Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 19:01

N° 20 Histoire des Rois khmers : Règne de Sdach Kan (1512-1525).

 

Après une longue campagne militaire contre Sdach Kan, Preah Chanreachéa décide de retourner à Pursat, sa capitale royale pour se reposer. Quelque temps après, il ordonne à son ministre de la guerre d’organiser des concours de recrutement des officiers des armées : Infanterie, marine et force fluviale, cavalerie et corps des éléphants. Les gagnants de ces concours seront incorporés dans le corps des officiers :

 

- Les vainqueurs de tir d’arme à feu, d’arc, d’arbalète, combat sur le dos d’éléphant seront proclamés champion des concours et seront affectés dans le corps des officiers avec grade de 5 Houpân (Capitaine) et des avantages en nature y afférent à leur rang : Pièces d’or, d’argent, maison et champs de riz.

- Les vainqueurs de combat à cheval seront proclamés 1er vice-champion et seront affectés dans le corps des officiers avec grade de 4 Houpân (Lieutenant) et des avantages en nature y afférent à leur rang.

Les vainqueurs de combat à terre seront proclamés 2e vice-champion et seront affectés dans le corps des officiers avec grade de 3 Houpân (Sous-lieutenant) et des avantages en nature y afférent à leur rang.

- Les participants aux demi-finales seront nommés sous-officier.

 

Quant au Royaume de l'Est, pour combler des pertes de ses officiers tués pendant la guerre et départs à retraite, Sdach Kan organise dans sa cité royale les mêmes concours de recrutement des nouveaux officiers.

 

Parlons du Général Keo, Commandant en Chef de l'armée de terre du Royaume de l'Ouest. Un jour, il convoque son chef d'état-major et lui dit : "Pendant la dernière guerre, Sdach Kan a envoyé un commando pour assassiner en vain notre souverain. Aujourd'hui, le cessez-le-feu est vigueur entre notre armée et celle de Kan. J'envisage de tuer Kan. Je pense qu'il faille profiter de cette occasion pour le faire, parce que Kan vit aujourd'hui dans l'imprévoyance en croyant qu'il est protégé par cette trêve. « Que penses-tu de cela ?". Le chef d'état-major se rend immédiatement à l'idée de son chef en disant : "D’après les renseignements, des concours de recrutement des officiers seront organisés dans le territoire de l’Est. À cette occasion, Sdach Kan se montra en public pour assister aux épreuves de concours. Je pense qu'il soit une bonne occasion de le tuer par nos tireurs d'élite, postés dans la foule". Ayant entendu cette suggestion, le Général Keo en est très content. Il ordonne immédiatement à son second d'organiser cet assassinat.                    

 

Quatre tireurs d'élite sont envoyés dans le territoire d'ennemis pour supprimer Kan selon le plan conçu. Ces volontaires sont : Pragn, natif de la province de Trang ; Kdaig, natif de la province de Kampot ; To, natif de la province de Bantey Meas ; Chay, natif de la province de Samrong Taug.      

 

Ces quatre soldats quittent Pursat pour Sralap Pichay Nokor, la capitale de l'Est. À Kompong Loung, ils montent à bord d'une pirogue de location pour poursuivre leur chemin comme des simples voyageurs. Ils arrivent à la cité de Kan deux jours avant la date des concours. Pendant ce temps disponible, ils visitent la ville truffée des commerçants dans leurs boutiques cossues, des paysans qui sont venus vendre leurs marchandises dans des marchés découverts, des voyageurs qui se promènent dans des petites rues couvertes des pierres et beaucoup de candidats aux concours qui baladent dans la ville avec leurs armes. Mais le plus important à faire pour les quatre tireurs isolés, c'est d'aller inspecter le terrain où se déroulent les épreuves de concours pour repérer un bon endroit à côté de la tribune du Sdach Kan afin de pouvoir se cacher dans la foule pour tirer sur ce dernier.

