21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 05:08

Les Temps au Cambodge

 

Au Cambodge d’aujourd’hui, il y deux temps : Temporel, atemporel. Le premier est le temps pour la population khmère, le second appartient aux dirigeants et aux politiciens.

 

Le temps temporel : Lorsque nous examinons le temps temporel, nous ne pouvons qu’être frappés par l’immobilisme de la pauvreté du peuple khmer. Chaque jour qui passe, chaque mois qui défile, chaque année qui change le nom du Saint bouddhique (ទេវតា ) et chaque siècle qui maintien la monarchie à la tête du pays, le peuple khmer vit toujours dans la pauvreté quasi absolue. Nous savons que le temps temporel a une durée limitée pour les êtres humains et cette limite est encore réduite pour les Khmers pauvres, qui représentent 90% de la population totale, parce que leur espérance de vie moyenne est de 50 ans, et à partir de 35 ans, leur état physique se détériore deux fois plus vite que les êtres normaux. Il n’y a pas de famine, mais l’hygiène dans le régime alimentaire est quasi-absente, ce qu’on l’appelle la malbouffe. Cela tue plus vite la population pauvre dans un pays où le nombre de mort par la malnutrition n’est pas enregistré par le service de la santé publique comme une calamité sanitaire.

Dans le temps temporel, le peuple khmer perdait sa puissance. Avec l’accord de Paris du 23 octobre 1991, il reprend un peu de force, mais, cette force n’a pas assez d’énergie pour bondir hors de l’engrena de pauvreté. Dans le monde d’aujourd’hui, on révèle une humanité en train de s’arracher au sous-développement. Le Cambodge en fait partie sans doute. Mais le progrès n’est pas une ascension linéaire heureuse, facile sur tous les plans. L’arrachement à la mentalité obsolète, aux routines contrariée de la vie de tous les jours, produit dans le temps temporel, paradoxalement, presque autant de désorientation et d’avantage de souffrance que d’espoir. Très souvent, le maintien culturel et mental s’accompagne d’une crise de transition politique. Les Khmers déstabilisés ont des comportements sociaux et politiques bloqués. L’accession à la modernité mentale est limitée aux besoins biologiques, c’est-à-dire un instinct de survie.

Au Cambodge, le décollage économique ne s’accompagne pas le décollage politique où la transition démocratique n’est pas véritablement déclenchée, et où la violence du régime politique ne change pas depuis l’époque du prince Sihanouk jusqu’à aujourd’hui. En effet, le Cambodge actuel est dirigé par un régime  politique, dans lequel, il y a une combinaison entre le monarchisme et du communisme sous l’emprise de Hanoi. Mais personne ne nie pas la cruauté des Khmers rouges par rapport aux autres régimes. Que les Khmers eux-mêmes auraient bien du mal à comprendre l’auto-génocide commis par ces derniers qui sont Khmers comme eux. Cela fut difficile pour les victimes de Pol Pot de choisir un camp, après le 7 janvier 1979, dans le conflit idéologique entre les bourreaux, partisans de génocide et les envahisseurs étrangers, profiteurs de la faiblesse khmère. Le non choix de ces victimes permettait à l’armée vietnamienne d’occuper le Cambodge pendant dix ans et d’implanter une colonie de peuplement. En fait dans ce conflit, c’était au nom du Communisme qu’ils s’étaient entre-tués, dont le vainqueur est toujours le même. Il pratiquait une violence avec modération, mais le but serait le même : la gloire du Communisme, dans laquelle, la passivité du peuple khmer et la faiblesse du Bouddhisme largement contribué à sa victoire. Elle devrait assurer l’éternité du totalitarisme au Cambodge.

 

Le temps atemporel : Les dirigeants khmers d’aujourd’hui vivent hors temps, appelé le temps atemporel ou le temps de pouvoir absolu, parce qu’il est hors temps. Ce principe n’est qu’un retour conceptuel de la monarchie angkorienne. Le Roi-divin, introduisait au Cambodge par le roi Jayavarman II (802-850). C’est un concept qui assure l’éternité du pouvoir absolu, parce que le temps de Dieu est éternel, et un humain qui incarne divin pourrait bénéficier son soutien. Pour le pouvoir du Communisme, le temps atemporel n’est que le temps de la dictature du prolétariat. Un hors temps qui permet au parti communiste, le guide de la révolution violente, d’exercer un pouvoir absolu jusqu’à la destruction totale toute forme de l’État et la transformation de la société ancienne en une nouvelle société sans classe sociale. Mais ces deux buts qui n’arriveront jamais dans le temps temporel pour les hommes. Le Pouvoir absolu au Cambodge d’aujourd’hui n’est qu’une association entre le pouvoir divin et celui du communisme. Il invente un nouveau concept du temps atemporel pour être dans l’éternité, c’est le temps du développement économique, c’est-à-dire le hors temps que personne n’a droit de le critiquer. Le temps atemporel pour le Pouvoir absolu au Cambodge n’est donc que le temps de la dictature du parti au pouvoir au nom du « développement économique » au détriment du progrès social jusqu’à la destruction totale de l’identité khmère.

Bien sûr, il est facile d’associer l’aspect du progrès économique au totalitarisme, comme en Chine dont le point d’aboutissement ne peut être que l’affirmation de la réussite du parti communiste dans la sphère politique. Hun Sen est donc fier d’affirmer que ce modèle chinois est pratiqué au Cambodge : quand il y a un développement économique dans le pays, cela justifie son maintien au pouvoir et rien d’autre. La définition de la démocratie fut celle d’Aristote, qui, parfaitement moderne, associait la liberté à l’égalité pour permettre à l’homme de « mener sa vie comme il veut » est foutaise pour lui. Le temps atemporel du Déchau Hun Sen (តេជោ​ ហ៊ុន-សែន ) est le temps de l'expansion économique au nom de la dictature. Et l’on savait qu’au nom de « realpolitik », les grands pays de démocratie acceptent cette nouvelle forme de dictature pratiquée dont la Chine est l’inventeur.  Ce que l’on appelle chacun pour soi au nom de la realpolitik, expression éclatante en politique internationale dans le monde d’aujourd’hui.

Corroborés par cette nouvelle donne, certains khmers témoignent ainsi : quelles que soient les critiques adressées à Hun Sen, il n’est pas raisonnable de ne pas considérer le Cambodge comme un pays en voie de développement. Cette considération place inconsciemment le pouvoir de Hun Sen dans le temps atemporel. Avec une mentalité altérée et immuable, ces témoignages devraient assurer l’éternité du totalitarisme. Le Vietnam en est le premier bénéficiaire, parce qu’il est le maître du Cambodge. Ce que l’on appelle chacun pour soi au nom de la realpolitik, expression éclatante en politique internationale dans le monde d’aujourd’hui.

 

Le temps pour un moment

Nous, Khmers, nous avons un autre temps, appelé le temps pour un moment (សិន). Ce temps Send (សិន) est vu au premier abord comme un temps temporel. En réalité, il fait partie au temps atemporel, parce que ce « temps pour un moment » est hors temps pour nous. Ce temps est devenu notre culture politique : le choix par défaut. Ce choix est le « Send », il est dans le temps atemporel, parce que devant chaque choix c’est la mentalité qui parle plus fort que le bon sens politique. Et à chaque échec, les Khmers instruitsne posaient pas la question sur ses conséquences, car pour eux, il s’agit du choix pour un moment. Mais, dans le « Send » on ne fait rien d’autre, on attend dans l’éternité. Le « Send », c’est aussi le temps de refuge du peuple dans le désespoir. Et pour les hommes instruits, c’est le temps de soutien du pouvoir absolu. Ces deux temps sont synchrones, le premier enracinant dans la culture de la peur du pouvoir et le second assurant la légitimité du totalitarisme historique, adapté au nouveau contexte du Cambodge : l’association entre le régime monarchique, avec une efficacité aléatoire pour le peuple khmer, et le Communisme avec un résultat politique cynique pour l’humanité. Dans le « Send » le parti du salut national (PSN) se courbe devant le Vietnam agressif dans son propre pays, pourvu qu’il reconnaisse son statut de l’opposition participative ou l’association des malfaiteurs. Il ne faut pas oublier que la force du Vietnam vainqueur permet la fusion des cultures, parce que le Cambodge affaibli ne pourrait pas y résister.

Ces trois temps constituent un obstacle majeur pour instaurer la démocratie libérale au Cambodge. Et cette démocratie est une seule arme pour lutter contre la dictature et l’hégémonie du Vietnam. Absurde du point de vue de certains intellectuels khmers : le Cambodge qui puisse sortir de sa crise de transition démocratique avec la solution du couple Rainsy/Sokha. Il est pire de mentir sur la réalité au nom de la supériorité intellectuelle : on croit protéger ce couple alors qu’on le trahit. Si l’on veut être fidèle à des valeurs de la démocratie et servir le pays, on n’affirme pas que la démocratie soit en marche au Cambodge. En revanche, il est crucial de tout dire : ce qui marche, ce qui ne marche pas. Se taire, c’est tromper, et tromper, c’est altérerla démocratie.

 

 

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Published by Sangha OP - dans Promenade de l'Esprit
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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 05:59

Le Vietnam, après l’unification

 

Le Vietnam est en train de devenir pour le Cambodge un problème. Les Cambodgiens, vécus sous le régime sanguinaire des Khmers rouges, étaient habitués à voir en lui une solution. Libérateur de la geôle du Kampuchéa démocratique, il apparait de plus en plus, après les accords de paix de Paris du 23 octobre 1991, comme un facteur de conflit interne entre les Khmers. Il exige aujourd’hui de la population cambodgienne qu’elle reconnaissance qu’il est un « bienfaiteur » du Kampuchéa. Il provoque donc le peuple khmer en envoyant les millions des colons vietnamiens à venir s’établir dans son pays avec un mot d’ordre : le Cambodge appartient désormais au Vietnam. Hanoi applique ainsi un modèle stratégique classique de jadis mais adapté à sa puissance actuelle et au nouveau contexte international, la « stratégie d’apartheid ». Une politique de « développement séparé » entre les colons vietnamiens et les locaux khmers. Les premiers participent et profitent directement au développement économique dans les zones[1]  où ils s’installent en grand nombre. Quant aux locaux khmers, ils constituent une main d’œuvre de bon marché pour les usines chinoises, coréennes, vietnamiennes etc. En espace de deux décennies seulement, le niveau de vie des colons vietnamiens sont plus élevés que celui des locaux khmers. En effet, la chambre de commerce khmère d’aujourd’hui est dirigée par les Khmers d’origine vietnamienne et chinoise et à l’instar de leurs parents aisés, les enfants poursuivent leurs études dans les universités ou à l’étranger pour devenir les élites du pays. Quant aux enfants des locaux khmers, ils travailleront dans les usines comme leurs parents pour advenir, à l’âge de trente ans, les femmes et des hommes usés et inaptes pour poursuivre leurs activités.

Au-delà de leur fidélité à la politique du feu roi Sihanouk et de l’admiration qu’ils portent à leur propre intelligence, Sam Rainsy et Kem Sohka, soi-disant leaders de l’Opposition, manquent d’une vision d’ensemble. Leur dernière solution, l’accord avec Hun Sen, n’est qu’un problème de plus pour le pays, parce qu’elle n’est qu’une pastiche de la politique, menée par le prince Ranariddh quand celui-ci était chef du parti de l’opposition, appelé le Funcinpec. Cette vision incomplète ne contenait pas le facteur du Vietnam dans le problème khmer. Elle combine seulement considération du facteur personnel. Elle a un sens et son point d’aboutissement est la fin de démocratie et une reconnaissance officielle de la présence des millions des vietnamiens au Cambodge, succédant à cette étape importante qu’était la marche du peuple vietnamien vers l’Ouest. Celle-ci montre bien que la capacité intellectuelle de Rainsy et Sokha est moins sensible au mouvement de l’histoire. Ils concentrent donc leurs facultés d’analyse sur la présence symbolique de leur parti dans l’Assemblée du parti au pouvoir pour aboutir à un désir de paix qui habite généralement la majorité des hommes ordinaires.

Bien sûr, la démocratie libérale moderne penche vers la paix en toutes circonstances. Nous ne pouvons donc pas reprocher à ce désir de paix, mais dans cette paix, nous sommes confrontés à un cas d’empirisme, positif en théorie mais négatif en pratique. Que la paix dans un système non démocratique soit possible entre deux partis semblablement organisés trouveraient inévitablement une solution commune à leur différend. Mais par l’examen de l’histoire concrète qui prouve que, si le plus faible obtient la paix avec le plus fort, il n’échappe pas à la dictature, parce que la clique qui la dirige a une possibilité d’action d’ouvrir des hostilités contre la paix pour maintenir son pouvoir.

Mais si la démocratie triomphe au Cambodge, elle menacera directement l’ambition du Vietnam et le communisme en Indochine. Cette peur est une angoisse fondamentale de Hanoi et l’une des clefs qui permettent de comprendre la politique d’agressivité du Vietnam sur le peuple khmer. Il fait donc tout pour être une force indispensable pour maintenir le parti du peuple cambodgien (PPC) au pouvoir. Sa méthode est toujours la même. L’envoi un grand nombre possible des Vietnamiens pour coloniser le Cambodge et le Laos : une véritable posture historique, la politique de colonie de peuplement depuis le 16è siècle. Elle fut l’un des mythes fondateurs de la nation vietnamienne. Ces mythes n’étaient en réalité qu’économique et politique. Economique, parce que la terre du Vietnam actuel ne peut pas se nourrir la croissance démographique de sa population et la terre khmère est donc devenues indispensables pour faire face à ce problème. Politique, parce que la dictature du Parti communiste du Vietnam, a besoin les partis valets khmer et laotien pour empêcher une éventuelle naissance des mouvements anti-communistes et de démocratie libérale en Indochine.

Pour réussir, il faut créer une nouvelle classe de population instruite ou les nouvelles élites politiques et économiques, composées des Khmers d’origine vietnamienne et maintenir les autochtones khmers dans l’obscurantisme. Le simple bon sens suggère qu’un peuple de niveau d’éducation faible et de niveau de vie insatisfaisant aurait du mal à produire le personnel politique capable de déclarer la guerre à l’ambition de Hanoi qui fait son chemin sans avoir rencontré des écueils notoires. Cette politique a la bénédiction de la Chine pour la survie du communisme dans le monde et le soutien implicite des occidentaux, y compris les Etats-Unis d’Amérique dont leurs priorités ne sont plus la promotion de la démocratie, mais la lutte contre le terrorisme pour la sécurité de leurs populations. C’est avec cette nouvelle donne que s’installe l’hégémonie du Vietnam en Indochine. Toutes dimensions de sa puissance, avec les principes économiques dans la sphère politiquement et militairement dirigée par le Parti communiste a fini par transformer le Cambodge en une région du Vietnam – ce que l’on appelle la perte de l’indépendance nationale.

