitong, je suis très content de votre présent précieux. Comme vous le savez, aujourd’hui, je suis encore pauvre j’e n’ai pas les moyens pour vous récompenser, mais rassurez-vous, quand je serai maître du pays tout entier, je vous récompenserai selon votre mérite ».

Note : Jadis quand un laïc s’adresse des paroles à un moine qui est membre de sa famille, il l’appelle Chitong).

Après quoi, Chanreachea forma un équipage de 124 Chithay pour tester la vitesse de cette pirogue. Sans aucun doute, sa réputation fut bien confirmée par ce test.    

Note : Il est probable que jadis ce nom est utilisé pour désigner les soldats de pirogue de guerre.

Au cours d’une audience habituelle, Samdech Chao Ponhea Chanreachea, dit à ses ministres et ses généraux : « J’ai beaucoup de chance d’avoir l’éléphant blanc « Preah Pichay Kakcheth » comme monture de guerre, la pirogue « les algues flottantes » comme moyen de déplacement par voie fluviale, avec vitesse de vent ». Il ordonna aux officiers du corps de génie de construire des abris pour l’éléphant et la pirogue. Il donna un nom à cette pirogue, « Preah Tineing Chakrapath » (Bateau impérial).

Quelque temps après, il poursuit la pénétration dans le territoire du Sdach Kân. Arrivée à la plaine Sap Angkam, à l’est de la province de Kompong Chhnaing, il rencontra l’armée de Chao Fa Kao. Il convoqua ses généraux et leur dit ceci : « Quand nous nous sentons fort, il faut nous allons de l’avant ». Aussitôt dit, il ordonna immédiatement à ses troupes d’attaquer les campements d’ennemis. Après quelques heures de combat, le champ de bataille, rempli des fumées du sang, se transforma en lieu de massacre, où les guerriers des deux côtés ne se perdirent pas leur courage de s’entre-tuer. Certains de ces soldats se battaient même avec leurs couteaux, parce que leurs lances et leurs épées sont cassées. Soudain, la monture de Chao Fa Keo, sursauta pour une raison inconnue, son corps se heurta à un arbre, dans lequel il y avait un grand nid de bourdons. Ce heurt provoqua la sortie des insectes de leur nid. Ils piquèrent tous les êtres humains en mouvement, en particulier les hommes de Kân. Ce phénomène extraordinaire fit fuir les soldats de Kân. Ils abandonnèrent leurs positions de combat. Le général Chao Fa Kao ne savait plus quoi faire pour rétablir l’ordre dans ses rangs. Il courut à gauche à droite, sans but précise. Chanreachea poussa sa monture à la rencontre du général ennemi. Le duel entre deux chefs suprêmes militaires commença immédiatement. Après quelques joutes de combat, Chanreachea prit l’avantage et blessa gravement Chao Fa Kao à l’épaule. Celui-ci avec l’aide de ses gardes de corps réussit à s’enfuir. Ayant appris la défaite de Chao Fa Kao, le gouverneur de la province de Rolir Phiir, nommé Sénay Akthipdey Som, s’était réfugié à Phnom-Penh, d’où il mourut quelque temps plus tard. Quant au gouverneur de la province de Longvek, il demandait sans hésitation la soumission à Chanreachea. Ce dernier accepta cette soumission. La victoire d’un grand retentissement de Chanreachea, lui ramena toute la population des provinces conquises. Elle rendait aussi à Chanreachea maître d’une grande région riche en agriculture. Il y a un proverbe cambodgien qui dit « On cultive le riz avec l’eau, on fait la guerre avec le riz ».                      

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 04:02

Histoire du Cambodge : Période Founanaise ou Première Période historique. 

(Extrait du livre de G. Coedès - Les États hindouisés de l’Indochine et d’Indonésie).

 

Les rois du Fou-nan :

Ier siècle :

-          Houen t’ien ou Kaundinya.

-          Houen p’an houang (filiation : descendant de Houen t’ien).

-          P’an-pan ( Second fils de Houen p’an houang, durée de règne 3 ans).

IIe-IIIe siècle :

-          Fan Che-man ou çri mâra (Général). Il est élu roi après la mort P’an-pan.

-          Fan tchan (225-250), neveu de Fan Che-man, durée de règne : 20 ans. Roi usurpateur, il assassine l’héritier du trône, nommé Kin-cheng

-          Tch’ang (Fils de Fan Che-man), Roi usurpateur, il assassine Fan Tchan.

-          Fan-Siun (Général) (date d’ambassade : 268 à 287).

IVe siècle :

-          Tchan-t’an ou Chandan (Date d’ambassade : 357).

-          Kiao-Tch’en jou ou Kaundinya

-          çri Indravarman (date d’ambassade 424-453).

Ve siècle :

-          Jayavarman (Date d’ambassade 480-550)

-          Gunavarman (date d’ambassade 517-539) ; fils de Jayavarman avec la reine Kulaprabhâvati).

-          Rudravarman (le dernier roi du Fou-nan), de fils de Jayavarman avec une de ses concubines. Il assassine son demi-frère Gunavarman.

 

Les débuts du Fou-Nan.

Les Chinois appelaient Fou-Nan. Ce nom est la prononciation mandarine moderne de deux caractères prononcés autrefois b’iu-nâm, qui sont la transcription du vieux mot khmer bnam, actuellement phnom (Montagne). Les rois de ce pays avaient pour titre une expression signifiant « roi de la montagne », en Sanskrit parvatabhûpâla ou çailarâja, en khmer krung bnam, et c’est d’après ce titre royal que les chinois prirent l’habitude de désigner le pays.

Son centre se trouvait sur le cours inférieur et dans le delta du Mékong, mais son territoire dut englober à son apogée le Viêt-nam méridional, le moyen Mékong, et une grande partie de la vallée du Ménam et de la Péninsule Malaise. Sa capitale fut, à une certaine époque, Vyâdhapura (la cité des chasseurs), en chinois T’ö-mou qui est peut-être une inscription d’un terme khmer (dmâk,dalmâk) ayant le même sens. La ville était située, aux environs de la colline de Ba Phnom, et du village de Banam, deux toponymes de la province cambodgienne de Prei Vèng qui perpétuent jusqu’à nos jours le souvenir du nom ancien. D’après l’Histoire des Leang, cette ville était à cinq cents lis (200 km) de la mer. C’est à peu près la distance qui sépare Ba Phnom du site d’Oc Eo, où devait se trouve, sinon le port lui-même, du moins un emporium où étaient établis des commerçants étrangers.

Les premiers renseignements sur le Fou-nan proviennent d’une relation laissée par la mission des envoyés chinois K’ang T’ai et Tchou Ying qui visitèrent ce pays au milieu du IIIe siècle. Leur récit dont l’original est perdu, mais dont il subsiste des fragments épars dans les Annales et dans diverses encyclopédies, constitue, avec une inscription sanskrite du IIIe siècle, la base de notre documentation sur deux premiers siècles de l’histoire de ce pays.

D’après K’ang T’ai, le premier roi du Fou-nan aurait été un certain Houen-t’ien, c’est-à-dire Kaundinya, venu soit de l’Inde, soit de la Péninsule Malaise ou des îles du Sud. Celui-ci ayant rêvé que son génie familier lui remettait un arc divin et lui ordonnait de s’embarquer sur une grande jonque marchande, se rendit au matin dans le temple où il trouva un arc au pied de l’arbre génie. Il prit alors la mer sur un navire que le génie fit atterrir au Fou-nan. La reine du pays, Lieou-Ye (feuille de cocotier), ayant voulu piller le navire et s’en emparer, Houen-t’ien tira de son arc divin une flèche qui traversa de part en part la barque de Lieou-Ye. Celle-ci, effrayée, se soumit et Houen-t’ien la prit pour femme, mais mécontent de la voir nue, il plie une étoffe au travers de laquelle, il lui fit passer la tête. Puis, il gouverna le pays et transmit le pouvoir à ses descendants.

Telle est la version chinoise des origines dynastiques du Fou-nan. C’est sans doute la déformation d’une légende indienne, rapportée plus fidèlement par une inscription sanskrite du Champa. D’après celle-ci, le Brahmane Kaundinya, ayant reçu un javelot du Brahmane Açvatthâman, fils de Drona, le jeta pour marquer l’emplacement de sa future capitale, puis épousa une fille du roi des Nâgas, nommée Somâ, qui donna naissance à une lignée de rois. Cette union mystique, qui était encore commémorée à la cour d’Angkor à la fin du XIIIe siècle par un rite mentionné par l’envoyé chinois Tcheou Ta-Kouan, et dont la chronique cambodgienne moderne a gardé le souvenir, et identique à celle d’où se prétendaient issu les rois Pallavas de Kânchi, dans l’Inde du Sud. Les opinions sont d’ailleurs partagées sur l’origine lointaine de ce thème légendaire.

Quoi qu’il en soit, les évènements historiques qui reçurent ensuite cette affabulation ne peuvent pas être postérieurs au 1er siècle ap.J-C, car dès le siècle suivant, on se trouve au Fou-nan en présence de personnage historique, dont la réalité est attestée par l’épigraphie et par les historiens chinois.

D’après l’Histoire des Leang, un des descendants de Houen-t’ien, Kaundinya, nommé en chinois Houen-p’an-houang, mourut à plus de quatre vingt dix ans. Il eut pour successeur, son second fils, P’an-p’an qui s’en remit du soin des affaires à son grand général Fan-Man dont le nom complet était Fan Che-man, d’après l’Histoire des Ts’i méridionaux : « Après trois ans de règne, P’an-p’an mourut. Les gens du Royaume élirent tous Fan Che-man comme roi. Celui-ci était brave et capable. De nouveau par la force de ses troupes, il attaqua et soumit les Royaumes voisins ; tous se reconnurent ses vassaux. Lui-même prit le titre de Grand Roi du Fou-nan. Puis il fit construire de grands navires et parcourant toute la mer immense, il attaqua plus de royaumes dont ceux de K’iu-tou-k’ouen, de Kieou tche, de Tien-souen. Il étendit son territoire à cinq ou six mille lis.

 

Le Fou-nan (IIe - IIIe siècle).

Il est difficile de préciser l’étendue des conquêtes de Fan Che-man. On a de bonnes raisons pour considérer ce nom comme la transcription de celui du roi çri mâra, mentionné dans la vénérable stèle sanskrite de Vo-canh (dans la région de Nha-trang), que l’on a longtemps prise pour une inscription du Champa, mais dès 1927, L. Finot attribuait à un Etat vassal de Fou-nan. Si l’identification de çri mâra à Fan Che-man est exacte, l’inscription qui émane d’un descendant de çri mâra régnant d’après de l’écriture au IIIe siècle, doit être considéré comme une des sources de l’histoire du Fou-nan. Son témoignage montre qu’à l’époque où elle fut gravée et dans la région où elle fut érigée, c’est-à-dire dans l’actuel Khanh-hoa, le sanskrit était la langue officielle de la chancellerie royale.

Les textes chinois déjà cités nous apprennent que le grand conquérant Fan Che-man mourut au cours d’une expédition contre le Kinêlin, ou frontière d’or, qu’il y a lieu de considérer comme correspondant, soit à Suvannabhûmi, la terre d’or des textes en pâli, soit plutôt à Suvaruakudya, la muraille d’or des textes sanskrite (basse Birmanie ou Péninsule Malaise). Un neveu de Fan Che-man, nommé Fan Tchan, fit mettre à mort l’héritier légitime Kin-cheng, et usurpa le pouvoir. Mais une vingtaine d’années plus tard, Fan tchan fut assassiné par un fils de Fan che-man, nommé Tch’ang. Vengeance sans résultat, car Tch’ang fut tué à son tour par le général Fan siun qui se proclama Roi.

Ces évènements eurent lieu en gros entre 225 à 250, et c’est entre ces deux dates, pendant le règne de Fan tchan, que se place l’entrée en relation du Fou-nan avec la dynastie indienne des Murundas et sa première ambassade en Chine. L’importance de cet évènement répondait plutôt à des préoccupations commerciales qu’à des ambitions politiques, confère à son règne une certaine importance. À cette époque, celle des trois royaumes, la Chine du Sud (Royaume de Wou) se trouvant dans l’impossibilité d’utiliser pour ses relations commerciales avec l’Occident. La route de terre tenues par les Wei,  le Royaume de Wou cherchait à se procurer par la voie maritime les denrées de luxe dont elle avait besoin, or le Fou-nan occupait sur la route du commerce maritime une situation privilégiée, et constituait un relais inévitable aussi bien pour les navigateurs qui empruntaient le détroit de Malacca que pour ceux, probablement plus nombreux, qui transitaient par les Isthmes de la Péninsule Malaise. Le Fou-nan était peut-être même le terminus de la navigation en promenant de l’Orient méditerranéen, s’il est vrai que Kattigara de Ptolémée ait été situé sur la côte occidentale de la Cochinchine.

Ce règne de Fan Tchan est important, écrit P. Pelliot ; c’est cette usurpation qui serait le premier entré en relation officielle et directe avec les princes de l’Inde. Un texte du Ve siècle raconte qu’un certain Kia-siang-li, originaire d’un pays de T’an-yang qui se trouvait, semble-t-il, à l’occident de l’Inde, gagna l’Inde et de là le Fou-nan. C’est lui qui aurait appris au roi Fan Tchan l’existence des belles choses dans son pays, mais le voyage était long ; il pouvait, aller et retour, durer trois et même quatre années. Le Roi Fan Tchan fut-il séduit par les récits Kia-siang-li ? Du moins savons-nous de source sûre qu’il envoya en ambassade dans l’Inde un de ses parents nommés Sou-Wou. Celui-ci s’embarqua à T’eou-kiu-li, peut-être Takkola, ce qui indiquerait que l’influence du Fou-nan s’étendait bien alors jusqu’à l’océan indien. L’ambassade arriva aux bouches du Gange et monta le fleuve jusqu’à la capitale d’un prince qui appartenait sans doute, comme l’a reconnu S. Lévi, à la dynastie des Murundas. Le roi hindou fit promener Sou-Wou à travers son royaume, puis le congédia en lui remettant en présent pour son roi quatre chevaux du pays indo-scythe, et en lui donnant à son retour pour compagnon l’hindou Tch’en song. Quand Sou-Wou parvint au Fou-nan, il y avait quatre ans qu’il en était parti.

C’est encore Fan Tchan, d’après l’histoire des trois Royaumes, qui en 243, envoya une ambassade en Chine offrit en présent des musiciens et des produits du pays. Est-ce encore lui qui est l’auteur de l’inscription sanskrite précitée, et ce texte désigne comme membre de la famille de çri mâra ? La réponse n’est pas impossible, car Fan Tchan, fils de la sœur de çri mâra, pouvait à bon droit se dire parent de son prédécesseur.

L’usurpateur Fan Siun, qui succéda à Fan Tchan, après avoir mis à mort un fils de Fan Chan-man, reçut vers 245-250 la mission chinoise de K’ang T’ai et Tchou Ying qui raconta à la cour l’envoyé des Murundas.

Cette mission chinoise acheva de nouer avec Fou-nan des relations qui eurent pour résultat une série d’ambassades envoyées en Chine par Fan Siun de 268 à 287 et mentionnées dans l’Histoire des Tsin. Les trois dernières, celles de 285 à 287 furent peut-être une conséquence de la recrudescence du commerce maritime après la réunification de la Chine par les Tsin en 280, réunification qui provoqua de la part de la cour une demande accrue pour les produits de luxe importés des pays du Sud.

C’est sans doute à K’ang T’ai que l’on doit les premiers renseignements sur le pays : « Il y a des murées, des palais et des maisons d’habitations. Les hommes sont tous laids et noirs, leurs cheveux sont frisés ; ils ne sont pas du tout voleur. Ils s’adonnent à l’agriculture. De plus, ils aiment à graver des ornements et à ciseler. Beaucoup des ustensiles dont ils se servent pour manger sont en argent. L’impôt se paie en or, argent, perles, parfums. Ils ont des livres et des dépôts d’archives et autres choses. Leurs caractères d’écriture ressemblent à ceux des Hou (c’est-à-dire des gens employant une écriture d’origine indienne).

 

Fou-nan : règne de l’Hindou Tchan-t’an (357).

En 357, le Fou-nan, à la suite de circonstances inconnues, était tombé sous la domination d’un étranger.  Au premier mois de cette année-là, disent les Histoires des Tsin et des Leang (T’ien-tchou Tchan-t’an, roi du Fou-nan offrit en tribut des éléphants apprivoisés). T’ien-tchou est le nom chinois de l’Inde et l’expression « T’ien-tchou Tchan-t’an » signifie « l’Hindou Tchan t’an ». S. Lévi a montré que tchan-t’an est une transcription de Chandan, titre royal en usage chez les Yue-tche ou indo-Scythes, et spécialement chez les Kushânas dans la lignée de Kanishka. « Tien-tchou Tchan-t’an ou Tchou Tchan-t’an, écrit-il, est donc un personnage royal originaire de l’Inde ; son titre de Tchan-t’an paraît bien le rattacher à la même souche que Kaniska. Le rapprochement n’a rien d’inattendu. Un siècle plutôt que Tchou Tchan-t’an, au temps des Wou (220-264), entre 240 et 245 selon les calculs de M. Pelliot, le roi du Fou-nan avait envoyé un de ses parents en ambassade dans l’Inde chez le souverain Meou-louen (Murunda) qui régnait sur le Gange, et le Murunda avait en retour envoyé au roi Fou-nan comme présent quatre chevaux des Yue-tche. Nous savons quels lient étroits unissaient les Murundas aux Yue-tche ; on est allé jusqu’à soutenir que Murundas était le titre dynastique des Kushânas. Nous savons aussi que les Kouchans avaient étendu leur domination sur le Gange, au moins jusqu’à Bénarès, où ils avaient installé un satrape. En 357, sous le Grand empereur Samudragupta, toute l’Inde du Nord obéissait à la dynastie Gupta ; les envahisseurs scythiques avaient été refoulés. Il n’est pas impossible qu’une branche de la famille Kopuchane, expulsée des rives du Gange, ait cherché fortune au-delà du Golfe de Bengale, dans cette terre de l’or (Suvarnabhûmi, chrysê) qui s’ouvrait aux aventuriers venus de l’Inde.

Il est permis de se demander si le règne de cet étranger, venant après les échanges d’ambassades avec les Murundas, ne signifie pas certains rapprochements qu’on est tenté d’établir dans plusieurs domaines entre le Fou-nan et le Cambodge ancien d’une part, et le monde iranien d’autre part.

On verra plus loin qu’à la fin du Ve siècle, le serviteur d’un roi du Fou-nan portait le nom ou le titre de K’ieou-tch’eou-lo, qui pourrait être identique au titre de Kujula en usage chez les Kushâna. Un peu plus tard, au VIIe siècle, on voit un Brahmane scythe (çaka) venir du Dekhan et épouser la fille du roi Içânavarman Ier. L’iconographie préangkorienne des images de Sûrya, avec leurs tuniques courtes, leurs bottillons et leurs ceintures analogues à celle des Zoro-astriens, est d’inspiration nettement iranienne, et c’est peut-être le soleil, ainsi représenté et considéré comme un Brahmane « mage » ou « scythe » qui est désigné dans l’épigraphe angkorienne par le nom de çakabrâhmana. Il n’est pas jusqu’à la coiffure cylindrique des images préangkorienne de Vishnu qui ne puisse être considérée comme trahissant une influence iranienne. Le modèle immédiat de cette coiffure se retrouve, il est vrai, dans la sculpture des Pallavas. Mais on sait que l’origine septentrionale de ces derniers est soutenue par toute une école qui en fait des descendants des Pallavas, c’est-à-dire des Parthes. Enfin le nom même des Kambujas, héritiers du Fou-nan, pourrait être mis en relation avec celui des Kambojas iraniens. Il serait imprudent pour le moment, de trop pousser ces approchements, mais ils méritent d’être signalés, surtout depuis que la découverture à Oc Eo, dans l’Ouest Cochin-Chinois, d’une intaille représentant une libation au Feu et cabochon avec effigie sassanide, a fourni, une preuve tangible des rapports du Fou-nan avec le monde iranien.

Le règne du Chandan hindou ou Indi-scythe constitue dans l’histoire du Fou-nan une sorte d’intermède entre deux entr’actes. La date de 357 est la seule que l’on connaisse de son règne, et l’on n’entend plus parler du Fou-nan avant la fin du IVe siècle ou le début du siècle suivant.

 

Fou-nan au Ve siècle.

En résumé, si divers témoignages archéologiques et chinois indiquent que la pénétration hindoue est aussi ancienne dans les îles que sur la péninsule, la première moitié du Ve siècle, avec les inscriptions du Mûlavarman à Bornéo et Pûrnavarman à Java, et le développement des relations diplomatiques avec la Chine, nous fait assister à une recrudescence de l’hindouisation de l’Inde extérieur qu’on peut attribuer, sinon à un afflux d’immigrants, du moins à l’influence d’éléments culturels que divers indices permettent de considérer comme originaires de l’Inde orientale et méridionale.

On a cherché dans l’histoire de l’Inde propre des causes immédiats à ce mouvement, et l’on a dépensé beaucoup d’imagination pour rattacher les nouvelles dynasties de l’Inde extérieur à des maisons royales hindoues. G.Coedès ne suivrait pas sur ce terrain mouvant les auteurs qui ont cru pouvoir s’y aventurer. Toutefois, on peut considérer comme très probable que les conquêtes de Samudragupta (environ 335-375) dans l’Inde du Sud et la soumission du Souverain Pallava avec ses vice-rois qui s’ensuivit, produisirent de graves perturbations qui eurent à leur tour pour résultat l’exode de certains éléments de l’aristocratie méridionale vers les pays de l’Est. On a vu que c’est à la conquête de la vallée du Gange par Samudragupta que S. Lévi attribuait la présence probable d’Indo scythe sur le trône du Fou-nan en 357. Cet épisode n’était peut-être que le prélude d’un mouvement général qui, du milieu du IVe siècle au milieu du Ve siècle, porta vers la péninsule et les îles déjà hindouisées et en rapports réguliers avec l’Inde, des princes, des Brahmanes, des lettrés à qui est dû l’essor de l’épigraphie en langue sanskrite au Champa d’abord, puis à Bornéo et Java.

C’est à la même époque sans doute pour les mêmes raisons que le Fou-nan se vit infuser une nouvelle dose de culture hindoue à qui est due la plus ancienne inscription du Fou-nan après la stèle de Vo-canh.

L’histoire des Leang nous apprend qu’un des successeurs du Chandan hindou fut Kiao-tch’en-jou (Kaundinya). C’était un Brahmane de l’Inde. Il y eut une voix surnaturelle qui lui dit : « Il faut aller régner au Fou-nan ». Kaundinya se réjouit dans son cœur. Au Sud, il arriva au P’an-p’an. Les gens du Fou-nan l’apprirent ; tout le royaume se leva avec joie, alla au-devant de lui et l’élut roi. Il changea toutes les règles selon les méthodes de l’Inde. Kaundinya mourut. Un de ses successeurs Tch’e-li-t’o-pa-mo (çri Indravarman ou çreshthavarman), au temps de l’empereur Wen des Song (424-453), présenta un placet et offrit en présent des produits de son pays. Il s’agit des ambassades que l’Histoire des premiers Song place en 434-435 dont il est dit dans le même ouvrage qu’en 431-432, « le Lin yi (Champa) voulut abattre le Kiao-tcheou (Tonkin) et emprunter des soldats au roi Fou-nan. Le Fou-nan n’y consentit pas ».

 

Les derniers rois du Fou-nan (480-550).

C’est une dizaine d’années après que l’Histoire des Ts’i méridionaux parle pour la première fois au Fou-nan du roi Chö-ye-pa-mo (Jayavarman), ayant pour non de famille Kiao-tch’en-jou, c’est-à-dire descendant de Kaundinya. « Ce prince, écrit P.Pelliot, avait envoyé des marchands à Canton, qui, à leur retour, furent jetés sur côte du Lin-yi (Champa), ainsi que le bonze hindou Nâgasena qui se trouvait à bord avec eux. Nâgasena gagna le Fou-nan par chemin de traverse, et, en 484, le roi Jayavarman l’envoya offrir des présents à l’empereur de Chine, et lui demander en même temps de l’aider à vaincre le Lin-yi. Depuis quelques années, en effet, un usurpateur s’était emparé du trône de ce pays, mais alors que les textes sur le Lin-yi l’appellent Tang-ken-tch'ouen, fils du roi du Fou-nan. Le roi Jayavarman le présente cet usurpateur comme un de ses serviteurs, nommé Kieou-tch. L’empereur de Chine remercia Jayavarman de ses présents, mais n’envoya pas de troupes contre le Lin-yi. À travers la phraséologie souvent obscure du placet, nous distinguons du moins deux choses : d’abord que le culte çivaïte était dominant au Fou-nan. Mais, en même temps, le Bouddhisme était pratiqué. Le placet est en grande partie bouddhique et il est remis par un bonze hindou qui a séjourné au Fou-nan. Bien plus, c’est sous le règne de Jayavarman que deux bonzes originaires du Fou-nan viennent s’établir en Chine ; tous deux savaient assez le sanskrit pour qu’on les ait employés leur vie durant à traduire les livres saints.

Le même passage de l’Histoire des Ts’i méridionaux, d’où P.Pellot a extrait ces renseignements, ajoute sur la civilisation matérielle du Fou-nan quelques donnés qui méritent d’être reproduites. « Les gens du Fou-nan sont malins et astucieux. Ils prennent de force les habitants des villes voisins qui ne leur rendent pas hommage, pour faire leurs esclaves. Comme marchandises, ils ont l’or, l’argent, les soieries. Les fils de grande famille coupent du brocart pour s’en faire un sarong ; les femmes passent la tête dans une étoffe pour se vêtir. Les pauvres se couvrent d’un morceau de toile. Les habitants du Fou-nan font des bagues et des bracelets en or, et de la vaisselle d’argent. Ils abattent des arbres pour construire leurs demeures. Le roi habite dans un pavillon à étage. Ils font leurs enceintes avec des palissades de bois. Au bord de la mer pousse un grand bambou, dont les feuilles ont de huit à neuf pieds. On tresse ses feuilles pour couvrir les habitations. Le peuple habite aussi dans des habitations surélevées. On fait des bateaux qui ont de 8 à 9 tchang (le tchang équivaut à 10 pieds) L’avant et l’arrière sont comme la tête et la queue d’un poisson. Quand le roi est en route, il va à éléphant. Les femmes peuvent aussi aller à l’éléphant. Pour se distraire, les gens font combattre des coqs et des porcs. Ils n’ont pas de prison. En cas de contestation, ils jettent dans l’eau bouillante des bagues en or et des œufs ; il faut les en retirer, ou bien ils chauffent au rouge une chaîne que l’on doit porter sur les mains pendant sept ans. Les mains du coupable sont complètement écorchées ; l’innocent n’est pas blessé. Ou encore on fait plonger dans l’eau, celui qui a raison entre dans l’eau, mais n’enfonce pas ; celui qui a tort enfonce.

