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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 15:08
Propos sur la monarchie khmère : Les règles de succession au trône.

Jean IMBERT, ancien Doyen de la faculté de droit et des Sciences Economiques de Phnom-Penh, a écrit en 1961 dans son livre « Histoire des institutions khmères » : « En l’absence de textes constitutionnels précis fixant les règles de succession au trône, nous sommes obligés de considérer quelles furent les pratiques habituelles, pour tirer une règle générale. Malheureusement, l’interprétation des pratiques successorales pendant toute notre période suscite des difficultés et a donné lieu à deux thèses qui paraissent de prime abord absolument opposées ».

Thèse de Madame Porée-Maspéro :

Le droit au trône se transmet par les femmes : « Ce principe explique pourquoi tant de rois du Cambodge étaient frère, neveu, genre ou beau-frère de leur prédécesseur, et une meilleure connaissance nous monterait que, dans le cas où un fils aurait succédé à son père, c’est qu’ils tenaient tous deux leurs droits de la même femme, épouse et mère ».

Thèse de Monsieur G.Coedès :

M. Coedès critique vigoureusement la thèse de Madame Porée-Maspéro et affirme que « dans plus de la moitié des cas, la succession peut-être considérée comme satisfaisant à la règle de succession masculine par ordre de primogéniture ». Il explique : « En face de 14 cas de succession en ligne masculine, on a 8 cas de types fort différents les uns des autres, qui n’ont de commun que le rôle de la filiation en ligne féminine. Et, sur ces 8 rois, 5 ont obtenu le pouvoir royal, soit dans des circonstances troubles, soit de façon violente, ce qui semble indiquer que leur filiation ne leur conférait pas de droits incontestables ».

La monarchie élective ?

Jean IMBERT a signalé en outre dans son livre qu’à partir du XVe siècle se répand une coutume qui jouera par la suite un rôle primordial dans les règles de succession au trône. Profitant sans doute de l’affaiblissement du pouvoir royal consécutif aux invasions siamoises, les ministres du royaume vont intervenir dans la désignation du souverain. Trois cas à noter :

« En l’an 1401, les ministres écartent Barommo-Soccarach, fils du roi défunt, pour mettre à sa place son cousin Srey-Soriyovong, fils d’un précédent roi, auquel succède Samdech Chao Ponhea dont l’identification est incertaine.

En 1477, en 1505, c’est encore sur l’intervention et par l’élection des ministres que le descendant légitime sera écarté au profit d’un autre membre de la famille ».

Note : Document de la pagode Kompong Tralach Krom (KTK): Barommo-Soccarach (Borom Rama dans KTK), fils du roi défunt Lompong Reachea. Srey Soriyovong, (Preah Soryauvong dans KTK). Celui-ci avait libéré le pays de l’occupation siamoise. Il se proclama Roi pendant la guerre de libération et après la victoire, il fut à nouveau proclamé Roi par le Conseil de la Couronne. Son ascension au trône fut dans une circonstance trouble (thèse de M.G.Coedès). (Je renvoie les lecteurs à mes trois articles n° 3 et n°5 sur l’histoire des Rois Khmers et la monarchie ancienne khmère).

Ces cas, qui semble avoir l’exception aux règles de succession au trône, serviront cependant à justifier la règle postérieure d’un véritable droit au trône, droit qui n’est jamais établi de façon certaine.

Profitant de l’absence de textes précis fixant les règles de succession au trône, en 1906, le protectorat français procéda, après la mort du roi Norodom, à l’élection par le Grand Conseil du prince Sisowath, frère du roi défunt, pour empêcher le prince Yukanthor, héritier présomptif à la couronne, de prendre la succession de son père. Cette pratique avait la raison suivante : « Le prince Yukanthor avait osé venir en France pour se plaindre du colonisateur et cette protestation aurait révélé certains procédés abusifs de l’Administration coloniale française et certains fonctionnaires khmers au service du protectorat, tels que Oum et Thiuoun. Il est intéressant de citer les doléances du prince Yukanthor dans son mémoire adressé à Monsieur le Président du Conseil des Ministres et aux membres du gouvernement de la République française :

Cas de Oum :

« …Et aujourd’hui S.M. mon père et moi, nous sommes traités en ennemis par les représentants de la France. Et leur appui politique, ces représentants le cherchent auprès de lâches comme Oum ! de lâches qui sont en même temps des voleurs… ». « …Voilà ce que produit la puissance que votre administration directe, sans le Roi, contre le Roi, donne à des gens comme Oum, augmentation des impôts, augmentation des corvées, diminution de la sécurité, vexations de toutes sortes… ».

Cas de Thioun (alors l’interprète de la Résident supérieur) :

« …Ce métis (Vietnamien), appointé à quelques centaines de dollars, a gagné en quelques années une fortune qui lui permet de posséder au grand soleil pour plus de cent mille francs d’immeubles. Il a son tant pour cent sur toutes les opérations de Oum… et d’autres ».

En 1941, en raison de la préservation de sa puissance coloniale au Cambodge après sa défaite dans la guerre contre l’Allemagne hitlérienne, la France de Vichy, avaient utilisé de servir pour la deuxième fois les règles de succession sans textes pour écarter du trône le prince héritier, Sisowath Monireth, fils du roi défunt Monivong, pour mettre à sa place un jeune prince âgé de 19 ans, Norodom Sihanouk, né de la conjonction de sang de la branche de Norodom et celle de Sisowath. Cette alliance de sang était servi par la France comme argument pour justifier sans doute son choix. Mais la réalité est autrement : le prince Monireth était à l’époque plus mûr, instruit, réfléchi et savait peut-être profiter de l’affaiblissement de la France pour revendiquer l’indépendance pour son pays. En effet, l’élection de Sihanouk comme roi par le Conseil de la couronne, le 23 avril 1941 et couronné le 28 Octobre de la même année n’était que le diktat de l’autorité coloniale aux membres du Conseil de la couronne.

Le retour de la France au Cambodge en 1946 avec sa nouvelle doctrine coloniale (doctrine fondée, sur le principe d’association au lieu d’exploitation exprimée et d’assimilation politique et administrative pratiquée dans le Continent d’Afrique noire) avait obligé le Roi Sihanouk à octroyer le 6 Mai 1947 une Constitution au peuple khmer. Les articles 26 et 27 de cette constitution nous montrent bien que la France, en tant qu’État associé au royaume du Cambodge était très prudente en matière de règles de succession au trône, car elle reconnaît explicitement le droit légitime du roi khmer de désigner son héritier à la couronne. L’élection interviendra au cas où il y aurait absence de désignation d’un prince héritier par le souverain défunt. Voici les textes :

La constitution du 6 Mai 1947 (Titre IV – du Roi) :

Article 26 : Le Roi a le pouvoir, après réunion du Conseil de la couronne, de désigner un héritier au Trône ainsi que d’annuler cette désignation.

Article 27 : Au cas, où, alors d’une vacance du Trône, un héritier n’aurait pas ainsi été désigné par le ROI, la désignation du nouveau Souverain est effectuée par le Conseil de la Couronne à la majorité des voix, celle du Président étant prépondérante en cas de partage.

Article 28 : Le Conseil de la Couronne comprend : le Président du Conseil de la famille Royale, le Président du conseil des Ministres, le Président de l’Assemblée Nationale, le Président du Conseil du Royaume, les deux Chefs des sectes religieuses, le Président de la Haute Cour de Justice. La présidence de ce Conseil est confiée au Président du Conseil de la famille Royale.

Article 29 : La majorité du Roi est fixée à 18 ans. Si le Roi est mineur ou dans l’incapacité d’exercer ses prérogatives, celle-ci sera exercées par un Régent.

La constitution de 1993, laquelle est vue comme une perfection et une grande victoire pour les monarchistes, ramène en réalité la monarchie khmère à état insignifiant qu’elle n’a jamais connu dans son histoire et par rapport aux autres monarchies constitutionnelles existant actuellement dans le monde. Les articles 10 à 13 relatifs aux règles de succession révèlent bien cet état :

« La royauté est élective.
Le Roi n’a pas le pouvoir de désigner son successeur parmi les membres de sa famille. Dans un délai de 7 jours au plus, le nouveau Roi est élu par le Conseil du Trône. La Roi est choisi dans la famille royale, parmi les descendants du Roi Ang Duong, Norodom ou Sisowath. La majorité du Roi est fixée à 30 ans.

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 16:54
Règne de Preah Noray Reachea (1427--1433).

En 1427, l’année de serpent, Preah Noray Rechea prit la succession de son père à l’âge de 33 ans. Son nom de sacre était « Preah Bat Samdech Preah Angkir Preah Noray Reachea Rama Thipaday Preah Srey Soryaupor Thomeuk Moha Reachea ». Il célébra les funérailles de son père en conformité aux us et coutumes des rois khmers.

Un beau jour, le Roi s’était rendu visite à la reine-mère. Au cours de son chemin, il avait aperçu le chantier de la Grand’mère Penh où il y avait de milliers de personnes qui transportaient les terres pour édifier une colline. Par curiosité, le Roi posa la question aux membres de sa suite, le pourquoi, il y a autant de personnes là-bas. Le chef de sécurité lui répondit : Dans cette contrée, il y a une Grand’mère, Penh, qui possède la statuette de Bouddha à quatre visages. Elle voulait élever un grand stupa au sommet d’une colline pour abriter sa statuette, mais comme à Kos Reusey, il n’y a ni colline, ni terrain élevé, elle décida d’édifier une colline artificielle en faisant appel aux volontaires vivant dans les villages à la ronde. Comme Votre Majesté peut le constater, il y a de milliers de gens qui viennent aider Grand’mère Penh ». Aussitôt qu’il apprit cette nouvelle, le Roi se dit : « Grand’mère Penh est sans doute une dame exceptionnelle, destinée prodigieuse, c’est pourquoi, elle veut faire une bonne action pour la prospérité du Bouddhisme. En tant que Roi, je dois absolument y contribuer à cette entreprise ».

Le lendemain matin, le Roi avait mobilisé les membres de sa Cour et tous les dignitaires du Palais pour venir en aide à la Grand’mère Penh. Cette participation royale se répandit partout dans le pays, qui attira tout le peuple des campagnes et les Montrey du Royaume pour venir élever la colline avec le souverain. Une fois l’édifice fut terminé, le Roi fit construire une pagode au sommet de cette colline. Pour éviter qu’on vole la statuette de la Grand’mère Penh, le Roi ordonna au chef menuisier du palais de couper un tronc d’arbre Koki en deux morceaux, un pour sculpter à l’identique la statuette de la Grand’mère et l’autre morceau pour construire un stupa afin de déposer la copie en bois de la statuette et la relique du Bouddha ? Quant à la vraie statuette, le Roi la confia au moine supérieur de cette nouvelle pagode en lui donnant une consigne précise de bien la garder car, cet objet est précieux pour le pays et le Bouddhisme, et en cas de guerre, il faut immédiatement penser à l’enterrer dans un lieu sûr pour éviter qu’on la vole. Le Roi donna le nom de la pagode, Phnom-Penh pour immortaliser la bonne action de la Grand’mère Penh. Cette colline est le Vat Phnom d’aujourd’hui.

En 1432, l’année du Rat, le Roi fit construire un autre stupa au pied de la colline pour déposer les cendres de son père, le roi défunt Ponhea Yat (1384-1427). Une cérémonie de sept jours était célébrée conformément à la religion bouddhique. Pendant le règne de Preah Noray Reachea, le pays était en paix. Le Roi avait un fils, Preah Soryautay. Ce prince portait le même nom que celui du vice-roi Soryautey, frère du roi défunt Lompong Reachea (1346-1351). Après 6 ans de règne, à l’âge de 39 ans, Preah Noray Reachea mourut de maladie. Le Conseil de la Couronne fit monter sur trône khmer, son demi-frère, Preah Serey Reachea.


Note de M.Eng Soth (Historien et Chercheur, membre de la Commission de l’Histoire et de la Culture khmère). M. Eng Soth était juge de la cour de cassation au Cambodge : Selon le document déposé à la pagode Kompong Tralach Krom : « Les noms de rois khmers sont gravés souvent sur les stèles dont la période de règne est incohérente par rapport au calendrier chrétien ». M. Eng Soth, suggère aux historiens khmers de la génération suivante de travailler pour y mettre un peu d’ordre pour la compréhension des lecteurs.


Commentaire :

Au Cambodge, dans le temps reculé, on utilisait beaucoup de calendriers : ère Bouddhique, Grande ère et Petite ère. Par exemple, 1433 de l'ère chrétienne, soit 1977 de l'ère bouddhique, 1355 de Grande ère et 795 de Petite ère.

Si on prend le règne de Ta Trasak Peam ou Ang Chay, selon le document de la pagode Kompong Tralach Krom, la date du couronnement du roi Ang Chay fut 998. En revanche, dans le document déposé à la bibliothèque royale (tome 2, n° 53, page 68), ce roi monta sur le trône le 11 mars 1290. L’écart est de 292 ans, presque trois siècles. Pour cette raison, beaucoup des chercheurs français travaillant pour l’Ecole Française d’Extrême-Orient considèrent l’histoire des rois khmers de Ta Trasak Peam jusqu’à la fin du règne de Sotheanreach comme une légende.

Il faut noter que les textes en khmer dans le document la pagode Kompong Tralach Krom, sont écrits dans un style oral/écrit, c’est-à-dire une expression populaire ancestrale. On les écrit pour être dits, transmis de bouche en bouche. On le sait que les Rois de la chronique sont moins intéressés par les chercheurs français, parce qu’ils sont moins visibles que les rois d’Angkor. Et pourtant, il y a autant des textes sur pierre ou en feuille de latanier qui jalonne la période post angkorienne.

Et quand on lit l’histoire des rois khmers, après le XIIIe siècle, on s’aperçoit qu’il y a autant d’enseignements pour les Khmers contemporains. Peut-être, faute de temps, les chercheurs français n’auraient pas la possibilité d’étudier entièrement l’histoire du Cambodge. Il serait facile dans cette condition de résumer que l’histoire des rois de la chronique n’est qu’une légende. Néanmoins, ils reconnaissaient qu’à partir du règne du roi Lompong Reachea (1346-1351), la chronique des rois khmers commence à avoir une allure de l’histoire.

De nos jours, dans l’esprit des Khmers instruits, ils font établir une frontière entre deux périodes de l’histoire de leur pays et de faire correspondre à l’une et à l’autre des valeurs différentes : Après la période d’Angkor, l’histoire d’origine, celles qu’en khmer on désigne par les mots Doem Kamnoet, « Souche - naissance », est un amalgame entre la légende, les contes et les faits historiques, elle aurait donc moins de valeur historique que celle étudiée et publiée par les experts de l’Ecole Française d’Extrême-Orient.

Et pourtant, quand on lit les manuscrits des « histoires d’origine », on constate que les textes en khmer sont bien étudiés mot à mot dans son langage très imagé qui s’adresse à toutes les couches sociales : hommes, femmes, enfants, religieux, officiels, laïcs, peuple et masse.

Dans les récits historiques khmers, le monde réel et le monde surnaturel s’inscrivent dans un espace sans frontières, dont le sens peut prêter à équivoque dans l’esprit des savants. Mais, ce mélange fait partie intégrante de la culture khmère. Par conséquent, il fallait mieux s’associer l’étude de l’histoire d’origine avec celle de la culture khmère. Ainsi, dans l’esprit du peuple et masse, l’existence de l’histoire des rois de la chronique ne constitue aucun objet de doute. La Commission de l’Histoire et de la Culture khmère affirme de son côté que les récits des règnes des rois Ta Trasak Peam jusqu’à Sotheanreach a sans aucun doute une valeur historique, mais ce n’est pas une histoire comme Science Humaine, ils traduisent seulement les faits et les sentiments de la population.