De là vient l’erreur majeure de Sam Rainsy et Kem Sokha : déduire une fin de l’hégémonie vietnamienne de la présence de son parti dans l’Assemblée, soi-disant nationale. Une telle vision présuppose que la paix politique est stable et que l’accord avec Hun Sen s’arrête une fois qu’il est réalisé. Mais cet accord n’est qu’une solution pour le PPC de rester au pouvoir dans la sphère politique et militaire du Vietnam. C’est un surprenant retour au règne de Preah Ang Mei Ksat Trey (1835-1847), dans lequel Treung Minh Yan, généralissime vietnamien, gouvernait le Cambodge à la place du gouvernement khmer. Curieuses « démocratie », défendue par Rainsy/Sokha, que le système de dictature au sein duquel s’affronte démocrate et communiste, où subsiste le suffrage universel, mais dans lequel ces deux clans sont d’accord pour interdire toute forme politique anti-impérialisme vietnamienne et le progrès de la démocratie au Cambodge. Cette nouvelle forme de démocratie est donc confrontée à une double inversion : inversion du rapport d’indépendance politique entre le Cambodge et le Vietnam ; inversion de la dynamique démocratique, désormais positive au Vietnam et négative au Cambodge.

Arrivée à ce résultat, nous pouvons comprendre l’étrangeté des actions du parti Sangkros Cheat (PSN). Son objectif n’est plus de défendre un ordre démocratique et libéral qui se vide lentement de sa substance. Le but est désormais la paix pour soi pour profiter des avantages offerts par la dictature. Cependant la puissance économique, militaire et idéologique grandissant du Vietnam lui permet de maîtriser effectivement la politique de la colonie de peuplement en Indochine : le Vietnam, après l’unification est donc l’émergence d’un nouvel empire, dans lequel le Communisme, le nationalisme et l’impérialisme sont ses fondements.

 

[1] Grandes villes, bassin de grand-lac de Tonlé-Sap et les provinces de l’est du Mékong.

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 06:36

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Une guerre incomprise

1970-1975

 

Chapitre Sixième

 

Les principales batailles de l'année 1973

 

Avec les accords de Paris[1], les Américains ont tiré un trait sur une guerre qui n’était plus qu’un mauvais souvenir. Tels n’étaient pas le cas des Cambodgiens et des Sud-Vietnamiens. Ils ont lâchés l’Armée sud-Vietnamienne (ARNV), comptaient un millions d’hommes et l’Armée Nationale khmère (FANK), comptaient Vingt milles d’hommes, équipées de matériel USA. Mais le nouvel ambassadeur américain au Sud-Vietnam, M. Graham Martin, le 24 janvier 1973, quitta Washington pour Saigon, avait encore confiance en l’avenir et était un ferme supporter le régime anti-communiste en Indochine. Malgré le retrait programmé des troupes USA depuis 1972, la situation militaire ne semblait pas trop mauvaise. L’équilibre des forces dans la région ne penchait pas irrémédiablement en faveur des communistes, il y avait aussi de très nombreux facteurs favorables au Sud-Vietnamien. Dans un rapport[2] d’un dirigeant communiste nord-vietnamien, le général Tran Van Tra, apparaissait que l’ANV n’était pas en mesure de vaincre facilement les Sud-Vietnamiens. L’armée nord-vietnamienne avait subi de lourdes pertes durant l’offensive de 1972, ses ressources, ses hommes n’étaient pas inépuisables, et le moral de ses troupes n’était pas très brillant. Le cessez-le-feu avait bien sûr retiré les Américains des champs de bataille, mais leur puissance aérienne pouvait intervenir à tout moment, ce qui décourageait à l’avance toute offensive communiste. Ceci motivait l’ARNV. Elle se sentait forte pour prendre l’initiative d’une offensive contre les enclaves communistes dans le Delta et près de la frontière cambodgienne. Le Président Thieu croyait fermement que si une crise se produisait, il pourrait compter encore sur la puissance aérienne américaine pour appuyer ses forces terrestres.

Au Cambodge, entre 1970 et 1973, les Khmers rouges, plutôt que de combattre contre la FANK, consacrèrent leurs efforts à établir les bases militaires dans les zones contrôlées par l’ANV et les Viêt-Cong. En 1973, l’armée communiste khmère comptait 40.000 d’hommes, équipée de matériel chinois et URSS. Et on savait que dans les zones soi-disant libérées par les Khmers rouges, la vie d’un humain n’avait même pas valeur que les chiens errants dans les villages : désormais l’homme s’intègre dans la masse confuse dans laquelle il baignait. Le temps de la liberté individuelle n’est pas dans le vocabulaire de l’Angkar[3]. Cette étape capitale que Pol Pot a appelé la révolution n’est qu’une étape intermédiaire du PCK. L’étape finale serait l’épuration des Cambodgiens qu’il juge indésirables : Plus de deux millions de morts pour cette utopie meurtrière. Pol Pot pouvait rêver d’une nouvelle société khmère sans le peuple khmer, mais cette chimère était une aubaine pour l’ANV, parce qu’elle ne rêvait jamais. Ils poussaient les Khmers rouges à commettre une erreur historique : transformer la guerre contre l’occupation étrangère en guerre civile. Au Cambodge dans les zones occupées par les communistes, deux maux s’affrontaient : celui des Khmers rouges qui tuaient leurs compatriotes, celui des nord-vietnamiens qui en profitaient pour envahir plus tard le pays.

 

L’illusion de paix

 

Lon Nol, malgré le refus des Khmers rouges, acceptait les accords de paix. Il décréta le cessez-le-feu. Mais le 17 mars 1973, vers 16h de l’après-midi, un avion de chasse T28, piloté par le gendre de Sihanouk, le lieutenant Sao Photra[4], largua deux bombes sur le palais présidentiel de Chamcar Môn. Lon Nol était indemne, mais la caserne de la garde présidentielle fut complètement détruite. Le gouvernement de Han Thun Hak prit des mesures contre les membres de la famille royale devant le tribunal militaire. Le 4 avril, le Prince Sirik Matak fut assigné en résidence. Ces mesures étaient opposées par deux partis de l’opposition non parlementaire[5] : celui du Démocrate, dont In Tam était leader et celui du Républicain, dont Sirik Matak était chef du parti, parce qu’elles étaient contraires à l’esprit de paix. Lon Nol en concéda et nomma In Tam Premier ministre « de réconciliation nationale ». Le 10 mai, ce dernier libérait cinq enfants et quatre proches de Sihanouk. Ils seront libres de quitter le pays. C’était les conditions d’In Tam imposées à Lon Nol pour former un gouvernement de pourparlers avec les Khmers de l’autre côté. M. Chao Sao, membre du parti démocrate, symbole de la gauche républicain, refusa y participer au Ministère dirigé par son président. Il n’y croyait pas à la négociation de paix entre le FUNK et la République khmère soit possible. La victoire du FUNK devrait être une victoire militaire, après le retrait des Américains de l’Indochine.

 

Mais l’ANV/VC[6] augmentait ses activités sur les champs de bataille. Il ordonna aux Khmers rouges de sortir de leurs cachettes pour se battre contre la paix au Cambodge. Durant le mois de janvier, les unités KR/ANV firent la pression contre la garnison de la FANK à Kompong Thom ville, mais sans succès. Mais, elles arrivèrent à reprendre le contrôle de la route 1 (RN1), malgré les renforts de deux brigades d’infanterie (BI) de la 2ème division[7] et la force de la Marine khmère pour repousser cette offensive. La voie fluviale entre Neak Luong et Phnom-Penh fut coupée par les communistes. Ceci menaçait la chute de la capitale par asphyxie.

 

Le 6 janvier, deux à trois bataillons nord-vietnamiens encerclaient la ville de Romeas (sud-est de la province de Kompong Chhnang). Le 13 janvier, le Haut de commandement de la FANK se dépêcha d’envoyer douze bataillons d’infanterie pour briser le siège ennemi. Deux colonnes, l’une partait de Kompong Chhnang ville et l’autre commençait sa marche à partir de Sala Lek Pram, rencontraient peu de résistance dans leurs progressions. Le 16 janvier, 210 hommes arrivèrent tout près de la ville, mais ils furent interceptés par les ennemis pour les empêcher de faire la jonction avec la garnison de Romeas. La situation était donc de plus en plus désespérée pour les assiégés. Pour sauver Romeas, la FANK s’obligea mener une opération héliportée de 750 soldats entre 19 et 21 janvier dans la ville. Le 23 janvier les deux colonnes arrivèrent enfin à la destination et brisèrent le siège des assaillants. Dans cette bataille, l’USAF[8] jouait un rôle important dans le domaine logistique.

 

Les Khmers rouges entraient en scène

 

Après la signature des accords de paix, au mois de février, les Khmers rouges (KR) lançaient les offensives tout le long du Mékong et contre la défense de la FANK sur la route et 3 pour asphyxier la capitale de Phnom-Penh. USAF aidait exceptionnellement la FANK à faire passer deux convois de ravitaillement de vivres par le Mékong pour les Phnompenhnois. Les points d’attaque des KR étaient Neak Luong, Banam et Prey Veng, lesquels constituaient le corridor vital pour la capitale. La FANK devait faire faceà une nouvelle stratégie communiste : Les Nord-vietnamiens faisaient la pression partout dans le pays pour empêcher qu’elle ne puisse pas retirer ses troupes d’autres endroits pour défendre Phnom-Penh contre les offensives des Khmers rouges. C’était la bataille voulue par les Nord-vietnamiens, parce qu’elle permettait de montrer à l’opinion internationale que la guerre au Cambodge soit une guerre civile dont la force communiste vietnamienne n’était plus au Cambodge.

 

Pendant l’opération pour libérer la route 15, entre Neak Luong et Banam, occupée par les KR le 10 février, deux bataillons de la 78è BI de la FANK refusèrent de s’engager dans la bataille[9] à 2 Km de Banam et retournèrent à Phnom-Penh. Cette défection compromettait le plan de l’opération. Il fallait attendre jusqu’à 27 février pour que la 43è BI pourrait libérer Banam et la rive est du Mékong, contrôlée par les KR pendant trois semaines. Avec le soutien aérien de l’USAF, la FANK pouvait briser le siège de Kompong Thom ville et reprenait le contrôle des routes 15, 2 et 3. Ces frappes aériennes étaient concentrées pendant 24 heures sur la base des Nord-vietnamiens à la plantation d’hévéa à Chup-Tapano pour les empêcher de venir en aide les unités khmères rouges en difficulté sur les champs de bataille.

 

Pendant le mois de mars 1973, la situation militaire et politique était critique dans le pays. Le Président Lon Nol avait décidé de créer un « Haut Conseil Politique », composé des personnalités éminentes telles que l’ancien Chef de l’Etat, M. Cheng Heng, l’ancien Président du Conseil des ministres délégué, prince Sirik Matak, M. In Tam, nouveau Premier ministre. Ce Conseil était présidé par le Président de la République. Cependant, le Prince Sihanouk, Président du FUNK[10] visitait la zone contrôlée par les Khmers rouges pendant les mois de mars-avril. Son épouse et lui étaient escortés par les unités d’élite des nord-vietnamiennes pour pénétrer dans le territoire khmère. La Chine avait fait une demande expresse auprès de Washington pour que le trajet et la zone visitée (province de Kratié) par le prince ne soient pas frappés par les avions américains. Les photos de cette visite princière étaient publiées dans les grands magazines internationaux par les soins des services de propagande nord-vietnamiens pour montrer au monde entier que le GRUNK[11] ne soit plus un gouvernement exilé.

 

Au mois de mars, dans la province de Takeo, la route 1 et le Mékong étaient les cibles des KR/ANV. Prey Sandek, à 9 Km au sud de Takeo ville fut encerclé. Les 9-10 mars, la position de la garnison de Chambak, composée de deux compagnies d’infanterie, fut envahie. Le 12 mars, trois bataillons de la FANK qui défendaient Chambak furent délogés de leur zone par les attaques ennemies et Prey Sandek fut occupé par eux. Mais le 18 mars, grâce à l’intervention des unités de la 7è division d’infanterie de la FANK, Chambak et Samrong Yong furent libérés. La colonne partait de Tram Khnar et frappa l’ennemi à l’est de Chambak. Une autre colonne de la 3è division d’infanterie, la 45è BI, se progressa par la route 2 fut interceptée par les ennemis à 6 Km de l’ouest de l’objectif. La bataille s’engagea violemment, dans laquelle la 45è BI a perdu plusieurs combattants. Le Brigadier-Général Un Kauv, commandant de la 7è division, envoya immédiatement les renforts pour aider la 45è BI en difficulté face à l’ennemi. Le B-52 d’USAF intervint en bombardant sur la concentration des troupes KR/AVN dans ce secteur pour affaiblir leurs puissances de feu. Ces interventions permirent les unités de la 3è division de rouvrir le 23 mars la route 2. Mais le 31 mars, KR/ANV relançait l’offensive contre les positions de la 7è division. Cette offensive contraignit les unités de la FANK à abandonner leurs positions, en laissant cinq canons 105 mm sur place, pour se mettre à l’abri à Chambak. C’était une débâcle impensable pour le haut commandement. Ainsi, la route 2 fut encore coupée par les communistes.

 

Le même mois de mars, les KR avaient réussi à contrôler le corridor vital (Mékong-Route 1) pour la capitale. Ils occupèrent les deux rives du Mékong à une distance de 25 Km au nord de la route 1 qui empêchèrent les convois de ravitaillement de passer entre le Sud-Vietnam et Phnom-Penh. La défense de ce corridor était sous la responsabilité de la 2è division d’infanterie, commandée par le Brigadier-Général Dien Del.