Un texte postérieur de l’Histoire des Leang, ajoute ces détails : « Là où ils habitent, ils ne creusent pas de puits. Par plusieurs dizaines de familles, ils ont en commun un bassin où ils puisent de l’eau. Leur coutume est d’adorer les génies du ciel. De ces génies du ciel, ils font des images en bronzes ; celles qui ont deux visages ont quatre bras ; celles qui ont quatre visages ont huit bras. Chaque main tien quelque chose, tantôt un enfant, tantôt un oiseau ou un quadrupède, ou bien le soleil, la lune. Le roi, quand il sort ou rentre, va à éléphant ; il en est de même des concubines, des gens du palais. Quand le roi s’assied, il s’accroupit de côté, relevant le genou droit, laissant tomber le genou gauche jusqu’à terre. On étend devant lui une étoffe de coton sur laquelle on dépose des vases d’or et des brûle-parfums. En cas de deuil, la coutume est de se raser la barbe et les cheveux. Pour les morts, il y a quatre sortes « d’enterrements » : L’enterrement par l’eau, qui consiste à jeter le cadre au courant du fleuve ; l’enterrement par le feu, qui consiste à le réduire en cendre ; l’enterrement par la terre, qui consiste à l’enterrer dans une fosse ; l’enterrement par les oiseaux, qui consiste à l’abandonner dans la campagne ».

Le règne de Jayavarman marque le Fou-nan une époque de grandeur qui se reflète dans les égards que l’empereur de Chine manifeste à son endroit. À l’occasion de l’ambassade de 503, un ordre impérial dit : « Le roi du Fou-nan Kaundinya Jayavarman habite aux limites de l’océan. Des générations en génération lui (et les siens) gouvernent les lointains pays du Sud. Et leur sincérité se manifeste au loin, par des interprètes multiples, ils offrent des présents en hommage ; il convient de leur montrer réciproquement de la faveur, et de leur accorder un titre glorieux. C’est possible avec le titre de Général du Sud pacifié, roi du Fou-nan ».

On a vu qu’un fils ou un serviteur de Jayavarman, qui s‘était enfui au Champa, s’y était fait proclamer roi à la mort de Chen-tch’eng, et qu’en 484 Jayavarman avait demandé en vain à l’empereur de Chine de l’aider à chartier l’usurpateur. On ne sait ce que fit Jayavarman. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’en 491 l’usurpateur régnait encore sous le nom de Fan Tang-ken-tch’ouen et se faisait reconnaître comme roi du Lin-yi par la cour de Chine. Mais l’année suivante, en 492, il fut détrôné, par un descendant de Yang Mah, nommé Tchou Nong, qui régna six ans et se noya en mer en 498. De ses successeurs, Fan Wen-k’ouen, Fan t’ien-k’ai (peut-être Davavarman) et P’i-ts’ouei-pa-mo (Vijayavarman), on n’a que des dates d’ambassades de 502 à 527. En 529 arrive au pouvoir une nouvelle dynastie.

Jayavarman, (Grand roi du Fou-nan), mourut en 514. On ne possède pas l’inscription émanant de lui, mais sa première reine, nommée Kulaprabhâvatî, et un de ses fils, nommé Gunavarman, nous ont laissé chacun une inscription sanskrite, en écriture de la seconde moitié du Ve siècle.

Sur une stèle trouvée au Cambodge dans le Sud de la province de Takeo, la reine Kulaprabhâvatî, désirant se retirer du monde, relate la fondation d’un ermitage comprenant une habitation et une pièce d’eau. La stance liminaire du texte est d’inscription visnouite. C’est également une inscription vishnouite, en écriture d’aspect un peu plus ancien, qui a été gravée par ordre du Gunavarman, fils du roi qui est la « lune de la lignée de Kaundinya », sur le piédroit d’un édicule à Thap-müöi, dans la plaine des Joncs en Cochinchine. Elle commémore la fondation, « sur un domaine conquis sur la boue » dont Gunavarman « bien que jeune » était le chef, d’un sanctuaire contenant l’empreinte du pied de Vishnu nommé Chakratîthasvâmin. Alors qu’à Java les empreintes des pieds de Pûrnavarman comparées à celles de Vishnu marquaient peut-être, ainsi qu’il a été dit, la prise de possession du pays après une conquête militaire, il s’agit ici d’une conquête pacifique, après drainage et remblai partiel d’une région de nos jours encore très marécageuse et inondée pendant une partie de l’année.

Il est probable que la mère de Gunavarman n’est autre que la reine Kulaprabhâvatî, épouse de Jayavarman ; et il n’est pas impossible que Gunavarman soit le fils de Jayavarman qui, d’après l’Histoire des Leang, fut évincé du trône à la mort de son père en 514, et assassiné par son frère aîné Lieou-t-o-pa-mo (Rudravarman) né d’une concubine. Rudravarman qui envoya en Chine diverses ambassades entre 517 et 539, est le dernier roi Fou-nan. Une inscription sanskrite de la province de Bati nous apprend qu’il régnait au moment où fut faite la fondation bouddhiste mentionnée dans ce document. Que le bouddhisme fût florissant au Fou-nan entre 535 et 545. L’empereur chinois veut réunir des textes bouddhiques, et demande au roi de Fou-nan d’envoyer des maîtres bouddhistes en Chine. Ce dernier choisit pour cette mission l’Indien Paramârtha ou Gunaratna, d’Ujjaiyinî, qui résidait alors au Fou-nan. Ce dernier emporta 240 liasses de textes en Chine où il arriva en 546.

Une stèle du VIIe siècle nomme Rudravarman comme prédécesseur de Bhavarvarman Ier, le premier roi du Cambodge préangkorien. Une inscription du Xe siècle le représente comme chef de branche des rois tirant leur origine du couple Kaundinya-Somâ, qui régnèrent après les successeurs de çritavarman (çreshthavarman), descendant de Kambu. Il suffira de dire ici que l’irrégularité de l’accession de Rudravarman au trône semble avoir provoqué, dans les provinces du moyen Mékong, un mouvement d’agitation, dirigé par Bhavavarman et chittrasena, qui aboutit dans le second moitié du VIe siècle, au démembrement du Fou-nan. Ce pays fut pendant cinq siècles la puissance dominante sur la péninsule. Il conserva longtemps après sa chute un grand prestige dans le souvenir des générations suivantes. Les rois du Cambodge préangkorien adopteront, comme leur légende dynastique ; ceux qui régneront à Angkor s’efforceront de rattacher leur origine aux Adhirâjas ou rois suprêmes de Vyâdhapura ; et les souvenirs Javanais du VIIIe siècle ressusciteront le titre de çailendra (roi de la montagne).

Des extraits des histoires dynastiques chinoises qui font connaître le peu qu’on sait de l’état social et des mœurs des habitants du Fou-nan, au point de vue religieux, les divers cultes hindous y sont attestés successivement ou simultanément. Les deux Kaundinya qui hindouisèrent le pays étaient certainement florissant au Ve siècle. Sous le règne de Jayavarman, l’Histoire des Ts’i méridionaux dit que « la coutume de ce pays était de rendre un culte au dieu Maheçvara (çiva). Le dieu descend sans cesse sur le mont ». Il s’agit sans doute de la sainte montagne d’où les rois et le pays lui-même tiraient leur nom. Voisin de la capitale et marquant le centre du royaume, elle était le lieu où le ciel communiquait avec la terre, ce qui explique pourquoi « le dieu y descendait sans cesse ». Il y était sans doute matérialisé sous forme du linga de çiva Giriça, « habitant de la montagne ». Un passage de l’Histoire des Leang cité plus haut parle d’images à deux visages et quatre bras qui doivent être Harihara, ou Vishnu et çiva réunis en un seul corps. L’existence des cultes vishnouites se dégage des inscriptions de Gunavarman et de sa mère. Enfin le Bouddhisme du Petit Véhicule de langue sanskrite, attesté dès le IIIe siècle, était florissant aux Ve et VIe, sous les règnes de Jayavarman et du Rudravarman.

De l’architecture, il ne semble pas que rien ait subsisté. Mais une intéressante hypothèse, permet de penser que, si tout a péri, du moins certains édifices d’art préangkorien, ayant pour couverture une série nombreuse de minuscules étages décorés de petites niches, reproduisent les principales caractéristiques des monuments du Fou-nan. Le mukhalinga ou linga à visage serait, dans cette hypothèse, étroitement associé à cette architecture.

Quand à la sculpture humaine, les statues du Buddha de style Gupta, les Vishnus mitrés et les Hariharas du cambodge préangkorien, et surtout les images de Sûrya trouvées en Cochinchine, sans appartenir pour autant à l’art du Fou-nan, donnent quelque idée de ce qu’a pu être sa statuaire.

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 06:26


Après la mort du Roi, Chao Ponhea Oukteyreach s’enfuit en laissant la citadelle Samrong Sen sans défense. Apprenant cette fuite, Chao Ponhea Yaumreach, à la tête de son armée, lança une contre offensive contre l’armée de Kân. Après quelques jours d’affrontement, le général Yaumreach jugeait qu’il fut impossible de gagner la partie dans cette bataille. Il convoqua les membres de son Etat-Major et leur dit ceci : « Nous ne pouvons pas gagner cette bataille, parce que Kân bénéficie un avantage psychologique sur nous, la mort du roi. Une armée sans chef, c’est comme un corps sans tête. Le dauphin est encore jeune et ne pourrait pas faire grande chose contre Kân, son oncle maternel. J’ai une conviction profonde que ce dernier le tue s’il se retombe dans les mains. Kân ne se batte pas pour le dauphin, il se batte pour lui-même. Il est capable de tout. Mon devoir d’aujourd’hui est de mettre l’héritier du trône à l’abri du danger. Je ne vois qu’une seule solution : Amener le prince royal au Siam. Preah Chanreachea, son oncle paternel, est déjà là-bas. En outre, je vais demander une aide militaire au souverain siamois pour revenir combattre contre les rebelles. Avec Preah Chanreachéa en tête de notre armée, je pense que Kân ait peu de chance de nous vaincre. Les généraux et les officiers approuvèrent à l’unanimité les idées de leur chef.

Le général Yaumereach était un grand dignitaire ambitieux, rusé, sans scrupules, mais il était un chef militaire mûr et réaliste. Avant de monter à bord de sa barque, il ordonna à tous les chefs d’unités de cesser le combat : « Il est inutile de continuer de vous battre contre Kân. Vous devez partir pour vous cacher avec vos hommes fidèles dans les lieux sûrs, je reviendrai bientôt avec Preah Chanreachéa. Mais la volonté de combattre existe-t-elle encore ?  Chez les militaires peut-être. Mais parmi la population, la guerre civile au cours des quatre dernières années commençait à produire ses effets désastreux pour sa vie de tous les jours. 

Des centaines de pirogues, formèrent un cortège royal, quittèrent le port de Kompong Svay pour Nokor Thom, ancienne capitale royale. Parmi les suivantes du général Yaumreach, il y avait le Brahmane Sours. En tant le gardien du trône, celui-ci emportait avec lui tous les objets de sacre royal, l’épée sacrée et la lance royale. Au cours du chemin, il pensait qu’une fois au Siam, le Souverain de ce pays ne lui laisserait jamais de retourner au pays. Il décida donc de plus suivre le cortège des fuyards. Une fois décidé, il demanda au chef d’escorte la permission d’aborder la berge pour faire ses besoins. Sours dit ceci : « Tu peux continuer le chemin, j’ai besoin quelques minutes seulement, je vous rattraperai vite, parce que ma pirogue est une pirogue de course ». Tout le monde ne fit pas attention à la ruse de Sours. Le Chef d’escorte donna son accord au Brahmane de quitter le cortège. Une fois pied-à-terre, le Brahmane Sours et son valet, nommé So, se furent enfoncés dans la forêt en emportant avec eux l’épée sacrée et la lance royale. Les deux fuyards avaient mis une semaine pour atteindre Bati (district Kanda Steug, Saan actuel).  Ils s’étaient établis à plusieurs kilomètres de la ville dans une forêt obscure. Là-bas, ils avaient caché l’épée sacrée et la lance royale dans un trou d’un grand arbre (arbre Chambak).

Revenons au général Yaumreach. Quand il arriva à Norkor Thom avec son escorte et ses suivantes, il réquisitionna chez le gouverneur de cette province plusieurs chevaux et éléphants et poursuivit ensuite son chemin au Siam. Agé et affaiblit par des années de guerre, au cours de son voyage, le Général Yaumrech mourut d’épuisement. Ses hommes avaient enterré son corps en conformité avec la tradition khmère et invitèrent le dauphin à poursuivre le voyage au Siam.

Retournons au camp de Kân. Celui-ci avait obtenu la reddition totale de l’armée royale. Il s’en réjouit dans son cœur, rêvant d’un pays nouveau et d’une paix née de la guerre. Il retourna triomphalement à Basane. Il a été accueilli par la population avec chaleur. Des fêtes ont été organisées dans la ville pendant plusieurs jours. Quelque temps plus tard, les grands dignitaires et les généraux de la Cour de Basane votèrent l’instauration du gouvernement royal, dont il était important pour l’unité de la Nation et désignèrent Kân comme souverain. Celui-ci accepta cette décision. En 1512, à l’âge de 29 ans, il fut couronné roi. Son nom de sacre était : Preah Bat Samdech Preah Srey Chétha Tireach Rama Thipdey Krong Srey Sar Chhor.

Le lendemain de son couronnement, dans la salle du trône, tout ce qui touche de près ou de loin au nouveau pouvoir, se trouvaient là. Le nouveau roi ordonna au Chef de protocole de prononcer à haute voix les noms des nouveaux princes et princesses, tous et toutes sont ses proches. Ainsi un nouveau corps de la famille royale a été créé. L’essentiel de cette création est de partager son pouvoir avec ces princes pour faire régner l’ordre dans le Royaume. Il désigna son oncle maternel Kao comme chef de famille royale. Celui-ci portait aussi un titre de Grand Prince du Royaume, Samdech Chao Fa pour ses mérites dans la compagne de pacification du pays. Devenu Roi, Kân n’avait pas trop de peine à établir des relations de confiance avec les populations. Il créa un corps des envoyés du roi, munis de pleins pouvoirs, qui le représentent partout et n’obéirent qu’à ses propres ordres. Les dignitaires du palais, les généraux, les gouverneurs de provinces parlaient toujours à son nom. Il n’est que trop évident que toutes ces inventions nouvelles, cette force accrue, ce mode de vie transformé consolidaient le pouvoir du nouveau roi. Il dit assez souvent à ses collaborateurs : « Je ne demande pas qu’on m’aime, mais qu’on me serve bien ».

La question la plus intéressante posée par les méandres de la politique de Kân est de savoir s’il représente une rupture ou une continuité avec l’ancienne dynastie de la caste Ksatrya (caste des rois khmers). On le sait que la rupture n’est pas moins évidente puisqu’il ne s’agit que le changement dans la politique économique : Liberté d’entreprise, développement des secteurs artisanaux et commerciaux ; une sorte d’une monarchie capitalistique. Mais la continuité est claire : Monarchie absolue.    

En 1514, Sdach Kân décida de changer la capitale royale. Il est normal quand on crée une nouvelle dynastie, il faut aussi créer une nouvelle capitale. Tout doit être nouveau dans mon règne et je veux laisser la trace de mon existence dans l’histoire des rois khmers, dit Kân. Il avait choisi la commune de Chanlang Daun Tey à l’Ouest de Basane comme lieu pour bâtir sa nouvelle cité. Cinq mois après, Kân voulait encore déménager, parce qu’il eut un rêve : Un bruit fracassant venant de l’Ouest qui dure pendant cinq heures. Ensuite, il y a un vieux sage qui lui parle : Il faut vous déménager de Chanlang Daun Tey pour aller vous habiter à Srarlàb, situé à la frontière des deux provinces :Tbaug Khmom et Phnom. Le lendemain, Sdach Kân convoqua ses conseillers et ses ministres pour leur dire qu’il a vu et entendu dans son rêve. Après quoi, il décida de transférer sa capitale de Chanlang Daun Tey à Srarlàb. Les travaux d’aménagement de la nouvelle capitale avaient duré deux ans. À Srarlàb, il n’y avait ni fleuve, ni rivière. Pour permettre le développement de la ville, l’eau est la première des nécessités. Entouré des ingénieurs de renom, Okgna Vieng, Okgna Vaing, Okgna Lompaing et Okgna Srâl, le Roi fit creuser quatre grands bassins aux quatre points cardinaux de la cité. Chaque Kompong (point d’eau) portait le nom de son créateur. C’était la volonté de Kân. Ces bassins demeurent aujourd’hui encore utile pour la population. En outre, ces ingénieurs avaient réussi à multiplier les puits partout dans la ville et avaient ébauché le quadrillage si serré des canaux d’irrigation du pays. 

La campagne d’aménagement de la nouvelle capitale fut faite dans un temps-modèle. La participation de la population dans la construction de cette nouvelle ville royale est totale. Il y avait beaucoup de volontaires. La nouvelle capitale était plus grande et plus rationnelle que l’ancienne capitale. Kân donna un nom à sa nouvelle ville : Krong Srarlàb Daun Tey Prey Norkor Charakreach. Il ordonna à Okgna Sral de faire l’élevage des poissons dans les quatre bassins et à Okgna Lompaing de construire des abris d’éléphants. Il fit aménager un domaine de chasse. On donna un nom à ce domaine, Virl BanThom (domaine du frand frère) ou Virl Chan. Il créa un Conseil Supérieur du Bouddhisme composé de sept moines supérieurs : Vénérable Parikniryourk, Preah Akriyours, Preah Eksatha, Preah Puthkhorsa, Preah Thomkhorsa, Preah Vibasnir, Preah Paraksatha. La Présidence de ce Conseil est tournante pour une durée d’un an. Sdach Kân voit dans une religion ordonnée et soumise un formidable instrument de gouvernement. Trois ans après l’installation de la nouvelle capitale, les gens venaient de plus en plus nombreux pour y s‘établir. Ce lieu donna un exemple achevé de gloire d’une nouvelle dynastie. Ses magasins, ses entrepôts, ses établissements commerciaux couvraient le pays d’un réseau de paysans et d’artisans aisés. Les richesses sont exploitées avec sciences. Tout est surprise et paradoxe dans ce premier âge d’or de la nouvelle cité royale. Dès le lever du soleil, le marché grouillait de monde. La nuit était tombé depuis longtemps que surgissaient dans la ville des théâtres, les échos des banquets qui s’y poursuivaient souvent jusqu’à l’aube. Pour facilité des activités et des échanges commerciales, Sdâch Kân créa les pièces de monnaies en feuilles d’argent et d’or, et sur chaque pièce figure l’image d’un dragon, l’emblème de l’armée victorieuse de Kân. Les fonctionnaires de la cité s’étaient bien gardés de compromettre cette prospérité et cette facilité de la vie. Ils se contentaient de prélever des taxes énormes. Dans le nouveau Royaume, il y avait quelques reprises des tentatives de révolte : elles avaient été écrasées, et le long de toutes les routes qui menaient à la capitale des centaines de têtes coupés, exposées en public, avaient servi d’exemples. Plusieurs chefs militaires et hauts fonctionnaires des provinces avaient été rappelés à la capitale, jugés, empoisonnés. Quelques-uns avaient été mis à mort, d’autres avaient été frappés de maladies brutales et un peu mystérieuses. Sdach Kân faisait régner dans son armée et dans son administration une discipline sans pitié. 

Revenons au Brahmane Sours qui fut parti avec son valet en emportant avec lui l’épée sacrée et la lance royale. Quelques années plus tard, son valet fidèle mourut de maladie, le Brahmane vit désormais tout seul pauvre dans la forêt. Un jour, il entendait parler de la récompense de 500 pièces d’or offertes par Sdach Kân à celui qui lui apporte ces objets. Désespéré de l’attente du retour du général Yaumreach et Preah Chanreachea du Siam pour combattre contre Sdach Kân, il décida d’apporter ces objets sacrés au nouveau roi pour toucher la récompense.

Une fois décidée, il partait dans la forêt pour trouver ces objets. Arrivé à la cachette, il grimpa sur l’arbre pour sortir ces objets du trou. Soudain, il s’aperçut un grand serpent en face de lui. Surpris par cette rencontre hasardeuse, il tomba de cet arbre et mourut. Son coup fut brisé. Des mois passés, son cadavre se décomposait sous l’arbre sans que personne fût au courant de sa mort. On disait plus tard que l’arbre est protégé par un génie qui n’est que l’âme du Brahman Sours.

Il est temps de revenir à Preah Chanreachea, frère du roi Sakunbât. Apprenant l’arrivée du dauphin, son neveu, au Krong Tep, il se précipita pour demander à ce dernier des nouvelles du pays. Dans cette rencontre, il a appris que le Roi, son frère, est mort et Kân est victorieux. Il se dit : Comment faire pour me venger de cette humiliation insupportable ?

Depuis sept ans, le prince khmer avait une immense impatience de retourner au pays, mais à chaque fois qu’il fût une demande au roi Chakrapath, sa requête fut courtoisement rejeté par ce dernier. La ritournelle était la même : il faut attendre le jour faste ou cette année la saison de chasse au traître n’est pas propice. Mais en 1515, la chasse d’éléphant blanc fut une priorité pour le roi siamois. Cette année-là, un de ses ministres, envoyé en mission, venait de lui rapporter qu’un chasseur d’éléphant de renom, nommé Peam, à repérer un grand éléphant blanc qui rôdait dans la forêt du district Kachhanborey. Ce chasseur avait tout essayé de capter cet animal, mais sans succès. Grand collecteur des éléphants, le roi demanda à ses ministres de trouver un spécialiste pour faire ce travail. Ces derniers suggérèrent au roi le nom de Preah Chanreachea, parce que tout le monde le savait que la chasse des éléphants était un sport préféré du prince khmer. Aussitôt le Roi ordonna à ce dernier de prendre mille hommes avec lui pour investir la forêt Kachhanborey à la recherche de l’éléphant blanc. Après quelques semaines de poursuite de la trace de cet éléphant, Preah Chanreachea et ses hommes arrivèrent à le capter. Le roi remercia le prince khmer de cet exploit. Il donna un nom à cet éléphant « Norodom ». Profitant de cette situation, le prince khmer renouvela sa demande, au roi siamois, de rentrer au pays pour combattre contre Kân. Encore une fois, la réponse était négative.

Cette fois-ci, désespéré, le prince khmer commençait à tisser un plan de fuite. Après quelques mois de réflexions avec ses 15 compagnons, ils trouvèrent un stratagème pour tromper la vigilance du roi : On gagne la confiance du roi afin de le tranquilliser, tandis qu’en secret on complote sa perte. Le Roi Chakrapath est un collecteur des éléments rares. On sait qu’il est capable de payer une grande fortune à celui qui lui offre un éléphant blanc. Il faut donc, pour le prince khmer, inventer l’existence de cet animal. Comme le Roi a toujours confiance sur sa compétence dans la technique de chasse des éléphants rares, il est certain que le Roi lui confiera cette mission. Comment faire ? Voilà leur plan : : Ils font sculpter quatre grands pieds éléphant en bois. Dans le nord-Est du pays, les 15 khmers vont faire courir une rumeur auprès de la population qu’ils ont vu un grand éléphant blanc à tel ou tel endroit. Ils vont créer des empreints de pieds d’éléphant avec les pieds de la bête en bois. En plus, sur les branches des arbres, ils vont collecter les poids de moutons à une hauteur à laquelle les gens puissent imaginer la grande taille de l’éléphant, enfin ils vont frottez au tronc de ces arbres avec la boue qu’ils ont pri du marais non loin de ces arbres.

Une fois sûre de n’être jamais soupçonnée de leur plan, les 15 khmers avaient quitté la capitale. Arrivée dans le Nord-Est du pays, ils exécutaient scrupuleusement leur plan.

Un mois après, la rumeur commençait à circuler partout dans la région que l’on a repéré un grand éléphant blanc qui rôde dans la forêt. Ayant entendu cette rumeur, le chef de district partait lui-même dans la jungle pour constater la trace de l’existence de cet animal. Après quoi, il en informa son ministre. Ce dernier informa immédiatement le roi qu’on repère dans le Nord-Est du pays un autre grand éléphant blanc mal de 10 bras de hauteur et de petites défenses.

Le stratagème réussit, les 15 khmers quittèrent immédiatement la région comme prévu dans le plan. Leur destination était la province Norkor Reach (province khmère). Là-bas ils travaillaient discrètement pour recruter les combattants khmers dans les différentes contrées : Nirk Rong, Neang Phaèk, Chong Kal, Tomnup, Tong Kè, Mongkol Borey, Norkor Reach Séma Battambang.

Revenons à la cour siamoise. Au cours d’une audience habituelle du roi Chakrapath, le souverain demanda aux ministres comment faire pour capter l’éléphant blanc signalé. Comme le dit l’expression populaire « les grands esprits se rencontrent », à l’unanimité, les ministres suggérèrent encore une fois le nom de Preah Chanreachea.

Vu que tout le monde se ruait dans sa nasse, ce dernier se sentait fort et se trouvait dans une situation favorable pour exécuter son plan. Mais, il faisait tout pour cacher son enthousiasme : Eviter de provoquer le soupçon du roi. Le Souverain s’empressa de suivre le conseil de ses ministres. Il regarda le prince khmer avec ses yeux doux et dit : « Alors, mon neveu, que penses-tu ? ». Preah Chanreachea accepta la mission avec les conditions exceptionnelles : 5 000 hommes armés des armes de guerre pour faire face à un éléphant sans doute très agressif, 1 000 éléphants de chasse, les vivres suffisants pour une longue durée. Le roi Chakrapath en accepta immédiatement. Il fait encore plus d’habitude : il donna son sabre martial (Preah Sèng), qui représente sa personne, c’est-à-dire celui qui porte ce sabre n’est que le Roi, afin que le prince khmer ait plus de pouvoir pour exécuter sa mission. Le ministre du palais, Okgna Krey fut chargé par le roi de rassembler ce dont Preah Chanreachea a besoin. Avant de partir à la chasse, le prince khmer se rendait visite à son cousin,Ponhea Ong, pour présenter ses salutation à ce dernier, au cours de laquelle, il demanda au dernier dans les termes suivants :

- Cela fait quelque temps que vous vivez dans ce pays étranger, est-ce que votre mère-patrie vous manque, Grand frère ?

- C’est un point auquel je n’ai jamais pensé. Disons seulement je suis heureux dans ce pays. J’ai beaucoup de chance d’être traité par le Roi siamois non pas comme un prisonnier de guerre, mais comme un homme couvert d’honneur. Il m’a confié la charge d’une province Sovann Khaklauk, dont la taille est aussi grande que celle de son propre fils. Cet honneur est déjà suffisant pour moi. Mon petit frère, pour notre mère-patrie, c’est ton affaire.

Le visiteur comprend qu’il ne sert à rien d’insister ; il prend congé de son cousin royal. Il savait que le temps a pu modifier le corps, quand donc le trésor du cœur a-t-il changé. Oui chez son cousin royal, son cœur a aussi changé pour un brin de bonheur personnel. Il a complètement oublié que le trône de ses ancêtres est souillé par un fils d’esclave, mais cela n’ait aucune importance pour Ponhea Ong, fils d’un grand roi khmer. Quelle tristesse de voir un prince royal se réfugie dans l’abri des étrangers pour faire son nid de bonheur. 