Il est certain que les « historiens d’origine » auraient bien noter les dates précises dans leurs récits. C’étaient plutôt des conteurs d’histoire, depuis plusieurs siècles, qui racontaient ces faits sans donner aucune importance à la date. Il faut bien noter que la temporelle n’était pas dans la culture des Khmers du Cambodge ancien. Et pour mettre en phase avec le calendrier chrétien, l’historien, qui écrit le document Kompong Tralach Krom, auraient pu jouer sur le facteur d’âge des rois, Ta Trasak Peam jusqu’à Sotheanreach, sept règnes. Ainsi on peut constater que les rois Ang Chay et Ang Sour vivaient plus de cent ans.

Il est temps pour les historiens khmers de la nouvelle génération, comme le souhait de M. Eng Soth, de travailler pour offrir un nouveau cadre à l’histoire du Cambodge.

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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 08:45
La monarchie ancienne khmère.

I. Le corps, l’esprit de la monarchie ancienne khmère :

M. J. BOISSELIER (archéologue) a créé un cadre historique khmer qui nous donne un aperçu d’ensemble des périodes historiques cambodgiennes. Il est classé en quatre périodes :

- La période préhistorique et protohistorique ; la période founanaise ou première période historique qui débute avec l’apparition des premiers témoignages sur l’indianisation du pays (Ie siècle). Elle s’achève avec le règne de Kaudinya-Jayavarman (478-514), avant dernier roi Fou-Nan (le Fou-Nan : le royaume, de vocation agricole et maritime, semble avoir exercé son hégémonie sur une grande partie de la Péninsule de l’Asie Sud-Est).

- La période pré-angkorienne qui début par le règne de Kaudinya-Jayavarman et s’achève avec le règne de Jayavarman II (802--850), promoteur de la royauté angkorienne (selon les annalistes chinois, un royaume vassale, le Tchen-La, d’origine septentrionale et de vocation continentale, se libère (fin VIe à VIIe siècle) de la suzeraineté du Fou-Nan qu’il l’absorbe en même temps et étend son autorité sur les autres feudataires. Le manque de cohésion, les rivalités amènent, dès le début du VIIIe siècle, une sécession en Tchen-La de terre et Tchen-La d’eau dont le caractère anarchique favorisera les desseins de Jayavarman II).

- La période angkorienne. Elle commence avec le règne de Jayavarman II. L’œuvre de réunification et de centralisation ne sera réalisée que par son second successeur Indravarman 1er et parachève par le fils de ce dernier, Yasovarman 1er ; fondateur d’Angkor (Yasodharapura), dernières années du IXe siècle. L’abandon d’Angkor en tant que capitale (1431 AD), sous la pression siamois, marque la fin de cette période de grandeur ininterrompue (au moins jusqu’à la fin du XIIIe siècle).

- La période post-angkorienne. Elle prolonge jusqu’à nos jours. Cette période est caractérisée par l’adoption définitive du Bouddhisme Theravada (Sources : Asie du Sud-Est Tome I : le Cambodge par J. BOISSELIER sous la direction de G.COEDES – Edition A.J. PICARD et Cie).

A. Le corps ou la structure de la monarchie khmère.

Nous trouvons dans l’ancien Cambodge deux dynasties, lunaire et solaire. Aux évènements rapportés par les auteurs chinois correspond une tradition, selon laquelle la dynastie lunaire était issue de l’union d’un Brahmane Kaundinya et d’un Neak (Nâgî), appelée Somâ, fille du Neak Reach (Roi du dragon). La seconde dynastie (solaire) descend du couple Kambu-Mérâ. Vers 550, les rois de Tchen-La, appartenant à la dynastie solaire (Kambu-Mérâ), se libéraient de la domination du Fou- Nan et l’annexèrent au VIIe siècle. Pour créer un lien entre les deux dynasties, les rois de Tchen-La revinrent à la légende dynastique lunaire (Kaundinya-Somâ). Un texte épigraphique du Xe siècle évoque l’union de la race solaire de Kambu avec la race lunaire, dont l’une avait pour totem le serpent et l’autre, l’oiseau mystique, Krouth (Garuda).

Ces légendes indiennes mêlées d’éléments autochtones n’appartenaient pas au seul du Royaume de Fou-Nan. On les racontait à peu près la même chose dans l’ancien royaume du Champa, ceux de Java et de Logor. Dans tous les royaumes fleurissaient des civilisations apparentées, mais nettement différenciées.

La monarchie khmère est un système politique ou une organisation de pouvoir. Elle est tantôt exaltée, portée aux nues, sanctifiée. Elle est tantôt regardée comme mauvaise par nature. Sa déification ou son exécration s’exprime à travers une multitude d’actions des rois. En tant que système politique, elle possède une structure.

À partir du XIVe siècle en Occident, juriste et théoriciens de la politique conçoivent le royaume par analogie avec le corps humain comme un corps politique, comme un corps mystique. Le Roi et ses grands officiers recouvrent eux-mêmes à cette métaphore organique. Le concept correspond à ce que tous pensent être « structure du royaume ». La substance de celui-ci est faite de l’ensemble diversifié des sujets et leurs activités différenciées ; mais elle est ordonnée par une forme, l’autorité royale, qui dirige et coordonne la vie du corps politique. Le Roi est ainsi le cœur, la tête ou l’esprit, en vue d’une finalité, celle de l’ordre du royaume. La théorie khmère des sept éléments constitutifs de l’État ou de la structure du Royaume.

Au Cambodge, les auteurs des inscriptions sanscrites se réfèrent souvent à une célèbre théorie hindoue (elle était connue au Cambodge dès l’époque préangkorienne (IIIe au VIIe siècle), d’après laquelle l’État ou la structure du Royaume est constitué de 7 éléments : le Chef de l’État ou Roi (Svâmin), les officiers (Amâtya), la population et le territoire (Janapada), la ville fortifiée (Durga), le trésor (Koça), l’armée (Danda), l’allié (Mitra). (Source : Sachchidanand SAHAI : les institutions politiques et l’organisation administrative du Cambodge ancien Vie-XIIIe siècles).

Malgré leurs divergences d’opinion sur l’importance relative de chacun des 7 éléments, les traités indiens accordent la première place au roi comme en Occident. De même, les auteurs khmers considèrent le roi comme l’élément principal.

Les titres royaux :

Le nom de sacre, terminé en Varman, est précédé par les titres propres à la dignité royale. Dès l’époque préangkorienne, l’usage protocolaire est d’ajouter le terme Dava au nom du roi. À l’époque angkorienne, il est appelé Kambujabhûmideva. Cependant, ce terme « Deva » n’est pas réservé exclusivement au roi ; les Moha Montrey (grands dignitaires ou fonctionnaires) et les Brâhmanes y ont également droit. Quant aux titres en langue khmère, nous constatons une évolution sensible de l’époque préangkorienne à celle d’Angkor.

Dans la première période, le titre de Vrah Kamratân Aň est indifféremment décerné au roi, aux Brâhmanes, et aux divinités. Le roi ne semble pas avoir, à cette époque, un titre qui puisse le distinguer des Moha Montrey et des divinités (une inscription préangkorienne emploi le titre Vrah Kamratân Aň (Kamradeng ou Kamratân = le puissant) pour Bhavavarman 1er (fin du VI e siècle), Mahendravarman (600-615) et Içâvarman (616-635).

À l’époque moderne, le terme Kamratân est utilisé dans deux expressions : Kamratân Krala (le seigneur de la maison) et Kamratân Krom (le seigneur de la surface inférieur (le roi). Le titre de Preah Bayda (Vrah pâda) est apparu seulement à l’époque angkorienne. Yaçovarman 1er (889-900), au début de son règne de son règne prtait encore le titre Dhûli Jen Kamratân Aň. Semble-t-il, que l’expression Dhûli Vrah Pâda s’ajoute un peu plus tard au nom du roi. Grâce à l’expression Preah Bayda, le titre royal se distingue de celui des Moha Montrey, des Brâhmanes et des divinités. Très rarement, le roi est qualifié de Preah Karunâ ou de Paramavitra. Ce titre est employé seulement à notre époque moderne. La titulature de Sûryavarman 1er (vers 1001-1049) est marquée par l’emploi fréquent du titre Kamratân dénotant une descendance en ligne maternelle.

Les titres de la famille Royale :

- Obhayoreach, le roi qui abdique ;
- Oparach, qui est soit le frère cadet du roi, soit un prince ;
- Preah Voreachini ou Preah Tévi, la reine ou reine-mère ;
- Preah Kêvea, qui peut être soit le fils cadet, soit le fils aîné ou encore le genre du roi ;
- Preah Ang Mias, Neak Ang Mias (Princes et princesses de la maison royale).

Je renvoie donc les lecteurs au livre de M. KHIN Sok (Le Cambodge entre le Siam et le Vietnam, publié par l’Ecole Française d’Extrême-Orient dans la collection de textes et documents sur l’Indochine XVIII e siècle).

Les Montrey :

La monarchie ancienne khmère avait besoin comme toutes les monarchies anciennes dans le monde d’une organisation ou corps politique permanent muni d’un système hiérarchisé, lui permettant d’appliquer les ordres du roi. Ce corps politique permanent des fidèles, n’est que les Montrey.

Je ne traduits pas ici le mot « Montrey » d’origine sanskrit par le mot « Mandarin », parce que je ne veux pas céder à la facilité des orientalistes qui confondent le Mandarin chinois avec le Montrey khmer. Le mot « Mandarin » ne se présente pas avec toute la rigueur du sens du mot « Montrey » cambodgien. D’abords le mot « Montrey » a déjà plusieurs sens en cambodgien : un intellectuel ou celui qui possède le savoir ou celui qui dirige une affaire d’Etat ou celui qui possède l’honneur ou celui s’est distingué tout simplement du Reas (homme du peuple) par son titre de dignité. Un Montrey est un état d’esprit ou formation de mentalité. Il appartient à un groupe intrinsèquement différent du Reas.

Les Montrey se forment en une catégorie sociale fermée fondée sur propre préférence, sa norme et ses corollaires. Elle est un but en soi, car on devient Montrey pour acquérir deux choses : le pouvoir et la richesse. Il y deux points qui nous permettent de déceler la distinction pertinente entre le mandarin chinois ou vietnamien et le Montrey khmer, les conditions d’affiliation et les relations entre les Montrey et leur souverain :

Les conditions d’affiliation :

Dans la Chine ou le Vietnam ancien, la voie d’accès au titre de mandarin était démocratique et fondée sur la morale confucéenne. Tous les lettrés (les instruits) désiraient accès au titre de mandarin pouvaient participer au concours, lequel était organisé au niveau national par la maison impériale. Quant au titre de Montrey, la voie d’accès était assurée par les liens de parenté. Pour devenir Montrey, il y avait une seule possibilité : Etre le fils d’un Montrey. Un père Montrey avait exercé tous ses influences ou par le subterfuge afin que son fils puisse devenir à son tour un Montrey.

Dans le Cambodge ancien, on était Montrey de père en fils. Les hommes du peuple voyaient en Montrey comme un « Neak Mean Bonn » (celui qui a reçu un mandat céleste). Ce concept est fondé sur le principe fataliste du Bouddhisme : l’Homme est le produit de ses activités passées : « C’est écrit sur mon crâne », disent souvent les Cambodgiens. Ce concept est un bel instrument d’harmonie sociale et de stabilité au profit des Montrey.

M. SAY Bory, dans sa thèse pour le doctorat de spécialité en science en administrative, soutenance en 1974 (Administration rurale du Cambodge et ses projets de réforme), a voulu donner son point de vue sur la conception de « Neak Mean Bonn », dont voici un extrait :

« Celui qui a le Bonn (mandat céleste) est appelé dans la coutume khmère « Neak Mean Bonn ». Cette conception, nous appelons « conception évènementielle » puisqu’elle détermine l’origine du pouvoir par un événement insolite quasi- inexplicable, par la raison pure. Nous préférons l’expression « conception Neak Mean Bonn » à la « conception évènementielle », car pour nous, Khmers, cela se comprend tout de suite, sans avoir besoin d’autres explications ».

La conception « Neak Mean Bonn » permettrait de légitimer tout pouvoir en place, qu’il soit d’origine divine ou populaire. C’est peut-être le corollaire de la théorie de résignation que les dirigeants khmers de l’époque ancienne voulaient inculquer à la masse dans le but de ne pas briser l’unité du peuple par trop divergences dans les conceptions de pouvoir. Celles-ci étaient réservées uniquement au groupe dirigeants, c’est-à-dire les Montrey.

Les relations de pouvoir entre les Montrey et leur souverain : Le Roi étant maître et l’unique propriétaire du royaume, il nommait et révoquait à son gré les Montrey. La pratique d’une autorité absolue du roi devait à chaque fois référer à la loi coutumière du pays.

Les Moha Montrey (Grand Montrey) avaient une attribution spéciale, l’obstacle légale, mais impuissants, aux volontés de Sa Majesté, qui consiste dans le droit de rappeler au souverain sur certains oukases royaux, qui sont contraires à la loi coutumière. Si le roi ne tenait pas compte de leurs observations, ils le laisser faire, parce que la règle traditionnelle dit que la parole du roi est comme la foudre, comme le diamant (terrible, respectable, précieuse). Celui qui transgresse la décision royale sera condamné à une amende proportionnelle à sa dignité, conformément à la loi.

M. Khin Sok, historien khmer, commente dans son livre sur ce point que l’histoire khmère a démontré que cette loi n’a pas empêché certains principes, ou Moha Montrey de s’élever contre les décisions royales insensées ou absurdes, ou contre un roi ayant une mauvaise conduite, dont voici un parmi de nombreux exemples à citer :

" En 1586, le Roi Satha (1579-1595) fit couronner ses deux fils, Chey Chétha et Poňéa Tân, âgés alors respectivement de 11 et 6 ans. En même temps, il éleva son frère cadet, Srei Soriyopor à la dignité d’Oparach. Cette décision fut mal accueillie par certains Montrey, qui la considéraient contraire à la coutume : « la coutume ne peut pas, sans raison valable, être confiée à des princes en bas âge ; de plus, Srei Soriyopor était considéré comme étant le plus apte pour succéder au roi sur le trône. Il en résulte que, lors de l’invasion siamoise en 1594, les Moha Montrey ne se firent plus un devoir de défendre le pays. Ainsi le général chargé de défendre la province de Siemreap, lorsque l’armée siamoise arriva à Battambang, décida de se retirer avec ses troupes à Pursat, parce qu’il ne voulait pas risquer sa vie pour un roi qui n’avait plus conscience morale". Ce fut une des principales causes de la prise de Longvêk (ancienne capitale khmère de cette époque).

C’est ainsi que le pouvoir des rois khmers peut revêtir à la fois un aspect redoutable et fragile, dominant un jour un royaume pour finir balayé par un souffle ou un mécontentement des Montrey. Quant aux relations de pouvoir entre empereur chinois et ses mandarins, elles étaient fondées sur la morale confucéenne : le respect scrupuleux de l’ordre et de l’empereur. Il est impossible à la cour impériale chinoise de laisser ses mandarins de faire observer à l’empereur sur les décisions impériales.

Il en résulte que les Montrey khmer formaient une strate de pouvoir qui partageaient toutes sortes de privilèges avec leur monarque et certains Moha Montrey portaient les mêmes titres que leur souverain, tels que Samdech et Poňéa.