 

Durant le mois d’avril, la province de Takeo avait été sous le contrôle des forces khmères rouges. Elles se progressèrent rapidement vers Phnom-Penh et leurs permirent de bombarder la capitale par les canons 105 mm et les mortiers 82 mm. Les cibles étaient la raffinerie et les centrales électriques. Beaucoup de chancelleries décidèrent d’évacuer leurs personnels. Mais la FANK résistait à l’offensive ennemie et reprenait la situation en mains en lançant plusieurs contre-attaques contre les positions des assaillants. Ce qui donnait un peu de répit pour la population de Phnom-Penh. Les unités de la 3è division d’infanterie avaient pu déloger une position importante des KR à Siem Reap/Kandal qui se trouvait à 10 Km au nord de Phnom-Penh. Mais ce succès n’était pas une joie pour la FANK, parce qu’elle perdait au même moment plusieurs positions stratégiques au sud de la capitale. Selon le Général Sak Sutsakhan, ex-ministre de la défense nationale, cette défaite n’était pas explicable sur le plan militaire. Cette débâcle permit à l’ennemi de reprendre facilement Siem Reap/Kandal. Il fallait deux jours d’effort pour que les unités de la 3è division reprisent cette localité. Au mois d’avril, la ville de Kampot était aussi menacée, parce que la ville de Kep fut tombée le 16 avril qui la priva sa ligne de défense de son flanc sud. Quant à la capitale, elle était aussi menacée par manque de vivres pour la survie de la population. Cette fois-ci, la voie du Mékong fut coupée pendant plusieurs jours en amont, au Sud-Vietnam, par l’ANV dans les environs de Tan Chau. Dans le territoire khmer, malgré les efforts de la FANK avec les renforts de deux BI supplémentaires pour contrôler le Mékong, les KR furent capables de couler deux cargos et endommager huit autres. Cette situation entraîna le refus de plusieurs marins khmers, officier et hommes de troupes, d’effectuer leurs missions de surveillance de la voie fluviale entre Phnom-Penh et Neak Luong. La marine khmère était commandée par le contre-amiral (équivalent en France le vice-amiral) Vong Sarendy.

 

Pendant le mois de mai, il y avait eu un répit pour la FANK, parce qu’USAF reprit leurs frappes aériennes contre les positions des KR/ANV. Mais ces derniers concentrèrent leurs forces pour faire le blocus du Mékong. Plusieurs bateaux de ravitaillement qui naviguaient par cette voie fluviale  étaient coulés ou endommagés par les obus et les mines des KR.

 

Au mois de juin, la route 5 (Phnom-Penh – Battambang) fut coupée à nouveau par les KR pendant deux mois. Au même moment, ils lancèrent une offensive contre les positions de la FANK sur la route 4 (Phnom-Penh – Kompong Som) et occupèrent un tronçon à 25 Km de la capitale. La FANK lança les contre-attaques avec quatre brigades (les 7, 13, 28 et 43 BI), appuyées par deux escadrons de M-113 et soutenues par les frappes aériennes de la FAK[12] et USAF pour déloger les ennemis de cette zone et pour reprendre le contrôle des routes 4 et 5. Le 7 juin les KR abandonnèrent ces deux routes, mais, ils y revinrent  le 16 juin pour les prendre.

 

Le mois de juillet, la situation militaire de la FANK avait continué de se détériorer. Le MAAG[13] (groupe des Conseillers militaires américains) estimait que la FANK ne pourrait plus résistance à l’offensive des KR. Phnom-Penh serait tombé dans quelques mois. Les communistes étaient presque à la porte de la capitale. Les routes 2, 3, 4 et 5 étaient sous leurs contrôles. Mais la 3è division d’infanterie arriva à menacer le flanc est ennemi dans les environs de la rivière Prek Thnot. Mais la réaction des KR fut rapide, ils lancèrent des contre-attaques quatre fois contre les unités de la 3è division, les poussant à reculer 5 Km de la route 3. Il y avait 100 morts du côté de la 3è division. Celle-ci fixa sa ligne de défense sur la route 3. Mais deux de ses positions principales furent détruites rapidement par les KR. Cette défaite menaça de plus en plus la ligne rouge de défense de la capitale. Le 6 juillet, les KR prirent le pont Kompong Tuol où se trouvait le quartier général de la division et tout près de la capitale. Cette situation, mit la 43è BI en position d’isolement totale du reste de la division. Il fallait six jours pour extirper par voie aérienne la 43è BI de ce pétrin. Malgré les frappes aériennes de l’USAF pendant 24 heures sur les positions des KR, la FANK serait incapable de déloger les ennemis dans la zone sud de Prek Thnaot. Le Commandant de la 3è division fut remplacé.

 

Une position de la 7è division à Phnom Baset, défendue par la 72è BI avait été attaqué par les KR. Cet assaut la mit en difficulté. Il fallait lancer une contre-attaque agressive avec l’appui aérien USAF pour y reprendre le contrôle. C’était un succès. Mais le fait de retirer quelques unités dont leurs missions étaient de défendre la capitale pour combattre à Phnom Baset mettrait la défense des périphériques de Phnom-Penh en danger, en particulier la ville de Pochentong.

 

Deux positions stratégiques de la FANK à Phnom Del, situé au nord de la capitale, avaient été assaillies par les KR à partir du 6 et le 9 juillet, elles furent tombées dans leurs mains. Malgré plusieurs contre-attaques par la BI de parachutiste pour y récupérer, les KR tinrent bon et menacèrent même la route 3. Le 13 juillet, ils percèrent la ligne de défense de la FANK et occupèrent le bac de Prek Kdam. Phnom Penh septembre fut pris à la gorge, parce que toutes les routes menant à cette ville étaient coupées. Le seul moyen de communication entre la ville assiégée et l’extérieur était le Mékong, par où arrivaient les marchandises du Sud-Vietnam.

 

Les premiers mois sans les soutiens de l'USAF : Août-Décembre 1973

                      

La saison sèche arrivée, les Khmers rouges renonçaient l’assaut final contre la dernière ligne de défense de la capitale. Ce retrait permit à la 3è division de la FANK de reprendre le contrôle de la partie nord de la rivière Prek Tnaot et la 1ère division de rouvrir la route 1 au sud de Neak Luong. Cependant les KR/ANV firent la pression sur les routes 6 et 7 et Kompong Cham ville. Ils occupèrent plusieurs villes, Tang Kouk, Skoun, Prey Totung and Traeug. Le bilan de perte de la FANK était lourd : 8 canons 105 mm, 2 M-113, beaucoup de stocks de munitions, 3 bataillons et 19 compagnies territoriales. Le 16 août, la capitale provinciale de Kompong Cham fut envahie par KR/ANV. La FANK envoya la 79è BI, deux bataillons des parachutistes, deux bataillons de la 5è BI et quatre canons 105 mm pour reprendre la ville. Le 1er septembre, quelques unités de la FANK percèrent la ligne de défense des communistes et pénétrèrent un Km à l’intérieur de la ville, mais les communistes résistèrent contre cette progression. Il fallait envoyer la 5è BI, une autre brigade de parachutiste et deux unités de spéciale force par voie fluviale pour stabiliser la situation. Dans cette bataille, le Major-Général Sar Hor, commandant pace de Kompong ville, donna l’autorisation à la FAK de bombarder les positions ennemies, situées à quelques mètres de son quartier général. C’était un ordre suicidaire, mais grâce à l’habilité des pilotes le pire était évité de justesse. Le 7 septembre, les deux bataillons de parachutiste, arrivées aux champs de bataille par seize bateaux de la marine, pénétrèrent dans la ville et ouvrirent une brèche dans la zone ennemie. Le 10 septembre, la 80è BI, débarquée au sud de la ville, frappa  les ennemis par derrière. Le 14 septembre, cette brigade et les unités de la garnison de la ville firent la jonction et leur permirent de réoccuper l’université de Kompong Cham. A partir du 14 septembre, toutes les positions KR/ANV furent tombées une par une et ils se retirèrent de la ville. La bataille de Kompong Cham était une réussite pour la FANK. C’était une opération combinée entre ses forces : Terre, Air et Marine. Durant le mois de septembre, la FANK avait pu récupérer plusieurs positions perdues : Angkor Knong, village de Boeng Kok, l’usine textile de Kompong Cham.

 

Au mois doctobre, les KR avait concentré leurs forces pour attaquer les positions de la FANK tout le long de la rivière Prek Thnaot. Le premier du mois, les unités de la 3è division abandonnèrent leurs positions sous la pression ennemie. Le 2 octobre, Kompong Toul et Kompong Kantout furent tombés. Bilan de cette offensive ennemie : 26 morts, 51 blessés et 30 disparus. La 1ère division avait reçu l’ordre de venir renforcer la 3è division. Elle envoya sa 48è BI et un escadron de M-113 pour opposer à l’ennemi. Entre le 4 et 20 octobre, elle remporta la victoire en délogeant les KR de la zone de la rivière de Prek Thnaot. La 3è division réinstalla une garnison au sud de la rivière, mais tous les jours, les KR bombardèrent par les mortiers le village Tuk Laakvec et les autres positions tenues par la FANK. Plusieurs bataillons de la 3è division, abîmés dans cette longue campagne, furent remplacés par ceux de la 1ère pour galvaniser le contrôler cette zone.

 

Le mois de novembre, la FANK avait perdu plusieurs positions : Tram Knar, Srang, Tuk Laak et Vihear Suor. La garnison de Vihear Suor abandonna sa position le 30 novembre. Il y avait beaucoup de perte de matériel militaire dans cette bataille du côté de la FANK : Deux canons 105 mm, deux canons 75 mm, six mortiers 81 mm, six mortiers 82 mm et beaucoup de munitions.

 

Le 18 décembre, les 13è BI et 28 BI avait pu rouvrir la circulation par la route 4 entre Kompong Speu et Phnom-Penh, après 12 heures de combat violent. Depuis le 3 décembre, la 1ère division libéra facilement la partie sud de Sré Khlong et la partie nord de Moha Saing, malgré que son commandant, le Brigadier-Général Ith Soun, se plaigne auprès du haut commandement qu’il n’était pas le soutien aérien et artillerie. Mais pendant cette opération, la FANK avait mis à sa disposition la 20è BI de la 3è division pour renforcer sa division. La dernière semaine de décembre, la 13è BI qui avait assuré du flanc nord de la 1ère division, permit à cette dernière de regrouper ses unités pour affronter les ennemis pour rouvrir la route 4. Le Major-Général Mao Sum Khem, Assistant du Commandant en Chef de la FANK, fut désigné commandant d’opération route 4. Le 29 décembre, quelques unités de la 1ère division se battaient en retraite à une distance de 2 Km. Mais le lendemain, date de la visite du Maréchal Lon Nol au front, la 1ère division reçut quatre pièces d’artillerie de 155 mm et trenteM-113 pour assurer la sécurité de cette tournée présidentielle. Ce renfort lui permit de rouvrir la route 4, le 6 janvier 1974.                    

              

Suite : Chapitre 7 : Les principales batailles du Cambodge durant l’année 1974.

 

9 novembre 2014

Sangha OP

 

 

[1] Les accords de paix signés le 29 janvier 1973 entre les Américains et les Vietnamiens.

[2] Le rapport fut interdit dès sa sortie, car il donnait trop d’indications précises sur les problèmes auxquels était confrontée de l’Armé Nord-vietnamienne (ANV).

[3] Angkar : Le politburo du Parti communiste khmer (PCK). 

[4] So Photra était époux de la princesse Botum Bopha, alias Chhouk (1951-1976). Elle était née de l’alliance de Sihanouk avec la princesse Sisowath Pongsanmoni (1929-1974). Il y avait Sept enfants de cette fratrie : Yuvanath, Ravivong, Charapong, Surya Roeungsy, Kantha Bopha, Khemanourak, Bothum Bopha.

[5] Ces deux partis étaient boycottés aux élections législatives.

[6] ANV/VC : l’Armée nord-vietnamienne et Viêt-Cong.

[7] A partir de l’année 1973, la FANK avait regroupé les brigades en division d’infanterie.

[8] Force aérienne des Etats-Unis.

[9] Les soldats réclamaient leurs soldes non payés depuis quelques mois.

[10] Front d’Union nationale khmère.

[11] GRUNK : Gouvernement Royal d’Union nationale khmère.

[12] FAK : Force armée de l’air khmère.

[13] MAAG : Military Assistance Advisor Group. Le nombre total au Cambodge n’était jamais dépassé cent conseillers. 

Les chapitres 1 à 6

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 11:20

Avertissement

Ce texte est inspiré des documents de M. Eng Soth, historien khmer, intitulé « Documents sur des héros khmers », publié en langue khmère dans les années 1970. Une partie de mon texte est romancé pour rendre vivant des faits historiques, en particulier dans les scènes de bataille. Il n’est pas donc un document historique. J’ai déjà publié ce texte sous forme de feuilleton depuis l’année 2009 pour raison technique, parce que la plate-forme de mon blog n’a pas pu supporter au-delà de 20 pages de chaque publication et n’a pas accepté le format Pdf.

Avec la possibilité d’aujourd’hui, le regroupement des textes dans un seul document est nécessaire pour un but de faciliter la lecture, d’une part et, de rendre hommage à M. Eng Soth de son œuvre historique, d’autre part.

Voici le résumé de ma vie d’un homme ordinaire dans le bain de l’histoire :

Date de naissance : 17 Novembre 1951

Lieu de naissance : Prek Por, Srok Srey Santhor, province de Kampong Cham, Cambodge.

Père : OP Kim Ang

Mère : TEP Somaly

Après avoir obtenu mon baccalauréat (série Mathématique élémentaire), je me suis rebellé contre la décision de mon père et les autres membres de ma famille de ne plus poursuivre mes études supérieures dans le domaine scientifique. Ainsi, je me suis inscrit à l’université des Sciences Humaines de Phnom-Penh (option « Histoire et Géographie »). La guerre (1970-1975) qui me détournait de mes études, dont je ne pouvais pas terminer mon cycle de licence. Une fois en France[1], après avoir vécu quelques mois dans une base militaire américaine à Otapao[2] en Thaïlande, je me suis obligé d’abandonner mes études de l’histoire, et de me réorienter vers un autre domaine que je le considère comme un cousin des sciences humaines : la Gestion des Ressources Humaines. D’abord à l’IUT[3] de Poitiers, ensuite au CNAM[4] de Paris et enfin à l’ESSEC[5] dans un cadre de formation continue pour les cadres supérieurs d’entreprise (4 certificats que j’ai obtenus avec mention d’encouragement[6], équivalent mention bien). Avec ces atouts, j’ai pu accès au poste de haute responsabilité en tant que cadre dirigeant dans un grand groupe des entreprises françaises, dans les fonctions de Directeur des Ressources Humaines (DRH) d’une filiale de plus de 900 salariés et celles du Directeur Général d’un Centre de formation professionnelle et continue du groupe. Mais mes délections de l’Histoire sont toujours en mois, j’ai donc souvent assisté aux cours d’histoire au collège de France en tant qu’auditeur libre pour garder le contact avec mon ardeur juvénile. Aujourd’hui, dans ma vie de retraité, je peux dire « J’aime l’Histoire ». Je dois remercier à mon père, malgré son opposition à mon choix, il me laissait faire avec son soutien total. Dans nos discussions diverses, y compris la politique, mon père n’avait jamais haussé le ton contre l’opinion de ses enfants. Ceci me donne aujourd’hui un goût de la liberté dans mes prises de position pour faire face aux différentes situations, rencontrées dans ma vie. Pour moi, ce qui est important dans une vie d’un Homme, c’est la « Liberté », parce qu’elle soit la plus belle invention de Dieu.Tel atome, moteur divin appelé l’âme, n’a-il-pas pour emploi de faire aller et venir un homme solaire parmi les hommes terrestres pour être le censeur des ennemis de la liberté de l’Homme. Puisque la liberté divine existe, pourquoi la liberté pour les humains n’existe pas ? Elle existe, parce que la vie de l’humanité marchera pour Dieu et pour eux. Sinon le Dieu n’existe pas.