En 1516, à l’âge de 36 ans, Preah Chanreachea avait quitté la capitale siamois pour chasser l’éléphant blanc. Il était pressé de se rendre à destination, son pays natal. Il savait que, s’il s’attardait, les nouvelles de sa fuite vont se répandre vite. Il avait toujours un principe dans sa vie : « Faire ce que l’humain peut, laisser le Ciel faire le reste ». Après 7 jours de marche forcée, Il arrivait au chef-lieu d’un district khmer. À chaque pas sur la terre de ses ancêtres, un sentiment d’excitation le gagnait. C’était maintenant qu’il plongeait dans le paysage de son pays dont le charme qui lui saute aux yeux. Ici l’air embaume d’arôme de fleurs et de fruits, mêlés à de fortes odeurs de sucre de palme venant de quelques fabrique proche. Dans sa mélancolie, il faisait un geste pour saluer le Ciel et la Terre. Il jugeait bon qu’il était enfin dans une distance de sécurité à la poursuite de la cavalerie siamoise, au cas où son plan serait découvert par le roi. Après quoi, il envoya un message, il joignit à sa lettre les poils de mouton et un croquis dans lequel il avait dessiné les formes de pieds de l’éléphant. Tout cela, c’était pour faire croire au roi qu’il était sur la trace de l’animal. Quand le roi avait reçu ce message, il demanda immédiatement au messager : où se trouve maintenant Preah Chanreachea ? Il est au pays des Khmers, répondit le messager. Ayant entendu cela, le roi siamois sirotait le thé, hasarda une question à Ponhea Ong : Pourquoi Preah Chanreachea se trouve là-bas. J’ai de doute qu’il va franchir la frontière pour aller combattre Akân, que penses-tu ? Cette question mettait Ponhea Ong dans l’angoisse. Ce prince doit démontrer à son protecteur qu’il avait de doute sur la trahison de son cousin, mais il n’y a point trempé. Dire la vérité est sa seule solution pour échapper à la mort. Sans hâte et sans frein, il se lança dans une explication vive : « Votre Majesté, le cœur de Preah Chanreachea se nourrit de haine à l’égard de kân. Quand il avait appris que Kân a tué son frère et se proclame roi, sa colère est sans limite. Par d’ailleurs, avant son départ, il est venu me voir et il a tenu les propos surprenants en me demandant : est-ce que je ne pense jamais à retourner au pays. J’ai une certitude maintenant que Preah Chanreachea n’aille pas chasser l’éléphant, mais plutôt au Kampuchea pour réaliser sa vengeance ». Ayant entendu ces propos, le roi siamois se mit en colère et ordonna au colonel de cavalerie Pich Davicheath de partir avec 30 cavaliers pour capter le prince rebelle. Si ce dernier refuse d’obtempérer, il faut absolument qu’il ramène les 5 000 hommes à la maison.

Revenons à Preah Chanreachea. Ce prince avait pu recruter 1 800 combattants. Après quoi, il partit rejoindre les 15 fidèles à Teuk Chaur. Ces derniers avaient pu aussi recruter 200 combattants. Il poursuivit son chemin avec ses troupes à la province Siemreap. Là-bas, il avait pu convaincre 2 000 paysans à prendre les armes contre Sdach Kân. Enfin il pénétra dans la citadelle Moha Norkor avec 10 000 combattants dont 5 000 siamois. Trois jours après, le colonel Pich Davicheath était arrivé à Moha Nokor. Celui-ci demanda immédiatement à l’officier de garde de la porte de la citadelle de voir Preah Chanreachea. Dans la cour royale, le Colonel siamois dit au prince khmer devant les officiers siamois : « J’ai l’ordre de Preab Put Chao (le nom usuel du roi siamois) de vous dire que vous deviez retourner immédiatement au Siam. Votre mission de chasse d’éléphant est ajournée par Sa Majesté. Preah Chanreachea savait bien que sur la précipitation, Preah Puth Chao n’avait pas donné l’ordre par écrit. Il avait laissé le Colonel siamois terminer sa phrase. S’avançant vers ce dernier, il leva le sabre martial, symbole du pouvoir absolu du souverain siamois et cria : « Imbécile ! Qui es-tu ? Où est la lettre du roi ? Tu ne savais rien de la mission que Sa Majesté m’a confié. Il y en deux : La première, c’est pour capter l’éléphant, la seconde est confidentielle : venir ici pour combattre Akân ». Quand tous les soldats siamois avaient vu le sabre martial, ils se mettaient tous à genou. Le silence régnait dans la cour royale. Preah Chanreachea en position martiale continua son harangue : « Je t’ordonne de retourner au Siam et dit à Preah Puth Chao ceci. Je remercie à Sa Majesté le Roi de m’accueillir comme son propre neveu pendant 7 ans dans son Royaume. Je ne pas oublier cette charité immense. J’ai donc une dette envers lui. Aujourd’hui je suis pauvre, je n’ai pas les moyens pour mes dettes. Mais une fois, je vaincrai Akân et je serai roi du Kampuchea, je les payerai et les 5 000 soldats siamois retourneront au Siam ». Ayant entendu les paroles de Preah Chanreachea, les 5 000 soldats se chuchotèrent que Preah Chanreachea avait vraiment dit la vérité, si ce n’était pas le cas, leur roi n’a pas donné le sabre martial. Ils n’osèrent pas donc suivre les instructions du colonel. Celui-ci quitta avec ses cavaliers de la cour royal pour retourner au Siam. Quelques jours après, Preah Chanreachea partit avec ses troupes à Battambang. Le gouverneur de cette province ouvra la porte de sa ville pour accueillir le prince légitimiste. Quand Preah Chanreachea se présenta à l’entrée de la ville, une immense acclamation jaillit des 10 000 soldats du gouverneur et de la population de la cité. Comme cadeaux de bienvenue, les commerçants de la ville avaient offert à Preah Chanreachea 1000 charrettes de vivres. 

Quant au Ponhea Sourlauk, gouverneur de la province Pursat, fidèle au Sdach Kân, ayant appris l’arrivée de Preah Chanreachea à Battambang, il dépêcha une navette à la capitale Sralàp Pichay Prey Norkor pour en informer son roi. Après quoi, pour faire face à une éventualité attaque de l’armée légitimiste, il leva une armée de 40 000 hommes.

Reparlons maintenant de Ponhea Meung (Ta Meung ou Klaing Meung), un notable de la province Pursat qui avait accueillit Preah Chanreachea chez lui pendant la fuite de ce dernier au Siam. Depuis longtemps, Ta Meung nourrissait toujours l’espoir de revoir un jour son prince. Ayant appris les agissements de Ponhea Sourlauk, gouverneur de Pursat, contre ce dernier, il forma un commando, composés des soldats d’élite, fidèles à sa cause pour assassiner ce gouverneur. Une nuit, il franchit avec ses hommes le seuil de la demeure du gouverneur, il entra dans la chambre de ce dernier et le tua avec son épée. Le lendemain matin, devant la citadelle, il organisa une réunion publique. Ta Meung était sur sa lancée, et rien ne pouvait plus l’arrêter. À sa vue, les soldats convergèrent vers lui. Sur son cheval, il s’adressa à ces derniers dans les termes suivants : « Hier soir, j’ai tué le général Sourlauk, parce que ce général avait commis un crime de lèse-majesté contre le prince Preah Chanreachea, l’héritier légitime du trône du Norkor Kampuchea. Aujourd’hui, je vous demande tous de choisir librement entre le parti légitimiste et celui de Payap (nom d’un génie qui protège des pêcheurs), c’est-à-dire celui de Kân. Vous le savez que Kân, fils d’une esclave, est un usurpateur. Ceux qui veulent rejoindre cet esclave et usurpateur, ils peuvent partir sur le champ. Mais ceux qui veulent choisir le parti légitimiste, restent ici avec moi ». Chaque mot de Ponhea Meung ramenait à la surface un pouvoir obscure qui séduire les auditeurs. Son discours plein de bon sens, son attitude sincère et volontaire avait fini par toucher le cœur des soldats. Après quoi, ces derniers témoignèrent leur confiance en acceptant de combattre dans le rang du prince légitimiste. Ponhea Meung les remercia. Il engrangeait, tant qu’il pouvait toute cette force dans sa province, avec prescience qu’elle serait utile dans la guerre de restauration de la monarchie légitime.

Il faut noter que Ponhea Meung désigne le camp de Sdach Kân, le parti Payap. On ne sait pas pour quelle raison qu’il a choisi ce nom. C’est pourquoi qu’on entend souvent une phrase : « Quand tu vois le Roi, tu ne le salues pas ; mais tu préfères saluer le Payap ».

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 09:41

 

À la gloire, à la grandeur, Kân voulut en partager avec les autres membres de sa famille détenus par le roi. Il décida d’écrire une lettre à ce dernier pour négocier leur libération :

« À Sa Majesté le Roi,

Tout ce que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui, je l’ai fait uniquement pour but de protéger le dauphin des intrigues de vos dignitaires, non pas pour le but de trahir Votre Majesté. Si j’obtenais l’assurance de Votre Majesté concernant les affaires de succession de trône, à savoir que la désignation de Ponhea Yous Reachea comme prince héritier est toujours en vigueur, je serais prêt à me rendre auprès de Votre Majesté pour vous servir comme auparavant. Je demanderai à Votre Majesté de libérer d’abord ma mère et les autres membres de ma famille, après quoi seulement je m’engage à dissoudre mon armée et de me rendre pour vous servir sous les poussières de vos pieds.

Si ceci ne vous convenait pas, je vous prie de bien vouloir m’en excuser.

Le Roi fut informé de l’arrivée du messager de Kân en pleine séance de travail. Le Premier ministre qui prit la parole en ces termes : « Jusqu’à maintenant, Votre Majesté n’a pas encore décidé sur le sort des membres de la famille de Kân. Recevoir son messager avec l’absence de telle décision, pourrait vous mettre dans une position de faiblesse vis-à-vis de Kân. Celui-ci pourrait s’y interpréter que vous aviez peur de lui. Il faudrait que Votre Majesté prenne cette décision avant de recevoir ce messager. Les autres ministres partagèrent cet avis. Ah ! dit le roi, sans vous, Messire, je pourrais laisser passer l’essentiel sans me rendre compte. Hâtons-nous à exécuter votre plan.  Et sans perdre le temps, le Roi fit venir l’oncle de Kân. Devant tous ses ministres, il lui dit ceci : « AKân envoie un messager pour négocier avec moi dont j’ignore pour le moment le contenu. Depuis le début de sa trahison, j’ai toujours fait preuve de clémence envers ta famille, mais aujourd’hui Akân a dépassé des limites de ma tolérance, parce qu’il ose envoyer un messager pour négocier avec moi, le Roi, au lieu de venir en personne pour implorer mon pardon. Un homme qui trahit son Souverain doit-il être puni si sévèrement avec l’ensemble des membres de sa famille, c’est notre tradition millénaire. Pour cette raison, je décide aujourd’hui de te condamner à mort pour montrer un exemple. Mais avant de t’exécuter, je te donne la permission exceptionnelle de rencontrer le messager d’AKân pour que tu puisses dire tout ce que tu aies envie de lui dire ».

Ayant entendu les propos du roi, ce dernier, troublé, balbutiant de frayeur, essaya de présenter sa défense, mais ses arguments n’étaient pas entendus par le roi. Il quitta la salle en pleurant à la rencontre du messager de son neveu. Il raconta à ce dernier de sa condamnation à mort par le roi. Quelques minutes plus tard, on faisait entrer le messager du traître dans la salle d’audience. Vu le roi, ce dernier se mit à genou et dit à haute voix que son chef lui envoie pour porter une missive pour Votre Majesté. Un grand dignitaire se précipita de prendre la lettre de Kân pour porter au Souverain. Le roi ouvra la lettre et la lut immédiatement. Le contenu de lettre excita la colère du roi. Il fronça les sourcils, s’enferma dans la réflexion et, au bout d’un moment, ajouta, comme se parlant à lui-même : « Comment ! ce rebelle ose agir de la sorte. Que s’était-il passé dans son cerveau primitif ? Avait-il eu conscience seulement de sa trahison ? Non, il glisse du bien au mal sans calcul, sans remords, selon l’impulsion du moment ». Après quoi, il ordonna au Premier ministre de répondre à Kân par lettre dans les termes suivants :

Neak Chao Ponhea  Oukteythireach, Premier ministre, à Khoun Lahoung Sdach,

Vos conditions sont contraires à la coutume royale. Si vous étiez sincères dans vos propos, nous vous demandons de bien vouloir dissoudre d’abord vos forces armées et de vous rendre auprès de Sa Majesté le roi pour lui implorer son pardon. Si vous acceptiez de suivre mes conseils, je ferai tout de mes pouvoirs pour obtenir la grâce de Sa Majesté le Roi à votre égard. Sinon, il est certain que Sa Majesté le Roi ordonnerait à exécuter la sentence qu’il a déjà prononcé à l’encontre des membres de votre famille.

Ayant reçu la réponse par lettre du Premier ministre, Sdach Kân fit la porter à son père à Basane. Ayant appris l’arrivée de la lettre venant du roi, le père de Kân se précipita vers la porte à la rencontre du porteur. Mais une ligne noire se leva devant lui, il se fut glissé et tombé sur un sabre posé tout près de cette porte. Le point de lame du sabre pénétra profondément entre le cou et l’épaule. Pichay Nirk s’effondra sur le plancher, inclina la tête sur la poitrine et devint étranger au mouvement de la vie. On informa immédiatement Sdach Kân de cet accident. Celui-ci se dépêcha de venir au chevet de son père. Mais au moment qu’il arrivait, Pichay Nirk mourut de son blessé.

Ayant appris la mort de Pichay Nirk et le retrait de l’armée de Kân de la province Kompong Siem, le Roi ordonna à son armée de 10 000 hommes d’attaquer immédiatement les fortifications de Kân : Longvek, Kampong Siem et Thauk Khaum. Cette armée du roi fut divisée en trois colonnes de marche. La première de ces colonnes, sous les ordres de Chao Ponhea Oukteythireach. La deuxième colonne, sous les ordres de Chao Ponhea Kralahome et la troisième colonne, sous le commandement de Chao Ponhea Sourkir.

Ayant appris cette nouvelle, Kân fut ravi. Il dit à ses conseillers que le roi vient de commettre une erreur grave en lançant des attaques pendant la période de deuil de la mort de son père. Il demanda à ces derniers de lui laisser seul. Il avait besoin de se recueillir. Quelques minutes plus tard, il se rendait à la salle de conseil et ordonna à ses généraux de préparer un grand banquet auquel tous les officiers furent invités. Ces derniers se discutaient le pourquoi de cette festivité pendant la période de deuil de la mort de Pichey Nirk. Quant le banquet tira sur sa fin, Kân monta sur une table et prit la parole dans les termes suivants : « Mes chers amis, je sais que vous avez envie de savoir le pourquoi, je fais cette festivité pendant la période de deuil de la mort de mon père. La raison est ceci ; le Roi vient de transgresser la règle coutumière : lancer les offensives militaires contre notre armée pendant cette période de deuil. Cette transgression montre bien qu’il ne soit pas un bon roi. Le Bouddha n’aiderait plus au roi, égaré du chemin de la loi. Il faut bien savoir qu’il y a toujours une justice divine qui condamne les mauvaises gens. Je suis certain que dorénavant, le roi n’ait plus de soutien du ciel pour nous battre. Nous le vaincrons bientôt. Soyez confiance en moi, votre guide qui a un seul désir : Le bien du peuple ».

Ayant entendu le discours prophétique de leur chef bien aimé, les convives se levèrent, applaudirent et crièrent : « Bravo ! Bravo ! Gloire au Vice-Roi ! ». Au même moment, un officier cria à la foule de regarder au-dessus du toit de la tente de son Vice-Roi qu’il avait vu un dragon de huit têtes. Cette vision de la gloire amena des centaines des yeux à scruter le ciel. Et, tout à coup, un groupe des hommes en extase crièrent à leur tour qu’ils avaient vu aussi le dragon qui s’envolait vers la direction d’ennemis. Après quoi, tous les convives applaudirent une seconde fois : « Gloire au Vice-Roi ! ». Kân remercia l’enthousiasme de ses compagnons et les invita à boire et à manger jusqu’à l’aube. La vénération des officiers pour Kân était un mélange d’admiration et de terreur. Bien qu’Esclave d’origine et savant de formation, Kân était considéré par ses hommes comme un souverain absolu. 

Quelques jours après, Sdach Kân désigna son oncle Kao, frère cadet de sa mère, en qualité du Premier ministre et lui confie un commandement d’une force 15 000 hommes pour assurer la garde de la ville de Phnom-Penh. Il conféra au général Keo un titre de noblesse de Chao Ponhea Kralahome et lui confie un commandement d’une force de 15 000 hommes pour assurer la garde de la citadelle Longvek contre l’attaque de Chao Ponhea Sourkir. Kân lui-même, se plaça à la tête d’une armée de 40 000 hommes et marcha en droite ligne sur la province de Kompong Siem pour combattre contre l’armée de Chao Ponhea Oukteythireach. Avant de lancer des assauts, le Vice-Roi Kân commença à organiser une procession autour des murs de fortification d’ennemis, conduite par des moines qui prièrent et chantèrent. Cette procession chantante des rebelles agaçait Oukteythireach, mais elle ne l’inquiétait pas. Ses consignes étaient strictes : si l’un de ces rebelles faisait le moindre mouvement en direction des murs, il fallait le tuer par arme à feu. Si ensuite les rebelles parvenaient à se rapprocher, il fallait les inonder d’une pluie de flèches. En quelques jours de combat, Kân mit l’armée du roi en déroute. Les plus prudents et les meilleurs soldats parviennent à échapper au désastre et finiront par se regrouper à une bonne distance du champ de bataille pour se réorganiser. La bannière du roi ne flottait plus sur la tour de garde de la citadelle royale. La ville fut envahi, les rues étaient jonchées de cadavres. Ce jour-là, Kân avait fait son entrée dans la ville sur son cheval blanc. Il avait commencé par assurer les habitants que leur vie leurs biens seraient respectés. Il avait demandé au moine supérieur de lui faire visiter les lieux sacrés du bouddhisme. Pendant qu’il se trouvait dans la pagode, l’heure de la prière étant arrivée, Kân avait ordonné immédiatement à ses troupes de garder le silence durant la séance de prière. Dans cette victoire on dit que Sdach Kân sait profiter l’erreur du Roi pour redresser la peur de ses soldats de mourir de parjure au roi comme son père. Un conseiller de Kân dit à ses amis ceci : « Il y a dans l’idée de respect de la coutume une force qui entraîne Kân toujours plus loin, comme la pesanteur entraîne une pierre dans le sens de la pente ».

Ayant appris la défaite de son armée, le roi regrettait maintenant de lancer une attaque contre l’armée des rebelles pendant la période de deuil de la mort du père de Kân. Aurait-il mieux valu de les laisser croire à la nature de la mort de Pichay Nirk de son parjure au roi. Il sentait que son honneur fut bafoué, humilié. Il voulait secouer ses généraux, les provoquer, les scandaliser de leur défaite.

Pour toute réponse à la victoire du Sdach Kân, le Roi ordonna aux généraux de lever une armée capable d’affronter les rebelles. Les officiers recruteurs avaient pour mission d’enrôler des hommes valides de tous les âges dans les différentes provinces suivantes : Steug Tran, Kaukhhan, Sorin, Klânsèg, Rimchous, Chaumskhane, Chongkal, Prakan, Tongthé, Tomnoup, Mongkolborey, Reuseysàg, Teukchau, Battambang, Pursat, Kramoungsâr, Klongkrang, Amarakiribaur, Rolirspirk. Depuis un certain temps, le pays était plongé dans le chaos d’une guerre appelée la guerre civile. L’ordre du roi de lever une armée provoqua la fuite de la population dans la forêt dont le nombre était estimé à un million d’habitants. Dans cette situation, les généraux royalistes peinaient à enrôler 50 000 soldats supplémentaires.  Au total, l’armée du roi avait 100 000 combattants. Selon Kân, cette armée était encadrée par des vieux généraux dépités qui menaient la guerre comme une entreprise privée : grands seigneurs qui plaçaient leur clientèle dans leurs unités et tentaient de concilier objectifs stratégiques et prestige personnel. Or une troupe se comporte toujours à l’instar de son chef et règle son ardeur sur la sienne. Le général corrompt-il que la troupe n’a bientôt plus le cœur de combattre. 

Voulant tirer un profit immédiat de cette situation ; profitant aussi de l’impopularité du roi, Kân décida d’attaquer le quartier général du roi à Asantouk. À la tête de son armée, Kân commença d’accélérer la marche pour arriver à proximité de la citadelle Asantouk. Il fit camper ses troupes et convoqua ses conseillers pour leur dire ceci : « Compte tenu de la supériorité de l’effectif de nos troupes, je suis convaincu que nous pourrions gagner facilement l’armée royale. Mais le parti du combat serait risqué de perdre un grand nombre de vies de nos soldats, car les adversaires étaient encore nombreux et se trouve sur un terrain où toute la puissance de leurs troupes d’élite pourrait déployer. Cette fois-ci, je ne cherche plus des victoires écrasantes au mépris de la vie des soldats du roi, parce que cet acharnement me sera parfois reproché après les batailles. Je cherche seulement à tuer le roi. Jadis, le roi Ponhea Yat avait pu gagner la guerre contre les occupants siamois par cette méthode. Il avait envoyé 10 hommes pour tuer le prince siamois dans son palais à Angkor Thom. Nous pourrons faire la même chose, parce que le roi Sokunbât manque de perspicacité pour éventrer la ruse. Il peut concevoir plusieurs projets, mais il en exécute bien peu. Il n’a guère l’esprit de décision. Enfin, le roi embrouille facilement le vrai et le faux, le bien et le mal, ce qui convient et ce qui ne convient point. Je cherche un volontaire courageux pour servir de complice à l’intérieur du parti ennemi. Sûrement, si nous arrivions à mettre en place un tel stratagème pour assassiner le roi, je vous garantis que l’armée royale s’effondra comme le sel dans l’eau chaude ». À peine de terminer sa phrase, on vit alors quelqu’un au bas bout de la salle, se lever et dire :

- Moi, Je me porte volontaire !

Cet officier, nommé Sorin Keo, était fils du feu général Chao Ponhea Sangkream, tué par Kân à la première heure de la guerre. Celui-ci s’avança quelques pas en avant et poursuivit sa déclaration.

« Je me porte volontaire, parce que je veux me venger de l’injustice du roi. Mon père était fidèle au roi ; il a été tué au champ d’honneur pour servir le roi. Après sa mort, comme vous le savez, ma famille n’a reçu aucune aide de la part du roi. En revanche, quoique vous êtes l’auteur de la mort de mon père, vous avez pris ma famille sous votre protection et l’aviez donnée tout ce dont elle avait besoin. Je ne peux jamais oublier cette charité. Sans votre munificence, je serais à présent un homme sans honneur. Comme je suis le fils d’un ancien Grand dignitaire du roi, ma soumission aurait plus de chance d’être acceptés par le Roi et ses généraux, ami du feu mon père.

 Ayant entendu ces paroles, Kân se montra grandement satisfait. Il reconnut Sorin Keo et se souvenait bien de la flèche qu’il avait tiré sur le père de ce volontaire. Il conférait un titre de noblesse à Sorin Keo et le nomma colonel. Après quoi, il révéla en détail tout son plan à Sorin Keo : « Je te confie un commando d’élite de 200 hommes. Tu es libre de choisir tes hommes. La mission consiste à assassiner le roi dans son campement. Nous allons organiser un simulacre de ta défection avec tes hommes pour rejoindre le parti du roi. La raison de cette défection évoquée est l’injustice : Ta condamnation à mort par la cour martiale de ta négligence dans tes responsabilités d’officier de garde. Le lieu d’exécution se trouvera à la première ligne de défense pour que les ennemis puissent voir ton exécution. Mais au moment que l’on doit te couper la tête, les 200 soldats surgiront pour te libérer et vous allons filer directement dans le camp ennemi, voilà mon plan. Eh bien, mon ami, que penses-tu de ce projet ? ».

Sorin Keo demanda à Kân de choisir un adjoint, un ami fidèle, nommé Chay Chong Rak. Après quoi, il sélectionna avec son adjoint les deux cents soldats d’élite pour une mission de haut risque. Une fois le corps du commando fut formé, il tint une réunion secrète avec ses hommes en leur expliquant en détail le plan et le déroulement de la mission. Il fit subir un entraînement spécifique à ses hommes pendant quelques jours. Le jour fixé, Kân fit une inspection à sa première ligne de défense. Il arriva à un poste de commandement d’une garnison et demanda à un officier de garde de voir le commandant de garnison. Un gradé s’avança et lui dit :

- Mon Commandant est Sorin Keo, il n’est pas ici, Monseigneur ;

- Où est-il ? demanda Kân ;

- Il est en train de se reposer dans sa tente, répondit l’officier ;

Kân fit mine de se mettre en colère et ordonna immédiatement au prévôt de l’armée d’aller chercher le fautif. Quelques minutes plus tard, ce prévôt revint avec Sorin Keo. Ce dernier fut vertement réprimandé par Kân et condamné à mort par la cour martiale pour le relâchement à la discipline militaire. Il reçut trente coups de fouet et fut jeté à la prison. Le lendemain matin, les policiers militaires amenèrent Sorin Keo pour le tuer. Au moment des préparatifs d’exécution du prisonnier, surgirent des soldats qui attaquèrent les policiers pour libérer Sorin Keo. Ensuite ils coururent pour rejoindre le camp d’ennemis qui se trouvait à peine cinq cents mètres seulement du lieu d’exécution. Arrivé devant le poste de garde de l’armée royale, Sorin Keo informa les sentinelles qu’il vient pour demander la soumission au roi. L’officier de garde demanda aux rebelles de jeter les armes et rester où ils étaient. Il envoya ensuite un détachement de soldats pour mettre la cangue au coup de tous les rebelles et ensuite de les amener dans le camp. Il en informa ensuite son supérieur hiérarchique.  Chao Ponhea Oukteythireach vint voir en personne les 202 rebelles. Arrivé sur place, il reconnaît tout de suite Sorin Keo, fils de son ami défunt, général Chao Ponhea Sangkriem, tué par Kân. Là, Sorin Keo dut raconter en détail toute l’affaire au chef des armées du roi. Il terminait sa phrase : « Je tuerai Kân s’il me retombe un jour entre les mains ». Ce dernier prit de pitié pour le fils de son ami défunt et dit : « Je vais informer le Roi de ta soumission avec tes troupes, mais tant que tu n’aies pas la grâce du roi, je ne peux pas vous détacher parce que vous êtes tous sous la loi martiale ». Informé de cette nouvelle, le roi ordonna aux services de renseignements militaires d’interroger chaque prisonnier et vérifier la cohérence de l’ensemble des informations recueillies auprès des 202 soldats. Après vérification des informations données, Chao Ponhea Oukteythireach apporta le rapport d’enquête au roi et lui dit que les 202 rebelles sont vraiment victimes de l’injustice de Kân. Après lu le rapport en détail et entendu des propos de son général, le Roi prit aussi la pitié du fils de son ancien général, tué au champ d’honneur. Il décida d’intégrer le commando de Sorin Keo dans sa garde personnel.

