24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 06:57

Les principales batailles de l’année 1972

Une guerre incomprise

1970-1975

 

Chapitre Cinquième

 

 

Les principales batailles de l’année 1972

 

Le courage ne suffit pas pour être considéré comme un bon soldat au champ de bataille, parce qu’avec les armes modernes ayant une puissance de feu redoutable, un soldat invincible, dépourvu de formation militaire indispensable serait vite tué par les ennemis au premier accrochage. C’est ce qu’on en voyait tous les jours aux champs de bataille au début de l’éclatement de conflit armé avec les nord-vietnamiens que des milliers des jeunes khmers allaient se faire tuer pour défendre leur patrie. Ces morts étaient donc vilipendés par ces derniers aguerris. Et l’invocation de souvenir de brillant fait d’armes de l’ancien roi khmer au XIIè siècle, Jayavarman VII, n’était qu’un opprobre quand ¾ des territoires khmers furent envahis par les agresseurs en 24 heures. Devant ce déluge d’ennemis, l’histoire des prouesses de rois conquérants de l’empire khmers bâille, tenue dans un état mitoyen entre la vieille et le sommeil. Le 29 mars 1970, le peuple khmer était réveillé par les soldats vietnamiens déguisés en partisans du prince Sihanouk. Cette présence des intrus marque le XXè siècle, c’est la peste. Elle ronge le XXIè siècle, c’est le choléra. Aujourd’hui, ils sont partout au pays des Khmers. Cette efflorescence qui semble intarissable, détruit tout à coup la culture millénaire du peuple d’Angkor. En 1975 et 1979, le Cambodge ne perdait donc pas seulement la guerre, il perdait aussi son âme. La foi épiphanique[1] des Khmers: l’arrivée du messie, nommé Preah Bât Thomeuk (ព្រះបាទធម្មិក) et le génie Klaing Meung (អ្នកតាឃ្លាំងមឿង) qui savait faire revenir les morts pour aider les soldats khmers à combattre les ennemis sont renvoyés aux calendes grecques. Le bacchanal de l’arrivée des morts aux champs de bataille pour faire fuir les nord-vietnamiens, raconté par les anciens, n’est qu’une légende, à part des timbres assourdissants des bombes larguées par les avions B-52. La guerre au XXè siècle ait besoin des connaissances techniques modernes, des stratégies militaires adaptées aux contextes nouveaux, parce que la lance et l’arc sont remplacés par le fusil AK-47 et les roquettes 122-mm. Mais on savait que Lon Nol « plus il va, plus il ne peut passer de Dieu ». Et ce dieu ne peut pas lui soupçonner qu’il n’était pas anticommuniste et anti nord-vietnamien, parce que le nationalisme s’imprègne dans son âme. La guerre des années 1970-1975 était donc une mélange entre le moderne et le moyen âge, le patriotisme et la vengeance. Elle était particulière, parce que les Khmers Rouges, vainqueurs, étaient devenus vaincus des soldats de l’oncle Hô, et le prince Sihanouk redeviendrait marionnette des Chinois jusqu’à sa mort. Et le vrai vainqueur était les Vietnamiens. Leur marche vers l’Ouest et l’Indochine en l’an 2000 de Noun Kheun[2] devient une réalité pour le peuple khmer et un exploit pour le peuple vietnamien d’aujourd’hui. Il ne faut pas étonner que les Vietnamiens de toutes confessions politiques soient fiers de cette victoire. Ils ont un souhait commun : Bâtir le Grand Vietnam, dont le Cambodge et le Laos font partie.

 

La bataille de Prek Ta et celle d’Angkor Chey

 

Prek Ta se trouve dans la province Svay Rieng, environ 30 Km de la frontière khméro-sud-vietnamien. Angkor Chey est un village dans la province de Siem Reap, situé à peu près 25 km de la RN[3]6.

 

A partir de l’année 1972, l’effectif de l’armée américaine au Sud-Vietnam est passé à 139 000. En février. Il y avait 544 000 en juin 1969. La politique de désengagement des États-Unis de la guerre au Vietnam de Nixon est accélérée. Les forces américaines restantes étaient des éléments de soutien et non des unités de combat. Plusieurs bases furent soit complètement fermées, soit confiées à l’ARVN[4]. La plupart des conseillers américains étaient également partis. A la fin du mois de juin 1972, il y avait plus que 25 000 soldats américains au Vietnam.  Les FANK devaient donc compter sur l’aide de l’ARNV pour faire face aux nord-vietnamiens et Viêt-Cong. Petit à petit, à l’est du Cambodge devenait le terrain d’affrontement armé entre les nordistes et les sudistes.

 

Le 30 mars 1972, le Général nordiste Giap lança ses divisions à l’assaut du sud. Les unes après les autres, les bases sud-vietnamiennes tombaient entre les mains des nord-vietnamiens. Le Président Nixon répliqua par l’envoie alors en Asie du Sud-Est une armada d’avions supplémentaires. Il donna également l’ordre aux porte-avions américains Midway et Saratoga de se rendre en mer de Chine méridionale, où ils allaient rejoindre le Coral Sea, le Hancock, le Kitty Hawk et le Constellation. Le 6 avril, Nixon ordonna des raids massifs contre les positions établies par les communistes sur la DMZ[5] et autour. Cette reprise de bombardements provoqua des manifestations des étudiants américains pour protester contre la décision de Nixon de reprendre la campagne de bombardement. Ce mouvement pacifiste américain tourna au terrorisme : le 1er mai 1972, une bombe explosa dans des toilettes du Pentagone. Œuvre de l’organisation clandestine d’opposition à la guerre appelée les « Weathermen », cet attentat fut la dernière manifestation de la campagne de protestation qui avait culminé lors d’un week-end, deux ans plus tôt. Ce week-end se termina dans le sang. Le lundi 4 mai 1970 vers 12h25, des soldats de la Garde Nationale de l’Ohio tirèrent sur les étudiants de l’université de Kent State.

 

La République Khmère reprendrait en effet un peu d’espoir de voir les Etats-Unis voulaient rétablir l’équilibre de force entre les communistes et les non communistes en Indochine. Mais pour combien de temps ? Parce que le sort du Cambodge était déjà dans la main des Chinois, voulu par les Américains. Et les Chinois auraient cru que les Khmers Rouges seuls puissent faire face aux nord-vietnamiens après le retrait des troupes américaine de l’Indochine. Quant à Nixon, il se livrait sur la scène internationale à un jeu compliqué, dont le Cambodge n’était que l’une des données mineures. Avec ce jeu, les FANK ont de moins en moins les moyens militaires pour combattre les nord-vietnamiens, mais ces communistes ne sont à court ni des grenades, ni des mortiers, ni des fusils, ni des lance-roquettes, ni des canons, ni des chars pour occuper le Cambodge et poursuivre leur guerre meurtrière. L’illusion de Pol Pot d'avoir l'impression d’être plus intelligent que le Général Giap qui fait tomber le Cambodge dans un abîme que le peuple khmer n’ait jamais connu dans son histoire.    

 

Prek Ta

 

En 1972, l’ANV/VC[6], elles se préparent, à partir du Cambodge, l’offensive contre le Sud-Vietnam. Elles augmentent ses activités de transfert du matériel militaire du Cambodge au Sud-Vietnam.

 

Après avoir aidé les FANK[7] à empêcher les nord-vietnamiens de prendre la ville de Kompong Cham, l’ARVN[8] décide de retirer ses troupes de l’est de cette province pour redéployer aux alentours de Neak Loung. Sans avoir le soutien de l’ARVN, le 10 janvier 1972, les FANK obligent aussi de retirer sa 22e BI[9] de Krek. Ce retrait laisse la province Kompong Cham aux mains des nord-vietnamiens, excepté le chef-lieu. Les FANK n’ont jamais la possibilité de la reprendre. Le même jour, les troupes khmères s’engagent dans une l’opération combinée avec l’ARNV à Prek Ta. 11 bataillons d’infanterie FANK/ARVN, appuyés par les chars ARNV, se déploient le long de la RN1 pour couper la voie de ravitaillement Cambodge-Sud Vietnam de l’ANV. Les bataillons khmers tombent immédiatement sur les unités nord-vietnamiennes postées non loin de la RN1. Ils s’engagent dans la bataille et emportent de rapide succès après le premier combat. Mais ce n’est qu’une feinte des communistes : la véritable attaque ennemie se produit le lendemain. Ils contournent  Prek Ta et coupent la RN1 pour isoler les unités khmères de leurs alliées sud-vietnamiennes. En quelques heures seulement, les bataillons khmers s’obligent de se battre en retrait. Ils entament une marche lente et couteuse en vie humaine. Leurs ennuis sont encore aggravés par la manque de conviction des sud-vietnamiens dans cette opération. Les fantassins khmers se posent donc la question : quels sont les vrais dangers pour eux, la puissance de feu des nord-vietnamiens ou la passivité des sud-vietnamiens dans cette bataille ?    

 

 

Angkor Chey

 

L’opération d’Angkor Chey est lancée le 29 janvier 1972 par les FANK. Son objectif est de bâtir un périmètre de défense les temples d’Angkor Wat/Angkor Thom. Le 21 février, les troupes khmères ont le contact avec les ennemis non loin de la RN6. Elles chargent illico les ennemis à découvert, mais ces derniers répliquent avec les tirs de mitrailleuses dévastateurs sur la position khmère. Après quelques heures de résistance coriace pour défense leur position, les nord-vietnamiens s’enfoncent dans la zone des temples khmers pour se protéger de l’attaque aérienne de la FAK[10]. L’hésitation du Commandant d’opération des FANK de donner l’ordre à ses troupes de poursuivre les ennemis dans les lieux sacrés permet aux derniers d’établir rapidement un périmètre de défense solide. La crainte d’endommager les temples, les FANK décident de ne pas bombarder la position ennemie dont le quartier général se trouve dans le temple d’Angkor Wat.

 

 

Les opérations militaires dans les différentes régions militaires

 

Dans la 1ère RM[11] : Après trois mois d’accalmie, le 20 mars 1972, l’AVN prend l’initiative d’attaquer les positions de l’ARVN à Neak Loung et la ville Prey Veng. Les pluies d’obus des mortiers 60-mm, 82-mm et les roquettes 122-mm[12] tombent jours et nuits sur ces lieux. Les dépôts des munitions et de carburante de l’ARNV à Neak Loung sont détruits par ces bombardements incessants. L’avance poste de l’ARNV qui se trouve le long de la route 15 à 20 Km de Prey-Veng est pris d’assaut par les nord-vietnamiens. Bilan de cette attaque : côté ARNV : 18 tués et 60 blessés ; côté ANV : 33 tués.

 

Le 9 mars, l’ARVN lance une opération de grande envergure dans la province de Svay Rieng avec un nom de code : TOAN THANG VIII. L’objectif est de dénicher et de détruire les aires de stockages du Viêt-Cong dans ce secteur. Le théâtre d’opération se trouve au nord de la ville de Svay Rieng. Cette opération se termine le 29 mars avec un bilan encourageant pour l’ARNV. Côté ANV, 764 tués[13], 29 capturés et 1 117 armes individuels et 37 pièces d’artilleries, 871 tonnes du riz, 49 tonnes du sel, 73 000 mètres de câbles de communication et 24 000 litres de gazole saisies. Côté ARNV : 9 tués et 67 blessés. Mais ce succès ne ralentirait pas la préparation du Général GIAP de lancer une offensive contre les positions des sudistes : Saigon, Tay Ninh, An Loc, Kantm et Plaiku

 

Dans la 2è RM : Le 93ème bataillon de rangers[14] et le 12ème régiment sud-vietnamien stationnés à l’environ de la ville de Kompong Trach sont attaqués trois fois par les nord-vietnamiens. Du 23 au 31 mars 1972, leurs positions ont reçu plus de 500 d’obus des mortiers et de roquettes communistes.