Aujourd’hui, j’ai choisi de vivre en France avec mon épouse dans un modeste appartement dans un quartier populaire en banlieue de région parisienne, parce que ce pays, ma deuxième patrie, est une République de liberté, d’égalité et de fraternité. Je me rappelle toujours une phrase du Pape Jean Paul II : la richesse, ce n’est pas le pouvoir de cumuler les biens, mais la possibilité de limiter les besoins. Je m’en déduis qu’un être humain puisse vivre heureux, s’il savait cerner bien son champ de bonheur. Le mien est simple depuis toujours, la Liberté.Sans avoir le soutien de mon épouse, mon « désire de liberté » ne soit qu’un égoïsme pour elle. Elle le partage avec moi depuis plus de deux decennies pour un seul but : mon bonheur. Le sien, ce qu’elle me le disait toujours, s’incorpore dans le mien. Merci pour ce bonheur partagé.

J’aime la vie et j’aime la liberté.

[1] Je suis arrivé en France le 4 juin 1975.

[2] Base de B-52.

[3] IUT : Institut Universitaire de Technologie.

[4] CNAM : Conservatoire national des arts et métiers.

[5] ESSEC : Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Comerciales.

[6] Les 4 certificats avec mention d’encouragement donnent la possibilité aux stagiaires cadres de rédiger un mémoire de fin d’étude en vue d’obtenir un diplôme reconnu par l’Etat.

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 07:22

មាតិការឿង

សេចក្តីផ្តើម

បទដ្ឋានប្រវត្តិសាស្ត្រ នៅស្រុកខ្មែរ

១- ប្រវត្តិសាស្ត្រ ជាវិទ្យាសាស្ត្រ

២- ប្រវត្តិសាស្ត្រ ផ្នែកសាមញ្ញ

- អំពីបញ្ហា ការចុះកាលបរិច្ជេទ

៣- ប្រវត្តិសាស្ត្រ ថ្មី

សេចក្តីសន្និដ្ឋាន

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 06:57

Les principales batailles de l’année 1972

Une guerre incomprise

1970-1975

 

Chapitre Cinquième

 

 

Les principales batailles de l’année 1972

 

Le courage ne suffit pas pour être considéré comme un bon soldat au champ de bataille, parce qu’avec les armes modernes ayant une puissance de feu redoutable, un soldat invincible, dépourvu de formation militaire indispensable serait vite tué par les ennemis au premier accrochage. C’est ce qu’on en voyait tous les jours aux champs de bataille au début de l’éclatement de conflit armé avec les nord-vietnamiens que des milliers des jeunes khmers allaient se faire tuer pour défendre leur patrie. Ces morts étaient donc vilipendés par ces derniers aguerris. Et l’invocation de souvenir de brillant fait d’armes de l’ancien roi khmer au XIIè siècle, Jayavarman VII, n’était qu’un opprobre quand ¾ des territoires khmers furent envahis par les agresseurs en 24 heures. Devant ce déluge d’ennemis, l’histoire des prouesses de rois conquérants de l’empire khmers bâille, tenue dans un état mitoyen entre la vieille et le sommeil. Le 29 mars 1970, le peuple khmer était réveillé par les soldats vietnamiens déguisés en partisans du prince Sihanouk. Cette présence des intrus marque le XXè siècle, c’est la peste. Elle ronge le XXIè siècle, c’est le choléra. Aujourd’hui, ils sont partout au pays des Khmers. Cette efflorescence qui semble intarissable, détruit tout à coup la culture millénaire du peuple d’Angkor. En 1975 et 1979, le Cambodge ne perdait donc pas seulement la guerre, il perdait aussi son âme. La foi épiphanique[1] des Khmers: l’arrivée du messie, nommé Preah Bât Thomeuk (ព្រះបាទធម្មិក) et le génie Klaing Meung (អ្នកតាឃ្លាំងមឿង) qui savait faire revenir les morts pour aider les soldats khmers à combattre les ennemis sont renvoyés aux calendes grecques. Le bacchanal de l’arrivée des morts aux champs de bataille pour faire fuir les nord-vietnamiens, raconté par les anciens, n’est qu’une légende, à part des timbres assourdissants des bombes larguées par les avions B-52. La guerre au XXè siècle ait besoin des connaissances techniques modernes, des stratégies militaires adaptées aux contextes nouveaux, parce que la lance et l’arc sont remplacés par le fusil AK-47 et les roquettes 122-mm. Mais on savait que Lon Nol « plus il va, plus il ne peut passer de Dieu ». Et ce dieu ne peut pas lui soupçonner qu’il n’était pas anticommuniste et anti nord-vietnamien, parce que le nationalisme s’imprègne dans son âme. La guerre des années 1970-1975 était donc une mélange entre le moderne et le moyen âge, le patriotisme et la vengeance. Elle était particulière, parce que les Khmers Rouges, vainqueurs, étaient devenus vaincus des soldats de l’oncle Hô, et le prince Sihanouk redeviendrait marionnette des Chinois jusqu’à sa mort. Et le vrai vainqueur était les Vietnamiens. Leur marche vers l’Ouest et l’Indochine en l’an 2000 de Noun Kheun[2] devient une réalité pour le peuple khmer et un exploit pour le peuple vietnamien d’aujourd’hui. Il ne faut pas étonner que les Vietnamiens de toutes confessions politiques soient fiers de cette victoire. Ils ont un souhait commun : Bâtir le Grand Vietnam, dont le Cambodge et le Laos font partie.

 

La bataille de Prek Ta et celle d’Angkor Chey

 

Prek Ta se trouve dans la province Svay Rieng, environ 30 Km de la frontière khméro-sud-vietnamien. Angkor Chey est un village dans la province de Siem Reap, situé à peu près 25 km de la RN[3]6.

 

A partir de l’année 1972, l’effectif de l’armée américaine au Sud-Vietnam est passé à 139 000. En février. Il y avait 544 000 en juin 1969. La politique de désengagement des États-Unis de la guerre au Vietnam de Nixon est accélérée. Les forces américaines restantes étaient des éléments de soutien et non des unités de combat. Plusieurs bases furent soit complètement fermées, soit confiées à l’ARVN[4]. La plupart des conseillers américains étaient également partis. A la fin du mois de juin 1972, il y avait plus que 25 000 soldats américains au Vietnam.  Les FANK devaient donc compter sur l’aide de l’ARNV pour faire face aux nord-vietnamiens et Viêt-Cong. Petit à petit, à l’est du Cambodge devenait le terrain d’affrontement armé entre les nordistes et les sudistes.

 

Le 30 mars 1972, le Général nordiste Giap lança ses divisions à l’assaut du sud. Les unes après les autres, les bases sud-vietnamiennes tombaient entre les mains des nord-vietnamiens. Le Président Nixon répliqua par l’envoie alors en Asie du Sud-Est une armada d’avions supplémentaires. Il donna également l’ordre aux porte-avions américains Midway et Saratoga de se rendre en mer de Chine méridionale, où ils allaient rejoindre le Coral Sea, le Hancock, le Kitty Hawk et le Constellation. Le 6 avril, Nixon ordonna des raids massifs contre les positions établies par les communistes sur la DMZ[5] et autour. Cette reprise de bombardements provoqua des manifestations des étudiants américains pour protester contre la décision de Nixon de reprendre la campagne de bombardement. Ce mouvement pacifiste américain tourna au terrorisme : le 1er mai 1972, une bombe explosa dans des toilettes du Pentagone. Œuvre de l’organisation clandestine d’opposition à la guerre appelée les « Weathermen », cet attentat fut la dernière manifestation de la campagne de protestation qui avait culminé lors d’un week-end, deux ans plus tôt. Ce week-end se termina dans le sang. Le lundi 4 mai 1970 vers 12h25, des soldats de la Garde Nationale de l’Ohio tirèrent sur les étudiants de l’université de Kent State.

 

La République Khmère reprendrait en effet un peu d’espoir de voir les Etats-Unis voulaient rétablir l’équilibre de force entre les communistes et les non communistes en Indochine. Mais pour combien de temps ? Parce que le sort du Cambodge était déjà dans la main des Chinois, voulu par les Américains. Et les Chinois auraient cru que les Khmers Rouges seuls puissent faire face aux nord-vietnamiens après le retrait des troupes américaine de l’Indochine. Quant à Nixon, il se livrait sur la scène internationale à un jeu compliqué, dont le Cambodge n’était que l’une des données mineures. Avec ce jeu, les FANK ont de moins en moins les moyens militaires pour combattre les nord-vietnamiens, mais ces communistes ne sont à court ni des grenades, ni des mortiers, ni des fusils, ni des lance-roquettes, ni des canons, ni des chars pour occuper le Cambodge et poursuivre leur guerre meurtrière. L’illusion de Pol Pot d'avoir l'impression d’être plus intelligent que le Général Giap qui fait tomber le Cambodge dans un abîme que le peuple khmer n’ait jamais connu dans son histoire.    

 

Prek Ta

 

En 1972, l’ANV/VC[6], elles se préparent, à partir du Cambodge, l’offensive contre le Sud-Vietnam. Elles augmentent ses activités de transfert du matériel militaire du Cambodge au Sud-Vietnam.

 

Après avoir aidé les FANK[7] à empêcher les nord-vietnamiens de prendre la ville de Kompong Cham, l’ARVN[8] décide de retirer ses troupes de l’est de cette province pour redéployer aux alentours de Neak Loung. Sans avoir le soutien de l’ARVN, le 10 janvier 1972, les FANK obligent aussi de retirer sa 22e BI[9] de Krek. Ce retrait laisse la province Kompong Cham aux mains des nord-vietnamiens, excepté le chef-lieu. Les FANK n’ont jamais la possibilité de la reprendre. Le même jour, les troupes khmères s’engagent dans une l’opération combinée avec l’ARNV à Prek Ta. 11 bataillons d’infanterie FANK/ARVN, appuyés par les chars ARNV, se déploient le long de la RN1 pour couper la voie de ravitaillement Cambodge-Sud Vietnam de l’ANV. Les bataillons khmers tombent immédiatement sur les unités nord-vietnamiennes postées non loin de la RN1. Ils s’engagent dans la bataille et emportent de rapide succès après le premier combat. Mais ce n’est qu’une feinte des communistes : la véritable attaque ennemie se produit le lendemain. Ils contournent  Prek Ta et coupent la RN1 pour isoler les unités khmères de leurs alliées sud-vietnamiennes. En quelques heures seulement, les bataillons khmers s’obligent de se battre en retrait. Ils entament une marche lente et couteuse en vie humaine. Leurs ennuis sont encore aggravés par la manque de conviction des sud-vietnamiens dans cette opération. Les fantassins khmers se posent donc la question : quels sont les vrais dangers pour eux, la puissance de feu des nord-vietnamiens ou la passivité des sud-vietnamiens dans cette bataille ?    

 

 

Angkor Chey

 

L’opération d’Angkor Chey est lancée le 29 janvier 1972 par les FANK. Son objectif est de bâtir un périmètre de défense les temples d’Angkor Wat/Angkor Thom. Le 21 février, les troupes khmères ont le contact avec les ennemis non loin de la RN6. Elles chargent illico les ennemis à découvert, mais ces derniers répliquent avec les tirs de mitrailleuses dévastateurs sur la position khmère. Après quelques heures de résistance coriace pour défense leur position, les nord-vietnamiens s’enfoncent dans la zone des temples khmers pour se protéger de l’attaque aérienne de la FAK[10]. L’hésitation du Commandant d’opération des FANK de donner l’ordre à ses troupes de poursuivre les ennemis dans les lieux sacrés permet aux derniers d’établir rapidement un périmètre de défense solide. La crainte d’endommager les temples, les FANK décident de ne pas bombarder la position ennemie dont le quartier général se trouve dans le temple d’Angkor Wat.

 

 

Les opérations militaires dans les différentes régions militaires

 

Dans la 1ère RM[11] : Après trois mois d’accalmie, le 20 mars 1972, l’AVN prend l’initiative d’attaquer les positions de l’ARVN à Neak Loung et la ville Prey Veng. Les pluies d’obus des mortiers 60-mm, 82-mm et les roquettes 122-mm[12] tombent jours et nuits sur ces lieux. Les dépôts des munitions et de carburante de l’ARNV à Neak Loung sont détruits par ces bombardements incessants. L’avance poste de l’ARNV qui se trouve le long de la route 15 à 20 Km de Prey-Veng est pris d’assaut par les nord-vietnamiens. Bilan de cette attaque : côté ARNV : 18 tués et 60 blessés ; côté ANV : 33 tués.

 

Le 9 mars, l’ARVN lance une opération de grande envergure dans la province de Svay Rieng avec un nom de code : TOAN THANG VIII. L’objectif est de dénicher et de détruire les aires de stockages du Viêt-Cong dans ce secteur. Le théâtre d’opération se trouve au nord de la ville de Svay Rieng. Cette opération se termine le 29 mars avec un bilan encourageant pour l’ARNV. Côté ANV, 764 tués[13], 29 capturés et 1 117 armes individuels et 37 pièces d’artilleries, 871 tonnes du riz, 49 tonnes du sel, 73 000 mètres de câbles de communication et 24 000 litres de gazole saisies. Côté ARNV : 9 tués et 67 blessés. Mais ce succès ne ralentirait pas la préparation du Général GIAP de lancer une offensive contre les positions des sudistes : Saigon, Tay Ninh, An Loc, Kantm et Plaiku

 

Dans la 2è RM : Le 93ème bataillon de rangers[14] et le 12ème régiment sud-vietnamien stationnés à l’environ de la ville de Kompong Trach sont attaqués trois fois par les nord-vietnamiens. Du 23 au 31 mars 1972, leurs positions ont reçu plus de 500 d’obus des mortiers et de roquettes communistes.