Revenons pendant ce temps à Kân. Ayant appris que le roi était tombé en plein dans le panneau qu’il l’ait tendu, il en éprouva une satisfaction extrême. Il sent la victoire à portée de main. Après quoi, il multiplia des attaques contre le retranchement de Chao Ponhea Oukteythireach, à Asantouk pour camoufler son plan. Ces attaques se prolongèrent plusieurs jours ; cependant Chao Ponhea Oukteythireach réalisa finalement qu’il eut du mal à se maintenir plus longtemps face à une telle attaque, il ordonna ses troupes à se replier auprès du roi à Kampong Svay. Il envisageait en outre de partir avec l’ensemble des forces armées à Pusat pour mettre le roi à l’abri des offensives de Kân. Il en proposait au roi. Quelques jours après, le Roi fit un rêve, dans lequel, il a vu un dragon qui sort de la rivière Sen pour lui mordre et en même temps, il a vu aussi l’âme de son père qui lui dit qu’il fallait qu’il quitte Kampong Svay et lui recommande de ne pas affronter le dragon, parce que celui-ci mourra dès l’apparition du soleil de l’Ouest. Après quoi, il convoqua son astrologue pour interpréter son rêve. Après ses calculs des positions des astres, ce dernier informa le roi qu’il faut que Roi quitte Kompng Svay pour Pursat comme Chao Ponhea Oukteythireach l’avait proposé récemment. Sinon le roi va rencontrer un grand danger. Au même moment, le Roi et ses conseillers entendirent des cris et des vociférations s’élevèrent à l’extérieur de la tente royale. Or, tout à coup, il voit surgir Sorin Keo, sabre à la main, avec plusieurs soldats, il se lève brusquement pour se défendre, mais ce dernier lui frappa violemment avec son sabre. Le Roi tomba et mourut immédiatement. Au même moment, les gardes de corps du roi se précipitent d’un seul mouvement vers l’intérieur de la tente royale pour apporter le secours à leur souverain.  Furent-ils parfaitement surprise en voyant le corps sans vie de ce dernier. Un officier fit-il partir, en toute hâte, chargé d’en avertir Chao Ponhea Oukteythireach. Ce dernier, bouleversé par cette nouvelle, versa quelques larmes. Après un silence de commotion, il envoya immédiatement un renfort pour tuer les traîtres. Il y avait de centaine de morts du côté des troupes de Sorin Keo. Malgré la supériorité du nombre des soldats du roi, Sorin Keo et ses troupes combattirent avec une énergie farouche contre leurs adversaires. S’ouvrant avec le reste de ses hommes un sanglant passage à travers les rangs ennemis, ils s’enfuirent en direction d’Asantouk. Leur mission était couronnée de succès. Les poètes de la Cour de Kân ne trouvaient plus de mots suffisamment élogieux pour célébrer l’exploit de Sorin Keo.

Après cette victoire, Kân convoqua ses dignitaires, ses généraux et leur dit ceci : « La grandeur d’un État est-elle incompatible avec le bonheur de ses sujets ? Ne peut-il y avoir de nation forte que dans l’iniquité, l’écrasement, l’esclavage ? Faut-il souhaiter, pour la vocation historique du Kampuchéa, que des gens comme nous soient les vainqueurs de cette guerre ? ». Mais sa voix se cassa. Il jeta autour de lui un regard perdu, baissa la tête, il ajouta : « Preah Sokunbât était un grand roi. Il n’avait jamais fait du mal à ma vieille mère, à ma sœur et les autres membres de ma famille, durant des années de guerre. Comment pourrais-je oublier sa générosité ? Je vous demande de respecter la période de deuil de sa mort en conformité avec la tradition des rois khmers ». 

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 13:35


Kân quitta la pagode de son maître avec le coeur tremblé de tristesse. Au portail, il aperçut un valet de son père. Ce dernier se rapprocha discrètement de lui et dit :

- Votre père m’a demandé de venir ici pour apporter le secours au cas où vous passiez par là ;

- Très bien, tu retournes à la maison pour m’apporter mon arc et rassembles des hommes de confiance qui voulaient combattre avec moi. Je vous attends dans la forêt Thmârda, dit Kân.

Ce serviteur se précipita pour en informer le père de Kân. Ce dernier autorisait à son valet d’apporter tout ce dont son fils avait besoin. Il y avait cinquante volontaires qui acceptaient de suivre Kân dans sa fuite. Arrivés à Thmârda, les hommes de Kân dirent à leur maître que le jour où Kân veuille entreprendre contre le Roi une action décisive, qu’il sache bien qu’il pourra compter entièrement sur leur concours ».

Kân, pleinement satisfait de cette déclaration de fidélité, répondit par un simple signe de tête pour marquer son remerciement, puis il prit la route avec ses compagnons de vie pour aller à la sous-préfecture de Baphnom. Aussitôt arrivés à ce lieu, Kân et ses partisans entrèrent dans la salle d’audience, remplies des fonctionnaires. Surpris de voir ces intrus, le sous-gouverneur s’écria pour les interroger, mais à peine de terminer sa phrase, Kân se précipita pour lui trancher la tête. Il y avait un brouhaha dans la salle, mais Kân cria : « Silence ! j’ai l’ordre de Sa Majesté le Roi de venir tuer ce sous-gouverneur, parce qu’il avait fomenté avec Preah Chanreachea un coup d’Etat. En plus, j’ai l’ordre aussi de venir ici pour lever une armée pour combattre contre Preah Chanreachea et ses complices. Tous ceux qui m’aident à combattre contre Preah Chanreachea, seront bien récompensés. Mais quiconque soulève des difficultés sera décapité comme le sous-gouverneur, c’est tout ! ».

Tous les fonctionnaires dans la salle croyaient à Kân et aidaient ce dernier à lever une armée. Avec ses fidèles, Kân, était tout ruisselant de majesté, mena des conquêtes avec succès la province de Prey Veng et plusieurs autres provinces de l’Est du Mékong. En quelques mois, Kân devint un chef de guerre redoutable. Il se conféra le titre de Grand Général du Royaume. À la suite de cette victoire, Kân organisa ses différents services administratifs centraux et provinciaux dans les territoires sous son contrôle.

Revenons à la Cour de Basane. Ayant appris la rébellion de Kân, les généraux, Ponhea Yaumrech et Vongsa Angreach en informèrent immédiatement le Roi en lui demandant de donner l’ordre au père de Kân, Pichay Nirk d’écrire une lettre à son fils pour lui demander de renoncer à cette rébellion.

Ayant appris cette nouvelle, le Roi se montra grandement surpris et troublé. Il convoqua Pichay Nirk pour lui ordonner à apprivoiser Kân en état de rage.     

Gisant aux pieds de son Souverain, sous tant de soupirs, Pichey Nirk assura à son maître, dieu, la fidélité de son fils. Il se dépêcha à envoyer un messager pour porter une lettre à son fils. Celui-ci recevait le porteur du pli confidentiel à huis clos. Après avoir lu la lettre, il dit à ce dernier dans les termes suivants : « Tu peux dire à mes parents que mon combat d’aujourd’hui n’est pas contre le roi, mais plutôt de lui demander la réparation de l’injustice dont je suis la victime. S’il accepte aujourd’hui de m’innocenter à des fautes, dont je ne suis pas l’auteur, je n’aurais aucune raison de continuer mon combat. Aujourd’hui j’ai une armée de milliers de soldats. Et tu le savais, pour défaire une armée de cette taille, il en faut beaucoup du temps. Je demande au roi de me laisser un peu temps pour démobiliser mes soldats, après quoi je retournerai au palais pour servir le souverain comme auparavant ». Après le départ du messager, Kân convoqua tous les officiers pour leur dire dans ces termes qui étaient contraires à la volonté de son père : « Le Roi m’a demandé de vous remercier dans vos efforts de combattre contre Preah Chanreachea. Il m’a chargé en plus d’enrôler davantage des soldats pour conquérir le plus vite possible tous les territoires contrôlés par le Vice-Roi ».

Revenons au Roi. N’ayant toujours pas vu le retour de Kân, il demandait à sa Première dame d’envoyer plusieurs fois des messagers pour réitérer ses exigences à Kân. À chaque rencontre avec l’envoyé du roi, Kân savait en tirer profit à son avantage en faisant croire à ses partisans et à la population que le roi avait vraiment besoin de lui pour combattre contre Preah Chanreachea. Il y avait de plus en plus des paysans et des esclaves qui s’engageaient dans l’armée de Kân. Vu la passivité du roi, Kân se dit : « si le roi continue d’agir ainsi, je pourrais bientôt emparer facilement le trône ».

Parlons du Preah Chanreachea, en 1508, âgé de 24 ans, celui-ci se sentait être menacé par la popularité de Kân et convoqua ses conseillers pour leur dire ainsi : « Je n’ai plus à m’étonner de mon frère qui m’a accusé de haute trahison, parce ce que depuis toujours il se méfiait de moi. A ce jour, il n’a même pas envoyé un messager pour me donner ses instructions à combattre contre Akân. Il m’a confié des charges de Vice-Roi, Résident général des provinces de l’Est dans un seul but de m’éloigner des affaires du Royaume. Son silence sur les agissements d’Akân contre moi confirme bien cette accusation. J’en conclue que mon existence gêne sans doute Sa Majesté le Roi. Je décide donc de partir au Siam pour demander la protection du roi de ce pays, plutôt de vivre comme un paria dans mon propre pays.

Preah Chanreachea quitta sa capitale administrative, Krong Chatomouk, la nuit même avec 50 fidèles. Arrivé à la province Pursat, il passait la nuit chez M. Meung, une vieille connaissance. Dans le document du Vat Kampong Tralach Krom, on dit que M. Meung ne s’appelait pas Meung, mais Pich ; le nom Meung était plutôt son nom posthume : Après sa mort, son esprit renaquit en « génie gardien du pays », en langue siamois « Kleig Meung ». Ce nom était adopté plus tard par les Khmers. M. Meung avait un autre surnom « Mé Smeug Phnom Kravagne » (Chef des morts de la montagne de Kravagne).

Vu arrivé le frère du roi, Ta Meung descendit de sa maison pour l’accueillir avec tout honneur et respect. Il invita le Vice-Roi à monter sur sa demeure et dépêcha le personnel de la maison à préparer le repas pour le prince royal et sa suite. Preah Chanreachea raconta son histoire à Ta Meung. Celui-ci l’écouta avec tristesse. Le lendemain matin, Ta Meung offrit au prince 8 éléphants et 10 chevaux. Il ordonna à ses 4 fils d’accompagner son prince au Krong Tep. Preah Chanreachea était très content de ces cadeaux inattendus. Il dit à son bienfaiteur ainsi : « Je vous remercie beaucoup de vos aides. Je n’en oublierai pas pour toute ma vie. Vous êtes un homme bien ». Ayant entendu les paroles royales, Ta Meung se mit à genoux, joignit ses mains en levant au niveau de son front et dit : « Oh ! Mon prince, mes offrandes ne sont rien par rapport à votre rang. Je demande au Bouddha et à tous les dieux existés sur terre de vous protéger partout où vous y aller et je hâte de vous revoir bientôt au pays ». Preah Chanreachea regarda Ta Meung avec l’arme aux yeux et lui répondit : « Le Bouddha vous protège ». Le prince quitta la maison de Ta Meung avec le cœur serré. Ce dernier resta longtemps devant sa demeure pour regarder le cortège royal jusqu’à qu’il se disparaît à l’horizon.

Arrivé au Krong Tep, Praeah Chanreachea demanda une audience au Roi Preah Chao Chakrapât. Celui-ci reçut le prince khmer avec joie. Il accordait illico au prince khmer sa protection et l’élevait au rang du prince siamois. Preah Chanreachea eut droit à une résidence royale qui se trouvait à côté de la pagode Chheung.

Revenons au Kampuchea, ayant appris la fuite de Preah Chanreachea, Kân convoqua ses conseillers pour leur dire :

- Preah Chanreachea était le seul obstacle pour la réussite de notre plan. Il s’enfuit aujourd’hui au Siam, je crois qu’il est temps maintenant d’attaquer la capitale royale.

Tous les conseillers approuvèrent la décision de leur chef. Quelques jours après, Kân ordonna à son armée de marcher sur la capitale Basane.

Le Roi fut informé de cette nouvelle. Il dit à ses conseillers : « Je comprends plus rien, il y a quelques jours, j’ai demandé à sa sœur de la nouvelle de Kân, elle m’a assuré que son frère ne tardait pas à revenir à Basane pour me servir comme auparavant. Aujourd’hui, il pointe avec son armée devant la porte de la cité, quelle insolence celui-là ». Dans une colère de tigre, il ordonna à Chao Ponhea Yomreach, Ministre des armées, de rassembler 5 000 soldats : Un régiment de 3 000 hommes confié au général Chao Ponhea Sangkriem, ce dernier devait partir pour s’opposer à l’armée des rebelles à la porte de la cité. Un autre régiment de 2 000 hommes, placé sous son commandement, pour assurer la protection de la ville. Il demanda au ministre de l’intérieur d’informer son frère, Preah Chanreachea, de cette péripétie. Ce dernier lui répondit que le Vice-Roi s’enfuit déjà au Siam, parce qu’il avait eu peur d’être tué par Kân. Ayant appris cette nouvelle, le Roi se fit des soucis et se dit : « Pourquoi il est parti au Siam sans m’avertir ».

Parlons du , il quitta la ville pour établir son quartier général à quelques kilomètres de celui de Kân. À la tête de 500 soldats d’élite, sur le dos de son éléphant et vint se placer en avant de sa ligne de fantassins, à cent mètres du camp d’ennemi, il appela Kân à sortir de son camp pour la reddition inconditionnelle : « Vil esclave ! traître à ton roi, dans quel but es-tu donc venu jusqu’ici ? ». Ayant entendu l’injure de son adversaire, Kân pensait s’il laisse ce général de révéler son stratagème devant tout le monde, il risque d’être accusé de traître par ses propres soldats. À peine le son des paroles de Chao Ponhea Sangkriem avait-il cessé, Kân sortit immédiatement de son camp avec son arc entre ses doigts, il y encocha une flèche, Il avait visé le coup du général et, résultat, on vit la flèche enclouée à la cible. L’infortuné général tomba de son éléphant et mourut illico. Sous le choc, les officiers se précipitèrent à informer le quartier général de la mort de Chao Ponhea Sangkriem. Ayant appris cette nouvelle, le général ordonna immédiatement ses troupes d’attaquer l’armée de Kân. À peine une heure de combat, les soldats du roi, en nombre inférieur, se battirent en retraite. Ils se hâtèrent de regagner au plus vite leur fortification pour s’échapper à la mort. Chao Ponhea Chakrey envoya un messager à la capitale pour demander des renforts. Le Roi convoqua le Conseil de guerre pour examiner la situation.

Au cours de réunion, le Grand Général, Chao Ponhea Yomreach, adressa au roi pour le rappeler au sens des réalités de la situation militaire en ces termes «  Nous disposons actuellement une armée de 10 000 hommes. Cet effectif était insuffisant pour s’opposer à l’armée des rebelles. Mais cette force nous permette de réorganiser notre retrait stratégique au Krong Chatomouk. D’ailleurs, en manoeuvrant de la sorte, nous épargnons la vie de nos soldats ». Quant à Chao Ponhea Chakrey et moi, nous assurons la protection de ce retrait. Le Roi se rangea donc à cet avis mesuré. À ce moment, Pichay Nirk, le père de Kân demanda la parole : « Je crois pouvoir convaincre mon fils à abandonner sa rébellion. Je demande à Votre Majesté de me confier un commandement de 1 000 soldats pour accomplir cette mission. Mon épouse et tous les membres de ma famille partiront avec Votre Majesté au Krong Chatomouk. Ils sont constitués comme un gage de ma fidélité envers Votre Majesté. Si je trahissais votre confiance, je fais un serment solennel de mourir avec les armes et Votre Majesté pourra donc tuer mon épouse et tous les membres de ma famille ».

Le Roi accepta la proposition de Pichey Neak et demanda aux Brahmanes de préparer une cérémonie de serment de fidélité en conformité avec la tradition. Ensuite, Pichay Nirk partit avec ses hommes à la rencontre de son fils.

Le Roi Sokunbât quitta la capitale avec les membres de sa Cour par bateau pour Krong Chatomouk. Arrivé à son ancienne capitale royale, sans perte de temps, il ordonna au Premier ministre de lever une armée de 25 000 hommes.

Kân laissait partir le Roi. Ensuite, il attaqua le détachement du général Chao Ponhea Chakrey, chargé de protéger la citadelle de Basane. Ce dernier fut tué au cours de cette bataille. Or voilà que, soudain, un cavalier vint rapporter une information à Kân que son père marcha à la tête de 1 000 hommes, et qu’il arrivait pour lui capturer. Ayant appris cela, Kân partit d’un grand éclat de rire et donna immédiatement des consignes strictes à ses troupes de capturer son père vivant, mais de tuer tous les autres. Il n’est pas question de négocier de quoi ce soit avec son père. La troupe de Pichey Neak fut immédiatement attaquée par les soldats de Kân. À peine une demi-heure de lutte, la moitié des soldats de Pichay Nirk furent péris dans le combat. Ce dernier ordonna à ses soldats de se replier dans une pagode où habitait le vénérable Satha, le gourou de Kân. Ce lieu fut encerclé immédiatement par des rebelles. Ayant appris cette nouvelle, le vénérable Satha sortit de la pagode et demanda aux assaillants de parler à un officier. Un homme se montra, se mit à genou devant le vénérable Satha et dit : « J’ai l’ordre de Preah Sdach Kân d’emmener Neak Preah Bayda Pichay Nirk pour mettre à l’abri du danger ». Le vénérable lui répondit : « Tu vas dire à ton Grand Général qu’il veuille venir pour saluer son père et après quoi, il pourra discuter avec lui des affaires du pays ». Ayant entendu les propos du Vénérable Satha, Pichay Nirk dit : « Ce que vous venez de dire, c’est comme vous venez de condamner à mort mon épouse et les membres de ma famille ». Le Vénérable lui répondit : « Vous ne vous inquiétiez pas, le Roi n’oserait pas tuer les membres de votre famille, parce qu’il veuille les garder comme otage ».

À la demande de son maître, Kân se précipita de venir voir son père. Assied au milieu du père et fils, le Vénérable Satha s’expliquait aux antagonistes de leurs intérêts dans leur union. Après une longue discussion, Pichay Neak laissa convaincre par Satha et accepta d’aider son fils dans son combat. Après quoi, le Vénérable Satha organisait une cérémonie rituelle, dit « bain sacré » pour le père et fils. À cette occasion, il demanda à ces derniers de ranger des armes les uns sur les autres jusqu’à la hauteur de leur tête, ensuite, de se mettre à genou devant ce dépôt d’armes, il cita des formules magiques en versant de l’eau sur leur tête et leur corps. À la fin de cette cérémonie, il ordonna aux soldats de reprendre ces armes et avec lesquelles, il fit construire une rue devant la pagode. (Dans certains documents, on dit que le Vénérable Satha demanda aux soldats de construire une rue et ensuite d’enterrer ces armes sous cette rue). Après cet événement, la population donnait un nouveau à la pagode Sdey, pagode la rue (Vat pleuv).

Après sa victoire à Basane, Kân choisit de lancer la conquête de la province de Phnom-Penh avec 50 000 hommes. Deux colonnes de son armée munies des canons et des armes à feu arrivèrent par Est et par Sud, assiégèrent en pleine nuit la place forte de Phnom-Penh. Cette ville était défendu par une armée d’environ 30 000 hommes. Les premiers assauts lancés par des rebelles mettaient l’armée royale dans une situation défavorable. Les généraux du roi peinaient à maintenir la cohésion de l’armée, elle aussi menacée par la désertion et la défection des soldats. Les esclaves enroulés sous la bannière royale désertaient en grand nombre pour rejoindre leurs camarades engagés dans les rangs de Kân. Face au désastre, le Roi ordonna à ses généraux d’abandonner la citadelle et partir pour s’établir son quartier général à Longvek. Quant aux familles des soldats, il décida de les mettre à l’abri à Samraug Sen (Aujourd'hui Samraug Sen est une commune dans le district de Kampong Leig, province de Kampong Chnaing). Pour faire face à l’armée de Kân en grand nombre, 120 000 hommes, le Roi ordonna à ses généraux d’enrôler des soldats dans les différentes provinces du Nord.

Après la prise de la citadelle de Phnom-Penh, Kân devint populaire. Cette victoire était vue par la population et ses partisans comme un signe d’élection qui marquait le consentement divin à l’avènement de leur Grand Général. Celui-ci était considéré comme homme qui avait reçu un mandat céleste, « Neak Mean Bonn » qui puisse se mesurer au roi. En revanche, cette victoire était vécue comme une insulte à l’ensemble de l’aristocratie. Pour assurer son triomphe militaire, Kân se montrait capable d’organiser l’appareil administratif de l’État pour contrôler les territoires conquis. Il nomma des nouveaux gouverneurs dans les différentes provinces : Bati, Prey Krabach, Trang, Bantey Meas, Kampot, Kampong Som, Bassac, Preah Trapeing, Euv Maur, Kramoung Sar, Teuk Kmao, Prey Nokor, Bareang, Donay, Long Haug, Psar Dek. La fuite du roi de Phnom-Penh permit à Kân d’établir d’un véritable gouvernement insurrectionnel, résolu à conquérir l’ensemble du territoire du pays. Il envoya un corps d’armée de 40 000 hommes pour s’opposer à l’armée royale à Longvek, laissa un autre corps d’armée de 50 000 hommes pour assurer la garde de la ville de Phnom-Penh, dépêcha un corps d’armée de 30 000 hommes à Kompong Siem, pour surveiller et hâter la progression générale, et servir de renfort éventuel de la compagne de Longvek. Quant à lui, il se mettrait à la tête de 40 000 hommes pour retourner à Srey Santhor (Basane).

Ayant appris l’arrivée de l’armée de Kân à Kompong Siem, le gouverneur de cette province et celle de Steuk Treng, fidèles au roi, se hâtèrent d’en informer par lettre leur Souverain en le priant de l’aider à renforcer leurs défenses. Aussi, le roi, d’après ces premiers renseignements, convoqua à la hâte le groupe de ses conseillers, afin de délibérer sur les mesures à prendre. S’adressant à ses généraux, il avait lancé : « Nous sommes attaqués partout. L’absence de mon frère, Preah Chanreachea, me met dans une situation critique. Je ne peux pas non plus compter sur le dauphin, âgé de 4 ans. Il ne me reste que de compter sur vos soutiens et je connais vos qualités et vous les miennes, me semble impossible que nous soyons vaincus, parce que nous combattons dans le sens de la légitimité et du droit et Akân fait figure de rebelle et traître ». Le Roi n’entendait pas décourager par la victoire de son beau-frère, Il avait mis ses troupes en ordre de bataille, et lancé la contre-offensive : Ponhea Kralahaum marcha à la tête 10 000 hommes pour s’opposer à l’offensive de Kân dans les provinces de l’Ouest. Et le reste de ses troupes de 25 000 hommes assurait la garde de la citadelle de Longvek.

Revenons à l’armée de Kân. À quelques jours de marche, les 40 000 hommes se présentèrent à la porte de la citadelle de Longvek. Cette place forte était construit sur un vaste terrain et dégagé dont la superficie était grande comme une ville. Le dispositif de défense était bien étudié. Au total, le Roi disposait 25 000 hommes pour défense la citadelle. D’après le calcul du général des rebelles, l’inférieur numérique de l’armée royale n’était pas un élément à tirer parti à son avantage. Il pense que pour prendre la ville dans un court délai, il faut attaquer cette cité en masse et en une seule fois pour impressionner les assiégés.  Dans ce but, il expédia par courrier rapide un message écrit à Kân pour demander un renfort de 10 000 hommes supplémentaires. Ce dernier laissa convaincre par son général et envoya immédiatement un renfort à Longvek. Avec l’effectif deux fois supérieur que celui de son adversaire, le général des rebelles lança des attaques foudroyantes contre le camp des royalistes. L’affrontement prenait alors l’allure d’un défi chevaleresque relevé de part et d’autre. Après 4 jours de résistance, le roi se battit en retrait pour s’établir son quartier général à Arama Kirin Bâribor (District Bâribor d’aujourd’hui). Et aussitôt, il ordonna à un officier à la tête de centaine de combattants d’emmener des familles des soldats et la sienne pour les conduire à Samraug Sen dans un lieu tranquille. L’armée de Kân poursuivit le retrait du roi.

Ayant appris le départ du roi de Longvek, Général Kralahaum rebroussa chemin pour venir attaquer par arrière les lignes des rebelles. Cette apparition de Kralahaum revêt cependant une signification plus immédiate : l’espoir d’un secours inattendus offertes à ceux qui ont choisi la voie de l’honneur en défendant jusqu’à la mort la citadelle de Longvek. Après avoir défait les lignes des rebelles, Kralahaum avait choisi contourner l’arrière du dispositif ennemi. Il prend à revers le quartier général des rebelles, dont tous les membres d’État Major massacrés n’assurent plus la coordination des opérations. La confusion règne dans les rangs des rebelles. C’est alors que les royalistes, chargé de défense la citadelle, entrent en scène et entament un mouvement contre les positions des rebelles. Ils attaquent et accablent les adversaires. Les bataillons d’avant-garde de ces derniers sont ébranlés et cèdent à la panique par cette attaque effrénée. Les bataillons du centre des rebelles ne permettent plus aussi de soutenir le choc ennemi venant de l’arrière. Surpris, les rebelles n’offrent guère de résistance. Assaillant par l’armée du roi de tous les côtés, ils s’affolent et prennent la fuite, mais ils sont chargés par les chasseurs de Kralahaum. Ils sont tués par milliers. Le triomphe était complet. Mais sa portée allait bien au-delà de la valeur militaire immédiate. Les rebelles, réputés invincibles, étaient battus. Et de quelle manière ! Profiter de cet avantage inattendu, le Roi opéra l’organisation de ses forces armées de la façon suivante : Il confie une armée de 10 000 homme à Ponhea Sourkirlauk, gouverneur de la province Pursat, pour assurer la garde de la province Rolirpir. Il ordonna au général Okgna Yaumreach de marcher à la tête de 5 000 hommes pour libérer quelques provinces de l’Ouest. Quant à lui, le roi, il partit avec sa grande armée pour s’établir dans la province d’.

À la tête de ses hommes, Okgna Yaumreach libérait l’une après l’autre des provinces suivantes : Baray, Chheuk Prey, Kampong Siem, Steuk Trang. Après cet exploit, Okgna Yaumreach partit à Asantouk pour en informer son Souverain. Celui-ci était très content de cette victoire, longtemps attendue.