 

Les 18 et 19 avril 1972, les positions des FANK tout le long de la RN1 sont attaqués violemment par les nord-vietnamiens et les obligent à abandonner 22 positions de défense à Neak Loung, Svay Rieng et Bavet village. Mais, elles concentrent leurs forces pour attaquer la position ennemie à Kompong Trabek et pour rouvrir la RN1 avec succès. Les FANK envoient cinq bataillons d’infanterie, qui viennent terminer leurs formations au Sud-Vietnam, pour appuyer les unités de l’ARNV pour défendre Kompong Trabek, encerclé par la 1ère division de l’ANV et cinq autres pour contrôler la RN1. L’ARNV oblige de faire venir les renforts venant d’Ha Tien pour faire face aux communistes. Ces renforts arrivent sur place le 24 avril. Mais, trop tard pour défense la ville, parce qu’elle serait tombée le 30 avril aux mains des communistes.  

 

Cependant, deux bataillons ennemis arrivent à couper la route entre Banam et Prey Veng ville. Les FANK font l’effort pour rouvrir en vain cette route en déployant la 23è BI (originaire de Pursat venant défendre la RN1) et deux bataillons de la 15è BI, cantonnés à Prey Veng ville.

 

Le 26 mai, les nord-vietnamiens font des incursions dans Svay Rieng ville. Le 30 mai, l’ARVN lance une opération de ratissage contre la position communiste au sud-est du village de Kompong Trabek en tuant 180 ennemis. Du côté ARNV : 6 tués et 33 blessés. Cependant, les nord-vietnamiens déploient leurs troupes dans les provinces de Kampot et Takeo et contrôlent la route 16. Ce qui force les FANK à abandonner leurs positions dans ce secteur.

 

 

La situation de l’est de Svay Rieng est préoccupante, car les nord-vietnamiens et Viêt-Cong décident avec une détermination d’ouvrir un corridor militaire pour acheminer leurs matériels de guerre vers le Sud-Vietnam, afin de déclencher une opération d’offensive contre l’ARNV, appelée l’offensive de Pâques[15]. Au sud-est de Neak Loung, deux bataillons de la 48è BI des Khmers Krom[16] tombent dans une embuscade ennemie. 13 soldats seulement peuvent rejoindre la ligne amie et 600 autres seront déclarés disparus. Ce coup ennemi oblige les FANK et l’ARNV de reporter la date de l’opération conjointe au 4 juillet, dont l’objectif est la reprise du contrôle de la RN1, prévue pour les 24-25 juin.

 

Lon Nol est investi Président de la République Khmère. Le 4 juillet 1972, les FANK lancent une opération SORYA (Soleil) avec l’ARNV destinée à reprendre Kompong Trabek et tentée d’endiguer l’approvisionnement en armes et le soutien logistique des nord-vietnamiens aux Viêt-Cong au Sud-Vietnam. C’est une ville stratégique de première importante pour les FANK, parce qu’elle permet les troupes khmères de contrôler la RN1. Dans cette opération, elles engagent cinq bataillons de la 11è BI et trois bataillons de la 66è BI.

 

Dès le 6 août les communistes attaquent toutes les positions FANK/ARVN tout le long de la RN1 et contrôlent une section de 7 km de cette route stratégique. Par ces attaques, les communistes peuvent isoler immédiatement les cinq bataillons de la 11è BI, postés à l’est de la ville Kompong Trabek, du dispositif de l’opération. C’est la première fois, les communistes utilisent les chars pour défendre cette ville stratégique. Selon les prisonniers nordistes capturés par les FANK, la base des chars T54/55 nordistes se trouve à la plantation d’hévéa de Chup. Pendant cette opération, les frappes aériennes de l’ARVN ont détruit 31 chars communistes. Après 10 jours de frappes aériennes et de bombardements d’artillerie de l’ARVN, la 11è BI des FANK peut enfin franchir la ligne ennemie et la ville de Kompong Trabek est libérée. Ce qui permet aussi aux FANK de reprendre le contrôle la route 15 dont la circulation est ouverte à partir du 15 août entre Neak Loung et Prey Veng ville. Dans cette opération, un hélicoptère de la FAK tire par erreur un missile SA-7 sur la colonne des réfugiés qui fuirent la zone communiste, tuant 14 personnes.

 

Le 8 septembre, les nord-vietnamiens lancent une contre-attaque la garnison khmère à Kompong Trabek. Ils sont en mesure d’obliger les troupes khmères à abandonner la ville pour se replier sur Neak Leang en amenant 2 pièces d’artilleries 105-mm et abandonnant 2 autres sur place. Après Kompong Trabek, les nord-vietnamiens lancent les attaques contre les unités territoriales khmères à Phnom Baphnum. Cette offensive communiste, avec un feu nourri d’armes automatiques lourdes, oblige les troupes khmères de se replier sur la seconde ligne de défense au nord de la RN1. Le Haut Commandement envoie la 3è BI, commandée par le Brigadier-Général Lon Non, pour stopper la progression ennemie vers Neak Loung. Le 16 septembre, les agents ennemis infiltrent dans le périmètre de défense de la 3è BI et créent le désordre dans le dispositif de l’opération. Il faut plusieurs jours pour rétablir la situation. Et, le 26 septembre les unités de la 3è BI occupent une colline au sud-est de Baphnum et, à partir de-là, elles lancent une offensive contre les positions ennemies.                     

Au même moment du déclenchement de l’opération SORYA, les nord-vietnamiens encerclent la ville Ang Tassom. Le 11 juillet, le Brigadier-Général Kong Chhaith, gouverneur de Takeo, conduit lui-même les unités de renforts pour secourir cette ville assiégée, est cueilli en plein mouvement par un feu intense des ennemis. Quelques minutes plus par, il est tué.

 

Au mois d’octobre, la 1ère division ANV fait la pression sur les positions des FANK à Takeo. Ces attaques communistes obligent toutes les unités khmères de se replier sur Koh Andert, Lovea, Kompong Chrey, Tun Loap, Kirirom et enfin la montagne Nui O. Elles sont suivies par les nord-vietnamiens partout où elles vont. L’intervention de l’ARVN[17] arrive trop tard pour soutenir les unités khmères dans leur repli : la 15è BI des FANK est anéantie par les assaillants communistes. Son Commandant est gravement blessé.

 

Mais cette intervention de l’ARVN permet aux FANK de retourner à Takeo. Les 5 et 8 novembre, les nord-vietnamiens lancent des contre-attaques contre plusieurs positions des FANK dans la 2è RM. La RN2 (Phnom-Penh – Takeo) et RN3 (Phnom-Penh - Ang Tassom) sont coupés. La ville d’Ang Tassom, située sur la RN3, se trouve isolée à nouveau dans le territoire ennemi. Les attaques par les roquettes des nord-vietnamiens pendant la nuit infligent des pertes sévères aux unités khmers, parmi les morts, il y a plusieurs civils. Pour faire face aux communistes, l’armée de l’air américaine décide d’approvisionner les munitions aux unités khmères par voie aérienne. Lorsque le Haut Commandement des FANK est informé que la garnison khmère livre un combat désespéré, il donne l’ordre d’évacuer les trois bataillons d’infanterie de cette garnison par les hélicoptères UH1s de la KAF vers Takeo. Mais le 30 novembre, elles lancent les contre-attaques pour déloger les ennemis de leurs abris dans ce secteur.

 

Au mois de décembre 1972, les FANK reprennent le contrôle de la RN4. Elles ont détruit 6 points positions ennemies sur cette route. Le corps de génie militaire répare la RN2, laquelle a été détruites pendant l’offensive ennemie durant les mois octobre-novembre. Les travaux sont terminés le 16 décembre.  Il répare aussi la route de Takeo à Ang Tassom et à Prey Sandek. Cette route est rouverte à la circulation depuis le mois d’octobre. FANK et ARVN augmente leur surveillance de la RN2, en particulier la section entre Prey Sandek à Tun Loap qui reste encore le contrôle des nord-vietnamiens. Le 21 décembre une opération conjointe entre FANK et ARVN pour débusquer les forces communistes de ce secteur est lancée. FANK engage trois bataillons d’infanterie et une brigade de parachutiste, quant à ARNV, elle engage un régiment d’infanterie et trois bataillons de rangers et plusieurs blindés dans cette opération. Elle est libérée le 23 décembre et le 29 décembre, Kirirom est aussi libéré de l’occupation ennemie.

 

Dans la 3è RM : les nord-vietnamiens coupent la RN5. Ce qui empêche le convoi de ravitaillement du riz de Battambang à Phnom-Penh de passer. A Siem Reap, un régiment combiné Viêt-Cong et Khmer rouge (VC/KR) réoccupe Phnom Balkhen. Les FANK, malgré leurs difficultés devant les assauts ennemis, refusent l’aide de l’ARVN pour éviter que les temples khmers soient endommagés par ses frappes aériennes rapprochées. Cette occupation menace directement la base aérienne de la FAK. Pour approvisionner les matériels militaires à la garnison de Siem Reap et les vivres pour subvenir aux besoins de la population, les FANK utilisent la voie fluviale et décident de construire une nouvelle base aérienne au sud de la capitale provinciale. En septembre 1972, malgré les efforts de 17 bataillons d’infanterie des FANK pour défense la RN5, celle-ci est tombée sous contrôle les forces communistes. Cette situation entraine la rupture d’approvisionnement du riz vers la capitale Phnom-Penh. Cependant certains officiers corrompus profitent de cette situation pour acheminer le riz vers la capitale par le canal du marché noire. Cette situation oblige le gouvernement de prendre les mesures drastiques pour mettre fin à ces trafics honteux. L’approvisionnement du riz vers Phnom-Penh est fait donc par la voie aérienne et fluviale pendant cette période de crise pour répondre aux besoins de la capitale dont la population des réfugiés ne cesse pas d’augmenter tous les jours. Le mois de novembre, la RN5 est rouverte à la circulation. Ce qui permet d’approvisionner le riz par voie terrestre.

 

Dans la 4è RM : Au mois de décembre 1972, les forces communistes vietnamiennes et celles des Khmers Rouges se regroupent dans la province de Kompong Thom. Leurs effectifs sont estimés de 4 000 à 7 000 hommes. Le 7 décembre, les communistes lancent les attaques foudroyantes contre la ville de Kompong Thom, par est et sud-est, défendue par une garnison de 3 000 hommes. Durant deux jours d’attaques ennemies, les FANK ont subies de lourde perte en vie humaines, estimée à 400. USAF[18] intervient pour ralentir les assauts communistes et pour approvisionner les munitions à la garnison khmère. Le Haut Commandement de la FANK envoie les renforts par voie aérienne pour renforcer le périmètre de défense de la ville : la 77è BI, cantonnée à Siem Reap et la 12è BI venant de Phnom-Penh. Les 23 et 24 décembre ANV/KR se retire sous la pression des frappes aériennes de l’USAF. La tactique des communistes est la guérilla. Ils se battent pas pour la victoire ni pour tenir un territoire. C’est pourquoi ils évitent les champs de bataille ouvertes, les combats de front et toute autre opération qui pourraient provoquer une démonstration de force meurtrière de la part de l’USAF. Mais quand ils décident d’attaquer, ils utilisent une tactique du nombre sur le site choisi : ils se battent à dix contre un. Dans la pratique, il est fréquent de voir un bataillon de 500 hommes environ se lancer à l’attaque d’une section de 30 à 50 hommes pour provoquer la panique chez les ennemis. Leurs méthodes de combat peuvent se résumer ainsi : « Une longue, cinq brèves »[19].   