Les titres des Moha Montrey et des Montrey :

Selon Khin Sok, les Samdech et Okňa sont des Moha Montrey et les autres Chao Poňéa Preah, Luong, Khun, Moeun, Neay sont considérés comme Montrey (Fonctionnaires moyens et subalternes)
.

B. L’esprit de la monarchie khmère :

Il est considéré par les spécialistes comme une pensée influencée par celle de l’Hindouisme et du Bouddhisme. Cette argumentation est fondée sur un concept très simple : l’indianisation de la culture khmère. À partir de cette idée savante, on sait que tout devient simple pour les chercheurs car pour en savoir davantage sur la pensée monarchique khmère, il suffit pour eux d’étudier d’abords les lois de Manu ou la philosophie bouddhique et ensuite de les transposer dans la pensée traditionnelle des rois du Cambodge.

C’est cet effort qui conduit Madame Yvonne BONGER, Sachchidanand SAHAI et autres illustres chercheurs. Ce sont eux aussi qui ont organisé le collage d’une masse fragmentée de l’histoire du Cambodge, parmi la connaissance de cette antiquité perdue dans les annales de l’histoire de l’humanité et enfin guidé l’art de la représenter comme une histoire convenue. Ainsi l’histoire de la monarchie est construite. Son cadre est tracé.

Il y a donc des sujets de thèses qui ont été guidés dans cette pensée unique, laquelle est vue comme un seul miroir où se mire la connaissance savante de nos jours. Faut-il dire que l’histoire des rois khmers n’est qu’un mélange de la science savante, c’est-à-dire le savoir rationnel et tout un héritage culturel dont la découverte de la civilisation angkorienne a multiplié les possibilités de tous les exégètes des ouvrages sculptés sur les monuments historiques ?

Pour ma part, je ne reconnais pas de pensée unique en histoire. Cette interrogation m’oblige, encore une fois, à commenter la pensée monarchique des rois de mon pays, comme dit Michel FOUCAULT (les mots et les choses) : « La tâche du commentaire, par définition, ne peut jamais être achevée. Il est donc normal que mon interprétation ici n’est jamais achevée et toujours ouverte aux nouvelles éventualités.

La cohabitation entre l’Hindouisme et le Bouddhisme :

Comme dans le cadre de mon essai est basé sur l’adaptation de la culture indienne (Hindouisme et Bouddhisme) à la vie des Khmers, il est intéressant de connaître comment l’Hindouisme et le Bouddhisme se cohabitaient dans le Cambodge d’antan. Voici, en bref, cette association : Le Bouddhisme, né dans un milieu hindou et issu en quelque sorte de l’Hindouisme, devait toujours, même en se détachant de celui-ci, garder quelques aspects communs basés l’un et l’autre sur le dogme de la transmigration. Le Bouddhisme admet le Karma et Samsâra, le fruit de l’acte et la métempsychose. Mais, il rejette l’autorité védique et nie l’absolu du Brâhmane. Cette contestation est profonde car elle est non seulement dans la question des rites, mais encore dans les théories indiquant le chemin de la délivrance.

Il y a sans doute une identité de rapport car les Brâhmanes considèrent le Bouddhisme tantôt comme une pensée sulfureuse tantôt comme une branche de l’Hindouisme. Max Müller s’efforce de découvrir (les germes du Bouddhisme) juste dans les Upanishads, qui sont des fondements essentiels de l’orthodoxie hindoue. Mûller rajoute qu’il n’y a aucune contradiction entre l’Hindouisme et Bouddhisme. Les différences entre les deux doctrines, pour être légitimes, ne peuvent être qu’une simple affaire d’adaptation, ne portant toujours que sur des formes d’expression plus au moins extérieures et n’affecte aucunement les principes mêmes ; l’introduction de la forme sentimentale dans le Bouddhisme est dans ce cas, du moins tant qu’elle laisse subsister la métaphysique intacte au centre de la doctrine. On rencontre à Java un Shiva-Bouddha qui témoigne d’une semblable association poussée entre les deux doctrines.

Il faut noter que l’Hindouisme comme le Bouddhisme, en sortant de l’Inde, se sont modifiés dans une certaine mesure et de façon diverses, et, d’ailleurs, ils devaient forcément se modifier ainsi pour s’adapter à des milieux très différents ; mais toute la question est de savoir jusqu’où vont ces modifications. Au Cambodge, le Bouddhisme, dans certains cas, a véritablement servi de « couverture extérieure » de l’Hindouisme, ce qui a permis au second de rester toujours fermé. Par exemple, pendant les règnes des rois bouddhistes d’Angkor, ils pratiquent le Mahâyâna et à partir du XIIIe siècle, sous l’influence du Siam, le Mahâyâna allait être progressivement évincé du Cambodge par le Hînayâna. On constate que la Cour Royale continuait de pratiquer scrupuleusement les rites de l’Hindouisme.

Cet usage permet aux souverains et aux Brâhmanes de se rappeler que d’une part, ils appartiennent toujours à des castes supérieures au Reas khmer (petit peuple) et d’autre part, la personne du roi est toujours le Devarâja (Roi-Dieu) (en khmer, Kamraten Jagata Râja) sur terre, descendant direct de Jayavarman II (fondateur du culte du Roi-Dieu au Phnom Kulên). « Son Auguste corps est la lumière céleste qui irradie de tous les côtés pour éclairer l’ignorance du peuple indigent. Il est la fin suprême pour le peuple bouddhique khmer, car sa personnification est Lokeçvara irradiant (Seigneur du Monde) qui n’est que Mahaçvara (çiva) (sic) ».

Selon les textes chinois, l’Hindouisme et le Bouddhisme coexistaient déjà au Fou-Nan dès les premiers siècles de notre ère. Ils vivaient en bonne intelligence. Pourtant vers 671-695, le pèlerin chinois Yi-Tsing écrivait qu’il y avait une persécution du pouvoir sur les moines bouddhistes :

« Les gens y adoraient beaucoup de Devas. Puis, la loi de Bouddha prospéra et se répandit. Mais, aujourd’hui, un roi méchant l’a complètement détruite, il n’y a plus du tout de bonzes ».

Mais, en général, le Bouddhisme, au cours de son développement était toujours toléré par les rois khmers. En 953, un ministre de Rajendravarman faisait une fondation bouddhique à Angkor ; un peu plus tard, Jayavarman V (968-1001) protégeait ouvertement le Grand Véhicule.

En 1181, le roi Jayavarman VII, un Bouddhiste ardent, prenait possession de la royauté. Cette ascension marqua aussi l’expansion du Bouddhisme au Cambodge, mais elle n’excluait pas totalement le çivaïsme. Çiva et Lokeçvara étaient fréquemment confondus.

Mais l’acte capital de Jayavarman VII, c’est semble-t-il, d’avoir transformé le culte du Davarâja au début du XIIe siècle, en culte du Bouddha-Roi résident au Bayon, il fit sculpter la face de Lokeçvara Samantamukha (face partout) sur les gigantesques tours ç quatre visages du Bayon), centre effectif de sa capitale et centre symbolique du Royaume. On constate que le Bouddhisme ancien avait incorporé à sa mythologie les grands dieux de l’Hindouisme, mais en réduisant aux rôles secondaires de comparses ou d’acolytes ; par exemple, le Bayon est un temple-montagne ; chacun des tours est sculptée à la quadruple image du Bodhisattva Lokeçvara qui domine et protège des divinités brahmaniques telles que Visnou, çiva, Pâvatî ou Kâlî (épouse de çiva). Revenons à la théorie des sept éléments constitutifs de l’État : le Chef de l’État ou Roi (Svâmin), les officiers (Amâtya), la population et le territoire (Janapada), la ville fortifiée (Durga), le trésor (Koça), l’armée (Danda), l’allié (Mitra), car cette théorie nous permet sans doute de mieux comprendre l’esprit de la monarchie khmère.

Le Roi :

La domination et la possession étaient le fondement de l’esprit de la monarchie khmère. Le Roi apparaissait comme la personnification sur terre du Dieu du sol. Il possédait le pays et était Maître divin du peuple. Pour la monarchie khmère, il n’existait pas la frontière entre la terre et le ciel. C’est le sol qui détermine sa puissance royale et le ciel qui reçoit son mandat céleste pour assurer la concorde de l’ordre humain avec l’ordre cosmique. Il était l’être sublunaire et le Magistère du Royaume. Il possède deux instincts : sa conservation et sa croissance :

- Sa Conservation consiste à préserver ses traditions, à perpétuer la superstition. L’ordre est sa vie, la tradition est son dogme, la Nation est son héritage, les Montrey sont ses gardiens de l’ordre auprès de la population. Sa devise est : « Unité et Hérédité ».

- Sa Croissance consiste à augmenter son prestige et son pouvoir qui lui permet d’imposer sa domination. Ce fut la monarchie qui bâtit le temple d’Angkor pour le prestige royal, grâce au travail forcé. Le pouvoir est ses poumons, l’organe vital de la respiration de son corps royal. Pour vaincre ses ennemis des humains : la volupté (Kâma), la colère (Krodha), la cupidité (Lobha), l’orgueil (Mada), l’illusion (Moha) et la jalousie (Mâtsarya), il devait apprendre quatorze espèces de sciences : les quatre Véda (la tradition hindoue : Rig Véda, Yajur-Vêda, Sâma-Vêda et Atharva-Vêda), les six Vêdâgna (le membre du Véda ou sciences auxiliaires du Vêda), les Purâna, la Mimânsâ (la réflexion profonde, le Nyâna (la logique), le Dhatma (la doctrine).

Qu’un empire soit vaste et ses régions variées, le Roi ne pourra guère en l’absence de la télévision, se faire connaître sa personne de la masse de ses sujets. L’entreprendrait-il, qu’il reviendrait de ses voyages pour constater l’appropriation sans doute irrévocable du pouvoir par un ministre, un secrétaire ou un frère bien-aimé. L’ubiquité n’étant pas au nombre des facultés humaines, il n’y a qu’un moyen de tenir ferme le pouvoir sur l’immensité de l’Empire, c’est de se faire Dieu, c’est-à-dire présent en esprit dans tout lieu où un autel s’élève à la gloire du souverain.

Il y a trois éléments qui constituent la base de personnification du Roi-Dieu khmer : l’autorité paternelle du chef ou arbitre des conflits, l’autorité théologale, l’immortel et divin par la race, incarnation de dieu et finalement, dieu sur terre, l’autorité militaire ou pouvoir de ma guerre, on le consolide par la guerre, il est général en chef, l’expérimenté, l’habile, l’audacieux, et surtout le victorieux.Bien entendu, la monarchie revêt sa forme la plus pure quand un roi à accumuler et garder des pouvoirs aussi divers.

Le Roi Hun Tean possédait ces quatre éléments cités:« Selon la légende, le Brâhmane Hun Tean, venant de l’Inde par la mer, après sa victoire militaire sur la reine du Fou-Nan, Liv Yi (selon le professeur Keng Vansak, ce nom Liv Yi est l’altération du mot khmer, « Yay Neuv Leave » (Dame célibataire) qui se donnait autrefois à la première dame du royaume ou une femme âgée qui avait une charge d’un chef suprême de la société), grâce à son arc magique, avait civilisé sur le champ la société primitive khmère en couvrant le corps nu de la reine vaincue par une pièce d’étoffe. Il épousa Liv Yi et monta ensuite sur le trône avec l’approbation des Khmers".

Le Brâhmane Hun Tean se présentait donc aux autochtones comme prête et Chef de guerre. Prête parce qu’il avait apporté une nouvelle religion qui n’était que l’Hindouisme, et chef de guerre, parce qu’il avait imposé sa domination par la force. C’est cette combinaison de ces deux qualités que Hun Tean avait pu fonder, sans aucun doute, la plus solide monarchie au Cambodge.

Les conceptions du pouvoir du roi khmer :

Le professeur Claude GOUR, ancien professeur à la faculté de Droit et des Sciences Economiques de Phnom-Penh, écrit dans son livre (Institution s constitutionnelles et politiques du Cambodge) sur les diverses conception du pouvoir du roi khmer. Résumons les :

La conception brahmanique : Cette conception fait du roi khmer un intermédiaire qui assure la concordance de l’ordre humain avec celui du monde, l’ordre cosmique. Le Roi détient pour cela les secrets de la pratique du rite et du sacrifice qui constituent le moteur de l’évolution ordonnée de l’ordre universel, le moteur du rythme de l’Univers. Le monarque régnant est celui qui, dans son Royaume, est le titulaire de la puissance supra humaine, fondée sur la vertu magique du rite puissant, dont il se prétend investi, au moment de son sacre, par l’ordre cosmique afin que, par l’application des lois humaines correspondantes, un ordre réduit soit institué dans le royaume à l’image de l’ordre universel.

La conception bouddhique mahayaniste : Cette conception intègre l’idée brahmanique préexistante qui fait du monarque le serviteur de l’ordre cosmique et le régulateur de l’ordre humain. Mais, le Roi bouddhique deviendra le mandataire des enseignements du Maître. Il prendra les caractères d’un Bouddha en puissance, d’un Bodhisatva et apparaître comme le reflet sur terre du Bouddha unique transcendant et surnaturel.

La conception autochtone : Elle était certainement d’origine plus ancienne, mais elle s’était adaptée, fondue dans un cadre brahmanique. Le Roi apparaissait dans cette conception comme la personnification sur terre du dieu du sol. Le dieu du sol, divinité d’origine autochtone, était à la fois l’expression des énergiques du sol et l’expression personnelle du lien, auquel il était attaché ; il s’identifiait en quelque sorte avec ce lieu. Le syncrétisme de l’époque angkorienne avait conduit à une identification du dieu du sol autochtone et d’une des principales divinités brahmaniques : çiva. Dans cette perspective, le Roi n’était plus un monarque à vocation universelle, mais un monarque dont la souveraineté était limitée au seul territoire du royaume. Il était maître du sol du royaume et personnification de çiva.

Après la lecture de ces trois conception du pouvoir du roi khmer, il est évident que les valeurs inhérentes aux conceptions du pouvoir monarchique khmer de M. GOUR sont : Traditionalisme, Déisme et Innéisme. Il est difficile au roi khmer de se laisser réduire à l’une ou à l’autre de ces valeurs car elles constituent l’ossature même de son existence.

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 07:33
Le règne de Preah Bat Ponhea Yat (1384-1427).

Avertissement : Dans le livre de M. Eng Soth, l’année de couronnement de Ponhea Yat est l’année 1382. Son prédécesseur, le roi Preah Thoma Saukreach règne de 1373 à 1383 et l’occupation siamoise est en 1384. Examinons donc cela :

Le siège de Norkor Thom par l’armée siamoise commence en 1383 et dure plusieurs mois. La chute de cette cité est en 1384. Dans le livre de M. Eng Soth, pendant le siège de la capitale, Ponhea Yat a été commandant de la porte sud, il quitte la capitale au moment de la défaite de l’armée khmère. Nous en supposons que Ponhea Yat ne pourrait pas être couronné en 1382.

En revanche, nous admettons qu’il y a deux hypothèses :

1. Il y a l’erreur dans la retranscription de date de couronnement de Ponhea Yat.

2. Ponhea Yat se révolte contre l’autorité du roi Preah Thoma Saukreach, parce que ce roi est en défaut moral. Il quitte la capitale pour venir s’installer à Basane où il se proclame roi en 1382 (Dans le livre de M. Eng Soth, on lit ceci : « Le roi siamois Chao Symphia a décidé de conquérir le Cambodge pour les raisons suivantes : L’instabilité politique parce qu’il y avait beaucoup de princes contestaient l’autorité du souverain et celui-ci est impopulaire »). Il se peut que parmi les contestataires, il y ait Ponhea Yat et après la victoire sur les siamois, il aurait pris l’année, à laquelle il se proclame roi à Basane comme le début de son règne sur le trône khmer.