Le jour de concours est arrivé. Le début des concours est fixé 14h. Mais le terrain, transformé en stade, est déjà rempli des spectateurs depuis le matin. Il y a l'ambiance de fête. Les gens prennent leur repas de midi sur place, accompagné de son de musique et de belles chansons, joué par l'orchestre royal et chantées par des artistes célèbres de la capitale. Comme prévu dans le plan, les quatre de l'Ouest se glissent dans la foule, se postent à une bonne distance de la tribune officielle et attendent l'arrivée de leur victime.            

 

Vers 13h, on voit arriver sur les lieux des personnalités du royaume de tous les rangs. Vers 13h30, Sdach Kan arrive en grande pompe, accompagné de grands dignitaires et des femmes de sa cour. Les cavaliers de la cavalerie royale crient cinq fois "vive le roi" pour saluer leur souverain populaire. Les tambours exhalent un son de gloire pour avertir aux divins et aux spectateurs l'arrivée de l'Auguste Royal. Après quoi, la voix populaire "vive le roi" s'élève de plus en plus forte qui fait trembler la terre du stade. Sdach Kan monte sur la tribune royale, salue son peuple en levant ses deux mains en l'air. Après quoi, il déclare à 14h pile, l'ouverture des concours.             

 

En quelques minutes seulement, après la proclamation d'ouverture de la compétition, le stade devient un champ de combat entre les compétiteurs des arts martiaux. Les plus faibles sont éliminés rapidement, les gagnants passent à l'étape suivant jusqu'au final dans leurs disciplines.

 

Parlons de la discipline de tir à l'arc dont Sdach Kan est excellent. Vingt trois compétiteurs entrent en lice. Aucun n"a pas pu mettre sa flèche au centre de la cible. On voit Sdach Kan irrite sur son trône. Il tourne soudain vers ses concubines, assises derrière lui, en maugréant :

"Ce sont des imbéciles. Avec une telle médiocrité, je me demande, comment ils font pour que les filles s'intéressent à eux ? Avec cette distance, je peux réussir facilement mon tir".

Ayant entendu ces paroles, les maîtresses royales se mettent à rire. Certaines dames osent même dire à Kan :

"Majesté, je ne vous y crois pas".

Kan répond du tac au tac à ses dames :

"Si c'était vrai, tu m'offriras quoi comme récompense ?".

Il y a un brouhaha venant du rang des dames de la cour. On entend plusieurs réponses à la fois :

"Je vais tresser un collier de fleur de jasmin pour vous, Majesté" ; "Je vous aime encore plus fort, Majesté" ; "Je vais faire des soins de votre cil, Majesté".

Ayant entendu toutes ces promesses de ses jolies dames, Kan se lève en demandant au garde de corps de ramener son arc et ses cinq flèches. Ensuite, il descend de la tribune pour aller se placer sur la ligne de tir qui se trouve à cent mètres de la cible. Il y a un silence de minuit dans le stade. Kan se prépare à tirer. Il encoche sa première flèche, tire la corde en levant l'arc au niveau de ses yeux, vise la cible. Soudain, on entend un bruit de corde vibré qui propulse la flèche de l'arc vers la cible en une vitesse éclair. Quelques secondes plus tard, cette flèche atteindra la visée dont le bruit d'impact fait bondir les spectateurs en criant :

"Bravo !" et "Vive le Roi !".

Le retentissement de ces cris est encore en puissance, on voit la deuxième flèche touche la cible en fendant la première flèche en deux parties. Vu cet exploit, les spectateurs ne respirent plus, parce qu'ils sont émus en poussant encore plus fort de cri de joie. Mais cela n’est rien par rapport au troisième tir de Kan. Celui-ci relâche la corde de son arc, laquelle projette la flèche qui siffle l'air, touche à nouveau le même point d’impact des deux précédentes flèches. Là, tous les assistants se lèvent pour ovationner leur roi. On frappe immédiatement les tambours de victoire pour glorifier cet exploit exceptionnel.