Le 27 décembre, l’armée khmère lance une contre-attaque pour élargir le périmètre de défense vers l’est et le sud-est jusqu’à la RN6 qui permet d’approvisionner le riz vars la ville par la voie terrestre.      

 

 

Dans la région militaire spéciale (RMS)[20] : Le mois de mars 1972, le secteur nord de la capitale de Phnom-Penh est la cible des nord-vietnamiens : non loin de la base aérienne de la FAK à Pochentong, 200 roquettes de 122-mm vont semer la mort des civils. A Phnom-Penh, quelques sapeurs Viêt-Cong, déguisés en citadin, lancent des grenades au cantonnement[21] et le convoi militaire[22]. Bilan de cet attentat : 11 soldats tués et 66 blessés. Dans le mois de mars, une série d’attentats et de sabotages est commise par les éléments communistes à Phnom-Penh contre la cible civile : les boutiques commerciales et salles de cinéma. Plusieurs cargos de marchandise sont coulés par les mines à Chrouy Chang War. Le 24 mars, le pont « japonais »[23] est endommagé par l’explosion d’un camion piégé d’explosifs estimés à 200 kg. Le 27 mars, il est réparé et ouvert à la circulation.

 

Le mois de mai 1972, la capitale Phnom-Penh subit encore une fois les bombardements des roquettes ennemies. La base navale de Chrouy Chang War est aussi bombardée, tuant 28 personnes et blessant 96 autres dont 2/3 sont des civils. La base aérienne à Pochentong n’est pas non plus oubliée par les ennemis. Plusieurs avions sont endommagés et quelques bâtiments sont détruits. Les centrales électriques et le dépôt d’essence de la compagnie Caltex sont visés. Les 9, 10 et 11 mai, Phnom-Penh ville est sous la pluie des roquettes communistes.

 

Le mois de juin 1972 est marqué par la poursuite de campagne de bombardements ennemis sur la capitale (station d’eau potable, la gare ferroviaire, ministère de la défense nationale) et la base aérienne à Pochentong[24]. La ville de Takhmau, 10 Km de Phnom-Penh est bombardée pour la première fois.

 

Le 31 août 1972, les entrepôts de marchandises des produits de premières nécessités à Prek Phnou sont bombardés par les mortiers communistes. Ces bombardements sont suivis par une attaque au sol des unités communistes contre les positions des deux brigades des FANK, tuant 25 soldats, blessant 19 et 6 autres disparus. Le 4 août, un cargo de marchandises est coulé au port de Phnom-Penh. Le 25 septembre, un attentat terroriste par des explosifs visant le chargé d’affaires américain, M. Enders, pendant son déplacement de sa résidence à l’ambassade est échoué, mais sa voiture est endommagée et prise feu. Un membre de sa garde de sécurité et un passant sont tués.

 

Le 7 octobre 1972, un commando de 100 nord-vietnamiens attaquent la base M113 près du stade Olympic et font exploser le pont de Chrouy Chang War. Sept M113 sont détruits et le pont est coupé en deux. Côté ennemi : 83 membres de commandos sont tués sur place. Les documents retrouvés sur le cadavre d’un cadre nord-vietnamien ont révélé que ce commando aurait eu d’autres missions importantes à accomplir : Attaquer la centrale électrique à Chrouy Chang War et les entrepôts de marchandise à Prek Phnou. Ses missions sont échouées, parce qu’il est surpris par une unité des Khmers krom qui se trouve par hasard non loin du pont. Les sentinelles des Khmers Krom, cachés dans un bouquet d’arbres à l’extérieur du bivouac, entendent les membres de commando se parlent ente eux avant de lancer les attaques contre la base M113. Ils informent immédiatement leur officier de garde et ce dernier sonne alerte et lance une contre-attaque. 

 

Le 30 octobre, les nord-vietnamiens lancent les attaques contre plusieurs positions des FANK alentour de la capitale : un dépôt de munition de la FAK près de Pochentong et une station de radio à Komboul. Cette station est lourdement endommagée par le feu. Le Mékong au mois de décembre est sous surveillance ennemie. Beaucoup de cargo sont coulés par les attaques[25] ou des mines ennemies et beaucoup d’autres sont bloqués au port de Phnom-Penh. La force navale khmère est pointée du doigt dans ses missions de surveillance du Mékong.                                                                

                 

 

 

Suite : Chapitre 7 : Les principales batailles du Cambodge durant l’année 1973.

 

 

[1] La foi épiphanique : la foi à la manifestation de la divinité.

[2] Noun Kheun, intellectuel khmer, avait écrit un livre intitulé : La marche vers l’Ouest et l’Indochine en l’an 2000.

[3] RN : Route nationale.

[4] L’incursion au Cambodge par l’armée américaine en avril 1970 souleva une grande opposition une grande opposition à l’intérieur des Etats-Unis. Le Congrès abrogea la résolution du golfe du Tonkin le 24 juin 1970 et interdit l’engagement de troupes américaines au Cambodge au-delà du 30 juin. L’amendement Cooper-Church en décembre 1970 interdit l’emploi de soldats américains hors du Vietnam, d’où la nécessité d’utiliser la seule ARVN au Cambodge et au Laos.

[5] DMZ : Zone démilitarisée.

[6] ANV/VC : l’armée nord-vietnamienne et Viêt-Cong.

[7] FANK : Forces Armées Nationales Khmers.

[8] ARVN : Armée de la République du Vietnam (Sud-Vietnam).

[9] BI : la brigade d’infanterie.

[10] FAK : Force de l’Air Khmère.

[11] RM : Région militaire.

[12] La roquette servait uniquement pour le tir sur zone ennemie. Le mortier servait pour le tir contre des objectifs ponctuels. 

[13] Un grand nombre des tués communistes est causé par les frappes aériennes.

[14] Bataillon de ranger : les troupes élites sud-vietnamienne.

[15] L’objectif du Général Vô Nguyen Giap, commandant en chef de l’ANV, est d’avoir attaqué sur plusieurs fronts en même temps au lieu de concentrer ses forces sur un seul endroit. Dans cette offensive, il engage plusieurs divisions dans cette opération. 

[16] Khmers Kroms ou Khmers d’en bas : Khmers de Cochinchine ou du Kampuchéa Krom. Ce territoire appartient au Cambodge jusqu’en 1949, l’année à laquelle la France a décidé de le rattacher au Sud-Vietnam.

[17] 15 octobre 1972.

[18] USAF : Armée de l’Air des Etats-Unis.

[19] La phase longue, c’est la préparation laborieuse à laquelle ils s’astreignent pour toute opération : reconnaissance répétée de la cible, reconstitution de l’objectif à l’échelle pour que chaque homme puisse répéter les mouvements et se familiariser avec chaque détail, exposé et réexposé du plan de l’attaque à chaque entrainement des caches pour les armes et les vivres dans la zone du combat. Les quatre phases brèves se succèdent lorsque l’opération proprement dite s’engage. Première phase : le déplacement depuis la base jusqu’à la zone de l’action, en général par petits groupes distincts qui ne feront leur jonction qu’au dernier moment. Deuxième phase : l’attaque proprement dite, dont le principe même est la fulgurance. Troisième phase : l’évacuation du champ de bataille, la récupération des armes, des morts et des blessés. Et, enfin, le repli. Quatrième phase : Si toutes les conditions sont réunies, le feu vert sera donné à l’opération, une unité sera désignée et la mise au point du plan pourra commencer. (Extrait du NAM n°5).    

[20] Région militaire spéciale (RMS) : Phnom-Penh et ses alentours qui forment un cercle de 25 km de rayon dont la capitale est le centre.  

[21] 26 mars.

[22] 28 mars.

[23] Pont de Chruoy Chang War.

[24] 11 juin 1972.

[25] 7 et 15 décembre 1972.

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Published by Sangha OP - dans Une guerre incomprise
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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 06:16

Une guerre incomprise

1970-1975

 

Chapitre Quatrième

 

 

La situation politico-militaire au Cambodge entre 1972 à 1974

 

Pendant l’opération CHENLA II, à Phnom-Penh, il y avait eu aussi des batailles politiques entre le pouvoir de l’exécutif et celui du législatif. Le 8 Novembre 1971, le Général In Tam avait été élu Président de l'assemblée Constituante et le 12 Novembre 1971, Lon Nol demanda à cette assemblée d’achever la rédaction de la constitution pour la fin janvier 1972, afin de pouvoir organiser un référendum le 15 Février 1972. Le15 Novembre 1971, la commission mixte avait arrêté ses réunions et transmit ses travaux du projet de la constitution à l'Assemblée Constituante. Le 10 Mars 1972, M. Cheng Heng démissionnait de son poste du chef de l'État. Lon Nol le remplaça et annonça la dissolution de l'Assemblée Constituante. Le 12 Mars 1972, le prince Sirik Matak donnait sa démission du poste du Président du Conseil Délégué. Le 13 Mars 1972, dans un message à la nation, Lon Nol se proclama Président de la République Khmère et, il définit le rôle de celui-ci.

 

Le 30 Avril 1972, il y avait eu un référendum constitutionnel. La Constitution de la République Khmère fut adoptée. Au mois de Mai 1972, la campagne pour les élections présidentielles était lancée. Il y avait eu trois candidats : Lon Nol, In Tam et Kéo An. Le 4 Juin 1972, Lon Nol fut élu Président de la République. Dans ces élections, In Tam obtenait une majorité des voix à Phnom-Penh. Kéo An, le 3ème homme, dénonçait les fraudes électorales. Cependant, les nord-vietnamiens et les Viêt-Cong faisait la guerre contre la nation khmère. Ils occupaient la moitié du territoire du Cambodge et surent profiter d’une explosion de la haine des dirigeants des Khmers Rouges contre leur propre population et les poussaient à commettre l’horreur absolue.    

 

La stratégie des nord-vietnamiens et des Viêt-Cong

Durant les années 1972-1974, les communistes vietnamiens accéléraient leur politique de « khmérisation » de la guerre au Cambodge pour préparer la négociation avec les États-Unis. Ils permettaient les forces communistes khmères, connus sous le nom « Khmers Rouges » de participer aux différentes batailles en tant que les unités combattantes à part entière et d’avoir leurs propres bases militaires. Ils organisaient les forces khmères rouges en bataillon, régiment et division, mais ces entités restaient toujours sous le contrôle des cadres vietnamiens, appelés « Conseillers politiques ». Ceci générait de temps à autre des conflits malaisés entre les cadres khmers rouges et ceux des vietnamiens. Ces antagonismes se transformaient souvent en bagarre armée. Comme les hommes de troupe des FANK[1], les khmers rouges étaient d’origine paysanne. Et s’ils étaient reconnaissants aux communistes vietnamiens de fournir des aides militaires, mais ils détestaient l’influence qu’ils exerçaient sur eux. Les Vietnamiens étaient toujours considérés comme ennemis héréditaires des nationalistes khmers. Ce ressentiment était-il une force nationale et un dogme ? L’histoire prouvait le contraire, parce qu’il y avait toujours une partie des Khmers qui aidaient les nationalistes vietnamiens à réaliser leur rêve millénaire : bâtir le Grand Vietnam.     