Pour la compréhension des lecteurs, j’ai choisi l’année 1384 comme le début de règne de Ponhea Yat.

Ponhea Yat fut couronné en 1384 à l’âge de 51 ans. Son nom de sacre était Preah Bat Samdech Angkir Borom Yat Reachea Thireach. Sous son règne le pays connaissait la paix et le développement du Bouddhisme. En l’an 1387, après 2 ans à Norkor Thom et 5 ans de règne, c’est-à-dire 7 ans sur le trône khmer, le roi Ponhea Yat convoqua tous les princes et princesses, les hauts dignitaires civils et religieux du royaume, les fonctionnaires de la Cour pour leur dire ceci :

« Notre Royaume a un ennemi juré, le royaume d’Ayuthia. Les relations entre nos deux pays sont très mauvaises. L’Ayuthia annexe beaucoup nos provinces et enlève beaucoup notre population pour l’amener dans son pays. Dans le passé, nous avons pu remporter la victoire sur les siamois, mais elle est limitée, car nous n’avons pas eu la possibilité de libérer nos provinces et notre population. En outre, compte tenu de l’état actuel de notre pays, nous n’avons pas la force nécessaire pour déjouer l’ambition territoriale siamoise. Tous les rois d’Ayuthia veulent que notre pays reconnaisse leur suzeraineté et le souverain actuel est impatient d’envahir notre pays pour réaliser cette ambition. En outre, notre capitale se trouve tout près de la frontière siamoise, il est donc très difficile d’organiser une défense efficace en cas d’attaque des siamois. C’est pour toutes ces raisons, je vous convoque pour vous suggérer un transfert la capitale royale à Basane, parce que cette province se trouve à une bonne distance de la frontière siamoise et en cas d’attaque d’ennemis, nous aurons le temps suffisant pour organiser notre défense ».

Le projet du roi était approuvé à l’unanimité par les assistants présents à la réunion royale. Le roi ordonna, en effet, aux ministres de préparer le plus vite possible le transfert de la capitale à Basane (Srey Santhor d’aujourd’hui).

Ce retrait n’était pas une capitulation du courage de l’armée khmère qui savait faire preuve de leur combativité contre les insolentes provocations d’ennemis, mais une stratégie de survie, après tant d’années de guerres. L’Angkor Thom, selon Ponhea Yat, n’est plus ni une place forte, ni une zone économique efficace pour soutenir une armée en campagne. En outre, avec l’accumulation des violentes au cours des deux dernières guerres pour libérer la cité des dieux, les paysans et les habitants de ce lieu s’enfuirent en masse pour se réfugier à l’intérieur du pays.

En 1392, l’année du lièvre, le jour de transfert arriva, le roi donna l’ordre de départ. Il monta à bord d’une embarcation royale avec ses gardes d’élite. La reine et les concubines de la maison royale, en vêtements de gemme, montèrent à leur tour dans des différentes barques grandes et petites, aménagées pour cette occasion. Les prêtres du Palais firent les prières pour transformer l’eau de la rivière en bénitier pour protéger la flotte royale. Cette flotte était suivie par celle des hauts dignitaires et des généraux et elle était entourée par quelques embarcations des musiciens, chanteurs et danseuses qui avaient pour mission de distraire l’Auguste Roi pendant son voyage.

Par la voie terrestre, un cortège, des hommes et des femmes de condition de la Cour, de multitude de chars, d’armes, d’étendards et des bêtes, accompagnaient leur Maître-Dieu, en avançant en pas rythmé au son de gongs. Les gens, poussant leur dernier soupir, se retournèrent regarder pour la dernière fois de leur vie la magnifique capitale, abandonnée à son sort. Cinq siècles plus tard, on la trouve dans un état piteux au milieu des forets où la loi des humains est vaincue par la force de la jungle.

Arrivé à Basane, le roi ordonna aux services de travaux publics de construire un port et un palais royal au bord du grand fleuve. Les nouveaux arrivants commencèrent à construire leurs demeures selon leurs moyens et leurs rangs. Le roi donna le nom de son nouveau palais, « Palais de pierre ». Parlons du Laos.

En 1378, le pays était dévasté par les crues. Le courant d’eau du Mékong emportèrent dans son passage les grands arbres déracinés par cette inondation, lesquels suivirent le courant du Mékong jusqu’au pays des Khmers. À Preak Pear Prat (Preak Leap d’aujourd'hui) au Cambodge, il y avait un grand arbre déraciné venant du Laos par le courant du fleuve, qui ne cessait plus de tourbillonner au même endroit. Les villageois l’observaient avec curiosité.

Au bout de quelques heures, ils décidèrent d’en informer une Grand’mère pieuse et riche du village, appelé Grand’mère Penh. Celle-ci décida d’aller le voir avec ses valets. Arrivée sur place, Grand’mère Penh observa longuement l’arbre qui ne cessait plus de tourbillonner, et soudain, elle aperçut un reflet de lumière qui sortait du tronc d’arbre. Grand’mère Penh demanda à un de ses valets d’aller le voir de près. Le volontaire plongea dans le fleuve sans aucune hésitation et nagea jusqu’à l’arbre. Après quelques minutes d’observation, il cria très fort qu’il voit deux statuettes de Bouddha à 4 visages, lesquelles étaient incrustées dans le tronc d’arbre. Grand’mère Penh ordonna à son valet de les extraire du tronc d’arbre. Avec tous les efforts et les renforts des autres valets, on n’arrivait toujours pas d’extraire les statuettes. Grand’mère Penh demanda qu’on ramena l’arbre à la rive et ensuite on le sortit de l’eau pour déposer sur la berge. Une fois l’arbre était hors de l’eau, les valets cherchaient tous moyens pour extraire les deux statuettes, mais sans résultat. Grand’mère Penh décida d’aller parler de ce phénomène rare au moine supérieur de la pagode Thomma Lanka. Celui-ci ordonna immédiatement qu’on célébra la cérémonie exceptionnelle pour chasser les esprits maléfiques afin qu’on pût extraire les deux objets saints du tronc d’arbre.

Au bout de sept jours d’efforts et de prières, les statuettes étaient hors du tronc d’arbre. Tout le monde était content. Grand’mère Penh décida d’amener une des deux statuettes à Kos Reusey (Phnom-Penh d’aujourd’hui), et une autre statuette, elle fit l’offrande au moine supérieur. Puis, elle fit construire une pagode à Preak Bangkok pour déposer provisoirement la statuette. On donna le nom des deux statuettes, Preah Bang que l’on offre au moine supérieur et Preah Poaung que l’on amène à Kos Reusey.

Plus tard, la Grand’mère Penh cherchait un terrain élevé à Kos Reusey pour construire une demeure sainte à Preah Poaung. Malheureusement, à Kos Reusay, il n’y avait ni colline, ni terrain élevé. Pour réaliser son projet, la Grand’mère Penh décida donc de bâtir une colline artificielle en demandant l’aide de la population. Beaucoup des gens répondaient favorablement à ce projet. Cette colline était appelé plus tard par la population, « Phnom de la Grand’mère Penh » (la colline de Grand’mère Penh) qui devient plus tard « Phnom-Penh », le nom de la capitale du Cambodge d’aujourd’hui.

Revenons à Basane, cet endroit est au-dessous du niveau d’eau du Mékong. Chaque saison des pluies, la nouvelle capitale royale était inondée et dévastée par les crues. Cette situation créait des difficultés au Roi Ponhea Yat et sa Cour. Le Roi décida plus tard de la transférer à Kos Reusey. Dans sa nouvelle ville, le Roi décida d’entreprendre les grands travaux pour améliorer les conditions de vie de la population. Ces travaux portaient essentiellement dans les différents domaines suivants :

Domaine d’environnement : Le Roi ordonna à Chao Ponhea Dekchau, gouverneur de Samrong Taung d’enrôler la population pour creuser la terre, afin d’élever un terrain, sur lequel, il fit construire son palais royal dont la face était tournée vers l’Est (Bopear). L’endroit où Ponhea Dekchau fit creuser la terre était appelé par la suite Beung (marais) Dekchau. Pour faire évacuer l’eau de ce marais, il fit creuser un canal qui débouchait au fleuve.

Le Roi ordonna aussi à Chao Ponhea Reachea Métrey Phlong, gouverneur de Kos Reusey de construire un canal d’évacuation d’eaux usées et infectes du Beung Pauk Piye. (Après le document déposé dans la bibliothèque du palais royal à Phnom-Penh, Ponhea Phlong était gouverneur de Toné Bati et il avait pour titre Okgna Vongsa Anoukchit).

Domaine des transports : Pour faciliter la vie de la population, le Roi ordonna aux services de travaux publics de construire des ponts et des rues, lesquelles étaient recouvertes de pierres pour faciliter la circulation de la population pendant la saison des pluies.

Domaine de défense nationale : Pour défendre la capitale, le Roi fit construire les citadelles le long du fleuve et au Sud-Est du Palais, un autel de l’esprit Prâch (Neak Ta Prâch = génie intelligent) pour guetter les démons ayant les crocs du sang.

Domaine religieux : Le Roi fit réparer et construire beaucoup de pagodes dans une maçonnerie de briques.

Le jour faste de l’inauguration de son nouveau palais, dans la salle du trône magnifique, où il y avait tous les membres de la Cour et les dignitaires du royaume, le Roi, percé sur son trône doré sous l’ombrelle à sept étages, proclama solennellement le nouveau nom de sa cité et de son pays. La capitale était appelée « Krôn Chatomouk » et le pays était appelé « Norkor Kampuchea Thippaday».

Le Roi avait beaucoup d’enfants, des filles et trois fils. Ses trois princes furent nés de différentes épouses du Roi. Le premier fut né de la princesse Tévi, appelé Noray Reachea, le second fut né de la princesse Botom Késâr, appelé Serey Reachea et le troisième fut né de Preah Mneang Sisagame, appelé Thomma Rechea. Il élevait ses trois fils avec beaucoup affections et aux mêmes rangs protocolaires. Après le long règne de 43 années, le Roi mourut de maladie à l’âge de 78 ans. Son fils aîné, le Prince Royal Noray Reachea fut proclamé roi du Norkor Kampuchea Thipaday par le Conseil de la couronne.

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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 17:01
Occupation siamoise : Preah Indra Reachéa, prince siamois (1384).

Ponhea Preak, fils du roi siamois, Borom Reachéa II ou Chao Samphya, fut couronné par son père, roi du Kampuchéa en 1384, à l’âge de 25 ans. Son nom de sacre était Samdech Preah Indra Reachéa. On l’appelait Preah Indra Koma (Indra le jeune).

Avant de retourner à son pays, après le couronnement de son fils, Chao Samphya demanda aux dignitaires khmers de lui faire une visite guidée de la capitale khmère. Le guide khmer amenait le souverain d’Ayuthia visiter les différents endroits de la cité : Le quartier des 155 résidences : Ce quartier était les résidences royales des princes des royaumes vassaux qui étaient venus au Kampuchéa pour étudier toutes sortes de connaissances. Selon le guide, ce quartier fut construit sous le règne du roi Théva Vong Auhthia (Théva Vong Extraordinaire). Ce roi avait la main magique. Chaque fois qu'il touchait un objet, lequel se transforma en or ou argent. Pendant son règne, le roi distribuait beaucoup d’or à la population. Il avait un fils, appelé Preah Keth Mirlir et pour que son fils avait des compagnons d’étude, il demanda à tous les rois vassaux de faire venir leurs fils à la capitale royale pour tenir compagnie avec son fils. Pour cette raison, le roi fit construire ce quartier où il y avait des jardins magnifiques, des piscines et des 155 résidences royales. Chao Samphya demanda au guide : Où se trouvent la chambre à coucher du roi et son fils ? Elles ne sont pas ici, pour le roi, sa chambre se trouve à Bayon. Pour son fils, elle est au palais du ciel (Vimean Akas), répondit le guide. Chao Samphya demanda encore au guide : Quand Preah Keth Mirlir devient roi, où il habitait ? Le guide répondit à la question royale : Selon la légende khmère, Dieu avait envoyé un architecte céleste et 500 Thévadas (saint) sur terre pour construire un palais afin d’offrir comme cadeau à Preah Keth Mirlir, le jour de son couronnement. L’architecte était né sur terre sous le nom de Chao Chhet Koma et les 500 Thévadas étaient nés en même temps que l’architecte pour devenir ouvriers dans la construction. Ils étaient construits beaucoup de palais : Nokor Touch (petit palais), un palais pour déposer le sabre royal, Beug Mirlir (centre des malades en convalescence), Ta Prom (centre de cérémonies pour rendre hommage aux parents), Kos Kea et Nokor Pichey. Chao Samphya posa la question au guide : Connais-tu le nom du fondateur de ce royaume ? Le guide répondit au souverain siamois : Le roi fondateur du royaume était Preah Bat Kampuch Neakreach. Son successeur était Preah Bat Kaméroukreach qui fit construire beaucoup de palais pour laisser sa trace à la génération suivante. Chao Samphya demanda encore au guide : Quel roi avait transformé Norkor Touch en pagode ? Le guide répondit au souverain siamois : Le Roi Botom Soryauvong. Cette transformation a pour but de déposer tous les livres sacrés du Bouddha dans ce beau palais. Chao Symphia continuait sa visite et apercevait un endroit où il y avait beaucoup des objets sacrés et des offrandes. Il posa la question au guide : Pourquoi, y a-t-il autant des objets sacrés à cet endroit ? Le guide répondit au souverain siamois : Ici, on dépose la statuette du roi des bœufs (Prah Kor). Dans son vendre, on met tous les livres de formules sacrées du royaume. Chao Symphya se montrait très content des informations données par le guide. Il continua de poser quelques d’autres questions au guide : À partir quand, les rois vassaux n’envoient plus leurs enfants dans ton pays ? Le guide répondit au souverain siamois : À partir du règne du roi Sénakareach jusqu’à Borom Reachea Chey ou Ta Trasakpeam. Après Ponhea Chay, le royaume redevenait puissant jusqu’à votre victoire.

Pour gouverner le Cambodge, Chao Symphia avait laissé huit hauts fonctionnaires siamois pour aider son fils Indra Koma. Il retourna dans son pays en amenant presque tous les objets sacrés khmers y compris la statuette du roi des bœufs (Preah Kor, actuellement, elle est exposé à la pagode Preah Keo à Bangkok). 70 000 khmers étaient amenés au Siam, parmi lesquels, il y avait deux fils du roi Thoma Saukreach, Ponhea Keo et Tay.

Note : Quand nous lisons l’histoire de guerre entre le Siam et le Kampuchéa, nous avons le sentiment que les souverains siamois maîtrisent bien l’art de guerre de Sun-tzu. L’annexion des territoire et enlèvement de la population font partie de leurs stratagèmes, lesquels ont pour objectif d’affaiblir un pays : « le malheur frappe l’ennemi au-dedans, il faut ravager son territoire ; au-dehors, s’emparer de ses habitants ; au-dedans comme au-dehors, s’emparer de ses Etats ».

Parlons d’Indra Koma, nouveau maître de Norkor Thom, il avait ordonné aux soldats de chercher partout dans la cité l’épée sacré qui symbolise le pouvoir royal khmer. Cette épée était perdue ou cachée pendant l’assaut de la capitale. Après une longue recherche, ses soldats arrivaient à trouver cette épée. Indra Koma ordonne qu’on l’envoya immédiatement à son père, mais cet ordre était annulé parce qu’après quelques heures de sa décision, il y avait de l’ouragan et cette nuit-là, Indra Koma avait fait un rêve, dans lequel, il voit l’ancien roi khmer qui lui menace de tuer avec l’épée sacrée.