 

Revenons aux quatre commandos du Royaume de l’Ouest. Vu cette performance, les quatre perdent un peu d’assurance dans l’exécution de leur mission dangereuse. Entre outre, le déplacement de Kan de la tribune au champ de tir ne leur arrange pas non plus. Ils n’ont plus l’angle de tir. Le premier tireur chuchote à son chef : Que faire maintenant, chef ? La réponse est sans équivoque : Il faut savoir s'adapter à la situation, mon ami. Profitant l’inattention des services de sécurité pendant le hourvari dans la cour, les quatre se faufilent discrètement dans le mouvement de la foule pour chercher une nouvelle position de tir. En quelques secondes seulement, un des tireurs murmure à ses camarades : ça y est, j'ai trouvé angle de tir. Le chef de commando fait signe de tête de son approbation. Ce dernier sort discrètement son fusil, caché dans un morceau de bambou et le pose rapidement sur l'épaule de son compagnon qui lui sert comme l’appui de tir, vise la tête de sa victime et tire. La balle manque de peu la cible. Le bruit d'arme à feu déclenche la panique dans la foule. Les officiels sautent de la tribune pour chercher un abri de fortune. Mais Kan reste impassible debout devant ce danger mortel. Il cherche immédiatement l'endroit où se trouve le tireur. Vu la fumée de l'arme à feu, il s'aperçoit donc son assassin, il encoche la flèche et tire illico sur la cible humaine. Ce dernier, touché en pleine poitrine par la flèche royale, tombe de tout son long. Dans cette détresse, le deuxième commando vient soutenir le corps en agonie de son ami ; mais la dernière flèche du Roi lui frappe sa tempe en arrachant sa vie de soldat. Les deux corps tombent par terre en héros. Dans la confusion la plus totale, les deux autres agents de l'Ouest trouvent un moyen de se sauver à toutes jambes de la capitale de l'Est. Ils arrivent à Pursat quelques jours plus tard et demandent une audience au Général Keo afin de lui faire un compte-rendu complet sur leur mission ratée.

Ce dernier en informe son roi, Preah Chanreachea. Celui-ci se mit en colère et dit à son général ceci :

« Cette ruse sans mon accord enfreint la morale militaire de notre Royaume. On cherche à tuer l’ennemi au champ de bataille, ou pendant la guerre. Or aujourd’hui, il y a un consentement tacite de paix entre AKAN et moi. Contrevenir à cette obligation morale de ma part, Roi descendant de la race divine me fait perdre ma dignité royale. Celui qui agit de cette sorte, selon notre tradition, porte un nom : Roi des brigands. AKAN en est un. Je te pardonne cette fois-ci, parce que vous êtes mon oncle ».

 

Depuis cet attentat manqué, les deux royaumes vivent en paix. Les échanges d’activités commerciales sont même autorisés officiellement par ces deux gouvernements. À la frontière, les douaniers ne contrôlent que le trafic d'armes de guerre. 

 

Parlons du Royaume de l’Ouest. Preah Chanreachea ordonne à l'armée de faire une campagne de capture des éléphants : Quarante éléphants sont capturés dans la province de Pursat ; trente-cinq à Kompong Som. Une belle prise pour le compte des Armées. Le Roi en est content. Il attribue beaucoup de récompenses aux chasseurs d'éléphants dont il est un des meilleurs dans le Royaume.

 

En 1522, dans le cadre de la réorganisation de la fonction publique du Royaume, Preah Chanreachea ordonne aux ministres de recruter par voie de concours des fonctionnaires : Trois niveaux de recrutement : Haut fonctionnaire ou docteur du Royaume, Moyen fonctionnaire et Secrétaires administratifs. Les candidats aux concours doivent être moine, certifié de maîtrise d'arithmétique et de langue Pali. La même année, les concours sont aussi organisés pour recruter les maîtres des beaux-arts en dramaturge et en musique. Le Roi assiste en personne à la cérémonie de remise des diplômes aux lauréats des concours.

 

Parlons maintenant du Royaume de l’Est. Le pays est en crise économique. Une nuit, Sdach Kan se déguise en commerçant ordinaire, quitte son palais avec quelques complices à la quête des informations sur la situation économique du pays auprès de la population. Les nouvelles sont alarmantes. Pour répondre à cette situation, le Roi ordonna au ministre, chargé du commerce de réformer les codes du commerce : Baisser les niveaux d’amendes d’un point pour relancer les activités économiques. Le délit du niveau 5 sera baissé au niveau 4 et ainsi de suite.