 

Les 18 et 19 avril 1972, les positions des FANK tout le long de la RN1 sont attaqués violemment par les nord-vietnamiens et les obligent à abandonner 22 positions de défense à Neak Loung, Svay Rieng et Bavet village. Mais, elles concentrent leurs forces pour attaquer la position ennemie à Kompong Trabek et pour rouvrir la RN1 avec succès. Les FANK envoient cinq bataillons d’infanterie, qui viennent terminer leurs formations au Sud-Vietnam, pour appuyer les unités de l’ARNV pour défendre Kompong Trabek, encerclé par la 1ère division de l’ANV et cinq autres pour contrôler la RN1. L’ARNV oblige de faire venir les renforts venant d’Ha Tien pour faire face aux communistes. Ces renforts arrivent sur place le 24 avril. Mais, trop tard pour défense la ville, parce qu’elle serait tombée le 30 avril aux mains des communistes.  

 

Cependant, deux bataillons ennemis arrivent à couper la route entre Banam et Prey Veng ville. Les FANK font l’effort pour rouvrir en vain cette route en déployant la 23è BI (originaire de Pursat venant défendre la RN1) et deux bataillons de la 15è BI, cantonnés à Prey Veng ville.

 

Le 26 mai, les nord-vietnamiens font des incursions dans Svay Rieng ville. Le 30 mai, l’ARVN lance une opération de ratissage contre la position communiste au sud-est du village de Kompong Trabek en tuant 180 ennemis. Du côté ARNV : 6 tués et 33 blessés. Cependant, les nord-vietnamiens déploient leurs troupes dans les provinces de Kampot et Takeo et contrôlent la route 16. Ce qui force les FANK à abandonner leurs positions dans ce secteur.

 

 

La situation de l’est de Svay Rieng est préoccupante, car les nord-vietnamiens et Viêt-Cong décident avec une détermination d’ouvrir un corridor militaire pour acheminer leurs matériels de guerre vers le Sud-Vietnam, afin de déclencher une opération d’offensive contre l’ARNV, appelée l’offensive de Pâques[15]. Au sud-est de Neak Loung, deux bataillons de la 48è BI des Khmers Krom[16] tombent dans une embuscade ennemie. 13 soldats seulement peuvent rejoindre la ligne amie et 600 autres seront déclarés disparus. Ce coup ennemi oblige les FANK et l’ARNV de reporter la date de l’opération conjointe au 4 juillet, dont l’objectif est la reprise du contrôle de la RN1, prévue pour les 24-25 juin.

 

Lon Nol est investi Président de la République Khmère. Le 4 juillet 1972, les FANK lancent une opération SORYA (Soleil) avec l’ARNV destinée à reprendre Kompong Trabek et tentée d’endiguer l’approvisionnement en armes et le soutien logistique des nord-vietnamiens aux Viêt-Cong au Sud-Vietnam. C’est une ville stratégique de première importante pour les FANK, parce qu’elle permet les troupes khmères de contrôler la RN1. Dans cette opération, elles engagent cinq bataillons de la 11è BI et trois bataillons de la 66è BI.

 

Dès le 6 août les communistes attaquent toutes les positions FANK/ARVN tout le long de la RN1 et contrôlent une section de 7 km de cette route stratégique. Par ces attaques, les communistes peuvent isoler immédiatement les cinq bataillons de la 11è BI, postés à l’est de la ville Kompong Trabek, du dispositif de l’opération. C’est la première fois, les communistes utilisent les chars pour défendre cette ville stratégique. Selon les prisonniers nordistes capturés par les FANK, la base des chars T54/55 nordistes se trouve à la plantation d’hévéa de Chup. Pendant cette opération, les frappes aériennes de l’ARVN ont détruit 31 chars communistes. Après 10 jours de frappes aériennes et de bombardements d’artillerie de l’ARVN, la 11è BI des FANK peut enfin franchir la ligne ennemie et la ville de Kompong Trabek est libérée. Ce qui permet aussi aux FANK de reprendre le contrôle la route 15 dont la circulation est ouverte à partir du 15 août entre Neak Loung et Prey Veng ville. Dans cette opération, un hélicoptère de la FAK tire par erreur un missile SA-7 sur la colonne des réfugiés qui fuirent la zone communiste, tuant 14 personnes.

 

Le 8 septembre, les nord-vietnamiens lancent une contre-attaque la garnison khmère à Kompong Trabek. Ils sont en mesure d’obliger les troupes khmères à abandonner la ville pour se replier sur Neak Leang en amenant 2 pièces d’artilleries 105-mm et abandonnant 2 autres sur place. Après Kompong Trabek, les nord-vietnamiens lancent les attaques contre les unités territoriales khmères à Phnom Baphnum. Cette offensive communiste, avec un feu nourri d’armes automatiques lourdes, oblige les troupes khmères de se replier sur la seconde ligne de défense au nord de la RN1. Le Haut Commandement envoie la 3è BI, commandée par le Brigadier-Général Lon Non, pour stopper la progression ennemie vers Neak Loung. Le 16 septembre, les agents ennemis infiltrent dans le périmètre de défense de la 3è BI et créent le désordre dans le dispositif de l’opération. Il faut plusieurs jours pour rétablir la situation. Et, le 26 septembre les unités de la 3è BI occupent une colline au sud-est de Baphnum et, à partir de-là, elles lancent une offensive contre les positions ennemies.                     

Au même moment du déclenchement de l’opération SORYA, les nord-vietnamiens encerclent la ville Ang Tassom. Le 11 juillet, le Brigadier-Général Kong Chhaith, gouverneur de Takeo, conduit lui-même les unités de renforts pour secourir cette ville assiégée, est cueilli en plein mouvement par un feu intense des ennemis. Quelques minutes plus par, il est tué.

 

Au mois d’octobre, la 1ère division ANV fait la pression sur les positions des FANK à Takeo. Ces attaques communistes obligent toutes les unités khmères de se replier sur Koh Andert, Lovea, Kompong Chrey, Tun Loap, Kirirom et enfin la montagne Nui O. Elles sont suivies par les nord-vietnamiens partout où elles vont. L’intervention de l’ARVN[17] arrive trop tard pour soutenir les unités khmères dans leur repli : la 15è BI des FANK est anéantie par les assaillants communistes. Son Commandant est gravement blessé.

 

Mais cette intervention de l’ARVN permet aux FANK de retourner à Takeo. Les 5 et 8 novembre, les nord-vietnamiens lancent des contre-attaques contre plusieurs positions des FANK dans la 2è RM. La RN2 (Phnom-Penh – Takeo) et RN3 (Phnom-Penh - Ang Tassom) sont coupés. La ville d’Ang Tassom, située sur la RN3, se trouve isolée à nouveau dans le territoire ennemi. Les attaques par les roquettes des nord-vietnamiens pendant la nuit infligent des pertes sévères aux unités khmers, parmi les morts, il y a plusieurs civils. Pour faire face aux communistes, l’armée de l’air américaine décide d’approvisionner les munitions aux unités khmères par voie aérienne. Lorsque le Haut Commandement des FANK est informé que la garnison khmère livre un combat désespéré, il donne l’ordre d’évacuer les trois bataillons d’infanterie de cette garnison par les hélicoptères UH1s de la KAF vers Takeo. Mais le 30 novembre, elles lancent les contre-attaques pour déloger les ennemis de leurs abris dans ce secteur.

 

Au mois de décembre 1972, les FANK reprennent le contrôle de la RN4. Elles ont détruit 6 points positions ennemies sur cette route. Le corps de génie militaire répare la RN2, laquelle a été détruites pendant l’offensive ennemie durant les mois octobre-novembre. Les travaux sont terminés le 16 décembre.  Il répare aussi la route de Takeo à Ang Tassom et à Prey Sandek. Cette route est rouverte à la circulation depuis le mois d’octobre. FANK et ARVN augmente leur surveillance de la RN2, en particulier la section entre Prey Sandek à Tun Loap qui reste encore sous le contrôle des nord-vietnamiens. Le 21 décembre une opération conjointe entre FANK et ARVN pour débusquer les forces communistes de ce secteur est lancée. FANK engage trois bataillons d’infanterie et une brigade de parachutiste, quant à ARNV, elle engage un régiment d’infanterie et trois bataillons de rangers et plusieurs blindés dans cette opération. Elle est libérée le 23 décembre et le 29 décembre, Kirirom est aussi libéré de l’occupation ennemie.

 

Dans la 3è RM : les nord-vietnamiens coupent la RN5. Ce qui empêche le convoi de ravitaillement du riz de Battambang à Phnom-Penh de passer. A Siem Reap, un régiment combiné Viêt-Cong et Khmer rouge (VC/KR) réoccupe Phnom Balkhen. Les FANK, malgré leurs difficultés devant les assauts ennemis, refusent l’aide de l’ARVN pour éviter que les temples khmers soient endommagés par ses frappes aériennes rapprochées. Cette occupation menace directement la base aérienne de la FAK. Pour approvisionner les matériels militaires à la garnison de Siem Reap et les vivres pour subvenir aux besoins de la population, les FANK utilisent la voie fluviale et décident de construire une nouvelle base aérienne au sud de la capitale provinciale. En septembre 1972, malgré les efforts de 17 bataillons d’infanterie des FANK pour défense la RN5, celle-ci est tombée sous contrôle les forces communistes. Cette situation entraine la rupture d’approvisionnement du riz vers la capitale Phnom-Penh. Cependant certains officiers corrompus profitent de cette situation pour acheminer le riz vers la capitale par le canal du marché noire. Cette situation oblige le gouvernement de prendre les mesures drastiques pour mettre fin à ces trafics honteux. L’approvisionnement du riz vers Phnom-Penh est fait donc par la voie aérienne et fluviale pendant cette période de crise pour répondre aux besoins de la capitale dont la population des réfugiés ne cesse pas d’augmenter tous les jours. Le mois de novembre, la RN5 est rouverte à la circulation. Ce qui permet d’approvisionner le riz par voie terrestre.

 

Dans la 4è RM : Au mois de décembre 1972, les forces communistes vietnamiennes et celles des Khmers Rouges se regroupent dans la province de Kompong Thom. Leurs effectifs sont estimés de 4 000 à 7 000 hommes. Le 7 décembre, les communistes lancent les attaques foudroyantes contre la ville de Kompong Thom, par est et sud-est, défendue par une garnison de 3 000 hommes. Durant deux jours d’attaques ennemies, les FANK ont subies de lourde perte en vie humaines, estimée à 400. USAF[18] intervient pour ralentir les assauts communistes et pour approvisionner les munitions à la garnison khmère. Le Haut Commandement de la FANK envoie les renforts par voie aérienne pour renforcer le périmètre de défense de la ville : la 77è BI, cantonnée à Siem Reap et la 12è BI venant de Phnom-Penh. Les 23 et 24 décembre ANV/KR se retire sous la pression des frappes aériennes de l’USAF. La tactique des communistes est la guérilla. Ils se battent pas pour la victoire ni pour tenir un territoire. C’est pourquoi ils évitent les champs de bataille ouvertes, les combats de front et toute autre opération qui pourraient provoquer une démonstration de force meurtrière de la part de l’USAF. Mais quand ils décident d’attaquer, ils utilisent une tactique du nombre sur le site choisi : ils se battent à dix contre un. Dans la pratique, il est fréquent de voir un bataillon de 500 hommes environ se lancer à l’attaque d’une section de 30 à 50 hommes pour provoquer la panique chez les ennemis. Leurs méthodes de combat peuvent se résumer ainsi : « Une longue, cinq brèves »[19].   

Le 27 décembre, l’armée khmère lance une contre-attaque pour élargir le périmètre de défense vers l’est et le sud-est jusqu’à la RN6 qui permet d’approvisionner le riz vars la ville par la voie terrestre.      

 

 

Dans la région militaire spéciale (RMS)[20] : Le mois de mars 1972, le secteur nord de la capitale de Phnom-Penh est la cible des nord-vietnamiens : non loin de la base aérienne de la FAK à Pochentong, 200 roquettes de 122-mm vont semer la mort des civils. A Phnom-Penh, quelques sapeurs Viêt-Cong, déguisés en citadin, lancent des grenades au cantonnement[21] et le convoi militaire[22]. Bilan de cet attentat : 11 soldats tués et 66 blessés. Dans le mois de mars, une série d’attentats et de sabotages est commise par les éléments communistes à Phnom-Penh contre la cible civile : les boutiques commerciales et salles de cinéma. Plusieurs cargos de marchandise sont coulés par les mines à Chrouy Chang War. Le 24 mars, le pont « japonais »[23] est endommagé par l’explosion d’un camion piégé d’explosifs estimés à 200 kg. Le 27 mars, il est réparé et ouvert à la circulation.

 

Le mois de mai 1972, la capitale Phnom-Penh subit encore une fois les bombardements des roquettes ennemies. La base navale de Chrouy Chang War est aussi bombardée, tuant 28 personnes et blessant 96 autres dont 2/3 sont des civils. La base aérienne à Pochentong n’est pas non plus oubliée par les ennemis. Plusieurs avions sont endommagés et quelques bâtiments sont détruits. Les centrales électriques et le dépôt d’essence de la compagnie Caltex sont visés. Les 9, 10 et 11 mai, Phnom-Penh ville est sous la pluie des roquettes communistes.

 

Le mois de juin 1972 est marqué par la poursuite de campagne de bombardements ennemis sur la capitale (station d’eau potable, la gare ferroviaire, ministère de la défense nationale) et la base aérienne à Pochentong[24]. La ville de Takhmau, 10 Km de Phnom-Penh est bombardée pour la première fois.

 

Le 31 août 1972, les entrepôts de marchandises des produits de premières nécessités à Prek Phnou sont bombardés par les mortiers communistes. Ces bombardements sont suivis par une attaque au sol des unités communistes contre les positions des deux brigades des FANK, tuant 25 soldats, blessant 19 et 6 autres disparus. Le 4 août, un cargo de marchandises est coulé au port de Phnom-Penh. Le 25 septembre, un attentat terroriste par des explosifs visant le chargé d’affaires américain, M. Enders, pendant son déplacement de sa résidence à l’ambassade est échoué, mais sa voiture est endommagée et prise feu. Un membre de sa garde de sécurité et un passant sont tués.