Revenons à Ponhea Yat. Qu’on se souvient bien de ce prince ; après la mort de son père, le roi Srey Soryauvong (1359-1369), le vainqueur de Ramaso, souverain siamois, les membres du Conseil de la couronne le jugeaient trop jeune pour prendre la succession de son père. Au moment de l’invasion des Siamois de la capitale khmère, ce prince étant commandant de la défense de la porte sud, avait pu quitter la cité avec son armée. Apprenant la mort du roi khmer, ses soldats le proclamèrent nouveau souverain du Kampuchéa pour qu’il organisait la guerre de libération nationale contre l’occupation siamoise. Ponhea Yat s’installa son quartier général à Basane (Srey Santhor d’aujourd'hui). Il était rejoints aussitôt par la population et des gouverneurs des différentes provinces pour se battre avec lui. Il faut bien noter que Basane était déjà choisi comme base de résistance contre l’occupation siamoise (1353--1359) par son père, Srey Soryauvong (nom dans le document est Preah Bat Kamdaye Agn Pradapreah Basey Chamkron. Il est fort possible que ce nom est le nom post mortel de Srey Soryauvong).

À Basane, Ponhea Yat ordonna à ses soldats de construire un grand fort. Compte tenu de jeune âge et d’inexpérience d’Indra Koma, le prince siamois, Ponhea Yat se persuada qu’il puisse gagner la guerre contre ce dernier. Il commença à étudier un stratagème avec ses généraux pour mettre l’armée ennemie en difficulté morale, c’est-à-dire la prive de son chef. Pour cela, il est question d’assassiner le prince siamois par la ruse. Cette tentative n’était pas une imprécation du souverain khmer, mais une stratégie militaire à part entière. Pour être en contact direct avec le prince Indra Koma, le stratagème consiste à organiser un simulacre d’une demande d’un groupe Khmers, experts dans le métier d’armes, au prince siamois pour lui proposer leurs services. Deux frères, Pich et Peuv, appartenant à la garde d’élite de Ponhea Yat se portèrent volontaires pour cette mission de suicide. Le souverain khmer étant très content de cet acte héroïque, il confia aux deux frères, dix meilleurs soldats de sa garde d’élite pour exécuter la mission : tuer le prince siamois. Après reçus l’ordre de leur souverain, les douze hommes partirent aussitôt à la capitale.

Arrivés à Norkor Thom, ils cherchaient à contacter le plus vite possible un haut fonctionnaire ambitieux pour qu’il leur présente à son souverain, parce que leur plan ne peut durer trop longtemps sans être percé à jour. Avec le talent de séduction pour faire miroiter ce fonctionnaire siamois qu’il va gagner l’estime de son souverain en présentant les douze meilleurs maîtres d’arme khmers à la cour, Pich devait être convaincant dans ses propos : « Si vous m’appuyez de votre crédit, je vous servirai pour toujours ». En tout cas, il faut savoir jouer la comédie pour lui donner le change. Les douze avaient fait, en effet, des démonstrations spectaculaires de leurs savoirs avec impétuosité devant ce siamois de haut rang. Celui-ci en étant impressionné, n’hésita plus à informer son souverain avec la promesse des douze de servir dans ses rangs jusqu’à leur mort. Ce dernier accorda une audience royale parce qu’il pense, après trois mois d’occupation du Kampuchéa, il est temps maintenant de recruter les meilleurs des Khmers dans son armée pour renforcer la défense de la capitale dont l’arrivée des douze experts khmers dans la capitale royale est une aubaine pour lui.

Le jour de l’audience, les douze étaient amenés par le haut fonctionnaire siamois. Sans prendre aucune mesure de précaution pour sa sécurité, dans la salle d’audience, Indra Koma, posa la question à Pich, chef de file du groupe : Pourquoi veux-tu travailler pour moi ? Pich répondit ceci :

"Mon petit frère et moi, nous nous disputons assez souvent pour rien. Depuis quelques semaines, nous nous discutons pour savoir comment nous pouvons se rendre utile à un grand homme, dont le destin est géré par Dieu. Après une longue réflexion, nous nous disons que Sa Majesté aurait peut-être besoin des hommes de talents comme nous pour servir dans votre armé".

Pich ne laissa même pas le temps à Indra Koma de réagir à sa réponse, il bondit vers ce prince, tira son couteau, caché dans son chignon et poignarda en plein cœur sa victime royale devant sa cour. Indra Koma était mort sur le coup. Les gardes siamois assaillirent sur les douze avec rage. La lutte s’engagea immédiatement entre les Khmers et les Siamois. Avant être tués, les douze arrivèrent à tuer plus de cent soldats siamois. Revenons à Ponhea Yat, après le départ des douze, il donna l’ordre à son armée de marcher sur Nokor Thom.

Apprenant la mort d’Indra Koma, il ordonna ses généraux à livrer bataille contre les lignes de défense siamoise sans rencontrer de résistance importante. Les murailles de la cité étant totalement dégarnies et en quelques heures seulement, la capitale fut libérée.

Ponhea Yat entra dans la salle de trône où les fonctionnaires siamois avaient déposé le corps d’Indra Koma. À côté de l’urne royal, il s’aperçut une très jolie femme qui était en train de pleurer. Ponhea Yat lui posa la question : Qui es-tu ? Qui sont tes parents ? La jolie femme leva la tête et répondit au souverain khmer :

"Je m’appelle Preah Mneang Sisagame, cousine et première dame du roi Indra Koma. Je suis la fille de Khoun Troung Dân Moun. Mon père est le cousin de Ponhea Tekchau Krong Tep".

Apprenant l’origine et appréciant la beauté de Preah Mneang Sisagame, Ponhea Yat la prit comme sa première dame du royaume. Après la victoire sur les siamois, Ponhea Yat était proclamé roi vainqueur par le Conseil de la couronne khmer en 1384.

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 19:53
LE REGNE DE PREAH THOMMA SAUKREACH (1373–1383).

Preah Thomma Saukreach était un des fils du prince Soryautey. Il fut sacré roi en l’an 1373. Son nom de règne était Preah Bat Samdech Angkir Preah Thomma Saukreach.

En l’an 1382, l’année de cheval, le roi du Siam, Chao Samphya, connu sous le nom de guerre Borom Rechéa II, convoqua son Conseil de guerre pour faire une déclaration de ses volontés martiales :

« Après la mort de Srey Soryauvong, ses successeurs avaient cessé de fortifier la défense de leur frontière. Le roi du Kampuchéa actuel, Preah Thomma Saukreach a de mauvais augure car après trois ans de son règne, son Royaume était dans l’instabilité politique. Beaucoup des gouverneurs contestent son autorité. Au palais, sa cour le voit comme un roi influençable et têtu. En plus, la région où se trouve la capitale royale est dépeuplée car les habitants s’enfuient pour aller vivre ailleurs parce qu’ils craignaient que nous venons les enlever pour amener comme esclaves au Siam. Les garnisons pour défendre sa capitale ne sont pas nombreux. J’en conclus qu’il est temps de nous venger nos deux échecs, l’un en 1359 et l’autre pendant la campagne de notre roi défunt, Ramaso. Compte tenu de la situation actuelle au Kampuchéa, nous aurons besoin donc seulement une petite armée de 10 000 hommes bien entraînés pour reconquérir ce royaume. Pour assiéger la capitale Angkor Thom, nous devons suivre l’exemple du siège de cette cité par notre ancien roi, Borom Reachéa, alors il était à la tête d’un corps expéditionnaire au Kampuchéa ».

En l’an 1383, les 10 000 soldats d’élite étaient prêts pour conquérir le Kampuchéa. L’ordre de marche sur la capitale khmère fut donné. Chao Samphya dirigeait en personne cette armée. Sur son chemin de conquête, le roi siamois n’avait pas rencontré la résistance khmère. En quelques jours seulement, il arriva à la porte de la capitale. Comme Preah Borom Reachéa, il fit construire des remparts au tour d’Angkor Thom dont la hauteur est égale à celle des murailles de cette ville pour y placer des canons. Aussitôt terminer la mise en place des dispositifs de défense de son armée, le roi siamois ordonna à son fils Ponhea Preak de livrer les batailles contre l’armée khmère.

Les généraux khmers, Ponhea Keo, fils du roi, commandant de la porte Est, Ponhea Tay, fils du roi, commandant de la porte Nord, Ponhea Yat, commandant de la porte Sud, Samdech Chao Vatoulak, commandant de la porte Ouest, résistaient les assauts siamois avec succès. Le roi khmer s’installa son quartier général à la porte Ouest de la capitale où il mena des contre-offensives contre l’armée ennemie.

Après sept mois de siège de la capitale khmère, le roi siamois commençait à se douter de sa victoire sur l’armée khmère. Cependant, six des officiers siamois, Oeung, Lane, Chhân, Deth, Kao et Dy, avaient pu identifier le pilier de la défense khmère, lequel se situe sur la grande rue qui donne l’accès à la porte centrale de la capitale où les Khmers concentraient leurs canons. Ils se réunissaient pour étudier un plan pour briser cette place forte. Après des jours et des jours de réflexion, ils en concluent qu’il y ait seulement un moyen pour réussir à leur plan : la ruse. Mais pour exécuter cette mission, il fallait avoir des hommes qui acceptent de se sacrifier leur vie pour la cause. Puis, ils demandèrent l’audience à leur roi pour expliquer leur plan : Détruire les canons ennemis par sabotage et pour le faire, il faut qu’ils arrivent à tromper la vigilance ennemis par la ruse. Un simulacre de défection des saboteurs pour se rendre au côté khmer était nécessaire pour réaliser ce stratagème.. Après avoir écouté en détail le plan de ses officiers, le roi siamois en était content. Il demanda aux généraux de constituer une cour martiale pour faire semblance de juger des traites.

Le lendemain, la cour martiale demanda qu’on amenait les six officiers pour les juger. Le chef d’accusation était leur lâcheté devant les ennemis. Le supplice était donc 50 coups de fouet en position à plat ventre. L’exécution de cette sentence devait être faite devant les ennemis. Aussitôt dit, les gardes saisirent immédiatement les six lâches hors de la tente royale et les emmenaient devant la ligne de défense khmère pour les fouetter selon les ordres de la cour. Pour que la scène de châtiment soit spectaculaire, et hors de soupçon des Khmers, le roi ordonna qu’on décapitait au même moment six autres traites. Les soldats khmers et leurs officiers regardaient de loin cette scène avec stupéfaction.

À la nuit tombée, les gardes siamois laissaient les six de s’évader de leur lieu de détention. Une fois dehors, les prisonniers se dirigèrent tout droit vers la position khmère. Ils furent capturés immédiatement par la patrouille khmère. Au quartier général, les officiers khmers demandaient aux six soldats siamois, la raison de leur désertion. Les six siamois avaient raconté leur calvaire aux officiers khmer, puis ils demandèrent la protection du roi khmer en échange de cette protection, ils s’engageaient à servir Sa Majesté avec fidélité jusqu’à leur mort. Après avoir entendu les explications des six siamois et avoir vérifié la véracité de leurs propos, les officiers khmers auront fait immédiatement un rapport à leur souverain.

Sans la moindre de soupçon, le souverain accepta leur demande d’asile et ordonna aux médecins de les soigner. Malheureusement, deux d’entre eux étaient morts de leurs blessures. Les quatre vivants se battaient courageusement dans les rangs khmers avec haine envers leurs compatriotes siamois. Au fil des jours, ce dévouement fit gagner la confiance des Khmers. Ils les laissaient se déplacer sans surveillance et en toute liberté dans l’enceinte de la cité.

Avec cette confiance, ces derniers jugeaient bon d’appliquer leur stratagème en informant leur souverain par une missive attachée à une flèche, dans laquelle ils donnent les lieux et l’heure exacte à leur armée pour lancer un assaut sur la ligne de défense khmère. A l’heure fixée, ces quatre siamois arrivèrent à saboter les canons khmers, sans que personne ne s’en aperçoit. Mais, les Khmers se battirent courageusement sans canons pour repousser les assaillants.

Les assauts duraient du matin jusqu’à l’après-midi. Les assaillants siamois se concentraient leurs attaques sur un point précis : La porte centrale de la cité, où les canons khmers étaient mis hors service par les saboteurs. Profitant de la confiance khmère à leur égard, ces deniers tuèrent les gardes de la porte et avant être tués par les autres gardes, ils arrivèrent à ouvrer les portes principales de la capitale pour laisser entrer les fantassins siamois.

Quelques heures plus tard, Angkor Thom était envahi par les soldats du roi Chao Samphya. Quant au roi khmer, il fut tué dans sa dernière tentative de repousser les assaillants. Les généraux khmers, Ponhea Keo, et Tey, fils du souverain khmer, furent capturés par les siamois. Après la victoire, le roi siamois, Chao Samphya ou Borom Reachéa II proclama son fils, Ponhea Preak, non de sacre Indra Reachéa, roi du Kampuchéa. En l’an 1384, pour la deuxième fois, le Kampuchéa était sous l’occupation siamoise.

Note : L’organisation et l’armement de l’armée khmère :

A. L’organisation de l’armée khmère : L’armée khmère est constituée de trois grands corps : - l’infanterie, - la cavalerie, - le corps des éléphants. Les embarcations de guerre et les chars ne constituent pas les corps de l’armée.

1. L’infanterie : L’infanterie constitue le gros des armées. Dans l’infanterie, on constate qu’il y a deux types de fantassins : Les porteurs de lance et de boucliers et les porteurs de tous autres armes. Les deux types de fantassins ne se mélangent pas dans la marche de l’armée.

2. La cavalerie Dans l’armée khmère, la cavalerie a pour mission : de briser les lignes ennemis, de contrôler l’ordre et la discipline dans les rangs des fantassins (police militaire), d’assurer la transmission des ordres entre les divers parties de l’armée (service de transmission), d’éclaireur au devant de l’armée.

3. Le corps des éléphants Les éléphants constituent un corps d’armée que l’on pourrait appeler « l’éléphanterie ». Son rôle principal est d’être la monture de guerriers de haut rang.

4. Unité de combat Chaque unité de combat comprend : un éléphant, deux à six cavaliers, trente fantassins. Les fantassins ouvrent la marche, encadrés par les cavaliers. L’éléphant est au milieu des fantassins, quinze en avant et quinze en arrière.

5. Les chars Chars et charrettes sont en fait très voisins dans leur conception. Les différences entre deux véhicules résident surtout dans le fait que charrettes portent un toit et surtout, elles sont dotées de deux traîneaux au niveau de l’essieu, extérieurs à celui-ci, que les chars ne possèdent jamais. Ces derniers sont par ailleurs toujours tirés par les chevaux et les charrettes par les bœufs. Les dimensions sont : 2,25 mètres de longueur, 1,5 à 2 mètres de largeur.

6. Les embarcations La flotte khmère est composé d’embarcations. Ces embarcations ont évidemment des caractères communs. Elles sont toutes basses sur l’eau, de forme allongée, « large au centre et effilées aux deux bouts, elles n’ont pas de voiles et peuvent porter plusieurs personnes. On les dirige qu’à la rame. Les rameurs sont remplacés parfois par les pagayeurs. Mais rameurs ou pagayeurs sont répartis en deux rangées symétriques. Les embarcations sont dirigées par un nautonier, placé à l’arrière et doté d’une grande rame en guise de gouvernail. Enfin, elles sont toutes chargées de guerriers prêts au combat. Leurs dimensions selon G. Groslier sont de 24 à 25 mètres de longueur, 1,5 à 1,8 mètres de largeur.