Ayant appris la défaite de son armée, Kân laissa la garde de Basane à son père. Il partit avec son armée pour s’établir à Kompong Siem afin de préparer les offensives contre l’armée du roi pour récupérer les provinces conquises par ce dernier. Vu les effectifs de l’armée du Sdach Kân, les gouverneurs du roi décidèrent de se retirer sans se livrer aucune bataille pour épargner la vie de leurs soldats.

Retournons à Basane. Kân se proclama Vice-Roi. Il fit confectionner un drapeau de couleur rouge, sur lequel on brodait une image d’or de dragon de huit têtes. Ce dragon était emblème de son armée qui eut un succès prodigieux au sein de l’armée et de la population. Désormais, Kân ne fit plus l’usage que de parasol du roi. C’est ainsi que la population l’appelait Sdach Kân (le Roi Kân). La Cour de Kân à Basane, surpassa celle du Roi par sa magnificence et par les plaisirs de l’esprit qui, se mêlant à la splendeur de ces divertissements, y ajoutait un goût et des grâces dont aucune Cour n’avait pas encore été embellie. Le vainqueur savait que son couronnement de Vice-Roi ne valait rien sans une participation de la population.  À cette occasion, Kân se piqua de donner des fêtes qui durèrent sept jours. Il fit construire des théâtres partout dans la ville pour amuser son peuple. Il fit des dons aux pauvres familles à la porte de son palais. Il avait accordé une réduction d’impôts au peuple. Ce qui lui donna dans ses inventions le plus éclat, ce fut une libéralité qui n’avait point d’exemple. Il régla dans un conseil extraordinaire les affaires d’affranchissement des esclaves, les rangs et les fonctions, créa des charges nouvelles auprès de sa personne, comme celle de grand maître de savoir, c’est-à-dire le savant. Tout cela donnait à la Cour de Kân un air de grandeur.

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 09:02

Le Règne de Preah Sokunbât (1504-1512) : L’obsession de trahison.

En 1504, Preah Sokunbât fut couronné roi du Kampuchéa à l’âge de 26 ans. Il organisa les funérailles de son père en conformité avec la tradition du roi khmer. Quelque temps après, il amena les cendres du souverain défunt pour les déposer dans un stupa au sommet de la montagne de Santouk. Après 4 ans de règne paisible, il songea à transférer la capitale royale à Basane, ancienne capitale de son grand-père, Preah Ponhea Yat. Les raisons étaient stratégiques militaires. Basane était une ville plus facile à défendre que celle du Krong Chatomouk, parce qu’elle était protégée par des obstacles naturels : À l’est par des marais, au sud-est par un fleuve et au sud par des forêts.  Il convoqua les membres de la Cour pour leur en suggérer. Ces derniers approuvèrent cette décision royale à l’unanimité. Les ministres se chargèrent d’aménager la nouvelle capitale en attendant le jour faste du transfert. Mais le temps qui pressait ne permit pas qu’on achevât le nouveau palais. Cela obligea le Roi d’habiter provisoirement dans l’ancienne résidence royale désinfectée. Le Roi était fort heureux à Basane, il partageait son temps entre les affaires qui étaient de son devoir, et les plaisirs qui étaient de son âge. Ses hobbies étaient la pêche à l’épervier. Il organisait avec sa Cour cette partie de pêche plusieurs fois par mois. Ce ne fut qu’un enchaînement de fêtes, de plaisirs depuis qu’il était à Basane. 

Pendant le règne de Thomma Reachea, il y avait un haut fonctionnaire à Basane, nommé Pichay Nirk. Celui-ci avait épousé une fille d’un esclave du clergé, nommé Bane. De cette union naquit deux enfants, une fille, nommée Sar (blanche), parce qu’elle avait la peau blanche et un garçon, nommé Kân. Celui-ci vint au monde dans une condition extraordinaire : sa mère fut une fausse couche au moment où elle avait fait ses besoins au bord de la rivière. Le nourrisson fut tombé dans l’eau et il fut avalé immédiatement par un grand poisson Paur (nom du poisson). Peu de temps après, ce poisson était attrapé par un pêcheur. À la veille de la fausse couche de l’épouse de Pichey Nirk, il y avait un moine supérieur, nommé Satha, chef de la pagode, qui avait fait un rêve : il vit un Tévada (saint) qui vint lui demander de sauver un homme qui a reçu un mandat céleste  « Neak Mean Bonn ». Le lendemain matin, le vénérable Satha partit en pirogue avec un esclave à la recherche de cet homme. En cours de route, le moine s’aperçut une pirogue du pêcheur. Tout d’un coup, il eut l’intuition que l’homme recherché se trouvait près de lui, il demanda à son esclave d’approcher de la pirogue du pêcheur, dans laquelle, il vit un grand poisson dont le ventre était gonflé inhabituel. Il fixa longuement son regard sur ce poisson. Voyant que le moine avait les yeux rivés sur sa prise exceptionnelle et en guise du respect à la religion, le pêcheur offrit ce poisson au dernier. Le moine fut alors trop heureux et remercia le donateur. Il l’emmena vers la pagode. Arrivé à sa maison, le moine dit à son esclave qu’il y ait quelque chose exceptionnelle dans le ventre de ce poisson. Ayant entendu les paroles de son maître, ce dernier décida éventrer le poisson devant la foule qui vinrent le voir. Une fois le ventre était ouvert, tout le monde entendit du pleur d’un nourrisson. Le moine Satha demanda qu’on sortit ce nourrisson de l’estomac du poisson. Cette nouvelle se répandit dans toutes les contrées de la province de Basane. Pour nourrir ce nourrisson miraculeux, le moine l’avait confié à un couple d’esclave de sa pagode. Le mari s’appelait A Bane. Jadis quand un homme qui n’était ni instruit, ni occupé un poste de fonctionnaire, on rajoutait le préfix « A » devant son nom. Quant à la femme non instruite, on rajoutait le préfix Mé. Le moine appela le nourrisson A Kao. Le haut fonctionnaire Pichay Nirk et son épouse avaient entendu parler de ce miracle. Ils se persuadèrent que ce nourrisson soit son enfant. Après quoi, ils décidèrent de venir voir le moine Satha pour lui demander de récupérer cet enfant. Pichay Nirk avait raconté l’histoire de la fausse couche de son épouse au moine. Ce dernier n’hésita pas à donner l’enfant à ses parents. Il recommanda aux derniers de bien prendre soin à cet enfant, parce qu’il n’est pas un enfant ordinaire. Il serait puissant et téméraire et il triompherait plus tard de tout le monde, excepté du Bodhisattva. Pichay Nirk et son épouse remercièrent le vénérable. Ils changèrent le nom de leur enfant A Kao en Kân. Comme le vénérable Satha avait prédit, l’enfant devint en grandissant un garçon très instruit, très doué, très beau, robuste et connu de grands succès auprès des filles. Kân s’occupa à lire des livres d’histoire et de doctrines du Bouddha. Ses parents avaient demandé au vénérable Satha d’être le précepteur de leur fils.      

Parlons du Roi Sokunbât. Un jour le Roi décida d’aller à la pagode pour faire des offrandes au Bouddha. Au moment où il devait entrer dans le temple, il s’aperçut sur la terrasse une fille d’une grande beauté. Le Roi restait un bon moment pour admirer la beauté de cette fille. Les membres de la suite royale s’en aperçurent, ils convoquèrent immédiatement Pichay Nirk, le père pour lui persuader d’offrir sa fille au roi. Ce dernier s’en acquiesça. Le Roi était très content de ce geste. Il désigna la belle, sa première dame. Elle reçut un nom de noblesse, Neak Preah Moneang Késar Bopha et ses parents en bénéficièrent aussi : Neak Preah Bayda Pichay Nirk, pour le père et Neak Preah Mirda Mébane, pour la mère.

Pour l’amour de sa nouvelle épouse si jeune et si belle, le Roi n’hésita pas à changer le nom de la ville Basane en Srey Sar Chhôr (la fille blanche debout). Plus tard ce nom se déforme en Srey Santhor.    

En 1507, le Roi procéda à une réorganisation administrative du royaume. Il divisa le pays en deux régions administratives : L’Est et l’Ouest avec le fleuve du Mékong comme frontière. Aussitôt il en arrêta les détails d’exécution, il nomma son frère puîné, , vice-roi et donna au dernier l'administration des provinces orientales dont le siège du gouvernement régional se trouvait au Krong Chatomouk. Après avoir prêté serment de fidélité et de respect à son frère, le vice-roi quitta la capitale avec les membres de sa maison royale pour rejoindre son poste.

Quelque temps après, le Roi fit sculpter sa statue en pierre, laquelle fut exposée au milieu de la citadelle royale afin que la population vint la rendre hommage. Plus tard, cet endroit était réputé pour sacré parce que les gens disaient que l'esprit du roi exauça leurs vœux prononcés. Ce lieu est appelé aujourd’hui Neak Ta Sokunbât (le génie Sokunbât).    

Cette même année, pour faire plaisir à sa première dame, le Roi voulut d’affranchir les membres de la famille maternelle de cette dernière. Il convoqua tous les membres de la Cour pour leur faire part de son intention. Ces derniers rappelèrent immédiatement au roi que ce désir était contraire au serment du roi défunt, son père, qui avait juré devant la statue du Bouddha que cette famille devait servir comme esclave du clergé jusqu’à la fin de la religion bouddhique (5000 ans) et la loi coutumière ne donnait aucune possibilité de libérer cette famille avant cette période. Le Roi se laissa convaincre.

Quelque temps après, la première dame fut gravement malade. Le Roi organisa des séances de prières pendant sept jours, aux cours desquelles il prononça un vœu : Si la première dame était guérie, il construira un temple pour la religion et tous les jours saints, la première dame viendra pour faire la propreté de ce lieu. À la fin des prières, la première dame fut guérie. Respectant à son engagement, le Roi fit construire un temple dans l’enceinte d’une pagode qui se situait non loin du palais royal. Pour que sa première dame se rendit au temple pendant les jours saints sans être vue par la population, le Roi fit construire des palissades de bambou, couvertes de tissus blancs pour cacher le chemin. Pour cette raison, on appelait cette pagode, Vat Mèr (pagode Mère) ou bien Vat Prey Baing (pagode cachée par la forêt). Quelque temps plus tard, la première dame accoucha d'un enfant, nommé Ponhea Yous. Le Roi le désigna prince héritier.

Parlons de Kân. À l’âge de 16 ans, ce garçon fut nommé membre du secrétariat du roi. Il fit remarqué de ses compétences et ses savoirs. Il pouvait même assumer des tâches des grands dignitaires avec efficacité. Mais, compte tenu de sa souche de famille d’esclave, le Roi ne pouvait pas promouvoir Kân au rang de dignitaire du royaume. Néanmoins, il lui nomma au poste du chef de son cabinet personnel avec le titre de noblesse Khoun Lahoung Sdach. Ce poste donnait droit à Kân d’avoir quatre adjoints. Ses charges consistaient à faire respecter les lois du Bouddhisme et de punir ceux qu'ils les transgressaient. Au palais, Kân régnait en maître, insensible aux corrupteurs. Aux yeux des grands dignitaires du palais, Kân « dénué d’humanisme » était un ambitieux et un orgueilleux. À la Cour, Kân n’avait pas beaucoup d’amis, mais dans la capitale royale et dans son village natale, il fut connu comme un grand savant. Tout le monde dit qu’il avait l’air de maître dont il parla imposa plus d’autorité de son rang que le roi avait jusque-là peu honoré.

Un beau jour, le Roi demanda à Kân de tirer un arc avec les cinq flèches à la fois, parce qu’il avait entendu parler que son beau frère fût très fort dans cet art. Sur ordre de son souverain, Kân prit entre ses doigts son arc, il y encocha cinq flèches, puis, se retourna vers le Roi et tout son Etat-Major, leur dit : « Regardez-mois viser le tronc du manguier qui se trouve à peu près cent mètres d’ici ! ». À peine le son des paroles avait-il cessé qu’on entendit vibrer la corde de l’arc. Il avait visé le milieu du tronc du manguier et, résultat, on vit les cinq flèches enclouées solidement sur la cible. Le Roi et ses ministres qui avaient assisté à cet exploit ne purent retenir un cri d’admiration. Le Roi demanda à Kân : Qui est ton maître ? Le vénérable Satha, Votre Majesté, répondit Kân. Après quoi, le Roi nomma le Maître de Kân chef des bonzes du Royaume. Ce dernier avait reçu le nom de noblesse Samdech Preah Sokunthear Thipday.        

En 1508, pendant la cérémonie de la fête du nouvel an, le Roi se retira dans sa chambre pour se reposer. Cette nuit-là, il rêva qu'il y a eu un grand dragon qui vint chasser tout le monde du palais, ensuite il le brûla et avant de quitter les lieux, il porta à sa bouche le parasol royal et s’envola vers l’Est de la capitale.

Le lendemain matin, le Roi se rendit à la salle du trône pour recevoir tous les grands dignitaires du royaume, qui étaient venus pour lui présenter leurs vœux. De son trône, le Roi le regarda vers la direction où se trouvait Kân, il s’aperçut soudain que le corps de ce dernier était entouré d’un dragon à deux têtes qui lui fixait son regard en menaçant de lui mordre. Ce dragon ressemblait exactement à celui qu'il l’a vu dans son rêve. Il demanda à son frère Preah Chanreachea et tous les autres dignitaires dans la salle, est-ce qu’ils ont vu le dragon comme lui. On lui répondit que personne ne l’a vu. Après ce mirage, le Roi poursuivit son audience. Quelque mois avant ce nouvel an, il arriva dans le royaume des évènements étranges :

- Dans la province de Battambang, l'eau de la grotte de la montagne Bapoun devint rouge comme le sang ;

- À la pagode de Vihear Sour, la statuette du Bouddha pleura du sang et la branche d'arbre sacré (paur) fut caché et l’on vit couler du sang ;

- La lame de l'épée sacré fut rouillée ;

- Il y eut de cendre dans l'étui du couteau royal.

Le Roi fut en informé pendant son audience annuelle ; il se montra grandement surpris et troublé par cette nouvelle. Après le retour de son frère au Krong Chatamouk, le Roi convoqua le grand astrologue du palais et ses conseillers pour leur demander d'interpréter son rêve :

- Il y a un lien entre votre rêve et la lame de l’épée royale rouillée, dit le Grand astrologue. Cela veut dire qu'ils y aient bientôt des troubles politiques dans le pays ;

- Qui puisse-t-il provoquer ces troubles ? demanda le Roi ;

- Un ennemi, répondit l’astrologue. Et cet ennemi serait Kân, parce qu’il est né de l’année du dragon. C’est pourquoi, Votre Majesté a vu un dragon dans votre rêve. Selon les règles astrologiques, un dragon se manifeste dans le rêve au début de l’année serait un dragon puissant et méchant. Que Votre Majesté doive faire attention à votre beau-frère. Celui-ci cultivait en secret l’ambition de monter sur le trône.

- En vérité, je pense comme vous depuis quelque temps déjà, dit le Roi.

L’obsession de trahison de Kân devenait un sujet de causerie à la cour. Après entendu ce présage, le Roi voulut tout de suite mettre à mort Kân, sinon il ne pourra plus passer une seule nuit tranquille sur son oreiller. Comment faut-il le faire ? : En tant que Roi, je ne pourrais tout de même pas tuer un homme innocent. En outre, tuer un homme tel que Kân qui possède actuellement une réputation de savant, c’est nuire en ma personne à toute la catégorie des grands rois de bien.  Au-delà de sa réputation, Kân est le frère cadet de ma première dame et l’oncle du prince héritier, mon fils. Le mieux serait donc d’agir par ruse. Sa mort devrait être vue par tout le monde comme un accident.

Soudain, une idée vint à son esprit : Il faut que Kân meure de noyade, parce que ce dernier aime bien nager. Une partie de pêche serait une bonne affaire pour camoufler l'assassinat de Kân. Le stratagème consiste à demander Kân de plonger dans l'eau pour détacher l’épervier coincé au fond du marais. Une fois, il serait dans l'eau, il faut faire en sorte qu’il ne remonte plus. Le Roi se montra très satisfait de son plan. Il donna une chiquenaude et révéla son stratagème à ses conseillers. Ces derniers l’approuvèrent immédiatement. La première dame était au courant de ce conciliabule. Elle en déduisit que la discussion était grave. Elle décida de se cacher dans une chambre jouxtée du cabinet privé du roi pour écouter la conversation. Elle retint sa respiration et se glissa sous une table couverte de natte. De là, elle entendit presque tous les propos du roi sur son frère.

Le jour même, le Roi ordonna au chef des services d’information d'avertir tous les fonctionnaires du palais qu'ils sont invités demain matin une partie de pêche habituelle et que chacun viendra avec son propre épervier.

Le lendemain matin, le Roi monta à bord de son bateau amiral pour aller pêcher, suivi de toute sa Cour. Le bruit de la musique et des tambours emplissait le ciel quand on accompagna le cortège royal à son départ de la capitale jusqu’au lieu de pêche. Arrivé à un endroit idéal, le Roi ordonna à tout le monde de préparer à déjeuner dans une forêt inondée. L'ambiance était de fête. Tout le monde était gai, sauf la première dame. Elle cherchait tous les moyens pour informer son frère de la situation pressante dans laquelle il se trouve. Pendant que les membres de sa suite se préoccupèrent à préparer le déjeuner, Késar Bopha fit un paquet de repas avec la feuille de bananier dans lequel elle cacha une lettre et fit aussitôt porter à son frère par sa servante fidèle. Quand Kân avait reçu le paquet, il se disait qu'il n'est pas dans l'habitude de sa soeur de lui apporter le repas dans un paquet de feuille de bananier, elle le faisait toujours dans un plateau. Il y ait donc quelque chose de secret dans ce paquet. Il l'ouvrit discrètement et aperçut une lettre dans laquelle sa sœur lui informe dans le terme suivant : le roi veut te tuer aujourd'hui. Quand Kân eut achevé de lire, il eut peur et il se dit : Je n'ai jamais fait de mal à personne et je n'ai aucune intention de trahir le roi, pourquoi, il avait intention de me tuer.

Après midi, quand il faisait moins chaud, la partie de pêche commença. Chacun chercha un endroit pour lancer son épervier pour attraper les poissons. Le Roi participa à cette pêche. Quelque instance plus tard, le Roi fut informé qu'il y eut un endroit où il y avait beaucoup de poissons. Ayant appris ceci, le Roi ordonna aux rameurs de sa pirogue d'y aller avec les membres de sa suite. Arrivé à cet endroit, il lança immédiatement son épervier dans l'eau et ensuite il feignit de ne pas pouvoir le tirer hors de l’eau. Le Roi dit à Kân que le filet de son épervier est coincé et lui demanda de plonger dans l’eau pour le détacher. Ce dernier exécuta l'ordre royal avec toutes les précautions pour éviter le piège mortel du roi.  Une fois dans l'eau, Kân chercha plutôt à se sauver que d’aller détacher le filet. Cette décision lui permit de s'échapper aux centaines d’éperviers lancés sur lui. Heureusement, Kân était un bon nageur. En outre, les complices du roi avaient mal choisi l'endroit où l'eau était profonde et il y avait beaucoup de plantes aquatiques qui empêchent les éperviers d'atteindre le fond de l'eau. Cela permit à Kân de nager sous les filets pour s'échapper au piège mortel du Roi. À une bonne distance du cercle de pirogues, Kân avait besoin de remonter de l'eau pour respirer. Le sort n’a pas voulu qu’il mourût, car au moment où sa tête sortit de l'eau, il y avait des centaines de canards sauvages qui descendaient dans l'eau. Cela empêchait le roi et sa suite de voir Kân. Cette chance permit à Kân de nager jusqu’à la berge. Telle est la façon dont Kân parvint à s’échapper. Le Roi et sa suite cherchèrent par tous les moyens le corps de Kân, mais ce fut en vain. Le Roi dit à ses conseillers : Nous avons sans doute sous-estimé sa capacité. Désormais, il faut que nous attendions sa vengeance. La cupidité et l’avidité de son cœur sont maintenant sans limite ». Le Roi se sentait grandement inquiet pour l’avenir du Royaume.  

Mais, les deux généraux, Ponhea Yomreach et Ponhea Vongsa Angreach s’empressèrent d’en tranquilliser le Roi. Ils ordonnèrent aux soldats de fouiller dans les environs du marais pour trouver Kân, vivant ou mort, mais ce fut en vain.

On appelait l'endroit où Kân s'échappa du piège mortel du roi, Bang Tea (le marais de canard). Plus tard ce nom se transformait en Bang Tortea, ensuite en Bang Tortaug. On dit dans des mémoires de ce temps-là que Kân était sauvé par le dragon et les canards sauvages.

Affligé d’autant plus qu’il était innocent, Kân se résigna à son sort. Il sortit du marais, s’engagea dans les forêts et ne trouva comme consolation qu’en pleurant sur un destin qu'il eut cru plus juste. Mai une voix l’appelait à présent : « Halte ! Khoun Lahoung Sdach, cessez de fuir, j’ai l’ordre du Roi de vous arrêter ». Kân tressaillit à ce nom, retourna la tête pour dévisager l’arrivant et s’aperçut qu’il n’avait affaire qu’à un soldat qui se trouvait à une bonne distance de lui, sans laisser le temps au dernier de terminer sa phrase, Kân se mit à courir pour se cacher dans la forêt. Ensuite, il se trayait un chemin sous un tunnel de branches et de tronc d’arbres. Un silence étonnant régnait dans la jungle éclairée par la lumière de la lune. Il s’arrêta et voulut retrouver son calme. Et soudain, il entendit une voix tout près de lui : Il est là-bas, attraper le. Ayant entendu cette voix, il était parti en hâte, puis s’était tout bonnement percuté une branche d’arbre et tombé sur les fesses. Deux soldats surgirent devant lui. Le premier tira son sabre de sa ceinture et pointé vers Kân, mais curieusement, alors que le monde aurait dû se figer comme une photo, il discernait le dragon sur la tête de Kân et sa gorge libéra un cri effroyable : Dragon ! dragon à deux têtes ! Une peur animale l’envahissait, il lâcha son sabre de sa main et s’enfuit. Kân fit un bond pour ramasser le sabre du fuyard puis une pirouette et atterrit à un pas de l’autre soldat, le sabre au poing, il l’embrocha. Ensuite, il parvint la nuit même à se rendre jusqu’à la pagode du vénérable Satha. Il attendit l’aurore pour se glisser discrètement à l'intérieur de la maison de son maître. Ce dernier fut très content de la visite de son disciple. Kân lui avait raconté tous ses malheurs. Ayant entendu les paroles de son disciple, le vénérable Satha lui répondit : « Tu ne peux pas rester ici mon enfant, tu vas vers l’est. Là-bas, tu trouveras ton puissant protecteur divin et après 3 ans, tu deviendras un homme respectable ». Kân quitta son maître sur le champ. Il marcha droit vers l’est, traversa forêts et rivières, le visage tordu par la haine. Il laissa derrière lui ses parents et sa soeur. Il nourrissait quand même un certain espoir. Il pensait que si la prédiction de son maître se réalise, il rencontra certainement des gens de bien. Et avec eux, il parviendrait peut-être à vivre sans peur être anéantis par l'injustice du roi, égarée après des intrigues de la Cour.      

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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 10:12

En 1478, à l'âge de 26 ans, en pleine guerre civile, Thomma Reachea fut sacré roi par ses partisans. Il éleva sa première dame au rang de reine. En 1479, la reine accoucha d'un garçon appelé Ponhea Damkath Reachea.

Cette année, il y eut un tremblement de terre. La secousse durait pendant cinq heures. C’était un phénomène exceptionnel pour le pays.

La victoire de Thomma Reachea en 1485, avec l’aide des Siamois, sur son frère Srey Reachea et son neveu, Srey Soryautey, semblait avoir été l’œuvre du roi siamois. Mais cette victoire avait le parfum du triomphe pour le roi khmer. Aux yeux de ses partisans, il était pleinement stratège, pleinement monarque.

En 1486, son fils aîné, Preah Srey Sokunbât, avait terminé ses études de toutes les branches du savoir du Bouddha. Pour fêter cet évènement exceptionnel, le Roi invita les membres de la famille royale, les hauts dignitaires de la Cour et tous les fonctionnaires de tous les statuts de la capitale à assister à une cérémonie religieuse : Prière, quête aux bols à aumônes, offrande de repas aux moines, transmission de mérite aux défunts, sermon, aspersion des statues de Bouddha, etc.

En 1491, le Roi fit une demande auprès du roi d’Ayuthia pour ramener au pays les cendres des rois défunts, Srey Reachea et Srey Soryautey, pour les mettre dans les stupas royaux. Pour marquer son respect envers leur âme, le Roi décida d’être ordonné moine pendant trois jours.

En 1496, après 19 ans de règne, la première dame du roi, nommée Tep Bopha, a mis au monde, au même moment de l’éclipse, un enfant royal. Les brahmanes et les astrologues du palais suggèrent au roi de donner le nom à ce prince, Ponhea Chanreachea (Prince de la lune royale). Le Roi confia à la dame Va, épouse de Chao Ponhea Yaumreach, d’élever cet enfant. (Il est fort probable que la première dame était morte après l’accouchement).

Pendant son règne, Thomma Reachea fit construire 84 000 stupas. Un jour, le Roi proposa aux membres de sa Cour de prélever une partie de la relique du Bouddha au Vat Phnom pour mettre dans un stupa au sommet du Phnom Santuk, situé dans la commune de Kva, province de Kompong Thom actuel. Son éminence le chef religieux, tous les princes et les hauts dignitaires approuvèrent cette proposition. Après quoi, le Roi ordonna au ministre des travaux publics de mettre sur le pied de campagne des équipes de travaux de centaine         hommes corvéables afin de partir construire : une pagode, un grand stupa, une grande statue du Bouddha, plusieurs petits stupas, des statuettes d’hommes, d’oiseaux mystiques, d’animaux et des statuettes de tous les disciples du Bouddha en or. Le Roi quitta la capitale avec les membres de sa Cour pour superviser lui-même les travaux de construction. Beaucoup d’architectes et d’artisans célèbres ont été amenés par le Souverain pour cette campagne. Le Roi ordonna aux ministres de constituer une équipes de gardiennage, composée de 21 garçons, 21 filles et deux chefs de services. Cette équipe avait comme moyens pour travailler : 21 paires de bœufs avec 21 charrettes, 21 paires de buffles avec 21 charrettes, 21 chevaux, 21 éléphants, 21 rizières. Et depuis lors existait des esclaves du clergé (Pol Preah).