 

Ayant appris cette mesure, Preah Chanreachéa, au cours du Conseil des dignitaires, demande l’avis à son Premier Ministre sur cette décision. Ce dernier confirme l’utilité de cette loi. Mais le Roi réfute cet argument en disant ceci :

 

« Cette mesure est proclamée dans un but de protéger les membres de la famille d'AKAN, lesquels transgressent souvent la loi. L’allègement du montant des contraventions encourage les gens à désobéir la loi ».

 

Après quoi, Preah Chanreachéa décide de faire tout le contraire à Sdach Kan : Le délit du niveau 1 passera en 2 et ainsi de suite. Le récidiviste sera puni une peine de prison. 

 

Une affaire de justice dans le Royaume de l’Ouest :

 

Dans le territoire de l’Est, il y a une famille, appelée par les villageois la famille « Chao Loung In Kma Kaing Pich » : M. Loung est marié à Mme In. Il est l’oncle de Mme Kma, mariée avec M. Pich. Celui-ci a une liaison amoureuse avec l’esclave de sa femme, nommée Kaing. Il décide avec son amante de s’enfuir de son village pour aller vivre dans le Royaume de l’Ouest. Dans cette fuite, il a besoin d’aide. Il y demande donc à ses deux domestiques fidèles, un homme et une femme, nommés Chao Toun et Neang Tean. Ces deux assistants lui servent dans sa fuite comme rameurs de pirogue. Pendant la nuit, les quatre montent à bord d’une pirogue rapide, quittent leur village pour le Royaume de l’Ouest. Le lendemain matin, la femme Pich est au courant de la fuite de son mari avec son esclave. Elle en informe son oncle. Celui-ci part aussitôt avec six domestiques pour poursuivre les fugitifs.

 

Revenons aux quatre fugitifs. Au port de Longveak, ils sont arrêtés par la police de frontière. Le chef de poste interroge Pich pour savoir la raison de son voyage. Pich lui dit qu’il a l’intention de venir s’installer avec son épouse dans ce Royaume pour servir le Roi légitime, Preah Chanreachea. Ayant entendu cette demande d’asile politique, le Chef de poste décide d’envoyer les quatre à la préfecture de Kompong Chhnaing. Quand Pich et sa maitresse arrivent sur lieux, ils voient M. Loung dans la salle d’audience du gouverneur. Le juge des affaires civiles est déjà dans la salle. Ayant adressé les paroles ordinaires de civilité, Pich et sa maitresse s’assoient sur le banc des accusés. Le juge dit à Pich dans les termes suivants :

« J’ai lu votre déclaration au chef de poste de Longveak, mais M. Loung ici présent m’a dit que vous mentiez.0 Il vous accuse l’adultère et le vol des biens de sa nièce qui est votre épouse. Est-ce que cette accusation est-elle vrai ? ». Pich hésite de répondre à cette question. Le juge renouvelle son interrogation en levant un peu plus fort sa voix autoritaire. L’accusé n’a eu plus de choix et a dit : « Votre honneur, je suis amoureux de l’esclave de mon épouse ici présente. Je veux vivre avec elle pendant tout le reste de ma vie. Dans le Royaume de l’Est, le divorce est interdit par la loi. Que faire ? J’ai entendu parler que dans ce Royaume, un homme a le droit d’aimer une autre femme, je dis, Votre honneur, « aimer », pas « couchotter ». C’est la raison pour laquelle, j’ai décidé avec mon bien aimée de s’enfuir pour venir vivre dans ce Royaume ».                   

Le juge tourne vers M. Loung et lui dit : « Alors M. Loung, que pensiez-vous de cette déclaration ? ».

M. Loung se lève et dit sans ambages :

« Votre honneur, la femme dont Pich parle est l’esclave de ma nièce. Votre honneur le sait bien que l’esclave est un bien mobilier. Amener un bien mobilier avec soi sans demander la permission de son propriétaire est un vol, Votre honneur ».

Le juge dit à Pich :

« Que disiez-vous de cela ? ».