 

Le 7 octobre 1972, un commando de 100 nord-vietnamiens attaquent la base M113 près du stade Olympic et font exploser le pont de Chrouy Chang War. Sept M113 sont détruits et le pont est coupé en deux. Côté ennemi : 83 membres de commandos sont tués sur place. Les documents retrouvés sur le cadavre d’un cadre nord-vietnamien ont révélé que ce commando aurait eu d’autres missions importantes à accomplir : Attaquer la centrale électrique à Chrouy Chang War et les entrepôts de marchandise à Prek Phnou. Ses missions ont échouées, parce qu’il était surpris par une unité des Khmers krom qui se trouvait par hasard non loin du pont. Les sentinelles des Khmers Krom, cachés dans un bouquet d’arbres à l’extérieur du bivouac, entendent les membres de commando se parlent ente eux avant de lancer les attaques contre la base M113. Ils informent immédiatement leur officier de garde et ce dernier sonne alerte et lance une contre-attaque. 

 

Le 30 octobre, les nord-vietnamiens lancent les attaques contre plusieurs positions des FANK alentour de la capitale : un dépôt de munition de la FAK près de Pochentong et une station de radio à Komboul. Cette station est lourdement endommagée par le feu. Le Mékong au mois de décembre est sous surveillance ennemie. Beaucoup de cargo sont coulés par les attaques[25] ou des mines ennemies et beaucoup d’autres sont bloqués au port de Phnom-Penh. La force navale khmère est pointée du doigt dans ses missions de surveillance du Mékong.                                                                

                 

 

 

Suite : Chapitre 7 : Les principales batailles du Cambodge durant l’année 1973.

 

 

[1] La foi épiphanique : la foi à la manifestation de la divinité.

[2] Noun Kheun, intellectuel khmer, avait écrit un livre intitulé : La marche vers l’Ouest et l’Indochine en l’an 2000.

[3] RN : Route nationale.

[4] L’incursion au Cambodge par l’armée américaine en avril 1970 souleva une grande opposition une grande opposition à l’intérieur des Etats-Unis. Le Congrès abrogea la résolution du golfe du Tonkin le 24 juin 1970 et interdit l’engagement de troupes américaines au Cambodge au-delà du 30 juin. L’amendement Cooper-Church en décembre 1970 interdit l’emploi de soldats américains hors du Vietnam, d’où la nécessité d’utiliser la seule ARVN au Cambodge et au Laos.

[5] DMZ : Zone démilitarisée.

[6] ANV/VC : l’armée nord-vietnamienne et Viêt-Cong.

[7] FANK : Forces Armées Nationales Khmers.

[8] ARVN : Armée de la République du Vietnam (Sud-Vietnam).

[9] BI : la brigade d’infanterie.

[10] FAK : Force de l’Air Khmère.

[11] RM : Région militaire.

[12] La roquette servait uniquement pour le tir sur zone ennemie. Le mortier servait pour le tir contre des objectifs ponctuels. 

[13] Un grand nombre des tués communistes est causé par les frappes aériennes.

[14] Bataillon de ranger : les troupes élites sud-vietnamienne.

[15] L’objectif du Général Vô Nguyen Giap, commandant en chef de l’ANV, est d’avoir attaqué sur plusieurs fronts en même temps au lieu de concentrer ses forces sur un seul endroit. Dans cette offensive, il engage plusieurs divisions dans cette opération. 

[16] Khmers Kroms ou Khmers d’en bas : Khmers de Cochinchine ou du Kampuchéa Krom. Ce territoire appartient au Cambodge jusqu’en 1949, l’année à laquelle la France a décidé de le rattacher au Sud-Vietnam.

[17] 15 octobre 1972.

[18] USAF : Armée de l’Air des Etats-Unis.

[19] La phase longue, c’est la préparation laborieuse à laquelle ils s’astreignent pour toute opération : reconnaissance répétée de la cible, reconstitution de l’objectif à l’échelle pour que chaque homme puisse répéter les mouvements et se familiariser avec chaque détail, exposé et réexposé du plan de l’attaque à chaque entrainement des caches pour les armes et les vivres dans la zone du combat. Les quatre phases brèves se succèdent lorsque l’opération proprement dite s’engage. Première phase : le déplacement depuis la base jusqu’à la zone de l’action, en général par petits groupes distincts qui ne feront leur jonction qu’au dernier moment. Deuxième phase : l’attaque proprement dite, dont le principe même est la fulgurance. Troisième phase : l’évacuation du champ de bataille, la récupération des armes, des morts et des blessés. Et, enfin, le repli. Quatrième phase : Si toutes les conditions sont réunies, le feu vert sera donné à l’opération, une unité sera désignée et la mise au point du plan pourra commencer. (Extrait du NAM n°5).    

[20] Région militaire spéciale (RMS) : Phnom-Penh et ses alentours qui forment un cercle de 25 km de rayon dont la capitale est le centre.  

[21] 26 mars.

[22] 28 mars.

[23] Pont de Chruoy Chang War.

[24] 11 juin 1972.

[25] 7 et 15 décembre 1972.

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Published by Sangha OP - dans Une guerre incomprise
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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 06:16

Une guerre incomprise

1970-1975

 

Chapitre Quatrième

 

 

La situation politico-militaire au Cambodge entre 1972 à 1974

 

Pendant l’opération CHENLA II, à Phnom-Penh, il y avait eu aussi des batailles politiques entre le pouvoir de l’exécutif et celui du législatif. Le 8 Novembre 1971, le Général In Tam avait été élu Président de l'assemblée Constituante et le 12 Novembre 1971, Lon Nol demanda à cette assemblée d’achever la rédaction de la constitution pour la fin janvier 1972, afin de pouvoir organiser un référendum le 15 Février 1972. Le15 Novembre 1971, la commission mixte avait arrêté ses réunions et transmit ses travaux du projet de la constitution à l'Assemblée Constituante. Le 10 Mars 1972, M. Cheng Heng démissionnait de son poste du chef de l'État. Lon Nol le remplaça et annonça la dissolution de l'Assemblée Constituante. Le 12 Mars 1972, le prince Sirik Matak donnait sa démission du poste du Président du Conseil Délégué. Le 13 Mars 1972, dans un message à la nation, Lon Nol se proclama Président de la République Khmère et, il définit le rôle de celui-ci.

 

Le 30 Avril 1972, il y avait eu un référendum constitutionnel. La Constitution de la République Khmère fut adoptée. Au mois de Mai 1972, la campagne pour les élections présidentielles était lancée. Il y avait eu trois candidats : Lon Nol, In Tam et Kéo An. Le 4 Juin 1972, Lon Nol fut élu Président de la République. Dans ces élections, In Tam obtenait une majorité des voix à Phnom-Penh. Kéo An, le 3ème homme, dénonçait les fraudes électorales. Cependant, les nord-vietnamiens et les Viêt-Cong faisait la guerre contre la nation khmère. Ils occupaient la moitié du territoire du Cambodge et surent profiter d’une explosion de la haine des dirigeants des Khmers Rouges contre leur propre population et les poussaient à commettre l’horreur absolue.    

 

La stratégie des nord-vietnamiens et des Viêt-Cong

Durant les années 1972-1974, les communistes vietnamiens accéléraient leur politique de « khmérisation » de la guerre au Cambodge pour préparer la négociation avec les États-Unis. Ils permettaient les forces communistes khmères, connus sous le nom « Khmers Rouges » de participer aux différentes batailles en tant que les unités combattantes à part entière et d’avoir leurs propres bases militaires. Ils organisaient les forces khmères rouges en bataillon, régiment et division, mais ces entités restaient toujours sous le contrôle des cadres vietnamiens, appelés « Conseillers politiques ». Ceci générait de temps à autre des conflits malaisés entre les cadres khmers rouges et ceux des vietnamiens. Ces antagonismes se transformaient souvent en bagarre armée. Comme les hommes de troupe des FANK[1], les khmers rouges étaient d’origine paysanne. Et s’ils étaient reconnaissants aux communistes vietnamiens de fournir des aides militaires, mais ils détestaient l’influence qu’ils exerçaient sur eux. Les Vietnamiens étaient toujours considérés comme ennemis héréditaires des nationalistes khmers. Ce ressentiment était-il une force nationale et un dogme ? L’histoire prouvait le contraire, parce qu’il y avait toujours une partie des Khmers qui aidaient les nationalistes vietnamiens à réaliser leur rêve millénaire : bâtir le Grand Vietnam.     

Plusieurs fois, les communistes vietnamiens et les khmers rouges montaient des opérations conjointes. Par exemple : les attaques pendant la nuit du 7 octobre 1972 d’une base de M113[2] dans le secteur nord de Phnom-Penh. En septembre 1973, les deux unités alliées lancèrent deux fois les attaques de grand envergue la ville de Kompong Cham et durant l’année 1973-1974, une campagne de bombardement intensif de roquets 122-mm sur la capitale causant plusieurs victimes civiles : plus de 200 morts. Au milieu de l’année 1974, ils encerclaient la ville de Phnom-Penh. C’était un grand succès pour eux dans deux fronts : le front de la politique internationale et celui du militaire. Enfin à partir du mois de septembre 1974, presque toutes les routes nationales étaient plus au moins sous leur contrôle qui paralysait la communication entre les unités des FANK. Chaque unité se sentait seule face au reste du monde. Le moral n’était donc pas au beau fixe pour les hommes de troupe de la République Khmère.

Les nord-vietnamiens utilisaient l’arme psychologique pour exciter la population khmère à haïr les FANK et l’opinion internationale, en particulier la jeunesse américaine et les occidentaux, à interdire leur gouvernement de soutenir le régime républicain khmer. Cette arme était redoutable : la corruption des FANK. Et ça marchait, parce que cette corruption existait réellement. Elle était une maladie endémique de la société khmère depuis la nuit des temps. Ils envoyaient leurs agents pour acheter les armes et les munitions vendues par les officiers corrompus, ensuite ils prenaient des photos de ces preuves pour donner aux correspondants de guerre des grands journaux et revues des pays occidentaux afin qu’ils les publiaient pour informer leur public.

Plusieurs généraux des FANK étaient sanctionnés à titre d’exemples : le Général Sey Ung, gouverneur de Koh Kong, Mey Sichân, gouverneur de Kampot, commandant-adjoint de la 2RM[3], et le général commandant la place de Takéo. Et plusieurs d’autres étaient mis à la retraite.

Les agents communistes s’infiltraient aussi dans le corps de la jeunesse et du milieu des enseignants pour les inciter à se soulever contre le régime républicain khmer. Deux ministres de la République, Keo Sangkim et Thach Chia, étaient pris en otage par les étudiants et assassinés dans l’enceinte du lycée 18 Mars (ex-lycée Preah Yukanthor). La crise politique du régime républicain était à la hauteur du but recherché par les nord-vietnamiens. Le gouvernement khmer s’obligeait de se battre à la fois dans trois fronts : politique internationale, politique intérieure et militaire. Cette situation était appelée par les communistes : « la main gauche ennemie frappe sa main droite, et on laissait pourrir le fruit jusqu’à il tombe tout seul ». Ce qui finit par arriver.                   

 

La riposte de la République Khmère

Devant cette situation critique, Lon Nol jouait la carte de la mobilisation générale. Il fit voter une loi par les députés, appelée « L’échiquier de la mobilisation générale ». Dans tout le pays, chaque quartier ayant 10 maisons constituait un lot de défense du quartier. Et 5 ilots se formaient en un secteur de défense. Cette loi avait pour but de mobiliser la population à participer la défense de son pays, menacé par toute subversion des communistes. Elle était inspirée des lois des années 1954[4] et 1956[5]. Ces comités d’ilots de défense étaient dotés d’un pouvoir administratif important et alloué d’une mission humanitaire et sanitaire. Ces ilots devraient en théorie être une organisation paramilitaire, humanitaire et un centre de renseignement sur les activités de subversion des ennemis de la République. Mais en réalité, ils fonctionnaient plus au moins bien, parce que le gouvernement n’avait pas les moyens pour les mettre en œuvre. En outre, cette organisation, placé sous l’autorité d’un Commissariat Général de la Mobilisation générait fréquemment des conflits avec les autres autorités (Commissariat de police, Sangkat[6], préfecture). Faire vite pour faire fort était la cause de l’inefficacité de cette aspiration révolutionnaire de Lon Nol. « L’échiquier de la mobilisation », en fait, était une copie du modèle de la République Populaire de la Chine, auquel le prince Sihanouk avait inspiré et Lon Nol avait une mission de le mettre en application pendant la guerre contre les Vietminh après l’indépendance nationale. Compte tenu de la futilité de cette institution relookée, les saboteurs communistes en profitaient pour faire du mal à la République khmère.

 

La situation des FANK

L’enthousiasme du 18 mars 1970 était petit à petit s’estomper par la défaite de l’opération CHENLA II. Mais la bravoure de certaines unités des FANK, après ce coup ennemi, permettait à la République de gagner la bataille politique sur le plan internationale. Le 12 octobre 1972, à l’ONU, 132 pays se prononçaient pour la représentativité de la République Khmère. 11 pays[7] votaient contre elle. Ce sursaut dans la politique internationale avait un effet mitigé pour renverser la situation militaire dans le pays. L’augmentation des aides militaires (modernisation des équipements et formation des nouvelles techniques de combat aux hommes de troupe et des stratégies militaires aux officiers supérieurs) et économiques des Etats-Unis donnait un nouvel espoir de courte durée. La situation économique et sanitaire du pays était exécrable. Il y n’avait pas assez du riz pour nourrir la population et des médicaments pour soigner les malades et les blessés de guerre. Aux fronts, Est comme Ouest, Sud comme Nord, les FANK rencontraient partout des difficultés pour maintenir le moral des hommes de troupe et contenir les déferlements ennemis. Elles commençaient d’avoir des problèmes de recrutement des nouvelles recrues pour remplacer les soldats morts sur les champs d’honneur.  Et l’horreur qu’elles attendent déjà venait compléter la liste du désastre, c’était la désertion de tous les grades.

