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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 07:18
Avertissement : Conversation imaginaire entre un Khmer républicain et le Bouddha pendant la guerre de 1970-1975. C’était la guerre entre les Khmers républicains contre les communistes vietnamiens, alliés des Khmers Rouges.
On sait que le Bouddha lui-même ne s’occupe pas de réformer la vie sociale, il se contente de montrer la voie de la libération à ceux qui sont capables pour commencer de quitter la société proprement dite. Quitter la société veut dire tourner le dos aux problèmes des humains, lesquels ont pour origine, selon Gautama (540 av J.C – 483 av J.C), les désirs de l’homme. La guerre est un problème des humains, même il s’agit d’une guerre juste, elle est toujours un problème de société. Comme telle, elle est sans doute un sujet à critiquer par le Grand Maître : Eviter de répondre à la violence par la violence. La violence entraîne la violence.

Mais les Vietcong étaient présents partout dans les lieux saints (Wat) où la statue du Bouddha fut bafouée dès la première minute d’occupation. Ces souillures du péché étaient alarmantes pour les paysans-fidèles au Trai Phoum (doctrine du Bouddha).

Matthieu Ricard, moine bouddhiste-tibétain, répond à la question de son père, Jean-François Revel, concernant la violence, ceci :

"la violence, « ce qui compte, c’est la motivation qui inspire nos actes et le résultat final de ces actes. Le choix des moyens résulte de l’exercice de notre intelligence. Donc, en théorie, on peut admettre l’utilisation de la violence à des fins bienfaisantes. Mais dans la pratique, il est très difficile de l’utiliser avec succès. Il faut donc éviter le conflit, ou, s’il est inévitable, neutraliser celui qui s’apprête à commettre un acte violent… ».

Je me demande comment le Dalaï-Lama peut neutraliser la violence des soldats chinois au Tibet ? Bien sûr, Matthieu Ricard pourrait nous répondre à la place de Sa Sainteté ainsi :

« Nous n’avons aucune raison de nous révolter contre ce qui nous arrive, mais nous ne devons pas non plus adopter une attitude résignée, puisque nous avons maintenant la possibilité de redresser cette situation. Il s’agit donc de reconnaître ce qu’il convient de faire ou d’éviter afin de construire notre bonheur et d’échapper à la souffrance ». Comme on dit : « Tant que l’on garde sa main dans le feu, il est vain d’espérer échapper à la brûlure».

Mon père, mécontent dans son rêve, demanda le conseil à Gautama afin d’accomplir la mission de son chef de prêcher l’anticommunisme par le Bouddhisme :
    