Pich lui répond :

" Votre honneur, la nièce de M. Loung est mon épouse. Nous sommes mariés depuis plusieurs années. Ses biens sont les miens. J’amène seulement un seul parmi des autres biens que j’ai laissés à la maison dont les valeurs valent dix fois supérieures que l'esclave ici présente. Je ne vois pas de quel droit, M. Loung, une simple parenté, m’accuse de vol des biens de mon épouse qui sont aussi les miens ».

Après avoir écouté l’accusé et le plaignant, le juge tranche l’affaire en faveur de l’accusé.

M. Loung décide de faire appel de ce jugement. Il cherche tous les moyens pour porter cette affaire devant le Roi. Avec sa richesse, il arrive enfin à avoir une audience royale. Les parties sont convoquées devant Preah Chanreachea. Dans la salle d’audience, le Roi demande à Pich ceci :

« Qui a donné à manger, qui a donné des vêtements, qui a soigné la maladie de l'esclave, dont tu parles ? ».

« Mon épouse, Votre Majesté », dit Pich.

« Il est donc normal que ton épouse ait tout droit autant que toi sur cette esclave. Tu dois demander au moins son avis avant de l’amener ici. Je ne te condamne pas pour l'adultère, et pour vol, mais je te condamne pour manque de respect à ton épouse. Je te punis de cent coups de fouet au dos et te mets au pilori pendant trois jours. L'esclave, ton bien aimée et tes deux complices sont renvoyés immédiatement à leur maîtresse".

Après quoi, le Roi ordonne au Ministre de la justice, Oknha Sophear Thipadey Montrey Kotreach, de faire enregistrer sa décision dans les codes de droit civil du Royaume. Ce même jour, le souverain de l'Ouest prend deux autres mesures importantes : La première sur l'affectation d'unité de mesure et la seconde sur la pratique des fêtes religieuses.

- Unité de mesure pour la fabrication des biens mobiliers est désormais la longueur du bras de sa mère nourricière, nommée Payra. Le roi veut en rendre hommage à cette dernière. Ainsi, on entend les gens disent encore aujourd’hui dans la région de Pursat, un tel ou un tel mobilier mesure combien de Payra.

- Tous les trois ans, à la fin du carême bouddhique, la population du Royaume, doit organiser une fête pendant trois jours. Cette fête triennale contient trois cérémonies, lesquelles sont pratiquées en conformité avec les pratiques des Brahmanes : Fête des courses de pirogues, fête du flottement dans des fleuves ou des points d'eau des petits récipients en feuilles de végétaux remplis des nourritures, fête de la salutation de pleine lune, pendant laquelle on mange du paddy écrasé au pilon en buvant le jus de coco.

Après le Conseil, les Ministres se dépêchent pour mettre en application l’injonction du Roi. 

 

Histoire d'un comédien célèbre :

 

Un comédien de théâtre, étant renommé par sa beauté et son talant dans le rôle de Preah Lèk (un des personnages importants dans l'épopée de Ream ké ou Ramayana), a reçu une faveur du Roi : Un nom « Le beau gosse ». Un jour ce comédien est invité par le Roi. Ce jour-là, avant de venir au Palais-Royal, le Beau Gosse est allé couper les cheveux. Arrivé au Palais, il est félicité par tous les membres de la cour de sa nouvelle coupe de cheveux. Tout le monde le dit : "Oh mon dieu, il est encore plus beau avec cette nouvelle coupe !". Un valet du palais est venu chercher le Beau Gosse pour l'amener dans l'appartement privé de Sa Majesté, parce que le Roi veut le présenter personnellement à ses dames favorites. Au cours de cette audience, le Roi s'aperçoit une mèche de cheveux sur le coup du comédien. Il lui dit : "Tu vas laver ton coup, parce qu'il y a une mèche de cheveux là-dessus". Ce dernier quitte l'appartement du roi pour chercher un point d'eau dans le palais. Quelque moment plus tard, le Roi demande à deux de ses gardes d'aller aider le Beau Gosse à laver son coup. Ces derniers ont mal compris l'ordre du Roi, au lieu de l'entendre "aider à laver le coup", ils l’ont entendu "aller couper le coup". Ils se précipitent sur le lieu où le comédien est entrain de laver son coup, et coupent la tête de ce dernier. Un autre comédien a été aussi sur le lieu, se précipitait pour venir informer le Roi de ce drame. Le Roi ordonne aussitôt à un autre garde d'aller dire à leurs collègues d'amener la tête du comédien pour savoir, est-ce qu'il est toujours beau après sa mort. Ce dernier se dépêche sur le lieu du crime et dit à ses collègues ceci : "Le Roi ne vous a pas demandé de couper la tête de ce comédien, il vous a demandé de venir l'aider à laver son coup, pauvre imbécile ! Bon maintenant, il faut que vous ameniez sa tête au palais". Ayant entendu ce propos, ces deux gardes ont pris peur. Ils confient la tête coupée à leur collègue pour l'amener au palais, et décident de s'enfuir au Royaume de l'Est.