Plusieurs fois, les communistes vietnamiens et les khmers rouges montaient des opérations conjointes. Par exemple : les attaques pendant la nuit du 7 octobre 1972 d’une base de M113[2] dans le secteur nord de Phnom-Penh. En septembre 1973, les deux unités alliées lancèrent deux fois les attaques de grand envergue la ville de Kompong Cham et durant l’année 1973-1974, une campagne de bombardement intensif de roquets 122-mm sur la capitale causant plusieurs victimes civiles : plus de 200 morts. Au milieu de l’année 1974, ils encerclaient la ville de Phnom-Penh. C’était un grand succès pour eux dans deux fronts : le front de la politique internationale et celui du militaire. Enfin à partir du mois de septembre 1974, presque toutes les routes nationales étaient plus au moins sous leur contrôle qui paralysait la communication entre les unités des FANK. Chaque unité se sentait seule face au reste du monde. Le moral n’était donc pas au beau fixe pour les hommes de troupe de la République Khmère.

Les nord-vietnamiens utilisaient l’arme psychologique pour exciter la population khmère à haïr les FANK et l’opinion internationale, en particulier la jeunesse américaine et les occidentaux, à interdire leur gouvernement de soutenir le régime républicain khmer. Cette arme était redoutable : la corruption des FANK. Et ça marchait, parce que cette corruption existait réellement. Elle était une maladie endémique de la société khmère depuis la nuit des temps. Ils envoyaient leurs agents pour acheter les armes et les munitions vendues par les officiers corrompus, ensuite ils prenaient des photos de ces preuves pour donner aux correspondants de guerre des grands journaux et revues des pays occidentaux afin qu’ils les publiaient pour informer leur public.

Plusieurs généraux des FANK étaient sanctionnés à titre d’exemples : le Général Sey Ung, gouverneur de Koh Kong, Mey Sichân, gouverneur de Kampot, commandant-adjoint de la 2RM[3], et le général commandant la place de Takéo. Et plusieurs d’autres étaient mis à la retraite.

Les agents communistes s’infiltraient aussi dans le corps de la jeunesse et du milieu des enseignants pour les inciter à se soulever contre le régime républicain khmer. Deux ministres de la République, Keo Sangkim et Thach Chia, étaient pris en otage par les étudiants et assassinés dans l’enceinte du lycée 18 Mars (ex-lycée Preah Yukanthor). La crise politique du régime républicain était à la hauteur du but recherché par les nord-vietnamiens. Le gouvernement khmer s’obligeait de se battre à la fois dans trois fronts : politique internationale, politique intérieure et militaire. Cette situation était appelée par les communistes : « la main gauche ennemie frappe sa main droite, et on laissait pourrir le fruit jusqu’à il tombe tout seul ». Ce qui finit par arriver.                   

 

La riposte de la République Khmère

Devant cette situation critique, Lon Nol jouait la carte de la mobilisation générale. Il fit voter une loi par les députés, appelée « L’échiquier de la mobilisation générale ». Dans tout le pays, chaque quartier ayant 10 maisons constituait un lot de défense du quartier. Et 5 ilots se formaient en un secteur de défense. Cette loi avait pour but de mobiliser la population à participer la défense de son pays, menacé par toute subversion des communistes. Elle était inspirée des lois des années 1954[4] et 1956[5]. Ces comités d’ilots de défense étaient dotés d’un pouvoir administratif important et alloué d’une mission humanitaire et sanitaire. Ces ilots devraient en théorie être une organisation paramilitaire, humanitaire et un centre de renseignement sur les activités de subversion des ennemis de la République. Mais en réalité, ils fonctionnaient plus au moins bien, parce que le gouvernement n’avait pas les moyens pour les mettre en œuvre. En outre, cette organisation, placé sous l’autorité d’un Commissariat Général de la Mobilisation générait fréquemment des conflits avec les autres autorités (Commissariat de police, Sangkat[6], préfecture). Faire vite pour faire fort était la cause de l’inefficacité de cette aspiration révolutionnaire de Lon Nol. « L’échiquier de la mobilisation », en fait, était une copie du modèle de la République Populaire de la Chine, auquel le prince Sihanouk avait inspiré et Lon Nol avait une mission de le mettre en application pendant la guerre contre les Vietminh après l’indépendance nationale. Compte tenu de la futilité de cette institution relookée, les saboteurs communistes en profitaient pour faire du mal à la République khmère.

 

La situation des FANK

L’enthousiasme du 18 mars 1970 était petit à petit s’estomper par la défaite de l’opération CHENLA II. Mais la bravoure de certaines unités des FANK, après ce coup ennemi, permettait à la République de gagner la bataille politique sur le plan internationale. Le 12 octobre 1972, à l’ONU, 132 pays se prononçaient pour la représentativité de la République Khmère. 11 pays[7] votaient contre elle. Ce sursaut dans la politique internationale avait un effet mitigé pour renverser la situation militaire dans le pays. L’augmentation des aides militaires (modernisation des équipements et formation des nouvelles techniques de combat aux hommes de troupe et des stratégies militaires aux officiers supérieurs) et économiques des Etats-Unis donnait un nouvel espoir de courte durée. La situation économique et sanitaire du pays était exécrable. Il y n’avait pas assez du riz pour nourrir la population et des médicaments pour soigner les malades et les blessés de guerre. Aux fronts, Est comme Ouest, Sud comme Nord, les FANK rencontraient partout des difficultés pour maintenir le moral des hommes de troupe et contenir les déferlements ennemis. Elles commençaient d’avoir des problèmes de recrutement des nouvelles recrues pour remplacer les soldats morts sur les champs d’honneur.  Et l’horreur qu’elles attendent déjà venait compléter la liste du désastre, c’était la désertion de tous les grades.

Napoléon le disait : « Pour faire la guerre, il faut avoir trois choses : l’argent, l’argent et l’argent ». Un proverbe khmer s’articulait autrement : « On cultive du paddy avec de l’eau et on fait la guerre avec du riz ». Et, tout le monde le savait que la République Khmère n’avait ni l’argent pour acheter les armes et les munitions, ni le riz pour nourrir son armée. Les Khmers Rouges pouvaient nourrir la sienne, parce qu’ils avaient tout pris le riz des paysans. Quant aux armes, ils avaient de plus en plus après les accords de Paris, parce que la Chine demandait aux nord-vietnamiens, avant que ces derniers quittassent le Cambodge, de les laisser pour eux.

L’accord de paix entre les Etats-Unis et le Nord-Vietnam, signé à Paris le 27 janvier 1973, ne s’ouvrait pas la perspective de paix au Cambodge, parce que les Khmers Rouge refusèrent d’y agréger. Mais Lon Nol et Hang Thun Hak[8] avaient accepté cet accord et décrétèrent unilatéralement le cessez-le-feu. Ils ne considéraient plus les Khmers Rouges comme les ennemis athées, mais les Khmers de l’autre côté. Cette mesure sapait davantage le moral des FANK, parce que le 29 juin 1973, la Chambre des Représentants des USA adoptait un amendement fixant au 15 août la date de la suppression des fonds alloués aux opérations aériennes au-dessus du Laos et du Cambodge. En outre, la nature de la modernisation des équipements et de la formation des techniques de combat constituaient une autre difficulté. D’un côté, on attendait de la FANK qu’elle se battre comme l’armée américaine, fournisseur et formateur, et, de l’autre on ne lui donnait pas tout à fait le matériel et les moyens perfectionnés indispensables pour le faire. Sans avoir l’appui aérien et le nombre de M113 suffisant, la chance de gagner la bataille soit compromise, parce que la puissance de feu des nord vietnamiens et Viêt-Cong, alliés des Khmers Rouges, est redoutable. La volonté de Lon Nol de faire la paix avec les Khmers de l’autre côté hypnotisait les militaires. Ils adoptaient donc une attitude de survie « jour par jour » pour éviter d’être tué par leur frère de sang de l’autre côté. La guerre pour eux était finie au moment où Long Boret, Ministre des Affaires Etrangères du gouvernement d’In Tam[9], proposait le 6 juillet 1973 au nom de la République Khmère au FUNK[10] un plan de paix de 6 points. Ce plan fut rejeté par ce dernier, parce que les faiblesses de la République Khmère étaient nombreuses et connues, ce qui rassurait ses adversaires de ne pas y accepter : la cessation d’intervention aérienne américaine ; l’entente cordiale entre les États-Unis et la République Populaire de Chine de régler la guerre au Cambodge par la solution du retour du Prince Sihanouk au pouvoir et la volonté des États-Unis d’encourager la Chine de devenir une puissance régionale pour face faire à l’hégémonie de l’Union soviétique. Ces trois approches s’inscrivaient dans la doctrine du Président Nixon concernant la politique de désengagement des troupes américaines dans le conflit armé au Vietnam. La République Khmère était donc une victime collatérale de cette diplomatie nouvelle de « faire mal pour faire bien » dont l’auteur eût été Henry Kissinger, alors Secrétaire d’État.

Au Cambodge, tout le monde parlait de l’avenir de la République Khmère après le 15 août 1973, date de la fin des interventions aériennes américaines. Les pessimistes croyaient que ce fût la fin de la République Khmère, mais la Force de l’Air Khmère (FAK), après l’attaque des commandos nord-vietnamiens sa base dans la nuit des 21-22 janvier 1971, se réorganisait et dotait d’armes modernes (hélicoptères[11] de combat et de transport des troupes, l’avion C130 et C-47s) fournies par les l’armée de l’air américaine. La durée de formation des pilotes et du personnel techniques était faite rapidement avec une efficacité au-delà de l’attente du Haut Commandement militaire. A peine d’un an d’apprentissage, les hommes de la KAF étaient opérationnels dans leurs missions de combat. Les avions de chasse et de bombardement T-28s faisaient leurs preuves de valeur dans la bataille de Kampot avec 80 interventions par jour (missions d’attaque et de reconnaissance des positions ennemis). Dans cette bataille, les hélicoptères transportaient des troupes de plusieurs brigades d’infanterie pour les déposer dans la ville de Kampot afin de renforcer le périmètre de défense. Au-delà de ses missions militaires, la FAK assurait aussi les missions humanitaires et sanitaires pour aider la population. La FAK après le 15 août 1973 se substituait à peu près 50% les frappes aériennes américaines au Cambodge. La République Khmère montrait sa capacité de faire face à ses ennemis nord-vietnamiens et Khmers communistes. C’est pourquoi, les FANK décidaient de choisir la date du 15 août 1974 pour célébrer le premier anniversaire de leur autonomie dans les missions de défense nationale contre les envahisseurs nord-vietnamiens et les Viêt-Cong. Un défilé militaire à la place de stoupa du Bouddha eut lieu pour cette occasion. Mais l’apparition de chars des nord-vietnamiens T-54/55 à partir de 1974 aux champs de bataille dans le territoire khmer et sud-vietnamien ne se posaient pas de problème de conscience sur M. Henry Kissinger, cosignataire, des accords de paix de Paris.