7. Les éléments accessoires de l’armée Les musiques militaires, les porteurs d’insignes honorifiques, les porteurs d’étendards.

8. Le service de l’intendance L’expression est sans doute un peu excessive. Le service est composé des civils, hommes et femmes, s’occupant du transport de denrées diverses, à des hommes armés en ordre de marche.

9. Les « suites » de l’armée Une suite de véhicules servant au transport de dames de qualité abondamment entourées de leur domesticité. Il s’agit sans doute des femmes des guerriers de haut rang.

B. L’armement de l’armée khmère Il y a deux types d’armes utilisées dans l’armée khmère : les armes offensives et les armes défensives.

10. Les armes offensives Elles sont : lances, arc et flèches avec éventuellement carquois, sabres de diverses tailles, haches typiques ou phkà’ks, couteaux et coutelas de toutes dimensions, le baliste sur l’éléphant et sur roues. Le Phkà’ks est une sorte de hache qui, comme les couteaux et coutelas, s’est transmise intacte dans sa forme de génération en génération jusqu’à l’époque actuelle.

11. Les armes défensives : le bouclier, la cuirasse.

(sources : L’armement et l’organisation de l’armée khmère aux XIIe et XIIIe siècles d’après les bas-reliefs d’Angkor Vat, du Bayon et de Banteay Chmar. Auteur Michel Jacq-Hergoualc’h, édition Presse Universitaires de France).

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 14:04
LE REGNE DE PREAH BAT SAMDECH SREY SORYAUVONG (1359 – 1369).

À 41 ans, Srey Soryauvong fut sacré roi vainqueur. Il nomma son neveu, fils du prince Soryautey, vice-roi. Il attribua des récompenses au mérite à ses hommes. Il ordonna au général Chao Ponhea Chakrey de mener des opérations militaires contre certains gouverneurs khmers qui continuaient de se proclamer roitelet indépendant vis-à-vis du pouvoir central. En quelque mois seulement, celui-ci arrivait à mater ces rebelles. Le royaume se retrouvait son unité et la paix.

Pour se venger de leur défaite, quelques généraux siamois avaient décidé de mener des opérations militaires contre quelques provinces frontalières khmères pour s’emparer la population. Les gouverneurs khmers ne les laissaient pas faire. Ils attaquèrent les siamois pour libérer la population. Une contre attaque siamoise avec 2 000 soldats fut spectaculaire. Les Khmers les résistèrent avec beaucoup de courage en repoussant mètre par mètre, mais ces derniers étaient toujours dans le territoire khmer.

Le roi khmer s’inquiétait beaucoup de cette provocation siamoise. Il ordonna au général Chao Ponhea Pisnolouk de lever une armée de 50 000 hommes dans les provinces Treing, Basac, Preah Trapeang, Kramoun Sâr, Teuk Khmauv, Kampot et Kampong Som pour repousser les siamois hors du Kampuchéa. Ces provinces sont des provinces situées au Kampuchéa Krom, la Cochinchine actuelle. Le général Pisanulouk avait organisé son armée en deux corps : la grande armée, commandée par lui-même et la division de frappe, commandée par le gouverneur de Basac. L’armée khmère remporta facilement la victoire sur les siamois. Pour punir le Siam, le général Pisanulouk décida avec l’accord du roi de s’emparer quatre provinces ennemies, lesquelles étaient dans le passé provinces khmères, Sam Yao (Trat), Rayong, Chanthaburi, Chon Buri. Il fit 9000 prisonniers et amena des milliers siamois au Kampuchéa comme butin de guerre.

Le Roi Srey Soryauvong convoqua les membres du Conseil du Royaume pour dire ses instructions : « Au règne du feu mon grand frère, le roi Lompong Reachéa, après la victoire sur le Siam, il a décidé de démobiliser les soldats en croyant que cette victoire aurait donné suffisamment la leçon au roi d’Ayuthia de ne plus agresser notre pays. C’était une erreur monumentale car quelques mois après, l’armée siamois poindra à nouveau devant la porte de notre capitale. Maintenant, nous savons que ce pays a une attitude agressive et nourrît d’une ambition permanente dans l’impérialisme. Il a une volonté systématique d’empiétement notre territoire. Je décide de créer un corps de gardes de nos frontalières, lequel est composé des milices. Désormais, chaque homme en âge de travail doit être membre de la milice et après le travail aux champs, il doit participer à un entraînement militaire avec les instructeurs expérimentés dans l’art de la guerre. Je confie cette mission au vice-roi pour créer et commander ce corps de défense des frontières ».

De retour au pays avec des milliers prisonniers Laotiens du royaume Chieng Ray comme tributs de guerre, Ramaso, roi du Siam, fut informé par ses ministres de l’invasion khmère. Il se mettait en colère et ordonna à ses généraux de tenir prêt pour une contre attaque. L’année de bœuf, Ramaso conduisit lui-même son armée pour libérer les provinces occupées par les Khmers. Il confia le commandement de la division de frappe au général Damrong. Celui-ci remporta la victoire sur l’armée khmère. Après ce succès, Ramaso décida de marcher sur Angkor Thom, la capitale khmère. Son armée fut repoussée par les milices khmères. Quelques jours après, le vice-roi khmer arriva sur les fronts avec un corps d’armée. Il s’installa son quartier général au pont de bifurcation (Spean Yek) en face de la position du général Damrong. Celui-ci livra immédiatement la bataille contre le vice-roi khmer. Ces deux armées s’affrontèrent violemment sans obtenir la victoire escomptée. Soudain, le flanc gauche de l’armée khmère fut attaqué par Ramaso. Avec des effectifs inférieurs, le vice-roi ordonna une retraite stratégique pour attendre l’arrivée de la Grande Armée, dirigée par le roi khmer en personne. Le vice-roi avec les membres de son état-major s’installaient leur poste de commandement dans des embarcations qui se trouvait au milieu du fleuve. Ce refuge fut repéré quelques heures plus tard par une unité des armes à feu siamoise. Son officier ordonna immédiatement à ses soldats de tirer sur l’embarcation du vice-roi. Quelques minutes plus tard, une balle perça par hasard un des tonneaux de poudre de canon khmer. Cet impact provoqua une violence d’explosion dans laquelle le vice-roi fut blessé gravement. Celui-ci fut capturé par les siamois et mourut de ses blessures trois jours après. Ramaso n’avait même pas eu le temps de savourer de cette victoire parce que ses généraux s’obligeaient de se battre en retraite partout par les attaques de l’armée du roi khmer. Le roi siamois essaya de mener des contre attaques à plusieurs reprises la poussé khmère, mais en vain. À chaque assaut, Rasamo perdait des milliers de vies de ses soldats. Le roi khmer écrasa sur son chemin les unités siamoises, une par une et obligea le roi d’Ayuthia de se retirer du territoire khmer avec son armée. Après cette victoire, Srey Soryauvong régna en paix jusqu’à sa mort.

Pendant le règne de Srey Soryauvong, le Royaume du Kampuchéa avait des frontières : - À l’Ouest jusqu’à Machem Borey,au Sud-Ouest jusqu’à Nokor Reach, - Au Nord jusqu’à Sdam Khach,au Nord-Ouest jusqu’à Chantrabun Borey, - À l’Est jusqu’à Borir Daum Nay,au Sud jusqu’à la mer au Vietnam et Cham.

Le roi Srey Soryauvong avait un fils, appelé Ponhea Yat. À 51 ans, le roi mourut par maladie. Ponhea Yat avait 10 ans. Le Conseil de couronne jugeait que ce dernier était trop jeune pour monter sur le trône. À l’unanimité, les membres du Conseil avaient choisi Borom Rama, fils de Lompong Reachéa, roi du Kampuchéa.

LE REGNE DE PREAH BOROM RAMA (1369 - 1373). Cinq ans après son règne, Borom Rama mourut de maladie. Le prince Preah Thomma Saukreach monta sur le trône du Royaume du Kampuchéa.

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 09:31
Trois princes règnaient sur le trône khmer.

CHAO BAAT, PRINCE SIAMOIS (1353 – 1356).

Après la prise de Nokor Thom, Chao Baat, fils du roi du Siam fut sacré roi du Kampuchéa par son père. À la tête de 10 000 hommes et avec l’aide de ses deux frères Chao Basat et Chao Kampong Pisey, il poursuivit la campagne militaire contre les gouverneurs khmers qui refusaient de reconnaître son autorité royale. Dans cette campagne, il réussit à peine à conquérir quelques provinces proches de la capitale. Les autres gouverneurs khmers, ceux du sud, de l’Est et du Sud-ouest, continuèrent de se battre contre l’armée occupante. Pour faire face à cette situation, Chao Baat créa une armée mixte, khméro-siamoise. Il nomma un général khmer pour commander cette armée, dont la mission était de mater l’opposition khmère, mais en vain. En l’an 1356, Chao Baat mourut par la maladie. Son frère, Chao Basat prit sa succession.

CHAO BASAT, PRINCE SIAMOIS (1356 – 1359).

Chao Basat succéda à son frère en 1356, année de singe, à l’âge de 62 ans.

Revenons au Preah (Srey) Soryauvong, réfugié au Laos, après avoir essayé sans succès d’intercepter les renforts siamois pendant le siège de Nokor Thom, il décida de revenir au pays pour organiser une guerre de libération nationale.

À la tête de 1 500 laotiens, il fit installer son quartier général à Basane (district de Srey Santhor). Après avoir fait un constat que les forces de résistance khmère étaient en état d’anarchie totale, certains gouverneurs se battaient entre eux pour imposer leur autorité sur la population, il y avait beaucoup de mort dans ces querelles fratricides, Srey Soyauvong décida de faire appel à toutes les forces de résistance à rejoindre à lui pour créer un Front de Libération Nationale.

Après avoir entendu cette proposition, beaucoup des chefs de résistance donnèrent une réponse favorable à celle-là, puis, ils élurent Srey Soryavong comme souverain. Cette nouvelle s’était répandue dans tout le royaume qui provoquait des désertions des Khmers dans l’armée siamoise pour venir rejoindre le Front de libération Nationale. En l’an 1359, le prince Chao Basat mourut. Son frère Chao Kampong Pisey prit sa succession à la tête du Royaume du Kampuchéa.

CHAO KAMPONG PISEY, PRINCE SIAMOIS(1359).

Trois mois seulement après son avènement à la tête du royaume, Chao Kampong Pisey devait faire face à une offensive du Front de Libération Nationale Khmère de plus en plus farouche. Manque des moyens et des hommes pour repousser l’avance khmère, l’armée siamoise ne contrôlait que la capitale. Le reste du pays était sous le contrôle du Front.

En outre, il ne pouvait même pas compter sur les renforts venant du Siam car, après la mort de son père, le royaume se plongeait dans l’instabilité politique : Le choix de Chao Lane, son fils aîné , par Preah Borom Reachéa comme son successeur, déclancha le mécontentement de certains princes de la maison royale d’Ayuthia, en particulier le prince Ramaso. Après sept jours seulement de son sacre royal, Chao Lane fut tué par Ramaso. Ce dernier monta sur le trône et mena une guerre contre le royaume Chieng Ray (les laotiens de ventre noir).

Vu la situation au Siam, Srey Soryauvong jugeait bon qu’il fût temps d’en finir avec l’occupation étrangère. Il ordonna son armée d’attaquer la capitale.

La princesse Tépie, première dame du royaume décida d’accompagner son épouse à cette campagne militaire. Elle suivit son roi par la voie fluviale. Au sommet du mont de diable, il y avait une statuette déposée dans une grande salle délabrée. La princesse fit des vœux en promettant de revenir à ces lieux pour faire réparer la salle, si son marie gagnait la guerre contre les siamois. Par la suite, les habitants auront changé le nom du mont de diable en mont Tépie après le passage de celle-ci.

Apprenant l’arrivée de l’armée de Srey Soryauvong, les généraux khmers dans les rangs de l’armée siamoise et la population de la capitale se soulevèrent contre les siamois. Ils décidèrent de périr les armes à la main. Tous les cœurs et toutes les espérances se tournèrent vers le nouveau roi khmer qu’on leur avait annoncé qu’il était devant la porte de la capitale. À la première heure de leur courroux, ils tuèrent Chao Kampong Pisey. Il faut noter que pendant les six années d’occupation siamoise, tous les habitants de la capitale avaient une animosité à l’égard des occupants. L’annonce de la mort de Chao Kampong Pisey entraîna la capitulation de ses soldats. En l’an 1359, le peuple d’Angkor accueillit l’armée de libération khmère en larme de joie en criant : Vive le roi, Vive le Kampuchéa. Celui-ci fut sacré roi vainqueur selon la tradition royale khmère. Il choisit son nom de règne : Preah Bat Samdech Srey Soryauvong.

Note sur les différentes sortes du sacre royal au Cambodge : Il est intéressant de savoir davantage sur les différentes sortes du sacre royal au Cambodge.

Pour le grand roi, il y a six sortes du sacre royal :

Chhâkkâphisêk, Réachéâphisêk, Mongkoléâphisêk, Réamâphisêk, Munthâphisêk et Bossâphisêk.

Quand on sacre le grand roi sous le signe du bœuf (Prâhassap réasey), qui est le grand och (probablement bœuf ), la cérémonie est dite Chhâkkâphisêk. Quand le soleil est dans le signe du bélier (Méssa réasey), qui est la seizième maison lunaire, la cérémonie est Visâkhâphisêk et dite Réachéâphisêk. Si le soleil est dans le signe des Gémeaux (Meakthom), qui est la dix-neuvième maison linaire, la cérémonie est Chéthâphisêk et dite Monkoléâphisêk. Si le soleil est dans le signe du scorpion (Preah choek réasey), la cérémonie Ottarashadâphisêk est la vingt-et-unième maison lunaire, et dite Munthâphisêk. Le grand roi qui sera sacré comme il vient d’être dit, sera puissant, victoreix et acquerra beaucoup de mérites. Tous les (tévoda), les (téveréach), les (arakh) les (néakta), les aigles mythologiques (krouth) et les autres grands rois, redouteront certainement sa puissance. Si le soleil est dans le signe du Cancer (Pusha réasey), qui est la huitième maison lunaire, la cérémonie est Bossâphisêk.

Samdech Pan, dit que les textes (Baley), énumèrent cinq causes de sacre :
- Phokkéâphisêk est celui d’un homme qui arrive au trône par sa fortune, bien qu’il ne soit pas de la famille royale; 
- Prapdâphisêk : est celui d’un homme qui devient roi de par ses victoires ;
-Tévéaphisêk : est celui d’un homme qui est protégé par les tévodas, les eynt, les promh, les yéama, les yéak, est élu roi ; - Réachâphisêk est celui d’un homme en duquel son père abdique et qui devient roi ;
- Sokkhâphisêk est celui d’un homme qui devient roi de par ses amitiés et ses alliances.