Ayant appris la fuite de ces deux gardes, le Roi ordonne à un officier de cavalerie d'amener vingt cavaliers pour aller les arrêter. Quelque temps après, ces deux derniers sont interceptés à Srap Angkam au moment où ils sont en train de se laver dans une mare. Après cette arrestation, cette mare est appelée par la population la "mare du lavage de l'épée".

Ces deux gardes sont passés au jugement. Pendant leur procès, ils ont dit au juge qu'ils ont mal entendu l'ordre du Roi. Après la coupure de la tête du Beau Gosse, ils ont eu peur d'être punis. C'est la raison pour laquelle, ils ont décidé de s'enfuir au Royaume du Roi de l'Est. Leurs propos sont rapportés à Preah Chanreachea. Celui-ci se met en colère, parce que ces deux gardes ont appelé Sdach Kan, le Roi de l'Est. Il enjoint donc à la population de ne plus appeler Kan, le roi. Quiconque transgresse cette injonction sera condamné à mort. La population peut appeler Kan, Preah Sdach Kan. Les deux gardes qui ont occupé la tête du comédien sont condamnés à mort par le tribunal. Quant à la victime, sa tête est rendue à sa famille pour incinérer selon la tradition bouddhique.

 

Dans la même année 1522, Preah Chanreachea a envoyé deux navires pour aller transporter 100 canons et 1 000 fusils, achetés au pays Chvyre (Malaisie). Sdach Kan fait autant. Il a acheté 150 canons et 300 fusils. Deux navires sont partis chercher les marchandises en Malaisie. De retour au pays, ces deux navires sont échoués par la tempête dans le territoire de l’Ouest, l’un à Peam (MounChrouk) et l'autre à Kompot. Les armes sont récupérées par l'autorité des lieux et envoyés ensuite à Pursat. Preah Chanreachea en est content et donne des récompenses aux chefs militaires de ces deux provinces.

 

Après cet accident, les deux rois passent le temps à s'exaspérer. Sdach Kan décide de rassembler tous les grands dignitaires, afin d’avoir leur opinion sur la question de savoir s’il devait ou non mobilier une armée pour envahir le Royaume de l’Ouest. Les avis sont conformes à son désir de revanche. Il décide donc de venir s'installer à Srey Santhor et ordonne à son Premier Ministre de lever une armée de 140 000 hommes.

 

Il laisse 20 000 hommes à capitale Sralâp Pichay Prey Norkor, placés sous le commandement du Général Maung pour assurer la protection de cette ville ; l'armée d'avant-garde de 30 000 hommes est confiée au Général Chhakrey ; l'armée de droite de 20 000 hommes est confiée au Général Kralahome ; l'armée de gauche de 20 000 hommes est confiée au Général Vieng ; l'armée d'arrière de 20 000 hommes est confiée au Général Vaing ; l'armée de réserve de droite de 10 000 hommes est confiée au Général Sral ; l'armée de réserve de gauche de 10 000 hommes est confiée au Général Lompaing ; l'armée de réserve d'avant-garde de 10 000 hommes est confiée au Général Snang Theûm Norkor. Sdach Kan conserve le commandement du centre de 30 000 hommes. Celui-ci ordonne à ses armées de marcher sur Phnom-Penh. Après avoir pris cette ville, il poursuit son chemin dans le but d'attaquer la capitale royale de Preah Chanreachea.