 

La situation des Khmers Rouges

Le non-respect de l’accord de paix par le Nord-Vietnam et le refuse du FUNK d’accepter les propositions de paix du gouvernement de la République Khmère menaçaient sur le Cambodge. Le peuple khmer n’attendait plus rien, sauf le retour de Sihanouk au pays pour rétablir la paix entre les khmers. C’était à ce moment-là les nord-vietnamiens laissaient les Khmers Rouges d’opérer leur transformation brutale de la société rurale khmère en forçant les paysans à créer des coopératives où chaque heure du jour était réglée et contrôlée, et en imposant une discipline de fer par la terreur. Ceux qui n’étaient pas d’accord disparaissaient purement et simplement. Dans les zones « libérées », l’argent était aboli, et l’Angkar (organisation du parti communiste khmer) contrôlait tous les commerces, y compris la vente du riz. Les moines bouddhistes furent envoyés travailler dans les champs et les cérémonies traditionnelles et religieuses furent interdites. Mais le prince Sihanouk continuait de s’adresser des messages au peuple khmer depuis Pékin pour qu’il aide le FUNK à gagner la guerre contre la République. Mais on savait depuis longtemps que les leaders des Khmers Rouges méprisaient Sihanouk, mais ils jouèrent la carte du dernier en exploitant sa popularité pour affirmer leur influence sur les paysans. Avec l’aide des nord-vietnamiens et les Chinois communistes, ils semaient la terreur dans la campagne. Et, selon l’écrivain Stanley Karnow : « A côté des atrocités khmères rouges, l’holocauste nazi n’est qu’un incident minime. »

L’incitation des nord-vietnamiens aux Khmers Rouges à commettre des violations contre la population cambodgienne s’inscrivait dans un plan d’ensemble visant à couper le parti Communiste Khmer (PCK) de sa propre population après la victoire du camp communiste en Indochine.  Le PCK faible et sans le soutien populaire fut une proie facile pour eux. Et pour créer l’Indochine vietnamien ou le Grand Vietnam, ils n’avaient jamais de court d’invention pour détruire le Cambodge.

 

La situation du Prince Sihanouk

Vers la fin de l’année 1973, la République khmère cherchait sincèrement une nouvelle politique pour riposter les nord-vietnamiens par « la solution Sihanouk ». Le 30 novembre 1973, Lon Nol déclara qu’il était prêt à rencontrer le prince Sihanouk pour trouver ensemble une solution de paix au Cambodge. Mais tout le monde se trompait, y compris des Etats-Unis d’Amérique, dans cette nouvelle démarche. En réalité, le Prince rouge n’était que la marionnette des Chinois et les Khmers Rouges. Il n’avait aucun pouvoir de décision. Les nord-vietnamiens exploitaient sa popularité pour envahir le Cambodge à son nom. Ils pouvaient cependant compter sur une profonde hostilité entre les zones rurales et les zones urbaines, hostilité enracinée dans la tradition et les légendes populaires et qui trouvait son origine dans des causes pratiques. Peut-être le destin du Cambodge pourrait être autrement si Sihanouk avait un vrai pouvoir au sein du FUNK et GRUNK[12] et plaçait l’intérêt de la nation au-dessus de tout.  

Sans le savoir la vraie situation de Sihanouk, Nixon et Kissinger choisissaient le perdant. Ils lâchèrent Lon Nol et abandonnèrent le Cambodge pour un homme de paille de Pékin. Sihanouk était conscient de sa situation par son expression célèbre : « Plus tard, les Chinois me cracheront comme un noyau de cerise ». Mais cette autorévélation ne lui empêchait pas de courir après son ombre pour attraper le pouvoir perdu, mais il savait parfaitement que dans cet ombre se cachait une montre, nommée Pol Pot (Saloth Sar) qui était prêt à commettre « l’horreur absolue ». Sans doute, Nixon mettait fin à une guerre impopulaire ou incomprise au Cambodge, mais il y remplaçait par une paix des meurtriers. Une paix qui donnait un pouvoir aux Khmers Rouges de tuer en toute liberté leur propre population : plus de deux millions de morts pendant 3 ans et 9 mois. Il y avait de quoi qui faisait honte aux partisans d’Hitler et de Staline. Le Prince Sihanouk était sans doute le promoteur et grand complice de génocide. De son vivant, plus Sihanouk tentait de se disculper, plus il s’accusait, s’empêtrait dans le contradictoire, l’infantile, l’absurde et dans cette évidence : « sans lui, tout cela ne serait pas arrivé ! »

 

Suite : Chapitre 5 : Les principales batailles du Cambodge.

 

[1] Les FANK : Les forces de l’Armée Nationale Khmère.

[2] Le M113 est le véhicule blindé de transport de troupe (VTT). Le nouveau M113 qui sortit de ces modifications (installation de boucliers protecteurs pour les mitrailleurs) fut connu sous le nom d’ACAV (Armored Cavalry Assault Véhicule).  Ce véhicule est très précieux auxiliaires dans les champs de bataille. Non seulement parce qu’il donne une grande mobilité à une énorme puissance de feu, mais aussi parce que dans les combats rapprochés, son blindage fait toute différence entre un soldat communiste mort et un soldat des FANK vivant.  

[3] RM : Région militaire.

[4] Kram (loi) 866 du 27/5/54 : Création du Mouvement des forces vives du Cambodge lors de la lutte pour l’indépendance. Ce mouvement était composé des milices communales (Chivapols) et de commandos de troupes paysannes auxquels peuvent être dévolues des missions proprement militaires. 

[5] Kret (décret) 596 du 19/01/56. Création de la force de défense en surface. Les menaces que font peser sur le Cambodge la reprise de l’insécurité et de la guerre dans les pays voisins de la péninsule indochinoise donnent une particulière importance à l’organisation de la défense contre toute subversion interne ou défense en surface. 

[6] Sangkat : Commune.

[7] Albanie, Algérie, Chine Populaire, Congo, Cuba, Irak, Mauritanie, Roumanie, Sénégal, Syrie et Yougoslavie).

[8] Hang Thun Hak : Premier Ministre (17 octobre 1972 au 17 avril 1973).   

[9] In Tam : Premier Ministre du 10 mai au 7 décembre 1973.

[10] FUNK : Front d’Union National du Kampuchéa, dirigé par le parti communiste khmer.

[11] L’hélicoptère (bell UH-1c) fournit à la KAF ce que les Américains appelèrent « l’aéromobilité » : rapidité, liberté de mouvement et puissance de feu sur le champ de bataille. Bell UH 1 : Vitesse max. 204km/h ; Rayon d’action : 511 km ; Poids : 2 116 kg ; Armement : 4 mitrailleuse de 7,62 mm, 38 roquettes de 69,9 mm.

[12] GRUNK : Gouvernement Royal d’Union Nationale Khmère dont le siège se trouvait à Pékin.

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 17:11

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1970-1975

Chapitre Troisième

 

  1. La conquête des territoires perdus

Après les attaques soudaines des forces communistes vietnamiennes contre la FANK, celle-ci arrivait avec l’aide de l’armée américaine et de la force aérienne sud-vietnamienne à contenir leur avance à partir du mois d’avril 1970. La capitale de Phnom-Penh n’était plus menacée. Sa chute semblait impossible. Devant les contre-attaques de la FANK, le commandement des forces communistes vietnamiennes  décidait de réorganiser ses unités et de stopper l’offensive. Cette situation permettrait à la FANK de consolider la zone de survie : la partie sud du pays dont la ligne de défense était la route nationale n° 6, appelée route Lon Nol. Dans les combats acharnés contre les forces étrangères depuis le 29 mars 1970, la FANK prouvait une chose : qu’elle pourrait affronter et vaincre l’armée communiste. Lon Nol y croyait. A partir du mois d’août, il lança une opération de conquête des territoires occupés par les ennemis, appelée le CHENLA (nom du Cambodge ancien).

 

CHENLA I

Le théâtre d’opération militaire est formé un triangle de trois districts : Skoun – Kompong Thmar – Troeung. L’objectif final de l’opération est de libérer Kompong Thmar. C’est la première opération de grande envergure montée contre l’armée du Nord-Vietnam (ANV) et Viêt-Cong au Cambodge avec l’appui de la force aérienne américaine et sud-vietnamienne. Pour les américains cette opération, c’est le moyen idéal de tester la détermination des cambodgiens dans leur lutte contre les communistes.

La FANK installe sa base de logistique à Skoun-ville. Cette localité a été libérée de l’occupation d’ennemi au mois de mai. Le Haut commandement de la FANK confie la responsabilité de l'opération au Brigadier Général Um Savuth. Il dispose de dix à douze bataillons d’infanterie, des autos blindées et des pièces d’artillerie. Deux colonnes d’infanterie montent aux fronts. La première colonne allant de Skoun à Kompong Thmar en passant par plusieurs contrées : Prakham, Tang Kauk et Baray. La deuxième colonne allant de Traeung à Kompong Thmar en traversant deux principales localités : Bos Khnoar et Chamkar Andong. En septembre, Um Savuth libère Tang Kauk sans rencontrée de grandes difficultés. Une première victoire militaire, mais l’armée devrait absolument protéger les habitants et les réfugiés qui ont fui la zone ennemie. Pour cette mission, la FANK décide de créer les unités d’auto-défense armées au sein de la population libérée. Quant à la deuxième colonne, elle a un contact avec quelques unités ennemies à Bos Khnaor, lesquelles font partie de la 9ème division de l’ANV basée aux plantations d’hévéa à l’est de la route nationale (RN) n° 6. Après des combats sporadiques, les ennemis abandonnent leurs positions, parce qu’ils ne veulent pas que les avions américains repèrent leur base.

En novembre et décembre, les ennemis lancent les contre-attaques contre les différentes positions de la FANK tout le long de la RN7 entre Prey Totung et Kompong Cham ville dont l’objectif est d’isoler le chef-lieu de la province de Kompong Cham pour prendre cette localité. La FANK a besoin le soutien de l’aéromobilité de l’armée sud-vietnamienne pour transporter ses soldats aux zones de combat. Il faudrait plusieurs jours d’opérations combinées entre FANK et ARVN[1]  pour reprendre le contôle de la RN7. Au même moment, les unités des communistes vietnamiens venant spécialement du Sud-Vietnam coupent la RN4 au niveau de Pich Nil. Encore une fois, une opération militaire combinée entre ces deux armés est lancée avec succès. Mais dans le mois de janvier 1971, 100 commandos VC[2]/NVA attaquent dans la nuit du 21-22 janvier la base de l’armée de l’air khmer à Pochentong qui se trouvait à l’ouest de Phnom-Penh en détruisant presque la totalité des avions. Toutes ces attaques ennemies obligent le Haut commandement de retirer plusieurs bataillons engagés dans l’opération CHENLA pour venir renforcer la défense de la capitale. Les députés convoquent Lon Nol pour qu’il vienne le 8 févrierà l’AN d'expliquer sa stratégie de défense du pays. La nuit du 7 février, le Général a une attaque de paraplégie. Le 14 février, Il est évacué par l’avion de l’armée américaine pour qu’il puisse se soigner à hôpital d’Honolulu. L’opération CHENLA I est donc mise en suspens.

 

CHENLA II

Nol Nol avait été retourné au Cambodge le 12 avril 1971. Son premier initiative ce fut la poursuite de la politique de reconquête des territoires perdus. Il présenta au peuple khmer un programme général de la défense nationale en appelant ce dernier à participer activement à l’effort de la guerre défensive contre les envahisseurs communistes vietnamiens. Il décréta donc la mobilisation générale. Il décida en effet de relancer l’offensive contre les ennemis. Cette opération était appelée CHENLA II avec un nom de code : « œil pour œil ; dent pour dent ; sang pour sang ». Le Brigadier Général Hou Hang Sin a été désigné Commandant de l’opération.

L’objectif du CHENLA II était double : contrôler la RN6 afin de ravitailler par voie terrestre la ville de Kompong Thom, laquelle était encerclée par les ennemis depuis 1970 et placer la région centre du pays sous le contrôle de la FANK, parce qu’elle était les greniers du riz du pays.