Napoléon le disait : « Pour faire la guerre, il faut avoir trois choses : l’argent, l’argent et l’argent ». Un proverbe khmer s’articulait autrement : « On cultive du paddy avec de l’eau et on fait la guerre avec du riz ». Et, tout le monde le savait que la République Khmère n’avait ni l’argent pour acheter les armes et les munitions, ni le riz pour nourrir son armée. Les Khmers Rouges pouvaient nourrir la sienne, parce qu’ils avaient tout pris le riz des paysans. Quant aux armes, ils avaient de plus en plus après les accords de Paris, parce que la Chine demandait aux nord-vietnamiens, avant que ces derniers quittassent le Cambodge, de les laisser pour eux.

L’accord de paix entre les Etats-Unis et le Nord-Vietnam, signé à Paris le 27 janvier 1973, ne s’ouvrait pas la perspective de paix au Cambodge, parce que les Khmers Rouge refusèrent d’y agréger. Mais Lon Nol et Hang Thun Hak[8] avaient accepté cet accord et décrétèrent unilatéralement le cessez-le-feu. Ils ne considéraient plus les Khmers Rouges comme les ennemis athées, mais les Khmers de l’autre côté. Cette mesure sapait davantage le moral des FANK, parce que le 29 juin 1973, la Chambre des Représentants des USA adoptait un amendement fixant au 15 août la date de la suppression des fonds alloués aux opérations aériennes au-dessus du Laos et du Cambodge. En outre, la nature de la modernisation des équipements et de la formation des techniques de combat constituaient une autre difficulté. D’un côté, on attendait de la FANK qu’elle se battre comme l’armée américaine, fournisseur et formateur, et, de l’autre on ne lui donnait pas tout à fait le matériel et les moyens perfectionnés indispensables pour le faire. Sans avoir l’appui aérien et le nombre de M113 suffisant, la chance de gagner la bataille soit compromise, parce que la puissance de feu des nord vietnamiens et Viêt-Cong, alliés des Khmers Rouges, est redoutable. La volonté de Lon Nol de faire la paix avec les Khmers de l’autre côté hypnotisait les militaires. Ils adoptaient donc une attitude de survie « jour par jour » pour éviter d’être tué par leur frère de sang de l’autre côté. La guerre pour eux était finie au moment où Long Boret, Ministre des Affaires Etrangères du gouvernement d’In Tam[9], proposait le 6 juillet 1973 au nom de la République Khmère au FUNK[10] un plan de paix de 6 points. Ce plan fut rejeté par ce dernier, parce que les faiblesses de la République Khmère étaient nombreuses et connues, ce qui rassurait ses adversaires de ne pas y accepter : la cessation d’intervention aérienne américaine ; l’entente cordiale entre les États-Unis et la République Populaire de Chine de régler la guerre au Cambodge par la solution du retour du Prince Sihanouk au pouvoir et la volonté des États-Unis d’encourager la Chine de devenir une puissance régionale pour face faire à l’hégémonie de l’Union soviétique. Ces trois approches s’inscrivaient dans la doctrine du Président Nixon concernant la politique de désengagement des troupes américaines dans le conflit armé au Vietnam. La République Khmère était donc une victime collatérale de cette diplomatie nouvelle de « faire mal pour faire bien » dont l’auteur eût été Henry Kissinger, alors Secrétaire d’État.

Au Cambodge, tout le monde parlait de l’avenir de la République Khmère après le 15 août 1973, date de la fin des interventions aériennes américaines. Les pessimistes croyaient que ce fût la fin de la République Khmère, mais la Force de l’Air Khmère (FAK), après l’attaque des commandos nord-vietnamiens sa base dans la nuit des 21-22 janvier 1971, se réorganisait et dotait d’armes modernes (hélicoptères[11] de combat et de transport des troupes, l’avion C130 et C-47s) fournies par les l’armée de l’air américaine. La durée de formation des pilotes et du personnel techniques était faite rapidement avec une efficacité au-delà de l’attente du Haut Commandement militaire. A peine d’un an d’apprentissage, les hommes de la KAF étaient opérationnels dans leurs missions de combat. Les avions de chasse et de bombardement T-28s faisaient leurs preuves de valeur dans la bataille de Kampot avec 80 interventions par jour (missions d’attaque et de reconnaissance des positions ennemis). Dans cette bataille, les hélicoptères transportaient des troupes de plusieurs brigades d’infanterie pour les déposer dans la ville de Kampot afin de renforcer le périmètre de défense. Au-delà de ses missions militaires, la FAK assurait aussi les missions humanitaires et sanitaires pour aider la population. La FAK après le 15 août 1973 se substituait à peu près 50% les frappes aériennes américaines au Cambodge. La République Khmère montrait sa capacité de faire face à ses ennemis nord-vietnamiens et Khmers communistes. C’est pourquoi, les FANK décidaient de choisir la date du 15 août 1974 pour célébrer le premier anniversaire de leur autonomie dans les missions de défense nationale contre les envahisseurs nord-vietnamiens et les Viêt-Cong. Un défilé militaire à la place de stoupa du Bouddha eut lieu pour cette occasion. Mais l’apparition de chars des nord-vietnamiens T-54/55 à partir de 1974 aux champs de bataille dans le territoire khmer et sud-vietnamien ne se posaient pas de problème de conscience sur M. Henry Kissinger, cosignataire, des accords de paix de Paris.

 

La situation des Khmers Rouges

Le non-respect de l’accord de paix par le Nord-Vietnam et le refuse du FUNK d’accepter les propositions de paix du gouvernement de la République Khmère menaçaient sur le Cambodge. Le peuple khmer n’attendait plus rien, sauf le retour de Sihanouk au pays pour rétablir la paix entre les khmers. C’était à ce moment-là les nord-vietnamiens laissaient les Khmers Rouges d’opérer leur transformation brutale de la société rurale khmère en forçant les paysans à créer des coopératives où chaque heure du jour était réglée et contrôlée, et en imposant une discipline de fer par la terreur. Ceux qui n’étaient pas d’accord disparaissaient purement et simplement. Dans les zones « libérées », l’argent était aboli, et l’Angkar (organisation du parti communiste khmer) contrôlait tous les commerces, y compris la vente du riz. Les moines bouddhistes furent envoyés travailler dans les champs et les cérémonies traditionnelles et religieuses furent interdites. Mais le prince Sihanouk continuait de s’adresser des messages au peuple khmer depuis Pékin pour qu’il aide le FUNK à gagner la guerre contre la République. Mais on savait depuis longtemps que les leaders des Khmers Rouges méprisaient Sihanouk, mais ils jouèrent la carte du dernier en exploitant sa popularité pour affirmer leur influence sur les paysans. Avec l’aide des nord-vietnamiens et les Chinois communistes, ils semaient la terreur dans la campagne. Et, selon l’écrivain Stanley Karnow : « A côté des atrocités khmères rouges, l’holocauste nazi n’est qu’un incident minime. »

L’incitation des nord-vietnamiens aux Khmers Rouges à commettre des violations contre la population cambodgienne s’inscrivait dans un plan d’ensemble visant à couper le parti Communiste Khmer (PCK) de sa propre population après la victoire du camp communiste en Indochine.  Le PCK faible et sans le soutien populaire fut une proie facile pour eux. Et pour créer l’Indochine vietnamien ou le Grand Vietnam, ils n’avaient jamais de court d’invention pour détruire le Cambodge.

 

La situation du Prince Sihanouk

Vers la fin de l’année 1973, la République khmère cherchait sincèrement une nouvelle politique pour riposter les nord-vietnamiens par « la solution Sihanouk ». Le 30 novembre 1973, Lon Nol déclara qu’il était prêt à rencontrer le prince Sihanouk pour trouver ensemble une solution de paix au Cambodge. Mais tout le monde se trompait, y compris des Etats-Unis d’Amérique, dans cette nouvelle démarche. En réalité, le Prince rouge n’était que la marionnette des Chinois et les Khmers Rouges. Il n’avait aucun pouvoir de décision. Les nord-vietnamiens exploitaient sa popularité pour envahir le Cambodge à son nom. Ils pouvaient cependant compter sur une profonde hostilité entre les zones rurales et les zones urbaines, hostilité enracinée dans la tradition et les légendes populaires et qui trouvait son origine dans des causes pratiques. Peut-être le destin du Cambodge pourrait être autrement si Sihanouk avait un vrai pouvoir au sein du FUNK et GRUNK[12] et plaçait l’intérêt de la nation au-dessus de tout.  

Sans le savoir la vraie situation de Sihanouk, Nixon et Kissinger choisissaient le perdant. Ils lâchèrent Lon Nol et abandonnèrent le Cambodge pour un homme de paille de Pékin. Sihanouk était conscient de sa situation par son expression célèbre : « Plus tard, les Chinois me cracheront comme un noyau de cerise ». Mais cette autorévélation ne lui empêchait pas de courir après son ombre pour attraper le pouvoir perdu, mais il savait parfaitement que dans cet ombre se cachait une montre, nommée Pol Pot (Saloth Sar) qui était prêt à commettre « l’horreur absolue ». Sans doute, Nixon mettait fin à une guerre impopulaire ou incomprise au Cambodge, mais il y remplaçait par une paix des meurtriers. Une paix qui donnait un pouvoir aux Khmers Rouges de tuer en toute liberté leur propre population : plus de deux millions de morts pendant 3 ans et 9 mois. Il y avait de quoi qui faisait honte aux partisans d’Hitler et de Staline. Le Prince Sihanouk était sans doute le promoteur et grand complice de génocide. De son vivant, plus Sihanouk tentait de se disculper, plus il s’accusait, s’empêtrait dans le contradictoire, l’infantile, l’absurde et dans cette évidence : « sans lui, tout cela ne serait pas arrivé ! »

 

Suite : Chapitre 5 : Les principales batailles du Cambodge.

 

[1] Les FANK : Les forces de l’Armée Nationale Khmère.

[2] Le M113 est le véhicule blindé de transport de troupe (VTT). Le nouveau M113 qui sortit de ces modifications (installation de boucliers protecteurs pour les mitrailleurs) fut connu sous le nom d’ACAV (Armored Cavalry Assault Véhicule).  Ce véhicule est très précieux auxiliaires dans les champs de bataille. Non seulement parce qu’il donne une grande mobilité à une énorme puissance de feu, mais aussi parce que dans les combats rapprochés, son blindage fait toute différence entre un soldat communiste mort et un soldat des FANK vivant.  

[3] RM : Région militaire.

[4] Kram (loi) 866 du 27/5/54 : Création du Mouvement des forces vives du Cambodge lors de la lutte pour l’indépendance. Ce mouvement était composé des milices communales (Chivapols) et de commandos de troupes paysannes auxquels peuvent être dévolues des missions proprement militaires. 

[5] Kret (décret) 596 du 19/01/56. Création de la force de défense en surface. Les menaces que font peser sur le Cambodge la reprise de l’insécurité et de la guerre dans les pays voisins de la péninsule indochinoise donnent une particulière importance à l’organisation de la défense contre toute subversion interne ou défense en surface. 

[6] Sangkat : Commune.

[7] Albanie, Algérie, Chine Populaire, Congo, Cuba, Irak, Mauritanie, Roumanie, Sénégal, Syrie et Yougoslavie).

[8] Hang Thun Hak : Premier Ministre (17 octobre 1972 au 17 avril 1973).   

[9] In Tam : Premier Ministre du 10 mai au 7 décembre 1973.

[10] FUNK : Front d’Union National du Kampuchéa, dirigé par le parti communiste khmer.

[11] L’hélicoptère (bell UH-1c) fournit à la KAF ce que les Américains appelèrent « l’aéromobilité » : rapidité, liberté de mouvement et puissance de feu sur le champ de bataille. Bell UH 1 : Vitesse max. 204km/h ; Rayon d’action : 511 km ; Poids : 2 116 kg ; Armement : 4 mitrailleuse de 7,62 mm, 38 roquettes de 69,9 mm.

[12] GRUNK : Gouvernement Royal d’Union Nationale Khmère dont le siège se trouvait à Pékin.

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 17:11

Une guerre incomprise

1970-1975

Chapitre Troisième

 

  1. La conquête des territoires perdus

Après les attaques soudaines des forces communistes vietnamiennes contre la FANK, celle-ci arrivait avec l’aide de l’armée américaine et de la force aérienne sud-vietnamienne à contenir leur avance à partir du mois d’avril 1970. La capitale de Phnom-Penh n’était plus menacée. Sa chute semblait impossible. Devant les contre-attaques de la FANK, le commandement des forces communistes vietnamiennes  décidait de réorganiser ses unités et de stopper l’offensive. Cette situation permettrait à la FANK de consolider la zone de survie : la partie sud du pays dont la ligne de défense était la route nationale n° 6, appelée route Lon Nol. Dans les combats acharnés contre les forces étrangères depuis le 29 mars 1970, la FANK prouvait une chose : qu’elle pourrait affronter et vaincre l’armée communiste. Lon Nol y croyait. A partir du mois d’août, il lança une opération de conquête des territoires occupés par les ennemis, appelée le CHENLA (nom du Cambodge ancien).

 

CHENLA I

Le théâtre d’opération militaire est formé un triangle de trois districts : Skoun – Kompong Thmar – Troeung. L’objectif final de l’opération est de libérer Kompong Thmar. C’est la première opération de grande envergure montée contre l’armée du Nord-Vietnam (ANV) et Viêt-Cong au Cambodge avec l’appui de la force aérienne américaine et sud-vietnamienne. Pour les américains cette opération, c’est le moyen idéal de tester la détermination des cambodgiens dans leur lutte contre les communistes.

La FANK installe sa base de logistique à Skoun-ville. Cette localité a été libérée de l’occupation d’ennemi au mois de mai. Le Haut commandement de la FANK confie la responsabilité de l'opération au Brigadier Général Um Savuth. Il dispose de dix à douze bataillons d’infanterie, des autos blindées et des pièces d’artillerie. Deux colonnes d’infanterie montent aux fronts. La première colonne allant de Skoun à Kompong Thmar en passant par plusieurs contrées : Prakham, Tang Kauk et Baray. La deuxième colonne allant de Traeung à Kompong Thmar en traversant deux principales localités : Bos Khnoar et Chamkar Andong. En septembre, Um Savuth libère Tang Kauk sans rencontrée de grandes difficultés. Une première victoire militaire, mais l’armée devrait absolument protéger les habitants et les réfugiés qui ont fui la zone ennemie. Pour cette mission, la FANK décide de créer les unités d’auto-défense armées au sein de la population libérée. Quant à la deuxième colonne, elle a un contact avec quelques unités ennemies à Bos Khnaor, lesquelles font partie de la 9ème division de l’ANV basée aux plantations d’hévéa à l’est de la route nationale (RN) n° 6. Après des combats sporadiques, les ennemis abandonnent leurs positions, parce qu’ils ne veulent pas que les avions américains repèrent leur base.