 

Celui-ci est immédiatement informé de la progression des armées de l'Est dans son territoire. Il convoque son Conseil de guerre et au cours de cette réunion, il décide d'envoyer immédiatement une flotte de 400 bateaux de guerre pour ralentir la progression ennemie. Un corps d'élite de 2 000 hommes, commandée par le Général Tep, fils de Ta Moeung, est envoyé pour organiser la première ligne de défense. Une division de droite de 10 000 hommes, est confiée au Général Sok, fils aussi de Ta Moeung, une division de gauche de 10 000 hommes, est confiée au Général So, une division d'arrière de 10 000 hommes, est confiée au Général Reach Téchhak. Deux unités mobiles, l’une de 10 000 hommes, commandé par le Général Vongsa Ang Reach et le deuxième de 3 000 hommes, commandé par le Général Sreng Séna, ont pour mission d'attaquer les ennemis sur la route principale de Phnom-Penh-Pursat. 3 000 éléphants et une cavalerie de 500 cavaliers sont envoyés au front pour appuyer ces attaques.

 

L'armée de l'Ouest attend de pied ferme l'arrivée de la colonne de Kan au Steung Kraing Ponley. Vu l'arrivée de la division de l'Est, le Général Sreng Séna de l'Ouest engage ses 3 000 hommes pour battre en brèche les deux côtés de la colonne d’ennemis. Une demi-heure plus tard, il sonne la retraite. Mais, l’infanterie d’ennemi le poursuit dans sa fuite. Pour soutenir cette retraite, 40 cavaliers sont envoyés pour barrer la route des chasseurs. La charge de la cavalerie est violente. Mais la riposte des chasseurs à cette attaque est remarquable. Les chevaux et les hommes sont au corps-à-corps. L’engagement des soldats des deux côtés dans le combat est total. Quelque temps plus tard, Noring Séna, Commandant de la cavalerie, ordonne à ses hommes de se battre en retraite. Les soldats de l'Est exhalent leur cri de joie et poursuivent la retraite des ennemis tout au long de la rivière de Chhrey. Soudain, ils sont arrosés par les flèches des archers du Général Tep, cachés dans le bois tout près de la rivière. Après cet arrosage, Tep et ses archers déguerpissent de leur cachette en se montrant aux ennemis qui sont en débandade. À ce moment-là, Kan arrive sur son cheval avec ses troupes sur le champ de bataille. Vu ce spectacle, il pense que son armée soit sur le point de gagner la bataille. Il ordonne à ses troupes de poursuivre les ennemis.

 

Arrivé à la plaine de Srap Angkam, une surprise qui lui attend. Trois cents éléphants qui chargent de front en balayant sur leur passage ses fantassins. À sa gauche, une masse des soldats d'ennemis se rue vers lui, à sa droite, une cavalerie est sur le point de charger. Une heure à peine, les 20 000 hommes de Kan sont tués sur le champ de bataille. Devant ce danger, Sdach Kan est immédiatement extrait du lieu de tuerie par 100 de ses gardes approchés. Ils traversent le bois en courant jusqu’au bout du canal de Rorlear Phir. Là-bas, ils sont repérés par les unités mobiles d’ennemi. Ils sont tout de suite pourchassés jusqu’à la commune de Ta Chhés, dans la province de Longveak. La rivière Skouth Chheung Prey barre leur chemin de fuite. Parmi les cent gardes, il n'y a que vingt soldats seulement qui savent nager. Kan décide de traverser la rivière avec son cheval et ses vingt gardes. Les autres se dispersent en petit groupe et s'enfuient, chacun de son côté, pour éviter être repérés par les ennemis.         

 

Parlons des trois secrétaires particuliers de Sdach Kan. Ayant appris la défaite de leur maître, ils cherchent les moyens de transport pour regagner Srey Santhor. À Kompong Phda dans la province de Rorlear Phir, ils réquisitionnent une pirogue des villageois. Ils montent à bord de cette embarcation avec trois sacs de sceaux. Au cours de ce déplacement, il y a une tempête. Leur pirogue est renversée par le vent violent. Les trois sacs de sceaux de Kan sont donc tombés à l'eau. Ne sachant pas nager et au bout des efforts à récupérer les trois sacs de sceaux dans l’eau, les trois fonctionnaires sont noyés dans la rivière. L'endroit où ils sont morts est appelé par la population "les sceaux de la mort".