Le 26 août 1971, la FANK occupe Barai. Le 2 septembre la 5ème Brigade d’infanterie attaque la position ennemie au mont de Santuk. Elle s’y heurte une résistance de front avec une violence exceptionnelle et l’enfer se déchaine. Le 20 septembre, la ville de Tang Krasang est libérée. Le 5 octobre, trois brigades d’infanterie délocalisent une position stratégique des communistes au sud du mont Santuk. La 8ème Brigade d’infanterie est transportée par des hélicoptères pour attaquer par le sud-est du Santuk. La bataille s’engage intensivement entre la FANK et ANV jusqu’à corps à corps. Enfin le mont mythique est libéré le 25 octobre. La RN6 est sous le contrôle de la FANK.

La première phase de CHENLA II avait été déclarée officiellement terminée. Une cérémonie religieuse et militaire était organisée par le gouvernement de la République khmère les 25 et 26 octobre pour fêter la victoire. Le Brigadier Général Ith Sung fut invité à la télévision pour conter les exploits des soldats khmers sur les champs de bataille. Mais pendant la dernière nuit de cérémonie, la situation avait changé radicalement aux fronts. Les nord-vietnamiens lancèrent des contre-attaques générales.

Les unités de la 9ème division d’infanterie, appuyées par celles des 205ème  et 207ème des régiments régionaux de l’ANV, basés à la plantation d’hévéa de Chamkar Andong, attaquent la position du 376ème bataillon d’infanterie de la FANK de Kroel qui se trouve entre Tang Kauk et Rumlong. En un seul coup avec la puissance de feu d’enfer, le bataillon khmer est complètement détruit. 20 soldats de ce bataillon ont pu rejoindre Barai et les autres à Rumlong pour raconter le dernier jour de leurs frères d’arme tués par les assaillants. Cette attaque surprise permet à l’ennemi d’encercler Rumlong où se trouvent le 14ème bataillon, le PC de la 46ème Brigade d’infanterie et une section d’artillerie d’appui avec plusieurs canons 105mm. Le pont DEK est sous le contrôle d’ennemi. La RN6 est donc nouveau coupée.

La nuit du 28, la position des unités de la FANK à Damrei Slap est attaquée par les communistes avec l’arme chimique (gaz shells) les obligeant à se retirer à Kreul, alors défendus par le 118ème bataillon et une compagnie  de la 211ème d’infanterie. Ceux-ci sont attaqués à leur tour au petit matin du 29. Le Commandant décide d’abandonner sa position quelques heures plus tard pour s’y mettre à l’abri à Tang Kauk.

Devant cette situation catastrophique, le général Hou Hang Sin avait décidé de bâtir une nouvelle stratégie de défense. Il ordonna la 61ème Brigade et le 424ème bataillon de la 62ème Brigade et le 22ème bataillon d’infanterie, basés à Kiri, de se replier à Treal et les 222ème  et 377ème bataillons d’infanterie, basés à Neak Veang, de venir renforcer la défense de Tang Kauk. Pendant les attaques ennemies du 28 au 31 octobre 1971, La FANK avait perdu beaucoup d’hommes et matériels militaires. 100 morts par jour et beaucoup de blessés. Mais l’armée khmère n’avait pas les hélicoptères de sauvetage médical pour les évacuer de la zone des combats et les transportés dans un hôpital. Une proie idéale pour les dieux de la mort, parce que les infirmiers militaires n’avaient pas les moyens médicaux adéquates pour stopper les hémorragies et les garder en vie.   

Malgré ce coup ennemi, elle lança des contre-attaques des positions des assaillants entre Phum Svay et Rumlong pour créer en vain une zone de survie. Presque tous les terrains occupés par l’armée khmère étaient encerclés par les ennemis ou bien par l’eau. Une situation défavorable pour lancer les contre-attaques et avec le mauvais temps qui empêchait les interventions aériennes efficaces. Les soldats commençaient à être fatigués pour défendre leurs positions, mais leur enthousiaste restait intact pour mesurer avec les nord-vietnamiens. Mais les vivres et les munitions faisaient défaut pour maintenir le moral des troupes, parce que les ravitaillements par voie aériens n’étaient pas réguliers. Les troupes des garnisons de Rumlong et Treal n’étaient plus dans la possibilité de se battre, parce qu’elles manquaient des munitions. Assiégées, affamées et dénués des ressources militaires, elles capitulèrent face aux troupes nord-vietnamiennes en espérant que ces communistes respectèrent les lois de la guerre. Pendant ces offensives successives ennemies, il y avait eu une infiltration des éléments subversifs communistes dans les rangs khmers qui engendra une confusion totale dans une position de la FANK. L’ennemi en profita pour demander une frappe aérienne sur elle. Il y avait beaucoup de morts et les troupes de la FANK furent découragées par cet incident importun, mais les soldats se disaient toujours : Après tout, la guerre est un boulot à risque !

Mais la FANK avait pu rétablir la ligne de défense au nord de Barai avec le concours de son armée de l’air. Mais les moyens aériens limités dont elle disposait pendant cette opération n’aurait pas lui donné la possibilité de reconquérir ses positions stratégiques prises par les nord-vietnamiens et d’affaiblir la puissance de feu de l’artillerie ennemie installée à la plantation de Chamkar Andong. La FANK obtenait un soutien aérien américain le 14 novembre : le bombardement de B52 sur Chamkar Angdon. C’était  une seule frappe aérienne américaine sur les positions nord-vietnamiennes durant l’opération CHENLA II. Elle arrivait 15 jours trop tard compte tenu de la supériorité de feu des nord-vietnamiens par rapport à celle des Cambodgiens. Mais les généraux américains avaient une conception de guerre un peu spéciale pendant la guerre au Vietnam : un contact sérieux avec les nord-vietnamiens et les Viêt-Cong quand leurs troupes ou celles des alliées commencent avoir des difficultés de les résister.

Le coup de grâce des nord-vietnamiens qui achevait l’opération CHENLAII était la bataille de Prakham, un district qui se trouvait le long de la RN6 entre Skoun et Tang Kauk. La bravoure des soldats ennemis dans le duel avec ceux des Cambodgiens en première ligne sema la terreur dans les casemates qui jalonnaient le périmètre de défense et leurs canons sans recul de 57 et 75mm et les lance-roquettes RPG-2 volatilisèrent les M113 khmers dans les champs du riz et sur la RN6.

Et pourtant, pendant la réunion entre Lon Nol et le Commandant de l’opération CHENLA II du 14 novembre 1971, ils n’avaient pas modifié grande chose du plan initial de l’opération CHENLA. Pour Lon Nol, l’urgence fut ailleurs : Renforcement de la défense de la RN4. Etait-il conscient de la situation du CHENLA ? Ou bien le Général Hou Hang Sin ne disait pas la vérité à Lon Nol ?

CHENLA à partir du mois de novembre 1971 était synonyme « chacun pour soi ». Le Général Hou Hang Sin, commandant d’opération n’avait d’autres ressources que de laisser les chefs d’unités de se débrouille tout seul. Il s’installa son PC à Skoun et y attendit le retour des frères d'arme. Mais les chemins parcourus étaient rudes, parce que les ennemis s'étaient embusqués derrière un talus ou un bosquet. Il fallait faire n’importe quoi pour échapper à leur vigilance. Ceux qui arrivèrent à fuir les zones de combat pour rejoindre la ligne amie étaient dans un état d’épuisement et de dépression. Un spectacle difficile à voir par ceux qui avaient eu la chance de se replier à temps avant la prise de contrôle de la RN6 en plusieurs points par les nord-vietnamiens. Lon Nol, Chef d'Etat-Major Général avec quelques généraux, visita le front et devant le spectacle attristé de l’effondrement de son armée, il ne s’exprima aucun chagrin. Le 3 décembre 1971, les ennemis du Cambodge occupèrent Prakham, dernier poste de résistance de la FANK, après quelques jours de combat acharné contre les unités khmères qui ne voulaient pas y croire à cette fatalité.

CHENLA II avait double approches pour la suite de la République khmère. Une défaite et une leçon.

La défaite : La défaite de l’opération CHENLA II soustrayait de la FANK et du pays les meilleures unités d’infanterie (10 bataillons), beaucoup de matériels militaires (1/3 au total) et de nombreuses infrastructures du pays (ponts et routes). L’armée avait perdu beaucoup d’hommes dont le nombre total était à près de 2 000 morts sans compter les disparus. Il y avait aussi de nombreuses victimes collatérales parmi les civils dont on ne connaissait pas le nombre exact. Sur le plan psychologique, elle faisait perdre chez les hommes de troupe la confiance en soi. Quant aux officiers, ils commençaient d'avoir un doute sur la capacité du Haut Commandement de mener une la guerre contre les nord-vietnamiens et les Viêt-Cong. Chez les civils, l’avis était partagé, la jeunesse, en particulier les étudiants, voyaient qu’elle fût le signe avant-coureur de la fin de la République Khmère ; les fonctionnaires apolitiques de tous les échelons étaient dubitatifs à l'égard du nouveau régime qui parlait de la victoire finale contre les communistes sans l’aide de Sihanouk ; les Républicains téméraires ne perdaient pas encore l’espoir, ils avaient une dent contre les partisans de Sihanouk et les communistes khmers qui aidaient les nord-vietnamiens à envahir le pays ; les Khmers en bas se taisaient dans leur souffrance quotidienne ; les hommes politiques voyaient Lon Nol comme un chef militaire qui n’était pas très doué pour faire la guerre.

La leçon ou les leçons : Pour les généraux de la FANK, cette défaite n’était pas due à une erreur stratégique, mais tactique, des problèmes de ravitaillements des munitions aux unités de combat et de manque d’effectifs pour assurer la sécurité des territoires reconquis. La colonne militaire qui se progressait et s’étirait sur la RN6 en croyant que ses flancs aient été protégés par les terrains inondés par l’eau, se trouverait elle-même piégé par cette défense naturelle par les bombardements de canons ennemis. Les services de renseignements militaires ignoraient l’existence de la base d’une division d’infanterie ennemie à la plantation de Chamkar Angdon. Enfin cette défaite servait comme une leçon dans toutes les batailles contre les nord-vietnamiens et les Viêt-Cong. Mais cet apprentissage coutait cher en vie humaine. On se posait la question, ces morts étaient-ils utilisés comme un simple pion sur l’échiquier politique ?

Après CHENLA II, les hommes de troupe avaient perdu leurs illusions : « Il faut que je dise à mes hommes d’aller se faire tuer, dit un officier. Et pour qui donc suis-je censé leur demander de mourir ? Les soldats étaient en majorité des paysans. Ils avaient certainement plus d’une raison d’être découragés. Leurs conditions de vie étaient dures. Leur nourriture se composait exclusivement de riz, de poisson séché et de soupe de légumes. Un soldat touchait environ 15 $ par mois, un peu plus s’il était marié et ayant des enfants à charge. Pendant la guerre les prix se mirent à grimper, il avait difficulté à nourrir sa famille. Pour s’en sortir, sa famille devait le suivre de campement en campement, s’installant dans la boue ou vivant dans des cabanes improvisées construites avec de feuilles de palmier. Quant aux officiers subalternes, leurs conditions de vie étaient un peu plus améliorées que leurs hommes. La guerre pour eux n’était qu’une affaire des généraux et des politiques.

 

[1] ARVN : L’armée de la République du Vietnam (le Sud-Vietnam). En 1972, elle avait un effectif plus d’un million d’hommes, dont à peu près une moitié faisait partie de l’armée régulière et l’autre moitié de diverses milices. Dans le cadre de la vietnamisation de la guerre au Vietnam, dès le milieu de l’année 1970, l’ARVN se chargeait de la grande majorité des opérations offensives contre les communistes, tandis que les effectifs américains diminuaient considérablement.