Une inscription du Bayon mentionne le sacre Indrâphisêk. Cet événement semble avoir pris un caractère particulier au Cambodge et au Siam. Dans le bas-relief du Bayon, Mr Coedès voit Jayavarman VII célébrer cette cérémonie à la suite de ses victoires militaires. Au Siam, on voit Ramadhipati II (1350-1369) célébrer ce sacre après l’annexion les provinces Nord du royaume d’Ayuthia, l’autre Prasat T’ong (1630-1656), ayant obtenu du Cambodge la reconnaissance de sa suzeraineté

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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 07:55
LE REGNE DE PREAH LOMPONG REACHEA (1346 – 1351) Preah Lompong Reachea fut couronné roi à l’âge de 54 ans. Il nomma son frère Preah Soryauthey vice-roi, chargé des affaires militaires. Il célébra les funérailles de son père et de son grand père dans la même année. La reine grande mère, demanda au nouveau souverain d’amener les cendres de Preah Soryapoir à Ban Chey, province natale du souverain défunt, pour les déposer dans un stûpa royal. Elle fit sculpter un statut de ce dernier dans une grotte où elle venait le rendre hommage tous les jours. Des années plus tard, les habitants de Ban Chey avaient l’habitude de venir à cet endroit pour faire des prières et des vœux parce qu’il était réputé que des vœux formulés auraient toujours exaucés. Ces habitants donnèrent un nom à cette grotte pour rendre hommage au roi défunt « Grotte Preah Bat Borom Sokun Chhak » (un des noms du sacre de Soryapoir). Ce nom se déformait des siècles plus tard à celui de l’esprit de génie Sokun Chhak (Neak Ta Sokhun Chhak, en cambodgien).

L’histoire de la Thaïlande d’après la chronique royale des rois khmers :

L’ère de Sokhothaï : Jadis, le Royaume Siam était un État vassal du Royaume Khmer. Le souverain khmer, Preah Bottom Soryavong avait accordé l’indépendance au Royaume Siam parce que le roi de ce pays était son frère, nommé Ponhea Rong. Ponhea Rong était un roi conquérant. Une fois son pays fut libéré de la domination khmère, il commençait à conquérir des petits royaumes environnants. Il fonda ensuite un royaume connu sous le nom de Sokhothaï. Les rois de ce pays se succédèrent pendant plusieurs génération.

L’ère d’Ayuthia : Non loin du Royaume Sokhathaï, il y avait un autre royaume, nommé Chieng Ray. Ce royaume fut fondé par un prince laotien. Ce prince venait s’installer à Chieng Ray avec son armée à la suite d’une querelle de succession de trône dans son pays. Comme Ponhea Rong, ce prince était un conquérant. Il multiplia des conquêtes militaires dans la région et annexa le royaume de Sokhothaï. Il fonda plus tard un royaume, connu sous le nom Krong Kamphen Pich (Cité des murs de diamants). Sa dynastie était mis fin par un homme, appelé Sen Tom. On sait que cet homme était marié avec une princesse laotienne et fut couronné roi sous le nom de règne Serey Chey Sen. Il fonda un nouveau royaume, connu sous le nom Ayuthia ou Krong Tep. Après sa mort, son fils aîné, le prince OUK TON ou U Thaung prit sa succession. Il fut couronné sous le nom de règne Rama Thipadey. Le royaume, sous son règne, était très puissant.

Un jour, Rama Thipadey, roi d’Ayuthia, décida de conquérir le Royaume du Kampuchéa avec une armée de 15 000 d’hommes, laquelle était divisée en deux corps d’armée. Le grand corps d’armée de 10 000 d’hommes, commandé par le fils aîné du roi, le prince Ramaso et la division de choc de 5 000 d’hommes, commandée par le petit fils du roi, le prince Sisobath. La mission de Sisobath était de prendre la capitale khmère, Nokor Thom, par surprise. Il marcha avec sa division jour et nuit sur la capitale khmère suivit de loin par le grand corps d’armée de Ramaso. Une fois au Kampuchéa, Ramaso s’empara facilement la première province khmère, Réachséma. Le gouverneur khmer envoya une estafette pour informer le roi de cette invasion ; puis il s’enfuit avec sa famille pour se cacher. L’estafette arriva à Norkor Thom à midi, quelques heures d’avance seulement de l’arrivée de la division de Sisobath à la porte de la capitale khmère.

Apprit cette nouvelle, le roi convoqua aussitôt son Conseil de guerre. Il ordonna le vice-roi, son frère, de lever une armée de 200 000 hommes. Des mesures étaient aussitôt prises par ce dernier pour défendre la capitale par une armée de 50 000 d’hommes. Devant les membres du Conseil de guerre, le roi fit part de son souci du manque d’entraînement des soldats pour faire face à une armée d’ennemi : « Notre pays était en paix depuis déjà longtemps et pour cette raison, nous ne préoccupions pas à entraîner nos soldats, dit le roi » ; - Preah Soryatey, le vice-roi, répondit au souverain ceci : « Certes, nos soldats n’étaient pas assez entraînés, mais ils ont la force et la santé nécessaire pour faire face aux soldats ennemis, fatigués, après plusieurs jours de marche forcée pour venir ici. Le souverain siamois se croyait malin de nous surprendre par une attaque surprise notre capitale royale. Je vous propose donc d’attaquer nos ennemis tout de suite sans les laisser de se reposer. Si nous attaquions nos ennemis par surprise, je suis certain que nous puissions obtenir la victoire ». La stratégie était approuvée par le souverain et les membres du Conseil de guerre. Preah Soryatey ordonna aux généraux de préparer immédiatement un plan d’attaque d’ennemis, campés devant la porte de la capitale.

Lorsque les préparatifs étaient terminés. Soryatey mit son armure de guerre, monta sur son éléphant royal et prit place dans le bât. Son cornac, assit à califourchon sur la nuque de l’éléphant, lui salua. Les fantassins et les cavaliers crièrent son nom pour le saluer. Il les répondit en levant énergiquement son épée. Cependant, les porteurs d’étendards agitèrent leur étendard pour faire bouger des longues flammes dont l’étoffe était parsemée de petites fleurettes dorées. L’orchestre militaire entama la musique de marche victorieuse. Enfin, le prince donna l’ordre à son armée de marcher sur les ennemis. Parlons maintenant des soldats siamois devant la capitale khmère. Ils s’apprêtèrent à préparer à manger. Quant aux leurs officiers, ils vinrent à peine de terminer à constituer un plan de défense du camp, ils virent surgir les fantassins khmers de tous les côtés. Fatigués par la marche et la faim, les soldats siamois ne répondirent plus aux ordres de leur chef face à cette attaque surprise. Ils cherchèrent, en effet, à s’enfuir pour sauver leur vie. Sisobath, le prince siamois, fou furieux, se précipita pour monter sur son éléphant. Il ordonne à son cornac à pousser sa monture à s’engager dans la bataille. Il assaillit les fantassins khmers et tua en un tournemain plusieurs d’entre eux. Il cria à ses hommes de riposter à l’assaut khmer. Il ordonna à ses chefs d’unité de rassembler tous les hommes disponibles pour mener rapidement une contre offensive. Soryautey, le prince khmer, d’un maintien martial sur le dos de son éléphant, son épée pour ainsi dire magique à bout de bras, ordonna à son cornac à pousser sa monture à bondir à la rencontre de Sisobath. Et voilà, tous deux qui s’affrontèrent en déployant chacun toute son habilité et toute son énergie. C’est la lutte d’homme à homme, mais les éléphants luttent aussi, bête contre bête. Après une bonne dizaine d’assauts, l’éléphant khmer poussa avec toute sa force celui de Sisobath. Le dernier perdit son équilibre et tourna le dos à son adversaire. Cette défaillance de position, fit perdre l’assurance de Sisobath. Il ordonna à son cornac d’abandonner le combat, mais poursuivit par le prince khmer qui abat d’un seul coup de son épée la tête de Sisobath. La mort du dernier provoqua la panique générale dans les rangs des fantassins siamois et les obligea à s’enfuir ou bien à se rendre aux vainqueurs.

Cette victoire donna l’assurance à Soryautey. Il ordonna aussitôt à son armée de marcher à la rencontre de l’armée de Ramaso. Aussitôt vu la colonne siamoise, il ordonna ses soldats à l’attaquer. Devant ces assauts surpris et la défaite inattendue de Sisobath, Ramaso prit panique. Il donna les ordres à ses généraux de se battre en retraite, mais poursuivit toujours par Soryautey. À la frontière, il décida de quitter le territoire khmer en pensant que le dernier n’osait pas de franchir la frontière. Comme prévu par le prince siamois, le prince khmer décida de ne pas poursuivre au-delà du territoire khmer. Cette décision était motivée par trois raisons :
- L’armée khmère à l’état actuel, n’était pas assez formée pour mener une guerre d’offensive,
- Les effectifs n’étaient pas assez suffisants,
- Le Royaume d’Ayuthia était très puissant.
Pour ces raisons, Soryautey ne pensait qu’à savourer de sa victoire limitée, c’est-à-dire, il n’avait pas eu la possibilité d’anéantir l’armée ennemie. En effet, l’ambition du roi d’Ayuthia de conquérir le Kampuchea restait toujours en flamme. Dans ces batailles, Soryautey avait fait beaucoup de prisonniers siamois et il informa son frère de cette victoire. Apprit la nouvelle, le roi était content, il offrit des récompenses à ses hommes courageux et une fête fut organisée en leur honneur .

Revenons à Ramaso, après être assuré que l’armée khmère s’était retirée de la frontière, il ordonna à son armée de camper à une distance raisonnable du territoire khmer. Il envoya une missive à son père pour lui informer de sa défaite et de la mort de Sisobath. Rama Thipday, roi du Siam, écoutait son ministre de guerre lisait le message de son fils aîné dans un imposant silence. Cette défaite lui rendait triste et furieux en même temps. Il ordonna à ses trois autres fils, Chao Basath, Chao Baat et Chao Kampong Pisey de lever une armée pour une nouvelle expédition au Kampuchéa. Ces trois princes étaient placés sous le commandement de son beau-frère, Preah Borom Reachéa. L’armée était composée de cinq divisions : Un grand corps d’armée, commandé par Preah Borom Reachéa et quatre divisions de fantassins, commandées par les quatre fils du roi du Siam, dont les noms sont cités ci-dessus.

Quelques mois seulement après la victoire, le roi khmer, Lompong Reachéa ne voyait plus l’utilité de garder des effectifs militaires importants, il décida donc de démobiliser un grand nombre de soldats afin qu’ils puissent retourner vivre auprès des siens. Cependant, le roi d’Ayuthia avait terminé ses préparatifs militaires en vue de reconquérir à nouveau le Kampuchéa. Dans le secret absolu, il ordonna son armée à marcher sur Nokor Thom, la capitale khmère. Le roi khmer fut informé de cette nouvelle par les gardes de frontière en même temps que l’arrivée des siamois devant la porte de la capitale.

Vu la situation, le roi khmer confia aussitôt la mission à son frère d’organiser la défense de la capitale et il ordonna en même temps à son frère Preah Soryauvon (dans les autres documents, on écrit qu’il est le cousin du roi) et au fils de l’ancien roi Preah Bat Sreysokhunchak, de quitter la capitale pour mission de levée une armée à fin qu’ils reviendraient pour attaquer à revers les ennemis. À la tête de quelques hommes, ces derniers quittèrent la capitale assiégée sans rencontrer des difficultés.

La capitale Nokor Thom était encerclée à une distance à peu près d’un kilomètre par, la division de Ramaso au nord, la division de Chao Baat au sud, la division de Chao Basat à l’ouest, la division de Chao Kampong Pisey à l’est. Après trois jours de repos, le prince Preah Borom Reachéa, commandant en chef des armées siamois, ordonna à ses généraux de construire des remparts au tour de Nokor Thom dont la hauteur est égale à celle des murailles de cette ville. Ensuite, il fit placer des canons sur ces remparts. Tous les jours, il ordonna à ses soldats de bombarder les lignes de défense khmères. En revanche, les Khmers ne laissaient par faire, ils ripostèrent avec leurs canons contre les envahisseurs. Le duel des canons allaient durer jusqu’à l’épuisement des stocks d’obus.

Après quelques jours d’attendre du retour en vain de son neveu avec son armée pour attaquer à revers les campements des siamois, le roi khmer décida de mener personnellement des attaques sans remporter la victoire contre la division de Ramaso. Après cinq mois (décembre au mois de mai de l’année suivante) de siège de la capitale, le roi khmer décida d’envoyer une lettre à Borom Reachéa, le prince siamois, pour lui demander la raison du Royaume du Siam de mener une guerre contre son Royaume. Voici le contenu de la lettre royale :

À son Altesse Royal, Commandant en Chef des armées du Royaume d‘Ayuthia. Jadis, votre Royaume était un État vassal du Kampuchéa. Vos aïeux royaux ont proclamé unilatéralement l’indépendance de leur Royaume vis-à-vis de celui du Kampuchéa. Le roi khmer de l’époque l’a accepté sans histoire parce que votre ancien roi, Ponhea Rong, était son frère. Depuis, nos deux royaumes vivent en paix côte à côte. Au cours des plusieurs décennies passées, mes prédécesseurs n’ont jamais la moindre idées de revendiquer de quoi ce soit à votre royaume, mais pourquoi, aujourd’hui, votre roi a décidé d’envahir mon pays qui ne demande qu’à vivre en bon voisinage avec votre pays dans la bonne tradition du bouddhisme.

Borom Reachéa ne tardait pas de répondre au roi khmer par une lettre dont le contenu était ceci : À Sa Majesté le Roi du Kampuchéa. Notre Auguste roi a un seul but dans cette guerre, c’est de vous faire accepter la suzeraineté du Royaume d’Ayuthia sur celui du Kampuchéa. Si vous acceptiez cette condition, nous lèverons le siège de votre ville et nous vous laisserons vivre en paix.

Lompong Reachéa, le roi khmer, convoqua son Conseil de guerre pour informer les membres de ce Conseil la réponse de Borom Reachéa et aussi pour les faire entendre sa décision à cette réponse : Le roi d’Ayuthia nous fait la guerre pour m’imposer à reconnaître sa suzeraineté. Si je l’acceptais, il m’a promis de nous laisser vivre en paix. Comment je peux céder à son caprice démesuré. Accepter de telle condition, veut dire pour moi une honte pour notre pays, qui était dans le passé un grand pays très puissant. Je préfère donc mourir comme un homme libre au lieu de vivre comme un monarque vassal.

Le siège de Nokor Thom perdurait. Pendant la saison de pluies, Lompong Reachéa donna l’ordre aux ministres de faire cultiver du riz pour l’armée dans l’enceinte de la capitale par les esclaves. Il faisait assez souvent des inspections à son armée pour remonter leur moral. Le temps passait, le moral des soldats siamois commençait à baisser. Borom Reachéa voyait le danger, décida d’écrire une lettre à son roi dans les termes suivants : Sa Majesté le Roi. Le moral de vos soldats au Kampuchéa n’est pas au beau fixe parce qu’ils vivent déjà plus longtemps loin du pays et de leur famille. La situation militaire n’avance guère non plus. Nous ne pouvons pas laisser perdurer cette situation, car le temps travaille pour les Khmers, qui sont déterminés à gagner la guerre et à anéantir notre armée. Le retrait de notre armée du Kampuchéa ne serait non plus une bonne mesure car, cette fois, le roi khmer nous poursuivra jusqu’à chez nous pour nous détruire à jamais. Une unique solution pour nous, c’est de gagner cette guerre à tout prix. Cette victoire serait encore possible si nous avions la possibilité d’augmenter notre effectif au Kampuchéa.

Parlons du prince Soryauvong ; après son départ de la capitale ; celui-ci avait eu des difficultés pour enrouler la population dans l’armée royale. Apprenant que les renforts siamois étaient en train de marcher sur Nokor Thom, il décida de l’intercepter, malgré l’effectif de son armée est inférieur à celle d’ennemies. En effet, l’armée khmère fut vite écrasée par l’armée siamoise. Après sa défaite, le prince khmer s’enfuit avec le débris de son armée pour se cacher au Laos.