 

Revenons à Kan. Avec ses vingt compagnons, il a pu traverser la rivière. Arrivé à la berge, il a pu voir de-là les pirogues ennemies à ses trousses, parmi lesquelles, il y a "Saray Andeth" à son bord, il y a le Général Keo. Kan quitte immédiatement les lieux pour s'enfoncer dans la forêt pour éviter d'être pris par les soldats ennemis. Quelques heures plus tard, il arrive au village Kompong Cham. À cet endroit, il a dû encore une fois traverser un fleuve à la nage avec ses gardes pour atteindre son territoire. Arrivé au rivage, il a été accueilli par son oncle, le général Kao qui vient y guetter son arrivée avec 1 000 hommes, parce qu’il a fait un rêve que son neveu, après avoir perdu la bataille, viendra ici pour trouver secours.

 

Au moment où Kan arrive à la rive, les pirogues des troupes de l'Ouest surgissent aussi au large du fleuve. Général Kao ordonne immédiatement à ses soldats et aux archers de tirer des armes à feu et des flèches sur ces pirogues pour les empêcher d'approcher la berge. Vu le danger, Keo décide de faire demi-tour pour retourner à sa base. Pendant ce retour, la pluie torrentielle commence à tomber et le vent souffle de plus en plus fort. Keo décide donc de chercher un port de fortune pour se mettre à l'abri de ce mauvais temps. À l'endroit où il a accédé, Keo fait construire une pagode pour y laisser la trace de son passage. Ce lieu sacré est appelée plus tard par la population, la pagode de "Prek Loung".

 

Revenons à Sdach Kan. Après avoir passé la nuit dans la jungle, au lendemain matin, il monte sur son éléphant de guerre, nommé Pichay Kouch Youth, prend la tête de son escorte pour regagner son quartier général. Arrivé à la commune de Damrey Sar (éléphant blanc), sa monture est morte de maladie. Il ordonne à ses hommes de l'enterrer selon la tradition. L'endroit où l'éléphant est mort porte le nom "Khnâb Damrey" (tombeau d'éléphant) jusqu'à aujourd'hui. Kan est affecté par la perte de ses deux montures inestimables. Ces deux animaux sont des cadeaux divins pour lui, parce que les donateurs, après avoir amené leur présent, ont quitté le palais sans avoir laissé leur identité et sans avoir réclamé les récompenses. Ils sont sans aucun doute des divins déguisés en humain. Alors, Kan dit à son oncle :

"La mort de mes deux montures est un signe de déclin de ma puissance royale. Je commence avoir de doute sur mon avenir".

Ayant entendu ces propos, Kao répond à son neveu :

"Auguste neveu pense ainsi, parce que vous êtes attachés à vos montures. Vous ne le saviez pas pendant votre absence du palais, il y a un homme qui est venu pour vous offrir deux étalons et deux éléphants, lesquels sont aussi beaux et robustes que vos deux montures. Vous voyez Majesté, votre puissance royale ne s'évanouit pas, au contraire, elle est multipliée par deux. En revanche, je vous conseille de ne pas retourner immédiatement à la capitale Sralap Pichay Prey Norkor, parce que votre chance se trouve à Srey Santhor. C'est là-bas, vous êtes couronné roi. C'est le point de départ de votre puissance royale, il est donc nécessaire que vous deviez y rester pour mener la campagne militaire".

Kan se rend immédiatement à l'avis de son oncle. Il demande au dernier de retourner à la capitale en amenant tous les membres de sa famille là-bas pour les mettre à l'abri de la guerre.                   

 

(Suite dans le prochain numéro)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Sangha OP
  • Le blog de  Sangha OP
  • : La grande Voie n'a pas de porte. Des milliers de routes y débouchent. (Proverbe zen)
  • Contact

Recherche

Liens