[2] VC : Viêt-Cong. 

 

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 07:19

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 04:48

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 06:37

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 09:46

ជាតិខ្មែររុងរឿង

ជាតិខ្មែររុងរឿង ជាប្រធានសិក្សាគោល នៅក្នុងគ្រោង (cadre) សិក្ខាសិលា​នាថ្ងៃទី២០មិថុនា

ឆ្នាំ២០១០​ ប្រព្រឹត្តមានឡើងនៅ វត្តពោធិវង្សនៅប្រទេសបារាំង ដែលខ្ញុំបានចូលរួមចំណែក

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សាធារណជន ទុកអានជាតម្រិះរិះ (réflexion) សំរាប់កិច្ចពិភាក្សា នៅក្នុងមហាគ្រួសារខ្មែរ។

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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 07:13

Une promenade de l’Esprit

 

Au bord du Mékong

 

L’eau venant de la montagne « déesse, bonne route ou heureux de vous rencontrer[1] » est ravie de dire bonjour aux plusieurs peuples riziculteurs. Elle prend son temps pour s’amuser avec les enfants qui se baignent dans son corps fluide et svelte,lequel change de couleur suivant le caprice de la nature. Mais elle est toujours belle avec sa force puissanteet sa nature de mère nourrice.

En arrivant au pays de la terre d’or (សុវណ្ណភូមិ)[2], elle accepte de porter un nom donné par sa population : le Mékong. En la remerciant, elle crée un grand bassin de million de poissons, appelé le « Tonlé-sap » pour sustenter sa force physique et d’esprit. Ainsi le Mékong est la source de la vie et de l’intelligence du peuple khmer qui enfanta au temps jadis une civilisation puissante et harmonieuse.

L’heure de la passée, au bord du Mékong et dans le ciel bleu au-dessus du temple d’Angkor, les oiseaux chantent tous les jours la même mélodie : Bonjour et bonne nuit au peuple du fleuve. Le Mékong est toujours heureux, mais le peuple khmer, va-t-il pleurer de son malheur ? L’eau du Mékong est toujours l’eau de joie de vie, mais larme des Khmers sont-elles toujours l’eau de chagrin ? Ce qu’on sait, il n’y a plus la fête des eaux au pays des Khmers.

Au bord du Mékong, la rencontre entre l’eau du fleuve et la population khmère est toujours un rendez-vous de solennité. Au son  de ruissellement des eaux, le cœur de cette population millénaire qui s’entiche d’un respect du don de la nature :

- Tu es la mère des eaux, dit ce peuple du fleuve, j’exprime tous mes remerciements de ta présence dans ma chère patrie dans lequel ta place ou ton lit est honoré même par le saint protecteur du pays. Tu es invisible, mais ton corps constitue des ressources toujours croissantes pour l’humanité. Mère nourrice et avec ta force et la science, tu deviendras la productrice de l’électricité. Comment dussé-je te remercier dans mille ans ?   

- Merci mon ami, répond l’eau du fleuve avec beaucoup de douceur, ton témoignage du respect envers moi est éternel. J’absorbe cette reconnaissance dans mon corps millénaire. Je suis heureux de te rencontrer au bord de mon lit. Cette occasion est le lien d’amitié qui perdure.

Au bord du Mékong entouré les plus beau paysage du monde, le corps humain est tout près de la divine. Elle le caresse légèrement et chant l’air populaire accompagné par les murmures du vent pour le consoler de ses contrariétés afférents à la vie. Ce corps est celui du peuple khmer qui est accordé parfaitement à sa double passion pour le bouddhisme et pour l’empire d’antan avec une tendre mélancolie. Mais on le savait que l’empire d’Angkor n’est qu’une histoire de l'archéologie pour la jeunesse khmère d'aujourd'hui, quant au bouddhisme, son secours soit limité à ses belles paroles. Le peuple khmer d’aujourd’hui est-il heureux comme l’eau du Mékong ?

Au bord du Mékong dans le Cambodge d’aujourd’hui, il y a des autres. Qui sont-ils ? Personne n’ose pas dire leur vrai nom. Ils sont nombreux, plusieurs millions d’individus. Ce chiffre n’est pas une hypertrophie d’un sentiment du racisme. Il est le problème pour la nation khmère, parce qu’il représente le passé sanglant et un avenir imprévisible. L’eau du Mékong est-elle le témoin de cette incertitude ? Mais dans l’esprit des autres, cette peine est le maillon essentiel de leur rêve d’illuminé pratique : le Grand Vietnam victorieux ! Ses soldats ont leur fusil et ils savent s’en servir pour réaliser ce rêve millénaire. Ils ont un talisman caché dans la poche de leurs vêtements : c’est le testament de l’oncle Hô.

Et ce rêve deviendra-t-il un jour une réalité pour le peuple khmer ? Au bord du Mékong, comment l’eau du fleuve lui annoncera cette nouvelle ? Mais on le savait depuis le 7 janvier 1979 que cette vérité se faisait jour au pays des Khmers. Ils sont tristes, bien sûr. Sont-ils conscients de ce danger mortel, pas sûr. Avec une apparence de courage, les victimes expropriées de leur lopin de terre revendiquent en vain leurs biens, mais ils laissent les millions de colons vietnamiens d’occuper leur pays. Ce qu’on l’appelle le combat contre le mal, mais pas la racine du mal.

Au bord du Mékong, le peuple khmer contemple l’arrivée des milliers de barques des colons vietnamiens. Ils apprennent à parler Khmer et deviendront deux ans plus tard des citoyens mal élevés parce qu’ils ne respecteraient jamais les lois et la coutume du pays conquis. Ils ont déjà donné des noms dans leur langue à un square, à un pont, à un village, à une ville et à une province. Avec tous ces colons vulgaires qui s’enrichissent de tous les côtés par les procédés malhonnêtes,  il faut se méfier du mandat des députés qui passe, parce que chaque législature, un exponentiel de leur nombre qui viendra écraser le peuple khmer. Le Cambodge, à l’état actuel, ne serait plus capable de faire face, de rendre coup pour coup et, en vérité, de provoquer et de procéder les attaques contre ce mal absolu.

Pourquoi ce défaitisme inattendu ? Parce que le peuple khmer n’a plus de larme pour pleurer. Il n’a plus personne pour lui venir en aide et un officiel de l’ONU ou un humaniste de l’ONG donne un peu espoir. Mais on le savait que son malheur fait le bonheur des conquérants ou des autres qui viennent s’établir au bord du Mékong. L’eau du fleuve, pour lui, reprit le visage de ce qu’elle a souvent été sous les masques de la fête et de la beauté : un visage de souffrance et de mort. Il n’y a plus de fête des eaux au Cambodge. Aujourd’hui, il faut qu’on voyait ce pays comme un mélange inextricable de Vietnamiens, Chinois, Khmers, bouddhistes, musulmans, chrétiens, de misère, d’immenses fortunes, de royalistes arriérés, de communistes opulents. Est-ce que ce mélange est explosif ?

 

[1] Le Tibet.

[2] សុវណ្ណភូមិ (Sovanaphum) = Le Cambodge d’autrefois.

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 08:03

Une promenade de l’Esprit

 

Ainsi soit-il !

 

Autrefois, la solution des ex-partis de l’opposition, trop souvent empruntée, fut la fuite, vers autres choses qui ne répondaient pas aux vrais problèmes du pays. Et celle de la panique du Sangkroscheat (PSN), pratiquée depuis plus un an, se ressemble à la peur. Peut-on l’accuser de l’irresponsabilité ?

Si cette peur soit un sentiment général pour le peuple khmer, il est certain qu’il continue de faire des mauvais choix pour lui et son pays. On le savait, en 2013, une majorité des Khmers ont choisi le PSN comme voie de secours et recours, parce qu’ils ont cru à ces dirigeants qui sont assez d’honnêteté, ou du moins de savoir-vivre pour comprendre leur souffrance et leur volonté de changer le gouvernement inféodé à Hanoi. Le 22 juillet 2014, comme le 22 septembre 1998, cette opposition a montré encore une fois son vrai visage de l’antichambre de Hun Sen. Elle attendait en vain sa récompense. Par ce manque de sagesse, elle offense gravement leurs électeurs et fait frétiller les démocrates, et même son ennemi cosignataire de cet accord, la considère comme volage. Quand un homme est capable de trahir son propre camp et ses idées, il est certain qu’il n’hésite plus de tuer pour un titre ou une place. Les 55 représentants du PSN à l’Assemblée antinationale baisent la sale semelle du vrai roi Déchau (តេជោ) pour servir comme un simple domestique dans la maison du PPC. Pourquoi ?

Aujourd’hui ces vendus allant à nouveau d’une commune à l’autre, s’écrient : Louange et gloire au roi. Ils s’avancent et visitent leurs supporteurs trahis, ils souhaitent le bonjour à tous, avec un hypocrite sourire, et les appellent grands-pères, grands- mères, frères, amis, compatriotes ! Mais sur leur visage nul indice qu’un homme honnête l’a enveloppé ; au contraire, ils ont l’air dispo pour mentir à nouveau. Ainsi le peuple khmer oublie tout, et tout va recommencer comme hier. Mais quand on regarde ses yeux généreux, on voit son larme gelé à l’œil car à force de pleurer dans la peur glacée depuis plusieurs décennies, larme de tristesse se cristallise en grains cancéreux. Comment ce peuple pourrait-il extraire par lui-même de cette peur dans l’âme ?

A chaque nouveau contact du défi national est toujours ravivé les souvenirs vécus et racontés de l’époque sanguinaire des Khmers rouges. Mille excuses pour s’échapper du danger réel sur le grand chemin de la liberté. Si l’ennemi est cruel, sans foi, ni loi, toutes les petites voies sont le commencement de la fin, parce qu’il regarde avec sourire le peuple khmer comme un naufragé sur un banc de sable qui doit s’attendre bientôt à être emporté par le déluge prochain. Ce déluge ne serait que l’invasion des millions des colons vietnamiens.

Nous, le peuple khmer, sommes tous responsables de nos actes, parce que nous confondons l’ami et l’ennemi et de tout. Avec cette confusion, notre ennemi peut nous montrer extérieurement tout son courage qu’il voudra, quant à nous, nous nous doutons de notre sensation de l’odeur : la rose du 7 janvier a pour lui le même parfum que nous. Nous nous doutons aussi de notre perception de l’accord du 22 juillet 2014 : les pauvres gens auraient la vie sauve dans une paix chargée d’iniquités inexpiées. Nous nous doutons enfin de notre conscience : Le mal prémédité et perpétré commis par des amis perfides est le bien de tout le monde.

Oh ! Notre excuse après le choc mortel était toujours la même : nous n’en savions pas. Plutôt, c’est ce que nous n’avons pas à rechercher ; car nous en savons assez, si nous savons que nous sommes le citoyen khmer. L’obéissance à la loi d’airain est contraire à toutes les règles de citoyenneté ; celui qui en échappe de croire que, ayant obéi à cette loi injuste sans réserve, elle lui donnera de survivre afin de rendre hommage à la grandeur de son ennemi vainqueur. Il se trompe lourdement. Il n’y pas de trêve de faim entre les lions et les cerfs dans la jungle. Le mal pour nous se prolonge, si Sam Ransy et Kem Sokha continuent de cloner la politique du feu Sihanouk et considèrent le PPC comme une résurgence de la nation khmère, ils participeront à la politique de colonisation de la terre de nos ancêtres par le Vietnam. Le peuple khmer peut et il doit éviter cela. La question est de savoir : Est-ce qu’il a la volonté et le courage pour le faire ?   