Enfin, le Roi fit une grande fête pour inaugurer ses œuvres magnifiques pendant trois mois. Devant la grande statue du Bouddha, le roi versa de l’eau bénite de sa main droite par terre et jura dans les termes suivants : « Je demande à la statue du Bouddha, les cieux et Preah In (dieu de l’Hindouisme) d’être les témoins oculaires de mes offrandes, une équipe des serviteurs avec tous les moyens nécessaires pour qu’ils servent la religion jusqu’à 5 000 ans ». Pour laisser sa trace, une stèle en pierre, indiquant la date et les évènements de cette construction, fut édifiée au pied de la montagne. Et, lorsque tout fut terminé, le Roi quitta Phnom Santuk pour rentrer avec solennité à la capitale royale pour régner en paix sur son Royaume. Il allait pouvoir jouir d’un bonheur mérité.

Voici le supplétif dans la version du Vat Kompong Tralach :

Sur son chemin de retour, quand le cortège royal passa à proximité de la cité Pichay Baa (il est possible qu’il soit le Vat Norkor dans la province Kompong Cham), le Roi avait bonne envie de la visiter. La visite royale dura quelques heures et après cela, le Roi dit aux membres de sa Cour ceci :

« Le Roi Preah Bat Athepoul Pilir le fondateur de cette cité était sans aucun doute un grand roi. Il a fait construire cette cité magnifique, ornée des coins charmants : Parc, jardins, lacs, étangs de lotus, avec toute la séduction des eaux et des bois. En outre, les monuments, y compris les murailles, entourés de la cité, ont été construits en pierre solide. Cette cité servait pour le roi sa résidence de loisir et de villégiature. Et pourtant, il venait rarement pour profiter de sa cité céleste. Avec une telle construction, je comprends mieux que sa réputation d’être grand roi avec 101 rois vassaux soit bien justifié. Je rends hommage à sa création et à son prestige éternel ».

Un jour, la fille du roi, nommé Preah Ratanak Mirlir avait le désir de sortir se baigner dans le grand fleuve. Celle-ci demanda la permission à son père. Le Roi donna son accord et l’accompagna avec les membres de sa Cour. Au lieu dit Prek Chlaug (Prek = le canal d’irrigation débouchant au fleuve) dans la province Kompong Cham, qui se situe non loin du lieu de baignade royal, il y avait un grand crocodile féroce dont la tête était mesuré de 5 bras. Attiré par les bruits de baigneurs et ayant faim, celui-ci était venu pour chercher sa proie. Aperçut le crocodile, les filles de compagnie de la princesse Milir se précipitèrent à regagner la berge. Dans la panique, elles oublièrent leur maîtresse royale. La rapidité du reptile ne laissait aucune chance à la jolie Mirlir de s’échapper à la mort. Il saisit de sa grande gueule meurtrière le corps souple de la jeune fille et plongea dans l’eau pour retourner dans sa tanière. Le Roi fut en informé immédiatement. Il cria de toute sa force : « Je n’en crois rien ! ». Le capitaine du corps de garde royale cria, ses ordres sur-le-champ à ses soldats de partir rechercher le reptile dans l’eau du fleuve. À ces mots, tous les militaires de tous rangs se précipitèrent à embarquer dans les pirogues rapides de l’armée pour pourchasser le crocodile en fuite. Quelques minutes plus tard, à la vue du reptile, les soldats tirèrent sur son corps pour qu’il lasse la princesse de sa grande gueule. Or, non seulement il ne la lasse pas, il l’avala et replongea dans l’eau trouble du fleuve et disparut. Mais il fut poursuivi par les soldats jusqu’à sa tanière. Un chasseur magicien fut appelé pour aider les soldats à retrouver le crocodile. Celui-ci le pourchassa toute la nuit. Et au petit matin, tout réconforté à la vue de ce crocodile féroce, le chasseur récita des formules magiques et des incantations pour l’endormir et le capturer avec facilité. Le Roi ordonna immédiatement à ses soldats d’éventrer le crocodile et soudain, on aperçut le corps sans vie de la princesse. Vu le cadavre de sa fille, des larmes de tristesse inondèrent le visage du roi. Cependant, on invita les moines à réciter quelques paroles du Bouddha sur « l’impermanence de la vie » pour apaiser l’âme de Milir et celle du roi :

 « Que ce qui est sujet à la vieillesse ne vieillisse pas ; que ce qui est sujet à la maladie ne soit pas malade ;  que ce qui est sujet à la mort ne meure pas ; que ce qui est sujet à la ruine ne tombe pas en ruine ; que ce qui est sujet à passer ne passe pas ; voilà ce que ne peut faire aucun être dans le monde ».

Cette incantation salutaire avait aussi pour but de faire comprendre au roi le vrai sens de la non-possession ; « tout apparaît, tout disparaît ». Ayant entendu ces paroles, le cœur du Roi s’ouvra au bonheur, car il vit dans son esprit le visage brillant, souriant et les yeux magnifiques de sa fille bien aimée.

Ensuite, le Roi appela ses brahmanes à organiser la cérémonie religieuse et l’incinération du corps de la princesse, pendant laquelle, il prononça les vœux pour faciliter l’âme de sa fille d’aller au paradis bouddhique. Un stupa était construit à cet endroit pour mettre les cendres de Milir. À côté de ce stupa royal, il ordonna aux services des travaux publics de construire, au bord du canal, une pagode pour les moines. Il laissa à ce lieu saint pour prendre soin le stupa de sa fille décédé et servir la religion une équipe de 21 garçons, 21 filles avec deux chefs de services, 21 paires de bœufs avec 21 charrettes, 21 paires de buffles avec 21 charrettes, 21 chevaux, 21 éléphants, 21 rizières et beaucoup d’autres objets.

Un jour, emporté par une grande colère, et sans écouter les conseils des grands sages du Royaume, le Roi maudit tous les fonctionnaires, hommes, femmes pour leurs négligences et les prit tous pour responsables de la mort de sa fille : « S’ils marchaient devant la pagode du Prek Chlaug, ils mourraient de malheur ». Redoutant la puissance du maudit royal, tous les fonctionnaires n’osaient plus marcher devant cette pagode.

En 1499, le gouverneur de Pursat, Okgna Sourkir avait offert au roi un grand éléphant blanc. Le Roi distribua les récompenses de quelques pièces d’or et d’autres objets de valeur au chasseur de cet éléphant et accorda aux assistants de ce dernier d’être exempté du service des hommes corvéables du roi.

En 1502, le Roi visita la montagne des « trésors royaux » (Phnom Preah Reach Trâb) dans la province de Samrong Taug. Il ordonna au gouverneur de cette province d’appeler les hommes corvéables pour creuser un étang au pied de cette montagne pour les villageois. Et au cours de cette visite, le Roi fut malade. Il s’enquit de l’origine de sa maladie auprès des astrologues doués de pouvoirs surnaturels et des médecins de la Cour qui, lui suggèrent de retourner immédiatement à la capitale.

En 1504, le Roi mourut à l’âge de 64 ans, après 27 ans de règne. Le lendemain du décès du souverain, les membres de la Cour vinrent s’incliner devant la dépouille royale pour rendre hommage à leur roi défunt.

À la suite du décès du roi, les membres du Conseil de la Couronne invitèrent son fils aîné, Preah Srey Sokunbât, à monter sur le trône. Les brahmanes préparèrent l’ondoiement du nouveau Souverain et l’élevèrent à la dignité du dieu Indra, Souverain du Royaume du Kampuchéa. Des battements de tambour résonnaient sur la place publique pour annoncer ces deux évènements royaux. Tous les princes et les dames d’honneur du palais pleurèrent de tristesse de la mort du Souverain et de joie de l’élection du nouveau Roi. 

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 19:45

Un Royaume pour trois Rois ou la guerre civile : Srey Reachea (1433-1485), Srey Soryautey (1471-1485) et Thomma Reachea (1478-1504). (suite du numéro 10)

2. Srey Soryautey (1471-1485) :

 

Revenons au prince Srey Soryautey, après sa retraite à Basane, ses généraux lui suggèrent de sacrer roi, parce qu’il fût le prince héritier. Après la mort du Noray Reachea, son père, il aurait dû prendre la succession du trône, mais le Conseil de couronne en avait décidé autrement. Cette décision était vue par les partisans du prince comme une décision illégale. Srey Reachea, le roi actuel, n’était donc à ses yeux qu’un roi usurpateur. Srey Soryautey acquiesça cette proposition. En 1471, le prince fut proclamé Roi, à l’âge de 26 ans, par ses généraux et les hauts dignitaires de sa Cour et porta le nom de sacre Preah Angkir Prean Srey Soryautey Reachea Thireach Rama Baromapith.

Après son couronnement, le Roi nomma les nouveaux gouverneurs de provinces sous son contrôle : Siem Bauk, Sambok Sambor, Kratie, Chlaung, Tchaug, Basane, Torteung Khay, Prey Veng, Baphnom, Romdoul, Svay Tirp, Rung Damrey, Prey Nokor, Long Hor, Cheûk Badek, jusqu'à la frontière du Champa, c’est-à-dire la partie nord-est du Cambodge actuel et celles du nord et du centre de la cochinchine.

Revenons au Krong Chatomouk. Ayant appris le sacre du prince Srey Soryautey à Basane, les partisans de Thomma Reachea, demandèrent à leur prince de faire autant que son oncle, mais, celui-ci y refusa disant qu’il préférait plutôt porter le titre de « Protecteur » que celui du roi. Les provinces sous son contrôle étaient : Samrong Taug, Bati, Leuk Dek, Trâng, Bantey Meas, Thporg, Bassac, Bavîr, Pêam, Koh Slaketh, (Leuk Dek d’aujourd’hui), Kampot, Kompong Som, Preah Trapeang, Kramuôn Sâr, Daung Nay, jusqu’à la mer, c’est-à-dire toute la partie sud-ouest, sud-est du Cambodge actuel et la partie sud de la Cochinchine actuel.

Nous allons maintenant parler du Srok Youn (le Vietnam d’aujourd’hui). Le Champa et le Srok Youn étaient en guerre depuis fort longtemps. Ensuite le Champa eut perdu la guerre, le Roi Yaun nomma un des princes du Champa, roi de ce pays et le plaça sous sa suzeraineté.

* Je renvoie les lecteurs à l’article sur l’histoire du Champa.

Note : le mot Youn vient du mot Pali, Yavana (étranger, barbare). Il faut noter que la langue khmère est influencée par celles de « Sanscrit » et de « Pali ». Les Cambodgiens utilisent le mot Youn pour désigner les Vietnamiens, comme étranger et aussi bien barbare. 

Le sanskrit (nom local : saskr̥tam) est une langue indo-européenne, de la famille indo iranienne, autrefois parlée dans les sous contient indien. Certains mots sont encore utilisés par certaines familles de brahmanes et certaines écoles spiritualistes. Il faut considérer le sanskrit, non comme une langue d'un peuple, mais comme une langue de culture qui a toujours été l'apanage d'une élite sociale, du moins depuis l'Antiquité. C'est notamment celle des textes religieux hindous et, à ce titre, elle continue d'être utilisée, à la manière du latin aux siècles passés en Occident, comme langue culturelle, et véhiculaire (un recensement de 1981 indique qu'il y aurait encore environ 6 100 locuteurs ; en 1961, à peu près 194 400 personnes disaient l'utiliser comme langue secondaire). C'est d'ailleurs l'une des langues officielles de l'Inde.

Pali : est aussi une langue indo-européenne, de la famille indo-iranienne. Les premiers textes bouddhiques, Tipitaka, sont conservés dans cette langue, qui est utilisée encore aujourd'hui comme langue liturgique dans le bouddhisme théravada en Sri Lanka, Birmanie, Thaïlande, Cambodge et Laos.  

En 1472, Il y eut un Roi Cham, nommé Chao Raing Lak ou Baur Thoun, étant mécontent de la domination Youn, lança le révolte pour l’indépendance de son pays. Il ressembla un million hommes pour faire la guerre contre le Souverain Youn, nommé Lê Châch Tong. Mais, les offensives militaires des Chams furent vaines. Vu le danger, le Roi Cham envoya aussitôt un ambassadeur pour solliciter l’aide de Srey Soryautey. Celui-ci ne donna pas suite à cette requête, disant que son pays était aussi en guerre. Il n’avait pas donc les moyens pour porter secours à l’armée du Champa. Ainsi, l’armée de ce pays fut battue par celle des youn. Le Roi Cham fut déporté au Srok Youn. Les provinces conquises furent immédiatement annexées par les vainqueurs et quelques autres provinces, étaient placées sous le contrôle des mandarins youn avec à la tête un souverain cham sans pouvoir, nommé par le roi youn. Cependant, il y eut un grand nombre de la population Cham, y compris certains membres de la famille royale se réfugièrent au Kampuchea. Parmi ces réfugiés, il y eut des Chams, qui décidèrent de poursuivre leur chemin vers le nord, aux pays des Stiengs et Rodès, parce qu’ils eurent peur d’être poursuivis par les Youn jusqu’au Kampuchea.

Revenons à Srey Reachea. Il fit une demande par lettre à son frère, Thomma Reachea, pour qu’il lui envoyât l’épée royale et le sabre de combat, en métal pur, lequel était utilisé par le roi sur sa monture de guerre. Thomma Reachea ne céda pas à cette demande, parce qu’il pensait que ces deux objets faisaient parties des éléments du sacre royal. En revanche, il envoya à son frère, un gilet de protection en cuire du port et deux casques métalliques, ce qui mit ce dernier au comble de la fureur, disant que son frère se moqua de lui, parce que ce gilet est déjà démodé. Srey Reachea ordonna à ses dignitaires de réitérer sa demande en vain auprès de son frère.

3. Thomma Reachea (1478-1504).

 

Revenons au Krong Chatomouk, les partisans du prince Thomma Reachea réitérèrent la demande à leur prince de couronner roi pour qu’il se mettait au même statut que son frère et son neveu. Cette fois-ci, celui-ci en accepta. En 1478, à l’âge de 26 ans, Thomma Reache fut proclamé roi par les généraux et dignitaires de sa Cour au Krong Chatomouk. Il porta le nom de sacre, Preah Bat Samdech Preah Angkir Preah Thomma Reachea Moha Chakrapath. Il éleva sa première dame au rang de reine. Celle-ci porta le nom de sacre, Samdech Preah Phakavatey Sérey Tepi Neary Chakrapath. En 1479, la reine donna au roi un fils, nommé Ponhea Damkath Rechea. Quant au Srey Reachea, il avait aussi un fils, nommé Ponhea Ong Reachea.

Cette année, il y eut un tremblement de terre. La secousse durait pendant cinq heures. C’était un phénomène exceptionnel pour le pays. 

Cette nouvelle de couronnement de Thomma Reachea parvint à Srey Reachea. Il convoqua ses généraux pour les donner l’ordre d’attaquer Krong Chatomouk. Au même moment, il apprit que son neveu eut envoyé une armée pour attaquer ses garnisons dans les provinces, Stung Treng et Kompong Siem. Le contre-ordre de Srey Reachea était immédiat : Sa priorité, était d’envoyer les renforts aux deux provinces attaquées. Les batailles duraient plusieurs mois, comme il n’y avait ni vainqueur, ni vaincu, en 1479, l’année du rat, au mois d’avril, les deux rois décidèrent d’arrêter les combats pour se consacrer à la préparation de culture du riz.

La guerre civile entre les trois rois dura pendant dix ans, sans vainqueur, ni vaincu. En revanche cette guerre eut une conséquence catastrophique pour le pays. Pour cette raison, les trois rois se décidèrent de ne plus mener les opérations d’offensive contre les positions des autres. Chacun restait à sa position et régna sur son propre territoire.

Après trois ans de trêve tacite entre les trois souverains, Srey Reachea rompit cette pratique, il lança son armée contre celle de Srey Soryautey, mais sans remporter une victoire décisive. Cette nouvelle guerre, plongea à nouveau le pays dans la pauvreté et l’insécurité totale. On voyait apparaître des bandes d’armées de voleurs qui pillaient les villageois partout dans le royaume et des maladies qui sévissaient la population. Thomma Reachea en compatit et rassembla ses Moha Montrey (Grands dignitaires) et généraux pour leur dire ceci :

« Notre pays d'aujourd'hui est tombé dans les ténèbres. Le peuple souffre depuis fort longtemps de la guerre entre mon frère et mon neveu. En ce qui me concerne, j’avoue que je ne peux pas faire grande chose pour mettre fin à cette situation, parce que notre armée ne soit pas assez forte et nombreuse pour imposer la paix à ces deux belligérantes. Ils ont complètement perdu raison en tant que monarques, et se conduisaient tout le contraire des préceptes bouddhiques ».

Après quoi, il poussa un profond soupir et finalement, dit :

« Je ne vois qu’une solution, laquelle est d’aller solliciter l’aide du Roi du Siam pour régler notre guerre civile d’aujourd’hui. Que pensiez-vous de cette solution ? ».

Rappel : Thomma Reachea fut né de mère Siamoise, Preah Mneang Sisagame. Celle-ci, avant de devenir la première dame du Roi Ponhea Yat, était cousine et première dame du feu prince Indra Koma, prince siamois, couronné par son père, roi du Kampuchea en 1384, après la victoire de l’armée siamoise sur celle des Khmers. Elle était la fille de Khoun Troung Dân Moun, cousin de Ponhea Tekchau Krong Tep, haut dignitaire de la Cour d’Ayuthia (Siam).

Les partisans de Thomma Reachea, acceptèrent la solution proposée. Aussitôt dit, aussitôt fait, le Roi ordonna au Banchang Sara (Banchang = admirable, Sara = lettres, Banchang Sara = l’écrivain admirable), de rédiger une lettre au Roi du Siam dans les termes suivants :
Preah Bat Thomma Reachea, Roi Krong Chatomoul à Samdech Preah Buddhi Chauv Reachea Chakrapâth, roi Moha Krong Tep Srey Ayuthia,

Étant donné qu’actuellement dans mon Royaume, Krong Kampucheathipdei, sévissent le désordre et l’insécurité rendant soucieux les moines, les brahmanes et le petit peuple depuis plus de 10 ans ; étant donné que les rois, Srey Reachea, mon Auguste frère et Srey Soryautey, mon neveu, se donnent tous les plaisirs de faire la guerre pour leur ambition personnelle ; étant donné que la population des diverses provinces du royaume sous leur contrôle se voit pillée par des voleurs de grand chemin, faute d’avoir un souverain stable et fort. Moi, votre Aîné, roi du Krong Chatomouk, tous les Moha Montrey, les Montrey et les généraux de mon Royaume, vous demandent pour que vous veniez nous aider à pacifier notre pays, de protéger la religion, afin que la population puisse être heureux, grâce votre puissance et à vos mérites. Pour vous remercier de vos éventuels services rendus à notre pays, nous vous demandons de bien vouloir accepter de recevoir nos présents suivants : Quatre assiettes en or, quatre cornes de rhinocéros, quatre défenses d'éléphant, quarante Hol (nom d'une soie à motif), quatre Hap d'étoffe de soie (Hap, unité de mesure khmère pour les étoffes, un Hap = 60 Kgs)

Thomma Reachea dépêcha un Moha Montrey (haut dignitaire) khmer avec le message royal et les cadeaux d’usage à la capitale siamoise. Arrivés au Krong Tep, l’envoyé spécial khmer dépêché alla trouver le Ministre du palais qui le conduisit auprès de S.M. Moha Chakrapâth. Celui-ci ordonna qu’on traduisit le message du roi khmer. Ayant entendu le contenu de la missive, le Roi Moha Chakrapâth ordonna au général Ponhea Yauthir Nikar, Commandant en Chef de l’armée de terre d’envoyer 20 000 soldats au Kampucheathidei pour aider Thomma Reachea. L’armée siamoise franchit la frontière khmère par voie maritime pour débarquer à la province de Kampot (Peam et Bantey meas).

Dans le document « Histoire des Rois Khmers », tome III, déposé à la bibliothèque du palais royal sous le n° K 53-3, on écrit ceci :

Ayant appris que Thomma Reachea est né de mère siamoise, Le Roi Moha Chakrapâth était très content, et considéra ce dernier comme membre de la famille royale siamoise. Il convoqua les hauts dignitaires et les généraux pour leur dire ceci :

« Cette nouvelle est une aubaine pour nous, car il y eut quelques années, le Roi Srey Reachea était venu nous attaquer et enlever un grand nombre de notre population pour l’amener dans son pays. La demande d’aide du Roi Thomma Reachea, mon Aîné, nous donnions une occasion de nous venger contre le Roi Srey Reachea et de libérer notre population ».

Approuvé de ses hauts dignitaires, le roi siamois ordonna à un général de l’eau de partir par bateaux au Kampuchea en éclaireur avec 3 000 soldats. L’envoyé spécial khmer faisait partie de ce voyage avec en main un traité militaire pour faire l’approuver par son Souverain (fin du récit dans le document K 53-3). 

Le dimanche du 6 janvier 1485, à 9 heures du matin, le Roi Moha Chakrapâth, mettait son armure de guerre, monta sur le dos de son éléphant, ordonna à son armée de marcher vers le Kampuchea. Les troupes siamoises étaient commandées par 2 généraux de terre, Ponhea Moha Séna Samouhak Kralahom, Commandant en Chef du corps d’expéditionnaire, Chau Ponhea Chakrey Okgna Preah Klam Thipdai, Commandant des troupes de protection des flancs gauche et droite. L’armée siamoise pénétra à l’intérieur du Kampuchea par la province de Battambang.

Revenons au Roi Thomma Reachea, ayant appris l’arrivée de son ambassadeur extraordinaire, il dépêcha de l’accorder une audience royale. Ayant entendu les termes de traité siamois et approuvé de ses ministres, il ordonna au Moha Montrey, chargé des services généraux du Royaume, de commencer à l’installation des 3 000 soldats siamois dans la capitale, puis aux généraux de préparer des troupes pour partir rejoindre l’armée du roi siamois à Kiri Bârribor.

Le jour faste, se plaçant lui-même à la tête d’un millier de fantassins et de centaine de cavaliers, il se dirigea à la rencontre du Souverain siamois. Sur le dos de son éléphant, bien abrité par une triple cuirasse, Thomma Reachea, tint à la main droit un sabre dans un fourreau d’or, symbole du pouvoir martial du souverain, le cornac assis à l’arrière de la monture et un domestique au milieu portant le parasol. Il dirigea son armée jusqu’à Kiri Bârribor. Arrivé à cet endroit, il ordonna à ses troupes de camper pour attendre le roi siamois.

La rencontre entre ces deux souverains se ressemblait telle à une rencontre entre deux frères de sang. Le Souverain siamois s’adressa à son homologue khmer en l’appelant mon « Auguste Aîné » et le roi khmer lui répondit en l’appelant, mon « Auguste Cadet ». La confiance s’établit immédiatement entre les deux rois. Leur complicité se manifesta aussi. Après une journée de repos, le Roi siamois commença à s’entretenir avec le Roi Khmer sur les stratégies de pacification du Kampuchea. Première étape de cette opération était d’encercler le camp retranché du Roi Srey Reachea à Kompong Siem. Ayant appris la nouvelle, celui-ci convoqua les membres de son Conseil de guerre, au cours de cette réunion, il dit : « Que faire ? ». Son Premier ministre, Chao Vatulahâk Keo répondit au souverain avec son calme habituel :

" Étant donné que, nos soldats sont fatigués, parce qu’ils font la guerre depuis plus de dix ans déjà, étant donné, que nos vivres commencent à manquer pour nourrir l’armée, étant donné que, les attaques combinées entre l’armée siamoise et celle du prince Thomma Reachea, votre Auguste frère, contre la nôtre constituent une force colossale, étant donné que les troupes ennemies étaient fraîches, les nôtres qui ont tous mines caves. Votre Majesté, pour mon humble conseil, je pense que nous ne puissions pas aujourd’hui faire face cette offensive. Je suggère donc, à Votre Majesté de choisir la solution diplomatique, c’est-à-dire la « négociation » avec les ennemis au lieu de les répondre par la solution militaire,

Les paroles de Chao Vatulahâk furent contestées par des généraux présents à la réunion. Voici leurs arguments :

" Les soldats ennemis sont frais certes, mais ils n’ont aucune expérience aux combats. En revanche, nos soldats, malgré leurs fatigues, ils sont aguerris et dans toute la plénitude de leurs facultés pour abattre les ennemis. Nous faisons le serment de nous battre jusqu’à la mort contre ces ennemis pour la défense de Votre Majesté ".

Ayant écouté les arguments des deux parties, le cœur de Srey Reachea se balançait entre la thèse de sagesse et celle de guerre, mais, il savait que ces deux évocations se convertissaient vers un seul but, « Amour de la patrie ». En tant que responsable, il devait choisir une solution, parmi les deux conseils évoqués. Il y eut un silence mortuaire dans la salle du Conseil. Les hauts dignitaires, les généraux de terre et d’eau et les brahmanes, s’asseyaient convenablement sur le tapis brodé de fil de soie de couleur rouge et jaune, en face de leur monarque pour entendre sa décision royale. Srey Reachea poussa un profond soupir, dit :

« Notre pays est en guerre depuis fort longtemps. Le pays se trouve aujourd’hui dans une pauvreté extrême. L’insécurité est totale, les voleurs de grand chemin, qui sévissent les villageois jusqu’à dans leur maison. Cette situation fait souffrir notre population. Oui, mes chers généraux, je vous ai bien entendus tout à l’heure. Vous êtes tous assurément des braves, et personne ne songe à mettre en doute votre vaillance. Toutefois, laissez-moi vous dire, sans vous offenser que nous n’attendons rien à la solution de guerre, parce que la situation de notre pays d’aujourd’hui est complètement changée. Le Royaume est divisé en trois États concurrentiels, en plus, mon frère, travaille maintenant pour nos ennemis, il accueille leur souverain en grande pompe. Aujourd’hui, ils sont devant la porte de notre campement. Mes amis, je sais que vous êtes valeureux et je suis certain que nous pouvions encore affronter les troupes de nos ennemis, envahisseurs et rebelles, mais, il y aurait combien de morts encore et encore pour que notre pays retrouve la paix. Je décide donc de choisir la voie de négociation pour un seul but : Epargner la vie de nos compatriotes et de nos soldats. Dans cette négociation, nous allons imposer nos conditions à mon frère et au souverain siamois en trois points : 1. Arrêter immédiatement les hostilités militaires entre les trois parties rivales khmères ; 2. Régler les problèmes de couronnement. Sur ce point, nous allons demander au Souverain d’Ayuthia d’être notre arbitre ; 3. Signer un traité de paix avec le Royaume d’Ayuthia. Bien entendu, sur ce point, nous allons accepter de libérer les familles et prisonniers siamois, lesquels ont été enlevés par nous pendant la campagne du Siam ».