- Ô ! Gautama, maître tout-Puissant, quels sont tes enseignements pour vaincre les voleurs athées qui viennent troubler votre séance éternelle de méditation ?
- S’exiler du monde des humains pour exiler de toi le sujet du péché !, répond Gautama,
- Impossible, Grand Maître de sagesse, répond mon père, nous sommes des humains, nous ne sommes ni saints, ni moines, qui pratiquent le bien, mais nous sommes en train de conduire des milliers de soldats qui ont pour mission de défendre ta philosophie révérée du peuple et un pays menacé par les athées qui nient l’existence de toute divinité. Ô ! Vénérable, j’ai appris la moitié de tes discours (Suttanta) et ta dogmatique (Dhammasangani), je suis ton adepte, je te supplie donc de m’apprendre ta formule magique qui peut vaincre le Marxisme. Cette doctrine, écrit Fernand Braudel, n’est pas, à elle seule, une civilisation de substitution ; c’est une orientation sociale, un humanisme volontaire, une rationalisation… ». Ô ! Gautama, tu n’as pas à t’en soucier, le Marxisme ne te pousse pas hors du cœur des Khmers qui sont, sans doute, très pauvres, mais ils sont assez forts pour capter la Divinité afin de l’enfermer dans un bloc de pierres, appelé « Angkor », mais aujourd'hui cette foule de fidèles ont besoin de ta formule magique qui les rende plus fort pour dompter les démons, nommés Vietcongs, afin qu’ils renoncent à nuire à la religion de leurs ancêtres.
- Mais non, Cher fidèle, dit Gautama, comment pourrais-tu dire cela? Un homme comme toi cherche à exercer le pouvoir, un être comme moi à s’en débarrasser. En effet, il y a deux sortes d’hommes : un homme dans le monde, pris dans un réseau d’interdépendance qui constitue comme sujet humain principal de la société tout entière ; cet homme est l’homme de la relation, qui a son être hors de lui, qui tire sa réalité de l’ordre social qu’il sert. En face de cet homme-là, il y a un autre, tout différent, un homme que nous comprenons mieux, qui est un individu, mais qui, à l’inverse de toi, se détourne de cette vie sociale où nous situons action et pensée, parce que pour lui, elle n’est pas affirmation de l’homme, mais illusion, absence de réalité. Tu es deux sortes d’hommes dans le même corps. Comment peux-tu suivre notre enseignement, si tu veux être toujours dans le monde de souffrance et de désir ; oui Cher fidèle, la vérité sur la douleur, c’est la soif de l’existence qui conduit de renaissance en renaissance et la soif de plaisir ; oui Cher fidèle, la vérité sur la suppression de la douleur, c’est l’extinction de cette soif de plaisir par l’anéantissement du désir, en bannissant le désir, en y renonçant, en ne lui laissant pas de place. C’est à ce prix que sera rompu le cercle des renaissances et atteint le Nirvana. Exiler de toi l’homme de la relation parce que cet exil est le premier pas vers l’extinction de la soif de désir. Ô ! Cher fidèle, je ne peux pas t’aider si tu ne veux pas t’aider toi-même.
- Et les Vietcong, les communistes vietnamiens, dit mon père, que devons-nous faire de leur menace diabolique pour aider le peuple bouddhiste du Kampuchéa ? Et la République Khmère (1970-1975) avec une équipe et un animateur comme Lon Nol qui sont prêts à faire face à cette menace, n’est-ce pas dans le but de l’interruption du cercle de malheur du peuple khmer ?
- Ceci est ton affaire et celle de tes amis républicains, répondit Gautama. La cause première de la conquête des Vietcong est bien l’avidité. La cause première de la guerre est bien aussi la haine. Comment peux-tu répondre à l’avidité par la haine ? Les deux ont la même nature, la violence. Un dirigeant politique, comme un jardinier, est responsable de ce qu’il cultive. La guerre d’aujourd’hui est le fruit de ce que toi et tes amis ont cultivé. Un conseil quand même à Lon Nol, si par hasard les fourmis envahissent le placard où il garde sa nourriture, pourquoi s’arme-t-il d’un liquide meurtrier ? Il suffit de mettre un peu de sucre au bord de leur trou, et elles n’iront pas plus loin.
- Ô ! Vénérable lumière ! dit mon père, il ne s’agit pas de la haine, mais de la survie d’un peuple qui est victime de l’avidité des Vietcong. Toi le Grand sage, tu ne penses pas quand même que le peuple khmer est responsable de la guerre, laquelle est provoquée par les communistes vietnamiens, et chaque jour qui passe sans ton intervention mystique est un jour que la République perd dans son combat historique. Nous, les Républicains, nous nous sommes pris au jeu et voulons prouver que nous sommes capable de faire progresser une vraie question cambodgienne : moderniser la société khmère en décadence. Nous en avons ras-le-bol d’être accusés de faiseurs de désordre dans le pays où l’ordre n’est que la peur du pouvoir. Oui ! dans mon pays, quand on parle de la misère, on pense que, c’est la faute du peuple et quand on récite la gloire du passé, on répond, c’est grâce aux rois d’Angkor. Où est la vérité ?
En écoutant les paroles de son maître « l’illuminé », l’âme de mon père reçut des torrents d’amertume qui l’accompagnèrent jusqu’à son réveil. Et à la veille de sa déambulation, il continuait d’appeler son âme à rejoindre son corps par la prière khmère pour purifier son existence :
- Put Thaur A Ra haing !, Put Thaur A Ra haing !, dit mon père,

Ô ! le Sage des çakya, pourquoi tu rejettes la réalité du Kampuchéa ? Tu es venu vers les humains comme un oiseau-vigie parti d’un navire vers tous points cardinaux à la rencontre d’une terre de malheur appelée le Kampuchéa (Cambodge) et pourquoi tu dis, tu n’en as vu nulle part ? Le Kampuchéa est toujours là avec ses éléments, terre, eau, feu et air. Il est la maison de ta philosophie salvatrice des hommes, laquelle est toujours suivie par les Khmers : observer les cinq interdictions, abstention des dix péchés, pratique des six vertus transcendantes.

Comment peux-tu faire comme si rien ne s’était passé devant cette ampleur de la misère du peuple khmer qui étudie jour et nuit toutes les branches de ton savoir : Révélation, Tradition, Sankhya, Yoga, Nîti Visesikâ, Arithmétique, Musique, Médecine, Vedas, Purâna, Itihâsas, Astronomie, Magie, Logique, Incantation et Poésie. Ô ! Vénérable Gautama ! nous, les bouddhistes, nous sommes trompés, peut-être, en pensant la valeur supérieure du Bouddhisme sur celle du Communisme, pourtant, la prééminence que nous avions imaginée a été contredite par l’histoire : la victoire du dernier où la misère et l’injustice sociale sont la loi.

 
Tu proposes de libérer l’homme de sa souffrance éternelle par la voie du renoncement à la vie quotidienne.