Excusez-moi, à tous ceux qui aiment balader dans la nature ayant des beaux paysages divins et ceux qui veulent vivre en zen, de ma manie de citer des noms avec des titre ronflants, Samdech et Excellence. J’ai les écouté leurs interminables discours à prétentions astrales. Je les vois bien, Hun Sen, Sam Rainsy et Kem Sokha, c’est le pouvoir sous le halo vietnamien et royal. Ils ont besoin d’ignorer le peuple khmer, mais ce dernier ne peut pas ignorer sa souffrance, parce que je le vois pleurer tous les jours pour supplier Dieu. Il ne change rien de ses habitudes : va jusqu’ à supporter cette souffrance comme sa vie normale. C’est une réaction franchement tout à fait « mal-pensant » d’après les critères de droits des humains. Mais chaque peuple à ses mœurs et sa croyance. A force de faire sourd oreille, il entend មនុស្សកូនសោ (l’homme qui détient la clé de la solution) au lieu de មនុស្សកូនចោរ (valet d’un grand bandit) il suit ainsi Sam Rainsy et Kem Sokha dans la cage rouge du parti communiste vietnamien. Ainsi soit-il !

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 08:22

៥៥+១ (55+1)

៥៥+១

55+1  

 

សម-រង្សី និង កែម-សុខា ធ្វើមុខល្ងីល្ងើ នៅពេលឃើញលទ្ធផលបោះឆ្នោតរើសប្រធានគណ

កម្មការទី៨ និង ទី១០ សួរជាសំណួរថា «១» ជាអ្វី ?

ដូចយើងតែងតែនិយាយរួចហើយ តាំងពីមុនពេលបោះឆ្នោតថា្នក់ជាតិកាលពីឆ្នាំមុន ថា

សម-រង្សី និង កែម-សុខា គាត់ មិនត្រឹមមានមុខមាត់ ជាមនុស្ស ល្ងីល្ងើប៉ុណ្ណោះទេ គឺ ជា

«ឆ្កែឆ្កួត» តែម្តង ដែយួនកុម្មុយនិស្ត ទាក់កដក់ទ្រុង សំរាប់ឲព្រុសពីក្នុងទ្រុង តែប៉ុណ្ណោះ។ បើ

គេចង់ឲបាយស៊ី​ គេអោយស៊ី បើមិនចង់អោយ គេមិនអោយស៊ី ព្រោះគេជាម្ចាស់ សុនក។

យួន គេឲ កែម-សុខា ធ្វើជាអនុប្រធានរដ្ឋសភា តែគេបិទទ្វារប្រធាន និង អនុប្រធាន គណ

កម្មការ ដល់ ឥស្សរជន នៃគណបក្សសង្គ្រោះជាតិ មិនឲចូលបាន ព្រោះគេចង់បង្ហាញដល់

ប្រជាពលរដ្ឋខ្មែរ ថា គេជាអ្នកសំរេចកិច្ចការរដ្ឋខ្មែរ គឺជាម្ចាស់ស្រុកខ្មែរ មួយវិញទៀត ដើម្បី

ធានាដល់ប្រជាជនយួនដែលមករស់នៅកម្ពុជា​ កុំឲមានការបារម្ភ អំពីសុវត្ថិភាពអ្វីឡើយ

ព្រោះ កម្ពុជាជាប្រទេសចំណុះយួន។

យួន គេដកការពិសោធ ពីលទ្ធផលនៃការបោះឆ្នោតថ្នាក់ជាតិ ក្នុងឆ្នាំ២០១៣ ដែលគេទុកជា

ការធ្វេសប្រហែស​មួយ នៃរបបអាយ៉ងគេនៅភ្នំពេញ ជាពិសេស ភាពមិនស័ក្តិសិទ្ធិ​របស់​ហ៊ុន-

សែន​ ក្នុងការដឹកនាំអំណាចផ្តាច់ការ ហេតុនេះឯង យួន គេបញ្ជាឲអំណាចស្រមោលគេ នៅ

កម្ពុជា ដឹកនាំផ្ទាល់ កិច្ចការនយោបាយខ្មែរតែម្តង គេរៀបចំតួនាទីជាថ្មី រវាងអំណាចយួន

និង កម្លាំងអាយ៉ងគេនៅស្រុកខ្មែរ។ គេបែងចែក​ កម្លាំងអាយ៉ងជាពីរ៖

១. កម្លាំងបាយ ដែលគេទុកឲ ហ៊ុន-សែន នៅកាន់កាប់ដដែល ព្រោះបុរសនេះ​ទោះបីមានការ

ធ្វេសប្រហែស តែជាមនុស្សស្មោះនឹងនយោបាយយួន១០០% ហើយជាពិសេស បុរសនេះគ្មាន

ច្រកណាអាចចេញរួចពីទ្រុងយួនបាននោះឡើយ ព្រោះបុរសនេះដឹងខ្លួនថា ប្រជាជនខ្មែរស្ទើរ

តែមួយនគរស្អប់ខ្លួន។    

២. កម្លាំងចិត្តសាស្ត្រ ដែលគេប្រគល់ឲ ហេង-សំរិត ជាអ្នកដឹកនាំ។ កម្លាំងនេះ គេប្រើនៅក្នុង

រដ្ឋសភា ដើម្បីវាយបំបាក់ស្មារតី តំណាងរាស្ត្រគណបក្សសង្គ្រោះជាតិ ដើម្បីទុកជាឧទាហរណ៏

សំរាប់អ្នកប្រឆាំងមតិទូទៅ។ កម្លាំងនេះ ជាកម្លាំងទ្រនង់ របស់កម្លាំងបាយ ; ឧទាហរណ៏៖ នៅ

ពេលបោះឆ្នោតរើស អង្គការដឹកនាំរដ្ឋសភា មានវត្តមាន ហ៊ុន-សែន ជានាយករដ្ឋមន្ត្រីដែល

ជាវត្តមានមិនប្រក្រតី ព្រោះ ហ៊ុន-សែន លែងមានលក្ខន្ថិកៈជាតំណាងរាស្រ្តបាត់ទៅហើយ នៅ

ពេលដែលខ្លួនត្រូវតែងតាំងជានាយករដ្ឋមន្ត្រី តែវត្តមាននេះហើយ ជានិមត្តរូប​ «១» ដែល

សម-រង្សី និង កែម-សុខា ធ្វើមុខល្ងីល្ងើ ឆ្ងល់ថាជាអ្វី។ «១» មិនមែនថា ហ៊ុន-សែន ជាអ្នកបោះ

ឆ្នោតអោយ បេក្ខជន​ គណបក្សសង្គ្រោះជាតិនោះទេ តែជាតំណាងសម្លេង តំណាងរាស្រ្តម្នាក់

នៃគណបក្សប្រជាជន សំរាប់បង្ហាញការប្រមាថ ដល់គណបក្សសង្គ្រោះជាតិ។

សម្លេង «១» មានន័យច្រើន​ ហើយជាសារ​សំរាប់គណបក្សសង្គ្រោះជាតិ៖

«១» ក៏អាចមានន័យថា គ្រាប់កាំភ្លើង មួយគ្រាប់ ; ក៏អាចជា ការអោយ «ក្ត» ដល់ តំណាង

រាស្ត្រ នៃគណបក្សសង្គ្រោះជាតិ ; ក៏អាចជា ការបញ្ចាក់ថា នៅស្រុកខ្មែរ មានអំណាចតែមួយ

គត់ គឺអំណាចយួន, ដូច្នេះ គ្រប់កិច្ចព្រមព្រៀង​ រវាងគណបក្សប្រជាជន និង គណបក្សស

ង្គ្រោះជាតិ យួនគេមិនយកជាការបានការសំរាប់គេនោះឡើយ។ យើងដឹងថា យួនកុម្មុយ

និស្ត ជាអ្នកជំនាញខាងបោកប្រាស់ ដូច្នេះ គេមិនចាញ់បោក សម-រង្សី និង កែម-សុខា

ដែលគិតថាខ្លួនអាចបោកប្រាស់ហ៊ុន-សែនបាន ; ជាពិសេសយួន គេមើលងាយជនទាំង

ពីរនេះ ព្រោះគេទុកជាមនុស្សក្បត់ជាតិឯង ស្មើនឹងពួកអាយ៉ងរបស់គេ។ ចរិតខ្មែរបែបនេះ

នាំឲខូចកិត្តយស ដល់ប្រជាពលរដ្ឋខ្មែរ។ តែ សម-រង្សី,​ដែលជាតំណាងរាស្រ្តតែងតាំង, គាត់

គ្មានការអៀនខ្មាស់អ្វីបន្តិចឡើយ គ្មានការទទួលការខុសត្រូវ អំពីកិច្ចព្រមព្រៀង ២២កក្តដា

ឆ្នាំ២០១៤ ដែលខ្លួន ជាប្រមុខក្នុងការចរចាររកដំណោះស្រាយនយោបាយ បែជាធ្វើអត្ថាធិ

ប្បាយ ថាជារឿងមិនសំខាន់ ព្រោះមានកិច្ចការច្រើនទៀតដែលត្រូវធ្វើនៅក្នុងរដ្ឋសភា ; សួរ

ថា តើគាត់អាចធ្វើអ្វីបានតទៅទៀត បើដៃគូ របស់គាត់គេលែងឲតម្លៃដល់គាត់រួចទៅហើយ

ដូច្នេះ មានតែនាំគ្នាអង្គុយចាំបើកប្រាក់បំណាចតំណាងរាស្រ្តតែប៉ុណ្ណោះ ;​ឯចំណែក កែម-សុខា

គឺគាត់នៅក្រាញអង្គុយលើអាសនៈ​ អនុប្រធានទី១ សុនក នេះ ឥតមានការខ្មាស់អៀនអ្វី

នោះទេ, គ្មានទេ គតិ (esprit) សមគ្គីភាព គឺមានតែតណ្ហា «អត់ឯង ឆ្ងាញ់អញ» តែប៉ុណ្ណោះ។

រីឯ​ពួកតំណាងរាស្ត្រឯទៀត គាត់បានមកអង្គុយកៅអីស្រួលហើយ គឺគាត់សុខគ្រប់គ្រាន់ណាស់

ទៅហើយ បើថ្ងៃស្អែក ហ៊ុន-សែន ចាប់ សម-រង្សី, កែម-សុខា ឬ អ្នកណាម្នាក់ក្នុងជួរគាត់ គឺ

គាត់មិនកំរើកការពារអ្វីនោះដែរ ដូចតែក្នុងអាណត្តិទី៤ ;ពាក្យស្លោករបស់ពួកគាត់គឺ«ម្នាក់ៗ

យករួចខ្លួន» នោះឯង។ ចរិយាមាយាទ (comportement) បែបនេះ យួនគេមើលឃើញច្បាស់

ណាស់ ដូច្នេះគេគ្មានការបារម្ភអ្វីដល់អំណាចស្រមោលគេនៅស្រុកខ្មែរនោះឡើយ។

សួរថា តើខ្មែរយើង​ មើលឃើញដូចយួនដែររឺទេ ?  

ធនក្ស័យ នៃប្រជ្ញា អ្នកដឹកនាំគណបក្សសង្គ្រោះជាតិ និង តុណ្ណីភាព​ នៃប្រជាពលរដ្ឋខ្មែរ​ នេះ

ហើយ ជាជ័យជំនះ យួន និង អំណាចផ្តាច់ការនៅក្នុងស្រុកខ្មែរ៕  

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Published by សង្ហា ឧប - dans ប្រតិក្មមរហ័ស
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