En novembre et décembre, les ennemis lancent les contre-attaques contre les différentes positions de la FANK tout le long de la RN7 entre Prey Totung et Kompong Cham ville dont l’objectif est d’isoler le chef-lieu de la province de Kompong Cham pour prendre cette localité. La FANK a besoin le soutien de l’aéromobilité de l’armée sud-vietnamienne pour transporter ses soldats aux zones de combat. Il faudrait plusieurs jours d’opérations combinées entre FANK et ARVN[1]  pour reprendre le contôle de la RN7. Au même moment, les unités des communistes vietnamiens venant spécialement du Sud-Vietnam coupent la RN4 au niveau de Pich Nil. Encore une fois, une opération militaire combinée entre ces deux armés est lancée avec succès. Mais dans le mois de janvier 1971, 100 commandos VC[2]/NVA attaquent dans la nuit du 21-22 janvier la base de l’armée de l’air khmer à Pochentong qui se trouvait à l’ouest de Phnom-Penh en détruisant presque la totalité des avions. Toutes ces attaques ennemies obligent le Haut commandement de retirer plusieurs bataillons engagés dans l’opération CHENLA pour venir renforcer la défense de la capitale. Les députés convoquent Lon Nol pour qu’il vienne le 8 févrierà l’AN d'expliquer sa stratégie de défense du pays. La nuit du 7 février, le Général a une attaque de paraplégie. Le 14 février, Il est évacué par l’avion de l’armée américaine pour qu’il puisse se soigner à hôpital d’Honolulu. L’opération CHENLA I est donc mise en suspens.

 

CHENLA II

Nol Nol avait été retourné au Cambodge le 12 avril 1971. Son premier initiative ce fut la poursuite de la politique de reconquête des territoires perdus. Il présenta au peuple khmer un programme général de la défense nationale en appelant ce dernier à participer activement à l’effort de la guerre défensive contre les envahisseurs communistes vietnamiens. Il décréta donc la mobilisation générale. Il décida en effet de relancer l’offensive contre les ennemis. Cette opération était appelée CHENLA II avec un nom de code : « œil pour œil ; dent pour dent ; sang pour sang ». Le Brigadier Général Hou Hang Sin a été désigné Commandant de l’opération.

L’objectif du CHENLA II était double : contrôler la RN6 afin de ravitailler par voie terrestre la ville de Kompong Thom, laquelle était encerclée par les ennemis depuis 1970 et placer la région centre du pays sous le contrôle de la FANK, parce qu’elle était les greniers du riz du pays.

Le 26 août 1971, la FANK occupe Barai. Le 2 septembre la 5ème Brigade d’infanterie attaque la position ennemie au mont de Santuk. Elle s’y heurte une résistance de front avec une violence exceptionnelle et l’enfer se déchaine. Le 20 septembre, la ville de Tang Krasang est libérée. Le 5 octobre, trois brigades d’infanterie délocalisent une position stratégique des communistes au sud du mont Santuk. La 8ème Brigade d’infanterie est transportée par des hélicoptères pour attaquer par le sud-est du Santuk. La bataille s’engage intensivement entre la FANK et ANV jusqu’à corps à corps. Enfin le mont mythique est libéré le 25 octobre. La RN6 est sous le contrôle de la FANK.

La première phase de CHENLA II avait été déclarée officiellement terminée. Une cérémonie religieuse et militaire était organisée par le gouvernement de la République khmère les 25 et 26 octobre pour fêter la victoire. Le Brigadier Général Ith Sung fut invité à la télévision pour conter les exploits des soldats khmers sur les champs de bataille. Mais pendant la dernière nuit de cérémonie, la situation avait changé radicalement aux fronts. Les nord-vietnamiens lancèrent des contre-attaques générales.

Les unités de la 9ème division d’infanterie, appuyées par celles des 205ème  et 207ème des régiments régionaux de l’ANV, basés à la plantation d’hévéa de Chamkar Andong, attaquent la position du 376ème bataillon d’infanterie de la FANK de Kroel qui se trouve entre Tang Kauk et Rumlong. En un seul coup avec la puissance de feu d’enfer, le bataillon khmer est complètement détruit. 20 soldats de ce bataillon ont pu rejoindre Barai et les autres à Rumlong pour raconter le dernier jour de leurs frères d’arme tués par les assaillants. Cette attaque surprise permet à l’ennemi d’encercler Rumlong où se trouvent le 14ème bataillon, le PC de la 46ème Brigade d’infanterie et une section d’artillerie d’appui avec plusieurs canons 105mm. Le pont DEK est sous le contrôle d’ennemi. La RN6 est donc nouveau coupée.

La nuit du 28, la position des unités de la FANK à Damrei Slap est attaquée par les communistes avec l’arme chimique (gaz shells) les obligeant à se retirer à Kreul, alors défendus par le 118ème bataillon et une compagnie  de la 211ème d’infanterie. Ceux-ci sont attaqués à leur tour au petit matin du 29. Le Commandant décide d’abandonner sa position quelques heures plus tard pour s’y mettre à l’abri à Tang Kauk.

Devant cette situation catastrophique, le général Hou Hang Sin avait décidé de bâtir une nouvelle stratégie de défense. Il ordonna la 61ème Brigade et le 424ème bataillon de la 62ème Brigade et le 22ème bataillon d’infanterie, basés à Kiri, de se replier à Treal et les 222ème  et 377ème bataillons d’infanterie, basés à Neak Veang, de venir renforcer la défense de Tang Kauk. Pendant les attaques ennemies du 28 au 31 octobre 1971, La FANK avait perdu beaucoup d’hommes et matériels militaires. 100 morts par jour et beaucoup de blessés. Mais l’armée khmère n’avait pas les hélicoptères de sauvetage médical pour les évacuer de la zone des combats et les transportés dans un hôpital. Une proie idéale pour les dieux de la mort, parce que les infirmiers militaires n’avaient pas les moyens médicaux adéquates pour stopper les hémorragies et les garder en vie.   

Malgré ce coup ennemi, elle lança des contre-attaques des positions des assaillants entre Phum Svay et Rumlong pour créer en vain une zone de survie. Presque tous les terrains occupés par l’armée khmère étaient encerclés par les ennemis ou bien par l’eau. Une situation défavorable pour lancer les contre-attaques et avec le mauvais temps qui empêchait les interventions aériennes efficaces. Les soldats commençaient à être fatigués pour défendre leurs positions, mais leur enthousiaste restait intact pour mesurer avec les nord-vietnamiens. Mais les vivres et les munitions faisaient défaut pour maintenir le moral des troupes, parce que les ravitaillements par voie aériens n’étaient pas réguliers. Les troupes des garnisons de Rumlong et Treal n’étaient plus dans la possibilité de se battre, parce qu’elles manquaient des munitions. Assiégées, affamées et dénués des ressources militaires, elles capitulèrent face aux troupes nord-vietnamiennes en espérant que ces communistes respectèrent les lois de la guerre. Pendant ces offensives successives ennemies, il y avait eu une infiltration des éléments subversifs communistes dans les rangs khmers qui engendra une confusion totale dans une position de la FANK. L’ennemi en profita pour demander une frappe aérienne sur elle. Il y avait beaucoup de morts et les troupes de la FANK furent découragées par cet incident importun, mais les soldats se disaient toujours : Après tout, la guerre est un boulot à risque !

Mais la FANK avait pu rétablir la ligne de défense au nord de Barai avec le concours de son armée de l’air. Mais les moyens aériens limités dont elle disposait pendant cette opération n’aurait pas lui donné la possibilité de reconquérir ses positions stratégiques prises par les nord-vietnamiens et d’affaiblir la puissance de feu de l’artillerie ennemie installée à la plantation de Chamkar Andong. La FANK obtenait un soutien aérien américain le 14 novembre : le bombardement de B52 sur Chamkar Angdon. C’était  une seule frappe aérienne américaine sur les positions nord-vietnamiennes durant l’opération CHENLA II. Elle arrivait 15 jours trop tard compte tenu de la supériorité de feu des nord-vietnamiens par rapport à celle des Cambodgiens. Mais les généraux américains avaient une conception de guerre un peu spéciale pendant la guerre au Vietnam : un contact sérieux avec les nord-vietnamiens et les Viêt-Cong quand leurs troupes ou celles des alliées commencent avoir des difficultés de les résister.

Le coup de grâce des nord-vietnamiens qui achevait l’opération CHENLAII était la bataille de Prakham, un district qui se trouvait le long de la RN6 entre Skoun et Tang Kauk. La bravoure des soldats ennemis dans le duel avec ceux des Cambodgiens en première ligne sema la terreur dans les casemates qui jalonnaient le périmètre de défense et leurs canons sans recul de 57 et 75mm et les lance-roquettes RPG-2 volatilisèrent les M113 khmers dans les champs du riz et sur la RN6.

Et pourtant, pendant la réunion entre Lon Nol et le Commandant de l’opération CHENLA II du 14 novembre 1971, ils n’avaient pas modifié grande chose du plan initial de l’opération CHENLA. Pour Lon Nol, l’urgence fut ailleurs : Renforcement de la défense de la RN4. Etait-il conscient de la situation du CHENLA ? Ou bien le Général Hou Hang Sin ne disait pas la vérité à Lon Nol ?

CHENLA à partir du mois de novembre 1971 était synonyme « chacun pour soi ». Le Général Hou Hang Sin, commandant d’opération n’avait d’autres ressources que de laisser les chefs d’unités de se débrouille tout seul. Il s’installa son PC à Skoun et y attendit le retour des frères d'arme. Mais les chemins parcourus étaient rudes, parce que les ennemis s'étaient embusqués derrière un talus ou un bosquet. Il fallait faire n’importe quoi pour échapper à leur vigilance. Ceux qui arrivèrent à fuir les zones de combat pour rejoindre la ligne amie étaient dans un état d’épuisement et de dépression. Un spectacle difficile à voir par ceux qui avaient eu la chance de se replier à temps avant la prise de contrôle de la RN6 en plusieurs points par les nord-vietnamiens. Lon Nol, Chef d'Etat-Major Général avec quelques généraux, visita le front et devant le spectacle attristé de l’effondrement de son armée, il ne s’exprima aucun chagrin. Le 3 décembre 1971, les ennemis du Cambodge occupèrent Prakham, dernier poste de résistance de la FANK, après quelques jours de combat acharné contre les unités khmères qui ne voulaient pas y croire à cette fatalité.

CHENLA II avait double approches pour la suite de la République khmère. Une défaite et une leçon.

La défaite : La défaite de l’opération CHENLA II soustrayait de la FANK et du pays les meilleures unités d’infanterie (10 bataillons), beaucoup de matériels militaires (1/3 au total) et de nombreuses infrastructures du pays (ponts et routes). L’armée avait perdu beaucoup d’hommes dont le nombre total était à près de 2 000 morts sans compter les disparus. Il y avait aussi de nombreuses victimes collatérales parmi les civils dont on ne connaissait pas le nombre exact. Sur le plan psychologique, elle faisait perdre chez les hommes de troupe la confiance en soi. Quant aux officiers, ils commençaient d'avoir un doute sur la capacité du Haut Commandement de mener une la guerre contre les nord-vietnamiens et les Viêt-Cong. Chez les civils, l’avis était partagé, la jeunesse, en particulier les étudiants, voyaient qu’elle fût le signe avant-coureur de la fin de la République Khmère ; les fonctionnaires apolitiques de tous les échelons étaient dubitatifs à l'égard du nouveau régime qui parlait de la victoire finale contre les communistes sans l’aide de Sihanouk ; les Républicains téméraires ne perdaient pas encore l’espoir, ils avaient une dent contre les partisans de Sihanouk et les communistes khmers qui aidaient les nord-vietnamiens à envahir le pays ; les Khmers en bas se taisaient dans leur souffrance quotidienne ; les hommes politiques voyaient Lon Nol comme un chef militaire qui n’était pas très doué pour faire la guerre.

La leçon ou les leçons : Pour les généraux de la FANK, cette défaite n’était pas due à une erreur stratégique, mais tactique, des problèmes de ravitaillements des munitions aux unités de combat et de manque d’effectifs pour assurer la sécurité des territoires reconquis. La colonne militaire qui se progressait et s’étirait sur la RN6 en croyant que ses flancs aient été protégés par les terrains inondés par l’eau, se trouverait elle-même piégé par cette défense naturelle par les bombardements de canons ennemis. Les services de renseignements militaires ignoraient l’existence de la base d’une division d’infanterie ennemie à la plantation de Chamkar Angdon. Enfin cette défaite servait comme une leçon dans toutes les batailles contre les nord-vietnamiens et les Viêt-Cong. Mais cet apprentissage coutait cher en vie humaine. On se posait la question, ces morts étaient-ils utilisés comme un simple pion sur l’échiquier politique ?

Après CHENLA II, les hommes de troupe avaient perdu leurs illusions : « Il faut que je dise à mes hommes d’aller se faire tuer, dit un officier. Et pour qui donc suis-je censé leur demander de mourir ? Les soldats étaient en majorité des paysans. Ils avaient certainement plus d’une raison d’être découragés. Leurs conditions de vie étaient dures. Leur nourriture se composait exclusivement de riz, de poisson séché et de soupe de légumes. Un soldat touchait environ 15 $ par mois, un peu plus s’il était marié et ayant des enfants à charge. Pendant la guerre les prix se mirent à grimper, il avait difficulté à nourrir sa famille. Pour s’en sortir, sa famille devait le suivre de campement en campement, s’installant dans la boue ou vivant dans des cabanes improvisées construites avec de feuilles de palmier. Quant aux officiers subalternes, leurs conditions de vie étaient un peu plus améliorées que leurs hommes. La guerre pour eux n’était qu’une affaire des généraux et des politiques.

 

[1] ARVN : L’armée de la République du Vietnam (le Sud-Vietnam). En 1972, elle avait un effectif plus d’un million d’hommes, dont à peu près une moitié faisait partie de l’armée régulière et l’autre moitié de diverses milices. Dans le cadre de la vietnamisation de la guerre au Vietnam, dès le milieu de l’année 1970, l’ARVN se chargeait de la grande majorité des opérations offensives contre les communistes, tandis que les effectifs américains diminuaient considérablement.

[2] VC : Viêt-Cong. 

 

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 07:19

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 04:48

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