« L’homme nouveau » se définit par son absence de mémoire. Et la mémoire des Khmers n’est que le Bouddhisme. En revanche, la République Khmère réagit pour dire haut et fort qu’il y a une seule voie pour libérer le peuple khmer de sa souffrance. Cette solution est la suivante : le respect de sa dignité, la confiance dans sa force et l’aide à ses projets.

Oui Vénérable Gautama ! afin de briser l’invasion des Vietcong et de prendre en main les Khmers Rouges qui ne cessent de faire appel à l’aide de la Chine et aux soldats de l’oncle Ho pour faire du mal à leur propre pays, les soldats républicains, qui résistent avec tant de force, prennent une initiative décisive dans leur lutte : combattre les communistes sous la protection de ta philosophie.

Ô ! Vénérable Gautama ! puis-je me contenter de dire, comme cela, sans autre forme de procès : je reste toujours fidèle à tes enseignements, mais aujourd’hui, nous avons un doute sur ton aide devant la menace d’effacement de ta philosophie par les Bodoïs (soldats vietnamiens), soldats dévoués au culte du Stalinisme et les bêtes sauvages, appelées « Khmers Rouges ».

Ces athées sont créés de toutes pièces par leur maître vietcong pour accomplir une mission de changer l’homme humain en coolies du Parti. Pol Pot, le rigolo, à solde de diable rouge, font le boulot pour couper les mains des Khmers afin de les empêcher, au petit matin calme, de faire l’offrande de la nourriture aux moines.

Ô ! Vénérable Gautama ! leur défi est grand pour faire échouer le projet de la république et vaincre le Bouddhisme dans un petit pays, orné de belles choses, comme le Cambodge où la culture et la tradition sont fondées sur ta religion. Aujourd’hui, il y deux doctrines qui s’opposent dans l’esprit des fidèles au Trai-Phum : Communisme contre Bouddhisme.

B.H. Lévy dans son livre – le siècle de Sartre – écrit ceci : « Je ne pourrais croire, disait Nietzsche, qu’à un Dieu qui saurait danser. Sartre n’y croit pas. Il danse ». On peut dire la même chose qu’on ne pourrait croire qu’à Dieu qui empêche les fidèles d’être malheureux, les Cambodgiens croient au Bouddha. Ils sont toujours malheureux depuis la nuit des temps. Pourquoi ?

La face à face du Bouddhisme avec le Communisme permit à mon père d’adopter un point de vue : la vision morale.
Aristophane conte sur les Hindouistes de l’Inde ceci : L'un d’eux rencontre Socrate à Athène et qui lui demande de définir sa philosophie. Voici sa réponse :

« C’est une étude des réalités humaines ».

Sur quoi, réplique l’Indien en riant :

« Comment un homme peut-il étudier les réalités humaines, quand il ignore les réalités divines ! ».

- Mais quelle est ta réalité, Bouddha ? dit mon père.

- je ne suis Dieu, répond le Bouddha.

- Alors, qui es-tu vraiment ? demande mon père.

- Je suis la culture et la tradition de ton peuple, je suis le guide des hommes qui oriente leur chemin vers le bienheureux néant, je suis la « non violence » qui symbolise la paix de l’humanité, je suis le « renoncement à la vie matérielle » qui guérit la maladie du désir des humains, je suis le Néant, dit le Gautama.
- Tout cela est superflu pour la vie quotidienne des Khmers, parce que la vie repose sur ton invisible captif du bonheur, appelé le Néant, mais la culture et la tradition demandent l’existence de l’homme et l’homme doit vivre de sa vie de tous les jours. Le Néant, c’est après sa mort, n’est-ce pas ? dit mon père.
- Mais le Néant, répond Gautama, permet à ceux qui veulent étudier mon enseignement de construire eux même leur chemin de la moralité. Et au cours de leur vie, le néant est toujours présent dans leur esprit parce qu’il est le but final à rechercher. C’est en ce sens que tu peux considérer le néant comme un sentiment moral ou simplement religieux dans la vie de tous les jours. Mon enseignement, en effet, pour conclure, n’est que , si tu veux bien l’accepter, la moralité.
- Et la révolution sociale et politique du peuple opprimé, as-tu la solution ? dit mon père.
- La non-violence, bien sûr !, répond Gautama.

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commentaires

denstefanieto 05/03/2010 23:49



Donc, la solution serait la "non-violence" face à un régime pratiquant moult génocides..
je suis bouddhiste mais il y a des choses dont je n'arrive pas à adhérer car des fois, j'ai l'impression que c'est tellement facile en lisant ce genre de texte sur la passivité mais quand je vois
de stupides être humains tuer ce qui symbolise notre futur, quelque chose de précieux - les enfants - je n'y arrive pas.. 
Je suis passive sur de tas de choses mais l'injustice fait de moi un être violent.