Approuvé de ses membres du Conseil de guerre, le Roi dépêcha un émissaire pour en informer Thomma Reachea. Celui-ci étant très content de la proposition de son frère, il en informa immédiation, à son hôte royal, le souverain siamois. Après discussion, ces deux alliés décidèrent d’en proposer au troisième prince khmer, Sreay Soryautey, avec une lettre d’invitation à réunion de paix et de conciliation entre les parties rivales khmères. La date de cette rencontre fut fixée le 9 février à Râug Torg (Aujourd’hui, on ne trouve, ni le nom, ni l’endroit. Il est fort probable qu’il se trouve quelque part dans la province de Kompong Cham). Ayant lu cette proposition, Srey Soryautey convoqua ses partisans pour en étudier. Après l’examen dudit projet, le Prince et ses ministres acceptèrent la proposition. Cette acceptation était motivée par les arguments suivants :

« Sur le 1er point : Depuis plusieurs mois, les trois armées ne se battaient plus. Sur le 2e point : Son frère, Srey Reachea est très âgé, quant au prince Thomma Reachea, il est moins âgé que lui. Si on devait prendre le critère d’âge comme d’ordre de succession du trône ; après la mort bientôt de Srey Reachea, le trône reviendra automatiquement à lui. Il peut donc attendre. Sur le 3e point : Cette proposition est raisonnable ».

Après quoi, Srey Soryautey donna sa réponse favorable à l’invitation du Souverain siamois et son neveu. Ceux-ci étant fort contents, ils firent construire une grande salle d’audience pour le roi siamois, laquelle était entourée par des palissades. À la date prévue, Srey Reachea arriva à Râug Torg avec les membres de son état-major et un petit détachement de cavalerie. Aussitôt arrivé, le Roi khmer fut invité par son homologue siamois pour un entretien privé. Dans la salle d’audience, il n'y eut que deux souverains qui s’assirent face à face à une bonne distance l’un de l’autre. Après échangés quelques mots d’accueil et de politesse. Mais à peine cet usage était-il terminé, le Souverain siamois prononça à l’adresse du Roi khmer ceci :

« Presque deux décennies, Votre Majesté fait la guerre. Votre désir d’aujourd’hui, c’est de mettre un terme aux conflits entre les membres de votre famille royale. Je vous en félicite, parce que cette décision est une bonne décision. J’ai le fervent désir de venir en aide à votre pays qui est dans un état de tristesse pour le bouddhisme. Comme vous aimiez bien cette religion, je vous invite donc à venir avec moi dans mon pays pour consacrer tout votre temps à y pratiquer. En ce qui concerne votre fils, Ponhea Ong, je l’amènerai aussi avec moi et je l’adopterai comme mon fils et il se mariera avec une de mes filles. Je n’ai rien de spécial à rajouter ».

Le souverain d’Ayuthia remercia, encore une fois, avec la plus grande civilité le roi khmer d’être venu, puis il se leva et quitta la pièce avec une satisfaction évidente. Mais juste à ce moment, on aperçut quelques gardes siamois qui, l’épée au clair, entrèrent dans la salle pour amener le roi khmer à un endroit inconnu. Après quoi, les partisans de Srey Reachea furent informés par un colonel siamois que leur roi eut accepté l’invitation de son Roi pour se rendre au Siam. Ayant peur d’être arrêtés à leur tour par les siamois, ces derniers quittèrent immédiatement les lieux pour retourner à Kompong Siem.

Parlons de Srey Soryautey, ayant appris que son oncle fut arrêté par le roi siamois, il en était fort content, disant qu’il sera désigné roi des Khmers, parce qu’il était plus âgé que Thomma Reachea, et si ce n’était pas le cas, il demandera au dernier de partager le pays en deux parties égales. Il était certain que ce dernier accepte au moins cette solution. Cet espoir n’était qu’un rêve pour lui, parce qu’il fut arrêté, à son tour, par le souverain siamois. Ayant appris de cette nouvelle, les partisans de Srey Soryautey se retirèrent de Raug Torg et retournèrent chez eux.

Après la victoire, Thomma Reachea, le nouveau souverain khmer et Preah Chau Chakrapath quittèrent Raug Torg. Arrivés à la province de Longvek, les deux souverains se réunissent pour la dernière fois, avant de retourner dans leur capitale respective, pour une cérémonie d’échanges de cadeaux, et suivi par un grand banquet. Thomma Reachea avait offert à son homologue siamois les cadeaux suivants :  180 kgs d’argent, 6 paires de défenses d’éléphant,  200 chevaux, 600 kgs d’étoffes de soie, 300 kgs de cotons, 300 pièces de Hol et de soie chinoise, 100 pièces de rubis et toutes les familles siamoises enlevées par l’armée khmère pendant la campagne du Siam.

En échange, le souverain siamois avait offert au souverain khmer les cadeaux suivants : un chapeau siamois en or, un plateau en or, une statuette d’un oiseau mystique (Krouth), une statuette de Bouddha, le support de plateau en or, une statuette d’Apsara, un sabre avec fourreau en or, un parasol, six plateaux, une étoffe birmane brodée (Sampot) en or, cents paires de défenses d’éléphant et une tabatière.

Le lendemain matin, ces deux souverains se séparèrent pour retourner auprès les siens. Avant de monter sur sa monture, d’un geste amical, le souverain siamois tapota le dos de son Aîné et dit, « Votre Majesté sera un bon roi ». Soudain, retentit le roulement des tambours de la victoire, les deux armées firent le mouvement pour suivre les cortèges royaux. Le roi siamois prit le chemin de retour en passant par les provinces Pursat, Battambang, Mongkul Borey, Reusay Sâch et Batrank. Le cortège royal siamois était accompagné par cinq Grands gouverneurs khmers (Gouverneur ayant le grade 10 Houpân). Jadis, le Cambodge avait cinq grands gouverneurs : Ponhea Dekchau, Grand gouverneur de Kompong Svay, Ponhea Sour Lauk, Grand gouverneur de Pursat, Ponhea Thomma Dekchau, Grand gouverneur de Baphnom, Ponhea Pisolauk, Grand gouverneur de Trâng, Ponhea Ar Choûn, Grand gouverneur de Tpaûk Khoum. 

Arrivé à Batrank, le Roi ordonna à ses troupes de camper pour se reposer pendant trois jours. C’était à cet endroit, où Srey Reachea, ancien roi khmer meurt de tristesse et de lassitude. Depuis sa capture, il avait refusé de s’alimenter. Quinze jours après, Srey Soryautey meurt de maladie. Preah Chau Chakrapath ordonna aux brahmanes de célébrer les funérailles de ses deux prisonniers d’État en conformité avec la tradition des rois khmers.

Arrivé au Krong Tep, capitale d’Ayuthia, Preah Chau Chakrapath adopta Ponhea Ong, comme fils. Celui-ci portait le nom siamois, Preah Sothear Reach. Il épousera plus tard une des filles de son père adoptif.

Retournons maintenant au Krong Kampuchea Thipdei. Après la fin de la guerre, le Roi, Thomma Reachea lança une grande campagne de reconstruction du pays dans tous les domaines : Religieux, éducation nationale, administratif, militaire, finances et travaux publics. Et pour soulager la population, il décida d’exempter pendant trois années les impôts sur les individus et les taxes fonciers sur la capitale.

 (Suite au numéro 12)     

   

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 05:28

Sources : Champa.net

Le Champa : le pays et ses hommes

L'épigraphie, les textes chinois et viêtnamiens, les manuscrits en caractères cham, ainsi que les récits des voyageurs arabes et occidentaux, nous apprennent qu'il exista dans l'actuel centre Viêt Nam un pays de grande civilisation : le Champa. 

Contrairement à ce que les chercheurs ont longtemps cru, ce pays ne s'étendait pas seulement sur les plaines littorales de la mer de l'Est : il a englobé aussi les hauts plateaux situés à l'ouest de celles-ci. Quant à sa population, elle n'était pas composée uniquement de Cham vivant au bord de la côte, mais était polyethnique, rassemblant en plus des Cham, toutes les ethnies vivant en altitude.

La population cham n'était pas très nombreuse : elle était estimée à 200 000 environ au début du XIIème siècle. Elle se divise en Cham et en Sauvages des hautes terres auxquels les Cham donnent le nom de Kiratas et qui regroupent notamment les populations Ba Na, Gia Rai, Ê Ðê, Ra Glai et Chu Ru.

La religion principale des Cham était l'hindouisme, c'est-à-dire l'adoration des trois dieux de la Trimurti indienne : Brahma, Visnu et Çiva. Mais ils pratiquent également le bouddhisme. Les 2/3 des Cham vivant actuellement au Champa pratiquent encore le brahmanisme, alors que la totalité de ceux qui ont quitté le pays pour aller s'installer au Cambodge sont devenus musulmans.

Comme la religion, la hiérarchie sociale était hindoue et les Cham étaient divisés en quatre castes (Brahmanes, Ksatriyas, Vaiçyas et Cudras). La tradition cham parle souvent de deux clans (lignées) qui se partageaient le pays : le clan de l'aréquier (Kramuka) dans l'état du Panduranga et celui du cocotier (Narikela) qui dominait au Nord.

La marque du pouvoir royal était le parasol unique. L'autorité du roi était absolue : il avait droit de vie ou de mort, nommait aux charges et emplois, et l'administration du pays était tout entière entre ses mains. Il portait souvent le titre de «Roi des rois» (Rajadiraja) ou de «Seigneur de la terre entière du Champa» (Po Tana Raya).

Le Champa n'était pas un état centralisé mais une sorte de fédération dont les composantes jouissaient chacune sur le plan politique interne d'une autonomie plus ou moins effective. La hiérarchie des fonctionnaires provinciaux correspondait à la division territoriale du royaume. Il était partagé en grandes circonscriptions qui furent tantôt au nombre de trois, tantôt au nombre de quatre :

-
Amaravati où se trouvaient Indrapura, une des capitales du Champa, et Sinhapura qui lui servait de port. L'emplacement d'Indrapura serait marqué aujourd'hui par les ruines de Ðông Duong. L'Amaravati correspond à peu près aux actuelles provinces de Quang Nam et de Quang Ngãi, mais elle s'est étendue jusqu'à la porte d'An Nam.

-
Vijaya, au centre, dont le chef-lieu éponyme devint la capitale à partir de l'année 1000. Son port était Çri Vinaya. Vijaya correspond à la province de Bình Ðinh.

-
Panduranga (Panran dans sa forme indigène) eu pour capitale Virapura, qui porta aussi le nom de Rajapura (aux environs de Phan Rang - Tháp Chàm). Cette principauté était la plus grande des circonscriptions.
Elle comprenait
Kauthara qui, à certaines époques, en fut détaché et forma la quatrième des grandes divisions territoriales avec Yanpunagara comme chef-lieu. Les provinces de Khánh Hòa et Phú Yên forment le Kauthara, celles de Bình Thuân et de Ninh Thuân le Panduranga.

Ces circonscriptions étaient divisées en provinces. Les communes, villes et villages formaient la dernière division territoriale du pays. Il y en aurait eu plus de 100 dont la population variait entre 300 et 700 familles, la capitale Vijaya en comptant plus de 2 500 en 1069.

Le début et apogées (192 – Xème siècle)

Les débuts du Champa

Il semble que la fondation du royaume a eu lieu en 192. Alors que les populations cham qui vivent au sud de la porte d'An Nam (Hòanh Son) sont probablement réparties en différentes principautés, ceux du Nord dépendent du pouvoir chinois des Han qui y occupent le Nhât Nam (Je Nan). Ce sont eux qui provoquent le mouvement insurrectionnel dont a profité Çri Mara, premier roi Cham, pour se faire proclamer roi des principautés cham. Ce nouveau pays dont les habitants parlent une langue austronésienne s'agrandit vers le nord jusqu'à la porte d'An Nam puis englobe les principautés hindouisées qui se trouvent au sud. En 347, Fan Wen (336-349) devient maître du Nhât Nam et fixe comme frontière entre l'empire chinois et le royaume de Champa le Hòanh Son.

Bhadravarman I (399-413) est le premier souverain cham à construire un temple à My Son. Ce cirque deviendra le premier sanctuaire du Champa où les rois y élèveront de nombreux temples religieux.

Au cours des IVème, Vème et VIème siècle, le Champa, qui était dénommé Lin Yi par les Chinois, tente à plusieurs reprises de s'étendre au delà de la porte d'An Nam, région de peuplement proto-viêtnamien. Vers 440-450, les Chinois envahissent le Champa. Tout le pays est occupé et les temples saccagés. Mais cette région difficile à gouverner en raison même de l'absence de routes, reste soumise, de fait, à la domination cham.

Les textes chinois rapportent qu'à partir de 758, le nom de Lin Yi fut remplacé par celui de Houan Wang. Qui devint Tch'eng-cheng entre 875 et 1044.

L'apogée du Champa

Pendant presque 200 ans, à partir du VIIIème siècle, le Champa va atteindre sa plus grande expansion, s'étendant de la porte d'An Nam au nord, au bassin du Donnai au sud. Au cours du IXème siècle, les rois du Champa multiplient les fondations bouddhiques à Ðông Duong, mais aussi hindouistes à My Son. Et à l'aube du troisième quart de ce siècle, ils déplacent leur capitale du sud vers le nord du pays, sur le site d'Indrapura.

C'est de cette époque que le Champa emprunte à l'hindouisme son système social, sa conception de la royauté, ses cultes et la langue sanscrite.

La fin du Xème siècle : le tournant de l'histoire

Après une période de calme, le Champa a à faire face à diverses pressions comme une invasion cambodgienne en 950. Puis c'est en 982 une attaque viêtnamienne au nord menée par Lê Hòan, date qui marque l'irruption des Viêt sur la scène politique de l'Indochine orientale. La création d'un royaume indépendant viêtnamien (Ðai Viêt) transforme les relations entre Viêt et Cham en rapports de force. En l'an 1000, les rois cham abandonnent leur capitale Indrapura, trop proche du territoire annamite et, par prudence, se retirent beaucoup plus au Sud, à Vijaya.

Rudravarman III (1061-1074), prisonnier de Ly Thánh Tông qui avait envahit le Champa, échange sa liberté contre les trois provinces septentrionales du pays en 1069, c'est-à-dire la région s'étendant de la porte d'An Nam (Hoành Son) aux environs du col de Lao Bao. C'est porter la frontière du Champa à l'embouchure du Viêt, amoindrissement important de territoire auquel les rois cham ne s'y résoudront que difficilement, et après avoir repris, rendu et lutté maintes années pour la possession des trois provinces de Ðia Ly (l'actuelle sous-préfecture de Lê Ninh dans le Quang Bình), Mà Linh (qui correspond à Bên Hai et Do Linh, soit le nord du Quang Tri jusqu'à l'embouchure du Viêt) et Bô Chánh (les trois actuels Huyên de Quang Trach, Bô Trach et Tuyên Hóa dans le Nord du Quang Bình).

Malheureux dans l'entreprise d'envahir le Ðai Viêt, les souverains Khmer reportent toute leur ardeur conquérante sur le Champa. De 1203 à 1220, le Champa est une province khmer, pendant quelques années divisé en deux royaumes vassaux du Cambodge : le royaume de Vijaya au nord ayant pour roi un prince cambodgien et le royaume de Panduranga au sud gouverné par un souverain d'origine Cham mais inféodé au Cambodge.

Puis, c'est au tour des Mongols, devenus maître de la couronne chinoise, d'occuper le Champa devant son refus de lui prêter serment de vassalité. Mais cette campagne d'occupation du pays coûte cher à Koubilaï. Le souverain cham, cantonné dans les montagnes, reconstitue sans cesse ses troupes que les Mongols dispersaient, sans progresser d'un pas dans un pays où ils souffrent de la chaleur. En 1285, les Mongols quittent définitivement le royaume.

Le sursaut de Chê Bông Nga (950-1390)

Alors qu'il venait de subir une occupation khmer de dix-sept ans, une occupation mongole de deux ans et une attaque viêtnamienne sans perdre la moindre parcelle de territoire, le Champa va, au début du XIVème siècle, se trouver amputé de sa partie septentrionale. La bonne entente entre l'empereur annamite Nhon Tôn et le roi cham Jaya Simhavarman III (1285-1307) conduit celui-ci à lui céder en 1306 les deux provinces de Ô et de Ly qui devinrent Thuân Châu et Hóa Châu (sud de Quang Tri et de la province de Thua Thiên).

Mais les Cham habitant Ô et Ly supportent mal la domination annamite. Le roi et sa cour regrettent ces provinces et souffrent de voir la frontière nord ramenée au col des Nuages. Les incursions y sont alors fréquentes, plus encore le sont les actes de rébellion envers les colons annamites.

De 1360 à 1390, c'est le règne de Chê Bông Nga qui vera l'apogée territoriale du Champa. Profitant de la neutralité bienveillante du premier empereur de la dynastie des Ming, Chê Bông Nga se lance dès les années 1361 dans une série de campagnes militaires victorieuses contre le Ðai Viêt qui se succéderont sans interruption jusqu'à la mort du souverain cham.

En 1371, Chê Bông Nga entre dans la capitale annamite. Il sera maître du Thuân Hòa, du Tân Bình et du Nghê An, le Thanh Hòa étant soumis à des incursions continuelles. C'est en envahissant de nouveau le Ðai Viêt que Chê Bông Nga trouve la mort en 1390. Au lendemain de sa mort, le Tân Bình et le Thuân Hòa que le roi Cham avait annexés, font soumission à l'An Nam.

Le règne de Chê Bông Nga n'a été qu'un brillant intermède qui a temporairement voilé l'état moribond dans lequel se trouvait le Champa hindouisé. En effet, la civilisation de ce pays est depuis longtemps déjà en décadence, du fait de l'étiolement de la culture sanscrite, support de l'hindouisme mahayana qui avait jusqu'alors servi d'assise aux structures politico-sociales du Champa. Cet étiolement est en partie dû aux invasions musulmanes qui ont eu lieu à la fin du XIème siècle en Inde, coupant tout lien avec ce pays de l'Indochine et tarissant les apports culturels qui avaient jusque là régulièrement revivifié la civilisation du Champa hindouisé.

De plus, la crédibilité de l'ordre hindouiste que l'on disait instauré par les dieux avait été mis à mal par les Khmer, Viêt et Chinois. Cette crise des valeurs spirituelles qui servaient d'assise au Champa hindouisé a largement contribué à le déstabiliser au cours de ce siècle, expliquant que le sursaut de Chê Bông Nga soit resté sans lendemain.

La fin du Champa hindouisé

À peine Jaya Simhavarman V (1400-1441) s'installa sur le trône qu'il voit son territoire envahi par une nouvelle armée annamite. Craignant pour sa couronne, il offre à l'empereur Quí Ly la province d'Indrapura et l'actuelle province de Quang Ngãi. C'est un gros sacrifice puisqu'il correspond à l'abandon de l'ancienne capitale des rois cham et du sanctuaire où, depuis des siècles ils accumulaient richesses et trophées. C'est donc tout le territoire d'Amaravati que perd le Champa qui se trouve maintenant privé de ses provinces riches en rizières et réduit à une région pauvre et montagneuse. 

L'attaque des Chinois sur le Ðai Viêt en 1407 et la révolte de Lê Loi pour reconquérir l'indépendance offre un répit au Champa qui récupère provisoirement l'Amaravati. Mais le conflit entre les deux pays, qui se rallume en 1445, débouche sur la prise de Vijaya. La cour d'An Nam, fatiguée d'avoir à lutter contre le Champa sans pouvoir l'atteindre efficacement, l'envahit en 1471 et lui porte le coup de grâce. Lê Thánh Tông prend Vijaya et la rase, fait décapiter plus de 40 000 Cham et en déporte plus de 30 000. Enfin, il entreprend une destruction systématique de tout ce qui symbolise la culture du Champa hindouisé qui cesse alors d'exister.

La prise définitive de Vijaya marque l'aboutissement d'une longue lutte qui, pendant cinq siècles, a opposé la civilisation hindouisée représentée par le Champa à la civilisation sinisée véhiculée par l'ethnie Viêt qui poussait vers le Sud. Cette lutte entre ces deux protagonistes a donc été marquée par les reculs successifs du Champa, bousculé par la poussée démographique viêtnamienne.

Le roi annamite envoit alors ses troupes jusqu'au mont Thach Bi où elles érigent une borne en pierre pour marquer la nouvelle frontière méridionale du Ðai Viêt. Concrètement, l'occupation des troupes viêtnamiennes ne dépasse pas le col de Cù Mông, l'actuel Phú Yên (le nord du Kauthara) devenant un «no man's land» entre les deux pays.

Après son écrasante victoire, on aurait pu croire que le Ðai Viêt annexe tout le territoire du Champa. Mais le royaume annamite n'a alors pas les moyens matériels qui lui permettent de contrôler la totalité de l'ancien Champa. Aussi son souverain Lê Thánh Tôn n'annexe donc que la partie la plus proche de son domaine, celle qu'il peut facilement intégrer à son royaume avec le minimum de difficultés. Après 1471, les territoires pris au Champa sont placés sous le commandement de gouverneurs militaires de frontière, mais de nombreux fonctionnaires cham sont maintenus.

Le Panduranga

De 1471 à 1653 : la perte du Kauthara

En abandonnant à Bô Trì Trì les terres du Kauthara, du Panduranga et des hauts plateaux de l'Ouest, les Viêt permettent au nouveau souverain cham de reconstituer un royaume de Champa. Ce royaume qu'organisent Bô Trì Trì et ses successeurs dans le sud de l'ancien Champa va reposer sur un mélange de notions puisées dans le vieux fonds indigène oriental du sud, d'éléments de culture indienne plus ou moins bien assimilés par les populations de cette région et, à partir du XVIIème siècle, de quelques thèmes choisis parmi ceux véhiculés par l'islam, qui venait de s'implanter dans les ports et cités du Panduranga et du Kauthara.

À partir du XVIème siècle, le Ðai Viêt va connaître une lutte de pouvoir entre les seigneurs Trinh du nord et les seigneurs Nguyên au sud qui avaient installés leur capitale à proximité de Huê. Ce sont ces derniers qui vont reprendre à leur compte la poussée viêtnamienne vers le sud, se heurtant à la résistance des souverains du nouveau Champa.

Des incursions cham sur le Quang Nam suscitent une réaction violente des Nguyên qui, en 1611, après une campagne éclair, s'emparent de la partie nord du Kauthara, du col de Cù Mông jusqu'au mont Thach Bi, et y installent des anciens partisans des Trinh. En 1653, les Nguyên se saisissent de toute la région de Cam Ranh, c'est donc tout le Kauthara qui devient viêtnamien. Le Champa se trouve désormais réduit au territoire du seul Panduranga.

La période 1653-1771 : l'effritement du Panduranga

Au cours du XVIIème siècle, des Viêtnamiens s'installent dans la région de Bà Ria et de Biên Hòa. Ces colonies attirent l'attention des Nguyên qui, profitant de crises intérieures au Cambodge, s'emparent de ces territoires. La prise de Biên Hòa place le Panduranga dans une situation nouvelle puisque le pays se trouve avoir une frontière commune avec le Ðai Viêt au nord comme au sud, coupant le domaine des Nguyên en deux.

En 1692, le seigneur Nguyên décide d'annexer le Champa, changeant le nom que les Viêt lui donnaient jusque là (Chiêm Thành) en marche de Thuân Thành, transformé un mois plus tard en préfecture de Bình Thuân. Mais suite à un soulèvement un an plus tard, le roi Nguyên rend son autonomie au Panduranga tout en affirmant sa souveraineté sur les Viêt, de plus en plus nombreux, qui s'étaient installés sur ce territoire et soumis à la seule autorité du prince cham.

Une préfecture viêtnamienne de Bình Thuân est donc créée en 1697, malgré l'opposition du souverain cham Po Saktinaydaputih. Cette préfecture ne forme pas un territoire unifié car les villages peuplés de Viêt se trouvent assez éloignés les uns des autres.

L'agonie et la fin du Champa (1771-1835)

Alors qu'en 1771 éclate la révolte populaire des Tây Son contre la tyrannie des Nguyên qui oblige ces derniers à se réfugier dans le delta du Mékong, le Panduranga-Champa se trouve placé entre les deux antagonistes, le plongeant sans l'avoir voulu, dans un conflit qui ne le concernait pas. Le Panduranga se trouve ainsi transformé en champ de bataille tout au long de la guerre. Et cette guerre qui se déroule en grande partie sur son territoire ne permet pas au Panduranga-Champa de garder son indépendance.

À partir de 1793, le Panduranga est définitivement occupé par l'empereur Gia Long qui rétablit la préfecture de Bình Thuân ce qui incite les Viêt à s'y installer en grand nombre. Si bien que certaines parties du pays prennent l'aspect d'un véritable puzzle ethnique et l'organisent comme s'il était en voie d'annexion.

Le Panduranga est placé, après la victoire des Nguyên sur les Tây Son, sous le double protectorat de l'empereur Gia Long et du vice-roi de Gia Ðinh (l'ancienne Sài Gon) Thành Lê Van Duyêt, et sous le gouvernement de Po Sau Nun Can. Il bénéficie alors d'une grande autonomie avant que Minh Mêng ne lui gomme peu à peu ses pouvoirs et, en 1832, le raye de la carte. Le Panduranga-Champa a définitivement cessé d'exister. La viêtnamisation du Panduranga est accélérée, les Cham écrasés de corvées sont refoulés vers les zones de l'Ouest.

Différents soulèvements se produisent, le dernier étant l'insurrection de Ja Thak Va (1834-1835) qui l'organise comme un véritable mouvement de libération. Puis, la cour de Huê, afin d'éviter de nouveaux soulèvements, scinde les villages des survivants en hameaux qui sont éparpillés au milieu de villages viêtnamiens, entraînant sur le terrain une redistribution ethnique et une destruction des structures culturelles et socio-culturelles des Cham.

Les frontières de l’Ouest

On sait peu de choses sur les limites occidentales du royaume du Champa. Ce qui est certain, c'est qu'à la fin du Vème siècle, la région connue au Laos sous le nom de Champassak (région de Pac Xê), se trouvait sous la protection du Lin Yi, territoire qu'il a perdu au VIème siècle. On y trouve aujourd'hui un certain nombre de vestiges archéologiques, témoins de la présence cham au Laos, comme la pagode Phoxay à Ban Saphaï. Mais surtout, la ville même de Champassak est célèbre pour les ruines de Vat Phou, une des oeuvres architecturales les plus merveilleuses que la civilisation cham a laissé au Laos. 

De plus, un certain nombre d'ethnies montagnardes des hauts plateaux relevaient du Champa et obéissaient à certains de ses dignitaires. Jaya Simhavarman III (1139-1145) fit construire sur les hauts plateaux, à l'ouest de l'actuelle province de Ðak Lak, le temple de Ya Prau. L'existence de nombreux vestiges cultuels à Gia Lai, Ðak Lak et Lâm Ðông permettent de penser que si toute cette région était englobée dans la sphère religieuse du Champa, ce ne peut être que parce que celui-ci y exerçait sa domination.

Il n'existait probablement pas de frontière commune entre le Champa et le royaume khmer qui étaient séparés l'un de l'autre par un «no man's land», zone neutralisées qu'aucun des deux pays ne cherchaient réellement à inclure dans son territoire.

Une des mesures prise par Lê Thánh Tông en 1471 pour détruire la puissance du Champa, est de le partager en trois principautés vassales du Ðai Viêt : Chiêm Thành (ce qui reste du Champa et où Bô Trì Trì reçu l'investiture du souverain annamite), Hoa Anh et Nam Bàn. Ces deux derniers pays dont les gouvernants recoivent le titre de Vuong (roi) correspondent à l'hinterland des provinces méridionales du Centre actuel, vaste région de plateaux s'étendant jusqu'aux Boloven laotiens à l'ouest.