Malgré des renforts, les siamois n’arrivaient pas à briser les lignes de défense khmère. Après douze mois de siège de Nokor Thom, le roi khmer mourut de maladie. Cette nouvelle provoqua un découragement général dans la capitale. Le prince Soyautey, vice-roi khmer, ordonna aux Brahmans d’introduire la dépouille du roi dans une grande urne mortuaire, duquel était déposée dans la salle du trône où il venait assister tous les jours des services religieux. Ensuite, il convoqua les ministres et les généraux pour les informer de ses intentions : « En tant que vice-roi, la mort du souverain, mon frère, me donne droit de lui succéder. Nous sommes en guerre ; les ennemis sont devant notre porte, il n’est donc pas nécessaire d’organiser les cérémonies de couronnement. Nous en ferons plus tard, une fois nous vaincrons les ennemis. J’assume désormais toutes les fonctions de roi du Kampuchéa et je vous demande de poursuivre vos missions selon vos fonctions habituelles. Gagner la guerre est notre priorité absolue. Fixons donc cet objectif dans notre esprit, la victoire viendra. Faire entendre cela à nos soldats qui sont, je sais, très fatigués dans cette guerre et en plus, ils sont un peu perdu, après la mort de mon frère. La moindre défaillance de notre part, nous amènera à la défaite assurée. Les renforts des ennemis, dirigés par leur roi en personne les donnent le courage de se battre contre nous. Une fois la nouvelle de la mort de notre souverain parviendra au roi siamois, il nous attaquera sur tous nos fronts. Il faut donc pour nous de gagner cette guerre. Bon courage à vous tous ».

Comme prévu par Soryautey, le roi Rama Thipadey ordonna à tous ses généraux d’attaquer en masse les lignes de défense khmère. Il s’adressa à ses soldats : « Que chacun de vous donne le meilleur de lui-même ! toute défaillance sera impitoyablement punie, mais le brave sera généreusement récompensé ». Cette phrase provoqua un enthousiasme général dans les rangs de l’armée siamoise. Les assaillants donnèrent assauts sur les lignes khmères avec fougue et détermination de gagner. Les fantassins des deux camps s’entre-tuèrent gaillardement. Soudain, le prince Chao Basat arriva à percer une brèche à l’Ouest de la capitale khmère. Il fut poussé aussitôt par Soryautey. Sans perdre le courage, Chao Basat recommença des assauts de plus en plus violents. Soryautey en première ligne montra son courage à ses soldats de repousser à chaque assaut d’ennemis avec succès. Dans la mêlée, les soldats khmers s’écrièrent : Le prince à terre. Ce prince n’était que Soryautey. Il tomba de son éléphant avec une flèche à la poitrine. Non loin de là, un autre prince khmer, Borom Rama, fils du roi défunt Lompong Reachéa, sur son cheval s’écria aux soldats de venir secourir son oncle par terre dont le corps ne bougeait déjà plus. Avec beaucoup de difficulté, les soldats khmers arrivaient à extraire le corps sans vie de leur souverain du champ de bataille.

Tout seul à la tête de l’armée, Borom Rama organisa sur le champ des contre attaques pour repousser la poussée d’ennemis. Il entra dans ville avec le corps de son oncle pour le déposer auprès celui de son père. Il réunit les généraux pour les dire de ses intentions : « Il faut abandonner la capitale. Nous ne pouvons plus résister la pression d’ennemis ; ils sont plus nombreux que nous. Et tôt ou tard, ils vont percer toutes nos lignes de défense. Le mort de nos deux rois est arrivée au mauvais moment. Dans l’opinion des généraux siamois, je n’apparais pas comme étant une force alternative crédible, pas encore, en tout cas pour mener une guerre contre eux. Ils vont en profiter encore plus pour nous attaquer. Notre devoir d’aujourd’hui est de protéger notre armée, dont la détermination de gagner est encore intacte. Je demande donc à vous et à nos hommes valides, les volontaires en tout cas, de faire un dernier effort pour briser l’encerclement d’ennemis. Il serait mieux de poursuivre notre combat dans l’ensemble de notre territoire contre nos ennemis que de persister de défense une ville qui n’est plus défensable aujourd’hui. Si nous concentrions toutes nos forces pour briser la ligne de Chao Basat, je suis certain que nous pourrions réussir car ce matin j’ai observé que ses soldats sont très fatigués. Ce soir à la tombée de nuit, nous allons lancer une attaquer surprise pour sortir de la capitale ». Sa péroraison était si convaincante que l’ensemble des ministres et des généraux le suit sans hésitation. Le prince demanda aux brahmans de ramener tous les objets légers qui symbolisent la royauté khmère.

Comme prévu, à la tombée de nuit, il ordonna aux soldats d’attaquer la ligne de Chao Basat. Après quelques heures de résistance par les siamois, Borom Rama avait pu percer la ligne d’ennemis et quitta la capitale Angkor Thom avec son armée.

Le lendemain, les dignitaires du royaume qui ne pouvaient quitter la capitale à la veille, demandaient l’audience au roi siamois pour lui offrir la clef de la cité. Celui-ci accepta cette capitulation et entra en souverain vainqueur sur le dos de son éléphant dans la capitale khmère en l’an 1353. Il s’adressa quelques jours plus tard aux dignitaires et aux religieux khmers : « Votre capitale est magnifique, je l’avais visité il y a quelques jours et vos deux rois défunts étaient très courageux. Ils avaient fait ce qu’il fallait faire pour défendre leur royaume. C’étaient des vrais guerriers. Ils sont aujourd’hui sur la route des honneurs vers le paradis. J’ordonne donc, que leurs funérailles soient célébrées en conformité avec la tradition des rois khmers. Je proclame mon fils aîné, Chao Baat, roi de votre pays. Je laisse mon armée de 10 000 hommes ici pour assurer la sécurité du roi. Pour compenser mes dépenses de guerre, j’annexe deux de vos provinces : Machem et Reachséma (Khorat). Je placerai mes généraux à la tête de ces deux provinces. Votre pays est désormais placé sous la suzeraineté de mon royaume ».

Après avoir assisté aux funérailles des deux rois défunts khmers, Rama Thipadey retourna dans son pays en ramenant avec lui tous des objets de valeur y compris des enluminures dans le magasin royal de Nokor Thom et 50 000 esclaves khmers dont 10 000 pour transporter de ces objets. Avant son départ, il nommait des ministres et des gouverneurs des provinces et récompensait à ses hommes en fonction de leur mérite pendant la guerre. Traduction non officiel par Sangha OP

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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 08:31
Dans le N° 2, il y a six règnes des rois khmers : - Le règne de Preah Bat Ponhea Sours (1048-1099). - Le règne de Preah Bat Serey Vuchak (1099-1163). - Le règne de Preah Lompong (1162-1217). - Le règne de Preah Angkir (1217-1275). - Le règne de Preah Soryapoir (1275-1340). - Le règne de Preah Sotheanreach (1345).

LE REGNE DE PREAH BAT PONHEA SOURS (1048–1099).
En l’an 1048, Ponhea Sours succéda à son frère. Il nomma son neveu, Preah Séreyrath, prince héritier du royaume. Il célébrait les funérailles de son frère pendant 37 jours. Ponhea Sours était un roi juste et honnête. Il poursuivait la politique de son frère en développant davantage le bouddhisme et en faisant construire et réparer plus de cent pagodes. Pendant le règne de Ponhea Sours, le pays était prospère : pluie était abondante pour la culture du riz. En l’an 1070, le roi fêta son 22e anniversaire de son couronnement. Cette année, il y avait un homme, nommé Chay, qui se prétendait être un homme prédestiné roi. Il se rebellait contre Ponhea Sours. Pour réprimer cette rébellion, le roi confia la mission aux deux généraux, Ponhea Chhak (ministre de l’intérieur) et Ponhea Kralahom (ministre de la mer). Au cours du combat, Chay fut capturé vivant par l’armée royale et fut exécuté sur le champ par les deux généraux. Au retour à la capitale royale, les deux Ponhea se précipitèrent au palais pour informer le roi de leur victoire. Et pour les remercier, le roi offrit beaucoup de cadeaux à ses deux généraux victorieux. Le roi n’avait pas d’enfant. À 48 ans, il tomba gravement malade. Il fit venir au palais son neveu, Preah Séreyrath, pour lui dire sa dernière volonté : Après ma mort, tu seras roi des Khmers. En tant que roi, tu dois poursuivre la politique de ton père et la mienne. Tu dois développer davantage la religion bouddhiste dans notre royaume. Après la mort d’Ang Sours, Preah Séreyrath fit proclamer roi par le Conseil de la couronne. Note 2 : On ne trouve pas la trace du roi Ponhea Sours, ni dans les livres déposés à la bibliothèque royale, ni dans les récits d’histoire des rois khmers, écrits par Preah Sangtheakvong. Selon ce dernier, le nom de successeur du roi Ta Trasakpaem ou Ang Chay, était Preah Nipeanbat.

LE REGNE DE PREAH BAT SEREY VICHAK (1099–1163).
Agé de 67 ans, Preah Séreyrath succéda à son oncle, le roi défunt Ang Sours. Il fut couronné roi sous le nom de règne Preah Bat Serey Vichak. Il était un roi juste et honnête. Il poursuivait la politique de son père et de son oncle. En l’an 1144, la reine Kuntha Bottom donna au roi un fils, nommé Preah Lompong. Le roi aimait beaucoup son fils. Il ordonna aux grands-maîtres de tous les métiers du palais d’apprendre à son fils toutes les connaissances existées sur la terre jusqu’à son fils devint à son tour un grand-maître dans l’art militaire et la science du gouvernement. Ainsi, le roi nomma son fils prince héritier du royaume. Le roi mourut à l’âge de 133 ans, après 60 ans de règne. Après sa mort, son fils, Preah Lompong fut proclamé roi par le Conseil du trône. Note 3 : On ne trouve pas la trace du règne de Preah Bat Serey Vichak dans les autres documents d’histoire des rois khmers.

LE REGNE DE PREAH LOMPONG (1162–1217).
Preah Lompong fut couronné roi en 1163. Il prit sa première femme comme reine et lui donnèrent un nom de sacre Samdech Phakatey Preah Mohaksachtrey Chakrapat. Il célébra les funérailles de son père pendant trois mois. Il poursuivait la politique de son père. Pendant son règne le royaume était prospère. En l’an 1197, la reine donna un fils au roi, nommé Preah Reach Ang Kir. Le roi s’éteignit en 1217 à l’âge de 75 ans après 55 années de règne. Son fils Preah Ang Kir succéda à son père. Note 4 : On ne trouve pas la trace de la reine-mère dans les autres documents.

LE REGNE DE PREAH ANG KIR (1217–1275).
Preah Ang Kir succéda à son père à l’âge de 20 ans. Il épousa une de ses cousines et l’éleva au rang de reine avec un nom de sacre Samdech Preah Phakatey Ksachtrey Sérey Chakrapat. Il célébra les funérailles de son père pendant 3 mois. En l’an 1225, le roi décida de parcourir le royaume pour faire une inspection. Arrivé dans la région de Tonlé Thom, il ordonne à sa suite de dresser une tente royale à côté de l’ancien palais royal dans la province Bane Chey (province Kandal d’aujourd’hui). Il fit venir le prince gouverneur de cette province pour qu’il fasse un compte-rendu complet sur la situation de sa province. À la fin de la réunion du travail, le roi posa une question au gouverneur : - Pourquoi Chao n’habite pas dans l’ancien palais ? - Je n’habite pas dans ce palais parce qu’il est hanté par l’esprit de l’ancien roi. Dans le passé, Il y avait des gens qui y habitaient ; ils voyaient apparaître le fantôme de l’ancien roi qui venait leur chasser de son palais. Ces gens étaient terrifiés et tombés tous gravement malade. - Si j’aménageais ce palais en pagode, que pensiez-vous, dit le roi au chef religieux de la province, nommé Samdech Preah Neak Séna Mohathérak, présent à la réunion. L’idée du roi était approuvée par tous les assistants à la réunion. Une fois approuvé, le roi ordonna au chef des services des travaux d’aménager l’ancien palais en temple et fit construire au nord de ce temple des logis pour les moines Il nomma Samdech Preah Neak Séna Mohathérak chef de la nouvelle pagode dont le nom était Nokor Tougn. Une fête en conformité avec la religion bouddhiste fut organisée pour inaugurer la pagode Nokor Tougn. Le roi Preah Ang Kir avait un fils avec la reine dont le nom était Soryapoir. Le roi mourut à l’âge de 78 ans après 58 ans de règne. Son fils Soryapoir lui succéda. Note 5 : On ne trouve pas la trace du roi Preah Ang Kir dans les autres documents d’histoire des rois khmers.

LE REGNE DE PREAH SORYAPOIR (1275–1340).
Preah Soryapoir devint roi à l’âge de 23 ans. Il épousa sa demi-sœur, nommé Samdech Preah Phakatey (nom de sacre). Le récit du règne du roi Preah Soryapoir dans la chronique des rois khmers commence par une bataille entre deux unités de la cavalerie khmère et siamoise. Une colonne de la cavalerie de 100 cavaliers de la garde royale Siam, commandée par le souverain en personne, était poursuivie par la cavalerie khmère dans la province de Mlou Prey (Preah Vihear d’aujourd’hui). La colonne siamoise transportait avec elle beaucoup d’objets de valeur : - Une statuette du Preah Ong Mark (mot inconnu en cambodgien), - Une boite à bétel incrustée de diamants, - Un plateau à habits incrustés de diamants, - Un arc incrusté de diamants, - Deux étuis de l’épée, l’un en or et l’autre en cuivre, incrustés de diamants, - Un poignard dont la poignée est incrusté de diamants, - Une paire de statuettes de dieu de feu plaquées d’or, - Une paire de lance à trois fers en or dont la hampe est incrusté de diamants. - Au bout de quelques heures de poursuite, tout près de la frontière khméro siamoise, Okgna Yaum Reach Tekyau Yath, gouverneur khmer, avec six officiers, interceptèrent les siamois. Sans attendre l’arrivée des autres cavaliers, ils livrèrent aussitôt la bataille aux ennemis et tuèrent quarante cavaliers siamois. Terrifiés par l’exploit des assaillants khmers, les siamois jetèrent tous les objets emportés par terre et cherchèrent en vain à s’enfuir. Aperçut le roi siamois à quelques mètres de lui, Yath s’empressa d’aller le tuer. Ce dernier lui supplia de laisser la vie sauve en échange avec son collier de diamants. Vu le collier jeté par terre par l’ennemi royal, Yath sauta de son cheval pour le ramasser. Venant d’arriver sur les lieux, Okgna Tekyau Borareach, commandant de la cavalerie khmère, s’en aperçut et ordonna à Yath de remonter immédiatement sur le cheval et poursuivre le combat. Profitant de la confusion dans les rangs des khmers, le roi siamois et ses hommes réussirent à traverser la frontière. Cependant un renfort siamois, commandé par le gouverneur de la province Nokorreach, arriva et s’engagea dans le combat aussitôt pour repousser hors de la frontière siamoise les assaillants khmers avec succès. Le roi du Siam se retira dans sa capitale royale et régna pendant cinq ans en paix dans son royaume. À l’âge de 40 ans, le roi Soryapoir tomba gravement malade et mourut soudainement. Son fils Preah Sotheanreach prit sa succession.

LE REGNE DE PREAH SOTHEANREACH (1345).
Après quelques mois de règne, le roi Preah Sotheanreach mourut de maladie. Son fils aîné, Preah Lompong Reachea fut proclamé roi par le Conseil de la couronne. Traduction non officiel par Sangha OP

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