Si les historiens situent mal exactement le Hoa Anh, il semble que le Nam Bàn est précisément situé à l'ouest du Phú Yên et du Quang Nam, là où habitent le roi-génie du feu et le roi-génie de l'eau (Thuy Xá et Hoa Xá). Ces deux états de Thuy Xá et de Hoa Xá, tributaires et vassaux des seigneurs Nguyên depuis 1558 englobent donc les plateaux du Ðak Lak et de Kon Tum, pays des tribus Gia Rai, Ê Ðê, Ba Na et Xo Ðang. Les chefs de ces tribus, auxquels ont été donné les titres de Roi du Feu (Patau Apvi) et de Roi de l'Eau (Patau Aya), ont reçu de la dynastie royale cham, avant son extinction, des insignes royaux qui leur confèrent une influence morale considérable à cause des vertus extraordinaires qu'on leur a attribuées.

La résidence du Patau Apvi à cette époque se situe dans la région de Che Reo (A Yun Pa) et celle du Patao Aya dans le Ðak Lak, ce qui correspond donc à une zone de hauts plateaux où on trouve encore des vestiges historiques et cultuels de l'ancien Champa (Po Klong Garai, Yang Prong, Yang Mum, Cheo Reo...).

Le Champa aujourd’hui

Tout au long de son histoire, le Champa a dû, faute d'une base économique forte capable de nourrir et d'encourager une population abondante, reculer peu à peu devant la pression viêtnamienne. Désormais sans armée et sans ressource, les Cham seront à la merci des Annamites qui les refouleront d'abord, puis prendront leurs derniers territoires. Et si les derniers survivants avaient pu préserver certains aspects de leur culture, le Nam Tiên (marche des Viêt vers le Sud) a eu pour conséquence pour les Cham une assimilation politique et économique ne tenant nullement compte de leurs particularismes socio-culturels. Mais le plus étonnant est quand même qu'un art original s'y soit développé dans un contexte historique aussi troublé. 


De ce royaume qui a disparu peu à peu sous les coups des Viêt descendant vers le sud, il ne reste aujourd'hui que des vestiges archéologiques (Trà Kiêu, My Son, Ðông Duong...) et trois groupements humains :

- le premier, qui compte environ 300 000 personnes, est implanté sur les hauts plateaux du Centre Viêt Nam. Il est composé des ethnies montagnardes dont les parlers appartiennent à la famille austronésienne (Gia Rai, Ê Ðê, Chu Ru, Ra Glai) et de quelques groupes parlant des langues austroasiatiques (Ma, Xtiêng, Hrê).
- le second groupement, l'ethnie cham à proprement parlé, vit dans les deux provinces de Bình Thuân et de Ninh Thuân (80 000 individus) et dans la région de Châu Ðóc et de Hô Chí Minh Ville (15 000 personnes).
- enfin, 150 000 personnes se sont installées au Cambodge où elles ont émigré depuis le Kauthara et le Panduranga à partir du XVIIème siècle.

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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 14:14
Un Royaume pour trois Rois ou la guerre civile : Srey Reachea (1433-1485), Srey Soryautey (1471-1485) et Thomma Reachea (1482-1504).

1. Preah Serey Reachea (1433-1485) :

Preah Srey Reachea prit la succession de son demi-frère, Preah Noray Reachea (1427-1433) en 1433, à l’âge de 30 ans. Son nom de sacre était Samdech Preah Angkir Preah Serey Reachea Thipadey Thommeak Varaudam Moha ChakKrapâth Reachea Preah Boromneat Moha Borpith.Le Roi célébra les funérailles de son demi-frère pendant 7 jour, conformément aux us et coutumes des rois khmers.

Après 20 ans de règne, en 1453, ayant appris qu’il y a les troubles politiques au Siam, il convoqua, tous les membres de la Cours, les dignitaires et les généraux pour leur dire à peu près ceci :

« Jadis, Ayudyā (Invincible, nom de l’ancienne capitale Siamois) avait envahi deux fois notre pays, enlevé beaucoup notre population. Nokor Kampuchea d’aujourd’hui est en paix et prospère, quant à la situation du Siam, elle connaît des troubles politiques, parce que le général Khoun Vorak Vongsa a emparé le pouvoir royal, tué son roi, Yathva. Ce dont, a déclanché les désordres dans ce pays. Comment faire alors pour profiter de cette situation ? ».

Sans laisser le temps aux dignitaires civils de réfléchir sur la question royale, le général en chef répondit au roi :

« Pendant le siège de Norkor Thom, nos armées s’étaient dispersées partout dans le Royaume, et à cause de la distance trop éloignée, elles n’ont pas eu la possibilité de venir en aide en temps et en heure l’armée chargée de défense la cité. Aujourd’hui, le moment est propice aux grandes entreprises, faire une campagne militaire de recouvrement toutes les provinces conquises par ce malheur pays. Notre pays est riche et prospère. Cette situation nous permet de lever des milliers d’hommes pour envahir le Siam. Le corps des officiers d’aujourd’hui est prêt à se battre et mourir pour Votre Majesté. Votre royal désir aujourd’hui nous donne une occasion pour nous venger nos morts hier ».

Le représentant des généraux parlaient avec une conviction profonde qui fit taire les autres assistants. L’ambiance dans la salle du trône était pesante, mais rassurante pour le Roi. On sent que les généraux ont faim de vengeance. Le Roi se rangea finalement à cet avis.

Il ordonna ainsi au Premier Ministre Keo (Chao Vatulahăk, titre du premier ministre de l’époque) de lever une armée de 120.000 hommes et réquisitionner des éléphants, des chevaux, des chars et autres matériels qui sont utiles à l’armée. Le corps expéditionnaire était composé de quatre armées et deux régiments :

- Armée Royale, commandée par le roi en personne ;
- Armée d’avant garde, commandée par le Premier Ministre ;
- Armée du flanc droite, commandée par Ponhea Pen ;
- Armée du flanc gauche, commandée par Kralahom Peung ;
- Régiment d’appui et d’intendance, commandé par Ponhea Yomreach (dans le document, on ne connaît pas son nom) ;
- Régiment de réserve, commandé par Ponhea Vibolreach, qui avait pour mission de porter secours à qui dont il a besoin.

Pour partir à la conquête le Siam si loin de la capitale, le Roi Srey Reachea confia la garde de la capitale et la gestion des affaires courantes du Royaume à son demi-frère, Preah Tomma Reachea.

Lorsque la préparation de la campagne militaire fut achevée, le jour faste, le Roi monta sur le dos de son éléphant et ordonna au corps d’expéditionnaire à ruer sur la capitale siamois, Krong Tep (cité des anges) en passant par les provinces Pursat, Battambang, Norsarika, Preah Keo et Stung Bakrôn.

Dès son arrivée au Siam, il ordonna à l’armée d’avant-garde de livrer les combats contre les garnisons siamoises dans des différents endroits jusqu’à la province de Pachem (Ouest) (Moung Prachim d’aujourd’hui) avec succès. Le gouverneur fut capturé avec les membres de son administration.

Dans cet exploit, le général khmer ordonna à ses troupes d’enlever mille famille siamoise. Avant de poursuivre sa progression vers Krong Tep, Chao Vatulahăk Keo fit camper ses troupes à Pachem pour attendre la jonction de l’armée royale. Tout d’abord, il commença par procéder tranquillement et méthodiquement à l’installation générale de tout son monde.

Quelques jours plus tard, le Roi arriva à Pachem, à la tête du gros de son infanterie et de sa cavalerie. Au camp retranché, Keo ordonna qu’on amena le prisonnier, le gouverneur siamois, pour que le Roi le voir et lui poser quelques questions sur la situation politique et militaire de son pays. Celui-ci dit ceci :

«Il y a un certain temps, le général Khoun Vorak Vongsa, son épouse, Neang Sisodachan et son clan ont été chassés de trône et tués par les fidèles du roi défunt, Yathva. Les vainqueurs ont proclamé un des leurs roi du Siam. Son nom de sacre est Preah Chao Chakkrapâth. Le nouveau souverain a pu rétablir l’ordre dans le royaume. Le pays aujourd’hui se retrouve la paix et la prospérité ».

Le Roi eut le soupçon sur cette nouvelle. Pour en avoir le cœur net, il décida d’envoyer sur le champs ses espions à la capitale d’ennemis, afin de lui rapporter la vérité de ce pays. Puis, il commença à préparer avec les membres de son Etat-Major les plans du siège de la capitale siamoise. Puis, il ordonna à ses troupes d’attaquer les garnisons d’ennemis dans plusieurs provinces pour ouvrir une voie d’accès au Krong Tep. Une telle opération était l’affaire d’un général en chef, Chao Vatulahăk Keo, capable d’organiser le déploiement des troupes, logistique des vivres et du matériel. Le succès fut total pour l’armée khmère et elle fit beaucoup de prisonniers siamois.

Dans le document (l’histoire des rois khmers, 3ème tome, n° K53-3) déposé à la bibliothèque du palais royal dit ceci :

« Les espions du roi revinrent de la capitale avec les informations suivantes : Quatre généraux siamois, Khoun Pirethtep, Khoun Preah Intep, Meung Reachsdèha, Loung Siyâth, demeurant à Lantakpha, se sont rebellés contre le général Khoun Vorak Vongsa. Ils ont tué ce dernier avec tous les membres de sa famille, y compris sa belle-mère. Puis, le président de ce groupe militaire, ayant le sang royal, a été proclamé par ses compagnons, roi du Siam, dont le nom est Preah Chao Chakkrapâth Thireach.

Apprenant cette nouvelle, le Roi rassembla ses généraux pour leur dire ceci :

« Comme vous le savez, pour le moment, l’armée ennemie est en déroute partout où nous l’avons attaqué. Ce qui importe à l’heure présente, c’est de continuer à marcher sur Krong Tep. Qu’allez-vous penser ? dit le Roi. Mes paroles n’exprimaient que le sentiment sincère d’un général ».

Tous les généraux se rangèrent à l’avis du Roi. Une fois la décision avait été prise, le Roi ordonna à l’armée de se diriger vers Krong Tep.

Parlons du Samdech Chao Vatulahăk Keo, Commandant en Chef de l’armée de la Marine, il attaqua la province Royong (ancienne province khmère) par la mère avec succès. Le gouverneur siamois de cette province fut tué dans la bataille. La population accueillit l’armée khmère en libérateur. Ensuite, celui-ci poursuivit son chemin et déclencha une bataille de recouvrement, avec succès, d’une autre province khmère Chanthabori, en tuant le gouverneur, Commandant de région militaire siamoise, Ponhea Nam.

Après son exploit, Samdech khmer ordonna à son armée de camper dans cette contrée. Plusieurs familles siamois furent enlevées pendant cette bataille. Sans plus tarder, Chao Vatulahăk Keo écrivit un message à l’adresse de son roi, pour l’exhorter à suspendre la progression de ses troupes dans le territoire ennemi et établir un camp retranché et une administration khmère dans ces provinces libérées. Cette suggestion avait pour but de consolider la présence khmère dans cette région. La permission avait été acceptée par Srey Reachea, mais celui-ci donna une instruction précise à son général. Celle-ci disait ce qui suit :

« Si vous êtes informé de ma victoire sur Krong Tep, vous deviez faire immédiatement mouvement de votre armée pour occuper la région Sud du Siam et puis, vous m’informerez sur les résultats de cette opération ». (
Fin du récit du document K53-3).

Revenons au roi Srey Reachea, il donna l’ordre aux quatre corps de l’armée de se diriger vers Krong Tep. Son avant-garde poursuivit sa progression même pendant la nuit et se trouva en vue la cité des anges au petit matin. Chao Vatulahăk Keo, général en chef khmer, ordonna l’attaque.

L’assaut khmer surprit les fantassins ennemis en plein sommeil. Saisis de panique, ils ne songèrent qu’à trouver refuge dans la cité. Mais aux approches de la muraille, les soldats khmers se heurtèrent à un dispositifs fermement installé. L’abondance du parc de canons ennemis avait été mise en feu et brisa leur élan.

En vagues successives, les soldats khmers montèrent à l’assaut de la muraille siamoise. Mais à chaque assaut, ils furent repoussés par celle des adversaires. Il y avait beaucoup de morts dans les rangs des Khmers. En conséquence, pour rester hors de porter des veuglaires, le Roi Srey Reachea obligea de donner l’ordre à ses troupes de se replier à une distance de 200 send de la cité (1 send, l’unité de mesure khmère de l’époque, est égal environ 30 mètre).

Cependant, un détachement khmer de 500 soldats d’élite, commandé par Okgna Pen, arrivèrent à percer les lignes de défense siamoise, puis, ils avancèrent jusqu’à les murailles de la cité, furent prêts à grimper sur ce mur maudit. A peine les sapeurs eurent achevé leurs préparatifs que Okgna Pen cria fort, parce qu’il fut touché par une balle d’ennemis, il tomba et sa vie fut emportée immédiatement par le mort. Ces hommes sans chef, obligèrent de se battre en retraite en amenant avec eux le corps sans vie de leur héro.

Aux prises avec adversaires plus puissants, beaucoup des soldats périrent en fin compte sur le champ de bataille, le Roi Srey Reachea convoqua tous les chefs d’unités pour donner l’ordre de se replier sur Pachem. Dans cette retraite stratégique, l’armée khmère ne fut pas poursuivie par celle des siamois, parce que le Roi Chakkrapâth jugeait que la puissance d’ennemis restait toujours intact.

Parlons du pays Hang Vatey (Birmanie d’aujourd’hui). Le roi de ce pays leva une armée de 30.000 hommes, afin de venir attaquer la capitale siamoise, parce qu’il avait entendu comme le roi khmer qu’il y ait des troubles politiques dans ce pays. Arrivé juste à la frontière, le roi fut informé que le Siam fut déjà envahi par l’armée khmère, dont l’effectif était de 120 000 hommes et celle-ci avait enlevé plusieurs milliers de la population siamoise. ayant appris cela, il fit demi tour pour retourner dans sa capitale.

Revenons à la capitale khmère, Krong Chatomouk, le prince Srey Soryatey, le neveu du roi Srey Reachea, profitant l’absence du roi, il quitta la capitale avec ses partisans pour lever une armée contre ce dernier. Beaucoup de gouverneurs des provinces de l’Est du pays étaient ralliés au prince rebelle. Puis, il livra les combats avec succès contre les garnisons des provinces Kompong Siem, Steug Tran, Baray Cheûk Prey et une partie du nord.

Il faut noter que le prince Srey Soryautey n’avait jamais accepté la décision du Conseil de la Couronne : le choix de son oncle comme roi à sa place. Dans son entreprise, il revendiquait donc le trône. Pour émuler sa force avec celle de son oncle, un seul moyen, c’est de décrier au dernier, sa légitimité de roi.

Ayant Informé de cette rébellion, le prince Thomma Reachea, le demi-frère du roi, ordonna aux généraux d’établir les garnisons depuis la province Samrong Tork jusqu’à celle Teuk Kmao (territoire de la Cochinchine actuelle) afin de faire face à une éventualité d’attaque de son neveu. En ce qui concerne la partie du Koh Sla kèt jusqu’à Peam Mich, Prey Norkor, Lon Hor, Phar Dek, il nomma les gouverneurs par intérim pour remplacer les titulaires, qui étaient partis avec le roi au Siam, afin qu’ils organisent la défense de leur province.


Puis, il envoya une délégation à Pachem Bori pour informer le Roi la rébellion de Srey Soryautey. Le Roi avait fait un rêve, il y a quelques jours, dans lequel, il voyait son demi-frère, le roi défun, Noray Reachea, lui a coupé avec l’épée sacrée en trois morceaux. Les astrologues fut convoqués pour interpréter cette vision. Il y avait deux parties opposées dans la prévision des devins. Bon présage : le roi va gagner la guerre contre le Siam. Mauvais présage : le roi va avoir un conflit armée avec certains membres de la famille royale. Après avoir entendu les deux versions, il roi se faisait beaucoup de souci.

Cinq jours après, la nouvelle de la rébellion de son neveu était arrivée à Pachem Bori. Le porteur de message royal informa en outre le Souverain que plusieurs détachements du prince Srey Soryautey campèrent dans la province Cheuk Prey, dont la mission est de barrer la route de retour au pays de Sa Majesté le Roi.

Ayant appris cette nouvelle, le roi se mit en colère et ordonna aux généraux de lever le camps pour retourner au Kampuchea en amenant des milliers siamois avec l’armée. Arrivé à Battambang, le Roi ordonna au gouverneur de cette province de lever une armée de 5 000 hommes pour établir une garnison à Neang Rog pour défendre une éventualité attaque des Siamois.

Puis, il poursuivit son chemin jusqu’à Pursat où il rencontra un autre messager du prince Thomma Reachea pour lui assurer la solidité des dispositifs de défense, malgré la totalité des provinces de l’Ouest étaient occupées par le prince Srey Soryautey. En revanche, Thomma Reachea demanda à son frère d’aller attaquer l’armée de ce dernier à Kompong Siem. Le Roi était content de cette nouvelle. Il se dit :

« Après la victoire, je nommerai le prince Thomma Reachea, Moha Obparach (vice-roi) pour ses service rendus à la nation ». Le Roi laissa les prisonniers siamois à Pursat et ordonna au gouverneur de cette province de réquisitionner la population pour porter les vivres et suivre la marche de l’armée, puis il poursuivit son chemin jusqu’à la province Kiri Bârribo (Bârribo actuel) où il ordonna à l’armée d’avant-garde de traverser le fleuve en premier pour camper à l’Est de l’autre côté de la rive. Cette manœuvre avait pour objectif de dilater la zone de sécurité pendant la traversée du fleuve tous les unités de l’armée.

Une fois l’armée du Roi se trouva en face de celle de son neveu, le Roi fit s’écrier en premier l’ordre de bataille. Au signal, les soldats du Roi se lancèrent à l’assaut, frappant, luttant avec acharnement, dont le péril était mortel pour les soldats de Srey Soryautey. Devant les adversaires déterminés, les soldats du prince, se battirent de plus en plus en défensive qu’en offensive, mais sans avoir perdu l’espoir de repousser les assaillants.

Mais la violence des assauts, répétés pendant plusieurs mois, par les fantassins de son Auguste oncle, mettait le prince Srey Soryautey dans le doute de l’efficacité de son armée et se rendit compte que l’armée du roi était beaucoup plus forte que la sienne. La situation s’avérait réellement critique, malgré la prouesse de ses soldats. Il pensa que le repli stratégique de son armée de la région du Nord s’imposait à lui. Au mois de février, l’année du porc, le prince Srey Soryautey décida d’abandonner sa position pour venir établir un camp retranché à Basane.

Le repli de son neveu, permettait au Roi de libérer, en effet, toutes les provinces du Nord, mais cette victoire n’infléchit en rien le cours de la guerre. Cette année-là, la population voyait dans le ciel, une étoile avec une longueur de la queue de 15 bras (comète) orientée vers le sud. L’apparition de la comète dans le ciel, selon la superstition khmère, est un mauvais présage pour la paix du pays. La guerre s’éclatera là où la queue de l’étoile s’oriente.

Retournons maintenant auprès du roi Srey Reachea. Il jura d’anéantir l’armée du traître. Il ordonna, en effet, à son général, Chao Ponhea Moha Reach Sénapadey de continuer à harceler l’armée rebelle. Alors, celui-ci rassembla sa troupe, franchit le fleuve, s’en alla établir un avant poste de défense dans la ville de Chlauk.

Lorsqu’il se présenta avec sa troupe à la porte de cette ville, il fut attaqué immédiatement par celle du prince Srey Soryautey en tuant un grand nombre de ses soldats. Chao Ponhea Moha Reach se battit en retrait, mais il fut poursuivi par les soldats ennemis. Il fallait relancer plusieurs contre-attaque par les soldats d’élite de sa troupe pour qu’il ait pu dégager la poursuite d’ennemis. Puis, il vint informer son Roi du désastre de sa mission. Celui-ci était fort mécontent de la défaite de son général, et ordonna derechef à un autre, Ponhea Kralahom de livrer les combats à plusieurs reprises contre les troupes de son neveu, mais sans avoir remporté une victoire décisive.

La guerre de position perdura pendant plusieurs mois, sans que l’on parvînt à savoir de quel camp penchait la balance. Comme il n’y avait ni vainqueur ni vaincu dans les deux camps, le prince Srey Soryautey chercha avec ses généraux à utiliser l’arme psychologique.

Ayant appris qu’un plus grand nombre de soldats, servis dans les rangs du Roi, étaient originaires de la zone de l’Ouest, laquelle était sous son contrôle, Srey Soryautey n’hésita pas à en profiter pour déstabiliser l’adversaire. Ainsi, il donna l’ordre à ses gouverneurs de punir la famille dont un des membres était dans le camp adverse. Cette nouvelle parvint aux soldats du Roi et provoqua la désertion d’un certain nombre des soldats qui avaient la famille à l’Ouest.

En 1465, pendant la saison des pluies, le Roi décida de retourner à la capitale en laissant une partie de l’armée pour occuper les provinces Kampong Siem, Cheûk Prey. Parlons du prince Thomma Reachea. Il réfléchit ceci :

« la guerre d’aujourd’hui sera longue. Je ne peut ni compter sur mon frère, ni sur mon neveu, parce qu’ils sont en situation querelleuse. Le Roi pourrait, en effet, m’accuser d’incompétent dans la mission royale de garder le Royaume en état de paix, puis, il me traduira devant le Conseil de guerre pour me condamnera à mort. Dorénavant, il est nécessaire de penser à moi, parce que ma vie cette fois-ci est en danger dans cette querelle sanglante sans issue. En outre, si le Roi revenait habiter dans la capitale, il remènera bientôt la guerre, la famine et la désolation. La seule solution, c’est de l’empêcher, par la force ou par la ruse ».

A dater de ce jour, la résolution de Thomma Reachea fut prise. Il rassembla le groupe habituel de ses Montrey fidèles et tint une conférence sur les mesures à prendre contre le retour de son frère dans la capitale. Après avoir entendu les propos du prince, ces derniers lui répondirent :

« Figurez-vous que se sont justement, à nous aussi, nos intentions réelles et nos projet, mais nous n’oserons pas de vous en parler, par craindre d’être accusés de traîtres. Nous sommes prêts à vous soutenir dans votre entreprise et à mourir en combattant à votre côté ».

Après avoir entendu cette déclaration, Thomma Reachea était ému. La joie et l’appréhension furent envahis dans son esprit. Conscient de cet enjeu, il remercia ses lieutenants en leur demandant d’aller enrouler la population des provinces de l’Ouest et du Sud pour former une armée du milieu.

Ensuite, il fallait avoir le courage de rompre les relations de subordination avec le Maître sur terre, son Auguste frère. La solution consistait à lui envoyer la reine, son apanage royal, toutes les filles d’harem et les serviteurs. En revanche, la quintessence d’objets royaux, il les garda dans la capitale pour gage.

Dans ses plans de défendre la capitale, le prince Thomma Rech, ordonna aux généraux d’établir un quartier général de l’armée à Oudon et à partir de là, il donna à son armée d’attaquer plusieurs positions de l’armée du prince Srey Soryautey : à Chhon Steug Krin Pounleu, à Ksach Kandal, Lovir Em. Il ordonna aux généraux d’établir plusieurs garnisons aux confins des régions de l’est et du Sud pour empêcher la pénétration des deux armées. Il créa plusieurs centres d’entraînement des troupes dans la capitale pour entraîner les nouveaux recrus. Il fit construire des magasins pour stocker les vivres et les matériels de guerre.

Arrivés à Kiri Bârribo, les Montrey du Palais demandèrent l’audience au Roi pour lui apporter la lettre de son frère. Dans la salle d’audience, à la vue du souverain, la reine et les dames du palais se mirent à pleurer et gémir en racontant leurs vies dans la capitale pendant l’absence du Roi. Après avoir échangé quelques mots avec la reine et ces dames, le roi demanda qu’on lui apportait la lettre de son frère. Il rompit le cachet et la lut avec attention. Celle-ci disait en bref ce qui suit :

"Le Prince Thomma Reachea aux rapports.
Sa Majesté, le Roi du Norkor Kampuchea Thipaday,
Depuis le jour où Votre Majesté a quitté la capitale pour conquérir le Siam et j’eus alors l’honneur d’assurer les affaires courantes du Royaume, je n’ai pas eu l’occasion de pouvoir vous rendre mes devoir. Il y a quelques temps, j’ai appris qu’hélas Votre Majesté est pâti de fatigue à cause d’une longue campagne militaire. C’est pour cette raison, j’ai sollicité la reine et les dames du palais de vous rejoindre pour apaiser votre fatigue endurée.

En ce qui concerne les affaires militaires, Je souhaite, Votre Majesté, que vous portiez d’abord vos pensée sur la situation militaire si pressant qui règne à la capitale, et que votre présence dans cette cité, attire davantage l’attaque de l’armée de notre neveu".

En conséquence, je vous prie respectueusement de bien vouloir écarter vos troupes du Krong Chatoumuk, pour aller parer aux dangers qui menacent le reste du Royaume. Quant aux provinces du Sud, elles sont désormais sous mon contrôle. Que Votre Majesté daigne seulement se soucier de conserver en parfaite santé, afin de pouvoir bientôt prendre soin à nouveau du bouddhisme.
Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le très humble et très obéissant serviteur. Si cela ne vous convient pas, je vous prie de bien vouloir m’en excuser.

Dès d’abord, le Roi fut surpris par le contenu de la lettre et sa première réaction fut une bordée d’injures à l’adresse de son frère, puis ordonna immédiatement aux généraux de ruer vers la capitale pour décapiter le nouveau traître. Les membres du Conseil de guerre donnèrent leurs avis ceci :

« Ouvrir un nouveau front est une entreprise très risquer car, si les deux princes fondaient leurs deux armées en une seule pour nous attaquer, comment pouvons-nous la résister ? Nous craindrions qu’il ne soit bien imprudent de notre part d’entrer en guerre, contre le prince votre frère, de façon si inconsidérée. Accepter une humiliation tactique sera une victoires stratégique de demain ». Après avoir entendu cet avis, le Roi le jugea juste et il revint sur sa décision.

Cependant, il ordonna aux généraux de renforcer les garnisons dans les provinces sous son contrôle : Long Vek, Rolear Phirk, Kiri Barobo, Krarkor, Kraug, Pursat, Battambang, Reusey Sagne, Tèm Seyma, Mongkol Borey, Reyong, Sorin, Sèk Kir, Kompong Siem, Steug Treng, Cheuk Prey, Kauk çès, Anglong Reach, Prom Tep, Prey Kdey, Staug, Chi Krey, Rolos, Siem Reap, Mlou Prey, Chham Ksan, Tnauth, Teuk Chhūr jusqu’à la frontière siamoise, c’est-à-dire toutes les provinces l’Ouest du Mékong. Tous les provinces du Sud-Est du Mékong et une grande partie de la Cochinchine étaient sous le contrôle de son frère.
(Suite dans le prochain numéro 11)

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